L'avenir, 20 novembre 1847, samedi 20 novembre 1847
[" Vol.2.Montréal, Samedi 20 Novembre, 1847.No.8.L'AVENIR oo D peux, ANNONCES.Faraît tous les SamEpIs dans l\u2019aprés-midi.: On reçoit les Annonces tous les jours do 8h.a.ABONNEMENT.u.8 6b.P.M.Les prix des annonces, quoique los rm CE ( { comes de Jour nl re pére M A D Ÿ aux, L'abonnement est invariablement payable d\u2019a- \u201cWV Ap P remises considérables sur colles \u2018publiés à lose vance.terme.= i ; ; 4, + - ~~ A À a | CERT TN NPL JOURNAL PUBLIE DANS LES INTERETS DE LA JEUNESSE PUBLIÉ PAR UNE SOCIÉTÉ.| \u201c LE TRAVAIL TRIOMPHE DE TOUT.\u201d À COMITÉ DE coLLADOnATEURS.BEN COMMANDITE DE JEUNES GENS.ENCOURASEMENTS DE LA JEUNESSE.| LE SOMMEIL DE LA HARPE.Dans ces temps heureux où Paris, sous un long règne de paix, établit aux yeux de l\u2019Europe tout ce que les lettres et les arts ont de parfuit et de plus brillant, on vit se former une sociôté d\u2019hommes titrés, opulents, qui, voulant offrir aux étrangers une réunion tout à la fois utile et rare, fondèrent ce lycée, où, tour à tour, se sont illustrés tant de savants et de littérateurs ; où l\u2019on vit se former un grand nombre de réputations ; où la jeunesse, avide d\u2019instruction ct de gloire, trouvait des modèles dans tous les genres, et le moyen le plus sûr d\u2019atteindre «an jour à la célébrité.Ce bel établissement qui subsiste encore, et seul traversa les troubles politiques, les orages de l\u2019anarchie, eut, de tout temps, l'honneur d\u2019inscrire parmi ses membres les noms les plus chers et les plus distingués.Ce qui lui donna surtout un éclat durable, et fit regarder comme une faveur le droit d\u2019y être admis, ce fut le eours littéraire de ce nouveau Quintilien, qui, pendant Quarante ans, fut oracle du Parnasse français, et ne cessa d\u2019honorer la pénible fonction de critique, par une trudition profonde, par un caractère mâle, incorruptible.Élève enthousiaste de Voltaire, et contemporain de tous les hommes qui ont illustré la moitié du dix-huitième siècle, La Harpe s\u2019était fait remarquer dès sa jeunesse, par des succès académiques, auxquels il joignit bientôt les couronnes de Mclpomène.Il se plaça quelque temps après au premier rang des modernes Aristar- ques, dans la rédaction du Mercure de France, qui prit, sous sa plume, un Vol rapide, et porta dans toutes les cours étrangères la gloire et la prééminence de la littérature française.Enfin, séduit par la réunion des grands talents qui composuient le lycée de Paris, enhardi par Le plan vaste et imposant qu\u2019il avait conçu, doté par fa mature d\u2019une physionomio noble, expressive, d\u2019une élo- eution ferme, entraînante, ct de cette audacieuse fierté que donne la conviction de ses propres forces, La Harpe.entreprit de parcourir tous les siècles, d\u2019embrasser tous les genres : il fonda cet éternel monument devenu, pour ainsi dire, la Mappemonde littéraire, qui présente l\u2019immense domaine de l\u2019esprit humain, depuis la poétique d\u2019Aristote, jusqu\u2019aux plus légères productions que vit éclore le commencement du dix-neuvième siècle.Aucun critique n\u2019avait conçu jusqu\u2019alors une idée plus grande, un projet plus téméraire, et dont néanmoins le succès a surpassé l\u2019attente de son auteur.Qui mieux que lui posséda l\u2019art de s'identifier avec tous los écrivains dont il parle,uvee les innombrables productions qu\u2019il analyse?Quelle étonnante variété ! quelle abondance et quelle couleur locale ! comme sa dialectique est pressante, irrésistible ! Il séduit, il entraine, alors même qu\u2019il montre une prévention dont il ne peut se défendre, ou qu\u2019il traite ses contemporains avee une partialité que peut-être il serait permis de blâmer.Jamais on n\u2019employa plus impitoyablement l\u2019arme de Di- ronie et du ridicule ; jamais on ne fit mieux sentir l\u2019in- dépendanco ct la dignité de l\u2019homme de lettres; jamais «urtout on ne fonna avec une indignation plus véhémente contre toute espèce de tyrannie.Cependant, à travers ces foudres oratoires qui le rendaient si redoutable, on remarquait souvent, dans ce critique sévère, la douco voix du sentiment, et le sourire de la gaîté.S\u2019il aimait à parcourir des monts escarpés, des antres ténébreux, il sc plaisait à descendre dans une prairic, à s\u2019arrôler sous de frais ombrages, à s\u2019y mêler parmi les pâtres, dont les jeux avaient pour lui des charmes.Il était avide de popularité ; le suffrage des femmes surtout flattait son amour-propre, et chatouillait son cœur.Je l\u2019ai vu souvent.au milieu d\u2019un cercle brillant, rendre aux grâces, à la beauté, les hommages les plus empressés: on eût dit alors que l\u2019austère Quintilien avait fait place au tendre Tibulle, ou au galant Ovide.Chaque fois que La Harpe devait parler au Lycée, on #\u2019y portait en foule; la certitude de s\u2019instruire à l\u2019entendre, excitait encore la curiosité.L\u2019érudit et le jeune élève, le philosophe et l\u2019hommo du monde, orateurs, poôtes, artistes, tous s\u2019empressaient d\u2019assister à ce cours de littérature, devenu oracle du siècle, la balance du mérito, et l\u2019échelle des réputations.Ce fut ainsi que La Harpe analysa d\u2019abord la poésie épique des anciens, les tragédies d\u2019Eschyle, de Sophocle et d\u2019Euripide ; la eomédie grecque et latine, les chefs-d\u2019œuvre d\u2019 Horace, Des satires de Juvénal, de Perse, de Pétronne, et les poé- sies érotiques de Catulle, d\u2019Ovide ct de Tibulle.Ti parcourut ensuite tous les orateurs, les historiens, les naturalistes; et, après avoir tracé le tableau vaste et fidèle des premiers siècles littéraires, il arriva plus brillant encore à celui qui semble réunir à lui seul la splen- denr de tous les autres : il retraça le Leau siècle de Louis XIV.Déjà il avait analysé, trop laconiquement peut-être, le génie fondateur de Pierre Corneille : déjà il avait fait sentir toutes les beautés de Racine, dont il ne pouvait se lasser d\u2019admiger le style, qu\u2019il appelle le langage des dieux.Enfin il venait de rendre à