Le devoir, 24 octobre 2015, Cahier I
[" SCIENCES PRIX DE L\u2019ACFAS CAHIER THEMATIQUE I > LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 OCTOBRE 2015 Ce jeudi 22 octobre se tenait à Montréal le 71® Gala de l\u2019Association %\tm francophone pour le savoir (Acfas).L\u2019occasion de souligner y w C * l\u2019excellence de la recherche dans l\u2019espace francophone et la carrière V \\ % de chercheurs et de chercheuses.Le Devoirvous présente f\t'\t' dans ce cahier spécial les lauréats de l'édition 2015.V -f « DAVID RIOUX Le bal coloré des nanolanternes présente des tourbillons colorés de nanoparticules d\u2019alliages or-argent en suspension dans l\u2019eau.Ces particules reflètent la lumière en produisant une couleur bien précise qui varie en fonction de la taille des particules et du ratio or-argent.Ces minuscules billes lumineuses présentent un fort potentiel d\u2019usages en imagerie biomédicale, permettant notamment de rendre les cellules observables.Photo primée au concours La preuve par l\u2019image de l\u2019Acfas.Il y a plus de soixante-dix ans, l\u2019Association francophone pour le savoir (Acfas) remettait le premier prix Léo Pariseau, en hommage à son premier président.C\u2019était en 1944.Depuis, le gala a bien grandi, et jeudi, c\u2019est neuf éminents chercheurs qui se sont succédé sur la scène du parquet, dans les locaux de la Caisse de dépôt et placement du Québec, pour recevoir l\u2019un des plus prestigieux prix dont un scientifique puisse rêver au Québec.HÉLÈNE ROULOT-GANZMANN Ctt est fondamental de 7 faire en sorte que la science puisse se vivre et se diffuser en français, croit la présidente de l\u2019Acfas, Louise Dandurand.Avec ces prix, qui reviennent chaque année et qui mettent en vedette nos plus grands chercheurs, nous cherchons à promouvoir cette transmission du savoir, en français.Ce qui ne veut pas dire que nous sommes cloisonnés.Nous reconnaissons bien entendu que l\u2019anglais est la langue de publication par excellence, car il s\u2019agit là de la langue scientifique au niveau planétaire, du moins aujourd\u2019hui.Ce qui ne veut pas dire qu\u2019elle doit être unique.L\u2019avenir de la recherche réside dans un multilinguisme ouvert et dynamique.En ce sens, nous devons travailler à maintenir et à affirmer la pratique de la recherche en français.» Un postulat avec lequel tous les chercheurs qui sont venus chercher leur prix jeudi soir devaient bien être d\u2019accord.Qu\u2019ils travaillent en sciences humaines, en biologie, en médecine, en génie, physique, mathématique, informatique, en sciences sociales ou de l\u2019environnement ou qu\u2019ils soient multidisciplinaires, tous ont pour point commun d\u2019avoir choisi de communiquer le fruit de leurs recherches en français, ici, sur le continent nord-américain.Et il y en avait du beau monde, du monde qui depuis des années fait avancer la science, donc la société.Qu\u2019il s\u2019agisse de la spécialiste de l\u2019histoire économique Joanne Burgess de l\u2019Université du Québec à Montréal, lauréate du prix André-Laurendeau pour avoir apporté aux Montréalais un éclairage nouveau sur l\u2019histoire de leur ville ; de Carl-Eric Aubin, de Polytechnique Montréal, ingénieur mécanique de formation, mais qui a su faire profiter de ses talents des patients atteints de déformations de la colonne vertébrale; de Guy Sauvageau, qui à l\u2019Université de Montréal mène un combat de longue haleine contre la leucémie; ou encore, pour n\u2019en citer que quelques-uns, de Paule Halley, de l\u2019Université Laval, grande pionnière dans cette nouvelle discipline qu\u2019est le droit de l\u2019environnement, discipline qui a pour mission de fournir aux démocraties des outils pour bien encadrer le développement durable.Tous d\u2019éminents chercheurs, qui ont donc choisi de publier leurs résultats, aussi, en français.«Nous avons une palette très diversifiée, cette année, confirme M\u201c® Dandurand.Aujourd\u2019hui, presque toutes les disciplines scientifiques sont représentées, et nous sommes particulièrement fiers, depuis l\u2019an dernier, d\u2019honorer également un chercheur au collégial.C\u2019était une volonté que nous avions, car il se fait de plus en plus de recherche au collège.De plus en plus de très bonne recherche, très pertinente, très pointue.Nous avons donc approché la Fédération des cégeps et l\u2019Association des collèges privés du Québec, qui ont accepté de nous parrainer.Nous en sommes vraiment très heureux.» Heureux également de réserver depuis 2012 un prix à un chercheur faisant preuve d\u2019un engagement social particulier.Cette année, c\u2019est Lucie Lemonde de l\u2019UQAM qui l\u2019obtient.Les engagements de cette spécialiste du droit carcéral ont permis, entre autres, la reconnaissance de nombreuses violations de droits dans une variété de situations en lien avec les luttes sociales au Québec.Pour elle, le droit est un outil puissant s\u2019il est accompagné d\u2019actions auprès des institutions, à travers les médias et avec les citoyens.