La revue nationale /, 1 juillet 1919, Juillet
[" f 7 tère ANNÉE \u2014 No 7 MONTREAL JUILLET 1919 La nevue Nationale Organe de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal PARAISSANT LE 20 DE CHAQUE MOIS Pécole du \u201cNigog\u201d .Ce Léo-Paul Desrosiers 251 Nestor et Piceolo .Marie-Rose Turcot 258 Les demi-dieux .«+ «+ + +.Antonin Proulx 263 Les armoiries de Montréal .Emile Miller 265 Nos traditions populaires .* * * 280 Corrigeons les ndtres .*** 285 Les livres nouveaux .®$ * * 288 Rédaction et administration: 296 RUE SAINT-LAURENT Montréal Abonnement annuel: $1.00.La livraison (chez les dépositaires): 15 sous.Les abonnements à la Revue Nationale commencent invariablement au ler janvier.\u2014 Pour tout changement d\u2019adresse, accompagner la demande de 5 sous en timbres-poste.\u2014 La revue canadienne-française au plus fort tirage.* LA SOCIETE SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTREAL FONDEE EN 1834 Grand aumdnier: Monseigneur PArechevégue de Montréal Président général: Vielor Morin, LE.D, notaire, 97, rue Saint-Jacques ler Vice-président généval: V.-E.Beaupré, LC, professeur, 676, rue Saint-André.2e Vice-président général: J-B.Lagacé, M.A, professeur, 836, rue Saint- Hubert.Secrétaire général: Guy Vanier, LL.La avocat, 97, rue Saint-Jacques.Trésorier général: Joseph Hurtubise, courtier, 2, place d\u2019Armes.Directeurs: L\u2019hon.L0.David, sénateur, 391, rue Saint-Hubert; \u2014 The.mas Gauthier, courtier, 11, place d\u2019'Armes; \u2014 Fhon.F.L.Béigae, sénateur, 740 Sherbrooke ouest; \u2014 Victor Doré.professeur, 214, rue Berri; \u2014 J.-V.Desaulniers, courtier en immeubles, 1, rue Saint-Laurent; Arthur Courtois, notaire.97, rue Saint-Jacques; J.-Emile Loranger, commis, 547, rue du Grand-Trone.Chef du Secrétariat: Emile Miller, bureau 1, Monument National Corporations filiales de la Société: la Caisse Nationale d'Economie \u2014 la Caisse de Remtoursement \u2014 le Monument National \u2014 la Société Nationale de Fiducie.La Revue Nationale est publiée à l\u2019imprimerie Adj.Menard, 29, rue Saint-Vincent, Montréal.La \u201cSTRATHCONA\u201d COMPAGNIE D'ASSURANCE\u2014INCENDIE (Edifice Versailles) 90, rue Saint-Jacques, Montréal Cette compagnie essentiellement canadienne-fran- caise a été organisée en 1908.avec une charte pro- vineiale, et opdre dans la province de Québec seulement Capital autorisé - - - - - 55060,000.\"(Capital souserit - - io i NESTOR ET PICCGLO 259 carnes, Nestor n\u2019était point beau.La vieille Mina, qui avait eu à se plaindre de ses vilains tours, l\u2019appelait l\u2019antechrist, et se garait de lui comme d\u2019un mauvais génie.En classe, il était toujours à la queue, se faisait tirer les oreilles, et écrivait souvent en pensum le verbe désobéir.Il rentrait tard pour souper, suivi de Piccolo, un barbet échevelé qu\u2019il avait sauvé de la misère.Le contraste si frappant entre Nestor et son frère Euclide contribuait à rendre ce jeune insubordonné de jour en jour plus antipathique à sa belle-mère.Mademoiselle Angèle était âgée quand elle s\u2019avisa des beaux yeux du vieil Eric.Le brave homme avait toujours su affoler les femmes, et celle-ci ne pouvait rester indifférente à ses attentions.C\u2019est ainsi qu\u2019elle entra dans la famille La- ciseraye et que son portrait remplaça au salon celui de la défunte.Eric était un homme avenant, \u201cplein de ressources\u201d.Bref, pour un marchand de campagne, il ne manquait pas de piquant, avec ses revers de loutre, ses éternels favoris et sa pipe en écume de mer.Son fils ne devait, hélas lui ressembler en rien.Nestor portait sur la conscience, le poids de presque tous les méfaits dont se nourrissait la chronique du village.C\u2019était un puits rempli de bois durant la nuit; c\u2019était le chariot rouge de Monsieur Thivierge grimpé, au matin, sur le perron de l\u2019église ; la lampe à réverbère, qui coiffait le poteau vis-à-vis l\u2019école, éteinte toute la veillée, et une partie du village dans l\u2019obseu- rité, enfin on n\u2019en finirait plus à énumérer toutes les escapades de ce gamin.| Or, en ce temps-là, vint à passer dans les paroisses un trappiste qui mendiait, au nom de sa communauté, pour la restauration de son monastère détruit par un incendie.Ce moine, à la physionomie d\u2019esthète, fit grand effet dans les stalles du choeur, à la grand\u2019messe du dimanche.Monsieur le Curé annonça qu\u2019on accueillait à la Trappe les jeunes gens ii se 260 LA REVUE NATIONALE il qui désiraient suivre un cours d\u2019agriculture.L\u2019occasion était; magnifique et Eric Laciseraye, pour mettre fin aux épi- gb grammes dont l\u2019accablaient ses concitoyens, résolut de con- gi fier l\u2019enfant terrible aux moines d\u2019Oka, comptant réformer ih ainsi ce mauvais sujet.Bt Nestor passa deux années a la Trappe.Il y apprit à : 0 embouteiller le vin, à emballer le fromage et à savourer le | miel, en cachette ; il en sortit à seize ans, ignorant et indompté.y Il portait alors des lunettes, une tête frisée et des pantalons | bouffants.: L\u2019écolier ne recut probablement pas un accueil bien enthousiaste, car, peu de temps après, on apprit sa disyari- | PU tion et celle du barbet Piccolo.Consternation chez les La- | i ciseraye.On s\u2019enquit par toute la campagne des deux déserteurs, mais personne, pas même le chef de gare, n\u2019avait eu vent de Piccolo ni de son maître.On mit à leur poursuite \" l\u2019huissier du village, qui se faisait fort d\u2019être détective à ses .heures, et les recherches de cet homme de flair aboutirent à ; une découverte sinistre.Nestor était rendu en ville et logeait chez un camarade de la Trappe, qui vendait des légumes dans la banlieue de Québec.Le malheureux avait même troqué à un mont-de- piété, chez un sale juif de la Côte-de-la-Montagne, l\u2019habit de noces de son père contre un vieux tambour.L\u2019huissier-détective ramena l\u2019enfant prodigue au logis, où son retour fut salué par l\u2019indignation générale.Colères, malédictions, rien ne fut épargné à l\u2019adolescent, et, comme résultat de toutes ces scènes de famille, on le mit à la porte sans pitié.Nestor partit de la maison avec recommandation expresse, de la part de sa belle-maman, de n\u2019y plus jamais remettre les pieds.Il advint que Nestor, qui avait déjà fait montre d\u2019une passion avérée pour le tam-tam, entra comme facteur au service des Postes de la Cité de Champlain et, entre temps, après un peu d\u2019exercice, devint membre de la Société Symphonique, en qualité de cymbalier.