Molière, à Despréaux et à Jean-Baptiste Rousseau, les hommages qu\u2019ils méritent lorsqu\u2019il annonça que.dans la première séance, il parlerait sur Le Fontaine.On attendait le jour fixé avec une impatience proportionnée au talent de l\u2019orateur.On savait d\u2019avance le respect, l\u2019admiration qu\u2019il portait au fabuliste inimitable : et ces sentiments qu\u2019épronvait l\u2019universalité des habitués du Lycée, ne firent qu\u2019augmenter l\u2019intérêt qu\u2019offrait un semblable sujet, et le désir d\u2019entendre le plus redoutable des critiques rendre justice au bonhomme, Lé Hurpe, de son côté, mesura, d\u2019un œil observateur, la tâche qu\u2019il avait entreprise ; et ne doutant pas que son opinion sur La Fontaine ne tit époque dans la république des lettres, et ne contribuât à sa propre réputation, il se livra tout entier à cette partie de son Cours Littéraire.Entraîné comme par enchantement daus l\u2019examen de faut de fables dont le charme et la variété produisent Pindécision du choix, il fut longtemps sans pouvoir classer ses idées.Il lisait sans cesse, ot relisait encore, Sarrétant à chaque phrase, à chaque vers, à chaque mot, dont il admirait la grâce ct le naturel.Cependant la veille de la séance annoncée arriva, sans qu\u2019il eût achevé de mettre en ordre son travail.11 lui fallut donc passer la nuit entière à rassembler ses matériaux, à former cette analysé, ou plutôt cet éloge de La Fontaine, qu\u2019on pent.regarder comme le fragment le mieux pensé, le plus profondément senti, qui soit sorti de la plume fé- coude de l\u2019Aristarque français.Le jour annoncé, l\u2019entrée du Lycée fut assaillie par un nombre considerable de curicux Ct d\u2019habitués, qui s\u2019entassaient a chaque porte.remplissaient les issues, et semblaient d\u2019avance recueillir avec avidité tout ce qu\u2019allait proférer la bouche éloquente du célèbre critique.Celui-ci ne paraissait ordinairement à la tribune que le dernier; il ne se rendit donc au Lycée que vers le milieu de la séance, et s\u2019arrêta, selon son usage, dans une petite pièce éloignée des grands salons, et faible- rent éclairée, où il aimaît à méditer en silence, avant de se montrer en public, et à recueillir toutes ses forces ; mais ce jour-là même elles sc trouvèrent tellement épuisées par l\u2019excès du travail et la privation du sommeil, qu\u2019il s\u2019endormit en examinant de nouveau ce qu\u2019il allait prononcer devant le nombreux auditoire qui l\u2019attendait avec impatience.L\u2019orateur qui le précédait immédiatement à la tribune, ayant fini de parler, on s\u2019atiend à voir paraître le nouveau Quintilien : en se dispose à l\u2019applaudir dès son entrée, on s\u2019agite, on s\u2019avance, on se presse, afin de ne pas perdre un seul mot de ce qu\u2019il va dire, lorsqu\u2019un des administrateurs de Lycée vient annoncer que M.La Harpe, ayant passé ia nuit à retoucher son travail, s\u2019était abandonné, dans une pièce voisine, à un sommeil si paisible et si profond, qu\u2019on n\u2019avait pas le courage de le réveiller, ct qu\u2019on désirait à cet égard consulter l\u2019assemblée.\u2018\u201c Nous attendrons, s\u2019écrie-t-on de toutes parts : puisqu\u2019il a veillé pour nos plaisirs et natre instruction, nous respecterons son \u2018sommeil.\u2014 Cependant il est tard, reprend l\u2019administrateur, et ce repos salutaire dont jouit en ce moment M.La Harpe, peut se prolonger longtemps encore.\u2014Fh bien, répondent plusieurs voix, nous remettons à la prochaine séance le bonheur de l\u2019entendre : oui, nous nous retirons tous, en suppliant qu\u2019on ne le réveille pas.\u201d\u2019 À ces mots chacun se lève ct se dispose à sortir en silence, lorsque Luce de Lancival, jeune professeur d\u2019éloquence, et passant déjà pour l\u2019un des plus habiles lecteurs de Ja capitale, demande que chacun reste en place, et propose de lire pour l\u2019orateur endormi.\u201c Le cahier, dit-il, qui contient le travail de M.La Harpe, est tombé à ses pieds ; je vais, si l\u2019on daigne m\u2019y autoriser, m\u2019en emparer au nom de l\u2019assemblée ; il me suffira de quelques instants pour le parcourir, pour habituer mes yeux à l\u2019écriture de ce grand maître, ct je tâcherai de donner ensuite à cette importante production, sinon tout le charme dont elle est susceptible, du moins l\u2019expression la plus vraie du respect et de Padmiration.\u201d\u2019 On applaudit à la proposition du jeune professeur ; elle fut adoptée avec d\u2019autant plus d\u2019empressement, qu\u2019elle.offrait à la fois le moyen de satisfaire une attente si légitime, et celui non moins piquant peut-être, d\u2019applaudir au talent de La Harpe, sans qu\u2019il pût s\u2019en douter.Luce de Lancival, après avoir été prendre le manuscrit aux pieds du célèbre professeur, toujours plongé dans un profond sommeil, vient se placer a la tribune, où, rappelant tout son courage, ct faisant excuser de nouveau ce que sa démarche pouvait avoir de téméraire, il fait entendre la lecture de ce chapitre du Cours de Littérature, intitulé: \u201c De la Fable et du Conte, et commençant par ces mots: De la Fontaine.\u201d A ee nom tous les cœurs furent émus; il rappelait à lu fois le guide de l\u2019enfance, l\u2019ami de l\u2019âge mûr, et le consoïz- teur de la viellesse.Tous les sexes, tous lcs âges fm rendirent hommage, et ce nom chéri de La Fontaine fut salué par un applaudissement universel et longtemps prolongé.Le joune lecteur, transporté lui-môme, et partageant vivement l\u2019émotion des auditeurs, ne put d\u2019abord proférer que d\u2019une voix altérée le début de Ea Harpe, qui prouve que si, dans tous lcs genres d\u2019éloquence ct de poésie, la prééminence fut disputée ou partagée, soit chez les anciens, soit parmi les modernes, il n\u2019en existe qu\u2019un dans lequel un seul homme ait éclipsé tous ses rivaux ; et que ce genre lui cst tellement resté en propre, que désigner la fable, c\u2019est nommer La Fontaine.Luce de Lancival, se livrant ensuite à la chaleur entraînante de son élocution, fait sentir l\u2019élégance et Ix vérité du portrait que La Harpe trace de ce poëte rnimi- table, \u201c qui, dit-il, sublime dans sa naïveté, charmant jusque dans sa négligence, est au-dessus de l\u2019analyse, et ne peut être que In, relu, goûté avec délices ; écrivain enchanteur, à qui nul n\u2019a ressemblé dans sa manière de raconter ; sage de tous les temps, qui, sous l\u2019attrait du plus gracieux badinage, sait donner du cha:me a Ix morale, et surtout fuire aimer le bon sens.