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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2016-04-30, Collections de BAnQ.

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[" C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 Un Récit autobiographique de Naïm Kattan Également disponible en version numérique Denis Thériault fait sonner le facteur deux fois Page F 3 L\u2019émancipation collective par l\u2019école et les médias Page F 6 « Chhhhuuuut ! Vous êtes dans une bibliothèque ! » Le silence qui était requis et cajolé dans les bibliothèques n\u2019y est plus imposé.Certains coins lecture sont réservés encore au calme, mais les bibliothèques invitent désormais aussi à jouer, débattre, apprendre le macramé (si, si !) ou la peinture, rencontrer des auteurs, écouter des contes en pyjama, découvrir les meilleures manières d\u2019utiliser les liseuses et tablettes.Bienvenue dans les biblios du XXIe siècle.C A T H E R I N E L A L O N D E Les bibliothèques s\u2019émancipent.On peut, comme à Marc-Favreau à Montréal, y apporter son lunch, y manger et y boire.C\u2019est que ces établissements visent désormais à devenir un «troisième lieu», comme les cafés (la famille et le travail représentant respectivement, dans cette idée sociologique, les premier et deuxième lieux).Un endroit convivial qu\u2019on fréquente régulièrement, qu\u2019on nourrit de conversations et d\u2019idées, une place où se tisse la vie sociale.Cette notion de « bibliothèque troisième lieu», très forte aux États-Unis, essaime de plus en plus, ici, et jusqu\u2019en France.On l\u2019a dit il y a quelques semaines en ces pages, statistiques à l\u2019appui : on va désormais à la bibliothèque simplement\u2026 pour y aller.« Près de la moitié des gens viennent en bibliothèque pour une autre raison que l\u2019emprunt de documents », expliquait à cette occasion le directeur des Bibliothèques de Montréal au Service de la culture de la Ville, Ivan Filion.On s\u2019y presse pour se réunir, entre collègues, entre étudiants, pour profiter du Wi- Fi gratuit, pour assister à une conférence, pour prendre part à une animation, pour apprendre, pour jouer, pour s\u2019évader.« On parle maintenant des séjourneurs en bibliothèque, de ces gens qui viennent pour y passer la journée», précise Marie D.Martel, elle aussi de la Direction des bibliothèques.Les services offerts s\u2019élargissent afin de répondre à cette nouvelle tendance, mais aussi pour tenter d\u2019attirer entre les murs de nouveaux utilisateurs que les seules rangées de livres intimidaient.«À Philadelphie, une bibliothèque a commencé à faire du prêt de cravates, illustre Mme Martel.On est rendu là, au prêt d\u2019objets.Ils ont constaté que De vie, de jeux et de silences Livres, cravates, tricots et tablettes, côte à côte dans la bibliothèque du XXIe siècle à tombeau ouvert POINT FINAL Disparu à 30 ans, le poète voulait faire gicler la vie à travers les mots Louis Geoffroy, M A X I M E C A T E L L I E R L a mort est d\u2019une affreuse banalité.Pendant que nous nous abreuvons de l\u2019image d\u2019un Claude Gau- vreau donnant son suicide en spectacle aux passants de la rue Saint-Denis, la réalité serait moins romantique : le bonhomme habitait un appartement minuscule et faisait des haltères sur un toit goudronné en plein mois de juillet.C\u2019est cer tain qu\u2019une insolation suivie d\u2019une perte d\u2019équilibre, c\u2019est moins poétique que le saut de l\u2019ange.Louis Geoffroy est mort dans l\u2019incendie de son appartement, angle de Bullion et Mont-Royal, en s\u2019endormant sur des épreuves à corriger avec la cigarette aux doigts.C\u2019était le 7 octobre 1977.Son appartement était essentiellement composé de journaux et de livres, sa « documentation ».Le médecin légiste déclarera que le poète de 30 ans était parti en fumée, asphyxié en rampant vers la sortie, trop tard, mais qu\u2019il aurait fallu un an à la cirrhose pour venir à bout de son foie.Il aimait le rye whisky, les femmes nues et le jazz noir.Derrière lui, une œuvre toujours mineure dans les anthologies, accusant le poids de la contre-culture, mouvement qui, comme un fardeau dont il faudrait s\u2019acquitter, comme les erreurs de jeunesse, por te une mascotte à tête de Lucien Fran- cœur en guise de légende.Mais il faudra un jour se rendre compte qu\u2019en laissant ainsi les professeurs écrire l\u2019histoire, on finit par enseigner les professeurs.Qu\u2019une œuvre aussi géniale et précoce que celle de Louis Geoffroy ne dispose pour l\u2019instant que d\u2019une réédition lacunaire datant du début des années 1990, voilà de quoi donner froid dans le dos à n\u2019impor te quel étudiant en littérature.C\u2019est en bouquinant chez Dé- bédé rue Saint-Denis que j\u2019ai acheté pour six maigres piastres, à l\u2019aube de mes 20 ans, Le saint rouge et la pécheresse (Le Jour, 1970).Dans ces «notes pour une chorégraphie» épousant les moindres sursauts de ce qui fut pour Geoffroy le plus grand disque de jazz de tous les temps, Black Saint and the Sinner Lady de Charles Mingus, les mots fusillent à même la tempe du rythme dans une virtuosité inégalée qui fait passer les jeux de langue de ses contemporains formalistes pour de bien pâles loisirs.Viscérale, ainsi la poésie de Geoffroy fait sienne la révolution amorcée par le jazz dans une Amérique au bord de la crise de ner fs, et dans un Québec au bord de la crise d\u2019Octobre.Les mots doivent épouser le réel dans toute sa crasse pour rejaillir comme des tentatives d\u2019appropriation sincères, vitales de ce qui, tel que le définit Mingus lui- même dans cet album phare paru en 1963, est « le temps, parfait ou en syncope, quand le robinet dégoutte d\u2019un joint qui fuit».«Garrocheux de viscères» Pour Jean Lepage, qui a illustré les livres de Louis Geoffroy et qui fut son grand ami à l\u2019époque, il incarnait mieux que quiconque cette véritable lutte contre le savoir désincarné des institutions.« À comparé, Claude Gauvreau fait figure de linguiste.Geoffroy est un garrocheux de viscères », me dit-il en guise de comparaison.Citant Bachelard dans sa Poétique de l\u2019espace, Jean Lepage définit ainsi la poétique de Louis Geoffroy : « L\u2019image poétique est bien l\u2019événement psychique de moindre responsabilité.» De cette volonté de se déresponsa- biliser par rapport à ce qui est supposément poétique et ce qui ne l\u2019est pas, Geoffroy a créé une œuvre profondément originale.Âgé d\u2019à peine 21 ans, refusé par les maisons établies, Geoffroy fonde l\u2019Obscène Nyctalope et publie Les nymphes cabrées en 1968, qui sera suivi par Graf fiti et Poker, deux audacieux livres- objets qu\u2019il imprime sur les presses d\u2019André Goulet grâce aux revenus qu\u2019il tire de son travail occasionnel auprès de son père comptable à Joliette.Pour survivre, il sera monteur avec son ami Lepage chez Onyx Films.Mais dès qu\u2019il a assez d\u2019argent, Geoffroy descend à la taverne.Correcteur d\u2019épreuves pour les éditions du Jour, Victor- Lévy Beaulieu se souvient aussi d\u2019avoir été obligé d\u2019aller chercher Geoffroy à la taverne pour le mettre au travail.Jeune poète en butte contre le savoir désincarné des institutions, Louis Geof froy voulait faire gicler la vie à travers les mots, faisant sienne la révolution amorcée par le jazz.C\u2019est donc sur une note bleue que se poursuit la série Point final consacrée aux disparitions marquantes d\u2019écrivains québécois.VOIR PAGE F 4 : TOMBEAU ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Près de la moitié des gens viennent en bibliothèque pour une autre raison que l\u2019emprunt de documents.VOIR PAGE F 2 : BIBLIOTHÈQUE ILLUSTRATION TIFFET L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 L I V R E S F 2 MÉGAVENTE DE LIVRES USAGÉS POUR JEUNES ET ADULTES À 3,00$ LE KILO.PLUS DE 35 000 LIVRES,REVUES, CD, DVD ET AUTRES.ARÉNA CARTIER 100, montée Major, Laval-des-Rapides ?311 \u2022 www.bibliotheques.laval.ca HEURES D\u2019OUVERTURE VENDREDI 6 MAI : DE 17 H À 21 H SAMEDI 7 MAI : DE 10 H À 16 H ARÉNA CARTIER 6 ET 7 MAI D A N I E L L E L A U R I N C e n\u2019était pas prévu.Le poète et slameur québécois David Goudreault ignorait, quand il s\u2019est lancé dans l\u2019aventure romanesque, qu\u2019il y prendrait goût.Et qu\u2019il s\u2019attacherait à ce point à son jeune héros délinquant.Résultat : après La bête à sa mère, paru l\u2019an dernier et récemment salué par le Grand Prix littéraire Archambault, il publie La bête et sa cage, un roman encore plus glauque, violent et dérangeant.