Le devoir, 29 août 2015, Cahier F
[" LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE SO AOUT 2015 ¦'W J Z/ PEDRO RUIZ LE DEVOIR DE PROF La rentrée, c\u2019est aussi ce moment où des cohortes d\u2019étudiants découvrent quels professeurs leur enseigneront pour les prochaines semaines.Austères ou cool, showmen ou routiers pas revenus du cours classique, les figures de prof, comme les façons d\u2019apprendre, sont nombreuses.Et dans notre imaginaire, qu\u2019en est-il ?Quels visages prennent les professeurs dans le roman québécois contemporain?Petite étude en temps de rentrée.CATHERINE LALONDE Maître, passeur, mentor?Peut-être, mais le portrait des professeurs dans la littérature est loin d\u2019être flatteur.« On voit deux modèles», expliquait il y a quelques jours au Devoir David Bélanger, doctorant à l\u2019UQAM, qui étudie les discours sur la littérature.Le premier modèle, c\u2019est ce professeur qu\u2019on retrouve également côté français dans le dernier Michel Houel-lebecq {Soumission, Flammarion, 2015).Un enseignant universitaire, un homme, qui utilise son savoir comme outil de «domination érudite et sexuelle sur les femmes», souvent ses étudiantes.«On voit ce prof-là chez Catherine Mavrikakis [Ça va aller, Leméac, 2002] comme dans La brèche [Boréal, 2008] de Marie-Sissi Labrèche, où le prof est décrit comme vraiment pédant, parlant sans cesse de Kafka pour charmer les gens.Le savoir ici devient une façon d\u2019exercer un certain charme», précise celui qui se penche tout particulièrement sur une trentaine de romans de 1999 à 2012.Il nomme aussi Tarquimpol (Alto, 2007), de Serge Lamothe, où le narrateur voit un prof tenter de lui voler, par étalage de connaissance, une copine.Ou Scrapbook (Boréal, 2004), de Nadine Bismuth, en dérision, où «le cliché de ce prof semble surjoué», lui qui donne à ses conquêtes la possibilité de publier dans sa maison d\u2019édition.«Au début de Putain [Seuil, 2001], aussi, où Nelly Arcan décrit l\u2019entrée de l\u2019UQAM, cette porte d\u2019église au centre de sex-shops.On retrouve encore cette opposition entre le \u201csacré du savoir\u201d et une sexualité très présente.» Prédateur sexuel, le prof de nos romans ?David Bélanger rigole.«Oui, c\u2019est étonnant à quel point.Dans tous les romans que je viens de nommer, le narrateur créateur se fait soit voler sa conquête, soit, si c\u2019est une femme, conquérir, dominer par le professeur, le théoricien, le critique.Et c\u2019est assez rarement heureux comme relation.» Pourquoi une si sombre image?Le chercheur se risque.«La critique québécoise a occupé un rôle trop grand dans le rapport à la créa- Le goût des autres : Alain Farah lit Olivier Cadiot Page F 2 tion et la littérature.[Le critique et ex-collaborateur au Devoir] Gilles Marcotte a mis ça en lumière en 1981, disant que l\u2019institution, ici l\u2019université, prend trop de place: elle précède les œuvres, qui deviennent alors de la nourriture pour l\u2019institution.Ça forge un rapport de domination travaillé, trop présent dans la construction même de notre littérature.» L\u2019école, cette prison Le deuxième modèle de prof qui revient en trame dans le roman québécois colporte aussi une image négative de la grande école.Une image qui s\u2019oppose à la création, parfois à la vie même.Comme chez Jean-Philippe Martel {Comme des sentinelles, La Mèche, 2012), où le narrateur-chargé de cours raconte la littérature française sans arriver, hors ses classes, à sortir de ses petites misères.Chez Patrick Nicol, particulièrement dans La blonde de Patrick Nicol (Triptyque, 2005), l\u2019opposition de l\u2019enseignement à la création est démontrée par le dédoublement de Patrick Nicol le narrateur-écrivain et Patrick Nicol l\u2019enseignant au cégep.«La littérature, y lit-on, est ce genre de vieille personne qui ne réussit qu\u2019à parler d\u2019elle-même.» «Cette idée que la présence du critique est si dominante qu\u2019elle oblige la littérature à parler d\u2019elle-même est vécue comme une prison, poursuit David Bélanger.L\u2019institution devient une prison.» Comme dans Pourquoi Bologne d\u2019Alain Farah (Quartanier, 2013), où le professeur se présente carrément comme prisonnier de l\u2019Université McGill.Chez François Blais, celui de Document 1, où l\u2019on voit le personnage de Sébastien Daoust, thésard qui a travaillé sur «le temps chez Paul Valéry», représentant parfait de l\u2019institution, qui a tout abandonné pour aller construire des bateaux à Grand-Mère parce qu\u2019il ne croit plus à l\u2019enseignement de la littérature.«Ce qui est étonnant, analyse de son côté David Bélanger, qui a aussi signé le roman Métastases (L\u2019instant même, 2014), c\u2019est que c\u2019est dans l\u2019imaginaire littéraire que l\u2019université a le plus de pouvoir.On pourrait penser que la littérature deviendrait son défenseur, son parti même, mais c\u2019est le contraire, poursuit l\u2019aspirant au doctorat.Peut-être qu\u2019il fallait passer dans une recherche d\u2019indépendance par cette phase où l\u2019université est vue comme castratrice, pour s\u2019en libérer.Peut-être qu\u2019il fallait dans les années 2000 cracher sur l\u2019universitaire.Peut-être qu\u2019on va aller ailleurs.Comme dans Arvida (Quartanier, 2011), un de rares livres qui proposent une autre image.Le narrateur vient de la ville, de l\u2019université, y a acquis des connaissances, mais l\u2019idée de l\u2019universitaire disparaît dans celle du populaire, elle est détachée, libérée.» Comme dans la référence à VOIR PAGE F 6 : PROE Le TDAH est-il une fausse maladie?Page F 6 F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE SO AOUT 2015 VISAGES DE PROF Le goût des AUTRES \u2022 V\t\u2022 V Le vingtième siecle a eu lieu Alain Farah lit le dernier Olivier Cadiot Le goût des autres, c\u2019est ce Heu où un auteur Ht, commente ou critique l\u2019œuvre d\u2019un autre qui l\u2019inspire et à qui il voue une très grande admiration.Aujourd\u2019hui, Alain Farah Ht Providence (P.O.L), dernière fiction de l\u2019écrivain français Olivier Cadiot.Né en 1979, Alain Farah est poète et romancier {Pourquoi Bologne, Quartanier, 2013).Il a consacré sa thèse de doctorat à Cadiot et Nathalie Quintane.Et il est professeur au Département de langue et littérature françaises de McGill, en plus d\u2019enseigner cet automne à l\u2019Université Bar-Ilan de Tel-Aviv.ALAIN FARAH Dans Figures II, Gérard Genette rappelle cette intuition de Proust : le travail de l\u2019écrivain consiste à mettre au monde un moi sans fond, un moi sans moi, le contraire d\u2019un sujet.Donner vie à ce moi qui, paradoxalement, s\u2019avère souvent le plus profond, relève d\u2019une extraordinaire aventure de décentre-ment à laquelle s\u2019emploie l\u2019œuvre d\u2019Olivier Cadiot, dès ce geste inaugural qu\u2019a été L\u2019art poetic\u2019 (P.O.L, 1988).Depuis presque trente ans, chaque livre de Cadiot réactive avec singularité la question de la littérature, sa possibilité même dans un contexte où les récits perdent en intensité, et peut-être en vérité, ce qu\u2019ils gagnent en transparence.En fiction, le dogme de l\u2019authenticité fait des ravages.Les mots sont des atomes Le neuvième livre de Cadiot est paru en janvier 2015.Le lecteur traverse en quatre temps, «si l\u2019on se représente le cerveau en forme de lac», l\u2019étendue de la surface émotionnelle déployée par l\u2019écrivain.Providence fait en effet tenir quatre livres en un, prend la forme de quatre attaques, comme on le dirait en musique, quatre attaques qui font apparaître, de manière ana-morphique, le «je» de l\u2019écrivain, curieuse instance perpétuellement en orbite autour de la personne civile de l\u2019auteur, ce «je» à envisager comme une fiisée.Quelle trajectoire Cadiot nous fait-il emprunter dans Providence^ Celle de Robinson, d\u2019abord, qu\u2019on connaît depuîs Futur ancien fugitif (P.O.L, 1993).Dans «Quel lac aimons-nous», la première partie, le personnage adresse ses doléances à son créateur, si bien que le livre s\u2019ouvre sur le divorce entre l\u2019écrivain et sa doublure, sorte de passage obligé pour que ce livre s\u2019écrive différemment de ceux qui ont précédé, son caractère autobiographique se donnant Ici à voir sous un nouveau jour.J\u2019emploie le verbe «écrire», mais c\u2019est aussi autre chose : Olivier Cadiot fait du montage.La puissance de son projet ne se mesure pas aux histoires racontées, aux thèmes traités, mais au cisaillement de chaque phrase, microévénement dans l\u2019événement qu\u2019est toujours le livre.Cadiot compose une élaboration moléculaire sur laquelle s\u2019élève le corps du texte, si les mots sont des atomes.Pas besoin d\u2019être docteur pour s\u2019en OLIVIER CADIOT rendre compte : son œuvre est Immunisée depuis la naissance contre la maladie de la linéarité narrative: «On n\u2019est plus au dix-neuvième siècle.» S\u2019expliquer aux animaux La deuxième partie de Providence nous plonge dans la tête d\u2019un apprenti auteur.Nous sommes au début des années J980, en Allemagne.Pourquoi?A cause de Joseph Beuys, artiste Fluxus qui, en 1965, tient sur son sein, pendant trois heures, dans une galerie de Düsseldorf, un lièvre mort.Certaines choses s\u2019expliquent mieux aux animaux, le sens de l\u2019art, par exemple.La.présence de Beuys permet à Cadiot de mettre en scène sa propre naissance comme créateiu, lui dont l\u2019œuvre est marquée par la conscience d\u2019apparaître après les avant-gardes: «Ftsi c\u2019est terminé, qu\u2019est-ce qu\u2019on va devenir?Devenir moderne trop tard, c\u2019est idiot.» Nécessaire surtout: Cadiot réactive depuis son premier livre un des actes fondateurs de l\u2019Invention littéraire : muni de son «cutter de chirurgien », 11 prélève les mots, les observe, car «on dirait une petite chose vivante qui bat sur une table de dissection».L\u2019écrivain quitte son pupitre pour écrire debout,, et son crayon est un ciseau.Ecrire est une performance, vivre aussi.Les œuvres de Beuys, comme celle de John Cage, nous le rappellent sans cesse.Pour qu\u2019une culture reste vivante, c\u2019est-à-dire dangereuse, 11 Importe de revendiquer activement la mémoire des plus virulents gestes de rupture, pas tant poiu éviter de réinventer la roue, plutôt pour comprendre H.BAMBERGER La puissance du projet d\u2019Olivier Cadiot ne se mesure pas aux histoires racontées, mais au cisaillement de chaque phrase, microévénement dans l\u2019événement qu\u2019est toujours le livre.comment la briser à nouveau.La troisième partie de Providence nous présente un Robinson devenu femme, puis deux jumelles zillionnaires, taxidermistes de la culture, qui tiennent William Burroughs captif dans un musée.Avec Illusions perdues, Cadiot réfléchit à l\u2019im-possibilité d\u2019écrire un roman dans une forme stable.Cette impossibilité ne survient pas faute de désir: «J,\u2019ai envie de faire un Balzac.» Evidemment, on ne travaille jamais ex nihilo : «Le récit a des tentacules.Un peu comme une plante qui chercherait désespérément un tuteur pour grandir.Ft pour l\u2019étouffer.» Balzac comme tuteur, même si l\u2019écosystème a changé.Car le problème du roman, du roman comme genre, je veux dire, c\u2019est sa lenteur: «c\u2019est long de tout décrire» surtout pour un écrivain de la vitesse.Qn passe donc très vite, dans cette «étude de mœurs» accélérée, de la nature, à la province, à la ville.Lucien de Rubembré est désormais une femme qui consomme des drogues de sjm-thèse.Elle monte à la capitale pour réussir.Rqussir dans quoi, à faire quoi?A rencontrer, après Beuys, Cage et Balzac, Biuroughs, dont la protagoniste a de la difficulté à comprendre l\u2019accent.Puis la jeune fille devient un vieil homme: la dernière partie de Providence raconte les confidences d\u2019un photographe âgé, retiré dans un asile, au bord d\u2019un lac.L\u2019écriture devient presque mélancolique, le narrateur explique que «lac vient du sanscrit et signifie dépression», mais cette mélancolie n\u2019enlève rien à la vitesse du phrasé: «aucun délai entre les choses et vous; entre les choses et les choses; entre vous et vous».Lisez l\u2019œuvre d\u2019Qlivier Cadiot, vous verrez : avec ses narrateurs protéiformes et décentrés, avec sa mémoire de l\u2019avant-garde, avec la vitesse avec laquelle se déplace sa phrase, il fait entrer, depuis trois décennies, le roman français dans le vingt et unième siècle.Collaboration spéciale Le Devoir PROVIDENCE Olivier Cadiot P.O.L Paris, 2015, 256 pages ROMAN AMERICAIN L\u2019école de l\u2019adolescence DOMINIC TARDIF Les temps changent, mais l\u2019adolescence, pas tellement.Les adultes ne cesseront jamais de mentir, les professeurs, de ne pas savoir reconnaître l\u2019authentique intelligence, et l\u2019autorité, d\u2019accumuler les décisions mal éclairées.C\u2019est du moins l\u2019opinion sans appel de Leonard Peacock.Dégoûté par tous les «petits connards» qui fréquentent son lycée, abandonné par sa rock star déchue de père comme par sa superficielle de mère, le jeune homme oisif se lève le matin de son 18® anniversaire enfin résolu à accomplir quelque chose.Quoi?Tuer son camarade de classe Asher Beal, avant de se suicider.Le P38 avec lequel son grand-père a un jour achevé un nazi dans le sac à dos, il consacre sa dernière journée sur Terre à dire adieu à son vieux voisin Walt, à son ami Baback, à la fille pour qui il a le béguin, Lauren, et à son prof Herr Silverman, miroir rassurant de sa propre inadéquation.