# + \u2018 NESTOR ET PICCOLO 261 On le voyait chaque soir dans le kiosque des musiciens sur la terrasse, et c\u2019était toujours pour lui fête nouvelle que ces nuits langoureuses, animées par la houle des promeneurs et la musique délirante de l\u2019orchestre.Nestor faisait partie de tous les concerts, si bien que moins d\u2019un an après, il distribuait à des élèves sa carte professionnelle : NESTOR LACISERAYE Professeur de cymbales, petite et grosse caisse, ete.Notre tambourineur ne resta pas à mi-chemin dans sa carrière.Ses ambitions étaient inouies et la vie de bohème ne l\u2019attirait pas moins que l\u2019incorrigible vagabond de Piccolo.S\u2019accommodant de la gêne, abrité sous un toit et mal nourri, Nestor, après sa tournée de facteur, jouait le soir dans un théâtre de cinéma.Par un prodige d\u2019économie, il réussit assez vite à se procurer à son compte le tintamarre au complet: cymbales, triangles, petite et grosse caisse, xénophone, rien ne manquait; et il faisait marcher le tout de concert, en s\u2019agitant des pieds et des mains comme un réprouvé.Muni de ces retentissants accessessoires, il entra le printemps suivant dans un orchestre de vaudeville qui suivait à travers l\u2019Amérique une troupe de comédiens ambulants.Notre jeune aventurier mena ainsi pendant longtemps une existence errante, promenant sous la calotte des cieux son inaltérable optimisme et son fidèle barbet Piccolo.Puis, vint soudain le fatal coup de foudre, et l'amour s\u2019en mêlant, son mariage mit fin à ses tournées artistiques.I! fallut donc faire face aux exigences de la vie à deux et notre héros expérimenta qu\u2019.eee \u201con a peu de douceur \u201cA dîner d\u2019un \u201cMa Vie\u201d et souper d\u2019un \u201cMon Coeur\u201d.Cependant, Nestor, qui n\u2019était jamais pris sans vert, trouva bientôt une agence pour une compagnie de produits 262 LA REVUE NATIONALE pharmaceutiques, et il revint au pays avec une épouse au teint de créole et une merveilleuse panacée qui semblable au Pain Killer a pour effet magique de brûler l\u2019estomac, d\u2019anéantir le mal de dents, de sauver de la diphtérie, de la migraine et de tous les maux qui accablent l\u2019humanité.Notre charlatan fit de si bonnes affaires, qu\u2019il se prit à croire à tous les stratagèmes de la médecine.Stimulé de la sorte, il entreprit, par correspondance, un cours de médecine pratique et, s\u2019enfermant le soir avec des livres énormes, 1l emmagasina nombre de termes empruntés aux langues mortes, pour épater les vivants; puis, muni d\u2019un diplôme latin quelconque, il ouvrit un bureau meublé d\u2019une table brancard, d\u2019appareils nickelés mus par l\u2019électricité, de dessins d\u2019anatomie, et il se mit à expliquer la médecine, avec l\u2019assurance et la foi d\u2019un thaumaturge.C\u2019est ainsi que, dans le dédale des plaques de cuivre qui anonncent sur la rue Saint-Denis les nombreux disciples d\u2019Esculape, on lit celle du NESTOR LACISERAYE Méchano-Thérapiste pt 9 De Madame Nestor, je sais très peu de chose.Il n\u2019en a fut jamais fait mention chez le vieil Eric; mais ses toilettes dernier cri et ses airs dégagés témoignent en faveur du nom- \u201c bre d\u2019ankylosés remis sur pied par son mari.| Dans l\u2019antichambre du docteur Miracle, un barbet, leurd d\u2019années, regarde narquoisement son maître et remue vaguement la queue sous les caresses des patients.\u201cC\u2019est un souvenir de jeunesse, souligne Nestor Laei- seraye, en leur mortrant Piccolo.\u201d 3 Marie-Rose TURCOT MICRA ITIAHISMIMAtI It Sata sO Cit atint tice LES DEMI-DIEUX \u2014.Michel-Ange, Vinci, Titien et Raphaël! Les voilà les titans, les divins, les poètes, Ceux que l\u2019amour créait de lumière et de ciel, Et qui portaient au front le signe des prophètes! Ceux-là pouvaient vraiment s\u2019élever près de Dieu, Imprégner de splendeur leur coeur et leurs pensées, Et jeter sur un monde ardent et radieux, Toutes les visions qu\u2019ils avaient caressées.Jamais sur leur esprit ne se faisait la nuit: Quand leur vie était sombre et la terre souffrante, Que les choses semblaient sans raison et sans fruit, Ardents, ils descendaient en leur âme vibrante, Assurés d\u2019y trouver l\u2019éternelle beauté, Et soudain tout le ciel et toute la nature, Vivaient, chantaient, roulaient en vagues de clarté, En ruissellement d\u2019or, de pourpre et de verdure! Les cieux, les blés, les champs leur jetaient des couleurs; La gloire les suivait en s\u2019offrant d\u2019elle-mêmé.Ils n\u2019avaient qu\u2019à jeter un regard sur les fleurs Pour que leur feu montât, éclatant et suprême, Et courût en frissons sur leurs pinceaux puissants ; Ils avaient dans les yeux des images étranges, Des hantises, et sous leurs mains d\u2019adolescents, Naissaient, vivaient des saints, des vierges et des anges! 264 LA REVUE NATIONALE Hélas! on ne sait plus, aujourd\u2019hui: l\u2019Homme est las.Ses yeux n\u2019ont plus d\u2019ardeur et sa main plus d\u2019audace.\u2026.Pour lui, le soleil nait et sombre sans éclat, Comme si le mensonge avait terni sa face! Et tout cela lui fait une âme faible et lâche | Qui n\u2019a plus la fierté de son rêve éclatant, Et qui, soumis enfin à sa minable tâche, | Refuse de se voir, de penser, mais attend! | Patience! Il attend qu\u2019une flamme s\u2019allume Et descende bientôt sur son front, dans son coeur ; Il muse longuement, taille à demi sa plume, | | Et tend l\u2019oreille au bruit d\u2019un invisible choeur.| { Travailler?Le ciseau sous son effort s\u2019ébrèche ; | X La lyre sous ses doigts se brise et se détend; | \u20ac Le pinceau bave et tombe et la toile est revéche.