Le Quartier latin, 11 mars 1969, mardi 11 mars 1969
[" 3° LE QUARTIER LATIN VOLUME LINO 23 MONTREAL, 11 MARS 1969 \\ É 0) 2 1 & fe \u2014- l'indépendance .od ee l'université ü les procès politiques le terrorisme du cinéma ; Pa -w PAGE:2 / LE QUARTIER LATIN \u2014 11 MARS 1969 Cette année, le Ministère de l'Education s'est attaqué au niveau universitaire.En plus d\u2018une loi sur les investissements universitaires et de la création du Conseil des Universités, auxquels viennent s\u2019ajouter des organismes consultatifs tels que la Conférence des Recteurs, il créait en décembre l\u2019Université du Québec.La loi de l\u2019Université du Québec, qui a été peu analysée jusqu'ici, implique cependant une série d'options déterminantes pour l\u2019avenir de l'enseignement universitaire au Québec.Voici la description de l'Universi- ie du Québec telle que créée par le Bill Le statut de l\u2019Université du Québec.L Université du Québec est une corporation publique autonome.Ses liens avec l\u2019Etat sont les suivants: le Gouvernement a pris l'initiative de sa création, il nomme son recteur et un certain nombre d\u2019officiers, il donne les chartes des universités ou instituts constituants, il en assura le financement, il sanctionne ses règlements par publication dans \u201cLa Gazette\u201d.De plus, le Parlement est saisi chaque année d'un rapport général de l'Université qui comprend entre autres les budgets.C\u2019est donc un réseau parallèle aux universités existantes.Les buts de l'Université du Québec.L'Université du Québec sera une université complète, dispensant tous les ni- L'Université du Québec telle que la loi (bill 88) la crée.veaux d'enseignement et de recherche universitaires.Elle accordera cepend-nt une priorité à la formation des maît 3.aux sciences de l'administration et à l'éducation des adultes.La structure administrative de l\u2019Université du Québec.L'Université du Québec sera un réseau décentralisé, géographiquement et administrativement, d'universités, d'instituts de recherche et d\u2019Ecoles supérieures de niveau universitaire.Décentralisation géographique, parce que les unités constituantes peuvent être situées n'importe où dans le Québec (au début, à Montréal, Trois-Rivières, Chicoutimi et Rimouski).Décentralisation administrative, parce que l\u2019Université du Québec conserve une assez .grande autonomie face à l\u2019Etat et les unités constituantes une autonomie relative face à l\u2019Université du Québec, chacune d'elles étant une corporation avec son conseil.On obtient la structure suivante: Les décisions prises par l\u2019Assemblée des Gouverneurs et le Conseil des Etudes lient les universités constituantes.La décentralisation est donc surtout géographique.En présentant la loi, M.J.-Jacques Bertrand résumait ces structures de la façon suivante: \u2018\u2019Tandis que l'Université française est une école d'Etat dans une structure hiérarchique et centralisée, tandis que la \u2018\u2019State University\u201d américaine est une corporation publique, décentralisée par rapport à l\u2019État mais centralisée dans sun organisation interne, l\u2019Université du Québec est une corporation publique, décentralisée par rapport à l'Etat, décentralisée dans son organisation interne mais regroupée par des organismes communs de concertation\u201d.Organisation de l'Enseignement et de la Recherche.L Université du Québec se veut nouvelle par la modernisation de sa structure d'enseignement et de recherche.De façon globale, les facultés sont disparues.Les départements n'existent qu'au niveau des professeurs: ce sont des équipes de professeurs dans une discipline donnée.L'étudiant du premier cycle s'inscrit dans un module ou programme d'étude interdisciplinaire.Les modules sont regroupés en familles.Au niveau post-gradué, l'étudiant s'inscrit à un Centre de Recherche.La philosophie de l\u2019Université du Québec.Dans son discours de présentation, M.Bertrand explique clairement que la philosophie sous-jacente à l'Université du Québec en est une de modernisation et d'adaptation de l'enseignement universitaire à la société technologique nord-ame- ricaine.\u201c\u2019L Université du Québec, affir- me-t-il, est un organisme qui marquera l\u2019avenir de la collectivité québécoise.Dans l'immédiat, elle permettra de créer de nouveaux établissements universitaires, de décentraliser en diverses régions les services d'enseignement supérieur, de donner à la formation des maîtres un cadre nouveau, un souffle nouveau et un statut universitaire, d'aménager au Québec |'université nouveiie dont nous avons besoin pour répondre aux exigences de notre développement.A moyen terme, l'on peut envisager que l\u2019Université du Québec réalisera plus que cela.Elle peut devenir l\u2019un des plus importants de nos instruments Collectifs de développement (comme le sont l\u2019Hydro-Québec, 1 a SGF, la Caisse de Dépôts).Dès le départ, il faut compter que le dynamisme des universités constituantes, nouveaux établissements en plein développement, apportera à l\u2019Université du Québec un élan considérable.Mais l\u2019on doit aussi envisager que l\u2019Université du Québec prépare la mise sur pied l'institut de recherche, à vocation provinciale, qui pourront devenir le point d'appui des activités de recherche du Gouvernement, des entreprises et de toutes les universités qui voudraient y collaborer.Si l'Université du Québec pouvait réussir à constituer le point de jonction du monde universitaire, de l'entreprise et du gouvernement à propos de recherches qui engagent l'avenir du Québec, elle aura fait une contribution capitale à L'édification d'un Québec for et dynamique.\u201d MINISTERE ASSEMBLEE DES GOUVERNEURS 1 Président, par ETAT 2 étudiants, par étudiants.Recteurs des univ.constituantes.3 du milieu, par ETAT 3 des instituts ou écoles, par ETAT 4 vice-présidents, par Assemblée.3 professeurs, par professeurs.lenviron) 20) EXEJCUTIF AUTRES CONSEIL DES ETUDES Président COMMIS.DE PLANIF.wa, COMMISS.MEMBRES: Président 36 membres de l'assm V.-Prés.a I'ens.et a la recher.biée nommés par l\u2019as- les recteurs(ou représentants) semblée.Formée par Formée par 4 membres de l'assemblée l\u2018assemblée l'assemblée 3 profess.par les profess.des gouver- des gouver- 3 étudiants, par étudiants neurs, neurs.Sujets: enseignement, recherche, pédagogie, admission, promotion, professeurs.UNIVERSITES CONSTITUANTES INSTITUTS de RECHERCHE ECOLES SUPERIEURES MONTREAL TROIS-RIVIERES CHICOUTIMI RIMOUSKI ?pt ?CONSEIL FD'ADMINISTRATION - Recteur (par ETAT) 2 par étudiants ; commis.2 par assemblée 1 par CEGEP commiss.études 3 par professeur 3 par MILIEU plan.EXECUTIF Même si elle doit se mettre en marche en septembre prochain, l\u2019Université du Québec tarde à s'organiser.Les échéances ent d'abord été devancées sous la pression de la contestation d'octobre.Ensuite, des raisons politiques retardent la nomination des Gouverneurs.Le président n'a été nomme que récemment, car le caucus de l\u2019Union Nationale a écarté les candidats qui avaient été approchés: Gérin-Lajoie, ocher, et une couple d'autres.Trois verneurs seulement sont nommés à late.Devant ce retard, les cing_institutions qui composeront l'université constituante de Montréal se sont groupées en un Comité de Régie pour préparer la rentrée de septembre.Ce comité de Régi vient d'être mandaté par le Ministère.Bus.à cause des retards toujours, le ouvernement ne pouvant créer immédia- L'UNIVERSITEDU QUEBEC DEPUIS LE BILL 88.tement.la Corporation qui intégrerait les cing institutions montréalaises (Ste-Marie, École normales Jacques Cartier, Ville- Marie et d'Enseignement technique, Ecole des Beaux-Arts), on a décidé de procéder par contrats de services.Ainsi, Ste-Marie annonçait la semaine dernière qu\u2019il se libérait de tout enseignement autre \u2018universitaire et passait, par un contrat service avec l'Université du Québec, ses cadres, ses hommes, ses programmes et ses enseignements.On saisit immédiatement le danger de tels procédés: des institutions trés mai intégrées gardant à toutes fins pratiques leur autonomie; des enseignements assez mal intégrés aussi, sauf peut-être dans le cas de Ste-Marie qui a fait faire de nombreuses études depuis quelques années et qui possédait une structure d'enseignement (par programmes d'études) qui se rapproche beaucou des modules.D'après les calculs de M.Gingras, Recteur de Ste-Marie, l\u2019Université du Québec comptera en septembre environ 7,000 étudiants, dont environ 3,500 places nouvelles.Ste-Marie est prêt à fournir les sciences humaines, les sciences de l'administration, les sciences, et la formation des maîtres, désormais composée de deux années dans une spécialité plus une année de psychopédagogie.On ignore encore ce que seront les contrats service avec les trois écoles normales et l'Ecole des Beaux-Arts et ce que ces institutions prévoient de donner.[| paraît ue la Corporation de l'Université du ébec à Montreél serait prochainement formee, mais il a semblé nécessaire de procéder ainsi parce que le temps pressait si l\u2019on voulait organiser les admissions et dL l'enseignement pour septembre, et engager les professeurs.Ces retards du Gouvernement, qui ont laissé libre jeu au Comité de Régie créé à Montréal et grâce auquel les institutions concernées semblent bien dicter en bonne part leurs volontés au Gouvernement, sont dûs à des raisons politiques et à des saisons financières.Les memes embét ments sembent se reproduire à Trois Rivières et à Chicoutimi, où les débuts risquent, semble-t-il, d'être plus que modestes et périlleux, à Chicoutimi surtout où il y a crise de locaux.On note une fois de plus les conséquences graves de l'absence de Gouverne- lent dont souffre actuellement le Qué \u201c.Te L'Université de Montréal face à l\u2019Université du Québec Il y a quelques semaines, M.Guy Lord, dans une série d'articles dans la Presse, prêtait à l\u2019Université de Montréal l'intention de s'orienter principalement vers les études et la recherche postgraduées et de devenir une université d'élite très sélective, abandonnant à (\u2018Université du Québec l'enseignement du premier grade à des masses d'étudiants moins doués.A la suite de ces articles, auxquels les lenteurs de démarrage de l\u2019Université du Québec donnaient une certaine vraisem blance, l'Administration de l'Université de Montréal tentait d'expliquer sa position lors d\u2019une Conférence de Presse.L'Administration affirmait qu\u2019elle désirait la création de la seconde université française à Montréal, qu'elle entendait que cette université soit complète et dispense donc tant la recherche et les études postgraduées que le prems - cycle, quelle offrait sa collaboration - .la mise sur pied de cette université .velle, et enfin, qu'elle continuerait à : une université publique et démocrati- avec aucune intention de restreindre ».\u201ca+; mn que ce soit ses programmes .LLY tement comme l'indique d'ainteurs son insistance croissante sur l'éducation permanente et la recherche appliquée.Si nous avons une vocation propre à suivre, expliquait le Recteur, et un rayonnement particulier à exercer au plan national et intesnational, cela découlera tout naturellement du degré d'excellence que nos professeurs et nos étudiants auront atteint.