«Mes camarades de classe font l\u2019amour à leur ignorance et ça me déprime [.]», pense lœonard pendant un des cours de celui qui enseigne l\u2019histoire de l\u2019Holocauste, affligé par le conformisme des réponses qu\u2019offrent ses collègues aux questions d\u2019ordre éthique soulevées en classe par son mentor de facto.Des pensées d\u2019ado, quoi.Gus Van Sant?Mais la colère du tueur potentiel ne carbure-t-elle vraiment qu\u2019à son mépris pour la Initiatives Intervention collective, mobilisation locale et hébergement des aînés Yvan Comeau Michel Desrosiers Laurence Martin-Caron Comment mettre sur pied des projets collectifs locaux d\u2019hébergement pour les aînés ?À quelles conditions l\u2019hébergement associatif peut-il offrir des services de qualité et à prix abordable ?INTERVENTION COLLECTIVE, MOBILISATION LOCALE ET HÉBERGEMENT OES AÎNÉS Yvan Comeau, Michel Desrosiers et Laurence Martin-Caron 20151212 pages | Collection «Initiatives» ISBN 978-2-7605-4306-5 \"# de l'Université du Québec PAPIER -|500$ PDF EPUB PUQ.CA \"Ê Presses de l'Université du Québec On a tous besoin de savoir POUR AGIR stupidité qrdinaire ?Bien sûr que non ! A l\u2019ère du politiquement correct, un roman young adult comme Pardonne-moi, Leonard Peacock de Matthew Quick (auteur de The Silver Linings Play Book, 2012) ne peut se permettre de décrire une violence dont la mèche n\u2019aurait pas été allumée par un abus ou un événement traumatique quelconque.Passons sur les détails, qui ne sont révélés qu\u2019aux trois quarts du livre.Cette façon plutôt paresseuse de chauffer son récit aux circonstances spectaculai-rement exceptionnelles marque les limites de ce roman, comme il marquait les limites d\u2019un autre roman, de John Green cette fois, s\u2019adressant au même public.Nos étoiles contraires (Fernand Nathan).Alors que les jeunes protagonistes du best-seller porté à l\u2019écran avec grand succès l\u2019an dernier tentaient de sourire malgré l\u2019injustice du cancer qui les rongeait, Leonard Peacock surnage afin de ne pas se laisser aspirer par le fond, malgré ce dont il a été victime.Même en admettant que la maladie ou la violence sexuelle sont ici des métaphores, y a-t-il lieu de s\u2019inquiéter de ce que ces choix narratifs charrient comme message ?La douleur n\u2019est-elle digne d\u2019être exprimée que lorsque ses causes sont aussi graves?Tout n\u2019est pas à jeter, loin de là, dans ce roman à l\u2019humour iro-nico-prévisible, mais efficace.Le personnage d\u2019Herr Silver-man, rare professeur-courage dans un monde d\u2019automates de l\u2019éducation, incarne bellement, et sans trop de clichés, un exemple d\u2019homme serein par-delà sa différence.En prenant bien soin de ne pas réhabiliter tous les adultes que déteste son narrateur, Matthew Quick semble attendre dans le détour les critiques qui voudraient l\u2019accuser d\u2019angélisme.Sorte de mélange en- a.Tous les adultes que je connais détestent leurs jobs et leurs vies.Je ne connais personne de plus de dix-huit ans qui ne serait pas plus heureux mort [.]; et cette pensée me conforte dans ce que Je m\u2019apprête à faire.)) Extrait de Pardonne-moi, Leonard Peacock tre un film de Gus Van Sant, version édulcorée, et un épisode du téléroman 30 vies (moins les dialogues bancals).Pardonne-moi, Leonard Peacock demeure néanmoins un livre écrit par un adulte qui a oublié comment l\u2019adolescence seule offre de nombreuses raisons de vouloir se faire éclater la cervelle.Collaborateur Le Devoir PARDONNE-MOI, LEONARD PEACOCK Matthew Quick Traduction de l\u2019anglais de Fabienne Vidallet Robert Laffont Paris, 2015, 324 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 AOUT 2015 F 3 VISAGES DE PROE Désobéir Danielle Laurin lise Turcotte surprend avec ce court roman hybride, à double fond et double structure, à cheval entre deux lignes.Le parfum de la tubéreuse oscille entre deux mondes parallèles qui, par un effet miroir, en viennent à se confondre.Elle le disait déjà dans son livre précédent.Autobiographie de l\u2019esprit (La mèche, 2013), donné à lire comme une visite intime de son atelier d\u2019écriture : «Car ce que je cherche à capter, c\u2019est bien plus l\u2019ambiguïté de la réalité que sa clarté donnée comme vérité.» Etrangeté, mystère, paradoxes.Omniprésence de la mort, bien sûr.Et appels d\u2019air, éclaircies, pour ne pas dire illumiqations, au milieu de cette sombre ménagerie.Elise Turcotte ne lâche pas le morceau.Tout est là.Mais en condensé, autrement.Et pas seulement.Ici, l\u2019auteure de La maison étrangère (Le-méac, 2002) et de Pourquoi faire une maison avec ses morts (Leméac, 2007) va très loin dans l\u2019exploration d\u2019une vision onirique du monde.Il faut accepter de se retrouver dès le départ dans un univers qui nous échappe, dans lequel tout semble prendre figure de symbole, mais sans clé pour se débrouiller.Du moins dans un premier temps.Les métaphores filent, maillées, énigmatiques.On se demande à quoi s\u2019accrocher, quoi prendre au pied de la lettre.Elottement.Comme dans un rêve.Ou un cauchemar.C\u2019est dense, surréaliste.Mais en même temps, quelque chose de chirurgical dans l\u2019écriture : une grande maîtrise s\u2019en dégage.Quelque chose se joue là à notre insu, qui s\u2019impose, de façon souterraine.Et puis, très vite, nous basculons dans la réalité la plus concrète, directe, explicite, triviale.C\u2019est la joute entre ces deux extrêmes et leur résonance en écho qui constituent le cœur du roman.Travail d\u2019orfèvre, œuvre de transfiguration, Le parfum de la tubéreuse.D\u2019un côté il y a l\u2019avant, de l\u2019autre, l\u2019après.Avant la mort, après la mort.Nous alternons entre les deux.En commençant par l\u2019après.Que se passe-t-il une fois mort?L\u2019héroïne et narratrice de l\u2019histoire n\u2019a pas la tâche facile, au contraire.En quelque sorte alter ego de l\u2019auteure qui a elle-même longtemps enseigné la littérature au niveau collégial, Irène se voit condamnée, après sa mort, à poursuivre sa tâche de professeure.La voici emprisonnée dans un bunker orange brûlé, autant dire au purgatoire, contrainte d\u2019enseigner la littérature à un groupe de jeunes êtres fantomatiques.Elle ne dispose que d\u2019un seul livre : Dialogues en paradis (Gallimard, 1991), de l\u2019auteure chinoise Can Xue.Un recueil de nou- PEDRO RUIZ LE DEVOIR « Ce que je cherche à capter, c\u2019est hien plus l\u2019amhiguïté de la réalité que sa clarté donnée comme vérité », affirme l\u2019auteure Elise Turcotte.Le partum de velles qui, du temps de la vie terrestre d\u2019Irène, lui avait été offert par son amoureux et était devenu son livre de chevet.Dans le même temps, elle avait adopté un parfum.Un parfum issu de la tubéreuse, cette fleur à l\u2019odeur inquiétante tout autant qu\u2019érotique.Ce même parfum qui est à l\u2019œuvre dans l\u2019une des nouvelles de Dialogues en paradis, livre-vestige, unique souvenir qu\u2019a eu le droit d\u2019emporter Irène avant d\u2019être emmenée dans le bunker.