| \u2014Plus tard, dit-il, plus tard ! Et toujours il attend ! Antonin PROULX Ottawa, juin 1919.Bryer SS prayers Ere LES ARMOIRIES DE MONTRÉAL | Les armoiries de Montréal ont leur histoire ef leurs mys- } tères.En voici l\u2019acte de naissance, consigné à la page 57 du registre À des Procédés du Conseil de Ville \u2014séance du vendredi 19 juillet 1833: ; Mr.le Maire, en proposant d\u2019adopter un sceau pour la Cor- Ç poration, a soumis deux dessins qu\u2019il a fait préparer, dont l\u2019un i de forme circulaire et l\u2019autre de forme ovale, pour Cachet d\u2019ar- P mes de la Corporation de la Cité de Montréal, autorisant le à Maire à le faire graver.Ecufson:\u2014figure ovale; champ d\u2019argent, écartellé au sautoir de gueules, portant au ler quartier une rose d\u2019or, au 2d quartier un chardon d\u2019or, au 3e quartier un trèfle d\u2019or et au 4e quartier un castor pafsant d\u2019or \u2014Devise:\u2014Concordià Salus, Bi sur jarretière d\u2019azur.Au bas de l\u2019écufson sont les mots \u201cCorpo- R ration\u201d\u2014\u201cMontréal\u201d.*.#.e.*%* a.» 6e\".L\u2019examen du manuscrit nous révèle que le secrétaire mu- Ë nicipal, Pierre Auger, transcrit la description du blason avec E minutie, sans même oublier l\u2019accent circonflexe sur l\u2019a qui R ! marque le cas ablatif de Concordia dans la devise,\u2014accent i | qu\u2019il est d\u2019usage d\u2019omettre dans les inscriptions, qui se font E invariablement en capitales, lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un texte latin.4 | Et par \u201cMr.le Maire\u201d il faut entendre Jacques Viger, nommé | maire de la naissante municipalité de Montréal, en vertu du premier statut de Guillaume IV, ch.59.fi Si on veut bien observer que le 19 juillet est la date de 0 la quatorzième réunion des \u201cConseillers de Ville\u201d,\u2014dont la ; première avait eu lieu le 5 juin,\u2014il n\u2019y a pas de doute que F Viger imprimait un mouvement accéléré aux affaires muni- i 266 LA REVUE NATIONALE cipales.Après avoir gratifié le Conseil de Règles et Règlement, il n\u2019était pas en retard pour donner un sceau à la municipalité.C\u2019est lui-même qui a ébauché, décrit et fait dessiner ces armes, ainsi que le démontrent ces trois pièces que je tire de la série des mandats du trésor : (Mandat no 113) La Corporation de Montréal à J.Viger, Maire 1833 Juillet\u2014Pour autant par moi payé au peintre Chs Woodley, pour un dessin du sceau de la Ville à ma demande et sur mon ero- quis.£ 12.6.Approuvé nour paiement.£ 12.6.\u2019 Augt.Tulloch Joseph Gauvin Cpt.A.Lusignan (A l\u2019endos) Reçu payement de ce compte des.des mains du Trés, de Ville, A.Auger, Ecr, ce 10 Sept.1833.(Signé) J.Viger Maire (Mandat no.239) Doit la Corporation de Montréal A Jacques Viger, Maire 1833 Nov.11.pour autant par moi payé au peintre J.Duncan pour 2 dessins par lui faits pour le sceau de la Corporation sur mes croquis, comme par compte annexé.0.24400 000000.20/\u2014 Approuvé pour payement: Reçu payement du Trés de Ville, Augt.Tulioch Auger, Ecr., ce 11 nov.1833 Joseph Gauvin (Signé) J.Viger Cpt.A.Lusignan Maire The Mayor of Montreal To James Duncan Dr.To making drawins for the Corporation Seal.£1.0.0 Received Payment (Signé) James Duncan! Montreal, Oct.20th.1833 ' Jusqu\u2019à quel point ce dessin est-il original, en d\u2019autres termes, dans quelle mesure faut-il en attribuer la paternité à son premier maire?C\u2019est ce que nous voulons examiner, en empruntant d\u2019abord l\u2019opinion du savant conservateur des Archives judiciaires du district de Montréal, M.E.-Z.Mas- sicotte.\u201cA n\u2019en pas douter, écrit-il, ce sceau n\u2019est qu\u2019une 1.\u2014Graveur, lithographe et peintre à l\u2019occasion, Duncan nous a laissé beaucoup d\u2019excellents travaux.11 habita longtemps 74, rue Saint-Louis, nen loin du Champ de Mars; son atelier se trouvait & 63, grande rue Saint-Jacques.Le nom du peintre Chs Woodley ne paraît dans aucun des almanachs d\u2019adresses de Montréal.2\u2014 Bulletin des recherches historiques, fév.1917, pp.54 et 55. dur 2, LES ARMOIRIES DL MONTREAL | 267 modification des armoiries de l\u2019ordre de la Jarretière.La ressemblance entre les deux est indéniable, car l\u2019un des insignes de l\u2019ordre est ainsi décrit: \u201cD\u2019argent, à une croix de gueules.L\u2019écu est entouré d\u2019une jarretière d\u2019azur sur laquelle est la devise: Honni soit qui mal y pense.M.Viger, poursuit-il, n\u2019a donc eu qu\u2019à changer la devise, à remplacer la croix de Saint-Georges par celle de Saint-André et à ajouter les embièmes des principales races qui composaient alors la population de Montréal.\u201d Gravure anonyme Autre gravure sur sur bois, de 1842 bois, datant de 1851.assez bien counser- vée.La plus ancienne, probablement.Reste la devise Concordid Salus\u2014le salut dans le bon accord,\u2014qui est une heureuse trouvaille, bien naturelle, d\u2019ailleurs, chez un esprit qui s\u2019est appliqué à établir une parfaite entente civique.À preuve, le caractère essentiellement bilingue que Viger communique dès le début, à toute son administration.Et signalons par parenthèse un autre fait qui a pu compter dans le choix de cette devise : le premier maire de Montréal ayant épousé une personne alliée à des Ecossais, devait connaître les armes de l\u2019historique cité d\u2019Aberdeen, qui a toujours servi de lien dans les rapports assidus que l\u2019Ecosse entretient avec la France depuis le XVIe siècle; or Aberdeen a pour devise Bon accord.Il semble que celle-ci appelle relle- là.3\u2014 Quelques ancêtres de la devise des armes de Montréal.\u2014Conrordia discors: Une entente discordante.Horace, Ep, Lib.I, 12, 19; aussi Lucain, Lib.I, v.93, et Ovide.\u2014Concordia parvae res creseant_ discordia maximae dilabuntur: Les petites choses.grandissent dans la bonne entente, les plus grandes trouvent leur ruine dans la discorde.Salluste, Jugurtha, 19, 10. 