\u201d Ici les applaudissements recommencent, et sont aussitôt réprimés par la crainte de réveiller celui qui les cxeite, et qui toujours est enseveli dans un profond sommedl.Mais lorsque le lecteur, passant à la description du bonheur dont jouissait l\u2019illustre fabuliste, ct de sa bonhomie qui lui fit tant d\u2019amis, lut cet ingénieux parallèle du Bonhomme et du bon Roi ; lorsqu\u2019il dit que ces deux personnes populaires, qui exprisgent si bien l\u2019opinion générale, n\u2019ont jamais été donnés par les Français qu\u2019à deux hommes qui passeront dans la postérité ln plus reculée, chargés de leur amour, de leur admiration, et que toujours ils désigneront Henrt IV et La Fox- taine., alors les applaudissements se renouvelèrent, et les acclamations qui s\u2019y joigmrent furent si vives, qu\u2019elles réveillèrent enfin celui qui les méritait si bien, et qui, loin de songer à son triomphe, crut bonnement que ces transports n\u2019étaient qu\u2019un hommage rendu par le public au talent du jeune professeur -d\u2019élcquence, dont il reconnut la voix, et auquel il portait un intérêt particulier.Cependant celui-ci, qu\u2019animait l\u2019effet qu\u2019il produisait sur tout son auditoire, continue à lire ce chef-d'œuvre de La Harpe, qui d\u2019abord écoute vaguement quelques phrases qu\u2019il trouve de son goût.\u201c J\u2019ai toujours prédit, se dit-il à lui-même, que ce Luce de Lancival irait loin.Comment done! voilà du trait, de la verve, de la véritable éloquence.Je ne ferais pas mieux moi, qu\u2019on dit passé maitre.\u201d Mais, qu\u2019on juge de la surprise de cet habile critique, lorsque le lecteur, venant à proférer de nouveau le nom de La Fontaine, fait sentir l\u2019inffrence du bonhomme sur ls Lonheur de ses semblables ! La Harpe reconnaît alors ses idées, ses expressions, ct so retrouve dans son propre domaine.Il cherche son manuscrit qu\u2019il ne peut trouver; il écoute encore, et ne doute plus qu\u2019on n\u2019ait voulu respecter son sommeil, et que le jeune de Lancival, qui lui a paru si pur et si brillant, ne soit son fidèle interprète.Vivement ému, mais ne voulant pas interrompre une lecture qui charmait tne si nombreuse assemblée, et lui fuisait éprouver à lti-même une jouissance inexprimable, il se tient près de la porte, appuyé contro le mur, ct respirant à peine ; il suit avec ivresse tous les mouvements orutoires de l\u2019heureux lecteur, et partage tellement les vives impressions qu\u2019ils produisent, les transports qu\u2019ils excitent, qu\u2019entraîn émalgré lui, vers la fin de la lecture, il s\u2019avance involontairement à la porte d\u2019entrée, montre sa.figure épanouie aux auditeurs, qui se lèvent à l'instant même, volent à sa rencontre, et le comblent de félicitations et d\u2019hommages.Les administrateurs du Lycée l\u2019instruisent de la privation qu\u2019avait voulu s'imposer tout l\u2019anditoire, pour ne point troubler sou sommezt, et Luce de Lancival, descendant de la tribune, et remet tant à La Harpe son manuserit, lui dit, en se jetant dans ses bras: \u201c Maître, excusez ma témérité l vous voyez un.jeune athlète.qui, pour s\u2019habituer aux combats, s\u2019exerçait aveg lés armes d\u2019Hercule.\u201d 20 | ©.L\u2019AVENIR.\u2014NOVEMBRE, 1647.POESIE CANADIENNE.L'ORAISON DOMINICALE.Seigneur, ta gloire immense Remplit tout l\u2019univers.Les habitants des airs, Dans leurs chants d\u2019innocenee, Les poissons dans les mers Annoncent ta puissance, Et cent peuples divers Célèbrent ta clémence.Ton fort majestueux Touche au plus haut des cieux, Et les profonds abîmes Où tu punis les crimes.A ta vue, eflrayés Et saisis d\u2019épouvante.S\u2019agitent sous tes pieds Dans leur rage impuissante.\u2014 Du haut sommet des cieux Ah ! Scigneur, vers la terre Daigne tourner les yeux ! N\u2019es-tu pas notre pére ?Et nous tes fils heureux, Créés à ton image.\u2014 Prends soin de ton\u2019 ouvrage Et nous comblant de biens \"Tous les jours de la vie, Resserre les liens Qui tunissent aux tiens Par ta grâce infinie ; Et nous, tes fils chéris, Nons dirons dans ton teraple, Du Dieu qui nous contemple Les bienfaits infinis.-\u2014 Accomplis ta promesse Et ne te souviens pas, A Pheure du trépas Que j'ai péché sans eesse.Epargne ma faiblesse Et te rappelle alors Qu\u2019à celui qui me bless Pai pardonné les torts.L.T.G.Montréal, novembre 1847.L'AVENIR.Laissons là ceux qui croient que le monde va crouler, parceque tout se remue et s\u2019agite autour d\u2019eux.CRAN AMEN AE AE IA SA SE amma Sen MONTRÉAL, SAMEDI 20 NOVEMBRE, 1847.S\u2019iL est quelque chose que nous devons rechercher, que nous devons envier, que nous devons nous procurer par tous les efforts, par tous les sacrifices et par tous les moyens possibles, c\u2019est certainement l\u2019éducation, nous devons la rechercher comme individus, comme hommes et comme canadiens, particulièrement parceque sans elle nous ne pourrons jamais atteindre ni acquérir ci conserver la position que nous avons droit d\u2019occuper ici en tant qu\u2019individu, que société et que peuple.Nous ne devrions donc rien négliger pour nous la procurer mutuellement, et ceux qui en possèdent assez pour pouvoir en apprécier tout le mérite et toute l\u2019importance devraient faire tous leurs efforts et employer toutes leurs capacités et leur influence à la répandre au sein du peuple, au milieu des classes laborieuses et industrielles surtout, car ce sont elles qui composent vraiment le peuple, et qui en sont la véritable base.On juge ordinairement de la prospérité d\u2019une population, par son industrie, son activité et son