\u201d Toutefois, ces déciarations de princixe ne sauraient dissiper toute inquiétude.Dans les déclarations antérieures de l\u2019Administration face à l'Université du Qué- Sec, notamment dans la lettre du Recteur au Ministre Cardinal en septembre dernier, il est b ien clair que l\u2019Université de Montréal envisageait de jouer un rôle prépondérant dans la création de la seconde université française de Montréal; il y etait question d'un second campus sous la direction de l\u2019Université de Montréal ou d'un parrainage de celle-ci à l\u2018égard de celle-la au plan des programmes, des diplômes et des nominations.Devant la décision du Gouvernement de créer un réseau parallèle entièrement autonome face aux Universités existantes, l\u2019Universi- te de Montréal se contente d'offrir encore des services, mais ses offres n'ont pas encore reçu de réponses.Devant cette fruscation, la tentation sera grande de bouder les jeunes universités constituantes de l'Universtié du Québec et de faire, de toutes sortes de façons, la gorge chaude devant ces débutantes.Une occasion leur sera d'ailleurs fournie dès cette année de leur couper un peu l'herbe sous le pied avec les retards que met l\u2019Université du Québec à démarrer, en opérant un écremage des demandes d'admission et des professeurs.Le vice- recteur Lacoste n'a d'ailleurs pas caché, lors de la Conférence de Presse, que l\u2019Université revisait actuellement ses plafonds d'admissions dans plusieurs facultés en fonction, paraît-il, des possibilités d\u2019un marché de travail par ailleurs impossible à évaluer précisément.Il faut se rappeler que cette année débute ce œu\u2019on appelle la \u201cdouble promotion\u201d, i.e.les doubles classes de finissants occasionnées rar l\u2018in- tioduction, il a deux ans, d'un cegep de deux ans au lieu d'un collégial de trois ans.L'Université du Québec peut compter sur l\u2019action particulière du Gouvernement et sur un engouement de nombreux professeurs et étudiants, déçus des universités traditionnelles, qui espèrent à tort ou a raison un nouvel essor de la vie universitaire avec l\u2019Université du Québec.Mais il n'est pas douteux que les vieilles universités vont tabler sur leur expérience et leur avance dans divers secteurs pour tenter de gagner la course.Elles sont à rder à l'oeil si on ne veut pas voir échouer l'intervention de l'Etat dans le niveau d'enseignement universitaire par la création d'un réseau complet d\u2019études universitaires publiques.HET DOCUMENT Un groupe de travail a réuni en France des personnalités universitaires et des étudiants de différentes disciplines.À la suite de longues discussions, il a élaboré une sorte de charte de l\u2019Université.Il est intéressant de comparer cette charte avec la loi qui institue l'Université du Québec.Nous vous présentons le préambule de ce texte particulièrement caractéristique du courant de contestation.Les structures tutures doivent permettre un renouvellement et une contestation qui revêtiront un caractère permanent.Trois principes fondamentaux, d\u2018emblée, se sont imposés: contestation, autogestion, autonomie.CONTESTATION L'Université est un centre de réflexion permanente qui permet la contestation du savoir, de la société et d\u2019efle-même.La transmission du savoir ne peut être celle d\u2019un savoir sclérosé: la recherche, par vocation, remet en cause tout savoir pour le renouveler.Elle ne peut qu'être critique des connaissances acquises et par conséquent des finalités de la vie économique et sociale, nécessairement liées aux formes du savoir.Cette contestation doit déboucher sur une action concrète.Les conflits entre les conceptions que la recherche met en question et celles qu\u2019elle elabore sont inévitables.L'Université ne peut accepter d\u2019être l\u2019entreprise moderne qui fabriquerait les cadres que lui demanderait la société: il lui faut apprécier clle-meme ies besoins qu'elle satisfait, les orienter et les créer, choisir librement ses activités d'enseignement, de recherche et de formation.D'autre part, elle se doit de contribuer à NOUVELLE la définition de l\u2019avenir de la collectivité nationale.L'enseignement supérieur doit, par des représentants élus dans toutes les instances d'élaboration du plan de développement économique et social, apporter son concours à la prospective et à la prévision selon ses critères qui ne sont pas nécessairement ceux de la rentabilité économique.Un nouveau type de rapports doit ainsi s'établir entre l\u2019Université et la société et donner progressivement son sens au devoir de contestation de l\u2019Université.À l\u2019égard d'elle-meme ce devoir de contestation implique que les étudiants et les enseignants puissent remettre en cause régulièrement et en toute liberté le contenu et fes formes de l\u2019enseignement.La liberté d'information politique, l\u2018information et les débats librement organisés dans l\u2019Université entre étudiants, enseignants et travailleurs, sont indispensables a cette contestation.Un ensemble de règles intérieures à chaque établissement d'enseignement supérieur doit garantir ces principes ainsi que ta présence et la libre expression des minorites.AUTOGESTION Cette contestation permanente ne peut être le fait des seuls enseignants ou des seuls étudiants.Elle provient de l\u2019ensemble.Un nouveau rapport entre étudiants et enseignants, déjà pressenti dans les commencements actuels, doit se définir progressivement à cette fin.Ce rapport doit notamment se traduire dans la conjonction systématique de l'enseignement st de la recherche, dans l'association des etudiants avancés à cette double activité et dans l'autogestion des établissements d'enseignement, cette autogestion confiant à tous les échelons le INTRODUCTION pouvoir de conception et de décision aux étudiants et à tous les enseignants.AUTONOMIE Le pouvoir de conception et de décision dus étudiants et des enseignants serait illzisoire si l\u2019enseignement en général et ses êtablissements n'étaient autonomes, ce qui impiique que soit laissée à chacun la responsabilité de ses affaires propres.Cette responsabilité ne peut se concevoir sans l\u2019institution d'organismes qui sont capables de neutraliser les forces extérieures qui, avec la complicité de certains universitaires conservateurs et technocrates, pourraient déposséder en fait étudiants et enseignants du pouvoir de conception et de décision en tout ce qui concerne le fonctionnement de l\u2019Université.D'autre part, la révolte légitime contre une centralisation de type napoléonien ne doit pas faire oublier que l'autonomie ne peut commencer que par l'instauration d\u2019un pouvoir proprement universitaire capable de s'imposer ses propres règles et d'en assurer le respect.L'existence d'une autorité centrale, émanation directe du pouvoir politique, étant récusée, ce pouvoir suppose une organisation allant de la base au sommet, une coopération entre établissements se complétant mutuellement, coordonnant leurs vocations et leur fonctionnement en se fédérant au sein d'instances de niveaux de plus en plus élevés.Assurer la contestation par l'ensemble des étudiants et des enseignants suppose donc au départ une organisation autonome fédérative.Cette organisation ne pourra se définir que progressivement, mais il convient d'en fixer le cadre sans tarder.Deux faits autour desquels s'articule la réalité de l'Université du Québec s'imposent d'emblée comme décisifs quand on aborde la question de sa création.Le premier est une véritable émergence de la collectivité à l\u2019Université.Avec la création de l'Université du Québec, un réseau complet d'enseignement public est constitué et par lui s'établit l'esprit nouveau d\u2019un enseignement et d'une recherche communautaires, dans le sens national de ce terme.La démocratisation de l\u2019enseignement collégial a rendu l'instruction populaire, dans les deux sens du mot, et entraîne dans son sillage la démocratisation de la société entière: la création de l\u2019université publique vient achever ce processus en portant la vague jusqu'aux rives du monde du travail et des affaires publiques.Le deuxième fait est d'ordre pratique.L'Université se décentralise géographiquement et les centres constituants s'enracinent dans leur propre milieu géographique, économique, social et culturel.De ce second fait se dégagent des notions importantes qui ne seront pas sans effet sur le développement ultérieur tant de l\u2019Université que de la société: ces notions prennent forme dans la loi qui crée l'Université du Québec et en déterminant le fonctionnement original: il s\u2019agit de l'autonomie et de l\u2019idée d\u2019une structure de concertation.Ainsi répond à la décentralisation géographique la décentralisation administrative tant par rapport à l\u2018\u2019Etat qu\u2019à l'intérieur meme de l\u2019Université du Québec.L'EMERGENCE DE LA COLLECTIVITE DANS L'ÉDUCATION.Le phénomène le plus frappant dans lequel s'inscrit toute la réforme de l\u2019enseignement vers l'élaboration d'une Université nouvelle est l'apparition d'un esprit nouveau qui tire son origine de la démocratisation de l'enseignement et de son évolution vers une forme populaire de l'étude et de la recherche qu\u2019on vient à concevoir comme une activité nationale faisant éclater l'unanimité.Il y a une certaine euphorie collective, un certain plaisir dans ce phénomène qui dirige les foules vers les CEGEP et l\u2019université publique et l\u2019engage dans l'étude et la recherche constante et variée pour favoriser l'épanouissement du Québec.Le fait déterminant est le caractère public de l'éducation.Voilà que du secondaire au collégial, du collégial à I'université le réseau étudiant circule librement, toutes cloisons distoquées, et que le monde étudiant s'ouvre à son tour et embrasse la quasi-totalité de la population.