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Titre :
Le Quartier latin
Éditeur :
  • Montréal :[le Quartier latin],1919-1970
Contenu spécifique :
Supplément - faculté des lettres
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
autre
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Références

Le Quartier latin, 1964-01-28, Collections de BAnQ.

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[" Supplément FACULTÉ DES LETTRES MONTREAL, 28 JANVIER 1964 VOLUME XLVI \u2014 NUMERO 30 .\" a a = n n n » n a a 5 nu mn u a n » un mn n a n u a = a n a = = n u n n mn = un n mn 2 | 8 | n n = n u =.a | | u a u nu un nu a 0 a = B Bn n =n a a % La faculté des lettres présente La tradition l'exige; les étudiants y souscrivent; le QUARTIER-LATIN y consent: lo Faculté des Lettres y va de son petit numéro spécial ! Mais trève d\u2018\u2019y\u201d et de majuscules, vous trouverez ci-après votre ration annuelle d'articles.Si vous sentez un creux au fond de l'estomac, si vous demeurez sur votre faim, patientez ! Le banquet que nous vous préparons \u2014 une année de plus ou de moins! \u2014 n'en sera que meilleur.D'ici là, voici dans quel esprit vous devez aborder ces pages.En effet, une publication de ce genre, il importe que vous Ja sachiez, ne s'impose pas à l'attention comme un portrait vivant de la Faculté; elle en est plutôt le portrait- robot.Le lecteur discipliné doit lire entre les lignes, traverser l'écran des mots, voir derrière.C\u2019est fou ce qu'il risque alors de découvrir ! Ainsi, il apprendra, incrédule, qu'à cette prestigieuse faculté, on étudie maintenant la littérature canadienne-française : acquis précieux, inestimable même puisqu'il marque Un cran d'arrêt, espérons-le, à la vertigineuse dégringolade d'un peuple, assez dédaigneux de lui-même pour se crever les yeux, assez méprisant envers ceux qui l'expriment pour leur arracher la langue et assez lâche pour se contenter de former une élite - intellectuelle déracinée.Acquis fondamental qui a même des fruits exquis, entre autres des rencontres périodiques avec nos écrivains.Le lecteur perspicace apprendra également que la Faculté se permet des préoccupations scientifiques au sujet de la langue française dans ses MANIFESTATIONS VIVANTES; ce qui comprend \u2014 croyez-le ou non! \u2014 un embryon d'intérêt pour les richesses linguistiques du Canada français, et Un souci presque materne| du français oral.Le lecteur soucieux d'approfondir davantage se posera mille et une questions à propos de la nouvelle revue littéraire des étudiants de la Faculté.Elle n'en est qu'à son premier numéro : il faut | ajuger selon son age | Mais elle est riche de promesses sinon encore de réalisations.Cette initiative doit vous paraître symptématique : les étue diants écrivent, et plus qu'on ne le croit.vues: 04 \u2018L'âme de la Faculté, il faut la chercher dans l\u2018inavoué.\u2018\u2019 ~~ Inutile, toutefois, de chercher des preuves là où elles ne sont pas: dans les articles officiels ou les dissertations imposées.Non.Une enquête rapide autour de vous suffit : on écrit librement, en cachette.On jette au panier ou on enfouit dans les tiroirs; sans doute on écrit mal peut-être; mais on écrit et c'est ce qui importe.Le besoin crée l'ins- frument : la soif d'écrire précède la mai- trise des moyens d'expression.Le lecteur patient se rendra compte aussi des efforts de la Faculté pour internationaliser ses champs de recherches, Ainsi, les étudiants férus de cultures étrangères se voient ouvrir les vastes domaines des études slaves et des études anglaises.Enfin, si le lecteur un peu au courant connaît l'existence d'un département d\u2018histoire très dynamique où les professeurs publient \u2014 phénomène assez rare ici \u2014 et où les étudiants semblent se faire une noble conception de leur science, il manifestera néanmoins une certaine surprise devant celui d'histoire de l\u2019art et un plus grand étonnement encore devain le fait suivant : les étudiants s'y posent des questions pertinentes à la fois sur la méthodologie et sur le contenu des cours qui ne présentent qu'une étude des arts plastiques aux dépens des nouvelles formes d'expression artistique, A la fin de cette revue, si vous déplorez l'absence de la géographie, considérez qu'elle a atteint la maturité et qu'indépendante de la Faculté des Lettres, elle ratifie par cette carence son divorce récent.Cependant, tout n'est pas dit et même, vous le jugerez par la lecture des textes, tout reste à dire.Le sujet à traiter ne serait pas tellement celui des structures de la Faculté, des cours et de leur choix plus ou moins judicieux, des professeurs dont la compétence varie, eds étudiants parasites, mais peut-être du climat spécial et particulier de la Faculté qui ne traduisent pas les articles.Ces quelques pages n\u2018indiquent que des tendances : elles révèlent les cadres mais ne rendent pas toujours justice au tuf de création littéraire et poétique.L'âme de la Faculté, il faut la chercher dans l'inavoué.Gisèle TREMBLAY ssousssssssssssnsssssusssssusanassassss=ssuassasuusnaanasUUSAAEUASAUA 0\u201d LE QUARTIER LATIN \u2014 28 JANVIER 7964 N9- Le domaine des études slaves | \u2014 LE MONDE SLAVE Le monde slave est un immense ensemble ethnique, culturel, politique et économique englobant approximativement 225,000,000 de personnes, qui parlent les langues suivantes (en chiffres arrondis) : les Slaves orientaux : ] 160 millions ou 72% des Slaves [ Jes Slaves occidentaux : 42 millions ou 16% des Slaves les Slaves \\ méridionaux : 23 millions ou | 12% des Slaves le russe .114,000,000 l'ukrainien 37,000,000 le bielorusse .8,000,000 le polonais .30,000,000 le tcheque .8,500,000 le slovaque .3,500,000 Je kachoube .200,000 le lusacien .150,000 le serbo-croate 14,000,000 le bulgare .7,000,000 le slovène .1,500,000 le macédonien 1,000,000 Un nombre respectable de prix Nobel avait été décerné à des re9présentants des nations slaves, par exemple : en littérature (Sienkiewicz\u2014polonais; Reymont\u2014anglo- polonais; Bunin et Pasternak\u2014russes; Ivo Andric\u2014-yougo- slave), en chimie (Ruzicka\u2014yougoslave), en physiologie (Pavlov\u2014russe), en médecine (Metchnikoff\u2014russe), en physique (Landau-russe), etc.Il \u2014 REGIME SOVIETIQUE L'Union des républiques socialistes soviétiques proclame avoir réalisé un système social et économique vainement rêvé jusqu'ici, Ses censeurs affirment, au contraire, que le communisme abuse le monde sur sa nature et que la croyance au socialisme soviétique sera considérée un jour comme l\u2018un des mythes les plus fantastiques qui aient égaré l'opinion mondiale du XXe siècle.Les succès indéniables atteints par l'URSS et le bloc des pays du régime soviétique, particulièrement dans les domaines technique, scientifique et politique, suscitent l'intérêt général et imposent la nécessité d'étudier ces pays et leurs structures non plus sur le plan des critères émotifs, mais par des méthodes scientifiques et objectives, par l'examen attentif des faits et de leurs causes et conséquences.Les faits sont d'ordre idéologique (philosophie), culturel (langues et civilisations); les causes et conséquences sont surtout politiques, sociales et économiques.Au département d\u2019études slaves C\u2019est un département relativement peu connu, mais qui a son histoire assez mouvementée au sein de la Faculté des lettres.En 1948, la Faculté s'est donnée un \u201cCentre d\u2018études slaves\u201d; a cette époque le \u201cCentre\u201d était conçu plutôt comme une institution de bienfaisance destinée à aider des intellectuels européens à se \u2019remettre en selle\u201c après les dures épreuves qu'ils avaient eu à subir durant la dernière guerre, Des associations ethniques et des cercles privés contribuèrent largement à l'entretien de cette institution.De 1950 à 1960 quelques 130 diplômes et grades universitaires en \u201c\u2019slavistique\u201d furent décernés à des candidats qui avaient déjà complété ou commencé des études supérieures en Europe à la veille de la guerre.Mais déjà, dès 1957, des étudiants canadiens firent leur epparition au \u201cCentre\u201d et leur nombre continua de monter lentement.Il! devenait évident que le