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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2015-12-05, Collections de BAnQ.

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[" Le retour (en cases) de Nestor Burma Page F 6 ^ X \\ Comment aider son psy ou pas.Page F 9 BEAUX IMES CAHIER F » LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 DECEMBRE 2015 Vie?OU théâtre ?Un « opéra-gouache » posthume magistral de Charlotte Salomon, disparue à Auschwitz à 26 ans V ï JEWISH HISTORICAL MUSEUM Nous pénétrons, ivres de feu, ô fille céleste, ton sanctuaire.«Je connais peu d\u2019artistes qui ont utilisé le texte ainsi, et autant» - Thérèse St-Gelais «Et c\u2019est avec plaisir que je vous céderais quelques-uns de mes éléves.» JEWISH HISTORICAL MUSEUM JEWISH HISTORICAL MUSEUM Quelques jours plus tard.Paulinka.J\u2019ai vendu la bague, voilà qui vous fait un peu d\u2019argent.CATHERINE LALONDE C% est une somme.Un ' lourd et beau livre d\u2019art \u2014 4,6 kilos.\u2014, édité avec soin.Huit cent quarante pages dont émane encore un envoûtant parfum d\u2019encre des semaines encore après le début de la lecture.Ainsi paraît l\u2019ultime œuvre de Charlotte Salomon, son autofiction, peinte et écrite dans l\u2019urgence, avec suggestions de trames musicales allant de cantates aux chansons populaires et folkloriques.Un roman graphique avant l\u2019heure.Une tragédie, déjà, avant même que ne s\u2019achève le destin, précipité à Auschwitz par les horreurs de la Seconde Guerre, de l\u2019artiste.Orpheline de mère depuis ses neuf ans, Charlotte Salomon sera, à l\u2019aube de la guerre, la dernière étudiante juive des Beaux-Arts de Berlin.En 1938, elle doit fuir la ville, et se réfugie chez ses grands-parents, dans la région de Nice.Mais la violence nazie connaît de moins en moins de frontières, et s\u2019étend comme une tache d\u2019huile.Dans cette fièvre, dans cette proximité de la peur, le grand-père de Salomon, acariâtre, lui apprend qu\u2019elle est descendante d\u2019une lignée de suicidés.Sa mère n\u2019est pas morte, comme on lui a dit, de la grippe.Elle s\u2019est défenestrée.Suicidée.Comme sa tante, noyée.Comme son grand-oncle.Et comme sa grand-mère le fera quelque temps après cette ré- vélation, se jetant elle aussi d\u2019une fenêtre.La guerre d\u2019un côté, qui forcément la traque.Un sombre héritage de l\u2019autre.Un destin?«.et elle resta seule avec ce qu\u2019elle avait vécu et un pinceau.Cependant à la longue, même pour une créature y étant \u201cprédisposée\u201d, une vie aussi sombre ne pouvait être supportable.Elle se vit donc placée devant ce choix: mettre fin à ses jours ou bien entreprendre quelque chose de vraiment fou et singulier.Des conditions favorables s\u2019offrirent [.], de sorte qu\u2019elle put se reposer un peu, tout en ayant l\u2019occasion la plus parfaite d\u2019apprendre avec infiniment d\u2019acuité à connaître et à haïr, à aimer et à mépriser les gens de cette époque», peut-on lire, de sa grosse calligraphie tracée à la gouache, dans Vie ?ou théâtre ?.Salomon se lance donc, pratiquement à corps perdu, dans sa composition.Entre 1940 et 1942, elle peint.Plus de 1300 gouaches, au style évolutif, sur lesquelles elle pose un papier-calque pour inscrire le texte, quand elle ne l\u2019inclut pas à même l\u2019œuvre.Elle en conservera 769 pour porter l\u2019histoire de Charlotte Knarre, une histoire à peine iV'\" HV- im décalée, de quatre ans et quelques patronymes, de la pure biographie de Salomon.Son opérette, comme elle dit.Son opéra-gouache, suggérons-nous à notre tour.Des perspectives Spécialiste de l\u2019histoire de l\u2019art des femmes à l\u2019UQAM, Thérèse St-Gelais a bien voulu feuilleter l\u2019ouvrage avec Le Devoir, et ainsi découvrir une œuvre dont elle n\u2019avait jusqu\u2019ici de son propre aveu que trop peu entendu parlé.Et ce, malgré une exposition en 1993 au Musée Beaubourg, à Paris.Charlotte Salomon est-elle une grande artiste jusqu\u2019ici avalée par l\u2019oubli?«Oui.Je la trouve avant-gardiste pour son temps.Par son emploi des couleurs, sa composition, ses mises en scène.Par le simple fait qu\u2019on dise en regardant: \u201cÇa, ça me prend.\u2019\u2019Ça veut dire qu\u2019il y a une charge dans sa façon de travailler les couleurs qu\u2019on ne verra pas dans un tableau de calendrier.Ça nous rejoint au-delà du regard.» Définitivement expressionniste, un peu fauviste, l\u2019œuvre est, pour la spécialiste, singulière.«Je connais peu d\u2019artistes qui ont utilisé le texte ainsi, et autant.C\u2019est particulier.On l\u2019a comparée souvent à Anne Frank, à cause du côté journal.» Otto, le père d\u2019Anne Erank, sera d\u2019ail- leurs un des premiers à voir les dessins de Charlotte, au moment de la publication du journal de sa fille, quand le père et la belle-mère adorée de Salomon les lui montreront, ne sachant trop que faire de ces piles.Car le destin de l\u2019œuvre elle-même, de ces gouaches et de la reconstitution de leur chronologie, est pratiquement un récit en soi.«Les artistes de l\u2019époque que je connais \u2014 Kathe Kollwitz, par exemple \u2014 travaillent autrement, poursuit St-Gelais.La spécialiste Griselda Pollock pense que Salomon aurait peut-être vu l\u2019expo de \u201cl\u2019art dégénéré\u201d à Berlin ou Munich, vers 1937, et s\u2019en serait inspirée.Il y a des liens chromatiques et de composition avec Der Blaue Reiter [ce groupe d\u2019artistes expressionnistes allemands, dont Klee et Kandisky ont fait partie]./e vois des liens aussi avec Gabriele Münter: les compositions en étage, c\u2019est très plat \u2014 on est à ce moment dans l\u2019histoire où on cherche l\u2019élimination de la perspective, on est vraiment dans la modernité.C\u2019est un travail très actuel \u2014 roman graphique, la présence de la musique, l\u2019importance donnée au contexte, le récit, loin de l\u2019abstraction.» Et l\u2019urgence, qu\u2019on sent dans les coups de pinceau, dans une certaine logorrhée, est un aussi un trait caractéristique.Le regard posé sur les êtres aimés et l\u2019époque n\u2019exclut pas la cruauté \u2014 Charlotte n\u2019était pas VOIR PAGE F 6 SALOMON Ai^tiDcTe 9 Vraiment neuf! La neuvième édition du plus grand logiciel d\u2019aide à la rédaction vient de voir le jour.Antidote 9 apporte d\u2019importantes améliorations à son correcteur avancé, à ses riches dictionnaires de même qu\u2019à ses guides linguistiques.Mais en plus, il ouvre avec éclat une toute nouvelle dimension : celle de i\u2019angiais.VOUS AVEZ DÉJÀ ANTIDOTE ?Procurez-vous le forfait de mise à niveau totale pour seulement 99$ et rédigez avec confiance en français et en anglais.Druide F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 DECEMBRE 2015 BEAUX LIVRES La Vitrine DES BEAUX LIVRES POESIE HOCHELAGA, MON QUARTIER Poèmes d\u2019écoliers montréalais Illustrations de Rogé Éditions de la Bagnole Montréal, 2015, 42 pages Grand album de 26 par 36 centimètres que cet Hochelaga, mon quartier.On y retrouve 15 poèmes écrits par des jeunes, dont on aurait aimé connaître l\u2019âge afin de mieux apprécier la prouesse poétique.Ils ont été accompagnés dans fexercice par Jeanne Painchaud, Francine Tougas, Louise Morin et Suzanne Gauthier.Voici un moment de grâce et une introduction particulièrement efficace à la poésie pour les plus jeunes.Car, je n\u2019en doute pas une sell^\tconde, ils sauront Jp\ts\u2019identifier à ces poètes débutants qui cernent une partie de leur lieu de vie, lançant leur texte à la manière d\u2019une sonde dans le réel.Tous les textes retenus sont importants à maints égards.Comment ne pas être ému par celui d\u2019Anthony St-Gelais Lachance : «À Vaide d\u2019une baguette magique /je changerais la prostitution en droit de parole de la femme / je changerais la drogue en produits médicaux / je changerais la chasse aux gangs de rue / en aide aux jeunes dans la rue /je changerais la haine en amour / pour qu\u2019il n\u2019y ait plus de tristesse dans les familles / je changerais l\u2019intimidation en amitié // Je rêve à tout cela chaque jour.» Plus imagé, le texte de Miguel Tejesda bouleverse : «J\u2019ai trouvé un oiseau blessé / on l\u2019a lancé pour qu\u2019il vole / il est retombé / et il est mort.» Tout comme celui de Tao Mah : «Sur nos balcons, on crie / d\u2019un bout à l\u2019autre de la rue / nous n\u2019habitons pas la même maison / mon demi-frère et moi.» Mais le cri de cette poésie sincère nous rejoint totalement.Hugues Corriveau «Grangé nous propose un étourdissant voyage au coeur des ténèbres, dans une intrigue haletante dont l\u2019intérêt ne faiblit jamais, jusqu\u2019à un double dénouement qui nous laisse pantois.Fascinant!» Norbert Spehner La Presse JEAN-CHRISTOPHE _ GRANGE LONTSNO ROMAN GRANGË VIOLENCE TALENT PUR ALBIN MICHEL www.albin-michel.fr CONTE J\u2019aimais l\u2019hiver En 1958, Michel Garneau a 18 ans et passe les Fêtes dans la famille de sa fiancée DOMINIC TARDIF Quelle est l\u2019émotion par excellence de Noel?Lajoie, dites-vous ?Bravo, votre cœur d\u2019enfant est intact, mais non, ce n\u2019est pas la réponse que l\u2019on cherche.Le magasinage frénétique, ironisez-vous?Faites soigner au plus vite ce cynisme qui vous ronge fâme ! Dernière chance.La nostalgie ?Oui, la nostalgie, c\u2019est ça ! Pas convaincu?Laissez Michel Garneau vous raconter son temps des Fêtes 1958.L\u2019hiver, hier, que ça s\u2019appelle.Le jeune homme a 18 ans et accompagne sa fiancée de 16 ans pour la première fois dans sa famille, pour une dizaine de jours.Le village porte l\u2019improbable nom de Saint-Quelquechose-des-Hauteurs, apprend-on dès la première page, et tout l\u2019esprit de ce petit livre se trouve contenu dans ce nom à coucher dehors, qui tient en quelque sorte de l\u2019art poétique.Le mythique et l\u2019insignifiant, le surréel et le prosaïque, le légendaire et le quotidien, le «Quelque-chose» et ses «Hauteurs» ne sont ici séparés que par des traits d\u2019union.La poésie, c\u2019est la porte à côté du banal.Il neige presque sans arrêt et cette grosse famille de dix-huit enfants tire la pipe à ce p\u2019tit nouveau de Michel, objet de curiosité parce que Montréalais et parce qu\u2019il lit les nouvelles à la télévision.On tentera chaque soir de lui faire plier les genoux en l\u2019abreuvant de petits verres de ponce.C\u2019est l\u2019époque des vraies tempêtes et des personnages plus grands que nature, qui fascinent Garneau.Il y a Mémère, mariée à 14 ans et qui, dans la « pantry», agite sous le nez de Michel, comme un avertissement, la «vieille jaquette pas tout à fait blanche», ornée d\u2019une fente, par laquelle ont été conçus tous ses enfants.Il y a Pépère, parfaitement sourd, qui glisse parfois dans son oreille quelque chose comme «le premier appareil auditif jamais fabriqué».Il y a l\u2019oncle Elphège, «le couque fif», qui mange des volées sur les chantiers où il travaille lorsqu\u2019il offre du plaisir aux ouvriers esseulés, confie-t-il dans une des scènes les plus crûment poignantes de ce « conte vécu ».