Le devoir, 23 janvier 2016, Cahier B
[" Michel David PKP a-t-il ce qu\u2019il faut pour survivre en politique?Page B 3 Manon Cornellier Une politique ?oue sur la lutte antiterroriste Page B 2 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 J A N V I E R 2 0 1 6 Sciences Un extraordinaire outil permettant de modi?er le génome à volonté Page B 6 C H R I S T I A N R I O U X Correspondant à Paris Il n\u2019y a que deux heures et demie de route entre Schengen et Cologne.Mais il se pourrait bien qu\u2019entre ces deux villes, une certaine idée de l\u2019Union européenne ait vécu.Si, depuis 1995, à cause des accords du même nom, la petite ville luxembourgeoise de Schengen symbolise la libre circulation entre les membres de l\u2019Union européenne, la ville de Cologne semble au contraire en train de devenir le symbole de toutes les fractures européennes.Depuis que, dans la nuit de la Saint- Sylvestre, se sont produites sur la place de la Gare à Cologne des centaines d\u2019agressions sexuelles apparemment commises par des immigrants maghrébins ou du Proche-Orient, rien ne semble plus pareil.Même un ancien député centriste aussi proeuropéen que Jean- Louis Bourlange n\u2019hésite pas à parler de « choc des civilisations ».Depuis ces évé- nements qui continuent de déchirer l\u2019Allemagne, l\u2019isolement de la chancelière Angela Merkel est monté d\u2019un cran alors que même ses alliés n\u2019hésitent plus à bousculer ce grand symbole européen qu\u2019est la libre circulation.Cette semaine, 44 députés de la CDU, le parti d\u2019Angela Merkel, lui ont ouvertement adressé une lettre lui demandant de changer de politique à l\u2019égard des demandeurs d\u2019asile.«Nous faisons face à des demandes excessives pour notre pays.Nous pensons qu\u2019il est urgent de changer d\u2019attitude à l\u2019égard des flux migratoires actuels et de revenir au strict respect des lois existantes », écrivent les dissidents.En l\u2019absence (remarquée) d\u2019Angela Merkel à Davos, le président de la République fédérale, Joachim Gauck, est allé dire au monde des af faires que l\u2019Allemagne ne pouvait pas « accueillir tout le monde ».Une allusion à peine voilée à la politique de la porte ouverte de la chancelière et une ingérence dans la politique du gouvernement plutôt exceptionnelle de la part d\u2019un président allemand.Schengen en pièces Le respect des accords de Schengen et la fermeture des frontières (déjà effective dans les pays du nord de l\u2019Europe et en France) sont au cœur du débat.Selon le ministre des Transpor ts, Alexander Dobrindt, devant la perspective af folante de devoir accueillir en 2016, comme en 2015, un autre million de migrants, l\u2019Allemagne doit sérieusement songer à un « plan B ».« Nous devons nous préparer à ce que nous n\u2019échappions pas à la fermeture des frontières », a-t-il déclaré au Münchner Merkur.Le temps presse pour Angela Merkel qui s\u2019est engagée à réduire l\u2019afflux de réfugiés sans pour autant fermer les frontières.Malgré un accord avec la Turquie (à qui l\u2019Union européenne s\u2019est engagée à verser 3 milliards d\u2019euros), de 2000 à 3000 migrants arrivent encore quotidiennement en Grèce via la Turquie.L\u2019appel d\u2019air créé par la chancelière en septembre ne diminue donc pas.Ainsi, de juin à décembre, le nombre des demandeurs d\u2019asile algériens est passé de 847 à 2296.Celui des demandeurs d\u2019asile marocains, de 368 à 2896.On s\u2019attend malheureusement à ce que ce r ythme s\u2019accélère dès que le printemps sera revenu.Même les sociaux-démocrates (SPD) réclament désormais une réduction rapide du nombre de réfugiés.Dès le 13 mars prochain, trois scrutins régionaux pourraient ainsi sanctionner la chancelière.Des scrutins où le parti anti-immigration, Alternativ für Deutschland (AFD), risque de recueillir plus de 10 % des voix si l\u2019on se fie aux sondages actuels.L\u2019Autriche « lâche» l\u2019Allemagne Déjà, l\u2019Allemagne n\u2019hésite pas à faire quelques entorses à la libre circulation.Depuis la fermeture des frontières de la Suède et du Danemark, les gardes-fron- tières bloquent chaque jour environ 200 migrants venus d\u2019Autriche et qui déclarent vouloir se rendre dans les pays de l\u2019Europe du Nord.Après la Suède et de Danemark, l\u2019Autriche s\u2019apprête, elle aussi, à lâcher l\u2019Allemagne et à plafonner les entrées de demandeurs d\u2019asile.En proportion, ce petit pays de 8,5 millions d\u2019habitants a accueilli presque autant de migrants (90 000) que son puissant voisin.«Nous ne pouvons pas accueillir tous les demandeurs d\u2019asile », dit le chancelier autrichien, Werner Fay- mann, qui veut réduire dès cette année les entrées de 60 %.« Le temps presse : si après le mois de mai, l\u2019Allemagne enfreint les règles du code de Schengen, celui-ci s\u2019écroulera.Et si Schengen s\u2019écroule, l\u2019Europe explosera », a confié au quotidien Le Monde un haut responsable de l\u2019Union européenne.Alors que l\u2019Allemagne tente de ressusciter les malheureux quotas européens qui permettraient de répartir l\u2019effort, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a publiquement demandé à la chancelière d\u2019oublier cette idée et de revenir sur sa promesse de ne pas refouler de réfugiés syriens.«Cette vague de migration est trop for te pour ne pas être stoppée », a-t-il déclaré au quotidien Le Figaro.Quant aux quotas, poursuit-il, « Il n\u2019existe pas de majorité dans l\u2019Union européenne pour un tel système.Cette fois, l\u2019Europe centrale n\u2019est pas le seul problème.Même la Suède, pourtant généreuse, juge la situation intenable.[\u2026] Le débat a changé : il a gagné le grand public et échappe aux politiques.Écoutez ce que dit la rue ! » Merkel isolée Sur la question des migrants, l\u2019Allemagne est aujourd\u2019hui en minorité dans l\u2019Union européenne.À Br uxelles, on n\u2019hésite plus à évoquer un « après-Schen- gen » .Aux prises avec l \u2019af flux de migrants, le gouvernement néerlandais avait d\u2019ailleurs dit réfléchir à l\u2019idée de créer un « mini-Schengen » regroupant l\u2019Allemagne, la Belgique, la Suède, l\u2019Autriche et le Luxembourg\u2026 mais pas la France ! « C\u2019est là où nous en sommes actuellement en Europe, je suis désolé de le dire », a déclaré au journal Les Échos le UNION EUROPÉENNE De Schengen à Cologne L\u2019Europe succombera-t-elle à ses fractures ?H É L È N E D E S P I C - P O P O V I C P outine serait un assassin.Pour la première fois, ce n\u2019est pas un opposant, un journaliste d\u2019investigation ou un transfuge qui le dit, mais un juge.L\u2019empoisonnement d\u2019Alexander Litvinenko, alors devenu citoyen britannique, quatre mois après que le Parlement russe eut adopté une mesure autorisant les services secrets à « assassiner des groupes terroristes » à l\u2019étranger, fut sans doute le point de non-retour à partir duquel la Russie est apparue clairement sur la scène internationale comme un État ne respectant pas les règles régissant les relations entre régimes démocratiques.Sur le plan intérieur, cela faisait déjà longtemps que Vladimir Poutine, lui-même ancien espion, s\u2019autorisait à jouer avec la vie des autres.Le meurtre de la journaliste Anna Polit- kovskaïa, le 7 octobre 2006, une femme qui depuis sept ans dénonçait inlassablement les crimes des soldats russes en Tchétchénie, avait sans doute été le premier à réellement émouvoir l\u2019opinion internationale.Surtout que deux ans plus tôt, elle avait été victime d\u2019une mystérieuse tentative d\u2019empoisonnement à bord d\u2019un avion russe.L\u2019assassinat de la journaliste, dont les commanditaires sont restés impunis, s\u2019inscrivait pour tant dans une longue lignée de crimes liés à la Tchétchénie.Vrais chefs La Tchétchénie, il faut le dire et le redire, est à l\u2019origine de l\u2019accession au pouvoir de Poutine.Son péché originel aussi.Les attentats de Moscou qui font plus de 200 morts en septembre 1999 n\u2019ont jamais été clairement explicités.Après ces attaques, le tout fraîchement nommé premier ministre Poutine lance une guerre impitoyable et victorieuse en Tchétchénie, qui lui permet de gagner l\u2019élection présidentielle quelques mois plus tard.Une commission parlementaire créée par le militant des droits de la personne, ex-dissident et prisonnier politique soviétique Sergueï Kova- lev, pour enquêter sur l\u2019implication des services secrets russes dans ces attentats commis dans le but de mobiliser l\u2019opinion pour la guerre, ne réussit jamais à achever son travail.Un de ses membres éminents, le député libéral Sergueï Iouchenkov, fut abattu à Moscou en avril 2003, tandis qu\u2019un autre, le journaliste d\u2019investigation Iouri Chtchekotchikhine, est mort subitement trois mois plus tard d\u2019une maladie dont les symptômes concordent avec un empoisonnement par des matières radioactives.L\u2019oligarque Boris Berezovski, qui avait lui aussi trempé dans une opération de succession impliquant une «guéguerre » en Tchétchénie, fut écarté du pouvoir et contraint à l\u2019exil à Londres, où il mourut «suicidé ».RUSSIE Au Kremlin, faire disparaître pour mieux régner Poutine est soupçonné d\u2019être plus ou moins lié à l\u2019assassinat d\u2019opposants, sans que cela ébranle l\u2019opinion Jamais, depuis sa fondation, l\u2019Union européenne n\u2019avait été autant mise en difficulté Le président allemand, Joachim Gauck « » KAY NIETFELD AGENCE FRANCE-PRESSE La question des migrants provoque une remise en question des grands principes qui ont mené à une Europe comme nous la connaissons aujourd\u2019hui.YURI KOCHETKOV AGENCE FRANCE-PRESSE Vladimir Poutine VOIR PAGE B 2 : RUSSIE VOIR PAGE B 2 : UE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 J A N V I E R 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 2 C L A I R E G U É L A U D P our l\u2019Asie émergente, l\u2019année 2015 marque un tournant.La croissance chinoise est tombée sous la barre des 7 %, du jamais vu depuis un quart de siècle.Et encore, les statistiques chinoises ne brillant pas par leur fiabilité, les 6,9 % de 2015 annoncés mardi sont probablement surévalués.Dans le même temps, l\u2019Inde semble retrouver sa vitalité des années 2000.Sa croissance, elle aussi sujette à caution, se serait redressée à 7,3 % en 2014, l\u2019année de la victoire aux législatives du BJP, le parti nationaliste hindou de Narendra Modi, et de la nomination de ce dirigeant « pro-business » au poste de premier ministre.New Delhi creusera son avantage d\u2019ici à 2017.