Le devoir, 28 janvier 2016, Cahier A
[" V O L .C V I I N o 1 6 L E D E V O I R , L E J E U D I 2 8 J A N V I E R 2 0 1 6 1 , 3 0 | S + T A X E S = 1 , 5 0 | S AUJOURD\u2019HUI Actualités \u203a Grève de 2015.La Cour devra refaire le débat sur le « droit de grève » des étudiants.Page A 2 Culture \u203a Anonymous, qui es-tu?Gabriella Coleman dresse le portrait des pirates masqués.Page B 10 Avis légaux.A 6 Décès.B 6 Météo.B 4 Mots croisés.B 4 Petites annonces .B 6 Sudoku.B 5 ?w w w .l e d e v o i r .c o m Commissions scolaires À la recherche d\u2019un ministre qui prend l\u2019éducation à cœur Page A 2 Le ministre Daoust ira courtiser l\u2019Alberta à l\u2019invitation de TransCanada Page A 3 HECTOR RETAMAL AGENCE FRANCE-PRESSE Des écoliers de Port-au-Prince passent devant les af fiches du candidat à la présidence du Parti haïtien Tèt Kale (PHTK), Jovenel Moïse.G U I L L A U M E B O U R G A U L T - C Ô T É à Port-au-Prince L es critiques abondent à Port-au-Prince pour dénoncer les pressions que la communauté internationale aurait mises pour que se tiennent à tout prix les élections avortées du 24 janvier.Et c\u2019est là une crise politique qui touche aussi le Canada : Ottawa a en ef fet investi 20 millions dans l\u2019organisation de ces élections, a appris Le Devoir.Selon les informations transmises par le cabinet du ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, le Canada a «versé près de 11 millions pour la tenue des élections en Haïti, au moyen du Programme des Nations unies pour le développement ».À cette somme s\u2019ajoutent «9 millions pour l\u2019observation électorale», versés à l\u2019Institut national démocratique, qui soutient des organisations de la société civile haïtienne.HAÏTI Le Canada défend son rôle dans le fiasco électoral J E S S I C A N A D E A U L es établissements de santé de l\u2019est de Montréal se trouvent dans une situation financière « alarmante » et doivent trouver 7,4 millions d\u2019ici la fin du mois de mars pour boucler leur budget.La direction impose un gel des dépenses à tous les cadres et les implore de mettre en œuvre leurs « talents créatifs » pour éponger le déficit.« Je fais appel à votre rigueur, à vos talents créatifs de gestionnaire et à votre sens des responsabilités afin de prendre toutes les décisions qui s\u2019imposent, écrit le p.-d.g.du Centre intégré universitaire de santé et de ser vices sociaux (CIUSSS) de l\u2019Est-de-l\u2019Île-de-Montréal, Yvan Gendron, dans une note de service envoyée à tous les gestionnaires et les chefs de département le 11 janvier dernier.Les dépenses touchant le fond d\u2019exploitation doivent être limitées à l\u2019essentiel, sans atteinte aux soins et services rendus.» Ce dernier affirme que la situation financière du CIUSSS de l\u2019Est-de-l\u2019Île-de-Montréal, qui regroupe notamment les hôpitaux Maisonneuve- Rosemont et Santa Cabrini, était de «de plus en plus préoccupante » depuis novembre.Des efforts ont été déployés ces derniers mois, résume le p.-d.g., mais le « déficit opérationnel » est néanmoins passé de 8,4 à 10,4 millions.Un appel aux « talents créatifs » pour trouver 7,4 millions La situation financière des établissements de santé de l\u2019est de Montréal est « de plus en plus préoccupante » Il y aurait trop d\u2019images, disent certains.Trop d\u2019égoportraits, d\u2019insignifiance à la seconde sur les écrans.L\u2019image pousserait « le citoyen à être absent \u2014 plutôt que présent \u2014 du tissu social ».Alors que pour le critique d\u2019art et collègue au Devoir Nicolas Mavrikakis, c\u2019est surtout notre peur de l\u2019image qui est intéressante, et qu\u2019il pense dans son premier livre La peur de l\u2019image.Arrêt, forcément, sur image.LIVRE Faire image C A T H E R I N E L A L O N D E «M on hypothèse, c\u2019est que le moment for t de l\u2019image est déjà passé, résume Nicolas Mavrikakis en entrevue aux bureaux du Devoir.C\u2019était au XIXe siècle, jusqu\u2019à la Deuxième Guerre mondiale.Maintenant, on nous met en garde contre la moindre image, on se demande si elle est vraie, si elle n\u2019a pas été truquée.» On la craint, quoi.Mais le critique, qui s\u2019est frotté à l\u2019histoire de l\u2019ar t, sait que cette peur de l\u2019image, la crainte de sa non-fiabilité, de sa non-vé- racité, n\u2019est pas contemporaine.Elle remonte pratiquement aux racines de la pensée occidentale \u2014 et voilà Platon convoqué, pour démontrer que c\u2019est plutôt la peur de la perte du réel qui se transmet depuis, se renouvelant et resurgissant des cendres de l\u2019appréhension à chaque époque.«C\u2019est le rapport aux technologies qui a fait germer la réflexion, indique le nouvel auteur.On entend que chaque nouvelle technologie vient changer le monde, alors qu\u2019en fait, des nouvelles technologies qui apparaissent, celles qui vont survivre sont celles qui vont être instrumentalisées par un système économique et un système de pouvoir.» MARCO UGARTE ASSOCIATED PRESS VOIR PAGE A 10 : HAÏTI VOIR PAGE A 10 : SANTÉ VOIR PAGE A 10 : IMAGE M A R I E - M I C H È L E S I O U I L a Cour d\u2019appel a évité de trancher le débat le plus épineux du Printemps érable en rendant mercredi un premier jugement sur le « droit » de grève des étudiants\u2026 sans pour autant se prononcer sur celui-ci.Le cœur du litige opposant carrés rouges et carrés verts depuis la grève étudiante de 2012 reste donc à être débattu, vraisemblablement lorsqu\u2019un nouveau conflit ap- por tera de nouvelles demandes d\u2019injonctions devant les tribunaux.Dans une décision concernant la grève de 2015, les juges Marie-France Bich, Ma- rie-St-Pierre et Jean-François Émond ont conclu que les étudiants n\u2019avaient ni le droit clair de faire la grève ni le droit clair d\u2019exiger l\u2019accès à leurs cours.Les magistrats ont néanmoins souligné que la question mérite d\u2019être examinée sérieusement.La Cour d\u2019appel s\u2019est penchée sur le droit de grève après que l\u2019association qui représente les étudiants en sciences humaines de l\u2019Université de Sherbrooke, l\u2019AGE- FLESH, eut contesté deux décisions rendues par le juge Gaétan Dumas, de la Cour supérieure, au printemps 2015.L\u2019une d\u2019elles confirmait, par le truchement d\u2019une injonction interlocutoire, l\u2019interdiction d\u2019obstr uer des sal les de classe.Mercredi, la Cour d\u2019appel a cassé cette décision.Dans son jugement, le plus haut tribunal de la province a notamment souligné que le juge Dumas a prononcé l\u2019injonction interlocutoire au lendemain d\u2019un vote qui a mis fin à la grève.« Il n\u2019y avait pas lieu de prononcer ici l\u2019ordonnance d\u2019injonction interlocutoire, celle-ci visant à résoudre une situation qui avait déjà cessé, dont la répétition ou la résurgence ne s\u2019annonçait pas, et qui, dans les circonstances, ne pouvait causer de préjudices aux intimés», a écrit la juge Bich.«Clair et éclatant» Plusieurs injonctions ont été prononcées depuis le conflit étudiant de 2012, mais elles étaient toutes provisoires.Seul le dossier de l\u2019AGEFLESH s\u2019est rendu au stade de l\u2019injonction interlocutoire, après que le juge Dumas eut estimé que «le droit des requérants [d\u2019avoir accès à leurs cours] est non seulement clair, il est éclatant».Or, en cassant la décision du juge de première instance, la Cour d\u2019appel est venue rectifier : le droit à la grève des étudiants et le droit à l\u2019accès aux salles de classe constituent «une question sérieuse, qui mérite d\u2019être débattue sur le fond et qui, pourtant, ne l\u2019a jamais été et n\u2019a jamais donné lieu à un jugement final ayant une portée déclaratoire et de principe».En prononçant une injonction interlocutoire basée sur le droit \u2014 « clair » et « éclatant » selon lui \u2014 d\u2019avoir accès aux salles de classe, le juge Dumas a erré, a conclu la Cour d\u2019appel.« Parce qu\u2019il estimait que le droit était clair et éclatant, le juge n\u2019analysait pas les autres critères, comme la démonstration d\u2019un préjudice irréparable et la prépondérance des inconvénients », a expliqué l\u2019avocat Félix-Antoine Dumais Mi- chaud, qui a représenté l\u2019AGE- FLESH dans le dossier, avec son collègue Giuseppe Scior- tino.« Si jamais ça recommence [les demandes d\u2019injonctions pendant une grève étudiante], les juges devront considérer tous les critères.» Injonction permanente L\u2019injonction interlocutoire du juge Dumas était valide jusqu\u2019à ce qu\u2019un jugement final sur le droit des étudiants d\u2019avoir accès à leurs cours soit prononcé.Elle allait donc vraisemblablement permettre aux étudiants opposés à la grève de demander une injonction permanente, afin que tous les étudiants aient désormais le droit d\u2019avoir accès à leurs salles de classe pendant une grève étudiante.En regard du jugement de la Cour d\u2019appel, cependant, « il nous apparaît peu probable que les intimés veuillent poursuivre les procédures judiciaires », s\u2019est réjouie Alexandra Tourigny Fleury, porte-parole de l\u2019AGEFLESH.« Dans l\u2019état actuel de la situation et avec le passage du temps, le recours en injonction permanente paraît peu prometteur », a-t-elle affirmé.Selon l\u2019avocat Hugo Cham- poux, qui a représenté les étudiants opposés à la grève en première instance, le jugement de la Cour d\u2019appel ne met pas nécessairement fin aux procédures intentées par les « carrés ver ts ».« Il n\u2019y a rien qui empêche qu\u2019on aille chercher une injonction permanente ou un jugement de nature déclaratoire qui aurait à tout le moins le mérite de statuer sur la question », a-t-il déclaré.« Ce serait d\u2019ailleurs souhaitable, afin d\u2019éviter des dérapages.Ce serait à l\u2019avantage de tous les intervenants.» Le Devoir L E D E V O I R , L E J E U D I 2 8 J A N V I E R 2 0 1 6 A C T U A L I T É S A 2 La Cour devra refaire le débat sur le droit de grève des étudiants JACQUES NADEAU LE DEVOIR Plusieurs étudiants avaient obtenu des injonctions visant à leur permettre d\u2019assister à leurs cours malgré la grève lors du printemps 2012, puis de nouveau lors des grèves de 2015.Ci-dessus, une manifestation au cégep du Vieux-Montréal, en mai 2015.[C\u2019est] une question sérieuse, qui mérite d\u2019être débattue sur le fond et qui, pourtant, ne l\u2019a jamais été et n\u2019a jamais donné lieu à un jugement final ayant une portée déclaratoire et de principe Extrait du jugement de la Cour d\u2019appel « » P H I L I P P E O R F A L I A près des mois de relations extrêmement dif ficiles avec le ministre de l\u2019Éducation François Blais, la présidente de la Fédération des commissions scolaires, Josée Bou- chard, rêve d\u2019un «ministre qui prend l\u2019éducation à cœur», plutôt que de « travailler à sa réélection avec un projet de loi populiste », à quelques heures d\u2019un remaniement ministériel à Québec.En rencontre éditoriale au Devoir, mercredi, la porte-parole des élus scolaires du Québec se fait d\u2019abord prudente, disant « croire à la démocratie, respecter les choix du premier ministre et travailler avec ceux qu\u2019il désigne à l\u2019éducation ».« On sait que ça a été dif ficile avec M.Blais pour moi, et pas juste pour moi », reconnaît-elle toutefois rapidement.L\u2019élue scolaire en chef tire à boulets rouges sur le projet de loi 86, qui doit sonner le glas des élections scolaires.« Ce n\u2019est pas vrai qu\u2019on travaille pour l\u2019élève et l\u2019amélioration de la politique scolaire avec ce projet.[\u2026] Le ministre Blais travaille pour sa réélection, pour aller chercher l\u2019électorat de la Coalition avenir Québec.Il crée des mirages en faisant croire aux parents et aux directeurs d\u2019établissement», qui jouiront de responsabilités accrues, «que l\u2019amélioration des services va passer par eux.Il n\u2019en est rien.» «On a été trompés par les libéraux», martèle-t-elle, rappelant que Philippe Couillard avait laissé entendre que les commissions scolaires seraient épargnées, si les libéraux étaient élus.Silence radio Pendant des mois, François Blais a refusé les demandes de rencontres avec la présidente de la Fédération des commissions scolaires, alors qu\u2019il travaillait pourtant sur une importante réforme de ces institutions.Ce projet de loi doit revoir de fond en comble la gouvernance du réseau primaire et secondaire québécois, notamment en abolissant les élections au suffrage universel des commissaires scolaires, sauf en de rares exceptions.« François Blais m\u2019a dit une chose extrêmement importante : \u201cMoi, je ne vous en parlerai plus de la démocratie scolaire.N\u2019essayez pas d\u2019obtenir une rencontre.Je ne parlerai pas avec vous.\u201d C\u2019était sans équivoque», affirme Mme Bouchard.Le ministre a bien participé au dernier congrès de la Fédération, au printemps dernier.Mais depuis, plus rien\u2026 jusqu\u2019à la semaine dernière.Josée Bouchard ne manque pas de rappeler que Philippe Couillard souhaite, jeudi, revoir à la hausse la participation des femmes au conseil des ministres en s\u2019inspirant du premier ministre Justin Trudeau, pour qui la parité homme-femme est essentielle au sein du conseil des ministres.« Eh bien, Philippe Couillard s\u2019apprête à mettre à la porte 300 femmes engagées en politique», tonne-t-elle, rappelant que les commissions scolaires forment le seul niveau démocratique où celles-ci sont majoritaires.Les commissions scolaires lâchent du lest Les 58 commissions scolaires membres de la Fédération ne sont pas pour autant intraitables quant à leur avenir.Les élus ont même adopté à l\u2019unanimité une contre-proposition au projet de loi 86 au cours des dernières semaines, changeant pour la première fois leur position face à la volonté du gouvernement Couil- lard de moderniser le réseau scolaire.Les membres de la FCSQ proposent que les nouveaux conseils scolaires soient composés de représentants élus au suffrage universel, incluant le président de la commission scolaire, mais aussi de représentants parents, élus par le comité de parent, et de représentants cooptés, comme le propose le gouvernement.Tous les représentants auraient un droit de vote, ce qui n\u2019est pas le cas actuellement pour les commissaires parents.Du reste, Mme Bouchard dit s\u2019inquiéter de la centralisation des pouvoirs entre les mains du ministre de l\u2019Éducation, d\u2019une part, et des parents et administrateurs scolaires de l\u2019autre.En faisant disparaître les élus, on fait disparaître l\u2019imputabilité nécessaire au milieu de l\u2019éducation, selon elle.Quant au ministre Blais, il a refusé la demande d\u2019entrevue du Devoir.«Nous allons entendre les points de vue de tous les intervenants [\u2026] avec ouverture pour améliorer le projet de loi, mais une chose est claire : le statu quo n\u2019est plus possible.La Fédération des commissions scolaires fera valoir son point de vue en commission et nous les écouterons tout comme les autres intervenants », a toutefois indiqué une porte-parole.L\u2019étude du projet de loi 86 devait commencer jeudi.Les travaux commenceront finalement le lendemain en raison du remaniement ministériel.Le Devoir LA FÉDÉRATION DES COMMISSIONS SCOLAIRES AU DEVOIR À la recherche d\u2019un ministre qui prend l\u2019éducation à cœur JACQUES NADEAU LE DEVOIR Josée Bouchard, présidente de la FCSQ Les commissions scolaires ne sont pas pour autant intraitables quant à leur avenir L E D E V O I R , L E J E U D I 2 8 J A N V I E R 2 0 1 6 ACTUALITES A 3 Q uand le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau a lancé son Programme énergétique national (1980), qui visait notamment à maintenir le prix du pétrole tiré des sables bitumineux sous les cours mondiaux, de nombreux automobilistes des provinces de l\u2019Ouest canadien ont apposé sur leur voiture des autocollants portant un slogan pour le moins désobligeant : «Let the eastern bastards freeze in the dark» (laissez les bâtards de l\u2019Est geler dans le noir).Après avoir bénéficié pendant des décennies de paiements de péréquation financés largement par les revenus pétroliers de l\u2019Ouest, voilà que les «bâtards de l\u2019Est», plus précisément ceux du Québec, manifestent une ingratitude telle qu\u2019ils refusent de laisser passer un pipeline devenu vital pour le développement de ces mêmes sables bitumineux, sous prétexte que l\u2019environnement pourrait en souffrir.C\u2019est vraiment un comble! À entendre le bouillant premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, c\u2019est rien de moins que l\u2019unité canadienne qui est en jeu dans ce débat.Qu\u2019un vétéran de la guerre contre les « séparatistes » comme le maire Coderre soit pris à partie aussi bien par M.Wall que par sa collègue albertaine, Rachel Notley, ne manque pas de piquant.Curieusement, la première ministre de la Colombie-Britannique et le maire de Vancouver, qui n\u2019ont pas fait meilleur accueil aux pipelines, ont échappé à leurs foudres.Privée de l\u2019appui inconditionnel du gouvernement Harper, la direction de TransCanada a finalement compris que l\u2019arrogance qu\u2019elle affichait depuis le début la conduisait tout droit à l\u2019échec.Malgré sa nouvelle politesse, elle ne pourra jamais donner la garantie qu\u2019aucun accident ne sur viendra, et la modestie des retombées économiques rend ce risque inacceptable.Ultimement, c\u2019est l\u2019évaluation de la balance des