|! y a une aération qui fait sentir pour la première fois à la population un vent de changement qui transporte le milieu entier.Pour la premiére fois naît l'espoir d\u2019un dégagement du peuple de son carcan de colonisé.Avec ia réforme de l\u2019éducation tout semble s'ouvrir et s'éclairer enfin.Les campus fermés, les cours d'élite cèdent sous le souffle d'une vaste génération montante.D'une façon générale on peut dire qu'une vaste calsse étudiante est en train de se former et qui ne reçoit pas dans son sein que la classe ordinaire d'étudiants: aujourd'hui tout le monde est convié et l'on sent sous la recherche d'une formation personnelle comme la force de tout un peuple qui monte.L'Université du Québec achève le processus de démocratisation.Son caractère public se révèle comme quelque chose de Décessaire chez nous et d\u2018attachant a la ois.LES STRUCTURES DE L'UNIVERSITE.L'Université du Québec nous offre l'exemple assez étonnant d\u2019une structure administrative et d'une conception de l\u2018acquisition du savoir qui tient d\u2019un souci de souplesse visant à imprimer à une institution vouée à la recherche et à l'avancement son caractère otpimum de rendement: la mobilité.Mobilité des structures administratives, d'abord, qui.se fonde sur la décentralisation du pouvoir par l'autonomie de chacune des institutions constituantes de l\u2019Université et sur une concertation de celles-ci pour instituer le niveau supérieur de l\u2019autorité.Mobilité des programmes d'études, ensuite, qui élimine le cadre rigide des facultés et permet aux professeurs de travailler en commun dans une meme discipline, à la fois au plan de la recherche et de l'enseignement, et aux étudiants de circuler à l'intérieur d\u2019un programme souple auquel l'orientation seule impose un cadre.Ainsi pour les uns et les autres est assuré le caractère multi-disciplinaire de la fonction universitaire et sont développés le sentiment d'appartenance et la motivation. # Comment se structure l\u2019Université du Québec?Celle-ci apparaît comme un organisme composé dont la structure est décentralisée et agit comme un instrument de concertation.Par rapport à l'Etat, l\u2019Université du Québec est décentralisée parce qu\u2019elle jouit d\u2019une autonomie complète quant à ses programmes d'études, à la gestion de ses biens et de son personnel, bref à la poursuite de ses fins.Il s'agit donc d'une corporation publique distincte de l'Etat et n'étant pas plus soumise envers lui que ne le sont les universités actuelles.Dans son organisation interne, la décentralisation est assurée par l'autonomie de gestion des universités constituantes.Les contrôles par une autorité supérieure demeurent l'exception et visent à assurer la cohérence de l\u2019ensemble.De plus l'organisme central de l\u2019Université du Québec n\u2019est pas étranger aux unités constituantes: il leur appartient et constitue leur outil commun de concertation.Nous avons là le second caractère essentiel de la structure de l\u2019Université du Québec.Cette structure de concertation protège l'autonomie des unités constituantes et en est le prolongement.Voici comment apparaît l\u2018Université du Québec.En soi l\u2019Université du Québec est un organisme d\u2019enseignement supérieur et de recherche qui a pour fonction d'assurer des services diversifiés en nature et distribués géographiquement: ce morcellement des unités constituantes est coordonné dans un cadre commun, Nous avons là deux choses: d\u2019abord une autonomie des universités et des écoles constituantes de par leur nature diverse et ieur lieu particulier, ensuite une intégration de cette diversité dans une unité d'ensemble supérieure.Cette notion d\u2019une autonomie sur laquelle rayonne une instance supérieure mérite certainement examen.Que veut-on entendre par autonomie des universités constituantes et jusqu\u2019où cette notion d'autonomie est-elle vraie?Quels pouvoirs sont véritablement laissés à chacune des universités constituantes?En d'autres mots, les centres universitaires ont-ils vraiment un pouvoir de conception et de décision en tout ce qui concerne le fonctionnement de l\u2019université, comme le dit l\u2019allocution du premier ministre sur la création de l'Université du Québec?La genèse d\u2019une université constituante en illustre très bien le fonctionnement et le statut.Au départ l\u2019Université du Québec initie et soutient le développement de nouveaux centres universitaires, selon que les besoins de la population et du milieu l\u2019exigent, jusqu\u2019à ce que les travaux préparatoires soient suffisamment avancés pour justifier l'émission d'une charte d'université constituante, d'école supérieure ou d'institut de recherche.Au fur et a mesure que les éléments constituants sont créés, leurs recteurs, professeurs et étudiants siègent .à l'Assemblée : des gouverneurs de l\u2019U- ip SAGE4:/ LE:QUARTIER:LATIN \u2014 11:MARS1969 I-LES STRUCTURES ADMINISTRATIVES niversité du Québec et participent directement a la définition des politiques d'ensemble du réseau ainsi constitué.Au-dessus donc du statut d\u2019autonomie, qui détermine le principe de décentralisation interne, il y a la structure de concertation.Cette notion de structure de concertation est remarquablement souple et très ambigüe à la fois.L'Université du Québec est une structure de concertation en ce sens que les éléments constituants, bien que distincts les uns des autres, participent directement aux décisions de politi- gue générale, dans le cadre d\u2019instruments qui leur sont communs et qui sont: l'Assemblée des gouverneurs, le Conseil des études et la Commission de planification.En d'autres mots, c'est le principe de la communion des saints érigé en structure administrative.Tout se passe com me si l'assemblée de ces institutions, douées chacune d\u2019une personnalité particulière, coimposait néanmoins un ensemble uniforme et, pour ainsi dire, moyen.À l\u2019Université du Québec c\u2019est le règne de l\u2019osmose.À côté donc de l'hétérogénéité des unités apparaît l\u2019idée d'interdépendance et d'intégration de ces éléments qui ne prennent.leur forme que l\u2019un par l'autre.\u2018\u2019L\u2019organisme central, chargé d\u2019assurer la cohérence d'ensemble, le développement ordonné, la meilleure affectation et la meilleure utilisation des ressources est un instrument collectif au service des parties constituantes.L'aspect essentiel de ce type de structure est de permettre que les règles générales régissant toute l\u2019activité de l\u2019Université du Québec soient élaborées en commun dans un cadre auquel participent directement tous ceux qui constituent l'Université du Québec.\u201d Allocution du premier ministre.En conséquence, point de centre extérieur à la structure qui viendrait comme un élément étranger injecter des directives à l\u2019intérieur de l\u2019organisme: le pouvoir de l\u2019Université du Québec émane d'elle-même par une structuration de ses éléments composants.En somme la loi institue entre tous les centres universitaires distincts une relation d\u2019ensemble qui les oblige à mutuellement s\u2019éclairer et se constituer.On le voit, cette structure est remarquablement souple et extrêmement ingénieuse.En fait, c\u2019est le comble du fonctionnement naturel.D'une part l'autonomie est le gage d'un développement et d'un caractère en harmonie avec le milieu géographique, social et culturel où l\u2019université s\u2019enracine, d'autre.part l'union en une instance supérieure assure la cohérence de l\u2019ensemble en harmonie avec le milieu québécois, ses aspirations et son dynamisme.Pourtant certaines dispositions de la loi ne vont pas sans piquer un peu-notre mefiance et noûs empê- sa cher de sombrer dans un sommeil euphorique.Il est admis que la décentralisation interne implique que la règle de l\u2018autonomie s'applique en principe et que les contrôles par les autorités supérieures demeurent l'exception.On peut, grosso modo, classer ces contrôles sous trois chefs: ce sont les matières qui sont nécessaires pour assurer la cohérence de l\u2019ensemble, une meilleure allocation des ressources et une stratégie ordonnée de développement.Il saute aux yeux que la bonne administration et la planification de l\u2019enseignement exigent un contrôle d'ensemble dans ces trois domaines.C\u2019est une orchestration trop nécessaire pour qu\u2019on puisse en douter.Pourtant un point reste vague: c'est cette cohérence de l\u2019ensemble qui étonne.Voilà un mot dont l'aire sémantique est loin d'être limitée, c'est le moins qu\u2019on puisse dire.La cohérence est une exigence qui peut devenir tyrannique et couvrir tous les abus.Et comme par hasard, dans la loi qui crée l'Université du Québec, elle se trouve à atier drôlement loin dans son application.Voyons l'article 41 qui donne au Conseil d'administration de l\u2019université constituante le pouvoir de constituer \u2018\u2018une commission des études dont la tâche principale est de préparer les règlements internes relatifs à l\u2019enseignement et à la recherche.\u201d On peut se demander quels sont les pouvoirs de cette commission des études.On est éclairé quand on lit que cette création est faite sous réserve des règlements généraux de l\u2019article 19.Cet article décrit les pouvoirs du fameux Conseil des études (l\u2019un des trois organismes supérieurs dont les contrôles \u2018\u2018demeurent l'exception\u2019) qui consistent à préparer les règle- n:ents généraux applicables aux universités constituantes.Or ces règlements contiennent tout: l\u2019organisation de l\u2019enseignement et de la recherche, la structure des program mes, les pouvoirs de la commission des études des universités constituantes, écoles supérieures et instituts de recherche.Voilà notre autonomie qui prend un rude coup.Cela donne ni plus ni moins aux autorités supérieures tout pouvoir en ce qui concerne les structures et les développements et laisse aux unités constituantes à déterminer les seuls contenus, c\u2018est-à-dire à voir à l\u2019application des principes.N\u2019est-il pas étonnant, quand il s\u2019agit d'un domaine comme les programmes d\u2018enseignement, qu\u2019on néglige de voir à quel point des structures jouent un rôle déterminant sur le contenu?N\u2019est-il pas extraordinaire qu\u2019on néglige de nuancer cette matière et de prévoir des mecanismes où l'autonomie ne serait pas en danger d\u2019être.atteinte?Car dans cette matière, c'est le développement intellectuel d'un centre universitaire qui peut être sévèrement restreint.Et cela Whe Voilà-donc-l\u2018autogestion des universités fortement entamee.La fameuse décentralisation ne concernerait plus en pratique que \u2018la bonne administration interne\u201d, à savoir le fonctionnement des rouages administratifs de façon à assurer l\u2019application des projets émis en haut lieu par l\u2019Assemblée des gouverneurs, le Conseil des études et la Commission de planification.En fait on peut bien se poser la question sérieusement, de savoir en quoi, en dernière analyse, les universités constituantes diffèrent des universités actuelles, et si cette différence, loin d\u2019être dans l'autonomie tellement vantée ne serait pas plutdt dans une centralisation des décisions qui concernent toute l'orientation des universités.Dans cette loi si remarquable par sa souplesse tout est rendu possible, aussi bien une grande autonomie des unités qu\u2019une forte centralisation, aussi bien un élan dynamique dans le développement des sciences qu'un blocage et une entrave de notre croissance, comme malheureusement on est trop habitué de le voir.Le mot de la fin revient, dans cette institution essentielle, aux gens qui la dirigent.Cela nous amène à analyser plus particulièrement la nature de représentation qui prévaut dans la nomination des administrateurs.Les droits et les pouvoirs de l'Université sont exercés par l\u2019Assemblée des gouverneurs.Celle-ci comprend le président de l\u2019Université: il est nomme par le ministre; là comme ailleurs, on a encore, comme on dit, le président qu\u2019on mérite.Viennent ensuite les recteurs des universités constituantes: ils sont nommes par l\u2019Assemblée des gouverneurs; jusqu\u2019à maintenant donc, la représentation n\u2019étouffe personne.Le ministre nomme encore trois représentants parmi les directeurs des instituts de recherche et des écoles supérieures.Enfin cinq personnes, dont trois professeurs et deux êétu- diants désignés par leurs pairs, siègent à l\u2019Assemblée.En dernier lieu, trois personnes du milieu des affaires et du travail sont nommees par le ministre.Cela vient d'être fait.Quant aux conseils d\u2018administration des universités constituantes, ils représentent la même pondération, avec le recteur et deux personnes de l\u2019université, trois professeurs, deux étudiants, une personne désignée par les CEGEP et trois représentants du milieu des affaires et du travail.Bref, nous avons là un échantillonnage à peu près représentatif du milieu universitaire et social.On constate au départ une meilleure répartition des sièges que ce à quoi on nous avait habitués.Il s'établit une administration qui se dégage de la poigne de l\u2019establishment pour s'ouvrir sur le monde de l'enseignement et sur celui du travail.Malgré cette représentation plus vaste et mieux pondérée, on ne peut s\u2019 \u2018empêcher de constateur que (Suite page 14) \u2014LEVESQUE, LIBERATION, NOUVEAU, INDEPENDANCE, AVENIR, LIBERTE, ON NE SAIT PAS ENCORE.