Le devoir, 19 décembre 2015, Cahier E
[" Le bilan de Tannée en journalisme Page E 3 n faut qu\u2019on parle de nos médecins.PageE10 CAHIER E .LE DEVOIR LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 DECEMBRE 2015 r ERRISSON LAWRENCE LE CIRQUE DU SOLEIL le pari théâtral du Cirque du Soleil Une no/ivelle expjérie^ce narrative ^inspirée du î\\[m.Avatar \\ CAROLINE MONTPETIT Dans le film Avatar, de James Cameron, les NaVis ont la peau bleue, des corps plus grands que nature, de longues chevelures noires et une queue qui prolonge encore leur silhouette.La costumière du Cirque du Soleil, Kym Barrett, a donc dû travailler d\u2019arrache-pied pour recréer cette impression lorsqu\u2019elle a conçu les 115 costumes sophistiqués des artistes qui jouent dans Toruk, le premier envol, la nouvelle production du Cirque du Soleil qui reprend les thèmes à'Avatar, et dont la grande première se tient au Centre Bell le 21 décembre.Certains de ces artistes passeront d\u2019ailleurs la presque totalité du spectacle sur la scène, où ils se déploieront d\u2019un bout à l\u2019autre de la surface de la patinoire du Centre Bell.Autre élément nouveau dans cette production du Cirque du Soleil, il y aura des portions de textes en français, lus par un narrateur, tandis que les artistes échangeront des mots en na\u2019vi, la langue des personnages créés par James Cameron dans la superproduction Avatar.En na\u2019vi, «comment t\u2019appelles-tu ?» se dit donc «fyape fko syaw ngar?», et «merci!» se dit «irayol».Les trois artistes qui jouent en quelque sorte les «rôles principaux» de cette nouvelle mouture ont donc dû passer des auditions qui évaluaient autant leur maîtrise des arts du cirque que leurs aptitudes en théâtre.Jean-François Bouchard, le nouveau «guide créatif» du Cirque du Soleil, l\u2019admet.Iæ Cirque du Soleil prend une nouvelle orientation, d\u2019une part en produisant un spectacle basé sur une trame narrative soutenue, mais aussi en se rapprochant du théâtre, notamment â travers des textes dits sur scène.Plutôt que de miser sur les performances individuelles d\u2019artistes circas-siens, ce sont des tableaux que l\u2019on vient voir ici : des tableaux de groupe réunissant l\u2019ensem- ble des artistes, mais aussi de fabuleuses projections de paysages, qui rappellent la forêt enchantée du film de Cameron.Cette animation visuelle en trois dimensions a été réalisée grâce â un dispositif unique de 40 projecteurs, raconte Victor Pilon, qui est l\u2019auteur du spectacle avec son acolyte de longue date, Michel I^mieux.Ces projecteurs permettent de simuler des effets â grande échelle comme des tremblements de terre et des éruptions volcaniques, qui surviennent sur la planète Pandora.Il s\u2019agit de la quatrième collaboration du duo Pilon-Lemieux avec le Cirque du Soleil.En plus, 14 marionnettes géantes conçues par l\u2019équipe du scénographe, marionnettiste et metteur en scène québécois Patrick Martel font office de personnages, et non des moindres.Toruk, qui donne son nom au spectacle, est en fait un grand léonoptéryx, un oiseau géant aux couleurs vives, et dont l\u2019envergure des ailes dépasse les 12 mètres.Cette marion- nette géante sera actionnée du bas vers le haut, entre autres par pas moins de six marionnettistes au sol.Les marionnettistes du cirque, qui donnent vie aux esprits de la forêt, seront donc surnommés les «esprits d\u2019Eywa».Ils produiront également eux-mêmes les sons faits par les animaux grâce â des micros.James Cameron a déjà dit qu\u2019il s\u2019était inspiré de l\u2019univers du Cirque du Soleil pour cxé&c Avatar.Le Cirque, quant â lui, a décidé de situer l\u2019action du spectacle 3000 ans avant celle du film, soit bien bien avant que les humains aient miç le pied sur Pandora.A cette époque, une catastrophe menace de détruire l\u2019Arbre des âmes, et seul Toruk peut permettre d\u2019éviter cette catastrophe.Deux garçons omaticayas adolescents, Ralu et Entu, avec leur amie Tsyal, décident d\u2019entreprendre un voyage vers les Montagnes flottantes pour VOIR PAGE E 5 : TORUK ' n\te EXPOSITION A POINTE-A-CALLIERE Ê A n La Capitale N O V n ô- ^\tAssurance et O \\\tservices financiers O H ^e.\t;¦ Pointe-à-Calliëre I\tLES THÉS FOUlU! O'CLOCK U e J Cité d'archéologie et\t350, place Royale d'histoire de Montréal\tVieux-Montréal (Qc) H2Y 3Y5 Montréal©\tpacmusee.qc.ca SUR LESTRACES^ ^ Jusqu'au /nvjyn I riyn CHRISTIE n O ¦ U U O F 1 s 8 r n U e J 8 r 1 n O a Arlhîve\"frus®\tcargo® >Stm\tS -.SaY E 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 DECEMBRE 2015 CULTURE Portrait d\u2019une reine du crime en lady Odile Tremblay V 'T ^ * 11 i ans les polars d\u2019Agatha Christie, j\u2019aimais le côté suranné des domaines, où d\u2019élégants invités en costumes de tennis ou tenues de soirée circulaient parmi les roses du jardin, laissant accroché aux épines un bout de tweed ou de taffetas; futur indice pour l\u2019œil affûté d\u2019Hercule Poirot.Ses romans, il en tramait partout à la maison.On identifiait d\u2019avance le meurtrier ou pas, peu importe.J\u2019y voyais le pendant littéraire du jeu de société Clue, où le colonel Mustard assassinait Mr.Boddy à coups de chandelier dans la bibliothèque du manoir Tudor.Très maîtres et valets, en somme, ses œuvres : la domesticité soumise, les classes sociales dans leurs cases consacrées.Quant aux femmes, elles ne déjouaient la suprématie masculine que par la ruse, la coquetterie, ou les dehors anodins d\u2019une vieille Miss Marple, alter ego vieilli et tricotant (quoique casanière) de l\u2019écrivaine.Les codes de l\u2019Angleterre victorienne perduraient dans les verdoyantes campagnes du Sussex, du Devon ou d\u2019ailleurs, de ses décors plantés.Ou bien la dame partait au loin, empruntant rOrient-Express, comme Biaise Cendrars le Transsibérien, nous faisant craquer pour l\u2019exotisme aux parfums colonialistes, retrouvés au cinéma, sous une adaptation de Sidney Lumet ou d\u2019un autre.La reine du suspense, en bonne bourgeoise britannique du temps, ne remettait pas en cause l\u2019ordre établi, mais jouait avec lui ou s\u2019exilait pour se frayer un espace de liberté.L\u2019auteure des Dix petits nègres née au XIX® siècle, aurait eu 125 ans cette année, âge vénérable qui nous vaut de remonter ses traces au Musée Pointe-à-Callière, pour l\u2019exposition qui lui est consacrée jusqu\u2019en avril.Ah ! J\u2019y ai couru.«Whodunit?» Le fameux «whodunit?» (qui l\u2019a fait?) des romans policiers qui faisaient la joie de mon enfance a pris davantage de rides aujourd\u2019hui.Nous voici plutôt à l\u2019ère du «who cares?» (Ça dérange qui?) ou du «OK, il Va vraiment fait, mais maquillons l\u2019affaire, achetons le silence de la victime ni vu ni connu, et le coupable bien épousseté paraîtra tout neuf » Sa propre modernité consista surtout à démocratiser le crime.Nul besoin d\u2019arborer la tête patibulaire de l\u2019emploi pour tuer.Chacun dans la grande demeure du huis clos, douce servante ou musicien excentrique, pouvait «l\u2019avoir fait».Et allez trouver qui.Elle ne s\u2019est jamais prise au sérieux, cette as du best-seller, rigolait de sa gloire, sans livrer par ailleurs ses secrets au ^and jour.Une vraie lady.Agatha Christie, tissant ses intrigues en amont du cynisme contemporain, avait une éthique du crime, en somme.La lire tient du voyage dans le temps et l\u2019espace.L\u2019expo tout autant.So british ! L\u2019empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais, elle le portait en elle, sans en avoir trop conscience.Cette empreinte ancienne fait son charme et éclaire ses limites.On s\u2019amuse à découvrir, photos et objets à l\u2019appui, l\u2019enfance de la rêveuse qui préférait la compagnie de ses chatons imaginaires aux poupées dans un bois magique du domaine faqiilial d\u2019Ashfield.A quatre ans, nous dit-on, la petite fille lisait son premier livre en français: Les mémoires d\u2019un âne de la comtesse de Ségur.Elles se ressemblent au fait, ces deux romancières-là, à des décennies d\u2019intervalle, sous des deux différents ; leur monde imaginaire plus fort que les bandeaux qui muselaient les femmes.Grande pianiste aussi, Agatha Christie.Cette expo nous sert du Chopin, qu\u2019elle chérissait.Deux mariages et au milieu, en 1926, la disparition 11 jours de la romancière, retrouvée dans un hôtel, enregistrée sous le patronyme de sa rivale, la maîtresse du marî.Sur cette hîstoîre quî fit couler de l\u2019encre et circulait par-delà les décennies, j\u2019almals le fait BRIDGEMAN Sur ses méthodes de romancière, l\u2019exposition est plus avare.Rien pour nous expliquer comment Agatha Christie put pondre à un rythme pareil autant d\u2019intrigues, en voyageant, en élevant un enfant, en mettant tous les chapeaux, sur cette vieille machine à écrire ici exhibée.qu\u2019elle n\u2019alt jamais fourni la moindre explication: «Never explain, never complain », comme la reine d\u2019Angleterre.La classe ! En parallèle à son autobiographie, on apprend bien des choses sur cette femme au milieu des souvenirs de son passé.Par exemple que ses déambulations enfantines au jardin lui avaient donné la science des plantes \u2014 plus tard elle obtint un diplôme d\u2019apothicaire \u2014 et de leurs poisons.La belladone et ses consœurs lui auront servi de sources criminelles (très féminines, sans le sang versé) plus souvent qu\u2019à leur tour.Dans son œuvre, 30 assassinats sur 66 seront attribués à des poisons divers.Sur ses méthodes de romancière, l\u2019expo est plus avare.Rien pour nous expliquer comment elle put pondre à un rythme pareil autant d\u2019intrigues, en voyageant, en élevant un enfant, en mettant tous les chapeaux, sur cette vieille machine à écrire ici exhibée.Les trésors exhumés Chère Agatha ! Comme elle a su comprendre que la vraie vie est ailleurs, dans un monde d\u2019aventures et de mystères, loin du royaume des parapluies.Elle qui, avec son seconcj mari archéologue, fit tant de fouilles à Ninive, A Ur, à Nimrud, qui photographia et filma des sites du Croissant fertile, grattant de sa broche à tricoter les trésors exhumés.L\u2019expo s\u2019attarde beaucoup, artefacts compris grâce aux bons soins de son petit-fds, à cette dimension méconnue de la vie de l\u2019auteure de Rendez-vous à Bagdad.Les archéologues trouvaient alors normal que la moitié des objets tirés des sites étrangers partent enrichir à Londres les collections du British Museum.Colonialiste, vous dites ?Les musées de la vieille Europe, l\u2019Empire britannique au premier chef, regorgent de prises litigieuses.L\u2019expo rappelle tout ça, à qui lit entre les lignes.N\u2019empêche, certains des sites iraquiens aux arches sculptées qu\u2019Agatha Christie et son mari admiraient si Jort furent détruits cette année par le groupe Etat islamique.11 n\u2019est pas de paradis pour les chefs-d\u2019œuvre de la vieille Mésopotamie.