«J\u2019ouvre le livre de Can Xue à l\u2019endroit où il est question de la tubéreuse et je caresse le mot avec mes doigts.Parfois, une seule image suffit à me transformer.» Enseigner autrement Qn peut faire des miracles avec un seul ouvrage littéraire.Même devant une classe de fantômes «encore embrigadés dans le réalisme».Les amener à quitter «les rives étroites du rationalisme», c\u2019est ce que s\u2019emploiera à faire Irène, à sa façon.«J\u2019ai envie de leur raconter.Que Can Xue écrit pour se venger, pour exhaler des bouffées de miasmes.Cela irait à l\u2019encontre de tout ce qu\u2019ils ont déjà appris.La littérature concevable et guérisseuse.» Pour Irène, c\u2019est certain : «Il n\u2019y a pas d\u2019optimisme en art.» La littérature comme source de transformation, outil de résistance.L\u2019enseignement de la littérature, pareil.C\u2019est essentiellement ce en quoi continue de croire Irène après sa mort.Même si c\u2019est ce qui l\u2019a perdue en quelque sorte.Désobéir: l\u2019un des motifs récurrents de son parcours sur terre.Alternant avec les chapitres consacrés à son état de morte-vivante au bunker, ceux remontant dans le passé de l\u2019enseignante nous la montrent déterminée, envers et contre tous, à pratiquer son métier avec fougue, soucieuse de transmettre son amour des mots et d\u2019ouvrir les vannes de l\u2019imaginaire chez ses élèves.Il y a aussi dans le décor une histoire d\u2019amitié trahie, sur fond de printemps érable.Dans les deux cas, dans sa vie passée et dans l\u2019entre-deux du purgatoire, l\u2019héroïne et narratrice du roman, en digne représentante de l\u2019auteure peut-être, refuse de lâcher le morceau.Dans les deux cas, le refus de l\u2019en-régimentement domine.La rébellion prend corps.Et si les livres eux-mêmes prenaient corps dans la vie ?Entre fable noire et plaidoyer clairvoyant.Le parfum de la tubéreuse offre un regard tout sauf complaisant sur la littérature et son enseignement.LE PARFUM DE IA TUBÉREUSE Elise Turcotte Alto Montréal, 2015, 130 pages LITTERATURE QUEBECOISE L\u2019humeur noire de Soublière CHRISTIAN DESMEULES yy \\ e crois que la vie se divise J entre l\u2019horrible et le misérable», disait sans rire, mais avec une pointe d\u2019ironie, Alvie, Valter ego de Woody Allen dans Annie Hall.C\u2019est un peu le même teint \u2014\tmais désespérément sérieux dans le désespoir \u2014 qu\u2019ont les êtres de papier d\u2019Alexandre Soublière, qui a un faible pour les personnages déracinés, sans allégeances, moroses.Des misanthropes à tendances sociopathes, comme Sacha et Charlotte, le couple maudit de Charlotte Before Christ (Boréal, 2012), le premier roman de l\u2019auteur de 30 ans.Roman d\u2019anticipation et de romantisme noir campé dans une ville sans nom, son second roman.Amanita virosa \u2014\tnom d\u2019un champignon mortel aussi appelé Ange de la mort \u2014 a pour protagoniste un ingénieur en informatique de 27 ans, un as du piratage convaincu de sa supériorité.Après quelques années comme employé de Sécurité KJV, «une armée privée à la disposition des gouvernements qui veulent bien se la payer».Winchester Qlivier s\u2019est associé avec Samuel Colt, un policier à qui il a sauvé la vie un jour.Avec Hyaena, leur création, ils s\u2019introduisent partout et installent des caméras pour répondre aux fantasmes de voyeurisme les plus poussés de leurs clients.Voir sa voisine dans son plus simple appareil?Reluquer des «femmes girafes» en train de se masturber?Espionner son ex?Hyaena, pour qui en a les moyens, est «une extension de la pornographie, du libéralisme, de l\u2019anarchie, des réseaux sociaux, du voyeurisme, de l\u2019amour, de la jungle, du temps, du pouvoir, de l\u2019imaginaire.» Voir noir Personnage sans morale et sans amis.Winchester carbure à l\u2019argent et au cynisme, à l\u2019eau de pluie et aux documentaires animaliers.«J\u2019ai toujours été un garçon assez fâché, contre tout et rien, raconte le narrateur AArnanita virosa.Etudiant, mon but était de trouver un remède à tous les maux de la terre, ou l\u2019équivalent: développer un virus qui infecterait chaque ordinateur vital au pays pour ensuite détruire la planète.Nucléaire.Despotisme.Peste noire.Miam.» A la faveur d\u2019un nouveau contrat, cet homme désabusé tombera amoureux de la très jeune épouse d\u2019un «vieux milliardaire ratatiné», Eisa, une «artiste hip-hop-mode-médié- vale-électro que les jeunes aiment».Cécili, la seule femme qu\u2019il avait aimée auparavant, l\u2019avait «abandonné» il y a deux ans après avoir découvert la collection d\u2019armes à feu qu\u2019il cajolait dans son sous-sol.Au fd de quelques épisodes rocambo-lesques, il se verra forcé d\u2019exposer à sa nouvelle flamme sa véritable nature, au risque de la voir elle aussi décamper.Commentaire sur le voyeurisme qui contamine notre époque, regard sur l\u2019impossibilité de connaître autrui {«Rien ne sert d\u2019essayer, on ne connaît jamais personne»), le point de départ dé Amanita virosa présente un intérêt réel, mais Alexandre Soublière y in-jecte une dose indigeste et presque létale de romantisme noir, dégoulinant de pathos.Un vernis sirupeux qui empêche son œuvre d\u2019accéder à la terrifiante lucidité d\u2019un Houellebecq, par exemple.Un rapide florilège?«Je rêve d\u2019un monde où la digestion n\u2019existe pas.Où l\u2019anorexie serait la norme puisqu\u2019il n\u2019y aurait simplement pas de nourriture.» «Les tireurs de masse sont probablement les vrais héros de la modernité.Ils refusent de réver.» «Je pleure beaucoup.Je pleure presque tous les jours.Depuis longtemps.Trop longtemps.Il I KK Je me tiens loin des autres.Surtout depuis Cécili, Mais avant aussi.Leur stupidité, leur naïveté, leur petitesse.Ça me rend triste, )) Extrait d\u2019Amanita virosa ANNIK MH DE CARUEEL LE DEVOIR Alexandre Soublière faudrait peut-être que je consulte un ophtalmologiste pour voir s\u2019il peut m\u2019aider à trouver la provenance de toutes ces larmes.» «Eisa, je ne fai jamais trouvée aussi belle.Et fragile.Cassable.Anémique.Morte.Dépendante.Triste.Tu es la solution à tout.» Mais pas de « dynamitage » de la langue française, cette fois, dans cet éloge de la des-truction et du chaos \u2014 comme certains l\u2019avaient évoqué au sujet de Charlotte Before Christ.Le style, ici, a l\u2019habituelle saveur fade des romans qui ont plutôt l\u2019air de scénarios maquillés.Collaborateur Le Devoir AMANITA VIROSA Alexandre Soublière Boréal Montréal, 2015, 312pages ^Gaspard LE DEVOIR LMARÈS \t\t\t\u201c\tDu 17 au 23 août 2015\t\t \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 La maîtresse d'école\tIsmène Toussaint/Les Éditeurs réunis\t-/I 2 La Justicière.La finale des coupables\tMarc AubIn/l'Apothéose\t2/14 3 Six minutes\tChrystlne Brouillet/Druide\t1/13 4 Journal d'un étudiant en histoire de l'art\tMaxime Olivier Moutler/Marchand de feuilles -/I\t 5 Je t'al dans la peau.