département d'études slaves achevait sa mission de bienfaisance et entamait une nouvelle étape de son développement pour devenir un département académique \u201ccomme les autres\u201d.Ce n'est qu'en 1963 que sous l'instigation de M.Pierre Dagenais, le nouveau doyen de la Faculté des Lettres, les structures académiques et administratives de ce département furent fondamentalement revues, repensées et réformées, Actuellement, le département d'études slaves est une institution strictement académique qui s'élève rapidement au niveau général de la Faculté et dont le but est de préparer les étudiants à des professions dans l'enseignement (professeurs de langues et d'histoire des civilisations slaves), dans la fonction publique, (traducteurs, professeurs, experts pour les forces armées, la diplomatie, la radiodiffusion) et pour les attaires.Un nombre important des gradués en slavistique de notre Faculté occupe des postes de confiance dans diverses grandes institutions; par exemple, des chefs de départements dans trois universités américaines, à l'Université McGill, à l\u2018Univer- sita Carlton (Ottawa); deux chefs de service à Radio-Ca- nada; un sous-directeur à I'Ecole des langues du Ministère de la défense nationale; un grand nombre de professeurs dans des collèges et des universités, des traducteurs, un secrétaire de l'Ambassade canadienne à Moscou, etc.Les conjonctures du monde d'oujourd'hui exigent les services d\u2018un nombre croissant de spécialistes connaissant la langue russe et d'autres langues des pays de l'Europe orientale, leur histoire, leurs civilisations, leurs structures.Les réalisations spectaculaires de l'URSS dans les domaines scientifiques et techniques, ainsi que son rôle politique et économique dans le monde moderne obligent l'Occident à les connaître et à fraîter de plus en plus avec les pays du régime soviétique, C'est pourquoi presque toutes les grandes universités de notre continent et de l'Europe développent à un rythme accéléré des centres de recherches, des départements, des instituts, des programmes d'études sur la Russie, sur le monde slave et sur les structures du monde soviétique.Notre université n'est pas en retard dans ce domaine et son département d'études slaves avec ses programmes restruc- lurés présente des avantages certains.Par exemple, notre département de slavistique offre des cours au niveau du B.A.spécialisés en slavistique.En quatre ans d'études nos candidats acquièrent des connaissances assez poussées en langue russe (2 ou 4 ans d'études), une seconde langue slave (polonais, ukrainien, tchèque, serbo-croate et autres), l\u2019histoire, les littératures et les civilisations des nations slaves; tout cela en plus des cours de français, d'anglais et de culture générale (philosophie, histoire et géographie du Canada, économie, etc.).No- fons ici que notre B.A.spécialisé donne une préparation plus complète que la majorité des autres universités, où la concentration est faite presque exclusivement sur les études russes.Ensuite, notre programme d\u2019études supérieures, parmi les rares sur ce continent, exige du travail de recherche et de perfectionnement dons les langues slaves; certains cours supérieurs sont même donnés dans ces langues; ainsi nos gradués acquièrent la capacité pratique de travailler sur les sources et documents originaux et par cela même ils sont plus compétents que de nombreux gradués qui ne peuvent travailler que sur les sources traduites en anglais.Notre département de slavis- tique possède encora le grand avantage de former des spécialistes polyglottes (français, anglais, russe et une seconde langue slave).Nous sommes enfin la seule université cana- dienne-française à former des slavisants et des soviétologues.Le département d'études slaves est actuellement en bonne voie de développement; le nombre des étudiants inscrits atteignait presque les deux cents; après les modifications du programme et le renforcement des règlements leur nombre est tombé à une centaine, mais parmi ceux-là le nombre des jeunes étudiants qui nous viennent régulièrement des collèges est en progression constante.Le corps ensaignont du département est constitué de six professeurs à temps complet et de huit professeurs à temps partiel.Vig.ESCALE Toi l\u2018âme étrangère, Viens avec moi découvrir, Le long des tentes légères, l'odeur de certains souvenirs.Viens regarder ce miroir, Où lo fuyante garnison Laisse mijoter l'éclosion Lente de certains désespoirs.Deux enfants reposaient sur Île sable, Exsangues dans le vent.Deux enfants invulnérables, Disporus dons le temps.Terre et mer impulssantes, Figées dans l'esclavage, Vous cimiez le doux orage De nos âmes naissantes.Décolorées, les fleurs tièdes Que je retrouve pourtant, N'apportent plus l\u2018enchantement De nos premiers remèdes.Parfois dans les eaux profondes, Des algues se nouaient; Des corps nus plongeaient Pour se noyer dans l'onde.Rappelle-toi notre âge, Fier et meurtri, Tendre et soumis, Glissant sur les rivages.Jean Deschamps HISTOIRE DE L'ART On compte beaucoup sur un dernier-né.On le regarde pousser avec toutes les espérances d'une paternité qui veut être fière de sa progéniture.La section d'histoire de l'art est dans sa deuxième année.On n'y trouvera pas d'autres prodiges, certes, que les manifestations d\u2019un poupon, peu intéressé à se foire prendre pour un génie.Il est encore trop tôt pour porter un jugement.Parti de presque rien, bâti de toutes pièces par monsieur Randall, l'entreprise n'était pas mince à réaliser: On parle déjà de pouvoir y offrir trois certificats pour l\u2018obtention de la licence.Formerons-nous une nouvelle génération de critiques d'art?La situation actuelle plutôt minable nous le fait désirer.Il ne s'agit plus d'un métier sans emploi.Ces étranges dissertations sur les créations des autres tendent à suivre une ligne esthétique constructive et intelligente.La section est dotée d'une superbe collection de diapositives sur l'art de toutes les époques.L'Amérique s'est créée une culture de reproductions.Les directeurs du département ont assumé cette condition géographique.La notion de beauté, de compréhension de la beauté s'affirme d\u2019une façon pratique.Tous les étudiants de la sec tion suivent trois heures de cours pratiques à l\u2019école des Beaux-Arts.Comme les peintres en herbe qui aiment bien se prendre au sérieux.La connaissance des matériaux, les techniques de peintures, de modelage, de gravure, l'affrontement pénible avec l\u2018harmonie des couleurs, rien n\u2019est négligé.La notion d'esthétique, de critique, et les grandes périodes de l'art dit classique, sont au programme.Un seul aspect délaissé, l\u2018art contemporain.Et pourtant, le cinéma ou la photographie, pour ne nommer que ceux-là, contiennent en abondance des éléments artistiques.Mais la section évolue lentement.Peut- être y trouverons-nous dans quelques années un personnel plus important (numériquement) qui en fera un des départements les plus actifs de la faculté.Il ne s\u2019agit cependant pas pour nous d'apprendre pius mais de mieux aimer.Il en reste trop à connaître.Nous assistons oux premiers PEINTURE ARABE balbutiements d'un département et nous y participons en tant que pionniers d'une époque nouvelle.ll respire alors selon ce que nous lui insuffions de vie.Mais l'histoire de l'art dépasse la simple histoire puis qu'elle nous permet de retrouver la littérature et toutes les préoccupations des hommes ou cours des siècles.La section y \u2019 \u2019 \u2019 # S \u2019 s \u2019 \u2019 y \u2019 s s g S fg \u2019 \u2019 S \u2019 g \u2019 s g \u2019 S y f \u2019 \u2019 \u2019 \u2019 s \u2019 y \u2019 3 à \u2019 \u2019 Littérature et nationalité Pourquoi s\u2019intéresse-t-on à la littérature ?A cette question, Jes réponses sont multiples et variées, selon le niveau de culture, selon les tempé- ramments et les goûts.Désir, chez certains, de parcourir la gamme des sentiments; pour d'autres, la \u2018littérature sera une école de vie et de pensée.Les artisans du vrbe liront pour enrichir leur bagage de mots, pour assouplir leur phrase ; les esthètes, pour joulr du mot juste et de la phrase bien tournée.Mais pour le lecteur moyen, c'est un peu tout cela, à des degrés divers, que représente l'oeuvre littéraire.En soi, la littérature ne connaît pas de nationalité, Elle existe pour être reflet de l'homme.Dostoievski a exprimé les passions de l'homme russe, mais le lecteur français s'y retrouve -comme en lui-même.De même les chefs-d'oeuvre de Shakespeare, Dante ou Cervantès ont pour toujours fait éclater les frontières nationales.Ce sont it couvres immortelles, qui ont capté l'Ô- me de l'homme, qui empêchent, écrit DuBos, que la vie ne soit \u201cqu\u2019une chute d'eau, cette chute d'eau sous laquelle tant d'entre nous sont submer=- .