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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2016-02-06, Collections de BAnQ.

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[" R O B E R T D U T R I S A C Correspondant parlementaire à Québec «M ettons autant d\u2019énergie à conquérir le monde.On est capable, nous, les Québécois », a lancé Philippe Couillard, jeudi, en commentant l\u2019acquisition de Rona par le géant américain Lowe\u2019s.«Pour un Rona, il y a un Couche-Tard, il y a un CGI, il y a un Saputo», a-t-il fait valoir.Dans cette affaire, le Québec doit se soucier de l\u2019image qu\u2019il projette par rapport aux investisseurs américains.« Il faut que le Québec envoie un signal qu\u2019il est dans une économie ouverte », a déclaré le premier ministre en marge du caucus présessionnel de ses députés.Protéger nos sièges sociaux d\u2019une mainmise étrangère est un combat d\u2019arrière-garde, c\u2019est «reculer au siècle précédent».Et on ne sait si Donald Trump l\u2019a inspiré, mais il a ajouté que ce serait ériger «un mur autour du Québec».La nouvelle ministre de l\u2019Économie, de la Science et de l\u2019Innovation, Dominique An- glade, a peut-être poussé le bouchon un peu loin en déclarant que la transaction serait « bénéfique » pour le Québec.Même Philippe Couillard a exprimé sa préoccupation pour les travailleurs et les petits quincailliers de quartier affiliés à la chaîne.La transaction est bénéfique, mais ça dépend pour qui.Pour le p.-d.g.Robert Sawyer, certainement, lui qui, trois ans après son arrivée à la tête du quincaillier, empochera près de 20 millions, en plus de son salaire annuel de 6 millions.Selon le directeur général de l\u2019Institut sur la gouvernance (IGOPP), Michel Nadeau, ce dirigeant, engagé pour remédier à la per for- mance médiocre de Rona, s\u2019est évertué à maquiller l\u2019entreprise pour la rendre plus séduisante aux yeux d\u2019un acheteur.Et il y en avait un.C\u2019est une transaction bénéfique pour les déposants de la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui encaisse un profit de 185 millions, ou de 66 % depuis 2012.Investissement Québec s\u2019est privé du pactole en vendant l\u2019an dernier le bloc de plus de 9 % qu\u2019il détenait.Mais si la société d\u2019État était demeurée actionnaire de Rona, la pression politique aurait été encore plus for te pour que le gouvernement Couillard bloque la transaction.Pour ce qui est du sor t des fournisseurs, c\u2019est une autre paire de manches.Il y aura sans doute quelques gagnants, qui pourront avoir leurs entrées dans les quincailleries de Lowe\u2019s aux États-Unis, mais il y aura inévitablement des perdants.Le pouvoir Il ne faut pas se faire d\u2019illusions : le pouvoir décisionnel de Rona prend le chemin de la Caroline, au siège social du géant américain.Il est écrit dans le ciel que bien des emplois au siège social et au centre de distribution de Rona, à Boucherville \u2014 on en compte 1100 \u2014 seront supprimés.En dépit des engagements verbaux du p.-d.g.de Lowe\u2019s, Sylvain Prud\u2019homme, et même si a posteriori Dominique Anglade lui arrachait des promesses écrites, l\u2019acquéreur prendra des décisions d\u2019af faires strictement axées sur une maximisation de ses bénéfices.Il faut bien qu\u2019il rentabilise son acquisition.Pourquoi en serait-il autrement ?Il ne faut pas comprendre autrement les déclarations de Sylvain Prudhomme, qui a dit que l\u2019entreprise conserverait la « vaste majorité » des employés de Rona ainsi que les bannières actuelles.Une autre décision d\u2019affaires : il ne faut pas brusquer la clientèle québécoise avec un changement de marque de commerce.Et puis les engagements que peuvent prendre les acquéreurs hors Québec \u2014 on l\u2019a vu avec Loblaw et Provigo et avec Rio Tinto et Al- can, un exemple encore plus criant \u2014 sont éphémères.En 2014, les entreprises québécoises ont fait l\u2019acquisition d\u2019entreprises étrangères ou de leurs actifs pour une somme de 30 milliards ; la transaction visant Rona ne représente que 10 % de ce montant, ont signalé le premier ministre et sa ministre.Il s\u2019agit toutefois d\u2019une année record dopée par la force du dollar canadien : en 2013, les mêmes transactions se sont élevées à 5,3 milliards, et à 14 milliards l\u2019année précédente.Selon une étude de SECOR-KPMG publié en 2013, les entreprises québécoises ont procédé à des acquisitions d\u2019entreprises hors Québec ou de leurs actifs pour une valeur de 90 milliards entre 2001 et 2013, pour une moyenne annuelle de 7 milliards.Pendant cette période, les étrangers ont acquis des entreprises québécoises pour à peu près le même montant, soit 89,9 milliards.Il faut rappeler qu\u2019à l\u2019heure actuelle, les sociétés américaines regorgent de liquidités alors que le dollar américain est au sommet.Un chiffre est éloquent : les entreprises américaines ont versé 1,7 billion (1700 milliards) en 2014 pour acheter des entreprises chez eux ou à l\u2019étranger.Cela remet en perspective le record de 30 milliards cité plus haut.D\u2019autres à venir Les temps ont changé, soutient Philippe Couillard, qui veut transformer l\u2019économie du Québec pour l\u2019arrimer à « la transformation profonde de l\u2019économie mondiale ».Le premier ministre Couillard semble avoir une confiance aveugle à l\u2019égard des forces du capitalisme mondialisé.La campagne électorale de 2012 est bien loin : Jean Charest promettait de protéger les entreprises québécoises contre les offres publiques d\u2019achat (OPA) hostiles.En 2014, le Groupe de travail sur la protection des entreprises québécoises recommandait diverses mesures, inspirées de lois américaines, pour protéger les sièges sociaux au Québec.La valeur de l\u2019action de Rona stagne, le canard est boiteux, l\u2019OPA est amicale et la Caisse de dépôt encaisse un bon rendement, autant de raisons pour ne pas bloquer la transaction.Or Philippe Couillard a prévenu que surviendront d\u2019autres acquisitions de sociétés québécoises par des étrangers.Comment réagirait-il si des OPA hostiles visaient des sociétés dont l\u2019activité peut être considérée comme stratégique, comme la Banque Nationale, Industrielle Alliance, CGI ou même SNC-Lavalin ?« Nous vivons dans une économie ouverte et libre », insis- tait-il vendredi.Le Devoir Michel David Rona ou le rejet du nationalisme économique Page B 3 Manon Cornellier Ottawa devra accepter de débattre du PTP Page B 3 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 F É V R I E R 2 0 1 6 Idées Enseignement de l\u2019histoire : à quand le récit?Page B 5 ANNIL MH DE KARUFEL LE DEVOIR La vente de Rona à des intérêts étrangers est loin de faire l\u2019unanimité, malgré les engagements pris par l\u2019acquéreur.Non seulement le premier ministre Philippe Couillard a-t-il donné sa bénédiction à l\u2019achat de Rona par des intérêts américains, mais il a aussi énoncé une nouvelle politique économique qui tranche avec celle de ses prédécesseurs quant à la propriété des fleurons du Québec inc.Pas question de tenter d\u2019empêcher qu\u2019ils tombent aux mains de multinationales étrangères.Il faut plutôt encourager nos entreprises à se muer en prédateurs sur la scène internationale.Lâcher les proies, choisir les prédateurs C H R I S T O P H E A L I X E R W A N C A R I O B I G S\u2019 il y a bien un point commun entre les «GAFA » américains (Google, Amazon, Facebook, Apple, auxquels on peut ajouter le M de Microsoft), c\u2019est que tout ce qu\u2019ils font se compte en milliards : revenus, bénéfices, connexions et, évidemment, des milliards sur les comptes en banque de leurs dirigeants.Mais le nec plus ultra, c\u2019est de parvenir au milliard d\u2019utilisateurs inscrits.Des utilisateurs de services pour la plupart gratuits qui y reviennent au moins une fois par mois.Et plus ils le font via des terminaux mobiles, plus les marchés applaudissent : c\u2019est le signe qu\u2019ils sont à la page des usages les plus novateurs de la vie connectée.À l\u2019aune de ce critère, sept « services» ou applications dépassent aujourd\u2019hui la barre fatidique du milliard d\u2019usagers.C\u2019est Google, devenu mardi à Wall Street l\u2019entreprise la plus valorisée au monde (555 milliards de dollars, contre 534 milliards pour Apple) qui se taille la part du lion.Cinq de ses applications sont concernées : le système d\u2019exploitation Android, archidominant sur les mobiles (1,4 milliard d\u2019appareils activés), le navigateur Chrome, l\u2019application de cartographie Maps, la plateforme de vidéos YouTube et, depuis un mois, la messagerie Gmail.Le groupe Facebook n\u2019est pas en reste avec deux services dans cette catégorie : son réseau social, de loin la plateforme la plus utilisée au monde (1,55 milliard d\u2019inscrits, dont 1,04 milliard vient tous les jours) et, depuis mardi, la messagerie WhatsApp, rachetée pour la bagatelle de 22 milliards de dollars en 2014.Messenger, sa deuxième application de messagerie, n\u2019est plus très loin derrière et revendique plus de 800 millions d\u2019usagers.Dans ce concert de nombres à dix chiffres, Apple n\u2019est pas en reste : la firme à la pomme a elle aussi annoncé en janvier avoir dépassé la barre du milliard d\u2019appareils (iPhone, iPad, Mac, iPod Touch, Apple TV et Apple Watch) connectés à iCloud et à ses boutiques d\u2019applications AppStore.Même Microsoft s\u2019est mis à communiquer sur ce nombre magique en annonçant que c\u2019était l\u2019objectif pour son nouveau système d\u2019exploitation Windows 10 à l\u2019horizon 2018 (200 millions pour l\u2019instant).La conquête Compter ses utilisateurs, c\u2019est bien, mais en conquérir de nouveaux, c\u2019est mieux.Et tous les géants ont un objectif en commun, « the next billion».Ils ne parlent pas de leurs propres utilisateurs, mais bien du prochain milliard d\u2019inter- nautes.Les deux sont intimement liés.Fin 2015, le nombre d\u2019internautes dans le monde était estimé à 3,3 milliards, soit un peu moins de la moitié de la population.La réser ve de nouveaux inscrits potentiels est donc limitée, INTERNET Le club sélect des milliards d\u2019utilisateurs inscrits Compter ses utilisateurs, c\u2019est bien, mais en conquérir de nouveaux, c\u2019est mieux Il faut que le Québec envoie un signal qu\u2019il est dans une économie ouverte