Le journal de l'Hôtel-Dieu de Montréal, 1 janvier 1935, Novembre
[" Numéro 5 Quatrième année LE JOURNAL de L\u2019HOTEL-DIEU DE MONTRÉAL | Ve =~ Aly .NOVEMBRE 1935 TIRAGE CERTIFIÉ: 2000 EXEMPLAIRES Me ve ps SOMMAIRE du No 5 Novembre 1935 La Rédaction: Pierre Masson à l\u2019Académie de Médecine 265 LÉO-E.PARISEAU: Les fistules branchiales 1276 ÉDOUARD DESJARDINS: En marge de trois cas de péritonite tuberculeuse .LL LL 12.- - 284 LOUIS DE G.JOUBERT: Un cas de variété de mastoïdite de Bezold .204 ALCIDE PILON: Considération sur deux cas d\u2019encéphalopathie saturnine simulant les tumeurs cérébrales de enfant .299 ROLAND PELLERIN: Les céphalées d\u2019origine nasale.\u2026 306 LÉO-E.PARISEAU: Les grands micrographes \u2014 Leeuwenhoek 315 DOCTEUR LÉOPARD: Pour vous, gourmets \u2018 329 Le tonique du jour PHOSPHO-NERVINE ÉCHANTILLON SUR DEMANDE r LABORATOIRE NADEAU LIMITEE 100 ouest, rue St-Paul, MONTREAL LA.2185 REDIGER son TESTAMENT est la chose la plus importante de la vie.AVEZ-VOUS PENSE AU VOTRE?CONSULTEZ-NOUS Societe d\u2019Administration et de Fiducie Administratrice et fiduciaire 5 EST, RUE ST-JACQUES - MONTREAL (Immeuble Crédit Foncier Franco-Canadien) - Téléphone : HArbour 4192 AGENCES: QUEBEC - WINNIPEG - REGINA - EDMONTON - VANCOUVER COMPRIMES » : tt % > Le R - 3 4 x .; ; CE POSTE GÉNÉRATEUR DE RAYONS X a récemment été perfectionné.IL est plus sûr et plus pratique que jamais.@ Partout les médecins louent la performance de ce champion parmi les appareils radiogènes à ampoule immergée dans l'huile.Peu encombrant, bon à tout faire, il est à juste titre très populaire tant pour les examens du bureau que pour ceux du dehors.On vient de lui adjoindre deux perfectionnements très importants.1° Un indicateur de température qui \u2018\u2018fait signe\u201d à l'opérateur lorsqu'il surcharge l\u2019ampoule et lui dit quand reprendre.2° Un système de syphons communiquants qui se chargent de l'excédent quand l'huile de la cuve s'échauffe.On peut sans crainte imposer à l'appareil un travail plus intense.N'hésitez pas à vous renseigner à fond au sujet du \u2018\u201cG.E.Portable\u2019.Vous verrez qu'il offre toutes les garanties de souplesse et de robustesse.Et vous comprendrez pourquoi des centaines d'opérateurs s'en servent tous les jours pour la radiographie ou la scopie, soit au bureau soit au laboratoire.Pour plus amples détails s'adresser à VICTOR X-RAY CORPORATION dia of Canada, Lid.s à Distributors for General Electric X-Ray Corporation + TORONTO\u20141221 Bay St, Toronto 5, Ont.+ MONTREAL\u2014524 Medical Arts Bldg.» VANCOUVER\u2014Motor Transportation Bldg., 570 Dunsmuir St.+ WINNiPEG\u2014Medical Arts Bldg. Le Journal de l'Hotel-Dieu de Montréal No 5 Novembre 1935 PIERRE MASSON À L\u2019ACADÉMIE DE MÉDECINE Son éloge par le FRÈRE MARIE VICTORIN NOTE DE LA RÉDACTION, \u2014 Nos lecteurs savent déjà que M.Masson vient d\u2019être distingué par ses pairs.L'éminent professeur, sans qui notre Faculté de Médecine ne serait que ce qu'elle est, dirige aussi le laboratoire d'anatomie pathologique de l\u2019Hôtel-Dieu.En plus des enseignements qu\u2019il leur prodigue depuis longtemps, les médecins de notre maison lui doivent .le camarade Riopelle, sur qui se fondent de grands espoirs.\u2014 I! va sans dire que la Rédaction du journal s\u2019est cru obligée d'offrir quelques fleurs au nouvel académicien.Prié de composer le bouquet, M.Pariseau s\u2019est dérobé en alléguant qu'il s\u2019est déjà consacré à la défense et illustration de M.Masson, et qu'il ne saurait recommencer sans verser dans la tautologie.(Voir l'article « Bravo! M.le Recteur y dans un numéro précédent).M.Patiseau nous suggère de publier ici deux articles que notre distingué botaniste, Marte-Victorin, collègue de Masson à la Société Royale, vient de faire paraître dans le « Devoir ».Lecture faite, nous nous empressons de les reproduire.On est prié de ne pas chercher des choses extraordinaires entre les lignes qui suivent.Le texte est clair, et ce qui se trouve sur les lignes fournit matière à d\u2019amples et salutaires réflexions.~ 266 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU me Nos amis les professeurs étrangers L'élection d\u2019un professeur régulier de l'Université de Montréal à l'Académie de Médecine est un événement considérable, qui mérite plus qu'une fugitive mention aux nouvelles de la presse.A défaut d\u2019une plume plus autorisée appartenant aux milieux de la médecine scientifique, il revenait peut-être à un collègue de Pierre Masson, à la Société Royale du Canada, d'essayer de mettre en lumière pour nos compatriotes la signification de cette élection et les répercussions qu'elle devrait avoir dans notre milieu intellectuel, de commenter aussi, très librement et très objectivement, certains points de vue qui ne peuvent être évités.Dans un pays où les écoles primaires sont décorées du nom d'Académie, et où règne la plus aimable et la plus commode fantaisie dans la hiérarchie des valeurs, des décorations et des institutions, il n'est peut-être pas inutile de préciser.Comme tous les pays de vieille culture, la France possède un sénat intellectuel vénérable et respecté.Ce sénat est l'Institut de France; on dit, là-bas, simplement: l\u2019Institut.L'Institut de France est la réunion de cinq Académies qui ont leur foyer dans une suite imposante de bâtiments, le long de la Seine, au Quai Conti.De ces Académies, la littéraire dite Académie Française, est seule bien connue chez nous, et il n'est guère d'homme cultivé qui ne soit familier avec les noms de la plupart des Immortels.Par contre, la grande littérature scientifique nous est à peu près fermée, et pour cause.Aussi ne connaissons- nous guère que de nom l\u2019Académie des Sciences, l\u2019Académie des Sciences morales et politiques, l\u2019Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, l'Académie des Beaux-Arts.L'Académie de Médecine, créée en 1820 par ordonnance de Louis XVIII, ne fait pas officiellement partie de l\u2019Institut de France.C\u2019est une institution de même ordre et qui évolue sur le même plan.Elle comprend diverses sections: médecine, chirurgie, hygiène, sciences biologiques, médecine vétérinaire, pharmacie.Ces étiquettes ne doivent pas nous tromper: 1l s'agit ici de disciplines scientifiques et non pas d'intérêts professionnels.L'Académie de PIERRE MASSON 267 AAA A Médecine compte 100 membres titulaires, 10 associés libres, 20 associés nationaux, 20 associés étrangers, 150 correspondants nationaux, 75 correspondants étrangers.En invitant notre collègue Pierre Masson à l\u2019Académie de Médecine, la France ne fait que consacrer \u2014 un peu tardivement, disons-le \u2014 ce que la science internationale avait depuis longtemps reconnu.L'orientation première de Masson ne fut pas médicale.Le biologiste Bataillon avait distingué, dans la foule amorphe des élèves prémédicaux de Dijon, cet élève exceptionnel et se l'attacha comme collaborateur.Pendant cinq ans, Masson assista à l'admirable série de recherches qui conduisirent Bataillon à la découverte de la parthénogénèse traumatique.Il y apprit à aimer la Biologie générale et s\u2019y forma à la technique histologique.À cette époque, des chirurgiens lui ayant confié l\u2019étude de quelques tumeurs, sa vocation d'anatomo-pathologiste commença à se dessiner.Venu à Paris pour y terminer ses études médicales, il eut la bonne fortune d'être attaché comme anatomo-pathologiste au service du professeur Régnier à l\u2019Hôpital Lariboisière.Puis il entra à l'Institut Pasteur comme préparateur du professeur Borrel.Dès le début de la guerre, Masson fut fait prisonnier et passa un an en Allemagne.À l'armistice il fut désigné pour la chaire d\u2019 Anatomie-pathologique de Strasbourg.Techniquement, il est à l\u2019Université de Montréal en vertu d\u2019une mission officielle, et y occupe la chaire d\u2019Anatomie-pathologique avec la maîtrise que l\u2019on sait.Ce n\u2019est pas ici le lieu de faire l'analyse des travaux de Pierre Masson et il faudrait d'ailleurs pour cela une compétence que je n\u2019ai pas.Mais sa thèse de médecine sur les Névromes ganglionaires du grand sympathique, ses travaux de casuistique anatomo-patho- logique, ses articles théoriques sur les tumeurs et ses ouvrages didactiques sont maintenant du domaine de la science classique.Ses travaux et ses préoccupations actuelles se rapportent surtout au système nerveux périphérique.Ses recherches sur l'appendice 268 LE JOURNAL DE L\u2019HOTEL-DIEU lui ont permis de formuler l'hypothèse d\u2019un système nerveux spécial de l'intestin et d\u2019un nouveau mode de sécrétion interne; il est le premier à donner une exacte interprétation de la structure et de la genèse des naevi pigmentaires ou grains de beauté; ses descriptions histologiques des tumeurs nerveuses périphériques et des anastomoses artério-veineuses normales des extrémités resteront classiques.L'honneur conféré à notre collègue Pierre Masson, savant international, Français de France, et professeur à Montréal depuis de longues années, soulève chez nous toute la question des professeurs étrangers.Notre situation universitaire canadienne-française, même si l\u2019on fait abstraction du navrant côté matériel, est précaire, pathétique à certains égards.Deux Universités, séparées par des cloisons étanches, trop étanches, assez étanches en tout cas pour empêcher l'échange facile de professeurs .Et c\u2019est tout.Milieu intellectuel restreint et à basse pression.Risque d\u2019auto-intoxication.Dans les nombreuses universités américaines, le sang circule constamment, car les professeurs passent de l\u2019une à l\u2019autre avec une grande facilité.Les universités canadiennes de langue anglaise sont constamment alimentées par la production formidable des universités des Iles Britanniques.Chez nous, le jeune professeur, retour d'Europe, atterrit à Laval ou à Montréal, rabat ses ailes et s\u2019incruste pour la vie.Un seul moyen de réjuvénescence, l'infusion d\u2019une dose appropriée de sang nouveau au moyen de professeurs venus de l'étranger, choisis avec soin, et invités pour une période déterminée.Il règne à ce sujet, dans l'opinion publique, des sentiments fort divers.À côté des xénophobes atrabilaires incurables, enfermés dans un particularisme têtu et insensé, il y a ceux qui, insuffisamment renseignés sur l\u2019état de notre culture, croient sincèrement que nous avons chez nous toutes les compétences nécessaires.Et combien difficile et délicat de les désabuser! A l'autre pôle, il y a les xénophiles aveugles, les nègres de la plantation, atteints congénitalement du « complexe d'infériorité », ou rongés par un snobisme obtus.toujours prêts à s'incliner devant PIERRE MASSON 269 me qui vient de loin.Ces xénophiles outranciers constituent un milieu de naifs et de dupes, périodiquement parasité et razzié par les chevaliers d'industrie venus d'outre-mer.Comment se reconnaître parmi ces attitudes diverses?Comment concilier le bon sens avec nos besoins intellectuels, la fierté nationale avec le sentiment très vif et très fidèle qui nous porte vers nos cousins de France?Cela n\u2019est pas toujours facile, Mais on peut, ce me semble, poser des principes raisonnables.Nulle Université \u2014 surtout dans la situation des nôtres \u2014 ne peut tirer tout de sa propre substance.D'autre part, nulle Université ne doit faire appel à l'étranger quand elle a sur place une compétence équivalente.Il est sans doute excellent, quand il s'agit de fonder un nouvel organisme de culture, universitaire ou non, sans analogue dans le pays, d'en confier la direction pour un temps à un spécialiste qui fera bénéficier la nouvelle institution de la riche expérience technique ou culturelle du Vieux Monde.Mais la direction étrangère ne doit pas s'éterniser et une institution, une école, qui, après deux ou trois décades, ne peut pourvoir elle-même à sa propre direction générale se décerne à elle-même un magistral brevet d'inefficacité.Evidem- ment, il y a ici des questions d'espèce et des exceptions justifiées, surtout, et peut-être exclusivement, dans les domaines particuliers des arts et des lettres.* Mais la thèse générale est, ce me semble, de bon sens élémentaire.Il n\u2019y a là d'ailleurs rien de désobligeant pour nos amis les professeurs d'Europe, pour ceux du moins qui sont vraiment des missionnaires de l'esprit, et non pas de médiocres arrivistes venus pour grossir le nombre imposant de ceux que nous avions déjà.Ces derniers, s'il en est, n'ont droit, je pense, à aucun égard particulier.Ce dont nous avons besoin, ce que nous devons demander à l\u2019Europe, ce ne sont ni des administrateurs, ni des préfets de discipline \u2014 nous avons tout cela, je pense \u2014 mais des maîtres brillants et dynamiques, capables d'attirer les étudiants autour de leur * Pourquoi cette exception pour les arts et les lettres?(La Rédaction). 270 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU chaire, de les faire accéder d'enthousiasme à la véritable vie de l\u2019esprit.Pour retenir ces professeurs chez nous, nous devons leur faire une vie intéressante et large, les rémunérer à leur valeur et ne pas les empoisonner par l\u2019expression d'une xénophobie grossière qui ne nous grandit guère.Pierre Masson, comme son collègue Ernest Van Campenhout, que Louvain vient de nous enlever, est l'un de ces professeurs brillants et dynamiques capables de faire école et de laisset postérité.Toute sa vie se passe dans les laboratoires, avec ses assistants et ses élèves.Il n'a d'autre ambition que de maintenir son enseignement à un niveau distingué en le vivifiant du tonique de la recherche, de faire avancer la science dans le domaine parfa1- tement circonscrit qu\u2019il s\u2019est choisi, et, éventuellement \u2014 pour un Vrai savant, ce n\u2019est par un but, mais un résultat \u2014 de faire rayonner le nom de l'Université de Montréal dans le monde scientifique.Sa valeur professionnelle et sa dignité de vie sont une discrète et très efficace propagande au bénéfice de la culture et de la science françaises, au bénéfice de la France elle-même.Et c'est la seule propagande que cet homme d'esprit se permette de faire.Sur cette question des professeurs européens, nous sommes de plus en plus nombreux à penser dans le sens que je viens d'indiquer, et notre façon de voir emprunte peut-être une certaine valeur au fait que nous sommes complètement désintéressés et que nous sommes plus au courant de ce qui se passe dans les milieux universitaires du Canada anglais et de l'étranger.Nous sommes d'ailleurs assurés que ceux que nous sommes heureux d'appeler de « vrais missionnaires de l'esprit » sont avec nous sur ce point et qu'ils déplorent certaines situations de fait qui amassent des tempêtes prochaines.Tous ceux donc qui veulent le progrès culturel de notre pays et qui placent ce progrès au-dessus de la vaine satisfaction d\u2019un chauvinisme inintelligent; tous ceux qui croient qu'une Université digne de ce nom est avant tout une collection de cerveaux, se joindront à ses collègues pour féliciter le nouvel académicien et ils feront des voeux pour que, sans oublier Paris, Dijon et Strasbourg, sans oublier la France où 1l a laissé ses enfants, Pierre Masson consente es = PIERRE MASSON 271 NA AA ~~ à nous faire bénéficier encore longtemps des lumières de son enset- gnement et de l'éclat de ses travaux, Frere MARIE-VICTORIN NOTE DE LA REDACTION.