Être splendeurs «U]e m\u2019émerveille, ces gens-là, oui, m\u2019émerveillent et parfois m\u2019horrifient mais m\u2019horrifient merveilleusement, ils sont fabuleux, parfois dans la bêtise, parfois dans de très beaux savoirs, [.] et je les trouve magnifiques surtout dans la langue qu\u2019ils ont pour se dire et se parler», écrit Michel Garneau près de 60 ans plus tard.Lorsqu\u2019il est poète, Garneau est toujours un peu conteur.En conteur, il est ici beaucoup poète et capte au vol chacune des pépites de jouai que font virevolter dans les airs les mononcles de sa fiancée, n\u2019en revient pas des surnoms pas possibles dont on s\u2019affuble («Gros-Gars»), s\u2019émeut des secrets et des sous-entendus dont est tissée chaque conversation.Cette famille dont il fait la connaissance, c\u2019est en concentré tout un Québec de tragédies grecques, de salvatrice chaleur et de dévote pudibonderie héritée.Il en garde les splendeurs d\u2019expressions bellement abracadabrantes qu\u2019arrivaient à tailler ces gens dans la misère d\u2019un vocabulaire aussi approximatif que lumineux.Nostalgie des tartes qui cuisent, nostalgie des tours d\u2019autoneige Bombardier et nostalgie des douces confusions de l\u2019amour naissant.Elles ont toutes ici la même odeur, celle de la découverte d\u2019un monde ordinaire et magique, que rencontre Michel Garneau là où il le soupçonnait le moins.Collaborateur Le Devoir UHIVER, HIER Michel Garneau L\u2019Oie de Cravan Montréal, 2015, 84 pages a La neige était reine de tout, on n\u2019essayait même pas de l\u2019enlever, tu passais la gratte et vingt minutes plus tard, la neige était revenue régner, alors, on s\u2019arrêtait au village d\u2019avant, moins haut, on laissait les autos là, et on embarquait dans la grosse autoneige bleue, dans le gros Bombardier avec ses hublots qui lui donnaient l\u2019air d\u2019un Nautilus allant dans l\u2019hiver)} Extrait de L\u2019hiver, hier LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Mal des transports CHRISTIAN DESMEULES Le temps d\u2019un trajet agité entre Montréal et Québec en autobus, un vieil homme d\u2019origine ukrainienne se remémore des pans de sa vie mouvementée.S\u2019adressant en pensée à son fils, un militaire qui doit partir le même jour pour une mission en Afghanistan \u2014 prétexte de ce voyage improvisé \u2014, Vasyl Dranenko partage un peu de sa sagesse : «Les déplacements sont à la base du malheur.» Et tandis que le paysage et les souvenirs défilent, un arbre planté au milieu d\u2019un champ en bordure de l\u2019autoroute 20 lui rappelle, avec un pincement au cœur, «le frêne derrière la maison de Stara Bouda».Poète et romancière hantée, à l\u2019évidence, par le thème de la transmission de la mémoire, Judy Quinn replonge dans le passé du XX® siècle avec Les mains noires, après Hunter s\u2019est laissé couler (VLB éditeur, 2012), où une narratrice essaie de reconstituer la vie en lambeaux de son grand-père.Un passé sombre, qui prend racine cette fois dans la terre noire et fertile de l\u2019Ukraine.Côté slave Le deuxième roman de Judy Quinn déroule de manière étourdissante une séquence d\u2019allers-retours entre hier et aujourd\u2019hui, entre le Québec et l\u2019Ukraine, «pays sans nom bouffé par le puissant empire soviétique ».Y passent des observations urbaines et des L\u2019auteure Judy Quinn lors de la laissé couler.réflexions sur la vie, son gros béguin pour sa cousine Selena, son obsession pour le souvenir de son grand-père et de la vie sous le régime bolchevique, le fantôme de l\u2019oncle Marko, l\u2019incendie d\u2019une bibliothèque ou des anecdotes de sa vie au Québec.Entre le monologue et la bousculade de souvenirs liés à la vie d\u2019avant \u2014 et d\u2019avant même la naissance du narrateur \u2014, le roman fait entendre plusieurs voix narratives indis- PEDRO RUIZ LE DEVOIR remise du prix Robert-Cliche 2012, qu\u2019elle reçut pour Hunter s\u2019est Des réflexions fondamentales Jacques Grand'Maison, prophète du Québec moderne.Louis Cornelller, Le Devoir Un testament spirituel.Mathieu-Robert Sauvé, Forum Deuxième édition En vente partout \u2022 1 6,95 $ CARTE BLANCHE tinctes : tous les personnages qui traversent Les mains noires semblent s\u2019exprimer sur la même tonalité.C\u2019est l\u2019un des malaises que l\u2019on éprouve à la lecture du roman.L\u2019autre, lui, tient à la référence culturelle slave qui ne semble pas maîtrisée.Des rangées de bancs dans une église orthodoxe slave?Des chants liturgiques en lajin accompagnés à l\u2019orgue ?A Kiev, au début du XX® siècle?Le doigt du lecteur transperce ici le toc ukrainien dont Judy Quinn a enveloppé son roman.Les mains noires Reste un personnage solitaire et bourru, qui semble ballotté comme le lecteur par les vagues de sa mémoire torrentielle.Roman ambitieux ponctué d\u2019éclairs poétiques.Les mains noires souffre d\u2019un fouillis narratif qui multiplie un peu à vide les histoires parallèles.Un peu terne.Collaborateur Le Devoir LES MAINS NOIRES Judy Quinn Leméac Montréal, 2015, 224 pages LIBRAIRIE ACHAT À DOMICILE 514-914-2142 '5 Bonheur d'occasion Librairie GALERIE ESPACE LOCATIF DISPONIBLE Fonds universitaires : \u2022\tLittérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022\tPleiade Art québécois et international Livres d'art et livres d'artiste Livres anciens avant 1800 Automatistes, Éditions Erta, Refus Global.Bel espace chaleureux pour artistes en arts visuels \u2022 Consultez notre site web pour les tarifs 2016 Salle disponible sans frais pour lancement de livre ou autre événement littéraire 1317, avenue du Mont-Royal Est, Montréal Mathieu Bertrand, Libraire \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 www.bonheurdoccasion.com LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 DECEMBRE 2015 F 3 BEAÜX LIVRES Des questions vastes comme des nuits Tristan Malavoy tisse une toile de mystères autour de disparitions multiples Danielle Laurin Ly écriture est fine, élégante.Teintée de contrastes.Les images sont fortes, obsédantes.L\u2019histoire se déploie sous différents angles, laissant planer des zones d\u2019ombre.Une forme d\u2019envoûtement opère dans Le nid de pierres, premier roman du nouvelliste, poète, musicien et chroniqueur culturel Tristan Malavoy \u2014 aussi connu comme Malavoy-Racine \u2014, malgré le caractère de plus en plus oppressant de l\u2019intrigue.Trois temps se dessinent, s\u2019entrecroisent.Le temps de l\u2019enfance, à l\u2019aube de l\u2019adolescence.Celui de l\u2019âge adulte, au début de la trentaine.Et celui, immémorial, des mythes qui nourrissent l\u2019imaginaire.Si on fait vite le lien entre les deux premiers, le troisième temps tarde à se montrer signifiant quant à l\u2019ensemble.Que viennent faire dans l\u2019histoire ces fragments de conte, de fable, fortement teintés de légendes amérindiennes?Il y a bien des indices en cours de route, des recoupements ici et là.Mais ce n\u2019est qu\u2019à la toute fin qu\u2019une clé nous est donnée.en partie.Cette plongée récurrente dans l\u2019imaginaire amérindien, celui des Abénaquis en particulier, ajoute à l\u2019étrangeté du récit et l\u2019enveloppe de poésie et de sombre beauté.Ce qui n\u2019est pas rien.Mais.question de dosage?On ne saisit pas bien l\u2019ampleur accordée à ce troisième temps, cette troisième trame.Pourquoi cette insistance, qui donne à penser, à force, que c\u2019est un peu plaqué ?Ce n\u2019est pas tant ce qui est raconté là, et surtout pas la façon dont ça l\u2019est, qui sont en cause.C\u2019est plutôt que le rythme du roman comme tel s\u2019en ressent.Car ce sont les deux autres temps, les deux autres trames, liés de près, tissés serrés, qui nous tiennent davantage en haleine.La fin de Tinsouciance 1985 : Thomas, 12 ans, pratique le motocross allègrement sur des sentiers escarpés avec son meilleur copain.Saint-Denis-de-Brompton, ses lacs, sa forêt, ses terrains vagues, n\u2019ont plus de secrets pour eux.pensent-ils.Jusqu\u2019à ce que l\u2019engin de Thomas s\u2019enlise dans un trou de boue semblable à des sables mouvants.De peine et de misère, les deux garçons parviendront à ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Une forme d\u2019envoûtement opère dans Le nid de pierres, premier roman du nouvelliste, poète, musicien et chroniqueur culturel Tristan Malavoy \u2014 aussi connu comme Malavoy-Racine.dégager la précieuse bécane de l\u2019étendue vaseuse, dite ven-tre-de-bœuf.Mais le copain y laissera une chaussure.Et tous deux auront eu la peur de leur vie.Thomas, surtout?Entre virées au dépanneur, premiers émois amoureux et tirs à la carabine à plomb se produira un événement marquant, sans lien apparent avec le précédent (mais qui sait?) : la disparition d\u2019un camarade de classe, parti soi-disant observer les chenilles dans les bois.Disparition qui demeurera mystérieuse, inexpliquée.2005 : Thomas, 32 ans, scénariste de séries télé, a retrouvé Laure, son amourette d\u2019antan, devenue bibliothécaire.Tous deux quittent Montréal pour retourner vivre sur les lieux de leur enfance, Saint-Denis-de-Brompton.«C\u2019est un vieux scénario : on vient vivre dans les villes en recherchant quelque chose de précis; cette chose trouvée, on plie bagage pour retrouver l\u2019imprécis des espaces à demi sauvages.» Ils font leur nid dans une vieille maison au bord du lac.Eollement amoureux, ils projettent de faire un enfant ensemble.La vie est belle, l\u2019avenir radieux.Et pourtant.Si Laure resplendit de tous ses feux, Thomas devient de plus en plus sombre.La disparition de son camarade de classe il y a 20 ans continue de le hanter.Et le ventre-de-bœuf dans lequel lui-même aurait pu passer l\u2019obsède : il s\u2019y rend souvent.Quelle connexion entre les deux?De plus en plus difficile pour lui de se concentrer sur le scénario qu\u2019il s\u2019est engagé à écrire.D\u2019autres textes s\u2019écrivent presque à son insu, beaucoup plus mystérieux (ces bouts de contes, de légendes, inspirés de la mythologie amérindienne, qui parsèment le roman?Ou encore, l\u2019entièreté du roman ?Enigme).Le comportement de Thomas devient erratique, inquiétant pour sa douce.Il dérive, angoissé, perdu dans ses pensées, ses souvenirs.Résolument rattrapé par les fantômes du passé.Et d\u2019autant plus ébranlé du fait que d\u2019autres disparitions mystérieuses sont survenues, surviennent.Questions Passons sur les détails de ses retrouvailles, de courte durée, avec son fi*érot, avec qui les relations ont tourné au vinaigre après la mort accidentelle de leurs parents.Même s\u2019ils constituent une part importante de l\u2019intrigue au final.Passons sur les moments qui traduisent l\u2019engouement respectif de Thomas et Laure pour l\u2019histoire de leur région, liée aux Abénaquis, et leur fascination pour la mythologie amérindienne.Même si cela fait écho.Permettons-nous quand même de nous arrêter au passage qui suit: «Ces cérémonies au fond des bois, où des hommes et des femmes appellent ceux passés avant eux, les ancêtres qui ont tracé les chemins, qui ont vécu, chassé, enfanté, avant de retourner à la terre et aux ombres.Cette porte sous les pierres qui permet, quand l\u2019esprit se rend entièrement disponible, quand le rituel est respecté, de parler aux morts et de les entendre.» Retenons ce qui suit.1985-2005 : tout finit par s\u2019emboîter.Pour le pire.Tout s\u2019accélère, dégringole, vole en éclats.