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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2016-04-30, Collections de BAnQ.

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[" R O B E R T D U T R I S A C Correspondant parlementaire à Québec En janvier dernier, lors des consultations en commission parlementaire visant le projet de loi 77 sur l\u2019immigration, une immigrante ivoirienne, Georgina Kokoun, a lancé un cri du cœur : « Je parle français ou je parle anglais?Je suis dans le dilemme; il faut bien que je choisisse.» Elle se disait prise entre deux feux, victime de la concurrence linguistique qui a cours dans la région de Montréal.«Qu\u2019on dise que l\u2019immigrant est la cause du recul du français, moi, je suis désolée : il faut [plutôt] que la société se pose la question : est-ce qu\u2019on veut que le français soit la langue commune ?» Cette immigrante n\u2019a pas trouvé d\u2019emploi dans son domaine de compétence \u2014 l\u2019informatique \u2014 en raison de son manque de connaissance de l\u2019anglais, avait-elle relaté.Vendredi dans Le Devoir, une lettre des lecteurs décrit une tout autre réalité.« Il n\u2019y a pas d\u2019emplois pour nous ici.Il faut connaître le français même si nous n\u2019en avons pas besoin pour notre travail ! » s\u2019indignait une immigrante de longue date citée dans cette lettre.« J\u2019ai été accueillie en anglais, j\u2019ai étudié en anglais, je vis en anglais et tout à coup, je dois passer un test de français pour travailler\u2026 en anglais ! ?» La réalité montréalaise Ce sont deux manifestations opposées de la réalité de la région de Montréal, où s\u2019installe la très grande majorité des immigrants.Montréal, deuxième ville francophone au monde, disait- on.C\u2019est devenu un slogan vide de sens parce que d\u2019une par t, des villes africaines comme Kinshasa ou Abidjan ont largement devancé Montréal pour le nombre d\u2019habitants.Mais aussi parce qu\u2019en réalité, Montréal est une ville bilingue.La majorité de la population parle le français et l\u2019anglais.Au gouvernement, on reconnaît qu\u2019un immigrant peut très bien travailler et vivre en anglais dans la région de Montréal.Mais c\u2019est à son détriment, puisqu\u2019il s\u2019isole, il se coupe de la majorité, avance-t-on.D\u2019ailleurs, la très grande majorité des anglophones de l\u2019île de Montréal sont aujourd\u2019hui bilingues.Près de la moitié des Montréalais utilisent le français et l\u2019anglais au travail.Dans la région de Montréal, l\u2019immigrant a accès à tous les services publics en anglais grâce au réseau d\u2019institutions qui desservent la minorité anglophone.En outre, l\u2019État québécois communique avec lui en anglais si c\u2019est là son souhait.Ses enfants doivent fréquenter l\u2019école primaire et secondaire en français, mais ils pourront se rattraper en s\u2019inscrivant au cégep anglais, où ils pourront achever leur socialisation, pour accéder ensuite aux universités anglophones.Les deux tiers des enfants de la loi 101 fréquentent le cégep anglais.Ils seront bilingues, voire trilingues, mais ils ne seront pas tous intégrés à la culture québécoise.Plusieurs travailleront en anglais.Paradoxe En revanche, de nombreux immigrants qui ne parlent pas français, tout comme plusieurs membres de la communauté anglophone, quittent le Québec.Le quart des immigrants admis entre 2004 et 2013 sont partis, soit 118 000 personnes.De ce nombre, la moitié ne parlait pas français.Paradoxalement, ces dépar ts, ajoutés à ceux des membres de la communauté anglophone, ont pour effet de maintenir la place du français dans la région de Montréal.La communauté anglophone, de son côté, se plaint de cette migration.Au gouvernement, on répète que l\u2019immigration doit pallier les besoins de main-d\u2019œuvre, mais aussi contribuer à l\u2019essor du français.Le gouvernement Couillard veut aussi maintenir le poids démographique du Québec au sein du Canada, une tâche pour l\u2019heure impossible : le Canada accueillait déjà un nombre élevé d\u2019immigrants, et Ottawa vient de hausser de 280 000 à 305 000 immigrants son objectif d\u2019accueil pour 2016.Pour suivre le rythme, le Québec devrait admettre 70 000 immigrants.Après que le premier ministre eut évoqué un seuil de 60 000 immigrants, tout comme la nouvelle politique d\u2019immigration, Kathleen Weil, ministre de l\u2019Im- midration de la Diversit.et de l\u2019Inclusion (MIDI), a indiqué que le seuil actuel de 50 000 sera maintenu pour tenir compte de la capacité d\u2019intégration de la société québécoise.L\u2019intégration L\u2019intégration en emploi des nouveaux arrivants francophones pose problème, surtout pour ces immigrants qui ne parlent pas anglais.Le taux de chômage des immigrants (admis depuis cinq ans ou moins) qui ne parlent que le français \u2014 en plus, souvent, de leur langue maternelle autre \u2014 atteint 23%.Mais ceux-ci restent au Québec dans une propor tion qui dépasse 85 %, contrairement aux immigrants qui parlent anglais et qui sont beaucoup plus mobiles.La discrimination dont font preuve les employeurs ainsi que les problèmes de reconnaissance des compétences nuisent à l\u2019embauche de ces immigrants francophones.Mais l\u2019exigence généralisée du bilinguisme en emploi représente un autre frein pour eux.Dans ce contexte, doit-on prévenir les candidats à l\u2019immigration du Maghreb, de la Côte d\u2019Ivoire ou du Sénégal qu\u2019ils devront apprendre l\u2019anglais s\u2019ils désirent s\u2019installer dans la région de Montréal ?La ministre croit que non.« Nous, on ne peut pas lancer un autre message [qu\u2019au Québec, ça se passe en français], a af firmé Kathleen Weil au Devoir.On veut attirer des gens qui veulent vivre en français au Québec.» Le MIDI agira sur trois plans : choisir davantage de candidats qui parlent français (95 % des candidats sélectionnés \u2014 issus l\u2019immigration dite économique \u2014 disent parler français), favoriser une meilleure adéquation avec le marché du travail grâce à un nouveau mode de sélection et, enfin, renforcer les services de francisation et d\u2019intégration.En matière de francisation, après les coupes des deux dernières années, le MIDI peut compter en 2016 sur 4 millions de plus par rapport à 2015.La langue de travail Mais le MIDI ne peut rien au regard de la langue de travail des immigrants.Le chômage chez les immigrants francophones, «c\u2019est sûr que c\u2019est désolant», juge la ministre.«Le mot n\u2019est pas trop fort.On travaille tellement fort pour aller chercher des gens qui parlent français.» En matière de langue de travail, le gouvernement Couillard n\u2019a aucune intention de renforcer la loi 101, rejetant toute coercition identitaire.Il Michel David Philippe Couillard ne contrôle plus le ministre Barrette Page B 3 Sciences Le microbiote intestinale, un allié indispensable Page B 6 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 Nuit debout La contestation se transformera-t-elle en mouvement social?Page B 2 H A L A K O D M A N I L e rideau est tombé formellement, mercredi à Genève, sur la session des pourparlers in- tersyriens.En réalité, la pièce s\u2019est interrompue la semaine dernière sur une scène de dévastation diplomatique et militaire.La Russie, maître du jeu en Syrie depuis la fin de l\u2019été, continue de décider du sort de la guerre et de la paix.Aux yeux de l\u2019opposition syrienne, elle est responsable du déraillement du processus politique.Dans le même temps, les autres pays impliqués et favorables aux négociations semblent avoir renoncé à jouer leur rôle.Sur le terrain, la trêve, plus ou moins respectée depuis fin février, a volé en éclats il y a une dizaine de jours.Les bombardements du régime et de l\u2019aviation russe ont fait des centaines de morts à Alep.La livraison de l\u2019aide humanitaire aux localités assiégées, en particulier dans la banlieue de Damas, a été tardive et très partielle.C\u2019était, avec la cessation des hostilités, l\u2019autre condition préalable pour l\u2019ouverture du dialogue entre le régime de Bachar al-Assad et l\u2019opposition.Résultat, la principale délégation de cette dernière, représentée par le Haut Comité des négociations (HCN), a quitté la table de Genève.Sabotage programmé des négociations « La Russie est la clé du changement en Syrie.Il suf firait d\u2019un coup de fil de Poutine à Assad pour l\u2019obliger à respecter les termes de la cessation des hostilités », af firmait Samy Mus- salat, porte-parole du HCN, avant de quitter Genève la semaine dernière.Il n\u2019y a jamais eu d\u2019appel de Vladimir Poutine et l \u2019escalade des combats s\u2019est poursuivie, si bien que certains opposants syriens se demandent si finalement Genève n\u2019a été qu\u2019une duperie.« Fallait-il organiser cette comédie pour nous pousser à bout et rendre l\u2019opposition syrienne représentative responsable de l\u2019échec des négociations, pour revenir sur le régime et les opposants compatibles ?» s\u2019interroge un chef de l\u2019opposition qui tient à garder l\u2019anonymat.Souvent prompts à décrire avec précision des plans retors qu\u2019ils prêtent aujourd\u2019hui à Moscou et/ou à Washington, les opposants estiment pouvoir appuyer leurs soupçons au sujet d\u2019un « sabotage programmé des négociations».Le comportement des Russes sur le terrain, comme les déclarations de leurs responsables et de leurs diplomates depuis l\u2019avortement des pourparlers à Genève, rappellent ces derniers jours qu\u2019ils n\u2019ont pas changé leur stratégie : liquider militairement la rébellion anti-Assad, comme ils l\u2019ont fait depuis le début de leur campagne militaire à l\u2019automne, et disqualifier l\u2019opposition politique qui rejette une transition laissant en place Bachar al-Assad.Le ministre russe des Affaires étrangères, Ser- gueï Lavrov, bête noire de l\u2019opposition syrienne, avait affirmé, après le retrait de la délégation du HCN de Genève, que «ce n\u2019était pas une perte» et qu\u2019il «ne fallait pas lui courir après».