Le devoir, 5 décembre 2015, Cahier I
[" CAHIER THÉMATIQUE I LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 DECEMBRE 2015 MÉTIERS Les savoip-faipe conjugues au ppésent DU QUEBEC f J Véronique Martel, Vache-Muret verte SOURCE BASMA OSAMA Objets de la table de Basma Osama SIMON LAFONTAINl S g -O O CS C/} O» Æ c-> s O O» T3 CS G CS O \"C ;-i CS M O» G ;-i G a G O» O CS uthenticité et modernité.Tradition et technologie.Si les artisans sont garants d\u2019un certain savoir-faire qui trouve sa source dans les pratiques ancestrales, ils savent aussi s\u2019adapter aux temps modernes.Portrait d\u2019une profession qui a beaucoup évolué depuis le premier Salon des métiers d\u2019art de Montréal, il y a 60 ans.IK SOURCE CMAQ Lance-pompons de Des Enfantillages Des bijoux uniques et inimitables Au Salon des métiers d\u2019art de Montréal En ligne Dans plus de 100 points de vente partout au Québec www annemanechagnon.com I 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 DECEMBRE 2015 METIERS D\u2019ART 60^ SALON DES METIERS D\u2019ART \u2022 1 V Fidele au souci du « travail bien fait » de son fondateur JÉRÔME DELGADO Le Salon des métiers d\u2019art n\u2019était, il y a soixante ans, qu\u2019un volet d\u2019un événement pensé davantage pour les papilles gustatives que pour le plaisir des yeux.C\u2019était l\u2019époque du Salon des arts culinaires, et pour la 19® édition de celui-ci, en février 1955, on avait inclus des objets d\u2019artisanat.On n\u2019en est pas resté longtemps à cette discrétion.Dés 1956, «l\u2019Exposition annuelle de l\u2019artisanat» acquérait son autonomie et se déplaçait au mois de décembre, prenant les airs de marché de Noël qu\u2019on lui connaît encore.Depuis, à Montréal, pas une année \u2014 ou presque, 1966 étant l\u2019exception \u2014 ne s\u2019est terminée sans ce rendez-vous avec les métiers d\u2019art.Il s\u2019agit certes d\u2019une fête commerciale, mais depuis la première édition, elle se caractérise, selon Luc Delavigne, le président du Conseil des métiers d\u2019art du Québec (CMAQ), par son «gage de qualité».C\u2019est cet esprit qu\u2019a poursuivi à l\u2019origine le fondateur de l\u2019aventure, l\u2019ébéniste Jean-Marie Gau-vreau.L\u2019événement peut s\u2019être appelé «exposition», «Foire artisanale» (1960), «Salon de l\u2019artisanat» (1963) ou «Salon des métiers d\u2019art» (depuis 1965), il découle de la même quête, celle de l\u2019ancien directeur de l\u2019École du meuble (1936-1957) qui souhaitait «éliminer l\u2019ama- teurisme, la main-d\u2019œuvre en série» et prônait «la créativité, le travail personnel bien fait».En 1975, les organisateurs ont introduit des «mesures pour confirmer l\u2019authenticité des pièces et de leurs matériaux de fabrication», afin de faire de ce gage de qualité quelque chose de réel.«On a établi des normes et des standards.[Le Salon de Montréal] est le seul totalement professionnel au Canada, le seul qui vérifie toutes les pièces qui seront exposées», garantit Luc Delavigne.Le céramiste de formation ne s\u2019en cache pas : le Salon est un «lieu de consommation d\u2019objets utilitaires, souvent offerts comme cadeaux de Noël».Or, assure-t-il, «il est plus qu\u2019un marché de Noël, c\u2019est un rendez-vous annuel pour les métiers d\u2019art.Beaucoup des artisans voient décembre comme l\u2019occasion de renouveler leur collection».Modernisme et nationalisme En six décennies, le Salon a gagné en raffinement, en sérieux.On n\u2019est plus dans ces années où un quotidien pouvait titrer « Les Granolas arrivent en ville » {La Presse, 5 décembre 1991).Luc Delavigne signale qu\u2019aujourd\u2019hui un artisan peut vendre «une pièce unique à 15 000$, et [un autre], des crayons».L\u2019époque dicte les mœurs, juge le président du CMAQ, et celle qui a cours brasse très large.Les premières années ont été celles de l\u2019exploration.Aux tergiversations concernant l\u2019appellation de l\u2019événement ont succédé des années d\u2019itinérance.L\u2019exposition s\u2019est tenue dans plusieurs lieux, y compris les corridors souterrains de la station de métro Berri, avant qu\u2019on arrive, en 1970, à se fixer à la Place Bonaventure.Quarante-cinq ans plus tard, le Salon peut se targuer d\u2019être le plus ancien locataire du bâtiment inauguré en 1967.L\u2019arrivée à la Place Bonaventure aura été le signe, même pour ceux qui pratiquaient des métiers traditionnels, de l\u2019entrée dans la modernité.Reflet ou pas de cette modernité, les années 1970 représentent l\u2019âge d\u2019or du Salon des métiers d\u2019art.Son succès populaire a découlé de la vague nationaliste qui a déferlé sur la société.Les gens se sont réapproprié leur culture, ont voulu consommer des produits locaux et le Salon en a bénéficié.En 1976, un mois après l\u2019élection du premier gouvernement du Parti québécois, la folie a atteint les salles d\u2019exposition.«La sécurité a décidé de fermer les portes.Il y avait trop de monde, c\u2019était devenu dangereux», commente Luc Delavigne.En six décennies, le Salon a gagné en raffinement, en sérieux.Luc Delavigne Selon la chronologie publiée en 2005 lors du 50® Salon, l\u2019édition de 1978 est celle qui aura attiré le plus de visiteurs (400 000).Signe des temps, depuis quelques années, l\u2019achalandage est deux fois moins élevé : en 2014, on l\u2019a évalué à 135 000 entrées.«Les 400 000 visiteurs des années 1970 n\u2019étaient pas 400 000 acheteurs.Il y avait beaucoup de curieux.Aujourd\u2019hui, les visiteurs sont des gens qui s\u2019y connaissent et qui reviennent d\u2019année en année», estime encore M.Delavigne.Hier, la quantité, aujourd\u2019hui, la qualité.L\u2019euphorie des années 1970 a été suivie par la morosité des années 1980.Fierté nationale en moins, fragilité économique en sus.c\u2019en était fini de la gratuité de l\u2019événement.L\u2019édition de 1988 est celle du retour de la gratuité, mais de l\u2019avis de Luc Delavigne, «chaque année, on se pose la^question du prix d\u2019entrée».A l\u2019instar de tout le milieu culturel, le CMAQ, organisme sans but lucratif, paie pour la réduction des fonds publics et survit plus qu\u2019il ne vit.Les années 1990 ont été marquées par la course à la médiatisation et l\u2019apparition des vedettes de l\u2019heure comme porte-parole.Claudine Mercier, Geneviève Rioux, Jean-Guy Moreau et même Marc Favreau se sont passé le chapeau.Côté offre, la première décennie du nouveau millénaire aura été celle de l\u2019ouverture, plus que jamais : on a inclus des artisans de l\u2019étranger, ainsi que des finissants des différentes écoles, preuve que la professionnalisation a fini par prendre le dessus sur l\u2019amateurisme.SOURCE CMAQ Depuis l\u2019époque où les métiers d\u2019art n\u2019étaient qu\u2019un volet d\u2019une fête culinaire, les choses ont passablement évolué.Au point que, si on ose dire, le Petit Poucet a avalé l\u2019ogre.Oui, en 2015, les visiteurs pourront encore déguster du chocolat, des confitures et autres sucreries du terroir, mais les produits en vente dépassent largement ceux créés en cuisine.La variété est telle qu\u2019aux métiers traditionnels, les potiers, tisserands ou forgerons de 1955, se sont rajoutés des designers, des photographes et des spécialistes venus d\u2019ailleurs, non sans apporter un brin d\u2019exotisme.L\u2019an dernier, le jury du CMAQ a dû évaluer les objets d\u2019artisans d\u2019Asie fabriqués avec de.la mie de pain.Collaborateur Le Devoir CONSEIL DES METIERS D\u2019ART DU QUEBEC Garant d\u2019un savoir-faire québécois Créé en 1989, le Conseil des métiers d\u2019art du Québec (CMAQ) est le seul organisme habilité à prendre la parole au nom des artisans d\u2019ici.Son rôle?Apporter des services à ses 1100 membres, en soutenant par exemple les programmes de formation et de perfectionnement et en leur offrant, si nécessaire, des consultations avec des avocats, faire du lobbying auprès des gouvernements afin que les enveloppes budgétaires soient augmentées, et les aider à commercialiser leurs produits en organisant notamment des événements tels que le Salon des métiers d\u2019art de Montréal, qui s\u2019ouvre la semaine prochaine à la Place Bonaventure.Entrevue avec son directeur général, Martin Thivierge.HÉLÈNE ROULOT-GANZMANN T \u2018 L/i ^ L^tut de l\u2019artiste, entrée en vigueur en 1989, rappelle M.Thivierge.Le gouvernement souhaitait qu\u2019il n\u2019y ait qu\u2019une association professionnelle pour représenter les artisans professionnels.