\u2014QUi, NON, CA ME TENTE, C\u2019EST TROP TÔT.LE PARTI QUEBECOIS Un des aspects concrets de l\u2019avenir du Québec c'est le Parti Québécois.Le Parti Québécois est un des rares projets collectifs précis qui s'offre aux Québécois et face auquel tout Québécois devra prochainement faire un choix.Nous avons interrogé des gens au hasard sur le campus (en haut de l'escalier roulant), en ville (au métro Berri) et aux Etats Généraux.Ce que nous avons cherché à savoir, c'est l\u2019image spontanée que donnait le Parti Québécois, conscients que les ages sont souvent plus déterm.antes que les idées.Nous avons aussi cherché à savoir, au-delà des idées et des images, quel geste pratique les gens envisagent de poser.Les deux questions étaient donc: Le Parti Québécois, ça représente quoi pour vous, et, dans l'éventualité d'une prochaine élection, voterez- vous pour le Parti Québécois.Vous pourrez juger vous-meme des résultats.Denis Chateauneuf Jean-Claude Dallaire Jocelyne Brault Claude Bertrand Romeo Bouchard LE QUARTIER LATIN \u2014 11 MARS 1969 / PAGE § L'image que laisse le parti québécois dans les esprits de la population montréalaise reste encore très vague et incertaine.C\u2019est du moins ce que nous avons pu retenir des quelques interviews effectuées à une de pointe à la station de metro Berri-Demontigny.Ainsi, à la question \u201cQue pen- sez-vous du parti québécois la plupart des réponses reçues étaient dans le genre: \u2014nous aimerions attendre les élections \u2014actuellement, nous ne savons pas trop trop à quoi nous en tenir \u2014pas maintenant, peut-être plus tard.\u2014étant donné qu\u2019il n\u2019existe pas de parti de gauche, il faut bien se pencher du côté du parti qué bécois \u2014je voterai sans doute pour eux mais à condition qu'ils ne soient pas de nouveaux capitalistes \u2014quant à moi je crois que sans les Anglais, on ne peut rien faire \u2014le parti québécois, ah .oui la prise de tous les pouvoirs \u2014j'aime mieux attendre avant de me prononcer \u2014quand M.Lévesque nous offri- ra-t-il un programme?Il est étonnant que la population montréalaise soit si peu informée.M.Lévesque parlerait-il dans le vide?Peut-être pas, mais nous croyons que le peuple québécois n\u2019a pas encore compris ou peut-être aurait-il peur de comprendre le sens d\u2019une nouvelle orientation politique.Deux traits particuliers semblent se dégager des interviews que nous avons eues.Premièrement nous avons pu constater que la majorité des gens interviewes (qui étaient surtout des individus sur le marché du travail, c\u2019est-à-dire des non-étu- diants) n\u2019étaient pas informés.Ainsi à la question \u2018\u2018que pensez- vous du parti québécois\u201d on associait quelquefois \u201clibération du Québec mais sans trop savoir ce que ce terme comportait d\u2019implications.Deuxièmement nous avons pu remarquer chez plusieurs interviewes un sentiment de crainte à se prononcer pour ou contre ferme- 5 \u201c~ PRGE 6 / LE QUARTIER LATIN \u2014 11 MARS 1969 ment.Ainsi lorsque nous posions la question\u201d s'il y avait des élections, voteriez-vous pour ou contre le parti québécois\u201d.La plupart se refusaient à répondre.La raison qu\u2019ils invoquaient était qu'il fallait attendre, qu\u2019il n'était pas encore temps mais peut-être que oui nous vote rions pour, mais pas tout de suite.Doit-on conclure sur cela que le peuple québécois n\u2019a pas encore compris le sens de ses destinées politiques?ou d'autre part, qu\u2019il manifeste une certaine crainte en face du nouveau, qu\u2019il serait resté encore très conservateur?A L'ESCALIER ROULANT DE L'UNIVERSITE.Nous avons demandé à une quarantaine d'étudiants (de Médecine, Sciences, Polytechnique, Urbanis me, Psychologie) l\u2019image qu\u2019ils se faisaient du Parti Québécois et s\u2019ils voteraient pour ie parti à de prochaines élections.Les images qui sont revenues le plus souvent sont: nouveau, social, dynamique, honnête, bonne chose, c\u2019est mon parti, avenir, libération, séparatisme, indépendance, Léves- que, liberté, nationalisme, québécois.Quelques uns avouent être au courant, en général des étrangers.Témoin, cette réflexion: \u201cJ'imagine que c\u2019est un parti politique.Personnellement, je m\u2019intéresse très peu à la politique étant étrangère et disons que j'ai d'autres préoccupations; d'ailleurs, ici, la politique est très difficile car il y a beaucoup de contradictions et d\u2019op- itions dans les différents mi lieux\u201d (Sciences de l\u2019Education).Quelques autres ne veulent rien savoir du Parti Québécois.Quant à voter pour le parti ébécois, I'indécision est remarquable chez la majorité.L\u2019expression qui revient le plus souvent est: \u201cCa me tente\u201d.On répond également: \u2018\u201cProbablement\u201d, \u201cIl y a de grosses chances\u201d, \u2018Ca dépend\u201d, \u201cJe ne suis pas certain\u201d\u2019, \u201cJe ne sais pas je n\u2019y ai pas encore pensé\u201d, \u201cJ'ai encore le temps d\u2019y penser\u201d, *C est encore trop tot\u201d.Une dizaine de réponses au plus sont fermes: autant de non que de oui.AU ETATS-GENERAUX Nous avons effectué une vingtaine d\u2019entrevues éclairs parmi les dé légués des Etats-Généraux.Nous avons posé les questions suivantes: 1\u2014Que représente pour vous le P.Q.2\u2014Seriez-vous prêts à donner votre vote au P.Q.lors des prochaines élections?Parmi les personnes interrogées plusieurs étaient membres du P.Q.Nous avons même ren-mntré un candidat en potentialité et un orga nisateur.La plupart ont exprime leur désir de donner leur vote au P.Q.dans l'éventualité d'élection prochaine.Le parti de René Léves- que représente pour la majorité des interviewes l'incarnation d\u2019un désir de libération collective.I! représente quelque chose de neuf qui contraste avec la sclérose des vieux partis.Le P.Q.projette l\u2019image d\u2019un parti qui peut transformer un état d\u2019aliénation collectif.En fait c\u2019est le prolongement des Etats-Géné- raux au niveau de l\u2019action politique.Pendant ces assises le P.Q.était omniprésent sans que cela soit mentionné explicitement. CINEMA QUEBEC Responsable de la section arts: Maurice Vallée Collaborateurs: Luc Laurin Robert Derome Monique Lebrun Guy Robillard André Dufauit L'ART: \u2018\u2019bebelle pour voyeurs\u201d par Maurice Vallée La section art, cette annee, a essayé de cerner par une enquête à l\u2019université, quelques pages sur le théâtre et le cinéma, la situation des arts à Montréal et jusqu\u2019à un certain état de crise à tous les niveaux: désintéressement du public, impossibilité de communication, impossibilité de créer, de se renouveller faute d\u2019argent, de théâtres, de cinémas, etc.Une raison de cet état de crise?Nous constatons que le type d\u2019homme québécois de 1969 est celui du parfait robot.Son éducation l\u2019a formé pour qu\u2019il soit un boulon, un rouage de l\u2019énorme machine qu\u2019est la société industrielle.Plus il a une éducation supérieure, plus il gagne d\u2019argent, plus il est efficace dans la machine.L\u2019erreur est là.On a oublié qu\u2019il est homme donc, capable de rêves, d\u2019imagination et de création; on a oublié de développer chez lui toutes ces facultés et cela depuis le primaire.L'université est l\u2019exemple parfait de cette situation inacceptable.Les sciences \u2018\u201cinhumaines\u2019\u2019 et les sciences humaines sont nettement favorisées au détriment des arts.Bien sûr, il\u2018y a des cours de littérature, mais c\u2019est encore le bon cours magistral du haut de la chaire.Où sont les facultés de théâtre, de cinéma, de journalisme, de télévision, de radio?Où sont ces facultés où on pourrait expérimenter, faire des recherches, développer son imaginaire, créer et peut-être faciliter l\u2019accouchement d\u2019un art québécois qui est devenu nécessaire aujourd\u2019hui.Demander une faculté de cinéma avec un laboratoire et du matériel, c\u2019est trop demander d\u2019un coup, c\u2019est pas raisonnable?Devant une urgence, il n\u2019y a aucune raison valable qui tienne; il fallait prévoir.Urgence parce que depuis quelques années, on attend dAQ8SGS0O0DODA0SSOAODODOU LICE sam naasnOo0o000 ye LE QUARTIER LATIN \u2014 11 MARS 1969 / PAGE 7 la sortie de l\u2019université de réalisateurs, de scénaristes, de spécialistes en musique de films, en cameras, en éclairages, etc.Il en sort des petits professeurs et des critiques.Il en est de même pour les autres arts enseignés à l\u2019université.On serait tenté d\u2019accuser les responsables de l\u2019université d\u2019empêcher délibérément l\u2019avènement des arts sur le campus et par le fait même dans la société.Urgence aussi parce que d\u2019ici très peu de temps, nous allons entrer dans cette civilisation des loisirs, civilisation où l\u2019homme, grâce aux arts, pourra se réaliser, se libérer et s\u2019adapter aux changements constants de sa société.Actuellement on ne prépare pas l\u2019étudiant à cette civilisation.On le forme uniquement pour qu\u2019il soit efficace dans sa vie professionnelle.L\u2019étudiant à l\u2019université doit travailler pour l\u2019obtention d\u2019un diplôme qui lui donnera droit au confort, à l\u2019argent, à la réussite et à la respectabilité.Les arts, les loisirs, ce sont des pertes de temps.Dans l\u2019optique d\u2019une civilisation nouvelle, l\u2019art ne pourra plus être réservé à une minorité d\u2019initiés et demeurer une \u2018\u2018bébelle pour voyeurs\u201d.L\u2019art doit être démystifié et pour réaliser cela, il faudra favoriser à tous les niveaux, l\u2019expression artistique.La conception de l\u2019art de l\u2019homme québécois est demeurée trop longtemps celle d\u2019un voyeur et d\u2019un impuissant.Elle devra être celle d\u2019un créateur.Le rôle de l\u2019université dans tout cela?Il est dans le domaine de la création et de la recherche.La société étudiante doit avoir une expression artistique vivante qui rayonne sur la société actuelle.L'université aura alors la place qui lui revient dans notre société et ne sera plus une simple machine à bourrer des crânes. \u201cMES PERSONNAGES SONT INDEFINIS PAR CE QUIL N'Y A PAS DE QUEBECOIS DEFINIS- SABLE\u2019 Le Quartier Latin consacre quelques pages sur le cinema au Québec.\u201cJus qu'au Coeur\u201d de Jean Pierre Lefebvre étant le dernier film québécois à être mis sur le marché, nous lui accoidons une place un peu spéciale.Nous avons interviewé le réalisateur sur les problèmes spécifiques qu'ont fait naître la creation de ce film PAGE 8 / LE QUARTIER LATIN \u2014 11 MARS 1969 Q.L.: Monsieur Lefebvre, vous considé rez-vous comme un amateur?J.P.L.: Je fais du cinéma essentiellement amateur, dans le sens ou je prends le risque d\u2019aller plus loin et de me tromper, dans le sens où mon histoire se concrétise et se projette au cours du tournage du film.Q.L.: Par certains côtés vos personnages semblent_,impuissants à vivre, le sont-ils réellement à vos yeux?J.P.L.: C\u2019est exact, ainsi dans \u2018\u2019Jusqu\u2019au coeur\u201d leur impuissance à vivre vient justement de cette civilisation en couleur, de ce monde mécanisé qui rejoint finalement la radio, la publicité, les guerres idéologiques.L\u2019individu au sens égoiste du terme n'existe plus aujourd'hui à cause de son conflit avec la société.Il est impossible de définir une société tant qu\u2019un individu ne s\u2019est pas déféni par rapport à lui-même.O.L.: Vos personnages sont attachants.On voudrait toujours en savoir davantage sur eux, mais ils ne sont pas très bavards?J.P.L.: Je pourrais vous répondre en vous citant la réflexion qu\u2019un spectateur m\u2019a faite lors de la projection de \u201cll ne faut pas mourir pour ça\u201d à Hull.