«Les négociations se poursuivent malgré le retrait de certains participants», a ajouté Lavrov lundi.Surtout, il a précisé que le HCN n\u2019était pas « le seul groupe de l\u2019opposition syrienne».SYRIE Ballet russe et ruse de guerre Près de la moitié des nouveaux arrivants qui parlent anglais mais pas le français quittent le Québec, une donnée qui illustre les limites de la francisation des immigrants.D\u2019autres choisissent de s\u2019intégrer à la communauté minoritaire de langue anglaise.Pour contrer le phénomène, le gouvernement Couillard veut améliorer la sélection des immigrants, tout en rejetant toute mesure coercitive.POLITIQUE D\u2019IMMIGRATION La langue au Québec, un casse-tête pour l\u2019immigrant JACQUES NADEAU LE DEVOIR Au gouvernement, on répète que l\u2019immigration doit pallier les besoins de main-d\u2019œuvre, mais aussi contribuer à l\u2019essor du français.«Fallait-il organiser cette comédie pour nous pousser à bout ?» AMEER ALHALBI AGENCE FRANCE-PRESSE On en est maintenant rendu à décréter une trêve partielle en Syrie, alors que de furieux combats font rage.VOIR PAGE B 3 : RUSE Il faut que la société se pose la question : est-ce qu\u2019on veut que le français soit la langue commune ?Georgina Kokoun « » VOIR PAGE B 3 : IMMIGRATION L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 2 I S M A Ë L H A L I S S A T L a situation paraissait inextricable.Place de la République, à Paris, mardi après-midi, un petit groupe débat des règles\u2026 de débat.La discussion tourne un peu rond, le vent et la pluie du jour n\u2019aidant pas.« C\u2019est impossible de trouver la solution idéale tout de suite, ça fait plusieurs jours qu\u2019on en discute, au bout d\u2019un moment il faut simplement tester quelque chose », estime l\u2019un des participants.Au milieu du cercle, un écriteau indique aux passants la nature des échanges : « commission démocratie sur la place ».Un mois après le lancement de Nuit debout, et alors que certains craignent un enlisement du mouvement, ce groupe de travail s\u2019est donné comme objectif de proposer une nouvelle forme d\u2019organisation.Et notamment de faire des propositions pour que l\u2019assemblée générale soit en mesure de se positionner politiquement dans le débat public.L\u2019idée : dépasser les votes au jour le jour, qui ne permettent pas d\u2019engager Nuit debout sur le long terme, ni de définir un cadre où il serait possible de discuter, notamment, de «stratégie de lutte » ou d\u2019objectifs communs.Un seul exemple : la fameuse règle des deux minutes maximum disponibles pour chaque interlocuteur, chronomètre en main.Avec ce système, le mouvement prend le risque de rester « centré sur lui-même », sans pouvoir dépasser les coups de gueule ou les appels à la mobilisation pour telle ou telle cause.Bref, Nuit debout serait paralysé par son manque d\u2019efficacité concrète.À rebrousse-poil Le reproche est d\u2019abord venu des initiateurs de la mobilisation, lancée avec le mot d\u2019ordre «On ne rentre pas chez nous», après la manifestation syndicale du 31 mars.Rassemblés au sein du collectif Convergence des luttes, François Ruffin, rédacteur en chef du journal Fakir, l\u2019économiste Frédéric Lordon et d\u2019autres estiment les assemblées générales inadaptées à cette lutte, leur premier objectif étant le retrait de la loi travail.Un but qui, pour beaucoup à la place de la République, est déjà loin derrière.Dès le quatrième soir d\u2019occupation, l\u2019économiste sonnait ainsi l\u2019alerte : « Nous n\u2019occupons pas pour occuper, mais pour atteindre des objectifs politiques.» Depuis 20 minutes, ce soir-là, les débats tournaient autour de l\u2019organisation de la cantine et du fait de savoir s\u2019il fallait absolument cuisiner sur la place\u2026 L\u2019économiste a par la suite développé sa pensée sur le concept d\u2019horizontalité dans le mouvement : «Ce que je vais dire a sans doute tout pour prendre à rebrousse-poil les inclinations spontanées de la Nuit debout, mais tant pis.Je pense qu\u2019à l\u2019échelle macroscopique, il n\u2019y a pas de politique sans une forme ou une autre d\u2019institutionnalisation, et même de représentation.» Autrement dit, le mouvement Nuit debout ne peut pas fructifier avec un fonctionnement en «horizontalité pure ».Face au constat qu\u2019ils font de l\u2019immobilisme du mouvement, François Ruffin et ses camarades tentent alors de reprendre les choses en main, en organisant une soirée à la Bourse du travail intitulée « L\u2019étape d\u2019après ?».En ouverture, le réalisateur de Merci patron ! exprime son sentiment : « Je me balade sur la place pour savoir ce qui est prévu dans deux ou trois semaines, savoir ce qu\u2019est l\u2019étape d\u2019après.Et là, j\u2019ai rien.» L\u2019idée originelle d\u2019une convergence entre la jeunesse et les salariés ne pourrait pas prendre corps, selon lui, avec le fonctionnement actuel de Nuit debout.Depuis, la graine a germé.Et sur la place, les débats pour faire évoluer le fonctionnement de l\u2019assemblée générale se poursuivaient.D\u2019une petite pochette bleue, Mathieu, le modérateur du jour, sort une vingtaine de feuilles détaillant l\u2019état des réflexions : « Ce serait intéressant d\u2019avoir vos retours sur ce qu\u2019on veut proposer à l\u2019assemblée générale.» Problème, pratiquement aucune des personnes présentes n\u2019a lu les documents.Pendant que Manon tente d\u2019en faire un résumé, les textes s\u2019envolent sous l\u2019effet du vent.Imperturbables, les participants essayent, malgré une averse de grêle, de faire avancer la réflexion.Sur plusieurs schémas complexes, le processus de vote « expérimental » est expliqué.«Le but, c\u2019est d\u2019arriver à trouver un socle de légitimation des prises de décision.Il faudrait que ce processus soit rapide.Une proposition est sur la table un jour, les gens en discutent et, trois ou quatre jours plus tard, une assemblée votante adopte ou non la suggestion, commente Mathieu.Mais surtout, il faut que tout ça reste souple, on ne veut pas reproduire le fonctionnement de l\u2019Assemblée nationale française.» Un des participants se demande si la solution ne pourrait pas se trouver sur Internet : «Ça permettrait de prendre le temps de réfléchir aux idées proposées, et même de voter.» «Moments partagés» Si cette nécessité de trouver un espace pour les prises de décision est souvent revenue lors des débats en assemblée générale, elle est aussi relativisée par d\u2019autres.« Ceux qui sont impliqués dans l\u2019organisation sont très at- tenti fs au processus démocratique.Mais je pense qu\u2019on est ici dans une temporalité bien plus large de débordement des organisations classiques.On ne peut pas penser ce mouvement avec le cadre classique de la lutte sociale, où l \u2019on prévoit un coup pour une date, et où l\u2019on négocie avec untel », estime Ludo, impliqué dans Nuit debout à Paris depuis son lancement.Le jeune homme poursuit : « Il faut qu\u2019on se laisse le temps.La véritable nouveauté ici, c\u2019est que chacun propose, confronte et que ça s\u2019étende un peu partout.Et quand un jour les gens rentreront chez eux, i l restera ces connexions créées, ces moments par tagés.De toute façon, c\u2019est un mouvement qui va agir sur le long terme.» Pour lui, le débat sur l\u2019horizontalité est un problème très relatif.D\u2019autant que ces derniers jours, l\u2019assemblée générale semble délaissée.Les participants continuent cependant de faire vivre les commissions thématiques (féminisme, éducation populaire, grève générale\u2026).Et Nuit debout s\u2019est quelque peu délocalisé sur des terrains de lutte par des occupations ou des manifestations sauvages, en soutien aux intermittents ou aux migrants.D\u2019autres formes d\u2019actions, plus directes, qui ne préfigurent pas vraiment une formalisation plus accrue du mouvement.Libération FRANCE Nuit debout: «Il faut que ça reste souple» PHILIPPE LOPEZ AGENCE FRANCE-PRESSE Le mouvement Nuit debout s\u2019est donné comme objectif de proposer une nouvelle forme d\u2019organisation.I S M A Ë L H A L I S S A T Yves Sintomer est professeur en science politique à l\u2019Université Paris-8 et chercheur invité au University College de Londres.Ses travaux portent sur la démocratie participative et la démocratie délibérative : jurys citoyens, budgets participatifs, conseils de quartier\u2026 En quoi l\u2019organisation du mouvement Nuit debout est-elle originale?Nuit debout s\u2019inscrit dans la lignée d\u2019Occupy Wall Street à New York, du 15-M espagnol à Madrid, des mobilisations dites des parapluies à Hong Kong ou des tournesols à Taïwan.En revanche, la France n\u2019avait pas encore connu un tel mouvement, même si des rapprochements peuvent être faits avec Mai 68, où existaient des assemblées générales et des occupations de place.Mais avec une différence de taille : le débat est beaucoup plus démocratique et organisé à Nuit debout.On y fait attention à ce que la parole ne soit pas monopolisée par des organisations traditionnelles, par des hommes au détriment des femmes, ou bien encore que les interventions ne soient pas trop longues.En tout état de cause, l\u2019assemblée générale opère une véritable libération de la parole pour certaines personnes qui habituellement n\u2019ont pas accès à des tribunes.Autre point for t : seules les initiatives qui remportent une forte approbation peuvent être vraiment mises en œuvre.Les meneurs et les leaders n\u2019ont pas leur place dans ce type de mouvements, d\u2019inspiration libertaire.En théorie, dans cette forme d\u2019organisation, personne ne peut prendre une décision d\u2019en haut.Proclamer que l\u2019organisation du mouvement est thorizontale suffit-il à faire disparaître les processus de domination existants dans nos sociétés?C\u2019est effectivement une mythologie de croire qu\u2019une organisation où chacun peut prendre librement la parole pendant deux minutes est forcément égalitaire.Les rapports de pouvoir sont certes atténués par l\u2019horizontalité, mais la plupart des participants ont un certain capital intellectuel et social.Les propositions qui vont emporter l\u2019adhésion viennent souvent de gens qui ont une certaine expérience des luttes et une maîtrise de la communication.L\u2019assemblée générale peut-elle être porteuse de propositions politiques?L\u2019assemblée générale permet d\u2019annoncer des actions, de mettre en avant des valeurs, mais les décisions ne sont généralement prises uniquement que pour le jour même.Les débats repartent pratiquement à zéro d\u2019un jour sur l\u2019autre.Ils ne se cumulent pas.Au-delà d\u2019un certain temps, ce fonctionnement s\u2019épuisera.Mais il ne faut pas faire de l\u2019assemblée générale la seule émanation valable de Nuit debout.C\u2019est une structure parmi d\u2019autres, une seule pièce du spectre.