+ x 3 / y ps D gés\u201d, Peui-être est-ce parce que l'homme se refuse à être submergé, englouti dans un passé irréparable, qu'il se tourne vers des oeuvres qui l'ont rendu intemporel.Mais si la littérature authentique ne connaît pas de frontières, il n'est pas moins vrai qu'elle est incarnée, enracinée dans un sol bien pare ticulier.Et si la beauté de Sha\u2026 kespeare atteint le lecteur de toute nationalité, je crois que seul celui qui a ses racines au pays de Shakespeare pourra goûter toute la saveur de son verbe et percevoir toute la densité de son atmosphère.Lui seul, de même, éprouvera ce sentiment de fierté pour l'un des siens, lui seul se sentiro, véritablement, légataire et gardien d\u2018un héritage.Ainsi en est-il de tous les peuples.Pour nous, la littérature française demeure cet héritage que nous revendiquons.Bien sûr, nous ne sommes plus tout à fait français.Mais dans notre monde nordique, entourés d'anglo-saxons, nous n'o- vons pas pris racine de la même façon qu'eux; nous persistons, écrit Anne Hébert, \u201ccomme une épine plantée av - conur du continent omérie cain\u201d, Depuis lu conquête, nous nous sommes sentis orphelins, et spoliés d\u2019un héritage français que nous n\u2018avons tesser de revendiquer.C\u2019est pourquoi Molière et Gide, Voltaire et Rousseau continuent à nous enrichir, à nous révéler à nous-mêmes, Si certains auteurs nous paraissent guindés ou obséquieux, nous savons pourtant que nous avons besoin d'eux, parce qu'ils reprée sentent une étape dans notre passé et que, sans eux, il nous manquerait une part de nous- mêmes.Notre présent s'est enrichi de cet héritage, il en est au- jourd\u2019hui plus riche et plus confiant, La littérature canadienne, née hier, grandit en s'enracinant et, dans la mesure même de cet enracinement dans l'âme canadienne, elle prend visage et forme.Un jour, peut-être, une oeuvre canadienne s\u2019inscrira dans le lignée d'Homère et de Dante.Ce jour-là, nous serons fiers d\u2019une osuvre bien nôtre, devenue immortelle.Ele sera plus nôtre encora, pour avoir dépassé toutes frontières.Ce jour-là, nous aurons notre propre hé- ritege.\u2014 ~~ son d'histoire de l'art a été créée pour manifester ces liens dans une discipline originale.Ni sclérosée ni menacée de pérennité, la section ne souffre ni lois formelies ni cadres absolus.Elle tend à une objectivité qui est celle de l'évolution constante.C'est à ce titre qu'elle mérite d'être consie dérée.François BEAULIEU , ort mar, F961 WIIANVI ST \u2014 NUVI VSUAVAD 11 Ca \u2014 LE QUARTIER LATIN \u2014 28 JANVIER 1964 Le département d'études classiques la plupart de ceux qui apprennent que nous faisons une licence en Français-Latin-Grec s'étonnent d'un te| choix, Quelques-uns nous félicitent, non sans ironie, pour notre courage, d'autres nous demandent ce qui a pu nous attirer vers cette spécialité.Nous allons tenter de répondre à tous ceux- là.D'abord, il faut préciser à nouveau que nous ne faisons pas uniquement du latin ou du grec, puisque nous suivons également des cours de grammaire et philologie, et des cours de littérature française.Nous avons de plus quelques heures de linguistique.Nous ne parlerons pas de ces dernières matières, qui font l\u2018objet d'articles des départements concernés, Les certificats de latin et de grec comprennent évidemment les cours de grammaire, mais aussi ceux de philologie, de morphologie et de prosodie, Une grande part est aussi réservée à la traduction d'auteurs, Nous avons de plus quelques travaux pratiques, versions et thèmes, comme il se doit.Mais le département évolue et des rumeurs persistantes veulent que l'on nous fasse étudier l'allemand à compter de l\u2019année prochaine.Quelques cours d'italien seraient peut- être également proposés, le programme se trouve donc assez chargé, d'autant plus que plusieurs d'entre nous suivent en outre les cours de l'Ecole Normale Supérieure.Ces mo- tières paraissent sans doute un peu sèches aux non-avertis, aussi allons-nous tenter d'expliquer ce qui peut pousser un propédeute à s'inscrire en mention classique.DEBOUCHES A première vue, évidemment, ces études ne peuvent pas nous amener à outre chose que l\u2019enseignement.I! faut cependant préciser que certains étudient le latin et le grec comme bases, comme éléments de formation qui |es aideront dans l'enseignement du français, | ne s'agit en somme que de culture, que de soutien pour ces futurs professeurs de littérature française.D'autres s\u2018intéressent plus directement à cette matière; ce sont eux, par exemple, qui veulent l'enseigner au niveau collégial; mais le niveau universitaire reste ouvert à eux, soit pour l'enseignement, soit pour la recherche.Malgré tout ce qu'on peut penser, il y a encore beaucoup d'études à faire sur les textes anciens : certains peuvent être intéressés à la philologie, d\u2018au- fres aux Institutions grecques ou latines, d'autres encore y voient une porte ouverte sur l\u2019archéologie.Enfin, il est toujours possible de foire des recherches plus approfondies sur la pensée de l'antiquité, pensée encore tellement présente au XXe siècle.ORIGINE ET SOURCE Ceci pose le pourquoi de l'étude de ces langues, Certains affirment que bientôt l'étude des textes anciens se fera au moyen de la traduction.Nous ne croyons pas ce changement souhaitable, car les textes français mutilent toujours plus ou moins la pensée d'un auteur.Si nous lisons un roman d'Hemingway, par exemple, en anglais et en français, nous sentons à quel point els déformations sont importantes.D\u2018autre part, malgré tout ce qu'on peut penser, il est possible d'aimer travailler un texte ancien.Certains jugeront ce travail inutile.SÛrement pasp lus que l\u2019histoire, par exemple, qui nous montre l'évolution des peuples à travers les ôges.Mais l'étude de ] acivilisation gréco-latine nous permet de suivre l'évolution d'une pensée que l'occident a interprétée et méditée sans en épuiser les richesses.Nous pouvons considérer cette civilisation grecque de deux façons : comme origine et comme source.Comme origine, elle représente le point de départ de toute l\u2019évolution de la pensée occidentale autant au point de vue philosophique Gqu\u2018ortisti- que: il s'agit alors d\u2019une étape historique dont l\u2018étude peut s'avérer très intéressante.Mais il y a une autre façon de voir qui est sons doute beaucoup plus importante : nous considérons la civilisation grecque comme source et, en ceia, per- * sonne ne peut offirmer qu'elle soit \u201cmorte\u201d.A tous les siècles, nous retrouvons [influence constante de l\u2018antiquité.Elle est encore une source vivante.