\tKim Messier/Mortagne\t-/I 6 Baiser \u2022 Tome 2 La vengeance de la veuve joyeuse\tMarie Gray/Guy Saint-Jean\t5/11 7 Tu peux touiours courir\tValérie Chevaller/Hurtubise\t4/20 8 Une autre histoire de famille \u2022 Tome 3 Séparations.\tClaudio Durand/Les Éditeurs réunis\t-/I 9 Lépicerle Sansoucy \u2022 Tome 1\tRichard Gougeon/Les Éditeurs réunis\t-/I 10 Lépicerle Sansoucy \u2022 Tome 2 Les châteaux de cartes\tRichard Gougeon/Les Éditeurs réunis\t-/I Romans étrangers\t\t 1 Cinquante nuances de Grey par Christian\tE.L.James/Lattès\t1/4 2 La hile du train\tPaula Hawkins/Sonatine\t3/13 3 After \u2022 Tome 4 Le manque\tAnna Todd/Homme\t2/2 4 LInstant présent\tGuillaume Musso/XO\t4/22 5 La boite à musique\tMary HIggIns Clark/Albin Michel\t5/9 6 Elle et lui\tMarc Levy/Robert Laffont I Versillo\t8/28 7 Le choix Janson\tJustin Scott/Grasset\t6/2 8 Tuer Alex Cross\tJames Patterson/Lattès\t7/5 9 Mariée à un Inconnu\tSylvia Day/Flammarion Québec\t9/10 10 After \u2022 Tome 1 La rencontre\tAnna Todd/Homme\t10/12 Essais québécois\t\t 1 La vie habitable.Poésie en tant que combustible et.\tVéronique Côté/Ateller 10\t-/I 2 Dany Laferriére à l'Académie française.Discours de.\tDany Laferriére/Boréal\t3/10 3 Djihad.ca Loups solitaires, cellules dormantes et.\tF de Plerrebourg | V Larouche/La Presse\t-/I 4 Jean-Francols Lépine, sur la ligne de feu\tJean-Francols LépIne/LIbre Expression\t4/42 5 Ma vie rouge Kubrick\tSimon Roy/Boréal\t1/15 6 Le petit Hébert.La politique canadienne expliquée à mon.\t.Chantal Hébert/Rogers\t-/I 7 11 brefs essais contre l'austérité\tCollectif/Somme toute\t5/3 8 La souveraineté en héritage\tJacques Beauchemin/Boréal\t8/7 9 Soclal-démocratle 2.0.Le Québec comparé aux pays.\tCollectif/PU M\t-/I 10 L'austérité au temps de l'abondance\tCollectif/Liberté\t-/I Essais étrangers\t\t 1 Du bonheur.Un voyage philosophique\tFrédéric Lenoir/Fayard\t1/27 2 La civilisation du spectacle\tMario Vargas Llosa/Galllmard\t-/I 3 1000 coups de fouet.Parce que i'al osé parler llbremeni\tt Ralf Badaml/Édlto\t2/10 4 Cosmos.Brève encyclopédie du monde\tMichel Onfray/Flammarion\t-/I 5 Y a-t-ll un grand architecte dans l'univers?\tStephen Hawking/Odile Jacob\t3/12 6 Le bonobo, Dieu et nous\tFrans de Waal/Actes Sud\t-/I 7 Tout peut changer.Capitalisme et changement climatique NaomI Kleln/Lux\t\t9/2 8 Vivre sans pétrole.Plaidoyer en faveur des ressources.\tBernard Bertrand/Plume de carotte\t-/I 9 Remèdes mortels et crime organisé\tPeter C.Gotzsche/PUL\t8/15 10 Loccident terroriste.D'Hiroshima à la guerre des drones\t; Noam Chomsky | Andre VItchek/Écosoclété 4/4\t La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019infoimation et d\u2019analyse Gdsjdn! sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de Bdspdn!et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Bdspdré.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite. F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 AOUT 2015 VISAGES DE PROF Prochain semestre Louis Hamelin Le «roman de prof».Péjorative, l\u2019expression appelle le cliché.Ce serait presque un genre littéraire en soi.Les Etats-Unis d\u2019Amérique, où les poètes et les romanciers ont depuis longtemps déserté les tavernes de New York, les bars de Key West et les colonies hippies de San Francisco pour se réfugier à l\u2019université, seraient le plus fertile terreau du roman de prof.Sauf que, curieusement, une fouille sommaire des vastes espaces ensevelis de ma bibliothèque mentale révèle un seul bouquin mémorable pouvant être rattaché de près ou de loin à ce courant: Bruit de fond (Babel), de Don DeLillo, une sombre et hilarante parodie des cultural studies américaines, avec ses séminaires sur les accidents de voiture {car crash seminar, c\u2019est tellement plus puissant en anglais, comme les trois quarts de DeLillo).Loin de la ronronnante intrigue sur le ton base teacher meets girl (ou boy, ou autre chose).Bruit de fond nous donne le choix: on peut y voir le chef-d\u2019œuvre du roman de prof ou décider que le huitième livre de DeLillo est autant un roman de prof que le Prochain épisode d\u2019Aquin est un roman d\u2019espionnage.Au Québec, le même rapide inventaire mental fait débouler les noms suivants : Yvon Rivard (le Nicolas du Milieu du jour, chez Boréal), Mélissa Grégoire, Patrick Nicol, Lynda Dion {La maîtresse.Hamac).Et leur «maître» à tous (si je puis me permettre) : le Gérard Bessette du Semestre (Québec Amérique).A ma connaissance, Bessette est le seul écrivain-professeur québécois à avoir raconté un cours.Lecteurs et étudiants, matière du cours et substance du livre se confondent.Le semestre est le grand classique du genre, le Bonheur d\u2019occasion du roman de prof, avec son style idiosyncrasique, sa manie psychocritique, son intrigue aussi désuète et indéfendable (aujourd\u2019hui) que les chasses au lion de Papa Hemingway, avec son libidineux prof-auteur vieillissant et sa jeune étudiante de service \u2014 toujours la plus brillante de la classe, évidemment.Le comptable privé d\u2019Hubert Aquin Avec de pareils fantasmes publiquement revendiqués, Bessette, en 2015 à l\u2019UQAM, se retrouverait sous haute surveillance.Comment le protéger de lui-même?Une caméra celée dans le gyproc de son bureau?Un bracelet électronique qui se met à biper dès qu\u2019une crépusculaire montée d\u2019hormones échauffe le vieux sang ?Il y a 30 ans, Bessette était l\u2019écrivain en résidence de l\u2019UQAM.1985.C\u2019est l\u2019année où mon futur père Fouettard préféré, Gilles Marcotte, m\u2019écrivait du haut de sa montagne (je le cite de mémoire) : «Monsieur, je ne sache pas que l\u2019on ait jamais appris à écrire à l\u2019université.» Il faudrait encore quelques années pour % N/ VS k BIBLIOTHEQUE ET ARCHIVES NATIONALES DU QUEBEC EONDS ANTOINE DESILETS L\u2019écrivain Hubert Aquin, photographié par Antoine Désilets dans les années 1960.que, osant enfin marcher dans les traces de mon héros.Ken Kesey, je réussisse à m\u2019asseoir dans la version locale de l\u2019un de ces ateliers de creative writing qui, de loin, déjà à cette époque, commençaient à ressembler à de petites usines d\u2019auteurs à succès made in America.En attendant, pour faire quelque chose de ma vie, je me suis inscrit à une maîtrise en sciences de l\u2019environnement.A la cafétéria de rUQAM, je pourrais théoriquement croiser le chemin d\u2019un Gérard Bessette en train de jongler avec ses flacons de pilules et de troquer des gélules de toutes les couleurs avec un collègue du département.Il est assis dans la verrière d\u2019un pavillon qui porte le nom d\u2019un autre grand consommateur de com-pripnés: Hubert Aquin.A rUQAM plane toujours l\u2019ombre d\u2019Aquin, qui y fut un peu plus qu\u2019un prof-écrivain ordinaire.Cet homme qui, au restaurant, après un repas princier et un dernier cognac, repoussait sa chaise, foudroyait