inconvénients politiques qui déterminera le sort du projet.?Durant la course à la chefferie du PQ, Pierre Karl Péla- deau était le seul candidat à s\u2019y montrer favorable, mais il y a des limites à aller à l\u2019encontre du très net consensus qui s\u2019est développé au sein du parti.Le Bloc québécois est tout aussi opposé au projet.S\u2019il fut un temps où le pétrole était la clé de l\u2019indépendance aux yeux de nombreux souverainistes, elle semble maintenant passer par l\u2019économie verte.Le gouvernement Couillard se retrouve face à un choix délicat.Personnellement, le premier ministre n\u2019a jamais caché son désir de favoriser une plus grande intégration du Québec à l\u2019économie canadienne, et l\u2019oléoduc y contribuerait assurément.Les propos du ministre de l\u2019Énergie et des Ressources, Pierre Arcand, qui dit compter sur « nos alliés » pour améliorer l\u2019acceptabilité sociale du projet, ne laissent aucun doute sur son ardent désir de le voir aboutir.Son rejet n\u2019entraînerait évidemment pas la rupture de la fédération, mais elle causerait à tout le moins un froid au sein du Conseil de la fédération qui ne faciliterait pas les alliances dont M.Couillard a besoin pour rendre le fédéralisme plus attrayant aux yeux des Québécois.Justin Trudeau entend qu\u2019Ottawa se comporte désormais en arbitre plutôt qu\u2019en promoteur, mais il est certainement conscient que le Programme énergétique national créé par son père avait transformé l\u2019Ouest canadien en véritable désert pour les libéraux.Mettre encore une fois des bâtons dans les roues de l\u2019industrie pétrolière compromettrait à coup sûr la remontée déjà très modeste amorcée à la dernière élection.?Alors que les souverainistes sont à la recherche d\u2019un nouvel argumentaire, autoriser le projet Énergie Est risque en revanche de faire du fédéralisme un synonyme de pollution, qu\u2019il serait facile d\u2019opposer à l\u2019énergie propre que produirait un Québec indépendant.Après la conférence de Paris et les cris d\u2019alarme concernant l\u2019avenir de la planète, auxquels MM.Couillard et Trudeau se sont eux- mêmes associés, contribuer de façon aussi significative au développement des sables bitumineux serait perçu comme un geste aussi irresponsable qu\u2019hypocrite.Aux yeux de ceux qui estiment néanmoins possible de conjuguer développement économique et protection de l\u2019environnement, le projet de TransCanada pourrait constituer un risque raisonnable à la condition que les retombées économiques soient au rendez-vous.En l\u2019absence d\u2019un port en eaux québécoises, la création de 33 emplois directs et moins de 300 emplois indirects durant la phase d\u2019exploitation est clairement insuffisante.Comme pour en souligner l\u2019insignifiance, François Legault a réclamé le versement de redevances substantielles sur le pétrole qui traversera le territoire québécois avant d\u2019être exporté.«Il faut être très exigeant, sinon il y a beaucoup trop de risques», a dit le chef de la CAQ, qui a placé la barre très haut en parlant de «milliards».Décidément, ces «bâtards de l\u2019Est» sont plus insupportables les uns que les autres.mdavid@ledevoir.com Les bâtards de l\u2019Est MICHEL DAVID Autoriser le projet Énergie Est risque de faire du fédéralisme un synonyme de pollution A L E X A N D R E S H I E L D S E n pleine crise sur le controversé projet de pipeline Énergie Est, le ministre de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations, Jacques Daoust, doit prononcer un discours au cours d\u2019un dîner d\u2019af faires commandité par TransCanada, en Alber ta, a appris Le Devoir.Le ministre doit prendre la parole au cours d\u2019un événement organisé le lundi 1er février par l\u2019Alberta Enterprise Group (AEG), à Edmonton.Ce regroupement d\u2019affaires alber- tain plaide ouvertement en faveur de l\u2019exploitation des sables bitumineux, mais aussi des projets de pipelines mis en avant par l\u2019industrie des énergies fossiles.Selon l\u2019invitation dif fusée par l\u2019AEG, «le ministre Daoust mettra en lumière l\u2019importance des relations commerciales entre l\u2019Alberta et le Québec, en plus d\u2019expliquer les efforts de son gouvernement pour créer des relations d\u2019af faires fortes entre nos deux provinces ».Le ministre doit être accompagné d\u2019une « délégation» d\u2019entreprises du Québec spécialisées dans les «technologies propres» et le secteur de l\u2019éolien.«Joignez-vous aux dirigeants d\u2019entreprises et de gouvernements du Québec et de l\u2019Alberta afin d\u2019en apprendre davantage sur le futur de cette importante relation d\u2019affaires et forger de nouveaux partenariats », peut-on également lire dans le libellé de l\u2019invitation de l\u2019AEG.Ce dîner d\u2019affaires est organisé par l\u2019Alberta Enterprise Group en collaboration avec TransCanada, une multinationale albertaine qui s\u2019associe régulièrement à l\u2019organisation d\u2019événements auxquels participent des entreprises du secteur de l\u2019énergie.TransCanada était d\u2019ailleurs un des commanditaires du Sommet sur l\u2019énergie organisé par Les affaires mardi à Montréal.Questerre partenaire L\u2019autre commanditaire de l\u2019événement auquel participera le ministre Jacques Daoust est Ques- terre Energy.Cette entreprise active dans le domaine du gaz de schiste détient notamment des permis d\u2019exploration au Québec.Le président et chef de la direction de l\u2019entreprise, Michael Binnion, est aussi le président de l\u2019Association pétrolière et gazière du Québec.Cette association, qui représente les entreprises actives dans la recherche de pétrole et de gaz au Québec, milite activement en faveur de l\u2019exploitation des ressources fossiles dans la province.Énergie Est au menu?Au cabinet de Jacques Daoust, on a reconnu mercredi que le ministre se rendra effectivement en Alberta la semaine prochaine.« Le ministre aura des rencontres les 1er et 2 février.Il s\u2019agit d\u2019une mission commerciale à laquelle prendra par t une délégation d\u2019entreprises québécoises du secteur des technologies environnementales », a précisé son attachée de presse, Mélissa Turgeon.Est-ce que le ministre de l\u2019Économie du Québec évoquera le projet de pipeline Énergie Est dans le cadre de son allocution à la tribune de l\u2019Alberta Entreprise Group ?« L\u2019objectif principal du discours sera de faire la promotion de l\u2019expertise du Québec en technologies ver tes, mais i l n\u2019est pas écarté qu\u2019il dise quelques mots sur le pipeline », a simplement indiqué Mme Turgeon.Ce n\u2019est pas la première fois qu\u2019un membre du gouvernement Couillard prend part à un événement auquel TransCanada est associée.En septembre 2014, le ministre de l\u2019Énergie, Pierre Arcand, avait pris par t à un souper organisé et payé par TransCanada, à Montréal.La multinationale avait profité de l\u2019occasion pour présenter son projet Énergie Est.L\u2019ex- premier ministre Jean Charest y était aussi.Le Devoir Le ministre Daoust ira courtiser l\u2019Alberta à l\u2019invitation de TransCanada JONATHAN HAYWARD LA PRESSE CANADIENNE Le projet d\u2019expansion du pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan, aussi visé par les mesures, dirigerait près de 600 000 barils supplémentaires par jour à son terminal de Burnaby, en Colombie-Britannique (notre photo).Des nations autochtones se sont déjà opposées au projet.A L E X A N D R E S H I E L D S M A R I E V A S T E L L e gouvernement Trudeau tiendra compte des émissions de gaz à effet de serre liées à la production pétrolière dans l\u2019évaluation du projet de pipeline Énergie Est de TransCanada, en plus de promettre une meilleure consultation publique avant de prendre une décision.Mais pas question d\u2019attendre une véritable réforme du processus.Ottawa juge qu\u2019une telle mesure serait injuste pour les investisseurs des pétrolières.Le ministre des Ressources naturelles Jim Carr et la ministre de l\u2019Environnement Catherine McKenna ont annoncé mercredi en fin de journée des mesures de «transition» qui seront en vigueur pour l\u2019évaluation du projet de pipeline de Kinder Morgan, vers la côte ouest, mais aussi pour le controversé projet Énergie Est.L\u2019objectif?«Rétablir la confiance des Canadiens dans le processus d\u2019évaluation environnementale», a répété la ministre McKenna.Selon ce qu\u2019ont fait valoir les ministres libéraux, les nouvelles règles s\u2019articulent autour de «cinq principes».Le premier vise d\u2019ailleurs à rassurer l\u2019industrie des énergies fossiles, puisque «aucun projet» ne devra retourner à la case départ et reprendre l\u2019évaluation environnementale depuis le début.Comme Justin Trudeau l\u2019avait promis, le fédéral tiendra désormais compte des émissions de gaz à effet de serre (GES) «en amont» c\u2019est-à-dire les émissions résultant de la production pétrolière qui circulera dans le pipeline Énergie Est.Selon des calculs de l\u2019Institut Pembina, elles pourraient atteindre 30 millions de tonnes par année, soit l\u2019équivalent de sept millions de véhicules.La ministre McKenna n\u2019a toutefois pas voulu dire si le gouvernement se fixerait un «seuil » d\u2019émissions de GES au-delà duquel un projet de pipeline deviendrait inacceptable.Elle a cependant rappelé que la question des «changements climatiques» serait prise en compte à Ottawa avant toute décision définitive sur un projet.En fait, a insisté la ministre de l\u2019Environnement, un des principes des règles transitoires prévoit que l\u2019évaluation «sera basée sur la science», y compris la science climatique.Le gouvernement Trudeau s\u2019engage par ailleurs à tenir compte des « connaissances ancestrales des Premières Nations » dans l\u2019étude des projets, mais aussi de prendre en considération leurs «préoccupations ».Et globalement, « il devra y avoir une consultation du public plus im- por tante que celle entreprise jusqu\u2019à maintenant», souligne une des nouvelles lignes directrices annoncées mercredi.Pour cela, des « commissaires temporaires » seront ajoutés à ceux de l\u2019Of fice national de l\u2019énergie (ONE).Qui plus est, on prolonge les délais actuels de quelques mois pour l\u2019évaluation des projets, mais aussi pour la prise de décision définitive par le gouvernement fédéral.Celle-ci sera prise selon « l\u2019intérêt national », a souligné le ministre Carr.Injuste pour les investisseurs Puisque le processus de l\u2019ONE fait l\u2019objet de très nombreuses critiques, pourquoi ne pas avoir attendu une réforme complète avant de lancer l\u2019évaluation du projet de pipeline Énergie Est ?« Ce ne serait pas juste », a répondu Catherine McKenna, en insistant sur le besoin pour le Canada de préserver la « confiance des investisseurs».«On fait ce qu\u2019on peut», a-t-elle ajouté, en référence aux «cinq principes» annoncés, jugeant que «ce sera mieux que dans le passé».Le ministre Jim Carr a cependant réaffirmé la volonté du gouvernement libéral de mener à bien une véritable réforme du processus d\u2019évaluation des projets.Mais une telle réforme ne sera pas complétée avant quelques années, a-t- on indiqué, sans plus de précision.Pour et contre Les groupes environnementaux ont, dans l\u2019ensemble, salué la décision du fédéral de tenir compte du « test climatique » dans l\u2019étude des projets de pipelines.« Les nouvelles règles devront garantir que tous les projets sont compatibles avec l\u2019engagement international du Canada de limiter le réchauf fement planétaire à moins de 1,5°C.Ceci veut dire que les nouveaux projets de mines et de pipelines de sables bitumineux doivent être rejetés », a souligné le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin.Mais les conservateurs, qui ont transformé le processus d\u2019évaluation environnementale que tentent aujourd\u2019hui de corriger les libéraux, ont dénoncé les nouvelles normes transitoires.Car elles ajoutent de nouvelles embûches aux compagnies et sont loin d\u2019of frir « un brin d\u2019espoir aux gens qui travaillent dans les sables bitumineux et ceux qui construisent des pipelines partout au pays », a déploré la députée Candice Bergen.Son collègue québécois Steven Blaney a en outre accusé les libéraux d\u2019être « tout à fait irresponsables » en créant de « l\u2019incertitude en élargissant la période [d\u2019évaluation], en changeant les règles du jeu en plein processus».Les conservateurs se sont faits les grands défenseurs des travailleurs de l\u2019industrie pétrolière et des projets d\u2019oléoducs cette semaine, en marge du débat sur le pipeline Énergie Est qui oppose les maires de Montréal aux politiciens des Prairies.Le parti en a même fait le sujet de sa journée d\u2019opposition, alors qu\u2019il invitera ce jeudi le gouvernement Trudeau à appuyer le projet Énergie Est comme le font l\u2019Alberta, la Saskatchewan, l\u2019Ontario et le Nouveau-Brunswick, et à reconnaître «l\u2019importance du secteur de l\u2019énergie pour l\u2019économie canadienne».Le Devoir ÉVALUATION DES PIPELINES Des mesures tampons en attendant la vraie réforme Ottawa tiendra compte des émissions de GES dans l\u2019évaluation d\u2019Énergie Est Taxe inconstitutionnelle Le Québec n\u2019a pas le pouvoir d\u2019exiger une redevance sur le pétrole transporté par oléoduc sur son territoire, indique un avis gouvernemental produit en 2013 obtenu par La Presse canadienne.Cet avis juridique rappelle que toute barrière tarifaire entre les provinces est «contraire à l\u2019article 121 de la Loi constitutionnelle de 1867».Toute redevance sur le volume de pétrole transporté par oléoduc contreviendrait également à plusieurs paragraphes de l\u2019article 92 de la loi, qui interdit aux provinces d\u2019imposer une taxe indirecte sur des ressources naturelles non renouvelables qui ne sont pas extraites sur son territoire.«En l\u2019espèce, la taxe serait clairement indirecte puisqu\u2019elle serait exigée de l\u2019exploitant du pipeline ou des exploitants de raf?neries tout en sachant qu\u2019ils la feraient supporter à leurs clients», indique le document.La Presse canadienne L E D E V O I R , L E J E U D I 2 8 J A N V I E R 2 0 1 6 A C T U A L I T É S A 4 M A R I E - M I C H È L E S I O U I La Ville de Montréal considère que la grève tournante de ses 8000 cols blancs n\u2019en est pas une: elle leur interdit donc les congés de maladie payés pendant toute la durée des moyens de pression, qui s\u2019étendent sur plus d\u2019un mois.« Selon la loi, l\u2019ensemble des employés cols blancs syndiqués sont [sic] en grève générale du 25 janvier au 1er mars, mais offrent des services essentiels », a ainsi écrit mercredi Gonzalo Nunez, relationniste à la Ville de Montréal, dans un courriel adressé au Devoir.Plus tôt, la Ville aurait envoyé un message semblable à certains de ses employés.Elle les a avisés qu\u2019un congé de maladie équivaudrait à un congé sans solde, a fait savoir une employée du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), dont font partie les cols blancs montréalais.Les conditions de travail «suspendues» En temps normal, les cols blancs de Montréal ont droit à dix jours payés de congé de maladie par année.Mais «selon la loi, pendant une période de grève, l\u2019application des conditions de travail prévues à la convention collective est suspendue», estime leur employeur.«Seules les conditions de travail des salariés qui rendent des services essentiels sont maintenues.Par conséquent, si un employé s\u2019absente en raison d\u2019une maladie, il ne pourra être rémunéré pour cette journée d\u2019absence, puisqu\u2019il ne rend pas de services essentiels à la population montréalaise », a écrit M.Nunez.Le relationniste a dit s\u2019appuyer sur les dispositions du Code du travail et sur la « jurisprudence actuelle des tribunaux en la matière».Le syndicat devant le tribunal du travail Le SCFP ne voit pas les choses de la même façon.Le syndicat a confirmé s\u2019être rendu devant le Tribunal administratif du travail (auparavant la Commission des relations de travail) pour tenter de faire infirmer la décision de la Ville.Les 8000 cols blancs de Montréal sont sans contrat de travail depuis la fin de 2011.À par tir de lundi et jusqu\u2019au 1er mars, ils sont en grève tournante.Le site Web du SCFP fournit un calendrier de grève.Celui-ci prévoit que chaque groupe d\u2019employés débraie pendant deux jours non consécutifs.Tous les cols blancs sont ensuite invités à participer à une grève générale de 24 heures, le 1er mars.