\u201cDans la littérature, por exemple, nous pouvons remarquer que certains des plus grands auteurs des derniers siècles ont pris un souffle de vie chez les Grecs et les Latins: Racine au XVlle, puis Chénier au siècle suivant; plus près de nous, Hugo, les Parnassiens; et même parmi nos contemporains, Co- mus lui-même affirme qu\u2019il a subi une trés grande influence de l'Antiquité, Camus qui retrouve chez les Grecs une première expression de l\u2018homme contre son destin.Leurs conclusions restent vivantes et ils ont par \u2018là inspiré plus d\u2019un de nos grands philosophes et romanciers, Le cartésianisme, qui a été longtemps considéré comme la seule forme de pensée dans plusieurs universités, n'est plus seul.Graduellement, on tend à revaloriser une saisie du réel par l'image, dont l'utilité apparaît surtout en pédagogie.Or les Grecs nous donnent un heureux exemple de la rencontre de l'image et de la raison: voyez Platon.Et, encore une fois, de nombreux auteurs y ont vu une façon idéale de s'exprimer, Hugo, par exemple, ne pense jamais autrement; Camus même se sert constamment de ce procédé.Et, dans l\u2019enseignement, certains l\u2018utilisent toujours.Monsieur Henri Agel, professeur d'humanités gréco-latines, a pris l\u2018habitude d'expliquer la structure d'une oeuvre littéraire par le mouvement, en faisant des comparaisons avec la forme d'un film, 1 dégoge le mouvement d'un texte en faisant un découpage technique avant de réaliser un montage théorique.Quelle meilleure façon de rendre un texte vivant ?Et ce mouvement même des grandes oeuvres de l'antiquité a inspiré certains réalisateurs : le récent film Electre n'en est- il pas le meilleur exemple ?Bref, non seulement les études gréco-latines peuvent ploi- re en soi, mais elles restent d'une très grande utilité au point de vue historique, ef les oeuvres des grands écrivains anciens gardent leur importance capitale comme sources de vie nouvelle.Et ceux qui se rendent compte de ce fait ne peuvent sûrement pas le négliger.Miche! THEORET L'HISTOIRE ET L'HISTORIEN En naissant, nous sommes plongés, bien malgré nous, dans un monde dont nous ne pouvons nier l\u2018Evolution: dans un monde qui ne cesse de se transformer et où des événements différents ne cessent de se poursuivre à travers le Temps.La simple réflexion et les lois de la thermodynamique (celles de Sadi-Car- not) s'accordent pour nous démontrer que cette évolution est irréversible; c'est-à-dire qu'elle se meut dans une direction, prédéterminée ou non, dans un sentier où elle ne reviendra jamais.Rien ne peut changer le fait que César a été assassiné en 44 avant J.C.et tout tend à prouver que cet événement n'est pas prêt de se reproduire.Devant cette situation, l'homme ressent un besoin profond de consigner les faits qu'il juge importants et d'en faire Fobjet d'une étude attentive: l'Histoire.Devant les documents qu'il réunit sur le passé, l'homme peut méditer à son aise, et soulageant son angoisse, commencer à découvrir un sens à l'Univers qu'il habite.Aujourd'hui, on accorde généralement deux sens au mot histoire; d'abord on reconnaît l'his- toire-vécue qui est la vie telle qu'elle s'est déroulée dans la réalité.Ensuite on distingue l'his- toire-écrite; c'est elle qui est le résultat d'une recherche, d'une connaissance plus ou moins exacte et étendue des faits de l'his- toire-vêcue.Le travail de l'historien se fait en trois étapes: 1°) La recherche de documents concernant la période de l'histoire ou le point précis de son développement qui fait l'objet des enquêtes du chercheur.Ces documents peuvent être de tout ordre: écrits (imprimés ou manuscrits), monuments, habitations, pièces de monnaie, ustensiles domestiques, armes, décorations, etc.2°) Une fois ces documents réunis, l'historien les trie et tente de découvrir leur importance relative.Il doit ensuite critiquer leur degré de crédibilité et assayer d'extraire le sens réel du message transmis.L'historien, surtout celui qui s'occupe des documents généalogiques médiévaux, doit savoir se méfier des faux.Celui qui fait l'histoire contemporaine doit éviter de se laisser noyer par l'abondance de la paperasse; quant aux pauvres chercheurs d'histoire antique, ils sont plutôt exposés au danger contraire.Heureusement de nombreuses sciences auxiliaires de l'histoire peuvent venir en aide aux spécialistes: de la paléographie à la sociologie, l'érudit du XXe siècle dispose d'une gamme appréciable d'armes scientifiques permettant de trancher plus facilement dans l'épaisseur du passé.A l'aide d'une méthodologie rigoureuse, l'historien peut parvenir, à force de patience, à faire l'analyse des faits soumis à son enquête et à en découvrir les lumières et les obscurités.| peut maintenant s'attaquer à l'étape suivante.3°) Si les deux premières sont celles qui peuvent mériter à l'histoire son nom de science, la troisième de ces étapes, elle, nous permet d'affirmer que l'histoire est un art.En effet, les qualités d'hommes, de philosophe et de chercheur de l'historien doivent toutes s'unir dans un effort suprême, commencé subrepticement pendant l'analyse, il est vrai, et trouver leur accomplissement dans la création d'une synthèse tirée des points saillants mis en relief par les travaux de mise en place des étapes précédentes.Depuis que l'homme a découvert, selon le mot de Julien Huxley,\" qu'il n'est pas autre chose que l'Evolution devenue \u201c\u2019conïciente d'elle-même, l'historien à senti ses responsabilités décupler.Ce n'est plus seulement l'histoire de quelques civilisations perdues sur une infime planète qu'il doit décrire, c'est bien plutôt la somme de tous les \u2018efforts déployés par un Cosmos en gestation et dont il représente la fine pointe dans sa montée \u2018vers toujours plus de Conscience.L'historien est celui qui cherche à voir toute la courbe de la Vie et non seulement un court segment: il est celui qui plonge pour trouver dans la plus grande épaisseur possible des couches superposées du Passé les fils conducteurs de la Vie et de la Pensée.Partant, il est celui qui connaît le mieux l'avenir puisqu'il découvre le Sens du Passé.|| est celui qui doit collaborer le plus intimement avec les chercheurs de toutes les autres Sciences (aussi bien exactes qu'humaines) afin de construire la grande Histoire Naturelle de la Création, que Teilhard de Chardin appelait de tous ses voeux.Nous sommes entrés dans une nouvelle phase de l'histoire.Rien n'est plus certain.Jamais les unités humaines n'ont été aussi rapprochées, jamais on n'a été aussi conscient de tous les problèmes de l'Humanité.L'historien, artiste, puisqu'il doit interpréter le Passé et créer les directives pour l'avenir, homme de science, puis- qu'il est chargé de trouver le sens de l'Effort du Cosmos, doit maintenant acquérir la foi du théologien et la lucidité du philosophe pour chercher, à la manière d'un Diogène, l'Homme en marche.On ne peut en demander moins à celui qui a pour #â- che de scruter les lignes de force de la Destinée humaine.Louis DAGNEAU >eoafl)-Ghé:par:T, de.Chardin; le Phénomène mel ta \u2018Memaia; Seuil; Poris; 1988.\" rem cena pn ter + par Jean-Yves FERLAND Nous nous étions permis d'avoir un peu honte lorsqu'en parcourant, dans le bottin de l'AUPELF, la liste des publications des Facultés de Lettres des universités de langue frangai- Une littérature.se, nous avions pu lire : Montréal.aucune.Mais toute hon:e n'est pos générotrice d'action, bien que toute faute porte son excuse.L'A.E.F.L.U.M.renaissait et sa structuration interne pouvait réquisitionner toute son énergie.Mais de cet ordre neuf allait naître des forces nouvelles, forces de conscience, de lucidité et d'action.Parmi les activités signées LETTRES est apparue cette réalisation qu'on avait crue impossible et qu'on croit encore téméraire : Lettres et Ecritures, Revue des Etudiants de la Faculté des Lettres de l\u2018U.de M.UNE REVUE EN LETTRES Une autre | Et pourquoi pas ?La liste des revues lancées par les étudiants de la faculté déborderait les cadres de mon propos; c'est pourquoi, de toutes ces expériences d'un riche passé, je ne retiendrai qu'un facteur déterminant : leur nécessité.Toutes les revues de la Faculté des Lettres sont apparues à leurs directeurs d'une nécessité vitale, sous l'un ou l'autre aspect.Lettres et Ecri- tures se garde bien d'échapper ; à cette règle.: Les étudisats.de la Faculté | des Lettres, de par les exigen- ; ces de leur programme acadé- | mique, ont à spéculer sur les : notions d'humanité, de civilisation et de culture.Langue; lit | LITTERATURE CANADIENNE EEE Une revue térature, art, histoire et géographie comptent parmi les disciplines susceptibles de nous conduire au coeur de ces réalités humaines.Ces disciplines sont les nôtres.Le devoir d'étendre nos connaissances sur ces visages de l'homme de tous les temps et de tous les lieux nous est donc échu professionnellement.Mais pour nous, un autre devoir s'impose, devoir qui, loin d'effacer le premier, lui donne tout son sens et, si j'ose dire, toute sa valeur.Ce devoir nous est apparu avec toute la force de ses exigences à travers le complexe vital de l'heure présente, heure où le Québec s'apprête à signer le sort du Canada, heure où l'Amérique amorce, au nom du monde entier, un tournant de l'histoire.Notre observation de l'homme et de ses valeurs de vie trouvera son incarnation dans ce milieu de chez nous, sur ce continent des perspectives de demain.Lettres et Ecri- tures, revue des étudiants de la Faculté des Letires, entend se consacrer à l'étude de l\u2019'Homme Nord-Américain.L'Homme Nord - Américain fera l'objet de nos recherches parce que se posent chez nous de vibrantes questions d\u2018identité et parce que l'Amérique du Nord incarne aux yeux de l'univers entier l'éternelle on- goisse du devenir.Que sont ces } forces sourdes, ces composantes de notre psychisme national qui, une fois de plus, ogi- tent aujourd'hui l'homme cana- dien-français ?Quelles énigmes, et elles sont aussi nombreuses que diversifiées, pose à l'humanité l\u2018Amérique du Nord, le plus jeune et le plus vieux des continents ?