«Whodunit?» L\u2019ombre sur la lumière de l\u2019art voilée.De ces crimes-là, aucun roman policier ne peut remonter toutes les sources.Elles sont d\u2019ici, de là-bas, d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui.Même Agatha, sous la bannière de son arrogant empire, les aura, malgré elle, abreuvées.otrem blay@ledevoir.com # DÈS LE 12 JANyiER UNE COLLABORATION SNC-LAVALIN DÈS LE 1\u201c MARS DÈS LE 26 AyRIL UNE PRÉSENTATION POWER CORPORATION DU CANADA TNM.QC.CA DUTHMil DÉBAiin rm wti OFFREZ nos DIllETS EN COOEOOI Théâtre du Nouveau Monde ICI m artv m RaDio-canaoa LE DEVOIR LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 DECEMBRE 2015 E 3 CULTURE>MEDIAS Bilan Les médias d\u2019info en dix temps pins un STEPHANE BAILLARGEON D> une attaque terroriste à l\u2019autre, en passant par un plagiaire et des questions de concentration de la presse, l\u2019année des médias d\u2019info au Québec en dk points plus un.7 janvier, on a tué Charlie Deux djihadistes français assassinent onze personnes, dont huit collaborateurs du journal satirique parisien Charlie Hebdo, et en blessent onze autres.Le lendemain, un complice attaque une supérette cachère et tue quatre clients.Plus de quatre millions de personnes manifestent les fO et f f janvier lors de «marches républicaines».Le drame sera surpassé en horreur et en conséquences politiques internationales par les attaques du f 3 novembre.Ces deux drames sont les nouvelles de l\u2019année pour les médias québécois en 20f 5, selon le bilan de la firme Influence Communication diffusé cette semaine.28 février, exit Foglia C\u2019est la fin d\u2019une époque.Le chroniqueur Pierre Foglia, qui a contribué à façonner le nouveau journalisme à la québécoise, annonce sa retraite.Le professeur François-Marc Gagnon pqblie la synthèse analytique Foglia l\u2019insolent (Édito) en septembre.Signe des temps, les médias sont maintenant maculés de commentaires, y compris Le Devoir.Aux débuts professionnels de Foglia dans les années f960, son journal publiait une poignée de chroniqueurs.Ils sont maintenant une vingtaine à La Presse, en plus de 33 blogueurs.Le site du Journal de Montréal compte 76 signatures en chronique, soit trois fois plus qu\u2019au reportage.19 mars, naissance de Capitales Médias Sept d\u2019un coup.Gesca, bras médiatique de Power Corporation, vend sept de ses journaux d\u2019un coup à Capitales Médias, nouveau groupe formé par l\u2019ex-ministre libéral Martin Cauchon, proche de la famille Desmarais.La transaction impliquant Le Droit et Le Soleil signe la constitution d\u2019un petit empire hors Montréal.Depuis, le nouveau magnat a renégocié toutes les conventions collectives, éliminé f20 postes sur quelque 520, lancé de nouvelles applications pour téléphone et tablette et promis de ne pas abandonner le papier à moyen terme.23 mai, François Bugingo, plagiaire Le journaliste spécialisé en affaires internationales François Bugingo est démasqué comme plagiaire.11 a inventé plusieurs histoires relayées dans les médias.Ses employeurs (le 98,5 FM, TVA) le congédient.11 remet sa carte de presse.24 août.Gravel prend le matin Le journaliste d\u2019enquête Alain Gravel prend la barre de l\u2019émission radiophonique du matin d\u2019ICl Radio-Canada Première.11 remplace Marie-France Bazzo, qui elle-même relayait René Homier-Roy.Les cotes d\u2019écoute compilées jusqu\u2019à la fin novembre signalent un départ difficile.Gravel le matin enregistre une baisse du tiers (3f %) des auditeurs par rapport à C\u2019est pas trop tôt en 20f 4.Le roi Paul Arcand domine toujours la cqse au 98,5 FM avec 30% des parts de marché.A Québec, les sondages d\u2019automne montrent beaucoup de mouvement des auditeurs et une baisse générale pour les radios parlées à la X.9 septembre, Bell comprime Mario Clément, vice-président au contenu de Bell Média depuis 2043, est remercié.L\u2019ancien patron de Radi,o-Canada dirigeait les chaînes comme Super Ecran, Canal Vie et Vrak.Ce départ cristallise la mutation en cours au sein du géant deux ans après l\u2019absorption du conglomérat Astral.Des centaines de postes ont été éliminés pendant l\u2019année et les décisions de l\u2019empire semblent se concentrer à Toronto, même si les nouveaux capitaines québécois, dont Gerry Frappier, nouveau v.-p.pour le Québec, rejettent cette lecture ontariocentriste.3 novembre, dépôt du rapport Payette La professeure Dominique Payette, de l\u2019Université Laval, publie le rapport sur l\u2019infor- PHOTOS ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR L\u2019année commence avec le massacre à Charlie Hebdo, événement qui sera surpassé en horreur par les attentats du 13 décembre à Paris.mation à Québec que lui avait commandé l\u2019ex-première ministre Marois.Elle accuse certaines radios privées de verser dans la démagogie et d\u2019instaurer «un régime de peur» qui devrait être dénoncé et combattu.L\u2019analyse vise des émissions de CHQl-FM, du FM 93 et de NRJ.Le rapport est très mal reçu par plusieurs commentateurs {mea culpa), qui y voient une mauvaise enquête sociologique doublée d\u2019une attaque à la liberté d\u2019expression.24 novembre, dépôt du rapport Charbonneau Dès l\u2019introduction de son volumineux rapport sur la corruption, la commissaire France Charbonneau salue le travail des journalistes qui ont débusqué des stratagèmes d\u2019escroquerie et de filouterie dans l\u2019industrie de la construction.«Les journalistes doivent continuer leur important travail de chien de garde de la démocratie», écrit-elle, ajoutant une recommandation pour protéger les lanceurs d\u2019alerte qui dénoncent les situations inacceptables.10 septembre, PKP s\u2019éloigne de Québécor Le chef du Parti québécois annonce qu\u2019il vient de confier son bloc de contrôle du conglomérat Québécor à une société et qu\u2019il demeure «sans droit de regard» sur les décisions des nouveaux administrateurs de ses intérêts.M.Péladeau écarte toute possibilité de liquider les actions.Les autres formations politiques dénoncent un «artifice» et des possibilités d\u2019ingérence.Le Centre d\u2019études des médias de l\u2019Université Laval dépose en décembre un rapport sur «le cas unique» dans l\u2019histoire du Québec d\u2019un élu possédant autant de pouvoir médiatique.16 décembre, Badawi reçoit le prix Sakharov Le blogueur saoudien Raïf Badawi reçoit le prestigieux prix Sakharov «pour la liberté de l\u2019esprit» du Parlement de l\u2019Union européenne.11 est condamné par l\u2019Arabie Saoudite à f000 coups de fouet et à fO ans d\u2019incarcération pour avoir invoqué sa liberté d\u2019expression dans son blogue.Sa femme, Ensaf Haidar, reçoit la récompense en son nom.Elle réside maintenant au Québec avec leurs enfants.Le journaliste canadien Mohamed Fahmy, arrêté en 2043 et condamné pour,avoir diffusé de «fausses informations» en Egypte, a plus de chance.11 est libéré en septembre à la suite de fortes pressions internationales.(+1) 1^\u2019janvier, La Presse sort du papier La Presse, fondée au XIX® siècle, continue sa percée dans le XXI® en abandonnant à compter du jour de l\u2019An 2046 ses versions imprimées en semaine au profit de ses seules versions dématérialisées, La Presse + sur tablette, le site lapresse.ca et les applications pour téléphone.Le Devoir J.En déposant son rapport en novembre, la juge France Charbonneau a salué d\u2019emblée le travail des journalistes.Le chef du PQ annonce en septembre qu\u2019il vient de confier son bloc de contrôle du conglomérat Québécor à une société.BIENTOT COMPLET Trois ultimes supplémentaires\u2019 9,10 et 11 février 2016 dramaturgie et mise en scène Serge Denoncourt traduction Paul Lefebvre Un tramway nommé de Tennessee Williams avec Céline Bonnier + Dany Boudreault + Patrick Hivon + Magalie Lépine-Blondeau + Jean-Moïse Martin une production ESPACE GO THEATRE ESPACE GO 4890, Bout.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL BILLETTERIE: 514 845-4890 ESPACEGO.COM ^transat 1=^'^ E 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 DECEMBRE 2015 CULTURE >MÜSI0,ÜE MUSIQUE CLASSIQUE Regards croisés sur Bach BACH CHRISTOPHE HUSS La messe en si et les Variations Goldberg, chefs-d\u2019œuvre parmi les chefs-d\u2019œuvre de Jean-Séhastien Bach, ont suscité ces trois derniers mois de nouvelles interprétations de la part de musiciens très en vue.Que faut-il en retenir?Le Festival Bach de Montréal, qui s\u2019est conclu il y a deux semaines, a mis l\u2019accent sur la complexité et l\u2019équilihre très fragile des édifices musicaux construits par Jean-Séhastien Bach.L\u2019humilité et la concentration sont des prérequis pour aborder ces œuvres.Je retiens de Zhu Xiao-mei, tirées d\u2019une entrevue à notre confrère La Presse, quelques évidences qui n\u2019en sont pas pour la majorité des inter-\\ prêtes.A ses ï yeux, il faut «travailler très fort pour atteindre la simplicité»-, «trouver le meilleur tempo, le phrasé le plus naturel.» -, «éviter le rubato, les accélérations et les ralentissements par rapport à ce qu\u2019indique la partition» ; «ne jamais compter le temps car l\u2019interprète n\u2019est pas une machine» ; «raconter une histoire au public» et «se connecter à l\u2019émotion des gens qui vous écoutent».Et d\u2019ajouter: «Plusieurs interprètes se sentent supérieurs au public.Je préfère être au service du compositeur et de l\u2019auditoire.» Cette dernière maxime porte en elle une leçon majeure : l\u2019interprète ne doit pas chercher à «démontrer» Bach, ou à prouver qu\u2019il a raison.On se rappelle ici la triste expérience, deux jours après les Goldberg de Zhu Xiao-mei, du violoncelliste venu jouer des Suites.La raison de la catastrophe est résumée ci-dessus : à part le fait qu\u2019il «racontait une [son] histoire», il avait faux sur absolument tout.A bien y réfléchir, cette grille de lecture vaut pour absolument tout.11 est question de vision des lignes musicales, de proportions et, ensuite, de goût.Les goûts peuvent être différents, mais les interprètes qui convainquent sont les humbles ; ceux qui servent le compositeur.W 1 Alexandre Tharaud a pris neuf mois sabbatiques pour enfanter ses Goldberg, qui sont un véritable parcours humain.Mass in B minor Messe en si L\u2019histoire de cet alpha et oméga de la musique, a été marquée, à niveau égal, par des visions aussi opposées que celles de Thomas Hengel-brock (DHM) et Carlo Maria Giulini (Sony).11 convient de rester ouvert à toute proposition humble, spirituelle et pertinente.Trois nouvelles versions nous sont arrivées en novembre: John Eliot Gardiner (SDG) ; Hans-Christoph Rademann (Cams) et Lars Ulrik Mortensen (CEO).Une juxtaposition des premières mesures sur notre site Web démontre plus que toute phrase les trois mondes qui se construisent.Le plus intéressant n\u2019est pas celui qu\u2019on croit.Le Danois Lars Ulrik Mortensen emporte cette comparaison haut la main.même si, a priori, je suis très sceptique sur les moyens adoptés: deux groupes de cinq chanteurs (un groupe concertino, un groupe ripieno) soit un «chœur» maximal de 10 voix.Mais la ferveur et la poésie des timbres, au service du message spirituel, fascinent.Je préfère nettement un groupe ripieno de quatre voix par pupitre à ce parti pris minimaliste, mais cette version, qui sublime toutes les tentatives du genre depuis Joshua Rifkin, est, comme jadis celles de Hengel-brock ou de Brüggen, un apport majeur à la discographie.Après Mortensen, Gardiner est dur à écouter.C\u2019est brillant, mais froid avec une propension quasi caricaturale à démontrer la justesse et l\u2019excellence des choix du «grand chef savant», notamment en ce qui concerne l\u2019articulation.Aussi souple et «lisse» que Gardiner est carré et bourré d\u2019aspérités, la version Rademann avec la Gachinger Kan-torei et l\u2019Orchestre baroque de Fribourg est ^___ un excellent album équilibré qui n\u2019égale cependant pas la ferveur de l\u2019ultime version (Haenssler, 2006) du chef historique de la Gachinger Kantorei, Helmuth Rilling.Variations Goldberg Si l\u2019on excepte l\u2019enregistrement d\u2019une certaine Lori Sims (2P Records) qui ne mérite aucun commentaire, et