«La suite de cette histoire est trouée.Trouée comme ma vie», peut-on lire dans l\u2019épilogue.Puis: «Mon récit revisite cette fin d\u2019hiver 2006 où, en quelques heures à peine, notre univers a basculé d\u2019un bonheur fragile à une saison de vents furieux et de questions vastes comme des nuits.» Questions vastes comme des nuits.qui resteront sans réponses.Pour la plupart.Mais questions inévitables sur le passage du temps, sur les mystères qui nous agitent au-delà de toute rationalité.Et sur les morts qui nous habitent.LE NID DE PIERRES Tristan Malavoy Boréal Montréal, 2015, 264 pages \t\t\t4 1967 \u2022 Tome 3 L\u2019impatience\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t7/2 La Vitrine\t\t\t5 Faims\tPatrick Senécal/Alire\t6/6 \t\t\t6 Le cirque\tMichel David/Hurtubise\t4/3 \t\t\t7 Petite mort à Venise\tFrancine Ruel/Libre Expression\t5/5 \t\t\t8 Tout ce qu\u2019on ne te dira pas, Mongo\tDany Laferriére/Mémoire d\u2019encrier\t-/I \t\t\t9 L\u2019amour au temps d\u2019une guette \u2022 Tome 1 1939.\tLouise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean\t10/8 \t\t\t10 Quand j\u2019étais Théodore Seaborn\tMartin Michaud/Goélette\t8/4 \t\t\tRomans étrangers\t\t \t\tPHOTOROMAN\t1 Millénium \u2022 Tome 4 Ce qui ne me tue pas\tDavid Lagercrantz/Actes Sud\t1/14 \tL\u2019ENVERS DU DÉCOR\t\t2 Macabre retour\tKathy Reichs/Robert Laffont\t2/7 \t\tL\u2019ENVERS DU DÉCOR\t3 Les dieux du verdict\tMichael Connelly/Calmann-Lévy\t3/4 \tI\t\t4 Famille parfaite\tLisa Gardner/Albin Michel\t5/5 \t\tChélanie Beaudin-Quintin,\t5 La fille du train\tPaula Hawkins/Sonatine\t6/27 \tB\tGuillaume Corbeil, Emilie Mannering\t6 La nuit de feu\tÉric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel\t4/12 \t1\tMichel Quintin\t7 Le livre des Baltimore\tJoël Dicker/Fallois\t7/8 \t\tWaterloo, 2015, 240 pages\t8 L\u2019épée de vérité \u2022 Tome 15 Le cœur de la guette\tTerry Goodkind/Bragelonne\t-/I \t\t\t9 Chef de guerre \u2022 Tome 1\tTorn Clancy/Albin Michel\t10/2 \t\t\t10 Chef de guerre \u2022 Tome 2\tTorn Clancy/Albin Michel\t-/I Un photoroman ?Avec la montée des romans graphiques et des livres illustrés, en notre époque si axée sur l\u2019image, il faut plutôt se demander pourquoi ce genre délicieusement désuet ne resurgit pas davantage.Le dramaturge et auteur Guillaume Corbeil signe cette intrigue, « réalisée » par Chélanie Beaudin-Quintin et Emilie Mannering.Eaux polar \u2014 puisque la clé et la vraisemblance échapperont au lecteur \u2014, on y suit un tout aussi faux détective privé et une jeune artiste photo, poussés par des envois anonymes et des incidents (provoqués ?) à se rencontrer et à enquêter sur le surpuissant magnat médiatique de l\u2019heure.La première partie intrigue et amuse : le mystère s\u2019installe ; le «jeu photo » des comédiens (Ghislain Taschereau et Mariflore Véronneau) se cherche entre la parodie et une interprétation sentie ; certaines pages, belles, ouvrant sur un univers plus onirique, offrent une audacieuse rupture de ton ; les mises en abyme et les chausses-trappes piquent la curiosité.Mais l\u2019équilibre est précaire.Le développement, à force de ne céder ni aux codes du polar ni à l\u2019éclatement, à trop s\u2019appuyer sur des archétypes sans dessiner vraiment les personnages, finit par boitiller et prendre des raccourcis.Les créateurs semblent s\u2019égarer dans leur propre labyrinthe.Même dans sa forme, délaissant les brochures habituelles aux photoromans pour flirter vers le beau livre, le projet ne trouve pas tout à fait sa justesse.Catherine Lalonde Gaspard LE DEVOIR ALMARÈS Du 23 au 29 uovembre 2015 ___\t,\tCLASSEMENT AUTEUR/EDITEUR PRÉCÉDENT/ Romans québécois 1\tLes héritiers d\u2019Enkidiev » Tome 12 Kimaati Anne Robillard/Wellan 2\tCe qui se passe à Cuba reste à Cuba! 2/2 Amélie Dubois/Les Editeurs réunis 1/4 Marie Laberge/Québec-Amérique 3/5 Essais québécois 1 Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces.Boucar Diouf/La Presse 2 Treize verbes pour vivre Marie Laberge/Québec-Amérique 3\tFoglia l\u2019Insolent 4\tLe vin snob 5\tLa médiocratie Marc-François Bernier/Edito Jacques Orbon/Homme Alain Deneault/Lux 6 L\u2019état du Québec 2016 Collectif/Del Busso 7\tJe veux une maison faite de sorties de secours.Claudia Larocbelle/VLB 8\tManifeste des femmes.Pour passer de la.Lise Payette/ Québec-Amérique 9\tLes libéraux n\u2019aiment pas les femmes Aurélie Lanctôt/Lux 10 Octobre 1995.Tous les espoirs, tous les chagrins Jean-François Lisée/ Québec-Amérique ^Essais étrangers____________________________________________________________ 1/8 2/5 3/10 -/I ' 4/3 5/3 ¦ 8/2 -/I ¦ 7/8 -/I 1 Sonnez, merveilles!\tKent Nagano | Inge KIoepfer | Isabelle Gabolde/Boréal\t1/2 2 Sable mouvant.Fragments de ma vie\tHenning Mankell/Seuil\t2/7 3 Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité\tYuval Noah Harari/Albin Michel\t3/7 4 Lettres à mes petits-enfants\tDavid Suzuki/Boréal\t5/11 5 De la curiosité\tAlberto Manguel/Actes Sud\t-/I 6 L\u2019hydre mondiale.L\u2019oligopole bancaire\tFrançois Morin/Lux\t7/3 7 Balade avec Épicure\tDaniel Klein/Michel Lafon\t-/I 8 Du bonheur.Un voyage philosophique\tFrédéric Lenoir/Fayard\t4/41 9 Ce que l\u2019argent ne saurait acheter\tMichael J.Sandel/Seuil\t-/I 10 Un monde d\u2019inégalités.L\u2019état du monde 2016\tCollectif/Découverte\t6/7 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Ssspsnl sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de EsspsrilA est constitue des releves de caisse de 260 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Ssspsnl © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite ROMAN QUEBECOIS Se faire son cinéma ODILE TREMBLAY Rober Racine, artiste tous azimuts, auteur notamment de L\u2019ombre de la terre (Boréal, 2002), crée ici une œuvre d\u2019énigmes, en poupées gigognes, où les fictions en recèlent d\u2019autres.Dans L\u2019atlas des films de Giotto, le lecteur, invité à démêler le vrai du faux, finit par entrer, par effet de miroir, dans sa propre psyché.Giotto nous y est présenté comme un pilote d\u2019avion qui achemine des échantillons de sol lunaire vers plusieurs musées du monde.Ce globe-trotter va au cinéma un peu partout.Or donc, ce livre rassemblerait des résumés de films vus dans 52 villes sur quatre continents.C\u2019est à ces virtualités du 7® art que son étrange poésie s\u2019arrime.Se succèdent des synopsis de films, avec titres, fiches techniques et distribution, scènes principales en exergue, avis de l\u2019auteur et d\u2019un tiers, croisé ici ou là.Guide des films Ces créations comme des bulles de savon s\u2019envolent avec des moments volés à la ville hôte.Les titres sont intrigants.Danube, c\u2019est un parfum ?, de l\u2019Australien Colin Gum, réalisé en 1972, vous connaissez?Sachez que parmi les scènes principales, on y trouve l\u2019exécution d\u2019un nœud papillon et la tonte du kangourou entouré de mille bougies allumées.Et le film indien Soleil de bois (1976), dans lequel le vent est évoqué par le mouvement des plumes duveteuses d\u2019oisillons filmés en gros plan, ça vous allume ?Tout cela s\u2019enchaîne en un univers filmique RomRRACM impalpable, dont on aimerait bien voir les J reflets à l\u2019écran.Une fantaisie, des rêves à la queue leu leu, sitôt imaginés, sitôt disparus.Bel exercice, qui donne envie d\u2019inventer d\u2019autres histoires, pour des acteurs à mettre au monde, quelque part sur la planète entre ailleurs et ici.Le Devoir L\u2019ATLAS DES FILMS DE GIOTTO Rober Racine Boréal Montréal, 2015, 228 pages FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR Rober Racine KÎARDNER FAMILLES IDÉALES, CRIMES PARFAITS «Un huis clos absolument genial qui vous gardera éveillé longtemps.» Marie-France Bornais, Journal de Montréal ALB N M CHEL www.albin-michel.fr F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 DECEMBRE 2015 BEAUX LIVRES La Vitrine des beaux livres BANDE DESSINEE ALCOOLIQUE Jonathan Ames et Dean Haspiel Monsieur Toussaint Louverture Arles, 2015, 144 pages IIANKSY ART VISUEL BANKSY Patrick Potter Traduit de l\u2019anglais par Alexandra Maillard Gallimard Paris, 2015, 238 pages RECIT ILLUSTRE Ô NUIT, Ô MES YEUX Lamia Ziadé PO.L Paris, 2015, 670 pages C\u2019est sans doute parce que c\u2019est en partie vrai que ça en devient encore plus chargé de tristesse.La vie du romancier américain Jonathan Ames a été marquée par l\u2019alcool, une substance avec laquelle il a entretenu un rapport destructeur pendant de trop longues années.Des premières cuites d\u2019étudiants aux relations manquées, en passant par la chute prévisible qui vient avec.Alcoolique replonge avec ce dessin au trait incarné dans une dérive en règle, dans les questionnements identitaires qui ont nourri le drame, dans les petites et grosses conneries que cet alcool, consommé sans retenue et avec une résistance relative, a fait naître.Tout est bon dans ce roman graphique qui dilue son fond dans sa forme avec l\u2019élégance d\u2019un glaçon évanescent dans un verre de scotch et qui forcément pourrait trouver une résonance singulière en s\u2019avançant en français, sept ans après son apparition dans la langue de l\u2019Antre, dans un temps de l\u2019année où l\u2019alcoolique se fait toujours un peu plus remarquer.Fabien Deglise À l\u2019image du graffiteur rebelle, ce nouvel ouvrage sur l\u2019artiste Banksy emprunte à la star mondiale du street art son style railleur, anarchiste, polémique à souhait.Loin des livres d\u2019art savamment tournés, ce corpus pied-de-nez procède par boutades pour dévoiler lentement un portrait de ce bombeur iconoclaste aux pochoirs noir et blanc, devenu un artiste de son époque.Au-delà de l\u2019œuvre graffiti, l\u2019ouvrage capture avec habileté l\u2019âme de ce philosophe de la rue, cet esthète du trompe-l\u2019œil, qui dépeint le monde de façon caustique sur les murs de grandes métropoles du monde, jusqu\u2019en Palestine.Son anonymat continue de hisser Banksy au rang d\u2019énigme vivante et de méduser le milieu des arts visuels.Ces canulars et coups d\u2019éclats en ont fait un performer urbain à part entière, détracteur non seulement de l\u2019autorité et de la culture de masse, mais aussi puissant critique du très sélect monde de l\u2019art.Détonnant.Isabelle Paré C\u2019est sans doute un des constats les plus tristes dans les circonstances.Le Caire, Beyrouth, Damas, Jérusalem n\u2019ont pas toii-jours été ces lieux de tension, de violence et de désolation.A une autre époque, ces grandes métropoles de l\u2019Orient éclairé incarnaient la richesse culturelle, cultivaient l\u2019ouverture, la diversité, carburaient à l\u2019art et au savoir nourri de la rencontre avec l\u2019autre, comme le met tout en texte et en dessins Lamia Ziadé dans cette brique qui remonte le fil d\u2019un temps lointain, le temps de la splendeur, qu\u2019il n\u2019est jamais mauvais de ramener au bon souvenir du présent Le récit, en explorant des lieux, en convoquant des chanteurs, des cheikhs, des avocats, le glamour de l\u2019époque, avec ses verres d\u2019arak et ses cigarettes, est puissant et trouve dans des illustrations fortes au pinceau ce fini à la lisière de la nostalgie et du suranné qu\u2019il lui faut C\u2019est un siècle au Proche-Orient, de l\u2019espoir à la dérive.Et ça en devient certainement une série de souvenirs mis en présent que le présent gagnerait à ne pas éviter pour revenir un peu à la raison.Fabien Deglise 100 CONTEMPORARY vCOWfïRFTE EliltniNR^ ARCHITECTURE 100 CONTEMPORARY CONCRETE BUILDINGS Philip Jodidio Taschen Cologne, 2015, 2 volumes de 730 pages HISTOIRE LA FRANCE