À ces questions nous ne prétendons apporter aucune réponse mais peut-être notre étude contribuera-t-elle à préciser, clarifier et revaloriser ces questions elles-mêmes.Loin de désincarner l'Homme Nord-Américain, nous le voulons montrer bien vivant dans chacun des aspects de sa vie et de son action.Face au Canadien-français, Lettres et Ecritures émettra des points de vue ou reposera certaines questions hors de tout fanatisme, cet ennemi mortel de toute vraie révolution.Face à l'Homme Nord-Américain, Léttres et Ecritures observera sa civilisation hors des barèmes du sédentarisme européen.Face à l'Homme de la pure désincarnation universelle, Lettres et Ecritures qualifiera peut-être de déjà vieille cette \u201cpériode critique\u201d et ces \u201cannées décisives\u201d dont partait M.Malraux.LETTRES ET ECRITURES De quel nom devez-vous qualifier de telles hallucinations ?Nous voyons trop haut, trop loin et trop grand.Ce devoir que nous nous proposons déborde largement les cadres de notre compétence et les normes imposées par notre travail académique.Les étudiants de la Faculté des Lettres jouent d'audace et n\u2018entendent pas limiter leur action aux frontières de béates sécurités.L'A.E.F.L.U.M.débordera la faculté, débordera le campus pour atteindre la vie quotidienne de la nation.Dans ses vues comme dans sa formule, Lettres et Ecritures s'ouvre à toute notre société.Déjà des collaborateurs nous sont venus de tous les secteurs de notre élite et la revue a rejoint la totalité de notre classe intellectuelle.Et notre travail ne fait que commencer.Quelle portée auront nos réflexions, quelles seront les conséquences de notre travail ou de notre audace ?Tout cela n'a rien d'angoissant pour nous puisque nous savons que l'Homme Nord - Américain a suscité en maints endroits des réflexions nouvelles et qu'il est né là où n\u2018existait hier que l'élite de l\u2019au-delà.: Une réalisation de la Faculté des Lettres: Lettres et Ecrie tures.Un département Le débat classique autour de l'existence ou de la nonexistence d'une littérature canadienne est devenu anachronique : l'Université de Montréal donne maintenant un certificat complet en littérature canadienne, En ce domaine, la recherche est évidemment tout juste embryonnaire, Comme le certificat se donne pour la première fois cette année, on aimera savoir quels auteurs ont été mis au programme et quelle réaction à suscité l'enseignement de ces auteurs.Littérature canadienne-française .Auteurs: Laure Conan, André Langevin, Gabrielle Roy, Yves Thériault, Alain Grandbois, Anne Hébert, Rina Lasnier.Questions : Poésie, roman, théâtre.Littérature canadienne-anglaise Auteurs : Thomas C.Haliburton, Stephen Leacock, Frederick P.Grove, Morley Callaghan, Hugh MacLennan.Questions : CREATIVE WRITING IN CANADA (D.Pacey) THE BOOK OF CANADIAN POETRY (A.J.M.Smith).Ce programme a-t-il répondu jusqu'ici à l'attente des étudiants inscrits au certificat de littérature canadienne?\u2014 On peut affirmer que dans l\u2019ensemble la réaction a été et demeure enthousiaste : joie de découvrir autour de soi de grands écrivains, joie aussi de se découvrir soi-même, Le certificat de littérature canadienne nous manquait.Ulric AYLWIN Ï F E.5961 VLANVS 87 \u2014 NUVT BUVVNO IT WN LE QUARTIER LATIN \u2014 26 JANVIER 1964 on Un film à la Faculté : Education sentimentale EDUCATION SENTIMENTALE, film Français d'Alexandre Astruc.Scénario: Roger Nimier, Laurent Laudenbach, d\u2019après le roman de Gustave Flaubert.Photographie : Jean Badal.Musique : Richard Cornu, Interprétation: Marie-José Nat, Jean- Claude Brialy, Dawn Addams, Michel Auclair, Pierre Dudan, Carla Marlier, Nicolas Vogel.1961.ASTRUC, Alexandre Né le 13 juillet 1923 à Paris.Un roman : LES VACANCES.Critique (COMBAT, LA NEF, L'ECRAN FRANÇAIS, LES TEMPS MODERNES, GAZETTE DU CINEMA, CAHIERS, ete.).Assistant (M.Allégret).Conseiller technique (JEAN DE LA LUNE).Scénariste (LA PUTAIN RESPECTUEUSE).Cofondateur d'OBJECTIF 49.Courts métrages \u2014 1948: ALLER-RETOUR (16) \u2014 1949: ULYSSE OU LES MAUVAISES RENCONTRES (16) \u2014 1952 : LE RIDEAU CRAMOISI.Longs métrages \u2014 1955: LES MAUVAISES RENCONTRES \u2014 1958 : UNE VIE \u2014 1960 : LA PROIE POUR L'OMBRE \u2014 1951 : EDUCATION SENTIMENTALE.La sortie à Paris du troisiè- ma long métrage d'Alexandre Astruc, La Proie pour l\u2018ombre, nous a valu d'utiles précisions sur le prochain film qu'il projetait de tourner, une oeuvre inspirée de I'Education sentimentale de Gustave Flaubert, En effet, au cours d'un entretien avec Jean Collet ob Astruc donnait un aperçu sur le sens de ses recherches cinématographiques, l\u2019auteur des Mauvaises rencontres et d'Une vie répondait à son interlocuteur par ces mots: \".le sujet m'intéresse porce que c'est I'histoire d'un amour impossible.Chez Flaubert, il y a une borriè- re entre les hommes et les femmes.Je voudrais démonter le mécanisme de cette barrière, montrer pourquoi c'est impossible.\u201d A la question de Jean Collet sur le pourquoi de cet état de choses, Astruc apportait cet- le réponse : \u2018Parce que l'amour, pour elle et lui, cela ne signifie pas la même chose.Pour lui, l'univers prend une nouvelle coloration.Pour elle, ce n\u2019est qu\u2018un tout petit bout de ciel dons sa vie.\u2014Est-ce que le plus souvent ce n'est pos le contraire ?Peu importe que ce soit l'homme ou la femme qui soit \u201cle plus amoureux\u201d, Floubert n'o-t-il pas écrit aussi Madame Bovary ?Cela ne change rien au problème.Ce qui m'intéresse, c'est de montrer des êtres qui sont tronsformés par l\u2018'amour; tandis que d'autres n\u2018échappent pos à ce qu'ils sont.L'être le plus moyen, dès qu\u2019il aime, entre dans un univers neuf.\u2014ll ya pourtant dans vos films des moments où vos personnages échappent à leur solitude ?Oui, mais c'est toujours un paradis provisoire.Dès qu'ils s'arrêtent pour regarder ensemble ce paradis, ils s'aperçoivent qu'ils ne parlent pas de la même chose.Quand on est très amoureux, tout paraît différent autour de nous, tout se colore.C'est cette coloration que je veux fixer.Et puis cette coloration, cet éblouissement deviennent une barrière, au lieu d'être un lien.C'est ce mécanisme que j'essaie de comprendre.Comment un amour devient impossible.C'est ce qui m\u2019intéresse chez Flaubert.\u201d Si pour Astruc, FEducation sentimentale de Flaubert est avant tout l'histoire dun amour impossible, il ne faut tiente observation de leur lente transformation alors que pour Astruc la mise en scéne consiste & conduire ses person- noges dans des moments de crise.L'histoire d\u2019un amour impossible s'avère alors pour lui une situation de choix à l\u2018éclatement d'un de ces moments.Cette incompatibilité entre deux êtres que révèle un amour impossible conduit le plus souvent à ces moments privilégiés de l'univers d'As- truc.Ici il faut voir le sens le plus profond des mots et ne pas s'arrêter à une approche trop facile parce que trop superficielle.Ces moments de crise ne sont, pour Astruc, que des situations sans issue, des situations qui permettent aux personnages de se connaître et de se révéler.L'entretien cité plus haut nous fait voir que l'étape suivante est la découverte du traitement cinématographique de ces situations sans issue : \"C\u2019est la mise en scène qui a pour fonction, dans mes films, de coincer les personnages.Je cherche à mettre les personnages dans Une situation impossible et à les faire avouer, à savoir exactement ce qu\u2019ils sont.