aisance, et d\u2019après les mêmes principes que l\u2019on juge de la fertilité d\u2019un champ suivant la quantité de sa production.Si la population productive travaille et produit beauconp, elle doit recevoir en proportion et doit être dans un état de prospérité ; de même si elle est inactive et produit peu, elle doit rien «ecevoir en échange de son inactivité et de son apathie, et doit nécessairement végéter et vivre dans la misère, Ja gêne ct l\u2019embarras ; or, si ces classes ne sont pas dans an état d\u2019aisance et de prospérité, le peuple dont elles sont l\u2019âme et le soution devra indubitablement s\u2019en sentir.Personne n\u2019ignore que ce sont ces classes-là, que ce sont les classes productives chez nous qui ont le plus besoin d\u2019éducation, qu\u2019elles manquent même, dans un grand nombre de cas, de l\u2019éducation nécessaire pour apporter aux calculs de ses affaires journalières une surveillance personnelle, ce qui est un de ses plus grands malheurs.Nous le répétons encore, tant que notre population agricole et industrielle, formant, réunies ensemble, la classe productive, ne sera pas instruite, il n\u2019y aura jamais de vraie prospérité pour le peuple canadien.C\u2019est donc là où doivent tendre tous les efforts des vrais amis du pays et de l\u2019éducation, et c\u2019est là où a visé la presse qui s\u2019est occupée de oe sujet depuis quel- que tems.La presse a compris son rôle, puisse le peuple comprendre le sien.Nos lecteurs se rappellent l\u2019excellent article sur l\u2019éducation que nous avons reproduit il y a quelque tems, venant de l\u2019Fcho de la Presse et signé l\u2019Arbre de la Vallée.Cet infatigable et savant collaborateur de l'Echo a publié deux autres articles sur le même sujet depuis, et qui ne le cèdent en aucune manière à celui que nous avons déjà donné à nas lecteurs.Nous aimerions à avoir assez de place pour pouvoir les reproduire tout au long, mais, néanmoins, nous en donnerons assez à nos lecteurs pour leur on faire apprécier le mérite, tout en les invitant à réfléchir attentivement sur les faits, les avancés, et les recommandations de ce savant écrivain.Nous répétons ce que?nous avons déjà dit : de semblables écrits ne peuvent avoir trop de retentissement.Ces morceaux sont rédigés avec talent, avec énergie, avec force ct patriotisme, et, s\u2019ils sont lus comme ils devraient l\u2019être, ils produiront tôt ou tard leurs bons effets.C\u2019est avec plaisir que nous lisons de semblables morceaux, c\u2019est avec un juste orgucil et nous aimerions qu\u2019ils fussent lus et médités par tous les canadiens.Les faits sont justes ct bien fondés, les vérités énoncées sont frappantes, tout le monde en convient, mais en fera-t-on plus pour tout cela?vz-l-on s\u2019empresser de mettre ces préceptes cn pratique?ça fera bien sensation pour un moment, tout nous met en émoi! mais après tout ce n\u2019est qu\u2019un article de journal, comme on dit tous les jours, ct on passera dessus comme on à passé sur tant d\u2019antres.Mais pour tout cela il ne faut pas que l\u2019Arbre de la vallée se décourage dans l\u2019œuvre qu\u2019il a entreprise, qu\u2019il continue toujours sa tâche en se persuadant bien que, quoiqu\u2019une goutte d\u2019eau soit bien faible, elle peut en tombant toujours à la même place percer un rocher.Nous aimerions à en voir des arbres comme celui-là prendre racine dans nos campagnes et étendre leurs rameaux bienfhisants d\u2019un bout à l\u2019autre du pays, et que le bruit de leurs feuillages devenant si touffus éveille enfin Papathie proverbiale de notre population.C\u2019ost un de nos vœux lcs plus ardents.Et pourtant il en existe dans nos campagnes une foule de jeunes gens instruits qui seraient capables de se rendre utile parleurs écrits et leurs travaux, Il en existe dans nos villes un plus grand nombre encore qui devraient faire plus qu\u2019ils ne font.Que de connaissances n\u2019acquerraient-ils pas en cherchant par leurs écrits à répandre le goût de l\u2019éducation?Que de jouissances ne se procureraient-ils pas en travaillant au bien-être de leurs semblablés ?Et quand ils auront vécu longtems, ayant toujours cu l\u2019amour du bien à cœur, quelle ne sera pas leur joie en se voyant, sur leurs vieux jours, cntouré d\u2019une population reconnaissante, bénissant l\u2019Etre Suprême de leur avoir donné des concitoyens aussi utiles,et le priant de vouloir bien leur préserver leurs jours?Que n\u2019écrivent-ils ces jeunes gens qui ont toutes les qualités requises pourformer de bons écrivains ?Ils éprouve- } i | de la gloire même après la défaite.Je dis plus, je dis que ce sont des traîtres ou des lâches, les hommes éclairés qui sentent la position du pays et qui abandonnent leurs compatriotes aujourd\u2019hui qu\u2019ils.ont le plus besoin de leurs lumières.Et quelle récompense ces hommes qui s\u2019attachent ainsi aux pas des étrangers peuvent-ils en attendre ?Qu\u2019ils aillent consulter Phistoire de tous les peuples, qu\u2019ils consultent la raison et la nature elle-même ; qu\u2019ils demandent aux transfuges de toutes les nations Partout ils trouveront le nom et la fortune des vainqueurs a la place des vaincus.Ne vaut-il pas mieux se donner la main pour soutenir son nom, sa fortune et son peuple, que de se séparer pour aider ceux qui savent très bien s\u2019aider eux-mêmes?j'ai entendu bien des fois sortir da la bouche des canadiens instruits ce cri si peu patriotique arraché par l\u2019égoïsme.\u2018 Les canadiens ne veulent pas de l\u2019éducation, laissons-les done.\u201d Qui, et quand on n\u2019aura plus besoin de vous et de vos enfants on vous laissera à votre tour.Noyés comme sont les canadiens-français an milien des populations étrangères, ils n\u2019ont qu\u2019an moyen de sa lut: c\u2019est de ne faire qu\u2019un corps, uni étroitement, se protégeant les uns les autres et prenant l\u2019éducation pour arme et pour flambean.Alors, quoique en petit nombre, ils seront invincibles.Comme ces rochers au milieu des ondes où viennent se briser les vagues poussées par les tempêtes, ils passeront les âges en grandissant.Ils conserveront Jeur religion, leurs institutions, leur langue et leur lois; et leur tour viendra à l\u2019heure marquée |.