«C\u2019est une de nos images de marque à l\u2019Acfas, affirme Louise Dandurand.Nous croyons que les scientifiques doivent s\u2019impliquer dans les grands débats, qu\u2019ils doivent permettre de faire évoluer la société dans le bon sens.Il y a ce prix très spécifique que nous remettons pour la quatrième fois cette année, mais ça fait aussi partie des critères dont les jurys doivent tenir compte pour départager les candidats.» L\u2019édition 2015 du gala de l\u2019Acfas tout juste refermée, la présidente pense cependant déjà à l\u2019avenir.Si elle se dit déjà très satisfaite de l\u2019envergure qu\u2019ont prise les prix, qui rivalisent aujourd\u2019hui avec ceux du Québec sur la scène scientifique nationale, elle croit cependant qu\u2019il y aurait encore un champ à explorer, celui de la recherche-création.«Tout ce qui se fait dans le domaine des arts, qu\u2019il s\u2019agisse des arts médiatiques, des arts plastiques ou autres, explique-t-elle.C\u2019est en pleine émergence et, à l\u2019échelle nord-américaine, le Québec se distingue par sa vigueur et son importance dans ce domaine.Or, les organismes subventionnaires tardent à reconnaître l\u2019apport réel de ces disciplines», regrette-t-elle.Dans les années qui viennent, si elle trouve un partenaire, l\u2019Acfas pourra ainsi peut-être ajouter un dixième prix à son éventail déjà bien large.D\u2019autant qu\u2019il n\u2019y a pas que les chercheurs chevronnés qui soient mis à l\u2019honneur chaque année.Depuis plusieurs décennies, des étudiants à la maîtrise et au doctorat reçoivent eux aussi des prix afin de souligner leur apport dans les projets de recherche de leurs profes- Nom devom travailler à maintenir et à affirmer la pratique de la recherche en français )) La présidente de l\u2019Acfas, Louise Dandurand seurs et directeurs.Des prix qui ont été remis un peu plus tôt cet automne lors d\u2019une cérémonie au grand salon du pavillon Alphonse-Desjardins de l\u2019Université Laval à Québec, et qui avaient déjà récompensé une douzaine de chercheurs en herbe.Collaboratrice Le Devoir I 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 OCTOBRE 2015 SCIENCES Prix André-Laurendeau \u2014 Sciences humaines Une passion à conununiquer Joanne Burgess piste les traces du développement industriel inscrites dans le paysage urbain MICHEL BELAIR T oanne Burgess semble être J de tous les combats touchant le patrimoine : on la retrouve partout! Sur le terrain, fouillant les vestiges du développement industriel à Monjtréal aux XIXe et XX® siècles.A l\u2019UQAM, où elle dirige tout autant des étudiants que des structures comme le Laboratoire d\u2019histoire et de patrimoine ou des partenariats de recherche comme «Montréal, plaque tournante des échanges : histoire, patrimoine, devenir».Dans les musées aussi consacrés à l\u2019histoire du patrirpoine industriel, comme l\u2019Ecomusée du fier monde et le musée Pointe-à-Ca-lière.Sans parler des divers champs d\u2019études plus pointus auxquels elle s\u2019est consacrée, ici comme à l\u2019étranger.Ou encore de son obsession pour la transmission des savoirs.Pour mieux saisir le foisonnement qui caractérise depuis quelques décennies l\u2019implication de cette chercheuse émérite, elle a bien voulu tirer avec nous les deux ou trois fils rouges qui traversent toute sa carrière d\u2019universitaire engagée.Une histoire de fils.«A l\u2019université, je me suis d\u2019abord intéressée aux sciences économiques, raconte-t-elle, mais bien vite, en voyant les différentes traces laissées dans la ville au cours des ans par le développement industriel, je me suis passionnée pour l\u2019histoire.» C\u2019est ainsi que Joanne Burgess a consacré sa thèse de maîtrise au développement de l\u2019industrie de la chaussure à Montréal au milieu du XIX® siècle puis celle de son doctorat en histoire, à l\u2019UQAM toujours, au travail et à la vie des artisans du cuir à Montréal de 1790 à 1831.Sa passion pour l\u2019histoire industrielle de la ville et son influence autant sur l\u2019architecture des quartiers que sur la vie des artisans allaient devenir de plus en plus communicatives.« Cela constitue une sorte de premier ancrage, de premier fil directeur de toutes mes activités, poursuit la chercheuse.C\u2019est un secteur extrêmement riche que l\u2019on peut sans cesse étoffer davantage en ouvrant sur des champs de recherche encore plus larges et plus nombreux, comme le commerce, par exemple, ou les pratiques de consommation dans les quartiers de la ville.Mais ce qui est plus important encore que tout cela, c\u2019est de déborder de la sphère universitaire et de faire connaître nos recherches en communiquant clairement et efficacement.» Ce sera le second fd directeur de sa carrière, et il commence à se tramer lors de la rencontre de l\u2019historienne avec l\u2019équipe de l\u2019Écomusée du fier monde.