« En plus de la grève tournante, les cols blancs n\u2019effectueront aucun travail en heures supplémentaires durant toute cette période.Par contre, ils assureront tous les services essentiels prescrits par la loi », a fait savoir le SCFP au début des moyens de pression.En réponse, la Ville s\u2019est engagée à maintenir la rémunération des heures travaillées «normalement et en temps supplémentaire [sic]» si celles-ci sont effectuées dans le respect de l\u2019entente sur les services essentiels, a affirmé Gonzalo Nunez.Le Devoir GRÈVE Les cols blancs montréalais privés de congés de maladie payés JACQUES NADEAU LE DEVOIR Manifestation des cols blancs le 9 décembre dernier Exploitation d\u2019enfants : 13 personnes arrêtées Treize personnes ont été arrêtées mercredi pour de présumées activités d\u2019exploitation sexuelle d\u2019enfants et de pornographie juvénile.La SQ explique que les individus âgés de 27 à 74 ans fréquentaient des forums de discussion afin d\u2019échanger sur leurs expériences sexuelles avec des enfants.La police ajoute que ces gens se conseillaient sur des tactiques à employer et des lieux à fréquenter dans le but d\u2019agresser sexuellement des enfants sans éveiller de soupçons.L\u2019Équipe d\u2019enquêtes sur l\u2019exploitation sexuelle des enfants sur Internet, qui compte des agents de la SQ et de la Gendarmerie royale du Canada, ajoute que des perquisitions ont eu lieu mercredi aux domiciles des suspects et que du matériel informatique a été saisi à des fins d\u2019analyse.L\u2019analyse du contenu des ordinateurs pourrait mener à la découverte d\u2019autres infractions criminelles et donc à d\u2019autres arrestations dans le cadre de cette opération baptisée «Malaise», a indiqué le sergent Denis.Près de 150 policiers se sont déployés avec le soutien d\u2019agents des services de police de Montréal, Québec, Lé- vis, Trois-Rivières, Saint-Eus- tache, Richelieu\u2013Saint-Laurent et Toronto.La Presse canadienne JACQUES NADEAU LE DEVOIR Une manifestation de chauffeurs de taxi à Montréal, en septembre dernier J O C E L Y N E R I C H E R à Québec L e caucus péquiste sent le besoin de serrer les rangs derrière Pierre Karl Péladeau et de réaffirmer sa loyauté envers son chef, qui traverse une période difficile.Le leader parlementaire de l\u2019opposition officielle, Bernard Drainville, s\u2019est porté à la défense de son chef, mercredi matin, en point de presse, niant toute grogne au sein du caucus péquiste et toute contestation du leadership de M.Péladeau, au cœur d\u2019une zone de turbulences, tant sur le plan personnel que politique.M.Péladeau a la confiance du caucus, de l\u2019équipe et des membres du Parti québécois, a assuré M.Drainville, cherchant à se faire rassurant, au moment où des voix péquistes se font entendre pour critiquer ouvertement leur chef.Et il ne fait aucun doute dans son esprit que Pier re Karl Péladeau sera toujours le chef du Parti québécois lors des prochaines élections générales, en octobre 2018.L\u2019ex-ministre péquiste Yves-François Blanchet croit pourtant le contraire.Il s\u2019est dit convaincu que la suite récente de déconvenues autour de M.Péladeau fera en sorte que les députés vont commencer à s\u2019 inter roger et à contester son leadership.« Yves-François est dans le champ », a répliqué Bernard Drainville, en ajoutant que « Pierre Karl Péladeau n\u2019est pas un lâcheur ».«Perdez pas votre salive à pérorer et à conjecturer à savoir s\u2019il va se rendre ou s\u2019il ne se rendra pas.Il va tous vous faire mentir.Il va se rendre à [l\u2019élection de] 2018 », prédit M.Drainville, qui était lui-même un rival de M.Péladeau lors de la course au leadership avant de se rallier au meneur.Céré à la charge Pendant ce temps, l\u2019aile gauche du parti commence à exprimer ouver tement son mécontentement à l\u2019endroit du chef.Dans une lettre au Devoir, l\u2019ex-candidat au leadership du PQ Pierre Céré s\u2019est livré à une charge contre son ancien rival, à qui il reproche son esprit revanchard et sa façon de faire de la politique.Il dit constater un malaise.« Que penser d\u2019un chef qui cherche à museler tout débat politique sur la question du financement de son Institut de recherche sur la souveraineté en faisant parvenir des mises en demeure à ceux qui oseraient soulever une critique?Et qui semble plus animé par un esprit revanchard qu\u2019à œuvrer à bâtir des majorités ?Sur cela, et bien d\u2019autres sujets, il y a malaise », écrit M.Céré.En entrevue téléphonique, il en a rajouté pour af firmer que M.Péladeau devait assumer une importante part de responsabilité pour les déboires actuels du PQ, qui n\u2019a jamais fait selon lui son examen de conscience à la suite de la défaite de 2014.«On le sent, ce malaise-là, à l\u2019intérieur du Parti québécois », dit M.Céré, qui soutient que M.Péladeau ne sera jamais à sa place à la tête du PQ « tant qu\u2019il n\u2019aura pas réglé toutes ces questions de contradictions entre sa vie professionnelle [liée à Québecor] et la vie politique».Ce problème « paralyse le travail de l\u2019opposition of ficielle », estime-t-il.M.Péladeau « a une part de responsabilité impor tante dans la paralysie actuelle du Par ti québécois » , selon M.Céré, qui se dit inquiet quant à l \u2019avenir du PQ, un parti menacé de disparition si un coup de barre ne survient pas, d\u2019après lui.PKP sur la défensive Au cours des dernières semaines, M.Péladeau s\u2019est retrouvé sur la défensive à maintes reprises dans plusieurs dossiers, qu\u2019il s\u2019agisse du financement du futur Institut sur la souveraineté, du prétendu recours aux paradis fiscaux du temps où il dirigeait Québecor, ou des mouvements de personnel dans son cabinet.Il a aussi annulé toute activité au cours des derniers jours, après avoir annoncé sa rupture avec l\u2019animatrice et productrice Julie Snyder.M.Drainville a cherché à se montrer imperturbable devant les critiques et à minimiser leur impact.« Qu\u2019il y ait des gérants d\u2019estrade qui commentent, franchement, je m\u2019en balance », a-t-il dit.La Presse canadienne PARTI QUÉBÉCOIS Péladeau a la confiance de son équipe, assure Drainville P I E R R E S A I N T - A R N A U D L\u2019 af frontement entre l\u2019industrie du taxi et Uber Technologies se transportera devant les tribunaux et possiblement dans la rue au cours des prochaines semaines.Le Regroupement des travailleurs autonomes Métallos (R TAM), qui représente quelque 4000 des 22 000 chauffeurs de taxi du Québec, a annoncé mercredi son intention de déposer une demande d\u2019action collective contre Uber et le gouvernement du Québec afin de forcer l\u2019application des lois du Québec encadrant l\u2019industrie du taxi.« La loi prévoit que des mesures puissent être prises par le gouvernement contre des entreprises qui œuvrent illégalement sur le territoire dans le domaine du taxi, mais aussi en vertu des règles fiscales », a fait valoir le porte-parole du syndicat, Benoît Jugand, en entrevue avec La Presse canadienne.«Le ministre des Transports, Robert Poëti, a lui-même avoué que ce qu\u2019Uber fait, c\u2019est du transport illégal, mais il n\u2019y a aucune action concrète qui a été annoncée», a-t-il déploré.Bien qu\u2019il se garde d\u2019accuser le gouvernement Couillard de complaisance ou de pire encore, M.Jugand ne se gêne pas pour le qualifier de pleutre.« Je crois que le gouvernement se cache en arrière de son bureau et tremble devant une multinationale qu\u2019il n\u2019ose pas attaquer parce qu\u2019elle a 50 milliards de dollars.[\u2026] S\u2019il avait vraiment voulu s\u2019attaquer à Uber, il l\u2019aurait fait : il a tous les moyens pour le faire, mais il ne le fait pas.» D\u2019où la décision de s\u2019adresser aux tribunaux au moyen d\u2019une demande d\u2019action collective, une démarche pour laquelle le regroupement a mandaté l\u2019avocat Marc-Antoine Cloutier.Uber réplique Le directeur général d\u2019Uber Technologies pour le Québec, Jean-Nicolas Guillemette, déplore que l\u2019on choisisse ainsi la voie des tribunaux.« Le problème avec les tribunaux, c\u2019est qu\u2019il y a toujours un gagnant et un perdant.Ce n\u2019est pas vrai que tout le monde gagne, a-t-il soutenu lors d\u2019un entretien téléphonique avec La Presse canadienne.L\u2019objectif qu\u2019on a depuis un an et demi maintenant, ce qu\u2019on demande au gouvernement, c\u2019est de nous réglementer.» Bien qu\u2019Uber ait déjà remporté une victoire partielle devant les tribunaux en Ontario, son porte-parole ne voit dans la démarche du RTAM qu\u2019une tentative de jouer du coude.«C\u2019est une action qui est abusive, que l\u2019on considère sans fondement et qui, surtout, vise principalement à protéger le monopole de l\u2019industrie du taxi et à réduire le choix des consommateurs, a-t-il indiqué.C\u2019est simplement une autre preuve de l\u2019intimidation de l\u2019industrie du taxi à l\u2019endroit de la population.» Pour des raisons diamétralement opposées à celles du syndicat, M.Guillemette souhaite lui aussi que le gouvernement du Québec intervienne dans le dossier.« Le Québec doit suivre le mouvement de la modernité, de l\u2019innovation et du soutien aux nouvelles technologies qui arrivent dans sa province, et on souhaite le faire en dialoguant avec les autorités.» Le RTAM, de son côté, annonce aussi la tenue d\u2019une assemblée générale extraordinaire le 31 janvier, à Montréal, à laquelle les chauffeurs et propriétaires de taxis et limousines de tout le Québec sont invités à participer.L\u2019ordre du jour annonce l\u2019établissement d\u2019un « plan d\u2019actions musclées » pour lutter contre Uber, mais Benoît Jugand demeure tout de même prudent.«Est-ce qu\u2019on veut prendre la population en otage?Non.Est- ce que bloquer une rue à un moment donné, c\u2019est dire qu\u2019on veut se mettre à dos notre clientèle?» s\u2019est-il interrogé.La Presse canadienne TAXI Uber et Québec seront ciblés par une action collective Bernard Drainville Edmonton autorise Uber Le conseil municipal d\u2019Edmonton a approuvé, mercredi, un règlement qui permettra à des entreprises d\u2019autopartage comme Uber de fonctionner régalement.Le règlement, qui entre en vigueur le 1er mars, comprend deux permis: un pour les entreprises d\u2019autopartage, appelées fournisseurs de transport privé, et l\u2019autre pour les taxis.En vertu du règlement, tant les taxis que les fournisseurs de transport privé devront charger un minimum de 3,25$ pour tout déplacement préarrangé par l\u2019entremise d\u2019une application mobile ou d\u2019un contrat écrit.Seuls les taxis pourront embarquer des gens hélant pour leurs services dans la rue ou utiliser les allées de taxis.La Presse canadienne Plus de la moitié des Québécois satisfaits de Trudeau Un peu plus de la moitié des Québécois sont assez satisfaits ou très satisfaits de la performance globale du premier ministre Justin Trudeau depuis qu\u2019il a pris le pouvoir, révèle un nouveau sondage SOM-Cogeco Nouvelles.Parmi eux, 11% se disent très satisfaits et 44% se disent assez satisfaits, pour un total de 55%.Prenant la position contraire, 37% des Québécois sont peu (24%) ou pas du tout satisfaits (13%) du premier ministre libéral.Les personnes plus satisfaites de Justin Trudeau sont les gens d\u2019Ottawa-Ga- tineau (73%), les répondants les plus jeunes, soit ceux âgés de 18 à 24 ans (70%), les habitants du Grand Montréal (61%) et les femmes (58%).Les moins satisfaits sont ceux de Québec: on parle ici de 56% des habitants de cette région métropolitaine de recensement qui sont peu ou pas du tout satisfaits.Ce sondage en ligne a été mené du 22 au 25 janvier 2016 auprès de 8053 internautes adultes québécois, en français et en anglais.La marge d\u2019erreur maximale pour l\u2019ensemble des répondants est de 1,8 point de pourcentage, 19 fois sur 20, est-il indiqué dans l\u2019étude.La Presse canadienne L E D E V O I R , L E J E U D I 2 8 J A N V I E R 2 0 1 6 A C T U A L I T É S A 5 Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 I S A B E L L E P O R T E R à Québec L\u2019 idée du ministre Sam Ha- mad de sanctionner certains assistés sociaux a frappé un mur d\u2019opposition mercredi en commission parlementaire.Même le président du Conseil du patronat du Québec, Yves- Thomas Dorval, a souligné que les prestations actuelles étaient déjà peu élevées.« Je vais être honnête avec vous, Monsieur le Ministre, le montant d\u2019aide sociale, c\u2019est pas grand-chose», a déclaré M.Dorval lors de la commission parlementaire sur le projet de loi 70 sur l\u2019aide sociale.La prestation mensuelle de base s\u2019élève actuellement à 616$.Le ministre du Travail lui avait demandé s\u2019il pensait, comme d\u2019autres groupes, que le gouvernement devait «reculer » et enlever la mesure lui permettant de couper certains chèques d\u2019aide sociale.« C\u2019est sûr que c\u2019est déjà peu élevé », a dit M.Dorval avant de concéder qu\u2019il ne restait pas « grand-chose » au gouvernement pour « inciter les gens» à gagner le marché du travail.Le projet de loi 70 cible les quelque 17 000 personnes dites « aptes à l\u2019emploi » qui demandent l\u2019aide sociale pour la première fois chaque année.Le gouvernement veut les obliger à participer à une démarche d\u2019insertion au travail (le programme « Objectif emploi ») en échange d\u2019une prime allant de 130 à 250 $.En plus de réduire les dépenses du gouvernement de 50 millions de dollars, le projet de loi permettrait de répondre au manque de main-d\u2019œuvre et de stimuler l\u2019économie.Les participants seraient «tenus d\u2019accepter tout emploi convenable qui lui est offert», selon le libellé du projet de loi.Si la personne manque à ses obligations, le ministre pourrait «réduire» la prime, voire réduire ou « refuser » le chèque d\u2019aide sociale de base.La coupe pourrait toucher jusqu\u2019à la moitié de la prestation, selon ce qu\u2019a dit le ministre récemment en conférence de presse.Aider les jeunes ou leur nuire?C\u2019est cette idée de sanction qui ne passe pas.L\u2019un après l\u2019autre, les groupes sociaux ont vivement dénoncé la mesure.« Ça va produire de l\u2019iti- nérance et de la criminalité », a tonné le coordonnateur des Auberges du cœur, Tristan Ouimet-Savard, en soulignant qu\u2019on ne «pouvait pas imposer un projet de vie aux jeunes».En plus du milieu communautaire, l\u2019idée de la « coercition » a été dénoncée par les syndicats et le Réseau des services spécialisés en main- d\u2019œuvre.Seuls les Manufacturiers et Exportateurs ainsi que la Fédération canadienne de l\u2019entreprise indépendante ne l\u2019ont pas remise en question.Depuis le départ, le ministre martèle que c\u2019est la meilleure façon d\u2019aider les jeunes et de « donner de la dignité aux gens ».Sur les 17 000 personnes ciblées, 60 % ont moins de 29 ans et 6200 (environ 36 %) proviennent de familles dont les membres vivaient eux-mêmes de l\u2019aide sociale.À ce propos, l\u2019autre coordonnateur des Auberges, Rémi Fraser, a déclaré que « sauf exception, les jeunes qui ont été élevés sur l\u2019aide sociale sont les derniers à vouloir y demeurer ».Il a plus tard mis en doute l\u2019approche générale de ces programmes en racontant l\u2019histoire d\u2019une jeune fille qui a déjà fréquenté l\u2019Auberge.«On avait réussi à l\u2019intéresser à un projet de vidéo.Pour la première fois de sa vie, elle avait allumé sur quelque chose et elle était bonne là-dedans [\u2026].Elle voulait devenir vidéaste.[\u2026] Elle est donc allée voir pour suivre une formation et tout ce qu\u2019on lui a offert, c\u2019est préposée aux bénéficiaires.[\u2026] On lui a donné un autre échec et elle n\u2019est plus là maintenant.Il y avait une occasion de l\u2019attraper et on lui a dit non.» Le ministre s\u2019insurge contre le statu quo Toute la journée, le ministre Hamad a répété qu\u2019il ne fallait pas «laisser tomber» les jeunes en acceptant qu\u2019ils vivent de l\u2019aide sociale.Il a souligné que les sanctions ne concernaient que 10 % des participants et a fait valoir qu\u2019elles ne toucheraient pas les mères célibataires, les aidants naturels, les personnes ayant des problèmes de santé et les toxicomanes.Aux groupes qui dénonçaient le principe des sanctions, il a rétorqué que le gouvernement avait déjà essayé de miser sur le volontariat avec le programme Pacte pour l\u2019emploi il y a dix ans.Lancé en 2008, le programme de 1,5 milliard devait réduire de 50 000 le nombre d\u2019assistés sociaux.Or en 2011, leur nombre n\u2019avait diminué que de 3600.«On a eu des bons résultats mais ce n\u2019est pas suffisant.» « On veut aussi responsabiliser [les jeunes].C\u2019est là-dessus qu\u2019on ne s\u2019entend pas, s\u2019est défendu le ministre.Si la personne décide elle-même de ne pas faire l\u2019ef fort, ce n\u2019est pas la société qui a décidé de la couper, c\u2019est elle-même.» M.Hamad a enfin plaidé que le Québec n\u2019était pas le seul à miser sur cette stratégie et que toutes les provinces canadiennes à l\u2019exception de Terre-Neuve le faisaient.Même chose pour des pays scandinaves comme la Norvège, la Suède et le Danemark.« On ne vient pas d\u2019inventer la roue à trois boutons», a-t-il lancé maladroitement, ce qui a déclenché une salve de rires en matinée.Plus tard dans la journée, il a souligné que ça prendrait «plusieurs récidives » avant qu\u2019on « coupe le chèque».Du côté de l\u2019opposition, le Parti québécois a accusé les libéraux «d\u2019attaquer les pauvres, pas la pauvreté ».Françoise David, de Québec solidaire, a pourfendu une «mesure inef fi- cace et inutilement punitive ».Enfin, du côté de la CAQ, le député Sébastien Schneeber- ger s\u2019est quant à lui dit « inquiet » par le flou dans la notion « d\u2019emploi convenable » dans la loi.Les travaux de la Commission doivent reprendre vendredi.Le Devoir AIDE SOCIALE Même les patrons doutent des sanctions proposées Tandis qu\u2019un chapelet d\u2019organismes pourfend la réforme libérale, le Conseil du patronat concède que les prestations sont déjà « peu élevées » JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le projet de loi 70 prévoit des pénalités pour les personnes assistées sociales qui refuseraient de se soumettre à un programme controversé.H É L È N E B U Z Z E T T I Correspondante parlementaire à Ottawa L es médecins devraient avoir le droit de refuser de prodiguer de l\u2019aide à mourir à leurs patients.Et ils devraient aussi avoir le droit de refuser de rediriger vers un confrère mieux disposé les patients qui demandent à mourir.Selon l\u2019Association médicale canadienne (AMC), cette protection de la liberté de conscience du corps médical n\u2019affectera pas pour autant l\u2019accès des malades à l\u2019aide médicale à mourir.L\u2019AMC comparaissait mercredi soir devant le comité parlementaire mixte devant proposer au gouvernement des façons d\u2019encadrer l\u2019aide médicale à mourir dans la foulée de la décision de la Cour suprême.L\u2019AMC dit avoir consulté ses membres longuement.Résultat : 30 % d\u2019entre eux se disent disposés à prodiguer activement la mort aux malades qui n\u2019en peuvent plus de souffrir.Une majorité des autres seraient disposés à rediriger vers un autre médecin un patient désireux de mourir.