268 LA REVUE NATIONALE Si Jacques Viger devait, dans la suite, acquérir le noble art du blason, il faut admettre qu\u2019en 1833 il avait plutôt un grand désir de connaître, qu\u2019il ne le possédait encore parfaitement.Si l\u2019on veut bien observer que l\u2019héraldique s\u2019est imposé toutes les rigueurs d\u2019une science aux règles inflexibles et que tout y a une signification, il n\u2019est pas sans intérêt de rechercher le sens de ces armes et les motifs qui ont présidé à leur composition.Tout en reconnaissant que l\u2019insigne de l\u2019ordre de la Jarretière dut exercer une influence décisive sur l\u2019allure générale du dessin de Viger, il faut observer en outre que cet archéologue trouvait, dans les institutions tant passées que contemporaines de sa ville, beaucoup de sceaux contenus dans un écu ovalaire : tels sont ceux des tribunaux du régime français et celui des Messieurs de Saint-Sulpice, seigneurs de l\u2019Ile.Je me plais à croire qu\u2019en choisissant l\u2019écu oval qui est, de même que le losange, celui des ecclésiastiques, des dames et des demoiselles, Viger faisait mieux que d\u2019écarter la question délicate des écus français ou anglais; il rappelait ainsi, on ne peut plus heureusement, que Montréal fut d\u2019abord Ville- Marie.Et comment cet écu se blasonne-t-i1?\u201cChamp d\u2019argent, écartellé (sic) au sautoir de gueules\u201d, dit le procès-verbal.Or cela ne correspond pas à la figuration première de ce blason; car, au lieu d\u2019être écartelé, c\u2019est-à-dire divisé en quatre parties égales par deux lignes (et non deux bandes) se croi- \u2018sant au centre de l\u2019écu, il est au contraire chargé d\u2019une croix de Saint-André.L\u2019héraldique admet sans doute cette croix en diagonale, mais elle est tout autre chose qu\u2019un écartelé, qui est fait de simples lignes.Le mot propre échappait ici a Viger.L\u2019ordre dans lequel les quatre meubles d\u2019or sont disposés sur les quartiers demande aussi quelques explications.Le premier rang est assigné à la rose, emblème de l\u2019élément anglais ; le second au chardon, emblème de l\u2019élément écossais ; le troisième au trèfle, emblème de l\u2019élément irlandais, et le Mr te CES de At bé IE LI AT EM pt de cache tt sttdéE Lt Ida LES ARMOIRIES DE MONTREAL 269 quatrième au castor, que l\u2019on devait regarder en 1833 comme l\u2019emblème de l\u2019élément franco-canadien.\u2018 On ne peut s\u2019empêcher d\u2019observer que les trois premiers de ces symboles sont tirés du règne végétal, tandis que le quatrième appartient au règne animal.Cet isolement relatif ; du castor, symbole de l\u2019activité industrieuse, mais encore J symbole aujourd\u2019hui déchu dans l\u2019estime des Canadiens fran- 5 çais, n\u2019est pas propre à lui assurer beaucoup de sympathie.\u201d En Et l\u2019on s\u2019étonne qu\u2019à ces trois attributs-plantes, Viger E n\u2019ait pas ajouté un rameau ou une feuille d\u2019érable.La question si controversée, et pourtant peu ancienne, de l\u2019adoption.ji chez nous de l\u2019érable comme embième ethnique et politique, ; paraît trouver ici sa solution.Si en 1833 l\u2019érable eût été regardé comme le symbole des Franco-Canadiens,\u2014ainsi : qu\u2019on l\u2019a souhaité depuis, et ce qui n\u2019est pas dénué de con- i venance,\u2014 Viger l\u2019eût certainement employé dans la compo- ; 4\u2014Le castor a paru pour la première fois, comme emblème du Canada, sur Ci les armes données par Charles Ier, d\u2019Angleterre, à sir William Alexander, le 4 sep- i tembre 1630.L\u2019abbé H.-A.Verreau, répondant à une demande de renseignements, écrivait fi dans le Bulletin des recherches historiques_ de mai 1898: 4 \u2018\u201cL\u2019emploi du castor comme symbole du Canada ou de l\u2019élémet canadien me A paraît remonter assez loin.Ar Avant 1830, le commandeur Viger l\u2019avait mis dans les armes de la ville de A Montréal; il l'avait aussi dessiné comme support dans un écusson de fantaisie qu\u2019il s\u2019était fait vers 1815.On voit le castor dans les vignettes de l\u2019Histoire de la Nouvelle-France, de A Charlevoix.; Sur la médaille que Louis XIV fit frapper pour rappeler la défaite de Phipps as\u2019 devant Québec en 1690, un castor s\u2019avance timidement vers une femme qui trône ih avec majesté sur les trophées enlevés à l\u2019ennemi: figure symbolique de la nouvelle et de l\u2019ancienne France.C\u2019est probablement M.de Frontenac qui donna au grand Roi l\u2019idée de repré- Il écrivait, le 13 octobre 1673, au ministre des senter ainsi sa colonie naissante.colonies :\u2014 \u2018C\u2019est à quoi, Mgr, vous aviserez, s\u2019il vous plaît, comme aussi aux livrées et iB aux armes que le Roy voudra donner à la ville de Québec.Je croyais que les Bs: fleurs de lys sans nombre, au chef d\u2019or, chargé d\u2019un castor de sable, luy conviendraient assez bien avec deux originaux pour supporter, et le bleu et le blanc pour les livrées de la ville.J'\u2019attendrai sur cela les ordres de Sa Majesté et les vôtres.\u201d (pp.153 et 154.) 5.\u2014On lit dans le Castorologia de Horace T.Martin, Montréal, Londres, 1892: \u201cSir William Dawson, in a lecture delivered in 1863, on \u201cThe Duties of Educated Young Men in British America,\u201d said, \u201cCanada has two emblems\u2014the beaver and the maple.The beaver in his sagacity, his industry, his ingenity and his perseverance, is a most respectable animal; a much better emblem for our country A than the rapacious eagle or even the lordiy lion but he is also a type of un- D varying instincts and Old World traditions.He does not improve, and becomes extinct rather than changes his ways.Some of our artists have the bad taste to represent the beaver as perched on the maple bough, a most unpleasant position for the poor animal, and suggestive of the thought, that he is the act of gnawing Ki through the trunk of our national tree (the maple).Perhaps some more venturous designer may some day reverse the position, and represent the maple branch as fashioned into a club, wherewith to knock the beaver on the head.