«J\u2019ai eu la chance de travailler avec le Fier monde dès le milieu des années 1980 à la suite d\u2019un colloque.Nous avons tout de suite développé une grande complicité puis mis sur pied une foule de projets d\u2019histoire publique.Mais nous nous sommes surtout rejoints dans notre volonté m aux lauréates et lauréats de l'Université du Québec Les établissements de TUniversité du Québec sont Fiers de souligner la contribution scientifique des chercheur(e)s et des étudiant(e)s qui se sont distingué(e)s lors du 7U Gala de l'AcFas et de la Soirée de la relève en recherche.GALA DE L'ACFAS Joanne Burgess Prix André-Laurendeau Professeure au Département d'histoire Université du Québec à Montréal Lucie Lemonde Prix Pierre-Dansereau Professeure au Département des sciences juridiques Université du Québec à Montréal Rodolphe Soret 2® prix du jury, Concours la preuve par l'image Docteur en neurogastroentérologie Postdoctorant au Laboratoire de génétique moléculaire du développement Université du Québec à Montréal SOIREE DE LA RELEVE EN RECHERCHE Pierre-Luc Huot Prix ressources naturelles Étudiant en génie de la construction École de technologie supérieure Hugo Bonin Concours de vulgarisation de la recherche Doctorant en science politique Université du Québec à Montréal m Université du Québec www.uquebec.ca \u2022\tUniversité du Québec en Abitibi-Témiscamingue \u2022\tInstitut national de la recherche scientifique \u2022\tÉcole nationale d'administration publique \u2022\tÉcole de technologie supérieure \u2022\tTélé-université \u2022\tUniversité du Québec à Montréal \u2022\tUniversité du Québec à Trois-Rivières \u2022\tUniversité du Québec à Chicoutimi \u2022\tUniversité du Québec à Rimouski \u2022\tUniversité du Québec en Outaouais commune de transmettre cette histoire autrement que par l\u2019enseignement, en trouvant de nouveaux moyens.Explorer les nouveaux médias, par exemple, pour mieux transmettre le patrimoine dans des expositions vivantes s\u2019est avéré un défi extrêmement stimulant.Presque une drogue ! » ajoute-t-elle dans un grand éclat de rire.C\u2019est ainsi, grâce à cette collaboration intense et à cette volonté de transmettre concrètement les savoirs, que la passion de Joanne Burgess pour l\u2019histoire publique inscrite dans le tissu urbain a pu s\u2019arrimer à des institutions et à des groupes de pression débordant largement le cadre universitaire.C\u2019est le troisième fil reliant les différents aspects de sa façon d\u2019approcher l\u2019histoire du patrimoine urbain.Elle a ainsi élaboré une foule de projets avec le milieu communautaire et développé son approche de la «recherche partenariale».«Je me suis rendu compte qu\u2019il y avait moyen de créer de nouvelles formes de collaboration.En formant une équipe autour d\u2019un projet, on gagne à faire appel à différents spécialistes et à des types de connaissances à la fois théoriques et pratiques.Souvent, on arrive ainsi, dans une relation de respect et de collaboration mutuelle, à déborder du cadre habituel et à saisir beaucoup plus globalement les problématiques du patrimoine.» Réfléchir un peu plus C\u2019est une tendance qui se vérifie à l\u2019échelle internationale.La chercheuse souligne par exemple une redécouverte du patrimoine industriel 1 SOURCE JOANNE BURGESS Joanne Burgess est la lauréate du prix André-Laurendeau en sciences humaines.et minier en Belgique, en Erance et en Allemagne, où des pans entiers de paysage témoignent d\u2019un passé qui a souvent des impacts identitaires et même touristiques.Ici, au Québec, on n\u2019en est pas encore là.«Globalement, la nouvelle loi québécoise sur le patrimoine souligne l\u2019intention et la volonté de réfléchir plus longuement à ce qu\u2019est le patrimoine.Mais, avouons-le, la sensibilisation à ce type de réalité est beaucoup plus poussée en Europe qu\u2019ici.Par contre, par rap- port à la façon de fonctionner au Québec il y a 50 ans, on a fait d\u2019énormes progrès.A Montréal seulement, beaucoup d\u2019organismes et de groupes de pression s\u2019intéressent à la montagne, au patrimoine urbain et aux rives du fleuve, par exemple.C\u2019est encore un défi que de promouvoir le patrimoine, mais c\u2019est maintenant inscrit dans la réalité.» Tout n\u2019est bien sûr pas parfait, comme vient tout juste de le démontrer «l\u2019incident» autour de l\u2019échangeur Turcot; en creusant pour enfouir un énorme égout, on est tombé sur les ruines d\u2019une tannerie datant de la fin du XIX® siècle.On a ramassé quelques boîtes d\u2019artefacts puis on a repris les travaux comme si de rien n\u2019était.«Je n\u2019étais pas impliquée dans ce dossier, explique M\u201c® Burgess, et je n\u2019en connais pas toutes les composantes.Mais je n\u2019ai pas pu m\u2019empêcher d\u2019envoyer une lettre au Devoir, début septembre, pour souligner que je m\u2019attendais à des consultations plus poussées.J\u2019étais étonnée que le ministère agisse de façon aussi simplificatrice ; il me semble qu\u2019on a mal défendu le dossier.Malgré les échéanciers de construction, il aurait fallu fouiller et débattre davantage.» C\u2019est sur cette nécessité de s\u2019impliquer dans tous les dossiers qu\u2019elle conclut.