\u2014 L'article que l\u2019on vient de lire est daté du 6 décembre.Le 10, Pierre Masson et Marie-Victorin, conviés au Cercle Universitaire, s\u2019asseyaient à la même table d'honneur, sur invitation du groupe « Les anciens de la Faculté des Sciences y.Le président de la fête, notre courageux et docte confrère Georges Préfontaine, leva son verre à la santé des deux savants qui durent, tout naturellement, «y aller » chacun de son petit discours, Comme on pouvait s\u2019y attendre, 1l se trouva que l'un s\u2019empressa de détourner vers l\u2019autre des éloges que sa modestie lut défendait d'accepter pour lui-même.Mais il n'y eut point de ces bénissages réciproques qui caractérisent les rencontres entre nos arrivistes et nos arrivés; qu\u2019on en juge par ces quelques passages, tirés du discours prononcé par le frère Marie-Victorin: Messieurs, Nous sommes ici entre hommes tout entiers au service d'une cause sacrée: la création d\u2019un mouvement scientifique canadien- français.Quand je dis cause sacrée, je ne fais pas de littérature, car j'accepte dans sa plénitude le mot profond d'Erasme qui devrait être au fronton de toutes les universités catholiques: « Où que tu trouves la vérité, tiens-la pour chrétienne ! » Nous nous désolons parfois, en ce pays si admirable par ailleurs, d'être dans l'enfance de toutes les choses de l'esprit.Nous comparons notre pauvreté aux trésors amassés par les pays de vieille culture.Mais nous oublions trop que l\u2019enfance est un âge charmant; que la jeunesse est l'âge de la création, des dévouements désintéressés, des grands enthousiasmes, qu'on ne retrouve plus, hélas! ou qu'on retrouve plus rarement quand vient l'heure de la maturité, de la réussite, du service payé, de la super-organisation.Huysmans a chanté magnifiquement la jeunesse des hymnes et Musset, la jeunesse des cathédrales.Réconcilions-nous avec l'idée « 272 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU ~ de la jeunesse de notre culture.Prenons garde seulement à ne pas la laisser mourir dans sa fleur.Nous sommes en pleine crise de croissance, en pleine lutte, et quelle lutte! Nous avons eu d'abord à revêtir la cagoule noire du pessimisme, à désabuser brutalement ceux de nos compatriotes qui croyaient honnêtement à la perfection de nos institutions universitaires, à les convaincre du fait que nous étions en carence presque totale.Notre vénéré cardinal, en l\u2019affirmant ici même, nous a naguère rendu une liberté d'expression dont nous n\u2019avons pas fini de le remercier.« Nous avons eu ensuite à nous battre pour obtenir le respect de la science, de ses méthodes, de ses idéals.Cette bataille, disons-le tout de suite, nous l'avons gagnée et complètement gagnée.Si vous voulez vous en convaincre, comparez ce qui s\u2019écrit aujourd\u2019hui et ce qui s'écrivait il y a vingt-cinq ans, ou même, quinze ans.Nous n'avons pas combattu les hommes de lettres, nous les avons convaincus, nous les avons embauchés d'enthousiasme et voilà que maintenant, ces derniers écrivent à l\u2019occasion de ce mariage des épithalames qui nous font pudiquement rougir.Ce n'est un secret pour personne que nos amis du royaume des lettres se boxent vigoureusement dans leurs journaux et revues.=\u201c Et puis, nous avons eu à construire, pierre à pierre, à partir de zéro.« Quand vous êtes venu à nous, M.Masson, il y a des années \u2014 cela ne nous rajeunit pas \u2014 nous avons trouvé en vous, en votre exemple, en votre renommée, un point d'appui moral, un centre de cristallisation.Nous avons eu la joie de vous voir épouser \u2014 et à quel prix, nous le savons! \u2014 nos légitimes revendications, de recevoir de vous, Français de France et savant international, PIERRE MASSON 273 NS NAN LM NN SSL ALT M NL ACTE LS A PL SITES LE quelque chose de prestigieux qui ne fût pas de la propagande organisée, mais de l'apostolat de l'esprit.Ce que nous voulions avant tout, c'était cet apostolat de l'esprit.Cet apostolat de l\u2019esprit était de veine française.Tout fiers, nous avons dit: Tant mieux! Et nous voilà, mes amis, en cette fin d'année 1935, à un point crucial de la route où nous marchons.Je m'explique.La génération de jeunes professeurs qui est devant moi, l'élite de nos élèves gradués et des membres de nos sociétés scientifiques qui s'est jointe à eux, sont entrés en lice il y a quelque quinze ans.Cette génération était pleine d'espérance.Le vent soufflait dans la voile.On leur avait dit: « Allez, vivez pour la science! Vous renoncerez à l'espoir de la grande fortune.Mais en retour, nous créerons pour vous un milieu favorable à la vie.Nous vous ferons des laboratoires, nous vous donnerons des instruments, des livres.Et vous servirez la vérité, et par surcroît, la Patrie ».Quinze années sont passées .Cette génération-là s\u2019est dépensée sans compter, Elle a accompli quelque chose.Mais elle attend encore la réalisation des promesses qu'on lui a faites.Elle est encore dans les mêmes locaux de fortune, misérables et insalubres.Elle n'a pas d'outils, et pas de livres.La maison qu\u2019on avait commencé de lui construire s\u2019en va en ruine sur le flanc du Mont-Royal.Et cependant, durant ces années, s\u2019élevaient des palais, des écoles primaires qui sont des palais, et le pays continuait à se couvrir de routes et de gigantesques travaux de génie.Nous avons eu des sursauts: nous avons crié, demandé, redemandé.Et alors les sages nous ont dit: « T'aisez-vous, pour l\u2019amour du ciel, 11 ne faut pas irriter ceux qui tiennent la bourse y».De mauvaise grâce, nous nous sommes tus, Et alors, 1l est arrivé ce qui arrive toujours.On nous a crus satisfaits. 274 LE JOURNAL DE L\u2019HÔTEL-DIEU Disons-le sans ambages.Notre génération est sacrifiée.Vous, moi, tous, nous perdons largement la plus belle saison de notre vie, sans même que nous puissions être convaincus que cet abandon pathétique est un effet direct des événements, sans que nous puissions en charger le large dos de la crise.En somme, l'effort de \u201c quinze années est menacé d'aboutir au découragement, à la démission! Eh bien! mes amis, parlant pour moi-même en cette circonstance où l\u2019on veut nous honorer parce que, malgré tout, Masson et moi nous avons réalisé, lui des grands travaux scientifiques, et moi quelques humbles choses, je vous dis à vous, petit bataillon, qui, avec un autre petit bataillon en garnison à Québec, êtes l'espoir de la science en ce pays: Non! il faut que cela finisse! Nous sommes des lâches si nous acceptons cette situation.si nous acceptons de mourir, d'étranglement ou d'inanition! En cette Université de Montréal, nous sommes plusieurs centaines de professeurs responsables de la vie intellectuelle de la nation.Ne sommes-nous pas des faillites lamentables si notre opinion, si nos revendications collectives dans ce qu'elles ont de plus élevé et de plus désintéressé, n\u2019impressionnent aucunement ni ceux qui sont à l\u2019intérieur de l'enceinte des parlements ni ceux qui les y mettent?Quand, il y a deux ans, on est allé jusqu'à nous faire enseigner des mois, sans salaire, nous avons eu, enfin, un haut-le-corps, \u2014 j'allais dire un haut-le-ventre, \u2014 et nous avons failli gagner quelque chose, car on a vu se dresser l'ombre de Spartacus.Mais.par malheur, on nous a mis un os dans les dents, et nous jouons avec depuis ce temps.Nous avons déjà perdu de grande batailles économiques.Si nous laissons périr, ou végéter \u2014 c\u2019est tout un \u2014 nos foyers de culture, nous ne sommes plus rien, et nous sommes mûrs pour la dissolution, pour la lyse totale. PIERRE MASSON 275 Il ne s'agit pas, comme universitaires, de jeter nos personnes dans la politique active.Mais, sans prendre parti comme universitaire, nous pouvons, nous devons porter notre cause sur le forum, et demander aux divers groupements politiques de reconnaitre officiellement et efficacement les droits de l'intelligence et de l'éducation supérieure.On nous dira: Vous allez vous faire des ennemis.Je réponds avec quelqu'un qui s\u2019y connaissait: « Les ennemis, ça sert à mesurer la hauteur où l\u2019on est.Et n\u2019en a pas qui veut! » Mesdames et messieurs, pardonnez cette expression un peu passionnée peut-être de sentiments qui, je le sais, frémissent dans vos coeurs à tous, Et maintenant, il faut tout de même que je vous dise un mot du prix de Coincy, puisque c\u2019est à cause de lui que je suis ici ce soir, Je suis infiniment reconnaissant à la France, et à l\u2019Académie des sciences de Paris pour cet honneur qui, je le comprends, est plutôt un encouragement à la Botanique canadienne-française renaissante, qu'un hommage à mes mérites personnels.Je suis infiniment reconnaissant à la France, en cette circonstance, de m'avoir épargné le ruban rouge, denrée consulaire, et de m'avoir honoré par la voie logique, par l'intermédiaire de mes pairs, les botanistes de France.C\u2019est une bonne habitude à prendre.Je suis surtout infiniment reconnaissant à tous ceux qui m\u2019ont aidé sur la longue route, et particulièrement à tous les membres de ma très chère famille de l\u2019Institut Botanique, du plus grand jusqu'au plus humble .Et coetera. 276 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU aa \u2014~ UN CAS DE FISTULE BRANCHIALE Par LEO PARISEAU, Radiologiste de l\u2019Hôtel-Dieu, Ex-professeur à la Faculté de Médecine.Les fistules branchiales ne sont pas d\u2019une extrême rareté.Elles constituent une infirmité très supportable et ne prédiposent à rien.Autant dire qu'elles ne sauraient entrer dans la catégorie des « beaux cas ».Nous nous permettrons cependant de publier ici le dossier d'un patient qui nous fut envoyé il y a quelques mois, Ses radiographies sont démonstratives et son histoire de famille prête à d'intéressantes gloses.G.B., collégien, âgé de 15 ans, se présente dans notre service avec la réquisition suivante: « Prière de radiographier après in jec- tion d'un corps radiopaque ».La fistule en question débouche un peu au-dessus de la clavicule gauche, à deux centimètres environ de l'articulation sterno- claviculaire.Elle suinte à peine.On ne trouve ni masse ni empâtement notable dans le voisinage de son orifice enterne.Nous prions l\u2019interne de service, le docteur Georges-Etienne Cartier, d'injecter du lipiodol, d\u2019obturer soigneusement l\u2019orifice et de nous renvoyer le patient sans retard.(Dans d'autres cas il y aurait eu lieu d'attendre afin de permettre à l'huile iodée de cheminer) \u2014 Les films ne montrent qu'un mince et court filet opaque; ils n'ont aucune valeur diagnostique.Pourquoi ?.L'absence d'un « lac » au point d'injection permet d'affirmer qu\u2019il n'y a pas eu fuite du liquide injecté.C\u2019est donc, pensons-nous, que la quantité de lipiodol n'aura pas été suffisante.Mais M.Cartier proteste: il en a mis plus de 5 c.c., dit-il.Nous le prions alors de recommencer, en collaboration plus étroite avec nous.Les nouvelles radiographies seront prises en cours d'in jec- tion.Bintan 4 pe] A > ne + os gi > 23 = Se Re Pe A 5 = Se FA a 3, RS ve 24.% A 2 Sis 2 : A Gg ai a a # 24 Le * = ee # it * & 7.ES, - pt 2 ps #5 5 x Fo od BS 5, Sd Froid (3 Les ay X53 Ss ta Radiographie en position latérale.La seringue est appuyée sur le sternum.Ne pas confondre l\u2019ombre projetée par l\u2019os hyoïde avec celle du trajet fistuleux.ee es ee 278 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU Ainsi fut fait, et voici la reproduction des films obtenus de face et de profil (Voir figs 1 et 2).Les images sont fort belles, mais que doit-on conclure?De toute évidence le trajet fistuleux se dirige de bas en haut, s\u2019infléchit vers la ligne médiane et redescend.Qui pourrait dire, cependant, où se trouve exactement l\u2019orifice interne?Une bonne partie du trait opaque peut fort bien être dessinée par du lipiodol s\u2019écoulant librement dans l\u2019arrière-bouche.Pour y voir plus clair nous demandons à l'interne de s'entendre avec un de nos laryngologistes et de lui faire injecter cette fois du bleu de méthylène; lentement, afin qu\u2019on puisse voir sourdre dans le pharynx les premières gouttes bleues.L'expérience réussit pleinement et permet à notre collègue Mathieu d'affirmer que l'orifice interne de la fistule se trouve un peu au-dessus du pôle supérieur de l'amygdale gauche.De cette petite aventure tirons quelques enseignements d'ordre pratique.L'injection d\u2019une matière colorante a permis, dans ce cas, de situer les deux orifices.Fort bien, mais ce sont les radiographies qui ont écarté l'hypothèse d'une fistule ramifiée ou disséquante, et qui en ont montré le parcours.Comme 1l arrive si souvent, deux méthodes d'investigation se sont révélées complémentaires.Nous n'avons pas de leçons à faire à nos confrères radiologistes, mais qu'il nous soit permis de rappeler aux praticiens que les in jec- tions d\u2019une solution fortement colorée peuvent parfois leur fournir des renseignements qui, pour être incomplets, n'en sont pas moins précieux.Par exemple: on désire savoir si une fistule anale est borgne ou non.Injections du bleu de méthylène médicinal, une solution diluée de mercurochrome ou quelque autre colorant inoffensif.Si le toucher rectal ou l\u2019essuyage de la muqueuse ramène un liquide coloré, une première conclusion s'impose.La rectoscopie en cours d'injection pourra fournir d'autres précisions, mais le dossier ne sera vraiment complet qu\u2019après examen aux rayons X.a Revenons à notre jeune patient, Il n'a pas de ganglions cervicaux et sa fistule n'a pas d'accointances avec les glandes, les plans osseux, les dents ou les sinus, Il s'agit donc très probablement de or ae ET tei _ NS = La = a x ve va cs 2 53 PAS 4S 0: $g A ze 2S NE es 5 29 ri nN i eit = A LS 5 = 2 ig : ss £5 A 3 > GS 25 2 = CR 53 ie x 5 A Se Ee RPE LEE CE 3 sx 3 Er oa 5 & S iE $ = as cu E Es vo $ 3 5 > 2 > % To sit 7 se Sr 2Ù 3 cu = zc SE Ta PH.#9 5 $ ; HS 5 5 og se Radiographie en position anté ro-post \u20182 .erieure 3 2 2e AK = i HE 3 ES RE a 35 oise ei _ crm 280 LE JOURNAL DE L'HOTEL-DIEU AAA en la malformation congénitale appelée « fistule branchialey.Ce serait grand dommage si l\u2019histoire de famille n'apportait aucun renfort à notre diagnostic.Voyons un peu: La mère de G.B.souffre, comme lui, d\u2019une fistule cervicale gauche.Elle a eu douze enfants.Les renseignements font défaut au sujet d'un garçon, mort en bas âge.Parmi les onze enfants qui vivent, deux seulement ont échappé à la tare héréditaire.Un fils et une fille sont fistuleux des deux côtés.Quatre filles et trois fils sont affligés de fistules unilatérales, siégeant toutes à gauche.(sic) Voilà qui est fort intéressant; pour nous, du moins.Reste à voir comment dame Hérédité s\u2019y est prise pour jouer un mauvais tour à toute une famille.Allons donc chercher au fond de notre mémoire quelques notions élémentaires d'embryologie.Un embryon de 40 à 45 millimètres a déjà face humaine, paraît-il.Il mérite qu\u2019on l'appelle foetus.Mais un embryon de 10 millimètres est « quelque chose qui n\u2019a de nom dans aucune langue », pour parler comme Bossuet.