Le devoir, 22 février 2016, Cahier A
[" V O L .C V I I N o 3 7 L E D E V O I R , L E L U N D I 2 2 F É V R I E R 2 0 1 6 1 , 3 0 | S + T A X E S = 1 , 5 0 | S AUJOURD\u2019HUI Culture \u203a Fuocoammare est primé à la 66e Berlinale.Page B 8 Éthique et religions \u203a La paresse comme vertu.Une chronique de Louis Cornellier.Page B 6 Actualités \u203a Le Bloc québécois élira un chef en 2017.Page A 3 Avis légaux.B 2 Décès.B 6 Météo.B 5 Mots croisés.B 5 Petites annonces .B 6 Sudoku.B 4 ?w w w .l e d e v o i r .c o m SYRIE ENTRE DEUX FEUX AGENCE DE PRESSE OFFICIELLE SYRIENNE SANA/ASSOCIATED PRESS Plus de 150 personnes ont été tuées dimanche dans une série d\u2019attentats revendiqués par le groupe armé État islamique dans des zones tenues par le régime de Bachar al-Assad en Syrie, tandis que Washington et Moscou poussent pour la mise en place d\u2019un cessez-le-feu.Page B 1 A L E X A N D R E S H I E L D S L e contrat signé par le gouvernement du Québec pour l\u2019exploration sur l\u2019île d\u2019Anti- costi prévoit que le seul autre partenaire à financer les travaux de 100 millions de dollars pourrait se retirer du projet dès cette année, a constaté Le Devoir.Ressources Québec, qui n\u2019a visiblement pas négocié une telle clause, devrait alors injecter des millions de dollars supplémentaires pour achever les forages avec fracturation.Au moment où les conjectures vont bon train sur la suite des travaux d\u2019exploration pétrolière sur Anticosti, dans un contexte où le gouvernement Couillard semble vouloir mettre un terme au projet, des documents publiés sur le site de dépôt officiel des entreprises SEDAR révèlent des détails de l\u2019entente signée le 31 mars 2014 par le gouvernement péquiste.En vertu de l\u2019entente qui a créé la Société en commandite Hydrocarbures Anticosti, les entreprises Corridor Resources et Pétrolia ont cédé leurs permis d\u2019exploration à Hydrocarbures Anticosti.Ressources Québec, une filiale d\u2019Investissement Québec, et Saint-Aubin, filiale de la société française Maurel & Prom, doivent pour leur part investir un total de 100 millions de dollars dans le but de «démontrer la viabilité commerciale des ressources en hydrocarbures de l\u2019île d\u2019Anticosti pour ensuite les produire».Ressources Québec doit injecter 56,7 millions de dollars.Et selon ce que précise un document déposé par Corridor Resources sur SE- DAR, la Société d\u2019État lui a aussi versé 13,33 millions de dollars en échange d\u2019une part de l\u2019actionnariat dans Hydrocarbures Anticosti.ANTICOSTI Québec assume l\u2019essentiel du risque Seule Ressources Québec n\u2019a pas de clause de retrait du projet d\u2019exploration pétrolière F L O R E N C E S A R A G .F E R R A R I S «S ans Jutra, le cinéma québécois, tel qu\u2019on le connaît aujourd\u2019hui, n\u2019existerait pas, lâche dans un souffle Germain Lacasse, professeur au Dépar tement d\u2019histoire de l\u2019ar t et d\u2019études cinématographiques à l\u2019Université de Montréal depuis une vingtaine d\u2019années.Il n\u2019existe pas de consensus formel, mais nombreux sont ceux qui, dans le milieu, estiment que notre cinéma est né à son époque, à l\u2019aube de la Révolution tranquille.On peut être d\u2019accord ou non, mais il s\u2019agira toujours d\u2019un gros morceau de notre histoire artistique collective.» En novembre dernier, un colloque entier était d\u2019ailleurs consacré au film À tout prendre, œuvre phare du célèbre cinéaste.Des dizaines de spécialistes \u2014 et d\u2019amoureux de son travail \u2014 s\u2019étaient réunis pour réfléchir au legs colossal de Jutra.C\u2019était avant la publication de la biographie d\u2019Yves Lever, avant les allégations de pédophilie, avant le témoignage troublant de P?INT CHAUD Au nom du legs cinématographique de Jutra H É L È N E B U Z Z E T T I Correspondante parlementaire à Ottawa N e plus siéger le vendredi ?Voter à distance ?Permettre de soumettre par écrit à la Chambre des communes un discours qui n\u2019y sera jamais prononcé ?Créer un Parlement parallèle ?Ce sont là des suggestions soupesées ces jours-ci par les députés à Ottawa afin de faciliter la conciliation travail-famille des élus.Si, de prime abord, les solutions semblent évidentes, tout se complique quand on y regarde de plus près.Survol.Dès leur élection, les libéraux de Justin Trudeau ont parlé de la conciliation travail-famille en suggérant que la Chambre abolisse ses séances du vendredi, puisque, de toute façon, elles ne durent que quatre heures et demie.Un comité parlementaire a reçu le mandat de se pencher sur la question et le leader du gouvernement en Chambre, Dominic LeBlanc, y a comparu.«Les changements pourraient comprendre l\u2019élimination des séances du vendredi pour permettre aux députés de rentrer dans leur circonscription, certaines en régions éloignées, pour travailler et pour passer davantage de temps de qualité avec Mieux concilier députation et famille La Chambre des communes songe à se faire plus confortable pour les députés parents SEAN KILPATRICK LA PRESSE CANADIENNE La députée néodémocrate Christine Moore et sa fille Daphnée le 3 décembre dernier, lors du vote visant à élire le nouveau président de la Chambre des communes.VOIR PAGE A 8 : ANTICOSTI VOIR PAGE A 8 : JUTRA VOIR PAGE A 8 : FAMILLE Primaires américaines Jeb Bush, de grand favori à martyr républicain Page B 1 Intelligence arti?cielle Que serons-nous quand les robots feront tout le travail ?Page A 5 I S A B E L L E P O R T E R à Québec U n groupe de citoyens de Por t- neuf soutient que les toilettes à compost pourraient facilement régler le problème croissant de la contamination des sources d\u2019eau potable.Il suf fit que le gouvernement les rende clairement légales et que le public surmonte certaines réticences.« Le problème de l\u2019eau potable, ce n\u2019est pas l\u2019étalement urbain, c\u2019est le problème des eaux usées.Et les eaux usées, ce sont les toilettes ! » lance Richard Côté, l\u2019un des instigateurs du projet Terre-O-Nostra.M.Côté a contacté Le Devoir à la suite des nombreux articles des dernières semaines sur la contamination du lac Saint-Charles, au nord de Québec.La multiplication des fosses septiques en zone pé- riurbaine fait augmenter les concentrations de phosphore dans les cours d\u2019eau et favorise la croissance des plantes envahissantes.Le maire de Québec, Régis Labeaume, a proposé récemment de raccorder les milliers de résidences concernées à des réseaux d\u2019égouts pour protéger la prise d\u2019eau potable de la ville.Or, le groupe Terre-O-Nostra pense que sa solution est moins coûteuse que celle du maire.Il a développé un prototype de toilette qui n\u2019a rien à voir avec les bonnes vieilles «bé- cosses».La chose a la même allure qu\u2019une toilette conventionnelle.Mais quand on actionne la chasse, c\u2019est du compost qui tombe dans la cuvette.Le contenu est ensuite transféré par un moteur dans un réservoir (le «digesteur») qui produira davantage de compost.La vidange du digesteur se ferait une fois l\u2019an.Pour une famille de quatre personnes, on estime que la toilette produit à peine 1 m³ de matière, avance M.Côté.Et non, ça ne sent pas mauvais, précise la conceptrice Lucie Mainguy.La recette de compost qu\u2019elle utilise dégage même un parfum de conifère qui n\u2019est pas désagréable.«L\u2019idée des gens change très vite quand on leur présente ça.Les gens sont prêts à entendre parler d\u2019une solution comme ça.» D\u2019autant qu\u2019environ 30% de notre eau potable est en quelque sorte gaspillée dans nos toilettes.L\u2019argument économique Dans Portneuf, les toilettes sèches font de moins en moins l\u2019objet de moqueries.Un « Forum sur les toilettes sans eau» a connu un certain succès l\u2019été dernier.Et à Saint-Ubalde de Portneuf, le maire Pierre Saint- Germain fait partie du collectif Terre-O-Nostra.«On a contribué à lancer le projet parce que les fosses septiques autour des lacs, c\u2019est très problématique à cause du phosphore, explique M.Germain, évoquant aussi les coûts parfois élevés.On voudrait bien que quelqu\u2019un se penche là-dessus au ministère de l\u2019Environnement.» Saint-Ubalde a cinq lacs, 1400 habitants et 750 fosses septiques sur son territoire.«Admettons que quelqu\u2019un achète une maison évaluée à 75 000$ et que refaire sa fosse septique en coûte 30 000 $.C\u2019est un problème et, à un moment donné, le problème, il faut le regarder en face, résume-t-il.Je ne pense pas que, dans un court délai, toutes les municipalités vont avoir des toilettes sèches, mais autour des lacs, dans les rangs, ça peut avoir sa place.» À l\u2019heure actuelle, une fosse septique avec champ d\u2019épuration coûte facilement 10 000$, alors que le prix d\u2019une toilette à compost oscille entre 2000 et 4000$, expliquent Mme Main- guy et M.Côté.Mais encore faut-il l\u2019installer.Le digesteur peut être placé en dessous ou à côté de la cuvette.Idéalement, on le relie à la toilette à partir d\u2019une petite annexe à la maison donnant sur l\u2019extérieur, ou encore dans le sous-sol.«On veut que ça s\u2019adapte à la rénovation, à l\u2019habitation neuve, au multifamilial et à l\u2019urbain, explique la conceptrice Lucie Mainguy.On commence par les campagnes parce que, pour nous, le problème est déjà là, mais le concept est fait pour partout.» M.Côté souligne qu\u2019on utilise même ce genre d\u2019appareil dans des tours à étages ultramodernes en Chine, comme l\u2019a montré Infoman dans un re- por tage récemment.« Beaucoup de gens l\u2019utilisent déjà, mais ne le disent pas parce que ce n\u2019est pas vraiment légal.» Modifier la loi À l\u2019heure actuelle, la Loi assimile les toilettes sèches aux bécosses nauséabondes qu\u2019on utilise dans les bois.Le ministère donne le droit d\u2019en aménager à condition qu\u2019aucune autre solution ne soit possible, précise Lucie Mainguy.«Ce n\u2019est pas interdit, mais c\u2019est tellement pas clair que les gens ont peur de s\u2019investir là-dedans.» C\u2019est pour cela que son groupe demande au gouvernement de modifier la Loi.L\u2019automne dernier, le député Michel Matte a déposé pour eux une pétition de 1265 noms.«La plus grande bataille, c\u2019est ça», résume M.Côté, qui a lui- même été candidat du Bloc québécois dans la circonscription (Portneuf\u2013Jacques-Cartier) en 2011, contre André Arthur.En plus de Terre-O-Nostra, il existe déjà plusieurs fabricants de toilettes de ce genre, comme la compagnie canadienne Envi- rolet.L\u2019organisme de Portneuf, qui tient à rester à but non lucratif, voudrait d\u2019ailleurs avoir d\u2019autres fournisseurs.«Les gens vont venir chez nous, on va analyser leurs besoins et on va leur proposer quelque chose.Ils n\u2019auront pas à passer des heures sur Internet pour découvrir l\u2019ensemble des possibilités, on va les leur offrir», explique Richard Côté.Pour l\u2019instant, le plus récent prototype de Mme Mainguy se trouve devant son terrain à Grondines.L\u2019assemblée générale de constitution de leur OBNL est prévue pour le 3 mars.Le Devoir L E D E V O I R , L E L U N D I 2 2 F É V R I E R 2 0 1 6 A C T U A L I T É S A 2 Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 Résultats des tirages du : Résultats des tirages du : En cas de disparité entre cette liste et la liste officielle de Loto-Québec, cette dernière a priorité.compl.compl.l o t o q u e b e c .c o m / l o t e r i e s l o t o q u e b e c .c o m / l o t e r i e s COMPL.02 11 20 22 33 40 43 04 50 000 000 $ Prochain gros lot (approx) : 2 8676064 5 000 000 $ 04 08 10 30 33 39 25 05 11 21 28 46 47 09 2016-02-20 2016-02-19 + 1 LOT GARANTI DE 1 000 000 $ 12703542-01 Prochain gros lot (approx.) : 5286279 + lots de 1 million $ (APPROX.) QUÉBEC Des toilettes pour sauver l\u2019eau potable Devant les problèmes de contamination du lac Saint-Charles, un groupe demande au gouvernement de modifier la loi en faveur des toilettes sans eau PHOTOS FRANCIS VACHON LE DEVOIR Lucie Mainguy et Richard Côté militent pour que Québec généralise l\u2019usage des toilettes à compost.Le modèle conçu par Lucie Mainguy est muni d\u2019un «digesteur» (à droite sur la photo), et peut être installé à l\u2019intérieur de la maison.L ongueuil \u2014 Plus d\u2019un million d\u2019automobilistes pourraient bientôt devoir payer une nouvelle taxe sur leur immatriculation, prévient la Coalition avenir Québec (CAQ).En ver tu du projet de loi 76, qui est présentement à l\u2019étude en commission parlementaire, des frais supplémentaires pour raient être exigés pour financer le transport en commun dans 66 municipalités situées en périphérie de Montréal.Les députés caquistes Nathalie Roy, Claude Surprenant et Mario Laframboise avaient convoqué la presse à Longueuil, dimanche, pour infor mer la populat ion de l\u2019existence de l\u2019article 51 que le gouvernement Couillard a inséré « sournoisement » dans le projet de loi qui modifie l\u2019organisation et la gouvernance du transpor t collectif dans la région métropol i - taine de Montréal.Selon cet ar ticle, la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) pourrait, par simple règlement, décider de hausser la taxe actuelle de 30 $ pour financer le transport collectif.La CAQ \u2014 qui a mis en ligne le site attachezvotrecein- ture.com \u2014 demande au gouvernement de retirer l\u2019ar ti- cle 51 du projet de loi 76.Une demande à laquelle CAA-Québec a fait écho.Dans un communiqué publié dimanche, l\u2019organisation a souligné que « les automobilistes sont une cible facile », mais que l\u2019heure devrait être « à la diversification des sources de financement ».