«Il faut que les défenseurs du patrimoine interviennent dans tous les débats et que la collaboration entre les musées, les spécialistes et les organismes s\u2019accentue de façon à intéresser un public de plus en plus large.C\u2019est en communiquant efficacement que nous parviendrons à sensibiliser les gens aux grands dossiers qui ne cessent de s\u2019accumuler dans une ville qui ne cesse de se développer.» En voyant le sort réservé aux églises, aux vieilles usines et bientôt aux hôpitaux qui pullulent sur le territoire montréalais, on a l\u2019impression que l\u2019actualité ramènera souvent sur le tapis le nom de la lauréate du prix André-Laurendeau de l\u2019Acfas.Collaborateur Le Devoir Prix Jacques-Rousseau \u2014 Multidisciplinarité Du génie aux sciences de la santé Créé en 1980 en l\u2019honneur de l\u2019ethnologue et botaniste du même nom, le prix Jacques-Rousseau de l\u2019Association francophone pour le savoir est annuellement remis à une personne dont les réalisations scientifiques ont largement dépassé son domaine de spécialisation.Reconnu pour sa capacité à établir des ponts novateurs entre une multitude de disciplines, c\u2019est l\u2019ingénieur Carl-Eric Aubin qui remporte cette année la prestigieuse distinction.EMILIE CORRIVEAU Professeur titulaire au Département de génie mécanique de Polytechnique Montréal, M.Aubin est aussi chercheur au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, où il est chef de l\u2019axe de recherche Maladies musculo-squelettiques et réadaptation, ainsi que directeur adjoint aux infrastructures du Centre de recherche.Il est également professeur adjoint au Département de chirurgie de la Ea-culté de médecine de fUniver-sité de Montréal en plus d\u2019être double titulaire de la Chaire de recherche industrielle CRSNG/Medtronic en biomécanique de la colonne vertébrale et de la.Chaire de recherche de l\u2019Ecole Polytechnique en génie orthopédique.Ayant des applications très concrètes, les travaux de recherche de M.Aubin portent surtout sur les technologies reliées aux déformations de la colonne vertébrale et ont pour visée la résolution de problèmes rencontrés par les chirurgiens lors du traitement de leurs patients.Pour y parvenir, le professeur Aubin s\u2019efforce d\u2019établir des ponts et d\u2019entretenir des liens durables avec des spécialistes de l\u2019ingénierie, de la chirurgie orthopédique, des sciences biomédicales et de l\u2019imagerie.Au quotidien, il collabore étroitement non seulement avec des chirurgiens et des experts cliniciens, mais également avec des partenaires industriels.«Ce qui caractérise vraiment mon approche, signale M.Aubin, c\u2019est la transdisciplinarité.Plutôt que de me cantonner à ma propre discipline, donc l\u2019ingénierie mécanique, je préfère essayer de combiner mon exper- tise à celles d\u2019autres spécialistes dans des disciplines que je ne maîtrise pas du tout.L\u2019objectif c\u2019est de faire en sorte qu\u2019ensem-ble, on innove et trouve des solutions créatives ! » Un parcours inspiré et inspirant Adorant son métier, M.Aubin soutient avoir toujours été passionné de sciences et de technologies.«Jeune, j\u2019étais un \"patenteux\", confie-t-il.J\u2019aimais brancher des fils, faire des montages et toutes sortes de choses comme ça.Mon père étant médecin, fêtais aussi très intéressé par tout ce qui touchait le domaine médical.Mais c\u2019est au cégep que fai constaté qu\u2019on pouvait combiner le médical à la technologie.C\u2019est là que j\u2019ai allumé et que j\u2019ai réalisé que je pouvais aborder la santé par des approches technologiques.» Après son passage au collégial, M.Aubin a donc entamé des études,en génie mécanique à l\u2019Ecole Polytechnique de Montréal.Puis, lors de ses études doctorales, le chercheur s\u2019est spécialisé en biomécanique.D\u2019après l\u2019homme, ces années ont été fort marquantes.«Dès mon entrée à Polytechnique comme étudiant, fai fait des rencontres qui ont complètement changé ma vie.Notamment, j\u2019ai rencontré le professeur Jean Dansereau, qui travaillait sur la scoliose à ce moment-là.Il cherchait un étudiant d\u2019été et je me suis porté volontaire en levant la main dans la classe.Le projet qu\u2019il m\u2019a proposé, c\u2019est ce que je fais encore aujourd\u2019hui, soit trouver des modèles informatiques pour aborder des problèmes liés à une pathologie qui aurait autrement été abordée de faççn empirique.» A la suite de sa rencontre avec M.Dansereau, M.Aubin SOURCE CARL-ERIC AUBIN Carl-Eric Aubin est le lauréat du prix Jacques-Rousseau pour la multidisciplinarité.a été appelé à collaborer avec un autre éminent chercheur, M.lan Stokes, professeur au Département d\u2019orthopédie et de réadaptation dç l\u2019Université du Vermont, aux Etats-Unis.«Assez rapidement après ma rencontre avec M.Stokes, on m\u2019a présenté le docteur Hubert Labelle, qui est orthopédiste à Sainte-Justine, relate M.Aubin.Ces trois hommes ont été très importants dans mon parcours, ils ont été mes mentors.» Depuis cette époque, M.Aubin a mené de nombreux travaux de recherche d\u2019envergure en ingénierie biomédicale qui ont donné lieu à des développements technologiques majeurs.Parmi les plus importants, notons la création d\u2019une plateforme de conception et de simulation de corsets orthopédiques permettant d\u2019optimiser la fabrication d\u2019orthèses correctrices pour les enfants souffrant de déformations de la colonne vertébrale tout en minimisant leur niveau d\u2019invasivité.Aussi, grâce aux dernières avancées réalisées par M.Aubin et son équipe de recherche, le poids et les surfaces d\u2019appui des orthèses pour le traitement de la scoliose ont pu être considérablement réduits sans pour autant compromettre leur correction.