À vrai dire on pourrait lui donner des centaines de noms, car la Vache, la Femme, la Truie et bien d'autres mamans vertébrées croiraient y reconnaître leur fruit.C\u2019est que tous les vertébrés se ressemblent étrangement, à leur sortie du stade gastrula.Ils sont alors tous caractérisés par leur névraxe, leur chorde dorsale, leurs somites (protovertèbres), leurs arcs viscéraux.Peu à peu la différenciation se fera; les poissons se reconnaîtront par le développement de leurs arcs en branchies, et les amniotes par la régression de ces arcs, la formation du cou, etc.Bornons-nous ici à étudier le développement de l'extrémité céphalique d'un embryon.Le tube neural en s'allongeant est suivi par l\u2019entoderme qui reste appliqué à sa face ventrale et tapisse en même temps la face dorsale du repli cardiaque.Il se forme donc, du côté tête, un cul-de-sac entodermique qu\u2019on nomme cul-de-sac céphalique de l'intestin.Telles sont les humbles origines de la boule que nous portons si fièrement sur nos épaules. UN CAS DE FISTULE BRANCHIALE 281 D'extraction non moins basse est notre bouche.C\u2019est d\u2019abord une ignoble fosse: la fosse naso-buccale ou bouche primitive.Elle est constituée par la saillie de la première vésicule cérébrale et par celle du repli cardiaque.Au fond de ce trou l\u2019ectoderme est accolé à l'endoderme, sans interposition de mésoderme.Les deux tiers supérieurs de la membrane ainsi constituée se résorberont et il ne restera que le voile pharyngien.C\u2019est immédiatement au-dessous de la bouche primitive que se trouvent les parties qui nous intéressent en ce moment.Sur les côtés du cul-de-sac céphalique de l'intestin se développement les arcs branchiaux, séparés par les fentes branchiales.(Voir figure 3).Vesoul aubitéee _ Ones Ramla mae Vesieule oculaire \u2014- \u2014\u2014 Les arcs ont de nobles destinées.Le premier (mandibulaire) donnera les maxillaires, etc.Le second (hyoïdien) donnera les cornes de l'os hyoïde, l\u2019apophyse styloïde, les piliers antérieurs du voile du palais, etc.Le troisième (hyothyroïdien) contribuera également à la formation du cou, et fournira le cartillage thyroïde, les piliers postérieurs du voile, etc.Le quatrième arc donnera la branche laryngée du pneumogastrique, etc, etc.Puisque c'est dans les fentes qui séparent ces arcs que nous trouverons l'explication des fistules de la famille B., étudions-les plus attentivement. 282 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU Il n\u2019y a que quatre fentes branchiales ectodermiques visibles.À l\u2019intérieur, sur les parois latérales de l'intestin céphalique, on trouve des sillons correspondants: les fentes branchiales entoder- miques.A l'origine il n\u2019y a pas communication entre ces fentes externes et internes.Un mince feuillet de mésoderme les sépare.Aussi bien certains embryologistes un peu vétilleurs préfèrent-ils parler de « sillons » et de « poches » plutôt que de « fentes ».Chez tous les vertébrés il y a tendance à la perforation du feuillet mésodermique.La résorption est définitive chez les Poissons; elle est momentanée chez les Batraciens, les Reptiles et les Oiseaux.Chez l'Homme certaines fentes donnent naissance à des régions anatomiques, cavitaires pour la plupart.C\u2019est ainsi que la première ectodermique devient l'oreille externe, et que la première entoder- mique donne naissance à l'oreille moyenne et contribue à la formation de la trompe d'Eustache.La deuxième fente entodermique contribue à la trompe, à l\u2019autre mastoïdien, aux amygdales, etc.Des troisième et quatrième fentes entodermiques naîtront le thymus et les parathyroïdes.Les deuxième et troisième fentes ectodermiques disparaissent sans avoir rien laissé.Le mésoderme reprend ses droits.Chez le jeune G.B.et ses consanguins, l\u2019une des fentes branchiales est restée ouverte; le feuillet mésodermique n\u2019a pas voulu s'interposer.En d\u2019autres mots, notre patient, qui ne ressemble aucunement à un carpe, est tout de même un peu plus.poisson que vous et moi.Et voilà ! G.Dubreuil dans ses « Leçons d'embryologie humaine » classe comme suit les fistules congénitales du cou: (a) Les fistules de la région sus-hyoïdienne, qui dérivent de la première poche branchiale ectodermique.(b) Les fistules de la région sous-hyoïdienne (orifice au- dessus de l'articulation sterno-claviculaire) qui dérivent de la UN CAS DE FISTULE BRANCHIALE 283 SAN seconde poche branchiale ectodermique; elles sont alors borgnes externes; mais elles peuvent être borgnes internes, ouvertes alors dans le pharynx, en arrière de l'amygdale; dans ce cas elles ont pour origine la seconde poche entodermique.(c) Les fistules médianes, que certains auteurs attribuent à la persistance du tractus épithélial thyréo-glosse mis en communication accidentelle avec l\u2019ectoderme cutané (?).Pour finir, disons que G.B., après diagnostic, fut soumis par son médecin à une série d\u2019injections sclérosantes.(Quinine urée, croyons-nous).Il a été très amélioré, pour ne pas dire guéri.Une seule fois l\u2019orifice externe de sa fistule, à peine visible, a laissé sourdre une gouttelette non-purulente. 284 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU SAUNA NA NS) MONO NS Sn NS ANS NS NS SOINS EN MARGE DE TROIS CAS DE PÉRITONITE TUBERCULEUSE Par EDOUARD DESJARDINS, Chirurgien de l\u2019Hôtel-Dieu.Les observations qui font l\u2019objet de ce court travail nous ont semblé intéressantes à rapporter, car elles soulignent d'un trait net la difficulté d\u2019un diagnostic précis pré-opératoire.Ce simple recueil de faits ne vise pas à l'originalité et n'a pas d'autre prétention que d'illustrer de faits concrets les notions théoriques des manuels.OBSERVATION No I: J.S.15 ans, se présente a I'Hotel-Dieu le 3 juillet 1935 pour aménorrhée depuis trois mois.Lasse, la petite patiente cesse d'aller à l'école en mars.Elle est fatiguée de peu, la montée des escaliers lui est pénible; elle ne peut suivre ses compagnes dans leurs études, l'effort intellectuel comme le travail physique lui est impossible.Le 3 avril, époque attendue de ses menstruations, elle présente de l'oligoménorrhée \u2014 pertes d\u2019une seule journée.Quelques jours plus tard, comme elle se sent toujours fatiguée, n\u2019a pas d\u2019appétit et n'a pas bonne mine, ses parents qui viennent de perdre une grande enfant de tuberculose pulmonaire s\u2019alarment et décident de l'envoyer à la campagne, où elle séjourne près de trois mois.En mai et en juin, aménorrhée complète.Perte de poids de 11 livres durant les derniers mois.Les forces semblent un peu revenues au retour de la campagne.Mais, par contre, elle a remarqué une augmentation assez importante du volume de son abdo- \\ men, ce qui l'intimide beaucoup et la force à consulter. PÉRITONITE TUBERCULEUSE 285 Elle nous est amenée par son médecin qui, en face de cette aménorrhée et de ce gros abdomen, croit à une affection chirurgicale.La malade est bien constituée, mais pâle.Elle a déjà souffert de rougeole, de fièvre typhoïde et de pneumonie dans son bas âge.Elle a onze frères et soeurs.L'examen subjectif ne révèle rien que de déjà noté.Les systèmes nerveux, respiratoire, circulatoire et urinaire ne présentent rien d'anormal.L'\u2019appétit est légèrement diminué; elle n'a pas de constipation.Elle a été menstruée pour la premiere fois il y a un an et demi.Elle a d\u2019abord présenté de la polyménorrhée, avec douleurs a 1'époque cataméniale.Enfin, comme nous le savons déjà, elle a un arrêt de ses règles depuis le 2 avril.Elle n\u2019a pas de leucorrhée.L'examen objectif révèle un coeur et des poumons normaux.Il n\u2019y a pas d'augmentation des seins.La pression artérielle est basse: 98/68.La température est à 99° F, L'abdomen montre une voussure à la région hypogastrique qui s'étend vers la fosse iliaque gauche et qui est mate à la percussion.Le toucher rectal laisse percevoir une masse rénitente qui est en-dehors du petit bassin et qui semble logée dans la fosse iliaque gauche.S'agit-il d'une grossesse, d'un kyste de l'ovaire ou d\u2019une lésion tuberculeuse ?La gravidité a été éliminée sans conteste; seuls restaient en cause le kyste ovarien et la péritonite bacillaire.L'intervention s'imposait dans les deux cas.Elle eut lieu le 9 juillet.Incision médiane sous-ombilicale.Le péritoine pariétal est très épaissi et farci de granulations de la grosseur d'un grain de mil.L'ouverture du péritoine n\u2019est possible qu'au niveau supérieur de l\u2019incision au voisinage de l'ombilic. 286 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU Plus bas, le péritoine fait corps avec une masse énorme s'étendant du pubis à deux travers de doigt au-dessous de l'\u2019ombilic et débordant la ligne médiane de chaque côté de plusieurs centimetres.Les anses intestinales agglutinées composent cette masse; l\u2019utérus, les annexes et même la vessie semblent en faire partie.Il est impossible de chercher à dissocier ces éléments, à défaire ces adhérences.Pas de liquide, pas de pus ni caséum, mais de tres nombreuses granulations.Nous prélevons.un morceau de péritoine pour biopsie.La plaie opératoire est refermée en trois plans et elle guérit d'ailleurs sans suppuration.Les suites opératoires sont banales.La biopsie, faite par le Docteur J.-L.Riopelle, nous confirme: péritonite tuberculeuse à forme folliculaire.La malade quitte le service le 20 juillet pour un nouveau séjour hors de la ville.Aux dernières nouvelles, elle se porte encore assez bien.OBSERVATION No 2: Mme C.E.M ., 41 ans, se présente à l'Hôtel-Dieu le 12 mars 1934 pour polyménorrhée et métrorragies abondantes depuis la mi-janvier de cette année.« Ces métrorragies sont consécutives à un avortement survenu le 11 janvier 1934.Cette fausse couche semble avoir été provoquée; en tout cas, elle a nécessité un curage digital de la part du médecin de famille.Elle a alors perdu abondamment pendant trois jours, de nouveau du 4 au 21 février, puis du 27 février au 2 mars.Elle se plaint de toux et d\u2019expectoration depuis un an; elle souffre de pyrosis et de constipation et elle est très nerveuse et insomnique, PÉRITONITE TUBERCULEUSE 287 NS SNS Nous relevons dans ses antécédents personnels la rougeole en bas-âge, la typhoïde à 13 ans, la scarlatine à 8 ans et des crises arthralgiques fréquentes.Son passé génital est assez chargé: 8 grossesses, 6 enfants vivants, deux fausses couches.Le dernier accouchement, il y a un an.Avant janvier dernier, règles régulières; relevailles normales.Leucorrhée depuis l'âge de 11 ans.A l'examen objectif, nous constatons un état général satisfaisant.La langue est rouge, saburrale, l\u2019haleine est fétide.Mauvaise dents; arthrite alvéolo-dentaire suppurée.Amygdales rouges.T.99°.La respiration est légèrement soufflante; pas de rales ni matité.Les bruits du coeur sont assourdis, L'abdomen est augmenté de volume, il est proéminent et se présente en obusier.Il y a de la matité dans les flancs.Sa palpation est douloureuse à droite dans le flanc, l'hypochondre et surtout la fosse iliaque.L'examen gynécologique nous fait voir une déchirure marquée du périnée avec cystocèle et rectocèle.Le col est dur, hypertrophié, peu mobilisable.Le corps utérin est en antéposition et semble faire corps avec une masse impossible à mobiliser.Les culs-de-sac sont douloureux et paraissent remplis.Le diagnostic de prolapsus génital s'imposait, mais il y avait sûrement plus que cela.L'augmentation de volume de l\u2019abdomen, l\u2019ascite dans les flancs et cette masse rénitente nous incitèrent à porter le diagnostic de kyste de l'ovaire.Nous fimes donc préparer la malade pour une laparatomie = première à compléter par le temps périnéal.3 288 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU AN ANS NC LAS MANS NT ~~~ L'opération eut lieu le 22 mars 1934.Incision médiane sous- ombilicale.À l'ouverture du péritoine, écoulement de deux gallons d'ascite.Multiples granulations de la grosseur d\u2019un grain de mil disséminées sur tout le péritoine viscéral.Le petit bassin est rempli; ovaires, trompes, utérus et rectum semblent agglutinés.Impossible de trouver un plan de clivage.Au niveau de l\u2019ombilic, on trouve une masse compacte composée d'anses nombreuses d\u2019intestin grêle fortement adhérentes les unes aux autres.Un morceau d'épiploon est prélevé pour biopsie.Nous faisons un embaumement de la grande cavité péritonéale au glycérolé d'éther iodoformé et nous fermons la paroi sans drainage.Les suites opératoires sont sans incident.L'auscultation pulmonaire, faite le 28 mars, révèle quelques craquements discrets, superficiels, non constants, en avant à droite, en arrière à gauche qui semblent démontrer l'existence d\u2019une infiltration bacillaire à réaction cortico-pleurale.Le rapport de la biopsie, signé du docteur J.-L.Riopelle, déclare: épiploïte tuberculeuse à forme folliculaire.La malade quitte le service le 5 avril 1934.Revue il y a quelques mois, elle disait se bien porter.OBSERVATION No 3: Madame S.G., 24 ans, se présente à l\u2019'Hôtel-Dieu le 25 novembre 1932 pour douleurs abdominales variables dans leur intensité et leur lieu de prédilection.Elles semblent toutefois se localiser à la région hypogastrique et s'irradier vers les régions inguinales.Elles existent depuis près de trois ans; sourdes au début, leur acuité douloureuse augmente avec les mois.Aucun rapport apparent entre ces douleurs et l'époque cataméniale.Les antécédents personnels présentent peu d\u2019intérêt.Un frère souffre de tuberculose pulmenaire. PÉRITONITE TUBERCULEUSE 289 LNLNA NS NAN EN SN NI NAN TNA SAT AS MS LOST LOL Le passé génital est déjà lourd.Menstruée à 10 ans, dysmé- norrhéique dès le début.Mariée à 19 ans.5 grossesses à terme, accouchements normaux.Le dernier a eu lieu le 17 août 1932.Suites de couches longues avec écoulement de lochies purulentes.Le coeur et les poumons ne présentent rien de particulier à l\u2019entrée de la malade dans le service; la tension artérielle est de 110/85; la température est normale.L\u2019abdomen est douloureux dans les deux fosses iliaques, mais sans défense musculaire.L'examen gynécologique décèle une déchirure du périnée avec colpocèle très prononcée et prolapsus utérin.Le col utérin est de dimension moyenne, non douloureux; le corps utérin est gros, non douloureux, mais difficilement mobilisable.Les annexes sont douloureuses au toucher.Nous croyons pouvoir rattacher facilement les douleurs abdominales au prolapsus génital et nous conseillons à la malade une suspension utérine complétée par la périnéorraphie.Le ler décembre, intervention chirurgicale.Le temps abdominal nous semble exiger l'intervention première.Incision médiane sous-ombilicale.Péritoine pariétal épaissi \u2014 liquide louche qui sourd de l'abdomen dès l'ouverture du péritoine.Le petit bassin loge un utérus augmenté et des annexes malades qui nagent dans une grande quantité de liquide cloisonné par des adhérences épiploïques assez solides.Tout le péritoine pariétal est farci de granulations, les trompes et l'appendice même en sont couverts; les ovaires et l'utérus en sont indemnes; l'ovaire gauche semble atteint.Nous pratiquons une intervention plutôt conservatrice: sal- pingo-ovariectomie gauche, salpingectomie droite, appendicectomie.Inondation de la cavité abdominale à la glycérine-éther-iodo- formé.Fermeture de la paroi sans drainage. 290 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU Les suites opératoires sont du côté abdominal très heureuses.Malheureusement la malade fait une pleurésie séro-fibrineuse gauche, puis droite, Mise sous les soins du docteur Gatien, elle s'améliore rapidement et peut quitter l'hôpital le 29 décembre 1932.Le docteur J.