À côté, il y a les commissions qui font un travail de fond.Et puis, il y a la parole que chacun exprime dans les médias ou les multiples actions \u2014 intermittents, migrants, etc.\u2014 qui profitent de l\u2019écho que leur donne le mouvement\u2026 Est-ce que ce mouvement doit se structurer pour durer?Cette forme spécifique de mobilisation, sur une place, ouverte à tous ceux qui le veulent, peut difficilement se transformer en un mouvement social structuré, même si elle est en soi politique et si elle peut favoriser indirectement des formes plus classiques de lutte.Une place est avant tout un espace de parole et un endroit où l\u2019on construit symboliquement ce que pourrait être une autre société.Toute tentative de transformer ce mouvement en une organisation structurée va se heurter à des divergences majeures entre les participants.Lorsque l\u2019on est dans une usine ou une université, c\u2019est-à-dire un lieu circonscrit, l\u2019inverse d\u2019une place ouverte, c\u2019est un nombre de personnes déterminé qui prend une décision.Une large majorité peut alors parler pour tout le collectif.À partir du moment où l\u2019on veut faire des choix qui engagent toutes les personnes qui prennent part à un mouvement, on est obligé de délimiter les contours.Libération ENTREVUE «Une transformation en un mouvement social structuré paraît difficile» On ne peut pas penser ce mouvement avec le cadre classique de la lutte sociale, où l\u2019on prévoit un coup pour une date, et où l\u2019on négocie avec untel Ludo « » PHILIPPE LOPEZ AGENCE FRANCE-PRESSE À Nuit debout, le débat est démocratique et organisé. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 3 L e projet de loi 92 qui vise à accroître les pouvoirs de la Régie d\u2019assurance maladie est inutile puisque la fraude est un phénomène marginal chez les médecins, soutient la Fédération des omnipraticiens.Le pire est qu\u2019elle a probablement raison : les médecins sont tout à fait capables de s\u2019assurer des revenus scandaleusement élevés en toute légalité.En revanche, la FMOQ a tort de penser que le projet de loi nuira à l\u2019image des médecins en laissant croire à la population que des sanctions légales sont nécessaires pour les maintenir dans le droit chemin : ils n\u2019ont besoin de personne pour ternir leur image.Selon les chiffres de la RAMQ, les omnipraticiens ont vu leur rémunération augmenter de 23 % au cours des cinq dernières années.Dans le cas des spécialistes, la hausse atteint même 33 %, pour un salaire moyen frisant les 400 000 $.« Il n\u2019y a rien de nouveau.C\u2019est toujours la même entente », plaide la présidente de la FMSQ, Diane Francœur.Ce n\u2019est peut- être rien de nouveau, mais c\u2019est toujours aussi choquant pour ceux dont les revenus stagnent, quand ils ne diminuent pas.Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, s\u2019était indigné le mois dernier quand Pierre Karl Péladeau l\u2019avait qualifié de Tartuffe, mais c\u2019est l\u2019image qui vient immédiatement à l\u2019esprit en l\u2019entendant se lamenter sur les montants « très, très élevés » qui sont versés à certains spécialistes particulièrement voraces.M.Bar rette invite la FMSQ à une « réflexion » sur le sujet, alors qu\u2019il est le premier responsable de l\u2019explosion de la rémunération des médecins, qui est maintenant supérieure à ce que touchent leurs confrères en Ontario et en Colombie-Britannique, où le coût de la vie est notoirement plus élevé.Il se demande avec raison si certains de ses ex-confrères ne se concentrent pas sur les pratiques les plus lucratives, mais i l trouve aber rant qu\u2019on puisse remettre en question le mode de rémunération à l\u2019acte.?Au même moment, son collègue de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, envisage de recourir au bâillon pour forcer l\u2019adoption du projet de loi 70, qui permettra de diminuer l\u2019allocation mensuelle de 623 $ qui est accordée aux bénéficiaires de l\u2019aide sociale, s\u2019ils manquent aux obligations imposées par le programme Objectif emploi.Cherchez l\u2019erreur ! Jeudi, à l\u2019Assemblée nationale, Pierre Karl Péladeau a vainement demandé au premier ministre Couillard d\u2019expliquer comment le gouvernement pouvait refuser de se por ter au secours d\u2019une clinique d\u2019infirmières praticiennes spécialisées dans la basse ville de Québec, qui répond manifestement à un besoin.Ce matin-là, M.Couillard n\u2019en avait que pour le coup d\u2019éclat de Bombardier.Il est difficile de ne pas voir une manifestation de corporatisme dans l\u2019allergie que semble provoquer chez le ministre de la Santé cette clinique qui sort des sentiers battus, et qui a surtout l\u2019insupportable défaut de fonctionner sans médecin.Le rappor t d\u2019un groupe de chercheurs dont Le Devoir faisait récemment état concluait pourtant qu\u2019elle constitue «un modèle de prise en charge remarquablement ef ficient non seulement en termes d\u2019accessibilité, mais aussi de continuité de soins».L\u2019expérience enseigne qu\u2019il faut se méfier des calculs du docteur Barrette, selon lequel une visite à cette clinique coûte 45 % plus cher à l\u2019État qu\u2019une visite à une clinique multidisciplinaire.L\u2019Institut économique de Montréal, qu\u2019on ne peut cer tainement pas suspecter d\u2019encourager une dilapidation des fonds publics, estime que le gouvernement « bloque sans raison les projets de cliniques développés par des infirmières praticiennes spécialisées en soins de première ligne », même si ces infirmières « coûtent environ trois fois moins cher qu\u2019un médecin omnipraticien ».?Aujourd\u2019hui comme hier, M.Barrette n\u2019accorde aucune crédibilité à quiconque dif fère d\u2019opinion avec lui.Quand il n\u2019arrive pas à les faire taire, ceux qui osent s\u2019interroger sur de possibles ef fets négatifs de sa réforme sont immédiatement accusés d\u2019avoir un biais idéologique ou de faire de la politique, comme ces anciens hauts fonctionnaires de la Santé qui lançaient récemment un cri d\u2019alarme.Bien entendu, le ministre n\u2019a lui-même ni biais ni préjugé.Son séjour à la présidence de la FMSQ n\u2019avait laissé aucun doute sur ses tendances despotiques.Il est plus étonnant, pour ne pas dire franchement inquiétant de voir le premier ministre aussi indifférent aux voyants rouges qui clignotent partout.Que son ministre de la Santé soit un cowboy mal dégrossi est une chose, mais M.Couillard a le devoir de s\u2019assurer qu\u2019il ne cause pas de dommages irrémédiables.On ne donne pas un chèque en blanc à un homme de cet acabit.Tel le docteur Frankenstein, le premier ministre donne l\u2019impression d\u2019avoir créé un monstre dont il a complètement perdu le contrôle.mdavid@ledevoir.com Docteur Frankenstein MICHEL DAVID On ne donne pas un chèque en blanc à un homme de cet acabit Depuis qu\u2019elle a présenté son projet Énergie Est, TransCanada a refusé à plusieurs reprises de se soumettre aux lois environnementales en vigueur au Québec.Si elle vient d\u2019accepter de le faire, c\u2019est à la suite d\u2019une entente négociée avec le gouvernement.Il faut dire qu\u2019au-delà des personnalités québécoises influentes qu\u2019elle mobilise pour promouvoir son pipeline, la pétrolière ne reconnaît pas le droit à la province de statuer sur sa construction.Et l\u2019entreprise sait très bien que la pression sur le Québec est très forte, tant l\u2019économie canadienne demeure dépendante du secteur pétrolier.A L E X A N D R E S H I E L D S 1er août 2013.Le traumatisme de la tragédie humaine et environnementale de Lac-Mé- gantic est encore omniprésent, un peu plus de trois semaines après le déraillement et l\u2019explosion d\u2019un train transportant du pétrole brut en plein cœur de la petite municipalité.C\u2019est la date fixée par TransCanada pour présenter pour la première fois son projet de pipeline Énergie Est.En plus d\u2019affirmer qu\u2019une telle infrastructure permettrait de réduire les importations pétrolières, la multinationale albertaine insiste alors sur la sécurité des pipelines.Le moment est pour le moins bien choisi.En plein été, l\u2019annonce ne fait pas vraiment de vagues.Il faut dire qu\u2019on sait alors peu de choses de cet imposant pipeline, le plus important du genre en Amérique du Nord.La campagne de promotion ne s\u2019en met pas moins rapidement en place.En plus des lobbyistes déjà à pied d\u2019œuvre, TransCanada peut compter sur l\u2019appui indéfectible du gouvernement Harper.Dans les mois qui suivent, le ministre fédéral des Ressources naturelles, Greg Rickford, vante, à Montréal, cette « solution d\u2019avenir » pour le Québec.Le futur premier ministre du Québec, Philippe Couillard, manifeste aussi son appui au projet au cours de la campagne de mars 2014.Le chef libéral qualifie même de «belle occasion» l\u2019idée d\u2019exporter du pétrole des sables bitumineux à partir d\u2019un port qui serait situé à Cacouna.Travaux et amende Appui de Québec ou pas, la cause est alors déjà entendue pour TransCanada.Et sa position, ferme, est toujours la même deux ans plus tard : seul le gouvernement fédéral a le pouvoir d\u2019autoriser ou non le projet de pipeline d\u2019exportation.C\u2019est dans ce contexte que la pétrolière entreprend en avril 2014 les levés sismiques en plein cœur de la pouponnière de bélugas du Saint-Laurent, sans avoir demandé la permission au gouvernement du Québec.Il faudra d\u2019ailleurs une plainte déposée par le Centre québécois du droit de l\u2019environnement (CQDE) quelques mois plus tard pour que le gouvernement finisse par imposer une amende à TransCanada.Pour avoir mené ses travaux sans certificat d\u2019autorisation, la compagnie a écopé d\u2019une amende de 5000 dollars.C\u2019est aussi à la suite d\u2019une action judiciaire entreprise par le CQDE que TransCanada acceptera finalement d\u2019attendre l\u2019autorisation de Québec avant de mener des forages à Cacouna.On connaît la suite.Même si la pétrolière ne fournit pas au ministère de l\u2019Environnement l\u2019avis scientifique réclamé à plusieurs reprises, Québec l\u2019autorise à procéder.Il faudra, encore une fois, une requête des groupes environnementaux pour faire cesser les forages.Et la Cour blâme alors directement le ministre David Heurtel.Aux prises avec une controverse de plus en plus vive, les libéraux réclament finalement une étude d\u2019impact du projet, comme la Loi sur la qualité de l\u2019environnement le prévoit