À cette date, prédit le Fonds monétaire international (FMI), le produit intérieur brut (PIB) chinois progresserait de 6 % et celui de l\u2019Inde de 7,5 %, un dif férentiel accréditant l\u2019idée qu\u2019entre les deux rivaux, la messe n\u2019est pas dite.Méfions-nous pourtant des raccourcis.L\u2019Inde n\u2019est pas la Chine.Et, même en difficulté, l\u2019Empire du Milieu n\u2019a pas dit son dernier mot.Par leur histoire, millénaire, par la richesse de leurs cultures, par leur dimension continentale, par le nombre de leurs habitants, les deux géants d\u2019Asie, qui entretiennent depuis leur indépendance des relations fréquemment conflictuelles, appellent naturellement la comparaison.Chif fres révélateurs Les chiffres de la Banque mondiale permettent d\u2019en poser les termes.En 2014, la Chine (9,5 millions km2 et 1,36 milliard d\u2019habitants) était la deuxième économie du monde, derrière les États-Unis, avec un PIB de 10,355 milliards de dollars.Avec un revenu annuel par habitant de 7400 dollars, le géant d\u2019Asie de l\u2019Est et du Pacifique appartient au groupe des pays à revenus intermédiaires de la tranche supérieure.À la même date, le sous-continent indien (3,28 millions km2 et 1,29 milliard d\u2019habitants) n\u2019était que la huitième économie de la planète, avec un PIB de 2049 milliards de dollars, derrière le Brésil.Le revenu national indien par habitant s\u2019établit à 1570 dollars par an.L\u2019Inde est dans la tranche inférieure des pays à revenus intermédiaires.Ce rapide état des lieux ne dit pas grand- chose des dynamiques à l\u2019œuvre dans les deux pays.L\u2019un et l \u2019autre font par tie des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), un groupe qui a longtemps fédéré les plus performants des émergents, ainsi que du G20.La Chine sort de plusieurs dizaines d\u2019années de rattrapage et d\u2019industrialisation à marche forcée, qui lui ont permis de réduire la malnutrition et d\u2019afficher une espérance de vie à la naissance de 75,4 ans, soit sept de plus qu\u2019en Inde.En 2014, la valeur ajoutée de l\u2019agriculture dans le PIB chinois était de 9,2 %, contre 42,7 % pour l\u2019industrie et 48,1 % pour les services (ils sont devenus majoritaires en 2015).En quelques décennies, le pays a conquis, selon l\u2019Organisation mondiale du commerce, le rang de premier exportateur et de deuxième importateur de la planète, avec des parts de marché respectives de 12,33 % et de 10,26 %.Pauvreté Les différents États de l\u2019Union indienne sont loin d\u2019avoir assuré à leur population le même niveau de développement.Le taux de pauvreté y est presque deux fois plus élevé qu\u2019en Chine : 21,70 %, contre 11,2 %.La valeur ajoutée de l\u2019agriculture indienne représente encore 17,8 % du PIB, contre 30,1 % pour l\u2019industrie et 52,1 % pour les ser vices.Si la Chine de Xi Jinping cherche à rééquilibrer son modèle de croissance de l\u2019industrie vers les services et de l\u2019investissement vers la consommation, l\u2019Inde de Narendra Modi est une économie tertiarisée qui rêve d\u2019industrialisation.D\u2019où l\u2019appel lancé par les autorités, dans le cadre de l\u2019opération Make in India, aux investisseurs internationaux et aux entreprises étrangères pour qu\u2019ils investissent et implantent des activités en Inde.Mais si le climat des affaires est meilleur qu\u2019il ne fut, l\u2019essor industriel reste semé d\u2019embûches.L\u2019amélioration des infrastructures est vitale, quand près d\u2019une usine sur deux subit plus de cinq heures de coupure d\u2019électricité par semaine.Le douzième plan (2012-2017) a prévu une augmentation substantielle (+1 point) des investissements en infrastructures, qui représenteraient 8,2 % du PIB par an pendant cinq ans.Encore faut-il, parallèlement, surmonter les problèmes de propriété foncière.Acquérir un terrain en Inde peut prendre trois ans\u2026 L\u2019Inde est encore un nain commercial Dans les ef for ts qu\u2019elles déploient pour conforter leur développement économique et faire en sorte qu\u2019il soit plus durable, les deux plus grandes économies d\u2019Asie n\u2019ont ni les mêmes atouts ni les mêmes faiblesses.Par rapport à la Chine, l\u2019Inde est un nain commercial : elle est le 19e exportateur mondial, avec 1,69 % de part de marché, et le douzième importateur, avec 2,43 % des importations de la planète.Ces dernières années, son effort de recherche et développement lui a permis de faire des percées dans certaines niches technologiques (informatique, pharmacie et médicaments génériques, bio et nanotechnologies).Les industriels indiens de ces secteurs ne manqueront pas, dans un avenir proche, d\u2019affronter la concurrence chinoise, Pékin ayant à cœur d\u2019assurer la montée en gamme de son industrie pour éviter à la Chine le piège des pays à revenus intermédiaires bloqués à ce stade de développement.Instruits par leur passé colonial et par leurs combats pour l\u2019indépendance, les deux rivaux asiatiques ont eu à cœur de protéger leurs industries et leurs économies des excès du marché.Le socialisme indien et le communisme chinois ont tous deux accordé une place centrale à l\u2019État dans la vie économique.Le passage à une nouvelle étape de la libéralisation économique et financière ne va donc de soi ni en Chine, comme l\u2019attestent la volatilité des places boursières de Shanghai et Shenzhen et les difficultés des entreprises publiques, ni en Inde.Les deux pays ont des progrès à faire en matière d\u2019environnement des af faires et de lutte contre la corruption.MM.Modi et Xi s\u2019y emploient.L\u2019Inde a la chance d\u2019être une démocratie à la démographie dynamique.Revers de la médaille, les réformes y prennent du temps.Or, le pays a du chemin à parcourir.Les dirigeants chinois n\u2019ont pas les mêmes contraintes.Autoritarisme oblige, ils ont longtemps décrété le changement.C\u2019est moins le cas aujourd\u2019hui, dans un pays qui sera vieux avant d\u2019être riche et dont l\u2019économie, complexe, est difficile à piloter.À chacun ses défis.Le Monde ASIE Chine-Inde : le match économique L a réaction du premier ministre Justin Trudeau aux attentats qui ont coûté la vie à six Québécois à Ouagadougou et à un autre à Jakarta n\u2019a pas fini de faire jaser.Mièvre, creuse, elle a laissé l\u2019impression que le chef libéral ne saisissait pas l\u2019ampleur du drame.Il n\u2019a pas été à la hauteur, tardant même à contacter les familles.Et quand il l\u2019a fait, ses propos étaient si convenus que le conjoint d\u2019une des victimes, Maude Carrier, lui a raccroché au nez.La mère de cette dernière a pour sa part dénoncé le fait que le Canada se prépare à ne plus participer aux frappes contre le groupe armé État islamique (EI).(Ces dernières, faut-il le préciser, n\u2019ont toutefois aucun effet au Sahel.) Cette tragédie a, comme les attentats du 13 novembre à Paris, relancé le débat autour de la promesse libérale de mettre fin à la participation canadienne aux frappes aériennes contre le groupe EI en Irak et en Syrie.La position des libéraux en campagne électorale était relativement claire, bien que sommaire.«Nous recentrerons la contribution militaire canadienne dans la région sur la formation des forces locales tout en fournissant une aide humanitaire plus importante et en accueillant immédiatement 25 000 réfugiés syriens de plus au Canada», pouvait-on lire dans leur programme.La logique derrière ce choix, selon ce qu\u2019en a dit le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, est la suivante: «Si on réinvestit nos efforts dans l\u2019entraînement des combattants locaux, dans l\u2019assistance qu\u2019on peut donner pour la gouvernance de l\u2019Irak, pour les forces policières, pour l\u2019aide humanitaire, on va être un partenaire plus ef ficace dans la coalition qu\u2019en investissant tant d\u2019efforts et tant d\u2019argent pour aboutir à 2% seulement des forces de frappe aériennes», a-t-il déjà fait valoir sur les ondes de Radio-Canada.?Il est vrai que les six avions CF-18 n\u2019ont effectué que 5 % de toutes les sorties de la coalition entre le 30 octobre 2014 et le 9 janvier dernier et seulement 2,6 % des frappes contre le groupe EI.D\u2019autres pays membres de la coalition n\u2019en font aucune, par ailleurs, leur soutien étant d\u2019un autre ordre.En somme, il est possible d\u2019appuyer la coalition sans par ticiper aux frappes.Le Canada contribue entre autres à l\u2019approvisionnement en plein vol avec un avion Polaris.Il a aussi deux avions de reconnaissance Aurora dans le secteur, sans compter 69 soldats assignés à la formation des troupes kurdes et irakiennes.Il y a place pour un bon débat sur la nature de la contribution canadienne.Les experts ne sont pas unanimes sur ce sujet, les Canadiens non plus, bien qu\u2019une proportion plus importante de citoyens soient du même avis que les libéraux.Dans un sondage publié cette semaine sur les promesses libérales, la firme Abacus a constaté que 48 % des répondants voulaient que le Canada modifie la nature de la mission contre le groupe EI en abandonnant les frappes aériennes pour mettre l\u2019accent sur la formation des troupes au sol.Environ 35 % des 1500 Canadiens interrogés en ligne s\u2019y opposaient et 17 % n\u2019avaient pas d\u2019opinion.?Le problème pour le gouvernement libéral est que chaque nouvel attentat ramène les projecteurs sur l\u2019absence de solution de rechange aux frappes aériennes, et ce, trois mois après les élections du 19 octobre.Pire, personne au sein du gouvernement ne présente un argumentaire véritablement étof fé en faveur du changement de cap proposé ni d\u2019évaluation de l\u2019impact que ce virage aurait sur les relations du Canada avec ses alliés.En coulisses, on dit que ces derniers veulent bien donner au Canada le temps nécessaire pour définir les nouveaux paramètres de sa mission.Dans les médias cependant, l\u2019impatience se fait sentir.Nombre d\u2019éditorialistes et de chroniqueurs invoquent le choc des attentats de Paris et d\u2019ailleurs pour enjoindre au gouvernement de reculer.Si cette promesse était plus qu\u2019une simple façon de se distinguer des conservateurs, si elle s\u2019appuyait sur une réflexion approfondie sur le rôle du Canada au Moyen-Orient ou dans la lutte contre le terrorisme international, il devrait être facile \u2014 et il serait plus que temps \u2014 pour M.Trudeau et ses ministres