D\u2019ANTAN À TRAVERS LA CARTE POSTALE ANCIENNE Sarah Finger HC Editions Paris, 2015, 448 pages JEUNESSE LE TEMPS DES FLEURS LE TEMPS DES NEIGES Glen Huser Planète rebelle Montréal, 2015, 48 pages C\u2019est le genre d\u2019ouvrage qu\u2019on laisse volontiers traîner.Et comme souvent chez Taschen, celui intitulé 100 bâtiments contemporains en béton ne manque ni de poids ni de volume.Ses deux tomes se dégustent à la légère, en survolant les photos, ou avec soin et parcimonie, en s\u2019attardant à chaque texte, chaque détail.L\u2019édition trilingue (anglais-allemand-français) n\u2019est pas parfaite, avec quelques étranges tournures de langue.Elle offre néanmoins un fascinant voyage de la planète, y compris en Afrique et dans des pays rarement cités (Vietnam ou Paraguay, par exemple).Une centaine de bâtiments y sont commentés par Philip Jodidio, sommité de la littérature architecturale, dont l\u2019introduction étoffée rappelle l\u2019importance historique du béton, cette «pierre liquide, malléable, de longue durée [qui permet] de prodigieux exploits de génie».Beaucoup de luxe et d\u2019extravagance, bien sûr, mais aussi de belles surprises.Comme la rudimentaire chapelle isolée dans les champs (œuvre de Peter Zumthor), la triangulaire maison du bureau japonais Eastern Design, la rondeur d\u2019un pont imaginé par la firme autrichienne marte.marte.De quoi rêver béton.Jérôme Delgado Voici l\u2019exemple même d\u2019un monde révolu.La carte postale, d\u2019abord : qui en envoie encore aujourd\u2019hui, à l\u2019ère des réseaux sociaux et de Skype ?Pourtant, à une certaine époque, c\u2019était un moyen de communication sans égal.Au début du XX® siècle en France, le facteur pouvait passer trois fois dans la journée tellement le courrier était abondant ! Les photographes quadrillaient le pays pour tout saisir sur pellicule.Les collectionneurs de cartes postales anciennes le savent: ces cartes représentent un formidable portrait sociologique.On imprimait des cartes sur des métiers, des immeubles, des paysages, des sports, des traditions, sur la vie quotidienne dans les fermes, dans les usines, sur les bateaux, à l\u2019armée.Pendant dix ans, cet éditeur a rassemblé près de 900 cartes anciennes, la plupart de la «Belle Epoque», qui donnent à voir un monde révolu : petits métiers, commerces oubliés, loisirs obscurs et ainsi de suite.Sorte de fascinante encyclopédie d\u2019une France qui n\u2019existe plus.Dommage que la qualité technique des reproductions ne soit pas toujours à la hauteur du propos.Paul Cauchon Perséphone cueille tranquillement des narcisses quand Hadès l\u2019enlève et l\u2019emporte au royaume des Enfers.Pendant ce temps, sur Terre, la déesse de la moisson Démêler quitte ses occupations pour retrouver sa fille.«Les arbres étaient [alors] noirs et inféconds, Therbe desséchée», jusqu\u2019à ce que Perséphone promette à sa mère de venir passer les mois d\u2019été avec elle.Depuis ce temps, les saisons rythment le calendrier et l\u2019hiver fait écho à la peine de Déméter, qui attend le retour de sa fille.D\u2019abord paru en version anglaise, ce livre-disque est narré ici par Guy Nadon, qui, de sa voix théâtrale et solide, apporte ce qu\u2019il faut d\u2019intensité aux personnages.La narration est entrecoupée de pièces musicales interprétées par une chorale d\u2019enfants et accompagnée par l\u2019Orchestre symphonique pop de Montréal.Le livre est d\u2019autant plus invitant grâce au visuel percutant qu\u2019assure Philippe Béha.Son trait puissant, fait de collages et de lignes sévères, mêle agressivité et beauté appuyant l\u2019esprit de la légende.Une très belle initiation à la musique symphonique ainsi qu\u2019à la mythologie.Marie Fradette BIOGRAPHIE L\u2019esprit mordant et combatif d\u2019Aragon revit Philippe Forest publie une magistrale biographie de l\u2019écrivain et militant communiste GUYLAINE MASSOUTRE Il y a eu plusieurs biographies d\u2019Aragon, romancier prolifique et poète, chanté par Léo Ferré et par Jean Ferrât.On sait tout de son héritage, son parcours de militant communiste, sa vie entière.Mais c\u2019est une date, cette entrée dans la collection des Biographies NRF de Gallimard, qui plus est sous l\u2019intelligence de Philippe Forest L\u2019universitaire écrivain, auteur d\u2019une œuvre autofictive remarquable, est aussi l\u2019éditeur d\u2019Aragon dans La Pléiade, qui l\u2019inspire depuis toujours.Aragon, le portrait est vivant, croisant deux plumes.Avec son expertise hors pair et sa légèreté délicieuse.Forest expose l\u2019œuvre \u2014 cent dix mille pièces à l\u2019Institut Mémoires de l\u2019édition contemporaine \u2014, le couple célèbre ifragon et Triolet, les gestes d\u2019un médecin militaire durant la Première Guerre mondiale, puis la résistance aux nazis.Enfin, son aveuglement militant au Parti communiste français (PCF), dévoué à Staline, est détaillé, comme sa légende.La primauté du réel Ces huit cents pages allègres relèvent de la bravoure, étant essai, récit et commentaire argumenté.Rien d\u2019une biographie anglo-saxonne, vétilleuse et copie.Non, ici Forest se moque librement, plonge avec délices dans le siècle, critique et compare cet univers, devenu intime, au savoir sur un siècle qui recule, mais qui revient grâce aux LES PUBLICATIONS DU QUÉBEC POUR LES FÊTES, OFFREZ UN CADEAU TOUT EN IMAGES! '.H Coffret 20* anniversa re Des forets et des hom Naviguer sur le fleuve Œuvres de fem MEIIER COMMERCANI lS52-lf77 wwwpublicationsduquebec gouvqc ca 418643 5150 ou 1 800 463 2100 ïîwww facebook com/PublicationsQuebec lectures du « mentir-vrai», invention d\u2019Aragon.Ce fabulateur naturel, voué dès sa naissance aux mensonges identitaires, jusqu\u2019à son nom, fabulait le temps en artiste.Tout le XX® siècle est là, avec ce brillant Aragon, homme de lettres précoce et génialement doué, qui fut un chantre de la révolution, un cœur agité, un feu roulant d\u2019action et un témoin, dont l\u2019œuvre voulait entraîner les ouvriers vers le combat de leur libération.Les thèses se multiplient sur lui aujourd\u2019hui.La guerre, le surréalisme, l\u2019existentialisme communiste, le faux trio Camus-Sartre-Ara-gon.Forest les raconte non sans détachement, avec humour, compassion, émotion toujours, faisant appel au «je» du commentateur éclairé.Etonnante biographie, fresque tonnante, fourmillante, ouverte.L\u2019ouvrage se lit comme un roman, dans notre angoisse actuelle du monde en conflit violent.Aragon surprend encore, tribun et fer de lance, et cet essai offre de repenser notre monde, la vie vécue, la renommée, la politique, les combats idéologiques, la littérature qui sert des valeurs et des convictions.Ses grands romans dépassent les dogmes et les erreurs de jugement concernant l\u2019URSS.De Courbet à Céline, en passant par Gorki et tous les autres, la foi dans la révolution nécessaire gouverne le plaidoyer, si bien que la peinture politique fait pâlir tous les écrits prudes et soi-disant neutres, qui ne disent finalement rien.Au feu de la politique Aragon a été méconnu au sein du PCF, où il a subi des humiliations quant à son talent et à ses objectifs.Néanmoins, il INTERNATIONAL PORTRAIT GALLERY Tout le XX® siècle est là, avec ce brillant Aragon.participait fidèlement aux instances supérieures d\u2019un Bureau politique qui utilisait sa voix, son art du discours exceptionnel et son intelligence, sa détermination patriotique et antifasciste.Si sa réception souffre d\u2019équivoques, cette biographie jalonne le désir de rendre justice à l\u2019Aragon qui se détache des mythes par de vrais combats.On ne relit l\u2019histoire que par notre sens du présent.« Cela suppose de reconstituer intellectuellement l\u2019environnement idéologique, la configuration partisane, le contexte esthétique qui déterminèrent ce scandale [le culte de Staline].Et une telle entreprise nécessite de remonter avant l\u2019événement lui-méme pour montrer de quelle somme complexe de causes il est l\u2019effet auquel contribuent pareillement pein- ture et politique », écrit Forest.Comme Ta montré Kundera, dans le brouillard du présent, les hommes agissent et dirigent, souvent mal, notre monde.Aragon se battait avec force mots braqués sur des faits, des personnes, des épreuves collectives.«Je pense donc fêtais, mais que demain je meure ne prouvera rien pour aujourd\u2019hui», livrait encore le vieux poète souverain.Ce livre tombe à point, tant l\u2019histoire revient, avec ses masques grossiers par-dessus ses grimaces sauvages, ses cris et ses deuils.Collaboratrice Le Devoir ARAGON Philippe Porest Gallimard Paris, 2015, 891 pages QUOI DE MIEUX POUR FAIRE PLAISIR?J.-CLAUDE ST-ONGE TDAH?Pour en finir avec le dopage des enfante Marie Auger Carapace èvesque éditeur Marie Auger Lévesque éditeur 23,00$ Aussi en numérique J.-Claude St-Onge Écosociété 24,00$ PRIX PULITZER 2015 ELIZABETH KOLBERT laQ EXTINCTION détruit la vie Guy Saint^ean Stéphanie Gauthier Une fille trop curieuse I I IjUl.Stéphanie Gauthier Éditions Triptyque 25,00$ Aussi en numérique Elizabeth Kolbert Guy Saint-Jean Éditeur 29,95$ Aussi en numérique Il ai-\u2019i'aire MEIOETE CORMIER Claire Dumont et Mehrafarin Keshavarz Médiaspaul 16,95$ Aussi en numérique SUR LES TRACES DE Champlain Un destin extraordinaire en 24 tableaux parole Collectif Éditions Prise de parole 24,95$ Aussi en numérique Mary Melfi Là-bas, en Italie Conversations avec ma mère Mary Melfi Éditions Triptyque 25,00$ Aussi en numérique Barry Lane Éditions Sylvain Harvey 44,95$ Aussi en numérique CHARLES TAYLOR Les avenues de la foi Entretiens avec Jonathan Guilbault Charles Taylor Novalis 25,95$ Valerie.Amiraux\tFrancis Ûesharnais Valérie Amiraux et Francis Desharnais Bayard Canada 19,95$ NICOLAS DICKNER û çtSARTSû^ r'' \\ Gagnant ^ Nicolas Dickner Alto 27,95$ Aussi en numérique Guillaume Morrissette Guy Saint-Jean Éditeur 24,95$ Aussi en numérique ^ Québec gg Canada ANELQC.CA ^375^70175 F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 DECEMBRE 2015 BEAUX LIVRES BANDE DESSINEE Nicolas Barrai à la rescousse de Nestor Burma SYLVAIN CORMIER Enquêtons.Vraie veine de pendu, ça répond après deux coups.Nicolas Barrai, c\u2019est bien vous qui reprenez la série des Nestor Burma ?«Intéressante question», répond l\u2019individu, presque trop affable.Je subodore une en-tourloupe.Ce n\u2019est pas une réponse.J\u2019attaque.Dites donc, monsieur le bédéiste, monsieur le repreneur, c\u2019est pas un peu tomber dans son propre guêpier, pas un peu suicidaire, cette histoire de suicide d\u2019étudiant en médecine dans le Quartier latin des années 1950, ce Micmac moche au BoulMich créé «d\u2019après le roman de Léo Malet et d\u2019après l\u2019univers graphique de Tardi»?«Je trouve ça assez reposant», lâche l\u2019intéressé, laconique.On veut faire le malin.Mais on ne me la fait pas : à l\u2019instar du commissaire Florimond Fa-roux, habitué aux mensonges de Nestor Burma, je me méfie.Nestor Burma.Nicolas Barrai.Je note : les mêmes initiales.Simple coïncidence ?Voire ! Et si c\u2019était le signe d\u2019une rencontre qui allait fatalement avoir lieu?S\u2019il y avait préméditation?Et si toute une vie de dessinateur de bandes dessinées avait mené le Parisien à reprendre à son tour la fameuse série de polars noirs de Léo Malet, mettant en vedette le non moins fameux détective privé ?Après le succès de son coup d\u2019essai, adaptation de Boulevard.ossements (Casterman), Barrai récidive.