« Seul le gouvernement doit avoir le pouvoir de taxer l\u2019immatriculation des véhicules », a mentionné la vice-présidente aux communications et aux affaires publiques chez CAA- Québec, Sophie Gagnon.« Ce qui a déjà été autorisé de manière exceptionnelle [à Montréal en 2011] deviendrait la norme avec ce projet de loi », a- t-elle souligné.«Excessif» En 2011, le gouvernement avait permis à la Ville de Montréal de percevoir 45 $ supplémentaires sur les frais d\u2019immatriculation pour financer ses services de transport en commun.Selon Mme Roy, tout porterait donc à croire que la CMM pourrait procéder à la même hausse.«Les frais sont actuellement de 30$, on additionnerait 45$, donc ça passerait à 75$, c\u2019est pratiquement usuraire, et personne n\u2019en a jamais entendu parler», s\u2019est indignée la députée de Montarville en entrevue à La Presse canadienne.«C\u2019est abusif, c\u2019est indécent et c\u2019est excessif», a-t-elle poursuivi.Selon Mme Roy, il s\u2019agit de la « façon de faire » du gouvernement libéral qui tend à « sous- traiter des taxes » pour compenser les coupes auxquelles il a procédé dans les services à la population.Cette nouvelle taxe ne se traduira pas nécessairement par une bonification des services ou une amélioration du réseau, a-t-elle estimé.«C\u2019est plutôt une taxe pour compenser un manque à gagner.» La Presse canadienne IMMATRICULATION Les banlieusards risquent de payer plus cher La taxe qui sert à financer le transport en commun pourra bientôt être modifiée par la CMM JEAN GAGNON/CC Dix millions pour rénover 59 églises Cinquante-neuf églises du Québec, dont le clocher, les murs de façade, les décors intérieurs ou les œuvres d\u2019art qu\u2019elles abritent sont mal en point, bénéficieront d\u2019une aide financière de 10 millions de dollars du ministère de la Culture pour se refaire une beauté.Parmi les projets prévus, on trouve la basilique Saint-Patrick de Montréal, dont les contre-fenêtres des vitraux pourront être restaurées.Il y a aussi l\u2019église anglicane Murray Bay à La Malbaie, dans Charlevoix, qui verra son mur d\u2019enceinte sauvegardé, ainsi que la chapelle de la mission Sainte-Clotilde de Kitcisakik, en Abitibi-Témiscamingue, dont l\u2019enveloppe extérieure sera complètement rénovée.Ces fonds couvrent une partie seulement du coût des projets.Tour de Radio- Canada : la CSN craint la vente Le Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC) demande l\u2019intervention du gouvernement fédéral afin qu\u2019il ordonne à la haute direction de la société d\u2019État de mettre de côté son plan de vendre son siège social dans l\u2019est de Montréal.Pour le syndicat, affilié à la Confédération des syndicats nationaux, l\u2019annonce de la mise en vente n\u2019a rien de rassurant pour les employés alors que les négociations pour conclure une nouvelle convention collective unifiée commenceront dans quelques semaines.La présidente du SCRC, Johanne Hé- mond, dit trouver «incompréhensible» de voir la haute direction s\u2019«acharner» à vouloir vendre le patrimoine des Canadiens alors qu\u2019Ottawa a promis de réinjecter de l\u2019argent frais dans les coffres de RC/CBC lors du prochain budget, dans quelques semaines.La Presse canadienne L E D E V O I R , L E L U N D I 2 2 F É V R I E R 2 0 1 6 ACTUALITES A 3 D ans ses prunelles d\u2019un noir brillant, il y avait le reflet de ce désarroi qui se jette sans prévenir sur un enfant de trois ans.Le carillon de la porte principale venait de sonner.\u2014 C\u2019est qui, papa?C\u2019est qui ?\u2014 Je n\u2019en sais rien, mon grand.Pour le savoir, il faut d\u2019abord ouvrir la porte.\u2014 Un loup peut-être ?Est-ce la faute des contes de Perrault ou des fables de La Fontaine si le loup apparaît sans cesse, d\u2019hier à aujourd\u2019hui, comme une figure d\u2019ombre au milieu des lumières de l\u2019enfance ?Ces peurs des loups témoignent de façon éloquente de la place prédominante qu\u2019occupe cet animal dans notre culture.Au Moyen Âge, le loup constitue une menace nouvelle.Jusque-là, on ne s\u2019en souciait qu\u2019en fonction de la protection des animaux domestiques.À cause de changements dans l\u2019administration des forêts, il semble devenir plus menaçant.Dans la nouvelle culture chrétienne qui s\u2019installe, le loup apparaît comme le symbole négatif de l\u2019agneau de Dieu, blanc et pur.Il incarne le diable, la cruauté, le sang, l\u2019esprit fourbe et une sexualité déréglée.Des saints sont invoqués pour se protéger des loups.Les rois très chrétiens ne tolèrent pas que d\u2019autres bêtes féroces qu\u2019eux règnent au royaume des forêts.Ils feront chasser les loups sans relâche, jusqu\u2019à la Révolution française.La marée de la religion a fini par baisser.L\u2019agneau de Dieu et ses saints protecteurs se sont retirés des esprits.Mais le loup noir y est resté.Faute de saints, la société s\u2019est repliée sur des figures de substitution: artistes, écrivains, peintres, tous ceux-là qui autrefois bâtissaient dans le creuset de leur anonymat des cathédrales de pierres et d\u2019idées.Des pèlerinages se rendent désormais sur les tombes de ces saints d\u2019un genre nouveau.Leurs reliques sont vénérées, souvent avec une sanction de l\u2019image démultipliée grâce à la religion cathodique.On pleure autant David Bowie que l\u2019on pleurait le frère André.Les nouvelles idoles ne sont pourtant ni des saints ni des agneaux.Sous chaque monument renversé grouillent au moins quelques vers.Et même si l\u2019on s\u2019emploie à lisser les images des nouvelles idoles, chaque homme reste potentiellement un loup pour ses semblables.La figure exemplaire du prédateur s\u2019incarne aujourd\u2019hui dans les pédophiles.C\u2019est le loup tout droit sorti des peurs de l\u2019enfance.Il ne faut en conséquence que quelques lignes et des témoins pour ordonner la chasse et la mort du nom de Claude Jutra.Mais pourquoi ce loup plus que d\u2019autres?Il existe une rue André Gide à Québec.Perdra- t-elle son nom parce que le grand écrivain profitait lui aussi de très jeunes garçons?À Beauport se trouve par ailleurs une rue Henry de Montherlant, écrivain tout aussi coupable de pédophilie.Le Cirque du Soleil doit-il présenter un spectacle à grand déploiement en hommage à Michael Jackson, l\u2019homme qui aimait tant inviter les enfants à jouer en pyjama dans son lit ?Pourquoi en rester là ?Le pape Pie IX s\u2019est employé à justifier l\u2019esclavage.Son nom doit-il rester à la vue de tous?Le général Jeffery Amherst caressait le projet d\u2019éliminer les Autochtones grâce à des bactéries et de déporter les Acadiens.Faut-il souffrir plus longtemps son nom?John Colborne fit tuer, incendier et piller une partie du pays.Il a sa rue.L\u2019historien Robert Rumilly servit de passeur à des criminels de guerre après la Seconde Guerre mondiale.Il a sa rue.Que penser d\u2019une statue à la gloire d\u2019Isabelle de Castille à Montréal ?C\u2019est pourtant elle qui a ordonné les persécutions sanglantes de l\u2019Inquisition.La liste est longue.Il s\u2019agit d\u2019entreprendre de nettoyer la forêt de l\u2019histoire des noms qu\u2019on ne saurait y voir\u2026 À l\u2019eau de Javel s\u2019il le faut, sans oublier que ce ne sont pas tant des vies qui doivent être blanchies que les apparences qui permettent d\u2019en faire un usage public.Instaurons en conséquence des tribunaux populaires capables de faire disparaître ceux qui suscitent l\u2019opprobre du moment, selon les principes d\u2019une indignation toute sélective.Les lieux publics apparaissent de plus en plus baptisés du nom d\u2019entreprises.Centre Bell.Amphithéâtre Vidéotron.Pavillon Jean-Coutu.Stade Uniprix.Auront-ils moins à se reprocher ceux-là le jour où les historiens se pencheront vraiment sur leurs cas?Il est inouï que la crainte du loup solitaire passe toujours pour plus violente que les injustices commises par les rois dans leurs forêts: on comprend tous spontanément la violence privée de Jutra, la souffrance de ses victimes; beaucoup moins pourtant celle d\u2019une compagnie que l\u2019État et les Québécois ne cessent de soutenir à bout de bras, et qui les remercie en congédiant des milliers d\u2019employés et en délocalisant ses activités.Nous faut-il quand même continuer d\u2019élever les yeux fermés d\u2019autres monuments à Bombardier?Pour plus de quiétude, il suffirait de donner seulement des noms de race de chats aux rues.Le chat est un animal si consensuel.Ou bien des noms d\u2019oiseaux.Ou encore des noms de fleurs, comme à Fleurimont, banlieue de Sherbrooke\u2026 Des méchantes langues diront sans doute que je cherche à minimiser le caractère corrosif des pratiques de prédateur de Claude Jutra par quelques effets de diversions.Non.Que personne n\u2019en doute: je les trouve tout à fait ignobles.Mais je prétends qu\u2019on en apprend moins en ce moment sur Claude Jutra que sur notre moralité à géométrie variable ainsi que sur la danse changeante de l\u2019opinion publique.Des loups JEAN-FRANÇOIS NADEAU F L O R E N C E S A R A G .F E R R A R I S L a course à la direction du Bloc québécois se tiendra bel et bien en 2017, a confirmé au Devoir le chef intérimaire du parti indépendantiste, Rhéal For tin, au lendemain du conseil général de la formation qui se tenait samedi à Trois-Rivières.Cette période avait été retenue dès le début par le bureau national, assure le député de Saint- Jérôme.«Ça va nous donner assez de temps pour préparer la maison pour accueillir la visite », a-t-il indiqué avec un léger rire.Les quelque 300 membres du Bloc québécois présents ne se sont toutefois pas penchés directement sur la course à la succession de Gilles Duceppe, mais ont plutôt été invités à réfléchir au plan d\u2019action à adopter pour les quatre prochaines années.Le conseil a également été l\u2019occasion pour la formation politique de faire un bilan de la dernière campagne électorale.La question des finances a également été abordée.Palestine et Israël Le Bloc québécois en a profité pour réitérer son soutien à l\u2019autodétermination du peuple palestinien.Cette résolution, adoptée à la demande du Forum jeunesse du parti, était déjà de la plateforme du par ti indépendantiste lors de la dernière campagne électorale.« Ce n\u2019est pas une nouveauté, mais on trouvait important de remettre en avant notre appui à la Palestine, a expliqué le président de l\u2019aile jeunesse du Bloc, Jonathan Larochelle, en poste depuis novembre dernier.Surtout dans la mesure où il y a eu un vrai branle-bas de combat sur la colline parlementaire au cours des derniers mois.» Cette preuve de soutiens s\u2019inscrit en suite logique avec la prise de position prise par le Bloc québécois la semaine dernière contre la plus récente motion conservatrice déposée au Parlement.Cette dernière dénonce la campagne internationale « Boycott, désinvestissement et sanctions » à l\u2019endroit d\u2019Israël.Elle vise aussi à rappeler les liens qui unissent le Canada et l\u2019État hébreu et, par la même occasion, à condamner toute personne ou organisation qui ferait la promotion de la campagne de boycottage d\u2019Israël.Le Bloc québécois a déjà déclaré qu\u2019il voterait contre cette motion, de même que le Nouveau Parti démocratique et le Parti vert.Réflexions indépendantistes Le conseil national a également été l\u2019occasion pour le For um jeunesse de proposer une seconde résolution, cette fois sur les différents modes d\u2019accession à l\u2019indépendance.Concrètement, Jonathan Larochelle espère qu\u2019au cours des prochains mois, un espace de réflexion sera mis sur pied pour permettre aux membres du parti indépendantiste de se pencher sur les dif férents moyens qui existent à travers le monde pour permettre aux nations d\u2019acquérir leur indépendance.Déjà, l\u2019aile jeunesse estime que trois approches devront nécessairement être présentées et soumises à la réflexion des membres, soit l\u2019approche référendaire préconisée par les Écossais, la constituante privilégiée par le gouvernement indépendantiste catalan et le modèle de l\u2019ef fectivité développé par Jacques Parizeau et Robert Laplante.Cette dernière consiste à mettre sur pied « une politique de la rupture » où l\u2019élection d\u2019un parti souverainiste devient un moment clé à l\u2019accès à l\u2019indépendance.Même si, au final, le choix du mode d\u2019accession revient aux partis indépendantistes de la scène québécoise, il n\u2019en demeure pas moins pertinent pour le Bloc d\u2019entamer dès maintenant une telle réflexion, croit le jeune président du Forum jeunesse.Même son de cloche du côté du chef intérimaire Rhéal For tin.