« C\u2019est le milieu dans lequel ça se passe qui veut ça », argue David Goudreault.Dans La bête et sa cage, le garçon qu\u2019on a vu arraché à sa mère suicidaire à sept ans, ballotté de foyer en foyer avant de se retrouver dans les centres jeunesse, tomber dans la consommation de drogue, tor turer des animaux et devenir meurtrier, se retrouve, à 22 ans, en prison.Dans une aile psychiatrique.Comme dans La bête à sa mère, on assiste à une sorte de confession.Le héros-narrateur passe en quelque sor te aux aveux, annonçant dès le départ que le pire est encore à venir.Suspens.Il n\u2019a pas fini de sévir, loin de là.Rien ne l\u2019empêchera d\u2019assouvir son besoin de monter dans la hiérarchie criminelle, surtout pas le milieu carcéral.Mais le jeune garçon, souffre-douleur idéal, ne sera pas épargné non plus, loi de la jungle oblige.Viols à répétition, chantage, démêlés avec différents gangs ethniques liés à la mafia qui veulent sa peau.Exagérat ion, tout cela ?Pas le moins du monde, selon l\u2019écrivain autodidacte de 35 ans, qui a œuvré pendant une dizaine d\u2019années comme travailleur social auprès de victimes d\u2019actes criminels et de personnes suicidaires.Il continue d\u2019ailleurs de donner des conférences, des ateliers d\u2019écriture dans les centres jeunesse et les prisons.Un travailleur social sur son épaule Pour l\u2019écriture de La bête et sa cage, en particulier, il s\u2019est nourri d\u2019interviews qu\u2019il a menées auprès de détenus, de policiers, d\u2019agents correctionnels.Pour lui, le milieu explosif de la prison qu\u2019il décrit en condensé dans son roman, tout en utilisant l\u2019humour noir comme carburant, correspond bel et bien à la réalité : « Il n\u2019y a rien de moins naturel sur la planète Terre que d\u2019enfermer ensemble des hommes désorganisés, épris de liberté, assoif fés de consommation de drogue et d\u2019alcool, avec des troubles de santé mentale et des dif ficultés relationnelles lourdes, surveillés par d\u2019autres hommes, plus ou moins formés.» La seule chose qui est exagérée dans son deuxième roman, se défend-il, c\u2019est la perception qu\u2019a son personnage de la réalité.Mais ce personnage, qui en veut au monde entier et se croit au-dessus de la mêlée, est un mélange de plusieurs personnes qu\u2019il a connues, auprès de qui il a été appelé à inter venir dans le passé.Des jeunes, en particulier, atteints de troubles de personnalité, qui souffrent de distorsion cognitive, les fausses croyances prenant alors le dessus sur la réalité.« Il y a des enfants, explique David Goudreault, qui, pour pouvoir survivre \u2014 avec un père qui les agresse, dans une société qui les rejette, des écoles où ils ne trouvent pas leur place \u2014, ont besoin de se dire : \u201cmoi, je suis spécial, autrement \u201d.Ils ont besoin de se créer une personnalité qui va les magnifier.» L\u2019auteur, qui dit écrire avec, sur son épaule, le travailleur social qu\u2019il demeure, en a long à dire sur le sujet.«Comment survivre, poursuit-il, quand tu es un jeune homme au début de la vingtaine avec de grandes ambitions, de grandes aspirations, alors qu\u2019on t\u2019a toujours dit que tu étais un minable et que toute ta famille, les systèmes sociaux, l\u2019école, la société t\u2019ont envoyé le message que tu es un bon à rien: c\u2019est impossible.Il faut que tu te convainques toi-même et, pour ce faire, il y en a qui vont pendre des moyens particuliers, entre autres la criminalité.» À ses yeux, l\u2019égocentrisme est au cœur de toutes les criminalités.«Il faut avoir une forme de distorsion cognitive de l\u2019ego, de la perception de soi et du monde pour s\u2019enfoncer dans la criminalité comme le fait mon personnage.Et mon intérêt comme romancier, c\u2019est de me mettre dans sa peau pour tenter de comprendre de l\u2019intérieur comment ça fonctionne.» Au milieu des psychopathes, des violeurs, des pédophiles, des revendeurs de drogue et autres fêlés de toutes sortes, son jeune truand, qui se décrit lui-même comme un tueur en série, attend toujours que sa mère lui fasse signe, qu\u2019elle vienne le chercher : la faute aux services sociaux s\u2019ils ont été séparés quand il était enfant, pas sa faute à elle, sa mère adorée, qu\u2019il n\u2019a jamais cessé d\u2019espérer retrouver.De la même façon, il jette son dévolu sur une agente correctionnelle, s\u2019imaginant que son amour est partagé.Il fabule à tel point qu\u2019il se persuade qu\u2019un jour, ils vivront des jours heureux en couple.« Pour moi, insiste le romancier, La bête et sa cage, au- delà des histoires de meurtre, au-delà de la volonté de mon personnage de prendre du galon dans la hiérarchie criminelle, c\u2019est d\u2019abord une histoire d\u2019amour.» Histoire d\u2019amour impossible, mais histoire d\u2019amour quand même.Qui permet au héros de continuer d\u2019espérer.Héros qu\u2019on retrouvera d\u2019ailleurs dans Abattre la bête, dernier tome de cette trilogie.Collaboratrice Le Devoir LA BÊTE ET SA CAGE David Goudreault Stanké Montréal, 2016, 248 pages ENTREVUE David Goudreault au cœur de la bête humaine L\u2019auteur ajoute une couche à son humour noir décapant avec La bête et sa cage JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le milieu de la prison, David Goudreault le décrit en utilisant l\u2019humour noir comme carburant.30% de leurs visiteurs étaient en recherche d\u2019emploi.Ceux-là, ont-ils pensé, auraient peut-être besoin de cravates pour aller passer des entrevues.» Une petite collection a été montée, en utilisant d\u2019anciens boîtiers de DVD comme écrin.Le bibliothécaire pour donner de la confiance en entrevue ?Pourquoi pas.«Le livre, la lecture, l\u2019information restent le cœur de notre business.Mais s\u2019ajoutent l\u2019appui et le soutien.» Les adeptes traditionnels des bibliothèques n\u2019accueillent pas tous d\u2019un bon œil cette transformation, qui brise l\u2019étiquette élitiste qui colle parfois encore.Certains critiquent l\u2019arrivée de l\u2019infotainement, du divertissement à tout prix.N\u2019y a-t-il pas danger de s\u2019éloigner du livre, de la littérature et de leur par tage ?« Il y a cette étrange perception envers les bibliothèques quand elles sont en transformation, répond Mme Martel, qui fait qu\u2019on a toujours l\u2019impression que les services qui s\u2019ajoutent vont en soustraire d\u2019autres.Mais l\u2019histoire des bibliothèques publiques en est une d\u2019addition.On a toujours étendu l\u2019of fre.Ça a commencé par les collections.On a ajouté les références.Puis les formations, la médiation, les activités hors les murs, l\u2019Internet.Maintenant, on cherche à intégrer la technologie.» Le but ?Y emmener davantage de gens.Car ces institutions aimeraient devenir les premiers intervenants, en quelque sorte, en alphabétisation.Et en littératie, quel qu\u2019en soit le genre.La bibliothèque Père-Ambroise, près du métro Beaudry à Montréal, dessert plusieurs usagers qui doivent af fronter des dif ficultés économiques.« Il y a encore une grande fracture.Une partie de la population n\u2019est pas capable de fonctionner dans la société numérique et de répondre à ses besoins d\u2019information.» L\u2019accès même à la technologie est parfois un défi.«Une des missions des bibliothèques est de procurer de l\u2019information tout au long de la vie des citoyens.La littératie numérique est dans notre mission.» Maintenant, une bibliothécaire à Père- Ambroise peut aider un usager à trouver un formulaire en ligne et à comprendre comment le remplir, ou lui apprendre à utiliser une souris.Liberté, égalité, fraternité Toutes les bibliothèques ne sont pas architec- turalement égales.Les plus neuves \u2014 Marc-Fa- vreau, Saul-Bellow à Montréal \u2014 ont été pensées dans cette optique de «troisième lieu», salles de rencontres et de jeux incluses à l\u2019architecture.D\u2019autres rendent la rencontre ou le flânage difficiles.« C\u2019était un enjeu encore plus criant à Montréal il y a une dizaine d\u2019années, réplique Ivan Filion.Il y a eu depuis un diagnostic et un plan de consolidation, car non seulement les espaces eux- mêmes étaient-ils très différents, mais le personnel, les heures d\u2019ouverture étaient disparates d\u2019une bibliothèque à l\u2019autre.Un des objectifs de ce plan était de donner les moyens aux arrondissements afin que leurs biblios puissent ouvrir un minimum de 53 heures par semaine et d\u2019avoir du personnel pour avoir de la médiation.On a vu l\u2019impact.» Pour l\u2019aspect immobilier, le programme Rénovation agrandissement construction de bibliothèques (RAC) a permis la construction dans des aires mal desser vies, comme du Boisé, Marc-Favreau et l\u2019agrandissement de Saul-Bellow à Lachine.M.Filion croit que les nouvelles bornes de technologie de prêt libre-service, qu\u2019on voit apparaître de biblio en biblio, aideront le réaménagement intérieur de lieux moins bien nantis.