«Pour les autres médecins, re- diriger les patients pour de l\u2019aide à mourir serait catégoriquement inacceptable d\u2019un point de vue moral.Pour ces gens, cela équivaut à de la participation forcée», a expliqué Jeff Blackmer, le vice-président de l\u2019AMC.Le sénateur libéral Serge Joyal a demandé s\u2019il fallait s\u2019inquiéter que 70% des médecins refuseraient d\u2019offrir cette aide.«Nous nous attendons à ce que seulement 3% des gens considèrent cette option et il y a environ 82 000 médecins membres de l\u2019AMC [\u2026], alors c\u2019est important de remettre tous ces chif fres en perspective», a répondu la présidente de l\u2019AMC, Cindy Forbes.M.Blackmer a renchéri.«Ce 30 % représente 24 000 médecins.Alors je peux affirmer à ce comité que l\u2019accès ne posera pas de problème.[\u2026] Établir un lien entre l\u2019accès et l\u2019objection de conscience est une fausse dichotomie.Il n\u2019y a pas de lien.» M.Blackmer a rappelé qu\u2019aucune juridiction autorisant l\u2019aide médicale à mourir n\u2019oblige les médecins à l\u2019offrir et pourtant, aucune n\u2019éprouve de problème d\u2019accès.La loi québécoise sur les soins de fin de vie permet aux médecins et pharmaciens de refuser les soins euthanasiques, mais elle leur commande d\u2019aider le patient à trouver un professionnel qui le fera.La Cour suprême a établi dans sa décision qu\u2019aucun médecin ne devrait être obligé d\u2019apporter cette aide à mourir.Selon l\u2019AMC, le défi sera davantage de permettre l\u2019accès à l\u2019aide médicale à mourir en zone rurale ou nordique.Attendre avant de mourir Une des questions que les parlementaires devront trancher est la durée du délai qui devrait être imposé au patient entre sa demande de mort et l\u2019administration de celle-ci.Les témoins entendus en comité ont suggéré qu\u2019il soit modulé en fonction de la situation du patient.«Le temps d\u2019attente devrait être proportionnel au temps de vie que la personne perdrait», a expliqué Monica Branigan, de la Société canadienne des médecins en soins palliatifs.« Par exemple, on devrait répondre beaucoup plus rapidement à une femme atteinte d\u2019un cancer du sein qui n\u2019a plus que quatre semaines à vivre et qui fait cette demande qu\u2019à un jeune homme de 21 ans qui vient d\u2019apprendre que sa moelle épinière a été endommagée et qui ne peut imaginer sa vie dans un fauteuil roulant.» Par ailleurs, le président du comité, le libéral Rob Oliphant, s\u2019est demandé si, en exigeant que le patient soit encore capable de réclamer l\u2019aide à mourir au moment de son administration, cela n\u2019aurait pas pour effet de précipiter les choses.« Est-il possible que d\u2019exiger cette capacité accélère cette mort parce que quelqu\u2019un voudra prendre cette décision pendant qu\u2019il est encore capable de le faire?Et ce, même s\u2019il pourrait encore jouir de quelques mois de vie de qualité?» Le Devoir AIDE À MOURIR Les médecins demandent le droit de refuser sans rediriger R O B E R T D U T R I S A C Correspondant parlementaire à Québec O n ne peut rendre les immigrants responsables du déclin de la langue française à Montréal et du fait qu\u2019elle peine à s\u2019imposer comme langue commune.C\u2019est ce que sont venus dire des inter venants auprès des immigrants à la commission parlementaire qui a amorcé, mercredi, les consultations sur le projet de loi 77.Ce projet de loi, défendu par la ministre de l\u2019Immigration, de la Diversité et de l\u2019Inclusion, Kathleen Weil, vise une refonte majeure de la Loi sur l\u2019immigration, vieille de 25 ans.Commentant le fait qu\u2019une majorité d\u2019immigrants qui ne connaissent pas le français ne suivent pas de cours pour se franciser, comme l\u2019a rapporté Le Devoir, Michèle Vatz-Laa- roussi, professeure en travail social à l\u2019Université de Sherbrooke, a soutenu que le français n\u2019était pas en danger à cause des immigrants.On ne doit pas leur faire por ter « l\u2019odieux de ce qui serait un déclin du français au Québec», a- t-elle prévenu.Pour Roger Le Clerc, du Regroupement des organismes en francisation du Québec (ROFQ), que des immigrants boudent les cours de français est « une sonnette d\u2019alarme ».« Comment peut-on vivre et travailler, surtout à Montréal, sans apprendre le français ?Comment est-ce possible?Il faut se questionner», a-t-il plaidé.Dualité linguistique Sa collègue, Georgina Ko- koun, croit que les immigrants qui arrivent à Montréal sont pris entre deux feux : ils sont victimes de la dualité linguistique.« Je parle français ou je parle anglais ?Je suis dans un dilemme ; il faut bien que je choisisse.» «Qu\u2019on dise que l\u2019immigrant est la cause du recul du français, moi, je suis désolé : il faut [plutôt] que la société elle-même se pose la question: est-ce qu\u2019on veut que le français soit la langue commune ?a-t-elle dit.On attend que le gouvernement au plus haut niveau fasse vraiment la promotion du français comme langue commune.» Selon elle, il est plus facile de se trouver un emploi à Montréal si on est unilingue anglophone que si on est unilingue francophone.«Une serveuse dans un restaurant de NDG peut être unilingue anglophone», a illustré Roger Le Clerc.Kathleen Weil, qui est d\u2019ailleurs députée de la circonscription de Notre-Dame-de- Grâce, a réitéré qu\u2019il est impossible pour un travailleur qualifié de se trouver un emploi à Montréal s\u2019il est unilingue anglophone.Georgina Kokoun estime plutôt que c\u2019est l\u2019unilingue francophone qui est rejeté.Elle a cité son expérience personnelle : originaire de la Côte d\u2019Ivoire, elle n\u2019a pu trouver d\u2019emploi en informatique, sa spécialité, parce qu\u2019elle n\u2019était pas parfaitement bilingue.Moins de français Par ailleurs, le président de la FTQ, Daniel Boyer, a déploré que le projet de loi 77 réduise l\u2019obligation de la ministre d\u2019intégrer les immigrants en français dans « une volonté d\u2019allégement au bénéfice strict des entreprises ».Le patronat souhaite recruter plus facilement des travailleurs qualifiés qui ne connaissent pas le français.Le chef syndical a aussi signalé que les coupes au ministère de l\u2019Immigration, de la Diversité et de l \u2019Inclusion avaient touché la francisation en entreprise, dont se charge la FTQ.L\u2019organisme FDBM, qui donne presque tous les cours mis sur pied par la centrale syndicale, a diminué de 30 % le nombre de travailleurs visés par an, soit 350 au lieu de 500.Le Devoir Francisation : les immigrants « entre deux feux » Les données alarmantes reflètent un marché du travail anglicisé, disent des intervenants Aide à mourir : la France fait un premier pas Paris \u2014 Le Parlement français a autorisé mardi soir l\u2019endor- missement des malades en phase terminale.Il s\u2019agit d\u2019un premier pas vers une meilleure prise en compte des souhaits des patients en fin de vie qui évite de rouvrir le débat sur l\u2019euthanasie.Dans un climat inhabituellement consen- suel, les sénateurs, comme les députés avant eux, ont voté à la quasi-unanimité une proposition de loi autorisant le recours à une « sédation profonde et continue» jusqu\u2019au décès pour certains malades incurables qui en feraient la demande.Ce vote scelle, après un an de parcours délicat, l\u2019adoption définitive de ce texte marquant «une avancée historique», selon la ministre de la Santé Marisol Touraine.La Belgique a franchi le cap des 2000 cas d\u2019euthanasie en 2015, un record depuis que la pratique a été autorisée sous conditions en 2002 dans le royaume, selon la commission de contrôle.Agence France-Presse Climat: Ottawa et les provinces lancent la discussion Ottawa \u2014 La ministre fédérale de l\u2019Environnement consultera ses homologues provinciaux dès cette semaine à Ottawa en vue de préparer la stratégie nationale de lutte contre les changements climatiques promise par Justin Trudeau.Les ministres de l\u2019Environnement du pays se rencontreront ce jeudi soir et poursuivront leurs discussions vendredi.La ministre Catherine McKenna consultera en outre les leaders autochtones, a-t-elle annoncé aux Communes mercredi après- midi.L\u2019objectif de ces pourparlers : préparer les bases d\u2019une entente nationale de lutte contre les changements climatiques, qui devraient être établies lors d\u2019une rencontre des premiers ministres fédéral et provinciaux début mars.Le Canada s\u2019est engagé, à la Conférence de Paris sur le climat en novembre, à limiter le réchauffement climatique en dessous de 2°C et à poursuivre les efforts pour limiter cette hausse des températures à 1,5°C.Le Devoir L E D E V O I R , L E J E U D I 2 8 J A N V I E R 2 0 1 6 S C I E N C E A 6 AVIS LÉGAUX & APPELS D\u2019OFFRES \u2022 HEURES DE TOMBÉE Tél.: 514-985-3344 Fax: 514-985-3340 Courriel : avisdev@ledevoir.com Sur Internet : www.ledevoir.com/services-et-annonces/avis-publics www.ledevoir.com/services-et-annonces/appels-d-offres Les réservations doivent être faites avant 16h00 pour publication deux (2) jours plus tard.Publications du lundi: Réservations avant 12 h 00 le vendredi Publications du mardi: Réservations avant 16 h 00 le vendredi AV I S L É G AU X E T A P P E L S D \u2019 O F F R E S AVIS À TOUS NOS ANNONCEURS Veuillez, s\u2019il vous plaît, prendre connaissance de votre annonce et nous signaler immédia tement toute anomalie qui s\u2019y serait glissée.En cas d\u2019erreur de l\u2019éditeur, sa responsa bilité se limite au coût de la parution.AVIS DE CLÔTURE D'INVENTAIRE Avis est donné que l'inventaire des biens de Henriette Tremblay, en son vivant domiciliée à Sainte-Geneviève et décédée le 11 août 2015, à Pointe-Claire, a été fait le 22 janvier 2016 par la liquidatrice successorale conformément à la loi.Cet inventaire peut être consulté par les intéressés à l'étude de Marcoux, Gariépy & associés sencrl, sur rendez-vous.Donné ce 25 janvier 2016 Me Jean DIONNE, notaire MARCOUX GARIÉPY ET ASSOCIÉS SENCRL 371, rue Seigneuriale Québec (Québec) G1C 3P7 Téléphone : 418-666-0226.AVIS AUX CRÉANCIERS DE LA PREMIÈRE ASSEMBLÉE Dans l\u2019affaire de la faillite de Consulteb Inc.Avis est par les présentes donné que la faillite de Consulteb Incest survenue le 25 janvier 2016, et que la première assemblée des créanciers sera tenue le 12 février 2016 à 9h00, au bureau du syndic, 469 rue Jean-Talon Ouest, bureau 300 Montréal, Québec.DEVLETIAN & ASSOCIÉS INC.Syndic de Faillite Jerry J.Devletian CPA, CA, CIRP 469, Jean-Talon O., Bureau 300, Montréal Québec H3N 1R4 Téléphone: (514) 777-8888 AMÉNAGEMENT DES PARCS \u2013 ACTIFS IMMOBILIERS Parc Van Horne \u2013 Travaux pour la transformation de la pataugeoire en jeux d\u2019eau 4900, avenue Van Horne Soumission CDN-NDG-16-AOP-DAI-001 Des soumissions sont demandées et devront être reçues, avant 11 heures, le lundi 15 février 2016, au bureau Accès Montréal, 5160, boulevard Décarie, rez-de-chaussée, Montréal (Québec), H3X 2H9.Les soumissions seront ouvertes publiquement immédiatement après l\u2019expiration du délai fixé pour leur réception.Renseignements : Brigitte Lemay, gestionnaire immobilier Téléphone : (514) 872-4140 Les documents relatifs à cet appel d\u2019offres seront disponibles à compter du jeudi 28 janvier 2016.Les personnes et les entreprises intéressées par ce contrat doivent obligatoirement se procurer les documents de soumission en s\u2019adressant au Service électronique d\u2019appels d\u2019offres (SEAO) en communiquant avec un des représentants par téléphone au 1 866 669-7326 ou au 514 856-6600, ou en consultant le site Web www.seao.ca.Les documents doivent être obtenus au coût établi par le SEAO.Pour être considérée, toute soumission devra être présentée sur les formulaires spécialement préparés à cette fin dans une enveloppe cachetée, clairement identifiée, et portant l\u2019identification fournie en annexe du document d\u2019appel d\u2019offres.La Ville de Montréal ne s\u2019engage à accepter ni la plus basse, ni aucune des soumissions reçues et n\u2019assume aucune obligation de quelque nature que ce soit envers le ou les soumissionnaires.Montréal, le 28 janvier 2016.La secrétaire d\u2019arrondissement Geneviève Reeves, avocate APPEL D\u2019OFFRES PUBLIC \u2013 TRAVAUX Arrondissement de Côte-des-Neiges Notre-Dame-de-Grâce Avis public ASSEMBLÉE PUBLIQUE DE CONSULTATION SUR LE PROJET DE RÈGLEMENT NUMÉRO 2710-86 À TOUTES LES PERSONNES INTÉRESSÉES DE L\u2019ARRONDISSEMENT DE LACHINE ET DES ARRONDISSEMENTS DE SAINT- LAURENT, DE LASALLE ET DU SUD-OUEST DEMEURANT DANS UNE ZONE CONTIGÜE À L\u2019ARRONDISSEMENT DE LACHINE AVIS est, par les présentes, donné par la soussignée : QUE le conseil d\u2019arrondissement, suite à l\u2019adoption, à sa séance ordinaire du 7 décembre 2015, du premier projet de règlement numéro 2710-86 modifiant le Règlement numéro 2710 sur le zonage aux fins de modifier les mesures de contingentement touchant les stations-service, tiendra une assemblée publique de consultation le 8 février 2016 à 19 h 00 dans la salle du conseil située au 1800, boulevard Saint-Joseph, en conformité avec les dispositions de la Loi sur l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme (RLRQ, c.A-19.1); QU\u2019AU cours de cette assemblée publique, le maire de l\u2019arrondissement ou la personne désignée par lui expliquera le projet de règlement ainsi que les conséquences de son adoption et entendra les personnes qui désirent s\u2019exprimer à ce sujet; QUE l\u2019objet de ce projet de règlement est de modifier les mesures de contingentement touchant les stations-service sur le territoire de l\u2019arrondissement de Lachine; QUE ce projet de règlement contient des dispositions propres à un règlement susceptible d\u2019approbation référendaire; QUE ce projet de règlement vise l\u2019ensemble du territoire de l\u2019arrondissement; QUE ce projet de règlement est disponible pour consultation à la mairie d\u2019arrondissement au 1800, boulevard Saint-Joseph durant les heures de bureau.Fait à Montréal, arrondissement de Lachine, ce 28 janvier 2016.Le secrétaire d\u2019arrondissement, Me Danielle Ruest SÉANCE DU COMITÉ D\u2019ÉTUDE DES DEMANDES DE DÉMOLITION DU 3 FÉVRIER 2016 ANNULÉE Les personnes intéressées sont priées de noter que la séance du Comité d\u2019étude des demandes de démolition prévue pour le 3 février 2016, à 18 h, à la salle du conseil d\u2019arrondissement située au rez-de-chaussée du 800, boulevard De Maisonneuve Est, afin de statuer sur une demande de certificat d\u2019autorisation de démolition relative au bâtiment portant les numéros 1825, 1831, 1837, 1843 et 1849 avenue De Lorimier, et sur un projet de réutilisation du sol prévoyant la construction d\u2019un immeuble résidentiel de 8 étages comportant 63 appartements EST ANNULÉE.Montréal, le 28 janvier 2016 Le Secrétaire d\u2019arrondissement Me Domenico Zambito Cet avis peut également être consulté sur le site Internet de l\u2019arrondissement à l\u2019adresse suivante : www.ville.montreal.qc.ca/villemarie AVIS PUBLIC Direction générale adjointe \u2013 Services institutionnels Service de l\u2019approvisionnement Appel d\u2019offres : 16-14810 Services professionnels spécialisés en technologies de l\u2019information pour le projet Cour municipale numérique L\u2019ouverture des soumissions prévue pour le 27 janvier 2016 est reportée au 3 février 2016 à 14 h dans les locaux du Service du greffe de l\u2019hôtel de ville.Montréal, le 28 janvier 2016 Le greffier de la Ville Me Yves Saindon Appel d\u2019offres Appel d\u2019offres public Des soumissions sont demandées et devront être reçues, avant 14 h, à la date ci-dessous, au Secrétariat de l\u2019arrondissement d\u2019Outremont situé au 543, chemin de la Côte-Sainte-Catherine, Montréal (Québec), H2V 4R2 pour : APPEL D\u2019OFFRES NO : SP01/01-16 CATÉGORIE : SERVICES PROFESSIONNELS DESCRIPTIF : SERVICES PROFESSIONNELS DE CARACTÉRISATION ENVIRONNEMENTALE, D\u2019ÉTUDE GÉOTECHNIQUE, DE RÉALISATION DE PLANS ET DEVIS, DE CONTRÔLES QUALITATIFS DES MATÉRIAUX ET SURVEILLANCE ENVIRONNEMENTALE, DE GESTION ET DE SURVEILLANCE DES TRAVAUX DU PRR, PRRRL ET DU PRRRA 2016 DATE D\u2019OUVERTURE : LE 18 FÉVRIER À 14 H Renseignement : Pour toute question, s\u2019adresser à monsieur Alain Fiset au ao.outremont@ville.montreal.qc.ca.DOCUMENTS : Les documents relatifs à cet appel d\u2019offres seront disponibles à compter du 28 janvier 2016.Les personnes et les entreprises intéressées par ce contrat peuvent se procurer les documents de soumission en s\u2019adressant au Service électronique d\u2019appels d\u2019offres (SÉAO) en communiquant avec un des représentants par téléphone au 1 866 669-7326 ou au 514 856-6600, ou en consultant le site Web www.seao.ca.Les documents peuvent être obtenus au coût établi par le SÉAO.Chaque soumission doit être placée dans une enveloppe cachetée et portant l\u2019identification fournie en annexe du document d\u2019appel d\u2019offres.Les soumissions reçues seront ouvertes publiquement dans la salle du conseil de l\u2019arrondissement d\u2019Outremont située au 530, avenue Davaar à Outremont, immédiatement après l\u2019expiration du délai fixé pour leur réception.La Ville de Montréal ne s\u2019engage à accepter ni la plus basse ni aucune des soumissions reçues et n\u2019assume aucune obligation de quelque nature que ce soit envers le ou les soumissionnaires.Montréal, le 28 janvier 2016 Me Marie-France Paquet Directrice des services administratifs, du greffe et des relations avec les citoyens Secrétaire de l\u2019arrondissement Avis est donné selon l'Article 795 du Code Civil du Québec que Daniel Leresche, résidant au 178 Gary Carter #401, Montréal (Québec), est décédé le 30 juillet 2015.L'inventaire des biens est détenu aux bureaux de la Société de fiducie Banque de Nouvel- le-Écosse situés au 1002 Sherbrooke ouest, bureau 540, Montréal (Québec), H3A 3L6 pour fins de consultation.P A U L I N E G R A V E L E n collaboration avec des chercheurs européens et états-uniens, une équipe du CHU Sainte-Justine a découvert la fonction de deux mutations affectant un même gène et qui sont associées à l\u2019autisme.Ces mutations présentes chez un à deux autistes sur cent diminuent significativement les compétences intellectuelles.Ces mutations ont été mises au jour en 2008 sur le chromosome 16 dans la région 11.2 à la suite d\u2019études sur des familles d\u2019autistes européennes et nord-américaines.