Ça doit lui plaire.Les sous et le boulot.«D\u2019abord, quand on vous propose de prendre la succession de quelqu\u2019un d\u2019aussi génial que Jacques Tardi, ça ne se refuse pas! Et puis effectivement, il y a à mon tableau de chasse un certain nombre d\u2019albums qui sont déclinés d\u2019un univers préexistant.» Culture commune Comme on dit à la PJ, il est fiché, le Barrai.Cinq volumes de Baker Street (Delcourt, 2004), parodie des Sherlock Holmes de Conan Doyle, scénarios de Pierre Veys.Trois volumes des Aventures de Philip et Francis (Dargaud), parodie des Blake et Mortimer de Jacobs, textes du même Veys.Pas gêné, ce type.«C\u2019est instructif, marcher dans les pas d\u2019un autre, on en ressort enrichi.Encore faut-il se démarquer.Ce ne sont pas des CASTERMAN Portrait de Nestor Burma, revu façon Nicolas Barrai contraintes pour moi, plutôt des points d\u2019appui.J\u2019ai eu de l\u2019éditeur, mais aussi de Tardi, une forme de blanc-seing.E s\u2019agissait d\u2019offrir ma vision de Nestor Burma, et c\u2019est forcément imprégné de tout ce que fai fait avant.» Examinons l\u2019album.Qui existe en deux versions.D\u2019abord le journal grand format, feuilleton en trois numéros, grandes planches en noir et blanc.Et puis l\u2019album standard, avec la mise en couleurs par Barrai et Philippe de La Fuente.C\u2019est bien, on peut comparer.Ça fait plus Tardi en noir et blanc, un peu Blake et Mortimer en couleurs.La manière Barrai est entre les deux.Le trait plus mince pour les personnages, la gestuelle plus mouvementée.Mais on reconnaît les tronches à la Tardi pour les figurants, dont Tardi lui-même dans une jolie case, attablé à un café, regardant Burma.Références à tous les détours.Le chansonnier Jean-Roger Caussimon en patron de cabaret.Des passants autrefois croqués par Doisneau, Cartier-Bresson.«Ce sont des marqueurs d\u2019époque, des clins d\u2019œil.En toute complicité avec une partie des lecteurs.Pourquoi s\u2019en priver?J\u2019ai envoyé Burma voir Les tricheurs, de Marcel Carné, au cinéma Champollion \u2014 Le Champo, rue des Écoles.Malet avait inventé un film, des vedettes.J\u2019ai pris cette liberté.Par pur plaisir de la connivence, de la culture commune.» Burma pas comme les autres, Micmac moche se déroule en hiver.C\u2019est beau, Paris sous la neige toute neuve.Ça change des pavés luisants de Tardi.Exprès.«L\u2019histoire est assez dure, ce manteau de neige apaise un peu l\u2019ambiance, confère au décor quelque chose d\u2019irréel.La saison devient un personnage, que je mets en scène.» C\u2019est le bonheur des contraintes, comprends-je : ça oblige à trouver des solutions.On se donne des difficultés, des paramètres à respecter, et puis on s\u2019en émancipe.C\u2019est ce qu\u2019on se dit en entrant au Quai des Orfèvres : faut s\u2019évader.«Je pense bea'qcoup à Corrida aux Champs-Elysées (10-18) pour le prochain Burma: le roman se passe l\u2019été, en pleine canicule.Je trouve ça marrant de me demander comment je vais m\u2019en sortir, comment je vais dessiner la chaleur, la transpiration, la moiteur.Et la soif!» Promis, Nestor Burma ne boira pas de limonade.L\u2019adaptation a ses limites.Le Devoir MICMAC MOCHE AU BOUUMICH D\u2019après le roman de Léo Malet et l\u2019univers graphique de Tardi Adaptation et dessin de Nicolas Barrai Casterman Bruxelles, 2015, 94 pages iCHARLOTTE^ Charlotte Salomon ROMAN ILLUSTRE CHARLOTTE David Foenkinos Avec quelques gouaches de Charlotte Salomon Gallimard Paris, 2015, 256 pages Jusqu\u2019à ce que David Foenkinos lui consacre un roman l\u2019an dernier, Charlotte Salomon était à peu près inconnue du grand public.Prix Renaudot et prix Concourt des lycéens, Charlotte, devenu best-seller, retrace avec minutie mais sans pathos le destin tragique de la jeune peintre juive-allemande issue d\u2019une lignée de suicidés et morte en déportation.S\u2019il comble certains trous par la fiction, l\u2019auteur n\u2019hésite pas non plus à se mettre en scène : son éblouissement devant l\u2019œuvre autobiographique de l\u2019artiste, ses recherches étalées sur des années, ses doutes sur sa propre démarche.Le tout se présente sous la forme particulière d\u2019un long poème en prose, constitué d\u2019une seule phrase par ligne.Sensation d\u2019étouffement, sentiment d\u2019urgence.Une fois le livre refermé, laissant le lecteur happé par l\u2019histoire fascinante, bouleversante et révoltante de la courte de vie de Salomon, surgissait l\u2019envie pressante de découvrir son œuvre.La réédition du roman en version illustrée permet de s\u2019en imprégner, un peu, en partie : figurent côte à côte le texte de Foenkinos et quelque 50 gouaches qu\u2019il a sélectionnées parmi les centaines qu\u2019elle a laissées, avec ces mots : «C\u2019est toute ma vie.» Danielle Laurin SALOMON SUITE DE LA PAGE F 1 un ange.Ses amours, ses affections peuvent être presque incestueux.Et dans une lettre, reconstituée et publiée en postface, elle laisse entendre qu\u2019elle aurait tué son grand-père d\u2019une petite « omelette au véronal».Mais c\u2019est certainement la conscience aigue du côté tragique de toute vie, et de la sienne, qui prend ici aux tripes, à travers cette lecture parfois étirée dans la longueur de temps, parfois en langueur, parfois également en sursauts et ex-plosions, de sa vie d\u2019opérette.L\u2019artiste, elle, terminera la sienne alors que, dénoncée, elle sera, enceinte de cinq mois, à 26 ans, assassinée à Auschwitz.«Et elle vit, écrit Charlotte Salomon, comme dans un rêve éveillé, toute la beauté qui l\u2019entourait, elle vit la mer et ressentit le soleil, et elle comprit: il lui fallait pour quelque temps disparaître de la surface humaine, et pour cela «Et elle vit, écrit Charlotte Salomon, comme dans un rêve éveillé, toute la beauté qui l\u2019entourait, elle vit la mer et ressentit le soleil, et elle comprit» consentir à tous les sacrifices, afin de recréer des profondeurs de son être son propre univers.» Une vie, ou un théâtre ?Le Devoir VIE?OU THEATRE?Charlotte Salomon Le Tripode Paris, 2015, 840 pages La Vitrine DES BEAUX LIVRES É ik IX LIVRE D\u2019ART À Y REGARDER DE PRÈS Olivier Rolin et Érik Desmazières Seuil Paris, 2015,127pages Érik Desmazières est un graveur contemporain, dont les travaux sont inspirés par des bibliothèques.Celle de Borges, celles de la terre et du ciel, dans la lignée des cosmographes de la Bibliothèque nationale de France.Olivier Rolin l\u2019y retrouve au potager, pour y décrire les légumes dessinés, les coquillages, les champignons, les galets, les fruits secs, la mouche, eaux-fortes rehaussées de lavis, d\u2019aquarelle délicate, d\u2019encre de Chine et de gouache sur vergé ancien.C\u2019est un beau livre de créatures délicieuses, d\u2019ébauches d\u2019arcs-en-ciel, de descriptions symboliques qui portent des noms, des adjectifs justes et nuancés, à la manière de Ponge, comme si la palette de la nature n\u2019était que joie et découvertes agréables à colliger.Guylaine Massoutre ART URBAIN STREET ART 340 ŒUVRES SUR LES MURS DU MONDE Lee Bofkin Grund Paris, 2015, 304 pages Des graffiteurs Astro à Zedl, Street Art lève le voile sur l\u2019immense nébuleuse aux contours flous qui attire aujourd\u2019hui dans son sillage autant «tagueurs», «graffeurs», qu\u2019artistes à part entière.Ce survol en 300 pages illustre comment ce mouvement artistique, sous-culture née de la révolte, a depuis migré dans le champ de l\u2019art proprement dit, sans pour autant dénigrer ce passage de la clandestinité à la reconnaissance.Il constate, tout au plus, la diversité issue de cet art du macadam, qui a contribué à transformer le visage de villes du monde entier.Des premiers trains graffités à New York aux pochoirs stylisés, aux œuvres uniques peintes avec force détails au vu et au su des autorités, le bouquin embrasse la multiplicité des voix que rallie aujourd\u2019hui cette forme d\u2019art, affranchie de ses carcans initiaux.De Jérusalem à Valparaiso, Street art survole les grands crus de cet art devenu élément des villes à part entière.Isabelle Paré STREinr VOYAGES VERTIGE POLAIRE Textes et photos de Thierry Suzan Éditions de La Martinière Paris, 240 pages, 2015 Des photos de banquise à la dérive, d\u2019ours polaires à la recherche de nourriture ou dormant dans les crevasses des rochers, de manchots marchant deux par deux dans les paysages glacés.Il y a tout ça dans ce Vertige polaire.Mais ce livre a quelque chose de plus.Le photoreporter Thierry Suzan ne veut pas seulement montrer les paysages extrêmes, du Grand Nord au pôle Sud : il nous invite littéralement à bord de ses nombreuses explorations dans ces déserts blancs et raconte ses histoires, celles avec un grand H autant que les récits du quotidien de ses habitants.Suzan nous emmène dans les extrêmes de l\u2019Islande, du Nunavut, de la Sibérie, de la Patagonie et de l\u2019Antarctique à la rencontre de pêcheurs, dont le métier est aussi menacé que l\u2019écosystème dans lequel ils vivent, de villages isolés et de leurs peuples à la recherche de repères.On accepte volontiers de se perdre dans l\u2019immensité des glaciers et dans les nombreux textes empreints de poésie disséminés un peu partout entre les photos magistrales.Et de se laisser aller à une douce méditation dans le silence de la banquise.Émilie Folie-Boivin H LE SALDH DES BEADX UVIIES DÉCOUVREZ LA PLUS BELLE SÉLECfiON DE UVRES CADEAUX .\tPLUS DE 800 TITRES EN EXPOSITION Jusqu'au 10 janvier 2016 M Librairie .Des livres et des libraires Galeries Normandie \u2022 2752, rue de Salaberry Montreal (QC) H3MlL3»Tel 514-337-4083 Sortie 4 «Autoroute 15 «Vaste stationnement librairiemonet.com \u2022 monet.leslibraires.ca LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE 6 DECEMBRE 2015 F 7 BEAUX LIVRES Rencontre avec un ami Louis Hamelin Je ne connaissais pas Vincent Lambert ni Gaston de Montigny.Dans le récent numéro de L\u2019Inconvénient consacré à l\u2019Amérique, le premier me fait découvrir un poème du second, daté du début du vingtième siècle.Dans ce poème, un «Peau-Rouge», comme on les appelait encore parfois, est assis au bord d\u2019un feu de camp sur lequel est posée unq vieille chaudière pleine d\u2019eau.A quoi songe-t-il?se demande le narrateur.Aux «vieux guerriers de sa tribu morte Non.répond l\u2019Indien.Alors quoi?Quelles sont tes pensées, ami sauvage, «dans ce crépuscule où je vois s\u2019idéaliser en toi tout un passé de rêve ?» Avec sa pipe, l\u2019Indien pointe alors le vieux siau noirci au milieu des flammes.«J\u2019attends qu\u2019ça houille.» J\u2019imagine bien Jean Sioui, poète wendat, assis au cœur de son territoire, l\u2019éternité laurentienne de roche et de mousse, devant un feu semblable, à guetter le bon thé indien \u2014 une généreuse poignée de sachets de Red Rose noir, infusée, surinfusée, bouillie, macérée et rebouillie jusqu\u2019à plus soif.Ou alors quelques feuilles de thé du Labrador fraîchement cueillies au bord du muskeg, où le Wendat, à l\u2019aube, retournera embusquer l\u2019orignal.