«Avec notre outil, on est capa- ble de concevoir et de fabriquer une orthèse non seulement 15 % plus performante en termes de corrections, mais avec 50% moins de matériaux, note le scientifique.C\u2019est donc 50 %o plus léger, et c\u2019est beaucoup plus confortable pour le patient!» Un prix significatif Bien qu\u2019il ait reçu de nombreux prix depuis le début de sa carrière, le professeur Aubin soutient qu\u2019à ses yeux, le prix Jacques-Rousseau revêt une importance singulière.D\u2019après l\u2019homme, il s\u2019agit d\u2019une distinction particulièrement appréciable.«Le prix Jacques-Rousseau représente un accomplissement élargi, confie-t-il.C\u2019est un prix que je n\u2019aurais jamais pu décrocher seul.Si je l\u2019ai obtenu, c\u2019est justement parce que j\u2019ai travaillé avec plein de gens ! Pour moi, c\u2019est l\u2019aboutissement de quelque chose que j\u2019ai mis en avant depuis très longtemps.Ça souligne le fait que c\u2019est véritablement porteur de se sortir du milieu dans lequel on est, de penser \"à l\u2019extérieur de la boîte\" et d\u2019aller au-delà des cadres établis! J\u2019espère que d\u2019autres sauront s\u2019en inspirer pour mettre sur pied des projets multidisciplinaires dans leur domaine ! » Collaboratrice Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 OCTOBRE 2015 I 3 SCIENCES Prix Léo-Pariseau \u2014 Sciences biologiques et sciences de la santé À ^avan^ga^de de la lutte contre le cancer du sang CLAUDE LAFLEUR Depuis des décennies, le Guy Sauvageau se bat contre le cancer du sang, et il pourrait bien être sur le point de triompher! Son équipe a en effet mis au point une molécule sensationnelle \u2014 la UM-171 \u2014 qui pourrait être testée d\u2019ici quelques semaines sur des patients.Si tout se passe bien, on pourrait même assister, d\u2019ici un an, «à quelque chose de véritablement joli», lance plein d\u2019espoir l\u2019hématologue.A plus d\u2019un titre, celui-ci réalise ses rêves de jeunesse en dirigeant le Laboratoire de génétique moléculaire des cellules souches, l\u2019une des composantes de l\u2019Institut de recherche en immunologie et en cancérologie QRIC) qu\u2019il a contribué à mettre sur pied.Son équipe a trouvé le moyen de faire se multiplier par dix la quantité de cellules souches contenue dans un cordon Rêves d\u2019enfant devenus réalité «Le domaine biomédical m\u2019a toujours fasciné, dit-il.Petit garçon, j\u2019étais de ceux qui passaient leurs journées à collectionner des insectes et à les disséquer.Vers l\u2019âge de 12-14 ans, j\u2019ai été marqué par Terry Fox qui, malgré son lymphome, a traversé le Canada à pied.Je me souviens très bien m\u2019étre dit: \u201cUn jour, je ferai quelque chose dans ce domaine.\u201d» Puis, à 20 ans, alors qu\u2019il amorçait ses études de médecine, il a déclaré à l\u2019un de ses professeurs qu\u2019un jour, il allait créer un institut de recherche sur le cancer.«Et vers l\u2019âge de 39 ans, fai réussi â convaincre l\u2019Université de Montréal de démarrer l\u2019IRIC», dit-il.Quant à la passion pour les cellules cancéreuses, elle s\u2019est manifestée d\u2019une curieuse façon: «Lorsqu\u2019on regarde des cellules de leucémie au microscope, explique Guy Sauvageau, on voit qu\u2019elles sont extrêmement jolies.Fascinantes et un peu épeurantes en même temps! Je pouvais passer des heures â les regarder.Bref ça a été facile pour moi de choisir ce domaine de recherche.» L\u2019arme anticancer du sang?L\u2019équipe qu\u2019il dirige au sein de l\u2019IRIC a mis une douzaine d\u2019années avant de parvenir à repérer l\u2019arme qu\u2019elle cherchait pour combattre SOURCE GUY SAUVAGEAU La molécule UM-171, un assemblage de quelque 200 atomes mis au point par i\u2019équipe du D''Guy Sauvageau, pourrait bien devenir sous peu une arme redoutabie contre ie cancer du sang.les cancers du sang: l\u2019UM-171, la molécule no 171 de TUniversité de Montréal.«Nous avons testé cinq mille molécules, raconte le chercheur, pour en trouver une vraiment intéressante.Et de celle-ci, on a fabriqué six cents versions pour voir s\u2019il n\u2019y en aurait pas une plus efficace.On a finalement identifié une molécule qui est vingt â trente fois plus efficace que celle qu\u2019on avait identifiée au départ.» Cette molécule est un «joli assemblage» de quelque 200 à 250 atomes qui ressemble à un homard, précise-t-il.«Lorsqu\u2019on l\u2019a essayée, ce fut la seule molécule qui avait un effet biologique notable pour ce qu\u2019on cherchait, indique l\u2019hématologue.Et puisqu\u2019elle avait été synthétisée ici, â l\u2019IRIC, on était les seuls au monde â en disposer.» Aussi répandu que le cancer du sein.Guy Sauvageau insiste sur le fait que le cancer du sang est aussi répandu que celui du sein et du côlon.«En termes d\u2019années potentielles perdues au Canada, les cancers du sein, du côlon % i\\ Guy Sauvageau et du sang font autant de ravage», dit-il.Ce dernier comprend trois grandes familles de cancers: les leucémies (cancer du sang), les myélomes (cancer de la moelle osseuse) et les lymphomes (cancer des ganglions).