À moins que déchirant leurs drapeaux, effaçant leurs souvenirs, rougissant de lenr gloire et de leur nom, ils ne passent à l\u2019ennemi et se cachent dans leurs rangs.Non, Canadiens, votre passé est trop grand pour souffrir une telle humiliation.Un rang trop noble coule dans vos veines pour en rougir et vouloir le confondre avec un sang étranger.Choisissez pourtant le sort que vons voudrez : mais rappelez-vous que, dans l\u2019un ou dans l\u2019autre, l\u2019éducation seule, peut vous soutenir sur les flots de l\u2019abîme et vous empêcher de tomber dans l\u2019humiliante position d\u2019être, les serviteurs des étrangers.L\u2019éducation seule en montrant ces dangers au peuple canadien, lui apprendra à les éviter.L\u2019éducation seule, en éclairant l\u2019intelligence du peuple, lui enseignera à cultiver les terres d\u2019après toutes les règles de Ja science, et le mettra en état d\u2019offrir sur ses marchés une coneur- rence indépendante., L\u2019éducation seule le réveillera de te sommeil léthargique où il semble endormi.L\u2019éducation seule, cn détruisant les préjugés et les coutumes, introduira dans tous les travaux cette perfection scientifique qui le mettra au niveau de tous les peuples du monde.L'éducation seule ku donnera les sentiments généreux et libéraux qui grandissent le peuple à ses propres yeux, ct intéresse à son sort tout le genre humain.Dans l\u2019Echo du 12 il continue son travail et nous mon- ront peut être quelques difficultés en commençant, mais tre la différence qui existe entre l\u2019homme instruit et qu\u2019ils se persuadent bien que l\u2019on devient ron sans avoir forgé ! L'arbre de la vallée, après avoir peint de son habile plume la position de la population canadienne, s\u2019exprime ainsi dans Echo de la presse, du 5 : Ainsi donc dans toutes les entreprises, dans tous les établissements du pays, je vois avec douleur les canadiens journaliers, tandis qu\u2019à la tête de ces entreprises et de ces établissements sont des hommes d\u2019origine étrangère.À eux le commandement, aux canadiens l\u2019obéissance ; à eux les profits, aux canadiens les travaux.Maisjles canadiens ont la vigueur, la force, ils sont infatigables, ils ont l\u2019amour de la liberté et de l\u2019indépendance, caractère des âmes nobles ; ils ont l\u2019intrépidité, le courage et la persévérance, garants du succès ; ils ont des talents propres à tout.Que leur manque-t-il donc?Les lumières de l\u2019intelligence, cet œil des peuples, sans lequel le corps le plus robuste est impuissant.Les canadiens travaillent comme si Dieu en commandant le travail à l\u2019homme lui eût défendu d\u2019en recueillir les fruits.Il y a pourtant un petit nombre do nobles exceptions qui sont toutes le fruit de l\u2019éducation.Je viens de parcourir quelques-uns des effets que produisent les hommes ct les capitaux étrangers introduits au milieu de notre population.Mais si nons en souffrons de si funestes conséquences, à qui devons-nous en attribuer la faute ?pas à d\u2019autres qu\u2019à nous qui ne voulons pas nous instruire et nous éclairer, et qui ne voulons pas profiter des avantages que la nature nous donne, et que la science nous ferait connaître.Tels seront encore les effets infiniment plus funestes que produira l\u2019introduction au milieu de la population canadienne, par la libre navigation du St.Luurent, ces nouveaux capitaux et ces nouveaux spéculateurs étrangers.Mais qu\u2019on me comprenne : Ces effets ne seront fnnestes que pour la population canadienne-française si elle persiste dans son ignorance.Je dis donc que la position de la population canadien- ne-française ne sera plus désormais ce qu\u2019elle a été ; que si elle continue dans la même inactivité, que si elle repousse sans cesse le flambeau des sciences qui vient l\u2019é- claiter, dans un petit nombre d\u2019années, son influence et sa prospérité qui doivent taire du peuple indépendant, ne seront plus ce qu\u2019elles sont aujourd\u2019hui, qu\u2019il lui sera impossible de reconquérir le terrain perdu, et de reprendre dans la balance des pouvoirs sa position actuelle.Loin de moi pourtant l'opinion de ceux quiau moment du combat passent à l\u2019ennemi en criant que tout est perdu, et voudraient entraîner dans leur fuite et leur honte les soldats prêts à disputer chèrement la victoire et sûrs { i i jamais forge- : l\u2019homme ignorant de la manière suivante: La pensée chez l\u2019homme ignorant ne dépasse guère les bornes dc son horison.L\u2019œil de son intelligence, semblable à celui de son corps, ne voit que la surface des: objets qui tombent sous ses regards.Son univers, c\u2019est le firmament a quelques milles audessus de sa tête ; c\u2019est son village ou les lieux qu\u2019il a parcourus ; audela sont les bornes du monde possible.Tous ces grands souvenirs, qui font de l\u2019esprit humain le miroir vivant des siècles passés, ne sont pour lui que l\u2019idée confuse d\u2019un monde qui doit avoir existé avant lui.Dans les peines et les angoisses qui suivent à la trace la vie humaine, veut-il chercher des consolatious dans les souvenirs du passé, dans les espérances de l\u2019avenir, dans les tableaux riante de la nature, dans l\u2019exemple de l\u2019homme son frère qui a bu à la même coupe, rien ne s'offre à sa pensée que l\u2019image ingrale de sa vie, que des ténèbres partout.Pourquoi est-il placé dans la société 1 pourquoi existe-il t Je doute fort qu\u2019il le sache.On hui en aura dit deux mets, mais il ne les comprend pas.Parlez-mi des découvertes.de la science, des lumières ct des progrès des peuples qui l\u2019environnent, des grands intérêts de son pays, des mal heurs qui le menacent, de l\u2019inframence de telle mesure - politique, sur l\u2019avenir de sa patrie, sur sa destinée et celle de ses enfuns ; un sourire de pitié, un mot de mépris on d\u2019incrédulité fera sa réponse.Tous ses travaux, toutes ses- pensées se bornent à son existence et à celle.de sa famille, à la nature et non à la raison.Chez hu, aucun de ces sentiments généreux ct philantropiques qui élèvent l\u2019homme audessus des peines, des passioñs ou des intérêts du moment ; aucune de ces pensées qui font revivre audelà de la tombe ; aucun de ces travaux intellectuels, utiles à l\u2019univers, et dont les générations futures recueillent les fruits.C\u2019est bien un des anneaux de la chaîne qui lie l\u2019humanité à la terre, mais non une de ces nobles intelligences qui voudrait placer Je genre humain dans les hautes régions de la vérité et de Ia raison en le dégageant de la fange, des vices et des ombres des préjugés.