«Il s\u2019agit de mutations structurelles, puisqu\u2019elles concernent un fragment de 28 gènes du chromosome 16.Cette région du génome est fragile et a tendance à disparaître ou à être dupliquée», précise le Dr Sébastien Jacque- mont, médecin généticien au CHU Sainte-Justine qui signe avec ses collaborateurs internationaux un article à ce sujet dans le Journal of the American Medical Association (JAMA Psychiatry).Dans la population générale, environ une personne sur mille naît avec une délétion (disparition) ou une duplication de cette région 11.2 du chromosome 16.Depuis 2008, on sait que ces mutations (délétion ou duplication) sont dix fois plus fréquentes chez les autistes que dans la population générale, puisqu\u2019elles sont présentes chez 1,5 % des autistes.« Si vous portez cette mutation sur le chromosome 16, vous avez dix fois plus de risques de présenter des symptômes associés au diagnostic de trouble autistique», fait remarquer le Dr Jacquemont, qui est aussi professeur au Département de pédiatrie de l\u2019Université de Montréal.L\u2019effet exact des mutations M.Jacquemont et ses collègues ont voulu savoir si ces mutations altéraient spécifiquement l\u2019intelligence et ils ont quantifié l\u2019effet de ces mutations.Pour ce faire, ils ont fait appel à quelques centaines de familles dont au moins un membre était autiste et porteur d\u2019une mutation sur le chromosome 16.Ils ont ensuite mesuré les compétences intellectuelles et les difficultés de tous les membres de la famille et ont comparé les résultats obtenus par ceux qui étaient porteurs de la mutation à ceux qui n\u2019en étaient pas porteurs.«En soustrayant les difficultés rencontrées par les porteurs de celles des non-porteurs, on a pu extraire l\u2019effet exact de la mutation», explique le clinicien chercheur.Les chercheurs ont également calculé que la délétion de la région 11.2 diminuait le QI de 25 points, tandis que la duplication le réduisait de 15 points.Comme le QI moyen dans la population générale est de 100, la délétion l\u2019abaissait à 75.Les chercheurs ont également remarqué que si l\u2019enfant porteur de la mutation faisait partie d\u2019une famille dans laquelle les non-porteurs de la mutation présentaient une légère diminution de l\u2019intelligence (autour de 90), il pouvait écoper de l\u2019effet cumulatif de la mutation et de la petite diminution déjà présente dans la famille, et son QI pouvait passer sous la barre des 70, qui est le seuil à partir duquel on parle de déficience intellectuelle.L\u2019intelligence n\u2019est pas entièrement déterminée par les gènes, souligne le Dr Jacquemont.Mais « leur contribution demeure importante et serait de 60 à 80%».Maintenant, l\u2019équipe du CHU Sainte-Justine étudie ces mêmes mutations dans la population générale, notamment au sein d\u2019une cohorte québécoise de Cart@gène chez laquelle on avait déjà procédé à des mesures cognitives, qui permettent d\u2019établir la valeur du QI.« C\u2019est beaucoup plus simple d\u2019identifier et de quantifier la fonction d\u2019un gène dans la population générale \u2014 même s\u2019il faut beaucoup plus de participants qu\u2019avec les familles d\u2019autistes, étant donné que la mutation y est moins fréquente \u2014 parce que les enfants autistes qu\u2019on rencontre en clinique ont tellement d\u2019autres difficultés qui brouillent l\u2019ef fet de la mutation », souligne le chercheur.Le Dr Jacquemont rappelle que depuis 2008, des études familiales ont permis de trouver des mutations associées à l\u2019autisme dans environ 80 régions différentes du génome, et à l\u2019intérieur de ces régions, il y aurait des centaines de mutations différentes.« Or, chacune de ces mutations, on les retrouve chez très peu d\u2019individus.Les mutations les plus fréquentes sont présentes chez seulement 1 % des autistes, précise le généticien.De plus, les nouvelles mutations que l\u2019on découvre se retrouvent chez des personnes qui ont des présentations cliniques très dif férentes, cer tains vont bien alors que d\u2019autres sont en grande dif ficulté.Ce qui est très perturbant pour les cliniciens.Mais il faut se rappeler que chaque mutation a un ef fet propre qui ne change pas, sauf qu\u2019il s\u2019additionne à celui des autres mutations.» Des troubles «multidimensionnels» «On se rend compte que les mutations que l\u2019on détecte chez les enfants sont très importantes, mais elles ne contribuent qu\u2019en partie au trouble.Il faudrait détecter toutes les mutations et voir comment elles s\u2019additionnent », indique le chercheur avant de souligner que les troubles du spectre autistique sont « multidimensionnels et hétérogènes» et comprennent une «collection de troubles cognitifs et comportementaux».« La cognition et le compor tement sont des modèles génétiques additifs.Par exemple, si vous avez de très bonnes compétences langagières, c\u2019est en raison d\u2019une série de gènes qui ont chacun un ef fet particulier sur le langage et dont les ef fets s\u2019additionnent », explique le chercheur.Pour mieux comprendre l\u2019autisme, il faudrait identifier les quelque mille mutations associées à ce trouble et mesurer l\u2019effet de toutes ces mutations qui s\u2019additionnent les unes aux autres.Cela implique de devoir répéter les démarches que le Dr Jacquemont et ses collègues viennent d\u2019effectuer pour les mille autres gènes impliqués dans l\u2019autisme.« Cela sera trop onéreux.C\u2019est pourquoi nous avons formé un consortium international au sein duquel les chercheurs partagent leurs données et se mettent d\u2019accord sur les façons de procéder», fait savoir le chercheur.Chose certaine, la génétique est essentielle pour comprendre les troubles psychiatriques, comme l\u2019autisme.«La connaissance des gènes impliqués nous permettra de comprendre les mécanismes en jeu dans la maladie, et cette compréhension permettra de mettre en place des traitements et des prises en charge plus adaptés», souligne-t-il.Le Devoir Un gène de l\u2019intelligence est associé à l\u2019autisme Des mutations présentes chez certains autistes diminuent leurs compétences intellectuelles JEAN-PHILIPPE KSIASEZEK ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE Les chercheurs ont calculé que la délétion de la région 11.2 du chromosome 16 diminuait le QI de 25 points, tandis que la duplication le réduisait de 15 points.Comme le QI moyen dans la population générale est de 100, la délétion l\u2019abaissait à 75. L E D E V O I R , L E J E U D I 2 8 J A N V I E R 2 0 1 6 A C T U A L I T É S A 7 Les jumelles Arianne et Aurélie Bouchard-Fauteux et leur copine Roxanne Mauro-Boehme ont beaucoup en commun : elles fréquentent toutes les trois l\u2019école secondaire des Sources à Dollard-des-Ormeaux, sont dans la même classe, adorent le cinéma.et sont dyslexiques- dysorthographiques.Un trouble d\u2019apprentissage qui ne gêne pas leur réussite scolaire, comme en témoigne leur moyenne générale de 80 %.Qui aurait prédit un tel succès il y a de cela quelques années, alors que chacune subissait des échecs dans toutes les matières au début du primaire?« J\u2019avais du mal à lire et à écrire, à tel point que d\u2019autres élèves devaient déchiffrer les textes pour moi », se remémore Arianne.«J\u2019avais beaucoup de difficulté à lire, à écrire et même à parler », se souvient de son côté Roxanne, qui est atteinte d\u2019une dyslexie plus sévère que celle de ses copines (et qui, par le passé, a été suivie par une orthopédagogue n\u2019étant nulle autre que la mère des jumelles, Madeleine Fauteux!).« Encore aujourd\u2019hui, quand un mot m\u2019apparaît compliqué, je peine à le prononcer correctement», confie- t-elle.Si les étudiantes ont su si bien remonter la pente, c\u2019est grâce à une foule de choses : l\u2019évaluation de leur trouble, le soutien de leurs parents, leur persévérance, mais aussi l\u2019élaboration d\u2019un plan d\u2019intervention comprenant le recours à des aides technologiques.Admis dans les écoles québécoises depuis 2008, les outils technologiques sont des mesures d\u2019adaptation qui aident à combler les lacunes des élèves aux prises avec des difficultés d\u2019apprentissage.Il existe une vaste gamme de dispositifs, certains très spécialisés : livres numériques, claviers portables, logiciels à commande vocale, calculatrices parlantes.Arianne, Aurélie et Roxanne utilisent notamment un ordinateur portable muni de WordQ, un logiciel de prédiction ainsi que de rétroaction vocale.En classe, lorsqu\u2019elles rédigent, les filles branchent leurs écouteurs sur l\u2019ordinateur et peuvent entendre le logiciel leur réciter à voix haute ce qu\u2019elles tapent.« C\u2019est vraiment pratique, car je peux corriger mes erreurs au fur et à mesure », remarque Aurélie.Le logiciel de correction grammaticale Antidote et le Lexibook, sorte de dictionnaire électronique de poche, font aussi partie des outils mis à la disposition des étudiantes.En raison de la sévérité de son trouble, Roxanne a droit en plus à une souris à balayage qui lui permet de numériser les textes disponibles seulement en format papier \u2013 afin que la synthèse du logiciel WordQ puisse les décoder.Les enseignants lui remettent également leurs notes sur clé USB.« Transcrire des notes à partir du tableau me prend beaucoup d\u2019énergie et, par la suite, j\u2019ai de la difficulté à me concentrer sur d\u2019autres tâches », justifie-t-elle.Les trois amies sont catégoriques : tous ces outils ont joué un rôle important dans leur réussite scolaire.« Ça nous fait gagner un temps précieux », déclare Aurélie qui, malgré tout, estime que compléter ses devoirs et ses leçons lui prend chaque soir une heure de plus que les autres élèves de sa classe.« Les technologiques permettent d\u2019avoir une meilleure estime personnelle : en faisant moins de fautes, j\u2019ai de meilleures notes et je crois davantage en moi-même », ajoute Arianne.En revanche, il ne faut pas croire que la technologie est une panacée.« Il faut aussi de la détermination pour réussir », affirme Roxanne.Braver l\u2019incompréhension Le soutien technologique des étudiantes provoque parfois du mécontentement chez leurs camarades de classe \u2013 aussi irrités du fait qu\u2019elles ont droit à plus de temps pour terminer leurs examens.« Beaucoup s\u2019en plaignent aux professeurs : ils disent que ce n\u2019est pas juste, indique Arianne.Ils ne comprennent pas ce qu\u2019est la dyslexie, et ce, même si on leur explique.» Une fois, Roxanne est parvenue à convaincre un étudiant de la nécessité des outils technologiques.Celui- ci portait une paire de lunettes.« Je lui ai demandé s\u2019il lui était possible de travailler sans ses lunettes, raconte-t-elle.Il m\u2019a répondu non.Je lui ai répliqué que c\u2019était la même chose pour moi si on m\u2019enlevait mes aides technologiques.Et il a compris.» Quand elles ne font pas face à l\u2019incompréhension de leurs pairs, les filles doivent composer avec le manque de collaboration occasionnel de certains enseignants.« Il faut parfois se battre pour avoir du temps supplémentaire pour nos examens », rapporte Roxanne.« Il y a des professeurs qui nous demandent de rester à la pause, mais ça veut dire qu\u2019on a seulement 15 minutes alors que des élèves rentrent et sortent de la classe et que d\u2019autres discutent dans le corridor.Ce n\u2019est pas le contexte idéal pour conclure un examen », signale Aurélie.« Mais il faut aussi dire que ça ne fait pas longtemps que l\u2019école a commencé à intervenir davantage auprès des élèves ayant des troubles d\u2019apprentissage », concède Roxanne.Les étudiantes croient que le respect de leur plan d\u2019intervention sera plus facile au cégep.D\u2019ailleurs, elles enverront leur demande d\u2019admission prochainement.Roxanne souhaite s\u2019inscrire au DEC préuniversitaire en sciences de la nature.Elle aspire à devenir médecin spécialiste en oncologie.Arianne songe aussi aux sciences de la nature tout en étant attirée par le programme en arts, lettres et communication.« J\u2019aimerais travailler dans l\u2019industrie du film », dit-elle.Quant à Aurélie, elle rêve d\u2019un programme technique en animation 3D pour faire carrière dans le domaine des effets spéciaux.Et ce n\u2019est certainement pas leur dyslexie et leur dysorthographie qui les arrêteront ! MARIE LAMBERT-CHAN LE DEVOIR De gauche à droite, Aurélie Bouchard-Fauteux, Roxanne Mauro-Boehme et Arianne Bouchard-Fauteux Les chemins de la réussite LA TECHNOLOGIE AU SECOURS DES TROUBLES D\u2019APPRENTISSAGE L\u2019Institut des troubles d\u2019apprentissage poursuit, en collaboration avec Le Devoir, sa série de chroniques sur le parcours exceptionnel de personnes qui ont réussi malgré des troubles d\u2019apprentissage.L\u2019objectif est double : démystifier le sujet tout en démontrant le potentiel des 10% d\u2019entre nous aux prises avec de telles difficultés.Bonne lecture! En collaboration avec EN COLLABORATION AVEC L\u2019INSTITUT DES TROUBLES D\u2019APPRENTISSAGE Les aides technologiques Bien que les technologies fassent partie de nos vies depuis de nombreuses années, l\u2019autorisation de leur utilisation pour les élèves ayant un trouble d\u2019apprentissage est relativement récente.En effet, c\u2019est en janvier 2008 que la ministre de l\u2019Éducation, du Loisir et du Sport du Québec mandatait pour une première fois la Direction de la sanction des études pour autoriser un élève ayant un trouble d\u2019apprentissage à utiliser des outils d\u2019aide à l\u2019écriture lors de la passation des épreuves ministérielles d\u2019écriture.Par la suite, en octobre 2010, les outils d\u2019aide à la lecture ont été autorisés pour les élèves ayant des besoins particuliers.Cependant, pour ce faire, certaines conditions doivent être respectées.La nécessité de l\u2019utilisation d\u2019un outil d\u2019aide pour répondre aux besoins particuliers de l\u2019élève doit être inscrite au plan d\u2019intervention.De plus, l\u2019outil doit être régulièrement utilisé en cours d\u2019apprentissage et d\u2019évaluation.En tout temps, celui-ci ne doit pas accomplir la tâche à la place de l\u2019élève et doit à cet égard solliciter chez lui une réflexion et une prise de décision.L es cigarettes électroniques semblent endommager les voies respiratoires du fumeur, réduire l\u2019efficacité du système immunitaire et stimuler la prolifération des bactéries, préviennent des chercheurs américains.L\u2019auteure de l\u2019étude publiée dans le Journal of Molecular Medicine, la docteure Laura Crotty Alexander de l\u2019Université de la Californie à San Diego, a déclaré que la vapeur produite par les cigarettes électroniques est loin d\u2019être inof fensive et qu\u2019elle peut même, en for tes doses, tuer les cellules pulmonaires.Les marqueurs inflammatoires de souris qui avaient respiré cette vapeur une heure chaque jour, cinq jours par semaine pendant un mois, étaient ainsi 10% plus élevés que chez les souris qui n\u2019y avaient pas été exposées.Certains de ces changements inflammatoires ressemblent à ceux constatés chez les fumeurs traditionnels, a dit la docteure Crotty Alexander, et d\u2019autres se retrouvent chez les humains atteints du cancer ou de maladies inflammatoires du poumon.De plus, des bactéries comme le staphylocoque doré, exposées à la vapeur des cigarettes électroniques, formaient des biofilms plus efficacement, adhéraient