d\u2019en faire la démonstration.Mais voilà, encore cette semaine à Davos, le premier ministre a simplement répondu à une question sur le sujet qu\u2019on pourrait faire mieux en faisant autrement et en disant que cette future contribution serait «probablement» faite de formation militaire et d\u2019aide humanitaire.En entrevue à la CBC samedi dernier, le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a reconnu que nos alliés souhaitaient que le Canada continue de participer aux frappes, mais les libéraux, dit-il, veulent répondre plus efficacement aux besoins de la coalition.Il a évoqué différentes possibilités, mais ses options ne seront présentées au cabinet que dans les prochaines semaines.M.Trudeau ne projette pas l\u2019image d\u2019un chef de gouvernement qui maîtrise pleinement ce dossier, ce qu\u2019accentuent ses réactions aux attentats des derniers mois.Cela se reflète sur son gouvernement.L\u2019impression d\u2019indécision qui s\u2019en dégage est peut-être fausse, mais elle risque de se cristalliser si on tarde à mettre cartes sur table.mcornellier@ledevoir.com Brouillard politique MANON CORNELLIER à Ottawa ministre néerlandais des Finances, Jeroen Dijs- selbloem.La proposition a vivement fait réagir les pays d\u2019Europe centrale, qui, pour des raisons historiques et culturelles, sont les plus réticents à accueillir des migrants.Quant au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, il a prévenu qu\u2019une «monnaie unique n\u2019avait pas de sens si Schengen s\u2019effondre».Vraie mise en garde ou simple esbroufe ?Chose certaine, après la crise de l\u2019euro et au- jourd\u2019hui celle des migrants, l\u2019Allemagne est chaque fois plus isolée en Europe.Non seulement a-t-elle perdu ses anciens alliés chrétiens-dé- mocrates qui détenaient le pouvoir dans plusieurs pays, mais même le couple franco-allemand est au point mort.Malgré les sourires et les sommets bilatéraux, à Berlin, le président François Hollande est considéré comme un président en sursis jusqu\u2019en 2017.Pendant ce temps, Bruxelles sermonne la Hongrie qui prend des libertés dangereuses avec la liberté de presse.Quant au premier ministre britannique, David Cameron, il s\u2019apprête à mettre ses revendications sur la table pour ne pas céder au «Brexit» qui séduit près de la moitié de ses compatriotes.Après la crise de l\u2019euro et celle des migrants, sans oublier l\u2019incapacité de l\u2019Europe à empêcher les terroristes de franchir ses frontières, de plus en plus d\u2019Européens se demandent si l\u2019Union européenne fait partie du problème ou de la solution.Le président de la République fédérale allemande, Joachim Gauck, ne se trompait pas en affirmant à Davos que « jamais, depuis sa fondation, l\u2019Union européenne n\u2019avait été autant mise en difficulté ».Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 UE La plupart des Russes ne s\u2019indignent pas de ces méthodes et n\u2019en tiennent pas rigueur au Kremlin.Comme le remarquait Sergueï Kova- lev, cité par le New York Review of Books, fin 2007 : « J\u2019ai rencontré des gens persuadés que les accusations étaient vraies et qui n\u2019en ont pas moins voté Poutine avec conviction.Leur logique est simple : les vrais chefs exercent le genre de pouvoir qui est capable de tout, y compris de commettre des crimes.» De Poutine lui-même ou du système qu\u2019il a mis en place \u2014 qui repose sur la primauté des services, de l\u2019armée et des forces de répression \u2014, lequel est le plus responsable des crimes sans châtiments qui s\u2019accumulent depuis une bonne quinzaine d\u2019années, s\u2019interrogent les analystes.Politkovskaïa, comme Natalia Este- mirova, la militante tchétchène des droits de la personne enlevée et assassinée trois ans après son amie, ne seraient-elles pas plutôt les victimes de Ramzan Kadyrov, l\u2019ex-chef de milice prorusse devenu président de Tchétchénie, que celles de Poutine ?L\u2019avocat Sergueï Mag- nitski, assassiné à petit feu en prison après un calvaire d\u2019un an par les hommes de la police et du parquet dont il avait dénoncé la corruption, est-il la victime de Poutine ou de son système ?Que dire de la tentative d\u2019empoisonnement qui a défiguré, en 2004, Viktor Iouchtchenko, alors candidat de l\u2019opposition ukrainienne ?Il peut être difficile de trouver un lien direct entre le leader du Kremlin et les victimes du système, même dans le cas du député leader de l\u2019opposition, Boris Nemtsov, assassiné l\u2019an dernier pratiquement sous les murs du Kremlin.L\u2019important est que lui aussi s\u2019apprêtait à publier les résultats d\u2019une enquête qu\u2019il menait sur la participation clandestine de la Russie à la guerre en Ukraine, un conflit où meurent des citoyens russes pour la gloire de leur chef.Le vrai problème est que les crimes ne sont jamais élucidés ni punis.Libération SUITE DE LA PAGE B 1 RUSSIE GETTY IMAGES Le revenu national indien par habitant s\u2019établit à 1570dollars par an. M A R I E - C H R I S T I N E B O N Z O M à Washington D ans la soirée du 1er février, Tom Hanson dirigera un caucus dans le comté de Winnes- hiek, région vallonnée de l\u2019Iowa à la frontière du Minnesota et du Wisconsin.« Ça aura lieu dans une école, mais en pleine campagne, pas dans une ville ni même dans un bourg, tant le comté est rural.» En Iowa, six autres caucus sont organisés dans le comté où Tom Hanson est à la fois, président du Parti républicain et chef d\u2019un groupe local du Tea Party.Selon lui, le soutien de Sarah Palin est « un plus pour Donald Trump », mais un plus à l\u2019ampleur incertaine.«Sarah Pa- lin est bien vue de certains républicains, mais il est difficile de dire combien de suffrages elle peut lui apporter», déclare-t-il.À l\u2019extrémité nord-ouest de l\u2019Iowa, Rod Fon- kert, chef des Sheldon Tea Party Patriots dans les comtés de Sioux et d\u2019O\u2019Brien, est plus catégorique sur l\u2019importance du soutien de Sarah Palin.« Ça va aider Trump, car elle est bien considérée en Iowa en raison de son attachement aux valeurs familiales », estime cet agent immobilier.Rod Fonkert est d\u2019ailleurs un admirateur de l\u2019ancienne gouverneure de l\u2019Alaska, devenue, comme Donald Trump, une vedette de la télé.« Les médias grand public ont essayé de la démolir, mais j\u2019aime bien Sarah Palin.Elle est franche, a de la morale et les pieds sur terre.» Vers les confins orientaux de l\u2019Iowa, près de l\u2019Illinois, Michael Elliott, qui dirige un groupe du Tea Party de tendance libertarienne dans le comté de Scott, pense que «Sarah Palin peut aider Trump auprès des indécis ».De Cruz à Trump Le magnat des casinos est talonné en Iowa par Ted Cruz, qui a été soutenu par Sarah Palin en 2012 quand il s\u2019est présenté au Sénat et qui, comme elle, est populaire parmi les ultracon- servateurs, les chrétiens évangéliques et les sympathisants du Tea Party.Le ralliement de Sarah Palin à Donald Trump pourrait contribuer à effacer les réticences de ces électeurs envers le meneur républicain.C\u2019est que les chemins qui mènent à Donald Trump ne sont pas toujours droits.Rod Fon- kert est aujourd\u2019hui « totalement pour Trump», mais il avait « sérieusement » envisagé de voter pour Ted Cruz, Mike Huckabee ou Rick Santo- rum, des candidats aux liens étroits avec le Tea Party et les évangéliques.Rod Fonkert appartient à la tendance religieuse du Tea Party : « Je crois en Dieu d\u2019abord, dans la famille ensuite, dans le travail et l\u2019entreprise en troisième lieu», dit-il.Préoccupé par les deux divorces de Donald Trump, il dit avoir été rassuré par une conversation avec ce candidat.« J\u2019ai pu parler brièvement avec Trump et lui faire part de mes préoccupations sur sa vie personnelle, et j\u2019ai apprécié sa réponse, il m\u2019a dit qu\u2019il est chrétien, mais que parfois dans la vie, des choses arrivent qu\u2019on ne contrôle pas, et c\u2019est pareil pour moi en fait.Je suis chrétien aussi, mais j\u2019ai mes propres failles, personne n\u2019est parfait », raconte le chef des Tea Party Patriots dans les comtés de Sioux et d\u2019O\u2019Brien.Rod Fonkert fait désormais du bénévolat pour la campagne de Donald Trump en Iowa.«Trump va gagner les caucus», prédit le militant.Contrairement à la classe politico-médiatique de Washington, Rod Fronkert ne croit pas que le public qui se presse aux discours de Donald Trump peinera à se mobiliser pour aller voter.«Ces gens sont engagés et en ont par-dessus la tête de voir l\u2019état dans lequel le pays se trouve», observe-t-il.«Nous avons besoin de quelqu\u2019un qui n\u2019est pas un politicien, qui ne devra pas son élection à de gros donateurs ; or Trump est le seul qui ne peut pas être acheté », affirme Rod Fonkert.« J\u2019avais regardé de près la candidature de Ted Cruz, mais je n\u2019aime pas que sa femme travaille chez Goldman Sachs, qu\u2019elle ait obtenu un prêt de cette grande banque pour la campagne sénatoriale de son mari», poursuit-il.Canaliser la colère Pour Tom Hanson, le président du Parti républicain dans le comté de Winneshiek et chef du North Iowa Tea Party, Donald Trump « puise dans la colère des gens, mais on ne peut pas faire campagne uniquement sur la colère, il faut des idées.Si le taux de participation est élevé, il aura une bonne chance de l\u2019emporter ».La colère dont Donald Trump et Sarah Palin espèrent tirer profit vise autant le gouvernement Obama que les instances nationales du Parti républicain lui-même, ceux que madame Palin a appelés mardi « l\u2019establishment».Mais Donald Trump n\u2019est pas le seul à bénéficier de cette révolte contre l\u2019establishment.Ted Cruz et Ben Carson aussi.Du reste, Tom Hanson va voter pour le neurochirurgien et explique son choix ainsi : «Ben Carson a une expérience de la vie réelle, il n\u2019est pas un politicien, c\u2019est important pour moi et pour beaucoup d\u2019autres, car on a passé notre temps à attendre les changements promis par le Parti républicain, nous lui avons donné le contrôle de la Chambre, puis du Sénat et rien ne change.Les gens sont en colère contre les politiciens parce qu\u2019ils ne tiennent pas leurs promesses.» Pourquoi voter pour un non-politicien quand on fait soi-même de la politique ?