Philippe Couillard « » OLIVIER ZUIDA LE DEVOIR Fin 2015, le nombre d\u2019internautes dans le monde était estimé à 3,3 milliards.VOIR PAGE B 2 : INTERNET L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 F É V R I E R 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 2 L es libéraux ne s\u2019en sont pas cachés en campagne électorale.Ils ont un for t préjugé favorable au libre-échange.Ils ne l\u2019ont pas perdu, y compris à l\u2019endroit du Partenariat transpacifique (PTP).Mais ils ont aussi fait une promesse solennelle aux électeurs, celle de les consulter, d\u2019en débattre au Parlement où l\u2019entente devra être ratifiée.La ministre du Commerce international, Chrystia Freeland, était pourtant en Nouvelle- Zélande cette semaine pour signer ledit accord, au grand dam du NPD.Indignés, les néodémocrates ont talonné le gouvernement aux Communes, l\u2019accusant d\u2019avoir procédé sans consultations et sans rendre publique une seule étude d\u2019impact économique.Le NPD est contre le PTP.Il l\u2019a dénoncé en campagne et a exprimé des inquiétudes légitimes à son égard, mais il se trompe en faisant une montagne de la signature apposée par Mme Freeland.Signature et ratification ne sont pas la même chose.Au Canada comme dans de nombreux pays, une signature n\u2019équivaut qu\u2019à un accord de principe.Pour entrer en vigueur, traités, conventions internationales et accords commerciaux doivent être ratifiés par le Parlement.Cela se fait en adoptant des projets de loi de mise en œuvre qui traversent toutes les étapes du processus parlementaire, de l\u2019étude en comité aux débats en Chambre et au Sénat.En fait, si le gouvernement n\u2019avait pas signé l\u2019accord, ça en aurait été fait du PTP au Canada, sans la tenue d\u2019un seul vote.C\u2019est le message qu\u2019a voulu transmettre la ministre Freeland dans une lettre ouverte aux Canadiens publiée à la fin janvier sur le site Web de son ministère.Le délai prévu pour la ratification du PTP est de deux ans, deux années qui pour ront ser vir à ces études et consultations qui ont fait cruellement défaut durant les cinq années qu\u2019ont duré les négociations.À partir de maintenant, partisans et opposants du PTP pourront tenter de séduire la for te propor tion de la population qui n\u2019a pas d\u2019opinion arrêtée sur le sujet.La chef du Parti vert, Elizabeth May, et plusieurs autres détracteurs du PTP l\u2019ont d\u2019ailleurs compris.Ils n\u2019ont pas dénoncé la signature, qu\u2019ils jugeaient inévitable, mais applaudi l\u2019occasion de finalement débattre de l\u2019entente.?Il ne faut toutefois pas s\u2019illusionner.Le PTP ne pourra pas être renégocié, comme l\u2019a rappelé la ministre Freeland.L\u2019accord de plus de 2000 pages (près de 6000 avec les annexes) lie 12 pays (Australie, Brunei, Canada, Chili, États-Unis, Japon, Malaise, Mexique, Nou- velle-Zélande, Pérou, Singapour, Vietnam) qui représentent 40 % de l\u2019économie de la planète.Un tel texte est un édifice de compromis complexes à l\u2019équilibre fragile.Le gouvernement pourrait tout au plus tenter de conclure des ententes parallèles sur des points particuliers.Cela ne devrait pas pour autant décourager la tenue d\u2019un vrai débat, car la majorité des Canadiens savent peu de choses du PTP.Selon un sondage Angus Reid effectué en ligne à la fin janvier, près de 32 % des Canadiens appuient le PTP, 20 % s\u2019y opposent, mais environ 49 % n\u2019ont pas d\u2019opinion.Pour les par tisans du PTP, la plupar t des secteurs industriels y gagneront un accès à de lucratifs marchés étrangers.Les opposants, eux, rappellent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un accord commercial de nouvelle génération qui va bien au-delà des échanges de biens et services puisqu\u2019il y est question de contrats publics, d\u2019harmonisation des normes et ainsi de suite.Ils dénoncent les dispositions touchant la propriété intellectuelle qui pourraient, selon eux, entraîner une hausse du prix des médicaments et nuire aux innovateurs canadiens.On relève des risques pour les secteurs agricoles régis par la gestion de l\u2019offre (lait, œufs, poulets) et pour celui de la fabrication de pièces automobiles.Comme l\u2019Accord de libre-échange nord- américain (ALENA), le PTP permettra aux investisseurs de poursuivre les États qui adoptent certaines politiques publiques ayant un impact sur leur rentabilité.Selon les alter- mondialistes et les verts, cela porte directement atteinte à la souveraineté des États.?Aucun pays n\u2019a de droit de veto sur le PTP et dans la plupart d\u2019entre eux, il a de l\u2019opposition.Il est certain qu\u2019un refus américain ou japonais signerait la fin ou presque de cette entente.Aux États-Unis, les deux aspirants candidats démocrates à la présidence, Hillary Clinton et Bernie Sanders, sont contre.Les républicains, plutôt pour, ne sont pas chauds à l\u2019idée de ratifier ce texte avant la fin du mandat du président Barack Obama.Au Japon, le ministre responsable du dossier a démissionné, ce qui pourrait compliquer la donne.Au Canada, le gouvernement nie que les jeux soient faits, mais il n\u2019y aura qu\u2019une façon de le démontrer : faire preuve de transparence et d\u2019ouverture.Cela veut d\u2019abord dire évaluer les coûts et retombées du PTP et en informer la population et le Parlement.Il lui faudra ensuite écouter les différents points de vue pour en tirer les conclusions qui s\u2019imposent.Mais sera-t- il prêt à respecter la volonté des Canadiens, quelle qu\u2019elle soit ?Telle est la question.mcornellier@ledevoir.com Le temps de débattre M A R C O F O R T I E R Ê tes-vous allé au casino récemment ?Ou jouer aux machines à sous dans une taverne ?Ces temples du jeu d\u2019argent, jadis considérés comme des vaches à lait qui injectaient des centaines de millions de dollars dans les coffres de l\u2019État, se tarissent graduellement depuis une dizaine d\u2019années.Ça devient un peu ringard d\u2019aller au casino.Quant au bingo, on n\u2019en parle même pas.Ces industries autrefois prospères se démènent pour attirer une clientèle qui se fane.Et pas seulement au Québec : les mecques du jeu, comme Las Vegas et Atlantic City, font face à une rude concurrence d\u2019autres villes qui ouvrent des maisons de jeu plus attrayantes.Aux dernières nouvelles, il ne restait que huit casinos à Atlantic City.Trois d\u2019entre eux, dont le flamboyant Trump Taj Mahal, sont au bord de la faillite, selon la firme Moody\u2019s.La ville du New Jersey a vu disparaître 8000 emplois dans les maisons de jeu.Les revenus ont encore baissé de 8 % dans la dernière année.À Las Vegas, les revenus du géant Sands ont fondu de 16 % au cours du dernier trimestre de 2015.L\u2019industrie du jeu elle-même doit sans cesse démontrer sa pertinence.Bref, les gens ont mieux à faire que d\u2019aller passer une soirée à se faire casser les oreilles assis devant une machine à sous.On est en 2016, quand même.Ce ne sont pas les loisirs qui manquent.«Loto-Québec parle d\u2019un marché qui a atteint sa maturité.Les résultats de la société d\u2019État, depuis le milieu des années 2000, démontrent une chute des revenus tirés du jeu étatisé au Québec », explique Jean-François Biron, coordonnateur du comité régional de prévention sur les jeux d\u2019argent et les dépendances à la Direction de santé publique (DSP) de Montréal.Une affaire de «vieux» La vache à lait risque de se tarir encore plus dans les prochaines années, parce que les jeunes se désintéressent des jeux de hasard.En 2004, près d\u2019un élève du secondaire sur deux (47 % à Montréal et 44,6 % dans le reste du Québec) jouait à des jeux de hasard et d\u2019argent.Neuf ans plus tard, en 2013, la proportion des jeunes joueurs avait chuté brutalement à 25 %, selon des chiffres de l\u2019Institut de la statistique du Québec analysés par Jean-François Biron.« C\u2019est une baisse très importante.À l\u2019avenir, ça va être difficile de faire jouer ces jeunes à des jeux d\u2019argent», estime l\u2019expert de la DSP.Le jeu serait donc une affaire de « vieux ».Et même les «vieux» ont tendance à trouver autre chose que les jeux d\u2019argent pour passer le temps.Les profits de Loto-Québec \u2014 qui vont directement dans les cof fres de l\u2019État, pour payer les écoles, les hôpitaux, les routes et les autres programmes sociaux \u2014 ont ainsi diminué de 220 millions de dollars depuis 2011.Le dividende est passé de 1,335 milliard à 1,116 milliard de dollars en cinq ans.Les résultats de l\u2019année 2015 sont en hausse, à cause de l\u2019engouement provoqué par d\u2019importants gros lots à la loterie, mais la tendance à long terme est défavorable.On parle quand même de plus d\u2019un milliard de dollars par an dans le fonds consolidé du gouvernement.C\u2019est beaucoup d\u2019argent.Le réflexe du ministre des Finances (péquiste ou libéral), depuis toujours, est de mettre de la pression sur Loto-Québec pour continuer de remplir les coffres de l\u2019État.Malgré la décroissance de l\u2019industrie du jeu.Et même si les profits de Loto-Québec viennent des poches des joueurs.On touche ici au nœud gordien de Loto-Qué- bec, une société d\u2019État qui doit, par définition, veiller au bien commun.C\u2019est beau, verser un milliard de dollars par année au gouvernement.Ça peut devenir moins joli de puiser cet argent dans les poches de Québécois qui flambent leur salaire dans des machines à sous.Limiter la gourmandise Le temps est peut-être venu de limiter l\u2019appétit de l\u2019État envers Loto-Québec, estime Jean-François Biron, de la DSP.C\u2019est une sorte de reality check : les jeux d\u2019argent rapportent moins et deviennent moins acceptés socialement.