\u201d (p.198.) E 270 Electrogravure représentant les armoiries de Montréal projetées par Jacques Viger avant 1830, au dire de l'abbé Verreau.L'originai en est conservé avec la Saberdache de Viger, dans la bibdlicthèque de l\u2019Université Laval, à Québec.D\u2019après une photographie communiquée par Mgr A.-E.Gosselin, sition des armes de la ville.Lors de la première célébration de la Saint-Jean-Baptiste, la salle du banquet \u201cétait décorée, dit la Minerve du temps, de bouquets, de fleurs et de feuillages disposés en festons.Parmi ceux-ci on remarquait, à l\u2019entrée, un faisceau de branches d\u2019érables chargées de feuilles.\u201d © Ce qui ne manque pas encore de partager les appréciations sur les armoiries montréalaises, c\u2019est la position relative qui est attribuée à chacun des meubles.Si l\u2019on tient compte de Pimportance numérique des éléments nationaux de la ville, à cette époque de 1833, il est certain que le symbole des francophones eût dû être logé au premier quartier.Cet élément était alors, comme aujourd\u2019hui du reste, le plus considérable 6 \u2014 Bulletin des recherches historiques_ 1898, p.119.LA REVUE NATIONALE LES ARMOIRIES DE MONTREAL 271 par rapport aux autres, du point de vue de la nationalité\u2014 sinon de la langue.Les divers recensements de l\u2019Etat et de la municipalité montrent en effet que, s\u2019il faut attendre jusque vers 1865 pour voir l'élément francophone prédominer sur l\u2019ensemble de la population montréalaise, il suffit de comparer cet élément à chacun des trois groupes de provenance britannique pour se rendre compte du fait que, de tout temps, il a gardé cet avantage sur ces groupes pris séparément.Mais il est un autre motif qui dut induire le premier maire de Montréal à disposer ces attributs ainsi qu\u2019il le fit: le désir de voir la ville grandir dans la paix.Comme dans.toutes les jeunes agglomérations à population mixte, où les moeurs sont contrastantes et les aspirations divergentes, la.sécurité des citoyens fut plus d\u2019une fois compromise.Pour ne mentionner que les événements qui gravitent autour de 1833, ranpelons que, l\u2019année précédente, à l\u2019occasion de l\u2019élection d\u2019un député à la Législature pour le quartier Ouest, la grande rue Saint-Jacques fut le théâtre d\u2019une émeute réprimée par la force militaire: les canons, pour avoir tiré au- dessus de la foule, ne tuèrent pas moins trois Canadiens français.\u2019 Sous le prétexte de secourir leurs nationaux, les groupes.ethniques deviennent en quelque sorte des castes, et les sociétés nationales se fondent.Cela suffit à montrer combien on était loin encore des sentiments de bonne entente qui de- 7.\u2014 Proportions de l\u2019élément francophone dans la population de Montréal, à diverses époques.1825, ensemble .31 516 habitants 1844 Canadiens français Co 19 041 British Canadians .8 863 English, Irish, Scotch .; 15 468 United States and other places , 721 25.052 Total .+.« + + « + + + 44 093 Proportion: 429 sur 1000 1861-2 .2 2 +4 ++ +5 ee 57 715 2 2 2204000604 + 6 451 1600 1861.ee ee eee eee as 90 325 .482 \u201c\u201c 1000 1871 .Ce ee ee .107 225 .530 \u201c 1000 1881 .Lo.155 238 .559 \u201c 1000 1852 Canadiens français .26 020 Anglo-canadiens .412 494 > Anglais, 1rlandais, Ecossais .17 T44 Autres nationalités .1457 31695 57 715 272 LA REVUE NATIONALE vaient finir par prévaloir au sein de la population montréa- laise.En juin 1834, Ludger Duvernay organise la société Saint-Jean-Baptiste ; en novembre de la même année, les Ecos- sais fondent la société Saint-André; celle de Saint-Patrice date aussi de 1834; la société de Bienfaisance française se fonde le 1er août 1835 ;° la colonie allemande institue la sienne en avril 1835, et la société Saint-Georges va naître vers 1840.Ces antipathies ethniques se sont canalisées dans des clubs politiques, \u2014 Fils de la liberté et Doric Club, \u2014 dont les violences préludent à la désastreuse rébellion de 1837.Deux gravures sur bois, du même ciseau, parfaitement conservées, Elles se signalents par des rameaux d'érable.La première porte le cri: Droits égaux, justice égale, ce qui fait présumer qu\u2019elle est postérieure aux fières revendications de L.-H.Lafontaine, au parlement des Canadas-Unis, en 1842.L\u2019erreur la plus considérable que Viger ait commise ici fut de loger les quatre meubles d\u2019or sur un champ d\u2019argent.L\u2019art du blason a des règles absolues, dont on ne peut s\u2019écarter sans tombe dans le chaos.Cet art ne souffre pas que l\u2019on pose métal sur métal, non plus qu\u2019émail sur émail.Ainsi, un champ de métal ne saurait être meublé que d\u2019émaux.Il s\u2019offre deux alternatives pour corriger ce vice d\u2019arrangement : 8.\u2014Leblond de Brumath, Guide de Montréal, 1837, p.109.4 _\u2014 sw oo LES ARMOIRIES DE MONTREAL 273.la premiere consiste & donner aux meubles leur couleur conventionnelle, ce qui se voit ie plus souvent; et la seconde à représenter ces meubles \u2018au naturel\u201d.Le louable désir de figurer l\u2019union pacifique des éléments de la population montréalaise, déjà si diverse en 1823, apparaît, avons-nous vu, dans la devise que Viger place sur la jar- retiére; mais il s\u2019extériorise encore dans la légende, au bas des armes.Décidément, l\u2019auteur de la Saberdache comprenait qu\u2019il appartient à la jeune démocratie américaine de réaliser cette merveille de politique: l\u2019apaisement des antipathies de Gravure sur bois, d\u2019une grande finesse, utilisée vers 1854.race.Cette légende, il la veut neutre en elle-même, \u2014 ni fran- taise ni anglaise, \u2014 au risque de la rendre grammaticalement incorrecte.Ce n\u2019est pas \u201cCorporation de Montréal\u201d ni \u201cCorporation of Montreal\u201d, mais plutôt ces deux seuls mots qui ne trouvent de lien que dans des esprits tres conciliants: \u201cCORPORATION \u2014 MONTREAL\u201d.Quant aux ornements extérieurs, qui, joints aux armes, constituent les armoiries, Viger n\u2019en a pas indiqué.Mais teite simplicité initiale ne fut pas respectée, même par les PE EE A i i 1 Le 274 LA REVUE NATIONALE premiers graveurs.D\u2019autres