« Beaucoup de nos membres s\u2019impliquent activement au sein de dif férentes formations politiques québécoises, explique-t-il.Nous ne prendrons pas de décisions, mais nous pouvons les accompagner dans ce processus.» Avec La Presse canadienne Le Devoir Le Bloc élira un chef en 2017 La Palestine et le processus référendaire étaient au menu du conseil général Ça va nous donner assez de temps pour préparer la maison pour accueillir la visite Rhéal Fortin, chef du Bloc québécois par intérim « » ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR La Coalition Main rouge lance une semaine d\u2019actions contre l\u2019austérité La Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics, ou Coalition Main Rouge, a donné dimanche le coup d\u2019envoi d\u2019une semaine nationale d\u2019actions contre les mesures d\u2019austérité du gouvernement Couillard.À quelques semaines du prochain budget, les groupes sociaux ont interpellé le gouvernement afin qu\u2019il change de cap en réinvestissant dans les services publics et les programmes sociaux.En conférence de presse à Montréal, le porte-parole de la Coalition Main rouge, Joël Pedneault (notre photo), a demandé au gouvernement d\u2019aller chercher de l\u2019argent «là où il y en a réellement», c\u2019est-à-dire «dans les poches des grandes entreprises, des institutions financières, des particuliers riches et en luttant contre l\u2019évasion fiscale».Le collectif, qui regroupe 85 organisations à vocation sociale, propose notamment de réinstaurer la taxe sur le capital pour les banques, de hausser les impôts des grandes entreprises et d\u2019augmenter le nombre de paliers d\u2019imposition.S T E P H A N I E L E V I T Z à Ottawa À titre d\u2019ancien journaliste, le sénateur Mike Duffy connaît les composantes d\u2019une histoire ; il faut raconter qui a fait quoi, où, quand, pourquoi et comment.Dans les 61 jours où ont été présentées les preuves liées aux 31 accusations de fraude, d\u2019abus de confiance et de corruption contre le sénateur, la Couronne et la défense se sont penchées sur les cinq premières questions.Avec le début des plaidoiries finales, lundi, les deux parties devront maintenant s\u2019attarder sur le dernier élément, affirme Peter Sankoff, professeur de droit à l\u2019Université de l\u2019Alberta.« Tout tourne autour du comment.Comment tout cela se traduit-il par un verdict de culpabilité ou d\u2019innocence?», estime-t-il.«Ce que [les deux parties] ont établi pendant de longues périodes, qui savait quoi à quel moment, qui avait à prendre la décision, je ne crois pas que tout cela importe maintenant, affirme-t-il.Je crois qu\u2019ils se concentreront à essayer d\u2019expliquer pourquoi il devrait ou ne devrait pas être reconnu coupable.» Le sénateur de 69 ans a plaidé non coupable à toutes les accusations.Long procès Les plaidoyers finaux viennent conclure un procès qui a commencé en avril 2015 et qui devait, à l\u2019origine, ne durer que huit semaines.L\u2019histoire a cependant commencé en 2008, lorsque le populaire journaliste a été nommé sénateur conser vateur de l\u2019Île-du-Prince- Édouard par l\u2019ex-premier ministre Stephen Harper.Quatre ans plus tard, certains se sont demandé si Mike Duffy pouvait vraiment se déclarer résidant de la petite province maritime et, ainsi, réclamer certaines dépenses.Il a finalement admis avoir mal compris les règles et a remis 90 000$ dans les coffres publics, argent qui, l\u2019apprendra-t-on plus tard, n\u2019était pas le sien, mais venait plutôt de l\u2019ancien chef de cabinet de Stephen Harper, Nigel Wright.D\u2019autres doutes ont ensuite été soulevés, cette fois sur le travail partisan de Mike Duffy et sur le fait que les contribuables y participaient financièrement puisque le sénateur facturait le Sénat pour certains de ces déplacements.La décision du juge Charles Vaillancour t pourrait tout de même avoir des répercussions importantes, prévient le professeur de droit.« Ce que le juge dira pourrait avoir un impact sur la façon dont le gouvernement fait des affaires, parce que le juge pourrait faire une déclaration sur la conduite inappropriée du bureau du premier ministre, et je crois que cela résonnera même chez les futurs gouvernements.» Deux semaines ont été prévues pour les plaidoiries finales.La Presse canadienne La dernière question du procès Duffy Les plaidoiries finales doivent commencer ce lundi dans le procès du sénateur L E D E V O I R , L E L U N D I 2 2 F É V R I E R 2 0 1 6 A C T U A L I T É S A 4 LE DEVOIR DE DÉBATTRE 24 février À Québec 23 mars À Québec 13 avril À Sherbrooke 27 avril À Québec 11 mai À Québec éne v s é e D étr P : la Q , P QS e ments à v Immigr l nir et à ne pas manq Quinze ans tion uer Ar po à jamai u fa u q ?position op \u2019 l condamnée à elle st- uche e ga oblèm pr solutions o s syr éfugié r elle v u no a ?pas uoi q ur u s, o e non t-il dir : s ébécoi o e ?il pér en st-il s e ai anç fr ose, le ar L por ap s le r è apr ?s e u iens, loi, : s par l Animé s ju le En c an c ué q s de c t d st iali édit \u2019 e R oin Ant ai obite or J érusalem \u2014 Samuel Willenberg, dernier sur vivant de la révolte de déportés dans le camp de la mor t nazi de Treblinka (Pologne, août 1943), est décédé à l \u2019âge de 93 ans et sera enterré lundi, a indiqué dimanche Yad Vashem, le mémorial de l\u2019Holocauste à Jérusalem.Déporté à l\u2019âge de 19 ans à Treblinka, Samuel Willenberg était né en Pologne.Il a été un des instigateurs de la révolte de Treblinka, une des rares qui se soient produites dans les camps d\u2019extermination durant la Seconde Guerre mondiale.Avec 200 autres déportés, il est parvenu à s \u2019échapper du camp de T rebl inka, où quelque 870 000 juifs ont été massacrés en 13 mois.Lors de cette révolte, des déportés ont mis le feu à une partie du camp avant de se précipiter en masse vers la clôture électrique sous le feu des nazis qui ont tué la plupar t d\u2019entre eux.Samuel Willenberg, bien que blessé à la jambe, a survécu.Il a combattu ensuite dans les rangs de la résistance polonaise avant de ser vir après la guerre dans l\u2019armée polonaise.En 1950, il émigre en Israël, où il est devenu fonctionnaire au ministère du Logement.Sculpteur Une fois à la retraite il s\u2019est surtout consacré à la sculpture avec des œuvres liées à ses traumatismes hérités de la Shoah, tel l\u2019assassinat de ses deux sœurs à Treblinka.Il a également accompagné de nombreuses délégations à Treblinka, donné des conférences sur son expérience concentrationnaire, et écrit un livre de souvenirs, Révolte à Treblinka.Une de ses sculptures est exposée à la résidence du président israélien à Jérusalem.Il avait confié lors d\u2019un reportage de la télévision israélienne que son dernier rêve était de participer à la construction d\u2019un musée à Treblinka «pour que son souvenir ne s\u2019efface pas».Agence France-Presse Le dernier révolté du camp de Treblinka s\u2019est éteint Mort suspecte à l\u2019Université Laval Québec \u2014 Un homme âgé d\u2019environ 40 ans a été découvert sans vie dimanche matin à l\u2019intérieur du pavillon Louis- Jacques-Casault, à l\u2019Université Laval, à Québec.Pour l\u2019instant, la police estime qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une mort suspecte.La police de Québec a précisé que le 911 avait reçu un appel peu après 10h50 pour intervenir avec les ambulanciers.Un témoin avait averti le service de sécurité de l\u2019Université de la présence d\u2019un homme étendu au sol.L\u2019homme pourrait avoir fait une chute de plusieurs étages.La Presse canadienne Accès médiatique : Notley recule Il n\u2019y aura pas de restrictions sur l\u2019accès aux conférences de presse du gouvernement alber- tain le temps que la province révise ses politiques médiatiques, annonce la première ministre, Rachel Notley.Mme Notley a fait ces commentaires à l\u2019émission Question Period, sur les ondes de CTV, dimanche.Ce mois-ci, une controverse avait éclaté lorsque le gouvernement néo- démocrate de l\u2019Alberta avait empêché des collaboratrices à un site conservateur d\u2019assister à des conférences de presse.Des journalistes du site The Rebel, fondé par le commentateur politique Ezra Levant, se sont vu interdire l\u2019accès à deux évé- nements, dont un à l\u2019Assemblée législative.Le gouvernement Notley a admis avoir fait une erreur après que la nouvelle se fut propagée.La première ministre a mandaté un journaliste pour réviser le processus d\u2019accréditation des médias.La Presse canadienne C hicago \u2014 Un chauf feur travaillant pour le service Uber est accusé d\u2019avoir abattu six personnes apparemment au hasard dans une petite ville du nord des États-Unis, la police tentant dimanche d\u2019établir s\u2019il avait pris des passagers entre les fusillades.« Nous avons contacté la police afin de faire tout notre possible pour l\u2019aider dans son enquête », a indiqué Joe Sullivan, responsable de la sécurité chez Uber.Le groupe américain a confirmé que le suspect, Jason Brian Dalton, 45 ans, travaillait en indépendant pour son ser vice de ré- ser vation de voitures avec chauffeur.Il est accusé d\u2019avoir tué six personnes samedi soir lors de trois fusillades.Les vic- t imes semblent « avoir été choisies au hasard », a déclaré Jef f Getting, le procureur de Kalamazoo, une v i l le de 76 000 habitants de l\u2019État du Michigan.Uber af firme que les antécédents du suspect avaient été véri f iés avant qu\u2019 i l ne rejoigne son service.Il n\u2019avait pas de casier judiciaire, selon les premiers éléments publics de l\u2019enquête.« Nous enquêtons sur son rappor t avec Uber et pour savoir s\u2019il a ou non pris des passagers entre les fusillades » , a dit un responsable de la police de Kalamazoo, Jef f Hadley, à la chaîne locale WOOD-TV.«Il ne voulait pas s\u2019arrêter» Un homme affirmant avoir sauté de la voiture du suspect moins de deux heures avant la première fusillade parce qu\u2019il conduisait dangereusement a témoigné sur une autre chaîne locale, WWMT.« On a traversé des terre- pleins, traversé des pelouses, on roulait vite et dès qu\u2019on s\u2019est arrêtés, j\u2019ai sauté de la voiture et je me suis enfui », vers 16 h 30, a dit Matt Mel- len.« Il ne voulait pas s\u2019arrêter.Il me regardait juste d\u2019un air de se dire \u201dtu ne veux pas aller jusque chez ton ami ?\u201d», a-t-il poursuivi.Le passager a prévenu la police et sa fiancée a publié sur Facebook une photo du chauffeur pour prévenir leurs amis.Jason Brian Dalton s\u2019est rendu sans opposer de résistance à la police à 0 h 40, plus de six heures après les premiers tirs.Le tireur présumé était alors muni d\u2019un pistolet semi-automatique, mais n\u2019a pas menacé de s\u2019en servir, selon le procureur.« Il semblait assez calme », a précisé Jef f Getting lors d\u2019une conférence de presse.C\u2019est un policier qui a reconnu son véhicule, identifié grâce aux caméras de surveillance, alors qu\u2019il sortait du stationnement d\u2019un bar.Il aurait agi seul, selon le procureur, son mobile restant mystérieux.Trois fusillades Le suspect aurait d\u2019abord ouver t le feu à 18 h dans le stationnement d\u2019un lotissement au nord-est de Kalamazoo, tirant à plusieurs reprises sur une femme accompagnée de ses trois enfants.Grièvement blessée, sa vie n\u2019était pas en danger, les enfants n\u2019ayant eux pas été touchés, selon le procureur.Peu après 22 h, le même homme ouvre le feu dans le stationnement d\u2019un concessionnaire automobile au sud-ouest de la ville, tuant deux hommes, dont un âgé de 18 ans, qui avaient un lien de parenté d\u2019après les enquêteurs.Entre 10 et 15 minutes plus tard, une autre fusillade éclate dans le stationnement d\u2019un restaurant non loin de là, tuant quatre femmes.Une adolescente de 14 ans qui se trouvait avec elles et dont on avait dans un premier temps annoncé la mort est grièvement blessée, selon Jeff Getting.Jason Brian Dalton devait être présenté à un juge lundi.Aux États-Unis, 330 fusillades ayant tué ou blessé au moins quatre personnes auraient eu lieu en 2015, contre 281 en 2014.Agence France-Presse Un tireur en voiture tue six personnes au Michigan Le chauffeur d\u2019Uber aurait fait monter au moins un client juste avant les fusillades DOUGLAS MAGNO AGENCE FRANCE-PRESSE Boue : le Brésil espère des milliards de la minière fautive L\u2019entreprise minière Samarco, suspectée d\u2019être responsable d\u2019une des pires catastrophes écologiques qu\u2019ait connues le Brésil, pourrait être forcée de verser jusqu\u2019à 20 milliards de reais (environ 6,8 milliards de dollars canadiens) qui permettraient d\u2019entreprendre, sur dix ans, la réparation des dommages causés par la catastrophe, selon le