\u201d Son front toujours semblable à lui-même est scellé du sceau de l\u2019ignorance ; jamais on y voit briller les éclairs du génie, jamais on y voit errer les ombresde la pensée ; jamais son œil s\u2019illumine des rayons pénétrauts de l\u2019intelligence.O homme, est-ce donc là ta destinée 7.:.toi gai as une intelligence si grande, une âme si noble, nn esprit si vaste qui peut contenir l\u2019univers, peser les mondes, pénétrep les secrets de la nature, s\u2019élever au milieu des astres a leur marquer leur course, qui peut rendermez en toi.teug ;,_ Pme, a les évènements et les siècles qui apparaissent à ton ordre et se montrent à ta voix.Quand je vois ces milliers d\u2019intelligences, qui, si elles eussent été éclairées,auraient changé la face du monde, condamnées à uno éternelle inactivité ; quand je vois toutes ces figures, miroirs trop réels de l\u2019âme, où je ne lis que l\u2019ignorance et la dégradation ; quand je vois tous ces hommes qui n\u2019ont recueilli de la société que ses maux, ses bassesses et ses vices ; quand je les vois repaître leur esprit de chiméres ct de préjugés ct refuser de croire à la vérité, je suis accablé de tristesse.I] me semble voir le genre humain asservi à un esclavage mille fois plus funeste et plus honteux que celui où gémissaient les peuples sous les tyrans ; car l\u2019esprit des masses chez presque tous les peuples est encore enchaîné par ee hideux despote, l\u2019ignorance, comme étaient ses libertés et ses droits sous ces erminelles puissances humaines.Quoi, tous les hommes sont égaux et libres, et un petit nombre usurpera un pouvoir injuste'sur les autres ?quoi, tous les hommes sont nés avec un esprit qui ne demande qu\u2019à être développé pour produire ses moissons, et qu\u2019un Petit nombre pourra s\u2019en servir pour son bonheur et celui de la société! mais l\u2019esprit de l\u2019homme n°est-il pas la partie la plus grande, la plus noble et la plus utile de lui-même?que penseriez-vous d\u2019un pays possédant un sol fertile, mais où l\u2019on no cultiverait que quelques champs, de peur que lo peuple no devint trop riche ; ne serait-ce pas le comble de l\u2019ineptie?Mais une société possédant des milliers d\u2019intelligences et qui n\u2019en veut éclairer que quelques-unes, n\u2019est-ce pas l\u2019absurdité la plus complète?La société qui élève ses enfans dans l'ignorance, que fait-elle de plus que la brute qui allaite, réchauffe ct défend ses petits contre ses ennemis?L\u2019humanité, écrasée depuis des siècles sous une double oppression, celle des tyrans et celle de l\u2019ignorance, s\u2019est presque dégagée de la première en rendant au peuple la Juste part du pouvoir; qu\u2019elle poursuive le grand œuvre de sa liberté ot de sa régénération, en leur donnant les Jumiéres ictcllectuelles.La liberté et l\u2019éducation sont si naturelles a \"homme que, du rnoment qu\u2019il y a goûté, il ne peut se déterminer à y renoncer; il les préfère aux richesses et à la vie.Mais une fausse idée de la liberté a fait croire aux puissants du monde que, s\u2019ils la partagenient avec les peuples, ils ne pourraient plus ea jouir, etils les ont asservis.Une fausse idée de l\u2019éducation à fait penser à coux qui la possédaient que, du moment que tous les hommes pourraient manier unc arme semblable, ils s\u2019en serviraient pour bouleverser la société, ou la tourneraient à leur propre destruction et ils n\u2019ont pas travaillé à la rendre universelle.Pourtant les uns et les autres ont voulu léguer à leurs enfants ces deux héritages: ceux-là, la toute-puis- ance sociale, fardeau et simulacre de liberté ; ceux-ci, da puissance intellectuelle, autre souveraineté, autre domination.Pour paraître plus brillant, ils ont laissé les uples dans l\u2019ombre.Et.ne voit-on pas encore de nos Jours des traces de cette aristocratie infellectuelle ?Ici, tout en cultivant leur intelligence, regrettant les temps heureux du moyon-âge où, trop souvent, les hommes éclairés et les gouvernements cruels et absolus se donnaient la main pour tonir les peuples dans lc bienheureux état de servage et le doux sommeil de l\u2019ignorance.D'autres regardent l\u2019envahissement des lumières chez le peuple comme un attentat à la souveraineté de leurs opinions ot de leur influence: sans oser l\u2019avouer, ils crai- guent les lumières universelles.La liberté sociale ct intellectuelle sont deux sœurs dont la vie dépend l\u2019une de l\u2019autre.Si un seul homme, sorti du peuple, après avoir donné l\u2019essor aux facultés de son intelligence, à pu, en se livrant à l\u2019étude des lois physiques ct sociales, laisser à son pays des inventions précieuses ; enrichir le genre humain de découvertes propres à changer quelques fois la face du monde; donner à la société des lois qui devaient augmenter son bien-être ; que serait-ce si tous les hommes jouissant de Pinfluence bienfuisante de l'éducation eussent pu apporter à leur pays, et à l\u2019univers entier, les fruits de leurs réflexions ct de leurs travaux ?aujourd\u2019hui surtout que chaque pensée nouvellc, si elle est utile, ne meurt plus avec celui qui l\u2019a conçue, mais devient l\u2019héritage du genre humain.