« Je suis un républicain traditionnel, je tiens à la limitation de la taille et du rôle du gouvernement fédéral, à la responsabilité budgétaire et au libre marché.Le Parti républicain au niveau national a dérivé vers le Parti démocrate.Moi, je m\u2019investis en Iowa pour ramener le Parti républicain vers ses principes, mais je ne fais pas partie de la machine politique», lance-t-il.Danger ! Cependant, Michael Elliott, le libertarien du comté de Scott, rejette l\u2019ensemble du système politique national, de ses élus et candidats.«Trump est dangereux parce qu\u2019il jette de l\u2019huile sur le feu, il alimente les divisions, il fait ressortir ce qu\u2019il y a de pire chez beaucoup de gens, et s\u2019il était élu, il pourrait facilement convaincre les gens de renoncer aux freins et aux contrepoids qui protègent notre démocratie, il rognerait notre liberté», juge Michael Elliott.Ce républicain de la mouvance Tea Party ne votera ni dans les caucus ni au scrutin présidentiel.«La politique partisane promeut une mentalité abrutissante, le Parti républicain est devenu trop par tisan et se moque de son propre programme.Je n\u2019ai pas envie de rester sur un bateau qui coule», confie-t-il.Michael Elliott prend même ses distances avec le Tea Party.« Notre groupe était l\u2019un des groupes locaux du Tea Party et on avait tenté d\u2019en faire un mouvement non partisan, mais dès que Fox News s\u2019est mis à couvrir le Tea Party, c\u2019est devenu un mouvement républicain, et non plus indépendant.Les gens comme moi ont quitté le Tea Party parce qu\u2019il y avait beaucoup de racistes et d\u2019homophobes dans ses rangs », ajoute-t-il.Selon lui, le Tea Party « est surtout composé au- jourd\u2019hui de la droite chrétienne et c\u2019est là que Ted Cruz et Ben Carson trouvent leurs sympathisants ».Ce propriétaire d\u2019un magasin de réparation de matériel électronique se dit désenchanté, mais « seulement par la politique au niveau national ».Il préfère se concentrer sur la politique locale.« Nous réussissons bien à faire élire nos membres dans des conseils municipaux et au gouvernement du comté.» Quant au Tea Party, Michael Elliott le qualifie de « complètement fracturé maintenant ».Mais Tom Hanson minimise ces divisions.«Le Tea Party n\u2019est pas plus fracturé que d\u2019autres mouvements politiques, il est simplement formé de groupes aux priorités dif férentes », affirme le chef du North Iowa Tea Party et président du Parti républicain dans cette région.Collaboratrice Le Devoir L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 J A N V I E R 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 3 J ean-François Lisée avait été ostracisé par les militants péquistes pour les avoir avertis que Pierre Karl Péladeau était une «bombe à retardement».On pourrait même parler d\u2019une bombe à fragmentation dont les éclats ont volé dans toutes les directions cette semaine.Il n\u2019y a rien d\u2019illégal à ce qu\u2019une entreprise de la taille de Quebecor World ouvre des filiales dans des paradis fiscaux, comme l\u2019a rapporté La Presse vendredi.C\u2019est monnaie courante.Quand M.Péladeau a déclaré que lui- même ne l\u2019avait jamais fait, il ne pouvait pas ignorer que les entreprises dont il avait fait l\u2019acquisition pour former cette multinationale s\u2019adonnaient déjà à ces pratiques, et il n\u2019y a pas mis fin.Le chef du PQ plaide que Quebecor World était une entité distincte de Québecor, mais cela ne change rien au contrôle qu\u2019il exerçait.En jouant sur les mots, il a induit la population en erreur, ce qui ne l\u2019a pas empêché de reprocher au premier ministre Couillard d\u2019avoir ouvert un compte de banque à Jersey à l\u2019époque où il travaillait en Arabie saoudite.Réclamer que La Presse fasse aussi enquête sur l\u2019utilisation des paradis fiscaux par Power Corporation n\u2019est pas un argument.Comme les entreprises de cette taille, le holding de la famille Desmarais en bénéficie certainement, mais elle ne l\u2019a jamais nié.Surtout, aucun de ses membres ne dirige un parti politique.?Après une autre semaine où leur chef a fait parler de lui pour les mauvaises raisons, les députés péquistes auraient eu droit à un petit répit.Il doit devenir exaspérant de le voir tomber bêtement dans le panneau chaque fois que ses adversaires tentent de lui faire perdre son sang-froid.Sa réaction intempestive aux interrogations parfaitement légitimes de l\u2019opposition sur la légalité du futur institut de recherche sur la souveraineté soulève des doutes aussi bien sur sa capacité de contrôler ses émotions que sur son aptitude à mener un débat sur le terrain politique.M.Péladeau n\u2019est pas le premier chef du PQ à faire une obsession de Power Corporation, qui a toujours utilisé tous les puissants moyens à sa disposition pour maintenir l\u2019unité du Canada.Dans son cas, cela prend cependant une tournure si personnelle qu\u2019on croit moins entendre un leader souverainiste que le patron de Québecor, qu\u2019il prétend pourtant avoir mis entre parenthèses.Si sa conception du journalisme le porte réellement à croire que les journalistes de La Presse sont simplement des «petits soldats » qui sont tenus d\u2019exécuter fidèlement les ordres de la famille Des- marais, comment peut-il s\u2019étonner que certains craignent pour l\u2019indépendance des médias qui font partie de son propre empire ?Quelle que soit l\u2019aversion qu\u2019il éprouve pour les Desmarais, M.Péladeau se dessert avec ces règlements de compte à répétition, qui lui donnent des allures de fier-à-bras qui ne correspondent pas à image qu\u2019on se fait d\u2019un aspirant au poste de premier ministre.Malgré son tempérament bouillant, il devrait laisser le sale travail à d\u2019autres.Le chef du PQ peut difficilement imaginer à quel point ses adversaires se réjouissent de le voir déraper avec une telle régularité.Le gouvernement ne peut que bénéficier de ces distractions, qui font oublier ses propres bourdes, mais les libéraux prient le ciel pour que les péquistes n\u2019arrivent pas à la conclusion qu\u2019il serait suicidaire de se lancer dans une campagne électorale avec un chef aussi imprévisible.?La politique est une chose très sérieuse, qui ne saurait être prise à la légère, mais elle comporte aussi un aspect ludique qu\u2019il faut savoir apprécier pour y survivre longtemps.On peut contester le bilan de Jean Charest ou de Robert Bourassa, mais certainement pas leur résilience.Les deux hommes avaient en commun d\u2019apprécier au plus haut point le jeu politique.Même dans les moments difficiles, ils y prenaient plaisir, peut-être même plus que dans les périodes plus calmes.M.Péladeau a démontré dans sa vie antérieure qu\u2019il ne craint pas l\u2019adversité, mais il ne donne pas l\u2019impression d\u2019éprouver le moindre plaisir à exercer son nouveau métier.La politique est sans doute plus frustrante que les affaires, elle peut même devenir franchement exaspérante, et il n\u2019a peut-être pas la sérénité sans laquelle elle finit par devenir insupportable.Rien n\u2019illustre mieux sa dif ficulté d\u2019adaptation que ses relations avec les journalistes.Les politiciens ne les tiennent généralement pas en très haute estime, quand ils ne les méprisent pas carrément.Jean Charest disait qu\u2019un politicien qui conteste la presse est comme un poisson qui conteste l\u2019eau.C\u2019est son habitat naturel.Robert Bourassa n\u2019avait pas son pareil pour apprivoiser la presse parlementaire.Claude Ryan, qui venait pourtant du milieu journalistique, ne pouvait pas la supporter.Son séjour à la tête du PLQ n\u2019a pas été un grand succès.mdavid@ledevoir.com L\u2019indispensable sérénité MICHEL DAVID La politique comporte aussi un aspect ludique qu\u2019il faut savoir apprécier Donald Trump a reçu mardi le soutien de Sarah Palin.L\u2019ancienne colistière de John McCain est apparue avec le milliardaire républicain en Iowa.Le ralliement de l\u2019égérie du Tea Party pourrait renforcer Donald Trump, notamment dans cet État qui ouvrira la phase des primaires le 1er février.Dans le «Hawkeye State», les militants de la mouvance du Tea Party sont divisés à propos de Sarah Palin et Donald Trump, mais ils partagent le même scepticisme vis-à-vis de la politique politicienne.ÉTATS-UNIS Trump courtise le Tea Party AARON P.BERNSTEIN AGENCE FRANCE-PRESSE Le ralliement de l\u2019égérie du Tea Party, Sarah Palin, pourrait renforcer Donald Trump en Iowa.AARON P.BERNSTEIN AGENCE FRANCE-PRESSE Des partisans de Trump cette semaine dans la ville natale de John Wayne, Winterset «Ça va aider Trump, car elle est bien considérée en Iowa en raison de son attachement aux valeurs familiales» Le rejet of ficiel du projet Énergie Est par les maires de la Communauté métropolitaine de Montréal a soulevé un tollé dans l\u2019Ouest.Par gratitude pour les généreux paiements de péréquation, le Québec devrait se taire et accepter de laisser, sans condition, passer l\u2019oléoduc de TransCanada.C\u2019est ce qu\u2019on appelle de l\u2019arrogance.Inconstitutionnelle, en plus.uisqu\u2019elles sont enclavées, les provinces de l\u2019Ouest canadien, l\u2019Alber ta en tête, doivent trouver une voie par laquelle la production d\u2019hydrocarbures pourra rejoindre les marchés.Parmi les trois possibles, deux ont été fermées au cours des dernières années : la Co- lombie-Britannique, sur la côte ouest, et les États-Unis, au sud, ont rejeté les projets d\u2019oléoducs qui les auraient traversés.Ces refus of?