À ce moment-là, il y avait une corporation dans la ville de Québec et une autre à Montréal.Il y a donc eu une fusion qui a donné le CMAQ.La loi est venue reconnaître le statut professionnel des artisans.C\u2019était à la demande du milieu, car ça donnait des avantages fiscaux, notamment.Le Conseil, lui, permet de structurer tout ça.» Structurer en définissant notamment des normes et standards afin que n\u2019importe qui ne puisse pas prétendre faire partie de la corporation.Selon la loi, le métier d\u2019art est «la production d\u2019œuvres originales, uniques ou en multiples exemplaires, destinées à une fonction utilitaire, décorative ou d\u2019expression et exprimées par l\u2019exercice d\u2019un métier relié à la transformation du bois, du cuir, des textiles, des métaux, des silicates ou de toute autre matière».Ainsi, pour être membre du Conseil, il faut non seulement vivre de son art ou au moins aspirer à en vivre, mais en plus être reconnu par ses pairs.«Ça vaut d\u2019ailleurs aussi pour ceux qui ne sont pas membres et qui veulent participer à nos événements, note le directeur général du Conseil.Monique Simard Que ce soit au Salon de Montréal ou à Plein Art, le salon que nous organisons à Québec, tous les artisans, d\u2019ici ou d\u2019ailleurs, qui souhaitent exposer doivent répondre aux normes et standards que nous avons établis.» Le but: préserver l\u2019image de marque de l\u2019artisanat québécois.Pour cela, le Conseil travaille également avec la relève en collaborant notamment avec la douzaine d\u2019écoles-ateliers en métiers d\u2019art que compte le Québec.Il participe à des événements dans le reste du Canada et à l\u2019étranger afin de mettre en valeur et de commercialiser les productions des artisans.Plusieurs d\u2019entre eux participeront notamment l\u2019an prochain à la Biennale du Carrousel des métiers d\u2019art et de création à Paris.«Deux boutiques ont également pignon sur rue, rue Saint-Paul à Montréal et sur la place Royale à Québec, indique Martin Thivierge.Ça donne de la visibilité aux artisans, car ce n\u2019est pas facile pour eux de faire entrer leur production dans les commerces.Nous avions aussi la galerie Créa au Marché Bonsecours, là où le Conseil a ses bureaux.Elle est fermée depuis quelques mois, mais nous sommes en train de travailler à la rouvrir.» Si les lieux de commerce \u2014 salons et boutiques \u2014 doivent s\u2019autofinancer, le Conseil reçoit une subvention de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) afin de faire fonctionner tout le reste.Comme de nombreux organismes, le CMAQ a vu son budget amputé de WJ SOURCE MARTIN THIVIERGE Le directeur général du Conseil des métiers d\u2019art du Québec, Martin Thivierge 10% cette année.Des décisions ont dû être prises, principalement dans la réduction des espaces de bureau pour l\u2019instant.Les services aux artisans ne sont donc pas touchés.Martin Thivierge s\u2019en félicite, lui qui ne tarit pas d\u2019éloges sur la créativité des métiers d\u2019art québécois.«C\u2019est reconnu, il n\u2019y a qu\u2019à aller dans d\u2019autres salons, ailleurs au Canada ou à l\u2019étranger, pour se faire dire que nos artisans sont très créatifs», affirme-t-il.Créatifs, d\u2019accord, mais parviennent-ils à tirer leur épingle du jeu sur le plan économique ?«Ce n\u2019est pas évident parce que la compétition est rude, répond-il.Ils doivent créer, d\u2019une part, et courir les événements pour se faire connaître et vendre, d\u2019autre part.Mais ce sont des gens débrouillards, ils sont énergiques, ne comptent pas leur temps.Ils ont aussi la chance d\u2019être dans l\u2019air du temps en ce moment.Il y a tout le mouvement écoresponsable et consommation locale.Ils sont en plein dedans.Ils utilisent, pour certains.La SODEC soutient l\u2019innovation «Le défi des métiers d\u2019art est paradoxal, explique Monique Simard, présidente de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), principal bailleur de fonds du CMAQ.Ils doivent à la fois maintenir une tradition et innover pour se renouveler.» Pour leur permettre notamment cela, la SODEC consacre 4 millions de dollars au secteur des métiers d\u2019art.«C\u2019est très important de soutenir ce secteur, croit-elle.Le Québec foisonne de métiers traditionnels.Ce sont des savoir-faire patrimoniaux qu\u2019il est primordial de conserver, car si nous les perdons, c\u2019est une partie de nous-mêmes que nous perdons.» La SODEC soutient également le Conseil des métiers d\u2019art du Québec dans ses efforts de commercialisation, tant du point de vue des boutiques et des salons, ici, au Québec, que lorsqu\u2019il est question de partir avec certains artisans montrer la créativité et le savoir-faire québécois dans le reste du Canada, aux États-Unis, voire parfois en Europe.«Le gros du chiffre d\u2019affaires des artisans se fait dans les salons et dans les boutiques, note-t-elle.Il est de notre devoir de leur offrir cette vitrine.En même temps, c\u2019est aussi un vrai atout pour l\u2019industrie touristique!» des matériaux de récupération, des produits écologiques; il n\u2019y a plus aucun produit chimique dans les teintures depuis des années, par exemple.Les gens sont à la recherche d\u2019authenticité et cela profite à nos artisans.» Authenticité et modernité.Tradition et technologie.Car si les artisans sont garants d\u2019un certain savoir-faire qui trouve sa source dans VOIR PAGE I 7 : SAVOIR Claire Sarrasin peintre et sculpteure Audace, passion, persévérance! Une pratique artistique ancrée au cœur de l\u2019imaginaire dans le pouvoir de l\u2019invention.Metamorphose d Icare METRO PARC MONTREAL Prix Reconnaissance de la Culture MRC DE MARGUERITE D YOUVILLE Présente au Salon des métiers d\u2019art du Québec pendant de nombreuses années, Claire Sarrasin poursuit, avec ses sculptures en acrylique, une fructueuse carrière de création.Vaisseau fantôme www.clairesarrasin.qc.ca c.sarrasin @sympatico.ca PIECES UNIQUES FAITES A LA MAIN de canadienne des métiers d\u2019art -B, rue Sherbrooke Ouest bntréal (Québec) H3G1K4 T 514 849 6091 R ^ BIENTÔT 110 ANS D\u2019EXCELLENCE JOYEUSES FETES ! _LE DÉCOMPTE EST COMMENCÉ IDÉES-CADEAUX originales AU CENTRE-VILLE DE MONTRÉAL SCULPTURE GRAVURES JOAILLERIE ART DE LA TABLE mlirêrscfârt Vases M CHARTRAND Bracelet et pendentif S PERLEY DUTCHER Vases J WILSON LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 DECEMBRE 2015 I 3 METIERS D\u2019ART Des artisans de réputation internationale On les connaît, on les aime et on n\u2019est pas les seuls ! Les noms de France Goneau, Roland Dubuc et Mariouche Gagné circulent tant au Japon, à New York qu\u2019à Milan, où jamais ils ne passent inaperçus.Trois visions et trois parcours pour cette petite tournée internationale de nos artistes-artisans d\u2019ici.MARIE-HÉLÈNE ALARIE Je veux toujours voir ce qui est le plus fort, le plus intéressant, le plus bouleversant, le plus ébranlant et c'est pourquoi j'ai voulu aller au Japon», lance passionnément France Goneau, cette artiste qui a fait des études de céramique au cégep du Vieux-Montréal, puis un bac en design de renvironnement et un autre en arts visuels à TUQAM.En 2010, France Goneau s\u2019installe au Japon pour une première fois dans le cadre d\u2019un programme de résidence au Shigaraki Ceramic Cultural Park: «C'est là ou j'ai réussi à intégrer quelque chose de très personnel à ma production.» Depuis le début des années 2000, la céramiste avait exploré «le monde du carreau», comme elle l\u2019appelle.Pour créer ces aplats, l\u2019artiste a fait de longues recherches et de nombreux essais.Puis, un jour, elle a senti qu\u2019elle avait fait le tour du jardin, et la 3D s\u2019est imposée.Travailler la céramique directement avec ses mains, sans tour et presque sans outils, c\u2019est ce que France Goneau voulait faire.Avec des grands-mères couturières et un arrière-grand-père tailleur, elle a appris très jeune à manier l\u2019aiguille et, toute petite, elle fabriquait des vêtements à ses poupées.