« Il est possible qu\u2019on assiste à un changement de norme sociale par rapport au jeu, dit- il.On voit davantage de critiques, davantage de débats sociaux, davantage de campagnes de sensibilisation par rapport au jeu.On a gagné du terrain du point de vue de la santé publique.La prochaine étape, c\u2019est peut-être que les élus prennent conscience que le marché est saturé et qu\u2019on change de paradigme.» « La pression du gouvernement sur Loto-Qué- bec pour produire toujours plus de revenus soulève des questions », renchérit Jean Leblond, docteur en psychologie et auteur du site jeuen- ligne.ca.Lui et d\u2019autres observateurs de l\u2019industrie du jeu notent les efforts de Loto-Québec pour freiner la décroissance des résultats.La société d\u2019État a investi plus de 300 millions pour rénover le Casino de Montréal.Dans une étude toute fraîche dont Le Devoir a parlé cette semaine, la chercheuse Élisabeth Papineau, de l\u2019Institut national de santé publique du Québec, remarque aussi que le site de jeu en ligne de Loto-Québec, Espace Jeux, fait la promotion de plus en plus visible des casinos.Les qualifications pour la Série royale de Poker se font sur Espace Jeux.Le site en ligne fait aussi gagner la par ticipation à un tournoi de machines à sous au casino.Le Devoir a aussi constaté que les acheteurs en ligne de la loterie Célébration obtenaient une « deuxième chance » en allant déposer un coupon de participation dans un des deux salons de jeu ou dans un casino.La société d\u2019État a aussi décidé en 2013 de vendre de l\u2019alcool dans les aires de jeu au casino, contre l\u2019avis de la Santé publique.L\u2019alcool est aussi facilement accessible dans les salons de jeu de Trois-Rivières et de Québec, note Jean Leblond.«Les salons de jeu devaient servir à limiter l\u2019offre d\u2019appareils de loterie vidéo, mais dans les faits, ils deviennent des minicasinos où on trouve les mêmes jeux que dans les casinos, mais automatisés.» Le Devoir Quand le jeu amuse moins.Québec devra peut-être miser sur un autre joueur que Loto-Québec surtout quand on sait certains gros marchés compliqués à approcher pour une société américaine (Chine, Russie, etc.).Il faut donc connecter les pays en voie de développement.Normalement, c\u2019est le boulot des opérateurs, mais les populations concernées ne sont pas toujours très « rentables », alors que des données personnelles, ça peut toujours servir.Depuis plusieurs années, Facebook et Google rivalisent pour apporter gratuitement la bonne parole connectée aux populations les moins riches.Dans leurs cartons, des projets pharaoniques pour connecter de grands territoires depuis les airs.Pour le réseau social, il s\u2019agit d\u2019un drone, Aquila, fonctionnant à l\u2019énergie solaire et capable de rester trois mois dans les airs pour fournir une connexion dans un rayon de 80 kilomètres.Du côté du géant de Mountain View, on est un peu plus avancé et on mise sur des ballons stratosphériques gonflés à l\u2019hélium.Google a déjà signé un partenariat, en juillet, pour appor ter le Net sur tout le territoire du Sri Lanka.Neutralité En attendant que ces grands programmes se concrétisent, d\u2019autres opérations, plus rapides à mettre en œuvre, sont menées.En Inde, par exemple, Google a annoncé en septembre avoir équipé 400 gares d\u2019accès wi-fi haut débit.Quelques mois plus tôt, en février, c\u2019est Facebook qui lançait son service gratuit, Internet.org, en partenariat avec l\u2019opérateur local Reliance Communications.Problème : cette connexion, gratuite, ne permet d\u2019accéder qu\u2019à Facebook et à quelques autres sites partenaires\u2026 Les autorités indiennes ont demandé fin décembre à Reliance de mettre un terme au service pour non-respect de la neutralité du Net.Si même les plus pauvres exigent un Internet ouvert, la chasse au prochain milliard promet d\u2019être agitée.Libération SUITE DE LA PAGE B 1 INTERNET MANON CORNELLIER à Ottawa OLIVIER ZUIDA LE DEVOIR Loto-Québec estime que le marché du jeu a atteint sa maturité.ANNIK MH DE KARUFAL LE DEVOIR Les jeunes s\u2019adonnent de moins en moins au jeux d\u2019argent.Il est possible qu\u2019on assiste à un changement de norme sociale par rapport au jeu Jean-François Biron « » I S A B E L L E P O R T E R à Québec M ardi soir, à l\u2019hôtel de ville de Québec, des experts sont venus expliquer l\u2019ampleur des dommages aux conseillers municipaux.Avant Noël, on apprenait en ef fet qu\u2019en cinq ans, le lac Saint-Charles a pris 25 ans d\u2019âge.«Ce n\u2019est pas normal», a souligné Mélanie Deslong- champs, directrice de l\u2019Association pour la protection de l\u2019environnement du lac Saint-Charles et des Marais du Nord (APEL).«Tout le monde va devoir fournir sa part d\u2019ef forts », a-t-elle répété en montrant des photos inquiétantes de l\u2019état du lac.Les plantes envahissantes ont littéralement envahi ce réservoir naturel qui fournit en eau 300 000 résidants.Les cyanobactéries aussi sont en augmentation.À l\u2019autre bout de la salle, les conseillers ne cachaient pas leur découragement.«Ce qu\u2019il y a à faire comme travaux m\u2019apparaît presque herculéen», a réagi la conseillère Anne Guérette.Quelques minutes plus tard, le maire Régis Labeaume en remettait.Selon lui, la capitale présage ce qui arrivera ailleurs au Québec.Des rapports sur l\u2019état de sources d\u2019eau commandés par le gouvernement aux villes d\u2019ici à 2022 vont faire peur, prévoit-il.«Ce qui va sortir de là, ça va être un monstre incroyable.» Il plaide que la situation pourrait être bien pire dans les régions où le bassin versant traverse des zones agricoles et industrielles, ce qui n\u2019est pas le cas de Québec.« Imaginez-vous le reste du Québec ! [\u2026] Ça ne sera pas beau.» La Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) avait pourtant déjà agi pour protéger la prise d\u2019eau.En 2010, les élus avaient voté un règlement de contrôle intérimaire (RCI) pour limiter les constructions en pente et dans les zones inondables.On avait aussi renforcé la réglementation sur les fosses septiques et l\u2019abattage d\u2019arbres.Or ce n\u2019était visiblement pas assez.Un moratoire sur les nouvelles constructions dans le bassin versant a donc été adopté avant Noël, et la CMQ prépare un nouveau RCI plus sévère dont on connaîtra la teneur en mars.Un spécialiste d\u2019Ouranos, François Morneau, coordonne sa mise en œuvre avec le concours de l\u2019avocat Daniel Bouchard, un expert en droit municipal, environnemental et administratif.Et encore, le RCI ne vise qu\u2019à stopper la dégradation.Un plan d\u2019action des élus devra s\u2019ajouter pour réparer les erreurs du passé.Les causes À Québec, le principal fautif est l\u2019étalement urbain.La multiplication des constructions en montagne qui ne sont pas reliées aux égouts a mis une pression indue sur les cours d\u2019eau.«On se sert des systèmes d\u2019assainissement individuel à mauvais escient », résumait M.Mor- neau en entrevue jeudi.« À l\u2019origine, on avait permis ce genre d\u2019installation pour le petit chalet dans le fin fond des bois.[\u2026] Sauf qu\u2019on a développé des banlieues avec cette technique-là ! » Dans la couronne nord, on recense pas moins de 5000 résidences de ce type.On estime que dans la plupart des cas, leurs champs d\u2019épuration sont inefficaces et les bactéries rejoignent facilement les cours d\u2019eau.Soit le sol n\u2019est pas adéquat pour l\u2019absorber, soit la durée de vie du champ est dépassée depuis longtemps.Parfois, les terrains sont simplement trop petits pour que le sol puisse absorber les nutriments, ou encore on brise l\u2019équilibre en y ajoutant une piscine, par exemple.Mais ce n\u2019est pas tout.«Même si l\u2019installation est parfaite », elle ne fait qu\u2019absorber les bactéries E.coli, a expliqué Mélanie Deslongchamp.Le phosphore et l\u2019azote traversent toutes ces installations et ce sont eux qui nourrissent les plantes aquatiques dans le lac Saint-Charles.Et c\u2019est sans compter les médicaments\u2026 Cette semaine, le maire Labeaume a évoqué la possibilité que Québec paye la facture du raccordement aux égouts des maisons de Stone- ham et de Lac-Delage.Après avoir mentionné des coûts de 100 millions qui ont fait les manchettes, il s\u2019est ravisé en faisant valoir que les autres devraient payer une partie de la facture.Cer tains donnent l\u2019exemple de la ville de New York, qui a payé ses voisines du nord pendant les années 1990 afin de protéger leur bassin naturel, les Catskills.« Au lieu d\u2019investir 5, 6 milliards $US dans une usine de traitement de l\u2019eau, ils ont pris une partie de l\u2019argent pour s\u2019entendre avec la communauté au nord, limiter le développement et changer certaines pratiques », signale M.Morneau.Une loi dépassée?La réflexion en cours à Québec met aussi en évidence les limites des lois existantes.À l\u2019heure actuelle, les obligations des municipalités sont minimales en matière de protection de l\u2019eau potable, a soutenu Me Bouchard.Mais tout ne relève pas des villes.La décision de construire des autoroutes relève du ministère des Transports, tout comme la pollution causée par les sels de déglaçage qui s\u2019ensuit.Dans le cas de Québec, la nouvelle autoroute construite à Stoneham a beaucoup contribué à la détérioration du lac Saint-Charles.Que faire pour en limiter les impacts ?Selon M.Morneau, on devrait s\u2019inspirer des Scandinaves et établir ce qu\u2019on appelle des « routes blanches » avec moins de sels et de vitesse.On a une autoroute au milieu d\u2019une réserve faunique.« Les pays scandinaves ont fait ces choix-là depuis longtemps.[\u2026] On baisse la vitesse, on met des pneus avec des clous et on change nos pratiques de conduite.» Mais même avec la meilleure volonté du monde, le gouvernement ne peut pas tout faire.Impossible par exemple de toucher aux sablières et aux cimetières d\u2019automobiles qui polluent le bassin versant.Créés à une époque où on ne pensait pas aux enjeux de l\u2019eau, ils ont des droits acquis.Ce genre de site pourrait être transformé en parc, comme on l\u2019a fait avec le Village Vacances Valcartier, ont souligné les experts.Peut-être même en ensembles résidentiels, a-t-on ajouté.Exemple ou cas particulier?Reste maintenant à savoir si le cas de Québec constitue un signal d\u2019alarme pour d\u2019autres villes.François Morneau rétorque que c\u2019est une « très, très bonne question ».Le maire La- beaume a-t-il exagéré en évoquant le monstre de 2022 ?La réponse n\u2019est pas claire.Toutes les villes ne s\u2019approvisionnent pas en eau de sur face comme c\u2019est le cas à Québec.Par contre, il faut faire particulièrement attention aux lacs de villégiature le long de la vallée du Saint-Laurent, ajoute l\u2019expert.« Ce sont des lacs qui sont peu profonds, ce qui les rend déjà en partie vulnérables.