après avoir mentionné la réédition de l\u2019une des trois plus grandes versions sur clavecin, celle de Céline Frisch (Alpha), compa- rons trois pianistes majeurs qui viennent de léguer leur version des Goldberg-.Lars Vogt (Ondine), Alexandre Tharaud (Erato) et Igor Levit (Sony).Là aussi, trois approches très différentes.Lars Vogt est quasiment mathématique, il déroule les y lignes comme un ingénieur conçoit un pont: toutes les voix sont strictement équilibrées.11 martèle, et son piano est un clavecin amphétaminisé tant il utilise peu les nuances.L\u2019objectivité est à son comble.Cette version mécanique est impressionnante, mais glaciale.Alexandre Tharaud a pris neuf mois sabbatiques pour enfanter ses Goldberg, qui, comme chez Zhu Xiao-mei, sont un véritable parcours humain, plus accompli et convaincant que lorsque le pianiste MICHAEL MONNIER LE DEVOIR français joua l\u2019œuvre à Montréal.Tharaud n\u2019a pas le même parcours de vie que Zhu Xiao-mei, son message est donc différent.Mais il a réussi une version poétique et intensément chantante qui nous captive et, donc, compte.Igor Levit, qui couple les Goldberg avec les Diabelli de Beethoven et The People United Will Never Be Defeated de Rzewski (trois siècles, trois cycles de variations), raconte davantage que Vogt, mais on ressent une forme de démons-trativité {«Il est beau mon trille!» ; «Avez-vous vu comme j\u2019ai compris l\u2019ornementation chez Bach ?») qui finit par apparaître un peu pédante.C\u2019est justement ce que les gens aimaient chez Gould.Alors, il aura des adeptes.Le Devoir Jazz à Rome et ailleurs en Italie SERGE TRUEEAUT à Rome Dy entrée de jeu on a été franc, ijiais non brutal, du collier.A l\u2019aimable disquaire romain qui exerce son métier à 53 verges romaines de la fontaine de Trevi encore en restauration, on a signifié que les productions d\u2019Enrico Rava, Paolo Fresu, Enrico Pie-ranunzi et autres Cicéron du jazz transalpin étant bien distribuées dans nos environs, il était dans l\u2019obligation (!) de nous dévoiler les noms des pourvoyeurs du jazz italien d\u2019aujourd\u2019hui.Ouf! Après une réflexion philosophique sur le sexe des anges qui planent sur le Colisée des esclavagistes également en restauration, notre disquaire, barbe de trois jours au-devant du menton, a sorti de son panier de surprises napolitaines le nom de Riccardo Del Fra, né en 1956 à Rome, en clamant que ce dernier était l\u2019auteur du meilleur disque de l\u2019année, pour ne pas dire de ces années.Titre de l\u2019album ?My Chet my Song publié par Parco Della Musica Records.My Chet, c\u2019est évidemment le trompettiste Chet Baker que le contrebassiste Del Fra, également doyen du Département jazz du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, a accompagné au cours des dix dernières années de sa vie.Bon.My Chet my Song est riche, ou plus précisément somptueux et soyeux.Car pour concocter cet hommage à Baker, Del Fra a associé les mélancolies musicales que les orchestres symphoniques, ici celui de Babels-berg, savent si bien déployer ROMAN BONNEEOY/CREATIVE COMMONS/WIKIPEDIA Le contrebassiste Riccardo Del Fra, né en 1956 à Rome, a concocté un hommage à Chet Baker.aux propos harmoniques déclinés par la trompettiste Airelle Besson, le saxophoniste Pier-rick Pédron, le pianiste Bruno Ruder et l\u2019immense Billy Hart à la batterie.Le programme ?My Funny Valentine et autres ballades tellement identifiées à Baker.Ecouter My Chet, c\u2019est être en première classe du Titanic avant qu\u2019ü ne sombre.Une production surprenante Ensuite, notre disquaire a formulé le nom de Gianluca Petrella.Tromboniste de son état, Petrella a signé la production la plus surprenante et la plus intéressante de toutes celles évoquées par notre homme.Elle s\u2019intitule Indigo 4 et a été éditée par Blue Note en.2005! C\u2019est dire l\u2019attachement pour ce disque du monsieur qui fait commerce du jazz à deux kilomètres de la pompe vaticanesque.Toujours est-il que le quartet de Petrella, c\u2019est Francesco Bearzatti au ténor.Paolino Dalla Porta à la contrebasse et Fabio Accardi à la batterie.Entre les compositions de Monk, Ellington et les siennes, Petrella a ciselé un disque joyeux et décapant.On fait l\u2019impasse sur le trompettiste Fabrizio Bosso et autres pour mieux retenir, avec notre disquaire évidemment, que Palatino est sans l\u2019ombre d\u2019un doute oulipien l\u2019une des meilleures formations qui soit au monde modifié par Galilée.Palatino, faut-il le rappeler.c\u2019est Aldo Romano à la batterie, Paolo Fresu à la trompette, deux Italiens, Glenn Ferris, un exilé américain orfèvre pour tout ce qui touche au trombone, et Michel Benita, un Français d\u2019Algérie contrebassiste hors pair, donc jamais hors-jeu.Pour faire court, Palatino résume en deux notes et moins la substantielle moelle du jazz européen.Pour s\u2019en convaincre, il suffit de mettre la main sur un double compact intitulé Back in Town et enregistré en public à Grenoble par l\u2019étiquette Naïve.Ce live est un chef-d\u2019œuvre.Au kiosque à gazettes italiennes dont beaucoup récitent les lamentations de Berlusconi et son univers fait d\u2019arnaques politiciennes et de paillettes, on a fait l\u2019acquisition, moyennant 15,30$, du mensuel Musica Jazz.La une du numéro de novembre était tout occupée par Brad Mehldau, avec ce titre: «DiedAnniDi Solitude».Bigre! Dix ans de solitude.snif, snif.La tonalité victi-maire de cette manchette a fait illusion jusqu\u2019à ce qu\u2019on se rappelle que nous étions au coeur d\u2019une civilisation oû depuis des siècles on engage des pleureuses professionnelles pour accompagner la mise en bière des mafieux et des atrabilaires.Amen ! Les clubs de jazz?Hmmm.A Rome, à Sienne la magnifique et à Florence, faut se lever très tard car les premières notes du premier set de jazz s\u2019entendent très tard: pas avant 22h 30-23 h.Qui plus est, parfois il faut disséquer méticuleusement la toponymie si on veut trouver le point de chute au travers d\u2019un décale de ruelles moyenâgeuses.Ceci permet d\u2019avancer cette question : comment se fait-il que les musiciens commencent si tard?La réponse?Permettre au passant qui a eu recours au train d\u2019entendre quelques notes, car l\u2019Italie éternelle c\u2019est également ceci : la ponctualité de Trenitalia, la compagnie de chemins de fer, est l\u2019illustration parfaite de la fumisterie.Ave ! Collaborateur Le Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 DECEMBRE 2015 E 5 CULTURE) LIVRE QUARTIER DES SPECTACLES Quelle place pour la créatiou ?Un livre plaide pour la réappropriation du quartier par les citoyens CAROLINE MONTPETIT Alors qu\u2019il avait pour mission d\u2019être la vitrine de Montréal comme métropole culturelle, le Quartier des spectacles a évacué la dimension créatrice de son espace.En fait, le Quartier des spectacles, comme on le connaît depuis quelques années, est devenu essentiellement un lieu de diffusion, tandis que les artistes ont déserté les lofts qu\u2019ils y habitaient autrefois.C\u2019est ce qui se dégage du livre Le Quartier des spectacles et le chantier de l\u2019imaginaire montréalais, codirigé par Simon Harel, Laurent Lussier et Joël Thibert, et publié aux Presses de l\u2019Université Laval.En effet, au fil des derniers aménagements, les artistes se sont graduellement éloignés du Quartier pour installer leurs espaces de création dans des quartiers plus abordables et moins achalandés.« Tu ne peux pas te promener avec des feuilles de plywood pendant le Festival de jazz», dit un artiste visuel interrogé par Josianne Poirier, dans un chapitre du livre qui porte sur la place de la création au centre-ville de Montréal.Mme Poirier a rencontré, en 2010, 16 artistes professionnels des milieux de la musique et des arts visuels et les a interrogés sur leur perception du Quartier des spectacles.«Les rencontres révèlent rapidement que les artistes ne se sentent pas interpellés par le Quartier des spectacles», écrit-elle.«Je ne me sens même pas concerné, même si je suis artiste, même si je m\u2019intéresse à la culture et que je veux réfléchir à tout cela.Ce qui m\u2019intéresse ne se déroule pratiquement pas là», lui dit l\u2019un d\u2019eux.«La majorité des artistes doutent aussi fortement que leur soit un jour financièrement accessible un espace de création au Quartier des spectacles», écrit encore Josianne Poirier.Un atelier au Café Cléopâtre Le livre est né d\u2019un atelier réflexif, qu\u2019on avait nommé en 2011 Striptease Qds, et qui s\u2019était tenu au Café Cléopâtre, le célèbre bar d\u2019effeuilleuses du boulevard Saint-Laurent, qui a résisté aux expropriations liées à l\u2019avènement du Quartier des spectacles.S\u2019y trouvaient alors tant le président du quartier international de Montréal, Clément Demers, que des représentants de la firme Daoust-Lestage, qui ont conçu les aménagements du nouveau quartier, dit Simon Harel, qui a aussi participé au projet Striptease Qds.Dans ce livre, donc, les directeurs ont voulu dresser une irz vji .1^ tÊÊÊÊ- Selon un des auteurs, le Quartier des spectacles est « sciemment inachevé ».représentation «ni complaisante ni rancunière» du Quartier des spectacles de Montréal tel qu\u2019il existe aujourd\u2019hui.«Les imaginaires montréalais se sont opposés dans le Quartier des spectacles.Maintenant, ils s\u2019y renouvellent», écrivent-ils d\u2019ailleurs en préface.Tout au long du livre, on sent cependant le sentiment de perte qu\u2019a engendré une aseptisation du paysage, et un éloignement des populations plus marginales qui ont pourtant fait l\u2019histoire du quartier, des descriptions de Berthelot Brunet, dès les années 1930, à celle des romans de Michel Tremblay.Tout un chapitre, «Quand un quartier devient un Quartier, que peut la fiction?», signé Robert Schwartzwald, porte d\u2019ailleurs Le Quartier des spectacles et e ( hunt de l\u2019imaginaire montréalais harel bhiberc lussier sur la représentation du quartier dans la fiction québécoise.L\u2019histoire du quartier est d\u2019ailleurs tissée de confrontations.Ainsi, la toute première «Place des Arts», plantée en plein cœur de l\u2019actuel Quartier des spectacles, était un endroit animé par le sculpteur Robert Roussil et le syndicaliste Henri Gagnon, de 1947 à 1954.«Il s\u2019agit d\u2019un atelier collectif ouvert aux artistes où se tiennent également un ciné-club, des comités de quartier, des débats et des expositions.Le lieu est habité par un esprit populaire et on y discute, entre autres choses, de communisme», écrit Josianne Poirier.La Ville fait fermer l\u2019endroit «en évoquant des questions d\u2019hygiène».Et le complexe de la nouvelle Place des Arts, abritant la salle Wilfrid-Pelletier, qui verra le jour dans les années subséquentes, est considéré par le noyau d\u2019artistes de la première mouture comme «la Place des autres», soit un espace destiné à l\u2019élite économique plutôt qu\u2019aux artistes.«Dans les années 1950 et 1960, le secteur aujourd\u2019hui occupé par le Quartier des spectacles apparaît déjà déchiré par des enjeux qui touchent au développement culturel et aux différentes conceptions du rôle de l\u2019art dans la société», poursuit Mme Poirier.Grands diffuseurs Encore aujourd\u2019hui, plusieurs acteurs se plaignent de l\u2019hégémonie exercée par les grands diffuseurs, nommément l\u2019équipe Spectra, Tourisme Montréal et la Société de développement Angus, dans l\u2019élaboration du projet de Quartier des spectacles.