« Quand je suis partie au Japon, j'avais l'idée d'intégrer les fascinants papiers japonais à mes pièces.Finalement, je suis tombée dans les tissus et j'ai trouvé ça tout aussi excitant.» Tout de suite après la période japonaise, les pièces de France Goneau s\u2019exposent un peu partout en Amérique : «Au retour, j'ai préparé des pièces pour The Artist Project de Toronto, qui est une espèce de foire d'art contemporain.» En faisant voir ainsi son travail, France Goneau a pu être découverte par des collectionneurs et des galeristes: «Ça m'a ouvert les portes d'une galerie de New York et ça m'a amenée à rencontrer Barbara Silverberg de la galerie Option Art, qui a exposé mon travail aux salons SOFA de New York et de Chicago.» Et voilà comment une carrière prend son envol, et aujourd\u2019hui, cela se traduit par une présence quasi annuelle à l\u2019étranger.France Goneau cisèle finement la céramique, elle en fait de véritables sculptures.Ses pièces, parfois organiques et parfois minérales, rappellent les coquillages, les fragments d\u2019os ou le métal tordu.En toile de fond, des tissus japonais tout en transparence ou encore des rubans qui s\u2019entortillent, se nouent et s\u2019emmêlent à des pièces de céramique comme autant d\u2019artéfacts.Origami de métal C\u2019est par hasard que Roland Dubuc deviendra joaillier : «Moi qui voulais devenir sculpteur, j'ai commencé comme apprenti dans l'industrie de la joaillerie tout de suite après avoir terminé un DEC en arts plastiques et j'y suis resté pendant 18 ans sans jamais créer mes propres bijoux.» Il se reprendra quelques années plus tard en découvrant que c\u2019est facile pour lui de façonner des bijoux.Il s\u2019amuse, avec des retailles de métal, à faire de petites sculptures qui vite prennent la forme de boucles d\u2019oreilles, de colliers ou de bracelets.«J'ai MARTIN TREMBLAY SOURCE ROLAND DUBUC La céramiste France Goneau Le joaillier Roland Dubuc monté une petite collection, je me suis présenté au Salon des métiers d'art et j'ai remporté le prix de la relève!» On est en 1993, et cinq ans plus tard, au même salon, Roland Dubuc remporte cette fois le prix Jean-Marie-Gauvreau, une des plus hautes distinctions en métiers d\u2019art qui est décernée pour l\u2019ensemble de l\u2019œuvre.Aujourd\u2019hui, l\u2019artiste est propriétaire d\u2019un atelier en compagnie de sa conjointe Carole Leblanc, qui assure tout le travail d\u2019organisation et d\u2019administration.« Un partenariat qui, depuis des années, contribue à ma réussite.» Roland Dubuc se l\u2019explique mal et il ne sait pas trop comment la chance a pu lui sourire ainsi, mais un jour, «j'ai reçu un courriel m'invitant à exposer à la galerie Aaron Faber sur la 5e Avenue à New York!» Encore aujourd\u2019hui, le joaillier se pince et croit que c\u2019est peut-être un client qui est à l\u2019origine de tout ça.L\u2019expérience a commencé tout doucement avec Tenvoi de quelques pièces chaque année.Mais un jour, la galerie en a voulu un peu plus, et depuis deux ou trois ans, les bijoux de Roland Dubuc sont exposés de façon permanente dans une des plus grandes galeries du genre à New York, où la clientèle est internationale.Si la manière dont il est arrivé dans cette galerie demeure un mystère pour l\u2019artiste, le fait d\u2019y rester, lui, s\u2019explique facilement: la production de Roland Dubuc est unique.Tous ses bijoux sont taillés d\u2019une seule pièce.Il donne du mouvement à un matériau rigide, entre ses doigts le métal semble aussi facile à tailler et à plier que du papier.La traite de fourrure.recyclée Elle a redonné le goût de la fourrure, mais pas n\u2019importe laquelle, la fourrure recyclée.Mariouche Gagné signe ses premières pièces sous sa marque Harricana en 1994.Après avoir déniché son premier client, Simons Québec, la marque, de plus en plus renommée, s\u2019exporte vers l\u2019Europe en 2000.Et pour la petite histoire, en 2007, on estimait que depuis 1994 plus de 50 000 manteaux avaient été recyclés en créations uniques, signées et numérotées, ce qui équivaut à près de 400 tonnes métriques de fourrures ainsi récupérées, soit près d\u2019un demi-mil-lion de bêtes épargnées.C\u2019est toutefois en 1990 que tout commence : à La designer Mariouche Gagné 19 ans, on retrouve Mariouche à Paris, où elle fait un stage de styliste au grand magasin Le Printemps Haussmann.C\u2019est le prix que la jeune designer a remporté au concours Jeunes créateurs de mode à Paris organisé par la Maison Cartier et Air France avec un manteau blanc, inspiré de Tours polaire, doublé d\u2019une légende inuite.C\u2019est ainsi qu\u2019elle attrape la piqûre.«J'ai pris goût à vivre en Europe, aux métiers de la mode, aux choses bien faites et bien fignolées», lance la designer, qui se rappelle que, à son retour à Montréal après quatre mois passés à Paris, elle n\u2019avait qu\u2019une envie : repartir en Europe.Elle prend le temps de terminer ses études au Collège LaSalle et s\u2019envole pour Milan où, grâce à son portfolio et à son audace extraordinaire, elle obtient de faire sa maîtrise à la Domus Academy.De fil en aiguille et de bourses en concours, Mariouche revient à Montréal avec son diplôme en main, mais pas un sou dans son portefeuille.Comme elle n\u2019a pas froid aux yeux, la designer raconte: «J'ai SOURCE MARIOUCHE GAGNE demandé à toute ma famille de me donner ses vieux manteaux de fourrure et c'est donc elle qui a financé mes premiers manteaux, avec lesquels j'ai pu monter ma première collection, et Harricana naissait.C'était il y a 21 ans.» De 2000 à 2010, Harricana exporte énormément, les ventes à l\u2019étranger constituent 50% du chiffre d\u2019affaires.Aujourd\u2019hui, le commerce de détail ne fonctionne plus comme avant.La conjoncture économique qui défavorise les boutiques ayant pignon sur rue avantage grandement les artisans avec leurs produits uniques.Ce sont aux ventes sur le Net que la designer consacre dorénavant ses énergies.Mais il n\u2019est pas dit qu\u2019on ne retrouvera pas Maripuche Gagné quelque part en Europe ou aux Etats-Unis dans une boutique éphémère, parce que dès que la neige se met à tomber, c\u2019est de Tor pour Harricana.Collaboratrice Le Devoir VIS TA DEVIENS ART r T DEC TECHNIQUES DE METIERS D\u2019ART CONSTRUCTION TEXTILE SCULPTURE ÉBÉNISTERIE ARTISANALE CÉRAMIQUE JOAILLERIE LUTHERIE violon-guitare t PORTES OUVERTES 27 janvier, 18 h à 21 h O Cégep UmoÊÊou cegeplimoilou.ca MOULURESDEPLATRE.COM 514-947-8243 RESTAURATION \u2022 CREATION \u2022 CONSEILS EN CONSERVATION ECOLE DE JOAIEEERIE DE MONTREAL FORMAT ON COLLEG ALE TECHN QUES DE BASE EN JOA LIER E SERT SSAGE DES GN DE B JOUX ART LAP DA RE L Ecole de joaillerie de Montreal est un arganisme a but nan lucratif au trais pragrammes de farmatian sent afferts Avec ses 40 ans d histaire et plus de 50 enseignants I apprentissage de la jaaillene se fait dans un envirannement dynamique au coeur du centre ville de Montreal y ¦n Paur plus d infarmatian sur nas pragrammes ecoledejoaillerie.com | T 514 2ôl 9922\tQuébecH® I 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 DECEMBRE 2015 METIERS D\u2019ART Trois jeunes créateurs qui se moquent des étiquettes Ils se définissent tout à la fois comme artistes, artisans, créateurs, entrepreneurs ou designers.Et même s\u2019ils sont conscients que certains préjugés perdurent dans l\u2019esprit du public, l\u2019univers des métiers d\u2019art signifie pour eux celui de l\u2019exigence, de la patience, de la recherche et des grandes ambitions.Trois créateurs aux techniques et aux aspirations différentes partagent leur fougue, et leur désir d\u2019accomplissement.ANDRÉ LAVOIE Si tous les chemins mènent à Rome, il en va de même pour ceux conduisant aux métiers d\u2019art.Les parcours sont aussi variés que les acteurs du milieu, et leur production reflète autant leur personnalité, leur maîtrise des divers matériaux, que leur profil universitaire.Et s\u2019il faut passer par la sociologie, la foresterie, ou un retour au cégep après un cheminement à l\u2019université, qu\u2019à cela ne tienne ! Mathieu Gnocchini était loin de se douter que sa maîtrise en hydrologie forestière le conduirait vers la.maroquinerie.Et tant qu\u2019à déjouer un destin d\u2019ingénieur, ce créateur originaire des Cantons-de-l\u2019Est a choisi de s\u2019établir à Amos en Abitibi, tout près de la rivière Harricana, remodelant une ferme en un atelier spacieux et lumineux où il dirige une petite équipe composée d\u2019une couturière en chef et d\u2019une assistante.Envie de voyages, nécessité d\u2019être son propre patron, soif de célébrer autrement les beautés de la forêt, Mathieu Gnocchini a fondé Noc Design en 2001 tout en poursuivant ses études universitaires, mais le choix fut limpide après l\u2019obtention de son diplôme.