Ça ne prend pas beaucoup d\u2019éléments polluants pour les dégrader rapidement.» Or tous ne sont pas des réserves d\u2019eau comme le lac Saint-Charles.Quant aux polluants agricoles évoqués par le maire Labeaume, M.Morneau souligne qu\u2019ils sont effectivement très «nocifs ».«C\u2019est pour ça qu\u2019il y a 300 municipalités qui ont signé une pétition pour qu\u2019il y ait un renforcement du règlement sur la protection et le prélèvement de l\u2019eau potable.» Ce qu\u2019il y a d\u2019inusité à Québec, ajoute-t-il, c\u2019est que sa source d\u2019eau dépend d\u2019autres municipalités.«Ça nous oblige forcément à travailler ensemble pour trouver des solutions intégrées, et ça, c\u2019est très particulier.» Cela rend la situation extrêmement délicate sur le plan politique.Malgré l\u2019existence d\u2019un certain consensus à la CMQ, les tensions sont déjà palpables entre M.Labeaume et Robert Miller, le maire de Stoneham.Pour le reste, François Morneau plaide que le retard du Québec est généralisé en ces matières.«On est lents lents lents.Quand on va avoir trouvé les bobos: des usines à mettre aux normes, les problèmes de phosphore et d\u2019azote, on en a pour des années.[\u2026] On n\u2019est vraiment pas en avance là- dedans au Québec.Les États-Unis ont peut-être 40 ans d\u2019avance sur nous ; l\u2019Ontario, 15, et je ne vous parle même pas de l\u2019Europe.» Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 F É V R I E R 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 3 E n demandant que Rona demeure propriété québécoise, Pierre Karl Péla- deau et François Legault veulent nous ramener au siècle dernier, estime le premier ministre Couillard.Son ex-collègue Raymond Bachand avait aussi fait échec à une première tentative du géant américain Lowe\u2019s pour s\u2019emparer du quincaillier québécois en 2012, mais cela s\u2019explique sans doute par ses antécédents péquistes, dont il avait manifestement gardé des séquelles.D\u2019accord, Robert Bourassa, qui avait incité la Caisse de dépôt à intervenir pour empêcher que l\u2019empire Steinberg ne tombe entre des mains étrangères, n\u2019a jamais été péquiste, mais l\u2019ensemble de son œuvre ne démontre-t-il pas que ce rejeton de la Révolution tranquille, tout libéral qu\u2019il était, avait été infecté lui aussi par le bacille du nationalisme introduit par Duplessis ?Il est vrai qu\u2019à la dif férence de la tentative avortée de 2012, l\u2019offre améliorée de Lowe\u2019s a reçu la bénédiction du conseil d\u2019administration de Rona et de l\u2019important actionnaire qu\u2019est la Caisse de dépôt, mais la vente en catimini du bloc d\u2019actions que détenait Investissement Québec laisse croire que le gouvernement avait d\u2019ores et déjà renoncé à bloquer une éventuelle récidive.En sa qualité de p.-d.g.de Montréal International, la nouvelle surperministre du Développement économique, Dominique Anglade, avait pour mandat d\u2019attirer des investissements étrangers dans la région métropolitaine.Il est pour le moins paradoxal qu\u2019elle amorce sa nouvelle carrière en présidant à la perte d\u2019un des fleurons de Québec inc.et d\u2019un autre siège social.Mme Anglade a manifestement voulu adapter son discours à la philosophie de laisser-faire de son nouveau patron, mais elle aurait pu s\u2019épargner le ridicule de qualifier la transaction de « bénéfique » pour l\u2019économie québécoise.M.Couillard a senti le besoin de corriger le tir en disant sa préoccupation pour ceux qui risquent d\u2019en faire les frais.Dans son enthousiasme, Mme Anglade avait sans doute oublié que l\u2019empathie est le nouveau mot d\u2019ordre au gouvernement.?L\u2019intervention de l\u2019État pour protéger la propriété québécoise des entreprises les plus structurantes n\u2019est pas la seule caractéristique de ce détestable XXe siècle que l\u2019actuel premier ministre semble vouloir enterrer.En réalité, toutes les manifestations de nationalisme, qu\u2019elles soient de nature politique, économique ou identitaire, paraissent archaïques à ses yeux, le projet souverainiste étant évidemment la quintessence de la ringardise et de cette « mentalité d\u2019assiégés perma- n e n t s » q u e d é n o n c e M.Couillard.Personne ne nie la nécessité de gérer l\u2019argent des contribuables avec rigueur, mais l\u2019austérité à laquelle la société québécoise a été soumise au cours des deux dernières années cachait mal une aversion pour l\u2019État providence mis en place par les gouvernements successifs à partir de 1960, peu importe le parti dont ils étaient issus.Son insensibilité à l\u2019insécurité identitaire qui a marqué le dernier demi-siècle est tout aussi manifeste.Malgré la lutte acharnée que le PLQ, sous la direction de Claude Ryan, a menée contre l\u2019adoption de la Charte française, Robert Bourassa a tout de suite compris la nécessité de prendre acte du désir d\u2019affirmation du Québec francophone, mais aussi de la fragilité de sa situation en Amérique du Nord.Cela semble également dépassé aux yeux de M.Couillard.Le gouvernement Lévesque avait signé une première entente sur l\u2019immigration avec Ottawa, mais c\u2019est le gouvernement Bourassa qui a obtenu les pouvoirs qui permettent au Québec de sélectionner ses immigrants et de les intégrer à la majorité francophone.Les besoins en main-d\u2019œuvre des entreprises semblent maintenant avoir la priorité, quitte à accentuer le recul du français.?Certes, la quincaillerie n\u2019a pas le caractère stratégique de l\u2019aéronautique.Rona est néanmoins un symbole de l\u2019identité économique québécoise, au même titre que Bombardier ou Desjardins, qui se dilue un peu plus chaque fois qu\u2019un des fleurons de Québec inc.passe entre des mains étrangères.Cette dilution se traduit aussi sur le plan politique.En favorisant la création d\u2019une nouvelle classe d\u2019affaires, Jacques Parizeau espérait en faire une alliée du mouvement souve- rainiste.Il a exprimé crûment sa déconvenue durant la campagne référendaire de 1995, quand il a dénoncé avec mépris ceux qui « crachaient dans la soupe ».Force est de constater que Pierre Karl Péladeau fait aujourd\u2019hui figure d\u2019exception.Plutôt que de se laisser enfermer entre les murs d\u2019un isolationnisme sorti tout droit de son imagination, M.Couillard invite aujourd\u2019hui les entrepreneurs québécois à se lancer à la conquête du monde.Le jour où Québec inc.sera complètement intégré à Canada inc., voire à US inc., qui voudra encore se séparer ?mdavid@ledevoir.com L\u2019enterrement du siècle À Québec, la dégradation du lac Saint-Charles donne lieu à une mobilisation sans précédent pour protéger les sources en eau potable.Une bataille qui risque de s\u2019étirer sur plusieurs années et faire des petits ailleurs au Québec.QUÉBEC Le « monstrueux » problème de l\u2019eau potable RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Le lac Saint-Charles «vieillit» rapidement, mettant en péril l\u2019approvisionnement en eau potable de Québec.MICHEL DAVID Rona est néanmoins un symbole de l\u2019identité économique québécoise RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Selon Régis Labeaume, la situation de sa ville présage ce qui arrivera ailleurs au Québec. Aujourd\u2019hui prend fin mon mandat de directeur du Devoir.J\u2019y suis entré comme journaliste il y a 42 ans, et pendant ces années j\u2019ai pu suivre l\u2019évolution de notre société.En guise de conclusion, quelques interrogations et observations, quelques inquiétudes aussi sur le Québec d\u2019aujourd\u2019hui et de demain.ans le premier numéro du Devoir, le 10 janvier 1910, Henri Bourassa avait intitulé son éditorial «Avant le combat».Il savait que la suite serait cela, un combat.Un combat permanent pour l\u2019avenir de la langue française et de la nation canadienne-française en terre d\u2019Amérique qui était au cœur de ses préoccupations.Plus tard, un autre Bourassa, Robert, appellera cela la recherche de la « sécurité culturelle » des Québécois.Si au- jourd\u2019hui celle-ci est certainement plus grande qu\u2019il y a 106 ans, il y aura toujours un point d\u2019interrogation.Le ?l qui nous retient Québécois à cette terre d\u2019Amérique est d\u2019abord cette langue, le français, qui façonne notre vie.La spéci?cité du Québec, son caractère distinct, le Québec qui forme une nation, tout cela tient d\u2019abord à cette langue pour laquelle les francophones de ce pays ont mené des batailles historiques qui n\u2019ont pas été toutes gagnées.Le savent bien les francophones hors Québec, encore réduits à de longues batailles judiciaires pour la reconnaissance de leurs droits.Ici au Québec, le français a fait des progrès immenses depuis l\u2019adoption de la loi 101, qui a donné un sens au concept de sécurité culturelle.Ce fut un acte fondateur.Elle a fait du Québec un État of?ciellement français où la langue de la justice, des services publics, du travail, de l\u2019enseignement, exception faite des droits acquis des Anglo-Canadiens, est le français.Elle a rendu les Québécois con?ants en leur avenir et a permis la formidable explosion des arts et de la culture, qui ont pu se développer dans un environnement où les Québécois assument leur différence et leur spéci?cité.Devrait-on croire que le français n\u2019est plus menacé aujourd\u2019hui?Si la «grosse maudite Anglaise (de chez Eaton), qui ne parle pas français» est un lointain souvenir, il faut être aveugle et sourd pour ne pas voir la progression de l\u2019anglais à Montréal et la région métropolitaine qui se constate tous les jours dans les commerces.Les causes ne sont pas les mêmes qu\u2019autrefois.Les Anglo-Québécois ne sont pas en train de reprendre le terrain perdu, ce sont plutôt ceux que les spécialistes appellent les allophones qui résistent à leur intégration à la majorité francophone.Il y a 200 000 néo-Québécois qui ne parlent pas le français, soit 20% de la population immigrée, ce qui n\u2019est en rien surprenant puisqu\u2019une majorité des nouveaux arrivants refusent de suivre les cours de français qu\u2019on leur offre.Nous avons fait le choix comme société de faire appel à l\u2019immigration.Il en va de la vitalité démographique et économique du Québec.Le paradoxe est que si nous avons besoin de cette immigration, elle contribue par ailleurs au déclin du français.Avant de rendre les immigrants responsables de cette situation, il faut plutôt se demander si collectivement nous prenons les moyens