- ciels ont-ils autant soulevé l\u2019ire, dans l\u2019Ouest, que celui exprimé jeudi par les maires de la Communauté métropolitaine de Montréal ?Sauf erreur, non.Les réactions ont été dégoulinantes d\u2019arrogance.La palme revient au premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, qui a ironisé en ces termes : « Je suis certain que les maires de la CMM vont poliment rembourser leur portion des 10 milliards de péréquation qui leur vient de l\u2019Ouest.» Il faut le dire, la logique de Wall n\u2019est pas totalement étrangère à celle qu\u2019a déjà formulée Philippe Couillard.En septembre 2014, en chambre, il déclare : «Le gouvernement fédéral dépense 16 milliards de plus qu\u2019il ne perçoit au Québec et [\u2026] une grande partie de cette richesse provient de l\u2019exploitation des hydrocarbures dans l\u2019ouest du pays.» Par conséquent, le Québec devait apporter sa contribution.Les Québécois « sont Canadiens, et il faut qu\u2019on participe à l\u2019économie canadienne», avait-il conclu sans rire.Le moins qu\u2019on puisse dire est que le premier ministre avait alors oublié une règle évidente de négociation : lorsque quelqu\u2019un veut passer sur notre terrain, nous avons un mot à dire ; cela nous met dans une position de force a?n de négocier.C\u2019est quand même aux Québécois, en fonction des études d\u2019impact et évaluations environnementales, de décider si oui ou non un oléoduc doit traverser leurs rivières, leurs terres agricoles, leurs forêts ! Ce n\u2019est que quelques mois plus tard que le gouvernement du Québec se ressaisissait.Sans trop d\u2019imagination, il ?t un copier- coller de certaines des conditions exigées de l\u2019Ontario, auxquelles il en ajouta d\u2019autres, venues de la liste de la Colombie- Britannique.Ainsi, il ne s\u2019agissait en?n plus d\u2019accepter béatement le projet d\u2019oléoduc en remerciant l\u2019Ouest pour sa généreuse péréquation ; le Québec exigeait désormais que le projet génère « des retombées économiques et fiscales pour tout le Québec, notamment en matière de création d\u2019emplois dans les régions où il sera installé ».Quel ingrat, ce Québec ! « Il reçoit déjà plein de péréquation, et il demande en plus des retombées économiques ! », entendit-on.Du reste, le raisonnement « péréquation contre oléoduc » est inconstitutionnel.Créé en 1957, le principe de la péréquation a été intégré dans la loi constitutionnelle de 1982.L\u2019article 36 (2) prescrit que ces paiements doivent « donner aux gouvernements provinciaux des revenus suf fisants pour les mettre en mesure d\u2019assurer les services publics à un niveau de qualité et de fiscalité sensiblement comparable ».Le but de Pierre Elliott Trudeau était de renforcer économiquement la fameuse unité canadienne.Les paiements, doit-on le noter, sont « inconditionnels », « les provinces bénéficiaires peuvent les utiliser à leur discrétion selon leurs propres priorités », comme on l\u2019explique sur les sites Internet fédéraux.Résumons : la Constitution a été imposée au Québec.Elle contenait cette notion de péréquation inconditionnelle.Mais quand le Québec en profite, il lui faudrait se sentir coupable et accepter tous les projets que le ROC veut lui imposer ! En passant, la Saskatchewan a profité du programme de la péréquation jusqu\u2019en 2008.Auparavant, contestait-elle sa nature inconditionnelle ?Au fait, compte-t-elle rembourser tous les montants reçus ?(Tant qu\u2019à y être \u2014 allons-y par l\u2019absurde ! \u2014, devrait-on calculer ce qu\u2019il en a coûté au Canada central et plus précisément au Québec, depuis 1905, pour développer la Saskatchewan ?) Un autre calcul de remboursement pourrait être fait : depuis 15 ans, le Canada en entier a mis l\u2019accent, pour développer son économie, sur le développement des hydrocarbures.Contre l\u2019avis du Québec.Cela a eu des effets importants sur l\u2019économie d\u2019ici.Certains parlent d\u2019un «mal hollandais» qui a fait perdre au Québec des dizaines de milliers d\u2019emplois, au pro?t d\u2019autres provinces.Tout miser sur cette industrie, de la part du Dominion, était imprudent.On le découvre surtout depuis que les prix du brut se sont ef fondrés.Une situation qui risque de perdurer, où les projets d\u2019exploitation des sables bitumineux risquent d\u2019être de moins en moins rentables.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 J A N V I E R 2 0 1 6 B 4 EDITORIAL L E T T R E S En mémoire de Marius Dubois Marius Dubois fut un peintre québécois d\u2019une classe à part ! Il faut consulter son site et celui de l\u2019Encyclopédie L\u2019Agora, pour comprendre la force et le génie de son œuvre.Une œuvre magistrale qui a contribué à enrichir le patrimoine artistique et culturel du Québec.Ceux et celles qui ont eu le bonheur de le connaître et de partager son amitié pleurent la perte d\u2019un homme bon et généreux, cultivé, passionné par son métier et épris de liberté.Ses tableaux montrent l\u2019envergure excep- FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints NELLIE BRIÈRE, PAUL CAUCHON, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET L I B R E O P I N I O N PÉRÉQUATION ET SASKATCHEWAN Wall ou l\u2019arrogance P L O U I S D I O N Saint-Jérôme L e gouvernement de Justin Trudeau aura 100 jours bientôt.Lors de la campagne électorale, il a promis beaucoup.Il se présentait d\u2019abord comme celui qui allait mettre fin à l\u2019ère Harper.Ils furent nombreux à voter libéral surtout pour battre Harper.Pour récompenser leur vote purement stratégique, Trudeau s\u2019est empressé d\u2019annuler de nombreuses décisions de Harper.La correction de certaines erreurs incompréhensibles de son prédécesseur était nécessaire et fut grandement appréciée : la remise en place des tableaux de Pellan, par exemple, et le rétablissement du questionnaire long utilisé lors des recensements.Mais pourquoi tant de précipitation, sinon pour plaire à certains groupes d\u2019électeurs, dans la remise en question d\u2019une foule de décisions du gouvernement Harper, prises démocratiquement, soit dit en passant.Étonnant qu\u2019il n\u2019ait pas envisagé d\u2019annuler la reconnaissance par Harper du Québec comme nation, reconnaissance avec laquelle il s\u2019était dit en complet désaccord.Mais qu\u2019en est-il des débuts de l\u2019ère Trudeau proprement dite, des décisions qu\u2019il a prises pour réaliser ses engagements personnels et originaux ?Geste purement symbolique, il a formé un cabinet respectant la parité hommes- femmes.Il a aussi assuré une représentation exagérée de candidats pouvant illustrer le mul- ticulturalisme, caractère identitaire principal du Canada.Il n\u2019a pas cependant poussé la symbolique jusqu\u2019à s\u2019assurer que tous ses ministres parlent le français, l\u2019une des deux langues officielles du pays.Une majorité en fait ne peut s\u2019exprimer en français.Dès le lendemain de son assermentation, il communiquait avec Obama pour l\u2019informer que le Canada cesserait les frappes contre le groupe État islamique, mais interviendrait dif féremment.Il nous dit maintenant que les frappes pourraient durer encore six mois, peut-être plus.Et nous ne connaissons rien de son plan de collaboration avec la coalition.Il a décidé de réduire les impôts de la classe moyenne en augmentant le fardeau fiscal des plus riches.La mesure devait se réaliser à coût nul.Elle coûtera 1,2 milliard.Énergiquement et avec arrogance, il promettait d\u2019accueillir 25 000 réfugiés avant la fin de décembre.Il a réduit son objectif à 10 000, et ce ne sont finalement que 6000 qui ont été accueillis dans ce délai, la plupart ayant déjà été soumis aux procédures d\u2019admission sous le gouvernement Harper.Il nous dit maintenant que l\u2019important, c\u2019est de bien accueillir ceux qui arriveront et qu\u2019ils seront 25 000 d\u2019ici la fin de février.Sur les questions environnementales, il s\u2019est félicité que le Canada revienne prendre part aux rencontres internationales (« Canada is back», a-t-il dit), mais il s\u2019est présenté à Paris avec les cibles établies par Harper.Lors de la présentation du rapport de la Commission de vérité et réconciliation, il a versé une larme sur le sort réservé aux autochtones, mais il reste aussi insensible et hostile que son père à toute manifestation du nationalisme québécois, allant même jusqu\u2019à faire un lien entre les propos de Trump voulant interdire aux musulmans l\u2019accès aux États-Unis et le projet de charte des valeurs du gouvernement Marois.Avec son assurance cavalière habituelle, il a affirmé aux journalistes qu\u2019il appliquerait l\u2019ensemble des 94 résolutions du rapport pour préciser le lendemain qu\u2019il faudrait beaucoup de temps pour les appliquer, peut-être une génération.Et que dire de sa promesse fétiche, la légalisation du cannabis ?Voici que des fonctionnaires l\u2019invitent à ne rien précipiter et à étudier toutes les implications, notamment concernant les compétences des provinces, avant d\u2019aller de l\u2019avant.Avec la bénédiction de ses deux mentors, Martin et Chrétien, il nous a dit aussi qu\u2019un déficit pouvait être envisagé.Cette promesse, il semble déjà évident qu\u2019elle sera très bien remplie.Sa plus grande réussite jusqu\u2019à maintenant fut de présenter une image séduisante et de charmer les journalistes au point de devenir la personnalité de l\u2019année 2015 selon 87 % des rédacteurs en chef du pays.Décidément, les premiers jours de l\u2019ère Trudeau confirment ce que plusieurs pensent.Justin Trudeau est une coquille, non pas vide comme le disent de méchantes langues, mais pleine de bons sentiments, de fantasmes symboliques et d\u2019une conception dépassée du multiculturalisme que de nombreux Québécois ont en horreur.Sa sociabilité excessive, sa magnanimité souriante, sa tolérance exacerbée, son pacifisme, juvénile, ne seraient-ils qu\u2019une habile façon de camoufler son manque de profondeur et de jugement ?Mais, à n\u2019en pas douter, il est un comédien extraordinaire, totalement sûr de lui et de son charme.Paradoxalement, comme son père d\u2019ailleurs, il critique sans nuance toutes les mesures qui ont pour ef fet de diviser les Canadiens, mais jamais politiciens aussi adulés que les Trudeau, père et fils, n\u2019auront réussi à diviser autant les Québécois.Il est plus que temps que Justin Trudeau passe de la parole, des images et des symboles aux actes.Les 100 premiers jours de l\u2019ère Trudeau ANTOINE ROBITAILLE Nous savions ; maintenant, nous ne savons plus Quand le premier ministre du Canada s\u2019appelait Stephen Harper, nous pouvions voir ou entrevoir la route qui serait suivie.C\u2019était inquiétant pour les progressistes, mais c\u2019était plutôt clair.Maintenant, le nouveau premier ministre raffole des selfies, son épouse se prend pour Eva Perón ou Eleanor Roosevelt.Elle chante et est omniprésente, avec ses enfants, parfois.Qui plus est, la nouvelle ministre du Patrimoine affirme qu\u2019il faut « hacker » le système politique.Si une personne comprend ce que cela signifie, puisse-t-elle me renseigner.Aussi, en ce qui concerne l\u2019accueil des réfugiés, l\u2019objectif semble être plus quantitatif que qualitatif.J\u2019ajouterais que la diversité pancana- dienne, presque aveugle et inconditionnelle, semble guider les politiques du gouvernement.Où allons-nous ?Quelle est cette «nouvelle modernité» ?Jean-Serge Baribeau Sociologue Montréal, le 21 janvier 2016 Fin de Bazzo Mon épouse et moi regardons Bazzo TV tous les jeudis soir, car il s\u2019agit d\u2019une des quelques émissions de télévision à laquelle nous tenons particulièrement.Chez Bazzo TV, pas de papotage de nos vedettes du showbizz, mais discussions sur l\u2019actualité laissant place à des points de vue divergents, accent mis sur des questions d\u2019ordre politique, social et culturel avec des invités ayant quelque chose à dire, analyse de parutions récentes en librairie avec des participants qui aiment la lecture, jeu-questionnaire faisant appel à la culture générale des commentateurs réguliers et des invités.Voilà peut-être la recette gagnante de cette émission, car la culture générale y est à l\u2019honneur chaque semaine, pour notre plus grand plaisir.Le CRTC ne semble pas s\u2019en rendre compte, embourbé qu\u2019il est par des critères qui privilégient le divertissement au détriment de la culture.Il suffit de zapper pour constater, exceptions mises à part, la médiocrité des émissions que l\u2019on nous propose.Louis Garon Québec, le 21 janvier 2016 tionnelle de son talent d\u2019artiste et de poète.Une œuvre qui témoigne d\u2019une recherche dont l\u2019influence renvoie aux grands maîtres de la peinture de la Renaissance.Je reprends ici l\u2019hommage que lui a rendu Jacques Dufresne.