\u201d Au début du film je trouvais le rythme trop lent, puis réflexion faite, je me suis dit, mais c\u2019est nous les Québécois.On ne parle jamais, on est toujours isolé.\u201d C\u2019est à mon avis une des plus belles critiques que j'ai reçues.Elle touchait à l\u2019essence même de ce que j'essayais d\u2019exprimer: une impossibilité de communication.O.L.: Essayez-vous de cerner un type de Québetois dans vos films?JP.L: I n\u2019y a pas de définition du Québécois.Le fait que mes films n\u2019aient pas d\u2019histoire fixe est inhérent à notre situation indéterminée.Mes personnages sont indéfinis parce qu\u2019il n\u2019y a pas de Québécois définissable.La seule responsabilité d\u2019un auteur, c\u2019est d\u2019augmenter la conscience, ne serait-ce qu\u2019en retraduisant cette indéfinition.Le Québec a besoin au plus tôt d\u2019une démystification radicale, d\u2019abord de sa culture; les modes de vie du Québécois ne s'accordent pas avec sa culture.Et ce côté démystificateur, c'est \u201cJusqu\u2019au Coeur\u201d, un gros hot dog, un film de tole et d\u2019aluminium, construit comme une auto américaine.Q.L.: Certains personnages possèdent quand même des contours assez bien définis, ainsi le chef des Révolutionnaires et Jean Baptiste?J.P.L.: En effet, ils sont tous deux le centre de mes six longs métrages.Tous les autres personnages sont plus ou moins des variantes d\u2019un seul et même personnage, à niveau très intellectuel dans \u2018Le Révolutionnaire\u201d, à un niveau très prolétaire dans \u201cPatricia et Jean Baptiste\u201d.Q.L.: On a dit que vos films péchaient gravement contre le rythrne.J.P.L.: Dans \u2018\u2019Jusqu\u2019au coeur\u201d la rapidité est une pure illusion; tout le noir et blanc se caractérise par une extrême lenteur.Ainsi le plan initial dure sept minutes, mais intégré dans un ensemble de couleurs, il change de durée et de sens.D'ailleurs dans ce film le montage se remarque davantage que dans les autres films.De toutes façons, je construis très géométriquement mes films.On peut justement reprocher à \u2018\u2018Jusqu\u2019au coeur\u201d d'être trop structuré.Q.L.: Comment conciliez-vous les exigences commerciales et artistiques du cinéma?J.P.L.: Je ne peux faire fi du coté spectacle du cinéma: il existera toujours.J'ai toujours cherché, à partir du Révolutionnaire, à dépasser le spectacle pour provoquer une certaine reflexion.Le sta- tisme et l\u2019immobilisme de mes films amènent les gens à se poser des questions.Certains m'ont dit que \u201cJusqu\u2019au coeur\u201d est trop violent, \u201cne serait-ce qu\u2019au ni veau sensoriel, I'idée que tu veux détruire ne passera pas auprès des gens\u201d.Je leur ai répondu: un beau film dc guerre fait que la guerre est belle.Ti faut une adéquation entre le langage et la pensée sinon l\u2019oeuvre échoue.Q.L.: Que recherchez-vous par votre démarche cinématographique?J.P.L.: Je ne fais un film ni pour moi, ni pour les autres, je fais un film pour faire un film comme on met un enfant au monde pour qu\u2019un être libre existe.Q.L.: Si le Québécois est indéfinissable, comment poser le probléme de la communication?JP.L: Au cinéma la communication prend un aspect à la fois triste et rassu- rant; triste parce qu'elle est difficile, rassurani parce que les gens se sentent impliqués lorsqu\u2019on parle d'eux.On ne réglera le problème des communications que par une persistance de communications.Je trouve très dangereux de chercher des solutions ou des formules de communications.Et je crains surtout Ja participation qui ne veut se faire que par le bas.c\u2019est-à-dire qui détermine les exigences moyennes: le spectateur moyen n\u2019existe pas.Q.L.: Vous adressez-vous à un certain public?J.P.L.: On me reproche souvent de faire des films pour intellectuels alors qu\u2019en réalité, c\u2019est exactement le contraire.Mes films sont avant tout sensoriels et perçus par des gens simples.Q.L.: Croyez-vous à la continuité d\u2019une oeuvre cinématographique?J.P.L.: Je tourne tant de films parce que je crois que seule la continuité peut changer quelque chose.Le drame historique du Québec a justement été de ne pas avoir de continuité entre ses générations: certaines ont été très révolutionnaires, mais les suivantes brisaient totalement.Si la nreme chose se produit une fois de plus, j'émigre aux Etats-Unis.On ne peut être déçu d\u2019une société, d\u2019une génération, ou de soi-meme, que si on n'a pas tout fait pour la changer.Q.L.: L'humour est-il une dimension importante de vos films?JP.L.: J'emprunte à Chris Marker sa définition: \u201cL'humour est la politesse du désespoir.\u201d Il représente pour moi l\u2019arme no Î des critiques sociales.Les époques tristes ne débouchent nulle part, et ça m\u2019angoisse au Québec.Q.L.: Quel sort ont connu vos films à l\u2019étranger?J.P.L.: \u201cPatricia et Jean Baptiste\u201d a été traité de régionaliste ici, alors que la France l\u2019a très bien compris.Radio-Cana- da l\u2019a refusé, et le refuse encore; l\u2019'ORTF l\u2019a diffusé l\u2019an dernier.Qu\u2019une oeuvre soit régionaliste ou universelle, si elle contient en elle-même ses propres contradictions elle passe.Interview réalisée par Monique Lebrun et Luc Laurin TERA A AAA ae AS Le jeune cinéma québécois.comme tout le jeune cinéma mondial, souffre d\u2019un problème de communication.À qui la faute?Les cinéastes québécois ont tous la prétention bien légitime d'avoir quelque chose d'important à dire.Presque tous.ils conçoivent le cinéma surtout comme un puissant moyen de communication.Îls s'accordent un rôle à jouer.par le cinéma, dans la révolution sociale.Ils se veulent les critiques de la société actuelle et les prophètes de celle à venir.Quelles frustrations ils doivent subir .Leurs films trainent sur les tablettes, à peu près personne ne les voit.Et ceux qui s\u2019accordent ce privilège sont déjà convertis à la cause.Michèle Favreau a d'ailleurs très bien saisi le problème en faisant la critique de la Semaine du cinéma politique du Verdi.Ceux qu'on veut ébranler ne sont même pas rejoints.Le moyen de communication ne communique pas.Alors?Alors on a jeté la pierre aux cinéastes, les accusant de se regarder le nombril plutôt que de tenter d\u2019aller vers la masse.De leur côté, les cinéastes répondent que leurs films sont au fond très simples et que c\u2019est justement par manque de simplicité qu\u2019on y comprend pas.Ce sont de grands incompris.Jean-Pierre Lefebvre, lui, prétend que l\u2019éducation du public doit se faire par le haut.Il cite le fait suivant comme exemple négatif: dans nos écoles, l\u2019enseignement d\u2019une classe est toujours adapté aux plus faibles.Est-ce normal?Certes non.Mais le problème, ici, est-il le même?Et qui est le coupable?Le public qui ne se doute souvent méme pas de l'existence d\u2019un certain cinéma?Ou le cinéaste, l\u2019artiste, qui du haut de sa tour d'ivoire, se dit que ce n\u2019est pas à lui de convertir les foules?Peut- on accuser celles-ci d\u2019être rébarbatives devant un film qui ne raconte pas une histoire traditionnelle, quand rien, absolument rien, aucune formation, aucune éducation ne les a préparées à de nouvelles formes d\u2019expression cinématographiques qui n\u2019ont absolument rien de commun avec ce qu\u2019ils sont habitués à voir, sinon qu\u2019elles se résument sous un même vocable: \u2018\u201c\u2018cinéma\u201d.Et pourtant, on ne peut en vouloir à nos cinéastes de s\u2019expri- mer dans ces nouvelles formes, quand il apparait évident que.comme le roman ct le théâtre, le cinéma ne peut plus être ce qu\u2019il était.Raconter une belle histoire.\u201ccomposer\u201d un drame psychologique.c\u2019est factice et inutile.Le cinéma peut et doit donner lieu à une réflexion plus profonde et, pour ce faire.plusieurs créateurs véritables sentent la nécessité d'explorer des voies nouvelles, qui ramènent toujours à la dédra- matisation partielle ou totale du récit.Comme le note Lefebvre, il est tellement évident que nous vivons dans un univers discontinu, fractionné.La continuité, au- jourd\u2019hui.c\u2019est le mensonge de Fart.Alors la barriére est-elle in- franchissabic entre l\u2019auteur et le récepteur du message.La com munication est-elle impossible?À un certain niveau, oui, parce qu'on ne peut communiquer que si l\u2019on parle le même langage.Et tout langage doit s\u2019apprendre.Personne ne peut être jugé coupable parce qu\u2019il ne parle pas la langue de son voisin.Ce n\u2019est pas une affaire de culpabilité, ni meme de responsabilité, c\u2019est une affaire d\u2019éducation.Et l\u2019éducation par le haut, comment pou- vons-nous l\u2019appliquer ici?Messieurs les cinéastes, soyez réalistes.Continuez à réaliser des oeuvres honnêtes qui vous expriment.Nul ne vous le reproche, au contraire.Mais ne jouez pas à l\u2019étonné, si à l\u2019heure actuelle au Québec, le cinéma ne peut être l\u2019instrument d\u2019éducation et de révolution sociales que vous voudriez qu\u2019il soit.Ce n\u2019est pas votre faute, ni celle du public.C\u2019est la faute à personne .Il n\u2019est que normal que seul un public jeune et cultivé réponde à votre appel, car il est le seul à parler votre langage.Non M.Lefebvre, je ne crois pas que vos films soient mieux compris des spectateurs d'un milieu plus populaire.Mais dans vingt ans, le problème n\u2019existera plus.Guy Robillard LE QUARTIER LATIN \u2014 11 MARS 1969 / PAGE 9 Les avatars Gui des \u2018\u2019humanités nouvelles\u2019 Oui.cela s\u2019enseigne.le cinéma, et de plus en plus méme.Dans dix ans, disent les mordus, il faudra connaître \u2018\u2018ses cinéastes\u201d comme on connait aujour- d'hui \u2018\u201cses auteurs\u201d.Jetons ici quelques fleurs au Ministère de l\u2019Education et à l\u2019Université de Montréal: le cinéma, le saviez- vous, fait l\u2019objet de cours optionnels depuis une dizaine d\u2019années, au niveau secondaire.Il est entré en force dans les C.E.G.E.P.l\u2019an dernier.Sur notre \u2018\u2018colline inspirée\u2019\u201d (l\u2019Université de Montréal, puisqu\u2019il faut l\u2019appeler par son nom), il en est déjà à sa troisième année.Un peu plus d\u2019une douzaine d\u2019écoles secondaires de Montréal et des environs (la moitié étant des institutions privées) offrent des cours de cinéma au niveau de la onzième année.L'élève choisit ordinairement entre chimie, physique, histoire, géographie et cinéma: il n'hésite pas longtemps, dans l\u2019espoir de se gaver de films.Ce malheureux néophyte se voit proposer un program me fourre-tout: technique, esthétique.historique, visionnement de courts métrages de la Cinémathèque de Montréal ou de l\u2019Office du Film du Québec, le tout à raison de deux heures par semaine.Il peut s\u2019estimer