\u201d Education sentimentale Présenté jeudi le 30 janvier à l'Auditorium de l'U.de M.à 8 hres pas s\u2019en surprendre.Connaître un peu Astruc, c'est savoir sa prédilection pour ce qu'il appelle les moments de crise, ces moments où il se passe quelque chose entre les personnages, ces moments que peut facilement faire naître un amour impossible.Si on a souvent fait un rapprochement entre Astruc et Antonioni, il faut ici, au dire même du premier, établir une nette distinction.Pour l'auteur de La NoMe l'étude de ses personnages est une pa- Ces moments de crise, source de vérité, acquièrent une nouvelle dimension, une dimension cinématographique, \u201cC'est dans les moments de crise que cette vérité prend une dimension cinématographique.Elle peut être photographiée, elle devient spectaculaire.\u201d Cette nouvelle dimension provient de la qualité visuelle des moments de crise.Ces moments sont ceux où le dialogue Lo etm aie © LA RECHERCHE AU DEPARTEMENT DE LINGUISTIQUE Le département de linguistique se consacre spécialement à la recherche et à l\u2019enseignement dans le vaste domaine des sciences humaines.Cetie recherche et cet enseignement se réclament des techniques les plus valables de la science moderne.Cet aspect technologique, qui fait de la linguistique la plus avancée des sciences de l'homme se remarque particulièrement dans le domaine de la recherche.Soulignons rapidement quelques- uns de ces domaines; 1) D'abord celui de la phonétique expérimentale qui explore les nombreux aspects physiologiques, physiques et acoustiques que comportent les langues vivantes.Comme l\u2018articulation phonétique est la base essentielle de la communication linguistique, il est naturel de voir l'importance croissante que prennent les laboratoires de phonétique et de synthèse de la parole.Un gros effort d'équipement reste à faire dans ce domaine.2) Le groupe de recherche en linguistique comparée étudie les techniques de programmation des cours de langues vivantes, dans lesquels l'emploi du magnétophone multiplie efficacement l'effort du maître lorsqu'il s'agit de faire acquérir à l'étudiant une pratique correcte de la langue étrangère ou même de la langue maternelle qu\u2019il désire étudier.C'est dans un laboratoire moderne de quarante cabines que la linguistique et la pédagogie s'unissent dans le but d'utiliser au maximum les ressources de nos étudiants.Nous disposerons bientôt d\u2019un deuxième laboratoire de cent places qui permettra ou département de recevoir et de bien servir les centaines d\u2018élèves que lui confie l\u2018Extension de l'Enseignement.On soulignera à cet égard l'effort de l\u2019Université pour former des maîtres à ces techniques audiovisuelles, notamment en collaboration avec le centre de I'Ecole normale de Saint-Cicud (France).3) Le laboratoire d'interprétation simultanée met à la disposition des futurs interprètes un outillage électronique très moderne afin de leur permettre dès maintenant l\u2019apprentissage d'un métier, qui est également un art et qui s'avère de plus en plus indispensable à notre époque de communications internationales, 4) Le groupe de recherche en stylistique comparée, menant à la profession de traducteur et à la fabrication de dictionnaires.Les travaux en sont bien connus, tant au Canada qu'à l'étranger, grdce notamment à la Stylistique comparée de l'anglais et dy français de J.P.Vinay et J.Darbelnet.Rappelons ici que notre département a déjà produit en 1960 un Dictionnaire canadien bilingue.Deux linguistes travaillent actuellement à la rédaction d'un dictionnaire esquimau-français.La recherche en stylistique s'exerça aussi à l\u2018intérieur même du français.Une réunion de professeurs et de moniteurs travaille a la mise au point d'une méthode de stylistique interne et d\u2018apprentissage de la composition frangoise.Un autre groupe reprend les travaux commencés par le Code linguistique de Montréal et en- quéte sur le vocabulaire des écoles.5) Le groupe de recherches sur la machine à traduire et sur lanalyse mathématique des faits de langue.Ses travaux qui ont été exposés depuis déjà deux ans dans un séminaire de recherches au niveau du doctorat sont appelés à prendre un grand essor avec l\u2018arrivée prochaine à l\u2018Université d'un ordinateur électronique moderne.Enfin, au point de vue pratique, citons quelques-uns des débouchés et des orientations professionnelles que la linguistique, enseignée à l'Université de Montréal depuis 1944, offre à nos diplômés : \u2014L'enseignement de langues vivantes (y compris le français) à tous les niveaux; du primaire a l'universitaire, Dans ce domaine la demande est grande, aussi bien au Québec que dans les autres provinces et aux Etats-Unis, où nos diplômés sont très recherchés.\u2014Le fonctionnariat, surtout dans les domaines de lo rédaction, de la traduction, de lin- terprétation au Parlement, aux Affaires extérieures, etc.\u2014La publicité et le journalisme, l'anthropologie et la recherche ethnolinguistique sur le terrain, la missiologie, la lexicographie, c'est-à-dire la fabrication des dictionnaires, et l'édition.En résumé, la linguistique, science jeune et dynamique, est présente partout où se posent des problèmes de langue et de communication entre les hommes.Nicolas CHAMPROUX J.-P.VINAY n'apporte rien à la découverte des êtres et où tout se révèle dans l'ébauche d'un geste ou d\u2018une attitude.La caméra devient ici le véritable porte- parole de l\u2018auteur.Elle suit les personnages dans leurs moindres gestes pour faire connai- tre au spectateur la vérité de l\u2019auteur.Il suffit pour s\u2019en convaincre d'observer le visage rayonnant de Marie-José Nat, les quelques gestes qui nous permettent de découvrir les personnages de Jean-Claude Brialy.Poème des visages, poème des gestes, il faut bien ici reconnaître qu'une telle habileté à rendre visuelle cette histoire d\u2019un amour impossible nous permet de parler de co- méra-stylo où \u201cle cinéma s'or- rachera peu à peu à cette tyrannie du visuel, de l\u2019imoge pour l\u2019image, de l\u2019anecdote immédiate, dy.concret, pour devenir un moyen d'écriture aussi souple et aussi subtil que celui du langage écrit.\u201d.ee 9 Robert BENOIT Nos pigeons voyageurs à la recherche de l'internationalité du français LE FRANCAIS EN ESPAGNE Le français n\u2019a peut-être plus la place prépondérante qu'il avait il y a quelques années cor l\u2018anglais prend une importance de plus en plus grande et dans les relations commerciales et dans le monde diplomatique même.Est-ce à dire que la langue française et fout ce qu'elle contient de culture, d'originalité va s'enfermer progressivement dans les pays d'expression française seulement ?Au cours de mon dernier séjour à Madrid, j'ai pu constater que si la connaissance de l\u2018anglais devient de plus en plus répandu, le français garde un ra- onnement qui n\u2019est pas appe- é à disparaître mais qui, au contraire, devrait d'étendre et s\u2018accentuer.Depuis bien des années, le francais est parlé avec facilité por l\u2018élite.Pendant les dernières générations, les jeunes filles de la société avaient leur mademoiselle\u201d ou leur institutrice qui, dès leur plus jeune âge, les initiait à la \u201clangue de Molière\u201d; et presque toutes faisaient des séjours en France, de sorte qu\u2019on rencontrait à Madrid tant de personnes avides de parler frangais qu'il était parfois bien difficile pour un étranger d'arriver à converser en espagnol.La situation a un peu changé ces dernières années et il ne s'agit plus seulement pour les jeunes de se \u201cbien meubler\u201c l'esprit, il leur faut maintenant se préparer & affronter un avenir économique incertain.lis vont au collége, pour- suvivent leurs diplémes et étudient le français durant six ou sept ans.Il y a encore très peu de temps, l'étude des langues dans les collèges était cependant reléguée au second plan mais une réaction très nette, heureuse et encourageante s\u2018amorce.Les directeurs de collèges ont un réel désir de donner à leurs étudiants non pas une