déformations de cette nature surviennent graduellement.Ainsi on observe sur le sceau gravé par Turpin,° vers 1842, des ornements logés entre l\u2019ovale de l\u2019écu et le contour circulaire du sceau, et qui rap- pelient vaguement des feuilles d\u2019acanthe.On les a scrupuleusement perpétuées jusqu\u2019à nos jours.Depuis 1845, des vignettes montrent l\u2019éeu ovalaire surmonté d\u2019une couronne royale.L\u2019art du blason qui, avons- nous dit, n\u2019a rien laissé au hasard, permet-il cet ornement ?Oui, sans doute, mais pour enrichir ses armoiries d\u2019une couronne, \u2014 royale ou murale, \u2014 il faut qu\u2019une ville soit Autre gravure sur bois, peu commune, utilisée pendant l\u2019époque militaire de 1867-1872.capitale ou place forte.La coutume veut que le chef d\u2019Etat lui accorde comme une faveur le privilège de surmonter ses armoiries d\u2019une de ces couronnes.Or, il est certain que Montréal n\u2019a jamais sollicité ni reçu cette décoration, soit par l\u2019intermédiaire de son conseil municipal, soit autrement.Peut-on alléguer, toutefois, que la ville fut, de 1844 à 1849, la capitale du Canada, le siège du gouverneur-général, et qu\u2019à cette époque on la classait parmi les places de garnison?Mais ce sont là choses du passé.Si, d\u2019ailleurs, son titre de capitale lui valut d\u2019être fixé sur ses armoiries, elle ne saurait s\u2019en prévaloir de nos jours.9\u2014Un graveur européen, probablement. À LES ARMOIRIES DE MONTREAL 275 D\u2019autres innovations apportées par les graveurs, en reproduisant l\u2019image sur sceau, consistent dans le liseré dont ils ont alourdi le sautoir, et dans les hachures, destinées à représenter les couleurs.On en est arrivé à couvrir le sautoir de traits horizontaux pour représenter l\u2019azur, alors qu\u2019il Dans ce fac-similé de bon goût, exécuté vers 1880, le sautoir est non seulement liseré, mais il est couvert, ainsi que la jarretière, de hachures horizontales, signe conventionnel de l\u2019azur.faut le faire de traits verticaux.Quant à la jarretiére, on l\u2019a vue blanche ou ombrée de façon fantaisiste.Il faut, à tout prix, s\u2019en tenir à la simplicité du dessin originel ou bien le modifier, ainsi qu\u2019il convient, par une décision du Conseil municipal.Ces libertés grandes ne sont pas demeurées inaperçues de tout temps, aux yeux de ceux qui avaient mission de veiller au respect des traditions, puisqu\u2019en 1892 l\u2019héraldiste Raymond Beullac était invité à rendre à ces armoiries leur simplicité première.Il émonda sans apporter de corrections es- entielles au dessin.Armoiries de la banque de Montréal, gravées par J.Walker, vers 1865.Le prestige de Montréal fait que ses armes ont été empruntées par plusieurs institutions.C\u2019est d\u2019abord la banque HY Ji Ww BH fl H : Ci Rs Hi Hs 276 LA REVUE NATIONALE de Montréal, qui donne à son sceau corporatif les armes de la municipalité.Fondée en 1817, cette banque n\u2019avait pas de sceau, à son début.C\u2019est avec le premier sou (Bank token), frappé en 1837, que les armoiries de la ville apparaissent pour la première fois sur le numéraire de cette banque.La similitude des gravures représentant les armes de la municipalité et celles de cette banaue était telle que les imprimeurs ont utilisé indifféremment une vignette pour l\u2019autre, jusque vers 1880.En 1863, alors que la viile est chargée par la Législature de percevoir les impôts scolaires, la Protestant Board of School Commission adopte aussi les armes municipales.La Montreal Art Association, fondée en 1861, et le Montreal Les armoiries du Montreal Curling Club.Curling Club font de même.Deux municipalités de la banlieue, Sainte-Cunégonde en 1898, et Saint-Louis-du-Mile End en 1903, se sont inspirées à la même source, en modifiant les attributs.Elles ont substitué l\u2019écartelé à la croix de Saint- André, la feuille d\u2019érable au castor, et logé ce symbole au canton supérieur de dextre.Enfin, Saint-Jean-d\u2019Iberville a composé ses armes d\u2019une gerbe faite d\u2019une rose, d\u2019un chardon, d\u2019une tige de trèfle et de feuilles d\u2019érable.C\u2019est à M.Massicotte, dont j'ai cité l\u2019opinion autorisée, qu\u2019il faut attribuer le premier en date des exemplaires corrigés des armes de Montréal.Invité à gratifier sa ville d\u2019un blason, il donne à Sainte-Cunégonde un dessin que le graveur devait hélas! maltraiter dans la suite: le même mal a donc frappé la mère et la fille. LES ARMOIRIES DE MONTREAL 277 1860 Gravure de 1873 ressuscitant un plus joli dessin de 1845.Restée en usage jusque vers 1895.Petit dessin en usage depuis 1885 jusqu\u2019à ces dernières années.Gravure contemporaine (1894-1919), popularisée par la papeterie Gravure de 1880 courante de T'administration municipale.Fac-similé du sceau: Corporation 1890-1912 Autre variante du sceau: Corpo- \u201cof\u201d Montreal ration \u2018de\u2019 Montréal, Ces gravures (les unes sur bois, les autres sur cuivre) et celles qui se trouvent disséminées dans ie texte, sont tirées des originaux.Elles ont été recueillies en 1917 dans les ateliers Walker & Mitchell, 87 ouest, rue Notre-Dame, et Perrault, 73, rue Saint-Jacques. 278 LA REVUE NATIONALE Cet historique serait incomplet, s\u2019il ne faisait mention des vicissitudes que le sceau de Montréal a éprouvées au début de la seconde incorporation.On n\u2019ignore pas que la municipalité de Jacques Viger ne vécut que du printemps «de 1833 à la fin de 1836.Les juges de paix, \u2014 les juges à paix, ainsi qu\u2019on les appelait encore à cette époque, \u2014 qui avaient présidé sans interruption aux destinées de Montréal, de 1764 à 1833, administrent de nouveau la ville, jusqu\u2019à la réorganisation d\u2019un second Conseil municipal, en 1840.Quel fut le sort du cachet d\u2019armes de Viger?La réponse se trouve au volume À 1 des Minutes of Council.Au magasin de Peter McGill, rue Saint-Paul, où se réunit d\u2019abord le nouveau Conseil, on ne tarde pas, ainsi que l\u2019avait fait Jacques Viger, à s\u2019occuper du sceau corporatif.Voici quelques textes; ils sont tirés du procès-verbal des quatrième et cinquième séances du Conseil : MAYOR\u2019S OFFICE, 7 September 1840.It was ordered that Messrs.Donegani and Dunscomb he a committee to report upon a seal for the Corporation\u201d.