quotidien Le Monde.L\u2019entreprise fautive doit conclure un accord avant la fin du mois de février avec le gouvernement brésilien, qui réclame cette somme record pour un drame sans précédent.Le 5 novembre 2015, la rupture de deux barrages dans l\u2019État du Minas Gerais avait engendré une avalanche de boue chargée de rejets miniers toxiques déversée sur plus de 600kilomètres, et 19 personnes avaient péri.Sur notre photo, un pompier était en train de porter secours à un chien dans le village anéanti de Bento Rodrigues.Jason Brian Dalton s\u2019est rendu sans opposer de résistance plus de six heures après les premiers tirs Économie : Ottawa revoit ses prévisions Le ministre fédéral des Finances devrait présenter lundi de nouvelles données sur le ralentissement économique des derniers mois et ses effets sur les perspectives pour le Canada.Bill Morneau dévoilera des chiffres mis à jour quelques semaines avant la présentation du nouveau budget, plutôt que de les annoncer dans le budget lui-même.Les choses ont changé depuis la mise à jour financière et économique de novembre, a affirmé une source, et les prévisions de croissance économique pour le Canada diminuent.Le ministre Morneau ne précisera toutefois pas le montant du déficit prévu, puisque le budget n\u2019est pas encore terminé, selon la même source.La Presse canadienne L E D E V O I R , L E L U N D I 2 2 F É V R I E R 2 0 1 6 SOCIETE A 5 E n se posant en gardien inflexible de la vie privée, dans une résistance étonnante face au FBI, le géant Apple s\u2019est placé la semaine dernière sous un vent nourri d\u2019appuis et d\u2019applaudissements.Le patron de Google, les chiens de garde des libertés civiles, Edward Snowden, d\u2019honnêtes citoyens ont salué en chœur le refus du géant de la pomme de créer pour les autorités américaines ce logiciel capable de passer outre à son système de cryptage des iPhone 6, et ce, pour leur permettre de pénétrer dans celui d\u2019un des tueurs du massacre de San Bernardino.La cause est bonne, mais le projet trop risqué, a dit le grand patron Tim Cook.Question de principe : ce logiciel fragiliserait alors l\u2019ensemble des iPhones cryptés en circulation sur la planète dans lesquels seuls les propriétaires peuvent entrer.Question de relations publiques, surtout, pour une entreprise notoirement connue pour incarner le pire de cette technologie intrusive, qui sait très bien comment tenir ses fidèles en captivité pour mieux collecter des masses considérables de données sur leur vivre-ensemble, et ce, à des fins commerciales et stratégiques.Elle tente surtout ici de rassurer des consommateurs qui, tout en s\u2019inquiétant des ef fets pervers d\u2019une telle surveillance passive, peinent d\u2019ailleurs à appréhender leur propre responsabilité en la matière.D\u2019un bord, ces humains connectés se réjouissent de la fermeté d\u2019Apple face au pouvoir judiciaire pour éloigner leur iPhone 6 des yeux de l\u2019État.De l\u2019autre, ils utilisent quotidiennement ce même appareil, et bien d\u2019autres, pour exposer leur intimité, pour se raconter en détail et en public, sans se soucier des conséquences.Le paradoxe est au présent ce que Google, Apple, Facebook et Apple \u2014 GAFA, comme aiment dire les initiés \u2014 sont à Big Brother.Suivre et prédire Et pourtant, l\u2019implication d\u2019un tel déballage est loin d\u2019être anodin, nous racontait la même semaine dernière le Wall Street Journal dans un reportage fascinant sur un nouveau marché qui fait actuellement son apparition aux États-Unis : celui de la prédiction de la santé des salariés sur la base des traces numériques qu\u2019ils laissent volontairement dans leur quotidien branché.Ce service permet par exemple à des employeurs de savoir qu\u2019une de leur employée est tombée enceinte avant même qu\u2019elle ne leur annonce.Et ce, sans avoir à posséder une clé de cr yptage pour entrer dans son iPhone.Magique, non?Officiellement, des compagnies comme Cast- light Health ou Welltok proposent aux grandes entreprises de réduire les coûts de leurs programmes de santé en suivant de près les besoins et les risques de ces humains qui forment une masse salariale.Toutes les données publiques produites par le gars de la comptabilité, la fille du marketing, le chauffeur, l\u2019assistant gérant sont passées au crible pour découvrir avec une précision généralement redoutable lequel a du diabète, lequel ne mène pas une vie assez active, lequel est sur le point de craquer, lequel va devenir une tare à porter.Le géant de la distribution Wal-Mart, pour ne citer que lui, fait appel à ces limiers nouveau genre qui ne se cantonnent d\u2019ailleurs pas dans la surveillance : avec la complicité d\u2019IBM, Well- tok propose en effet une messagerie automatisée pour informer les employés à risque des changements de compor tements qu\u2019ils devraient amorcer afin de réduire les coûts de santé, les coûts en absentéisme ou en congé maladie au patron.C\u2019est sur veiller pour contraindre, pour moraliser, pour formater, pour uniformiser.Oui, l\u2019avenir qui s\u2019écrit au- jourd\u2019hui sur les données peut être terrifiant.L\u2019autre génome humain « Je parie que je peux plus facilement prédire les risques de crise cardiaque chez quelqu\u2019un en analysant les endroits où il magasine et les endroits où il mange, plutôt que son génome », dit dans les pages du quotidien américain Harry Greenspun, un observateur intéressé par cette numérisation sociale du vivant.Qui plus est dans un monde où le génome est probablement ce qu\u2019il reste à l\u2019humain de plus intime \u2014 et encore \u2014, les photos de ses enfants, ses habitudes alimentaires, ses envies, ses rêves, ses indignations, ses obsessions étant allégrement jetés en pâture à tout le monde et n\u2019importe qui dans le grand océan de la mégadonnée.Dans son documentaire The Human Face of Big Data, que PBS présente ce mercredi soir, Sandy Smolan, qui explore les nombreuses facettes de cette dilution de l\u2019intime dans le numérique, fait parler un homme qui dit : pour chaque avancée, il va y avoir un recul, un cas de licenciement, de divorce, des blessés, des morts\u2026 Le pire n\u2019est jamais certain, dit-on, mais avec ou sans clé de décodage d\u2019un iPhone, on peut conclure qu\u2019il est de plus en plus probable.Sur Twitter : @FabienDeglise #CHRONIQUEFD Le grand déballage FABIEN DEGLISE L\u2019avenir qui s\u2019écrit aujourd\u2019hui sur les données peut être terrifiant D\u2019ici 2020, les machines intelligentes autonomes, ou semi-autonomes, se seront entièrement fondues dans nos sociétés.Lesquelles ?Les voitures et camions autoguidés, les drones de surveillance, les systèmes industriels intelligents, les robots ménagers à vraiment tout faire.O L I V I E R D E S S I B O U R G «C es machines vont prendre les décisions à la place des humains.Nous vivrons en symbiose avec elles.Nous allons leur faire confiance», a résumé Bart Selman, professeur d\u2019informatique à l\u2019Université américaine de Cornell, lors de la récente conférence annuelle de l\u2019American Association for the Advancement of Science (AAAS).Bar t Selman n\u2019est pas seul à penser de la sorte.En 2015, il a lancé une lettre ouverte enjoignant aux humains de réfléchir à la possibilité qu\u2019ils soient en train de mettre au point des agents dotés d\u2019une intelligence artificielle (IA) telle qu\u2019elle leur permette de dépasser leurs créateurs, voire de les asservir, après les avoir privés de leurs emplois.Cette pétition a été paraphée depuis par près de 10 000 signataires, dont certains célèbres comme l\u2019astrophysicien Stephen Hawking ou l\u2019entrepreneur Elon Musk.Ce dernier a d\u2019ailleurs ensuite promis des soutiens financiers à diverses institutions, dont le Future of Life Institute à Cambridge (Massachusetts) pour s\u2019assurer que « les systèmes d\u2019IA demeurent bénéfiques aux humains».Investissements faramineux « Jusqu\u2019à 2011, ce domaine était purement universitaire, rappelle Bart Selman.Mais depuis, divers secteurs économiques s\u2019en sont emparés.» Pour preuve les investissements faramineux consentis, surtout par les nouvelles sociétés du numérique (Google, Facebook, etc.) : «En 2015, davantage d\u2019argent \u2014 plusieurs milliards \u2014 a été alloué à la recherche en IA que durant les 50 années précédentes.» «Les milieux militaires ont proposé d\u2019y ajouter 19 milliards de dollars », a ajouté Wendell Wallach, éthicien à l\u2019Université de Yale.Pour Bart Selman, l\u2019on assiste à un changement de paradigme informatique: «Auparavant, on programmait des logiciels dans leurs moindres lignes de code.Aujourd\u2019hui, les agents intelligents synthétisent des comportements sur la base de montagnes de données.Les objectifs qu\u2019on leur attribue sont de plus haut niveau, et ils les remplissent avec des stratégies qui seront peut-être dif férentes de celles que l\u2019on aurait prédites.Ces machines reste- ront-elles dès lors compréhensibles pour l\u2019homme?» Concurrencer l\u2019intelligence humaine L\u2019informaticien voit plusieurs raisons à cet essor.La première est la capacité de ces agents artificiels à interagir avec l\u2019homme au niveau des perceptions.Un changement « considérable » : « Dans les cinq dernières années, les ingénieurs les ont dotés de systèmes visuels et auditifs ; la première voiture autoguidée n\u2019avait pas de caméra, mais c\u2019est le cas maintenant.Cela change leur manière d\u2019interagir avec notre monde.Par exemple, les systèmes de Facebook reconnaissant les visages d\u2019individus mieux qui quiconque.J\u2019ai longtemps pensé ce problème insoluble, mais il est désormais résolu à 90%.» Surtout, « c\u2019est la capacité de ces machines à combiner raisonnement et apprentissage qui fait une immense différence», a dit l\u2019expert, en rappelant la victoire récente d\u2019un ordinateur de la société DeepMind, appartenant à Google, sur un Coréen au jeu de go, qu\u2019on croyait être le dernier bastion de l\u2019intelligence humaine.Avant d\u2019admettre tout de même: «Inculquer à cette machine ce qu\u2019on appelle le \u201cbon sens\u201d reste encore un défi.Mais dans 10 à 15 ans, cela sera résolu.» À Washington, les scientifiques ont discuté de la capacité de tous ces agents artificiels à remplacer l\u2019homme dans moult secteurs économiques.Selon une étude publiée en 2013 par deux chercheurs de l\u2019Université d\u2019Oxford, Carl Benedikt Frey et Michael Osborne, 47 % des professions du secteur des services pourront ainsi être exercées par des robots dans les vingt prochaines années.D\u2019aucuns y voient néanmoins des aspects bénéfiques.L\u2019emploi dans une autre dimension Concernant la circulation routière par exemple : grâce à un parc automobile fait uniquement d\u2019engins automatisés, les accidents pourraient diminuer de 90 %, a admis Moshe Vardi, chercheur à l\u2019Université américaine Rice, et l\u2019un des grands spécialistes du domaine.Revers de la médaille : «Aux États-Unis, 10% des emplois impliquent un véhicule.Ces postes vont disparaître.» Avec un parc automobile entièrement constitué d\u2019engins automatisés, comme la GoogleCar, le nombre d\u2019accidents pourrait diminuer de 90 %, selon Google.Comme lors de la révolution industrielle, ces pertes dans un secteur ne seront-elles pas remplacées par la création d\u2019emplois dans d\u2019autres domaines, est-il souvent rétorqué ?« En partie peut-être, répond Bart Selman.Mais si la révolution industrielle a déplacé les emplois des secteurs mécaniques ou manuels vers notamment le secteur administratif, là, on parle tout de même d\u2019agents aptes à nous remplacer sur le plan intellectuel.C\u2019est une autre dimension !» Pour Moshe Vardi, même si le taux de chômage tend actuellement à stagner, cela ne signifie pas que le phénomène décrit plus haut n\u2019a pas lieu, sournoisement : «On peut regarder les chif fres absolus du chômage, dit-il, mais on peut aussi en regarder d\u2019autres.Par exemple le pourcentage de la population totale qui est active professionnellement.Après l\u2019arrivée des femmes sur le marché du travail en 1980, il était à son sommet de 80%.Depuis, ce taux ne cesse de baisser, se situant désormais à 60 %.Que feront les sociétés quand il sera à 25%?» «Les hommes auront plus de temps pour leurs loisirs, pour des activités culturelles.Ne serait-ce pas là un bien?», a demandé un journaliste.