depuis plus de 35 ans pour tout pipeline de plus de deux kilomètres.Le gouvernement Couillard ferme du même coup la porte à l\u2019évaluation des émissions de gaz à effet de serre liées à la production pétrolière qui sera transpor tée par Énergie Est.Qu\u2019impor tent les demandes du Québec, TransCanada refuse de respecter la législation et de produire une étude d\u2019impact, au point où le ministre Heurtel décide finalement de mandater le BAPE en juin 2015 sans avoir ce document essentiel en main.Le ministère de l\u2019Environnement autorise du même coup la réalisation de travaux préliminaires, dont des levés sismiques dans le Saint-Laurent.Ottawa favorable La situation demeure au beau fixe jusqu\u2019à ce que le CQDE dépose une nouvelle demande en justice en février dernier pour tenter de forcer TransCanada à se conformer aux dispositions des lois environnementales québécoises.Encore une fois mis au pied du mur parce qu\u2019il ne fait pas appliquer ses propres lois, le gouvernement Couillard dépose finalement une demande d\u2019injonction similaire.C\u2019est cette étape qui a finalement mené à une entente entre le gouvernement du Québec et la pétrolière en vue de la production d\u2019une étude d\u2019impact.Mais au lieu d\u2019y mettre des mois de travail, comme cela serait la norme pour un tel projet industriel, le tout doit être réalisé d\u2019ici le 6 juin.Pour David Heurtel, il est néanmoins clair que TransCanada « se soumet » à la réglementation provinciale.Pour autant que l\u2019étude du Québec ne retarde pas le processus d\u2019approbation qui doit, selon l\u2019entreprise, provenir du fédéral.Et qui semble en voie d\u2019être acquis.D\u2019ailleurs, il ne fait aucun doute que le gouvernement canadien a bien entendu le message lancé par l\u2019Alberta, la Saskatchewan et l\u2019industrie pétrolière : le pays a besoin des pipelines pour mettre en marché ses imposantes réser ves pétrolières, les troisièmes en importance dans le monde.Avant même l\u2019élection des libéraux, Stéphane Dion s\u2019était porté à la défense des sables bitumineux et du transport de pétrole par pipelines.La ministre de l\u2019Environnement, Catherine McKenna, ne voit pas non plus d\u2019incohérence entre la croissance de la production pétrolière et la volonté du gouvernement Trudeau de lutter contre les changements climatiques.Avec les projets bloqués vers la côte ouest et vers les États-Unis, le pipeline Énergie Est revêt une importance encore plus grande.Sans lui, impossible d\u2019augmenter le rythme d\u2019extraction du pétrole des sables bitumineux, comme le prévoit l\u2019industrie.Dans ce contexte, la pression sur le Québec est plus forte que jamais.Il faut se rappeler les attaques virulentes lancées à la suite de l\u2019opposition formelle de la Communauté métropolitaine de Montréal.De telles attaques n\u2019ont jamais été dirigées contre la Co- lombie-Britannique, où deux projets de pipelines sont actuellement bloqués.Pipeline nécessaire?Reste une question majeure, au-delà des risques environnementaux qui demeurent toujours peu documentés : le Québec et l\u2019est du Canada ont-ils besoin de ce pipeline, vecteur de division sociale destiné d\u2019abord à exporter le pétrole de l\u2019Ouest ?Malgré les arguments selon lesquels le projet de TransCanada permettra de mettre pour ainsi dire fin aux importations pétrolières dans l\u2019est, la réalité est en effet tout autre.En fait, la raffinerie de Valero à Lévis refuse de donner des précisions sur ses achats éventuels du pétrole provenant d\u2019Énergie Est.Quant à celle d\u2019Irving, à Saint-Jean, elle s\u2019est seulement engagée à acheter 50 000 barils par jour, sur une capacité de raffinage de 300 000 barils.Le reste continuera d\u2019être importé, notamment d\u2019Arabie saoudite.Qui plus est, la majorité des besoins en brut du Québec sont désormais comblés depuis l\u2019inversion du flux de pétrole dans l\u2019oléoduc 9B d\u2019Enbridge.Au final, selon les données actuellement disponibles, au moins 900 000 barils par jour seront directement exportés vers des marchés étrangers.Le Québec ne servira donc que de territoire de transit pour ce pétrole.Trans- Canada songe d\u2019ailleurs toujours à construire ici un port pour exporter une partie de ce brut.Les émissions Selon les scénarios présentés, TransCanada compte expor ter du pétrole vers l\u2019Europe, l\u2019Inde et les États-Unis.Qui plus est, en plus du pétrole de l\u2019Ouest, le pipeline pourrait transporter jusqu\u2019à 300 000 barils par jour en provenance du Dakota du Nord.Ce pétrole, importé au Canada par le pipeline Upland, puis transpor té d\u2019ouest en est, pourrait donc en théorie être de nouveau expor té vers les États-Unis.Cer tes, le transpor t de pétrole dans une société globalisée est une nécessité pour l\u2019industrie.Mais cette même société globalisée signifie que les problèmes environnementaux doivent être abordés dans une perspective planétaire.Or, dans le cas d\u2019Énergie Est, la question des émissions de gaz à effet de serre de l\u2019industrie pétrolière demeure entière.Il est en ef fet impossible pour le moment d\u2019avoir une idée précise et détaillée des émissions liées à la production des 400 millions de barils de brut qui couleront chaque jour dans le pipeline de TransCanada.L\u2019avis de projet transmis la semaine dernière au gouvernement du Québec n\u2019en fait même pas mention.Il est également impossible de savoir dans quelle mesure le Québec évaluera cette question, alors que le gouvernement Couillard a rejeté cet enjeu à plus d\u2019une reprise au cours des deux dernières années.Bref, l\u2019ensemble a de quoi susciter une certaine méfiance.Depuis le dévoilement du projet Énergie Est, on constate que TransCanada a mis beaucoup d\u2019efforts pour en faire la promotion, tout en refusant à plusieurs reprises de se conformer à la législation québécoise.Quant au gouvernement Couillard, il a souvent été forcé, un peu malgré lui, d\u2019agir pour appliquer ses propres lois.Au final, s\u2019il reste encore deux années de débats, on sait d\u2019ores et déjà que ce pipeline sera porteur d\u2019une profonde discorde.Le Devoir ÉNERGIE EST Le tortueux chemin d\u2019un pipeline ANNIK MH DE KARUFEL LE DEVOIR Le projet de pipeline d\u2019Énergie Est est loin de faire l\u2019unanimité au Québec.mise sur la bonne volonté, notamment avec la Stratégie commune pour Montréal, une initiative réunissant depuis 2008 la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et l\u2019Office québécois de la langue française.Selon le dernier rapport sur cette stratégie, en cinq ans, 444 petites entreprises ont obtenu une attestation de francisation et 541 autres ont amorcé la démarche, soit 14% des entreprises sollicitées.À ce rythme, les 7100 entreprises visées seront francisées\u2026 en 2080.Et on compte 60 000 entreprises à Montréal seulement.Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 IMMIGRATION Le Québec et l\u2019est du Canada ont-ils besoin de ce pipeline ?En réalité, des personnalités et des groupes d\u2019opposants autres que le HCN ont été invités depuis la première session de négociations dans la ville suisse, en mars.Sous les appellations de «groupe de Moscou» ou même de «groupe de Hmeihem», du nom de l\u2019aéroport militaire à Lat- taquié (Syrie) qui sert de base à l\u2019aviation russe, certains anciens responsables du régime ou des représentants de la société civile sont venus contester la représentativité du HCN.Tolérés par Bachar al-Assad, ils sont surtout prêts à accepter de partager les responsabilités avec lui.Bonne ou mauvaise foi, mensonges ou vraies intentions, quel que soit leur jeu, les Russes semblent encore les seuls à se préoccuper de près du dossier syrien.Le porte-parole du Kremlin se disait lundi «très inquiet de la dégradation des pourparlers».Les autres partenaires régionaux, européens ou américains de la réunion de Vienne (qui a permis en janvier le lancement du processus politique sur la Syrie et qui a voté à l\u2019unanimité la résolution 2254 de l\u2019ONU ouvrant la conférence de Genève) sont, eux, quasi silencieux.Les États-Unis, coparrains de l\u2019initiative qui a mené les Syriens à la table de négociations, multiplient les déclarations contradictoires.« Comme les Russes, ils ne disent pas ce qu\u2019ils font et ne font pas ce qu\u2019ils disent », résume un éditorialiste syrien sur un site d\u2019opposition.Libération SUITE DE LA PAGE B 1 RUSE Il n\u2019est pas commun que les organisateurs d\u2019une fête soient blâmés par l\u2019Assemblée nationale.C\u2019est arrivé jeudi lorsque les députés, à l\u2019unanimité, ont été obligés de rappeler que le 375e de Montréal, financé par des fonds publics, avait le devoir de respecter le français.Cet épisode \u2014 en soi mineur \u2014 en dit toutefois beaucoup sur une dérive plus large : la vision hyperfestive, anhistorique, de cette organisation.ur une af?che, en gros et en gras, on pouvait lire «Montréal gets moving».En bas, en plus petit et en caractères normaux: «Montréal bouge».Posaient ?