«L\u2019amour des arbres, c\u2019est le fil conducteur de ma vie,^ souligne l\u2019entrepreneur, qui revendique fièrement son parcours d\u2019autodidacte.J\u2019ai débuté avec des cartables en bois, ensuite des porte-documents, et maintenant des sacs à main.Cet objet permet de montrer la beauté du grain du bois dans un monde où le béton et l\u2019acier prennent trop de place.Le bois amène à la fois un aspect de réconfort et de calme.» Soucieux de la qualité des matériaux qui composent ses objets {«Mes glissières viennent du Japon, et mon cuir de la Nouvelle-Zélande»), il admet passer beaucoup de temps à élaborer de nouveaux produits, conscient que la création, «c\u2019est là où ça coûte cher, mais c\u2019est le nerf de la guerre».Un même souci de singularité anime la céramiste Véronique Martel, diplômée en techniques de métiers d\u2019art du cégep de Limoilou après l\u2019obtention d\u2019un baccalauréat en arts visuels de l\u2019Université Laval.Il ne s\u2019agissait pas d\u2019un retour en arrière, mais d\u2019un désir d\u2019obtenir plus de compétences pour fabriquer des pièces utilitaires, bref, une corde de plus à son arc.Elle offre maintenant son talent à divers restaurants de la Vieille-Capitale, pour des cassoles et des terrines, ou encore à des personnes s\u2019apprêtant à effectuer leur dernier voyage.Au début de sa carrière, en 2007, faire des bols était loin de la combler.«Je me demandais quel impact je pouvais avoir chez les autres, quelle était mon utilité, se remémore Véronique Martel.Mes premières urnes funéraires se sont vendues très rapidement, et fai eu la chance de rencontrer les gens qui les ont achetées, des moments émouvants et marquants.» Comme chaque personne est unique, il fallait que chaque urne le soit aussi.Véronique Martel aime bien se définir à la fois comme artiste et comme céramiste, sachant que l\u2019argile est «un matériau complexe, vivant, qui demande des connaissances spécifiques», tandis que son amour des arts visuels la pousse à s\u2019exprimer sans contraintes à travers ses œuvres, notamment ses sculptures.Dans un esprit ludique, elle a d\u2019ailleurs enfre-pris une série sur le thème des.vaches.A la suite d\u2019un voyage au Pérou «où les vaches sont omniprésentes», pays empreint de couleurs vives, elle propose des œuvres qui mélangent MARIE ANDREE GILBERT Le tour de potier de Véronique Martel SOURCE MATHIEU GNOCCHINI Les croquis de Mathieu Gnocchini bois, métal et argile, et que les spectateurs peuvent aisément s\u2019approprier.A l\u2019opposé, Basma Osama poursuit une quête de simplicité et de dépouillement.C\u2019est lors de ses études de maîtrise en sociologie qu\u2019elle s\u2019est inscrite à un cours de céramique.«A partir de là, ce fut une évidence que l\u2019argile allait prendre une place très importante dans ma vie», souligne celle qui a aussi effectué un retour au cégep, celui du Vieux-Montréal, en métiers d\u2019art après l\u2019obtention de sa maîtrise.Depuis la fondation de son atelier de création et de conception d\u2019objets en porcelaine en 2006, Cé-ramik B, la céramiste ne disperse pas ses énergies, et surtout pas «dans les définitions et les étiquettes».«Je fais ce qui me semble nécessaire, précise Basma Osama.Artisane, artiste, designer: ça me va.mais c\u2019est surtout le reflet d\u2019un SOURCE BASMA OSAMA Détail de l\u2019œuvre Amulette N 2 de Basma Osama besoin chez les gens de me classer quelque part.Moi, je me sens très libre de tout ça.» Cette liberté, elle l\u2019exprime dans une démarche qui témoigne de l\u2019importance du geste, et de sa répétition.«Les gens ont l\u2019impression que c\u2019est ennuyant, mais c\u2019est essentiel pour le métier et pour l\u2019épanouissement.Dans la répétition, il y a un aspect méditatif, et on peut pousser la créativité encore plus loin; tous les grands potiers, dont les japonais, en parlent.» Et comme si elle s\u2019exprimait au nom de tous ses camarades que certains qualifient éé«émergents», Basma Osama résume bien leur ambition la plus profonde : «Je ne fais pas ça parce que c\u2019est beau, je fais ça parce que ça me représente.» Collaborateur Le Devoir Passées maîtres de leur art Ces deux femmes ont comme occupation professionnelle un métier d\u2019art et ont acquis au fil des ans le statut de maîtres artisans.L\u2019une, Chantal Gilbert, a choisi la joaillerie d\u2019art, l\u2019autre, Lorraine Choquet, la reliure d\u2019art.Portraits.PIERRE VALLÉE AU départ, Chantal Gilbert lorgnait du côté du théâtre.Mais un voyage au Mexique et en Amérique latine à la fin de l\u2019adolescence Ta fait dévier de cette voie.«J\u2019ai rencontré un joaillier péruvien qui m\u2019a prise comme assistante.C\u2019est là que j\u2019ai vu que favais un certain talent pour ce métier.» De retour au Québec, elle s\u2019inscrit à une école de joaillerie et, une fois diplômée, elle ouvre son atelier de joaillerie.«Il y a deux choses que f aimais de ce métier d\u2019art.La première, c\u2019était la transformation des métaux, à cette époque l\u2019or et l\u2019argent.Ensuite, un métier d\u2019art me permettait d\u2019être une travailleuse autonome, ce qui correspondait à mon tempérament.» Dialogue avec la matière Chantal Gilbert s\u2019est rapidement distinguée dans le milieu de la joaillerie d\u2019art par son approche.«Le bijou, en tant que pièce décorative servant à habiller une personne, ne m\u2019a jamais vraiment intéressée.C\u2019était plutôt la thématique et la symbolique du bijou qui me fascinaient.Je me suis donc dirigée vers la joaillerie d\u2019art de pièces uniques destinées aux expositions et aux galeries d\u2019art.» Au fil des ans, ses pièces prennent du volume et son approche, qu\u2019elle qualifie de dialogue avec la matière, s\u2019apparente de plus en plus à celle de la sculpture.Et comme Chantal Gilbert n\u2019aime pas se répéter, elle décide ensuite d\u2019ouvrir ses horizons en s\u2019intéressant davantage à l\u2019orfèvrerie.C\u2019est à cette époque qu\u2019elle décide de créer une série de coupe-papiers sculpturaux.Un maître coutelier qui a vu ses coupe-papiers lui suggère la coutellerie, et la voilà en train d\u2019apprendre un nouveau métier d\u2019art.Les pièces qu\u2019elle produira par la suite seront essentiellement des couteaux d\u2019art.Elle est d\u2019ailleurs la seule femme coutelière au Canada.«Lorsque je conçois un couteau d\u2019art, f essaie de m\u2019éloigner de l\u2019objet fondamental et de m\u2019approcher de la sculpture, mais sans toutefois négliger l\u2019aspect métier d\u2019art associé à la coutellerie.La ligne qui sous-tend mon travail, c\u2019est la lame.» Elle pousse la réflexion plus loin avec une maîtrise en arts visuels dont le mémoire porte sur la symbolique du couteau dans la société humaine.«Comment le couteau, au départ un outil et un objet utilitaire, a pris d\u2019autres sens?» C\u2019est cette réflexion qui nourrit son travail de création.Les couteaux d\u2019art qu\u2019elle conçoit, des- Chantal Gilbert tinés à une clientèle internationale, marient les trois techniques qu\u2019elle maîtrise.Elle travaille tous les métaux, Tacier bien sûr, mais aussi le bronze et même des matières nobles, comme l\u2019ivoire.Des livres sculptures Après des études universitaires en histoire.Lorraine Choquet ne sait pas trop où elle veut s\u2019orienter.«J\u2019étais prise dans un dilemme.Je ne savais pas si je devais mettre en avant le côté intellectuel de ma personnalité ou bien le côté manuel.» C\u2019est un reportage à la télévision qui lui permettra de trancher ce dilemme ou, en réalité, de ne pas avoir à le trancher.« C\u2019était un reportage sur la reliure.Je ne connaissais rien de la reliure, si ce n\u2019était d\u2019avoir vu de belles reliures au musée.Mais le reportage n\u2019était pas fini que je savais que c\u2019était le métier que je voulais exercer.» C\u2019est que ce métier lui permettait de réunir ses deux passions.«J\u2019ai toujours aimé le cuir.Je me souviens d\u2019avoir utilisé mes économies de mon premier travail d\u2019été pour m\u2019acheter un manteau de cuir.» Sa seconde passion, ce sont les livres.«Le métier de relieur faisait donc appel à la fois à mon côté manuel et, en raison des livres, à mon côté intellectuel.» Comme la reliure ne s\u2019enseigne pas à l\u2019école, elle apprend le métier auprès d\u2019un maître arti- san.Et elle ouvre aussitôt son premier atelier.«Ce que f apprenais auprès du maître artisan, je l\u2019appliquais aussitôt dans mon atelier avec mes propres livres, dont je défaisais la reliure pour en faire une nouvelle.» Ses premiers clients sont des collectionneurs de livres qui se présentent à elle afin d\u2019obtenir une belle reliure pour des livres auxquels ils tiennent.Mais Lorraine Choquet se rend compte que cette clientèle ne sera pas suffisante pour lui assurer un gagne-pain.Elle crée donc de nouveaux objets qui sont des livres d\u2019écriture, soit des livres fonctionnels, dans lesquels on peut écrire, mais avec de belles reliures.