«Du Spectrum au Café Cléopâtre, des acteurs importants de la construction du Quartier des spectacles, dont L\u2019équipe Spectra, Tourisme Montréal et la Société de développement Angus, ont imposé une certaine vision, promu un spectacle officiel stérilisé marqué par un refus de la vitalité artistique, festive et populaire du quartier », écrivent les auteurs Jonathan Cha et Eleonora Diamanti.Reste que le Quartier des spectacles est en quelque sorte «sciemment inachevé», comme l\u2019écrit Joël Thibert, puisque ses grandes esplanades dégarnies permettent aux organisateurs de festivals de les aménager à leur guise, selon les besoins du moment.Il est aussi inachevé parce que l\u2019esplanade Clark, prévue au départ, n\u2019a jamais été construite, en raison de ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR querelles entourant le projet d\u2019aménagement d\u2019un stationnement souterrain à cet endroit.En ce sens, le Quartier des spectacles reste donc une sorte de «plage blanche» sur laquelle tout reste à écrire.En entrevue, Simon Harel refuse d\u2019ailleurs d\u2019être pessimiste quant à l\u2019avenir de ce projet.«Il faut voir ce que ça va devenir dans cinq ou sept ans», dit-il, évoquant une possible «réappropriation » des lieux par les citoyens.Le Devoir LE QUARTIER DES SPECTACLES ET LE CHANTIER DE LTMAGINAIRE MONTREALAIS Simon Harel, Laurent Lussier, Joël Thibert Presses de l\u2019Université Laval Québec, 2015, 220 pages TORUK SUITE DE LA PAGE E 1 retrouver le grand léonoptéryx, qui doit être chevauché pour la première fois par une âme prue.Cette histoire se déroule sur fond de guerre de clans et de discorde entre différents peuples de la planète Pandora.Le spectacle réunit quelque 35 artistes sur scène, qui occuperont tout l\u2019espace de la patinoire du Centre Bell, ce qui implique de nombreux déplacements.Le fait de courir d\u2019un bout à l\u2019autre des différents arénas où le spectacle sera présenté est d\u2019ailleurs en soi une performance cardiovasculaire.En entrevue, Victor Pilon explique qu\u2019on a cette fois davan- Des marionnettes au cœur du cirque C\u2019est la première collaboration du marionnettiste Patrick Martel avec le Cirque du Soleil.Mais ça n\u2019est peut-être pas la dernière.Après avoir imaginé les marionnettes géantes de Toruk, l\u2019artiste, qui roule sa bosse depuis des décennies dans le monde de la marionnette, entre autres avec le Théâtre de l\u2019Avant-Pays, travaille à un autre projet conçu par Victor Pilon et Michel Lemieux à Montréal, Cité mémoire.Pour Toruk, il a choisi de faire des marionnettes « en bonne et due forme », soit des créatures dont les ficelles, les tiges et les contrôles sont apparents, plutôt que des créatures robotisées et animées de l\u2019intérieur.C\u2019est une autre façon de rendre justice à l\u2019art qu\u2019il pratique.Patrick Martel enseigne à l\u2019École supérierue de théâtre de l\u2019Université du Québec à Montréal, où il a créé im diplôme d\u2019études su-périeiues spécialisées en théâùe de marionnettes contemporain.tage recruté des «artistes multidisciplinaires» que des artistes spécialisés dans l\u2019une ou l\u2019autre des spécialités circassiennes.L\u2019équipe de marionnettistes de Patrick Martel a également créé des loups-vipères, des austra-pèdes, des tortapèdes, des équi- dius, autant d\u2019animaux plus ou moins féroces qui peuplent la planète lointaine de Pandora.La plupart sont actionnées de différentes façons par des marionnettistes qui sont actifs sru scène.Le Cirque du Soleil a aussi mis à contribution son C-LAB, le laboratoire créatif du Cirque, pour inviter les spectateurs à participer de façon interactive au spectacle.Ceux qui ont un téléphone cellulaire seront en effet invités à le programmer de façon à faire rayonner des lumières durant le spectacle, un peu comme on le faisait autrefois avec des briquets.Le C-LAB a conçu cette programmation de façon à créer des effets spéciaux, liés aux numéros de siège des gens du public.Le Devoir CIRQUE DU SOLEII, #JaideCIBL Parce que CIBL appuie de façon continue le talent émergent www.haricot.ca E 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 DECEMBRE 2015 ÎM VISD Ordre et discipline Cari Trahan expose un autre volet de son travail sur les bouleversements de la modernité CARLTRAHAN: THE NERVOUS AGE Galerie Battat Contemporary Jusqu\u2019au 9 janvier 2016 NICOLAS MAVRIKAKIS Tout semble ici parfaitement ordonné.Cette exposition pourrait même être interprétée comme la représentation de la victoire des sys-tèmes très structurés et rigides.Dans cette expo de Cari Trahan, nous pourrions croire qu\u2019il n\u2019y a pas de place pour le chaos, l\u2019excentricité ou tout simplement la différence.Dans cette installation artistique, nous pourrions aussi voir les indices d\u2019un système obsédé par une économie des moyens, une rentabilité des effets.Le nombre restreint d\u2019œuvres \u2014 une dizaine, plutôt de petit format \u2014 semble nous dire une efficacité accrue.Rien n\u2019a l\u2019air d\u2019avoir été abandonné au hasard.Tout cet espace bien structuré paraît nous parler de la victoire de la raison, de la discipline et, d\u2019une certaine manière \u2014 d\u2019une manière un peu fantasmée et en fait réductrice \u2014 des méthodes de la science ainsi que de la technologie qui, aurait-on dit à une certaine époque, en applique les découvertes.Vous pourrez d\u2019ailleurs voir quelques applications de cette technologie et de cette modernité triomphantes.Ici un néon est accompagné de dessins montrant à voir des expériences de l\u2019ingénieur Cromwell Varley sur le passage de l\u2019électricité dans des gaz rares contenu dans des tubes de Geissler, expériences qui ont mené à l\u2019invention de ce même néon.Là, des barres en graphite accrochées méthodi- Trahan nous parle d\u2019une modernité hantée par l\u2019irrationnel.quement sur des reposoirs nous parlent de l\u2019émergence d\u2019un monde moderne où la science et en particulier les recherches sur l\u2019électricité auraient donné des moyens nouveaux à l\u2019humanité.Pas très loin, le titre de l\u2019expo \u2014 The Nervous Age \u2014 est écrit en code Morse, code télégraphique très efficace inventé ^a/eyie CÉLÈBRE 40 ANS DANS LE DOAiAINE DE L\u2019ART PRESTIGIEUSE EXPOSITION 25 ŒUVRES MAÎTRES CANADIENS jusqu\u2019au 21 décembre 2015 du lundi au dimanche de llh a 17h http://lafitte.com/exposition.html Dallaire | Dumouchel | Ferron | Fortin | Flebert | Flurtubise Lemieux | McEwen | Milne | Mousseau | Riopelle | Suzor-Cote JEAN-PAUL LEMIEUX < Portrait de jeune fille > huile sur toile v 1968 16 x 13 2160 rue Crescent (adjacent au Musée des Beaux-Arts de Montréal) 514-842-1270 | www.lafîtte.com par Samuel Morse en 1832.Sur un mur, le mot Aujbruch \u2014 mot qui, nous dit le texte de présentation, signifie en allemand «fracture, brisure, nouveau départ» \u2014 pourrait appuyer une lecture de cette expo qui en ferait comme un hommage à un monde moderne qui aurait pris son envol au XIX® siècle.Lumières et ténèbres En fait.Cari Trahan poursuit ici sa réflexion sur les effets bouleversants de la modernité.Il avait déjà exhibé deux autres volets de ce projet.Au centre Articule, début 2012, il montrait Tous les mots nécessaires, événement qui traitait des implications idéologiques du langage sous le Troisième Reich, mais aussi, plus banalement, des effets des typographies anciennes et modernes sur notre perception des rpots.En 2014, au centre AXENE07 à Gatineau, il exposait Notte Elettrica qui traitait des liens entre futurisme, nouvelles technologies et fascisme.Voici donc maintenant que Trahan travaille sur l\u2019époque qui a précédé ces moments de totalitarisme.Il en profite encore pour discuter du versant sombre de la modernité scientifique et technologique.Car cette exposition si bien ordonnée et minutieusement installée se dévoile comme étant presque effrayante.Malgré ce que le titre \u2014 The Nervous Age \u2014 pourrait peut être laisser entendre à certains, il ne s\u2019agit pas vraiment de nous sortir encore une fois le cliché d\u2019un monde moderne où tout va trop vite.Trahan nous parle plutôt d\u2019une modernité hantée par l\u2019irrationnel.Comme le dit le titre en allemand d\u2019une des œuvres de Trahan, titre tiré d\u2019une pièce de Goethe : Wo viel Licht ist, ist auch viel Schatten, (« Là où il y a beaucoup de lumière, il y a aussi beaucoup d\u2019ombre »).Des exemples: Cromwell Varley, dont je vous parlais plus tôt, a travaillé sur des décharges électriques dans des gaz rares non pas pour inventer de nouveaux moyens d\u2019éclairage, mais pour communiquer avec l\u2019au-delà! Sur un mur, dans des dessins qui semblent montrer une expérience scientifique, Trahan a recopié des photos du XIX® siècle exhibant des médiums qui prétendaient faire apparaître des esprits à travers des phénomènes lumineux ou électriques.Trahan nous rappelle que ce siècle qui a autant cru à la science a aussi été fasciné par le spiritisme et l\u2019occultisme.Et toutes les classes sociales furent touchées.Même Victor Hugo s\u2019est adonné à ces rites.Mais Trahan va plus loin.Dans certaines œuvres, il tente de montrer comment la modernité européenne fut l\u2019énergie incontrôlable d\u2019où naquirent des guerres GUY L HEUREUX et des atrocités.Comme le visiteur pourra le lire sur un des murs de la galerie, il s\u2019agit ici de discuter de «L\u2019autodestruction de l\u2019âge du progrès.» Et de cet âge, nous sommes malheureusement les héritiers.Collaborateur Le Devoir La Vitrine Des vœux de joie pour 2016! MONTRÉAL - concert de clavecin lors de l\u2019inauguration de notre 30® saison BOSTON et CAMBRIDGE - musées, musique Détail du voyage disponible sur demande Prix spécial jusqu\u2019au 15 Janvier QUÉBEC - collection privée d\u2019art québécois Les.peaux detours www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d un permis du Quebec BEAU LIVRE RÊVONS PERCHÉS Cabanes autour du monde Collectif Editions de La Martinière Paris, 2015, 240 pages L\u2019homme descend du singe et le singe, de l\u2019arbre, se plaît-on parfois à dire en badinant.Une chose est sûre, c\u2019est que l\u2019homme ainsi que la femme remontent de plus en plus souvent dans ledit arbre ces derniers temps: au Québec comme ailleurs dans le monde, les cabanes perchées et autres constructions aériennes de bois essaiment.Qu\u2019elles soient rustiques, grand luxe, accrochées à quelques mètres du sol ou juchées nez à nez à hauteur de canopée, elles permettent de se couper du monde, de se rapprocher du ciel, de se réfugier comme dans un cocon ou de revivre ses jours gamins, près des couverts feuillus et de leurs tourbillons de chlorophylle.Les cabanes présentées dans Rêvons perchés \u2014 jolis clichés et aquarelles à l\u2019appui \u2014 sont toutes conçues pour respecter le vénérable arbre qui les accueille sans qu\u2019un clou ne soit jamais enfoncé dans l\u2019écprce, qu\u2019on soit en France, en Belgique, en Autriche ou aux Etats-Unis.On utilise ces cabanes comme lieu de retraite, salle de massage, terrasse de restaurant, mirador sur la mer ou vigie sur la forêt et le monde.On y accède par des passerelles, ponts de singe, escaliers torsadés ou qui s\u2019enroulent autour d\u2019un tronc, presque toujours dans les airs mais parfois sur l\u2019eau, comme cette cabane flottant sur la Volga, en Russie.Un inspirant ouvrage qui fait retomber en enfance ou rêver les yeux grand ouverts.Rêvons perchés donne aussi une foule d\u2019idées à qui songerait à construire sa propre cahute.Dommage, cependant, qu\u2019on n\u2019y traite que des réalisations de La cabane perchée, «premier constructeur de cabanes en Erance», et qu\u2019aucune cabane québécoise \u2014 et de tant d\u2019autres régions \u2014 ne figure dans ce beau livre hors normes.Gary Lawrence J Photo : Al» liôtel La Louisiane à Paris est un lieu my-' tliiciue, l\u2019affaire est entendue depuis plusieurs décennies déjà.Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre s\u2019y sont aimés.Longtemps.Juliette Greco et Miles Davis aussi.Intensément.Robert Lepage y a pour sa part pansé une peine d\u2019amour en écrivant la pièce Les aiguilles et l\u2019opium, campée dans l\u2019une de ses 80 chambres.D\u2019autres dramaturges, écrivains, scénaristes et poètes, de Cocteau à Tarantino, y ont séjourné.Certains, comme Albert Cossery, y ont vécu jusqu\u2019à leur mort.Tous savaient, ou savent encore, que bien davantage qu\u2019un amas de briques, de pierres et de stuc, l\u2019hôtel La Louisiane est d\u2019abord un état d\u2019esprit.C\u2019est l\u2019une des nombreuses vertus du documentaire de Michel La Veaux, grand directeur photo québécois {Le démantèlement, Pour l\u2019amour de Dieu), que d\u2019aborder le sujet sous cet angle moins «glamour», mais beaucoup plus intéressant.Certes, on revient sur l\u2019histoire de l\u2019endroit, mais brièvement, question simplement de savoir où l\u2019on se trouve, et qui s\u2019y est trouvé.L\u2019essentiel du propos, en effet, découle d\u2019un désir évident de partage de la part de Michel La Veaux, un habitué de La Louisiane depuis près de 20 ans.Partager ce qu\u2019il a découvert et ce qu\u2019il ressent dans ce sanctuaire artistique, mais surtout, inviter des occupants passés et présents à confier ce qu\u2019eux ont découvert et ressenti dans l\u2019établissement qui demeure abordable pour les créateurs sans le sou en dépit d\u2019un emplacement en plein cœur de Saint-Germain-des-Prés.Ils sont Aurélien Peilloux, aspirant cinéaste, Gérard Oberlé, écrivain et spécialiste de livres anciens, Olivier Py, metteur en scène et poète, Xavier IJlanchot, propriétaire s\u2019étant battu pour que prévale «l\u2019idéalisme entrepreneurial » de son défunt père, Robert Lepage, le dramaturge et metteur en scène que l\u2019on sait, Albert Cossery, écrivain immense et proche de Camus, et, oui, Juliette Greco, telle qu\u2019en elle-même.Valeurs fondamentales En alternance, chacun dans sa chambre.m.L\u2019écrivain Albert Cossery a vécu à l\u2019hôtel La Louisiane jusqu\u2019à sa mort.parfois aussi au Café de Flore en contrebas, cette belle bande à part s\u2019ouvre avec générosité sur ce qu\u2019a signifié ou continue de signifier un séjour à La Louisiane.Sans se concerter, on se recoupe, les témoignages abordant systématiquement quelque valeur fondamentale inhérente à l\u2019hôtel, voire à la faune que celui-ci ra-mqute: simplicité, solidarité, amitié, ouverture.A ce chapitre, Juliette Greco, qui revient avec un mélange émouvant de franchise et de vulné- rabilité tant sur sa liaison avec Miles Davis que sur ce qu\u2019a représenté pour elle le mouvement existentialiste, s\u2019avère particulièrement éloquente dès lors qu\u2019ü s\u2019agit de parler de la France actuelle, qu\u2019elle dit ne pas reconnaître.Elle résume cette idée d\u2019idéaux pas nécessairement révolus en se référant à ces passants de tous âges qui scrutent son regard en quête de ce qui fut et, qui sait, pourrait encore être, peut-être.«Certains cherchent leur jeunesse et d\u2019autres K-FILMS AMERIQUE cherchent la mienne, les jeunes viennent vers moi et me demandent c\u2019était comment?C\u2019était comment.C\u2019était magnifique ! Ça s\u2019appelait la Liberté!» L\u2019hôtel La Louisiane, c\u2019est elle, c\u2019est eux.Il est des films qu\u2019il faut voir.Il en est d\u2019autres, comme celui de Michel La Veaux, dont on gagne à s\u2019imprégner.Le Devoir UNIVERSAL Danish Girl relate la vie de l\u2019une des premières transsexuelles, Lili Elbe (interprétée par Eddie Redmayne), dans les années 1920.Masculin/féminin DANISH GIRL (V.F.DE The Danish Girl) ?1/2 Drame biographique de Torn Hooper.Avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Matthias Schoenaerts, Amber Heard, Ben Whishaw et Miltos Yerolemou.Grande-Bretagne, 2015, 120 minutes MANON DUMAIS Pervers, homosexuel ou schizophrène : tel était le diagnostic que posaient les médecins sur les transgenres il y a moins de 100 ans.Imaginez le chemin parcouru depuis l\u2019apparition de Caitlyn Jenner, née Bruce, sur la couverture du Vanity Fair.Adaptation émouvante et sensuelle du roman de David Ebershoff par le réalisateur des Misérables, Danish Girl relate la vie de l\u2019une des premières transsexuelles, Lili Elbe.Copenliague, années 1920.Alors qu\u2019il pose en ballerine pour sa femme, la peintre Gerda Wegener (Alicia Vikander), Einar Wegener (Eddie Redmayne), lui aussi peintre, a une révélation : il n\u2019est pas né dans le bon corps.Avec la complicité de sa femme, Einar deviendra alors Lili.Si cette mascarade amuse d\u2019abord Gerda, qui fait de Lili sa muse, elle verra son couple solidement ébranlé tandis qu\u2019Einar voudra disparaître à jamais afin de faire place à la femme qu\u2019il a toujours su qu\u2019il était.En cette ère où l\u2019hétéronor-malisation est bousculée par les jeunes générations qui refusent d\u2019étiqueter leur orientation sexuelle, la transsexualité demeurerait selon certains le dernier tabou.Lorsqu\u2019arrivent sur nos écrans des films dépeignant avec intelligence et sensibilité cette identité sexuelle qui fascine depuis le mythe de Tirésias, que ce soit Les garçons ne pleurent pas, drame de mœurs puissant et brutal de Kimberly Pierce, Transamerica, émouvant et amusant road movie de Duncan Tucker ou Laurence Anyways, drame sentimental lyrique et baroque de Xavier Dolan, on ne peut s\u2019empêcher d\u2019espérer que ceux-ci pulvérisent les préjugés.De facture élégante, Danish Girl de Tom Hooper {Le discours du roi) se veut le touchant récit d\u2019une quête d\u2019identité doublée d\u2019une histoire d\u2019amour inconditionnel.Certes, la chimie opérant entre la prodigieuse Alicia Vikander et le magistral Eddie Redmayne contribue pour beaucoup à la réussite du film.Toutefois, il serait injuste de négliger la mise en scène de Hooper qui illustre joliment le cheminement de Lili.Eaisant d\u2019abord évoluer ses personnages dans de vastes décors austères aux teintes froides.Hooper transforme graduellement les lieux en invitants cocons qu\u2019il garnit d\u2019éléments aux riches textures et chatoyantes couleurs, évoquant du coup les toiles de Klimt.Tandis que Lili apprivoise sa nouvelle image.Hooper multiplie les gracieux effets de miroir et de transparence, notamment dans cette magnifique scène sans dialogue où la protagoniste reproduit les gestes d\u2019une prostituée.Un délicat éloge à la différence et à l\u2019affirmation de soi.Le Devoir Une Irlandaise face aux préjugés BROOKLYN ?Drame sentimental de John Crowley.Avec Saoirse Ronan, Jim Broadbent, Julie Walters, Domnhall Gleeson et Emory Cohen.Irlande-Royaume-Uni-Canada, 2015, 111 minutes.MANON DUMAIS Il y a quelques années, James Gray brossait dans L\u2019immigrante le portrait déchirant d\u2019une Polonaise (Marion Cotil-lard) découvrant le New York interlope des années 1920.A peine débarquée, elle voyait son rêve américain transformé en cauchemar.Campé une trentaine d\u2019années plus tard, Brooklyn, d\u2019après le roman de Colm Tôibin, offre une vision certes modeste mais beaucoup plus optimiste et un tantinet glamour de l\u2019immigration.Dans l\u2019un comme dans l\u2019autre se dessine un portrait nuancé et sensible d\u2019une femme animée d\u2019une force tranquille qui devra lutter contre les préjugés d\u2019une époque en pleine mouvance mais encore trop rigide.I^arrainée par un prêtre catholique Gim Broadbent), Eilis (Saoirse Ronan) quitte à regret son village irlandais pour s\u2019installer à Brooklyn.Soutenue par sa truculente logeuse Qulie Walters) et son élégante patronne Gessica Paré), Eilis soigne comine elle peut son mal du pays.Eprise d\u2019un charmant Italo-Américain (Emory Cohen) rencontré lors d\u2019une soirée dansante, elle est courtisée à son retour dans son pays natal par un séduisant compatriote (Domnhall Gleeson).Quel destin choisira-t-elle ?Magnifiquement mis en image par Yves Bélanger {Laurence Anyways, Dallas Buyers Club), ce drame sentimental du réalisateur déintermède, rocam-bolesque comédie chorale, se divise en trois captivants tableaux.Au premier acte, la mise en scène de John Crowley se fait plus intimiste, un léger voile semble assombrir l\u2019univers d\u2019Eilis, traduisant ainsi le carcan étroit où elle évolue.Dans le chapitre new-yorkais, les plans se font plus larges, les couleurs plus éclatantes.Sans apparaître flamboyant, le rêve américain semble à portée de main pour cette courageuse immigrante.Dès lors, c\u2019est tout le talent du scénariste Nick Hornby {Une éducation) qui se déploie tandis qu\u2019il fait évoluer en toute finesse le personnage incarné avec une aisance remarquable par la lumineuse Saoirse Ronan.Alors que les cadrages se resserrent lors du retour en Irlande, que fenjeu sentimental prend inévitablement le pas sur le déchirement entre deux cultures avec lequel Eilis est aux prises, Brooklyn révèle sa vraie nature.Celle d\u2019un récit initiatique teinté de mélancolie où l\u2019émotion n\u2019éclate qu\u2019à la toute fin, abandonnant le spectateur sur une note douce-amère.Le Devoir METROPOLE FILMS Un récit initiatique teinté de mélancolie E 8 LE DEVOIR LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 DECEMBRE 2015 CULTURE.LIVRE S Les promesses qui s\u2019envolent Au centre du T roman de David Homel : les secrets d\u2019une mère et son mystère Danielle Laurin Après Le droit chemin (Leméac/Actes sud) en 2010, David Homel poursuit dans la veine intimiste, familiale, avec La fille qui parlait à la lune.Même trame de fond : un fils quinquagénaire devant son parent seul, fragilisé, vieillissant.Avec tout ce que cela remue de questions, d\u2019émotions.Il y a le passé qui afflue tout en laissant des trous inexpliqués.Et la recherche de qui on est devenu à la lumière de nos origines.Il y a le fossé des générations, nécessairement.Fossé d\u2019autant plus grand si on est enfant d\u2019immigrants.Il y a cette idée que l\u2019on connaît bien mal ses parents, leur histoire, la vie qu\u2019ils ont menée, finalement.Et il y a la mort prochaine au bout, inévitable, comme un miroir en suspens.L\u2019urgence de vivre décuplée, forcément.Il y a tant de choses en commun entre le précédent et le nouveau roman de David Homel.Sans oublier l\u2019humour mordant qui le caractérise comme auteur, le sexe omniprésent et la folie qui guette dans son œuvre.Sauf que ce n\u2019est plus du père dont il est question, mais 4e la mère.Et ça change tout.A tel point qu\u2019il faudrait peut-être parler de contre-pied plutôt que de continuité.Dans Le droit chemin, la relation avec le père était difficile, explosive, même si on se doutait bien qu\u2019un rapprochement avec le fils était possible.Dans La fille qui parlait à la lune, la relation avec la mère est bienveillante, aimante.Peut-être trop.En tout cas, trop au goût d\u2019Elke, la femme du fils en question.Joey, enfant unique, se rend tous les matins à l\u2019immeuble pour personnes âgées où vit Bluma, sa maman : il lui prépare son