\u2018 Dans toutes les classes do la société condamnées à l\u2019ignorance, combien do fronts où auraient pu germer de grandes pensées, où auraient pu croître de grands talents ?ombien d\u2019hommes qui, avec l\u2019éducation, auraient pu rendre à leur pays et à l\u2019humanité d'immenses services ?.Cependant ils ont passé sans être aperçus; et n\u2019ont laissé à leurs noms que l\u2019oubli.Sans l\u2019éducation, qu\u2019auraient été un Fénélon, un Franklin, un O\u2019Connell, un Pitt, un Newton et des miliers d\u2019autres ?Plus près de nous qu\u2019auraient été un Plessis, un Painchaud, un Papineau, un Lafontaine, un Taché et tant d\u2019autres qui ont rendu et rendront encore, je l\u2019espère, à leur pays, de pré- tieux services Ÿ Ils auraient passé dans l\u2019ombre avec les autres, et le pays serait privé de leurs lumières et de leurs travaux.Il y a donc une immense diflérence entre l\u2019homme instruit et celui qui ne l\u2019est pas.L\u2019utilité de telui-ci est circonscrit dans le cercle étroit de son existence, il finit avec sa vie ; tandis que les travaux du premier ressemblent à ces arbres qui rapportent des fruits délicieux pendant des générations.Je ne sais si Homère et Virgile, en livrant aux flots des siècles leurs voix mélodieuses, écoutaient-ces milliers d\u2019éohos qui leur répondent depuis deux mille ans | L'AVENIR.\u2014NOVEMBRE, 1847.La Sainte-Catherine.Nous croyons qu\u2019il est superflu de rappeler à nos lecteurs que c\u2019est mercredi prochain que doit avoir lieu, à l\u2019Hôtel Donegana, la célébration pour la seconde fois, à Montréal, de cette ancienne Ste-Catherine, par une grande soirée publique.La Sainte-Catherine ! Que de doux et joyeux souvenirs ce seul mot ne doit-il pas éveiller dans le cœur de tout canadien.Le vieillard se souvient avec plaisir du jour où autrefois une réjouissance universelle se fesait entendre d\u2019un bout du Canada à l\u2019autre, comme pour annoncer que les rudes travaux de l\u2019êté étaient terminés et qu\u2019il fallait se préparer à combattre Joyeusement et chaleureusement la froide rigneur de ng longs hivers.Il se rappelle des jouissances intimes qu\u2019 a causé à une famille chéric en les surprenant, le soir de la Ste-Catherine, par une de ces délicicuses réunions dansantes comme suvait en fgite nos aicux, et qui étaient d\u2019autant plus agréables qwelfes ct antyipattendues ; néanmoins, dans ces derniéresanné: x, OR avai qulière- ment négligé celte pauvre Ste-Cawe@ine, jas si désirée, si choyée, si fêtée, mais depuisque les jeunes Canadiens de Montréal ont eu l\u2019heétreuse idée de réunir la grande fumille canadienne pour chômer son anniversaire, Ste-Catherine est revenue à la mode plus que jamais ; aussi il y aura foule à la soirée du 24 qui promet d\u2019être une des plus belles qu\u2019on ait vu à Montréal.Comme on le verra par nos annonces, Son Excellence Je Gouverneur- Général et Lady Elgin assisteront à la soirée, ce qui contribuera à lui donner encore plus d\u2019éclat.La huitaine.\u2014 11 a circulé plusieurs bruits, durant la huitaine, à propos du comté de Champlain.Les uns disent que M.Guillet a été destitué de sa charge d\u2019agent des biens des Jésuites, et que E.Dubord, écr., de Champlain, le remplace ; d\u2019autres, plus malins sans doute, prétendent que M.Dubord n\u2019a eu la charge qu\u2019à la condition de supporter le candidat du gouvernement aux prochaines élections et que ce serait le lieu que le ministère actuel aurait choisi pour se créer un solliciteur.Quant aux bruits qui ont couru sur le compte de M.Dubord, nous pouvons rassurer nos lecteurs ct ceux qui ont eu connaissance de l\u2019affaire Ogden, au même comté, le candidat sydenham- iste en 1841, doivent savoir à quoi s\u2019en tenir sur les principes avec lesquels M.D.reçoit ordinairement la corruption politique.Nous n\u2019ajoutons pas foi à la rumeur qui dit que M.Dubord est vendu et n déjà passé au sein de la corruption.Nous espérons que ce citoyen aura bientôt occasion de revendiquer tout ce qu\u2019on a bien voulu dire contre Jui depuis quelques jours.\u2014 Comme nous le supposions dans notre dernier numéro, M.Bourret vient d\u2019être élu maire de Montréal.\u2014 l'inauguration du chemin de fer a eu lieu hier à midi.Toutes les personnes présentes ont paru très satisfaites.\\ \u2014 La température a été des plus maussades depnis quelques jours.Après avoir vu sillonner en tons sens nos rues par les voitures d\u2019hiver pendant quelques heures dimanche dernier, nous ssmmes tombés dans la boue, la pluie, la grèle ct nous ne savons quoi.Aujourd\u2019hui le tems est clair et froid, nos rues sont gelées.-\u2014 Nous attirons l\u2019attention de nes lecteurs sur l\u2019annonce du portrait de S.S.Pie IX.\u2014 Les journaux qui n\u2019unt pas encore reproduit notre annonce sont priéside vouloir bien lc faire.\u2014 Nous voyons avec plaisir que la maison Beaudry et Frère, qui avait arrêté les affaires depuis quelques tems par suite de malheurs commerciaux, va être ouverte de nouveau, lundi prochain, à ses nombreux achalants qui ne manqueront pas d\u2019y faire visite.Les affaires seront conduites comme ci-devant.\u2014 Les maisons anglaises de commerce de la rue Notre- Dame ont commencé, lundi dernier, à se fermer à 7 heures tous les soirs, Nous regréttons de voir qu\u2019il n\u2019y a que deux maisons canadiennes qui suivent cette règle et ne permettent pas à leurs employés de se récréer et de s\u2019instruire en méme tems.\u2014 Les Mélanges Religieux d\u2019hier soir nous apprennent qu\u2019au moment de mettre sous presse ils recevaient des nouvelles bien chagrinantes sur lu santé de Messire Pa-.quin ; qu\u2019il avait reçu les derniers secours de la religion et qu\u2019on désespérait de pouvoir le conserver.