«Les techniques de reliure sont les mêmes depuis longtemps.Mais c\u2019est dans la couvrure, soit la couverture du livre, et le décor, soit la façon dont on enjolive la couvrure, que l\u2019on peut s\u2019exprimer sur le plan créatif » Et comme elle enseigne aussi la gainerie, soit Tart de recouvrir de cuir les objets, elle développe également une série d\u2019étuis et d\u2019écrins de tailles et de formes diverses.Elle travaille tous les cuirs, mais elle a une nette préférence pour le cuir de buffle d\u2019eau qu\u2019elle achète auprès de tanneurs européens.«Ces tanneurs m\u2019offrent une belle gamme de coloris.Le buffle fournit un cuir souple et durable, avec une texture très agréable.C\u2019est un cuir très sensuel, à la fois au toucher et à la vue.» Aujourd\u2019hui, Lorraine Cho- La relieuse Lorraine Choquet quet travaille sur ce qu\u2019elle nomme des livres sculptures.«Ce sont des pièces plus grosses aux formes variées qui peuvent servir de sculptures.Mais elles demeurent fonction- SOURCE LORRAINE CHOQUET nelles puisqu\u2019on y trouve toujours un livre dans lequel on peut écrire.» Collaborateur Le Devoir GALERIE NOEL GUYOMARC*H BIJOUX ET OBJETS CONTEMPORAINS PROMOTION ET DIFFUSION DE CREATEURS D\u2019ICI ET D\u2019AI FLEURS DEPUIS 1996 4836 BOUL ST LAURENT | MONTREAL QC h2t 1r5 CANADA | + 1 514 840 9362 | G ALER I E N 0 E L G U Y0MA RCH COM LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 DECEMBRE 2015 I 5 METIERS D\u2019ART Les artisans du bâtiment en quête de reconnaissance REGINALD HARVEY Les artisans des métiers d\u2019art liés à l\u2019architecture et au bâtiment étaient en quête d\u2019une reconnaissance professionnelle depuis le début des années 1990; ils ont maintenant intégré en grand nombre les rangs d\u2019un réseau professionnel.Ces gens s\u2019appliquent notamment à protéger et à valoriser le jeune et riche patrimoine bâti du Québec.L\u2019un de ceux-ci, Pascal Perron, s\u2019emploie présentement à la tâche colossale de restaurer le clocher du nouveau CHUM.France Girard, ébéniste et chargée de projet pour les métiers d\u2019art liés à l\u2019architecture et au bâtiment auprès du Conseil des métiers d\u2019art du Québec (CMAQ), s\u2019est vu confier le mandat de réaliser ce regroupement d\u2019artisans dont la liste officielle se déroule comme suit: charpentier traditionnel, menuisier d\u2019art, sculpteur (bois, métal, pierre, plâtre), ébéniste, couvreur traditionnel, ornemaniste, mosaïste, doreur, peintre-décorateur, maçon traditionnel, plâtrier traditionnel, ferronnier d\u2019art, mé-tallier d\u2019art, tailleur de pierre, artiste verrier et vitrailliste.Elle dégage leur caractère distinctif: «Ce sont des gens des métiers d\u2019art qui produisent souvent des objets et qui vont aussi, au fil des années, se spécialiser davantage sur le plan architectural du point de vue de la création ou de la restauration.» Après quoi, elle fait état France Girard du processus suivi, depuis 2011, pour les joindre et les doter d\u2019un statut: «On m\u2019a embauchée pour trouver les gens qui se livrent à ce type de pratiques et surtout pour les faire reconnaître en adaptant les normes et standards des métiers d\u2019art.» Ils sont aujourd\u2019hui environ 150 à être devenus membres du CMAQ et à profiter de cette reconnaissance : «Leur production est donc évaluée selon les quatre critères de la loi régissant ces métiers.» L\u2019apprentissage sur le tas Pascal Perron fait partie de la confrérie des artisans dont les compétences sont aujourd\u2019hui officiellement reconnues; l\u2019entreprise de ce couvreur ferblantier traditionnel ou artisan multiplie les interventions sur des bâtiments publics ou privés sous la raison sociale «Perron et fils, la force de l\u2019art», depuis 1986.11 dirige actuellement les travaux de réfection du clocher du CHUM et de sa structure (église Saint-Sauveur).A l\u2019origine, l\u2019entreprise était de nature familiale, mais il en dirige seul les activités de nos jours.Monsieur Perron, comment apprend-on un métier tel que le vôtre ?« C\u2019est là le gros problème qu\u2019on a.Le seul endroit où il est possible d\u2019obtenir une formation adéquate, c\u2019est auprès des Compagnons couvreurs du devoir, en Europe, lesquels existent depuis des centaines et des centaines d\u2019années.Là-bas, une formation s\u2019étend sur six ans, alors qu\u2019ici on montre quelque peu en quoi consiste le métier durant un bloc de quelques heures; personnellement, fai appris mon métier par moi-même.» Dans la foulée, il assure que les artisans détenteurs d\u2019un statut professionnel sont présentement en mesure d\u2019intervenir avec plus de souplesse et d\u2019efficacité sur le patrimoine bâti, même si des zones grises demeurent en fonction des règles qui régissent le secteur de la construction.11 en veut pour exemple les travaux qu\u2019il dirige en ce moment au centre-ville: «On m\u2019a appelé à peu près à la même date l\u2019an dernier pour savoir si fêtais capable de faire un clocher d\u2019église hors chantier.J\u2019ai répondu: \u201cOui, il n\u2019y a pas de problème, car c\u2019est ma spécialité.\u201d En raison des exigences sur le plan des cartes de compétence et de diverses contraintes bureaucratiques, j\u2019ai développé depuis des années une technique de travail qui me sert à fabriquer toutes les pièces ornementales, dont un clocher d\u2019église, en usine.» Une fois reconnu comme artisan professionnel, Pascal Perron fait valoir quelles sont maintenant ses prérogatives d\u2019intervention sur le patrimoine bâti, malgré les irritants qui persistent: «En me présentant comme tel, je peux chapeauter, à ce stade-ci du projet de clocher, les gars qui sont là sur le chantier et qui détiennent des cartes de compétence de la construction; je leur donne les directives pour installer tout ce qui a été préparé en usine et sur ce qu\u2019ils doivent faire; je suis en quelque sorte le chef d\u2019orchestre Toute l\u2019équipe de Pascal Perron s\u2019affaire à la restauration du clocher du CHUM.JONATHAN ST-GERMAIN qui dirige tout le monde.» 11 en va de même pour l\u2019ébéniste et pour la vitrailliste auxquels il a eu recours dans le cadre du même contrat de restauration de l\u2019église.La nécessité de formation des jeunes Entrepreneur et artisan, M.Perron se montre confiant dans un avenir qui repose entre les mains d\u2019une relève prometteuse : « C\u2019est un projet, celui du CHUM, qui me donne l\u2019occasion de montrer qu\u2019on a au Québec un patrimoine extraordinaire à restaurer et qu\u2019on a aussi pour le faire des jeunes qu\u2019on ne connaît pas et qui ont un talent exceptionnel.» 11 salue leur travail : «Je suis âgé de 46 ans et le ferblantier avec lequel je travaille depuis plus de 20 ans a 53 ans : le développement et la conception du clocher ont été réalisés par nous deux, mais tout le pliage et tout l\u2019assemblage des divers éléments ont été le fruit du travail de deux jeunes qui sont âgés de 25 ans.» 11 compte dans son entourage un artisan ébéniste d\u2019expérience, et tous poursuivent le même but: «Lui aussi veut former la relève.Notre objectif en est un de formation de celle-ci et c\u2019est pourquoi on a une jeune équipe; la seule façon, à l\u2019heure actuelle, de pouvoir s\u2019assurer d\u2019une telle relève au Québec, c\u2019est de la former nous-mêmes; on en est conscients et c\u2019est ce qu\u2019on essaie de faire.» Collaborateur Le Devoir ARTISANS AU QUEBEC Un apport économique réel mais difficile à chiffrer Le Conseil des métiers d\u2019art du Québec (CMAQ) évalue qu\u2019on trouve entre 3000 et 3500 artisans professionnels dans la province.Ils habitent dans toutes les régions, où ils participent à l\u2019économie locale et attirent des touristes.Plusieurs sont aussi présents dans des salons locaux, ou prennent la direction de Québec chaque année pour Plein Art, ou de Montréal pour le Salon des métiers d\u2019art.Peu de chiffres existent sur ce secteur, mais visiblement, particulièrement dans l\u2019événement de la métropole, il s\u2019y brasse de grosses affaires.MARTINE LETARTE Lorsqu\u2019elle a su qu\u2019elle allait participer au Salon des métiers d\u2019arfi Catherine-A.Lalonde, fondatrice de l\u2019Atelier 4920 qui est spécialisé dans le tricot géanfi s\u2019est mise à tricoter sans arrêt.Pour répondre à ses commandes sur le Web, bien sûr, mais aussi pour se bâtir un stock.Elle a maintenant quelques caisses de cache-cou, de tuques, de foulards et de petites couvertures pour prendre la direction du Salon.