comblé si l\u2019école possède un équipement 8 mm lui permettant de faire ses premières armes.Il ne peut toutefois, malgré les demarches de ses professeurs, visiter l\u2019Office National du Film les visites étant suspendues temporairement pour cause de restrictions budgétaires.Il se console, s\u2019il est véritablement enragé du cinéma, en assistant aux ciné-primeurs organisés à l\u2019intention des ciné-clubs par l\u2019Office des Techniques de diffusion.La situation se présente sous un jour apparemment plus favorable au niveau C.E.G.E.P.Certains collèges de Montréal et de la banlieue (Ahuntsic, Bois de Boulogne, Rosemont, Lionel- Groulx) offrent a leurs étudiants du jour et du soir des cours relativement spécialisés sur l\u2019esthétique cinématographique, les grandes écoles de cinéma, la fonction sociale du cinéma, le documentaire etc.Notons qu\u2019au C.E.G.E.P.Lionel-Groulx, on consacre la part du lion a la présentation et a la discussion d\u2019oeuvres québécoises.Encore là toutefois.l\u2019approche reste purement théorique et se limite souvent à une histoire du cinéma.les professeurs ayant peu de formation dans le domaine technique.Les cégepiens choisissant la concentration cinéma s\u2019inquiètent du manque de débouchés: lPO.N.F.ne pourrait en accueillir que quelques-uns, en admettant qu\u2019ils aient une formation pratique.Quant à l\u2019industrie privée, elle cherche encore sa voie.Reste le professorat, et, pour ceux qui ont les dents longues.le journalisme.A l\u2019Université de Montréal, les cours de cinéma s'inscrivent dans le cadre des cours en histoire de l\u2019art.Toutefois, des étudiants de divers départements de lettres les suivent à cause, il faut bien le dire, de leur relative facilité.Histoire, sociologie.critique et analyse filmographique s\u2019entremêlent.Les longs metrages présentés aux étudiants n\u2019illustrent qu\u2019imparfaitement les diverses étapes de l\u2019histoire du cinéma.et les professeurs les accompagnent de commentaires laconiques .quand ils en émettent.Le cinéma canadien ne fait l\u2019objet d\u2019aucun cours spécialisé.On passe sous silence le cinéma d\u2019animation, les films didactiques, publicitaires, politiques, underground; on ne s\u2019intéresse que sporadiquement au court metrage.En un mot, seul le long metrage de fiction semble digne de mention.Il n\u2019existe aucune collaboration entre l\u2019Université, d\u2019une part, la Cinémathèque Canadienne et les cinémas d\u2019art et d\u2019essai (Elysée, Verdi), d\u2019autre part.Ainsi se forment nos futurs professeurs de C.E.G.E.P.Et dire que l\u2019an prochain, on veut créer un cours de cinéma de trois ans! Certains diront qu\u2019il est paradoxal d\u2019enseigner le cinéma, qu\u2019un bon film peut sensibiliser les étudiants mieux que dix professeurs ne sauraient le faire: concédons-le.Toutefois, là com me en d\u2019autres disciplines, un certain apprentissage théorique s\u2019impose: les cours de cinéma, avec toutes leurs lacunes plus ou moins senties, apparaissent, malgré tout, comme un mal nécessaire.Monique Lebrun PAGE 10 / LE QUARTIER LATIN \u2014 11 MARS 1969 Pourquoi L'\u2019Année dernière a Marienbad, Trans-Europe-Express, Weekend, Le Socrate sont-ils voués à l'échec commercial?Il est facile de répondre en tant qu\u2019universitaires intellectuels que nous sommes (presque) tous.Il suffit d\u2019invoquer la littérature, la sociologie, la psychologie du spectateur, l\u2019histoire du cinéma, la théorie des communications.Aimer ou non L\u2019Heure du loup, avancer une série d\u2019arguments en faveur de l\u2019oeuvre, critiquer un cinéaste deviennent tâche aisée lorsque nous \u201cpossédons\u2019 la con naissance, la culture, le vocabulaire et la plume.Mais qu\u2019en pensent Arthur?Madame Cailloux?Pépère?Qu\u2019apportent La Barrière et L'Homme au crâne rasé à ces gens sous-cultivés?Il me semble que de tels films n\u2019apportent absolument RJEN à la condition sociale et culturelle de cette catégorie \u201cJ' VIENS AUX L\u2019hermétisme au cinéma est-il une entrave à la communication?Les cinéastes rejoignent-ils les gens auxquels s\u2019adressent leurs films?de gens.Et cela, en dépit de leur qualité artistique.de la prise de conscience qu\u2019ils provoquent.Ils n\u2019apportent rien parce que cette fraction de la population ne va pas voir de tels films et est trop encline à l\u2019habitude d\u2019un \u201cgenre\u201d de cinéma.Sil y a échec entre le consommateur et les média filmiques, ceci est dû à des causes plus profondes.D'abord, le message transmis est étranger à la mentalité et aux problèmes de cette majorité sous-cul- tivée: de plus, ce même message est véhiculé dans une forme étrangère nouvelle et trop hermétique pour être saisie et assimilée.Enfin, ce message est trop identifié aux préoccupations culturelles d\u2019une classe prévilégiée.Qu'ossa donne Le Départ?Les Fusils?Rien.Toujours rien aux travailleurs, aux serveuses de restaurant, aux contremaitres d\u2019usine.LE CINEMA QU\u2019OSSA DONNE?Ce que ces gens veulent, nous le savons que trop: James Bond et Compagnie, Miracle de çi et de ça, Funès, etc.Je veux bien.Mais le paradoxe dénancé est toujours présent: les navets dont se gave la majorité sous-cultivée entretiennent l\u2019aliénation et les films \u201ccérébraux\u201d des petits intellectuels bourgeois laissent cette majorité indifférente.Est-ce la mort du cinéma, ou du moins d\u2019un certain cinéma?Je ne le crois pas.Les films d\u2019auteurs seront toujours réalisés et les navets pousseront encore au soleil de la médiocrité.Je ne souhaite aucunement leur mort.Et si les films cités me plaisent beaucoup, qu\u2019en pense ma logeuse\u201d Discuter de La Chinoise (si elle l\u2019a vue) me décourage à demi.J'hésite: dois-je lui expliquer que ce film s'inscrit dans VUES A TOE SAMEDIS SOIRS.QUAND CEST BON ON R\u2019GARD LA VUE.PI QUAND CEST PLAT,ON \u201cFRENCH\u201d! > Deux reporters du Quartier Latin, munis d\u2019un mägnétopho- ne, visitent les cinémas Electra, Canadien et Festival par un samedi soir de bombe! On interview les gens à l\u2019entrée et à la salle de détente à l\u2019intermission.Les questions posées concernent les cinémas fréquentés, la fréquence de ces sorties \u2014seul ou accompa- gné\u2014, le genre de film visionné et préféré, et un certain jugement de valeur concernant le produit consommé.A l\u2019Electra, nous arrivons à l\u2019intermission.Peu de gens sont à 1a salle d'attente, pièce restreinte mal éclairée, juste à l\u2019entrée du cinéma.Nous approchons une femme; elle refuse l\u2019entretien.On approche un homme seul, d\u2019environ trente-cinq ans, un peu timide.Il fume sa cigarette.Il nous dit qu\u2019il vient assez souvent au cinéma.Ce soir-là, il était avec des \u2018\u201cchums\u201d\u2019.Ce prélude laconique suit un feu d\u2019artifice.Un des \u201cchums\u201d en question arrive.\u201cCest le clown d\u2019la gagn\u201d de nous confier le premier personnage\u201d.Et comme pour le prouver il exécute justement son petit numéro devant le micro.Quoique dit d\u2019un ton non sérieux, les propos de ce personnage dénotent bien la mentalité des gens fréquentant ces salles où l\u2019on distribue les sous-produits de consommation américaine; à l\u2019affiche deux films américains traduits.\u201cMon système marche pas.J\u2019viens d\u2019casser d\u2019avec ma blonde.C\u2019pour ¢a qu\u2019à soir j\u2019sors avec mes chums.\u201d Mais la raison principale de cette sortie, c\u2019est qu\u2019il n\u2019a rien d\u2019autre à faire.Et s\u2019il vient avec des gars, c\u2019est que ce soir-là il ne voulait absolument pas sortir avec des femmes.II n\u2019essaiera même pas de flirter ce soir; et puis de toute façon il n\u2019y a pas de femme intéressante à ce cinéma-là ce soir-là.Nous apprenons par la suite que cette joyeuse bande de compères habite à ville Jacques-Cartier, et que s\u2019ils viennent à Montréal au cinéma Electra c\u2019est par habitude, et aussi parce qu\u2019ils ont vu tout ce qu\u2019il y avait à voir à Jacques-Cartier.Nous lui avons demandé s\u2019il venait souvent avec des filles.\u201cJ\u2019viens à toé samedis soirs.Quand c\u2019est bon on r\u2019gard la vue.Pi quand c\u2019est plat, on French! \u201d A ce premier cinéma nous n'avons pas pu interroger des représentants du sexe opposé.Si bien que les préférences de ces messieurs sont: le Western, le film d\u2019action, policier ou de guerre.Le second cinéma à être visité est le Canadien, où l\u2019on présente Le Miracle de l\u2019Amour, film d\u2019éducation sexuelle.La salle diffère totalement de l\u2019autre.L\u2019atmosphère est plus chic.Le public n\u2019est pas le même.On y est mieux habillé en général, et le niveau d\u2019instruction semble plus élevé d\u2019aprés les réponses fournies à nos interrogations.La clientéle est plus variée; on y rencontre des groupes de couples, des amis du méme sexe, des couples, et des gens seuls.La motivation générale semble plus réfléchie qu\u2019au premier cinéma.On y vient pour voir un film d\u2019éducation populaire, et on le sait.On a entendu parler du film par la publicité, et surtout il nous a ardemment été conseillé par un ami qui l\u2019a vu.Au niveau de la fréquence de fréquentation de ce cinéma comparativement aux autres cinémas montréalais, il semblerait que soixante pour cent des gens sont des habitués de cette salle.L'autre portion fréquenterait d\u2019autres salles de cinéma à Montréal, et saurait varier ses loisirs du samedi soir davanta- e.5 Au niveau des curiosités nous avons rencontré deux jeunes demoiselles dont une allait au cinéma à Montréal pour la première fois.Toutefois ses préférences cinématographiques s\u2019adressaient aux drames sentimentaux, et aux histoires d\u2019amour.Une autre curiosité est la rencontre d\u2019un groupe de couples en plein party, qui trouvent le programme ennuyant, et qui se promettent bien d\u2019aller terminer la soirée dans un endroit où l\u2019on puisse s\u2019amuser, et surtout continuer à se remplir de liquide.Finalement un jeune homme cultive un goût pour le cinéma, et il vient chaque semedi soir à ce même cinéma pour s\u2019instruire, retirer quelque chose qu\u2019il ne connaisse pas.Notre magnétophone faisant défaut à cet endroit, ce sondage s'arrête ici.