(Vol.I, p.13.) + Montreal, 12th.September 1840.The Seal of the old Corporation was then handed in by the Committee appointed to wait on Mr.Viger the former Mayor for the purpose of obtaining it, with a view to its adoption by the present Corporation\u2014and a letter from M.Viger on the subject was submitted and read \u2014\"° Mr de Bleury then moved, seconded by Ferrie\u2014 That the Seal of the former Corporation handed in \u2018by the late Mayor of the City \u2014 Jacques Viger Esq.\u2014 to the present Mayor, at the request of the Common Council be received and adopted, as the Seal of the present Corporation\u2014that the said Seal remain in the custody of the Mayor for the time being, and that a copy of this resolution be transmitted to Jacques Viger, the former Mayor, for his information.Resolved in the affirmative.\u201d (p.15.) Qui le croirait?après cette adoption formelle et sans réserve, il y eut une tentative de modifier le sceau municipal, ainsi que le racontent les textes que voici: Au procès-verbal de la séance du 7 janvier 1841, on lit: A Bye-Law concerning the choice of a Seal for the Corporation was read a first time.10.\u2014Cette lettre est restée introuvable aux Archives municipales. LES ARMOIRIES DE MONTREAL 279 On motion of Alderman de Bleury, seconded by Councillor Guy.ORDERED That the said Bye-Law be read a second time at the next sitting of the Council\u201d (Vol.I, p.207).Et à la séance suivante, tenue le 11 du même mois: The order of the day for the second reading of.the Bye- Law concerning the choice of a Seal, was postponed to the next meeting of the Council\u201d (p.210).Ainsi ce règlement ne connut jamais sa troième lecture.Paraissant sur l\u2019ordre du jour du 30 décembre, il meurt avec cette année 1841.Desinit in piscem.Il est vrai que sont vénérables les choses qui ont supporté l\u2019épreuve du temps.Mais ce que nous avons dit touchant la figuration et la défiguration trop fréquente des armoiries de Montréal, et les infidélités qu\u2019elles comportent à l\u2019égard des règles du blason, nous induisent à suggérer qu\u2019une nouvelle composition en soit faite, afin de les rendre conformes aux prescriptions de cet art, et que, ainsi amendées, le Conseil municipal soit invité à les reconnaître comme authentiques.Formons aussi le voeu que désormais, le nouveau dessin de ces armoires soit scrupuleusement respecté des dessinateurs et des graveurs.Emile MILLER NOS TRADITIONS POPULAIRES - , SOIREE DU 24 JUIN AU MONUMENT NATIONAL.Vraiment, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal a eu l\u2019inspiration heureuse, en greffant au programme de la fête nationale une soirée des traditions populaires.On ne pouvait mieux souhaiter, en cette occasion, que de voir grouper, en une représentation charmante, une partie considérable de la population canadienne-francaise et de lui procurer l\u2019occasion de revivre un peu ce temps heureux où nos pères passaient si joyeusement de longues soirées.Le Monument National suffisait à peine à contenir l\u2019assistance qui se recrutait en majeure partie chez les membres de la Société.Il y avait quelques centaines de soldats.M.Victor Morin, président général de la Société Saint- Jean-Baptiste, agrémenta d\u2019une facon toute personnelle et plaisante la présentation des artistes, en donnant des notes \u201c biographiques et des renseignements minutieux sur chacun d\u2019eux.Au début de la soirée, M.Morin avait prononcé une allocution, où la note dominante était la nécessité de ne pas laisser périr ces éléments de notre vie d\u2019autrefois, que sont la danse, la ballade, le conte, la musique sur violon.Au- jourd\u2019hui, beaucoup de ces plaisirs anciens ont fait place à d\u2019autres, d\u2019autant moins agréables qu\u2019ils sont de provenance extra-canadienne.Les soirées s\u2019écoulaient si joyeusement.autrefois! Qu\u2019avons-nous aujourd\u2019hui?Très peu de chose, en fait de plaisirs de famille, pour ne pas dire presque rien.C\u2019est le cinéma, la musique mécanique et tous les plaisirs analogues, parfois hors du foyer, loin de cette atmosphère de cordialité qui caractérisait les veillées du bon vieux temps.Toutes ces pensées nous foisonnaient dans la tête, à mesure que se déroulait le programme.On établissait le contraste entre le passé et le présent, et l\u2019on se prenait à regretter ce qui n\u2019est plus.Pour plusieurs, c\u2019était une révélation ; et chacun se rendait compte que notre race a de l\u2019esprit, HE HH UR TH UR EU I RR RA RAA OUT FE ETO HH FIN RTE i Te NOS TRADITIONS POPULAIRES 281 que nos pères savaient s\u2019amuser et qu\u2019il ne faut pas laisser se perdre toutes ces sources de gaieté de meilleur aloi.Les artistes \u2014 il n\u2019y a pas lieu d\u2019être surpris du qualificatif \u2014 possèdent à fond leur art de dire et de mimer ces contes exquis d\u2019autrefois, qui charmaient aussi bien les enfants que les vieux; de chanter ces airs si allègres qui nous furent appris par les ancêtres venus de France, et que l\u2019on est à recueillir afin de les sauver de l\u2019oubli, cet inséparable compagnon du temps.= 2 > AIN ~~ /Z.A yi , WY ra) C Se F 7 \u2014=\\// Une veillée d\u2019autrefois Reproduction réduite d\u2019un tableau de M.E- J.Massicotte (avec la permission de de l\u2019auteur).Il est difficile d\u2019établir de préférence entre les nombreux artistes qui ont été applaudis avec tant d\u2019enthousiasme.Tous exécutant leur partie avec une adresse particulière, mais également remarquable.Nous ne pouvons cependant nous empêcher de faire une mention spéciale de M.Isaïe Leroux, cet octogénaire qui danse encore avec beaucoup d\u2019agilité.Le quatuor Dagenais a provoqué de nombreux applaudissements par ses gigues et ses chansons à répons.M.Vincent-Ferrier de Repentigny était déja favorablement connu; mais nous l\u2019avons revu avec un plaisir nouveau.Sa voix forte et assurée sied bien aux allègres chansons et ballades qu\u2019il a si agréablement rendues.M.Adolphe Tison chante à merveille, ainsi que M.Philéas Bédard; tous deux furent chaleureusement applaudis.Les violoneux Médard Bougie et Arséne Jarry ont exécuté de charmantes gigues.Il nous reste à féliciter Mlle Yvonne Montet, qui, accompagnée au piano par Mme J.