«Au Québec, Refus global a fait passer au second plan de nombreux peintres ayant commis l\u2019erreur de renouer avec les grandes traditions au moment où, en art, on cessa de se souvenir de peur de se sentir un jour dépassé par le passé.Marius Dubois sera le premier d\u2019entre ces peintres à passer au premier rang si jamais la beauté redevient le critère en art.Car il aima la beauté et ne recula devant aucun effort pour s\u2019en rendre digne.» Claude Poulin Québec, le 21 janvier 2016 Solidarité et prospérité vont de pair La solidarité et la prospérité vont de pair, et contrairement à ce que pensent les politiciens des partis politiques qui sont avant tout au ser vice des plus riches et de la classe moyenne, ce sont les réductions de l\u2019impôt pour les moins nantis qui profitent à l\u2019économie et la stimulent davantage.Pour assurer la prospérité et la paix sociale, la solidarité doit précéder la prospérité, et non l\u2019inverse.C\u2019est ce que n\u2019a malheureusement pas compris le gouvernement Trudeau.Voilà pourquoi il nous faut des oppositions NPD et Bloc bien actives à Ottawa! Gilles Marleau Orléans, le 22 janvier 2016 L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 J A N V I E R 2 0 1 6 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagné (adjoints à la direction de l\u2019information), Antoine Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idées), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Michaël Monnier et Olivier Zuida (recher- chistes photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Julie Carpentier (pupitre); information culturelle : Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), François Lévesque et Caroline Montpetit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineau(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre); information internationale : Jean-Pierre Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives), Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); Loïc Hamon (cahiers spéciaux); équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G.Ferraris et Coralie Mensa (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Mélisande Simard (adjointe par intérim), Jean de Billy, Jean-François Bossé, Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais (coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Geneviève O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service à la clientèle), Manon Blanchette, Nathalie Filion et Kevin McKissock.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Claudette Béliveau (adjointe administrative), Florentina Draghici et Xavier Pigeon (par intérim).É M I L I E V A L L I È R E S Auteure à Moncton artout, on nous vend du rêve : celui de la retraite dorée, du voyage à Disney ou encore de la maison dernier cri.L\u2019industrie de la quête du bonheur bat son plein à coups de livres de psychologie populaire ou de personnalités médiatiques commercialisant leur méthode éprouvée pour atteindre le bien-être.Les réseaux sociaux abondent de clichés et de déclarations d\u2019individus heureux de partager leur vie trépidante, dans laquelle ils se laissent prendre par cette lubie collective: celle d\u2019une jouissance sans prix.Autour de moi, tout le monde rêve, mais tout le monde se débat avec une réalité assez cauchemardesque que personne n\u2019ose regarder en face.Le niveau d\u2019endettement des Canadiens explose et chaque soubresaut du taux directeur provoque des frémissements d\u2019un océan à l\u2019autre.Le rêve, ça se paie.Et on n\u2019a pas d\u2019argent.Visa se charge de nous laisser miroiter que c\u2019est possible de tout concrétiser sous prétexte que l\u2019épanouissement matériel est un droit.Nous le méritons, même.Les Grecs le dénoncent.Les Argentins ont fait de même.Il faudrait qu\u2019individuellement et collectivement nous le réalisions aussi : les banques ruinent nos vies.Les banques amenuisent notre pensée critique tant elles nous asservissent.L\u2019obtention d\u2019un prêt hypothécaire peut se conclure en quelques heures à peine.Voilà ce que nous avons fait, mon mari et moi, il y a trois ans.La banque a reçu notre dernier paiement au début du mois de juin 2015.Le directeur de l\u2019institution financière nous a avertis : « Vous ne recevrez pas votre quittance avant six semaines.Les banques agissent vite pour vous endetter.Quand vous avez fini de payer, elles ne se pressent plus.» Sympathique, n\u2019est-ce pas ?Éviter l\u2019enlisement Les offres pour des marges de crédit fusent chaque semaine.Personne ne semble comprendre que nous rebutons les dettes.Nous refusons de servir la haute finance.Nos études universitaires, notre voiture, notre maison, nos rénovations, nos voyages et nos biens ne figurent pas sur un compte à intérêts élevés.Notre vie, elle nous appartient.Mon mar i et mo i sommes dans la mi -trentaine.Nous gagnons un salaire plus élevé que la moyenne nationale.Il faut souligner cette chance.Pourtant, nos collègues et amis se plaignent souvent de dif ficultés budgétaires graves alors qu\u2019ils bénéficient d\u2019un revenu semblable au nôtre .Nos pa irs nous considèrent souvent avec un léger mépris quand nous insistons sur l\u2019importance d\u2019éviter le rouge et d\u2019économiser le montant nécessaire avant l\u2019achat d\u2019un bien.Plusieurs d\u2019entre eux maintiennent que les dettes relèvent de la normalité.Notre manière marginale d\u2019aborder les questions d\u2019argent suscite la suspicion.Notre dichotomie avec la société dite moderne soulève deux questions.Comment des personnes éduquées af fichent-elles un si haut n iveau d \u2019 incompé tence en ce qu i concerne la gestion saine de leurs revenus ?Et, surtout, comment les plus petits salariés parviennent-ils à survivre dans un monde où tout coûte plus cher, à commencer par ce qui est de première nécess ité , c \u2019est-à-d ire la nourriture et le logement ?Encore une fois, je pointe les mêmes coupables à ces deux problèmes dif férents : les banques.Ma maison, quoique très conviviale, paraît plutôt petite et désuète si on la compare aux diktats du design moderne.On a choisi la simplicité dans une ville où l\u2019immobilier demeure bas, Moncton.Nous l\u2019avons payée en mo ins de mo is que cer ta ins prêts auto .Quant à elle, notre voiture, elle répond aux normes de sécurité de la province chaque fois qu \u2019elle subit son inspection annuelle obligatoire pour le renouvellement de son immatriculation.Elle a 16 ans, donc oubliez l \u2019air conditionné, le Bluetooth, les sièges chauf fants, les fenêtres électriques, la caméra de stat ionnement et sur tout la pré - cieuse garantie du concessionnaire.L\u2019absence de paiements nous réjouit davantage que les gadgets\u2026 De plus, il nous arrive de décliner des invitations dans des bars ou des restaurants branchés por tés aux nues par notre génération de hipsters, mais que nous jugeons hors de prix.La lecture de ces dernières lignes laisse présager une vie morne menée par deux rad ins obsédés par leur bas de la ine .Sans doute.Libre à vous de croire ce que vous voulez.Nous voyageons beaucoup ; tant dans notre propre pays qu\u2019ailleurs dans le monde.Nous restons de bons vivants conscients que des choix s\u2019imposent.Pour nous aussi, cette idée du bonheur n\u2019est jamais bien loin.À nos yeux, seules la santé, l\u2019indépendance d\u2019esprit et la liberté d\u2019action actionnent cet état.Le stress de se savoir écrasé par le crédit jure avec ces trois conditions.D \u2019un côté , les banques encha înent les riches avec leurs offres d\u2019endettement et, de l\u2019autre, elles acculent encore plus les pauvres au pied du mur.Eux aussi obtiennent des car tes de crédit à des taux indécents.Outre cela, le filet social pour ces personnes à faibles revenus s\u2019amenuise d\u2019année en année.Chaque fois qu\u2019un gouvernement démo- crat iquement é lu parle d \u2019 inter vent ion de l \u2019État ou d \u2019augmentation des ser vices publics, les banques frémissent.Les agences de notation menacent de décote.Une décote signifie des taux d\u2019emprunts plus élevés.Les pays aussi sont endettés.L\u2019austérité et son all iée, la pr ivat isat ion, v iennent à la rescousse.Wall Street nous tient.Tous.Voilà.Il ne nous reste qu\u2019à rêver que cela n\u2019est pas en train de se produire.Contrecarrer les banques signifie rejeter l\u2019illusion de pouvoir et de richesse qu\u2019elles nous brandissent.Il n\u2019est pas question ici de simplicité volontaire, mais d \u2019un refus net d\u2019alimenter les profits des banquiers pendant que des chimères nous consument.Or, l\u2019endettement démesuré des Canadiens maintient notre pays sous respirateur ar tificiel.Les exper ts en économie soutiendront que mon mode de vie, appliqué à grande échelle, ferait sombrer le Canada dans une grave récession.Soit .Si c \u2019est le risque à prendre pour changer de modèle et se réapproprier nos rêves, faisons-le ! ENDETTEMENT Rêver en rouge : pourquoi je dis non Confessions d\u2019une radine et de son mari, obsédés par leur bas de laine P A X E L F O U R N I E R Étudiant à la maîtrise en droit à l\u2019Université de Montréal envoi par le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, d\u2019une mise en demeure aux caquistes François Le- gault et Benoît Charette, et sa menace de servir la même médecine au libéral Jean-Marc Fournier, est une technique qui relève de l\u2019intimidation.En effet, titulaire d\u2019un baccalauréat en droit, le chef péquiste devrait savoir que les propos de ses adversaires ne constituent pas de la diffamation au sens juridique.