èrement, devant l\u2019af?che, des organisateurs du 375e de Montréal, dont le commissaire aux célébrations, Gilbert Rozon.Quand des in- ternautes dénoncèrent le renversement évident de la règle de la nette prédominance du français \u2014 imposée par la Cour suprême depuis le début des années 1990 et inscrite dans la loi 101 \u2014, l\u2019organisme s\u2019expliqua ainsi : «L\u2019anglais est utilisé en premier seulement parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un événement destiné à des visiteurs de l\u2019étranger!» Précisons le contexte : la photo avait été prise à Rendez-vous Canada 2016, une foire touristique.Le lieu?Montréal.Bref, si l\u2019on en croit le 375e, dès que des «visiteurs étrangers» sont concernés, la loi 101 devrait s\u2019effacer.Même si on se trouve à Montréal ! Même si, comme les parlementaires l\u2019ont rappelé dans leur excellente motion de jeudi, l\u2019article 1 de la Charte de la Ville de Montréal indique que Montréal est une ville de langue française ; même si l\u2019article 1 de la Charte de la langue française indique que le français est la langue of- ?cielle du Québec.Sans doute in?uencé par une certaine anglo- lâtrie parisienne, M.Rozon eut une réaction traduisant une totale incompréhension des consensus linguistiques du Québec : « Quand la seule langue comprise est l\u2019anglais auprès de clients, tu l\u2019utilises sans renier ton fait français», a-t-il dit.Pourtant, nos consensus ne visent pas l\u2019effacement de l\u2019anglais ; l\u2019objectif, en donnant une nette prédominance au français, est de lui donner une place, une chance sur ce continent où il est fortement minoritaire.Et aussi, en plus, de pro?ter de son pouvoir d\u2019attraction : car c\u2019est le français, comme racine (la langue de ses fondateurs) et comme creuset, qui fonde le caractère distinct de Montréal en Amérique du Nord.Justement, cet aspect, cette valorisation de notre différence, est à peu près absent du discours de l\u2019organisme, où toute sensibilité un tant soit peu nationaliste semble avoir été bannie.Selon ce que M.Rozon a af?rmé à la Chambre de commerce le 26 avril, «l\u2019ADN de Montréal» serait plutôt « la fête et la joie de vivre».L\u2019idée du 375e consiste pour lui à «se mettre de bonne humeur pour l\u2019avenir».Quelle légèreté! Quel révisionnisme récréotouristique! «Contrairement à Québec, Montréal est le pur produit de la réforme catholique issue du concile de Trente et de son nouvel esprit missionnaire», expliquait l\u2019historien français Jean Petit, au début du mois, lors d\u2019un colloque en France autour de la ?gure de Jérôme Le Royer de la Dauversière, personnage clé dans l\u2019opération qui conduisit à la fondation de Montréal en 1642 (Le Devoir, 14 avril 2016).Or, Le Royer est ce qu\u2019on appelle un «dévot », un laïc avide de perfection spirituelle.Les célébrations du 375e lais- seront-elles une place à ces «motifs profonds» de la fondation de Montréal ?Entre deux « partys », pourrons-nous nous pencher, un peu, sur cette histoire singulière ?On peut en douter.Des religions contemporaines et leurs dévots semblent l\u2019interdire.D\u2019abord une forme d\u2019extrême ouverture à l\u2019autre\u2026 qui dégénère en fermeture face à soi.«On ne fait pas un événement que pour les Blancs originaires de Normandie», a par exemple déclaré M.Rozon.Or il serait parfaitement possible de «célébrer les Montréalais de toutes origines», comme le veut M.le commissaire, tout en en faisant autant pour les origines des fondateurs ainsi que leur legs, la langue française.Chantons la diversité, donc, luttons contre la xénophobie, certes; mais, de grâce, sans verser dans l\u2019oikophobie (cette haine de la maison natale).L\u2019autre religion, c\u2019est le « festivisme », évidemment.Et ses missionnaires millionnaires, dans les mains desquels mange le pouvoir, sont très in?uents parmi les élites montréalaises.Gilbert Rozon est un de ses ecclésiastiques les plus importants.Autre cardinal célèbre, Alain Simard, du Festival de jazz, a déjà eu cette phrase révélatrice : « Les festivals, c\u2019est la messe des temps modernes.» Voilà qui rappelle une raillerie de l\u2019essayiste français Philippe Muray, pourfendeur de l\u2019Homo festivus.Aujourd\u2019hui, « la messe s\u2019est engloutie dans la kermesse.» Saura-t-on, dans l\u2019année du 375e, résister aux nouveaux dogmes?L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 B 4 EDITORIAL L E T T R E S Au public de La facture Mesdames, Messieurs, cher public.J\u2019aimerais d\u2019abord remercier mes collègues du Journal de Montréal et de Québec, de La Presse, du Devoir, du Soleil et des autres médias pour me permettre de vous adresser quelques mots.Je prends congé de La facture et de Ra- dio-Canada.Me séparer de vous n\u2019est pas facile.Durant 13 ans, lors de nos rencontres dans la rue ou dans tous les espaces publics, vous m\u2019avez fait l\u2019honneur de me compter parmi vos familiers.Nous nous sommes regardés, nous nous sommes souri, nous nous sommes salués et nous avons bavardé.Vous ne m\u2019avez jamais dérangé, bien au contraire.Je suis l\u2019une des personnes les plus chanceuses au monde, des centaines d\u2019entre vous prennent la peine et le temps de vous adresser à moi.Bien sûr, j\u2019étais conscient que quand vous me parliez, vous vous adressiez à l\u2019équipe de La facture et à Radio-Canada.Mais j\u2019y étais, et vous ne pouvez imaginer tout le plaisir que ces rencontres avec vous m\u2019ont procuré.Plusieurs d\u2019entre vous me disaient « Ne nous lâchez pas »\u2026 « Nous avons besoin de vous.» Permettez-moi de vous R E V U E D E P R E S S E G U I L L A U M E B O U R G A U L T - C Ô T É B ien sûr qu\u2019il y a ce premier ministre qui se dit féministe ; un cabinet paritaire pour la première fois de l\u2019histoire ; une chef de l\u2019opposition ; une ministre de la Justice et d\u2019autres collègues aux responsabilités importantes.Mais cette égalité hommes-femmes au Parlement est plutôt une façade derrière laquelle se cache une réalité pas si rose, relevait cette semaine le magazine The Walrus.Six mois après les élections d\u2019octobre, la journaliste Laura Payton déballe quelques chiffres qui rappellent le chemin restant à parcourir pour avoir un Parlement paritaire.Les partis politiques sont passés maîtres dans l\u2019ar t de donner l\u2019impression qu\u2019il y a beaucoup d\u2019élues (notamment en leur assignant des sièges bien en évidence pour la période de questions), mais il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019à peine un député sur quatre est une femme en 2016 au Parlement fédéral.Pour un pays démocratique aussi éduqué, c\u2019est faible, dit Payton.Elle rappelle que la moitié de celles qui étaient candidates libérales lors des élections d\u2019octobre ont été élues.Mais puisqu\u2019elles ne comptaient que pour le tiers de tous les candidats, cela laisse le caucus libéral avec 50 femmes\u2026 et 134 hommes.La moyenne est un peu mieux au NPD (145 candidates sur 338, et 18 députées sur 44).Elle est pire chez les conservateurs (17 élues sur un caucus de 99 députés).Que faire pour améliorer la situation?Payton revient sur un projet de loi déposé par un député néodémocrate qui est aussi un universitaire spécialiste de la question paritaire en politique, Kennedy Stewart.Celui-ci propose un mécanisme qui pénaliserait financièrement les partis qui n\u2019ont pas présenté au moins 45 % de candidates lors d\u2019une élection \u2014 cela, en retenant un pourcentage des remboursements que l\u2019État accorde aux partis pour leurs dépenses électorales.En appliquant la méthode de calcul de Ste- war t, le NPD aurait été pénalisé d\u2019environ 100 000 $ en 2015, et les conservateurs de près de 1,2 million.En Irlande, une formule semblable a permis de faire élire 40% plus de femmes.Sauf qu\u2019au-delà de ça, note Payton, il faudra trouver des moyens d\u2019attirer les femmes en politique.Les organisateurs le disent : il faut demander à quatre ou cinq femmes avant qu\u2019une accepte de se porter candidate.Le NPD et les libéraux ont commencé à exiger des ef forts précis à leurs associations de circonscription pour s\u2019assurer qu\u2019elles font le maximum afin de trouver des candidates (et des gens des minorités visibles), mais ça demeure peu probant.Parmi les éléments qui peuvent décourager les femmes de se lancer, Payton cite le fait que la politique implique de longs mois de campagne bénévole, dans un contexte où les femmes gagnent souvent moins que les hommes et consacrent plus de temps à leurs enfants.Au final, le projet de Stewart pourrait aider à obtenir une meilleure représentation, croit -elle, mais bien d\u2019autres éléments devront aussi être pris de front.Sur le même thème, mentionnons une chronique que le Globe and Mail a inaugurée au début de l\u2019année : Women in Politics.La réputée journaliste Jane Taber y dresse le parcours politique d\u2019élues provinciales et fédérales, en mettant l\u2019accent sur les défis particuliers que rencontrent les femmes dans un monde qui demeure encore très masculin.Andrea Horwath, Rebekka Blaikie, Rachael Harder, Christy Clark et Patty Hajdu ont notamment fait l\u2019objet de textes dans les dernières semaines.En ajoutant la lettre ouverte de la députée conservatrice Michelle Rempel publiée il y a dix jours pour dénoncer le sexisme dont elle est victime aux Communes, on obtient un tableau éclairant d\u2019un enjeu qui demeure fondamental \u2014 malgré ce cabinet paritaire.Harper parle On le croyait disparu de la carte, mais non : Stephen Harper a parlé cette semaine.Ou enfin son avocat, Robert Staley, l\u2019a fait pour lui \u2014 et afin de défendre son intégrité après l\u2019af faire Duffy.En éditorial, le National Post se montre pleinement d\u2019accord avec les explications de Staley et affirme que l\u2019ex-premier ministre ne méritait pas d\u2019être ainsi sali par cette histoire (ni par le jugement Vaillancourt).Le fond de l\u2019argumentaire veut que Stephen Harper ait pleinement collaboré à une enquête dont il savait qu\u2019elle allait lui nuire.Il ne pouvait tirer aucun avantage à ce que des accusations soient portées contre Mike Duffy, et tout scénario évoquant un complot à cet égard tient de la science-fiction, suggère-t-on.Stephen Harper croyait que les gestes de Mike Duffy n\u2019étaient pas criminels, mais qu\u2019ils n\u2019étaient pas acceptables pour autant.C\u2019est son insistance à faire en sorte que le sénateur rembourse les contribuables qui lui a nui au final, parce qu\u2019elle a mené à ce fameux chèque de 90 000 $ de Nigel Wright, dit le Post.Il aurait dû larguer Duffy dès le début de cette histoire plutôt que de s\u2019embarquer dans une saga qui a beaucoup nui aux conservateurs, relève le journal.Mais ce que Stephen Harper a fait relevait d\u2019un geste d\u2019intégrité, pense-t-on.Un sondage dévoilé vendredi montre par ailleurs que Rona Ambrose et Kevin O\u2019Leary sont les deux plus populaires prétendants à la succession de Harper.Ce qui tombe mal, dit le chroniqueur David Akin (Canoe) : les deux risquent fort de ne pas être sur les rangs.Akin note que deux anciens ministres de Stephen Harper (Jason Kenney et Tony Clement) n\u2019inspirent pas les électeurs conser vateurs.C\u2019est la première leçon de ce sondage.La deuxième, c\u2019est que les sympathisants du parti ont visiblement envie d\u2019air frais et d\u2019un certain brassage de cartes.Sur Twitter : @gbcote Le Devoir Les articles originaux sont liés aux versions numériques de ce texte.Le Parlement et sa parité de façade FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET dire, avant de partir, ces derniers mots.Vous avez des droits.Vous méritez que l\u2019on vous rende justice.Battez-vous pour faire respecter vos droits.Luttez pour obtenir justice.Parce que vous en valez