«Est-on vraiment sûr que les humains vont davantage s\u2019adonner aux arts?Et pas plutôt regarder encore davantage de reality shows à la télévision», lui a rétorqué le scientifique.Avant de disserter sur le sens de l\u2019existence: «Depuis 10 000 ans, l\u2019homme doit travailler pour survivre.Bon ou pas, cet état de fait définissait la vie de la plupart des gens.La question plus philosophique est donc désormais celle d\u2019une bonne vie sans travail\u2026» Une «question politique» Pour l\u2019éthicien Wendell Wallach, il est indubitable que les robots pourront remplacer les travailleurs dans des tâches ingrates et inhumaines : « Il y a 350 millions d\u2019employés dans le monde qui, simplement, portent des caisses dans les usines.Les robots intelligents peuvent le faire à leur place.Mais cela impliquerait la perte de 350 millions de postes de travail.La question n\u2019est donc pas de savoir à quel point l\u2019automatisation des systèmes de production va augmenter la productivité.Elle est plutôt d\u2019ordre politique, et concerne la redistribution équitable des biens et des ressources qui doivent permettre à tous les humains de la planète, même sans travail, de faire vivre leur famille.» Et quid de l\u2019avantage de suppléer les soldats par des robots sur le champ de bataille ?«L\u2019autonomie [donnée aux robots soldats] menace le principe fondamental qu\u2019il doit exister un agent, fût-il humain ou moral [tel un État ou une société], qui soit responsable de tout dommage généré par ces systèmes artificiels, avise Wendell Wallach.Veut-on vraiment aller sur cette voie de la dilution de la responsabilité?» Et l\u2019éthicien de faire trois propositions pour encadrer le domaine en plein essor de l\u2019intelligence artificielle.Premièrement, imposer de réserver 10% des recherches en IA vers l\u2019étude et l\u2019adaptation aux impacts sociétaux induits par l\u2019arrivée des machines intelligentes.Deuxièmement, créer un organe de gouvernance pour proposer des principes émargeant des lois afin de trouver des solutions pour reconnaître les risques et les dangers dans ce domaine.Et enfin, demander au président américain de décréter que, selon les lois américaines, les robots armés autonomes violent les lois humanitaires internationales existantes.«Nous sommes en campagne présidentielle, et ce thème n\u2019apparaît nulle part sur les radars», a regretté Moshe Vardi.Le Temps Que serons-nous quand les robots feront tout le travail ?Des scientifiques rappellent l\u2019urgence de légiférer pour encadrer l\u2019évolution rapide de l\u2019intelligence artificielle CARSTEN KOALL AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019ère où les machines seront mues par l\u2019intelligence artificielle est à nos portes.« Depuis 10 000 ans, l\u2019homme doit travailler pour survivre.Bon ou pas, cet état de fait définissait la vie de la plupart des gens.La question plus philosophique est donc désormais celle d\u2019une bonne vie sans travail\u2026 » Que nous dit la crise de l\u2019eau potable qui sévit à Flint, au Michigan ?Que l\u2019État, quoi qu\u2019en pense la droite américaine, a des responsabilités sociales et que la société ne s\u2019en porte que mieux quand il les assume.Et que l\u2019idéologie de l\u2019austérité est un produit toxique \u2014 surtout si on la plonge dans le « racisme environnemental ».l se produisit à l\u2019été 1858 un épisode de l\u2019histoire de Londres qui fut baptisé La Grande Puanteur (The Great Stink).Londres sentait épouvantablement mauvais à l\u2019époque, du fait des eaux usées rejetées dans la Tamise.Pour des raisons budgétaires, le gouvernement se refusa longtemps à remédier à la situation.Jusqu\u2019au moment où, en cet été de l\u2019an 1858, la puanteur devint insupportable au point d\u2019empêcher les députés de siéger aux Communes.Alors fut lancée une « révolution sanitaire » sous la forme de la construction à grande échelle d\u2019un réseau d\u2019égout.On imagine un peu, à lire les pages du Parfum de Patrick Süs- kind, ce qu\u2019exhalait Paris vers la même époque, de l\u2019autre côté de la Manche.Le chroniqueur du New York Times Paul Krugman relatait récemment cet épisode londonien en se scandalisant du fait que, 150 ans plus tard, les autorités de l\u2019État du Michigan, à commencer par son gouverneur républicain Rick Snyder, soient restées les bras croisés pendant au moins un an, en toute connaissance de cause, pendant que des milliers de résidants noirs de Flint buvaient de l\u2019eau du robinet contaminée au plomb, un métal hautement toxique.D\u2019autres commentateurs américains ont fait valoir avec raison que, si pareille crise de santé publique avait éclaté dans une communauté blanche et aisée comme Grosse Pointe, près de Detroit, le gouvernement serait intervenu à la vitesse de l\u2019éclair.Qu\u2019un scandale de cette nature se produise dans la première économie du monde est proprement désolant.L\u2019indifférence est la même, mais dure depuis plus de trente ans, dans la ville indienne de Bhopal où, depuis la fuite de gaz toxique qui a fait 20 000 morts en 1984, le souci du bien commun continue là aussi de s\u2019appliquer à géométrie variable, en fonction de l\u2019identité de caste et de religion.Il y a trente ans que la catastrophe s\u2019est produite, mais les habitants des quartiers pauvres, dont les puits ont été irrémédiablement contaminés par l\u2019in?ltration dans le sol des déchets toxiques produits par l\u2019ancienne usine de la Union Carbide, commencent à peine à avoir accès à une eau qui ne les empoisonne pas.Les beaux quartiers de Bhopal, situés dans les hauteurs de la ville, n\u2019ont jamais souffert.La ville de Flint n\u2019est pas la règle, mais elle n\u2019est pas l\u2019exception non plus.À Sebring, dans l\u2019Ohio, des tests ont révélé en août dernier des niveaux excessifs de plomb dans l\u2019eau potable, mais les autorités ont attendu cinq mois avant d\u2019en aviser la population.Depuis une quinzaine d\u2019années, les cas de niveaux dangereux de plomb dans l\u2019eau courante pleuvent : à Washington, Jackson, Greenville, etc.Il se trouve que, chaque fois, les autorités ont tardé à en informer la population\u2026 Obsédés par le contrôle des dépenses publiques, les États- Unis ont trop peu investi dans la modernisation de leurs infrastructures (notamment dans le remplacement des vieilles canalisations en plomb).Selon l\u2019Agence de protection de l\u2019environnement (EPA), il faudrait que les gouvernements investissent près de 400 milliards $US d\u2019ici 2030 pour pouvoir garantir aux Américains une eau saine.Ce n\u2019est pas que l\u2019argent manque pour remédier à ce dé?cit d\u2019investissement.Ce qui fait défaut, c\u2019est une conscience sociale.À cette irresponsabilité, qui fait bien l\u2019affaire des embouteilleurs, s\u2019en jouxte une autre, plus crasse encore.À l\u2019échelle mondiale, plus de 140 000 produits chimiques sont sur le marché, et leur nombre ne cesse de croître, mais seule une in?me fraction d\u2019entre eux fait l\u2019objet de contrôles.Aux États-Unis, s\u2019agissant de tester les produits chimiques et d\u2019en mesurer la toxicité, les pouvoirs de l\u2019EPA sont pour ainsi dire inexistants.Avec le résultat que, plutôt que de diminuer, le risque augmente que les lacs, les rivières et les nappes phréatiques se transforment, plus ou moins à notre insu, en soupes de contaminants.Dans un rapport datant de 2012 (Global Chemicals Outlook), le Programme des Nations unies pour l\u2019environnement lançait un appel urgent aux gouvernements et à l\u2019industrie à prendre leurs responsabilités en la matière.L\u2019appel n\u2019est guère entendu : ni dans les pays en développement, où l\u2019industrie chimique croît très vite ; ni aux États-Unis, où les républicains acoquinés avec le lobby de l\u2019industrie chimique luttent bec et ongles contre une refonte législative qui donnerait en?n du pouvoir à l\u2019État fédéral et à l\u2019EPA.En attendant, il y aura d\u2019autres Flint.L E D E V O I R , L E L U N D I 2 2 F É V R I E R 2 0 1 6 A 6 EDITORIAL L E T T R E S Amalgame inacceptable et dangereux silence Madame Payette, Vous rendez-vous compte de l\u2019énormité de vos propos (« Claude Jutra était mon ami », Le Devoir du 19 février) ?Premièrement, ce que les collèges (dont vous faites mention dans votre réplique de samedi) ont pu fabriquer à l\u2019époque, ce sont des victimes parce que ce que vous semblez volontairement ignorer, c\u2019est que lorsqu\u2019il est question d\u2019attouchements sur des mineurs, c\u2019est de pédophilie qu\u2019on doit accuser les coupables.Même si c\u2019est une femme qui touche une f i l le, un homme qui touche un garçon, l \u2019abu- seur d\u2019enfant est un pédophile, peu importe vers quel genre il est attiré.Vous dites que Claude Jutra était un homosexuel tourmenté : s\u2019il a abusé de la confiance et du corps de personnes mineures, ce n\u2019est pas parce qu\u2019il était homosexuel, c\u2019est parce qu\u2019il était pédophile et qu\u2019il avait une attirance déviée vers des enfants.Deuxièmement, et c\u2019est là où j\u2019ai le plus mal, c\u2019est que vous dites carrément aux victimes, peu importe leur âge que, parfois, selon certaines circonstances, elles doivent se taire.L\u2019abuseur (ici Ju- tra) est mort : vous avez raté le bateau, vous devez maintenant assumer et garder votre malheur pour vous, même s\u2019il vous gruge et vous empêche de vivre normalement.Quel exemple donnez- vous aux enfants, aux adolescents (et même aux adultes) qui peinent à décider s\u2019ils doivent dénoncer les abus et vivent dans le tourment, la honte ?Vous leur dites de souf frir avec leur secret, à cause des règles qui sont les vôtres.Honte à vous, Madame, d\u2019encourager ce silence terrible qui a fait et fera toujours tant de victimes.Pour avoir tra- vai l lé pendant p lus de quatre ans comme inter venante et animatrice en maison de jeunes, je comprends que même en 2016, la lutte est loin d\u2019être terminée pour les victimes de crimes sexuels.Catherine Perreault Saint-Eustache, le 20 février 2016 Le Parti républicain et les Afro-Américains Dans un texte de l\u2019édition de samedi au sujet des primaires républicaines (« Étoiles montantes et pâlissantes », page A 1), on lit que le Grand Old Party « n\u2019a jamais eu la cote auprès de l\u2019électorat noir.» L\u2019auteur se trompe au sujet du parti de l\u2019éléphant\u2026 En fait, l\u2019électorat noir s\u2019est mis à voter majoritairement démocrate seulement après la Deuxième Guerre mondiale, alors que Harr y Truman et les successeurs de son par ti, dont notamment John F.Kennedy, se sont rangés der r ière le Mouvement des droi ts civiques.D\u2019ailleurs, c\u2019eût été for t surprenant que les Afro-Américains n\u2019aient jamais été majoritairement républicains, étant donné qu\u2019à sa fondation en 1854, ce parti prônait l\u2019abolitionnisme alors que le Parti démocrate se rangeait du côté de l\u2019esclavagisme ! Youri Cormier, professeur de science politique, Collège militaire royal du Canada Le 21 février 2016 FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints NELLIE BRIÈRE, PAUL CAUCHON, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET L I B R E O P I N I O N FLINT L\u2019eau qui tue I B É A T R I C E V A U G R A N T E Directrice générale d\u2019Amnistie internationale Canada, appuyée par de nombreux signataires* Lettre au premier ministre du Québec, Philippe Couillard M onsieur le premier ministre, cette lettre ouverte est relative au mandat que votre gouvernement a donné au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) pour faire enquête sur les agressions qu\u2019auraient commises des agents de la Sûreté du Québec en poste à Val- d\u2019Or à l\u2019égard de femmes autochtones.Cette décision ne représente ni plus ni moins que la poursuite de la Directive ministérielle en vigueur depuis des années.Lors de ces enquêtes, le corps de police qui en est responsable ne fournit aucune information au public, aux victimes et à leurs proches concernant le déroulement de l\u2019enquête.Le rapport d\u2019enquête est remis au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) qui, dans 98 % des cas, déclare qu\u2019il n\u2019y a pas matière à entamer des poursuites criminelles contre les policiers visés par l\u2019enquête.Selon les données provenant du ministère de la Sécurité publique, entre 1999 et le 30 juin 2015, 489 cas ont fait l\u2019objet d\u2019une enquête.Parmi ces cas, 34 dossiers ne sont actuellement pas complétés \u2014 2014 et 2015 \u2014, et six ont été mis en accusation.On doit conclure que sur les 455 cas dont l\u2019enquête a été achevée, 449 se sont conclus sans mise en accusation, soit 98 %.Du reste, aucune information n\u2019est donnée au public concernant les résultats de l\u2019enquête ou les motifs ayant justifié la décision du DPCP de ne pas entamer de poursuites.Manque de crédibilité Comme vous le savez, ces « enquêtes de la police sur la police » sont complètement discréditées, particulièrement auprès des communautés autochtones.Elles ont aussi été sévèrement critiquées par la société civile québécoise et des institutions telles que le Protecteur du citoyen et la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.De plus, la recherche publiée par Femmes autochtones au Québec en décembre dernier montre combien la confiance des familles de victimes est faible et décrit les difficultés qu\u2019elles ont à maintenir une relation continue avec les enquêteurs chargés du dossier de leur proche.Cela contribue à leur sentiment d\u2019impuissance, d\u2019isolement et à l\u2019injustice qu\u2019elles vivent.