«Les grands comptoirs de prêts où les gens attendaient en ligne pourraient être réduits, et ce personnel devenir plus disponible pour aller à la rencontre des usagers et faire de l\u2019animation.Mais c\u2019est vrai qu\u2019encore aujourd\u2019hui, dans certaines biblios, il y a tellement peu d\u2019espace ou de places assises que c\u2019est difficile d\u2019imaginer y passer des heures.Avec l\u2019arrivée du livre numérique, on finira peut-être par avoir besoin de moins de rayonnages en bibliothèque, et cet espace pourra être consacré à autre chose.C\u2019est toute une nouvelle philosophie qu\u2019on est en train d\u2019adopter», résume Yvan Filion.Le Devoir SUITE DE LA PAGE F 1 BIBLIOTHÈQUE Le lieu du « troisième lieu » On lit «lieu» dans «bibliothèque troisième lieu».«L\u2019agencement des espaces prend davantage en compte la diversité [d]es pratiques», écrit Mathilde Servet, conservatrice d\u2019État des bibliothèques à la Bibliothèque nationale de France, dans son très riche Les bibliothèques troisième lieu.«Des zones silencieuses côtoient des espaces de travail informel, des salles dédiées à la réunion ou des cafés.De vastes plateaux alternent avec des espaces plus modestes ou des niches intimistes.Ce découpage spatial, parfois appelé \u201czoning\u201d, permet à plusieurs usages de cohabiter dans un même lieu.Il se dégage de ces nouveaux établissements une ambiance stimulante et excitante.La bibliothèque se fait terrain d\u2019expérimentation, de découverte, d\u2019exploration, et s\u2019apparente à un grand terrain de jeux.Îlots thématiques ou décors confèrent de surcroît au lieu une dimension ludique et propice à l\u2019imaginaire.» ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR La bibliothèque Père-Ambroise, près du métro Beaudry à Montréal Les romanciers qui l\u2019inspirent «Pour ma trilogie, Daniel Pennac, avec sa saga Ma- laussène, constitue une sorte de modèle, dans le sens de ne pas hésiter à juxtaposer l\u2019humour noir et les morceaux qui revolent violemment.Mais de façon plus large, je suis un grand fan des écrivains qui se permettent de jouer avec la langue et de ne pas tomber dans les pièges que la littérature leur tend, qui vont dans des endroits où on ne les attend pas.Par exemple : Romain Gary, Réjean Ducharme, qui utilisent la répétition comme figures de style, qui font parler leurs personnages avec des particularités de langage, avec des couleurs fortes, épicées.Ça me rejoint et, en fait, ça vient me donner le droit de le faire.» À la fin du Facteur émo- ti f (XYZ, 2005), Bi- lodo, un facteur mont- réalais, était laissé pour mort après avoir été frappé par un camion.Mais voici que le « facteur indiscret » ressuscite dans un nouveau roman.À l\u2019opposé de son indiscret protagoniste, Denis Thériault est un écrivain plutôt discret \u2014 assez discret pour que la plupart des lecteurs ne le connaissent pas ou n\u2019en aient jamais même entendu parler.L\u2019auteur de L\u2019iguane (XYZ, 2001, prix France-Québec et prix Anne-Hébert) a une prédilection pour les personnages qui préfèrent l\u2019imaginaire à la réalité.Le facteur émotif, son 2e roman, a pour tant connu une belle carrière internationale \u2014 pour un roman québécois.Peut -être avec l \u2019 intent ion de sur fer sur ce succès à l\u2019étranger, Denis Thériault nous propose aujourd\u2019hui une sor te de suite doublée d\u2019une nouvelle édition.Bilodo, 27 ans, est facteur dans Saint-Janvier-des-Âmes, un quar tier populaire de Montréal.Et tous les midis, comme ses collègues, Bilodo mange au Madelinot, un petit restaurant situé près du centre de tri postal.Ce facteur n\u2019est pas qu\u2019un émotif, c\u2019est aussi un original : il occupe habituellement son heure de dîner à calligraphier et à prendre des notes.Tania Schumpf, la jeune ser veuse d\u2019origine allemande, est secrètement amoureuse du facteur \u2014 les Allemandes semblent avoir la cote ce printemps, après la Denise Bruck de David Tur- geon (Le continent de plastique, Le Quartanier).Grand timide doublé d\u2019un solitaire, Bilodo par tage sa vie avec Bill, son poisson rouge.Mais le soir, à l\u2019abri des regards, il se livre à son « vice secret » : ouvrir avec doigté du courrier personnel intercepté avec soin.La fiancée du facteur le résume bien : « C\u2019était l\u2019histoire d\u2019un garçon solitaire, féru de calligraphie, d\u2019un facteur consciencieux, peut-être trop curieux pour son propre bien.Parmi les milliers de paperasses sans âme qu\u2019il distribuait au cours de ses rondes quotidiennes, il mettait parfois la main sur une lettre personnelle, objet rarissime de nos jours, et d\u2019autant plus fascinant.Cette lettre, Bilodo ne la livrait pas immédiatement à son destinataire ; il l\u2019emportait chez lui , e t la l isait comme si c\u2019était le nouvel épisode d\u2019un feuilleton tellement plus passionnant que sa propre existence.Parmi toutes ces lettres qu\u2019il subtilisait, cer taines le touchaient d\u2019une façon particulière.» C\u2019est ainsi qu\u2019il a pu découvrir une chaude correspondance \u2014 pour l\u2019essentiel à base de haïkus, un style de courts et condensés poèmes japonais \u2014 entre une femme vivant en Guadeloupe, Ségo- lène, et un écrivain du quartier, Gaston Grandpré.Toute cette histoire lui monte vite à la tête, il devient amoureux de Ségolène, se met à lui écrire à la place de Grandpré après que l\u2019écrivain a été fatalement renversé par un camion.La fiancée du facteur, le nouveau roman de Denis Thé- riault, onze ans plus tard, raconte en gros la même histoire et la poursuit, mais cette fois du point de vue de Tania.Après son accident, Bilodo est devenu amnésique.L\u2019occasion est parfaite pour Tania : elle décide de se faire passer pour sa fiancée et de s\u2019immiscer dans sa vie.C\u2019est un peu aussi, remarquez, l\u2019arroseur arrosé.Mais le plan de Tania ne fonctionne pas comme elle le souhaitait et la greffe prend avec difficulté.«La solution ne pouvait être que poétique.Tania utiliserait les haïkus afin de provoquer chez Bilodo une sorte d\u2019électrochoc émotionnel.Elle s\u2019en servirait comme d\u2019un défibrillateur sentimental qui, avec un peu de chance, redémarrerait son cœur en panne».On trouvera donc ici la même force d\u2019écriture, ciselée, la même folie que dans Le facteur émotif, qui se déploie selon d\u2019abondants et prévisibles jeux de miroirs, la même prédilection pour la poésie japonaise.Tout cela encore une fois traversé d\u2019un soupçon de fantastique.Car Bilodo, c\u2019est son véritable drame, est prisonnier d\u2019une « boucle temporelle », dont le caractère est cette fois encore plus manifeste Si Le facteur émotif était et demeure un roman formidable, à la fois simple et riche, une idée géniale mêlant les lettres, la poésie et l\u2019excès amoureux, la suite ou ses produits dérivés pour ront être taxés d\u2019opportunisme littéraire.Il aurait fallu en rester là.En ajouter ne risque-t- il pas même de diluer l\u2019aura de magie qui accompagnait Le facteur émotif ?Pour ceux qui s\u2019enthousiasment du même et de la répétition, il restera encore, sait-on jamais, à nous donner le point de vue de Grandpré et de Ségolène la Guadeloupéenne \u2014 la tétralogie sera complète.LE FACTEUR ÉMOTIF ET LA FIANCÉE DU FACTEUR Denis Thériault XYZ Montréal, 2016, 134 et 172 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 LITTERATURE F 3 Fonds universitaires : \u2022 Littérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022 Pléiade Art québécois et international Livres d\u2019art et livres d\u2019artiste Livres anciens avant 1800 Automatistes, Éditions Erta, Refus Global.Bel espace chaleureux pour artistes en arts visuels \u2022 Consultez notre site web pour les tarifs 2016 Salle disponible sans frais pour lancement de livre ou autre événement littéraire 1317, avenue du Mont-Royal Est, Montréal Mathieu Bertrand, Libraire \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 www.bonheurdoccasion.com ACHAT À DOMICILE 514-914-2142 ESPACE LOCATIF DISPONIBLE L I B R A I R I E G A L E R I E P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois L\u2019amour au temps d\u2019une guerre \u2022 Tome 2 1942.Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 2/2 Vi Kim Thúy/Libre Expression 1/3 La théorie du drap contour Valérie Chevalier/Hurtubise 4/2 Père et mère tu honoreras Jean-Pierre Charland/Hurtubise 3/2 Tout mon temps pour toi Maxime Landry/Libre Expression \u2013/1 Tel était leur destin \u2022 Tome 1 De l\u2019autre côté de.Nathalie Lagassé/Hurtubise 5/3 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 1 Descente.Anne Robillard/Wellan 7/10 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles \u2013/1 Un été à No Damn Good Nathalie Petrowski/Boréal 6/2 Dans l\u2019ombre de Monsieur Addams Marjorie D.Lafond/Les Éditeurs réunis \u2013/1 Romans étrangers La fille de Brooklyn Guillaume Musso/XO 1/5 L\u2019horizon à l\u2019envers Marc Levy/Robert Laffont 2/11 L\u2019urgence dans la peau.L\u2019impératif de Bourne Eric Lustbader/Grasset 5/5 Trois jours et une vie Pierre Lemaitre/Albin Michel 8/3 Carnets noirs Stephen King/Albin Michel 4/7 La dame de Zagreb Philip Kerr/Masque 6/9 La vie est d\u2019hommage Jack Kerouac/Boréal 3/3 Conquis K.Bromberg/Homme 7/3 Désaxé Lars Kepler/Actes Sud 10/2 City on fire Garth Risk Hallberg/Plon \u2013/1 Essais québécois Une escroquerie légalisée Alain Deneault/Écosociété 1/3 Dans l\u2019intimité du pouvoir Dominique Lebel/Boréal 4/3 L\u2019affaire Turcotte Catherine Dubé/Rogers 2/3 Survivre à l\u2019offensive des riches Roméo Bouchard/Écosociété 3/2 Trouve-toi une vie.Chroniques et sautes.Fabien Cloutier/Lux 6/10 Différence et liberté.Enjeux actuels de.Georges Leroux/Boréal \u2013/1 Les radicaux libres Jean-François Nadeau/Lux \u2013/1 Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces.Boucar Diouf/La Presse 8/28 La dure école Normand Baillargeon/Leméac 5/4 La médiocratie Alain Deneault/Lux 7/3 Essais étrangers La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 1/14 Il est avantageux d\u2019avoir où aller Emmanuel Carrère/POL 7/7 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 2/10 Quelle sorte de créatures sommes-nous?.Noam Chomsky/Lux 3/4 Ces ondes qui nous entourent Martin Blank/Écosociété 4/2 Nous sommes tous des féministes Chimamanda Ngozi Adichie/Gallimard \u2013/1 Sonnez, merveilles! Kent Nagano | Inge Kloepfer | Isabelle Gabolde/Boréal 9/8 Je dirai malgré tout que cette vie fut belle Jean d\u2019Ormesson/Gallimard \u2013/1 Une colère noire.Lettre à mon fils Ta-Nehisi Coates/Autrement \u2013/1 Petit éloge de la lecture Pef/Gallimard \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 18 au 24 avril 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.POÉSIE L\u2019OBSERVATOIRE Rosalie Lessard Le Noroît Montréal, 2015, 74 pages L\u2019observatoire, de Rosalie Lessard, se retrouve parmi les titres retenus pour l\u2019attribution du prix Émile-Nelligan 2016.Il s\u2019était caché sous le boisseau; voici donc l\u2019occasion de nous pencher brièvement sur ces scènes venues de l\u2019enfance ou des mondes adultes entêtants, et redonnées dans des blocs serrés ou des poèmes qui rallongent la stupéfaction d\u2019être.Parfois, la concision stupéfie: «Des papillons fracassaient vos bouches?/ On préparait l\u2019épingle.» Presque toujours, les images sont impressionnistes, ratissent les éclats ou font des trouées dans la logique convenue, et puis, le miracle s\u2019accomplit.Nous est donné l\u2019essentiel, ce frisson à la surface des mots qui irradient: «Sous un bras de mer où la fatigue entre peu / À peu, on ne compte plus / Les heures sans vol.» F.est là, D.aussi, et ailleurs B., et d\u2019autres qui disent, qui sont.Et quelques fois, des moments ultimes: «Autre nuit, nous faisons l\u2019enfant./ Je l\u2019embrasse de partout à la fois / Nous sommes longs, nous sommes / Dans ses poumons et ses veines et son ventre.» Poésie de l\u2019allusion, du raccourci heureux qui dessine, dans la brièveté des moyens utilisés, des ébauches claires d\u2019une réalité intérieure, avec l\u2019émotion en sus.Les personnages conviés dans ce monde intérieur rayonnent, parlent, troublent la lisse réalité des ombres.La nuit, le noir, l\u2019aveuglement se glissent sur les choses, créant l\u2019angoisse d\u2019une cécité catastrophique.Beau recueil à relire, et qui s\u2019offre comme un creuset où la vie bouillonne et se déploie.Hugues Corriveau POLAR BIENVENUE À MEURTREVILLE André Marois Héliotrope/Noir Montréal, 2016, 184 pages Le développement régional, ça peut se faire de plusieurs façons, mais personne jusqu\u2019ici n\u2019avait pensé à mettre en scène une série de meurtres pour sortir une petite ville du marasme.C\u2019est ce qui se passe à Mandeville, petite localité de Lanaudière fréquentée surtout par les chasseurs, les pêcheurs et les randonneurs.Tout commence par un accident, ou presque, alors qu\u2019un homme en train de voler la récolte d\u2019un champ de pot en pleine nuit tombe sur son sécateur et se tranche la carotide.Quelques jours plus tard, c\u2019est un voyou notoire qui se fait trancher la gorge.Plein de curieux se pointent de partout pour saisir l\u2019atmosphère de «Meurtreville» qui, du coup, redevient prospère.Bingo.Jusqu\u2019à ce que le meurtrier ait trucidé tous ceux qui auraient pu le reconnaître.Rideau.Le moins que l\u2019on puisse dire (ou le plus peut-être), c\u2019est que tout cela est de fort mauvais goût.Écrite sans une once d\u2019humour, racontée un peu bêtement, de façon minimaliste comme si l\u2019on parlait d\u2019un plan de développement quinquennal, cette histoire d\u2019André Marois vole vraiment très bas sans même que l\u2019on y rencontre le soupçon d\u2019un seul vrai personnage.Récit platement narratif, sans style, on se demande ce que fait un pareil titre dans une collection qui démarre à peine.Une sorte de mauvais rêve\u2026 Michel Bélair JEUNESSE AU VOLEUR ! Michaël Escoffier / PisHier Les 400 coups Montréal, 2016, 28 pages Les animaux sont sens dessus dessous: l\u2019éléphant a perdu sa trompe, la vache, ses cornes, le lion, sa queue, l\u2019autruche, ses plumes, et alouette, jusqu\u2019à ce qu\u2019ils découvrent le coupable, un petit garçon espiègle qui porte sur lui tous les membres perdus.Mais la parade ne s\u2019arrête pas là.Lorsque le voleur, poursuivi par la horde d\u2019animaux, trébuche sur un rondin, il provoque une collision qui ne fait qu\u2019empirer leur état, laissant ici et là naître une vache-éléphant, une autruche-lion\u2026 Cet album tout carton, parfait pour les petites menottes, a ce qu\u2019il faut pour susciter l\u2019attention.Sur un texte dynamique de Michaël Escoffier, fait de questions et réponses, d\u2019échanges entre les animaux, PisHier y va d\u2019un trait loufoque, figuratif, toujours humoristique accordant une personnalité à chaque animal.Les fonds blancs, dénués de tout décor, attirent par ailleurs l\u2019œil sur l\u2019essentiel du propos, en l\u2019occurrence sur ces drôles de bêtes prises dans un fâcheux pétrin.Un moment de plaisir assuré pour les tout-petits et même pour les grands.Marie Fradette ROMAN QUÉBÉCOIS Le facteur sonne toujours deux fois Denis Thériault donne une suite à son génial Facteur émotif CHRISTIAN DESMEULES PEDRO RUIZ LE DEVOIR Avec La fiancée du facteur, Denis Thériault renoue avec la même force d\u2019écriture, ciselée, la même folie que dans Le facteur émotif.LITTÉRATURE FRANÇAISE VERACRUZ Olivier Rolin Verdier Paris, 2016, 121 pages Si vous aimez Olivier Rolin, vous aimerez Veracruz, qui nous ramène l\u2019expérience du grand voyageur, avec un style différent.Autant il est délié d\u2019ordinaire, autant on a affaire dans ce livre très travaillé à quatre nouvelles emboîtées en jeux de miroir.Baroque, assurément.Tordue, la réalité.Susanna, mariée, est convoitée par plusieurs hommes.Lequel gardera-t-elle, qui sera liquidé?Il fait chaud, Susanna se pavane et rêve de les cravacher.Tandis que chacun déploie ses stratégies de séduction, Dariana reconstitue ce qui semble s\u2019être passé.On épluche les passions dans les journaux de Susanna, Miller, El Grieco le père\u2026 tout est ici raffiné, même l\u2019abjection.Du grand art dans ce tableau chargé de sexe, de spectacle, de fards et de dards.Du très grand art, cet exotisme fantasmé, qui place l\u2019écrivain en narrateur invité au Brésil, amoureux transi de Dariana, qui se serait confiée\u2026 Guylaine Massoutre L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 L I T T É R A T U R E F 4 Jouisseur, excessif, passionné : il aura pour muse Em- manuelle Septembre, figure énigmatique de cette période, qui fréquenta aussi Gaston Mi- ron.On la retrouve sur la couver ture de LSD voyage (Éditions québécoises, 1974), long blues désenchanté pour celle qui sera l\u2019Être ange étrange (éditions Danielle Laliberté, 1974) avec laquelle il part à la dérive dans une ville érotisée dont les fantasmes poussent sur le béton.«Savant anarchiste» Dans le numéro 8 d\u2019Hobo Québec qui lui est consacré, revue contre-culturelle où il tenait la chronique jazz, Geof froy offre un long entretien, le seul connu à ce jour, et un poème inédit dédié à sa muse, à qui il lance cette invitation digne d\u2019Orphée : «Viens l\u2019enfer est intense et mon film est rebelle/nécrose merveilleuse d\u2019un spasme intransigeant.» Avec Renée Saby il aura sa première fille, Erika, en 1970.Avec Muriel Saint-Laurent il aura Chloé en 1976.Il meurt pourtant seul, oiseau de nuit et infatigable chercheur d\u2019or.Ses funérailles ont lieu à Jo- liette, dans la petite église de Saint-Paul.Ce « savant anarchiste », ainsi que le surnomme son amie Denise Boucher, a terminé sa course.Le p lus beau souven i r qu\u2019elle garde de lui, ce sont ces longues heures de recherche en bibliothèque, et cette fois en particulier où il avait fallu déterrer un vieux dictionnaire pour trouver une définition de la cyprine dans le Vaisseau d\u2019or de Nelligan, nom qui donnera son titre au premier livre de l\u2019auteure des Fées ont soif.Elle se souvient avec émotion que le Psaume 151 de Léo Fer ré et son Miserere anarchiste résonnaient dans l\u2019église durant le service funéraire de Geoffroy.