-L.Riopelle nous fait tenir le 12 décembre 1932 le rapport suivant: « Trompe droite augmentée de volume.Séreuse criblée de fines granulations jaunâtres.La paroi est épaisse, la lumière petite.Trompe gauche de calibre normal et parsemée des mêmes granulations que la droite.Appendice de 8 c.m.rempli de matières fécales concrètes; à la surface de la séreuse, présence de granulations.Examen microscopique: Salpingite tuberculeuse bilatérale avec péritonite.Ovaire intact.Périappendicite tuberculeuse.» Cette malade, revue fréquemment, ne présente maintenant aucun trouble abdominal.Elle a pris beaucoup de poids; malheureusement elle souffre en ce moment d\u2019une ostéo-arthrite tuberculeuse du cou-de-pied droit.Nous avons choisi entre plusieurs ces trois cas personnels, car ils nous ont semblé très instructifs.Ils présentaient, chacun, des signes suffisants pour enlever tout doute sur la nécessité d'une intervention.La diagnotic n\u2019était pas aisé; bien plus, nous rapportons deux de ces cas précisément parce qu'ils furent des trouvailles opératoires, A la faveur de ces observations, nous allons très simplement et d'une manière toute schématique revoir les formes cliniques et anatomopathologiques de la péritonite tuberculeuse et en rappeler les indications thérapeutiques. PÉRITONITE TUBERCULEUSE 291 dd dd Il est habituel de décrire à la péritonite tuberculeuse une forme aiguë, une forme subaiguë et une forme chronique.MacCallum dit que «les différentes formes de péritonite tuberculeuse dépendent du nombre et de la virulence des bacilles introduits et de la résistance du malade, car dans certains cas, il y a destruction considérable de tissus et dans d\u2019autres, il y a plutôt formation d'adhérences et de cicatrices, qui finissent par perdre beaucoup de leurs caractères bacillaires distinctifs.» La forme aiguë survient le plus souvent au cours d\u2019une granulie généralisée et la lésion péritonéale n\u2019est alors qu\u2019un épiphénomène.La forme subaiguë coïncide avec des accidents pleuraux; c'est la tuberculose pleuro-péritonéale qui évolue par poussées et qui est susceptible de guérir spontanément.La forme chronique varie avec les processus de réaction et peut être ou ascitique ou fibro-caséeuse ou fibro-adhésive, les lésions évoluant vers la transformation fibreuse ou la dégénérescence caséeuse.En résumé, on peut rencontrer une forme liquide avec beaucoup d'\u2019ascite et un péritoine recouvert de tubercules de la grosseur d'une tête d\u2019épingle et une variété sèche, caractérisée par la formation d\u2019adhérences viscérales avec très peu de liquide.Dans la forme ascitique, il faut retenir deux éléments: a) un épanchement abondant de coloration jaune-citrin et b) des granulations discrètes.La forme fibro-caséeuse peut débuter d'emblée ou suivre les variétés pleuro-péritonéale ou ascitique.À retenir dans son cas: a) l\u2019agglutination des anses intestinales entourant des collections séro-fibrineuses, hémorragiques ou purulentes et b) des abcès délimités par des fausses membranes pouvant se fistuliser à la peau ou dans l'intestin.\u201c La forme fibro-adhésive peut être primitive.A retenir ici: a) ascite plus ou moins abondante; b) adhérences péritonéales (symphyse des feuillets pariétaux et viscéraux) ; c) cordes épiploi- ques et d) agglométation en masse des anses intestinales (Duval). 292 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU Les signes cliniques n\u2019ont rien de particulier à l'affection.Ce sont les signes habituels de la péritonite localisée ou généralisée \u2014 troubles gastro-intestinaux, vomissements, diarrhée, troubles menstruels, augmentation de volume du ventre, amaigrissement.Il n\u2019y a pas de signe pathognomonique.La percussion permet la constatation de zones alternativement mates et sonores dans l\u2019ascite cloisonnée et fait à elle seule le diagnostique dans la forme classique ascitique.La palpation profonde peut faire reconnaître l'existence des « gâteaux péritonéaux ».Le diagnostic ne se fait parfois qu'après élimination a) de la cirrhose hépatique avec ascite, b) du kyste ovarien, c) du cancer abdominal avec ascite, d) d'une tumeur abdominale à type plastique.L'occlusion intestinale est la complication la plus redoutable et elle peut se produire par quatre mécanismes, suivant Lejars: 1° par étranglement sur bride; 2° par coudure de l'intestin; 3° par agglutination des anses et 4° par paralysie intestinale.Dans la pelvi-péritonite tuberculeuse, la suppuration et la fistulisation dans le rectum, le vagin ou la vessie sont à craindre.Le traitement est médical (hygiéno-diététique), héliothéra- pique ou chirurgical.Les indications opératoires sont péremptoires dans la péritonite tuberculeuse à grand épanchement; cette forme, en effet, guérit après l\u2019incision abdominale; elle est d'ailleurs habituellement bénigne et elle est en ceci analogue aux pleurésies sero- fibrineuses tuberculeuses qui guérissent souvent par la simple ponction évacuatrice.Dans la forme subaiguë avec pleurésie unie ou bilatérale, le traitement médical général et l'héliothérapie s'imposent; le traitement chirurgical ne peut être efficace.Dans la forme fibro-caséeuse à foyers multiples circonscrits par des adhérences où circule du liquide (pus ou ascite) entre les anses grêles, l'épiploon et la paroi abdominale et dans la forme PÉRITONITE TUBERCULEUSE 293 fibro-adhésive, l'intervention est le plus souvent non recommandable.Elle peut même être dangereuse, car elle expose à la blessure d'un segment intestinal avec fistule stercorale consécutive presque inévitable dans ces cas et elle peut être également à l\u2019origine d'une fistule permanente interminable.L'héliothérapie et le traitement médical général sont excellents dans ces deux variétés cliniques.Le but de l'opération est d'aider à la guérison par la simple aération péritonéale.Dans la tuberculose génitale, il est parfois possible d'enlever le foyer d'infection; mais il est le plus souvent nuisible d'évacuer les exsudats accumulés et de libérer les adhérences.Nous croyons cependant avec Lecène que lorsque le diagnostic précis est hésitant, quand il y a doute sur la nature des lésions et leur degré d'opérabilité, il est préférable de faire bénéficier le malade d\u2019une laparatomie exploratrice, surtout si son état général le permet. 294 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU UN CAS DE VARIÉTÉ DE MASTOÏDITE DE BEZOLD Par LOUIS DE G.JOUBERT, Assistant à la clinique d\u2019ophtalmo-oto-rhino-laryngologie, Médecin de l\u2019Hôtel-Dieu.Définition: On désigne sous la dénomination de mastoïdite de Bézold (auteur allemand qui a exposé pour la première fois les faits de cet ordre) une variété de suppuration mastoïdienne dans laquelle, le pus, au lieu de s'ouvrir à la surface externe, se fistulise, au contraire, à la face inféro-interne de l\u2019apophyse pour s\u2019écouler le long de la gaîne postérieure du sterno-cleido-mastoïdien.Dans les cas ordinaires de mastoïdite de Bézold, la fistule se rencontre à la face inféro-interne, mais pour celui qui nous occupe en ce moment, son ouverture se trouve tout à fait à la partie supéro-interne.Histoire du cas: Monsieur D ., âgé de 58 ans, se présente à l'hôpital le 2 mai, 1935 pour un écoulement d'oreille du côté gauche.Symptômes subjectifs: Le malade nous raconte qu'il y a environ 8 semaines, à la suite d\u2019une grippe, l'oreille gauche s'est mise à couler et que depuis cette époque, l\u2019otorrhée, loin de vouloir cesser, ne fait qu'augmenter.Il se plaint en outre de douleurs en arrière de l'oreille gauche et d\u2019un peu de raideur du cou, du même côté.Symptômes objectifs: Nous sommes d'abord frappés par l\u2019'aspect terreux du teint du malade, qui témoigne d\u2019une intoxication assez profonde, cependant que la fièvre ne dépasse pas 98.4°.Le conduit auditif est rempli par une suppuration abondante de couleur jaunâtre.La palpation du côté de l'apophyse révèle une douleur profonde à son tiers moyen.A.se ae MASTOÏDITE DE BEZOLD 295 La numération des globules du sang, faite le même jour, nous donne une augmentation des globules rouges (5,483,907) et des globules blancs (16,093).La formule leucocytaire nous indique une diminution des petits et moyens lymphocytes, 16% au lieu de 25% à 28%.Opération.\u2014 A l'opération pratiquée le lendemain, nous trouvons un antre très grand, rempli de bourgeons avec des cellules friables et malades s'étendant de la partie supéro-interne jusqu\u2019à la point de l'apophyse, donnant une largeur de pas moins de 4 c.met une profondeur de 5 c.m.Fait remarquable, c\u2019est que le sinus latéral ne s\u2019est pas présenté dans cette grande cavité, faisant probablement sa coudure beaucoup plus tôt que dans les cas habituels.\u2018Fout en curettant, la destruction osseuse nous conduisit à la partie supéro-interne jusqu'aux méninges, d\u2019où nous voyons sourdre un pus crémeux.La dure-mère paraît indemne et le stylet, introduit entre sa paroi.descend sur une longueur de 2 c.m.V, environ.Quelques jours plus tard, l'apparition d'une voussure en profondeur du sterno-cléido-mastoidien, nous oblige a faire une contre- ouverture sur le bord postérieur du muscle pour créer un trajet fistuleux qui va rejoindre l'ouverture postéro-supérieur de l'apophyse.Le drainage s'établit au bout de deux jours.14 mai 1935: Toutefois la température, qui était redevenue normale, a une tendance à monter légèrement 5 jours plus tard.À ce moment, le malade se plaint de sentir des battements dans sa tête et la contre-ouverture semble moins bien drainer le pus.28 mat 1935: Seconde opération: curettage et nouvelle recherche de l'abcès, La température cependant n'atteint pas 100°.Rien de suspect dans l\u2019antre déjà curetté, le trajet fistuleux, situé à la partie supéro-interne, au contact des méninges, est tari et la pression faite de bas en haut sur la voussure du sterno-cléido-mastoidien n\u2019amène pas de pus. 296 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU 9 juin 1935: Le malade se plaint de difficulté à avaler et à l'examen, nous diagnostiquons un abcès latéro-pharyngien que nous incisons et qui laisse écouler un pus épais, grisâtre, quelque peu odorant, Les jours suivants, le malade crache du pus et sent encore ses battements, que nous localisons non pas dans sa tête, mais à la région de la carotide interne.Plus tard nous faisons une seconde contre-ouverture à 3 c.m.établissant une communication avec la première, par où s'écoule un peu de sécrétion purulente.Juillet 1935: La suppuration, bien que peu abondante, continue toujours en raison du fait que l\u2019abcès est trop profond pour pouvoir se draîner parfaitement.C\u2019est alors que nous demandons à notre confrère, le docteur Armand Paré, chirurgien, de bien vouloir examiner notre malade pour voir s\u2019il n\u2019y aurait pas lieu de faire une incision plus profonde afin d'assurer l'évacuation de la collection purulente.Mais, notre confrère, jugeant la sécrétion trop minime, conseilla de faire des injections de solution d\u2019éther iodoformé a 10% à travers la fistule de la première contre-ouverture.La solution, sous une certaine pression, parcourt tout le trajet de l\u2019abcès et vient même sortir dans la bouche par l\u2019ouverture créée dans la paroi latéro-pharyngienne du côté gauche.Grâce à quelques séries de ces injections, le malade guérit complètement et put quitter l'hôpital le 23 septembre, après 161 jours d'hospitalisation.Commentaires: La mastoïdite dite de Bézold est une complication assez fréquente de la suppuration aiguë des cellules de la pointe mastoïdienne.Certains auteurs donnent une fréquence plus grande chez l\u2019adulte, mais j'avoue pour ma part l'avoir rencontrée aussi souvent chez l'adolescent. | | | MASTOÏDITE DE BEZOLD 297 L'intervention, faite à temps, empêchera la suppuration de s'étendre à la base du crâne comme dans le cas rapporté par Knapp, ou vers l'étage postérieur du crâne selon Gradenigo, ou devenir superficielle et fuser jusqu\u2019à la région mammaire selon le Professeur Luc.Rossi a rapporté un cas tout-à-fait extraordinaire dans lequel l\u2019infection d'origine cervicale prenait, à la suite d\u2019une pression exercée sur lui, la direction du trou déchiré postérieur, pénétrait dans le crâne, où s'était formé un abcès extra-dural, et, passant par une perforation du sinus sigmoïde, s'engageait dans l\u2019antre mastoidien, et de là dans le conduit auditif.Dans ce cas, le pus réuni à la partie inférieure du cou pouvait ressortir par le conduit auditif, en passant en dehors de la membrane tympanique demeurée intacte.Le diagnostic n'est pas toujours facile et il n\u2019est réellement certain qu'au cours de l'intervention alors que le curettage des cellules malades nous conduit d'étape en étape jusqu'à la fistulisation de la sécrétion purulente.Conclusions: Nous pouvons tirer de l'histoire du cas de ce malade les conclusions suivantes: 1° Que ce malade, dont l\u2019état avait été négligé par son médecin comme l\u2019attestait la lettre qui l'accompagnait et le récit du patient dans lequel il racontait que son médecin le blâmait de partir du Nouveau-Brunswick pour aller se faire traiter à Montréal, a couru de réels dangers et que ce fut heureux que son abcès se soit ouvert non pas dans la cavité crânienne mais plutôt dans la région cervicale.2° Que la sécrétion purulente aurait pu attaquer les gros vaisseaux du cou et produire une hémorragie mortelle. 298 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU Le 3° Que le médecin praticien a tout intérêt de confier le plus tôt possible à l'auriste, le client qui se présente avec une otorrhée quelconque.4° Que dans le cas où l\u2019abcès cervical est trop profond pour pouvoir l'ouvrir sans faire courir de risque au malade on peut faire usage de la solution d\u2019éther-iodoformé à 10% qui a su, comme dans le cas que nous venons de relater, assurer la stérilisation de l\u2019abcès de mon malade, et ce, grâce aux bons conseils de mon savant confrère, le docteur Armand Paré, à qui je renouvelle l'expression de ma profonde reconnaissance. 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qu'ils avaient vomi fréquemment depuis deux mois, qu\u2019il y avait eu des convulsions classiques, de la diarrhée et qu'ils étaient devenus irritables et instables.\u2014 Ils voulurent alors préciser davantage en faisant des examens complémentaires: recherche du plomb dans le sang, les urines, les matières fécales, le liquide céphalo-rachidien, | .1 Travail présenté à la séance d'étude de l'Hôpital Ste-Justine le 30 | novembre 1935.