(Voir le rapport Na- niawig Mamawe Ninawind.Debout et solidaires.Femmes autochtones disparues ou assassinées au Québec, 2015) Pour pallier ce manque de confiance, une obser vatrice indépendante, Mme Fannie Lafontaine, a été nommée pour faire le suivi de l\u2019enquête.Mme Lafontaine a décrit son rôle comme étant de renforcer la confiance du public et des victimes et de favoriser la transparence.Elle devra remettre un rapport à la fin du processus, mais nous avons compris que ce rappor t ne sera pas automatiquement rendu public.Publier les conclusions Ce qui soulève des questions quant au rôle de Mme Lafontaine.Celle-ci est-elle une observatrice indépendante au service de l\u2019intérêt public qui rend des comptes au public ou une ob- ser vatrice au ser vice du gouvernement qui rend des comptes au gouvernement seulement ?La transparence dont se réclame le gouvernement exige que Mme Lafontaine puisse faire part publiquement de ses observations \u2014 avec les restrictions d\u2019usage de ne pas nuire à l\u2019enquête criminelle.Son rapport final doit être public.Il doit faire état de son appréciation du caractère impartial, indépendant et crédible de l\u2019enquête et expliquer en quoi les mesures qui ont été prises, en cours d\u2019enquête, permettent à Mme Lafontaine d\u2019arriver ou non à une telle conclusion.Le ministère de la Sécurité publique doit également faire preuve de transparence.Les victimes et leurs proches doivent être tenus informés de la progression de l\u2019enquête.Les résultats de l\u2019enquête du SPVM doivent être rendus publics et le DPCP doit expliquer sa décision dans l\u2019éventualité où il déciderait de ne pas intenter de poursuites contre les policiers incriminés.En tout temps, le ministère de la Sécurité publique doit s\u2019assurer que les informations confidentielles sur les femmes autochtones à l\u2019origine des plaintes demeurent protégées (donc restent non publiques) afin que ces femmes ne subissent pas de préjudices supplémentaires ou de représailles.Il en va de la crédibilité de l\u2019enquête que ces conditions soient respectées.Nous espérons que vous agirez en ce sens.*Organismes et individus signataires : Amnesty International Canada (anglophone), Amnistie internationale Canada francophone, Cercle national autochtone contre la violence familiale, Confédération des syndicats nationaux \u2014 CSN, DIALOG-Réseau de recherche et de connaissances relatives aux peuples autochtones ; Ellen Gabriel, Fédération des femmes du Québec ; Femmes autochtones du Québec ; FRAPRU (Front d\u2019action populaire en réaménagement urbain) ; KAIROS; Ligue des droits et libertés du Québec ; Quakers ; Regroupement des Centres d\u2019amitié autochtones du Québec (RCAAQ).Après Val-d\u2019Or, une transparence nécessaire GUY TAILLEFER Soins dentaires ou procréation assistée ?Il serait déraisonnable que le régime de l\u2019assurance maladie couvre la procréation assistée (couples infer tiles), alors que les soins dentaires en sont exclus.Contrairement aux troubles de dents, l\u2019infertilité n\u2019est pas une maladie ni une question de santé : c\u2019est un état, une condition physique, une manière d\u2019être.Malgré toute la compassion que l\u2019on peut ressentir pour les couples infertiles, l\u2019on devrait, au risque d\u2019avoir la dent dure, assurer par priorité la santé dentaire.Ce qui malheureusement serait aussi considéré comme un luxe.André Louis La Ferrière Saint-Elzéar, le 19 février 2016 L E D E V O I R , L E L U N D I 2 2 F É V R I E R 2 0 1 6 A 7 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagné (adjoints à la direction de l\u2019information), Antoine Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idées), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Michaël Monnier et Olivier Zuida (recher- chistes photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Julie Carpentier (pupitre); information culturelle : Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), François Lévesque et Caroline Montpetit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineau(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre); information internationale : Jean-Pierre Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives), Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); Loïc Hamon (cahiers spéciaux); équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G.Ferraris et Coralie Mensa (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Mélisande Simard (adjointe par intérim), Jean de Billy, Jean-François Bossé, Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais (coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Geneviève O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service à la clientèle), Manon Blanchette, Nathalie Filion et Kevin McKissock.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Claudette Béliveau (adjointe administrative), Florentina Draghici et Xavier Pigeon (par intérim).F R A N Ç O I S E B E R T R A N D Présidente-directrice générale, Fédération des chambres de commerce du Québec ber a déjà irréversiblement changé l\u2019industrie du taxi.Impossible de « remettre le dentifrice dans le tube ».Rappelons-nous l\u2019histoire de l\u2019industrie de la musique.En 1999, Napster devient le premier service de partage de fichiers musicaux en mode «pair- à-pair ».Des millions de mélomanes se mettent à partager leurs fichiers.Autrement dit, à télé- charger illégalement des œuvres musicales sans payer un cent aux détenteurs de droits.Les artistes et les maisons de disques voient leurs revenus chuter.Ils poursuivent Napster et le font fermer.Ma is c \u2019est trop tard : le concept a déjà fait école.Kazaa, Limewire et d\u2019autres émergent tour à tour.Dès que l\u2019industrie réussit à en tuer un, un autre prend la relève.Après une décennie de combat, l\u2019industrie trouve enfin la parade : plutôt que d\u2019essayer de vendre au consommateur un droit d\u2019écoute illimité d\u2019une pièce musicale, elle se tourne vers le streaming.Dans cet autre modèle, les revenus proviennent soit de la publicité (YouTube), soit d\u2019abonnements (Spotify, Apple Music, etc.).En 2013, pour la première fois, le téléchargement illégal diminue.Morale de l\u2019histoire : les consommateurs sont souve- ra ins .Imposs ible de tuer une idée ou un concept commercial qui leur plaît.Dans le débat sur Uber, on entend surtout les tenants de l\u2019industrie traditionnelle du taxi.On fait peu de cas de l\u2019opinion des milliers de clients qui ont déjà sauté la clôture et adopté Uber, notamment au sein de la génération Y.Le gouvernement veut-il les ignorer ?Le 28 janvier, nous apprenions que la société Facebook s\u2019apprête, elle aussi, à entrer dans le marché du covoiturage.Bientôt, monsieur ou madame Tout-le-monde pourra, depuis son compte Facebook, offrir un « lift » à un inconnu.Si ce « lift » est rémunéré, les municipalités vont-elles distribuer des milliers de contraventions pour « transport illégal », parce que monsieur ou madame n\u2019aura pas acheté un permis de taxi ?Inventer un nouveau cadre De toute évidence, le cadre réglementaire actuel du taxi est brisé, car inadapté à l\u2019évolution des mœurs, elle-même engendrée par la technologie.Inutile d\u2019essayer de le rafistoler, il faut en inventer un nouveau.Plutôt que de simplement combattre le « transport illégal », la réflexion plus fondamentale amorcée par le nouveau ministre des Transports est un pas dans la bonne direction.La réglementation devra continuer de protéger les clients : les chauf feurs réguliers devront être assurés.Les sociétés et les personnes qui font le métier du transport de personnes devront collecter la TPS et la TVQ, et aussi payer l\u2019impôt sur leurs revenus.Par contre, l\u2019actuel système de permis de taxi ne pourra survivre, dans la mesure où il vise le contingentement de l\u2019of fre.Les gens continueront de le contourner, peu importe si la technologie est portée par Uber, par Facebook ou par un autre joueur pas encore né.Les combats d\u2019arrière-garde pour colmater les brèches dans l\u2019actuel système corporatiste sont voués à l\u2019échec.Mieux vaut imaginer un nouveau modèle économique pour le taxi du XXIe siècle.C\u2019est au fil de questions sectorielles comme celle-ci que nous choisissons implicitement, comme société, entre l\u2019inertie et le dynamisme.UBER ET LE TRANSPORT DE PERSONNES L\u2019industrie du taxi a un cadre réglementaire inadapté à notre époque M A X I M E L A P L A N T E Agronome, vice-président et cofondateur de l\u2019Union paysanne omme on devait s\u2019y attendre, le rapport Gagné sur le sirop d\u2019érable a provoqué la colère de l\u2019UPA et de sa Fédération des acériculteurs (FPAQ).Après avoir prétendu collaborer, l\u2019UPA hurle maintenant que la misère se pointe, que ce rapport veut tout démolir, alors que démocratie et efficacité économique ont supposément été les préoccupations premières de la FPAQ.Nuançons.D\u2019abord, il était prévisible que l\u2019UPA s\u2019insurge : le monarque n\u2019a aucune intention de négocier avec ses sujets.Les allégations de démocratie rappellent les prétentions de l \u2019ancienne Allemagne de l \u2019Est, où un par ti unique avait baptisé la nation « République démocratique allemande ».Ensuite, le processus des plans conjoints, en particulier celui du sirop d\u2019érable, n\u2019a rien de démocratique.Je produis moi-même du sirop depuis 15 ans et, à l\u2019instar de milliers d\u2019autres, je n\u2019ai jamais reçu la moindre information, voire invitation, à me prononcer sur l\u2019implantation d\u2019une agence de vente obligatoire de sirop ou sur la mise en place de quotas.J\u2019ai rencontré, lorsque ces mesures ont été mises en place, plus de mille acériculteurs en colère, dont même certains délégués me disaient avoir été informés par leur boîte aux lettres des décisions de leur fédération.À l\u2019époque, au début des années 2000, la grogne était telle dans les assemblées de Beauce que les fermiers ont expulsé les représentants de leur fédération, et que la police a dû intervenir pour la protection des représentants.La fédération a ensuite dû faire le tri des personnes voulant assister aux assemblées.Rien de démocratique Les plans conjoints n\u2019ont rien de démocratique.Un petit groupe décide des règles du marché et les impose au reste de la société.Une centaine de gros éleveurs de poulet dicte les conditions pour les milliers d\u2019autres, de même que dans le dossier du dindon, des lapins, etc.Ces règles sont ensuite confirmées par la Régie des marchés agricoles, ce qui leur donne force de loi, sans même être soumises à notre système parlementaire ou à l\u2019avis des élus.Il s\u2019agit d\u2019un système parallèle à notre démocratie, situation décriée par le Barreau, d\u2019ailleurs.La FPAQ a outrepassé ses pouvoirs dans ce dossier, avec l\u2019aval de la Régie des marchés.L\u2019article 63 de la loi sur la mise en marché des produits agricoles stipule pourtant clairement que la mise en marché directement au consommateur n \u2019est pas soumise à quelque plan conjoint, à moins que la Régie n\u2019y voie une menace.De plus, le plan conjoint du sirop n\u2019est pas censé toucher la vente en petits contenants (« cannes et gallons »).La FPAQ en a quand même profité pour harceler ces producteurs avec une foule d\u2019exigences de déclarations diverses.Et lorsque ces producteurs de sirop veulent se plaindre, on se doute bien qu\u2019ils ne peuvent pas le faire auprès de leur syndicat.Quel succès?Au sujet de la question économique, difficile de conclure au succès des opérations de la Fédération, qui a beau jeu de saisir la production et de ne pas avoir d\u2019obligation pour vendre ce sirop.Les fermiers seront payés pour ce qui est vendu, tant pis pour le reste, et ils auront en prime à payer pour l\u2019entreposage et la gestion de ce sirop non vendu qu\u2019ils aimeraient bien pouvoir vendre eux-mêmes.N\u2019oublions pas que la fameuse « réserve stratégique » est un avoir non payé aux producteurs, avoir dépassant la centaine de millions de dollars.Les frais de gestion du plan conjoint et l\u2019ensemble de ce système font en sorte que nos producteurs québécois sont payés 50 ¢ la livre de moins que leurs concurrents.En plus, la concurrence étrangère peut vendre son produit librement sur notre marché, sans contrainte, sans menace de poursuite, et sans attendre un an avant d\u2019être payé.Le rapport Gagné mentionne une perte de 10 % du marché depuis l\u2019instauration de ce système totalitaire.En fait, le rapport Gagné tire cette affirmation du rapport Forest-Lavoie, publié un an plus tôt et commandé par la FPAQ elle-même ! Et aujourd\u2019hui, la FPAQ tente de nous faire croire que tout cela est faux ?Le rapport Forest-Lavoie est d\u2019ailleurs beaucoup plus pessimiste dans