et envahissaient les cellules humaines plus facilement et résistaient mieux à la réponse immunitaire.Toutes les souris exposées au staphylocoque doré résistant à la méthicilline (SDRM) ont survécu.Le taux de mortalité a été de 25% chez celles infectées par un SDRM préalablement exposé à la vapeur électronique.La docteure Crotty Alexander et son équipe avaient récemment démontré qu\u2019un SDRM exposé à la fumée de cigarette résistait aussi mieux au système immunitaire.La Presse canadienne ÉTUDE Les cigarettes électroniques seraient loin d\u2019être inoffensives E U G E N I A L O G I U R A T T O à Brasília Mobilisation régionale en Amérique latine, premiers cas en Europe, appel à des actions urgentes du président américain, Barack Obama: l\u2019inquiétude grandissait mercredi quant au virus Zika, bénin en apparence mais soupçonné de provoquer une grave malformation congénitale.Trois mois après les premières alertes sanitaires au Brésil, sa présidente Dilma Rousseff a appelé l\u2019ensemble de la région à adopter une stratégie commune pour combattre la maladie, annonçant un sommet des ministres de la Santé la semaine prochaine en Uruguay.Le géant sud-américain est le plus touché par cette épidémie, transmise par le moustique Ædes ægypti et le moustique tigre, qui peuvent aussi être porteurs de la dengue et du chikungunya.Le virus ne se transmet pas directement entre humains.Il n\u2019y a ni traitement préventif ni vaccin, mais la maladie ne provoque généralement que des symptômes grippaux bénins, voire passe inaperçue dans la majorité des cas.Elle est rarement mortelle.Le danger est pour les femmes enceintes: le virus peut être transmis au fœtus et est soupçonné d\u2019entraîner des malformations congénitales graves, telles que la microcéphalie (taille réduite de la boîte crânienne, néfaste au développement intellectuel), voire la mort.Selon l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS), le Zika, déjà présent dans 21 des 55 pays du continent américain, va continuer à s\u2019étendre.Devant cette menace, le président Barack Obama a appelé à «accélérer les efforts de recherche pour mettre au point de meilleurs diagnostics, des vaccins et des traitements», selon un communiqué de la Maison-Blanche.Selon les Instituts nationaux américains de la santé (NIH), le virus pourrait s\u2019étendre aux États-Unis, dans des régions où vivent 60 % de la population du pays, soit environ 200 millions de personnes.Citant une récente étude publiée dans la revue médicale britannique Lancet, ils expliquent que ce virus pourrait se propager le long des côtes est et ouest des États-Unis pendant les mois chauds, voire atteindre le Midwest.Près de 23 millions d\u2019Américains résident dans des zones humides et chaudes, comme la Floride et la Louisiane, où les moustiques vecteurs du virus Zika pourraient survivre toute l\u2019année.La maladie a fait son apparition ces derniers jours en Europe, au moins six pays (Royaume-Uni, Italie, Pays-Bas, Portugal, Danemark et Suisse) confirmant sa présence chez des personnes rentrant d\u2019Amérique latine, ont indiqué les autorités sanitaires.Aucune infection n\u2019a été rappor tée chez des femmes enceintes.Le climat en Europe, actuellement en plein hiver, devrait toutefois empêcher tout moustique porteur de la maladie de survivre.Agence France-Presse Virus Zika : l\u2019inquiétude mondiale grandit La maladie a fait son apparition dans plusieurs pays d\u2019Europe, ces derniers jours FELIPE DANA ASSOCIATED PRESS Un chercheur montre une fiole contenant des larves du moustique Ædes ægypti utilisées pour combattre le virus. L\u2019Asie, cœur battant de l\u2019économie mondiale.Le problème, c\u2019est que la croissance est encore loin de se marier à des progrès démocratiques partout significatifs.Ici, des leaders civils mal élus, là, des armées qui ne restent pas dans leurs casernes.n Malaisie, la nouvelle qui fait la manchette tourne autour de la décision du procureur général de laisser tomber une enquête de corruption contre le premier ministre Najib Ra- zak.Mardi, l\u2019ex-juge Mohamed Apandi Ali a fait savoir qu\u2019il n\u2019y avait pas lieu de considérer une somme de 681 millions $US secrètement déposée dans le compte bancaire personnel du premier ministre comme un pot-de-vin ; qu\u2019il ne s\u2019agissait en fait que d\u2019un simple « cadeau» qui lui avait été donné par la famille royale d\u2019Arabie saoudite.La décision de noyer l\u2019enquête autour d\u2019une histoire qui sent manifestement la prévarication est venue, si besoin était, mettre en évidence le dé?cit démocratique qui sévit en Malaisie, sinon, par extension, dans un grand nombre de pays asiatiques où la croissance des PIB n\u2019a d\u2019égale que la restriction des libertés.Najib Razak est premier ministre incontesté depuis 2009 et chef d\u2019un parti qui tient le pouvoir sans interruption depuis 1957.Anwar Ibra- him, chef persécuté de l\u2019opposition, a presque défait le premier ministre sortant aux élections législatives de 2013.Il est aujourd\u2019hui de nouveau en prison, sur la base d\u2019accusations qui sont largement considérées comme fabriquées.Kuala Lumpur a été le théâtre en août dernier de grandes manifestations de rue antigouvernementales.En lieu et place, Najib Razak a purgé son entourage de ses esprits jugés trop critiques et, sous le couvert de la sacro-sainte lutte contre le terrorisme, s\u2019est doté de nouveaux pouvoirs néfastes pour la liberté de presse et a fait voter une loi sur la sécurité nationale que des organisations de défense des droits de la personne ont décrite comme un pas vers la dictature proprement dite.Et l\u2019Occident qui n\u2019y trouve rien à redire.Ancienne colonie britannique, la Malaisie est un pays musulman, allié du monde occidental dans la lutte contre les groupes djihadistes.Pour les États- Unis, il s\u2019agit aussi d\u2019un important partenaire commercial et d\u2019un joueur consentant dans la politique d\u2019endiguement que tente d\u2019appliquer Washington aux ?ns de contrer l\u2019in?uence du géant chinois.D\u2019où la tendance lourde à s\u2019indigner bien faussement, comme Barack Obama et le premier ministre britannique David Cameron l\u2019ont encore fait récemment, quant aux atteintes aux libertés démocratiques dont se rend coupable la classe dominante malaisienne.La Malaisie n\u2019est ni la norme ni l\u2019exception parmi les démocraties électorales asiatiques.Un pas en avant, deux pas en arrière.À côté des dictatures «communistes» que sont la Chine et le Vietnam (où la vieille garde autoritaire vient de reprendre la main sur le pouvoir au détriment de Nguyen Tan Dung, premier ministre dit réformiste et proaméricain), des pays comme le Cambodge, le Bangladesh, la Thaïlande et le Myanmar vivent des expériences démocratiques fragiles, sinon carrément factices.Il n\u2019y a guère que trois pays, situés aux extrémités du continent, dont on peut af?rmer, jusqu\u2019à preuve du contraire, qu\u2019ils ont une vie véritablement démocratique : l\u2019Indonésie, qui a élu à la présidence, en 2014, Joko Widodo, ni général ni membre de l\u2019élite traditionnelle ; Taïwan, où les urnes viennent tout juste de porter au pouvoir l\u2019« indépendantiste» Tsai Ing-wen, 59 ans, première femme élue présidente dans l\u2019histoire de l\u2019île ; et l\u2019Inde, la bien nommée plus- grande-démocratie-du-monde malgré ses graves con?its religieux et son abominable système de castes.Le Cambodge et la Malaisie sont parents par la nature de leurs profonds blocages démocratiques.Règne sans partage sur le Cambodge le premier ministre Hun Sen depuis 1998, sans perspective d\u2019alternance.Au Bangladesh et en Thaïlande, l\u2019histoire a été marquée à plusieurs reprises par des affrontements entre clans politiques, conduisant l\u2019armée à intervenir.C\u2019est le cas en ce moment en Thaïlande où, devant les déchirements partisans, la junte militaire qui a pris le pouvoir il y a plus d\u2019un an n\u2019est pas pressée de le rendre aux civils.L\u2019Asie aura fait du progrès le jour où elle réussira, comme en Amérique latine, à s\u2019affranchir du pouvoir militaire.En l\u2019occurrence, le Myanmar constitue un cas type : à la fois l\u2019espoir d\u2019un changement, vu les élections qui ont élu en novembre la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d\u2019Aung San Suu Kyi, et la preuve que rien ne change vraiment, étant donnée la mainmise que conserve l\u2019armée, dans les faits, sur l\u2019économie et les institutions.L E D E V O I R , L E J E U D I 2 8 J A N V I E R 2 0 1 6 A 8 EDITORIAL L E T T R E S Démocratie bancale Ainsi, un entrefilet d\u2019à peine quelques lignes dans Le Devoir nous apprend que le nouveau (sic) gouvernement de Justin Trudeau va signer, dans les prochains jours, le PTP ou Partenariat transpaci- fique, le dernier traité de libre-échange en lice entre 12 pays, traité négocié derrière des portes closes, dont peu de Canadiens connaissent les tenants et aboutissants.N\u2019y a-t-il pas anguille sous roche à procéder ainsi ?N\u2019est-ce pas mettre la charrue devant les bœufs?La ministre du Commerce international, Chrystia Freeland, argue ceci : « S\u2019il est trop tôt pour approuver l\u2019entente, il est aussi trop tôt pour la rejeter.» C\u2019est quoi, ce charabia qui n\u2019a pour but que de nous mettre de la poudre aux yeux?La signature de tout traité, par quelque gouvernement que ce soit, ne devrait-elle pas, dans une véritable démocratie, avoir lieu à la fin du processus de consultation auprès des parlementaires de tous les partis, voire de toute la population qui en fera les frais par la suite?N\u2019est-ce pas là plutôt nous mettre devant le fait accompli sans que nous ayons eu voix au chapitre?Qui pense vraiment que l\u2019examen bidon de ce traité aura quelque incidence sur la décision définitive du gouvernement?Dans sa lettre, la ministre avoue même que l\u2019accord ne peut être renégocié.Cette fumisterie nous fait voir une bien curieuse conception de la démocratie.Michel Saint-Laurent Îles de la Madeleine, le 26 janvier 2016 Luc Ferrandez et le populisme ambiant Au soir des dernières élections municipales, j\u2019étais passablement déprimé.Soudain, Luc Ferrandez est apparu sur nos écrans, disant à peu près ceci : « Les gens du Plateau ont choisi de faire des sacrifices individuels pour bâtir un mieux-être collectif.» Soudain, cette triste soirée s\u2019illuminait.Ferrandez tenait là un discours à contre-courant du populisme ambiant.Churchill ne promettait que de la sueur et des larmes, Kennedy demandait à ses concitoyens de se préoccuper de ce qu\u2019ils pouvaient apporter à leur pays plutôt que de ce qu\u2019ils en pouvaient recevoir.Chez nos politiciens, en revanche, c\u2019est à qui comblera le mieux l\u2019électeur de faveurs et de cadeaux.Il faut promettre de meilleurs ser vices de santé et d\u2019éducation, mais surtout pas d\u2019accroître les tarifs ou les impôts.Il faut prétendre être à la pointe de la lutte contre les changements climatiques, mais pas question d\u2019augmenter le prix de l\u2019essence ou le coût du stationnement.Il faut avoir le meilleur réseau électrique du monde, mais les tarifs les plus bas.Il faut imputer tous nos maux aux autres, Albertains, musulmans, sans jamais nous remettre en question.Surtout, il ne faut jamais parler de sacrifices.L\u2019action de Luc Ferrandez est d\u2019autant plus courageuse et rafraîchissante que c\u2019est un homme de gauche et que, pour notre malheur, nos politiciens de gauche sont généralement allergiques aux notions d\u2019effort et de responsabilité.J\u2019espère que Luc Ferrandez restera actif en politique et que Montréal saura engendrer d\u2019autres leaders de sa trempe.Guy Archambault Outremont, le 26 janvier 2016 Son pétrole, notre problème Selon le Globe and Mail, Mme Notley aurait tenu les propos suivants concernant le projet Énergie Est : «Des dizaines de milliards de dollars de revenu, à partager entre toutes les provinces, sont en jeu sur notre accès à d\u2019autres marchés pour notre pétrole.» D\u2019après une étude de KPMG parue en 2013, la répartition entre les provinces des retombées économiques de l\u2019exploitation du pétrole au Canada pour l\u2019année 2012 était la suivante : 77 % pour l\u2019Alberta, 10 % pour la Saskatchewan, 8 % pour l\u2019Ontario, 3 % pour la Colombie-Britannique, 2 % pour le Québec et moins de 1 % pour les autres provinces.Ces chiffres nous rappellent qu\u2019il n\u2019y a pas de partage des revenus du pétrole entre les provinces parce que le Canada ne possède pas de pétrole et n\u2019exporte pas de pétrole \u2014 le pétrole appar tient aux provinces pétrolières et les revenus perçus par les autres provinces ne proviennent pas de la vente du pétrole, mais seulement des retombées indirectes liées à l\u2019activité économique générée par l\u2019exploitation pétrolière.Yann Jacques Montréal, le 26 janvier 2016 FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints NELLIE BRIÈRE, PAUL CAUCHON, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET L I B R E O P I N I O N ASIE Boom économique, recul démocratique E P A S C A L E G R I G N O N Porte-parole du mouvement Je protège mon école publique L es arguments économiques pour justifier les coupes en éducation ne tiennent plus.L\u2019argent est disponible pour réinvestir en éducation dès maintenant.C\u2019est une question de priorités et de valeurs.Au cours des derniers mois, le gouvernement libéral a fait le choix d\u2019investir dans des entreprises privées comme Bombardier à coups de milliards, d\u2019opérer des baisses d\u2019impôts, d\u2019augmenter le salaire des médecins.Mais il n\u2019a promis que des miettes pour les écoles publiques.Si le gouvernement ne réinvestit pas massivement en éducation dans son budget de mars, il fera une fois de plus le choix délibéré d\u2019abandonner l\u2019éducation de nos enfants.Et ce choix aura un coût énorme pour le Québec dans quelques années.Les chiffres liés au financement du système d\u2019éducation primaire et secondaire sont ef fa- rants : 1 milliard de dollars coupés depuis six ans, dont 350 millions de dollars depuis la rentrée scolaire 2015 ; des milliards de dollars en déficit d\u2019entretien cumulé pour les écoles par les commissions scolaires, comme la CSDM, dont neuf écoles sur dix obtiennent la pire note possible lorsque l\u2019on évalue leur état.Comme nous l\u2019avons vu récemment dans les médias, lorsqu\u2019elles ne sont pas carrément fermées pour cause de moisissures, ces écoles sont surpeuplées.À Montréal seulement, les écoles seront en moyenne à 120 % de leur capacité d\u2019accueil à la rentrée 2016.C\u2019est dire que nos enfants sont entassés dans des locaux qui ne sont pas conçus pour les recevoir.Et les enfants issus du minibaby-boom continuent d\u2019af fluer dans les écoles des quatre coins de la province.Les écoles doivent fermer des bibliothèques, des laboratoires informatiques et annexer des roulottes pour entasser plus d\u2019élèves.Imaginez le stress des élèves qui sont trimballés d\u2019un bâtiment à l\u2019autre durant les six années de leur primaire, la fatigue des longs déplacements.Pensez au désagrément pour les enfants de passer le plus clair de leur temps dans une roulotte.Comble de l\u2019illogisme, malgré cette hausse fulgurante de clientèle, les services sont grandement réduits : 250 postes de spécialistes ont été abolis depuis le début de l\u2019année scolaire, mettant en péril la scolarisation d\u2019enfants en difficulté et diminuant d\u2019autant le temps que les enseignants peuvent accorder à l\u2019ensemble des élèves.C\u2019est sans compter que les projets pédagogiques sont limités par des moyens financiers anémiques, que le gouvernement abandonne des programmes de lutte contre le décrochage scolaire, de transport scolaire, d\u2019aide aux devoirs, etc.Saccage De plus en plus de citoyens québécois dénoncent ce saccage du système d\u2019éducation qui donne mauvaise presse à nos écoles publiques.Et que font le gouvernement Couillard et le ministre Blais devant cette levée de boucliers en réaction à ces décisions inconsidérées ?Ils ont promis l\u2019injection de 20 microscopiques millions de dollars en novembre et laissent entendre une possibilité de réinvestissement de 80 millions l\u2019an prochain.Ils parlent de 500 millions en infrastructures alors que ces sommes étaient déjà prévues pour la rénovation et la construction de nouvelles écoles dans le précé- dent budget.Bref, très peu d\u2019argent frais et beaucoup de poudre aux yeux pour calmer l\u2019opinion publique.Les parents du Québec ne se contenteront pas de si peu ! Selon le bulletin de septembre 2015 de l\u2019Institut Fraser, le Québec est la province dont l\u2019investissement dans les écoles publiques est le plus bas par élève.Il se situe largement sous la moyenne canadienne à cet égard (\u201314 %).Le gouvernement Couillard s\u2019est empressé de majorer les salaires de ses 22 000 médecins précisément pour qu\u2019ils atteignent et même dépassent la moyenne canadienne en leur versant plus d\u2019un milliard de dollars en augmentation de salaire depuis 2014.Il est inconcevable que l\u2019éducation de 1,1 million d\u2019élèves qui fréquentent l\u2019école publique au Québec ne bénéficie pas d\u2019un traitement équivalent.La politique du deux poids, deux mesures imposée par ce gouvernement libéral a suffisamment duré.L\u2019éducation des enfants se détériore, et leur avenir est assombri.Les coupes creusent le déficit générationnel de façon dramatique.En tant que parents, nous exigeons que notre gouvernement respecte sa promesse électorale de faire de l\u2019éducation une priorité et qu\u2019il hausse le financement du système d\u2019éducation au moins au niveau de la moyenne fédérale par élève, et ce, dès le budget de mars prochain.Nous demandons aussi que soit développée au plus vite une vision inspirée et innovante de l\u2019éducation pour le Québec et un plan pour en assurer le financement adéquat, dont la mise à niveau des bâtiments, résoudre le problème de surpopulation dans les écoles et fournir les services professionnels et le matériel dont les enfants et leurs enseignants ont besoin.C\u2019est l\u2019avenir de nos enfants et celui du Québec qui en dépendent.Voilà pourquoi des milliers de parents formeront de nouveau des chaînes humaines devant les écoles le 1er février prochain.