(Robert Derome) la démarche intellectuelle de Godard?Faire intervenir quelques notions de politique européenne?Jen perds mon joual.Et si je persiste, je peux lui dire que les cinéastes (terme devenu périmé) intentent actuellement un procès au langage, amorcent une révision globale du système culturel capitaliste.Il n\u2019en demeure pas moins que leurs \u201coeuvres\u201d, véhicules trop chargés de réflexion, dépassent le niveau culturel d\u2019une masse à qui elles devraient s\u2019adresser.La \u201c\u201cdistanciation\u2019\u2019 entre l\u2019objet filmique et le spectateur (participant ou non) ne fait que s\u2019accentuer.Et nous voilà revenus au point de départ.Entre-temps, Candide-cinéaste cultive encore la même pellicule afin d\u2019embobiner son public et la Culture fleurit toujours a la lumiére de la lampe a arc.André DUFAULT A emma: ne mat al Sn me SrA LE QUARTIER LATIN \u2014 11 MARS 1969 / PAGE 11 états généraux 1969: mythe de l'homme nouveau \u201cUn nouvel homme est sorti de nos travaux\u201d a déclaré Jacques Yvan Morin à la suite des Etats Généraux 1969.Nous croyons que ce bilan masque une réalité beaucoup moins reluisante.Pendant quatre jours, les délégués ont élaboré des structures politico-juridiques; ils ont supposément formulé les grandes lignes d'un Québec renouvelé.Cette réflexion collective s'est effectuée dans une ambiguité fon- dementale, c'est-à-dire qu'on a modifié des structures institutionnelles sans remettre en question la base et l'idéologie de ces mêmes institutions.Nous sommes très sceptiques quant à l'efficacité d'une telle ré flexion qui ne s'oriente pas vers un changement qualitatif des institutions et des valeurs qu\u2019elle véhicule.A aucun moment on a touché les problèmes de fonds (sécurité sociale, démocratie de participation, valeurs de la société de consommation, capitalisme nord-américain).On s'est évertué à orienter les délibérations vers des aspects très formels.C\u2019est ainsi que dans les résolutions, l'Etat devient un instrument omniprésent, alors que pas un seul instant, on ne s'est penché sur la nature de cet Etat.L'Etat est considéré comme un instrument de libération collective sans pour autant que ce dernier soit disséqué, Il est bien évident que c'est un mensonge collectif que de donner au gouvernment québécois autant de puissance sans tenir compte du fait qu\u2019il est iui-meme aliéné.Alors que Jacques-Yvan Morin parle de la remise en question de la société globaie, les Etats Généraux sont orientés vers la glorification du statu-quo.Mais si les Etats Généraux exigent la reprise en main des instruments politiques et économiques par des Québeéois de langue française, ils oublient qu'un trans fert de domination ne modifie en rien les fondements du capitalisme nord-américain.Comme le soulignait Michel Chartrand, \u2018\u2019le capita lisme nord-américain est a-national, a-patride, a-moral.Son seul objectif est la maximisation des profits sans aucune considération nationale\u201d.C\u2019est un nationalisme traditionnel que les Etats Généraux ont défendu.Un réflexe d'auto-défense vis-à-vis de l'élément anglophone a fait que la créativité et l\u2019action ont été étouffées sous des remises en question superficielles.L'homme nouveau présenté par Jacques Yvan Morin se satisfait très bien de l\u2019ordre établi et ses motivations ne sont pas profondément renouvelées.Sans vouloir jeter la pierre aux organisateurs, il semble que leur influence dans l'orientation des assises prouve simplement leur impuissance (inconsciente ou déterminée par des motifs stratégiques) à créer un homme nouveau Québécois libéré des mythes (démocratie, représentativité, Etat au service du bien communi, mythes qui soutiennent la domination du pouvoir économique.|| est tragique d'affirmer qu\u2019un nombre impressionnant de délégués ont été enfermés dans une problématique étroite sous la surveillance de procéduriers maladifs.C\u2019est à un forum national très terne que les quelque 1,800 délé- Qués aux assises de 1969 ont participé, ou plutôt ont été très subtilement manipulés.Le bilan de ces quatre journées est assez clair: une classe moyenne historiquement privée de pouvoirs politiques et économiques a projeté ses désirs frustrés dans une série de résolutions où il est très difficile de percevoir l'\u2019ombre d\u2019un homme nouveau.Ces désirs projetés sont en apparence seulement, un pas vers la libération; en fait, c'est peut-être un pas de plus vers une aliénation mieux camouflée.Jocelyne Brault Jean-Claude Dallaire.-\u2014 ia \u2014\u2014 rr m\u2014 ee \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 \u2014\u2014 treme am\u2014 + = Sh\u2014\u2014t om.- PAGE 12 / LE QUARTIER LATIN \u2014 11 MARS 1969 MM.BOILY, LORD, BOUTHILLIER, professeurs en science politique QUEL SERA L'IMPACT DES ETATS GENERAUX M.Lord.Ca aura des répercussions au niveau des régions et des milieux.Ce sont des gens qui ont l\u2019air à avoir beaucoup de bagous.Ils vont expliquer à la population ce qui s'est passé.Yvan Morin a cru bon de les inviter à le faire dans le cadre des partis et des associations.Ca bénéficiera probablement à deux partis: Le P.Q.et l\u2019Union Nationale.M.Boily.Pour mesurer l'impact, il nous manque un élément.Dans quelle mesure les premières assises ont-elles été suivies dans les régions?Si l'efficacité a permis un brassage d'idées sur le plan local, ce qui ressort des Etats généraux peut être amplifié et servir de point de départ.Au contraire, si ça n'a pas sorti des petits cercles de notables, l'impact sera beaucoup plus réduit.Si le travail local n'a pas précédé les assises, Jes idées seront surtout relancées dans les journaux et entre intellectuels.Que des gens aient bougé, c'est certain.D'après les interventions des délé- gues, il est clair que ce sont des gens qui s'interrogent.M.Bouthillier.Ce qui m'a frappé, c'est la différence d'interpretation entre la \u201cPresse\u201d et \u2018Le Devoir\u201d.\u201cLa Presse\u201d se moque des jeux de procédure, tandis que \u201cLe Devoir\u2018 accorde une importance probablement démesurée à la réalité.Lord.L'autre impact, c'est que les gens demandent l\u2019établissement d'une constituante d'ici 18 mois.Celle-ci a pour mandat de préparer un projet de constitution dans les 12 mois de ce jour et de soumettre ce projet à la population dans les 6 mois suivant l\u2019expiration de son mandat.Si le gouvernement n'accepte pas, il y a une mouvelle réunion des Etats Généraux.Ces gens vont revenir en fusil.C\u2019est une sorte de menace! Bouthillier Je pense qu\u2019il.existe une contradiction.lis demandent à un parti politique de prendre la relève.Par ailleurs ils ne sont pas du tout certains que l'Union Nationale verra cela du même oeil qu'eux.On sentait en meme temps qu\u2019un refus des partis politiques.Lord J.Y.Morin a perçu cette contradiction.Un des éléments de son dernier message ça été de dire: Travaillez à l'intérieur des structures, des partis, des associations.Boily Si la constituante, le régime présidentiel, certains trucs comme la Caisse Electorale sont des éléments qui.ressortent de ces assises, il y a d'autres éléments implicites: au fonds cette adhésion à la constituante exprime l\u2019insatisfaction face à toutes nos institutions.Cette insatisfaction comporte une force de changement et aussi un grand péril.Je me demande si le gonflement de l'importance de ces événements accordée par certains journaux ne traduit pas une inquiétude.On sent l'importance de ces discussions mais aussi la petitesse.C\u2019est comme si on Le Québec d'hier se meurt mais le Québec de demain n'est pas encore né.Reporters: Jean-Claude Dallaire Jocelyne Brault LES ETATS GÉNÉRAUX DU CANADA FRANÇAIS s'acharnait a d\u2019extraordinaire.Lord C\u2019est une façon pour nos petits bourgeois d'être indépendantistes.Il y a certainement d'autres formes de nationalismes qui ne sont pas exprimees ici.II existe un nationalisme de gauche qui n\u2019a pas passé à l\u2019uccasion de ces assises, celui des étudiants par exemple.Boily Je crois que d'après les interventions, il y avait des représentants d'un nationalisme de gauche qui n\u2019est pas articulé.|! s'exprime très spontanément.Chez les étudiants, il s'agit d\u2019une idéologie.Chez eux, c\u2019est une réaction.lis sont semblables à ceux qui ont voté créditiste.C\u2019est une clientèle de gauche.CROYEZ-VOUS QU'UN NOUVEL HOMME QUEBECOIS EST SORT! DE CES ASSISES, comme le croit J.Y.Morin?trouver quelque chose Bouthillier Cet homme a une idée précise de ce qu'il est.Il se sent peut-être plus québécois que Canadien-Français, c\u2019est peut-être un homme nouveau.La formule est ambitieuse.Ils sont maintenant québécois, mais ils ne le diront pas.lls sont plutôt homme québécois, tout à fait traditionnel.On est québécois, indépendantiste mais il ne faut surtout pas le dire.Il existe le vieux côté: peur des mots, timorés etc.Boily || faut dire que les délégués avaient été très fortement invités à ne pas en parler.De suivre les directives de leurs dirigeants.c\u2019est aussi.les manifestations d\u2019un comportement traditionnel.|l est évident qu\u2019il y a une confiance extraordinaire des délégués envers J.Y.Morin et Rosaire Morin.C'est une homme traditionnel mais mieux situé.Certaines façons de concevoir la politique sont changées.Lord C'est l'homme nouveau anti-Tru- deau.Je pense que J.Y.Morin essaie d\u2019en bâtir un autre mais à l'échelle du Québec.On s'aperçoit que les idées de J.Y.Morin sont à peu près semblables à celles de Trudeau, en ce qui touche les droits de l\u2019homme.Ca fait très faculté de Droit, très institut de recherche en droit public.Boily J'aimerais me faire l'avocat du diable et soutenir l\u2019idée que les Etats Généraux ont été une grosse machine qui se dirigeait assez nettement vers l\u2019indépendance.On a voulu arrêter la marche de la machine, sentant que depuis quelques temps il y a possibilité peut-être de favoriser une autonomie assez large du Québec mais dans les cadres du Canada.Boily Il reste quand meme étonnant qu'un mouvement qui s'est voulu une prise de conscience totale des gens du Québec en particulier s'arrête sans aucun choix par rapport à l'opinion constitutionnelle et on n\u2019a pas voulu qu'il y en ait un.Je me demande si l'impossibilité de se prononcer n\u2019a pas teinté une série de propositions par exemple à Caractère protectionniste dans le domaine écono rique.Peut-être a-t-on voulu par ces résolutions faire un choix constitutionnel?Bouthillier Malgré tout ce qu'on dit, je me demande si ce n'est pas un autre mouvement nationaliste qui disparait.lls confient la suite de leur mission a quel- qu\u2019un d\u2019autre.Lord Ca ne peut pas disparaître, c'est plus fondamental.Les délégués vont essayer de faire passer leurs idées partout.Les idées du crédit social ont passé par des gens comme eux.Je pense que ce sont des militants.Ces gens-là ont une faiblesse parce qu'ils ne conçoivent pas de stratégie.C\u2019est là que René Lévesque entre.Boily Je me demande si c'est aussi naif, des gens qui ont su organiser pendant plusieurs années dans un climat pas facile de telles assises ne peuvent laisser tomber ça.Dans ces assises il y a eu la stratégie, il L2 eu les choix des dirigeants des Etats énéraux et la latitude plus ou moins grande des gens qui y participaient a l'intérieur des choix.Lord lls ne se sont pas donnés les moyens de réaliser leurs objectifs.La menace d'une nouvelle réunion des Etats Généraux n\u2019est pas un instrument de pression très fort! Boily Ca traduit peut-être la tonalité assez conservatrice de gens qui y participent.lls font confiance à ceux qui ont pour mission normalement de décider de ce genre de chose.EST-CE QU'ON PEUT PARLER D UN NATIONALISME TRADITIONNEL PLUTOT QU UN NATIONALISME TOURNE VERS L'ACTION?Boily Parmi les anciens il y a le nationalisme à couleur fascinante mais pas d\u2019une façon consciente, Il y a.un nationalisme qui est basé sur un désir de certaines transformations basées sur un rôle important de l\u2019Etat à l\u2019intérieur d\u2019un cadre nationaliste.