«Des exposants habitués m\u2019ont dit qu\u2019on se fait dévaliser, raconte la créatrice et maman de quatre enfants, qui a ouvert son atelier en juin.Je ne sais pas si j\u2019aurai suffisamment de produits, mais je tricoterai aussi tout le long du Salon dans le volet démonstration pour produire des pièces sur demande.Puis je prendrai des commandes.» Le Salon des métiers d\u2019art de Montréal représente environ 12 millions de dollars de ventes d\u2019après les sondages réalisés auprès des exposants.Cette année, on y trouvera environ 450 artisans, un record depuis 2004.«L\u2019an dernier, on avait 14 régions de représentées parmi les artisans; ce n\u2019est pas un salon montréalais, c\u2019est un salon national», affirme Martin Thivierge, directeur général du CMAQ.Eormée dans plusieurs écoles, la relève sera de la partie, avec une centaine de nouveaux exposants.Qn y retrouve aussi plusieurs habitués.Le joaillier Jules Perrier, doyen du Salon, n\u2019a d\u2019ailleurs jamais manqué une année.11 a aussi participé aux 35 Plein Art Québec, un événement qui tourne maintenant autour de six ou sept millions de dollars de chiffres d\u2019affaires.Les grands salons demandent aux artisans énormément d\u2019investissement en argent, en temps et en énergie.Par exemple, pour avoir son stand au Salon des métiers d\u2019art de Mont- réal, il faut s\u2019attendre à débourser entre 5000 et 10 000$, évalue le CMAQ.En retour, ces événements permettent de se faire connaître, ou de rejoindre un public différent.11 passe environ 170 000 visiteurs au Salon des métiers d\u2019art de Montréal.Après une présence à l\u2019événement, certaines entreprises prennent énormément d\u2019expansion.C\u2019est le cas de Sous une feuille de chou, qui propose des collections de doudous, de débarbouil-lettes et d\u2019autres accessoires pour bébés.Au début des années 2000, l\u2019entreprise était en fait composée d\u2019une personne, Evelyne Lesieur.Sa première participation au Salon des métiers d\u2019art de Montréal, il y a 11 ans, lui a servi de tremplin.«J\u2019avais fait d\u2019autres petits salons avant, mais celui de Montréal m\u2019a vraiment permis de me faire connaître, et d\u2019ailleurs, je revois les mêmes clients d\u2019année en année», raconte Eveljme Lesieur.Maintenant, pour répondre à la demande, elle peut compter sur six employés.Le Salon des métiers d\u2019art continue de représenter une part importante de son chiffre d\u2019affaires, mais la notoriété qu\u2019elle y a acquise lui permet maintenant d\u2019avoir des commandes à l\u2019année.Les régions sont souvent très bien représentées dans les métiers d\u2019art au Québec.«Contrairement à d\u2019autres secteurs de l\u2019économie, on n\u2019a pas besoin d\u2019être dans un grand centre pour être artisan, et d\u2019ailleurs, les artisans participent beaucoup à l\u2019économie locale», indique Martin Thivierge.Ils vendent leurs œuvres, bien sûr, mais ils jouent aussi un rôle important d\u2019attraction touristique.« Visiter l\u2019artisan dans son atelier, c\u2019est intéressant, alors les associations touristiques les mettent souvent en valeur en les intégrant dans un circuit, par exemple», explique M.Thivierge.Qn trouve aussi des salons dans de nom- fl SOURCE CATHERINE-A.LALONDE Catherine-A.Lalonde, fondatrice d\u2019Atelier 4920, tricote avec des aiguilles de 48 pouces de long.breuses régions, au Saguenay-Lac-Saint-Jean par exemple, de même que dans le Bas-Saint-Laurent.«La clientèle est locale, mais très fidèle et elle paye pour assister à ces salons, alors cela répond clairement à un besoin», affirme M.Thivierge.Qn commence d\u2019ailleurs depuis environ 10 ans à ouvrir des boutiques un peu partout au Québec de façon à rendre les produits d\u2019artisans locaux plus accessibles à l\u2019année.Expérience métiers d\u2019art (EMA), à Trois-Rivières, présente par exemple des créations de plus de 30 artisans professionnels de la Mauricie et du Centre-du-Québec.Ce beu a été créé par le Regroupement des métiers d\u2019art de la Mauricie.A Sherbrooke, on trouve également la Boutique des métiers d\u2019art de la Corporation des métiers d\u2019art du Québec en Estrie.Le CMAQ exploite pour sa part une boutique à la place Royale, à Québec, une autre sur la rue Saint-Paul Quest, à Montréal, de même que la galerie CREA qui présente des pièces uniques contemporaines.L\u2019activité économique liée aux métiers d\u2019art au Québec est réelle, mais personne ne peut la chiffrer pour le moment.«Les seuls chiffres qu\u2019on a, ce sont ceux de la SO-DEC, où des artisans peuvent déposer des demandes de subventions pour le développement et l\u2019équipement de leur atelier, ou pour leur mise en marché, indique M.Thivierge.On parle de 3000 à 3500 artisans qui ont un chiffre d\u2019affaires annuel total d\u2019environ 300 millions de dollars.Ces données touchent seulement les artisans qui ont demandé une subvention et elles datent aussi de quelques années, alors que, récemment, il s\u2019est développé plusieurs événements dans le domaine des métiers d\u2019art, comme des magasins éphémères.» Le CMAQ tente d\u2019intéresser des chercheurs universitaires à cette activité économique pour arriver à produire des données fiables et complètes sur les métiers d\u2019art.Collaboratrice Le Devoir caissede laculture Fière partenaire des métiers d'art Siège social 215, rue Saint-Jacques Ouest, bureau 200 Montréal (Québec) H2Y 1M6 (514) CULTURE - 1 800 305-A RTS I 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE 6 DECEMBRE 2015 METIERS D\u2019ART FORMATION Le réseau des écoles-ateliers : un modèle d\u2019excellence CLAUDE LAFLEUR Il y a trente ans, le milieu des artisans québécois se dotait d\u2019un réseau d\u2019écoles-ateliers, un modèle qui n\u2019existe nulle part ailleurs.Résultat, nous dit Martin Thivierge, directeur général du Conseil des métiers d\u2019art du Québec (CMAQ), «les métiers d\u2019art ont vraiment évolué.On observe une progression chez nos artisans en matière de créativité, et de plus en plus, on reconnaît leur travail parce qu\u2019ils sont extrêmement créatifs.Et tout ça émane des écoles-ateliers».Notons que le Conseil des métiers d\u2019art du Québec (CMAQ) joue lui aussi un rôle actif dans la reconnaissance de nos artisans.Il regroupe ainsi un millier d\u2019entre eux, ébénistes, joailliers, créateurs textiles, luthiers, etc.«Ce qui distingue l\u2019artisan, précise M.Thivierge, c\u2019est qu\u2019il maîtrise des techniques et a un savoir-faire particulier.Pour que quelqu\u2019un devienne membre chez nous, il doit passer en évaluation.C\u2019est dire qu\u2019un membre du CMAQ est un artiste professionnel en métier d\u2019art.» Le Conseil soutient activement ses membres pour leur permettre de vivre dignement de leur art.Entre autres, il facilite la diffusion et la commercialisation de leurs oeuvres.L\u2019une des particularités de la formation donnée à nos artisans est que celle-ci vise autant le développement de leur art et de leur créativité que de leur esprit d\u2019entrepreneuriat, poursuit Martin Thivierge.C\u2019est ainsi que les étudiants suivent une formation collégiale de base (littérature, philosophie, langues, etc.) tout en apprenant leur art dans des écoles-ateliers.Le Québec s\u2019est par conséquent doté d\u2019un réseau de 14 écoles-ateliers associées aux cégeps du Vieux-Montréal et de Limoilou.Tel un phénix.Martin Thivierge raconte que la mise en œuvre de ce réseau remonte aux années 1980 et fait suite à la disparition dans les années 1970 des éçoles de formation en métiers d\u2019art telles que l\u2019École du meuble et l\u2019Institut des arts appliqués.«La création des cégeps et des polyvalentes a eu pour conséquence de faire disparaître la formation des artisans», relate le directeur général du Conseil des métiers d\u2019art.Ce n\u2019est qu\u2019en 1984, à la suite de pressions du milieu, quq les ministères des Affaires culturelles et de l\u2019Éducation ont entrepris de créer une formation de niveau collégial pour artisans.Mais comme il s\u2019était écoulé une bonne douzaine d\u2019années sans formation, il y a eu une génération perdue, déplore Martin Thivierge.