« C\u2019est dire que ces cancers du sang réunis \u2014 comme on devrait les appeler \u2014 ont autant d\u2019incidence que les cancers du sein et du côlon.» Pour les traiter, on a souvent recours à une greffe de cellules souches, explique le chercheur.Or, l\u2019une des meilleures sources de ce type de cellules se trouve dans les cordons ombilicaux (qui relient la mère et l\u2019enfant durant la grossesse) .Ces cordons peuvent être jetés peu après la naissance ou conservés (avec la permission des parents) pour servir de source de cellules souches.Le problème qui se pose souvent, lorsqu\u2019il s\u2019agit de procéder à une greffe, c\u2019est qu\u2019il faut non seulement trouver une source de cellules souches compatible avec le patient (comme pour toute greffe), mais également en obtenir en quantité suffisante.Or, rapporte le Sauvageau, 95% des cor- dons ombilicaux sont trop petits pour contenir suffisamment de cellules souches pour répondre au besoin d\u2019un patient adulte.Mais grâce à la molécule UM-17L son équipe a trouvé le moyen de faire se multiplier par dix la quantité de cellules souches contenue dans un cordon, soit trois fois plus qu\u2019il n\u2019en faut habituellement pour traiter un adulte.Voilà qui rend donc théoriquement utilisable 100% des cordons ombilicaux.«Et ça ouvre des perspectives thérapeutiques extraordinaires, rapporte le Sauvageau, puisque nous pourrons désormais beaucoup mieux apparier les patients et les cordons ombilicaux.» Il rapporte en effet qu\u2019actuellement, les greffes de cellules souches présentent un taux de rejet ou de complications de 15 à 35%.C\u2019est dire que la greffe échoue pour un patient sur six, et parfois même un sur trois ! Le chercheur a donc bon espoir qu\u2019en appariant beaucoup mieux les patients et les greffons, on obtiendra de bien meilleurs taux de succès.Une «révolution» d\u2019ici un an?Après de méticuleuses recherches en laboratoire puis des tests sur des animaux, l\u2019équipe de l\u2019IRIC est maintenant prête à passer aux premiers essais sur des patients.«Nous espérons obtenir d\u2019ici quelques semaines l\u2019autorisation de Santé Canada de procéder aux premières greffes de cellules souches obtenues en quantité grâce â la UM-171», rapporte Guy Sauvageau.Il précise que si des complications devaient survenir à la suite de ces greffes, elles apparaîtront dans les jours suivant l\u2019intervention.«On devrait donc voir très rapidement si tout se passe bien, comme nous l\u2019espérons.Mais nous demeurerons prudents, car sait-on jamais.» Ce qui pourrait être extraordinaire, c\u2019est que si tout se passe bien \u2014 comme on a toutes les raisons de le penser \u2014, la nouvelle thérapie pourrait être rapidement mise à la disposition de tous les patients québécois.«Je ne pense pas qu\u2019on refusera quiconque aura besoin de cette technologie si on voit qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019effets dangereux chez les deux ou trois premiers patients traités, indique le Sauvageau.On pourrait donc voir quelque chose de véritablement joli d\u2019ici un an!» Collaborateur Le Devoir Prix Adrien-Pouliot \u2014 Coopération scientifique avec la France Le père de l\u2019écologie numérique Cette année, le prix Adrien-Pouliot pour la coopération scientifique avec la France est remis à Pierre Legendre, un chercheur, maintes fois primé, reconnu mondialement pour être le père de l\u2019écologie numérique et qui a réussi à joindre ses deux passions : l\u2019écologie et les mathématiques.MARIE-HELENE ALARIE Dans le milieu scientifique, le nom de Pierre Legendre commence à circuler en 1979, année de la publication de l\u2019ouvrage Ecologie numérique, dont il est le coauteur avec son frère Louis.La carrière du scientifique, alors âgé d\u2019une petite trentaine d\u2019années, est lancée.Pourtant, à l\u2019origine, l\u2019écologie n\u2019aurait pas été le premier choix du chercheur.Il est tombé dedans La famille de Pierre Legendre est une véritable pépinière de scientifiques, et le grand responsable est Vianney Legendre \u2014 le père de Pierre \u2014, un biologiste qui travaille pour le gouvernement du Québec.Il s\u2019intéressera aux poissons des lacs du Québec et publiera des ouvrages sur le sujet.Chargé de cours à l\u2019Université de Montréal, il avait une certaine aisance dans l\u2019enseignement des sciences.Ce passionné souhaite par-dessus tout transmettre son savoir à ses deux fils : «Le soir â la maison, autour de la table, il y avait toujours un sujet qu\u2019il abordait â l\u2019heure du dessert», se souvient Pierre Legendre.Toutefois, ce père à la fois chimiste et biologiste ne poussait pas nécessairement ses fils vers une carrière en biologie, mais plutôt vers les mathématiques et la physique.Pendant l\u2019enfance et l\u2019adolescence, Pierre Legendre est plongé dans un bain de sciences, il en mange.Ses temps libres, il les passe dans le camp des jeunes explorateurs au Saguenay ou bien avec ses amis lors de soirées consacrées à résoudre des problèmes de mathématiques simplement pour le plaisir.«J\u2019ai toujours été intéressé par les mathématiques.Mais quand est arrivée l\u2019heure des graves décisions â la fin de mon cours classique, j\u2019hésitais entre la biologie et les mathématiques.» Le chercheur a finale- ment abandonné les mathématiques et opté pour la biologie.