° 300 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU AANA AAA puis la radiographie des os longs et du crâne.Ils furent alors à même de constater que c'était bien deux cas d\u2019encéphalopathie saturnine, Pour bien se rendre compte que l'empoisonnement par le plomb chez l'enfant est plus fréquent qu'on est porté à le croire, résumons un peu l'historique; pour plus de détails voir: J.A.M.A., 27 juillet 1935.Bromwell et Byron, en 1908, dans leur livre sur l'hypertension intra-cranienne et l'intoxication par le plomb chez l'adulte, parlent du liséré bleu des gencives, de l\u2019anémie, des coliques, de la main tombante et d'un état mental ou psychisme spécial, comme il est rencontré assez souvent dans les tumeurs cérébrales et en particulier dans les tumeurs frontales.Ils notent cependant que le liséré aux gencives, l'anémie, la névrite périphérique peuvent manquer chez l'enfant intoxiqué par le plomb.En 1914, Thomas parle de la méningite récurrente due au plomb, chez un enfant de cinq ans.En 1917, Blackfan écrit un article sur l'intoxication par le plomb causant des convulsions chez l'enfant.En 1920, Strong: méningite causée par l\u2019empoisonnement par le plomb chez un enfant de dix-neuf mois, En 1924, les auteurs japonais publient un article sur l\u2019empoisonnement par le plomb dû à la poudre cosmétique contenant du plomb et employée par la mère.En 1932, Vogt et Coffey, insistent sur l'augmentation de la densité aux extrémités des diaphyses des os longs; ces dépôts vus à la radiographie doivent donner une très forte suggestion d'empoisonnement par le plomb.La même année, McKhann rapporte des cas d'\u2019empoisonnement par le plomb chez l'enfant, avec manifestations cérébrales.Avec ces quelques notions, nous pouvons vous présenter maintenant nos deux observations: ENCÉPHALOPATHIE SATURNINE 301 NSN OBSERVATION I.Thérèse P., traitée en février 1934 pour gastro-entérite.À l'âge de 4 mois pour rougeole.En juin 1934, pour bronchite.En août 1934, le 4, elle subit une opération pour les adénoïdes.Quelques mois après, elle présente une impotence fonctionnelle du bras droit qui régresse en peu de temps.Le 20 août 1935, elle fait une broncho-pneumonie.Le 28 août 1935, elle présente une arthrite du poignet droit; le radiographie ne montre rien de particulier.Le 26 septembre 1935, arthrite du genou gauche.Le 21 novembre 1935, comme l'enfant vomit du sang et que la mère avoue que cet enfant aurait léché sa couchette assez souvent et qu\u2019elle aurait même enlevé la peinture, nous pensons à une intoxication par le plomb et elle est admise au service de neuropsychiatrie.Comme histoire, c'est assez chargé.Il n'y avait pas de convulsions, mais il y aurait eu de la céphalée fréquente accompagnée de vomissements qui rendirent l'enfant irritable et instable.A l'examen: L'enfant marche bien, se tient debout et assise sans difficulté.Tête: légère augmentation de volume; pas de bruit de pot fêlé à la percussion.Réflexes: non diminués, bien actifs.Muscles: ne sont pas flasques.Pupilles: réagissent bien.Fond de l'oeil: pas d'engorgement des disques.Pas de nystagmus \u2014 Mouvements oculaires: normaux.Force segmentaire conservée, Sensibilités: semblent normales.Analyses: La recherche du calcium sanguin n\u2019a pas été jugée nécessaire.Pas de plomb, ni dans le sang, ni dans les urines, ni dans le liquide céphalo-rachidien, ni dans les matières fécales.Numération globulaire: 3,450,000 globules rouges, le reste est normal et il n'y a pas de granulations basophiles.Radiographie: Légère distension des sutures du crâne.Radiographie des os longs: Densité accrue aux extrémités des diaphyses.Densité en bandes.Dr Comtois conclut à de légers signes d'intoxication par le plomb. 302 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU GAS L'enfant, traitée par le calcium et l\u2019huile de foie de morue phosphatée, n'a cessé de s'améliorer et s'achemine vers la guérison complète.OBSERVATION II.Rolande P., admise le 27 août 1935 pour réaction méningée.Née à terme, naissance normale.Rougeole à 2 ans.Varicelle à 4 mois.Coqueluche à 3 ans.Une semaine avant l'admission, vomissements assez fréquents, douleurs abdominales violentes, céphalée, constipation, érythème assez prononcé, La mère raconte que son enfant avait beaucoup léché les barreaux de son berceau.Peu de temps après l'admission à l'hôpital, l\u2019enfant ne parlait plus, ne mangeait plus, était presque continuellement somnolente.A l'examen: Tête: Pas de « Macuven's sign ».Réflexes tendineux: diminués au membre inférieur gauche.Muscles: plutôt flasques.Tr.cérébelleux: membres supérieurs et inférieurs.Fond de l'oeil: disques engorgés, pas d\u2019exsudat, ni hémorragie.Pupilles: rondes, égales, réagissent.Sensibilités: normales, Force segmentaire: conservée, pas de paralysie.Radiographie: Crâne: Impressions digitiformes à la table interne.Légère distension des os du crâne.Os longs: Dépôt de plomb aux extrémités des diaphyses.Densité en bandes.Analyses: Sang: 4000 granulations basophiles par million de gl.r.\u2014 Globules rouges: 3,700,000.Le reste est normal.Urines et selles: pas de plomb.Liquide céphalo-rachidien: 36 lymphocytes au ler examen.8 lymphocytes au 2e examen; pas de plomb.Cette malade fut envoyée aux neuro-chirurgiens pour une décompressive sous-occipitale, ENCÉPHALOPATHIE SATURNINE 303 L Comme nous pouvons le juger, les examens complémentaires sont très importants.D'après Boshes (Archives de neurologie et de psychiatrie, nov.1935), 1l faut une technique spéciale pour la recherche du plomb dans les urines; la plupart des méthodes usuelles sont peu précises, La méthode au chromate, qui est longue et délicate, est à suggérer.Selon Dingwall et McKay, dix ans d'analyse d'urine non sélectionnée montrent que l'urine contient 0.1 mg.par litre.Kehoe et Thomann (J.A.M.A., 27 avril 1929) disent que l\u2019analyse des matières fécales des personnes non exposées habituellement au plomb donne 0.08 par gramme de cendre, La meilleure méthode pour le liquide céphalo-rachidien serait la méthode à l'hexa-nitrite de Fairhall et l'analyse spectrographique: il n'y aurait pas de plomb dans le liquide céphalo-rachidien des patients rendus \u2018\u2018acidotic\u2019\u2019 par ingestion de chlorure d'ammonium.Le diagnostic différentiel d'avec le syndrome d'hypertension intra-cranienne, c'est-à-dire céphalée, vomissements, troubles oculaires, convulsions, troubles psychiques, peut-être rendu difficile si l\u2019on ne se fie qu\u2019à l'examen physique et à l'histoire; l\u2019on sait que le liséré des gencives, l'anémie peuvent manquer chez des enfants qui sont cependant intoxiqués par le plomb.Il est essentiel de faire la radiographie des os longs et du crâne chez les cas où 1l y a présomption d'intoxication saturnine.La distension des sutures des os du crâne, les impressions digitiformes à la table interne du crâne et surtout l'accroissement de densité aux extrémités des diaphyses des os longs seraient en faveur des dépôts de plomb chez l'enfant qui a une intoxication saturnine.Y penser surtout si l'enfant ne souffre pas de rachitisme et s'il ne présente pas de troubles endocriniens en particulier des parathyroïdes.Dans Paris Médical, 9 novembre 1935, le Dr Ch.Ruppe donne le rôle des parathyroïdes; les injections à l'animal de parathormone Collip, à doses élevées, ont provoqué des troubles spéciaux retrouvés en clinique humaine (syndrome d'hyperparathy- roïdie) ; elles engendrent des lésions osseuses du type Rekinghausen. 304 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU Leriche, Jung, Sureya donnent ces conclusions: « Après huit jours d'injections de parathormone Collip, à raison de vingt unités par jour, nous avons noté une transformation fibreuse de la moëlle bulbaire et diaphysaire, qui perdent leurs caractères hématopoéti- ques, une résorption de l'os spongieux bulbaire et de la compacte diaphysaire, avec lacune de Howship, ostéoclastes et élargissement des canaux vasculaires.» Les radiographies des os longs de nos deux observations n'avaient rien de tel.Il n\u2019y avait qu\u2019une augmentation de densité en bandes aux extrémités des diaphyses.Si l\u2019on n\u2019a pas trouvé de plomb ni dans les urines, ni dans les matières fécales, ce serait vraisemblablement parce que la cause a été supprimée et que l'enfant ne manquait plus de substances renfermant du plomb.L'huile de foie de morue phosphatée modifierait le plomb dans la circulation active et en hâterait le dépôt sur les extrémités des os longs.Avec ce traitement les bandes s'élargiraient, lesquelles bandes seraient un mélange de calcium et de plomb.L\u2019ingestion de calcium arrêterait le processus dégénératif.Le traitement médical des encéphalopathies par le plomb est souvent non satisfaisant; la mortalité était assez élevée autrefois, mais depuis le diagnostic possible par la radiographie, McKhann et Vogt n'auraient qu\u2019une mortalité de 24%.Des séquelles du type de la cécité, de l'atrophie cérébrale, de l'arriération mentale, de l\u2019hydrocéphalée, etc.peuvent se produire.La mort surviendrait à la suite de plaies de lit et d'infection urinaire.A l\u2019autopsie le plomb serait trouvé dans les os, le foie, le cerveau, la moëlle épinière surtout.C\u2019est pourquoi il y aurait indication d'une décompression sous-occipitale lorsque le syndrome d\u2019hypertension intra-cranienne est typique.Nous avons voulu attirer l'attention sur l\u2019intoxication saturnine chez l'enfant parce qu'il serait peut-être bon d'y penser plus souvent chez certaines classes d\u2019enfants peu surveillés et qui mangent un peu de tout. ENCÉPHALOPATHIE SATURNINE 305 Lorsque l\u2019histoire clinique avec un passé d'ingestion de substances renfermant du plomb, le tout avec un syndrome d'hypertension intra-cranienne nous font penser à une encéphalopathie saturnine nous ne devons pas hésiter à faire les examens complémentaires pour voir si le plomb est réellement la cause primaire.Dans l\u2019affirmative nous ferons d'abord le traitement médical et si les résultats ne sont pas satisfaisants, nous demanderons aux neurochirurgiens une décompressive qui amènerait une sédation complète et rapide des symptômes avec moins de danger de séquelles.L\u2019union latine se fera, peut-être vite et bien, peut- être au prix de cruelles et longues difficultés nouvelles; elle est dans l\u2019esprit du monde nouveau.Une Germanie trop puissante, une Slavie immense, une vaste Communauté de ceux qui parlent anglais sont des réalités qui ne peuvent manquer d\u2019en amener d\u2019autres .CHARLES MAURRAS Cité par \u201cle Front Latin\u201d, 1935, No 2 306 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU LES CÉPHALÉES D\u2019ORIGINE NASALE \u201cPar ROLAND PELLERIN, Service d\u2019oto-rhino-laryngologie et d\u2019ophtalmologie de l\u2019Hôtel-Dieu.Sur ce sujet, des maîtres connus ont écrit des livres, des rapports et des mémoires.J\u2019essaierai seulement d\u2019en faire une condensation et de rappeler certains faits, certains principes et certaines vérités.Que cet article serve à chacun dans la mesure où cela l\u2019intéressera et son but sera atteint.C\u2019est aussi dans ce seul but que j'apporte dans le journal de l\u2019Hôtel-Dieu, ma très faible collaboration.Le mot « céphalée » est ici mis de l'avant parce que communément accepté.Ne tentons pas de faire l'analyse critique de toute souffrance à localisation céphalique telle que céphalalgies, migraines, névralgies, etc.Ne tentons pas non plus de faire de ce symptôme, une étude différentielle à fond de sa localisation.Rien n\u2019est très précis dans tout cela.Ce qu'il y a seul de certain, c\u2019est que le nez peut donner des maux de tête, quelle qu\u2019en soit sa localisation ou sa morphologie.Etudions donc plutôt dans son ensemble le phénomène « mal de tête » sous quelqu'angle qu\u2019il se présente.PATHOGÉNIE.Sa pathogénie est très complexe et pleine d'explications hypothétiques.Ces hypothèses ont toutes quelque chose de vrai.Prenons celle qui embrasse et qui explique la généralité des cas.Nous pouvons dire sans trop d'hérésie et pour bien longtemps encore, je le crois, que la céphalée d'origine nasale est due à une LES CÉPHALÉES D'ORIGINE NASALE 307 ~ ~~ irritation ou à un déséquilibre trigémello-sympathique.Je me permettrai ici de rappeler quelques notions d'anatomie, Le nez, appendice ostéo-cartilagineux à revêtement extérieur cutané à intérieur muqueux, est aussi un carrefour.Tout peut s\u2019y voir, tout peut s\u2019y rencontrer.Carrefour où se trouve un émissaire du cerveau venant prendre contact avec le monde extérieur par les terminaisons nerveuses du nerf olfactif (Ière paire des nerfs craniens, organe nerveux de l\u2019olfaction) ; carrefour où tous les orifices sinusaux (frontal, ethmoi- dal, sphénoïdal et maxillaire) s\u2019y rencontrent, où vient se jeter la sécrétion lacrymale et où vient s'aérer l\u2019oreille par l'orifice de la trompe d'Eustache; carrefour où aboutissent les filets nerveux du trijumeau (Vème paire) et du sympathique (émanation du sympathique carotidien) ou tous ces filets nerveux s'étalent et s'intriquent les uns aux autres.Voici un résumé de cette innervation: 1° innervation sensitive: a) trijumeau (Ve) par l'ophtalmique (branche terminale de Ve) qui donne au nez le nasal interne ou ethmoïdal, destiné à la partie antérieure du nez.b) ganglion sphéno-palatin (Moeckel) : a) par le nerf vidien qu'il reçoit, lequel a reçu antérieurement une branche du glosso-pharyngien (IXe).b) par un rameau du maxillaire supérieur (branche terminale du V).2° innervation motrice: a) ganglion sphéno-palatin: par le nerf vidien qu'il reçoit lequel a reçu un filet du facial (7e).3° innervation sympathique: a) ganglion sphéno-palatin: par le nerf vrdien qu\u2019il reçoit lequel a reçù une branche du plexus sympathique carotidien. 308 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU Le ganglion sphéno-palatin innerve tout le territoire moyen et postérieur du nez, ainsi qu'une partie du pharynx; le trijumeau innerve la partie antérieure du nez, l'oeil et les méninges.Ces quelques notions d'anatomie vous font plus facilement entrevoir le mécanisme d\u2019un trouble local ou à distance par une itritation de cet appareil neuro-sympathique.Il est plus facile de comprendre cette céphalée.Qu'elle soit d'un caractère névralgique ou qu'elle se manifeste par une sensation de tension d'ordre vasculaire, elle ne sera que l'expression à distance d\u2019une souffrance du nerf ethmoïdal, vidien ou du ganglion sphéno-palatin en entier.Ce système nerveux tient sous sa dépendance la sensibilité, la circulation et la sécrétion nasale ou sinusale de la pituitaire.De par la complexité de ses anastomoses, de ses relations avec l\u2019étage supérieur de la face, avec les sinus et même l\u2019endocrâne, 1l explique assez bien le mécanisme d\u2019un trouble local et sa répercussion à distance.Que l\u2019une ou l\u2019autre de ses fonctions soit entravée, exagérée ou qu\u2019il y ait déséquilibre entre elles, ou qu\u2019il y ait souffrance tri- gémello-sympathique, il y aura un retentissement d'abord intra- nasal puis, par contre-coup, un phénomène réflexe à distance.Ce phénomène réflexe à distance ne peut avoir que deux caractères principaux.Il sera le résultat d'une exagération de la sensibilité qui deviendra douloureuse et surtout dans les filets terminaux; ou il sera d'ordre vasculaire, produit par un phénomène de vaso-dilatation ou de vaso-constriction entraînant une gêne de la circulation naso-sinuso-faciale.La sensation de plénitude, de tension ou de martèlement est attribuable à cette gêne de la circulation qui à son tour peut agir sur la sensibilité des filets sensitifs terminaux de tout le territoire mal irrigué.C\u2019est un cercle vicieux produit à distance et ayant pour origine le nez.Le trijumeau ou le sympathique nasal souffre et s\u2019irrite soit par frottement des parties muqueuses entre elles, soit par gonflement a LES CÉPHALÉES D'ORIGINE NASALE 309 AAA et étirement des muqueuses entrainant un tiraillement ou une élongation des fibres nerveuses, soit par une mise à nu de ces fibres ou soit par compression.Le trijumeau et le sympathique semblent s\u2019irriter davantage en certains points de préférence à d\u2019autres.Les cornets sont particulièrement sensibles surtout le cornet moyen; le tubercule de la cloison également; également aussi la bulle ethmoidale, qui est une cellule plus grande que les autres du sinus ethmoidal.II est manifeste qu\u2019en ces points, le frottement, la congestion ou la compression provoquent davantage des troubles irritatifs du côté du trijumeau et du sympathique.ETIOLOGIE.Ces différents phénomènes pathologiques, générateurs de troubles trigémello-sympathiques, sont provoqués ou entretenus par des causes d'ordre local ou d'ordre général à répercussion nasale.Parmi les phénomènes, citons brièvement: 1° Toutes les malformations squelettiques, telles que déviation de la cloison, épaississement de son pied, éperons et crêtes, synéchies.Ajoutons l'atrésie des fosses nasales ou un canal naso- frontal insuffisamment perméable.2° Toutes les dégénérescences de la muqueuse, soit oedémateuse soit hyperplasique.