pour que le français soit la vraie langue commune, pour qu\u2019il soit la langue de travail.La réponse est non.Ou tout au moins, reconnaissons qu\u2019on ne fait pas les efforts nécessaires.Pour toutes sortes de bonnes et mauvaises raisons, nos gouvernements successifs ces 20 dernières années ont temporisé, refusant de renforcer la loi 101, refusant de soumettre les petites entreprises à cette loi, réduisant les budgets alloués à l\u2019intégration linguistique et culturelle des nouveaux Québécois.Oui, des progrès ont été réalisés, mais ils demeurent fragiles.Très fragiles.?La recherche d\u2019une plus grande sécurité culturelle pour les francophones a conduit le Québec, cela depuis Honoré Mercier, à rechercher une plus grande autonomie politique.Au ?l des décennies, il s\u2019est donné un statut particulier sans le nom au sein de la fédération canadienne.Maurice Duplessis amorça le mouvement autonomiste avec la récupération des impôts.Les libéraux de Jean Lesage le poursuivirent avec le « Maîtres chez nous » dont l\u2019aboutissement, pour certains, devait conduire à la souveraineté.Proposée à deux reprises par René Lévesque puis par Jacques Parizeau, elle fut refusée chaque fois.L\u2019échec de 1980 ouvrit la porte au rapatriement de la Constitution et à la mise au ban constitutionnelle du Québec.La tentative ratée de réparation que fut l\u2019accord du lac Meech donna une deuxième chance au projet souverainiste.Ce deuxième échec laissa le Québec et le Canada anglais plus que jamais deux solitudes, campées dans leur indifférence.Depuis, plus rien ne se passe.Plus rien ne se passe parce que les Québécois sont devenus indifférents à ce débat.Non pas que le projet souverainiste ne soulève plus leur adhésion, mais parce que le Parti québécois qui en est le porteur historique n\u2019arrive pas à lui donner une nouvelle dimension.Parce que le mouvement est éclaté et se perd dans des débats stériles, quand ce n\u2019est pas dans des luttes intestines.Ce mouvement a besoin de retrouver ses repères et de refaire son unité.Il faudra y mettre le temps et accepter de faire passer « la patrie avant le parti ».Le gouvernement libéral de Philippe Couillard est celui qui, dans l\u2019histoire contemporaine du Québec, participe le moins à cette volonté autonomiste.Qu\u2019il voie l\u2019avenir du Québec au sein de la fédération canadienne est un choix conséquent pour un gouvernement fédéraliste.Ne l\u2019est pas par contre l\u2019absence de volonté réelle de corriger la mise au ban constitutionnelle de 1982.Il y a là une obligation morale que ce gouvernement semble préférer oublier.En l\u2019occurrence, l\u2019oubli est en train de conduire à l\u2019acceptation de facto de la Constitution.Laisser cela se faire serait un reniement de notre histoire.?Un des premiers gestes que le gouvernement de Jean Lesage a posés au lendemain de l\u2019élection de 1960 fut la création de la commission Parent, avec mandat de revoir tout notre système d\u2019éducation.C\u2019était en mars 1961.Le geste était symbolique.La Révolution tranquille qui allait transformer la société québécoise ne pouvait avoir de sens que si elle ouvrait grand les portes des écoles, des collèges et des universités.Combien de fois les politiciens de toutes couleurs n\u2019ont-ils pas dit et répété que la clé de la prospérité individuelle et collective était l\u2019éducation\u2026 pour vite passer à un autre sujet.Pour faire autant que le font les autres provinces canadiennes en moyenne, le Québec devrait ajouter 1,5 milliard à ses budgets d\u2019éducation, nous disaient récemment les auteurs du rapport « Productivité et prospérité au Québec.Bilan 2015 ».À la place, le présent gouvernement a réduit le budget du ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur.S\u2019il en est ainsi, c\u2019est que dans l\u2019esprit de nombre de Québécois, l\u2019éducation n\u2019est pas non plus une priorité.Un sondage réalisé en 1999 par Le Devoir avait créé la stupéfaction dans le monde de l\u2019éducation alors qu\u2019un Québécois sur deux ne croyait pas au dicton « qui s\u2019instruit s\u2019enrichit ».Cette perception n\u2019a guère changé.Quand on voit la persistance du décrochage scolaire, une prise de conscience collective s\u2019impose.Peu importe les choix que nous ferons comme société quant à notre avenir politique, l\u2019éducation sera toujours la pierre d\u2019assise d\u2019une société libre.?J\u2019ai souvent écrit que Le Devoir est une œu- vre collective.Dès le début de son histoire, ce journal a été le fait de la volonté commune de ses artisans et de ses lecteurs, qui depuis un siècle ont cru à une parole indépendante et libre.Qui ont cru à un espace porteur d\u2019une vision de justice, d\u2019égalité et de défense des intérêts collectifs de cette société francophone en Amérique du Nord.Qui ont voulu qu\u2019il soit une force de changement.Ce journal est résilient.À 106 ans, c\u2019est le moins que l\u2019on puisse dire après toutes les dif?- cultés qu\u2019il a eues à surmonter.Aujourd\u2019hui il est, comme tous les médias traditionnels, forcé par les mutations technologiques de s\u2019adapter à ces changements et aux ?uctuations du marché de la publicité.Cela entraîne des dif?cultés qui sont l\u2019occasion d\u2019un renouvellement.Je n\u2019ai aucun doute, ce journal a un avenir, car cette volonté commune de ses artisans et de ses lecteurs est plus forte que jamais.J\u2019ai eu l\u2019occasion de saluer tout le personnel de la maison et les membres du conseil d\u2019administration qui m\u2019ont accompagné.À vous, lecteurs, maintenant, de recevoir mes remerciements pour votre présence quotidienne et le soutien que vous nous avez apporté à travers les Amis du Devoir.À tous, toute ma reconnaissance.-30- L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 F É V R I E R 2 0 1 6 B 4 EDITORIAL L E T T R E Pipeline et responsabilités du gouvernement du Québec Lorsqu\u2019on lit dans Le Devoir que le ministre Heurtel « s\u2019attend à la collaboration de TransCanada » dans l\u2019étude du dossier du pipeline Énergie Est, on constate que le gouvernement du Québec renonce à exercer ses pouvoirs en matière d\u2019environnement.Lorsqu\u2019un v.p.du projet Énergie Est affirme que « le projet n\u2019est pas soumis à la réglementation provinciale », il a tort.En effet, lors de la formation de la Fédération canadienne en 1867, l\u2019environnement ne faisait pas partie des préoccupations, des responsabilités à se partager entre la fédération et les provinces (ou États fédérés).En conséquence, l\u2019environnement est un champ de compétence partagé entre les deux ordres de gouvernement.L\u2019environnement étant une responsabilité partagée entre le fédéral et le Québec, le gouvernement du Québec, plutôt que de «quêter» la présence de TransCanada, n\u2019a qu\u2019à soumettre le projet Énergie Est à une évaluation en bonne et due forme, à un BAPE décisionnel, comme il peut le faire.Malheureusement, lorsque le ministre Heurtel espère « la collaboration » de cette compagnie dans le dossier Énergie Est, il manque à ses responsabilités à l\u2019égard de ses citoyens.Alain Lavallée Longueuil, le 3 février 2016 FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints NELLIE BRIÈRE, PAUL CAUCHON, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET L I B R E O P I N I O N LE DEVOIR Plaidoyer pour l\u2019avenir D J E A N L A M A R R E Président du conseil d\u2019administration du Devoir T u as consacré près de 42 années de ta vie au Devoir, dont près de 17 comme directeur.Tu as donné à cette institution unique le meilleur de toi-même et tu as ainsi offert à notre société une prestation hors du commun qui t\u2019honore et qui mérite notre plus vive reconnaissance.Au moment où tu prends une retraite si bien méritée, je tiens à te dire « merci ! » du fond du cœur, en mon nom, au nom du conseil d\u2019administration, de la Fidu- cie, de l\u2019Imprimerie populaire, des employés, des « Amis du Devoir » et, surtout, bien sûr, de ses dizaines de milliers de fidèles lecteurs et lectrices.D \u2019 a u t r e s o c c a - sions nous seront sans doute données de décrire plus longuement et avec plus de précision ton insigne contribution au Devoir.Qu\u2019i l me soit cependant permis dès à présent de dire que tu as d\u2019abord excellé comme journal iste, puis comme premier journaliste du Devoir.Ne cédant jamais à l\u2019émotion, aux préjugés, à l \u2019oppor tunisme ou aux at - taques personnelles, tu t\u2019es toujours fait un point d\u2019honneur d\u2019analyser les faits avec objectivité, patience et r i - gueur, en sachant aller au- delà des apparences et des idées reçues pour décor tiquer les problèmes, pour scr uter en profondeur des enjeux par fois très complexes et pour exprimer tes opinions mûrement pesées et réfléchies en une langue simple, claire, précise et accessible à tous.Tout cela faisait de toi un observateur très écouté et respecté du milieu politique, voire un analyste redoutable, dont le poids des avis comptait e t n e l a i s s a i t p e r s o n n e indifférent.Ce faisant, tu as exercé un leadership de compétence auprès de tes collègues du Devoir , qui t\u2019ont admiré et qui t \u2019ont s i bien accepté comme leur directeur pendant toutes ces années.Grâce à ta compétence personnelle, à ta sensibilité, à ton respect des personnes, à ton ardeur au travail, à ton sens du compromis, tu as su conser ver la confiance et la loyauté de tes collaborateurs et collaboratrices, ce qui est évidemment indispensable d a n s u n m i l i e u comme celui d \u2019un grand journal.Comme gest ion- naire, ta prudence, ton intell igence et ton sens du devoir, justement, t\u2019ont permis de garder Le Devoir à flot dans un environnement qui devient cependant de plus en plus dif fi- cile et exigeant pour l \u2019ensemble de la presse écrite.On ne devra d\u2019ailleurs pas oublier que, sous ta gouverne, Le Devoir a connu certaines années de pro- fitabilité significative.Sur un plan plus personnel, ce fut un immense plaisir de travailler avec toi, Bernard, et d\u2019avoir collaboré étroitement avec un homme si honnête, si intègre, si loyal, au commerce si agréable et à l\u2019humanisme si raffiné.Tu auras été un grand directeur du Devoir.Je m\u2019en voudrais de ne pas associer à mes remerciements ton épouse, Marie La- vigne, et ta famille