connaissance superficielle de la lan- Que mais une véritable initiation à la culture française.Ils discutent sur les moyens pédagogiques les plus appropriés, recherchent des professeurs compétents, souvent originaires de France.Les correspondances, les échanges, pendant les vacances avec les élèves des lycées et des collèges français se multiplient rapidement, Et si de nombreuses ins- fitutions enseignent aussi le français, c\u2019est ordinairement comme longue seconde ou pa- tallèlement à l'espagnol ?L'étude du français ne s\u2019ar- tête d'ailleurs pas ou \u201cbachil- lerato\u201d.Beaucoup d'étudiants continuent, tout en préparant une carrière, à se cultiver en lisant, en suivant des cours du soir ., .ce qui est très facile à Madrid.Il existe peu de pays où prolifèrent tant d\u2019académies, tant de cours officiels ou privés qui préparent à l'étude des langues.Parmi tant d'autres, l\u2019Institut français a UN rayonnement très particulier à Madrid et en province, car il prépare à des diplômes de culture française et ses bibliothèques offrent les plus récentes éditions de Poris.Des conférences, des films, font connaître les principales valeurs françaises dans les orts, la littérature .et de nombreuses expositions sur l\u2018architecture, la peinture, la sculpture, s'y tiennent.C'est donc un centre de culture française 1rès vivant et très fréquenté; les jeunes gens comprennent qu\u2019il leur est impossible d'exercer une carrière intéressante plus tard sans connaître un minimum de français.Ils prévoient que l'Espagne et la France sont appelés à intensifier leurs relations économiques et qu'ils doivent être prêts pour les échanges qui s'en suivront.Ce sont ces possibilités d'échanges qui me font dire que le français devrait ovoir un rayonnement plus profond dans l\u2019avenir.Bien que la langue française soit connue, on constate une réserve assez évidente dans l'accueil fait à la culture française.On comprend la fierté qu'ils tirent de leur lutte pour l\u2018indépendance.L'histoire des deux poys est trop mêlée pour qu'il ne reste pas quelques sentiments d'inimitié.L'Espagne est aussi trop enfermée dans son passé et garde jalousement des valeurs évidemment très réelles.Elle conserve ses structures sociales, ses coutumes, so conception de l'éducation, son esprit de famille très sain et les défend même par la censure sur les livres français, le théâtre, les films.Les Espagnols n\u2018ouvrent qu'avec une grande réticence leur porte aux étrangers.Là encore cependant, on remarque un élargissement des cadres et des mentalités.Les livres passent plus facilement et il devient courant d'entendre les étudiants discuter de Camus, de Malraux, de Sartre même.Des pièces de Giraudoux et d\u2018Anouilh ont aussi remporté un franc succès l\u2018année dernière à Madrid.il me semble donc que mé- me bousculé un peu par l'extension rapide de l'anglais, le français est appelé à résier\u2018trés vivant en Espagne.Suzanne KERGUS TAL a NTI aime, Pour les congolais le francais est la langue seconde Un étranger qui arrive au Congo peut facilement se faire comprendre s\u2019il parle français, car c'est la langue officielle, celle de l'administration, de l'enseigneemnt.Pourtant, la majorité de la population ne parle pas français; pour tous les Congolais, c'est la langue seconde.Et la langue maternelle n\u2019est pas la même pour tout le territoire congolais; on y trouve un très grand nombre de dialectes plus ou moins voisins.Ces langues n'étaient pas écrites avant l'arrivée des Européens.Quelques-unes le sont maintenant avec l'alphabet français et l'on s\u2019en sert dans quelques revues et journaux.Elles sont toutes de formation locale, avec très peu d\u2018apports étrangers, sauf le kiswahili, fortement arabisé.Cette longue est celle qui est parlée par le plus grand nombre d\u2018Africains, dans tout le centre-est de l\u2018Afrique.Toutes ont un vocabulaire très restreint et essentiellement concret.Par exemple, en Lingala, langue parlée dans lo région de Léopoldville, Je mot \u201cmoina\u201d désignera aussi bien un bébé, un enfant, un adolescent, une jeune fille, une jeune femme.De méme, les ré- gles de grammaire, les conjugaisons, les lois de la phrase sont réduites à leur plus imple expression.Si elles sont parlées, ou du moins connues, par toute la population, c'est qu'elles correspondent à ce que le peuple ressent profondément et désire exprimer, Ainsi, le vocabulaire clanique et familial est très .étendu; on possédera plusieurs termes différents pour désigner le grand-père maternel et le grand-père parternel, l'oncle maternel et l'oncle paternel, et ainsi de suite.L'équivalent de ces fermes n'existant pas en français, ils auront recours à leur langue originelle.Mais, depuis le début de la colonisation belge, la langue française s'est tranquillement imposée dans le travail et dans l'administration.Comme les contacts entre tribus se multipliaient, on préférait adopter le français comme langue de communication plustôt qu'une langue congolaise, afin de ne pas marquer la supériorité d\u2019une tribu sur l'autre sur le plan de la langue.Il en est encore de même aujourd'hui, Le français a surtout été diffusé par l'enseignement, dans un territoire où 50% de la population est alphabétisée.Mais il reste très difficile à assimiler par les élèves car il présente des réalités, des abstractions, des tournures de pensée qui leur sont tout-à-fait inconnues et dont ils n'ont pas l'équivalent dans leur langue ou dans leurs coutumes.Les réalités exprimées par les termes suivants, par exemple, n'ont aucune ré- sonnance chez la plupart des étudiants du cours secondoire : véritable, gravité, expansion, diffuser, considérations, engager, appui, etc, De là encore, la grande difficulté d'enseigner els matières au programme du secondaire.De plus, comme, dans le milieu familial et social des étudiants, on parle très peu français, le passage à une meilleure assimilation de la langue se fait très lentement.Une autre cause a vstarde ie procès du francais: avant l'indépendance dù Congo, jusqu\u2019en 1960, en plus de ceîte nouvelle langue, le néerlandais était aussi au programme d'études, ce qui dispersait les efforts, Par conséquent, le français n\u2019est parlé couramment que par la plupart des fonctionnaires comme langue de communication.les personnes dont le niveou scolaire a dépassé le cours primaire s\u2019en servent aussi pour les contacts avec ler étrangers et avec les membres des autres tribus.Le français parlé est évidemment celui qui leur à été importé par les colonisateurs belges.Mais, comme il n'est pas encore entré entièrement dans les moeurs, il reste très pauvre.Seules quelques rares personnes qui ont fait un séjour à l'étranger, ou ont été en comact étrait et prolongé avec des Européens, se servent couramment du français international.Les journaux et la radio utilisent partiellement une langue locale, portiellement un français au niveau de l'auditeur et de la population.Il n'existe encore que de rares publications rédigéas en français par des Congolais.Malgré son insuffisance, la langue française est trop solidement établie au Congo pour ne pas y rester la langue officielle.Les universités de Léo- poldville et d'Elisabethville sont là pour sauvegarder la quo- lité et en assurer l'expansion.Quant à savoir si elle continuera de s'orienter vers le français international, ou si elle se moulera plutôt sur la per- sée locale, tout dépendra du choix que feront les Congolais entre s\u2019\u2018\u2019européaniser\u201d ou dé- réleppar leur porpre culture.Raymonde LITALIEN F961 VAIANVE ST \u2014 NUVY BUIVAD 1 LE QUARTIER LATIN \u2014 26 JANVIER 1964 © Faites vos jeux : MAPLEWOOD AVENUE OR.OU AVENUE DU DECERVELAGE A quelques reprises déjà, certains étudiants ont exprimé dans ce journal leur désir et celui de l'AGEUM de voir changer le nom de la rue qui longe l\u2019Université.Malheureusement, faute d'idées ou de suggestions, ce projet semble avoir été remis aux calendes grecques.Je ne proposerai pas dans cet article d'éplucher minutieusement le dictionnaire pour y trouver une épellation convenable mais je me permettrai plutôt de préciser certaines limites et certaines directions susceptibles