À ce rang, nous classons les rhinites hypertrophiques avec gros cornets et les polypes.Ces lésions sont le résultat d\u2019atteintes morbides répétées.3° Les lésions d\u2019atrophie telles que l\u2019ozène ou rhinite atro- phique.4° Les irritations sans cause apparente: a) sinusites latentes, où il n\u2019y a aucune suppuration apparente, mais qui ont tous les symptômes d'une sinusite aiguë; b) le Vacuum sinus (frontal) où 1l y a raréfaction de l'air intro- sinusien et léger affaissement de ses parois provoquant de la 310 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU compression intra-sinusale et du tiraillement extra-sinusal, en particulier sur le muscle grand oblique de l'oeil, d\u2019après la théorie de Sluder.Récemment l\u2019on vient de prouver (Worms, Leroux-Robert) que les symptômes dus au vacuum sinus seraient attribués à un oedème angio-neurotique de la muqueuse de l\u2019antre frontal.On aurait fait des prélèvements de cette muqueuse sinusale et le microscope, la découverte histo-pathologique.La céphalée dans ces cas serait alors due à un phénomène de congestion sinusale s'étendant à un territoire environnant non encore très déterminé.Parmi les causes d'ordre général à retentissement nasal, nous avons les troubles endocriniens (thyroïde, ovaires, surrénales) les troubles rénaux surtout où 1l se produit de la rétention d'eau dans les tissus soit par insuffisance sécrétoire soit par chlorhémie, les insuffisances cardiaques et les hypertensions, les troubles digestifs d'origine solaire ou ayant une répercussion sur celui-ci.Il y a aussi les différentes anaphylaxies aux poussières, aux aliments ou aux médicaments.A toutes ces différentes épines irritatives, il faut presque toujours un terrain prédisposé, préparé d'avance.Il faut qu'il y ait en quelque part de l'organisme un manque d'harmonie, un déséquilibre ou même un équilibre instable de son système vague ou sympathique.Dans la plupart des céphalées d'origine nasale, 11 y aura tendance vers la sympathicotonie ou la neurotonie.DIAGNOSTIC.Le diagnostic d\u2019une céphalée d'origine nasale est assez délicat.L'interrogatoire du malade doit porter sur son état général, sa pression sanguine, ses différentes fonctions.Nous y trouverons d'excellents renseignements tant au point de vue de leur nature que de leur répercussion à distance sur le nez.Il s'agit d'éliminer les effets à distance d'une albuminurie, d'une chlorhémie.Ie nez LES CÉPHALÉES D'ORIGINE NASALE 311 agit dans ces circonstances comme un émonctoire complémentaire afin de libérer un organisme intoxiqué et dans l'hypertension, le nez a un rôle congestif de compensation.Ces céphalées sont produites par les troubles secrétoires ou circulatoires du nez et relèvent de ces causes générales.N'oublions pas aussi le Wassermann.Les éléments qui aideront à faire le diagnostic d\u2019une céphalée nasale sont l\u2019interrogatoire sur les antécédents d'affection nasale, l'examen nasal et sinusal, la recherche de certains points douloureux, la cocaïnisation du sphéno-palatin.L'interrogatoire du patient nous renseignera sur la fréquence de coryzas, la sensation de nez bouché, si cette obstruction est tantôt alternante d'un côté puis de l'autre, etc.Renseignons-nous s\u2019il y a concordance ou alternance entre ces céphalées et différents troubles tels que éternuements, hydrorrhée nasale, obstruction, rhinite à bascule, vertiges, asthme.Tout ceci est important car la céphalée relèvera d'un trouble nasal à caractère secrétoire ou congestif.Reste l'examen du nez.Après avoir éliminé toute épine irritative locale, il nous reste à apprécier la sensibilité de la muqueuse.Sous le contact d'un stylet explorateur, comment réagit la muqueuse?Devient-elle plus douloureuse ou a-t-on de la douleur à distance, en touchant certains points, tels que la cloison en haut et en bas, cornet moyen, tête et queue; en touchant ces différents points déclenche-t-on une réaction sympathique telle que larmoiement ou injection conjonctivale, sécrétion nasale, gonflement des cornets?C\u2019est le test du réflexe naso-facial.Toutes ces choses sont assez importantes car si on les trouve nous sommes déjà sur un terrain sensibilisé d\u2019avance a toute cause irritante.De même que l\u2019attouchement de ces différents points et en particulier celui de la queue du cornet moyen peut déclancher une douleur ou une réaction et permet de faire le diagnostic probable d'une céphalée nasale, de même également mais à l'inverse, une anesthésie à la cocaïne de ce même point entraînant la disparition de la 312 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU douleur ou de la céphalée pourra induire à l\u2019étiologie nasale de cette céphalée.C'est le test de la cocainisation.Cette cocainisation agit sur le ganglion sphéno-palatin.Il y a aussi la recherche du point douloureux d'Ewing par la pression au-dessus de l'angle interne de l'oeil au niveau de la poulie du grand oblique.À la présence de ce signe même sans trouble nasal apparent, mais associé à de la céphalée, nous pouvons penser que cette céphalée est due à un trouble neuro-vaso-moteur de l'étage moyen des fosses nasales.TRAITEMENT.Il sera médical ou médico-chirurgical, suivant qu\u2019il y aura ou non présence d'épine irritative locale.Le traitement chirurgical visera à l'ablation de tout ce qui est obstacle (crête, déviations, épaississement), de ce qui comprime ou de ce qui est hyperplasié et dégénéré (gros cornets, queue de cornet, polypes).En plus de la disparition de ces entités morbides, l'acte chirurgical provoque également la section multiple de ramifications nerveuses sympathiques ou sensitives venant du sphéno-palatin, ce qui obtient dans de très nombreux cas, la sédation des troubles.Au moment où les patients viennent consulter, le traitement est pratiquement toujours d'ordre chirurgical.C\u2019est ce à quoi les patients s'attendent le plus, quand ils rendent visite aux spécialistes.Cela en est preque devenu un adage.Cela pourtant s\u2019explique.En effet, je m'imagine difficilement une muqueuse nasale qui ne serait pas hyperplasiée après avoir souffert d\u2019affections nasales pendant toute une enfance et une partie de son adolescence quand ce n\u2019est pas plus.Cette muqueuse hyperplasiée, si elle n'était pas un peu ou trop dégénérée, si elle ne manquait pas de tonus, seul un traitement médical suffirait.Mais ne réagissant plus aux constricteurs ou si peu que ce n'est pas la peine d'en parler, cette muqueuse pathologiquement flasque ne peut être traitée que chirurgi- calement, et voilà pourquoi tant de clients sont opérés et souvent malgré nous, malgré le conservatisme qui nous anime.Ce traitement chirurgical sera toujours associé à une traitement médical. LES CÉPHALÉES D'ORIGINE NASALE 313 NS NAN 4 = Le traitement médical verra à désintoxiquer le malade de son albuminurie, de sa chlorurhémie; il verra à le désensibiliser de son irritabilité exagérée; il verra à normaliser sa circulation et sa perméabilité rénale.Traitons également l\u2019état endocrinien (ovaires, thyroïde).Il considérera son état neuro-sympathicotonique et il fera appel aux sédatifs, aux antispasmodiques ou aux constricteurs (adrénaline, éphédrine).N\u2019oublions pas aussi le rôle des substances agissant plus directement sur le sympathique ou le vague.Chacun connaît le rôle de l\u2019atropine.Il y a également celui de la pancarpine ou de la pilocarpine.Avant de se servir de ces substances demandons-nous si le patient souffre d\u2019une irritation de son sympathique ou d'une insuffisance du vague entraînant la balance du côté sympathique.Contre une atonie légère et récente de la muqueuse nasale sans obstacle mécanique, se servir de constricteurs adrénaliniques ou éphédrinés; il y a également le massage des cornets par les canules du Dr Gauthier (France), excellent moyen mécanique et physique sans aucun danger de détérioration ou d\u2019altération.Ce moyen m'a donné jusqu'ici de très bons résultats.a Contre l\u2019hyperesthésie, les pommades à la cocaine ou au menthol, la diathermie par effluvations et quelquefois les cautérisations punctiformes et superficielles.Je ne puis ici donner de formules d'ordonnances ni de techniques.T'out ceci, on les trouve dans les auteurs spécialisés en la matière.Il me reste maintenant à résumer brièvement, et à conclure.1° Dans toute céphalée d'origine nasale, 11 y a un terrain neuro- sympathicotonique prédisposé à l'irritabilité.2° Il y a irritabilité ou déséquilibre du système trigémello-sym- pathique du nez et enfin 3° Il y a une cause génératrice locale ou à distance de troubles irritatifs sur la pituitaire et son système neuro-vasculaire. 314 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU ~~ Nous pouvons donc dire que cette céphalée d\u2019origine nasale est l'expression de la souffrance du trijumeau et du sympathique nasal et qu'elle est d'ordre neuro-vaso-moteur.Je termine en m'excusant de toutes les lacunes que cet article pourrait contenir et j'espère que, sans avoir trop dit, il ait dit assez.À titre d'élève et assistant, je tiens également à remercier M.le docteur Georges Badeaux pour la direction toujours empressée, généreuse et avisée qu'il me témoigne en toute circonstance et particulièrement dans le choix de cet article.BIBLIOGRAPHIE : LAURENS: Précis d'oto-laryngologie.BONNIER : Réflexothérapie.Centrothérapie.LEPRINCE: Réflexothérapie.FISHER: Notions séméiologiques d'oto-rhino-laryngologie.HIRSCH: Céphalées et algies cranio-faciales d\u2019origine nasale (thèse de médecine 1929).SLUDER: Nasal neurology of headaches and eye disorders.MARTINET: Diagnostic clinique.P.M.C.: Edition 1931.GUILLAUME: 1° Neuro-sympathicotonies \u2014 2° Le sympathique et les systèmes associés.SEGAR: Consultaire.LAURENS: Chirurgie.BOLOTTE: Insuffisance nasale respiratoire \u2014 Pratique médicale illustrée.TESTUT: Traité d'anatômie. ANTONY VAN LEEUWENHOEK 315 Trois grands micrographes du dix-septième siècle : LEEUWENHOEK, MALPIGHI et SWAMMERDAM Par le docteur LEO PARISEAU, Radiologiste de l\u2019Hôtel-Dieu.NOTE DE LA RÉDACTION: A l\u2019occasion du récent congrès de l\u2019'ACFAS, tenu en octobre dernier, il y eut, comme chacun sait, une belle exposition des travaux présentés par les « Cercles des Jeunes Naturalistes », au Collège Notre-Dame.\u2014 La séance inaugurale eut lieu le soir du 21 octobre, et les organisateurs avaient fait à notre camarade Pariseau le grand honneur de lui demander une conférence sur un sujet historico-scientifique.Voici, reproduite intégralement, l\u2019une des trois esquisses biographiques brossées par M.Pariseau.ANTONY VAN LEEUWENHOEK Nos yeux \u2014 tant ceux de notre ame que ceux de notre corps \u2014 sont bien imparfaits.Ils voient mal ce qui est très près comme ce qui est très loin.Par bonheur il se trouvera toujours des êtres à vision surhumaine pour percevoir les choses que nous méconnaissons, nous les signaler et nous les faire aimer.Les grands savants, les grands philosophes, les grands saints et les grands artistes ont de ces yeux-là.L'an 1632, à Delft en Hollande, naquirent deux hommes qu'il faut classer parmi les plus illustres voyants des temps modernes.L'un se nommait Jean van der Meer (ou Vermeer), l\u2019autre, Antony van Leeuwenhoek.Vermeer, vous le connaissez, je pense.Vous savez qu'il s'appliqua à dépeindre \u2014 avec quel art exquis ! \u2014 la maison, le jardin, la courette, la cuisine, les animaux domestiques et les gens simples.Où d'autres ne voyaient que banalité, il découvrait, lui, la Beauté.Mais il faut bien dire qu'il n'était pas seul à faire des découvertes 316 LE JOURNAL DE L'HOTEL-DIEU AL mL HI dans le monde des choses trop rapprochées, trop familières.D'autres peintres lui disputaient cet honneur.Seul de son espèce, Leeuwenhoek consacra sa longue vie à l\u2019observation du tout petit, de l\u2019invisible.Armé de loupes comme on n\u2019en avait jamais eues, il vit des choses que l\u2019oeil de l'Homme n'avait jamais entrevues, Il en vit partout, et tant, et de si diverses, qu'il s\u2019avéra bientôt qu'il avait découvert tout un monde.Je voudrais vous raconter \u2014 oh ! très brièvement \u2014 la vie féconde de ce Christophe Colomb de la Science.Il naquit à Delft le 24 octobre 1632.Son père était un homme obscur; sa mère appartenait à une famille de brasseurs assez cossus.Le jeune Antony paraissant prédestiné au commerce, on ne lui imposa point de fortes études.Il ne connut jamais d\u2019autre langue que le hollandais.Aussi bien, quand lui vint la célébrité, dut-il confier à des amis plus instruits que lui le soin de traduire ses écrits en latin, afin qu\u2019ils pussent se répandre à travers le monde savant.Dès qu'il eut seize ans on l'envoya à Amsterdam, en apprentissage chez un marchand-drapier.Il y resta plusieurs années, et il eut l'avantage d'y rencontrer des jeunes gens plus instruits que lui, tel ce Jean Swammerdam dont je vous parlerai tout à l\u2019heure, lui ayant consacré l'un des panneaux de mon triptyque.En ces temps-là, le climat de culture de la Hollande était excellent.Ce tout petit pays constituait peut-être le foyer d'art et de science le plus intense qui fût au monde.Après six ans passés dans une excellente ambiance, le jeune homme revint à Delft.Désormais il ne quittera plus sa ville natale.Pendant soixante-dix ans il y travaillera sans presse mais sans relâche, tâchant à voir quelque chose là où l\u2019on ne soupçonnait rien.Il se maria en 1654.Cette année fut fatidique pour sa ville et sa patrie autant que pour lui.Le magasin aux poudres de Delft sauta, et les morts se comptèrent par centaines.D'autre part, c\u2019est en 1654 que la Hollande fit la paix avec l'Angleterre. ANTONY VAN LEEUWENHOEK 317 AUS NES DS NS SSD NON Leeuwenhoek eut cinq enfants de sa première épouse, et sa seconde lui en donna un autre.À l\u2019exception d'une fille qui devait soigner sa vieillesse et lui fermer les yeux, tous moururent en bas âge.Peu après son premier mariage, notre homme s\u2019'acheta logis- boutique et se mit pour son compte dans le commerce qu'il connaissait bien.En 1660 le jeune marchand fut nommé fonctionnaire municipal.Son titre et ses fonctions ?