qui t\u2019ont si bien appuyé dans la poursuite de ta vie professionnelle exigeante.Ce n\u2019est pas trop tôt pour qu\u2019ils profitent davantage de ta présence.Merci, Bernard ! BERNARD DESCÔTEAUX Ce fut un immense plaisir de travailler avec toi, Bernard, et d\u2019avoir collaboré étroitement avec un homme si honnête, si intègre, si loyal L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 F É V R I E R 2 0 1 6 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagné (adjoints à la direction de l\u2019information), Antoine Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idées), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Michaël Monnier et Olivier Zuida (recher- chistes photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Julie Carpentier (pupitre); information culturelle : Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), François Lévesque et Caroline Montpetit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineau(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre); information internationale : Jean-Pierre Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives), Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); Loïc Hamon (cahiers spéciaux); équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G.Ferraris et Coralie Mensa (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Mélisande Simard (adjointe par intérim), Jean de Billy, Jean-François Bossé, Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais (coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Geneviève O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service à la clientèle), Manon Blanchette, Nathalie Filion et Kevin McKissock.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Claudette Béliveau (adjointe administrative), Florentina Draghici et Xavier Pigeon (par intérim).N O R M A N D B R E A U L T Montréal e Québec ressemble au Canada autant qu\u2019un poisson ressemble à une bicyclette.» \u2014 Dany Laferrière.«Le Québec et le reste du Canada n \u2019ont en commun que la monnaie, la bière et la méconnaissance de l\u2019autre.» \u2014 Robert Gurik, homme de théâtre d\u2019origine russe.Faut-il donc être né ailleurs pour s\u2019apercevoir que le Québec est unique ?Que dire du « nous autres » d\u2019Akos Verboczy, pour qui, dans sa Rhapsodie québécoise, le «nous» englobe autant les « de souche » que toutes celles et tous ceux qui, issus de tous les horizons, acceptent d\u2019y adhérer, de s\u2019y intégrer ?Ces trois personnalités nées ailleurs ne sont pas les seules à se considérer comme vraiment et pleinement québécoises.Les Kim Thúy, Maka Kotto, Amir Khadir, Djemila Benhabib, Boucar Diouf, entre autres, ont aussi adopté le Québec, comme le Québec les a adoptés.S\u2019il est très vrai que la société d\u2019accueil se doit de s\u2019ouvrir toujours plus et mieux, elle n\u2019a pas à « cacher ses statues », expression d\u2019actualité, métaphore de ses valeurs, de ses façons de faire, de ses us et coutumes, comme on dit.Elle a toujours à se laisser enrichir par l\u2019apport de celles et de ceux qui viennent de loin.Par ailleurs, ces personnes, quel que soit leur continent d\u2019origine, sont appelées, à leur tour, à obéir « à nos lois, à nos valeurs et à nos traditions » comme l\u2019exprimait madame Merkel, chancelière du pays d\u2019accueil le plus généreux à l\u2019endroit des réfugiés en Europe.Quant à l\u2019apprentissage de l\u2019allemand, ça allait déjà de soi.À l\u2019instar de ces personnes plus connues, le plus grand nombre, y compris mes amies et amis originaires d\u2019Algérie, du Burundi, du Cambodge, du Salvador, du Mexique, de l\u2019Ontario, du Guatemala ou du Chili, ont joué le jeu de l\u2019intégration et le jouent au quotidien.Ces anonymes se reconnaissent dans notre Immortel qui dit : «Ce n\u2019est pas bon de vivre constamment dans la nostalgie du pays d\u2019origine, comme c\u2019est ridicule de prétendre qu\u2019on vient de nulle part.» Ces personnes ont adopté le Québec, dans la nébuleuse canadienne ou hors de celle-ci, et elles veulent vivre en cette terre québécoise avec ces caractéristiques la distinguant des autres entités, États ou provinces, de ce grand continent nord-américain.Apartheid et apathie Il est malheureux que d\u2019autres personnes venues d\u2019ailleurs ne veuillent pas adopter le Québec dans ce qu\u2019il est : une nation francophone, en marche vers l\u2019officialisation de sa laïcité, attentive à l\u2019égalité entre les femmes et les hommes, déjà multiculturelle mais pas « multicultura- liste».Elles sont encore trop nombreuses : mes propriétaires d\u2019origine chinoise, qui, avec la complicité (?) de la commission scolaire anglophone, ont pu sortir leurs garçons de l\u2019école française ; ces 20% d\u2019immigrants qui ne veulent pas apprendre la seule langue officielle du Québec.Et que dire de ces grandes maisons commerciales qui ne veulent ni franciser leur nom ni le faire suivre d\u2019un explicatif en français?Ces Québécoises et Québécois « de territoire » sont encouragés dans leur « apartheid social » par la Chambre de commerce de Montréal qui invite à être « moins pointilleux sur la connaissance du français et plus exigeant sur celle de l\u2019anglais » (Le Devoir, 2 février).Ces gens suivent le premier ministre Couillard dans sa hantise de ne pas gêner l\u2019homme d\u2019affaires étasunien venu voir ses intérêts à l\u2019œuvre dans une usine.Dans ces deux derniers cas, «money talks».La première tâche du PM ne demeure-t- elle pas toujours la défense et la promotion du « pays » du Québec et de ses caractéristiques fondamentales?Il faut bien reconnaître, cependant, qu\u2019une certaine apathie (sinon une apathie certaine) de la population majoritaire à l\u2019endroit de la langue commune n\u2019aide vraiment pas les nouveaux venus à faire les efforts nécessaires pour faire partie du « nous ».Sans oublier que 85 % des nouveaux venus s\u2019implantent dans la région de Montréal, que les francophones montréalais ne dépassent plus tellement le 50 % et que, sur l\u2019île, réside la plus grande partie de la puissante et influente minorité anglophone.Sans oublier, peut-être surtout, que Montréal est dirigée par un maire très « mondialisé » aspirant à créer une cité-État «dé-québécisée ».N \u2019y a-t-il pas lieu d \u2019entretenir quelques craintes?Une chance que les Laferrière, Gurik, Verboczy et les autres veillent au grain.Merci ! Multiculturel et non multiculturaliste F R A N Ç O I S - X A V I E R D E L O R M E Enseignant au secondaire à Montréal l\u2019automne 2014, le ministre de l\u2019Éducation d\u2019alors, Yves Bolduc, annonçait le remaniement du programme d\u2019histoire du Québec enseigné dans les écoles secondaires de la province.Les doléances soulevées autant par les élèves que par les enseignants avaient été (enfin) entendues.Exit une matière scindée en un axe chronologique en 3e secondaire et, d\u2019autre part, une approche thématique en 4e secondaire.La forme de ce programme comportait son lot de nuisances qui furent dénombrées abondamment, ne laissant pas de doute quant à son inadéquation avec un public chez qui on veut éveiller une curiosité minimale pour l\u2019histoire nationale.Il est maintenant acquis que le nouveau programme, présentement à l\u2019étape de projet pilote dans quelques écoles du Québec, replacera l\u2019histoire sur un plan chronologique, ayant 1840 comme point de bascule entre les 3e et 4e années du secondaire.Bonne nouvelle pour la forme.Mais qu\u2019en est-il du contenu?Si la forme antérieure, celle de l\u2019approche par thèmes, avait surtout le mérite de saper tout intérêt des élèves envers leur histoire, les contenus n\u2019amélioraient en rien la chose.Ceci s\u2019explique par une tendance lourde qui s\u2019est immiscée dans l\u2019enseignement de la discipline d\u2019Hérodote : l\u2019histoire n\u2019est plus une histoire, mais un fait sociologique.La deuxième compétence du programme ministériel en fait foi lorsqu\u2019elle vise « à interpréter une réalité sociale ».C\u2019est l\u2019école des Annales, fondée dans le premier tiers du XXe siècle, qui voulait rompre, à juste titre, avec l\u2019approche classique, celle qui ne traitait que des « grands hommes » et des événements politiques ou militaires.Il serait déplorable de vouloir revenir à cette conception naïve du passé.Là n\u2019est pas mon propos.Raconter une histoire Dernièrement, quelques ouvrages d\u2019histoire ainsi qu\u2019une série télé ont remis au centre de leur propos le rôle de certains individus dont la vie mérite attention.Il s\u2019agit de Ils ont couru l\u2019Amérique de Serge Bouchard et Marie-Chris- tine Lévesque, ainsi que le Rêve de Champlain diffusé par Télé-Québec.Ces deux œuvres ont le mérite d\u2019être rythmées, captivantes, tout en étant bien documentées et rigoureuses sur le plan du contenu.Leur succès auprès du grand public en fait foi, mais c\u2019est surtout de la part de mes élèves que j\u2019ai pu constater un intérêt sensible.Capter l\u2019intérêt d\u2019adolescents n\u2019est pas une mince affaire et c\u2019est pour cette raison que j\u2019écris ce texte.Les élèves du secondaire n\u2019ont pas comme préoccupation première de décortiquer scientifiquement la matière en se souciant des données quantifiables de l\u2019histoire économique et sociale.Ces élèves veulent d\u2019abord qu\u2019on leur raconte une histoire.Non pas une fable, non pas une légende, mais leur histoire devenue vivante grâce aux vertus du récit.Cette histoire ne vise pas à évacuer tout le contenu économique et social, au contraire, il doit impérativement être évoqué, expliqué et analysé afin que le récit puisse s\u2019inscrire dans la vérité du passé.Autrement dit, nous devons préserver les acquis de l\u2019histoire économique et sociale, mais revenir à l\u2019histoire- récit, celle qui captive, celle qui fait naître un imaginaire véritable dans l\u2019esprit de nos élèves.Tous les événements dignes de ce nom, que ce soit la fondation de Québec, la conquête de 1760, les rébellions, la confédération de 1867 et j\u2019en passe, doivent être remis de l\u2019avant sur les plans économique et social, mais aussi à travers leurs acteurs principaux, bons ou mauvais, qui ont laissé leur empreinte sur notre passé.Bref, une réconciliation entre l\u2019histoire-récit et l\u2019histoire scientifique est fortement souhaitable.La dichotomie entre ces deux approches n\u2019a pas bien servi l\u2019enseignement de l\u2019histoire au secondaire.Il faut opérer un réajustement mitoyen qui saurait combiner les deux approches et redonner à l\u2019enseignement de l\u2019histoire une plus value captivante qui lui fait défaut depuis trop longtemps.Enseignement de l\u2019histoire : à quand le récit ?Extrait: «C\u2019est tout de même un drôle de rituel.Chaque année, à l\u2019approche du Super Bowl, l\u2019homo consumerans américain attend avec impatience les publicités qui seront diffusées lors du match.