À la réception suivant la cérémonie, la maman avait symboliquement fait brûler le gâteau préféré de son petit Louis.Collaboration spéciale Le Devoir D\u2019après une idée originale du quotidien Le Temps.SUITE DE LA PAGE F 1 TOMBEAU Né à Rimouski, maintenant ancré à Montréal, l\u2019écrivain, poète, critique et essayiste Maxime Catellier a publié plusieurs recueils de poésie, dont Perdue et Bois de mer (L\u2019oie de Cravan) tout en poursuivant une réflexion esthétique et critique qui l\u2019ont mené des surréalistes, avec Effets de neige, au pamphlet versifié avec La mort du Canada ( Poètes de brousse).Son plus récent ouvrage, le roman Golden Square Mile, est paru l\u2019an dernier à L\u2019oie de Cravan.Adorable créature de nuit je dormirai la tête au creux de ton amour et les poings refermés griffant l\u2019eau de ton aube ton corps comme le ciel de si étranges musiques nues aux confins mordorés de l\u2019auroch tu danseras les mers et tendresses profondes l\u2019eau vagira plus loin les cris des océans viens l\u2019enfer est intense et mon film est rebelle nécrose merveilleuse d\u2019un spasme intransigeant la rue refermera ses restaurants d\u2019odeurs mes lettres porteront des stigmates d\u2019auteur d\u2019autres mythologies d\u2019autres Emmanuelles passeront par l\u2019abord d\u2019où je reviens déjà je dormirai les mains enfoncées dans tes lèvres lentement merveilleuses et crépusculairement d\u2019une rougeur de nuit à donner à mon sexe qui broie par-dessus toi des Septembre de chair ô longue longue créature de vie Louis Geoffroy Le 25 octobre 1968 Inédit publié dans le magazine Hobo Québec HÉLÈNE CHIASSON / COLLECTION CHLOÉ GEOFFROY Louis Geoffroy en 1967 D O M I N I C T A R D I F L e décor du deuxième roman de Cassie Bérard est celui d\u2019une Amérique à qui l\u2019on a fait trop de fausses promesses.Qu\u2019il est bon de se noyer a tout d\u2019une complainte de guitare sèche à la Bruce Springsteen.En 2012, Asbestos s\u2019enivre du parfum d\u2019une éventuelle relance de l\u2019exploitation de l\u2019amiante.Les voitures des chômeurs s\u2019alignent chaque jour dans les rues \u2014 littéralement pare-chocs à pare-chocs \u2014 devant le mou- l in.Sur tout, i l ne faudrait pas rater sa chance d\u2019être embauché le premier.« Mais qu\u2019est-ce que le passé a de bon à m\u2019apprendre ?», se demande Jacinthe, fi l le de cette ville aussi lunaire que minière, de retour après un long exil dans la maison de ses grands-parents, où elle fuit\u2026 quoi déjà ?Une série de noyades renverra un angoissant écho à ce qui, de l\u2019intérieur, la tenaille.Une jeune femme retrouvée tête renversée dans une rigole, trois enfants dans le lac, puis deux jumeaux dans une piscine, etc.Les enquêtes menées par la r evenante \u2014 pour quoi enquête-t-elle d\u2019ailleurs ?\u2014 feront remonter à la surface de sa mémoire le visage de son frère Alec, mystérieusement dispar u.C\u2019était il y a longtemps, à l\u2019époque où les explosions de la mine r yth- maient les jeux des petits.«Les inquiétudes de Jacinthe grimpent en flèche, atteignent le complot, le règlement de compte, si bien qu\u2019elle en vient à retourner le problème vers elle, à croire que le coupable la vise personnellement, la pourchasse [\u2026] Ses cernes s\u2019épaississent, elle tousse creux, se gratte le crâne, de l\u2019ur ticaire derrière les oreilles et sur la nuque, le jour où Alec, elle se souvient, de l\u2019ur ticaire à la même place, l\u2019inconfor t s\u2019est prolongé pendant des semaines», écrit l\u2019auteure dans une de ces longues phrases ouvrant des fenêtres sur le monologue intérieur du personnage principal.Ambition soufflante Après un premier roman (D\u2019autres fantômes , 2014) tordant le cou au strict réalisme, Cassie Bérard radicalise davantage son rappor t aux traditions d\u2019un roman qui ne souhaiterait que raconter des histoires.Sa narration, se dérobant constamment sous nos doigts, multiplie les ravalements de façade, zappe de perspective en perspective, un pied du côté de la clar té, l\u2019autre du côté de l\u2019embrouillamini, sans qu\u2019on ne sache plus trop à qui accorder notre confiance.Drame socio-économique sur la dépossession, fable surréaliste gonflée de juste colère (les Asbestriens faisant la queue jour après jour dans la rue pour une job), tragédie grecque sur fond de prolétariat désœuvré, polar métaphysique, roman catastrophe ; Qu\u2019il est bon de se noyer brille par une ambition presque aussi soufflante que la vue du puits minier d\u2019Asbestos, un des plus grands au monde.Refuser d\u2019attacher toutes les ficelles correspond certes chez l\u2019écrivaine autant à un discours sur la fiction que sur la fiabilité de ce que l\u2019on nomme souvenirs, mais confine par fois le lecteur bien intentionné au tournis, ainsi qu\u2019à la confusion.« Le problème, c\u2019est que la mine, elle, quoi que vous fassiez, ne vous laisse jamais tranquille », assure cette narration qui semble en connaître un pan sur l\u2019obstination du passé à toujours ressurgir dans le présent.Cassie Bé- rard aurait pu, comme de raison, remplacer ici le mot mine par mémoire.Collaborateur Le Devoir QU\u2019IL EST BON DE SE NOYER Cassie Bérard Druide Montréal, 2016, 320 pages ROMAN QUÉBÉCOIS Cassie Bérard, dans la mine de la mémoire Son ambitieux Qu\u2019il est bon de se noyer allie polar métaphysique et surréalisme ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Après un premier roman tordant le cou au réalisme, Cassie Bérard radicalise davantage son rapport aux traditions d\u2019un roman qui ne souhaiterait que raconter des histoires.C H R I S T I A N D E S M E U L E S P endant 12 ans, le journaliste américain Jake Adel- stein a couver t les af faires criminelles au Japon.Juif du Missouri né en 1969, arrivé un peu par hasard au Japon pour y étudier la littérature comparée à la prestigieuse Université Sophia de Tokyo, c\u2019est aussi un peu par hasard qu\u2019il a atterri dans le journalisme.Au début des années 1990, ayant réussi le concours, il parvient à intégrer à 24 ans la rédaction d\u2019un des plus importants quotidiens japonais, le Yo- miuri Shinbun, le plus lu au pays avec son tirage faramineux de 10 millions d\u2019exemplaires.Une véritable institution, une pieuvre économique, un trou noir qui avale toute vie personnelle.Précisons tout de suite qu\u2019il y travaillait et écrivait exclusivement en japonais\u2026 Affecté d\u2019abord à la couverture des affaires policières, esclave de ses patrons et de la chasse au scoop jour et nuit dans une banlieue-dortoir de Tokyo, Jake Adelstein, après les habituels accidents de la route et les vols de sacs à main (qui font souvent la manchette au Japon), a été confronté très vite à une réalité plus sombre.C\u2019est-à-dire au phénomène des yakuzas, le crime organisé à la japonaise, qu\u2019on appelle plutôt gokudo (« l\u2019ultime voie ») au pays du Soleil levant.Livre-enquête, roman documentaire, témoignage de ses plus chaudes années de journalisme, Tokyo Vice est une plongée à cru dans les bas- fonds de Tokyo \u2014 de salons de massage en bars à filles \u2014, dans le crime et le journalisme made in Japan.Adelstein a compris à la dure que « le journalisme est toujours une question de résultat et non d\u2019effort ».Des efforts, il en a pourtant mis.Pour essayer, comme c\u2019est la norme au Japon, d\u2019entretenir des liens personnels avec certains policiers, connaître et se rappeler la date d\u2019anniversaire de leurs enfants, savoir quelle est leur bière préférée, etc.«J\u2019ai déjà entendu une fois quelqu\u2019un définir le travail de journaliste comme celui d\u2019une \u201cgeisha mâle\u201d.C\u2019est effectivement une approche assez juste de ce que nous devions faire pour avoir un scoop \u2014 du moins certains d\u2019entre nous.» Les résultats, à la surprise de ses collègues et de ses supérieurs, se sont mis à arriver.Comme ces histoires de trafic humain et de prostitution impliquant des étrangères, dans l\u2019indifférence parfaite de la police et de la justice.Tant que les yakuzas perpètrent leurs crimes entre eux, commettent leurs méfaits dans l\u2019ombre ou s\u2019en prennent à des étrangers, et qu\u2019ils ne touchent pas les « civils », la police préfère généralement fermer les yeux.Sa plus grosse prise : découvrir que le bonze d\u2019une des plus importantes organisations ma- fieuses s\u2019était fait faire une greffe du foie dans un hôpital universitaire américain (UCLA) en échange de quelques millions de dollars blanchis dans des casinos de Las Vegas \u2014 obtenant aussi au passage un improbable visa américain.Rapidement, alors qu\u2019il essayait de faire la lumière sur cette histoire, les menaces de mort se sont mises à pleuvoir.Une seule façon de sauver sa peau : publier au plus vite tout ce qu\u2019il savait \u2014 un cas concret de «publier ou périr».Ce qu\u2019il a fait en 2008 dans le Washington Post \u2014 et non pas au Japon.