petit-déjeuner préféré, elle qui a l\u2019estomac fragile depuis l\u2019enfance.Il lui fait ensuite un massage pour la détendre.Et quand vient le temps, il l\u2019accompagne dans tous ses rendez-vous médicaux.Bref, Joey prend soin de Bluma de toutes les façons.Avec pour résultat qu\u2019il fait chambre à part avec sa femme: «Elke avait ainsi voulu le punir de son dévouement excessif envers Bluma.Si tu passes plus de temps avec ta mère qu\u2019avec moi, je ne dors plus avec toi.» Joey, ex-architecte recyclé dans le domaine de l\u2019environnement, si on peut le dire comme ça, a mis sur pied une firme «spécialisée dans le nettoyage cent pour cent naturel des conduits d\u2019aération», qu\u2019il a revendue à profit.Il a ensuite créé une entreprise d\u2019élimination des moisissures: «La chance lui sourit, sous la forme de l\u2019ouragan Katrina et de quelques autres tempêtes plus modestes.» Il dirige maintenant avec son associé une entreprise florissante de décontamination.Plus vraiment de défis là pour lui.D\u2019autant que son associé çt ami veille au grain.A vrai dire, c\u2019est plu-tô^le vide dans sa vie.A l\u2019heure de la préretraite, Joey se demande bien comment il pourrait s\u2019occuper, entre deux chicanes avec sa femme sous les yeux attentifs et complaisants des deux chiennes de la maison.Il y a bien la voisine à la robe de feu qu\u2019il trouve de son goût, et qui pourrait l\u2019amener à sauter la clôture, remarquez.L\u2019un n\u2019empêche pas l\u2019autre : il peut tout aussi bien mener à bien cette relation s\u2019il y a lieu, et mettre en branle le projet qu\u2019il a en tête.C\u2019est-à-dire consigner par écrit l\u2019histoire de vie de sa mère, «la femme la plus extraordinaire qu\u2019il connaisse».Encore faut-il qu\u2019elle se souvienne, encore faut-il, surtout, qu\u2019elle accepte de lever le voile sur certains mystères.Pour le reste, il ne se fait pas d\u2019illusion : « Ce ne serait pas un livre puisqu\u2019il n\u2019était pas écrivain, comme le lui rappelait Bluma, et que l\u2019un n\u2019allait pas sans l\u2019autre.Ce serait quelque chose de plus authentique : une biographie, celle de sa mère, dans les mots de sa mère.C\u2019était aussi simple que ça.» Il ne s\u2019agit que d\u2019un prétexte, en fait.Même si le fils a bien l\u2019intention d\u2019aller jusqu\u2019au bout de ce projet, c\u2019est avant tout pour mieux connaître sa mère, déchîffrer ses zones d\u2019ombre, qu\u2019îl le fait.Et à travers elle, peut-être, mieux comprendre d\u2019où îl vient, qui îl est.La p\u2019tite voleuse de Chicago La fille qui parlait à la lune joue en alternance sur deux paliers.Un : les moments que consacre le fils à sa mère en essayant, pas toujours avec succès, de lui tirer les vers du nez \u2014 à retenir : une scène co- ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR David Homel David Homel en cinq dates 1952 Naissance à Chicago de parents juifs d\u2019origine ukrainienne et lituanienne.1980 Après Paris et Toronto, il s\u2019installe à Montréal.1988 Parution de son premier roman.Electrical Storms, qui sera traduit en français trois ans plus tard sous le titre Orages électriques.1995 Prix du Gouverneur général pour sa traduction de Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit ?de Dany Laferrière.2003 Son roman The Speaking Cure {L\u2019analyste), qui se penche sur les ravages de la guerre civile en ex-Yougoslavie, lui vaut le prix Hugh-MacLennan, remis par la Quebec\u2019s Writers Federation.lorée dans un casino.Inclure aussi les avancées de Joey dans sa nouvelle relation amoureuse et la déconfiture avec sa femme.Deux: l\u2019histoire de Bluma comme telle.Mais racontée, non pas avec ses mots à elle, sans visée littéraire.Au contraire même, et c\u2019est là l\u2019intérêt de l\u2019affaire, qui prendra des proportions épiques.On glisse tout à coup dans un autre monde.On se retrouve dans un quartier excentré, démuni, 4e Chicago, dans les années 1930.C\u2019est l\u2019époque de la prohibition.Bluma, 15 ans, fille de parents juifs venus de la lointaine Russie, se démène comme elle peut entre une mère devenue neurasthénique et un père autoritaire qui tient un bar illicite fréquenté par des policiers irlandais.Bluma en viendra à se frotter à la racaille des bas-fonds, à commettre elle-même des larcins, des vols, dans des conditions qui auraient pu mal tourner.Puis elle devra se résoudre à se marier.Malgré le serment fait à sa cousine et meilleure amie Bella, avec qui elle a vécu les années les plus insouciantes et les plus libres de sa vie.Ainsi suit-on le parcours de Bluma jusqu\u2019à aujourd\u2019hui.Incluant toutes les promesses qu\u2019elle s\u2019était faites et que la vie n\u2019a pas tenues.Plusieurs secrets demeureront scellés.Impossible pour le fils de tout consigner.Au final, derrière la vieille femme diminuée qui sent son corps la lâcher, c\u2019est toute sa jeunesse retrouvée, sa fougue, son audace, sa beauté qui nous apparaissent.Et à travers cela, une époque révolue.Davantage encore, c\u2019est la tendresse infinie du fils envers sa mère qui transparaît dans ce roman que David Homel a dédié «à ma mère, la vraie».\\A FILLE QUI PARLAIT A LA LUNE David Homel Traduit de l\u2019anglais par Marianne Champagne Leméac Montréal, 2015, 384 pages ROMAN QUEBECOIS Les illusions nécessaires CHRISTIAN DESMEULES Professeur de théologie dans une université des Cantons-de-l\u2019Est \u2014 jamais vraiment nommée \u2014, Yves Dunnigan est déjà un peu las de l\u2019enseignement.Ce divorcé de longue date, amateur de bons vins et de jolies femmes, a de plus en plus de mal à «faire semblant d\u2019avoir des réponses» et songe à présenter sa candidature comme doyen de sa faculté.Pas très loin, son père, un ancien directeur d\u2019école, vit seul sur sa terre à bois de Val-des-Saints, un nid d\u2019ultracatholiques à l\u2019ombre du mont Mégantic.Alerté par son ex-femme de la disparition de leur fille de 22 ans, qui a des antécédents de problèmes psychologiques, Dunnigan la croit victime d\u2019une nouvelle «foucade pseudo-spirituelle».Il va vite découvrir que son père, que certains appellent le «gourou» de Val-des-Saints, en sait plus qu\u2019il ne le dit.Et que sa fille, en lien direct avec la Sainte Vierge, aurait même accompli des miracles dans la petite église du village.Après un incident malheureux avec le recteur (qui lui avait déjà reproché de ne pas avoir «l\u2019esprit facultaire»), le «théologien le plus cool du Québec» donne sa démission.Un moment de réflexion qui permettra à ce personnage sanguin d\u2019aller donner un coup de main à son père sur la terre à bois.«Mieux valait un travail de crétin que de retourner là-bas à genoux.» Dans ce petit village où il est impossible d\u2019échapper à la surveillance du groupe, il fera la connaissance d\u2019une jeune mère célibataire de Val-des-Saints qui va vite lui tomber dans l\u2019œil \u2014 et dont l\u2019un des deux enfants est atteint d\u2019une maladie dégénérative.Se relier C\u2019est en gros la trame du 2® roman de Ronald Lavallée, Le village entré dans le silence, après Le bonheur à Memracook (Fides, 2011), une comédie de situation qui racontait les déboires d\u2019un avocat de la ville se cachant à la campagne à la suite d\u2019une histoire louche qui avait tourné au vinaigre.Explorant encore une fois les chocs nés du contraste entre la ville et la campagne, l\u2019auteur est de retour avec le même ton caricatural et légèrement abrasif.Une manière qui pourra faire penser, en un peu plus dense, à celle de François Barcelo.Pourvu d\u2019un humour acerbe, mais capable de faire preuve aussi d\u2019une forte sensibilité.Ronald Lavallée sait émouvoir et faire réfléchir.Car sous la farce et les tribulations, Le village entré dans le silence est un roman efficace et bien écrit dont le cœur pourrait être en réalité l\u2019inépuisable et complexe relation père-fils, où l\u2019auteur aborde également la question des illusions nécessaires \u2014 l\u2019amour, les liens familiaux.Et où la religion (du latin re-ligare, «relier»), après nous avoir fait sourire, fait ce qu\u2019elle sait peut-être faire de mieux : réunir les gens et atténuer un peu leur solitude.Collaborateur Le Devoir LE VILLAGE ENTRÉ DANS LE SILENCE Ronald Lavallée Fides Montréal, 2015, 368 pages POLAR Retour en Suède MICHEL BELAIR Toujours passionné par la musique de John Col-trane, le commissaire Erik Winter est de retour.Il a laissé sa petite famille sur la Costa del Sol où il récupérait depuis quelques années déjà \u2014 voir Le dernier hiver ÜC Lat-tès, 2010) \u2014 d\u2019une presque noyade et le voilà plongé dans l\u2019hiver de Gôteborg.et | Lévesque éditeur félicite Joanie Lemieux finaliste au Grand Prix littéraire Archambault pour son recueil de nouvelles Les trains sous l'eau prennent-ils encore des passagers ?joanie Lemieux Les trains sous l\u2019eau prennent-ils encore des passagers ?L evesque éditeur DISTRIBUTION : DIMEDIA INC.Courriel : general(a)dlmedla.qc.ca Site Internet: www.dlmedla.qc.ca LA MAISON «ru, AU BOUT DU MONDE dans un sordide triple meurtre.Une mère et ses deux jeunes enfants ont été massacrés dans leur maison, au bout du monde près de la marina d\u2019Amundô.L\u2019enquête sera _____________ longue, difficile, butant à quelques reprises sur de faux coupables mais mettant en scène, toujours, le désarroi d\u2019une société éclatée qui a du mal à prendre conscience de sa nouvelle réalité.Mais Winter est entêté, on le sait.Même la mort de sa mère Siv, installée elle aussi à Marbella en Espagne, même l\u2019absence d\u2019Angela et de ses deux filles restées là-bas ne le feront pas décrocher de l\u2019horrible meurtre.Inlassablement, il retourne sur les lieux du crime pour s\u2019en imprégner et pour laisser monter en lui, comme à l\u2019habitude, ces voix et ces images indéterminées qui prennent de plus en plus la forme de l\u2019acouphène dont il est affligé.Avec son équipe, à laquelle s\u2019est ajoutée une nouvelle recrue, il reprend plusieurs fois l\u2019enquête en mettant tout sur la table comme on le fait avec les pièces d\u2019un puzzle.Puis le temps fera son œuvre et, au bout de quelques mois de piétinements productifs \u2014 qui semblent n\u2019être là que pour éclairer le lecteur sur les difficiles transformations de la société suédoise \u2014, l\u2019affaire prendra une série de tournants inattendus avant de se dénouer devant nous.Mais cela suffira-t-il pour que l\u2019élégant commissaire Winter reste à Gôteborg plutôt que d\u2019aller se réinstaller au soleil ?Collaborateur Le Devoir LA MAISON AU BOUT DU MONDE Ake Edwardson Traduit du suédois par Rémi Cassaigne JC Lattès Paris, 2015, 409 pages LE DEVOIR LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 DECEMBRE 2015 E 9 CULTURE.LIVRES MARTIN BUREAU AGENCE ERANCE-PRESSE Jours de Libération est le journal personnel de Mathieu Lindon, rédigé durant trois mois.Consacré à la profession de journaliste, il témoigne des soubresauts d\u2019une conscience au fil des événements.LITTÉRATURE FRANÇAISE Le métier fragile des journalistes Naufrage ou reconversion?Liberté ou adaptation?Mathieu Lindon, journaliste et écrivain, raconte les vagues de décisions qui frappent Libération.Plongée dans la vie d\u2019un quotidien.GUYLAINE MASSOUTRE Incertitude : assistons-nous à la fin des journaux?Du côté des employés, c\u2019est l\u2019insécurité : «Partir ou rester, telle est la question que tout le monde se pose quand elle n\u2019a pas déjà été résolue.» Dois-je me reconvertir?Mathieu Lindon s\u2019interrogeait ainsi, il y a un w.Jours de Libération est son journal personnel, rédigé durant trois mois.Consacré à la profession de journaliste, il témoigne des soubresauts d\u2019une conscience au fil des événements.Fin 2014, cela va mal à Libération.L\u2019impact des journaux a changé, et les journalistes constatent la « dégradation de l\u2019ambiance» dans leur métier.Après 30 ans d\u2019exercice, Lindon a l\u2019habitude des troubles.Au travail, tout est touché.Au journal, d\u2019un côté, les actionnaires anticipent les baisses de rentabilité ; de l\u2019autre côté.les syndicats négocient les indemnités de départ.Bilan ou dépôt de bilan ?11 fait le point.Crise au journal Le 6 janvier, 26 employés de Libération fêtent leur départ.Le 7 janvier, c\u2019est l\u2019horreur juste à côté.11 y a des morts, des collègues blessés, comme Philippe Lançon, journaliste à Libération et à Charlie Hebdo.11 faut rédiger des nécrologies d\u2019amis.