|| y a les nationalistes qui se sont développés depuis quelque temps, allant de la réforme à la révolution.C\u2019est surtout les premiers qu'on voyait s\u2019exprimer aux Etats Généraux.EST-CE QUE LE DESIR DE TOUT REMETTRE DANS LES MAINS DE L'ETAT N EST PAS LA MANIFESTATION DE L'IMPUISSANCE D UNE CLASSE MOYENNE PRIVEE DE MOYENS POLITIQUES & ECONOMIQUES?Bouthillier Ce qui m'a frappé c'est le caractère technocratique de plusieurs choses.Technocratique au sens péjoratif: il faut avoir des ministres pour l\u2019efficacité, il faut le régime présidentiel pour l'efficacité.Dans les ateliers on retrouvait la psychologie de l\u2019appel à l'expert.C'est vrai à l\u2019intérieur des ateliers et c\u2019est vrai à l\u2019intérieur des projets globaux.A mon avis la plus grande contradiction c\u2019est que l'atelier qu'on a baptisé Atelier de démocratie de participation a été précisément Celui qui proposait des schémas techno- .cratiques.Îls n'ont pas formulé de forme de participation.Boily Par contre, il y a des gens soucieux de promouvoir une plus grande participation, un contrôle plus grand des individus dans la vie politique.Pour revenir à la question de l'intervention de l'Etat ce qui est important c'est que la nouvelle conscience politique du Québec c'est la découverte de l'instrument extraordinaire que peut représenter un Etat.Lord Ce que je voudrais souligner, c'est que les gens ont de moins en moins confiance dans les réseaux de représentation que nous avons hérités du XIXe siècle: les parlements, la déportation.Et ce n'est pas anti-democratique car ils réaffirment d\u2019un autre côté l'importance du vote populaire, l\u2019idée même d\u2019une constituante.etc.Bouthillier Pour en revenir à la question de Créativité, c'est le refus sur le plan constitutionnel, c\u2019est le refus du passé: le régime parlementaire nous est venu de la confédération; comme on est contre la confédération; on est donc contre le régime parlementaire.On tourne le dos au passé mais on n'a pas encore trouvé une formule originale.Pour l'instant il y a un mimétisme tantôt americain tantôt français.Lord Mais est-ce qu'on n'a pas intentionnellement évité de poser la question fondamentale parce qu\u2019on n\u2019était pas sûr des résultats.Bouthillier De la manière dont on procède,.on leur pose des questions alléchantes: êtes-vous pour le progrès, pour la paix?Tout le monde est pour ça en principe.On s\u2019arrête-là: On ne leur demande pas: êtes-vous pour l'indépendance, mais on les invite à être logique avec eux-mêmes.On leur dit: Vous avez voté toutes ces résolutions et la seule manière d'appliquer ça dans la réalité, c\u2019est de passer par l'indépendance.Boily Sur ce point, il y a une justification officielle qui a été apportée par les dirigeants des Etats Généraux sur ce refus de choisir, lors des assises, sur la question d'ordre constitutionnelle.Et J.Y.Morin a dit dans les ateliers: \u201cDe poser la question maintenant, ce serait brusquer enormé- ment de personnes face à nos idées alors que si on n\u2019en parle pas maintenant, ça donne l\u2019occasion à chacun de regarder ça et de les amener.Et on rejoint d\u2019ailleurs cs choix très ancien des Etats Généraux, cette volonté d'arriver à une sorte de concensus, d\u2019éviter toutes les oppositions.Et toute la procédure habituelle cette technique là: de vouloir toujours éviter les points sur lesquels on se bat pour chercher les points sur lesquels on s\u2019entend.Mais je me demande si avec une telle procédure, on n'arrive pas a une chose qui n\u2019est pas neéessairement ambiguë, car ce peut être assez net parfois, mais à quelque chose d'assez modéré, assez conservateur.C\u2019est un peu comme si on essayait sur tous les points d'arranger un peu mais de-ne rien changer. | FÉDÉRALISME | AGRICULTURE | ET COOPÉRATISME Samedi après-midi nous avons assisté à la séance de l'assemblée nationale qui avait pour but le vote des résolutions de l'atelier économique.Une ou deux interventions de fédéralistes, prônant \u201c\u2019l\u2018in- 3 dépendance du Canada\u201d, ont été trés mal accueillies.Ces pauvres fédéralistes donnaient l\u2019image de Daniel dans la cage aux lions.L'atmosphère générale de l\u2019assemblée nationale était caractérisée par un fort désir d\u2019auto-détermination.Il est alors facile de comprendre l\u2019intolérance des délêgues envers le credo de certains fédéralistes.Les deux mamelles du Québec: coopératisme et agriculture! Alors que l\u2019agriculture prend de moins en moins d'importance dans l'économie québécoise, il est assez désespérant de constater que cette dernière a fait le sujet de nombieuses interventions.C'est encore le mythe de la terre mais quelque peu adouci cette fois.Un intervenant a même proposé la purification du Québec par l'Agriculture.Le coopératisme a fait des apparitions marquées.Nous pouvons constater l'importance du coopératisme dans la résolution suivante: eme A ll est proposé que: 1) Le Québec assure la création d\u2018un ministère autonome de la Coopération parce que les coopératives restent le plus sûr moyen de conduire les Québécois au contrôle de leur économie.2) Le ministère de la Coopération conçoive une législation destinée à favoriser le développement économique par les coopératives.ll est assez déloyal de retrouver en 1969 de vieux thèmes usés jusqu'à la corde, c\u2019est-à-dire le coopératisme.Nos ancêtres le voyaient comme un instrument de libération.On sait ce que nous sommes devenus.Nous croyons que le retour à ces solutions ne peut que nous éloigner de la réalité et encourager la recherche de solutions adaptées à l\u2019ampleur de notre aliénation économique.L'insistance sur l\u2019agriculture peut s'expliquer partiellement par le fait que de nombreux délégués viennent de régions.LE QUARTIER LATIN \u2014 11 MARS 1969 / PAGE 13 UNE INTERVENTION DE MICHEL CHARTRAND Lors d\u2019une intervention portant sur les ressources naturelles, Michel Chartrand a dénoncé les fondements du capitalisme.De sa voix forte et intransigeante il a déclaré que le \u2018capitalisme est a-national, a-patride, a-moral.Son seul objectif est ia maximisation des profits sans aucune considération nationale\u201d.Chartrand a continué en dénonçant ie principal instrument du capitalisme: la main-mise sur les moyens d'information.\u2018II faut que le pouvoir politique domine le pouvoir économique\u201d.Il s\u2019est montré déçu du fait que les assises ne se sont pas penchées davantage sur la planification.Par contre, a-t-il dit, l'orientation générale nous convient.|! faut souligner que de nombreuses interventions ont insisté sur l'importance du pouvoir politique comme instrument de libération de notre aliénation économique.LES MINORITÉS FRANCOPHONES ECARTEES DES ETATS GENERAUX Les minorités francophones ont vécu les Etats Généraux dans un climat d\u2018ambi- guité douloureuse, ambiguité découlant de ce qu'elles continuent à s'identifier et à croire à la nation canadienne-française alors que la quasi-totalité des délégués québécois s\u2019identifient psychologiquement, physiquement à la nation, au territoire et à l'Etat québécois.Il ressort de l'esprit des résolutions que les délégués québécois, au détriment des minorités, s'approprient des éléments de la définiton de nation canadienne- française décrite dans les documents d\u2019étude pour revendiquer des droits et des pouvoirs menant à la création d\u2019un Québec indépendant et souverainiste.Que devient alors le sort des minorités france- phones dans de belles assises.Eloignés physiquement du centre des Etats généraux (seulement 20 p.c.des délégués québécois pouvaient s'intégrer aux ate- tiers des minorités), les francophones vivant lors du Québec, semblaient avoir été abandonnés à élaborer entre eux un dernier rêve, celui de croire que le Québec restera dans la Confédération pour défendre ses petits cousins éloignés de la famille paternelle.L'interview des quelques minoritaires nous a d'ailleurs montré très clairement leur volonté presque désespérée d'émouvoir les francophones québécois sur le sort qui leur est réservé dans l\u2018\u2019éventualité d'un Québec indépendant: les minorités savent que les jours de leur survivance seront alors comptés.Par ailleurs, pour les Québécois, le sort des minorités sembleréglé:1L FAUT D'abord s'occuper du Québec.Alors que les votes dans les autres ateliers se sont pris avec une majorité écrasante, le vote concernant la protection des minorités a été battu dans la proportion de trois contre cing par l\u2018aile québécoise. PAGE 14 / LE:QUARTIER LATIN \u2014 11 MARS-1969 suite le souci de la nouvelle loi se restreint aux limites traditionnelles de la représentation et tient peu compte de la réalité spéciale que constitue une institution comme l'Université.Le document que nous citons sur une définition de l\u2019Université nouvelle constate au départ que l\u2019Université est un centre de ré flexion permanente qui permet la contestation du savoir, de la société et d\u2019elle-meme.Dans une telle optique, le rôle des professeurs et des étudiants s'inscrit au premier plan: le devoir de contestation implique que les étudiants et les enseignants puissent remettre en cause régulièrement et librement le contenu et les formes de l\u2019enseignement.Or il est bien clair que l\u2019Université du Québec ne donne pas le pouvoir de conception et de décision aux étudiants et aux professeurs: contester les formes de l'enseignement ne peut, dans les cadres actuels, aller de soi, car ces formes sont définies par le Conseil des études qui est un L'Association pour la légalisation de l'Avortement sur demande organises un TEACH IN sur l\u2019Avortement sur demande au Centre Social le 19 mars de 4 à 10 hrs.Principaux conférenciers: Lise Fortier (gynécologue) Serge Mongeau (médecin) Jacques Mackay (psychiâtre) Renée Cloutier Lise Payette Guy Allard (philosophe), et d'autres medecins, travailleurs sociaux, psychiâtres, etc.Bienvenue à tous.ASSEMBLEE GENERALE DES ETUDIANTS DE PHILOSOPHIE Mardi soir (12 mars) une assemblée générale des étudiants de philosophie était convoquée.La question principale à l\u2019ordre du jour était le problème monétaire.Que ferait-on avec l\u2019argent de l\u2019association?Les personnes présentes ont accepté d\u2019abord à l\u2019unanimité la démission des trésoriers.Puis, à la demande d\u2019un étudiant, un comité de gestion a été formé.Le rôle de ce comité était la liquidation à court terme du compte banquaire des étudiants du département de philosophie.Cette liquidation a été décidée comme suit: $400.00 Comité Valliére-Gagnon £150.00 Au mouvement francais de l\u2019U.Mc Gill $50.00 UGEQ $592.00 Institut Québécois organisme des plus éloignés de la base et de la région.Si le contenu de l\u2019ensei gnement est laissé au choix des établissements, il n\u2019en reste pas moins que la forme donnée à l'acquisition du savoir ne revient ni aux professeurs et étudiants, ni meme aux départements, mais aux autorités supérieures, donc en réalité à ce qu'on peut appeler la grande machine où l\u2019on reconnaît à coup sûr les intérêts de la société.Mais il faut se demander si ces intérêts représentent tellement la vérité, car la vérité est souvent exigeante et les intérêts déviants.En somme, nous avons là une structure représentative et souple.Mais il s'avère que le type de représentation n\u2019est peut-être pas pertinent pour une institution universitaire.Malgré toutes les qualités que semblent présenter les nouvelles structures administratives et leur représentation, il n'y a pas de quoi hurler de joie.!! ne faut pas oublier que ces structures sont exactement semblables à celles qui constituent les CEGEP, tant au point de vue régionalisation et autonomie, qu\u2019au point de vue démocratique.Et il ne semble pas, du moins jusqu'à au- es
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