« Content de mon meurtre /[.] J\u2019ai trempé ma tasse dans son sang/Pour boire sa chaleur».Là où le sieur de Montigny cherchait un petit-fils de guerrier nostalgique, il n\u2019a trouvé qu\u2019attente pragmatique.La chasse est aussi l\u2019art de l\u2019attente.Entre ce poème et le dernier recueil de Sioui, il s\u2019est écoulé un peu plus d\u2019un siècle.Entretemps, ce n\u2019est pas seulement une chaudière d\u2019eau cabossée qui est entrée en ébullition.«Ecoute le sang qui bronche encore dans mes veines / Ma bouche qui mange au détroit de l\u2019histoire».Les vieux guerriers ne sont pas loin, la tribu n\u2019est pas morte, seulement métissée.Mais, en dépit de la Loi sur les Indiens et des pensionnats, jamais assimilée.En débordant peu à peu des rives du fleuve sur les premières bosses des Laurentides, Québec, si française, si bourgeoise, si fonc-tionnaire-classe-moyenne-su-périeure, si tout-sauf-la-capi-tale-d\u2019une-petite-nation-nor-dique-indépendante, Québec, si américaine dans sa vénéra- WIKI COMMONS La chute Kabir Kouba, à Wendake, où a eu lieu le Salon du livre des Premières Nations tion des gros chars, la flaque d\u2019huile de son étalement urbain, la vulgarité de sa culture populaire, aurait pu réussir à faire de la réserve «huronne» de L\u2019Ancienne-Lorette une banlieue comme une autre.Mais quelque chose, là comme ailleurs, a résisté, qu\u2019il faut bien appeler une microculture.Wendake, comme une proche étoile dans une constellation de microcultures.«Les Wendat sont une erreur à encourager».Guerriers à venir Le recours aux aïeux, à la parole mythique et à la tradition est un lieu commun de la littérature autochtone du Québec.«Ecrivain d\u2019une Première Nation, avertit Sioui dans son mot de préface, je me définis simplement comme un héritier des ancêtres.[.] Ma poésie n \u2019a pas la dimension sacrée des contes et des mythes de la tradition orale, mais elle en est une continuation.» Et citant une madame Béatrice Machet: «[Lapoésie amérindienne] montre comment nos cultures autochtones savent évoluer tout en gardant l\u2019essentiel, ce pour quoi nous sommes au monde, et d\u2019où nous venons, selon les lois intemporelles et éternelles de la roue de la vie, selon les voies de l\u2019harmonie qui fondent nos cultures.» Ils viendront bien, les jeunes guerriers de la plume capables de contester le glorieux fardeau de cet héritage, de se dresser contre son caractère absolu (des lois «intemporelles et éternelles», c\u2019est ce que les fous d\u2019Allah, eux aussi, voudraient nous faire avaler.b Ils apprendront à se mesurer à l\u2019histoire, et que l\u2019Age d\u2019Or de l\u2019Amérique indienne, comme tous les âges d\u2019or, a toutes les chances d\u2019être trop beau pour être vrai.En attendant, et à l\u2019heure où, loin de Paris, les vols d\u2019oies sauvages s\u2019inversent dans le ciel de novembre, je lis Sioui avec un certain contentement, et me trouverais bien mal venu de lui dire sur quoi écrire, et comment.« Permettez-moi un petit reproche / Ce que vous nous avez enseigné / N\u2019a plus d\u2019importance».Vies sauvages Je sors de chez moi et lève les yeux.J\u2019aperçois dans le ciel de laine ces grandes formations d\u2019oies des neiges, emportant mon cœur chaque fois.«Un ciel d\u2019oies blanches / Des cris alignés en flèches /[.] Les yeux en neige / Je regarde mes volées d\u2019années / Des gestes inachevés me reviennent / Migrés d\u2019anciennes amours / Dans l\u2019air chaud des saisons aux jours plus longs ».\t, Plutôt beau, non ?A Wendake, il y a une maison d\u2019édition, Hannenorak, et un Salon du livre.Mais oui.Et quelques écrivains, et pas mal d\u2019amis.On a l\u2019impression d\u2019y sentir souffler un vent venu de l\u2019aube de la professionnalisation de la littérature, un air pas si différent, peut-être, de celui que pouvaient respirer les habitués des lancements des éditions du Jour au début des années 1970.On est en famille, ou presque.Le cœur humain est ainsi fait que souvent, il va préférer les événements conviviaux aux mégafoires commerciales, l\u2019esprit de camaraderie au lucratif contrat de vente de droits exclusifs à la Moldavie.Mon seul regret, en quittant le magnifique hôtel sis au bord de la rivière Akiawenrahk, là où j\u2019ai rencontré l\u2019amour de ma vie, dont les fruits me tiraient ce soir-là loin des mondanités pour aller faire joujou avec le renard et le castor empaillés montant la garde à l\u2019étage.Y'A DE QUOI LIRE! Les livres québécois, j'en lis, j'en débats.FINALISTES EDITION 2016 RX itteraire SCOLLÉGIENS Clara B.-Turcotte Demoiselles-cactus / Leméac Nicolas Dickner Six degrés de liberté / Alto Daniel Grenier L'année la plus longue / Le Quartanier Patrick Nicol La nageuse au milieu du lac / Le Quartanier Monique Proulx Ce qu'il reste de moi / Boréal prixiitterairedescollegiens.ca Marc Bourcie Québec « i\tÉàNBmoGE QUEBECOR LE DEVOIR ^ÇRILCQ sans parler des fourrures de loups jetées sur les fauteuils du lobby, mon seul regret, dis-je, était de n\u2019avoir pas trouvé le temps d\u2019aller saluer Guy Sioui Durand, le trickster en personne autrement dit, ni réussi à m\u2019échapper assez longtemps pour serrer la pince à Jean Sioui, dont j\u2019apercevais le haut profil dans la salle richement décorée où le Salon du livre de Wendat rendait un hommage mérité à son rôle de pionnier.De retour à la maison, j\u2019ai ouvert machinalement un mince colis que j\u2019avais écarté sans ménagement la semaine précédente, et me suis retrouvé avec le recueil de Sioui à la main.Je l\u2019ai lu comme on prend des nouvelles d\u2019un ami.«R ne faut pas s\u2019en offusquer / La vieille histoire reprend la route /Le long de la grande rivière».MON COUTEAU CROCHE Jean Sioui Mémoire d\u2019encrier Montréal, 2015, 65 pages La Vitrine DES BEAUX LIVRES livre PHOTO, ENTOMOLOGIE ET IMAGINAIRE LES VRAIES FEES DE LA NATURE Prançois Lasserre Avec des photographies de Stéphane Mette Plume de carotte Toulouse, 2015, 144 pages «D\u2019où viennent les fées ?Difficile à dire tant, depuis nos origines, la nature, ses créatures et nos peurs ont influencé nos cultures et irrigué notre imaginaire, répond en préambule à son beau livre Stéphane Mette.Ce livre est une invitation à rencontrer et à regarder différemment ces petits habitants de la Terre, de plus en plus rares, que l\u2019on croie aux contes ou non.» Quant au photographe Stéphane Mette, il commente d\u2019abord ses méthodes: placer un fond blanc derrière les insectes et les plantes (il n\u2019ose dire les fées.) photographiés indifféremment in situ ou en studio, avant un travail sur la lumière.De savants elficologues se penchent sur les mœurs et les habitats des fées.Le duo derrière Les vraies fées de la nature opte plutôt pour ceux des insectes, à l\u2019origine selon eux des fées.Et la fiche de chaque insecte est aussi jolie que poétique.Ainsi, la fée Gendarme, surnommée par les humains «punaise rouge feu», est décrite avec ses atouts.«Son pouvoir naturel: l\u2019accouplement peut durer trente heures.» Le papillon lune, si vert et transparent la nuit, aux allures de fantôme, est ici appelé fée Isabelle.«Pouvoir magique: il y a beaucoup de rumeurs, mais les pouvoirs de la fée Isabelle ne sont vraiment connus que des rares humains à l\u2019avoir rencontrée.» L\u2019ouvrage aux splendides photographies allie elficologie (étude des elfes, fées et êtres intermédiaires) et entomologie (étude des insectes).Il devrait plaire aux enfants comme aux rêveurs.Odile Tremblay Pensez cadeaux / di[p^lc ON EST TOUS QUELQUE PART JEAN-RENE DUF PNOTOS TRIUVÉES MOUTI PREMIER RICARDO le Parchemin DEPUIS 1966 Librairie indépendante^ francophone et agréée ni Ber ri-UQAM, librairie@parchemin.ca www.parchemin.ca F 8 LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 DECEMBRE 2015 BEAUX LIVRES ALEXIS PERNET Pour accomplir leurs «trajectoires performatives» ou leurs œuvres nomades, les artistes de VVV choisissent avec soin leurs véhicules.Ici, le Blue Rider dans lequel ils ont suivi les vents, aux Etats-Unis.ARTS Atlas géopoétique Très beau livre à couverture cartonnée, abondamment illustré, VVV nous transporte au cœur d\u2019un rêve formidable, soumis exclusivement aux aléas poétiques.HUGUES CORRIVEAU Daniel Canty, écrivain, et Patrick Beaulieu, artiste visuel, dans une très belle publication des éditions du Passage, nous proposent trois parcours à la fois géographiques et de création.Le livre affiche trois V comme titre, en référence à trois projets distincts, soit Vecteur monarque (2007), Ventury (2010) et Vegas (2012), et a comme sous-titre Trois odyssées transfrontières.livre somptueux et composite offrant une réelle correspondance entre l\u2019écrit et le visuel photographique, il inscrit le texte dans le récit de voyage, la prose poétique, l\u2019essai et le témoignage.Toujours au plus près d\u2019une poétique du réel, irradiée par l\u2019émotion mobile du déplacement.Les trois projets, pour incongrus qu\u2019ils soient, donnent une dimension onirique à leur accomplissement.D\u2019abord, dans Vecteur monarque, il faut imaginer nos deux voyageurs qui suivent le trajet migratoire des papillons monarques du Québec jusqu\u2019au Mexique, à bord d\u2019un camion postal CMC Grumman 1978 revampé et nommé le Monarca Mobile.Au gré des vents Dans Ventury, Patrick Beau-lieu invite les «chercheurs de vent», Alexis Pernet, Daniel Canty et Dauphin Vincent à se laisser dériver au gré des vents des Etats-Unis au volant d\u2019un camion Ford Ranger 1986, nommé Blue Rider, équipé d\u2019une girouette leur indiquant la route.Dans Vegas, ce sont nos poètes itinérants qui montent à bord d\u2019une Dodge Dart 1968, baptisée Magic Dart, sur le capot de laquelle on a placé une roue de fortune pour accentuer le volet «hasard» sinon hasardeux du projet, et qui suivent un itinéraire improbable au gré des rencontres à partir de Las Vegas.Les projets en soi laisseraient perplexe sans la poéticité de la langue.Ainsi les voyageurs se feront-ils «passe-frontières», alors que tout «passe-frontières prélève également la matière de la langue».Par exemple, dans le premier projet, l\u2019auteur déclare que «ce qu\u2019il y a de vital, ici, c\u2019est la langue des papillons», convaincu de suivre le message de cette transhumance itérative.Ainsi, «le Vecteur monarque ne serait donc pas que le simple tracé d\u2019une migration animale, il représenterait aussi celle des âmes».Ceux qui ont encore l\u2019âme granola, façon «pensée magique », trouveront ici à voir et à rêver.Au terme de leur triple périple, Patrick Carvey résume ainsi leurs voyages: «Mission accomplie.La morale de cette odyssée transfrontière ne tient pas à l\u2019idolâtrie motoriste ni à l\u2019ondoiement des plaines, au relief des forêts, à la majestéjuineuse des villes ou au CHÂTIMENT calorique de nos déserts.L\u2019objet de la quête est plus tangible, aussi concret qu\u2019il peut sembler éphémère.C\u2019est L\u2019HUMANITÉ.» Et Daniel Canty d\u2019avoir le dernier mot: «Nous sommes revenus chargés du rêve d\u2019avoir été là, que rien ne saurait éteindre en nous.Il y a d\u2019autres disparitions que celles qui nous effacent.» Collaborateur Le Devoir VW Trois odyssées TRANSFRONTIÈRES Patrick Beaulieu et Daniel Canty avec Patrick Garvey, Alexis Pernet, Stéphane Poirier, Jack Ryan, Gilles A.Tiberghien, Dauphin Vincent et Feed Éditions du Passage Montréal, 2015, 226 pages La Montagne secrète au Plateau SPECTACLES POUR ENFANTS SALLE PAUL-BUISSONNEAU CENTRE CULTUREL CALIXA-LAVALLEE AU PARC LA FONTAINE lO ^ 4 BILLETS Q POUR 40$ 