la peine.Et si ce combat vous semble parfois au-dessus de vos forces, parlez à un ou une journaliste.Mes collègues de tous les médias sont toujours là, avec toute leur passion et toute leur détermination à trouver la vérité.Vous êtes entre bonnes mains avec eux.Où que vous soyez, qui que vous soyez, merci d\u2019avoir été là durant ces 13 ans.Pierre Craig Le 29 avril 2016 risque de coûter la vie à un piéton ou à un cycliste.Car, disons-le franchement, il n\u2019est pas facile d\u2019être piéton ou cycliste à Montréal.Les automobilistes y font montre d\u2019une agressivité hors du commun.Pour ma part, j\u2019ai renoncé à mon vélo après deux emportiérages qui m\u2019ont laissé passablement amoché.On nous dit qu\u2019il faut changer la loi.Cela fait deux ans qu\u2019on se traîne les pieds.Je ne suis pas d\u2019accord.Pas besoin de changer la loi pour faire une campagne de publicité sur le fait qu\u2019il faille laisser un espace sécuritaire entre une auto et un cycliste.Ou de regarder avant d\u2019ouvrir la portière de sa voiture.Ou encore que les lignes dans la rue pour les passages piétons ne sont pas là à titre de décoration.C\u2019est juste du simple bon sens dans plusieurs villes du monde, pourquoi pas à Montréal ?Qu\u2019attend notre cher ministère des Transpor ts pour orchestrer une campagne de sensibilisation ?C\u2019est une question de volonté, je suppose.On a l\u2019impression souvent que ce ministère devrait plutôt s\u2019appeler le ministère du «Char » tellement il ignore les besoins des piétons et des cyclistes.Un changement de paradigme s\u2019impose et vite ! Pierre Cossette Montréal, le 28 avril 2016 En l\u2019honneur d\u2019une cycliste Il y a bientôt deux ans que Mathilde Blais décédait tragiquement dans un viaduc montréalais alors qu\u2019elle roulait paisiblement à bicyclette sur la rue Saint- Denis à Montréal.Par la suite, moult promesses furent faites par nos chers politiciens pour sensibiliser nos as du volant au fait que la rue doit se partager et qu\u2019une collision avec un piéton ou un cycliste qui ne laissera qu\u2019une égratignure sur le pare-chocs de leur cher bolide LE FRANÇAIS AU 375E Amnésie festive S ANTOINE ROBITAILLE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagné (adjoints à la direction de l\u2019information), Antoine Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idées), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Michaël Monnier et Olivier Zuida (recher- chistes photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Julie Carpentier (pupitre); information culturelle : Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), François Lévesque et Caroline Montpetit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineau(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre); information internationale : Jean-Pierre Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives), Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); Loïc Hamon (cahiers spéciaux); équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G.Ferraris et Coralie Mensa (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Mélisande Simard (adjointe par intérim), Jean de Billy, Jean-François Bossé, Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais (coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Geneviève O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service à la clientèle), Manon Blanchette, Nathalie Filion et Kevin McKissock.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Claudette Béliveau (adjointe administrative), Florentina Draghici et Xavier Pigeon (par intérim).M O N I Q U E M I L L E R Comédienne Texte écrit et présenté lors des funérailles de Marcel Dubé, le 23 avril dernier ai connu Marcel quand Radio-Canada était culturel et cultivé.On pouvait créer et jouer en français à la radio de grandes choses, comme Électre de Sophocle, Prométhée enchaîné et d\u2019autres choses, allant du grec à l\u2019italien (Pirandello), l\u2019espagnol (Lorca), l\u2019américain, Tennessee Williams, Miller, O\u2019Neil, plus Shakespeare, Molière et jusqu\u2019aux Québécois : Claude Gauvreau, Hubert Aquin, jusqu\u2019à Marcel Dubé ! À la radio, il y avait des émissions dramatiques d\u2019une durée de 2 heures, de 1 heure, de 30 minutes.Justement, j\u2019ai connu Marcel par la radio, par un poème qui m\u2019a été offert par Guy Beaulne, le réalisateur de l\u2019émission Nouveautés dramatiques.J\u2019ai créé un grand morceau de cette belle poésie naissante de Marcel : Celle qui faisait entrer le printemps par la fenêtre.Guy Beaulne, le réalisateur, m\u2019a ensuite invitée à rencontrer l\u2019auteur dans la régie du studio.J\u2019ai donc rencontré MON auteur: une chance pour moi, à peine sortie de l\u2019adolescence.Mon auteur qui allait créer tous ces beaux personnages qu\u2019il allait imaginer et écrire pour moi\u2026 et pour d\u2019autres.C\u2019est dans cette régie qu\u2019il m\u2019a parlé de la petite Denise dans De l\u2019autre côté du mur, qu\u2019on allait répéter au collège Sainte-Marie et jouer au théâtre du Gesù pour le grand festival dramatique du Canada.Ensuite, on est allé le jouer à la fin du festival à Saint-Jean, Nouveau-Bruns- wick.Allait suivre Zone à Montréal et Victoria, Colombie-Britannique, où on a tout remporté \u2014 et Chambre à louer aussi, autre année, autre festival, autres prix.Au retour de Victoria, Zone, on l\u2019a jouée pendant deux semaines au théâtre à Montréal, où le papa de Marcel, Eugène, depuis le quartier Crémazie jusqu\u2019à Sherbrooke et De Lorimier, venait en bus et tramway aller-retour pour voir la pièce tous les soirs, tellement il était fier de notre Marcel! Nous formions déjà une belle famille théâtrale.Marcel, un grand personnage marquant que tu m\u2019as écrit : Florence, un cadeau.Florence, qui est un peu le Québec qui se révolte, qui veut s\u2019émanciper tout comme le simple soldat Joseph Latour.Bravo pour tes superbes et grandes créations radio, télé, théâtre, tes poèmes.Toi, l\u2019éveilleur des ouvriers et des grands Québécois de la Révolution tranquille.(Le tremblement de terre qu\u2019a créé Zone.) Maintenant, Marcel, je te vois sur une belle grande étoile en haut, loin, tu brilles.Je t\u2019imagine: accompagné de notre premier metteur en scène, Robert Rivard, de Tit Noir, Hubert Loi- selle, de Tarzan, Guy Godin, de Jean-Louis Paris, notre juge de Zone, de mes parents « télé » de Florence, Fernande Larivière et Paul Guèvre- mont, de mes parents de Florence à la Comédie canadienne, Denise Pelletier et Jean Duceppe.Avec eux, avec toi, sur l\u2019étoile, il y a ton papa Eugène, ta maman Juliette et puis ta sœur et tes frères Jacqueline, André, Yves, Jean et le petit Michel.Et aussi Paul Blouin et Claude Lé- veillée, qui t\u2019a écrit de si grandes musiques.Je les imagine : ils te regardent et sont tous très émus, très fiers, ils t\u2019embrassent fort tous assis avec toi sur la grande étoile, ils t\u2019attendaient.Avant que la petite Denise alias Francine de Chambre à louer alias Cigale alias Ciboulette, avant qu\u2019elles ne passent toutes «de l\u2019autre côté du mur » dans la « zone » pour trouver une « chambre à louer » afin de faire le « bilan » de Suzie et Florence en\u2026 « octobre » ! Avant tout ça, il y avait eu celle qui t\u2019aime si fort : «celle qui faisait entrer le printemps par la fenêtre».Avec toute ma tendresse, pour conclure, je veux dédier ce qui suit à Francine Dubé, Mariette Dubé et Bernard Dubé, quelques vers de Celle qui faisait entrer le printemps par la fenêtre : Maman, tout à l\u2019heure, j\u2019ai regardé dehors Et je crois que c\u2019était le printemps Parce que le ciel était tout bleu tout neuf, Tout ruisselant de soleil.Maman, dehors, c\u2019est beau! C\u2019est nouveau, c\u2019est comme une surprise Maman, n\u2019est-ce pas que la vie va être belle ! Et les derniers vers du Dimanche et la mer : Beaux comme deux anges Ils se voient pour la première fois La jeune fille sourit d\u2019un sourire comme On n\u2019en verra jamais plus Le garçon sourit d\u2019un sourire Qui n\u2019existe plus.C\u2019était peut-être un prélude à l\u2019existence, à la vie de Ciboulette et Tarzan de Zone.Ciboulette (qui n\u2019a pas été touchée par la police) s\u2019étend sur le corps de Tarzan (qui, lui, vient d\u2019être tué par la police) : Et les derniers mots de Zone : «Tarzan ! Dors, mon beau chef, dors mon beau garçon, coureur de rue et sauteur de toits, dors, je veille sur toi, je suis restée pour te bercer.Dors avec mon image dans ta tête.Dors, c\u2019est moi, Ciboulette, c \u2019est un peu moi, ta mor t.Dors\u2026 Tarzan\u2026» Dors, Marcel.J\u2019ai connu Marcel par un poème S E R G E - É T I E N N E P A R E N T Professionnel de recherche au Département des sols et de génie agroalimentaire de l\u2019Université Laval M A X I M E B A S T I E N Professionnel de recherche au Département de phytologie de l\u2019Université Laval our plusieurs, le « droit de savoir ce que l\u2019on mange » impliquerait l\u2019étiquetage obligatoire des produits alimentaires issus du génie génétique, communément appelés OGM (organismes génétiquement modifiés).La promotion de l\u2019étiquetage est aussi une occasion d\u2019attirer l\u2019attention sur leurs effets allégués sur la santé et l\u2019environnement.Or, l\u2019approche des groupes anti- OGM diverge radicalement de l\u2019ensemble des connaissances scientifiques du domaine et est la source de graves conséquences sociales et écologiques.Pratiquée par les humains depuis plus de 10 000 ans, la modification génétique est un processus indissociable de la domestication du vivant.Même sans en saisir les mécanismes, les humains ont su sélectionner à leur avantage des plantes et animaux ayant subi des mutations, insertions ou délétions de la séquence d\u2019ADN qui leur conféraient des bénéfices d\u2019un point de vue agroalimentaire.Depuis vingt ans, les biotechnologies ont graduellement fait passer la modification génétique du domaine de l\u2019artisanat à celui de l\u2019ingénierie : elles permettent aujourd\u2019hui un travail de haute précision en vue d\u2019obtenir en peu de temps des résultats bien plus prévisibles.Une étude récente confirme que les biotechnologies ont permis d\u2019intensifier les productions (réduisant ainsi l\u2019impact écologique de l\u2019agriculture), de diminuer l\u2019utilisation des pesticides et d\u2019augmenter les revenus des producteurs.Elles ont également eu un impact favorable sur les