« Vers 7 h, je me rends compte que je suis si ébranlé que je n\u2019ai pas envie de renter seul chez moi, que, aussi irrationnel que ce soit, j\u2019ai peur.» On entre dans des semaines de sept jours ouvrables, et le monde est décalé.Cette tuerie à Charlie Hebdo frappe Libération au cœur.L\u2019impact est immense.Voici les confrères et consœurs mobilisés en première ligne, face au monde agressé, prêts à en rendre compte.Sans un grand sens du métier, comment soutenir chaque moment, chaque mort dignement?Le journalisme retrouve sa brûlante nécessité et sa place symbolique dans la Cité.Ces journalistes aguerris de Libération, que n\u2019ont-ils pas vécu ensemble?Libé a un style direct, critique, entre information, militantisme et opposition.«J\u2019aime que la mauvaise foi du journal soit explicite quand tellement la maquillent en objectivité», soutient Lindon.Souple et quasi détaché de lui-même, il fait sentir sa génération ébranlée et la solitude, la fatigue, à vaincre avec des moyens amputés.11 raconte les heurts à encaisser, les crises aiguës et les moments forts, comme ce 7 janvier où un vent de panique a soufflé.Les crises se superposent.Entre rigueur, désinvolture et précarité Mais un journaliste possède une remarquable capacité d\u2019adaptation, et ce livre le prouve.Lindon s\u2019y évalue sans fausse pudeur, ni vedette ni victime.En quelques mots narquois, il tire une anecdote absurde, il glisse un mot complice à un camarade, il dénonce la violence interne, la trahison, et dès qu\u2019il évoque les investigations et les reportages mémorables, on comprend que ce métier, il l\u2019aime encore.Quand sa collègue Florence Aubenas, journaliste de terrain, fut prise en otage en Irak, son cas fut une affaire nationale.Jours de Libération Lindon le rappelle.Mais si son histoire concerna tout le pays, cela ne renfloua pas le journal, et elle dut le quitter! Mélange de verve, d\u2019audace et de stress quotidien, la prose de Lindon fait vivre Libération.Plus qu\u2019une entreprise, c\u2019est un état d\u2019esprit, et, de là sa fragilité.La liberté de penser et d\u2019expression qui caractérise ce journal est inimaginable pour qui n\u2019en est ni lecteur assidu ni du sérail.Ce récit mouvementé nous entraîne donc des escaliers aux portes claquées, du jeu de chaises musicales selon les nominations, des mises sur la touche aux publications constantes, en passant par les revers de la médiatisation.Tous sont là, drôles, enragés et professionnels, chacun est nommé par son prénom et son titre dans la hiérarchie, aux bons jours et aux mauvais coups.Collaboratrice Le Devoir JOURS DE LIBÉRATION Mathieu Lindon P.O.L Paris, 2015, 284 pages DELBUSSO ÉDITEUR L'ÉTAT DU QUÉBEC 2016 ÉDITION 20'ANNIVERSAIRE INSTITUT DU NOUVEAU MONDE\t^ JOSETTE STANKÉ Une vie en mieux ! ragments aurûLographiqurs Benoît Melançoit j jBÂI [9t autres idees reçues sur la langue] j ' ^ - r Alain Labonté UNE AME ET SA QUINCAILLERIE LES INTELLECTUEL LES AU QUÉBEC UNE BRÈVE HISTOIRE 20 clés pour comprendre le Québec.Plus de 50 textes éclairants sur les enjeux d'aujourd'hui et de demain.Sous la direction d'Annick Poitras L\u2019ÉTAT DU QUÉBEC 2016 édition 20' anniversaire Institut du Nouveau Monde Un récit authentique d'une expérience hors du commun, ce livre de Josette Stanké bouleverse et ravit à la fois.« Une ode à la résilience ! » Guy Corneau Josette Stanké UNE VIE EN MIEUX fragments autobiographiques La langue est le domaine par excellence des idées reçues.Benoît Melonçon s'y attaque.Quelle est la position de l'auteur?Ni alarmisme, mois ni joviolisme non plus! Benoît Melançon LE NIVEAU BAISSE (et autres idées reçues sur la langue) Voilà un livre absolument étonnant dons lequel Alain Labonté se révèle sons fausse pudeur.«Difficile de ne pas être ému devant autant de sincérité.» Claudia Larochelle Alain Labonté UNE ÂME ET SA QUINCAILLERIE EN LIBRAIRIE WWW.DELBUSSOEDITEUR.CA Redonner aux femmes la place qui leur revient dons l'émergence de cette figure de la modernité.Yvan Lamonde Marie-Andrée Bergeron Michel Lacroix et Jonathan Livernois LES INTELLECTUEL.LES AU QUÉBEC Une brève histoire ESSAI Le suicide tranquille de l\u2019humanité MICHEL LAPIERRE L> histoire de la Terre est ' celle de six grandes extinctions.Voilà la terrible thèse du paléoanthropologue kenyan de souche britannique Richard Leakey, qui va jusqu\u2019à déclarer.' «Homo sapiens ne sera pas seulement la cause de la sixième extinction, il en sera aussi l\u2019une des victimes.» Même si la récente conférence de Paris sur le changement climatique promet des mesures pour empêcher la tragédie, la menace continuerait de planer.L\u2019Américaine Elizabeth Kol-bert, journaliste au New Yorker, s\u2019est faite la vulgarisatrice de cette thèse scientifique et de plusieurs autres qui peuvent s\u2019y rapprocher, dans La extinction, livre pour lequel elle a obtenu en 2(115 le prix Pulitzer de l\u2019essai.Écrit à la manière d\u2019un reportage, le récit vivant de ses rencontres avec des spécialistes autour du monde y mêle observations minutieuses et réflexions personnelles.La journaliste signale que la 5® grande extinction, la plus récente et la plus célèbre, celle des dinosaures notamment, eut lieu il y a quelque 65 millions d\u2019années, à la fin du crétacé, bien avant l\u2019apparition de l\u2019être humain qui, quant à elle, remonte sans doute à 200 000 ans.D\u2019autres espèces animales ont disparu beaucoup plus tard, comme le mastodonte d\u2019Amérique il y a environ 9000 ans, probablement à cause de la sur-chasse que pratiquaient les hommes de l\u2019époque.Le facteur humain Elizabeth Kolbert relate qu\u2019un Canadien, futur gouverneur de Montréal, Charles Le Moyne, deuxième baron de Longueuil, découvrit en 1739, dans la région de l\u2019Ohio, des ossements de mastodonte qui épatèrent l\u2019Europe savante et qui permirent au fondateur de la paléontologie, Georges Cuvier (1769-1832), de déceler l\u2019extinction d\u2019un «monde antérieur au nôtre».Cette audace scientifique, elle la retrouve chez le Néerlandais Paul Crut-zen, colauréat du prix Nobel de chimie en 1995, coinventeur du terme «anthropocène».Le mot désigne une nouvelle époque géologique qui aurait commencé lorsque le facteur humain est devenu déterminant dans l\u2019évolution de l\u2019écosystème au point de la compromettre.Selon Crutzen, l\u2019humanité a, au cours des deux derniers siècles, changé la composition de l\u2019atmosphère et le climat, pour peut-être des millénaires, par la combustion des énergies fossiles et la déforestation, qui ont augmenté de plus de 40% la concentration de gaz carbonique dans l\u2019air et plus que doublé celle de méthane.Ni Adam Smith, premier théoricien du capitalisme libéral, ni Karl Marx, père du communisme dit scientifique, n\u2019avaient pu prévoir que la révolution industrielle aurait suscité une problématique aussi grave.Pour connaître la vérité, il aura fallu que répondent aux brillantes questions d\u2019esprits curieux, comme Elizabeth Kolbert, des adeptes des sciences expérimentales après s\u2019être mis patiemment à l\u2019écoute d\u2019une grande voix négligée : celle de la nature.Collaborateur Le Devoir LA 6E EXTINCTION Comment l\u2019homme DÉTRUIT LA VIE Elizabeth Kolbert Traduit de l\u2019anglais par Marcel Blanc Guy Saint-Jean Laval, 2015, 400 pages a.L\u2019élément destructeur qu\u2019en 1796 Georges Cuvier, père de lu puléontologie, discemuit juste uvunt le début de I\u2019histoire connue, c\u2019étuitnous}} Extrait de La 6^ extinction ^Gaspard LE DEVOIR LMARÈS \t\u2014\tDu 7 au 13 déœmbre 2015\t\t \t\t \t\t Romans québécois\t\t I Ce qui se passe à Cuba reste à Cuba!\tAméiie Dubois/Les Éditeurs réunis\t1/6 2 Ceux qui restent\tMarie Laberge/Québec-Amérique\t2/7 3 Les héritiers d'Enkidiev \u2022 Tome 12 Kimaati\tAnne Robiiiard/Weiian\t3/4 4 Tout ce qu'on ne te dira pas, Monge\tDany Laferrière/Mémoire d'encrier\t5/3 5 Faims\tPatrick Senécai/Aiire\t4/8 6 Petite mort à Venise\tFrancine Ruei/Fibre Expression\t6/7 7 Le cirque\tMichei David/Hurtubise\t7/5 8 Lamour au temps d'une guerre \u2022 Tome 1 1939.\tFouise Trembiay-D'Essiambre/Guy Saint-Jean\t10/10 9 1967 \u2022 Tome 3 Limpatience\tJean-Pierre Chariand/Hurtubise\t8/4 10 Quand j'étais Théodore Seaborn\tMartin Michaud/Goéiette\t9/6 Romans étrangers\t\t 1 La mariée était en bianc\tMary Hiquins Ciark j Aiafair Burke/Aibin Michei\t1/2 2 Miüénium \u2022 Tome 4 Ce qui ne me tue pas\tDavid Faqercrantz/Actes Sud\t2/16 3 Macabre retour\tKathy Reichs/Robert Faffont\t3/9 4 Famiüe parfaite\tLisa Gardner/Aibin Michei\t4/7 5 Les dieux du verdict\tMichae! Conneiiy/Caimann-Févy\t5/6 6 La fîiie du train\tPauia Hawkins/Sonatine\t6/29 7 Le iivre des Baitimnre\tJoë! Dicker/Faiiois\t7/10 8 Reviva!\tStephen Kinq/Aibin Michei\t-/I 9 La nuit de feu\tÉric-Emmanue! Schmitt/Aibin Miche!\t8/14 10 Cinquante nuances de Grey par Christian\tE.L James/Fattès\t-/I Essais québécois\t\t 1 Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces.\tBoucar Diouf/Fa Presse\t1/10 2 Treize verbes pour vivre\tMarie Faberqe/Québec-Amériuue\t2/7 3 Fogiia i'insoient\tMarc-François Bernier/Édito\t3/12 4 Fe vin snub\tJacques Orhon/Homme\t4/3 5 Fa médincratie\tAlain Deneault/Fux\t5/5 6 Létal du Québec 2016\tCollectif/Del Busse\t8/5 7 Manifeste des femmes.Pour passer de !a coiére.\tLise Payette/Québec-Amérique\t6/3 8 Je serai un territnire fier et tu dépnseras tes.\tSteve Gaqnon/Atelier 10\t-/I 9 Je veux une maison faite de sorties de secours.\tClaudia Larochelle/VLB\t7/4 10 Jackpnt.Piaisirs et misères du jeu\tDenise Bombardier/Homme\t10/2 Essais étrangers\t\t 1 Sonnez, menreiües!\tKent Nagano I Inge KIoepfer I Isabelle Gabolde/Boréal\t1/4 2 Sabie mouvant.Fragments de ma vie\tHenning Mankell/Seuil\t2/9 3 Sapiens.Une brève histoire de i'humanité\tVüval Noah Harari/Albin Michel\t3/9 4 Fettres à mes petits-enfants\tUavid Suzuki/Boréal\t5/13 5 Du bonheur.Un voyage phiiosophique\tFrédéric Fenoir/Fayard\t4/43 6 Un monde d'inégaiités.Létal du monde 2Û16\tCollectif/Découverte\t8/9 7 üe !a curiosité\tAlberto Manquel/Actes Sud\t10/3 8 La fin de i'homme rouge\tSvetlana Alexievitch/Actes Sud\t-/I 9 Baiade avec Épicure\tDaniel Klein/Michel Lafon\t6/3 10 La 6e extinction.Comment i'homme détmit iavie\tElizabeth Kolbert/Guy Saint-Jean\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019infoimation et d\u2019analyse 6dspdii sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de Bdspdn!et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Bdspdré.