le serveur du regard et déclarait, avec une grandiloquence rien de moins que réjouissante: «Je suis Hubert Aquin», avant de filer à grands pas vers la sortie sans attendre l\u2019addition, cet homme fut placé, un temps, à la tête du Département d\u2019études littéraires de l\u2019université.Sous haute surveillance, d\u2019une certaine manière.Il faut vraiment que le train de vie uqamien de ce p\u2019tit gars de la rue Saint-André ait été somptuaire pour que, début des années 1970, à la fin de la plus longue période de croissance continue des temps modernes, bien avant le fiasco de l\u2019îlot Voyageur, factuel régime « aus-téritaire » et les budgets sabrés tous azimuts, l\u2019on s\u2019émût, en haut lieu, des frasques de ce flambeur des finances facultaires avant de l\u2019être de sa propre cervelle.Hubert Aquin et Mike Duffy, même combat?Louis Hamelin, professeur S\u2019il faut en croire le prof qui confia la chose à l\u2019étudiant de maîtrise que j\u2019étais il y a un quart de siècle, un poste de vérificateur comptable fut créé spécialement pour scruter les dépenses du directeur d\u2019alors, poste qui existait d\u2019ailleurs toujours, me jurait mon interlocuteur.Mais cette histoire d\u2019un comptable embauché pour suivre Aquin à la trace serait une légende urbaine que je ne la chérirais pas moins, tout comme je chéris l\u2019image, peut-être tout aussi fictive, d\u2019un Bessette en pusher de pilules à la cafétéria de l\u2019UQAM.Je les chéris peut-être par une instinctive nostalgie d\u2019un temps situé avant la terreur électronique et les lynchages en ligne, d\u2019une époque où on demandait à la littérature d\u2019être bien faite plutôt que politiquement correcte, à ses enseignants d\u2019être passionnés plutôt que rose bonbon.La littérature n\u2019a rien à voir avec un cours de morale, elle n\u2019est pas une école d\u2019hygiène sociale.C\u2019est pourquoi je puis à la fois aimer les histoires de safari d\u2019Ernest Hemingway, m\u2019émouvoir du sort d\u2019un gros chat appelé Cecil et maudire un certain dentiste du Minnesota.Quant à moi, je n\u2019ai nulle intention de partager mon Synthroid et mon Coumadin, ni de mettre personne en faillite lorsque, dans un peu plus d\u2019une semaine, à titre de professeur invité, je tâcherai de mettre mes pas dans les traces de ces personnages à l\u2019ombre du vieux clocher de l\u2019église Saint-Jacques.J\u2019ai déjà hâte de dire à mes étudiants que dans une annexe du journal d\u2019Aquin, sur la liste des journalistes et des personnalités à qui fauteur voulait que l\u2019on fît parvenir un exemplaire dédicacé de Prochain épisode, on tombe sur le nom de Fidel Castro.«Cuba coule en flammes.» Et Aquin, pas encore.OTTERATURE FRANÇAISE Pascal Quignard, l\u2019enfant prodige de la culture Pour Fauteur, lire, c\u2019est refaire le long entretien qui permet d\u2019inventer GUYLAINE MASSOUTRE Pascal Quignard signait en 1996 La haine de la musique (Calmann-Lévy).Quelle mouche avait piqué ce mélomane?Le même bourdonnement revient dans Critique du jugement.Car l\u2019écrivain a choisi cet art de la critique, la krisis, pour dénoncer le besoin d\u2019évaluer, de hiérarchiser, de rejeter et de plaider, qui fonde le jugement.D\u2019un coup sont visés les jurys, les écoles, les médias, les éditeurs, les professeurs, bref, tout ce qui fait profession d\u2019établir des normes, impitoyables outils (le l\u2019intégration ou du rejet.A la place, il fonde une œuvre dynamique de savoirs anciens et modernes, sans querelle entre eux, remixés, dont il décline sans fin l\u2019objectif, tel Sur l\u2019idée d\u2019une communauté de solitaires (Arléa, 2015).Critique du jugement, donc, ou critique du sujet, ce bien nommé qui obéit.Critique de l\u2019individu, ce corps à proprement parler divisé.Critique de la langue acquise au prix du contenant perdu, de l\u2019appartenance au premier paysage.Critique du Jugement dernier, qui interdit l\u2019inversion symétrique, alors que relire le mythe d\u2019Orphée rappellerait notre besoin de réversibilité.Lire en empathie Juge, il l\u2019a été de 1969 à 1994.Depuis lors, il a retrouvé la liberté absolue de lire sans évaluer.«La lecture vraie, c\u2019est s\u2019abîmer dans ce qu\u2019on a sous les yeux sans souci du \\\\ Prends à part chaque chose.Dénude-la du langage.Reviens sans cesse au mot derrière l\u2019idée, à la chose derrière le mot.)) Extrait de Critique du jugement 4- futur.[.] C\u2019est assentir, avec un peu d\u2019angoisse, totalement, au sentir autre.» Ses proies bondissent.Et, de sa volonté olympique de chevaucher la force débusquée des mots, il traque leur vitalité impossible à chasser.Sa passion des mots est étymologique.Le\tCricique du jugeniem juge, écrit-il, dit le «ius»^ la formule sacrée.«A mort!» Et Quignard de disserter sur tout ce qui tranche, qui clive, qui produit de l\u2019exécrable.A quoi il oppose «l\u2019inévaluable»', la nature, le ciel, le feu.Ensuite, sa pensée se fait allègre.Ne pas être solidaire, ni porte-parole, ni recrue, ni reproducteur, mais créer, c\u2019est rompre la langue, la tradition, l\u2019opinion.Tout dans la pensée dément, selon lui, l\u2019allégeance et le jugement.Légèreté impromptue et paradoxale qui se métamorphose au fil de ses livres, faits de culture tout opposée à l\u2019actualité, et pourtant si neuve.Tandis qu\u2019on élimine la lecture des classiques, il prouve que tout y est pourtant déjà pensé.Gagner l\u2019éther Lire Quignard est une bifurcation antigrégaire.Radicale.Nulle ascèse pire, nul effort plus soutenu que sa méditation sur l\u2019acte de penser.«Ne plus juger, c\u2019est sortir de prison.C\u2019est sortir de la dépendance puérile, de la peur de mal faire, de la crainte d\u2019être ridicule.C\u2019est sortir de l\u2019esclavage familial, puis scolaire, puis sectaire, puis social, puis national.» On voit l\u2019effet.Pour sentir le ravin, les enjeux, la bataille, on suivra l\u2019esprit d\u2019escalier descendant auprès des congres qui dévorent les pieuvres dans un puits profond : au savoir de l\u2019écrivain.Vertige des extases, lire sans prescription, en noble quignardise, par-delà les acquis et les références! Cette psyché libérée, nietzschéenne et lumineuse, combat le «silence sournois, anxieux, passionné» de ceux qui foncent dans la vengeance, le pillage et la destruction.Viatique, l\u2019admiration infinie dans la lecture guérit la détresse immense du monde «en crise» perpétuelle.«Ni l\u2019enfer ne loue, ni la mort ne célèbre», rappelle-t-il en coin.Ce livre poétique, fragmenté, mythologique, narra- tif est un éventail grand ouvert.«Il y a du non contemporain bien avant l\u2019homme.