«Je crois que ce fut la pire période de ma vie», raconte-t-il.On le croit sans mal.Sa femme et ses deux enfants ont dû être rapatriés aux États-Unis et placés durant quelques années sous la protection du FBI.Si d\u2019autres ont su montrer comment la démocratie japonaise et le crime organisé, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ont avancé main dans la main, son livre nous révèle dans un corps à corps parfois haletant (et largement véridique) certains des aspects les plus sombres de cette société.Premier titre des jeunes éditions Marchialy, qui se revendiquent de la « creative nonfiction», Tokyo Vice se situe entre le roman d\u2019apprentissage, l\u2019étude de cas d\u2019anthropologie criminelle et le documentaire sur la vie d\u2019un journaliste couvrant le «beat» policier au Japon.Le livre, en cours d\u2019adaptation cinématographique avec Daniel Radclif fe dans le rôle principal, propose une incursion exceptionnelle dans l\u2019univers secret du crime organisé au Japon.Collaborateur Le Devoir TOKYO VICE Jake Adelstein Traduit de l\u2019anglais par Cyril Gay Marchialy Paris, 2016, 480 pages LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Plongée chez les yakuzas Un journaliste américain dans le monde du crime au Japon ESSAI QUÉBÉCOIS LA PARODIE DANS LA BANDE DESSINÉE FRANCO-BELGE CRITIQUE OU ESTHÉTIQUE ?Pierre Huard PUQ Montréal, 2016, 272 pages Ce n\u2019est pas parce que c\u2019est comique que c\u2019est léger.La bande dessinée parodique issue du corpus franco-belge depuis les années 1980 est bien plus exigeante qu\u2019elle n\u2019en a l\u2019air, s\u2019adressant même à un « lecteur intelligent », un « lecteur spécialisé », sinon un lecteur idéal, capable de saisir les ressorts comiques d\u2019œuvres se nourrissant des codes formels du 9e art pour mieux leur faire la peau.C\u2019est, en tout cas, ce qu\u2019avance Pierre Huard, dans cet essai académique sur les mutations de la parodie en bande dessinée, de l\u2019après-guerre à l\u2019aube du second millénaire.L\u2019enquête, qui invite dans ses pages Lucky Luke, Spirou, tout comme Got- lib, Margerin, Tardi, Uderzo et compagnie, est publiée à titre posthume près de six ans après la mort prématurée du jeune théoricien de la bande dessinée qui enseignait à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.Elle pose tout un pan de ce 9e art comique en « rite social » dont le regard critique agit autant sur les cadres de la bédé que sur le « vivre-ensemble » de son époque, et ce, en déjouant les préjugés sur un genre littéraire, un médium disent certains, dont la complexité est ici plus qu\u2019évidente.Fabien Deglise AGENCE FRANCE-PRESSE Tokyo Vice est une plongée à cru dans les bas-fonds de Tokyo. Pendant que Christine Jordis, au terme de plusieurs voyages et d\u2019une traversée des langues, publie l\u2019histoire coréenne d\u2019un fameux calligraphe, Hélène Cixous brise d\u2019anciens murs.Doublé pour en finir avec les conflits.G U Y L A I N E M A S S O U T R E L\u2019 Histoire ne manque pas de sages aux jardins secrets.Dans Paysage d\u2019hiver.Voyage en compagnie d\u2019un sage, la romancière Christine Jor- dis, collaboratrice au Monde des livres, membre du jury du Femina, lectrice chez Grasset et ex-directrice de littérature anglaise chez Gall imard, s\u2019est rendue plusieurs fois en Corée, sur les traces de Kim Jeong-hui, dit Chusa.Elle s\u2019approche de ses idéogrammes et de sa vie.Célèbre pour son parcours intellectuel et politique au XIXe siècle, où il a vécu (1786- 1856), ce sage incarne les valeurs confucéennes.C\u2019est un écrivain, un poète, un calligraphe et un peintre.Sa renommée traverse la Chine, et son Paysage d\u2019hiver (Sehando) est un trésor national en Corée.Dans le musée de Séoul qui lui est consacré, Jordis trouve de quoi suivre sa vie.Sa carrière politique, ses ambitions, puis sa disgrâce et le changement radical qu\u2019il opère dans ses valeurs fascinent l\u2019Occidentale, car la calligraphie y atteint un sommet.Du visible à l\u2019invisible Dépaysant, le livre de Jor- dis est à la fois un récit de voyage, une biographie, une brève histoire de la Corée, souvent liée à la Chine, et du taoïsme.Elle y explique ce que furent les Lumières asiatiques, au moment où l\u2019Occident rêvait de progrès et de révolution, avec les violences qui s\u2019ensuivirent.En Corée, c\u2019était une autre histoire.À la cour royale coréenne règne un âge d\u2019or pour les bâtisseurs, mais aussi la profonde transformation du pays par l\u2019entrée du catholicisme et ses conversions, cruellement réprimées.L\u2019histoire politique connaî t des soubresauts .Adepte du bouddhisme zen, Chusa, alors réputé pour sa connaissance des textes néo- confucéens, va connaître l\u2019exil.Il se consacre alors à la calligraphie, un acte artistique de haute spiritualité.«Pur agencement de lignes et de formes qui suggèrent le mouvement impulsé par le souf fle \u2014 la poussée même de la vie.Pas de thème, pas de sens discernable.Le sujet est celui-là : l\u2019élan de la vie.De l\u2019énergie rendue visible.» Jordis est conquise par l\u2019admiration que les Coréens lui por tent et donne à comprendre tout ce que le renoncement monastique du maître, entrecoupé de soubresauts d\u2019action, engendre de beauté et de leçons de vie.Réconciliation Nul doute que dans la recherche d\u2019un bien-être véritable, tant physique que moral, conscient ou inconscient, face au trait tracé, l\u2019idée de paix et de réconciliation a cheminé parmi les adeptes.Il n\u2019est pas étranger, en ce sens, de présenter ici la correspondance, si profonde et si enrichissante, entre Cécile Wajsbrot et Hélène Cixous.Wajsbrot, écrivaine et traductrice à Berlin, a proposé à l\u2019essayiste Cixous de déplier le nœud névralgique de son exil intérieur.Il se nomme Osna- brück, ville où sa mère est née et qu\u2019elle avait dû fuir en 1930.De là, Cixous projette la langue allemande à la lumière de son écriture.Une autobiographie allemande est cette correspondance d\u2019intelligence amicale.Un intense récit imprègne tout ce qui rattache Cixous au verbe essentiel, à ce que son apprentissage du français recouvrit de l\u2019allemand.Sa grand-mère s\u2019adressait à elle dans sa langue.Rien de trop, jamais, dans ses mots, et d\u2019emblée la connivence affective: «Dès que je dis \u201cAllemagne\u201d, Algérie se lève et la suit comme son ombre.» Cette image sonore de l\u2019Allemagne intérieure, sa «prélangue», elle l \u2019enrichit de souvenirs, un voyage à Köln à 14 ans, sa famille, ses lectures innombrables, croisant les langues et les territoires indissociables.Des liens originaux et secrets y cultivent le « ravissement [\u2026] des mots retrouvés ».Elle a un talent fou pour d é p l i e r c h a q u e n o u v e l l e strate de sa pensée origi - naire, qui garde sa simplicité.L\u2019archive y livre des épiphanies, là où le sujet Cixous s\u2019entend \u2014 dans le double sens du terme.Sa musique de l\u2019âme est « une revenance » de fantômes au château for t souter rain, dit-elle en évoquant Montaigne, son repère.Avec quelle habileté elle déloge « ce qui fait jouir, vivre, frissonner, en allemand » ! «C\u2019est très sensuel.Les langues sont des anges à mémoire.Elles gardent ou répètent les pas de Kleist ou celui de Büchner ou celui de Stendhal, le souffle, la course.» Les sages creusent ainsi le matériau de la paix, à même la langue.Collaboratrice Le Devoir PAYSAGE D\u2019HIVER VOYAGE EN COMPAGNIE D\u2019UN SAGE Christine Jordis Albin Michel Paris, 2016, 374 pages UNE AUTOBIOGRAPHIE ALLEMANDE Hélène Cixous et Cécile Wajsbrot Christian Bourgois éditeur Paris, 2016, 108 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 L I V R E S F 5 Rencontre avec Jean Larose Réflexion sur la transmission de notre héritage culturel et religieux Animation: Jean-François Bouchard Jeudi 5 mai 19 h 30 Contribution suggérée: 5 $ Librairie indépendante de quartier 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 Élever la vie, écrire la paix L\u2019échange des langues met en valeur des trésors paisibles ; Jordis en Corée, Cixous en Allemagne M I C H E L B É L A I R R écit presque suffocant de Pier re Lemaître, Trois jours et une vie s\u2019ar ticule en trois dates : 1999, 2011 et 2015.Il tourne autour de l\u2019absence- présence de Rémi, un enfant de six ans disparu brutalement en 1999, deux jours avant Noël, dans une petite localité de la grande région parisienne.Il ne se