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite. E 10 LE DEVOIR LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 DECEMBRE 2015 CULTURE-LIVRES La Vitrine CommBni 3 ecnre l\\.COMMENT IL NE FAUT PAS ECRIRE STYLISTIQUE COMMENT IL NE EAUT PAS ECRIRE Antoine Albalat Edition abrégée, établie et annotée par Yannis Constantinidès Editions Mille et une nuits Paris, 2015,128 pages L\u2019art d\u2019écrire s\u2019enseigne-t-il?Peut-être, mais, comme «il est plus facile d\u2019éviter un défaut que d\u2019acquérir une qualité», notait l\u2019écrivain et critique Antoine Albalat en 1921, il convient d\u2019abord d\u2019enseigner ce qu\u2019il ne faut pas faire.Partisan du style classique, c\u2019est-à-dire simple et clair, Albalat rejette les «excentricités verbales» et l\u2019abus d\u2019images (les Concourt, Zola et Chateaubriand exagèrent, écrit-il).11 faut avoir l\u2019air d\u2019écrire comme on parle, tout en sachant que simplicité et naturel ne s\u2019obtiennent qu\u2019au prix d\u2019un effort soutenu.«Le talent du fabri-cateur consiste à ne pas laisser voir la fabrication », résume le critique.La Fontaine, Pascal et Maupassant excellent dans cet art.Allergique au «mauvais style psychologique», qui explique au lieu de montrer, et au «mauvais style philosophique», abstrait et abscons \u2014 pour être compréhensible, le philosophe «n\u2019a qu\u2019à remplacer ses mots techniques par ce qu\u2019ils veulent dire», suggérait judicieusement Julien Benda \u2014, Albalat offre ici une amusante et formidable leçon de stylistique, qui, même vieille de presque 100 ans, n\u2019a rien perdu de sa justesse.Louis Cornellier DECROISSANCE mcabulaire Qour un» nauvelle ere ESSAI DÉCROISSANCE Vocabulaire pour une nouvelle ère Sous la direction de Giacomo D\u2019Alisa, Erederico Demaria, Giorgos Kallis Ecosociété Montréal, 2015, 376 pages Les excommuniés de Saint-Michel-de-Bellechasse AUXVIll' SIÈCLE Les écologistes et les économistes qui préconisent la limitation de la croissance matérielle comme unique solution au dépérissement de la planète brandissent des concepts nouveaux.Ils les définissent dans un lexique auquel ont collaboré 60 spécialistes à travers le monde.Lancée en 1972 par le penseur français André Gorz, l\u2019idée de décroissance s\u2019inspire des travaux de Nicholas Georgescu-Roegen (1906-1994), pionnier américain de l\u2019économie écologique.Ses défenseurs trouveraient trop timides les réformes discutées à la conférence de Paris sur le changement climatique.«Néo-utopistes» déclarés, ils préfèrent traiter du jardinage urbain, des coopératives de biocarburants et d\u2019une civilisation sans pétrole.Ils s\u2019écrient: «Vive la décroissance conviviale! Pour la sobriété individuelle et la dépense sociale ! » Contre le productivisme aussi bien des néolibéraux que des postmarxistes, ils propagent une exigeante sagesse.Michel Lapierre ESSAI LES EXCOMMUNIÉS DE SAINT-MICHEL-DE-BELLEÇHASSE AU SIECLE Gaston Cadrin Editions GID Québec, 2015, 405 pages «La sépulture ignoble des infâmes.» C\u2019est ainsi que le poète Louis Fréchette a décrit le sort réservé aux cinq hommes et femmes inhumés sur une terre agricole de Saint-Michel-de-Bellechasse dans les années 1780.Leur crime?Avoir contesté le clergé prônant la soumission aux autorités britanniques pendant la Révolution américaine.Gaston Cadrin évoque leiu parcours dans un essai mêlant l\u2019enquête généalogique à la grande Histoire.11 rappelle qu\u2019en dépit des sermons des ciués, les habitants de la province de Québec ont majoritairement refusé de défendre le régime en place.«Inconsciemment, l\u2019enfer est préféré à la soumission et à l\u2019immoralité d\u2019aller combattre aux côtés des Anglais.» Le clergé reprendra le contrôle de ses ouailles au terme du conflit à l\u2019exception de quelques brebis égarées.Les cinq habitants de Saint-Michel sont au nombre des excommuniés.Leius cadavres reposent aujoiud\u2019hui dans la fosse des enfants non baptisés du cimetière paroissial.Pour Cadrin, le temps est venu de réhabiliter ces résistants oubliés, à une époque comme la nôtre «où les demandes d\u2019apostasie sont plus fréquentes que les excommunications».Dave Noël faites les premiers pas (514) 939-0202 www.portage.ca Pour vaincre la toxicomanie Il faut qu\u2019on parle de nos médecins Louis Cornellier .ans son numéro courant, l\u2019excellente revue Argument pose une question brûlante: «Le Québec est-il malade de ses médecins?» La profession médicale, tous le reconnaissent, est noble et exigeante.Justifie-t-elle pour autant les privilèges exorbitants accordés aujourd\u2019hui à ceux et celles qui la pratiquent?Quand on fait la queue devant la porte d\u2019une clinique, à sept heures du matin, par une température glaciale, dans le but d\u2019obtenir un rendez-vous, on se le demande.La grogne, dans ce dossier, commence à enfler.« C\u2019est une caste discrète qui a réussi à mettre les ressources de l\u2019Etat à sa disposition sous prétexte de sollicitude», accuse le philosophe Christian Saint-Germain dans L\u2019avenir du bluff québécois (Liber, 2015).Même le docteur Serge Daneault, dans son essai Un médecin se confie (La Presse, 2014), avoue éprouver «une petite gêne» devant les exigences salariales de ses confrères.Club du 1 % Il faut reconnaître que nos médecins ne se privent pas.Dans L\u2019actualité du 15 décembre 2015, on peut lire que «le salaire moyen des médecins au Québec est passé de 240 261 $ en 2009-2010 à 305 580$ en 2013-2014 ».Cela, évidemment, leur permet de faire partie du club du 1 % le plus riche.En juillet 2014, Le Devoir nous apprenait que le salaire moyen des médecins de famille était de 264 673$ pendant que celui des spécialistes s\u2019élevait à 384 129$.Pour nous dorer la pilule, certains médecins invoquent leurs frais de bqreau.La biogueuse Jeanne Émard a fait le calcul.Ces frais, bien réels, font passer les salaires à 219 200$ pour les premiers et à 356 038$ pour les seconds.«Et cela ne tient pas compte, précise-t-elle, des baisses d\u2019impôtsdont ils peuvent bénéficier en exerçant en société.» Conclusion: nos médecins s,ont très grassement payés.Émard ajoute même que, en 2010, «les médecins spécialistes, contrairement à ce qu\u2019on nous dit toujours, gagnaient plus au Québec que dans le reste du Canada et que le revenu de nos omnipraticiens n\u2019y était inférieur que de 6% ».Et alors, dira-t-on peut-être, en quoi est-ce un problème?Dans sa contribution au dossier de la revue Argument, le médecin Marc Zaffran, aussi romancier sous le pseudonyme de Martin Winckler, fournit quelques pistes de réflexion.Parce qu\u2019elles sont prestigieuses et coûteuses, les études en médecine excluent les jeunes des classes GETTY IMAGES La profession médicale, tous le reconnaissent, est noble et exigeante.Justifie-t-elle pour autant les privilèges exorbitants accordés aujourd\u2019hui à ceux et celles qui la pratiquent?défavorisées et cultivent un esprit très compétitif.«Devenir médecin, écrit-il, est une foire d\u2019empoigne, et il n\u2019est pas possible d\u2019en faire abstraction quand on apprend à soigner.» Zaffran souligne notamment que «la formation clinique, sectorisée et spécialisée, tend à diminuer l\u2019empathie des étudiants en médecine plutôt qu\u2019à l\u2019accroître ».Plus encore, continue Zaffran, «s\u2019enrichir en pratiquant la médecine est [.] problématique».La richesse, évidemment, vient avec le prestige et ce dernier s\u2019obtient en soignant ceux qui en ont, c\u2019est-à-dire les riches, qui ont pourtant moins besoin de soins que les pauvres.En guise de remède, Zaffran adhère à une proposition d\u2019André-Pierre Contandriopoulos, professeur en administration de la santé à l\u2019Université de Montréal, selon laquelle les médecins devraient être des salariés de la collectivité, payés, ni plus ni moins, comme les professeurs d\u2019université.Ainsi, nous pourrions même avoir plus de médecins, qui seraient libérés de la logique entrepreneuriale, incompatible avec la vocation humaniste de leur profession.Triomphe de la médecine Le professeur de philosophie Raphaël Arteau McNeil est d\u2019un avis semblable.Le prestige et l\u2019argent rattachés ji^KQUMENT Le Québec est-alade de ses médec au statut de médecin en ont fait «la profession la plus valorisée».Cela entraîne que les étudiants les plus forts, sur le plan scolaire, choisissent souvent cette vole, même si la vocation n\u2019y est pas.Pour eux, comme pour la société, devenir médecin est sjmonyme de réussite.Cette situation produit deux effets pervers : les étudiants poursuivent leur formation avec une attitude entrepreneuriale (il s\u2019agit moins d\u2019avoir de Eintérêt pour les études que de réussir à tout prix) et cultivent «une compréhension techniciste de la science médicale» (il s\u2019agit moins de réfléchir que d\u2019être strictement efficace).Se perd, dans cette dérive, l\u2019approche humaniste de la médecine, faite d\u2019écoute, d\u2019empathie et d\u2019accompagnement.Le problème n\u2019est pas individuel, mais systémique.Dans sa décapante pièce de théâtre Knock ou le triomphe de la médecine (1923), Jules Romains fait dire à son personnage principal que son rôle est d\u2019amener tous les individus «à l\u2019existence médicale» en leur faisant croire que «les gens bien portants sont des malades qui s\u2019ignorent».Dans la réalité, cette straté- gie de prise du pouvoir par l\u2019institution médicale a fonctionné à merveille.Alors que nos ancêtres voulaient sauver leur âme, nous misons tout sur nos corps.Nous avons ainsi, selon le docteur Alain Vadeboncoeur dans Argument, troqué une dépendance envers la religion contre une dépendance envers la médecine.Les fournisseurs de «sens médical» (Romains) en profitent en multipliant une offre de soins inutiles et ruineux (examen annuel, tests de dépistage, etc.), que nous quémandons en toxicos hypocondriaques.Pourtant, conclut Vadeboncoeur, la santé repose d\u2019abord sur de bonnes conditions de vie et sur la justice sociale.Il a raison.D\u2019ailleurs, si les médecins avaient des salaires plus raisonnables, ça laisserait plus d\u2019argent pour le reste, comme le soulignent courageusement les membres du CA de Médecins québécois pour le régime public, dans leur blogue du 11 décembre dernier.louisco@sympatico.ca REVUE ARGUMENT Vol.18, n\" 1, automne-hiver 2015-2016 Liber Montréal, 2015, 200 pages QUAND LA TOXICOMANIE LIBRAIRIE ACHAT À DOMICILE 514-914-2142 Bonheur d'occasion Librairie GALERIE ESPACE LOCATIF DISPONIBLE Fonds universitaires : \u2022\tLittérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022\tPléiade Art québécois et international Livres d'art et livres d'artiste Livres anciens avant 1800 Automatistes, Éditions Erta, Refus Global.Bel espace chaleureux pour artistes en arts visuels \u2022 Consultez notre site web pour les tarifs 2016 Salle disponible sans frais pour lancement de livre ou autre événement littéraire 1317, avenue du Mont-Royal Est, Montréal Mathieu Bertrand, Libraire \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 www.bonheurdoccasion.com un ' C'est Noel à la Librairie Monet ! TOUT CE QU'ON TE DIRA PAS, MONGO Venez rencontrer Dany Laferrière et Rodney Saint-Éloi LE DIMANCHE 20 DECEMBRE A 14 H M Librairie .Des livres et des libraires Galeries Normandie \u2022 2752, rue de Salaberry Montréal (QC) H3M 1L3 \u2022Tel.: 514-337-4083 Sortie 4 \u2022 Autoroute 15 \u2022 Vaste stationnement librairiemonet.com \u2022 monet.leslibraires.ca "]
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