«Mais personne ne m\u2019avait dit qu\u2019on pouvait faire des maths en faisant de la biologie.L\u2019idée n\u2019existait pas â l\u2019Université de Montréal.» Et pourtant.c\u2019est ce que Pierre Legendre s\u2019est empressé de faire lors de ses études de maîtrise en zoologie à l\u2019université McGill et plus tard en étudiant au doctorat en biologie évolutive des plantes à l\u2019université du Colorado, où il s\u2019est intéressé aux méthodes d\u2019analyse statistique : « J\u2019y ai découvert qu\u2019il y avait toute une unité de recherche qui travaillait sur cette nouveauté pour l\u2019époque, la taxonomie numérique, c\u2019est-â-dire la classification des organismes vivants â l\u2019aide d\u2019une méthode qu\u2019on appelle maintenant l\u2019analyse de données.» C\u2019est là qu\u2019elle se cachait, la possibilité d\u2019utiliser les mathématiques dans le cadre de recherches en biologie.« C\u2019était un monde hybride qui me convenait tout â fait.» L\u2019écologie numérique Qn retrouve Pierre Legendre comme chercheur postdoctoral en cytologie en Suède.Il travaille alors dans le même laboratoire qu\u2019Albert Levan, le premier scientifique à avoir déterminé le nombre de chromosomes chez les humains.«J\u2019apprenais lâ-bas de nouvelles méthodes d\u2019étude des bandes sur les chromosomes de poissons.» Il reçoit un jour un coup de fil du doyen des sciences de la toute nouvelle Université du Québec à Montréal, qui lui dit avoir un poste pour lui.«J\u2019ai fait l\u2019erreur de prendre ce poste!» lance à la blague notre scientifique, qui n\u2019avait exploré l\u2019écologie que dans le premier cycle de ses études universitaires.Ce poste en écologie demandait donc à son titulaire un véritable changement de paradigme.Mais quand on a Pierre Dansereau comme collègue.Dans ce centre de recherche SENG HOKNGO Le chercheur Pierre Legendre, lauréat du prix Adrien-Pouliot pour la coopération scientifique avec la France en sciences de l\u2019environnement, on commençait à récolter des données, et Pierre Legendre avait proposé d\u2019orienter les recherches sur le fleuve Saint-Laurent, alors que traditionnellement, dans les autres universités, les gens travaillaient sur les petits lacs.«C\u2019est lâ que je me suis dit que tout ce que f avais appris en taxonomie numérique, je pourrais l\u2019appliquer aux données écologiques.C\u2019est ainsi qu\u2019est née l\u2019idée de l\u2019écologie numérique.» Les premières années passées à l\u2019UQAM ont été mises à profit pour faire la revue des publications scientifiques des analyses numériques quantitatives qui avaient été appliquées aux données écologiques multidimensionnelles, c\u2019est-à-dire: «Quand on regarde dans un écosystème quelles sont toutes les espèces d\u2019arbres, de poissons, de zooplanctons, etc., qui sont présentes dans un milieu, le résultat, c\u2019est des tableaux de données où on a en lignes beaucoup de sites et en colonnes beaucoup d\u2019espèces.Ce sont des données très difficiles â traiter statistiquement, des données multivariables.» VOIR PAGE I 5 : PÈRE Regards croisés sur la recherche NOS CHERCHEURS SE DÉVOILENT D\u2019UNE FAÇON INÉDITE! 7 VIDEOS à découvrir sur le Web USherbrooke.ca/regards UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE Voir au futur I 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 OCTOBRE 2015 SCIENCES Prix Michel-Jurdant \u2014 Sciences de l\u2019environnement Une pionnière du droit en environnement REGINALD HARVEY Paule Halley a consacré une vingtaine d\u2019années de sa vie professionnelle à donner au droit la place qui lui revient dans le domaine, en pleine évolution, de l\u2019environnement, s\u2019inscrivant dans une perspective de développement durable.Elle a consacré son enseignement et ses recherches à l\u2019apparition et à l\u2019affirmation de ce droit au sein de sociétés dorénavant attentives et préoccupées par le sort réservé à leurs milieux de vie.Elle obtient son baccalauréat et sa maîtrise en droit de FUniversité Laval.Elle fréquente par la suite l\u2019Université de Montréal, qui lui décerne en 1995 un doctorat dans cette même science et qui couronne sa thèse d\u2019une note d\u2019excellence ; elle traitait de ce sujet novateur : «Instituer la prudence environnementale: le régime pénal québécois de lutte contre la pollution».Cet ouvrage sera publié sous forme de monographie quelques années plus tard, ce qui lui vaudra un prix du Barreau du Québec.Aujourd\u2019hui professeure titulaire à la Eaculté de droit de l\u2019Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en droit de l\u2019environnement, Paule Halley se souvient de l\u2019époque de ses études universitaires : autour des années 1980, les temps étaient difficiles et les emplois, rares; elle décide de poursuivre sa formation dans cet état d\u2019esprit: «L\u2019environnement venait me chercher parce qu\u2019il répondait à mes passions et à mes valeurs en termes de protection des droits fondamentaux.» Elle se trouve alors un professeur pour la diriger, en la personne de Borne Giroux, aujourd\u2019hui juge à la Cour d\u2019appel du Québec, dans un