À plus forte raison, M.Péladeau sait pertinemment qu\u2019il n\u2019a aucun intérêt à engager des poursuites contre ses adversaires.Pour obtenir gain de cause dans un dossier de dif famation, le député de Saint-Jérôme devrait, comme tout justiciable, prouver une faute, un préjudice et un lien de causalité.Par conséquent, il aurait le fardeau de prouver qu\u2019une personne raisonnable se serait abstenue de tout commentaire sur la légalité d\u2019un don éventuel de M.Péladeau à l\u2019Institut de la souveraineté.Or, cette personne raisonnable, a fortiori lorsqu\u2019elle est députée, bénéficie de la liber té d \u2019express ion .La Cour suprême dans l \u2019ar rêt Prud\u2019homme c.Prud\u2019homme a en effet montré sa réticence à condamner un élu pour l\u2019expression d\u2019une opinion de nature politique.De toute façon, Pierre Karl Péladeau n\u2019oserait jamais poursuivre réellement ses adversaires pour atteinte à sa réputation.Et pour cause : il devrait démontrer que les propos de ces derniers lui ont causé un dommage.Jamais un politicien en exercice n\u2019aurait intérêt à faire la preuve devant un tribunal que les propos de ses adversaires lui ont nui.Cela constituerait un aveu d\u2019échec que ses opposants (au PQ et à l\u2019extérieur de celui-ci) soulèveraient contre lui.Alors, à quoi servent les mises en demeure du chef de l\u2019opposition officielle dans la mesure où il est peu probable qu\u2019il aille devant les tribunaux pour faire valoir son point?Au fond, il s\u2019agit d\u2019une technique juridique qui, un peu comme les poursuites-bâillons, vise à intimider ceux qui n\u2019ont pas les moyens de se payer les services d\u2019un avocat.Ceux-là n\u2019oseront pas trop critiquer le magnat de la presse par peur d\u2019être poursuivis par lui.N\u2019ayons pas peur: nos chartes de droits protègent la liberté d\u2019expression politique.Par conséquent, n\u2019hésitons pas à critiquer nos politiciens (de l\u2019opposition comme du gouvernement), car éviter de le faire par peur des poursuites signifie céder à l\u2019intimidation juridique.Et poursuivez- moi si vous pensez que je me trompe! PKP, ou l\u2019intimidation juridique F R A N Ç O I S E D A V I D Co-porte-parole de Québec solidaire ue faire pour aider les pauvres de notre société ?Les appauvrir davantage ?Cette solution paraît stupide pour la plupart d\u2019entre nous.C\u2019est pourtant cela que Sam Hamad, ministre de la Solidarité sociale \u2014 un titre bien mal choisi dans les circonstances \u2014 propose avec le projet de loi 70 : couper de moitié les prestations actuelles de 620 $ par mois pour les nouveaux demandeurs de l\u2019aide sociale qui ne s\u2019inscriraient pas à un parcours d\u2019insertion ou refuseraient un emploi loin de chez eux.Malgré la diminution importante du nombre d\u2019assistés sociaux depuis une vingtaine d\u2019années, le gouvernement trouve qu\u2019il y en a encore trop.Nous aussi.Nous différons toutefois entièrement d\u2019avis sur les moyens à prendre pour permettre à ces personnes de sortir de la pauvreté.Le gouvernement libéral choisit d\u2019utiliser la menace et la punition.Nous proposons l\u2019accompagnement adéquat de ces personnes en difficulté, souvent des jeunes, grâce à un parcours volontaire et adapté à leur réalité sociale difficile.Pourquoi certains jeunes refusent-ils, dans un premier temps, de s\u2019inscrire à un parcours d\u2019insertion à l\u2019emploi ?Parce qu\u2019ils ont des problèmes.Parce qu\u2019ils sont en détresse et ont une très piètre estime d\u2019eux-mêmes.Parce qu\u2019ils ne croient pas en leurs chances de succès.C\u2019est cela qu\u2019il faut régler d\u2019abord, et des dizaines d\u2019organismes s\u2019y emploient déjà ! Des organismes souvent sous-financés (air connu !) qui soutiennent et encadrent des jeunes qui finissent par s\u2019en sortir avec une aide professionnelle\u2026 et beaucoup d\u2019amour ! Couper les chèques de ces jeunes ?Aberrant ! Il leur deviendra carrément impossible de payer leur loyer avec 310 $ par mois, encore moins de se nourrir, de se vêtir ou de payer leur compte d\u2019électricité.Plusieurs se retrouveront à la rue, avec tous les problèmes que cela implique.Difficile de croire, dans les circonstances, que cela les aidera à trouver un emploi.Plutôt que de les aider, le gouvernement leur met un bâton additionnel dans les roues.Les 6 millions que le gouvernement croit épargner sur le dos des plus pauvres de notre société sont donc des miettes en comparaison des coûts additionnels que leur abandon occasionnera à l\u2019État : frais de santé et d\u2019hospitalisation, prise en charge des sans-abri, criminalité additionnelle, etc.Quand des politiciens au pouvoir proposent des réformes comme celles-ci, ils laissent entendre que les assistés sociaux sont des profiteurs qui vivent aux crochets de l\u2019État et refusent de travailler par paresse.Il n\u2019est donc pas surprenant de lire un sondage comme celui de la Commission des droits de la personne la semaine dernière, qui démontre que la moitié de la population québécoise a une mauvaise opinion des assistés sociaux.Jetons nos préjugés à la poubelle et forçons le gouvernement libéral à reculer! Une aide de dernier recours ne devrait en aucun temps être coupée.Ce subside de l\u2019État est un minimum déjà indécent puisqu\u2019il permet à peine à nos concitoyen(ne)s les plus pauvres de survivre.Assumons collectivement ce geste de solidarité envers les plus démunis d\u2019entre nous.Qui peut savoir lequel d\u2019entre nous aura un jour besoin d\u2019une aide de dernier recours ?Nelson Mandela disait : « Vaincre la pauvreté, ce n\u2019est pas un geste de charité, mais de justice sociale.» Loin des coupes stupides, proposons un revenu minimum garanti pour tous les citoyens et toutes les citoyennes du Québec.C\u2019est une question de dignité.PROJET DE LOI 70 De la pauvreté à la misère noire ! Q L\u2019 ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Les 6 millions que le gouvernement croit épargner sur le dos des plus pauvres de notre société sont donc des miettes en comparaison des coûts additionnels que leur abandon occasionnera à l\u2019État.Nos chartes de droits protègent la liberté d\u2019expression politique L E D E V O I R , L E S S A M E D I 2 3 E T D I M A N C H E 2 4 J A N V I E R 2 0 1 6 SCIENCES B 6 CRISPR-Cas9, cet acronyme bizarroïde qui a envahi la littérature scientifique et a fait la manchette à maintes reprises en 2015, désigne un extraordinaire outil permettant de modifier le génome à volonté.CRISPR-Cas9 fait rêver les chercheurs qui espèrent corriger les mutations génétiques à l\u2019origine de maladies héréditaires, rendre les cellules sanguines résistantes au VIH, et beaucoup plus\u2026 La puissance de cette technique est telle que la communauté scientifique s\u2019est réunie en décembre dernier afin d\u2019en interdire l\u2019usage dans le but d\u2019effectuer des modifications chez l\u2019humain qui se transmettraient aux générations futures.GÉNÉTIQUE Formidable CRISPR-Cas9 P A U L I N E G R A V E L C\u2019 est en essayant de comprendre comment certaines bactéries lactiques arrivaient à se défendre contre les virus qui les attaquaient que des chercheurs ont découvert le système CRISPR-Cas9, en 2007.Sylvain Moineau, de l\u2019Université Laval, qui a contribué à mettre en lumière le fonctionnement de ce moyen de défense, travaillait alors avec des collaborateurs français et américains sur la bactérie Streptococcus thermophilus qui est utilisée pour la fermentation du yogourt et du fromage.«Il arrive à l\u2019occasion que ces bactéries se font attaquer par des virus, appelés phages, qui sont naturellement présents dans le lait.La pasteurisation n\u2019élimine que les cellules pathogènes, mais il subsiste de ces petits phages qui ne sont pas dangereux pour les humains mais qui détruisent les bactéries qui ne feront plus leur travail.On se ramasse alors avec un fromage de mauvaise qualité ou pas de fromage du tout ! » explique M.Moineau, avant d\u2019ajouter que les bactéries ont développé au cours de l\u2019évolution divers mécanismes leur permettant de résister aux phages.Quelques-uns d\u2019entre eux é ta ien t dé j à connus, et en 2007, M.Moineau et ses collègues en ont caractérisé un nouveau, qui a été nommé Clustered regularly inter- spaced short palindromic repeats \u2014 associated protein 9 (Courtes répétitions palindro- miques groupées et régulièrement espacées), fréquemment dés igné sous l \u2019 acr onyme CRISPR-Cas9.« Seulement la moitié des espèces de bactéries possèdent le système crspr-cas et celui-ci est dominant chez les bactéries du yogourt et du fromage », précise M.Moineau, qui est professeur au Département de biochimie, microbiologie et bio-informatique de la Faculté des sciences et génie de l\u2019Université Laval.Fonctionnement de CRISPR-Cas9 Lorsqu\u2019une bactérie est infectée par un phage, et que ce dernier pénètre à l\u2019intérieur de la bactérie, le système CRISPR- Cas de la bactérie s\u2019empare d\u2019une portion du génome du virus et l\u2019insère dans le génome de la bactérie à un endroit spécifique, appelé locus du CRISPR.De ce locus sont ensuite produits de petits ARN, dont une partie de la séquence est complémentaire à celle de l\u2019ADN du phage qui a été intégrée au génome de la bactérie.L\u2019autre partie de l\u2019ARN complémentaire (ARNc) se lie à une enzyme, en l\u2019occurrence une nucléase appelée Cas9, qui a le pouvoir de couper l \u2019ADN comme le feraient des ciseaux.« Ce complexe f o r mé de l\u2019ARNc et de l\u2019ADN de la Cas9 agit comme un anticorps », explique M.Moineau.Ces anticorps se promènent dans la cellule et jouent le rôle de sentinelles qui guettent l\u2019arrivée de phages similaires à celui qu\u2019elles doivent combattre.Ainsi , dès qu \u2019un nouveau phage entre dans la bactérie, l\u2019ARNc reconnaît la portion de l\u2019ADN du phage qui lui correspond et va s\u2019y fixer.La liaison entre l\u2019ARNc et l\u2019ADN du phage entraîne l\u2019activation de la protéine Cas9, qui coupe l\u2019ADN du phage venant d\u2019entrer dans la cellule.La section du génome du phage entraîne alors sa mort.