«En conséquence, on a très bien vu, à la fin des années 1970 et au début des années 1980, un certain essoufflement des salons des métiers d\u2019art puisque la qualité n\u2019était plus au rendez-vous», dit-il.En 1984, donc, le gouvernement met en avant un Plan de formation nationale en mé- PHOTOS PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le Conseil des métiers d\u2019art du Québec soutient activement ses membres pour leur permettre de vivre dignement de leur art.Entre autres, il facilite la diffusion et la commercialisation de leurs œuvres.tiers d\u2019art en divisant le (Québec en deux : le cégep de Limoilou donnerait la formation aux artisans de l\u2019est du Québec alors que le cégep du Vieux-Montréal s\u2019occuperait de ceux de l\u2019ouest.Et c\u2019est finalement en 1989 que le programme a débuté, de sorte que la première cohorte de finissants à obtenir un DEC en métiers d\u2019art a été diplômée en 1992.Particularités Ce qui fait la particularité de ce programme collégial est que les artisans qui le suivent sont formés en tant que travailleurs autonomes et doivent par conséquent être en mesure de gérer leur propre petite entreprise.«Les étudiants suivent donc des cours de création, de conception et de produits ainsi que de techniques reliées à leur art, précise M.Thivierge, mais ils apprennent également à gérer leur petite entreprise (mise en marché, diffusion de leurs créations, etc.).Et pour qu\u2019ils s\u2019intégrent au milieu professionnel, on a aussi décidé que la for- mation des artisans serait donnée dans des écoles-ateliers par des maîtres artisans.» L\u2019autre particularité du système a été d\u2019intégrer des ateliers privés existant déjà.C\u2019est ainsi que qeux-ci ont été accrédités par le ministère de l\u2019Éducation.Les étudiants se retrouvent donc dans de véritables milieux d\u2019artisans \u2014 au lieu d\u2019être dans des salles de classe \u2014, avec des professionnels qui travaillent avec eux.Il y a ainsi 14 écoles-ateliers, dont le Centre de céramique Poterie Bonsecours, ou encore le Centre design et impression textile, ou ceux des métiers du cuir, des métiers du verre, de joaillerie, d\u2019ébénisterie, etc.Montréal compte huit écoles-ateliers alors qu\u2019on en trouve six à Québec.Martin Thivierge souligne en outre que ces écoles-ateliers sont une source d\u2019émulation entre ceux et celles qui les fréquentent.«Lorsqu\u2019on a de 60 à 90 étudiants, comme à l\u2019École de joaillerie, en plus de 15 à 20 chargés de cours \u2014 des artisans professionnels \u2014(fia-cun apporte son bagage.Ces écoles sont de véri- tables pépinières de talents ainsi que des lieux de recherche.» C\u2019est ainsi que Martin Thivierge constate que, de façon générale, les jeunes artisans d\u2019aujourd\u2019hui sont mieux outillés que leurs prédécesseurs du fait qu\u2019ils côtoient des professionnels en activité.« Ce sont des artisans qui peuvent mieux vivre de leur art», observe-t-il.Il remarque également que les «moins de 30 ans réussissent bien en général parce qu\u2019ils ont une vision plus futuriste que leurs professeurs».Ainsi, ils sont sur les réseaux sociaux et, très souvent, ils se regroupent pour mettre en commun leurs locaux et leurs outils.C\u2019est une tendance de la nouvelle génération des artisans, note M.Thivierge.«Ils ont une approche plus collective, dit-il, ce qui leur vient de leur formation [.], du fait qu\u2019ils ont été formés dans une collectivité.» Collaborateur Le Devoir ECOLE DE JOAILLERIE DE MONTREAL Difficile de prendre le virage technologique.faute d\u2019espace ! CLAUDE LAFLEUR un des petits joyaux du ré-' seau des qcoles-ateliers est justement l\u2019École de joaille- rie de Montréal.Stéphane Blackburn, directeur de cet établissement, rappelle que cette première école de joaillerie au Québec a été fondée en France Fauteux céramiste www.fauteux-ceramiste.com Orange 2014 (42 x 46 x 19 cm) 1973 par deux créateurs et joailliers montréalais; l\u2019une (Madeleine Dansereau) ayant une formation nord-américaine et l\u2019autre (Armand Bro-chard) venant de Belgique.« Cela a créé l\u2019esprit de l\u2019école, dit-il, puisqu\u2019on est toujours entre deux approches, une approche technique européenne et une approche plus artistique et créatrice nord-américaine.» En outre, l\u2019école enseigne à trois types de clientèle : les étudiants de niveau collégial, les professionnels de la joaillerie qui viennent y chercher des formations plus techniques et spécifiques, ainsi que le grand public.«Notre clientèle va donc de 17 à 77 ans!» lance-t-il joyeusement.«Le fait d\u2019enseigner à ces trois clientèles fait de nous une école unique au Canada et en Amérique, poursuit-il.Chaque semaine, quelque 300 étudiants et professionnels se côtoient, ce qui crée une ambiance dynamique et particulière.Tout le monde s\u2019y croise, travaille dans la même direction et tous s\u2019appuient et s\u2019encouragent les uns les autres.» Autre particularité, l\u2019école embauche des artisans professionnels qui viennent enseigner une technique ou un sa- /N rv r nv La Ville de Montréal, la Galerie CRÉA et le Conseil des métiers d'art du Québec vous Invitent à l'exposition des oeuvres des finalistes du Prix François-Houdé 2015 O I s O U Ç 19 NOV.2015 - 31 JAN.2016 D EXPOSITION DES ŒUVRES DES FINALISTES MUSEE DES MAÎTRES ET ARTISANS DU QUÉBEC 615 avenue Ste-Croix Montréal QC Métro du Collège mmaq.qc.ca Sophie-Ève Adam Sophie De Blois Lisanne Lachance Amélie Lucier & Julien Mongeau Waî-Yant Li Anastasia Radevich Caroline Rivière Céramiste Ébéniste Artiste verrier Céramiste & verrier Céramiste Chausseur et sculpteure Joaillière voir-faire en particulier.«Dans une année, on engage ainsi une quarantaine de professionnels, précise le directeur de l\u2019école, chacun apportant ses techniques et ses spécificités.» Comme tout autre domaine, la joaillerie évolue sans cesse et bénéficie des technologies de l\u2019informatique.C\u2019est ainsi que les joailliers recourent de plus en plus au dessin assisté par ordinateur pour concevoir leurs œuvres.« C\u2019est vraiment entré dans les pratiques», confirme le directeur.D\u2019autres technologies font également leur apparition dans la profession, dont la coupe de haute précision au moyen de lasers et l\u2019impression 3D.Toutefois, l\u2019école peut difficilement les intégrer à son enseignement, faute d\u2019espace.«Nous aimerions bien que nos étudiants expérimentent ces machines et qu\u2019ils poussent plus loin la conception, dit Stéphane Blackburn, mais on n\u2019a pas l\u2019espace suffisant pour faire entrer ces équipements plus spécialisés.» Depuis des années, l\u2019école cherche d\u2019ailleurs à déménager dans des locaux plus vastes, mais, comme bien d\u2019autres écoles-ateliers situées au centre-ville, elle bute contre le coût «exorbitant» des loyers pour grands locaux.Ces quatre dernières années, rapporte M.Blackburn, l\u2019école a envisagé une dizaine de projets de relocalisation.«Mais ça devient de plus en plus difficile pour les artisans de se localiser au centre-ville.Même nous, qui sommes ici depuis quarante ans, on ressent de plus en plus de pressions.» Il évoque même le beau projet d\u2019une école numérique au service de tous les métiers d\u2019art.«Je pense qu\u2019au Québec, ce serait essentiel d\u2019avoir une telle école», dit-il, mais hélas, en cette période d\u2019austérité, «le gouvernement ne se montre guère disposé à financer un tel projet.» Collaborateur Le Devoir www.MyoTextile.com Salon métiers d\u2019art de Montréal : LOFT 359- I As GAL^dJIf-BOUTIQUE ¦ Hr COURS DEC & I D'INITIATrON ATELIERS \\ DE GRÉATIVÎTÉ ^DEAUX foRPORATIFS.Unique éc()le-Btelier 5pSl?!frrsée dans les ^rts verriers aii Québec.,\t1200, rue Mill\tS ,\tMontréal, QC\tH3K 2B3\t| 514.933.6849\tî V.\tespaceverre.qc.ca LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 DECEMBRE 2015 I 7 METIERS D\u2019ART ____rrrrr'r ;n^L-a 0 V?**' Il îtÊSS .\u2022'îèr I ïJiiaîfîi; IB Ejieaf U i^r SOURCE CMAQ Il y a encore quelque temps, les boutiques spécialisées uniquement dans les métiers d\u2019art québécois se comptaient sur les doigts d\u2019une main; aujourd\u2019hui, elles sont environ une douzaine à travers le Québec.Les lieux de diffusion se multiplient Chargés non seulement de la conception et de la production de leurs œuvres, mais également de leur commercialisation, au Québec, les artisans professionnels en métiers d\u2019art ont longtemps dû se contenter d\u2019un réseau de diffusion s\u2019appuyant presque exclusivement sur des salons d\u2019exposition.Au cours des quinze dernières années, toutefois, ce réseau s\u2019est considérablement élargi et diversifié.Etat des lieux.EMILIE CORRIVEAU En 2015, on estime à près de 3500 le nombre d\u2019artisans professionnels œuvrant au Québec.Très variée, leur production est aujourd\u2019hui majoritairement diffusée dans trois types de lieux, soit dans des boutiques spécialisées, dans des centres d\u2019exposition et dans des salons.«Les lieux de diffusion se sont vraiment multipliés au cours des dernières années», lance d\u2019emblée M.Martin Thivierge, directeur général du Conseil des métiers d\u2019art du Québec (CMAQ).