contexte où «personne ne faisait à ce moment ce genre de droit».Cet éminent juriste avait déjà écrit sur le sujet: «Il se consacrait au droit d\u2019aménagement et il s\u2019est avéré un très bon mentor; fai été bien encadrée en étant entourée par un beau modèle de juriste engagé.» Sa carrière se dessine alors avant même d\u2019aborder ses études de doctorat: «J\u2019ai travaillé étroitement durant quelques années avec lui pen- dant mon deuxième cycle.Il était un pionnier dans ce domaine et je participais au développement de ce secteur de l\u2019environnement avec un tout petit groupe de juristes au Québec; on s\u2019interrogeait sur une question très présente pour savoir comment le droit peut intervenir pour protéger et pour améliorer l\u2019environnement.» Des balbutiements à la prise de parole Paule Halley se penche sur ses premiers dossiers, principalement des causes touchant la pollution.Elle devient alors à son tour une pionnière en droit de l\u2019environnement et mesure le chemin parcouru depuis: «Il est certain que ce droit s\u2019est énormément développé depuis mes débuts.Beaucoup de gens s\u2019y intéressent et c\u2019est devenu un sujet qui ne peut plus être ignoré.» Des avancées majeures ont été réalisées.«Alors que c\u2019était quelque chose qui était plus ou moins pris au sérieux au moment où j\u2019ai commencé, plus personne ne peut aujourd\u2019hui faire des affaires, du développement ou prendre des décisions importantes sans passer par les contraintes que peut avoir le droit de l\u2019environnement sur son projet; il importe de prendre les mesures qui conviennent pour se plier aux exigences de la loi.» Plus loin en cours d\u2019entrevue, elle livrera ce discours à ce sujet: «La communauté juridique n\u2019est pas totalement homogène sur cette question.» Mais la problématique ne peut plus être ignorée: «Absolument.Dans les grands cabinets, il faut que quelqu\u2019un regarde les transactions importantes qui ont cours de ce point de vue là.Il y a beaucoup de réglementations qui encadrent les activités, ce qui demande un support pour les entreprises qui doivent les respecter.» Il y a plus: «On sent que c\u2019est un enjeu, que c\u2019est une valeur, la protection de l\u2019environnement, dans la société.Les acteurs ne peuvent plus ignorer, dans leur discours, que pour les populations canadienne et québécoise, la protection du milieu dans lequel elles vivent et de celui qu\u2019elles vont léguer à leurs enfants et petits-enfants, c\u2019est maintenant important; on voit beaucoup plus les conséquences du manque de soin du passé.» D\u2019autant plus qu\u2019un autre concept fondateur est apparu dans le décor.« On a assisté à l\u2019apparition d\u2019un modèle de développement fondé sur le productivisme industriel associé à celui du développement durable et à ses principes, ce qui a une implication très importante pour le droit de l\u2019environnement.C\u2019est devenu un sujet de régulation internationale.A partir de là, on a dû intégrer les juristes de ce droit, les apprivoiser, et comprendre les mécaniques derrière ce concept.» La transmission du flambeau La professeure laisse savoir qu\u2019il lui a été nécessaire d\u2019enchâsser cette démarche novatrice dans ses enseignements.Elle a même été la responsable scientifique d\u2019un ouvrage sur le droit de l\u2019environnement en français à l\u2019intérieur duquel elle signe le chapitre sur le développement durable; la plupart des spécialistes québécois de la question ont contribué à cette publication: «C\u2019est un document de référence qui n\u2019existait pas.» Elle est fière d\u2019avoir ainsi contribué à la diffusion du savoir autour de sujets comme les changements climatiques, la bio diversité et autres, mais reconnaît qu\u2019il reste bien du boulot à accomplir: «On a franchi des pas de géant dans la protection juridique de l\u2019environnement et de la mise en œuvre du développement durable, mais comme on le voit à l\u2019évidence régulièrement avec les manchettes des journaux, on n\u2019a pas encore atteint les résultats recherchés; ce n\u2019est pas demain que je vais me retrouver au chômage.» Et qu\u2019en est-il de l\u2019attitude de ses étudiants?Sent-elle une sensibilisation accrue de leur part envers toute cette problématique?Paule Halley croit en eux: «Ily a eu une nette progression de ce côté.Ce sont les leaders et les décideurs de demain, et je suis très heureuse de contribuer à en former un grand nombre, ce qui peut changer complètement la façon dont vont être abordées les questions du développement.Le fait qu\u2019ils aient acquis toutes ces notions, qu\u2019ils les aient acceptées et qu\u2019ils recherchent aussi à mettre en œuvre cette vision d\u2019un développement qui soit amical pour les communautés d\u2019accueil et pour les mi- SOURCE PAULE HALLEY Paule Halley, lauréate du prix Michel-Jurdant en sciences de l\u2019environnement lieux naturels nous laisse à penser que les leaders de demain seront beaucoup plus sensibles et mieux outillés; on risque de progresser davantage dans leur sillage.» Collaborateur Le Devoir LE SAVOIR EST LA.JR Manon Vacheret « Fernanda Prates
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