«Ce mécanisme est naturel.Il se met en branle naturellement dans les cellules», souligne M.Moineau, qui a mis en évidence le rôle de la Cas9 et celui des ARNc chez les bactéries lactiques.Outil d\u2019édition du génome Par la suite, la biologiste moléculaire Jennifer Doudna, de l\u2019Université de Californie à Berkeley, et la microbiologiste française Emmanuelle Charpentier, de l\u2019Institut Max Planck de Berlin, d\u2019un côté, et Feng Zhang du Broad Institute de Cambridge, au Massachusetts, ont compris que ce système naturel pourrait s\u2019avérer un outil fort utile.«Ils ont domestiqué le système CRISPR-Cas9.Ils ont rassemblé dans un même vecteur le petit ARNc et une portion du locus CRISPR qui comprend le gène codant pour Cas9.Ce vecteur peut ensuite être introduit dans des cellules végétales, animales ou humaines, précise Sylvain Moineau.La beauté du système est que l\u2019on peut changer la séquence du petit ARNc à volonté.On peut changer cette séquence pour qu\u2019elle soit complémentaire à n\u2019impor te quelle région spécifique du génome que l\u2019on veut m o d i f i e r, e t p o u r qu\u2019elle puisse ainsi la reconnaître lorsqu\u2019on l\u2019introduira dans une cellule .On change ainsi la spécificité de nos ciseaux [c\u2019est-à- dire la Cas9] simplement en changeant la séquence de ce petit ARN.» Lorsque l\u2019ARNc se fixe à la séquence d\u2019ADN de la cellule que l\u2019on désire modifier, l\u2019enzyme Cas9 coupe les deux brins d\u2019ADN.« Cette coupure met la vie de la cellule en péril si elle n\u2019est pas réparée.Mais heureusement, la cellule possède des mécanismes de réparation car des accidents de ce genre sont assez fréquents », indique M.Moineau.« La cassure des deux brins d\u2019ADN de la cellule met en branle le système de réparation.Or, si à ce moment-là on fournit alors à la cellule un ADN donneur contenant les changements que l\u2019on désire apporter, des enzymes copieront cet ADN et l\u2019intégreront exactement à l\u2019endroit où le double brin a été coupé », explique Jerry Pelletier, professeur au Dépar te- ment de biochimie de l\u2019Université McGill.L\u2019ADN donneur peut contenir une mutation que l\u2019on veut introduire ou le gène exempt de la mutation que l\u2019on cherche à éliminer, par exemple.Comparativement aux techniques précédentes, la CRISPR- Cas9 est beaucoup plus précise et permet d\u2019effectuer des modifications génétiques beaucoup plus facilement et rapidement.Pour toutes ces raisons, son emploi s\u2019est répandu comme une traînée de poudre dans les laboratoires.Applications Actuellement, la technique CRISPR-Cas9 est surtout utilisée en recherche fondamentale.«Beaucoup de progrès ont été faits en génomique.On séquence des génomes à une vitesse incroyable, mais en fin de compte, il reste encore beaucoup de gènes dont on ne connaît pas la fonction.Or, le système CRISPR-Cas9 nous permet d\u2019inactiver un gène (en le mutant) pour voir ce que cela entraîne dans la cellule [ce qu\u2019on appelle la génétique inverse].C\u2019est fabuleux.Ça va accélérer notre compréhension du génome», fait valoir M.Moineau.Yannick Doyon, professeur au Département de médecine moléculaire du Centre de recherche du CHU de Québec- Université Laval, a réussi à corriger les défauts génétiques responsables de l\u2019hémophilie chez un modèle de souris de la maladie.Toujours chez la souris, il s\u2019applique maintenant à faire les corrections génétiques nécessaires pour guérir des maladies métaboliques d\u2019origine génétique, comme la tyrosinémie, des maladies rares mais qui sont plus fréquentes au Québec en raison de l\u2019effet fondateur.L\u2019 é q u i p e d e J a c q u e s - P.Tremblay, de la Faculté de médecine et du CHU de Québec- Université Laval, publiait un article cette semaine dans lequel elle explique avoir utilisé le système CRISPR-Cas9 pour réparer le gène responsable de la dystrophie musculaire de Duchenne dans des cellules humaines cultivées en laboratoire, un tout premier pas, mais un pas important dans la lutte contre cette maladie impitoyable qui fauche les garçons avant l\u2019âge de 25 ans.L\u2019équipe de Jerry Pelletier, à McGill, a recours au système CRISPR-Cas9 pour mieux comprendre le dérèglement que subissent les cellules qui deviennent cancéreuses.«Quand une cellule devient cancéreuse, la nature et l \u2019abondance des protéines qu\u2019elle synthétise changent.Elle produit plus de certaines protéines et moins de certaines autres, ce qui lui permet de croître plus rapidement et de devenir résistante au stress.Nous mutons cer tains gènes que nous croyons impliqués dans la régulation de ce processus et nous regardons l\u2019ef fet de ces mutations sur la production des protéines.Si nous voyons quelque chose nous indiquant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un gène stratégique, nous chercherons une drogue qui pourrait agir sur ce gène ou la protéine qu\u2019il synthétise », explique M.Pelletier.Des essais cliniques visant à rendre les cellules T sanguines résistantes au VIH devraient débuter sous peu.Pour ce faire, on prélèvera des cellules T de patients.Puis, on introduira dans le génome de ces cellules une mutation qui inactivera les récepteurs sur l e s q u e l s s e f i x e l e V I H lorsqu\u2019il s\u2019apprête à les investir.Ces cellules seront ensuite réinfusées aux patients.« Ces essais cliniques ont lieu avec un autre système plus ancien que Cas9, le zinc ZFN [zinc figer nuclease, ou nucléase à doigt de zinc], mais il serait plus facile, plus rapide et préférable d\u2019utiliser Cas9 », précise Jerry Pelletier.Dans un article scientifique publié en avril 2015, l\u2019équipe de Junjiu Huang, de l\u2019Université Sun Yat-sen en Chine, décrivait avoir employé la technologie CRISPR-Cas9 pour réparer le gène responsable de la ß-thalassémie, une maladie sanguine héréditaire chez des embryons humains.Cette publication a soulevé un tollé au sein de la communauté scientifique.Le chercheur chinois s\u2019est alors défendu d\u2019avoir réalisé ces expériences sur des embryons non viables, qui ne se seraient jamais développés complètement, et qu\u2019il avait voulu simplement montrer que la technique n\u2019était pas encore assez sûre pour de telles utilisations chez l\u2019humain.Moratoire En raison de l\u2019inquiétude suscitée par cette publication, l \u2019Académie nationale des sciences des États-Unis, l\u2019Académie des sciences de Chine et la Société royale de Londres ont organisé une rencontre en décembre der nier à Washington afin de discuter de la possibilité d\u2019imposer un moratoire sur l\u2019utilisation du système CRISPR-Cas9 pour modifier le génome des cellules germinales humaines, car ces cellules, qui sont issues des toutes premières cellules embr yonnaires et qui forment les ovules et les spermatozoïdes, transmettent les changements qu\u2019elles ont subis à leur descendance.Alors que la thérapie gé- nique, une technique médi- ca le b ien accep tée qu i consiste à corriger la mutation \u2014 causant une maladie génétique \u2014 directement dans les cellules du tissu af fecté d\u2019un individu, procéder à de telles corrections dans les cellules germinales engendre la transmission de cette modification aux enfants du patient.Or, si cette démarche devenait courante, elle finirait par altérer la nature de l\u2019espèce humaine, font valoir cer tains scientifiques.Ces derniers rappellent que les maladies qui sont causées par un seul gène défectueux sont rares et qu\u2019on peut très souvent les prévenir en ayant recours à la fécondation in vitro et en implantant dans l\u2019utérus de la femme uniquement des embr yons qui auront été diagnostiqués exempts de la mutation.D\u2019autres chercheurs ont souligné le fait que s\u2019il est permis de modifier le génome des cellules germinales, la tentation sera grande de favoriser l\u2019expression de traits physiques ou mentaux désirables, et de créer des bébés répondant à tous nos désirs.Les chercheurs réunis en sont arrivés à la conclusion que la technique CRISPR-Cas9 n\u2019est pas encore suffisamment sûre pour que son utilisation soit autorisée dans les cellules germinales.« Nous ne sommes vraiment pas prêts pour des modifications génétiques chez l\u2019humain.Il est très important qu\u2019il y ait un moratoire car cette technologie est utilisée depuis peu et contient encore des boîtes noires qu\u2019il nous faut élucider », affirme Sylvain Moineau.Le système CRISPR-Cas9 est beaucoup plus précis et efficace que les outils précédents, mais il n\u2019est pas parfait.Par fois, le système CRISPR- Cas9 ne coupe pas les brins d\u2019ADN exactement à l\u2019endroit désiré.« En recherche, ce n\u2019est pas un problème car nous avons des façons de vérifier si la coupure a eu lieu au bon endroit.Mais quand cela se passe chez l\u2019humain, c\u2019est une autre paire de manches, cela peut être problématique, prévient M.Moineau.Une fois qu\u2019on aura maîtrisé la technique et qu\u2019on aura diminué ce risque, pourquoi pas?Mais pour l\u2019instant, non.» Jerr y Pelletier croit aussi que les chercheurs ne sont absolument pas prêts pour procéder à des corrections sur des embryons humains.Il explique que la «coupure hors cible » est un problème de taille qu\u2019il faudra surmonter avant d\u2019envisager d\u2019inter venir sur des embryons humains.Celle- ci peut survenir lorsque, par exemple, « 15 des 20 nucléotides qui composent l\u2019ARN complémentaire que nous avions préparé reconnaissent une autre séquence dans le génome qui n\u2019est pas à l\u2019endroit que nous avions prévu », précise M.Pelletier.Yannick Doyon ajoute que si l\u2019ARN guide « n\u2019est pas totalement spécifique», et qu\u2019il ne se fixe pas à l\u2019endroit prévu, des mutations pourront apparaître à des endroits non désirés.« Pour le moment, ces tech- niques-là sont utilisées uniquement en recherche fondamentale », dit-il avant de souligner l\u2019importance de poursuivre le débat, car « la technologie est tellement accessible et facile à utiliser ».Le Devoir CHOBITPARROT / CREATIVE COMMONS Une structure du Cas9 de S.pyogenes (une bactérie appartenant au genre Streptococcus) dans un complexe avec notamment son ADN cible.Nous ne sommes vraiment pas prêts pour des modifications génétiques chez l\u2019humain.Il est très important qu\u2019il y ait un moratoire car cette technologie est utilisée depuis peu et contient encore des boîtes noires qu\u2019il nous faut élucider.Le chercheur Sylvain Moineau « » CRSNG Actuellement, la technique CRISPR-Cas9 est surtout utilisée en recherche fondamentale "]
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