Éducation: l\u2019heure des choix GUY TAILLEFER L E D E V O I R , L E J E U D I 2 8 J A N V I E R 2 0 1 6 A 9 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagné (adjoints à la direction de l\u2019information), Antoine Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idées), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Michaël Monnier et Olivier Zuida (recher- chistes photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Julie Carpentier (pupitre); information culturelle : Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), François Lévesque et Caroline Montpetit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineau(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre); information internationale : Jean-Pierre Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives), Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); Loïc Hamon (cahiers spéciaux); équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G.Ferraris et Coralie Mensa (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Mélisande Simard (adjointe par intérim), Jean de Billy, Jean-François Bossé, Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais (coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Geneviève O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service à la clientèle), Manon Blanchette, Nathalie Filion et Kevin McKissock.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Claudette Béliveau (adjointe administrative), Florentina Draghici et Xavier Pigeon (par intérim).L O U R D E S R O D R I G U E Z D E L B A R R I O V I V I A N L A B R I E Au nom de l\u2019équipe de recherche interuniversitaire ERASME Extraits d\u2019une lettre envoyée aux membres de l\u2019Assemblée nationale du Québec u moment où une commission de l\u2019Assemblée nationale entre- pr end des consultations sur le projet de loi 70 «visant à permettre une meilleure adéquation entre la formation et l\u2019emploi ainsi qu\u2019à favoriser l\u2019intégration en emploi», nous faisons appel à vous pour contrer ce projet de loi, qui comporte des reculs inacceptables en matière d\u2019aide sociale, et pour remettre le Québec sur ses rails dans la lutte contre la pauvreté.À l\u2019automne 1997, un « Parlement de la rue » s\u2019est réuni devant l\u2019Assemblée nationale pour dénoncer le projet de loi 186 sur le soutien du revenu et favorisant l\u2019emploi et la solidarité sociale.Ce projet de loi assujettissait les personnes demandant l \u2019aide sociale à de nouvelles obligations, sous couvert d\u2019un «parcours individualisé vers l\u2019insertion, la formation et l\u2019emploi ».Ces obligations étaient assorties de réductions importantes de prestations lorsqu\u2019une personne ne se conformait pas au parcours, par exemple en refusant une mesure.Le projet de loi 186 a été adopté.La dégradation de l\u2019aide sociale a heureusement suscité une mobilisation citoyenne sans précédent.Une loi contre la pauvreté En 2002, le gouvernement s \u2019est rendu aux arguments apportés.Il a déposé un projet de loi visant à lutter contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale, qui a été adopté à l\u2019unanimité et avec fierté par votre Assemblée.Cette loi constate que les personnes en situation de pauvreté sont les premières à agir.Elle reconnaît la responsabilité de la société.Elle engage à tendre vers un Québec sans pauvreté.Et elle introduit, à son article 15, le principe d\u2019un revenu non réductible au titre de l\u2019aide sociale, dont le niveau doit être fixé après avis du Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale (CCLPES).En 2005, la législation sur l\u2019aide sociale a été modifiée de manière à dissocier l\u2019accès à l\u2019aide de dernier recours et l\u2019aide à l\u2019emploi.En 2009, à partir des indicateurs élaborés par le Centre d\u2019étude sur la pauvreté et l \u2019exclusion, le CCLPES a estimé que le revenu incompressible d \u2019une personne à l\u2019aide sociale devait en venir à correspondre à la couver ture des besoins de base selon la Mesure du panier de consommation.Ce revenu était et reste, pour les personnes jugées aptes à l\u2019emploi, inférieur à la moitié du montant nécessaire.En novembre 2015, quelques jours après l\u2019annonce de consultations en vue de la prochaine mouture du Plan d\u2019action prévu par la loi sur la pauvreté, le ministre du Travail, de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale a proposé, dans le projet de loi 70, le même type de contraintes inacceptables que compor tait le projet de loi 186 de 1998 : un «Plan d\u2019intégration en emploi» obligatoire pour certaines personnes demandant l\u2019aide sociale, dans le cadre d\u2019un programme Objectif Emploi.Ce programme deviendrait, pour ces personnes, un préalable à l\u2019accès à l\u2019aide sociale et les exposerait à de fortes pénalités en cas de non-conformité.Clairement, le principe d\u2019un revenu non réductible, mis en œuvre depu is 2005, est remis en cause, sans compter la perte de droits de recours.L\u2019ampleur de ces reculs dépendra de textes réglementaires et de décisions discrétionnaires du ministre.Faut-il se résigner à admettre, comme ce serait le cas ici, un immense gaspillage d\u2019intelligence citoyenne et parlementaire?L\u2019action collective nous a conduits à une avancée.Pourquoi revenir à la case départ ?Ce projet de loi prend valeur de test, pour vous, pour notre société, pour la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale, qui appelle à agir sur les causes de la pauvreté avec constance et cohérence.Construire les solidarités Les causes du problème sont profondes.Elles touchent à notre sens de l\u2019interdépendance et à notre compréhension de ce qui construit la richesse d\u2019une société.Agir sur ces causes suppose que nous os ions mettre en quest ion une pensée et des politiques économiques qu i concentrent les avoirs et la richesse f inanc ière sur une é l ite en pré tendant assa in ir les f i - nances publiques.Il faudra aussi oser porter attention aux diverses façons de contribuer à la société.Le tout-à-l\u2019emploi n\u2019est pas une panacée.Ensuite, qui a dit que la richesse collective ne se construit que par l\u2019emploi tel que comptabilisé dans le PIB?Nos travaux, et l\u2019expérience des regroupements de centres de femmes, d\u2019autres possibilités de ressources en santé mentale, d\u2019organismes consacrés aux personnes réfugiées et immigrantes qui font partie de notre équipe de recherche, nous font voir à quel point cette richesse se constr uit aussi à la marge de ce qu\u2019on compte dans les statistiques de l\u2019économie de marché et de la main-d\u2019œuvre.Quand on constate un écart de 11 ans dans l\u2019espérance de vie entre quartiers et régions plus riches et plus pauvres \u2014 les circonscriptions que vous représentez \u2014, comment justifier que soit soumis à de nouvelles contraintes l\u2019accès à un revenu qui devrait permettre de couvrir les besoins essentiels des ménages quand d\u2019autres formes de revenu font défaut ?Comment peut-on risquer de compromettre davantage la santé physique et mentale des plus pauvres?Pourquoi alourdir encore ces vérifications humiliantes?Votre Assemblée ne peut détourner le regard devant le « deux poids, deux mesures » en train de s\u2019ériger en système.Par la loi de 2002, elle a marqué sa volonté d\u2019agir sur les causes et les conséquences de la pauvreté.Le prochain pas doit nous faire progresser dans l\u2019amélioration des revenus des plus pauvres.Il dépend de la construction d\u2019une volonté politique en ce sens.Ne laissez pas le projet de loi 70 vous entraîner à contresens.Et utilisez votre pouvoir législatif pour construire les solidarités nécessaires au seul Québec qui puisse nous intéresser toutes et tous : un Québec pluriel et interdépendant, sans pauvreté, riche pour tout le monde et riche de tout son monde.Cette lettre est appuyée par la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, le Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec, L\u2019R des centres de femmes du Québec et les professeurs et professeures de l\u2019École de travail social de l\u2019Université de Montréal.AIDE SOCIALE Des reculs inacceptables G I L L E S M C M I L L A N Essayiste ans La l i gne du risque, paru en 1963, P i er r e Vadebon - cœur constatait, fidèle à l\u2019esprit de révolte du Refus global, qui animait encore quelques idéalistes au début des années 1960, la pauvreté spirituelle, culturelle et intellectuelle du Québec.Il notait : « Le capitalisme, au moment de son développement, nous a trouvés dans cet esprit de ténacité passive et de volonté paisible de durer dans des conditions adverses, comme des canards sous la pluie.Nous n\u2019avions pas depuis longtemps entrepris grand-chose contre la Conquête.L\u2019invasion capitaliste pouvait for t bien passer aussi pour un de ces faits souverains contre lesquels on ne peut rien que durer tant bien que mal.Aussi notre peuple, l\u2019un de ceux qui ont le plus intérêt à lutter contre le capitalisme, est pour tant un de ses meilleurs alliés !\u2026 Nos nationalistes les plus prestigieux ne soufflent mot de lui et même ils collaborent avec lui par leurs alliances politiques.Sauf depuis quelque temps et de la part de gens qui passent pour des rêveurs, jamais nous n\u2019entendons le langage de la libération.[éditions HMH, 1963, p.192]» Aujourd\u2019hui, au moment où des funérailles nationales sont consacrées à René Angélil, promoteur de l\u2019industrie culturelle chargée de produire la culture de masse et l\u2019imaginaire du capitalisme (langage, modèles, comportements), on peut af firmer qu \u2019 il n \u2019y a pas grand-chose qui a changé au Québec depuis le début des années 60.En fait, les choses se sont aggravées.Aussi, pourrions-nous écrire avec Vadeboncœur : Nos nationalistes les plus prestigieux ne jurent plus que par le capitalisme et en font la promotion par leur soumission totale à son esprit.Fini la résistance culturelle, intellectuelle : la démission est absolue, place aux simulacres.Que les vedettes de la télé et de cette même industrie du divertissement se déchirent la chemise devant les caméras pour célébrer le célèbre couple va de soi.Consacrer des funérailles nationales au sympathique impresario va également de soi : on reste dans le domaine du spectacle et du tape-à-l\u2019œil, de l\u2019égoportrait et de l\u2019électoralisme.Du reste, Angélil et consorts dictent dorénavant la religion d\u2019État en formant la nouvelle Église, bien célébrée par les médias depuis déjà un demi -siècle (Pasolini avait tout vu).La démission devient totale quand on lit ce paragraphe dans Le Devoir sous la plume rose de Lise Payette, nationaliste notoire, féministe proclamée et autoproclamée \u2014 c\u2019est d\u2019ailleurs pour ces étiquettes dites progressistes que le journal lui a confié une chronique : «Un jour, il a trouvé sur le bord de la route une petite fille tout à fait inconnue qui lui dit : \u201cJe voudra is ê tre chanteuse .\u201d Quand il l\u2019a entendue chanter, il a eu les larmes aux yeux.Il a entrepris un changement complet de la petite, l\u2019a obligée tout doucement à devenir une femme et quand il a vu qu\u2019elle était enfin prête, il lui a of fert le monde à ses pieds.» Fantasme macho L\u2019amour cour tois version culture de masse : le XIIe siècle au XXIe.Et c\u2019est faire injure à l\u2019imaginaire de la littérature courtoise que de le comparer à cette histoire d \u2019une réussite version Québec-Los Angeles.Conte de fée, dites- vous ?Conte de filles, peut- être ?Regarder le monde se lover à ses pieds du haut de la culture américaine triom - phante, of fer t par son mâle (magicien, thaumaturge) sans qui vous n\u2019êtes pas une femme (donc pas d\u2019autonomie possible pour elle), a quelque chose d\u2019ignoblement occidental dans ce que ce fantasme a de plus impérialiste, macho, brutal, c \u2019est le moins qu \u2019on puisse dire, mais que ne dit pas Mm e Lise Payette.Elle dit même le contraire.On pourrait paraphraser le titre d\u2019un ouvrage féministe bien connu : conte de filles en série\u2026 Que le couple Angélil-Dion ait prospéré sur un modèle culturel éculé, aliéné et aliénant, c \u2019est une chose, que ceux et celles qui se présentent comme les émancipateurs et émancipatrices de la société s\u2019en fassent les chantres au nom de la nation, de la culture et de l\u2019égalité entre les sexes en est une autre.Remarquez bien qu\u2019il n\u2019y a pas de surprise non plus dans cette dure vérité , cynique et décourageante.Mais qu\u2019elle s\u2019énonce avec une telle candeur devient franchement inquiétant.La ligne du risque a bel et bien été franchie, du côté lamentable des choses.LA RÉPLIQUE \u203a RENÉ ANGÉLIL Conte de fée, dites-vous ?LE DÉCLENCHEUR « Quand il l\u2019a entendue chanter, il a eu les larmes aux yeux.Il a entrepris un changement complet de la petite, l\u2019a obligée tout doucement à devenir une femme et quand il a vu qu\u2019elle était enfin prête, il lui a of fert le monde à ses pieds.» \u2014 Lise Payette, « René Angélil était un magicien », Le Devoir, 22 janvier P I E R R E S I M A R D Professeur à l\u2019ENAP ierre Karl Péladeau aurait fait appel à des paradis fiscaux pour faire prospérer Québecor.Et puis ?Milton Freidman ne disait-il pas que la responsabilité sociale d\u2019une entreprise est de maximiser ses profits tout en respectant le cadre légal?Les champions de l\u2019éthique et de la rectitude politique ne cessent de clamer que les paradis fiscaux, même légaux, vampirisent l\u2019État.Bien sûr ! Mais ils devraient sur tout ajouter qu\u2019ils privent nos élus d\u2019argent pour s\u2019acheter des votes.L\u2019État redistribue ou investit avec incompétence l\u2019argent puisé dans nos poches et dans celles des entreprises.On n\u2019a qu\u2019à suivre nos prétendus investissements collectifs dans des projets d\u2019avions et d\u2019éoliennes risqués et peu rentables pour se convaincre qu\u2019il est beaucoup plus facile de dilapider la richesse des autres que de la créer.Aussi, qu\u2019une compagnie prospère comme Québecor ait réussi à se soustraire légalement des tentacules du fisc pour ensuite réinvestir ses profits au Québec et au Canada est paradoxalement favorable à notre économie.Qui sait si Qué- becor aurait pu soutenir son développement sans ces sommes économisées du fisc?Soyons honnêtes, ce sont les enfers fiscaux qui enfantent les paradis fiscaux.Si des contribuables paient des fiscalistes à grands frais pour faire voyager leurs avoirs avant de les ramener au pays, c\u2019est qu\u2019ils estiment que les impôts décrétés par nos gouvernements sont abusifs.Aux yeux de l\u2019économiste des choix publics, la concurrence fiscale est notre seul rempart contre des gouvernements cherchant constamment à nous en soutirer davantage.Sans la menace de voir les profits des entreprises et les revenus des par t icul iers fu ir vers des contrées fiscales plus clémentes, qui sait jusqu\u2019où l\u2019État presserait le citron.Plus on augmente les impôts, plus on encourage les contribuables à rivaliser d\u2019ingéniosité pour y trouver des échappatoires.Il arrive même un moment où toute nouvelle hausse de taxes diminue les revenus de l\u2019État.Pour contrer le phénomène, plusieurs pays ont revu leur politique fiscale de manière à alléger le fardeau des contribuables.La plupart de ces réformes ont permis aux citoyens d\u2019améliorer leur qualité de vie, aux entreprises d\u2019accélérer leur développement et à l\u2019État de maintenir, voire d\u2019augmenter ses revenus.Tout simplement parce que l\u2019allégement fiscal réduit l\u2019appel aux échappatoires ; parce qu\u2019il devient moins risqué et onéreux de payer des impôts raisonnables que d\u2019investir dans la recherche de moyens d\u2019y échapper.Faire du Québec un paradis fiscal Heureusement, combattre les paradis fiscaux est un exercice futile pour les États souverains.Le seul moyen réellement efficace de limiter leur utilisation, c\u2019est de transformer le Québec en paradis fiscal.Dans un Québec qui s\u2019appauvrit dangereusement, nous n\u2019avons pas besoin d\u2019un PKP incarnant la vertu ; d\u2019un politicien reniant son passé ou faisant diversion en accusant la famille Desmarais d\u2019utiliser les mêmes stratagèmes d\u2019affaires que lui.Seul l\u2019homme d\u2019affaires sensible aux abus fiscaux de l\u2019État saura ramener le Québec sur le chemin de la prospérité.PKP et les enfers fiscaux OLIVIER ZUIDA LE DEVOIR En 2002, l\u2019Assemblée nationale a adopté à l\u2019unanimité une Loi visant à lutter contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale.Ces intentions sont absentes de la réforme proposée par le projet de loi 70.A D P Nos nationalistes les plus prestigieux ne jurent plus que par le capitalisme L E D E V O I R , L E J E U D I 2 8 J A N V I E R 2 0 1 6 A 10 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 2050, rue De Bleury, 9e étage, Montréal (Québec), H3A 3M9.