passe jamais rien à Beauval.Cette disparition sera le prélude d\u2019une tempête de dimension « catastrophe naturelle» qui va détruire une partie du village et mettre fin à la battue pour retrouver le petit Rémi avant qu\u2019elle ne s\u2019amorce vraiment.On ne retrouvera ses restes que 12 ans plus tard.Ce qui ne mettra pour tant pas fin au suspens intenable qui s\u2019appesantira sur le lecteur jusqu\u2019à la toute fin du récit.C\u2019est que le lecteur sait tout d\u2019entrée de jeu.Il sait que le petit Rémi est mor t dès les premières pages du livre et il connaît son assassin.Tout l\u2019art du Prix Goncourt 2013 \u2014 et de son écriture si particulière dans laquelle on a l\u2019impression qu\u2019il n\u2019y a jamais un mot de trop et où les silences sont aussi importants que tous les discours \u2014 tient au fait qu\u2019il nous raconte cette histoire avec les mots et la terreur qui envahissent rapidement le garçon de 12 ans responsable de tout cela : Antoine.Antoine qui est terrorisé tout autant par le geste brutal qu\u2019il a posé, sans s\u2019en rendre compte presque, que par la certitude de se faire prendre.Qui panique.Qui se replie encore plus sur lui-même qu\u2019à l\u2019habitude, persuadé qu\u2019il dévoilera tout si on lui pose la moindre question.Qui attend le jugement, en fait.Puis qui, n\u2019y croyant pas vraiment, se remet à respirer après que la tempête se fut abattue sur Beauval en re léguant son crime au deuxième plan.Antoine que l\u2019on revoit ensuite en 2011, 12 ans plus tard, en visite chez sa mère.Qui n\u2019a jamais oublié mais qui s\u2019est permis de vivre, enfin presque, grâce à Laure.Il revient, une toute dernière fois se dit-il, pour participer à une fête où il revoit tout le monde, enfin ceux qui restent de cette époque et qui sont toujours vivants.Mais rien ne se passera vraiment comme il l\u2019aurait voulu et voilà que, encore une fois, il pose un geste qui le liera à jamais à Beauval.Dernier chapitre, 2015 : Antoine est maintenant un rouage important de la petite ville, et même de toute la région.Il a renoncé à beaucoup de choses, est devenu médecin de campagne et il a presque réussi à donner un sens à sa vie en n\u2019oubliant jamais vraiment Rémi.Jusqu\u2019aux toutes dernières pages du récit où Rémi, comme nous, prend conscience de ne pas être le seul à avoir su\u2026 Ce qui est fascinant dans ce livre, qui peut se lire tout d\u2019un trait tellement il est écrit au r ythme des battements du cœur, c\u2019est le climat d\u2019oppression perpétuelle qui y règne.À tout moment, on a l\u2019impression que la digue va céder ou que la foudre va s\u2019abattre.Qu\u2019Antoine va y passer\u2026 et un peu nous aussi qui savons depuis le début et qui nous cachons un peu avec lui.Pierre Lemaître réussit à nous faire vivre l\u2019angoisse permanente qui afflige son personnage principal ; à un point tel que la lecture se fait vraiment plus facile, plus simple aussi, quand Rémi s\u2019estompe un peu et que la vraie vie reprend sa place.Ou presque.Un récit aussi exemplaire que fascinant ; l\u2019œuvre d\u2019un maître.Rien de moins.Collaborateur Le Devoir TROIS JOURS ET UNE VIE Pierre Lemaître Albin Michel Paris, 2016, 279 pages POLAR Au pays de l\u2019angoisse Pierre Lemaître nous fait vivre un thriller de l\u2019intérieur YI HAN-CHEOL CC La figure de l\u2019écrivain, peintre et calligraphe Kim Jeong-hui, dit Chusa, habite les pages de Paysage d\u2019hiver de Christine Jordis.FRANÇOIS GUILLOT AGENCE FRANCE-PRESSE Pierre Lemaître signe Trois jours et une vie, un récit presque suffocant qui se découpe en trois dates.D A V E N O Ë L Que ce soit sur les toits, dans les r uelles ou les jardins communautaires, les urbainculteurs renouent avec la tradition des potagers in- tra -muros de la Nouvel le - France .L\u2019h is tor ien Jean - P ier r e Har dy n \u2019a pas a t - tendu ce retour à la ter re des citadins pour s\u2019intéresser aux légumes d\u2019autrefois.En 1608, Champlain est accompagné de son jardinier lorsqu\u2019i l fonde Québec au pied du cap Diamant.Entre deux voyages dans les pays d\u2019en haut, l\u2019explorateur expérimente les pousses du Vieux Continent en sol américain.« Ses jardins symbolisaient aussi la souveraineté française et l\u2019ordre », écrit l\u2019auteur de Jardins et jardiniers lau- rentiens (1660-1800).Aux XVIIe et XVIIIe siècles, Québec et Montréal sont de véritables « villes vertes ».À l\u2019intérieur des remparts, les communautés rel igieuses aménagent de gigantesques potagers ser vant à la fois à l\u2019alimentation, à la médecine, au loisir et au recueillement.À lui seul, le jardin du gouverneur s\u2019étend sur plus de 10 000 mètres carrés dans la haute ville de la capitale.La revanche de la patate Hardy, chercheur associé au Musée canadien de l\u2019histoire, dresse un inventaire détaillé des potagers urbains de la Nouvelle-France.« On cultive majoritairement des choux, des oignons, du céleri, des salades, des herbes à saler, des navets, des betteraves, des carottes, des fèves et des échalotes, écrit-il.Oublions les asperges, et les poireaux qui sont cultivés par une minorité seulement des citadins, de même que les radis, les courges et les pois.» L\u2019auteur montre à quoi pouvaient ressembler ces légumes qui seraient sans doute jugés trop laids pour figurer dans les étalages aseptisés de nos supermarchés.En se pro jetant dans le passé, les historiens adeptes de métissage ont parfois exagéré l\u2019apport des Amérindiens à la table des colons.L\u2019auteur rappelle à ce sujet que le blé d\u2019Inde autochtone cultivé aux premiers temps de la colonie n\u2019a été adopté que par nécessité.Cette variété de maïs, le plus souvent réduite en farine pour faire du mauvais pain, n\u2019apparaît presque plus dans les potagers urbains de la fin du XVIIe siècle.Sous l\u2019Ancien Régime, on méprise également la patate.Faute de mieux, on en donne aux réfugiés acadiens qui fuient les déportations britanniques de 1755.Le tubercule mal-aimé prendra toutefois sa revanche dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, explique Hardy dans cet essai qui fait le tour du jardin.Le Devoir JARDINS ET JARDINIERS LAURENTIENS (1660-1800) Jean-Pierre Hardy Septentrion Québec, 2016, 298 pages HISTOIRE Les villes vertes de la Nouvelle-France Les Jésuites et les Récollets ont aménagé de gigantesques potagers intra-muros Un récit aussi exemplaire que fascinant ; l\u2019œuvre d\u2019un maître.Rien de moins.SEPTENTRION Le patron des jardiniers, Saint Fiacre, s\u2019est consacré à la culture de plantes médicinales. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 ESSAIS F 6 M I C H E L L A P I E R R E P our se rajeunir et prétendre à l\u2019originalité, la droite, depuis la fin des années 1970, se présente volontiers comme radicale, mot qu\u2019on associait souvent à la gauche.Margaret Thatcher l\u2019a fait.Ont suivi dans cet esprit Reagan, Bush père et fils, Sarkozy et, ici, Harper et Couillard.Chroniqueur au Devoir, Jean- François Nadeau, dans son essai Les radicaux libres, réinvente l\u2019espoir éteint par ces électrons libres qu\u2019il persifle en refoulant colère et honte.L e s t e n a n t s p o l i - tiques du néolibéra- lisme agissent en effet de manière indépendante par rap- por t à l\u2019humanité.Ils défendent seulement, au dire de Nadeau, l\u2019infime minorité des « rois du marché » qui forment la « dictature de l\u2019actionnariat ».Derrière le style brillant et plein d\u2019humour se cachent une rage et une douleur très profondes.On les sent déjà quand l\u2019auteur signale qu\u2019« on consacre de plus en plus d\u2019argent à gérer » la pauvreté pour en faire « une véritable industrie » néolibé- rale, « alors qu\u2019il conviendrait plutôt de l\u2019éradiquer ».Dans le recueil de ses textes écrits entre 2003 et 2016 (certains, retravaillés, issus de sa chronique du Devoir, d\u2019autres puisés ailleurs ou parfois inédits), on les perçoit comme jamais à travers les pages consacrées au triste sort actuel des autochtones.En visitant le village algonquin de Kitcisakik, au sud de Val-d\u2019Or, Nadeau ausculte, dans son propre pays, une réalité brutale : la misère.Maisonnettes qui paraissent de carton.Ni égout, ni eau courante, ni électricité pour les 300 habitants.Le journaliste ne nie pas que le sor t des Amérindiens fut moins tragique dans leurs rapports avec les Canadiens français qu\u2019avec les Anglo-Saxons et que l\u2019ensauvagement de nos coureurs des bois et la sympathie du Québec pour Louis Riel, chef des Métis, comptent parmi les «belles aventures humaines».Mais il nous convainc que le dépérissement des autochtones devrait provoquer une remise en cause salutaire de la poétisa- tion de nos liens historiques avec eux.Nous ne pouvons, souligne-t-il avec pénétration, « neutraliser l\u2019horreur en la transposant sur