« Chambellan de la chambre et du conseil des honorables greffiers de Delft.» « Marchand-drapier, gratte-papier, double rond-de-cuir », direz-vous.Oui; et les fonctions d\u2019arpenteur et de jaugeur qui lui échurent par surcroît n'étaient pas de celles qui pouvaient faire reculer très loin ses horizons.\u2018Treize ans durant, de 1660 à 1673, Antony bricola sans bruit.Il fabriquait des loupes et les braquait sur tout, au grand amusement des badauds.Et puis, un beau jour, il fut présenté à la Renommée, qui daigna lui sourire.Apprenez comment les choses se passèrent.La Royal Society venait d'être fondée en Angleterre, pour l'avancement des sciences, comme disait sa charte.Sans tarder on s'était mis à la recherche des chercheurs de tous les pays.L'un des correspondants hollandais de la société se nommait Régnier de Graefe.Le jeune mais déjà célèbre docteur, qui avait entendu parler des travaux de son concitoyen, voulut lui rendre visite.Il admira les microscopes façonnés par le naturaliste-amateur, et plus encore les formes étonnantes qu\u2019ils révélaient.Il envoya donc aux membres de la Société Royale une lettre dont j'extrais le passage le plus important: « Afin qu'il vous apparaisse clairement que les humanités et les sciences n'ont pas été chassées de notre pays par le fracas des armes, je vous écris pour vous dire, messieurs, qu'il y a ici un homme très ingénieux nommé Leeuwenhoek qui fabrique des microscopes bien plus \u2018puissants que ceux que Eustachio Divini et 318 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU Nr Cr rm eo Tee ee autres ont pu réaliser.La communication ci-jointe, dans laquelle il décrit certaines choses qu\u2019il a observées avec plus de précision que ses prédécesseurs, vous servira d\u2019échantillon .Et si elle vous plaît, et si vous voulez mettre à l'épreuve les talents de cet homme extraordinairement diligent, veuillez donc lui envoyer une lettre contenant vos suggestions, Ne manquez pas de lui poser maintes questions difficiles sur le sujet qui l\u2019intéresse.» Mais de Graefe n\u2019était pas le seul qui appréciat les talents de cet investigateur.Vers le même temps Robert Hooke, un membre de la Royal Society, recevait de Sir Constantijn Huygens, père de l'illustre physicien, un billet dont j'extrais ce qui suit: « Monsieur .Notre brave concitoyen Meynheer Leeuwenhoek est un homme peu versé dans les sciences et dans les langues, mais il est par nature curieux de tout et très laborieux .J'espère que les trouvailles d'un chercheur aussi patient vous plairont.Sachez qu\u2019il a le souci constant de soumettre ses expériences et ses spéculations à la censure de ceux qui savent.» Sir Constantin se faisait un peu illusion quant a la docilité de son protégé.S'il avait celle du respect, Leeuwenhoek n'avait pas la bosse du conformisme.Oyez ce qu'il répondit au secrétaire de la Société Royale, qui lui conseillait de consulter des savants officiels: « Votre Excellence me recommande de recourir aux lumières de ceux qui sont capables de se prononcer sur ces questions.Monsieur, je dois vous dire qu'il y a dans ma ville bien peu de personnes en état de m'aider; et parmi ceux qui me viennent de l'étranger, J'ai constaté qu'il s'en trouve qui sont plus pressés de se parer de mes plumes que de me tendre une main secourable.» Quoi qu\u2019il en soit, la docte académie se rendit bientôt compte que le drapier de Delft était plus qu'un vague autodidacte à qui les pontifes pouvaient faire la leçon.Finie la période du noviciat scientifique ! En 1680 un parchemin venu de Londres reconnaissait que le protégé était passé maître.Les sociétaires eurent la délicatesse de rédiger leur diplôme en langue hollandaise, n'ayant garde d'oublier que le récipiendaire ignorait le latin, que tous les gens tant soit peu instruits parlaient alors assez couramment.ln i EE 00 ec ANTONY VAN LEEUWENHOEK 319 Leeuwenhoek répondit en termes émus, et son accusé de réception se terminait par ces mots empreints d'une belle candeur: « Je vous recommande, très nobles gentilhommes, à la miséricordieuse protection du T'out-Puissant.» Mais ce sont les autres lettres de Leeuwenhoek que je devrais lire ici, ce soir: celles où il décrit ses trouvailles, Impossible, Il a en a trop et il y parle de trop de choses.Quelques images, tantôt, vous mettront en mémoire les hauts faits de notre savant.Il se révélera à vous comme les choses se révélèrent à lui: par le jeu des ombres et des lumières.Les honneurs des journaux savants et des recommandations venant de Londres ou de Paris valurent à Meynheer Antony, à défaut de la gloire que nous lui accordons, une très grande popularité.Or, comme a dit je ne sais plus quel homme d'esprit, « la popularité, c\u2019est la gloire en gros sous ».Le micrographe de Delft ne tâta donc, sa vie durant, que des gros sous.Mais quels sous, et combien nombreux! Il reçut la visite d'un roi et d'une reine d'Angleterre, d\u2019un empereur d'Allemagne, d'un tsar de Russie.Sans parler des innombrables « curieux de la Nature » qui assiégaient sa maison.Ces visites l'importunaient, et sa correspondance le laisse voir.Quelques-unes cependant ne pouvaient manquer de flatter son amour-propre.C\u2019est ainsi qu'au cours d'un voyage en Hollande, Pierre le Grand, après avoir parcouru l'arsenal de Delft, projeta de se rendre incognito chez Leeuwenhoek; les importunités de la foule l\u2019en ayant empêché, il invita le savant à venir lui montrer ses merveilles.Notre virtuose de la loupe fit voir au tsar, entre autres choses, la circulation du sang dans la queue d\u2019une petite anguille.Trois heures d'affilée le Maître de toutes les Russies voyagea dans le monde des infiniment petits, et la chronique nous apprend qu'il goûta fort son aventure.Drôle d'homme que ce Pierre Ier.T'errifiant et séduisant tout à la fois.Il paraît que sa curiosité était insatiable et qu'à tout 320 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU moment lui venaient à la bouche les mots: « Dat wil ik zien » \u2014 Je veux voir ça.Laissons là le tsar.Vous désirez plutôt savoir quelle espèce d'homme était notre chercheur de petites bêtes.Il était peu cultivé, je vous l'ai dit.Des chapitres entiers du livre de la Nature lui restaient fermés; qu'importe, du reste, puisque de sa propre main il devait rédiger un chapitre entièrement nouveau.Sa curiosité n'avait d\u2019égale que sa persévérance.Dénué de tous les artifices, il s'épanchait dans toutes ses lettres, y versant pêle-mêle de vaines spéculations et des hypothèses inacceptables en même temps que les fruits dorés de ses observations.Il était très habile de ses mains, et construisit, sans aide, Dieu sait combien de microscopes qui surpassaient tout ce qu\u2019on avait pu faire avant lui, Et ses yeux n'étaient pas moins exceptionnels; jusqu\u2019à l\u2019âge de 78 ans son acuité visuelle demeura bien au-dessus de celle du commun des mortels.Comme 1l voyait ce que d\u2019autres n\u2019arrivaient pas toujours à entrevoir, 1l fut souvent traité de visionnaire.On ne se gênait point pour tourner en ridicule ce bonhomme qui prétendait que les mouches ont des milliers d'yeux, que tout un peuple d\u2019animalcules peut s'ébattre à l'aise dans une gouttelette d\u2019eau, et que d'innombrables petits vers grouillent dans la bouche d\u2019un homme bien portant.Devant ces doutes Leeuwenhoek se cabrait, et il lui arrivait de fermer sa porte au nez de ceux qui trahissaient une trop vaine curiosité ou qui faisaient étalage de leur scepticisme.Le plus souvent, cependant, il se mettait en quatre pour démontrer à ses visiteurs que ce qu'il avait décrit n'existait pas que dans son imagination.La vieillesse du savant ne fut point trop pénible.Ses membres le trahirent, mais ses yeux le servirent jusqu'au bout. SN ANTONY VAN LEEUWENHOEK 321 En 1716, alors qu\u2019il était dans sa quatre-vingt-quatrième année, il se vit décerner une médaille par l\u2019Université de Louvain.Si cette distinction lui procura grand plaisir, elle ne lui fit pas oublier sa chère marraine de Londres.Croyant sa mort prochaine il écrivit une lettre dont je veux citer les passages les plus touchants.« Voici mes dernières observations, honorables messieurs », dit Leeuwenhoek .« Mes mains sont faibles et tremblent un peu, car j'ai maintenant quatre-vingt-cinq ans.Ce que je vous envoie témoigne de ma profonde reconnaissance à vous qui avez eu la bonté de m'élire, et de me décerner des titres bien au-dessus de mes mérites ».L'illustre vieillard dont le regard si pénétrant avait découvert tant de choses insoupçonnées, ne pouvait sonder l\u2019Avenir.Six ans encore il devait survivre à ce testament, et il était écrit que la Société Royale recevrait de lui vingt autres communications.L'une d'elles rappelle qu'il vient d'atteindre « la fin de son automne », puisqu'il a plus de quatre-vingt-huit ans.Dans une autre, écrite trois mois plus tard, son indéfectible optimisme se révèle égal de son inlassable curiosité.« Je me propose y, écrit-il, « de faire un examen plus approfondi de ces choses merveilleuses, pour mon plaisir ».> Trois autres années s'écoulent.Leeuwenhoek écrit encore une fois a ses protecteurs, mais il ne peut faire plus que se rapporter vivant, et parler de ses infirmités.Son oeil droit commence a lui faire défaut.(Dame! il a 91 ans.) .Et son diaphragme fonctionne mal.(Les médecins ont parlé du coeur, mais leur patient pense autrement, parce que son pouls n'a jamais fléchi pendant les accès).Nouvelle communication sur le diaphragme (le sien, pourrait- on dire) en mai 1723.En août, rechute.La crise est plus forte, c'est bien la fin.Le vieillard n'a plus d'illusions, mais il reste jusqu'au bout fidèle à sa grande amie la Nature.Trois jours avant sa mort il dicte un rap- 322 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU NS NS SN NS SN ee a Ne SAT Yaa Va port d'expert sur des échantillons de sable présumé aurifère qui lui ont été soumis par un haut fonctionnaire de la Compagnie des Indes-Orientales.Et puis, dans un geste infiniment las, il laisse tomber sa loupe pour ne plus la reprendre.Reste un dernier devoir envers les hommes.Il appelle à son chevet le docteur Hoogvliet et le prie de traduire en latin deux billets qu'il destine à ses collègues du monde savant.Nous savons par cet ami du dernier jour que l'agonie était commencée quand le vieux micrographe lui réclama ce petit service.Le reste n'appartient pas à l'Histoire.Que se passa-t-1l dans la conscierice de cet homme que la Lumière avait si bien servi quand il aperçut, par la fenêtre grand ouverte, la Lumiere qui fuyait?Son âme cria-t-elle, bien avant Goethe, le sublime « Licht! licht! mehr licht » ?.Mystère.Tout ce que je sais et puis dire, le voici: c'est le 26 août 1723 que les yeux limpides d'Antony van Leeuwenhoek se détournèrent des spectacles de ce monde pour se poser, confiants, sur la face auguste de Dieu.Le pasteur Gribius, qui lui tenait la main au moment suprême dit que notre héros mourut d'une maladie pulmonaire La pneumonie des vieillards, tout probablement.Dans une lettre écrite peu après à la Société Royale, Gribius annonçait qu'on enverrait sans retard, conformément aux dernières volontés du mort, un coffret contenant quelques-uns de ses meilleurs microscopes.Ce fut la fille du savant, la bonne vieille Maria, qui s\u2019acquitta de ce pieux devoir.La lettre qui accompagnait le cadeau mérite plus qu'une simple mention.En voici les passages les plus saillants: « Très excellents seigneurs \u2014 Immédiatement après la mort de mon bienaimé père, j'ai pris soin de vous faire assavoir ma perte pe 7 ex = Be RS a se se eR 3 Sa pe A Ex i 8 po Jo SIA 2 sa # RY EN i a AA 5 = ie i LR ¥ ro 7 æ > Re.yd 1 FH 5a 2 2 a a ç os es 5 os 7 Ha TE, 34 ses ye?À # $50 St Re Sa + f, 2 or i ES 2 4 3 4 Le or 7 Re = ae 3; f es > 5 oF @ 7, & 2% Fa ini, Lg Z \u201c3 Pe #.Le ps Re 2 UE PRE & 2% 7 7) Vz ih Ko 2e ey 4: à $ ze se w KZ \u201c A NTO Yak LEEUWENHOEK Lok FAR wy RORMINUHLY ROLE TES iN LFW DON + > À oA wt) Gr ar Sn pe Sg Te a Sri 2, 5.ate as \u201coe &r ERS IE a of ps sen syn \u201cÀ.oe LE es log Ns 8 ae aie pies nel à À 1 ÿ Lee me, A s Lion AN Æ RÉ 720 23 5 EEE FS 324 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU par l'entremise du révérend pasteur Gribius.Voici maintenant le coffret qu'il vous \u2018promettait .Il renferme six et vingt verres grossissants dans leurs étuis.C\u2019est vraiment un piètre cadeau à faire à une Académie si célèbre.» Bien au contraire, c'était un cadeau magnifique que celui-là.[Imaginez un petit musée rétrospectif où l\u2019on retrouverait les outils de travail des savants et des inventeurs les plus illustres du dix- septième siècle.On y verrait, entre autres choses, l\u2019électroscope de Gilbert, les pompes pneumatiques de Boyle, les baromètres de T'orricelli et de Pascal, la trousse à dissections de Harvey, la lunette de Galilée et vingt autres appareils que l\u2019on pourrait appeler: des machines à changer la face du monde.Certes, le conservateur d\u2019un tel musée se sentirait riche à millions.Mais j'ose affirmer que tant de trésors le laisserait inassouvi et malheureux s\u2019il manquait à sa collection l\u2019un des microscopes qu\u2019Antony van Leeuwenhoek construisit de ses propres mains.En doutez-vous, Mesdames et Messieurs .Alors permettez- moi de projeter sur l'écran quelques images qui vous feront voir ce que les yeux du prince des micrographes ont vu, il y a plus de 250 ans.Vingt images furent projetées; le soir de la conférence.Le journal n'en peut reproduire que trois.C\u2019est la crise! À défaut, je vais essayer de donner à mes lecteurs une faible idée de la partie iconographique de mon travail.Les portraits de Leeuwenhoek.Presque tous dérivent d\u2019une toile peinte par Verkolje en 1686.J'ai choisi pour le journal une gravure mezzo-tinto exécutée par le peintre d'après son tableau (Voir figure 1).Noter que le savant tient dans sa main gauche l\u2018un des microscopes qui lui ont permis de faire ses grandes découvertes. > + Bt, a 3 À > ot ral 2 > 5 pe ar SMS Se La + A 0.BE a x + as ca A 4 tx i F bec oe Id Ce dessin a été exécuté par Dobell (voir bibliographie) d\u2019après un microscope construit par Leeuwenhoek lui- méme.Mais Dobell a fait quelques retouches, afin que l\u2019on puisse considérer son schéma comme une synthèse des différents modèles qui nous sont parvenus. 326 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU Les microscopes de Leeuwenhoek.Dans un récent ouvrage intitulé « Man versus Microbes », un certain Nicholas Kopeloff écrit ce qui suit à propos de notre savant: « But what was the magnification obtained with the simple lens, however perfect, compared with a combination of lenses ?