12»I3 DÉCEMBRE 2015 (taxes comprises! RESERVATIONS WWW lamontagnesecrete corn WAPITI! \u2018 y üntréwrt la montasne SECRÈTE SAMED112 DÉCEMBRE 11H et 13 H Le loup de Noël Avec Michel Faubert et le groupe Bon Débarras A partir de 6 ans SAMED112 DÉCEMBRE 16 H Wapiti I-Un abécédaire en chansons Avec Paul Kumgis Catherine Viens Jerome Minière et Karen Young A partir de 3 ans DIMANCHE 13Al1Hni3H Un trésor dans mon jardin-15 ans déjà I Avec Yves Lambert Macha Grenon Hart Rouge Nancy Dumais Michel Faubert et Thomas Heilman A partir de 3 ans EXPOSITION A l'ESPACE LA ÉONTAINE 5 DÉCEMBRE AD 10 JANVIER Place au patrimoine de la chanson québécoise I AI occasion de son 15' anniversaire La Montagne secrete rend hommage a Gilles Vigneault Felix Leclerc, Claude Leveillee, Lionel Daunais et La Bolduc musicaction GmadS SODEC Québec b italne Montreal® La Vitrine des beaux livres FRANK LLOYD WRIGHT ARCHITECTURE FRANK LLOYD WRIGHT Bruce Brooks Pfeiffer et Peter Goessel Taschen Cologne, 2015, 2 volumes de 504 pages Frank Lloyd Wright, le plus grand architecte né aux Etats-Unis, serait-il aussi le plus publié, auteur prolifique pour qui le texte revêtait une grande importance ?Des monographies sur Wright, il y en a des tonnes, et on peut remettre en question la pertinence de cette édition de luxe.Déjà en 2011, Taschen, avec le même auteur et un visuel très similaire, lançait le Complete Works, sorte de catalogue raisonné de l\u2019architecte décédé en 1959.Certes, les images et le format horizontal sont un pur ravissement.Le survol est riche, couvrant en détail 70 ans de création, des premières maisons des prairies au Musée Guggenheim de New York, en passant par la célèbre habitation Fallingwater, en Pennsylvanie, et le vaste studio Taliesin West, en Arizona.Or, il manque une explication générale.L\u2019introduction est davantage une longue bio que la mise à jour des connaissances sur le sujet.Dans cette perspective de vulgarisation, on s\u2019étonne des raccourcis et de l\u2019absence, par exemple, d\u2019une définition claire de la maison usonienne, concept cher à Frank Lloyd Wright.La monographie se présente bien, mais n\u2019est pas pour autant l\u2019indispensable bouquin.Jérôme Delgado LITTERATURE FRANÇAISE NOIRECLAIRE Christian Bobin Gallimard Paris, 2015, 75 pages NOIItK I \\[ni Vous avez perdu un être cher; vous vivez dans l\u2019absence, vous cherchez les mots qui restituent la présence, qui font aimer même la perte et l\u2019oubli, plaçant la mort dans la vie, au lieu du contraire.Saisissez Noireclaire de Christian Bobin, ce juste titre où celui qu\u2019on a dit orfèvre de la langue, consolateur mélancolique, pourvoyeur de féerie verbale, retrouve Ghislaine, morte à 44 ans en 1995.Il lui avait consacré La plus que vive (Folio), un hommage poétique émouvant, il y a vingt ans déjà.Noireclaire est du meilleur Bobin, celui qui voit l\u2019avenir en transparence, riche de détails précieux, la vie éclairée par la mémoire, gardant du passé une perspective douce du temps présent.«Je suis le plus petit disciple, mes maîtres sont partout.» Cette écriture en vers libres donne raison au partage d\u2019un amour versé dans un beau livre.Guylaine Massoutre ALBUM NOËL, UNE NUIT INOUBLIABLE! Claire Dumont Illustrations de Mehrafarin Keshavarz Médiaspaul Montréal, 2015, 32pages Dans sa magnifique Berceuse du début de la colonie, Gilles Vigneault chante la naissance d\u2019un Jésus iroquois.Religieuse des Filles de la sagesse et éducatrice, Claire Dumont propose à son tour un Noël réinventé, en racontant la venue au monde d\u2019un Jésus inuit.Dans la perspective catholique (du grec katholikos, qui signifie «universel»), Jésus est venu pour tout le monde et peut donc prendre plusieurs visages.Dans cet album destiné aux petits (2 à 8 ans) et richement illustré par la jeune artiste montréalaise d\u2019origine iranienne Mehrafarin Keshavarz, un Joseph et une Marie inuits doivent retourner dans le village nordique natal de Joseph pour un recensement.Marie accouche dans une grotte à l\u2019écart d\u2019un campement surpeuplé, des chiens de traîneau réchauffent la Sainte Famille que viennent visiter des pêcheurs, attirés par une lumière et une voix divines, et trois ishumataqs (des sages).Ça donne un Noël naïf, très beau, œcuménique et fièrement croyant.Louis Cornellier MUSIQUE GIBSON, LES PAUL L\u2019histoire de la guitare QUI CHANGEA LE ROCK Dave Hunter Gründ Paris, 2015, 224 pages On avait beau la gratter comme un forcené, la faire résonner de toutes ses ouïes, une Gibson acoustique ne valait pas tripette dans un orchestre en 1930 : la moindre trompinette l\u2019enterrait.On gagna en volume avec la semi-acoustique et sa bobine électromagnétique, mais l\u2019amplification se contrôlait mal : méchant feedback, ouille les tympans.Que faire ?Des pa-tenteux patentèrent, dont un certain Lester William Polfuss \u2014 Les Paul, en raccourci.Son eurêka?Un machin à corps plein, surnommé «la bûche».Prototype, un morceau de pin, rabouté à un manche de guitare Epiphone.On rigola chez Gibson.Mais quand Léo Fender commercialisa sa «rame de canoë », on rappela monsieur Paul.Ainsi naquit \u2014 je passe des étapes \u2014 la Gibson Les Paul.Que l\u2019on peut ici admirer, tous modèles et variantes.Mieux, on suit le destin de telle ou telle Les Paul ayant dûment servi son célèbre proprio : guitares chéries, modifiées, volées, vendues, miraculeusement rescapées (celle de Peter Frampton survécut à un écrasement d\u2019avion.).Pour ceux qui ont des glandes salivaires au bout des doigts.Sylvain Cormier SPORT 40 ANS DE HOCKEY EN IMAGES Les meilleures photos DE Bruce Bennett Collectif Éditions de l\u2019Homme Montréal, 258 pages, 2015 Surnommé le Wayne Gretzky de la photographie sportwe.Bruce Bennett a accumulé plus de deux millions de clichés de hockey dans une carrière s\u2019échelonnant sur quatre décennies.Celui qui a été photographe officiel de quatre équipes professionnelles avant de se joindre à l\u2019agence Getfy Images tient au compteur plus de 5000 matchs, dont 35 parties décisives de la Coupe Stanley et 180 matchs des Jeux olympiques.Voici donc 246 des meilleures photos prises par Bennett.Elles témoi^ent de moments historiques croqués dans le feu de l\u2019action et immortalisent \u2014 parfois sous forme de portrait \u2014 certains des plus grands hockeyeurs.Notons Guy Lafleur, Ken Dryden, Mario Lemieux, Mike Bossy, les frères Stastny et Patrick Roy.Une place non négligeable est aussi accordée aux joueurs étoiles actuels comme Sidney Crosby, Alex Ovechkin et Jonathan Toews.Et certaines photos raviveront des souvenirs chez les férus d\u2019histoire : Bobby Orr arborant les couleurs des BlackHawks de Chicago, et Gordie Howe, celles des défunts Whalers de Hartford.Si la majorité des photos ne sont accompagnées que d\u2019une simple présentation d\u2019usage, d\u2019autres sont assorties d\u2019une anecdote.Deux légendes vivantes, Wayne Gretzky et Martin Brodeur, signent les préfaces de ce livre grand format.Louis Gagné PROMENADES LE PIÉTON DE ROME Dominique Fernandez Philippe Rey Paris, 2015, 232pages Dom n que Fernandez Le piéton de Rome À une époque où toute géopolitique se décline en termes de complexité, l\u2019académicien Dominique Fernandez nous présente un nouveau livre de ses promenades à Rome, à travers les années, quasi idéalisées.On y parcourra la ville d\u2019art, d\u2019églises, de fontaines et de monuments qui appartiennent à d\u2019autres siècles, tout comme ces photos si parfaites et si sereines, trop bien cadrées pour ne pas être une mise en scène, de Ferrante Ferranti, qui illustrent l\u2019ouvrage.Fernandez a vécu une vie d\u2019admiration pour les lettres et la culture, le cinéma italien y tenant une place de choix.Ce trentième opus est un récit aux allures de carnet intime rouvert, les souvenirs érudits y caressant les pierres, pour un ultime plaisir d\u2019une sensoria-lité inépuisée.Guylaine Massoutre BANDE DESSINEE LES EQUINOXES Cyril Pedrosa Aire Libre Bruxelles, 2015, 330 pages pour Demain Brillant Quatre ans après son Portugal (Dupuis), qui a séduit la planète bédé, ce ne sont pas des personnages que suit le dessinateur d\u2019exception Cyril Pedrosa sur quatre saisons, mais plutôt un sentiment: la solitude, doucœamère et sournoise en même temps, que nourrissent toutes nos introspections sur la condition humaine, le vwre-ensemble et les questions sans réponses quant à la complexité du monde.Il y a de la chaleur dans le dessin, de l\u2019élégance dans ce trait qui, en suivant le rythme du temps qui passe, explore l\u2019émotion de quatre groupes d\u2019individus qui le traverse.Il y a de la vie, de la mort, de la peine, de la couleur \u2014 par des pastels qui arrivent au printemps \u2014 et beaucoup de lumière qui se dégagent finalement de cette œuvre ambitieuse.Œuvre qui convoque, dans sa trame narrative exigeante, l\u2019esprit de Viviane Maier, cette photographe hallucinante du quotidien que le présent vient accidentellement de découvrir, mais aussi celui de Moebius, de Virginia Woolf et même de Manu Larcenet.L\u2019ensemble n\u2019en est que plus vibrant et remarquable.Fabien Deglise JEUNESSE RACONTE-MOI UNE TERRE POUR DEMAIN Martine Laffon et Anne Jankéliowitch De La Martinière Paris, 2015, 144 pages «Ne gâchez pas ce qpe vous avez en désirant ce que vous n\u2019avez pas», disait Épicure.Cette citation introduit ce magnifique documentaire dans lequel les auteurs et le photographe abordent différents enjeux qui touchent la Terre.Bien sûr, on y parle d\u2019écologie, de gaspillage des ressources, d\u2019efforts de revitalisation, mais aussi d\u2019immigration, de conditions de travail et plus encore.Le texte simple et concret est disposé en paragraphes courts facilitant l\u2019accès à l\u2019information.S\u2019ajoutent au propos des citations d\u2019une grande lucidité qui apportent une touche de poésie à l\u2019ensemble.«N\u2019oubliez pas que chacun de nous trébuche.Voilà pourquoi il est si réconfortant de marcher main dans la main » ouvre, par exemple, le chapitre Vivre ensemble.Le tout est accompagné de sublimes photographies aériennes signées Yann Arthus-Bertrand \u2014 La Terre vue du ciel \u2014, qui n\u2019en est pas à ses premiers clichés.Alors que se poursuit la conférence de Paris sur le climat, ce livre est une bonne façon d\u2019expliquer la beauté de la Terre et la complexité de l\u2019humanité aux enfants.Marie Fradette LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 6 DECEMBRE 2015 F 9 BEAUX LIVR.es La psychothérapie remise en question Louis CORNELLIER C3 n finir avec la psychologie.Voilà la proposition radicale que formule François Roustang dans le numéro de novembre 2015 de la revue Sciences humaines.Ce philosophe français nonagénaire, il faut le dire, est un sacré provocateur.D\u2019abord jésuite, il fut ensuite psychanalyste freudo-lacanien, avant de devenir hypnothérapeute.Partisan d\u2019une approche psychothérapeutique libre refusant l\u2019enfermement dans une méthode spécifique, Roustang, qui publie ces jours-ci Jamais contre, d\u2019abord (Odile Jacob, 2015), un recueil de trois de ses plus importants ouvrages, met surtout en avant la «qualité d\u2019attention» du thérapeute.Convaincu que «nous ne sommes pas des malades, nous sommes des maladroits», Roustang insiste sur la liberté du patient et lance qu\u2019une «séance est réussie quand un patient repart en rigolant».S\u2019il suggère d\u2019en finir avec la psychologie, c\u2019est parce que, selon lui, «la psyché n\u2019existe pas», en ce sens qu\u2019«0M ne peut pas distinguer le corps et l\u2019esprit» et que «nous n\u2019avons pas de \u201cmoi\u201d surplombant notre vie».L\u2019inspiration nietzschéenne est forte chez cet «éternel dissident», qui affirme qu\u2019«î7 n\u2019y a pas de vérité» thérapeutique, «qu\u2019il n\u2019y a rien d\u2019essentiel » et que «se connaître est inutile».Le but d\u2019une psychothérapie, écrit-il, n\u2019est pas de trouver des «pourquoi», mais déceler «le détail qui bloque» pour le défaire.Il faut vivre, tout simplement, laisser «le béton redevenir du sable», renouer avec une certaine désinvolture.Ce n\u2019est pas sorcier, suggère l\u2019hypnothérapeute, qui reconnaît toutefois la part de magie de son approche.