une échelle de degrés de douleur ».En définitive, pas plus que les autres descendants d\u2019Européens, nous ne sommes justifiés de prétendre à un « par tena- riat » avec les Amérindiens, fût-il forgé par les siècles.Terriblement lucide, Nadeau explique : « Il y a des vainqueurs.Et des vaincus.» Ce qui ne l\u2019empêche pas de croire encore à la nécessité de l\u2019indépendance du Québec, même pour les enfants gâtés du colonialisme anglais que nous furent par comparaison avec les Amérindiens, les esclaves noirs, d\u2019autres colonisés de couleur, les Irlandais, les Acadiens.Sa colère et sa honte, Nadeau réussit à les apaiser en admirant l\u2019indépendantiste Pierre Bourgault pour avoir rêvé d\u2019un Québec sans drapeau et sans hymne national ayant pour seules choses à par tager avec le reste du monde sa l iber té ainsi que sa fraternité.Collaborateur Le Devoir LES RADICAUX LIBRES Jean-François Nadeau Lux Montréal, 2016, 216 pages Réinventer l\u2019espoir Un autre Québec est possible, plaide Jean-François Nadeau de sa plume de penseur indigné E n 2009, Normand Bail- largeon avait choisi une ampoule électrique pour illustrer la couverture de son essai Raison oblige (PUL).Le message était clair : le philosophe se voulait un homme des Lumières.Cette filiation est textuellement réitérée dans son recueil d\u2019essais La dure école.Baillargeon, en effet, se réclame du projet de Kant et de Condorcet « visant à contribuer, par l\u2019éducation et la culture, à la construction de sujets rendus autonomes par l\u2019acquisition et la compréhension de savoirs et qui prennent part à un projet politique démocratique se donnant pour objectifs le progrès, la justice et [\u2026] l\u2019émancipation collective».Chroniqueur à la radio de Radio-Canada et dans les périodiques À bâbord !, Voir et Québec Science, l\u2019hyperactif Baillargeon a enseigné la philosophie de l \u2019éducation à l\u2019UQAM jusqu\u2019à l\u2019an dernier.Son activité intellectuelle foisonnante est animée par le souci de fournir à ceux qui l\u2019écoutent et le lisent les outils nécessaires à une participation éclairée à ce que le philosophe John Dewey appelait la « conversation démocratique ».Auteur de l\u2019excellent Petit cours d\u2019autodéfense intellectuelle (Lux, 2005), illustré par le regretté Charb, Baillargeon fait œuvre indispensable en nous invitant sans cesse à la vigilance et à la résistance citoyennes.« Deux grandes institutions, écrit-il, ont été imaginées par la modernité pour lutter [\u2026] contre tout ce qui menace la vie démocratique et cette nécessaire part de transparence qu\u2019elle demande pour être digne de ce nom.» Il s\u2019agit des médias et de l\u2019éducation.Or, il appert, selon le philosophe, que ces deux institutions elles-mêmes peuvent être détournées de leurs fins libératrices.Il convient alors de ne pas en être les dupes et de s\u2019engager à leur redonner leur potentiel émancipateur.Propagande médiatique Dans un monde où régnerait l\u2019idéal démocratique, les médias fourniraient au public l\u2019information et les éclairages lui permettant « de contrôler intelligemment le processus politique » , écrivent Noam Chomsky et Edward S.Herman.Or, constatent ces derniers, ce n\u2019est pas le cas.Les médias se portent plutôt «à la défense des intérêts économiques, politiques et sociaux des groupes privilégiés qui dominent la société civile et l\u2019État».Possédés le plus souvent par des entreprises capitalistes obsédées par le profit, dépendant de la publicité commerciale et de sources d\u2019information favorables à l\u2019ordre établi, les grands médias sont en quelque sor te sous la férule des institutions dominantes et inféodés à l\u2019idéologie du libre marché, explique Baillargeon en reprenant les principaux éléments du « modèle propagandiste » conceptualisé par Chomsky et Herman.«Pour ma part, ajoute le philosophe dans une formule rassurante pour le journal que vous tenez entre vos mains, je mesure à cette aune le profond attachement que je ressens pour un quotidien indépendant comme Le Devoir et pour quelques médias alternatifs.» Dans un passionnant essai consacré à Edward L.Bernays, neveu de Freud et créateur de l\u2019industrie des relations publiques, Baillargeon montre que cette dernière, de plus en plus envahissante, pervertit la démocratie en imposant comme vérités, par des techniques de manipulation, les intérêts des groupes qui ont les moyens de recourir à ses services.Au lieu de fournir des lumières, donc, les grands médias et l\u2019industrie des relations publiques fabriquent, selon la formule de Chomsky et Herman, du consentement.La thèse n\u2019est pas neuve, mais vaut d\u2019être rappelée.Dérive scolaire Le second front de la résistance à laquelle nous convie Baillargeon concerne l\u2019instruction publique.Cette dernière, qui devrait avoir pour mission de communiquer « à chacun les connaissances et les vertus permettant de prendre part à la grande conversation démocratique », est en crise.L\u2019autorité des savoirs et des enseignants est contestée et une idéologie platement utilitaire s\u2019impose de plus en plus à l\u2019école.La nécessaire préparation au marché du travail prend outrageusement le pas sur la transmission culturelle, seule à même d\u2019amener l\u2019élève sur la voie de l\u2019autonomie intellectuelle et de l\u2019esprit critique.Dans le meilleur essai de ce recueil, Baillargeon avance quelques propositions pour contrer cette dérive, alimentée selon lui par la réforme de 1999.Il importe, suggère-t-il, de mettre l\u2019accent sur une éducation scientifique à visée démocratique, axée sur « la compréhension des principes et des méthodes de la science » plus que sur des savoirs spécialisés.Il faut, de même, privilégier l\u2019enseignement « des mathématiques citoyennes », celles qui permettent « de comprendre toutes ces données chif frées, ces tableaux, ces sondages et autres dont nous sommes désormais constamment bombardés».La littérature et les autres arts, qui humanisent, doivent aussi être au cœur de ce programme, tout comme l\u2019histoire, à laquelle il conviendrait de faire une place importante dans toutes les matières, notamment en sciences.Cette culture, enfin, devrait être transmise avec des méthodes éprouvées (par la tradition et, c\u2019est la marotte de Bail- largeon, par la recherche), c\u2019est-à-dire celles que la réforme a rejetées, et à l\u2019échelle nationale, «car le fait est qu\u2019une culture commune, par laquelle nous disposons notamment d\u2019un vocabulaire et de référents communs, est indispensable à la poursuite de la conversation démocratique et à la constitution même d\u2019un monde commun».Résister ne suffit pas, écrit Normand Baillargeon.Il faut aussi brandir les idéaux pour lesquels on se bat et en rendre raison.Le philosophe, lui, veut des Lumières pour au- jourd\u2019hui.Seuls les éteignoirs le contrediront.louisco@sympatico.ca LA DURE ÉCOLE Normand Baillargeon Leméac Montréal, 2016, 184 pages Les Lumières de Normand Baillargeon Que faire pour permettre aux médias et à l\u2019école de jouer pleinement leur rôle démocratique ?ESSAI PROPOS SUR L\u2019ÉDUCATION Normand Baillargeon M éditeur Saint-Joseph-du-Lac, 2016, 264 pages Normand Baillargeon est tenace, creuse sans cesse les mêmes sillons et écrit beaucoup.Pourtant, on ne se lasse pas de le lire parce que sa prose critique est limpide, éclairée et vivante.Dans ce solide recueil de textes, il redit l\u2019importance de la philosophie de l\u2019éducation, trop souvent négligée dans la formation des enseignants, et expose avec un remarquable sens pédagogique ce que la recherche sérieuse nous apprend sur certaines réalités scolaires (notamment les devoirs et le goût de la lecture).Il rend aussi d\u2019instructifs hommages à ses propres modèles, parmi lesquels on retrouve Condorcet, Einstein, Prévert, Chomsky et le fabuleux philosophe, à la fois sceptique et croyant, Martin Gardner.Pédagogue sympathique et de première qualité, allergique à la marchandisa- tion des savoirs, Baillargeon confie «placer en [l\u2019éducation] une part substantielle de son espérance».Il donne à tous le goût de faire de même.Louis Cornellier LOUIS CORNELLIER ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Pour le penseur québécois, l\u2019instruction publique devrait avoir pour mission de communiquer « à chacun les connaissances et les vertus permettant de prendre part à la grande conversation démocratique ».La résistance telle que je l\u2019espère, telle que je nous la souhaite, est une résistance pour et avec autrui, lucide et généreuse, alimentée d\u2019idéaux de justice et de vérité Normand Baillargeon » « JACQUES NADEAU LE DEVOIR Plusieurs pages des Radicaux libres sont consacrées au triste sort réservé aux peuples autochtones."]
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