-E. 282 LA REVUE NATIONALE Dionne, sa soeur, a chanté d\u2019une voix douce et charmeuse, l\u2019une des chansonnettes les mieux goûtées de la soirée: La bergère et le roi d\u2019Angleterre.Les quatre artistes féminins, Mme Dagenais-Major, Mile Yvonne Montet, Mme J.-E.Dionne et Mlle Jeanne La- douceur, organiste, recurent de magnifiques gerbes de fleurs.Terminons en exprimant de bien sincéres félicitations à l\u2019adresse de M.E-Z.Massicotte, savant folkloriste rompu aux difficultés de l\u2019arrière-scène, et qui fut l\u2019âme de cette soirée au succès magnifique.Nous reproduisons ici ce programme qui est un modèle de bon goût et d\u2019agencement heureux.La scène avait été spécialement meublée pour représenter un intérieur d\u2019habitant.PROGRAMME Préparé avec la collaboration de M.E.-Z.Massicotte, président de la section de Québec de la Société de Folklore d\u2019Amérique.1° Allocution NOS TRADITIONS POPULAIRES par M.Victor Morin, président de la Société Saint-Jean-Bap- tiste de Montréal, de la Société historique de Montréal et de la Société Royale du Canada.2° Chansons ° LES ERABLES (En rappel: LE JOLI BAS DE LAINE) M.Adolphe Tison Accompagnateur: M.Michel Renaud 3° Airs de violon a) LE COTILLON DES DAMES b) LE MONEY MUSK M.Arsène Jarry 4° Violon et danse GIGUE SIMPLE (danse) Danseur: M.Henri Groulx Violoneux: M.Médard Bougie 5° Chanson et conte a) EN REVENANT DE CHATEAUGUAY (chanson mimée) b) LE CORDONNIER ET LA FILEUSE (conte mimé) ; M.Philéas Bédard \u2014-\u2014 \u2014\u2014\u2014\u2014 NOS TRADITIONS POPULAIRES 283 6° Chansons a) ENVOYONS DE L'AVANT, NOS GENS! (chanson d\u2019aviron) b) LE FILS DU ROI S\u2019EN VA CHASSANT (chanson de métier) (En rappel: AH! DIS-MOI OUI! AH! DIS-MOI NON!) M.Vincent-Ferrier de Repentigny 7° Chanson de France LA BERGERE ET LE ROI D'ANGLETERRE (Pastourelle du XVIe siècle (En rappel: LE BER) Mlle Yvonne Montet Accompagnatrice : Mme J.-Emile Dionne 8° Chanson LA FILLE DU CANTINIER (chanson de danse à répons) Chantée et dansée par la famille Dagenais (Madame Major, née Dagenais, 60 ans; M.Israël Dagenais, 65 ans; M.Jean-Baptiste Dagenais, 69 ans; M.Olivier Dagenais, 75 ans.(En rappel: QUAND LA CHOPINE FUT BUE) 9° Chanson MA MERE ME RENVOYE AU MARCHE (randonnée double) (En rappel: AU CHATEAU DE CHEZ MON PERE 10° Airs de violon a) LE REVE DU DIABLE ET LA GATINEAU (Fantaisie) b) LA QUERELLE DU VIEUX ET DE LA VIEILLE (Mélodie imitative) Médard Bougie 11° Violon et danse LA VARSOVIENNE Danseur: M.Isaïe Leroux, âgé de 82 ans.Violoneux: M.Médard Bougie 12° Chanson a) L'AUTRE BORD DE LA GRAND'ILE (chanson de moeurs) i b) MON PERE, JE VOUDRAIS ME MARIER (Chanson psalmodiée avec choeur et accompagnement d\u2019harmonium) A l\u2019harmonium: Mlle Jeanne Ladouceur En rappel: POUR ETRE MILITAIRE (Pot-pourri) M.Vincent-Ferrier de Repentigny 13° Danse sur air de guimbarde LE MARDI-GRAS (Gigue double) Danseurs: MM.Israël et Olivier Dagenais Guimbardiste: Mme Dagenais-Major 284 14° 15° 16° 17° 18° 19° LA REVUE NATIONAL Contes LE JEU D\u2019EPINETTE M.Joseph Roussel Danse GIGUE ECOSSAISE Danseur: M.Isaïe Leroux Violoneux: M.Médard Bougie Chanson MON MERLE (Rengaine) M.Adolphe Tison Historiettes a) UNE SI BONNE FAMILLE b) L'ENFANT JESUS Conteur: M.Isaïe Leroux Danse GIGUE CARREE Danseurs: la famille Dagenais Violoneux: M.Médard Bougie Le chant national O CANADA Par les interprètes et l\u2019assistance \u2014 eee ey pet ce b= CORRIGEONS LES NÔTRES Connais-toi toi-même, a dit un sage de l\u2019antiquité.Enlève la poûtre de ton oeil avant de reprocher à ton voisin la paille qui est dans le sien, dit une maxime évangélique.Ces paroles peuvent parfaitement s\u2019adapter à la lutte que nous poursuivons dans la défense de notre chère langue fran- caise.C\u2019est-à-dire, il faut, tout en demandant à nos compatriotes de langue anglaise de respecter la nôtre dans ses droits et dans l\u2019usage qu\u2019ils en font pour leurs catalogues, réclames et imprimés bilingues de toutes sortes, la respecter nous-mêmes dans la manière de la parler et de l\u2019écrire.C\u2019est ce qui se fait d\u2019ailleurs.On l\u2019a déjà dit et répété: il arrive que notre pire ennemi, c\u2019est nous-mêmes.Faute de parler notre langue au lieu de l\u2019anglaise, faute parfois de la parler et de l\u2019écrire correctement, nous fournissons des armes aux adversaires de notre race.Heureusement, hâtons-nous de l\u2019ajouter, les champions de plus en plus nombreux de notre langue portent la défense et l\u2019attaque sur toute la ligne, parce que c\u2019est sur toute la ligne qu\u2019on lui en veut, intentionnellement ou non.Voici un document qui prouve une fois de plus notre sincérité et notre absence de fanatisme dans la lutte poursuivie; il démontre qu\u2019à l\u2019occasion nous savons expressément corriger nos propres compatriotes, soit en exigeant d\u2019eux la part revenant de droit au français, soit en les incitant à l\u2019écrire correctement.Un ami donc me remet la lettre suivante adressée à un important marchand de meubles, lettre qui explique toute l\u2019affaire en l\u2019espèce : Monsieur X, marchand de meubles, rue Montréal.Monsieur, Je passe souvent devant votre magasin, et, depuis plus d\u2019une semaine, je remarque une inscription-annonce ainsi libellée : \u201cPied d\u2019estale sculté a la main Pour lampe où statue.\u201d Permettez-moi d\u2019attirer votre attention sur les fautes vrai- (je gel E paré DO glissé fort OF fa pre CE %) 4 al.Sg je 12] 7 W fg ) ot wo» ss ue BE ok FR mai à gs oF e* 9 Cad pas ! i © 2 pes ©) 5 \\ el gs \\ ui ee a\u201d je lg A 5) ap ve Ode os
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