de faciliter un choix éventuel, L\u2019art de la toponymie n'est pas aisé et la critique l'est bien davantage surtout lorsque nous habitons au Québec.Certains noms de nos villages tels Adélord, Allumette, Ange- Gardien, Stigmates-de-Si- François, l'Ascension-de-Pata- pédia (moi que ne connaissait que celle du Seigneur), Man- che-d\u2018Epée, Coin-du-Banc, St- Prime (patron des automobilistes), Ste-Séraphine (digne épouse de l\u2019avare ?), Ste-Eu- phémie, peuvent nous laisser songeurs et mêmes humiliés si nous les comparons à la finesse et à la douceur de leurs équivalents français.Certes, nous refrouverons encore certains noms particulièrement heureux et expressifs tels Blanc-Sablon, VAnse-a-Beau- fils, Baie d'Urfée, Cap Tourmente, l\u2018Echoverie ., mais ils sont littéralement noyés dans la médiocrité avoisinante.Leur saveur poétique quasi saline supporterait mal une transposition directe à cette froide avenue montréalaise.Ici comme en province, la situation foponymique est presque désastreuse.ll n'y a guère de pays ob la classification des noms de village et de rues fasse appel à une telle mutti- tude de divisions au chapitre Saint ; nous trouvons les sections : St-A, St-B, St-C, jusqu'à St-W.et chacune contient des dizaines de noms.Dans cette liste, montons rapidement quatre St-Elzéar et autant de St- Narcisse, de St-Nazaire et de St-Isidore, six Et-Eugène, huit St-Gérard, neuf St-Joseph, deux St-Gédéon (nom bien galvaudé depuis), et vingt- huit Notre-Dame-de-ceci-et-de- cela.À une certaine époque, il semble bien qu'on s\u2018arrachait le calendrier des saints, Dans tout cela, peu d'exemples heureux sinon lorsqu'on a opéré une rarissime diversification à l'intérieur et nous avons obtenu Ste-Anne-de-la- Pérade, Ste-Anne-de-la-Poca- tière, Ste-Anne-de-la-Rochelle, Le répertoire est donc épuisé de ce côté même s'il est représentatif, avec la masse de noms anglais qui prolifèrent partout, de notre hybridité de pensée.Est-ce qu\u2019il faille aussi renier notre humour et condamner des noms tels Ste- Emilie-de-l\u2018Energie, Ste-Rose- du-Dégelé ou Sti-Louis-du-Ha ! Ha! dont l'étonnante qualité de pittoresque et d'originalité nous permettrait d'assumer nos différences comme le conseille M.A.Malraux, Certes ces derniers n'ont rien à envier aux trouvailles que le touriste découvre en parcourant les rues du vieux Bruxelles où se croisent la rue du Petit-pot- au-beurre et la rue du Poinçon, la rue aux Choux et le quai au Foin, le boulevard de l\u2019Abattoir et la rue de la Blanchissage.Il faudroit vroiment étendre ici cette habitude d'ajouter une épithète gavroche, quitte à se retrouver, étant donné notre mauvais goût tenace, avec St-Prosper- les-commerces et Coaticook- les-Bains, Montréal ne compte qu'un seul nom cabotin et c'est la rue de la Friponne, ainsi nommée pour désigner les petites amies de Bigot, Mais le problème que nous pose le mot Maplewnod n'est pas résolu.Une fouille dans une publication du service d'urbanisme intitulée: \u201cD'où viennent les noms de nos rues\u201d nous apprend ceci: \u201cAvenue Maplewood : Ouverte à une date indéterminée.Portion de cette voie cédée à la ville de Notre-Dame-des-Neiges, le 16 janvier 1907, par la succession Filiatrault, sous le nom d'avenue Maplewood.Existait-il & l'époque de l'ouverture de celte voie, OU avant, une éra- blièra ?\u201d Cette dernière question concerne les apprentis historiens.Quant à nous, notons le août exquis de ces ca- nadiens-francais lorsqu'il s'est agi de choisir un nom analais.Banissons dès lors ces odieux Filiatrault mais ne songeons pos non plus à traduire littéralement Maplewcod par Bois d'Eroble ou plus élégamment pas l'Erablière.Un tel] nom de chores ne saurait svmboliser des intellectuels de notre classe.Où faut-il alors chercher un nom français qui ait du panache et de la redondance, Car en vérité notre drame réside dans le fait que la psychologie québécoise reconnait malheureusement plus de chic aux noms anglois qu'à ceux français, qui ne brillent d\u2019ailleurs pas tous par leur résonnance harmonique.Imposer le français, c'est d'abord lui rendre son prestige et cette tâche n\u2019incombe pas seulement aux étudiants de la Faculté des Lettres mais elle engage également tous les étudiants car cette langue est notre précieux patrimoine, Excluons alors au départ des enfantillages comme l\u2018avenue des Carabins, des Etudiants, le Bleu et Or.Nous avons déjà notre quota d'originalité avec le QUARTIER LATIN que le profane identifie plus rapidement à un club de nuit de New-York qu'à un journal Universitaire.Contre ces banalités, il faudrait préférer le nom de Valéry, nom qui possède entre autres avantages celui de rendre hommage à un homme immortalisé por une oeuvre littéraire géniale, faite avec un soin méticuleux alliée à une intelligence critique inégalée.Cet homme, qui excellait aussi bien dans les mathématiques pures que dans la fabrication d'alexandrins incarne bien la recherche patiente, minutieuse et laborieuse à laquelle doivent se livrer les élèves de toutes les facultés.Ce mot est d'ailleurs paroxyton de sorte qu'il ne risque pas d'être sabordé par les anglophones en Valrye, et il présente enfin une analogie amusante.avec notre familier Valère- à-pitons.Mais hélas, dans notre fringale d'indépendance, le nom de Valéry possède une résonance coloniale assez préjudiciable.Il serait logique de retenir plutôt un nom plus strictement canadien et historique, A ce point de vue, Maisonneu- ve deviendrait un excellent choix car le mot posséde une valeur phonétique certaine et notre fondateur mériterait d'être transporté vers le Mont- Royal et tiré de ce coin peu glorieux où il se trouve actuellement.L'expression \u201cLouis de Buade\u201d (i.e, le comte de Frontenac) garde un caractère aristocratique non négligeable et sa longueur suit une tradition bien française.Les noms historiques existent en nombre assez important à Montréal : ainsi, la rue d'Aiguillon, ainsi ape pelée en l'honneur de la duchesse d'Aiguillon, fondatrice de l'Hôtel-Dieu, la rue d'Aille- boust, de Bécancour, d'Argen- son, de Biencourt.Mais ces rues subissent souvent la dépréciation des lieux, telle la rue de La Gauchetière, d'après le sieur du même nom, chevalier de St-Louis.Les insignifiances françaises, telles la rue Dion, Dubuc, Dro- let, Desmarteaux, Dupuis, Du- quette, Duval.pour ne nommer que l'initiale consonnan- tique D, ne valent pas mieux que certaines transformations déjà faites, dont le chemin Remembrance (commémorant la venue de Georges VI) et lave.nue Royalmount, qui se substitua a la rue de la Savane et cela en honneur de ville Mont- Royal, Mais la situation cone traire s'est présentée et ainsi le boul.de l'Acadie remplace I'ex-avenue McEachran pour rappeler le deuxième centenaire du \u201cGrand Dérangement\u201d.Une proposition visant à subs- titver le mot Maplewood pour un autre aurait un précédent intéressant à invoquer.Mais il apparaît essentiel de trouver Un nom-clé dont le cachet français soit fortement accentué.Il convient de crever dans l\u2018oeuf cette tendance américaine de simplifier et de raccourcir les mots.La longueur et la musicalité d'un mot sont des signes de race.Le français est fort goûté des New-Yorkais de Greenwich qui prennent un \u201ccafé au lait\u201d au \u201cClub Indifférence\u201d ou au \u201cCafé Bizarre\u201d, L'apprécierions-nous moins ?Présumant une réponse affirmative, il faudrait alors s\u2019en tenir au nom proposé par le titre de cet article car il illustrerait éloquemment le rôle joué par l'Université.Ecoutez la CHANSON DU DECERVELA- GE d'Alfred Jarry : .Quand le dimanch\u2019 [s\u2019annongait sans nuage, Nous exhibions nos [beaux acoutrements Et nous allions voir [le décervelage Ru\u2019 d'l'Echaudé, passer jun bon moment.Voyez, voyez [la machin\u2019 tourner Voyez, voyez {la cervell* sauter, Voyez, voyez [les Rentiers trembler; (Choeur) : Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu ! Pierre-Louis VAILLANCOURT Ce supplément de la faculté des lettres a été préparé par : Gisèle Tremblay, Micheline Archambault, et Pierre-Louis Vaillancourt Maquettiste : Jacques Elliott "]
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