[.Y)]ans la nature, dans la naissance de tous les vivipares.Le printemps est le Non contemporain en acte.Surgissant.» Intempestive, sa liberté de croire, de penser, de lire décline de mille manières comment «se perdre dans son nuage gris ou noir, sa brume, son sotffle, son ombre, sa chose, son rêve, son invisible».Les pages consacrées à l\u2019œil collectionnent les perles.Trouvailles malicieuses et provocantes: «Le premier homme est un créateur.Le deuxième est un critique.Le troisième est un professeur.» Silence.Qu\u2019on s\u2019entende cependant sur le parricide: si l\u2019élève a dévoré le maître, comme le fils s\u2019est affranchi du père, c\u2019est pour mieux hanter son héritage et le disséminer tel un trésor inépuisable de pains multipliés.Collaboratrice Le Devoir CRITIQUE DU JUGEMENT Pascal Quignard Galilée Paris, 2015, 253 pages DIDIER GAILLARD L\u2019écrivain français signe un manifeste demandant la fin de notre habitude de tout juger. LE DEVOIR LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE SO AOUT 2015 F 5 LIVRES PSYCHO-POP Arianna Huffington, professeure d\u2019épanouissement CATHERINE LALONDE Arianna Huffington ne se brosse pas les dents.Non.Elle pratique, pendant que le dentifrice mousse sur ses gencives, la pleine conscience.L\u2019attention au moment présent.Zoom sur la sensation des soies de la brosse.Inspiration, expiration.Car celle qui a cofondé le Huffington Post en 2005, celle qui rappelle avoir été nommée sur la liste des 100 personnalités les plus influentes du Time Magazine en 2011 et celle de Forbes recensant les femmes les plus puissantes, est désormais chantre de l\u2019épanouissement pe/sonnel et de l\u2019équilibre corps-cœur-esprit.L\u2019Eveil, on le sent à la lecture de S\u2019épanouir.Réussir sans défaillir, n\u2019est pas loin.C\u2019est une perte de conscience due à l\u2019épuisement qui fait germer chez Huffington en 2007 la graine du changement.Notre définition du succès est insuffisante et intenable, prêche la soixantenaire dans son quatorzième ouvrage (suivant, rappelons-le, The Female Woman, qui posait «contre le mouvement de libération de la femme, pour l\u2019émancipation de la femme féminine», et des biographies de Callas et Picasso autour desquelles des accusations de plagiat ont voltigé).«Pour mener la vie que nous souhaitons, écrit Huffington, la vie que nous méritons et pas seulement celle dont nous nous contentons, nous avons besoin d\u2019un Troisième Paramètre, d\u2019un troisième instrument de mesure de la réussite qui aille au-delà des deux paramètres que sont l\u2019argent et le pouvoir, et qui repose lui-méme sur quatre piliers: le bien-être, la sagesse, l\u2019étonnement et la générosité.» Ce livre, écrit Huffington un peu plus tôt, «est destiné à nous aider à opérer la transition entre la conscience de ce qu\u2019il faudrait faire et sa réalisation concrète.» Et si forcément «l\u2019architecture de notre existence a grand besoin de travaux de rénovation et de réparation», Huffington en sera l\u2019ingénieure éclairée.Recette de famille Car il ne suffit plus, lit-on entre les lignes, d\u2019être parmi le 1% de très, très, très riches \u2014 Arianna a vendu en 2011 son bébé média pour 315 millions de dollars, six ans après l\u2019avoir fait naître \u2014, d\u2019incarner le rêve de réussite made in America et d\u2019être une parfaite self-made woman.Il faut aussi désormais se dire et se sentir épanoui, équilibré, conscient de sa respiration et du moment présent, heureux avec ses enfants.Le magnat de la presse électronique Arianna Huffington, à New York ses chiots, ses chatons, philosophe, spirituel et philanthrope.Dixit la fille qui a fait fortune en embauchant des blogueurs non rémunérés.Vous pensiez être pauvre, un peu, mais heureux?Il n\u2019y a plus de place désormais pour les perdants magnifiques, et la quête de la perfor- là, de références à Socrate, Saint-Exupéry, Shakespeare, Steve Jobs, Cari Jung, Rupert Murdoch, Marc Aurèle ef bien sûr, des trucs du gros bon sens de sa grecque de mère.On parle ici de plus de vingt pages de références en fin de bouquin.Trucs bouddhistes, cathos, psychos, sanscrits s\u2019entremêlent dans un mash-up 2.0 aux façons d\u2019être des peoples, forcément meilleurs, eux, puisqu\u2019ils possèdent déjà les deux Premiers Paramètres de la réussite, l\u2019argent et le pouvoir.La méditation vous rebute?Arianna vous conseille le site donothingfor2minutes.com.Votre défi : regarder la minuterie défiler, à rebours, pendant 2 minutes, sans toucher à votre clavier ni à votre souris, sans quoi «You fai-led/Try again».Ou calm.com, où des nuages en gros plan et de la musique de bambous entrecognés sont outils pour refroidir les sangs, si vous arrivez toutefois à dompter les pop-up publicitaires qui surgissent sans bouillir d\u2019impatience.Eermer les yeux simplement semble une option hors de portée.Mais n\u2019est-ce pas la confrontation à sa difficulté qui fait l\u2019efficacité réelle d\u2019une méditation?S\u2019épanouir offre au moins une plaidoirie pour un nouveau regard sur la performance et le type de présence exigés au travail; et, retournement de veste ?pour une troisième révolution féministe, puisque le modèle de réussite actuel «ne fonctionne pas pour les femmes».Mais l\u2019ensemble est d\u2019une arrogance perverse, et défend un discours élitiste complètement aliénant.On conseillera plutôt de retourner à Dôgen (1200-1253), réédité au début de l\u2019été en version poche {Instructions au cuisinier zen.Polio, lire aussi l\u2019article ci-dessous).Il rappelle que, si comme il m\u2019arrive lisant S\u2019épanouir, les «pensées dispersées galopent comme un cheval sauvage et les émotions bondissent comme un singe de branche en branche», c\u2019est qu\u2019on n\u2019arrive pas à considérer toutes choses comme égales et en harmonie.Effectivement.STEPHEN LOVEKIN AGENCE ERANCE-PRESSE GETTY IMAGES Le Devoir mance atteint ici une nouvelle réincarnation.Mais vous pourrez y arriver en vous attelant, bien sûr, à «la réponse provocatrice, mais très sage, d\u2019Arianna Huffington», qui vous indiquera comment réussir, grâce à son salmigondis de recettes méditatives, d\u2019études scientifiques glanées ça et S\u2019EPANOUIR Réussir sans défaillir Arianna Huffington Traduit de l\u2019anglais par Terrine Chambon et Odile Démangé Fayard Paris, 2015, 360 pages PHILOSOPHIE Vieilles sagesses pour aujourd\u2019hui S\u2019il faut en croire les grands auteurs publiés dans la collection Folio Sagesses, être sage, finalement, ce n\u2019est pas si compliqué et ça n\u2019a rien à voir avec des niaiseries du genre «croyez en vos rêves et allez jusqu\u2019au bout».LOUIS CORNELLIER Pour Meng zi, un penseur chinois du IV® siècle avant Jésus-Christ inspiré par Confucius, la nature humaine est fondamentalement bonne, mais parfois pervertie par les circonstances que la vie impose.Aussi, il faut sans cesse se consacrer à l\u2019étude pour «retrouver son cœur perdu», c\u2019est-à-dire le sens de la compassion, la honte du mal et l\u2019art de discerner le vrai du faux.Ce travail ne peut logiquement aboutir qu\u2019à trouver la règle d\u2019or, qui consiste, on le sait, à ne pas faire aux autres ce qu\u2019on ne veut pas qu\u2019on nous fasse.