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 / 418 643-1541 Par courriel redaction@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3360 Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par télécopieur 514 985-3390 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3344 Par courriel avisdev@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone 514 985-3322 Par télécopieur 514 985-3340 Abonnements (lundi à vendredi, 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 463-7559 Par courriel abonnements@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-5967 Agenda culturel Par courriel agenda@ledevoir.com Les bureaux du Devoir sont situés au 2050, rue De Bleury, 9e étage, Montréal (Québec), H3A 3M9 Place-des-Arts Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h Renseignements et administration : 514 985-3333 sur Facebook et sur Twitter Le Devoir sur ledevoir.com A C T U A L I T É S C\u2019est parce que le prés ident Clinton a cru qu\u2019Internet allait aider à dif fuser la culture américaine à travers le monde, parce qu\u2019il l\u2019a soutenu, que la Toile a pu se tisser avec tant de solidité, soutient Mavrikakis.« Ce n\u2019est pas la technologie qui fait qu\u2019on construit des tours si hautes par tout ces temps-ci.On veut des tours plus hautes, et on se donne les moyens pour y arriver.On a intériorisé l\u2019idée que l\u2019arrivée des technologies imposait un changement de structures sociales.Ce n\u2019est pas le cas.Regardez nos téléphones intelligents.On dit \u201cmaintenant, on est tout le temps en train de travailler\u201d, comme si les téléphones en étaient la cause, alors que cette idée du travail traverse la société depuis la fin du XVIIIe siècle.» La technologie, en quelque sorte, naîtrait aussi de nos aliénations ?« Tout à fait.» Sur l\u2019image, Mavrikakis rappelle que la photographe et sociologue Gisèle Freund, en 1936, soulignait que c\u2019est grâce aux bourgeois que la photo a pris son envol \u2014 eux qui, depuis le règne de Louis XVI, aimaient être représentés dans des portraits princiers, trouvaient dans la photo une manière facile de poser en « citoyens-rois », de se voir en « individus qui pourraient eux aussi traverser l\u2019histoire, être immortalisés par ce type d\u2019image », écrit l\u2019auteur.Et c\u2019est peut-être le renversement de pouvoir, le fait que désormais les images sont produites par le peuple plutôt que par des spécialistes, des institutions, des pouvoirs, qui dérange.Nous voilà donc tous artistes, et tous rois dignes d\u2019être représentés et objets des gazettes, dussions-nous les écrire nous-mêmes à coups de statuts Facebook.Narcissiques, les égopor- traits ?Il faudrait avoir l\u2019arrogance de penser que notre époque a inventé la vanité, rétorque Mavrika- kis, qui veut contrer ainsi les apocalyptiques de notre ère.«À l\u2019arrivée du téléphone, on a eu peur que les femmes à la maison se mettent à communiquer avec leurs amants sans laisser de traces.» Ces craintes ressurgissent à l\u2019invention de la photo, puis à l\u2019apparition de l\u2019appareil portatif Kodak, « où on s\u2019est mis à se demander ce qu\u2019on allait faire de toutes ces images insignifiantes.Avec le cinéma, ç\u2019a été la même folie\u2026» Images consensuelles Mais celui qui est aussi professeur au collège Jean-de-Brébeuf n \u2019est pas qu \u2019optimiste .« Alors qu\u2019avec toutes ces technologies, on devrait assister à une diversité et une prolifération inédite, et avoir accès à tout ce qui se passe sur la planète, ça n\u2019arrive pas\u2026 On a finalement, comme le dit le philosophe Jacques Rancière, toujours le même type d\u2019images et de textes qui reviennent.» Il y a trop d\u2019images ?Non, répond Nicolas Mavrikakis, il y a trop d\u2019images consensuelles.Et le critique ne peut s\u2019empêcher d\u2019imaginer la contestation nécessaire venir des ar ts.De ces créateurs qui « jouent sur des reprises de codes, l\u2019ironie, la citation pour réinventer des rituels, des manières d\u2019être ensemble, qui cherchent à faire du texte et de l\u2019image des outils d\u2019invention de soi plutôt que de soumission au pouvoir ».Ils sont rares, dit-il, «ceux qui théorisent, qui prennent le parti de l\u2019image et du texte en disant qu\u2019il faut arrêter d\u2019être dans la peur ».Il nomme Sophie Calle « et son désir de nous faire réfléchir à travers l\u2019image, de créer des tensions entre texte et image, de ne pas rester dans la transparence des moyens d\u2019expression» ; Hervé Guibert ; Nan Goldin, «qui présente des individus très dif férents » ; Thomas Hir- schhorn, «qui fait défiler des corps détruits par les guerres, reprenant des images dont on ne connaît pas la source, mais qui vous mettent au courant de ce qui se passe dans la société, en prise directe ».Tous ceux-là qui créent un dialogue entre le texte et l\u2019image, un dialogue qui, lui, par manque d\u2019éducation, se délite peut-être dangereusement dans l\u2019air du temps.Le Devoir LA PEUR DE L\u2019IMAGE D\u2019HIER À AUJOURD\u2019HUI Nicolas Mavrikakis Varia Montréal, 2015, 310 pages SUITE DE LA PAGE 1 IMAGE Rectificatif Dans l\u2019article d\u2019Éric Desrosiers intitulé «La Chine met en garde tous les Soros de ce monde» et publié en page B 2 de notre édition du 27 janvier, nous avons attribué à tort des origines grecques à George Soros, alors que le célèbre spéculateur est né à Budapest, en Hongrie.Nos excuses.«Cette situation est d\u2019autant plus alarmante que nous avons procédé au rapatriement de tous les budgets résiduels disponibles », ajoute-t-il.Il rappelle que le CIUSSS n\u2019a d\u2019autre choix que d\u2019arriver à l\u2019équilibre budgétaire, sans quoi la dépense sera reportée à l\u2019année suivante.«Ceci signifie qu\u2019en plus des compressions budgétaires supplémentaires prévues par le ministère en 2016-2017, nous aurions l\u2019obligation d\u2019ajouter des compressions additionnelles pour résorber notre déficit de l\u2019année précédente.» Le p.-d.g.annonce des «actions spécifiques et concrètes » permettant d\u2019atteindre «des résultats immédiats », dont un gel des dépenses et un « recentrage sur les activités organisationnelles prioritaires ».On veut se concentrer notamment sur le déménagement de l\u2019urgence de l\u2019hôpital Maisonneuve-Rosemont, qui aura lieu ce samedi.La direction du CIUSSS précise au passage que l\u2019on abandonne le projet Planetree, une approche visant à améliorer l\u2019expérience du patient qui a fait l\u2019objet de plusieurs critiques dans les médias récemment.À maintes reprises, dans sa note de service, le p.-d.g.parle de l\u2019urgence d\u2019agir.« Il n\u2019y a pas de petites économies, et je réitère l\u2019importance d\u2019agir dès à présent, à moins de conséquences trop importantes.» Il lance un «appel à tous », une « invitation à livrer un ef fort collectif pour les intérêts supérieurs de notre population ».Il ajoute qu\u2019il faut « utiliser ce moment dif ficile comme levier pour réaliser nos aspirations».Des gains de 3 millions Le ton du message est grave, mais en entrevue au Devoir, le p.-d.g.du CIUSSS de l\u2019Est-de-l\u2019Île- de-Montréal tente de se faire rassurant.« Il ne faut pas oublier qu\u2019on a un budget de 1,1 milliard, donc on est à 0,45% de l\u2019équilibre budgétaire.» Yvan Gendron affirme avoir fait des gains importants depuis que la note de service a été envoyée il y a deux semaines.Le déficit serait ainsi passé de 10,4 à 7,4 millions.Il af firme avoir réussi à récupérer 2 millions en dépenses administratives, notamment grâce à des achats regroupés.L\u2019autre million provient de mesures qui ont été mises en place plus tôt cet automne et qui commencent à porter leurs fruits.Dans la foulée des compressions imposées par Québec, plusieurs affirment qu\u2019il n\u2019y a plus de marge de manœuvre et que tout ce qui pouvait être coupé l\u2019a déjà été.Mais Yvan Gendron n\u2019est pas de cet avis.«Je pense qu\u2019il y a encore des gains [possibles] et on a cerné certains secteurs.» Dans ce sens, il estime que la fusion des établissements de santé du territoire permet de réaliser des « gains rapides ».Au CIUSSS de l\u2019Est-de-l\u2019Île-de-Montréal, on a réussi à gagner 7 millions grâce aux achats en commun et un autre 7 millions avec l\u2019abolition de postes de cadres administratifs, précise-t-il.Services à la population Yvan Gendron répète qu\u2019aucun service à la population n\u2019a été touché jusqu\u2019à présent.«Par contre, c\u2019est sûr que la population continue de vieillir ; les solutions d\u2019aujourd\u2019hui en matière de nombre de ressources ne seront plus suf fisantes dans un an ou deux.Il va falloir continuer à augmenter le niveau de service, et ça, c\u2019est le défi, c\u2019est entendu, au-delà de la situation budgétaire du gouvernement.» Se qualifiant d\u2019« optimiste réaliste », il croit être en mesure de respecter le plan de redressement qui sera présenté à Québec dans les procha ins jours .« Oui, on a un ef for t de 7,4 millions encore pour se rendre à l\u2019équilibre budgétaire d\u2019ici le 31 mars.Jusqu\u2019à quel point va-t-on y arriver ?On verra d\u2019ici deux mois.Mais de toute façon, les mesures que l\u2019on entreprend, on veut qu\u2019elles soient récurrentes.On ne veut pas pelleter par en avant et on a une masse budgétaire impor tante dans laquelle on peut faire des choix.» Message fort Questionné sur la différence de ton entre la note interne, envoyée il y a deux semaines, et son discours en entrevue, le p.-d.g.Yvan Gendron répond qu\u2019il fallait que le message soit « clair et précis » pour aller chercher les résultats attendus de son équipe.«Quand on gère un établissement de 15 000 employés avec 1000 médecins et 5000 stagiaires, il faut que le message marque pour qu\u2019il soit entendu.» Quant à l\u2019appel à la créativité de ses gestionnaires, il répond qu\u2019il veut impliquer ses gestionnaires et leur donner plus d\u2019autonomie.«Le défi, dans toute organisation, c\u2019est la communication.Alors, on voulait leur dire : si vous avez de bonnes idées, faites-le-nous savoir.Proposez- nous des solutions qui vont nous permettre de donner de meilleurs services à moindre coût.Je fais appel aux gens et à leur mobilisation.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 SANTÉ ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR L\u2019art et le droit d\u2019auteur Le critique d\u2019art et penseur Nicolas Mavrikakis s\u2019enflamme quand il aborde la question du copyright, du droit d\u2019auteur sur l\u2019image en art contemporain.« J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019on est dans un dérapage honteux.» Qu\u2019on doive payer des frais pour reproduire une œuvre, mais qu\u2019on n\u2019accorde pas de droits de suite aux créateurs lui semble un glissement incohérent.« [Le peintre et sculpteur automatiste] Marcel Barbeau, qui vient juste de mourir, était enragé là-dessus : des œuvres qu\u2019il avait vendues 1000$ ou 2000$ dans sa jeunesse se revendaient 300 000$ ou 400 000$ sans qu\u2019il en ait un sou, mais on lui donnait 150$ pour reproduire un de ses tableaux dans un livre d\u2019art.Cette question est importante : si on veut que le spectateur ait un pouvoir sur l\u2019image, il faut qu\u2019il ait la capacité de se les approprier, de les utiliser, d\u2019en faire un usage propre.» Le coût total des élections est estimé à 60 millions $US, d\u2019après des chiffres transmis mercredi par le Conseil électoral provisoire (CEP).Le New York Times a révélé la semaine dernière que les États-Unis ont fourni près de 33 millions $US de leur côté.Mais en échange de cet appui, la communauté internationale a-t-elle fait pression pour que la dernière ronde des élections ait lieu le 24 janvier, même s\u2019il était depuis longtemps évident que ce ne serait pas possible ?Le CEP a décidé d\u2019annuler le scrutin deux jours avant sa tenue, et seulement après une escalade de violences.«La communauté internationale a soutenu le processus électoral entamé par le gouvernement haïtien et qui entrait dans les normes de sa Constitution, se défend en entrevue l\u2019ambassadrice du Canada en Haïti, Paula Caldwell St- Onge.Et nous allons continuer de le faire, parce que nous avons besoin d\u2019interlocuteurs et d\u2019institutions [légitimes].» Selon Mme Caldwell St-Onge, la communauté internationale (ici rassemblée au sein du «Core Group », qui réunit des gens de l \u2019ONU, de l \u2019Union européenne (UE) et de l \u2019OEA, de même que les ambassadeurs du Canada, du Brésil, de France, des États-Unis et d\u2019Espagne) est essentiellement là pour accompagner les Haïtiens dans le processus.«C\u2019est un pays souverain», rappelle-t-elle.Le Core Group plaide tout de même pour que la crise actuelle ne s\u2019éternise pas.« Nous voulons \u2014 comme tout le monde \u2014 que l\u2019on complète l\u2019élection présidentielle [qui servira aussi à élire 6 sénateurs et 26 députés] », dit- elle.Et plus tôt que tard, ajoute Mme Caldwell St-Onge.«On ne veut pas voir un gouvernement de transition qui dure un an ou deux», dit-elle.Pressions?Depuis plusieurs jours, le rôle joué par la communauté internationale dans le fiasco électoral occupe les discussions à Por t-au- Prince.Le New York Times a soutenu jeudi dernier que le gouvernement Obama a « fait pression sur les politiciens haïtiens pour qu\u2019ils aillent de l\u2019avant avec l\u2019élection » du 24 janvier, peu importent les cafouillages observés lors des premiers tours.« Investir [60 millions $US] pour des élections qui ne conduisent pas à la stabilité politique, c\u2019est du gaspillage, disait mardi dans Le Monde le président du Sénat haïtien, Jocelerme Pri- vert.Dommage que les représentants de la communauté internationale l\u2019aient compris trop tard, on aurait pu éviter de nombreux actes de violence.» D\u2019autres font par contre valoir que de rejeter la faute sur la communauté internationale relève d\u2019un certain réflexe haïtien, traduit par l\u2019expression créole « se pa fòt mwen» : « ce n\u2019est pas de ma faute ».«La communauté internationale a le dos large », soupirait un diplomate cette semaine.Les deux premiers tours des élections législatives et présidentielles, le 9 août et le 25 octobre, ont été « entachés d\u2019irrégularités », selon la Commission indépendante d\u2019évaluation électorale.Jusqu\u2019à quel point ?C\u2019est sujet à débat.La Mission d\u2019observation des élections de l\u2019Organisation des États américains (OEA) a par exemple jugé satisfaisant le scrutin du 25 octobre, qui s\u2019est déroulé dans le calme \u2014 contrairement à celui du 9 août .Le Core Group adhère essentiellement à cette analyse, selon Mme Caldwell St-Onge.«Après le 25 octobre, le climat a été plutôt bon jusqu\u2019à l\u2019annonce des résultats le 5 novembre, dit l\u2019ambassadrice.À partir de là, on a vu du mécontentement de la part de ceux qui espéraient gagner.Ils ont commencé à dire que le processus n\u2019était pas bon, et tout a dégénéré en méfiance.» Mystère L\u2019opposition au président sor tant, Michel Martelly, parle d\u2019une « véritable farce », évoquant des « fraudes massives » et un processus vicié.Le poulain de M .Mar telly, Jovenel Moïse, a récolté près du tiers des voix au premier tour, quelque huit points devant Jude Célestin.Une semaine après l\u2019annulation du scrutin, la situation demeure tendue à Port-au-Prince, notamment parce que personne ne sait ce qui va se passer à partir de maintenant.La suite du processus électoral est nimbée d\u2019un épais brouillard.Quand le scrutin pourra- t-il être tenu ?Saura-t-il cette fois susciter l\u2019adhésion des Haïtiens, extrêmement suspicieux par rapport au processus et aux élites politiques ?En théorie, Michel Martelly entend céder sa place le 7 février, comme le prévoit la Constitution.Mais à qui ?Un gouvernement de transition?Un mystère qui suscite les passions et divise les opinions.Le Core Group participe de près aux tractations de coulisses autour de ces questions.Mais ici comme ailleurs, Mme Caldwell St-Onge soutient que la communauté internationale est là « pour appuyer le dialogue » et la « recherche d\u2019un consensus ».« J\u2019ai bon espoir que les Haïtiens vont trouver la bonne solution», dit-elle.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 HAÏTI HECTOR RETAMAL AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019élection servira à élire 1 président, 6 sénateurs et 26 députés.Investir [60 millions de dollars US] pour des élections qui ne conduisent pas à la stabilité politique, c\u2019est du gaspillage Le président du Sénat haïtien, Jocelerme Privert, dans une entrevue au Monde « » "]
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