«Autrefois, en dehors des salons du temps des fêtes et des salons d\u2019été, il était assez difficile de trouver des pièces d\u2019artisans québécois à moins de se rendre directement à leur atelier, rappelle-t-il.Grâce aux boutiques qui ont vu le jour au cours des dernières années, le marché de la consommation courante est aujourd\u2019hui beaucoup mieux couvert.De plus, la visibilité des artisans professionnels est maintenant très intéressante dans les musées et les galeries.» Les boutiques Alors qu\u2019il n\u2019y a pas si longtemps encore, les boutiques spécialisées uniquement dans les métiers d\u2019art québécois se comptaient sur les doigts d\u2019une main, aujourd\u2019hui, elles sont environ une douzaine à travers le Québec.D\u2019après le directeur général du CMAQ, la valorisation grandissante de la consommation écoresponsable n\u2019est pas étrangère à cet état de fait: «De plus en plus, les gens récupèrent et achètent local.Or, le produit d\u2019artisanat québécois s\u2019inscrit vraiment dans cette tendance.» «Il faut dire aussi que des efforts considérables ont été faits pour stimuler la commercialisation des produits des métiers d\u2019art, ajoute-t-il.Au début des années 2000, il n\u2019y avait à peu près que la coopérative L\u2019Empreinte, les boutiques du CMAQ et l\u2019Art des artisans du Québec au Complexe Desjardins qui étaient vraiment spécialisés en la matière.Aujourd\u2019hui, les boutiques sont plus nombreuses à ne mettre en vente que des produits et des œuvres réalisés par des artisans québécois.» Vitrines exceptionnelles de la vitalité artistique des créateurs de la province, ces boutiques sont souvent gérées et exploitées par des corporations régionales, des coopératives ou des associations de métiers d\u2019art.Parmi les plus importantes figurent Manu Factum, une boutique-galerie créée à Nicolet en 2008 par un groupe d\u2019artisans professionnels désireux de prendre sa destinée en main, ainsi que l\u2019Expérience métiers d\u2019art (EMA) de Trois-Rivières, où l\u2019on trouve des pièces originales en bois, céramique, cuir, métaux, textiles et verre.La boutique de la Corporation des métiers d\u2019art en Estrie propose également une importante variété de produits d\u2019art uniques.Les galeries d\u2019art et les musées Du côté des galeries et des musées, les métiers d\u2019art québécois sont aussi de mieux en mieux représentés.A Montréal, par exemple, bon nombre d\u2019établissements proposent de façon régulière des expositions mettant en avant les œuvres d\u2019artisans professionnels québécois.Comprenant une collection permanente de plus de 1000 spécimens, la Guilde canadienne des métiers d\u2019art se veut certainement l\u2019un des lieux d\u2019exposition montréalais les plus importants, mais d\u2019autres offrent aussi des propositions de haut calibre.C\u2019est notamment le cas de CREA, une galerie, (temporairement fermée), qui est entièrement dédiée à la mise en valeur et à la promotion des œuvres de recherche et d\u2019expression réalisées par les artistes en métiers d\u2019art du Québec.C\u2019est aussi le cas du Musée des maîtres et artisans.Logé dans une magnifique église, il a pour vocation de diffuser et de faire connaître les arts anciens et les traditions artisanales, les métiers d\u2019art et l\u2019art contemporain.«Le Musée du costume et du textile et la collection Liliane et David M.Stewart du Musée des beaux-arts de Montréal sont aussi très intéressants», note M.Thivierge.Dans la région de Québec, les lieux d\u2019exposition sont également de plus en plus nombreux et diversifiés.Parmi les plus Importants, notons le Centre Materia.Ayant pour mission de diffuser et de promouvoir la recherche et la création dans le domaine des métiers d\u2019art actuels, 11 veille à mettre en valeur le travail des plus grands créateurs du domaine ainsi que de ceux de la relève.SOURCE CMAQ Vue de la boutique du Centre des métiers d\u2019art de Montréal «Il y a aussi le Musée de l\u2019Amérique francophone qui entame une collection, souligne M.Thivierge.Il propose d\u2019ailleurs actuellement une exposition portant sur les métiers d\u2019art du Québec depuis 1930.Elle s\u2019appelle Mutations et elle a été développée en partenariat avec le Musée des maîtres et artisans.Le volet qui est présenté à Québec durera au moins trois ans.A Montréal, ça se terminera à la fin de janvier 2016.» Ailleurs en province, les galeries et les musées qui proposent des expositions s\u2019articulant autour des métiers d\u2019art ne manquent pas non plus.«Le réseau des économusées, dont la mission est de mettre en valeur les artisans et leurs métiers, en est un bon exemple.On en trouve aujourd\u2019hui dans plusieurs coins du Québec», ludique le directeur général du CMAQ.Les salons d\u2019exposition Tenus annuellement depuis déjà quelques décennies, les salons des métiers d\u2019art de Montréal et de Québec restent encore les plateformes de diffusion les plus prisées des artisans de la province.«Le salon Plein Art Québec en est un très important pour les artistes, mais le Salon des métiers d\u2019art de Montréal est le seul qui détienne le titre de salon professionnel au Canada.C\u2019est le cas parce que tous les produits qui y sont exposés sont évalués», précise M.Thivierge.Bien que de moindre envergure, de plus en plus d\u2019événements similaires tendent à voir le jour en région.C\u2019est notamment le cas à Ri-mouski et à Sherbrooke, deux villes qui tiennent des salons très courus.«Autrefois, les artisans professionnels ne participaient généralement qu\u2019à deux grands événements, soutient le directeur général du CMAQ.Souvent, c\u2019était aux salons de Montréal et Toronto.C\u2019était important de vendre beaucoup, parce que c\u2019était pas mal les seules occasions pour le faire! Maintenant, ils ont plutôt tendance à participer à plusieurs petits salons régionaux en plus du grand salon de Montréal.» Il faut savoir que pour les artisans québécois, de toutes les plateformes de diffusion, les salons s\u2019avèrent souvent la meilleure vitrine pour vendre leurs œuvres.«Les gens aiment rencontrer les artistes, conclut M.Thivierge.Ils sont plus portés à acheter une création lorsqu\u2019ils connaissent la personne qui l\u2019a conçue.Et puis, c\u2019est avantageux pour les artisans aussi, parce que c\u2019est une excellente occasion de faire une étude de marché ! » Collaboratrice Le Devoir SAVOIR SUITE DE LA PAGE I 2 les pratiques ancestrales, ils savent aussi s\u2019adapter aux temps modernes.Nombreux sont ceux qui utilisent aujourd\u2019hui des techniques nu- mériques à un moment ou un autre de leurs réalisations.«Ils utilisent les logiciels développés pour l\u2019industrie, explique M.Thivierge.Mais ils sont obligés de les déprogrammer justement pour ne pas faire un produit industriel, pour que cela reste un produit unique à chaque fois.Cer- tains joailliers, par exemple, font des prototypes numériques.Ces techniques commencent également à entrer dans les centres de formation et de perfectionnement.Petit à petit, à la mesure de leurs moyens.Ce mouvement est très intéressant, mais il nous pose aussi des problèmes au Conseil.Nous avons de grandes discussions aujourd\u2019hui pour déterminer à quel moment on n\u2019est plus dans la création de métier d\u2019art, mais bien en présence d\u2019un produit manufacturé.» Collaboratrice Le Devoir AIMERAIS-TU EXPLOITER TON POTENTIEL CRÉATEUR?Le Cégep du Vieux Montréal offre huit programmes techniques en métiers d\"art parfaitement adaptés à la réalité de l'industrie : >\tCéramique >\tConstruction textile >\tImpression textile >\tÉbénisterie artisanale >\tJoaillerie >\tLutherie-guitare >\tMaroquinerie >\tVerre Informe-toi en visitant le www.cvm.qc.ca/programmes Venez admirer les créations de nos artisans diplômés et rencontrer un responsable du programme qui répondra à vos questions.Un rendez-vous à ne pas manquer au Salon des métiers d'art du 10 au 20 décembre CÉGEP DU ^\t«rmrw VIEUX MONTRÉAL Défilé de maroquinerie au Salon des métiers d^art de Montréal Samedi le 12 décembre 2015 12h- 15h- 17h CENTRE DES METIERS DU CUIR DE MONTRÉAL Tél.: 514 270-1336 \u2022 ecole@cmcm.qc.ca \u2022 www.cmcm.qc.ca VmII dams la DIVERIITé La ThingRikig PAR Çawvrêaw Joaillier Diamakits Brvts Or ISK.ÉT Arcckit stérlikic I www.thimcrimc.ca CONSEIL DES MÉTIERS D'ART DU QUÉBEC L\u2019ASSOCIATION DES PROFESSIONNELS EN MÉTIERS D\u2019ART DEPUIS 1989 METIERSDART.CA MERCI A NOTRE PARTENAIRE PRINCIPAL SODEC y 1\tO Ea Québec O El "]
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