ses prévisions.Le rapport Gagné n\u2019est pas complet, entre autres parce qu\u2019il évite la question du monopole de l\u2019UPA.Ce que tous les rapports disent, c\u2019est qu\u2019il faut discuter de l\u2019avenir, évaluer l\u2019impact des décisions passées et faire des changements.Et actuellement, le système est tellement contrôlé par l\u2019UPA et ses succursales que toute réflexion est bloquée.Même le ministre de l\u2019Agriculture n\u2019a aucune prise à court terme, à moins de modifier les lois, ou à moins de quémander des assouplissements à la FPAQ.Le ministre a pourtant été élu.N\u2019est-il pas grand temps d\u2019accorder une liberté d\u2019association en agriculture ?Sirop d\u2019érable : un dossier qui colle aux dents N\u2019est-il pas grand temps d\u2019accorder une liberté d\u2019association en agriculture ?L\u2019actuel système de permis de taxi ne pourra survivre dans la mesure où il vise le contingentement de l\u2019offre ISTOCK Les frais de gestion du plan conjoint et l\u2019ensemble de ce système font en sorte que nos producteurs québécois sont payés 50 ¢ la livre de moins que leurs concurrents.Le système est tellement contrôlé par l\u2019UPA et ses succursales que toute réflexion est bloquée U C P A S C A L V A I L L A N C O U R T R O B E R T A S S E L I N Respectivement directeur général et président de Gai Écoute epuis l\u2019affaire Jutra et le démantèlement d\u2019un réseau organisé de pédophiles, plusieurs articles ont été publiés dans les médias québécois à propos de la pédophilie.La plupart de ces articles ont su parler de pédophilie sans faire de liens inappropriés avec l\u2019orientation sexuelle des personnes accusées.Toutefois, l\u2019article de Mme Lise Payette nous incite à prendre la parole.Dans ce texte, où l\u2019on sent que Mme Payette est particulièrement sensible au sort des hommes gais dans les années 40 et aux avancées des droits LGBT, il y a une confusion certaine et inacceptable entre homosexualité et pédophilie.Nous jugions donc important de rectifier le tir.Le nom de Claude Jutra n\u2019est pas dans les journaux parce qu\u2019il était homosexuel.Il y est parce qu \u2019une personne af firme avoir été agressée sexuellement par M.Jutra, et ce, de l\u2019âge de 6 ans à 16 ans.À l\u2019heure actuelle, personne ne traite Claude Jutra de « tapette ».On dit plutôt de lui qu\u2019il était peut-être pédophile.Mme Payette défend l\u2019homosexualité de Claude Jutra alors que personne ne fait référence à son orientation sexuelle.Les pédophiles ne sont pas accusés d\u2019être hétérosexuels ou homosexuels, i ls sont accusés d \u2019avo ir forcé ou manipulé des enfants à avoir des rappor ts sexuels.Le passage à l\u2019acte de pédophiles est un acte criminel qui brise des vies et qui n\u2019a rien à voir avec les relations sexuelles entre adultes consentants.Et rap- pelons-le, même si l\u2019âge de consentement était de 14 ans à l\u2019époque et qu\u2019il est de 16 ans depuis 2008, le consentement de l\u2019adolescent n\u2019est pas reconnu par la loi si l\u2019activité sexuelle « se produit dans le cadre d\u2019une relation d\u2019autorité, de confiance ou de dépendance ».Dans les grands combats menés par les personnes LGBT, il y a certainement eu celui de déconstruire cette fausse perception qui associait l\u2019homosexualité à la déviance sexuelle et à la pédophilie.Nous nous devions donc de réagir à ce vieil amalgame qui surgit dans le texte de Mme Payette.Si Mme Payette ne croit pas M.Jutra coupable de pédophilie, il fallait écrire un texte à ce sujet plutôt qu\u2019un texte sur son orientation sexuelle et sur les droits des personnes LGBT.Heureusement, les réactions des Québécoises et des Québécois à l \u2019ar ticle de Mme Payette confirment que notre société a évolué et qu\u2019elle ne fait plus ce lien erroné et irresponsable entre pédophilie et homosexualité.Ainsi, nous en profitons pour remercier tous ceux et celles qui, par leurs prises de parole et leur indignation, participent à lutter contre ce vieux préjugé et contre tous les préjugés envers les personnes LGBT.Réplique Je vous rassure, je fais bien la différence entre l\u2019homosexualité et la pédophilie.Ce que ma chronique racontait, ce sont les confidences que Claude Jutra m\u2019avait faites au sujet de son manque d\u2019attirance pour les femmes et sa probable homosexualité, sujet tabou durant ces années quand j\u2019avais 16 ans et lui, 17 ou 18.J\u2019ai eu tort de ne pas mentionner que, par la suite, nous nous sommes perdus de vue, car après mon mariage, j\u2019ai beaucoup voyagé.Je l\u2019ai retrouvé pour des entrevues après mon retour de Paris en 1964.Nous n\u2019avons jamais eu le temps d\u2019échanger des confidences par la suite et j\u2019ignorais complètement qu\u2019il avait pu s\u2019adonner à la pédophilie.Personne ne m\u2019en avait jamais parlé , et j\u2019avoue que vu la rapidité avec laquelle le lynchage s\u2019annonçait, avec un seul plaignant, inconnu, j\u2019ai cru que nous aurions intérêt à réfléchir pour que la justice puisse suivre son cours.Il y a eu un deuxième dénonciateur depuis, mais il reste à nous assurer que justice sera faite correctement.Lise Payette PÉDOPHILIE ET HOMOSEXUALITÉ Un amalgame erroné et inacceptable Lettre ouverte en réponse à l\u2019article « Claude Jutra était mon ami », rédigé par Lise Payette D Les pédophiles ne sont pas accusés d\u2019être hétérosexuels ou homosexuels, ils sont accusés d\u2019avoir forcé ou manipulé des enfants à avoir des rapports sexuels L E D E V O I R , L E L U N D I 2 2 F É V R I E R 2 0 1 6 A 8 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 2050, rue De Bleury, 9e étage, Montréal (Québec), H3A 3M9.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 / 418 643-1541 Par courriel redaction@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3360 Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par télécopieur 514 985-3390 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3344 Par courriel avisdev@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone 514 985-3322 Par télécopieur 514 985-3340 Abonnements (lundi à vendredi, 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 463-7559 Par courriel abonnements@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-5967 Agenda culturel Par courriel agenda@ledevoir.com Les bureaux du Devoir sont situés au 2050, rue De Bleury, 9e étage, Montréal (Québec), H3A 3M9 Place-des-Arts Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h Renseignements et administration : 514 985-3333 sur Facebook et sur Twitter Le Devoir sur ledevoir.com A C T U A L I T É S Saint-Aubin s\u2019est pour sa part engagé à mettre un maximum de 43,3 millions de dollars dans le projet d\u2019exploration.Une présentation de détails de l\u2019entente publiée le 1er 2014 par Corridor Resources indique toutefois que Maurel & Prom «aura le droit de se retirer de la [Société en commandite] après qu\u2019un minimum de 35 millions aura été dépensé pour l\u2019exécution d\u2019un minimum de 15 puits strati- graphiques de même que pour le forage et la stimulation par fractionnement d\u2019un puits».La première phase de « sondages stratigra- phiques » a été terminée en 2015.Jusqu\u2019à présent, un total de 24 millions de dollars ont été injectés dans les travaux sur l\u2019île, a aussi précisé Investissement Québec dans un courriel.Quant aux forages avec fracturation, trois devraient être menés cet été, si Hydrocarbures Anticosti obtient son certificat d\u2019autorisation du ministère de l\u2019Environnement.Compte tenu des coûts pour réaliser un forage avec fracturation sur l\u2019île (entre huit et dix millions de dollars), Maurel & Prom pourrait décider de se retirer des travaux d\u2019exploration bien avant la fin de l\u2019année.Pour pouvoir exercer son droit de retrait, l\u2019entreprise devra se baser «sur une analyse et une interprétation raisonnable » des résultats atteints à ce moment, précisent les documents disponibles sur SEDAR.Il n\u2019a pas été possible de connaître les intentions de Maurel & Prom, qui n\u2019a pas répondu aux demandes d \u2019entrevue du Devoir la semaine dernière.Cette société française développe des projets liés aux énergies fossiles dans diverses régions du monde.Elle a notamment des intérêts au Gabon, en Namibie et au Myanmar, trois pays gouvernés par des régimes autoritaires.Davantage de fonds publics Tout indique que Ressources Québec n\u2019a pas obtenu une clause de retrait sans pénalité, contrairement à Maurel & Prom.Le gouvernement détient-il un droit de retrait du contrat ?«Les contrats sont confidentiels », a simplement indiqué le cabinet du ministre de l\u2019Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand.Même son de cloche du côté d\u2019Investissement Québec.Chose cer taine, un retrait de l\u2019entreprise Maurel & Prom aurait une incidence financière pour Investissement Québec.Toujours selon les détails de l\u2019entente dévoilés dans un document déposé sur SEDAR, un tel retrait forcerait en effet Ressources Québec à ajouter un montant de 13,26 millions de dollars pour terminer la « phase 1 », soit les forages avec fracturation prévus cette année.Les intérêts de la Société d\u2019État dans Hydrocarbures Anticosti passeraient aussi de 35 % à 50 %.L\u2019entente signée par le gouvernement de Pauline Marois en 2014 ne se conclut par ailleurs pas cette année.La première phase pourrait bien être suivie d\u2019une deuxième phase, dans le but de confirmer le potentiel commercial d\u2019un éventuel gisement de pétrole et de gaz de schiste sur Anticosti.La décision d\u2019aller de l\u2019avant ou non appartient au conseil d\u2019administration d\u2019Hydrocarbures Anticosti.Des investissements de 40 à 45 millions de dollars sont prévus pour cette seconde étape, qui pourrait nécessiter le forage de puits supplémentaires et la réalisation d\u2019études de faisabilité.Qui financerait cette nouvelle étape ?En cas de retrait de Maurel & Prom, tout indique que le gouvernement du Québec devra injecter davantage de fonds, même si le montant est pour le moins impossible à préciser.Pétrolia et Corridor Resources devraient aussi ajouter des fonds dans le projet.Si le projet conduit au final au lancement de l\u2019exploitation sur l\u2019île, les partenaires devraient financer le développement au prorata de leur poids dans la Société en commandite.Ressources Québec pourrait toutefois diluer l\u2019actionnariat d\u2019Hydrocarbures Anticosti en cédant des parts à «une entreprise pétrolière de réputation internationale».Il faut dire que le seul coût des infrastructures nécessaires pour l\u2019implantation de l\u2019industrie des énergies fossiles sur l\u2019île dépasserait les 10 milliards de dollars.Et la décision d\u2019aller de l\u2019avant ou non avec un projet d\u2019exploitation pourrait devoir être prise avant le déclenchement des prochaines élections québécoises.L\u2019exploitation, qui pourrait débuter dès 2020, se poursuivrait possiblement jusqu\u2019en 2100.Le gouvernement a toutefois lancé une évaluation environnementale stratégique pour l\u2019île.Certaines de ces études mettent en lumière des risques financiers et environnementaux significatifs liés à l\u2019exploitation de pétrole et de gaz sur l\u2019île d\u2019Anticosti, dont le potentiel demeure pour le moment hypothétique.Surtout, le gouvernement Couillard a clairement manifesté son opposition à la poursuite des forages avec fracturation sur une île sise en plein cœur du golfe du Saint-Laurent.Pétrolia et Corridor Resources n\u2019ont pas exclu de lancer des démarches judiciaires ou d\u2019exiger des compensations si le gouvernement, qui finance la majorité des travaux sur Anticosti, se retire du projet.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 ANTICOSTI Jean\u2026 Avant le témoignage du scénariste Bernard Danse- reau, publié dans La Presse de samedi, qui a raconté que son parrain, Claude Jutra, avait tenté d \u2019avoir une relation sexuelle avec lui alors qu\u2019il était encore prépubère.En entrevue avec Le Devoir au lendemain des révélations concernant le réalisateur de Mon oncle Antoine, Germain La- casse croit tout de même qu\u2019il sera dif fi- cile de mettre au ban de la société le legs cinématographique de l\u2019artiste, et ce, même si son nom est rayé de la car te.« On peut bien renommer les prix, les rues et les salles de projection, mais on n\u2019arrivera pas à renier sa contribution, soutient le cinéphile.Encore aujourd\u2019hui, l\u2019héritage esthétique et narratif de Jutra se transpose chez une quantité phénoménale de cinéastes contemporains.Une caméra intimiste ici, une narration autobiographique là, c\u2019est un peu comme le père du cinéma québécois moderne.» « Si on ne considère que son long métrage [sorti en 1964] À tout prendre, il s \u2019agit sans contredit d\u2019un incontournable, une pièce maîtresse, renchérit le spécialiste.Il s\u2019agit de la première autobiographie filmée au monde, et ce n\u2019est pas moi qui le dis ! » À son sens, qu\u2019on s\u2019entende ou non sur les prémices historiques du cinéma québéco is, À tout prendre marquait, et marque toujours, un point de rupture dans l\u2019histoire du cinéma québécois.