«Commençons par comprendre qu\u2019il n\u2019y a pas de problème.On fait ce qu\u2019on a à faire, c\u2019est tout», ré-sume-t-il.L\u2019hypnose n\u2019est pas mon truc, mais j\u2019aime bien cet original.La magie des mots Psychanalyste québécois d\u2019origine française, Patrick Partisan d\u2019une approche psychothérapeutique iibre refusant i\u2019enfermement dans une méthode spécifique, François Roustang met surtout en avant ia « quaiité d\u2019attention » du thérapeute.Cady, qui est aussi sculpteur et écrivain, ne manque pas d\u2019originalité lui non plus.Dans Comment aider votre psy à réussir votre psychothérapie, un opuscule dont le but est d\u2019inciter les patients à participer activement à leur traitement parce «qu\u2019une psychothérapie est un travail qui se fait à deux», Cady compare le psy aux personnages du prince Mychkine, de L\u2019idiot de Dostoïevski, et du Survenant, du roman du même nom signé Germaine Guèvremont.«Ces deux personnages, écrit-il, tiennent à la fois du psy et du maître zen, celui qui dérange, qui surprend, qui désarçonne.Ils ont en commun d\u2019étre étrangers au jeu social dans lequel les autres sont aliénés et rencontrent chacun hors de toute rivalité et de désir de possession.» Conçu comme un petit guide pratique, cet essai offre des conseils sur la manière de mener à bien une démarche psychothérapeutique (comment choisir votre psy, préserver le secret de la démarche, ne pas hésiter à questionner le psy sur le décor de son bureau, lui faire part de vos critiques sur son attitude si vous en sentez le besoin, etc.), tout en développant une réflexion de fond sur ce qui est en jeu dans une telle démarche.Même le lecteur qui n\u2019a pas l\u2019intention de s\u2019engager dans une psychothérapie tirera profit de ce volet théorique.Fidèle à la tradition psychanalytique, Cady rejette l\u2019explication organique de la dépression, qui, écrit-il, «n\u2019est pas la cause de votre souffrance, mais la réaction à une souffrance ayant des racines souvent bien plus anciennes».Tout en soulignant le caractère scientifique de la démarche psychothérapeutique, Cady présente le psy comme « un artisan qui ne peut travailler que sur la parole que vous lui faites entendre» et insiste sur l\u2019idée que l\u2019efficacité d\u2019une telle démarche repose «sur la croyance partagée par le patient et le psy dans la puissance magique des mots».Pour Cady, la psychothérapie est une science humaine, c\u2019est-à-dire culturelle.Si j\u2019avais besoin d\u2019un psy, j\u2019en choisirais un comme ça.Faut-il croire Roudinesco ?Dans L\u2019inconscient expliqué à mon petit-fils, l\u2019historienne qt psychanalyste française Elisabeth Roudinesco propose une introduction à cette notion rendue célèbre par l\u2019œuvre de Freud.Présenté par son éditeur comme «une grande réussite pédagogique», ce livre ne brille pourtant pas par l\u2019efficacité de sa démonstration.Il est amusant, stimulant et contient des hypothèses interprétatives originales s\u2019inspirant des films Titanic et La guerre des étoiles.mais il manque trop d\u2019ordre pour offrir un clair résumé.Auteure de la biographie Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre (Seuil, 2014), Roudinesco est d\u2019ailleurs sévèrement critiquée pour ce travail dans un récent numéro de la revue Psychiatrie, sciences humaines, neurosciences.Dans La démarche intellectuelle d\u2019pne croyante, les Québécois Eric Cpulombe et Serge Larivée, de l\u2019École de psychoéducation de l\u2019Université de Montréal, lui reprochent un travail historique bâclé et malhonnête.Certaines de leurs critiques concernant les erreurs factuelles de Roudinesco sont dif ficiles à contester, mais leurs préjugés très défavorables envers la psychanalyse, qu\u2019ils assimilent au charlatanisme, relèvent d\u2019un dogmatisme scientiste irritant.Que la psychanalyse ne soit pas une science dure n\u2019entraîne pas qu\u2019elle soit une imposture.louisco@sympatico.ca COMMENT AIDFR VOTRE PSY A REUS,SIR VOTRE PSYCHOTHERAPIE Patrick Cady Liber Montréal, 2015, 86 pages LTNCONSCIENT EXPLIQUÉ A MON PETIT-FILS Elisabeth Roudinesco Seuil Paris, 2015, 128 pages La Vitrine DES BEAUX LIVRES HISTOIRE LES DERNIERS JOURS DES ROIS Patrice Gueniffey Perrin Paris, 2015, 285 pages Le sang bleu coule à flot dans cette nécrologie de douze des plus grands monarques français, de Saint Louis à Napoléon III en passant par Louis XIV, dont on célèbre cette année le tricentenaire de la mort.Patrice Gueniffey et ses collaborateurs ouvrent les portes dorées des châteaux où l\u2019on assiste aux souffrances d\u2019un François atteint de syphilis et d\u2019un Roi-Soleil grugé par la gangrène.La mort est nauséabonde à Versailles.En témoignent les effluves qui se dégagent de Louis XV, dont le visage est noirci par les croûtes des pustules de la variole.La tête de son successeur aura meilleure mine, tranchée nette par la guillotine.«Les grands conquérants, tant s\u2019en faut, ne meurent pas tous au combat», rappelle Thierry Lentz.Après avoir cherché la mort à Waterloo, c\u2019est dans son lit que Napoléon est fauché par un ulcère gastrique.L\u2019empereur déchu n\u2019a pas été empoisonné, comme le soutiennent les théoriciens du complot.Au chevet des mourants, les auteurs font preuve d\u2019empathie.Leurs courts textes s\u2019apparentent davantage au signet funéraire qu\u2019au rapport d\u2019autopsie.«Le roi est mort, vive le roi ! » Dave Noël ISABEUE ClUKE\tOANIEl EDSTEllE HISTOIRE APOCALYPSE STALINE Isabelle Clarke et Daniel Costelle Acropole Paris, 2015, 192 pages Le livre accompagne le nouveau volet de la série télé Apocalypse, consacré cette fois à Staline.Le découpage est le même, en trois parties, pour raconter la genèse, l\u2019installation massacrante au pouvoir et la propagation mondiale du système communiste, toujours avec des allers-retours entre différentes dates charnières.Encore une fois, le travail de synthèse et la volonté pédagogique ne peuvent susciter qu\u2019admiration et reconnaissance.Les puristes contre la colorisation et les connaisseurs qui regrettent certains raccourcis analytiques devraient se rappeler avec indulgence l\u2019objectif central de cette entreprise multimédia: faire connaître le passé à tous, donner le goût de l\u2019histoire à chacun, raconter d\u2019où vient notre monde commun.La série télé et le livre se complètent en ce sens que le livre étend les informations.Quand le premier volet cite un extrait du poème Babi Yar de Evgueni Evtouchenko, le livre, lui, le cite au complet.Quand l\u2019imprimé propose un arrêt sur image du braquage de Tiflis qui a rapporté des millions aux bolcheviques, la série montre un extrait d\u2019une fiction de propagande.Èn même temps, l\u2019un ou l\u2019autre document se tient de manière autonome, et il est tout à fait possible de ne consulter que l\u2019un ou l\u2019autre.Stéphane Baillargeon ARCHEOLOGIE Les millénaires québécois Un bilan illustré des découvertes archéologiques MICHEL LAPIERRE Rien ne témoigne autant de la diversité culturelle et de la longue durée du Québec que l\u2019archéologie.C\u2019est la leçon que donne Air, livre richement illustré, qui, grâce au prisme de l\u2019un des quatre éléments propres à la physique de l\u2019Antiquité, fait redécouvrir le territoire et le peuplement.Des pointes de flèche datant de 12 000 ans jusqu\u2019à l\u2019épave d\u2019un avion amphibie gisant depuis 1942 dans le golfe du Saint-Laurent, le Québec s\u2019y réinvente, dans l\u2019imaginaire.Une trentaine de spécialistes ont collaboré à l\u2019ouvrage collectif publié sous la direction de Jean-Yves Pintal, Jean Proven- cher et Gisèle Piédalue.Ils montrent que, grâce à de multiples découvertes archéologiques depuis 1970, l\u2019observation de l\u2019anthropologue états-unien Frank G.Speck (1881-1950), grand connaisseur des Amérindiens du Nord-Est, n\u2019est plus pertinente : «Nul territoire aussi vaste du continent américain ne demeure si peu connu.» Racines Cartes géographiques, photos d\u2019artefacts, impressionnantes vues aériennes de portions de territoire accompagnent des tableaux chronologiques détaillés.La mise au jour de près de 10 000 sites d\u2019occupation ancienne, l\u2019étude de la lente migration commen- cée il y a 15 000 ans, depuis le détroit de Béring séparant l\u2019Asie de l\u2019Alaska jusqu\u2019à l\u2019espace laurentien, permettent à Pintal d\u2019affirmer _ magnifiquement: «Le J.Québec est l\u2019ultime -* frontière de la longue marche autochtone.» Près du lac Mistassini, les Cris firent d\u2019une caverne de la colline Blanche, formée de quartzite, un lieu sacré qu\u2019inspirés par eux les explorateurs en Nouvelle-France appelleront «maison du Grand Esprit».De saisissantes photos en évoquent la magie qui semble relier les millénaires de la présence amérindienne à celle des nouveaux venus dont les racines plongent au-delà de l\u2019AÜantique pour aller se mêler ici à des racines tout aussi antiques.L\u2019image d\u2019une reconstitution d\u2019un site iroquoien du Saint-Laurent s\u2019harmonise naturellement avec celles des fouilles archéologiques du site Cartier-Roberval, découvert en 2005 à Cap-Rouge, où s\u2019ébaucha la première colonie française en Amérique entre 1541 et 1543.S\u2019y ajoutent les vestiges exhumés de la seconde habitation de Champlain à Québec, dont l\u2019aménagement commença en 1620, et ceux du site, à Pointe-à-Callière, de la fondation de Montréal en 1642.La mise au jour, entre 2010 et 2013, des ruines du parlement du Canada-Uni, incendié à Montréal en 1849 par des Britanniques qui s\u2019élevaient cqntre le dédommagement par l\u2019État des victimes des répressions de 1837 et de 1838, rappelle que la coexistence des CLAUDE BEAUSOLEIL MYSTÈRE WILDE POÉSIE Les Écrits des Forges félicitent chaleureusement Claude Beausoleil, lauréat du prix Heredia de l'Académie française \\)ow Mystère Wilde; il est le premier lauréat québécois d'un prix de l'Académie depuis Louis Fréchette en 1880.CURIEUSES , HISTflIRB î» DE-PIStNTf! ' Bd CANARI \\il7l-17H 1 cultures a donné lieu à des heurts.Cependant, la belle photo en couleurs d\u2019une tourte empaillée, vestige d\u2019une espèce disparue qui, par ses volées très denses, obscurcissait le ciel, évoque la longue durée «pacifiante» du Québec.Collaborateur Le Devoir ^ O ,,, O cr ce lij ^ LU U__I LL ü LU
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