(sic) It was this ingenious idea which won for him the title of Father of Microscopy .He set two minutes lenses between metal plates and brought into focus a new world ».L\u2019auteur de ce qui précède se trompe absolument.Le microscope à lentilles multiples, le microscope « composé » était connu dès avant la naissance de notre savant, et celui-ci le dédaigna toujours.Comme on pourra s\u2019en rendre compte par l'examen de la figure 2, les microscopes de Leeuwenhoek ne comportent qu\u2019une seule lentille, \u2018l\u2019\u2019, sertie entre deux plaques de métal.La mise en place de l\u2019objet, monté sur un fragment de mica affixé à la pointe mobile, se faisait en maniant la tige 1 (ou 4) pour les déplacements en hauteur, et en faisant osciller le système autour de l'axe \u2018\u2019S\u2019\u2019 pour les déplacements horizontaux.La mise au point s'opérait en agissant sur la vis\u2018\u20182\u2019\u2019.Le grossissement pouvait atteindre 200 diamètres avec des lentilles à très court foyer.C\u2019est avec cet instrument très simple, mais supérieur par son optique à ce que l\u2019on avait réalisé jusqu\u2019alors, que notre savant a pu voir et décrire les globules du sang, les spermato- zoides, les infusoires et.tenez-vous bien \u2014 les microbes ! Le soir de la conférence j'ai fait voir la figure d\u2019un autre microscope dont se servait Leeuwenhoek pour certains examens plus élaborés: circulation du sang, etc, etc.L\u2019oeuvre écrite de Leeuwenhoek et ses illustrations.Les éditions hollandaises, latines, anglaises et françaises des lettres du savant sont nombreuses.Grâce à l\u2019obligeance de mon ami le docteur W.W.Francis, l\u2019érudit conservateur de la bibliothèque léguée par Sir William Osler à l'Université McGill, j'ai pu photographier sur place les frontispices et les principales illustrations des vieilles éditions mentionnées plus loin, dans ma bibliographie.Mais 1l en coûterait trop cher pour reproduire tout cela dans notre \u2014 a ANTONY VAN LEEUWENHOEK 327 IAN AAA journal, et l'on devra se contenter d'une seule planche, la plus célèbre de toutes, Découvrir les infusoires et devenir du fait l\u2019ancêtre de tous les protistologues, c'était bien plus qu'il n\u2019en fallait pour être immortel.Notre homme fit mieux; il découvrit les microbes.C\u2019est lui et non Athanase Kircher qu\u2019il faut considérer comme le Père de la Bactériologie.Notre figure 3 accompagne la mémorable lettre dans laquelle Leeuwenhoek décrit certains \u2018\u2018animalcules\u2019\u2019 qu\u2019il a trouvés dans la salive humaine.Sans aucun doute il a vue des YA eee D \u2014\" \u2014 bactéries! \u2014 En \u201cA\u201d un bacille qu\u2019il n\u2019est pas possible d\u2019identifier.En \u2018B\u2019\u2019 le selenomonas sputigena dont la trajectoire en cours d'examen est indiquée par la ligne pointillée \u201cCD\u2019\u2019.\u2014 En \u201cFE\u201d des microcoques quelconques.\u2014 En \u2018F\u2019\u2019, le leptothrix buccalis.\u2014 En \u201cG\u201d un gros spirdchete. 328 LE JOURNAL DE L\u2019HÔTEL-DIEU BIBLIOGRAPHIE CLIFFORD DOBELL \u2014 « Antony van Leeuwenhoek and his \u2018\u2018little animals\u2019.published on the 300th anniversary of his birth » (Harcourt Brace and Company, New York, 1932).C\u2019est dans ce magnifique ouvrage de plus de 400 pages que j'ai puisé presque tous mes renseignements.On pourrait reprocher à l'auteur de s\u2019en être tenu aux seuls travaux de L.qui soient susceptibles d\u2019intéresser les protistologues et les bactériologistes.Mais son étude biographique et ses traductions de certaines « Lettres » resteront classiques.HENRY BAKER.\u2014 « The microscope made easy ».(London, 1754).BAYLE ET THILLAYE.\u2014 « Biographie Médicale ».(Paris, Delahay, 1855).VICTOR CARUS.\u2014 « Histoire de la- Zoologie ».(Traduction Hagenmuller, Paris, 1880).REGINALD CLAY AND THOS.COURT.\u2014 « The history of the Microscope ».(London, Chas.Griffin, 1932).NICHOLAS KOPELOFF.\u2014 « Man versus Microbes ».(Garden City.N.Y., 1930).WM.A.LoCcY.\u2014 « The Story of Biology ».(Garden City, N.Y., 1925).P.E.LAUNOIS, \u2014 « Les Pères de la Biologie ».(Paris, Naud, 1904).PANCOUCKE.\u2014 «Biographie Médicale ».(Paris, 1822).SIR BENJ.WARD RICHARDSON, \u2014 « Disciples of Aesculapius ».(London, Hutchison © Co., 1900).CHARLES SINGER.\u2014 « Histoire de la Biologie ».(Traduction Gidon.Paris, Payot 1934).Tous les ouvrages sus-mentionnés sont dans ma bibliothèque.J'ai consulté à l\u2019Université McGill les éditions suivantes des Oeuvres de Leeuwenhoek.OEUVRES.En hollandais.5 vols.Leyde et Delft, 1685-1718.« Continuatio arcanorum Naturae detectorum .etc.» (Delft, 1697).« The select works (of Leeuwenhoeck) containing his Microscopical Discoveries .+.Translated by Samuel Hoole.» (London, 1800).Post scriptum, \u2014 Mes monographies sur Malpighi et Swammerdam ne seront point publiées dans le Journal de l'Hôtel-Dieu.Je les réserve pour un livre que devrait paraître au cours de l\u2019année 1936.Léo-E.Pariseau. POUR VOUS, GOURMETS 329 Ae CN A AAA POUR VOUS, GOURMETS Par le docteur LEOPARD, Médecin de l\u2019Hôtel-Dieu.NOTE DE LA RÉDACTION.\u2014 Nous avons laissé imprimer dans le No 3 de la présente année des vers de notre distingué collaborateur le docteur Léopard.Un seul lecteur s\u2019est déclaré « scandalisé y.Enquête faite il se découvre que ce bonhomme est un abominable tartuffe et qu'il est, par surcroît, l'ennemi juré de notre grand poète.Pour montrer le peu de cas que nous faisons de telles protestations, nous rouvrons nos colonnes au docteur Léopard.La recette qui suit est inédite.Elle fut composée à l'occasion d\u2019un diner offert par l'auteur à ses camarades du groupe de « La Fourchette Joyeuse ».RECETTE POUR FAIRE DES \u201cOISEAUX SANS TÊTE\u201d Au docteur Edouard de Pomiane, illustre médecin-gastronome.Procurez-vous du veau qui ne soit point mort-né, À ce choix, cependant, personne n'est borné; Mieux que du méchant veau du bon boeuf fait l'affaire, Et l'important, en somme, est de savoir quoi faire.Coupez votre « bidoche » en lanières très minces, Grandeur quatre par deux.Et puis, augustes princes, Sachez que vos morceaux, taillables à merci, Doivent, pour leur bien même, être battus aussi.Pour les battre employez le rebord d'une assiette.Dites, tout en battant: « À devenir paupiettes Vous êtes condamnés, mais en plus d'être arcis, * * ARCIS, dérivé de ardere, je suppose .« Etre ars et bruslé », dit quelque part notre Rabelais .Si j'ai bonne mémoire, la rue St-André des Arts, à Paris, | s'appelait auparavant la rue St-André des Ars, en souvenir d'un incendie terrible C où il y eut beaucoup de morts. 330 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU SAAS +.Pour notre bon plaisir vous serez tous farcis.» Avant de prononcer la sentence terrible, S'assurer qu'une farce est vraiment disponible.On en fait de très bonne avec du porc haché, Des pommes ou du pain, le tout bien rabâché.Au succulent mélange, en guise d\u2019aromate, S\u2019ajoutent céleri, poivre, persil, tomate.Il n\u2019est pas de rigueur que tout cela soit cuit, Mais on sait qu\u2019en cuisine « abondance ne nuit y.Ainsi donc laisser frire au moins un bon quart d\u2019heure.Dans une poêle où l\u2019on a fait fondre du beurre.Lors donc que vous avez sous la main votre farce, Soumise, prête à tout comme une simple garce, Et vos morceaux de veau encor tout pantelants D\u2019avoir été battus.avec les gestes lents D'un bourreau coréen vous roulez vos paupiettes Comme après un repas on roule les serviettes.Le veau se débattra, cherchant à se détendre: La farce voudra fuir, mais craignez d'être tendre.Pour mieux les contenir, bardez-les de gros lard Ou de bacon fumé.\"Transfixez-les d'un dard Que vous improvisez avec un cure-bouche, Ou bien ficelez-les.Qu'aucun cri ne vous touche ! ANTONY VAN LEEUWENHOEK 331 SNS COS ENS Après quoi, frémissants d\u2019un sadique plaisir, Laissant là vos paquets, vous les faites saisir Par le chef-rôtisseur, sa femme ou sa .cocotte, Et les faites jeter dans un pot dit « cocotte ».En voilà bien assez.Vous vous imaginez À combien de tourments ces malheureux damnés Peuvent être soumis.C\u2019est ainsi, par exemple, Qu'on les fait.« revenir », et puis qu'on les contemple En train de grésiller.Ceci fait, froidement L'on doit lâcher ces mots: « Je veux qu\u2019à ce tourment Par le feu, l\u2019on ajoute un bon ébouillantage Avec du bouillon gras.» \u2014 N'en dirai davantage.Ma recette provient d'un livre canadien Publié par Lauzon.Las! la femme de bien Qui l\u2019écrivit n\u2019est plus.\u2014 O bonne Jeanne Anctil Dieu vous garde avec lui.Amen, ainsi soit-il.Dr LÉOPARD.NOTE: Mademoiselle Anctil, que j'ai bien connue, était la directrice des Ecoles Ménagères Provinciales.Son livre parut il y vingt ans déjà (1915) sous le titre: « 350 recettes de cuisine ».Le choix des recettes témoigne de sa haute compétence en art culi- naire et de son grand sens pratique.Si votre cuisinière ne connaît pas le langage des dieux peut-être comprendra-t-elle la prosaïque formule que voici: « Couper des tranches de veau ou de boeuf, 315 pouces de long sur 2 pouces de large; les battre avec le plat du couperet et envelopper dans chaque morceau une boulette de farce cuite ou 332 LE JOURNAL DE L'HÔTEL-DIEU crue composée de restes de viandes, d'oeufs durs, de pain trempé, de persil, de céleri, le tout haché ensemble et cuit au beurre pendant 20 minutes.Ensuite on roule la paupiette comme une petite serviette et on la ficelle avec une petite barde de lard.Faire cuire 1 heure dans un chaudron en fer avec 2 cuillerées à table de beurre, 2 cuillerées à table de graisse, 1 bouquet garni, puis couvrir de bouillon ou d'eau.» Un assortiment complet de LIVRES MÉDICAUX ET SCIENTIFIQUES, comportant les dernières éditions et les ouvrages les plus récents en provenance des Editeurs suivants: F.Alcan - J.B.Baillière & Fils - G.Doin & Cie - Expansion Scientifique Francaise - Gauthier Villars - A.Legrand N.Maloine - Vigot Frères - Masson & Cie se trouve chez J.EDDÉ Limitée, Edifice New Birks, \u2014 MONTRÉAL Jess ley \u201cof a So Hos É of » Mild) ANTI-URIQUE TYPE.- DS RS ve WD): des \u2018 LABORATOIRES DE LA PIPÉRAZINE MIDY New Birks Bldg.MONTREAL 2 à 4 cuillerées à café par jour.Se y \u20ac LABORATOIRES MIDY, J.EDDÉ LIMITÉE, ÉDIFICE NEW BIRKS 67 AVENUE DE WAGRAM, PARIS, XVIIE AGENT GÉNÉRAL POUR LE CANADA La Pneumonie est facilement classifiée IAGNOSTIC \u2014 pneumonie! Pneumonie à pneumocoque?la séro-thérapie estelle indiquée?la réponse à ces deux questions dépend du type de pneumocoque en cause, Le médecin peut faire appel au séro-diagnostic types I et II, de Lederle dit « Rapid Typing », groupes pour lesquels il est possible de se procurer une sérothérapie « Council Accepted ».L'examen microscopique pratiqué sur un échantillon de crachats du malade mêlés à une quantité déterminée de sérum spécifique décèle des modifications tout à fait caractéristiques de la capsule; c\u2019est la réaction de Neufeld qui permet l'identification du type de pneumocoque en jeu.Ces modifications consistent en un gonflement de la capsule avec limites très bien découpées.Le tout en un instant! Et la séro-thérapie peut être faite sur le champ.Des photos du groupement capsulaire typique sont fournies sur les feuillets d'instructions qui accompagnent chaque boîte Lederle.(Si la réaction est négative, les recherches pour identifier le type de pneumonie peuvent être poussées plus loin.La maison Lederle possède des sérums capables de classer 29 types de pneumonie, mais l\u2019emploi au complet de la série est considérée habituellement comme relevant des techniciens spécialisés.) Le recours précoce à cette technique est essentiel, si l'on veut réduire par la séro-thérapie le taux moyen de mortalité.| LEDERLE LABORATORIES, Incorporated { 1396 ouest, rue Ste-Catherine, MONTRÉAL, Qué.PL.3968 | XIX v C.un fait bien connu qu\u2019a dose thérapeutique l\u2019alcool est un antipyrétique et un stimulant diffusible.Il est surtout indiqué chez les alcooliques atteints d\u2019une affection aiguë, dans les infections à forme adynamique avec asthénie cardiaque et dans la pneumonie.Dans les cas où le médecin jugera nécessaire d\u2019administrer l\u2019alcool sous forme d\u2019eau-de-vie, le COGNAC MONNET se recommande particulièrement à son choix.Le médecin est assuré de prescrire alors un produit vraiment supérieur.v XX J FECT ons rg Woe hy obs 2 SEA s 5 a = RQ) a SE ol = it aS NIE Gre?= Ë Fry 3 ERAN La oi i ie So As A Pa se ++ i 5 4e ents oi na 2 5 = pet 243 3 ris AE 2 Zen INIVULMA & oH 2 ax or.GE A es A ENS > x CRE NS Te ee 2 3 = ok XRF, y x Bet ped 0 7 EE pi Lf RS TAPIS = 59 = = wa! DR 2 rn CR ne 33 ym pe SAS 8 +4 x % = aa Tah LABORATOIRES 45 58 CORTIAL oh 1 15 B2PASTEUR Qi hid 2A PARIS (XVI AIGU a.\u2014_ ur a | ARTE: SU % NA TR ei As CHOC; 4 NI REACTION i 2 5 se a ee glo L HY HY] AAT 14e 48 Eco) FOR Rn ¥ #2 F3 TO Le LE TT BOUL\u201d PASTEUR: TY sens \u20ac Uniques dist ribut eurs po ur le Cana da: MILLET ROUX & LAFON Ltée A LOUER XXI Les Produits Laitiers Yoghourt (lait fermenté) ORBIS Fromages à la crème sont délicieux ! Le Yoghourt est l'aliment complet à base de lait par excellence.Il constitue un désinfectant remarquable de l'intestin à cause de la présence de certains bacilles, le Bulgare en particulier, qui détruisent les fermentations intestinales.On le recommande régulièrement aux personnes souffrant de maladies des voies digestives ou de troubles provenant de ces maladies.Les autorités médicales reconnaissent que les produits \u2018\u201cyoghurés\u2019\u2019 (yoghourt, fromage à la crème ORBIS) devraient passer dans l'alimentation quotidienne de notre population.LES PRODUITS LAITIERS ORBIS, Ltée (Organisation 100% Lieu de fabrication 6740, rue de Gaspé CR.7878 Distribution à domicile par la canadienne-française) Bureau Technique 316, Edifice Amherst HA.4747 LIMITEE MONTREAL CARRIÈRE & SENECAL Limitée Optométristes-Opticiens a l\u2019Hôtel-Dieu (Ajustement des yeux artificiels) 271 RUE SAINTE-CATHERINE EST, MONTRÉAL Tél.LAncaster 7070 XXII Noss télégraphions des fleurs dans toutes les parties du monde.Marcel LeMat, Fleuriste PLateau 8545 1256 OUEST, RUE SAINTE-CATHERINE MONTRÉAL Coin de la rue de la Montagne.A LOUER XXIII * Tél.MArquette 6262 SARRAZIN & CHOQUETTE PHARMACIENS v OUVERTE JOUR ET NUIT s[ Nous envoyons chercher les ordon- a < nances à domicile 24 heures par jour.À} ARTHUR SARRAZIN LUC CHOQUETTE Bachelier de l'Université de Docteur de l'Université de Montréal, boursier en matière .RE médicale et chimie Paris.bachelier de l'Uni- 1919, 1920 versité de Montréal 921 rue Ste-Catherine, Est - - Montréal SERVICE DE VOITURES AMBULANCES à la VILLE et à la CAMPAGNE, JOUR et NUIT Spécialistes dans le transport des malades et des blessés GEO.VANDELAC LIMITÉE Fondé en 1890 G.VANDEL AC, jr.ALEX.GOUR DIRECTEURS DE FUNÉRAILLES SALONS MORTUAIRES 120 RUE RACHEL EST, - - MONTREAL Tél.: BElair 1717 XXIV I > Plus que de simples marchands de LAIT Nous ne limitons pas notre responsabilité au fait d\u2019être de simples marchands de lait.Nous allons beaucoup plus loin que cela.Nous contribuons à réduire le taux de la mortalité infantile à Montréal en fournissant du lait plus sain, plus propre, plus pur.Téléphonez dès aujourd\u2019hui à FRontenac 3121, ou bien arrêtez notre vendeur lorsqu\u2019il passera devant votre porte.LIMITÉE Bureau-chef: 4141, rue Saint-André \u2014 FRontenac 3121 LAIT \u2014 CRÈME \u2014 BEURRE \u2014 CRÈME À LA GLACE Lait certifié provenant de la Ferme des Sulpiciens d\u2019Oka a IF.Ho.PHELAN MARCHAND DE CHARBON a la tonne ou au wagon Anthracite Gallois \u2014 Anthracite Ecossais ANTHRACITE SCRANTON \u201cBuckwheat\u2019\u2019 et petites variétés.Charbon bitumineux de première qualité.- HUILE A CHAUFFAGE 315, RUE COLBORNE, - = MONTRÉAL Téléphone : MArquette 1270 et 1279 XXV 3 w 1 Fans Ge \u2014 oS + = a on n SE oR ANY 2d > A ; x3 ® Sv N SEN S.VDS » Ÿ .ar S UL 3° = CANIN AT 3 ES a XXVI ENCOURAGEZ NOS IMPRIMEURS! 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