\u2014 La rumeur met tout en émoi par le tems qui court et va sans dire qu\u2019il s\u2019agit tout bonnement d\u2019élection cette fois-ci.Quoiqu\u2019on ait encore rien de bien certain quant à leur époque, il paraît plus.que probable qu\u2019elles auront lieu d\u2019ici au mois de janvier.On parle de plusieurs changements dans la représentation du pays en chambre.On annonce l\u2019honorable Lafontaine et B.Ho mes, écr.ci-devant caissier de la banque de Montréal, comme les candidats réformistes pour la ville de Montréal.Ce serait certainement deux députés dignes de représenter notre capitale ; leurs opposants seraient, dit-on, MM.Moffatt et Gugy, la créme du toryisme.On parle de MM.Chabot et Drummond comme se retirant de la vie publique, on n\u2019annonce encore personne comme devant remplacer le premier, mais ce dernier le serait, suivant la rameur, par M.Belleau qui a toutes les chances du succès.M.Viger ne briguera plus les suffrages des électeurs des Trois-Rivières et M.Turcotte, dit-on, tenterait ces derniers qui pourraient bien remplacer un ex-président par un futur solliciteur.On dit de pus que M.Morin se présentera au comté de Terrebonne ; que M.Taschereau opposera M.Belleau ; que M.Rhé- aume opposera M.Cauchon à Montmorency.Quant à ce dernier comté, nous aimerions bien à savoir pourquoi un réformiste comme M.Rhéaume irait opposer un des plus chauds et plus zélés de nos députés parlementaires.® Sera-cc pour encourager la désunion dans les fangs réformistes ?ou pour propager l\u2019ancien régime de jalousie personnelle entre les homines d\u2019un inême parti?Non, nous espérons qu\u2019il n\u2019en seÿg rs si et que la rumeur se trompe quant à ce comté.Emstitut-Canadien.Séance du 18 novembre, 1847.M.J.Huston, le nouveau Président, occupait le fauteuil.° , ; L\u2019essayste étant abeent, il n\u2019y eût pas d\u2019essai de lu.Question discutée: « L'établissement de communautés religieuses \u2018en grand nombre peut-il contribuer à l\u2019avancement d\u2019un pays?\u201d 4 MM.Labréche-Viger, Doutre et Laberge parlèrent pour le côté affirmatif de la question.; MM.R.Laflamme, Blanchet et Papin parlèrent ex faveur du côté négatif.: La question mise aux voix fut décidée dans l\u2019affirmative à une grande majorité.; ew M.R.Laflamme promit un essai pour 15 jou Question choisie pour la même séance : \u2018 \u201c Le principe d\u2019exclusion des étrangers, dapsla société canadienne-française, peut-il être avantageu® à la nationalité canadienne-française ?\u201d oO.; Après les affaires de régie inées, le Dr.Robes Nelson, de New-York, gut éju gpubre honoraire de | f= titut.Trois nouveaux membres actifs A dame membres correspondants furent adypis, et e s\u2019ajourna.~ A la jeune classe mercantile.Jeuncs confrères, Je ne saurais vous exprimer le plaisir que je ressens de pouvoir vous adresser quelques mots dans les colonnes de ce journal, non pas pour y publier des conseils, car mon jeune âge m\u2019oblige de trop en demander, mais pour traiter ensemble sur un article important pour notre classe, qui, tous les jours, s\u2019agrandit selon les progrès du commerce.Je n\u2019aurais pas à me féliciter de ce tonheur, si le hazard n\u2019eût permis que je fisse connaissance d\u2019un ami (qu\u2019il me permette de dire ainsi) aussi confrère d\u2019état, qui, par ses talents et son noble dévouement à la cause de la jeunesse, particulièrement à celle de notre jeune classe mercantile, me rappela, par quelques paroles, ce devoir imposé à tous les cœurs zélés pour son avancement et ses progrès, en semplant me dire : Que la jeunesse s\u2019unisse et travaille unanimement à effectuez, établir, et soutenir son bien-être.Je me sentis indigne\u201d de cette noble tâche, et lui communiquai mon incapacité ; encore il semblait me dire : essayez, et vos petits efforts ne seront pas comptés pour rien.\u2014 Son zèle, et celui de ses confrères qui ont soutenu ce journal, malgré les sacrifices dont leur dévouement a été la cause depuis son apparition, me frappa, et me porta à m\u2019unir à eux en rédigeant le présent article, pour lequel je vous demande indulgence.Mon peu d'habitude à écrire me fait espérer grâce pour les fautes de style qu\u2019il contient.Le dernier numéro de l\u2019.Avenir contient un article de la plus haute importance pour notre classe.C\u2019est l\u2019article commentant l\u2019invalidité des objections à fermer les boutiques et les magazins à uue heure établie, durant un certain tems, afin d\u2019accorder aux commis-marchands le tems de s\u2019instruire, chose qui leur serait très nécessaire, car il n\u2019y a pas à nier le besoin qu\u2019a notre classe d\u2019étudier, pour s\u2019éclairer davantage, ou pour pratiquer ce qu\u2019elle sait déjà, si elle ne veut pas l\u2019oublier entièrement.L\u2019Avenir, entièrement dédié à la jeunesse, a rempli son devoir envers elle en cette occasion, et il ne reste plus qu\u2019à nous intéresser à notre sort si nous voulons nous procurer l\u2019avantage de l\u2019éducation.Oh ! s\u2019il en dépend ainsi de nous, faisons donc des efforts immédiata, pendant qu\u2019il en est encore tems, pour arriver au but que nous nous sommes imposés d\u2019atteindre, et que nous attendons tous avec impatience.Soyons persuadés qu\u2019it sera d\u2019autant plus glorieux que nous y aurons mis de travail et de sacrifices.Prenons fermement la résolution de bien profiter de tous les instants qui nous seront donnés, pour nous procurer cet avantage de l\u2019éducation.Que ceux de nous qui ont besoin d\u2019école promettent d\u2019employer le tems qui s\u2019écoulera depuis sept heures du soir jusqu\u2019à une heure raisonnablement avancée, uniquement à ccla.Que ceux qui sont plus avancés et tous autour de nous, ne l\u2019étant pas déjà, se hâtent de s\u2019enrôler sous la bannière de l\u2019Institut-Canadien.C\u2019est là la meit- leure école mutuelle que l\u2019on puisse recommander, Qu'ils promettent venir passer la soirée à son cabinet de lecture, et tous trouveront là des journaux et des livres pour s\u2019instruire ou s'amuser.Que tous assistent aux séances de discussions qui ont lieu tous les jeudis de chaque semaine, et que ceux qui le peuvent prennent part à ces discussions.Que ceux qui le peuvent se fassent Ja résolution et s'imposent la noble tâche d\u2019employer leur temps à aider les rédacteurs de l\u2019Avenir, par la rédaction d\u2019articles instructifs, et alors ce journal, devenant plus fermement l\u2019organe de la jeunesse, le proté- gera, et fera connaître ses besoitis Enfin que ceux qui Ù
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