rotations des cultures, la diversification des productions, la réduction des émissions de gaz à ef fet de serre, la qualité des sols, la qualité nutritionnelle et la durée de conservation des aliments ainsi que la résistance aux intempéries et aux maladies.Des risques?Les OGM sont néanmoins sujets à controverse.Les milieux écologistes sont particulièrement rébarbatifs envers eux, et ce, pour des raisons qui sont à ce point mal avisées qu\u2019elles nuisent au déploiement d\u2019une agriculture plus écoresponsable et mieux outillée pour assurer la sécurité alimentaire.Issus d\u2019une myriade de processus et destinés à une myriade de fonctions, les produits considérés comme OGM ne peuvent pas être associés à une caractéristique commune .Ainsi, les généralisations sur leurs effets négatifs allégués sont souvent erronées.En effet, une récente étude synthétisant 10 ans de recherche sur les OGM à travers près de 1800 publications n\u2019a décelé aucune évidence d\u2019effets noc ifs sur la santé huma ine l iés leur consommation.Une autre étude similaire, elle aussi étalée sur 10 ans, conclut que la littérature scientifique ne rapporte aucune évidence d\u2019ef fets écologiques nocifs liés aux cultures OGM, notamment sur la biodiversité, qui au contraire est parfois favorisée.Graves conséquences Malgré une dissonance marquée avec l\u2019état des connaissances actuelles, les positions véhiculées par les mouvements anti-OGM portent dans l\u2019opinion publique.Selon un récent sondage mené aux États-Unis, 88% des scientifiques sont d\u2019avis que les OGM sont sécuritaires (un consensus équivalant à celui en faveur de l\u2019origine humaine des changements climatiques) contre 37% de la population.Du coup, la population est généralement favorable à l\u2019étiquetage obligatoire, ce qui selon les scientifiques risque plutôt d\u2019induire le public en erreur.Au Canada, l\u2019introduction de nouvelles variétés ou espèces \u2014 issues ou non du génie génétique \u2014 fait l\u2019objet d\u2019analyses, d\u2019essais et de suivis sur la santé et l\u2019environnement.Sachant que les réglementations nous assurent que les produits agroalimentaires sont sains, on peut s\u2019interroger sur l\u2019utilité d\u2019un étiquetage obligatoire avertissant les consommateurs d\u2019un danger inexistant, si ce n\u2019est pour susciter de la méfiance.On pourrait néanmoins espérer qu\u2019un étiquetage éventuel permette, par transparence, de regagner la confiance du public.Ce n\u2019est toutefois pas ce qui s\u2019est passé en Europe, où les commerçants ont souvent retiré des tablettes des produits étiquetés OGM, privant ainsi les cultures de bénéfices considérables.Les améliorations obtenues grâce aux biotechnologies sont d \u2019autant plus grandes lorsqu\u2019on s\u2019éloigne du monde industrialisé, où le moindre bénéfice a des ef fets substantiels sur la qualité de vie, et où les pressions politiques menant au blocage des OGM sont cruellement inconséquentes.Ainsi restreint-on le déploiement de cultures plus résistantes aux maladies et aux intempéries, causant des pertes alimentaires majeures, ou celui du riz doré, qui pourrait combler les besoins de millions d\u2019enfants en vitamine A, dont la carence peut entraîner la cécité ou la mort.Enfin, d\u2019innombrables drames humains sont causés par d\u2019ignobles politiques de refus de lots d\u2019aide alimentaire d\u2019urgence contenant des OGM.Incontournables L\u2019insécurité alimentaire, les déficits nutritionnels, la dégradation des sols, les changements climatiques, la chute de la biodiversité, la suru- tilisation de pesticides, la concentration des moyens de production et de distribution ainsi que le brevetage excessif du vivant sont tous des maux couramment attribués aux OGM, mais qui sont transversaux à tous les domaines de l\u2019agriculture.D\u2019ici trente ans, nous devrons presque doubler la production alimentaire du monde pour combler nos besoins, et ce, dans un contexte de changements climatiques et de fragilisation des écosystèmes.La diminution drastique des coûts de sé- quençage de l\u2019ADN au cours de la dernière décennie amène une meilleure connaissance des génomes ainsi que le développement de nouveaux outils plus raffinés pour développer de nouvelles variétés.Les biotechnologies font partie de notre trousse d\u2019outils pour définir une agriculture menant vers une sécurité alimentaire accrue et un développement plus écoresponsable.OGM De l\u2019étiquetage à la cruelle inconséquence M A T H I E U - R O B E R T S A U V É Journaliste et auteur ttawapiskat : 39 tentatives de suicide»; «28 personnes ont tenté de se suicider en mars»; «Vague de suicides dans une communauté autochtone»; «Kuujjuaq en état de crise après une vague de suicides»; «D\u2019autres jeunes d\u2019Attawapiskat ont tenté de se suicider»\u2026 Ces titres ne laissent planer aucune ambiguïté : il y a actuellement une épidémie de suicides chez les autochtones.Les détails sont présentés de la façon journalistique habituelle : des familles éplorées sont interviewées, des représentants des communautés s\u2019expriment sur le phénomène ; les élus sont appelés à réagir.Le suicide est-il une nouvelle comme les autres ?Les médias font-ils bien leur travail lorsqu\u2019ils en traitent de la manière habituelle ?Non.N\u2019importe quel vieux chef de pupitre vous le dira : la question du suicide est un cas particulier dans nos médias depuis que l\u2019on connaît l\u2019effet d\u2019entraînement qu\u2019elle peut causer.Cela s\u2019appelle l\u2019effet Werther en référence au roman écrit par Goethe en 1774, Les souf frances du jeune Werther.Dans cette histoire d\u2019un extrême romantisme, le héros s\u2019enlève la vie à la suite d\u2019une peine d\u2019amour.Ce roman a eu un tel succès à sa sortie que de nombreux jeunes ont été retrouvés sans vie avec les moyens utilisés dans l\u2019œuvre.On doit au sociologue américain David Philips cette hypothèse selon laquelle la médiatisation des suicides entraîne une multiplication de cas.Ses travaux publiés en 1982 sous le titre Suicide and the Media remettent en question certaines idées d\u2019Émile Durkheim, pionnier sur ce sujet, ou du moins leur apportent un nouvel éclairage.À une époque où l\u2019information occupe une place immense dans la vie des gens \u2014 y compris dans les réserves \u2014, l\u2019éthique ne devrait pas être ignorée.Même si l\u2019effet Werther ne fait pas l\u2019unanimité \u2014 il est encore contesté par de nombreux sociologues \u2014, il est suffisamment pris au sérieux pour que des organismes sous la tutelle de l\u2019Organisation mondiale de la santé publient des guides pratiques à l\u2019intention des journalistes.C\u2019est en vertu du même principe qu\u2019aucun média ne traite des suicides dans le métro, notamment à Montréal, un phénomène récurrent, mais ignoré par la presse.Un exemple près de nous offre une démonstration convaincante du phénomène.Un animateur très populaire du réseau TVA, Gaétan Gi- rouard, s\u2019est donné la mort par pendaison en 1999.Il y a eu d\u2019innombrables émissions et articles sur cette tragédie.Résultat : une hausse spectaculaire de pendaisons en quelques mois.Le nombre de suicides, qui oscillait entre 1200 et 1300 par année, est remonté à 1600 cette année-là.Une étude du Centre de recherche et d\u2019intervention sur le suicide et l\u2019euthanasie avait démontré «que 300 des 1600 suicides commis durant l\u2019année 1999 avaient un lien direct avec la médiatisation du décès de M.Girouard », écrit André Landry, directeur général de Suicide Action Montréal, dans une lettre ouverte publiée en 2012 et appelant les médias à «plus de retenue» quand ils traitent de suicide.Les médias sont bien entendu libres de choisir les nouvelles qu\u2019ils veulent publier.Mais avec la question du suicide, la liberté d\u2019expression se heurte à un devoir éthique d\u2019une bien plus grave importance : ne pas nuire.Or, la façon dont les médias ont abordé la vague de suicides chez les autochtones démontre qu\u2019ils n\u2019avaient visiblement aucun scrupule à présenter les choses comme un fait parmi d\u2019autres.Serait-ce par ignorance de l\u2019effet Wer- ther des nouveaux diffuseurs de l\u2019information ?Peut-être, mais la multiplication des réseaux numériques ne doit pas nous soustraire à nos responsabilités.Malheureusement, la discrimination a aussi joué un rôle.Si la vague de suicides s\u2019était déroulée dans un quartier de Montréal, la couver ture aurait été dif férente .Les médias considèrent que les réserves indiennes sont des territoires où les balises éthiques ne s\u2019appliquent pas.Suicides autochtones : l\u2019erreur éthique A « P MATTHEW THAYER ASSOCIATED PRESS Les biotechnologies ont notamment permis d\u2019intensifier les productions (réduisant ainsi l\u2019impact écologique de l\u2019agriculture), de diminuer l\u2019utilisation des pesticides et d\u2019augmenter les revenus des producteurs.J\u2019 P A U L I N E G R A V E L C e sont les récents progrès des techniques de séquen- çage de l\u2019ADN qui ont permis de découvrir l\u2019extraordinaire diversité des groupes bactériens qui habitent dans l\u2019intestin, mais aussi les variations de la composition du microbiote d\u2019un individu à l\u2019autre, voire d\u2019une population à l\u2019autre.Gwen Falony et ses collègues de l\u2019Université catholique de Louvain, en Belgique, ont ainsi pu identifier 664 genres bactériens dif férents dans des échantillons de selles de près de 4000 personnes provenant de Belgique, des Pays-Bas, du Royaume-Uni et des États- Unis.Parmi ces 664 genres, 17 étaient présents chez 95 % des 4000 individus.Lorsque les chercheurs ont ajouté 308 autres échantillons de selles provenant d\u2019habitants de Papoua- sie-Nouvelle-Guinée, du Pérou et de Tanzanie, ils n\u2019ont relevé alors que 14 genres bactériens communs à tous ces individus.Bénéfique diversité Ces mêmes chercheurs ont remarqué que la richesse, c\u2019est-à-dire la diversité des genres bactériens, du micro- biote augmentait avec l\u2019âge alors que son abondance diminuait.La prise de médicaments, tels que des antibiotiques, des laxatifs osmotiques, des traitements visant les maladies inflammatoires chroniques de l\u2019intestin, des hormones féminines, des ben- zodiazépines, des antidépresseurs et des antihistaminiques, est apparue comme le facteur le plus susceptible d\u2019induire des variations dans la composition du