[.] À quoi tient un tel amusement?Selon le philosophe et sociologue Jean Baudrillard (1929-2007), l\u2019intérêt que suscite cette messe publicitaire relèverait plus exactement de notre fascination pour l\u2019habileté avec laquelle les publicitaires transforment leurs produits en « fétiches » et, ce faisant, nous les présentent sous forme des signes culturels qui connotent implicitement un ensemble de significations sociales abstraites.» P I E R R E - A N D R É J U L I E N Économiste otre gouvernement ne s\u2019étonne pas de la vente de Rona à Lowe\u2019s et essaie de nous faire croire que tout cela s\u2019inscrit simplement dans la logique purement rationnelle de l\u2019ouverture des marchés et que cela ne changera rien aux emplois et aux liens entre l\u2019entreprise et les fournisseurs québécois.Comme si l\u2019économie n\u2019était qu\u2019affaire de gros sous et que, par exemple, les liens de confiance et les habitudes entre acheteurs et fournisseurs américains de Lowe\u2019s, profitant des économies d\u2019échelle intéressantes du grand marché américain, n\u2019auraient rien à y faire dans ces fusions.Si c\u2019était le cas, il faudrait expliquer pourquoi l\u2019entreprise achète Rona si rien ne change après la transaction.D\u2019ailleurs, en raisonnant ainsi, il faudrait aussi expliquer pourquoi à peu près toutes les multinationales américaines sont dirigées par des Américains ; alors que la simple logique devrait faire en sorte que plusieurs d\u2019entre elles auraient dû relever depuis longtemps des meilleurs dirigeants provenant de n\u2019importe quelle filiale dans le monde.Puisque, statistiquement parlant, il n\u2019y a aucune raison que ces dirigeants américains soient toujours les meilleurs.Par exemple, dans la protection des emplois et des sièges sociaux, on avait dit la même chose au moment de la vente de Provigo à Loblaw.Dans ce cas, les belles promesses de maintenir les liens avec les fournisseurs québécois, même écrites dans ce cas, si je ne me trompe pas, n\u2019ont même pas tenu deux ans.Et trop de supposés sièges sociaux, comme on l\u2019a vu avec la Banque de Montréal, sont devenus des coquilles plus ou moins vides ou se sont rapidement limités à une gestion régionale.Dollar et pétrole Dans le cas de Rona, la vente, pour les trois quarts de l\u2019augmentation du prix de l\u2019action, s\u2019explique par la dépréciation de dollar canadien.Cette dépréciation permettra aux fournisseurs québécois de conserver leurs ventes, jusqu\u2019au moment où la crise du pétrole prendra fin et que le cycle des prix des matières premières remontera.Ainsi, Duchesne et fils, de Yamachiche, qui expliquait à la télévision qu\u2019il voyait cela d\u2019un très bon œil, déchantera dans quatre ou cinq ans quand leurs prix et la proximité de magasins seront aux prises avec la distribution du bois d\u2019œuvre des grandes scieries de la Colombie-Britannique et, rapidement, des États-Unis, qui apporteront en même temps vis et clous avec marteaux et égoïnes chinoises ou indiennes.Puisque les grands acheteurs seront évidemment américains et qu\u2019ils protégeront leurs contacts et leurs logiques d\u2019achats.En fait, toute cette façon de simplifier les problèmes du gouvernement Couillard relève de leur esprit de colonisé qui pense qu\u2019être de plus en plus dépendant des Américains nous permettra d\u2019atteindre leur niveau de productivité et leur niveau de vie ; la question du pouvoir et de contrôle n\u2019ayant rien à faire en économie.À quand la prochaine vente, SNC-Lavalin toujours sous surveillance, Bombardier en difficulté et même Québecor s\u2019il ne tient qu\u2019à lui ?Ce qui explique son désir de compter continuellement sur les investissements étrangers pour stimuler notre économie et créer des emplois, comme le premier ministre l\u2019a encore rappelé durant son dernier voyage à Davos.Le pouvoir des PME Pourtant, les chiffres sont là.D\u2019abord, plus de 70% des nouveaux emplois proviennent des PME.Ensuite, ces emplois coûtent en investissements moins de 200 000$, contre plus de 1 million de dollars par emploi dans les grandes entreprises, sans compter le coût de subventions indirectes comme la vente de l\u2019électricité en bas du prix coûtant.Et les retombées indirectes de ces grandes entreprises sont le plus souvent minimes puisque la plupart d\u2019entre elles relèvent du secteur des ressources naturelles (pour soutenir le Plan Nord), qui offre très peu de sous-traitance.De plus, il est démontré qu\u2019alors que les multinationales déménagent après quelques décennies, ayant tiré tous les bénéfices durant ce temps, les PME, une fois passé les dix premières années, demeurent des décennies dans le même environnement.À noter que, s\u2019il semble intéressant pour un politicien de couper le ruban inaugurant une nouvelle entreprise étrangère de 300 ou 400 nouveaux employés qui vient s\u2019établir chez nous, il existe plus d\u2019une centaine de PME québécoises qui ont 150, 300 et même 800 employés, comme on le voit par exemple en Beauce ou dans le Centre-du-Québec.Mais encore une fois, quand on est colonisé, on reste colonisé ! RONA Rester colonisé À N Écrivez-nous ! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Étant donné l\u2019abondance de courrier, nous vous demandons de limiter votre contribution à 6500 caractères (y compris les espaces), ou 1000 mots.Inutile de nous téléphoner pour assurer le suivi de votre envoi : si le texte est retenu, nous communiquerons avec son auteur.Nous vous encourageons à utiliser le courriel (redaction@lede- voir.com), mais dans tous les cas, n\u2019oubliez pas d\u2019indiquer vos coordonnées complètes, y compris votre numéro de téléphone.FRANCOIS PESANT LE DEVOIR S\u2019il est très vrai que la société d\u2019accueil se doit de s\u2019ouvrir toujours plus et mieux, elle n\u2019a pas à « cacher ses statues », expression d\u2019actualité, métaphore de ses valeurs, de ses us et coutumes.L « AGENCE FRANCE-PRESSE Lire aussi \u203a Le texte « Jean Baudrillard et la messe publicitaire du Super Bowl » de Martin Desrosiers, professeur de philosophie au Collège Jean-de-Brébeuf, sur l\u2019application tablette et le site Web du Devoir. Des millions d\u2019emplois disparaîtront dans le monde d\u2019ici 20 ans, tandis que d\u2019autres \u2013 encore inconnus \u2013 seront créés.Comment faire pour que ces nouveaux emplois soient de qualité?M A R T I N L A S A L L E La plupar t des métiers les plus prisés au- jourd\u2019hui n'existaient pas il y a 10 ans.Plus encore, les emplois qu\u2019occuperont les élèves des écoles primaires n\u2019ont pas encore été inventés, du moins pour les deux tiers d\u2019entre eux! Et, d\u2019ici 20 ans, des millions de postes en Amérique du Nord pourraient disparaître à la faveur de l\u2019automatisation découlant des avancées en intelligence artificielle et du couplage des données massives (big data), d\u2019après un rapport publié au dernier Forum économique mondial de Davos.Ces mutations attribuables à la quatrième révolution industrielle ne sont pas catastrophiques, selon le professeur Gregor Murray, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la mondialisation et le travail de l\u2019École de relations industrielles de l\u2019Université de Montréal.«Elles annoncent des transformations profondes de l\u2019économie et nous devons les étudier pour déceler leurs orientations et définir les occasions qu\u2019elles recèlent», dit-il.C\u2019est ce à quoi s\u2019af faire le Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail (CRIMT), que dirige M.Murray et qui regroupe près de 300 chercheurs et étudiants diplômés rattachés à une quarantaine d\u2019universités canadiennes et étrangères.Des technologies perturbatrices Le numérique perturbe le monde du travail depuis quelques années et l\u2019automatisation qui en résulte tend à faire reculer le modèle salarial dans plusieurs secteurs de l\u2019économie.La multinationale Amazon en est un parfait exemple.«En Inde, des milliers de gens possédant un ordinateur sont à l\u2019affût de chaque mi- crotâche qu\u2019Amazon offre aux enchères, sur sa plateforme virtuelle», explique Nicolas Roby, coordonnateur scientifique au CRIMT.Ce sont des tâches que l\u2019ordinateur ne peut encore effectuer de lui-même, comme choisir la meilleure photo pour vendre un article en ligne.Le travail doit être accompli rapidement, pour une rémunération de 2 à 10 cents l\u2019unité.«C\u2019est l\u2019illustration extrême de l\u2019atomisation du travail, où les individus peuvent dif ficile- ment se regrouper pour exiger de meilleures conditions de travail», mentionne M.Roby.«Les plateformes comme celles d\u2019Amazon, d\u2019Uber ou d\u2019Airbnb ne sont pas neutres, avertit Gregor Murray.Ce sont des intermédiaires qui tirent profit de la prestation de service des travailleurs, sans assumer les responsabilités d\u2019employeur.» À cet égard, la ville d\u2019Edmonton pourrait avoir instauré un premier jalon vers une gestion plus sociale de ce type de technologie, en adoptant \u2013 fin janvier 2016 \u2013 un règlement qui encadre le service de transport Uber.Reconfiguration et précarisation du travail La troisième révolution industrielle, qui combinait l\u2019électronique et la robotique, a entraîné une réorganisation mondiale du réseau de production.La fragilisation des conditions de travail actuelles en est une conséquence directe, selon Patrice Jalette, professeur à l\u2019École de relations industrielles de l\u2019UdeM et chercheur au CRIMT.