« On ne pourra cer tainement pas enseigner notre cinéma sans parler de ça, plaide-t-il.Et si on refusait d\u2019en parler dans les cours des départements universitaires en cinéma, ce serait sans doute les étudiants qui le demanderaient.Un prof qui refuserait aurait l \u2019air con ! » Le professeur rappelle d\u2019ailleurs que Ju- tra ne sera it pas le premier artiste à porter la croix de sa vie pr ivée sans que son œuvre en so it af fec- tée.On n\u2019a qu\u2019à penser à Woody Allen ou à Roman Polansk i , rappelle-t-il, qui ont tous deux défrayé la chronique dans les dernières années pour des affaires similaires.Prix homonyme Les circonstances ont poussé, la semaine dernière, Québec Cinéma \u2014 responsable de la feue soirée des Jutra \u2014 à se dissocier de la mé - moire du cinéaste déchu.À moins d\u2019un mois du gala qui célèbre les artisans du cinéma d\u2019ici, l\u2019organisme culturel n\u2019a toujours pas révélé comment s\u2019appellera dorénavant l\u2019événement.Et bien que quelques réalisateurs et caméramans de renom aient été pressentis pour reprendre le flambeau malmené, une sombre aura plane sur celui-ci.Déjà, Chloé Sainte-Marie demandait vendredi dernier à ce que la mémoire de son défunt conjoint, le réalisateur Gilles Carle, ne soit pas associée aux prix.Pour éviter tout drame à l\u2019avenir, plusieurs croient d\u2019ailleurs qu\u2019il serait préférable que Québec Cinéma opte pour un nom plus générique, à l\u2019image des Oscar américains ou des Écrans remis au Canada anglais.Pour Germain Lacasse, il serait toutefois important que les prix continuent à souligner le travail d\u2019un membre significatif de la famille du cinéma québécois.« Un prix qui por te le nom d\u2019un cinéaste marquant, c\u2019est inspirant pour les artisans du milieu, défend le professeur.Il faut être prudent, prendre son temps, c\u2019est cer tain.Mais à avoir peur de tout et du passé de tous, on risque de tordre la barre dans l\u2019autre sens.Les prix sont là pour rappeler l\u2019histoire, la souligner, pas pour l\u2019effacer.» Sans pardonner l\u2019impardonnable, croit Lacasse, il faudra, dans la mesure du possible, essayer de faire abstraction des failles de l\u2019homme pour continuer à apprécier son apport magistral.«Ce serait malheureux que cette tache noire sur sa vie privée contamine l\u2019ensemble de son œuvre » , lâche le professeur, une profonde tristesse dans la voix.À son sens, il faudrait peut- être s\u2019inspirer du cinéaste Maurice Bulbulian qui a tourné, en 1997, un film intitulé Chroniques de Nitinaht qui suit dans une démarche de réconciliation une communauté où de nombreuses personnes doivent apprendre à côtoyer plusieurs agresseurs sexuels, dont plusieurs parents, de retour après un séjour en prison.«Nous vivons dans des sociétés où la violence systémique est perpétuée depuis des millénaires ; pour l\u2019enrayer, ou au moins pour essayer, il faudra qu\u2019un jour les adultes cessent d\u2019abuser des enfants, et que les supérieurs cessent d\u2019abuser des subalternes, avance le spécialiste du cinéma québécois.Mais il faudra sans doute commencer par la réconciliation, laquelle nécessite le pardon autant que l\u2019aveu.Claude Jutra est mort, mais il faudra apprendre à se réconcilier avec cet homme dont l\u2019œuvre perpétue la présence.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 JUTRA Cinq autres cas médiatisés 1856 Le romancier et photographe britannique Lewis Carroll n\u2019a jamais été accusé d\u2019agressions sur des mineurs.L\u2019auteur des aventures d\u2019Alice au pays des merveilles toutefois laissé des centaines de clichés de toutes jeunes filles nues, aux poses suggestives.1978 Le réalisateur franco-polonais Roman Polanski, à qui l\u2019on doit notamment Le pianiste et Chinatown, est poursuivi pour avoir eu des relations sexuelles avec une jeune fille de 13 ans.Il est, depuis, visé par un mandat d\u2019arrêt international de la justice californienne.2011 Au Québec, l\u2019auteur de littérature jeunesse Maxime Roussy qui a écrit, entre autres ouvrages, Le blogue de Na- masté, est accusé d\u2019avoir agressé une jeune admiratrice mineure.Il a été inculpé en 2014.2012 Un an après la mort du présentateur télévisé britannique Jimmy Savile, les témoignages pleuvent.En tout, le célèbre animateur aurait agressé 500 enfants de tous âges.La plus jeune aurait eu deux ans.2014 Dylan Farrow, la fille adoptive du réalisateur Woody Allen, raconte publiquement pour la première fois les sévices sexuels dont elle aurait été victime de la part du cinéaste alors qu\u2019elle n\u2019avait que sept ans.Aucune accusation formelle n\u2019a toutefois été déposée.BERNARD GOSSELIN, JEAN-CLAUDE LABRECQUE, MICHEL BRAULT Image tirée du film À tout prendre.Le long métrage met notamment en scène Claude Jutra et Johanne Harrelle.Germain Lacasse leur famille », a suggéré M.Leblanc.L\u2019aménagement de l\u2019horaire pourrait aussi être dif fé- rent, de manière à regrouper les moments où tous les députés doivent être présents (la période de questions et les votes).«Nous sommes tous présents à la période des questions à 15 h.Serait-il possible de devancer les votes, de la même manière qu\u2019on en repor te, pour qu\u2019ils aient lieu lorsque tous les députés sont à la Chambre, à 15 h par exemple?» Le comité parlementaire s\u2019est fait dire que très peu des Parlements issus du système britannique siègent encore les vendredis.Des 16 Parlements examinés (les 13 provinciaux et territoriaux du Canada, ceux de l\u2019Australie, de la Nouvelle-Zélande et de la Grande-Bretagne), 12 ne siègent que trois ou quatre jours par semaine.Seul le Parlement britannique siège plus souvent que celui du Canada : environ 150 jours par an contre environ 130 au Canada.En 2015, l\u2019Ontario a siégé 85 jours et le Québec, 81.La plupart des Parlements, dont celui d\u2019Ottawa, ont aussi mis un terme aux longues séances nocturnes pour prendre acte de la nouvelle réalité sociale.Mais l\u2019abolition des séances du vendredi fait craindre un retour en arrière.Les heures perdues pourraient être reprises pendant le reste de la semaine, le soir, ou alors être reportées à d\u2019autres semaines, ce qui allongerait le calendrier parlementaire et augmenterait d\u2019autant le temps que les élus devraient passer à Ottawa.Christine Moore est députée du NPD pour Abi- tibi-Témiscamingue.La conciliation travail-famille, elle connaît, elle dont la petite Daphnée est née en septembre dernier en pleine campagne électorale.Son conjoint, qui a un enfant d\u2019âge scolaire en garde partagée en Abitibi, ne peut pas la suivre toutes les semaines à Ottawa.Alors Mme Moore, qui allaite encore sa fille, l\u2019emmène au bureau, et l\u2019enfant la suit partout, jusque sur le plancher de la Chambre des communes.Parfois, si la petite dort dans son bureau, Mme Moore se permet de s\u2019absenter 30 minutes ou une heure.«Textez-moi si elle se réveille», dit-elle à ses adjoints parlementaires.«À Ottawa, tout notre réseau n\u2019est pas là.Nos amis, notre famille, nos ressources qui pourraient nous aider», raconte-t-elle au Devoir dans les couloirs du Parlement tandis qu\u2019elle donne la tétée.Pour elle, l\u2019abolition du vendredi n\u2019est pas la bonne solution.«Pour moi, l\u2019idée, ce serait de faire, disons, 12 jours en ligne et m\u2019en retourner chez nous pour 16 jours pour diminuer le nombre de voyage- ments [infligés à Daphnée].» Elle fait valoir que d\u2019autres députés parents de jeunes enfants ont fait déménager ceux-ci à Ottawa pour les garder plus près d\u2019eux.Les enfants y vont donc à la garderie ou à l\u2019école, y compris les vendredis.Ne pas siéger ce jour-là ne permettrait pas à ces parents de partir plus vite dans leur circonscription, mais aurait le désavantage de les faire rester au travail plus tard le soir\u2026 «Pour l\u2019horaire, il n\u2019y a pas de solution parfaite », admet Mme Moore.Selon elle, il faudrait davantage optimiser l\u2019utilisation du temps au Parlement.Aussi est-elle favorable à l\u2019idée de regrouper les votes.Congé parental Ces considérations se posent parce qu\u2019il n\u2019existe aucun programme de congé parental pour les députés.Un élu qui rate plus de 21 jours de séance par année voit son salaire amputé de 120$ par jour d\u2019absence.Une nouvelle mère qui désire allaiter n\u2019a donc pas le choix d\u2019emmener le nouveau-né au travail.«Je ne peux pas tirer mon lait pour toute une semaine d\u2019allaitement !», explique Mme Moore.Rosane Doré Lefebvre est passée par là.Cette ex-députée néodémocrate d\u2019Alfred-Pellan (elle a été défaite en octobre dernier) a accouché en avril 2013, en plein milieu de son mandat.Elle s\u2019est permis une absence d\u2019à peine trois semaines.C\u2019est son conjoint, un adjoint parlementaire, qui s\u2019est prévalu d\u2019un congé de paternité.Il a fait office de nounou en suivant sa conjointe partout au Parlement, lui tendant la petite Madeleine pour ses boires.«Il y avait toujours un gros dilemme parental», se rappelle Mme Doré Lefebvre.Car, rappelle-t-elle, être députée n\u2019est pas un emploi, c\u2019est une «fonction ».Il faut être sur le terrain pour se faire connaître si on veut être réélu et amasser de l\u2019argent.Il faut donc chaque fois déterminer s\u2019il est plus important «d\u2019être à un événement le soir que d\u2019être là pour le dodo».Mme Moore estime qu\u2019il faudrait offrir une sorte de congé parental aux députés pendant lequel ils auraient l\u2019autorisation de rester dans leur circonscription pour travailler.Ils pourraient suivre les travaux parlementaires (qui sont diffusés dans Internet) et y participer en votant à distance ou en soumettant par écrit des discours \u2014 qui ne seraient jamais prononcés bien qu\u2019enregistrés dans le Hansard, qui recense in extenso les travaux à la Chambre.À quoi servirait un discours que les collègues ne liraient probablement jamais?«Au niveau national, ce serait surprenant que les gens se mettent à lire tous les mémoires, admet Mme Moore, mais des gens du comté qui sont curieux de connaître notre position, on pourra les inviter à aller lire.[\u2026] Au niveau local, ce serait utile.» Mme Doré Lefebvre croit plutôt qu\u2019un congé parental traditionnel serait plus approprié de la même manière qu\u2019un congé maladie a été instauré.«Je considère qu\u2019être sur place pour voter est important.[\u2026] Pour discuter avec les gens de ton parti, mais aussi avec ceux des autres partis pour voir ce qu\u2019ils pensent.Je ne suis pas certaine d\u2019être à l\u2019aise avec le vote à distance.» Scott Reid, un député conservateur qui siège au comité étudiant cette question, est d\u2019accord.«Sur une note plus philosophique, en principe, un débat vise à convaincre les autres.C\u2019est pour cela qu\u2019on en a.» Parlement parallèle M.Reid n\u2019aime pas l\u2019idée d\u2019abolir les séances du vendredi, ne serait-ce qu\u2019à cause des critiques que cela pourrait susciter chez les électeurs.«La plupart de mes commettants travaillent cinq jours par semaine, pour un salaire moindre.» Une des idées soumises aux députés par l\u2019analyse rattachée au comité est celle du Parlement parallèle.De telles assemblées délibératives existent en Grande-Bre- tagne et en Australie.Ce sont des endroits où des députés d\u2019arrière-ban peuvent prendre la parole pendant que la Chambre principale continue ses travaux.En comité, certains ont même fait valoir qu\u2019un jour, la seconde Chambre des communes qui est construite ces jours-ci pour remplacer celle qui sera fermée sous peu pour des rénovations majeures, pourra servir à cela.«En pratique, on s\u2019adresse à une pièce vide.Ça permet seulement d\u2019inscrire plus de choses au Han- sard sans accaparer du temps du Parlement», déplore M.Reid qui voit là des subterfuges qui sapent le fondement même d\u2019une assemblée délibérative.Aux États-Unis, note Scott Reid, une assemblée parallèle n\u2019a pas été créée, mais les élus du Congrès peuvent, en recevant l\u2019ébauche des travaux, bonifier leur intervention jusqu\u2019à la rendre jusqu\u2019à 10 fois plus longue! «Vous pouvez techniquement dire que vous avez dit des choses au Congrès que vous n\u2019avez pas vraiment dites.» Difficile de dire quelles recommandations fera le comité parlementaire, mais tous reconnaissent que l\u2019immensité du territoire canadien, avec les longs déplacements et les absences prolongées qu\u2019elle impose aux élus, rend leur vie bien difficile.Et pour ceux qui en doutent encore, l\u2019Association des conjoints de parlementaires évalue à 50 % le taux de divorce des élus.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 FAMILLE "]
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