microbiote.Mais les paramètres sanguins, tels que le nombre de globules rouges et la concentration en hémoglobine, la consistance des selles et la durée du transit intestinal, l\u2019état de santé, la préférence pour un type de chocolat, voire des caractéristiques anthropométriques, telles que la circonférence des hanches, influençaient aussi la diversité de la flore intestinale et l\u2019abondance de certains genres bactériens.Ainsi , l \u2019abondance des genres omniprésents était plus grande dans les sel les plus molles.Les personnes qui préféraient le chocolat noir présentaient une abondance accrue de Lachnospira- ceae.De plus, l\u2019indice de masse corporelle, qui estime la corpulence d\u2019une personne, avait un effet significatif, bien que minime, sur la composition du microbiote.Les chercheurs ont également relevé deux sous-ensembles d\u2019échantillons de selles qui présentaient chacun une signature spécifique.Le premier sous-ensemble, qui se caractérisait par une plus grande diversité du microbiote, se composait principalement de femmes et d\u2019individus ayant un poids plus faible, et un transit intestinal plus long.Le second sous-ensemble, qui rassemblait des individus ayant un microbiote beaucoup moins diversifié, incluait des personnes ayant une préférence pour le pain blanc et faible en fibres et qui, pour la plupart, avaient reçu récemment un traitement antibiotique à l\u2019amoxilline.Certains événements survenant très tôt dans la vie d\u2019une personne, comme le type d\u2019accouchement (par voie vaginale ou par césarienne), le lieu de la naissance (à l\u2019hôpital ou à la maison), le mode d\u2019alimentation du bébé (par allaitement ou lait maternisé), n\u2019étaient pas associés de façon significative à des variations dans la composition du microbiote chez l\u2019adulte, contrairement à ce que plusieurs études ont suggéré.Facteurs agissant sur la composition Après avoir analysé le micro- biote intestinal et les habitudes de vie de 1135 Néerlandais, reconnus pour leur forte consommation de produits laitiers et leur faible utilisation d\u2019antibiotiques, Alexandra Zhernakova et ses collègues de l\u2019Université de Groningue, aux Pays-Bas, ont mis en évidence une multitude de facteurs environnementaux affectant la composition du micro- biote.Par exemple, ils ont remarqué que la consommation de babeurre (ce lait au goût aigre et pauvre en gras) était associée à une flore intestinale fortement diversifiée, alors que celle de lait entier (3,5 %) était plutôt liée à une faible diversité microbienne.La consommation de boissons gazeuses sucrées avait un effet négatif sur la diversité du microbiote, alors que celle de café, de thé et de vin rouge, qui contiennent tous une grande quantité de polyphénols, était plutôt bénéfique.La consommation de vin rouge s\u2019accompagnait d\u2019une plus grande abondance de Faecalibacterium prausnit- zii, qui possèdent des propriétés anti-inflammatoires, et était associée à une plus faible fréquence de maladies inflammatoires de l\u2019intestin.D\u2019autres caractéristiques de l\u2019alimentation occidentale, telles que son apport élevé en énergie (par ticulièrement en hydrates de carbone ou sucres), les grignotages, la consommation de lait entier, étaient également associées à un microbiote moins diversifié.En plus de démontrer à nouveau les ef fets dévastateurs des antibiotiques sur la composition du microbiote, cette étude a également confirmé les effets marqués qu\u2019exercent la metformine, qui est prescrite aux diabétiques de type 2 pour contrôler le taux de sucres dans le sang, les inhibiteurs de la pompe à protons, les statines et les laxatifs sur la composition du microbiote.Les chercheurs de Groningue ont également observé qu\u2019une crise cardiaque pouvait modifier le microbiote puisque les individus qui en avaient été victimes possédaient une plus faible abondance d\u2019Eubacterium eligens.Par a i l leurs , i ls ont relevé qu\u2019une consommation élevée de fruits était liée à de faibles niveaux de triglycérides, ainsi qu\u2019à une plus grande abondance d\u2019Alistipes shahii, voire à une flore intestinale plus diversifiée.Facteurs génétiques Julia Goodrich et ses collègues de l\u2019université Cornell, aux États-Unis, affirment pour leur part que l\u2019abondance de certains groupes bactériens est déterminée par les gènes de l\u2019individu, notamment par des gènes qui seraient associés aux préférences alimentaires.Par exemple, les dif férentes versions du gène LCT, qui produit la lactase, cette enzyme qui dégrade le lactose, sont associées à des quantités différentes de Bifidobacterium dans le micro- biote.Ainsi, les personnes dotées d\u2019une version du gène LCT qui induit une persistance de la lactase dans l\u2019organisme hébergent une plus faible population de bifidobactéries, car, une fois ingéré, le lactose est tout de suite dégradé par la lactase présente, ce qui réduit la disponibilité du lactose pour les bifidobactéries.Par contre, les individus por teurs d\u2019une version du gène qui ne favorise pas la persistance de la lactase ne par viennent à dégrader qu\u2019une petite portion du lactose ingéré, le reste étant disponible pour les bifi- dobactéries, qui peuvent alors proliférer.Transplantation fécale La résistance de certaines bactéries aux antibiotiques est devenue une véritable menace pour la santé humaine.Or, il a été démontré que l \u2019administrat ion d\u2019un cocktai l d \u2019espèces bactériennes pouvait guérir les patients infectés par la bactérie Clostridium di f f ici le .Des études récentes ont confirmé que les bactéries anaéro- biques obligatoires sont les principales responsables de cet effet bénéfique.La transplantation fécale, qui consiste à transférer le micro- biote (soit un échantillon des selles) d\u2019un donneur sain à un patient est un traitement prometteur pour diverses maladies inflammatoires de l\u2019intestin.Cette procédure a déjà fait ses preuves puisqu\u2019elle induit un taux de guérison de 90 % chez les patients aux prises avec une infection au Clostridium dif ficile qui résiste aux antibiotiques.Simone Li et ses collègues de l\u2019Université de Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, ont remarqué que la plupar t des souches du donneur colonisent l\u2019intestin du receveur sans toutefois remplacer les souches présentes chez le receveur.Les souches du donneur et du receveur coexistent.Il est également possible de transférer le microbiote d\u2019un donneur sain à un patient par voie orale en incorporant les spores des différentes souches du micr ob io te sa in dans une capsule que le patient peut avaler, explique le gas- t r oen tér o logue Mickae l Bou in du CHUM, où l \u2019 on s \u2019apprête à procéder à de telles transplantations.Selon Eric Pamer du Sloan Kettering Institute, à New York, il serait important d\u2019envisager l\u2019administration de ces « probiotiques de prochaine génération » en prévention, notamment aux patients qui sont hospitalisés afin d\u2019accroître leur résistance aux infections qui ne répondent plus aux antibiotiques, et aussi pour reconstituer le microbiote d\u2019une personne après un traitement antibiotique.Microbiote et immunité La constitution du micro- biote d\u2019un individu débute dans l\u2019utérus de sa mère et s\u2019accroît rapidement après la naissance.Sa composition dépend alors de l\u2019environnement auquel est exposé le bébé et des aliments qui lui sont donnés.Plusieurs études suggèrent que les évé- nements survenant au cours de la première année de vie sont déterminants pour la composition future du microbiote, ainsi que pour le développement structurel et fonctionnel du système immunitaire qui survient durant cette même période.«Le microbiote participe à la maturation du système immunitaire », soulignent Thomas Gensollen et ses collègues de la Harvard Medical School à Boston dans la revue Science.« Si une colonisation adéquate [de l\u2019intestin] ne survient pas durant cette fenêtre d\u2019opportunité, le développement du système immunitaire intestinal sera compromis et cela aura des conséquences durables qui pourront se poursuivre jusqu\u2019à l\u2019âge adulte.» À preuve, l\u2019administration d\u2019antibiotiques durant la première année de vie d\u2019un enfant est associée à une plus grande prédisposition aux allergies et à l\u2019asthme à l\u2019âge de six ans, ainsi qu\u2019à un risque accru de développer une maladie inflammatoire de l\u2019intestin.Par contre, les enfants ayant été élevés sur une ferme sont moins enclins à développer des allergies, vraisemblablement en raison de la plus grande diversité de leur microbiote.Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 3 0 A V R I L E T D I M A N C H E 1 E R M A I 2 0 1 6 SCIENCES B 6 Anciennement dénommé flore intestinale, le microbiote, qui est aujourd\u2019hui considéré comme un organe en soi, se compose d\u2019environ 664 genres bactériens dif férents, qui nichent dans la muqueuse de notre intestin.Ces 100 000 milliards de bactéries participent à la digestion des aliments que l\u2019on ingurgite et nous protègent des infections, voire de diverses maladies.La revue Science publiait le 28 avril dernier une série d\u2019articles relatant les plus récentes découvertes concernant cet allié du corps humain.Le microbiote intestinal, un allié indispensable L\u2019alimentation, la médication et une panoplie de facteurs influencent les 100 000 milliards de bactéries de notre intestin La résistance de certaines bactéries aux antibiotiques est devenue une véritable menace pour la santé humaine.PHOTOS CENTERS FOR DISEASE CONTROL AND PREVENTION La bactérie Clostridium difficile, illustrée également au bas de la page, se retrouve en abondance dans l\u2019intestin humain.Des vertus pour la santé?Que dire des produits laitiers contenant des lactoba- cilles ou des bifidobactéries qui sont vendus sur le marché et dont on vante les vertus pour la santé ?« Il y a peu de preuves solides chez l\u2019humain de leur capacité à accroître la santé, à promouvoir la longévité et à réduire les infections», indique dans la revue Science Eric Pamer du Sloan Kettering Institute, à New York.Plusieurs études suggèrent que les événements survenant au cours de la première année de vie sont déterminants pour la composition future du microbiote «Le microbiote participe à la maturation du système immunitaire» "]
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