«Depuis quelques décennies, les entreprises de tous les secteurs se distancient de la gestion du travail pour réduire leurs coûts : elles ont graduellement remplacé les contrats de travail par des contrats commerciaux qui engendrent le recours à la sous-traitance, aux agences de travail temporaire et au travail autonome», souligne-t-il.De sorte qu\u2019aujourd\u2019hui les travailleurs autonomes forment environ 13 % de la main-d\u2019œuvre québécoise; et les salariés atypiques (temps partiel, occasionnels ou sur appel), environ 24 %.«Ces chiffres n\u2019indiquent que la portion mesurable de ceux dont le travail est précaire : les travailleurs à bas salaires, parfois sans garantie d\u2019heures de travail, et ceux des petites entreprises sous-traitantes sont aussi victimes de l\u2019instabilité de l\u2019emploi et de piètres conditions de travail», déplore la professeure Guylaine Vallée, également de l\u2019École de relations industrielles de l\u2019UdeM et associée au CRIMT.Pour des régions viables et enviables Si les traités de libre-échange ont contribué à la reconfiguration du travail, la compétition pour attirer de nouveaux investisseurs ne se déroule plus seulement entre les États, mais aussi entre les régions d\u2019un même pays.«Parce qu\u2019il leur incombe désormais d\u2019attirer des investissements étrangers directs, les régions doivent créer des partenariats qui unissent les acteurs économiques et sociaux afin de développer un savoir-faire et d\u2019offrir de bonnes conditions aux travailleurs», soutient Gregor Murray.C\u2019est aussi en s\u2019assurant la participation des établissements d'enseignement, des syndicats et des patrons que les régions pourront instaurer une paix sociale et ainsi mieux répondre aux besoins immédiats et à long terme des entreprises, pour pérenniser le développement économique.«En somme, nous avons besoin de recentrer le discours sur la notion de meilleur travail comme véhicule de développement économique et d'inclusion sociale à l'échelle planétaire», conclut Gregor Murray.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 6 E T D I M A N C H E 7 F É V R I E R 2 0 1 6 ENJEUX DE SOCIETE B 6 MONDE DU TRAVAIL La quatrième révolution industrielle sous la loupe des chercheurs THINKSTOCK Les politiques du travail ne protègent plus adéquatement les travailleurs, plus particulièrement les travailleurs autonomes et les salariés atypiques, qui forment environ 37 % de la main-d\u2019œuvre québécoise.Une fois par mois, Le Devoir, en collaboration avec Forum, la fenêtre de la recherche à l\u2019Université de Montréal, s\u2019appuie sur les travaux de chercheurs pour analyser les enjeux de notre société.Au Danemark, un travailleur licencié bénéficie généralement d\u2019une prestation d\u2019assu- rance-emploi pouvant couvrir jusqu\u2019à 90 % de son salaire sur une période qui peut aller jusqu\u2019à deux ans.«Cette protection jumelée à la flexibilité du marché du travail et à des politiques actives de l\u2019emploi constituent les piliers de la flexisécu- rité, un concept adapté au monde du travail du 21e siècle qui a fait ses preuves», indique le professeur Patrice Jalette, qui collabore avec des chercheurs danois.Qu\u2019en est-il au Québec et au Canada?«Nos politiques du travail ne protègent plus adéquatement les travailleurs, estime Gregor Murray, directeur du CRIMT.Le politique n\u2019arrive pas à désigner les mécanismes qui assureront à la fois l\u2019efficience organisationnelle et le bien-être des salariés.» Reconnaître le droit au repos D\u2019après Guylaine Vallée, la notion de salarié doit être élargie dans les lois du travail, en incluant notamment une présomption de salariat qui obligerait les entreprises à assumer leurs responsabilités à l\u2019endroit des travailleurs atypiques.«Il faut aussi interdire les disparités de traitement fondées sur le statut d\u2019emploi : à cause d\u2019elles, des travailleurs occasionnels ou à temps partiel sont moins payés pour effectuer des tâches identiques et ils ont moins d\u2019avantages sociaux», ajoute la professeure de l\u2019UdeM.De plus, il faut supprimer l\u2019obligation de disponibilité, qui tend à devenir la norme, tant pour les travailleurs atypiques que pour les autres.«Cette obligation a perméabilisé la frontière entre le temps de travail et le temps de repos, et créé une zone grise où l\u2019on est en attente de travail sans être payé et où l\u2019on ne peut vaquer à d\u2019autres occupations», soutient Guy- laine Vallée.Selon elle, il est devenu nécessaire de reconnaître le droit au repos pour éviter les conséquences de l\u2019obligation de disponibilité sur la vie privée et la santé des travailleurs.Pour un devoir de vigilance des entreprises Issu des Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l\u2019homme adoptés en 2011 par le Conseil des droits de l\u2019homme de l\u2019ONU, le devoir de vigilance raisonnable vise les filiales d\u2019une société mère et les entités avec lesquelles elle est liée par une entente commerciale.«Le devoir de vigilance des entreprises s\u2019accompagne de la mise en œuvre d\u2019un plan pour cibler et minimiser les risques d\u2019atteinte aux droits de l\u2019homme que les travailleurs pourraient courir», explique Renée- Claude Drouin, professeure à la Faculté de droit de l\u2019Université de Montréal et af filiée au CRIMT.Pour l\u2019heure, le devoir de vigilance raisonnable repose sur un engagement volontaire et le concept reste flou.«Mais cer tains États, dont la France, ont amorcé une discussion pour rendre ce principe contraignant», mentionne Mme Drouin.Pour que ce principe s\u2019étende à grande échelle, il faudra une volonté politique internationale et la mobilisation des acteurs socioéco- nomiques, amenées par une prise de conscience des conditions souvent lamentables qui touchent des millions de travailleurs dans le monde.Comment, en effet, rester indifférent devant l\u2019effondrement du Rana Plaza au Bangladesh a tué plus de 1000 travailleurs et en a blessé 2500 en avril 2013?À la suite de cette tragédie, une centaine de fabricants américains de vêtements se sont engagés à faire inspecter leurs ateliers de confection.Presque trois ans après, les choses commencent à bouger.Bon nombre de problèmes demeurent, mais les inspections se multiplient, entre autres grâce à l\u2019Accord on Fire and Building Safety, signé en 2013, et au programme Better Work, de l\u2019Organisation internationale du travail.Martin LaSalle Vers un nouveau contrat social en matière de droit du travail?Sur l\u2019autoroute reliant Montréal à Toronto, les camions qui transportent des marchandises sont rois.Mais il en est autrement pour ceux qui les conduisent.En cette ère de production «juste à temps» et du commerce en ligne, le temps de livraison est minuté et le salaire est fonction du nombre de kilomètres estimé entre le point de chargement et celui de livraison.Dans la cabine, ils sont parfois jusqu\u2019à trois conducteurs \u2013 souvent des immigrés \u2013 à se relayer.Car, pour rentabiliser un camion loué, il faut rouler sans s\u2019arrêter.Et c\u2019est ce qu\u2019ils font : ils iraient même jusqu\u2019à percer un trou dans le plancher pour pouvoir se soulager tout en poursuivant leur chemin\u2026 Vraie ou pas, cette anecdote a été rapportée trois fois à la professeure Urwana Coiquaud et à Marjorie Banville, de HEC Montréal, qui ont réalisé une recherche sur le transport routier interprovincial canadien.Ensemble, elles ont mené une quarantaine d\u2019entrevues de fond avec des employeurs de l\u2019industrie, des délégués syndicaux et des camionneurs, en plus d\u2019éplucher les lois qui régissent ce secteur névralgique pour l\u2019économie du pays.Et le tableau qu\u2019elles en ont brossé est peu reluisant.Dégradation des conditions de travail depuis 1987 L\u2019époque où les conducteurs de camions de marchandises jouissaient de conventions collectives généreuses est révolue.En fait, les conditions de travail se sont tellement dégradées que le Conference Board du Canada entrevoit une pénurie de 25 000 à 30 000 camionneurs d\u2019ici cinq ans.Comment en est-on arrivé là?«Depuis que le fédéral a déréglementé ce secteur, en 1987, tout titulaire d\u2019un permis pour conduire un camion peut devenir transporteur, de sorte que la compétition est féroce», relate la professeure de droit de HEC Montréal.Pour l\u2019affronter, les transporteurs font appel à des camionneurs exploitants (propriétaires de leur camion), à des chauffeurs embauchés par des agences ou encore à des chauffeurs entrepreneurs qui ne possèdent pas nécessairement de camion.Ces transporteurs ont recours à une plate- forme de courtage où la majorité des voyages disponibles sur le marché se négocient.Certains l\u2019utilisent pour optimiser un voyage de retour qui se ferait à vide, d\u2019autres pour spéculer sur les voyages et les revendre au rabais.Cette plateforme, conjuguée aux diverses catégories de camionneurs, a entraîné une dépréciation des conditions de travail des routiers.Entre autres, ils font régulièrement des semaines de 70 heures, voire plus.Payés au kilométrage, ils sont nombreux à falsifier le carnet de route (log book) malgré les règles qui établissent le nombre d\u2019heures de conduite à ne pas dépasser.«Cela leur permet d\u2019obtenir un salaire décent puisqu\u2019ils n\u2019ont que peu ou pas de compensation pour le temps perdu lorsqu\u2019ils empruntent des voies de détournement ou qu\u2019ils attendent un chargement : ce mode de rémunération désuet a des ef fets néfastes considérables», affirme Mme Coiquaud.Pour une réflexion sectorielle La loi et les règlements relatifs au transport routier interprovincial relèvent principalement du ministère canadien des Transports, dont le mandat est d\u2019assurer la sécurité publique.Or, selon Urwana Coiquaud, ils devraient s\u2019harmoniser avec une réglementation protectrice du ministère du Travail.De plus, les transpor teurs gagneraient à amorcer une réflexion sectorielle afin d\u2019assainir la concurrence.Car la pénurie de camionneurs qui se dessine relève d\u2019un paradoxe.«L\u2019industrie du transport est porteuse de la nouvelle économie issue des technologies de l\u2019information et de la communication, mais les conducteurs ne bénéficient plus de conditions de travail décentes pour susciter des vocations : ils sont au bout de la chaîne et n\u2019en recueillent pas les fruits», conclut Mme Coiquaud.Martin LaSalle Des conditions de travail extrêmes dans l\u2019industrie du transport routier "]
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