«La Voie est semblable à une grand-route, affirme Meng zi dans le recueil Aller au bout de son cœur.Comment serait-il difficile de la connaître ?Le défaut des gens est de wç pas la chercher.» Pour le Romain Êpictète, né vers 50 et grande figure du stoïcisme, la «seule voie pour trouver le bonheur» consiste d\u2019abord à distinguer ce qui dépend de nous (opinions, désirs, oeuvres propres) et ce qui n\u2019en dépend pas (corps, richesse, les autres), pour ensuite mépriser ce qui relève de la deuxième catégorie et cultiver «le fait de bien juger, de bien penser, d\u2019avoir les propensions, les désirs, les aversions qu\u2019il faut», peut-on lire dans Du contentement intérieur.On est loin des recommandations du Secret (Un monde différent, 2008).Pédagogue, l\u2019abbé Fénelon (1651-1715) passe par des fables amusantes et édifiantes pour délivrer les clés de la sagesse.Paix et bonheur, illustre-t-il dans le recueil Voyage dans Vile des plaisirs, «sont indépendants de tous ces avantages extérieurs auxquels nous mettons tant de prix» et se trouvent plutôt Voltaire De l horrible danger de la lecture Meng zi «dans une vie sobre, dans un travail modéré, dans des mœurs pures, dans la pratique de la vertu».Ajoutons: dans la lecture de Eénelon, un remarquable écrivain, plein de finesse et d\u2019allant.On peut, enfin, compter sur Voltaire (1694-1778) et sur son ironie pour mettre un peu de décapante légèreté dans cette quête de sagesse.Regroupant de courts textes dans lesquels le penseur allègre plaide notamment pour l\u2019éducation des filles et le végétarisme ainsi que contre l\u2019ignorance, le dogmatisme religieux ou autre et les préjugés ethnocentristes, le recueil De l\u2019horrible danger de la lecture suggère, par l\u2019entremise de la sagesse d\u2019un «sauvage», que «tout ce qui nous fait plaisir sans faire tort à personne est très bon et très juste; que ce qui fait tort aux hommes sans nous faire de plaisir est abominable ; et que ce qui nous fait plaisir en faisant du tort aux autres est bon pour nous dans le moment, très dangereux pour nous-mêmes, et très mauvais pour autrui ».Résumons : la sagesse, c\u2019est la règle d\u2019or, la simplicité volontaire et la vie avec la pensée.Théoriquement simple, elle est pratiquement exigeante.Collaborateur Le Devoir ALLER AU BOUT DE SON CŒUR Meng zi DU CONTENTEMENT INTÉRIEUR Epictète VOYAGE DANS L\u2019ÎLE DES PLAISIRS Fénelon DE L\u2019HORRIBLE DANGER DE LA LECTURE Voltaire Folio Sagesses Paris, 2015, respectivement 128, 128, 112 et 96 pages Vous parlez du bon et du mauvais, du juste et de l\u2019injuste: il me paraît que tout ce qui nous fait plaisir sans faire tort à personne est très bon et très juste; que ce qui fait tort aux hommes sans nous faire de plaisir est abominable; et que ce qui nous fait plaisir en faisant du tort aux autres est bon pour nous dans le moment, très dangereux pour nous-mêmes, et très mauvais pour autrui )y Extrait de De l\u2019horrible danger de la lecture O ÉDITION VIENT DE PARAITRE UNIQUE \u2022 FIABLE \u2022 COMPLET Le tout-en-un de la langue française iüis \u2018\u201c'¦(litMtlISi miiiii,, \u2019\u2022¦JOB, MARIE-ÉVA DE VILLERS MULTI niCTIONNAIRE la UnIuE FRANÇAISE 10 OUTILS EN I orthographe \u2022 ='*\u2019\u201d\u2019'',|,\"'5'M'\u2019Er.'TYP0GRAPHIE CO \u2014'atCs -CORPESPONOANCE québécismes auébecAmériqLie UNE REFONTE MAJEURE POUR LA SIXIEME EDITION 1500 NOUVEAUX ART CLES 1500 ARTICLES ENRICHIS ACCÈS WEB INCLUS APPROUVE PAR LE MINISTÈRE DE L\u2019ÉDUCATION, DU LOISIR ET DU SPORT (iuébec Amérique quebec-amerique.com DECOUVREZ-LE EN VERSION IMPRIMÉE ET EN LIGNE! multidictionnaire.com Un million d\u2019exemplaires vendus i Canada ^ Québec HI F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 AOUT 2015 ESSAIS > 4 i 1 t « 1 I 1 t CHRISTIAN GASNER GETTY IMAGES Au Québec, un élève sur cinq serait considéré comme handicapé ou affecté d\u2019un problème d\u2019apprentissage ou d\u2019adaptation.Le TDAH est-il une fausse maladie ?Un médecin français se livre à une critique radicale de ce trouble, qu\u2019il qualifie de « fiction » Louis CORNELLIER ^\t^ La rentrée scolaire, à notre époque, prend aussi des allures de rentrée médicale.Dans quelques jours, en effet, les enseignants recevront, avec leurs listes de classe, la liste de leurs élèves ayant reçu un diagnostic.Selon ^es données du ministère de l\u2019Éducation du Québec, un élève sur cinq doit être considéré comme handicapé ou affecté d\u2019un problème d\u2019apprentissage ou d\u2019adaptation.Aujourd\u2019hui, un élève qui éprouve des difficultés scolaires n\u2019est pas un cancre, c\u2019est un malade.Faut-il voir un progrès dans ce changement de paradigme?On peut en douter.A ce stade, je préfère vous prévenir: cette chronique risque de ne pas faire votre affaire, parce qu\u2019elle s\u2019en prend à un tabou, celui de la pertinence et de la crédibilité des diagnostics liés aux difficultés scolaires.En 2012, dans son excellent essai L\u2019imposture de la maladie mentale (Liber), Alain Ba-chand contestait notamment la valeur du diagnostic de TDAH (trouble de déficit de l\u2019attention, avec ou sans hyperacti- vité) .Ce trouble, écrivait-il en se fondant sur plusieurs études sérieuses, n\u2019a, pour le moment, pas de causes biologiques identifiables, et son traitement par le Ritalin ne donne pas de résultats probants.Bachand lui attribue plutôt des causes sociales ou psychiques et rejette sa médicalisation.Ce livre n\u2019a toutefois pas eu le retentissement qu\u2019il méritait, peut-être parce que son auteur, fonctionnaire, ne pouvait revendiquer le statut de spécialiste médical.Une discussion légitime La contestation de la valeur du diagnostic de TDAH, de plus, n\u2019est vraiment pas au goût du jour.En 2002, une déclaration de plus de 80 chercheurs et cliniciens du monde entier affirmait que refuser de considérer le TDAH comme une pathologie mentale équivalait à «dédarer que la Terre est plate, les lois de la gravité contestables et le tableau périodique des éléments une fraude».En d\u2019autres termes, d\u2019un point de vue scientifique, il n\u2019y avait pas de discussion possible.Or, certains scientifiques, parmi les meilleurs, croient au contraire que cette discussion doit avoir lieu.C\u2019est le cas du D\"^ Patrick Landman, psychiatre et psychanalyste français qui signe Tous hyperactifs?, une critique radicale de la valeur du diagnostic de TDAH, et de son préfacier, le psychiatre américain Allen Frances.Ce dernier, en effet, dénonce le surdiagnostic (11% des enfants américains de 4 à 17 ans et 20% des ados de sexe masculin) et le surtraitement du TDAH, qu\u2019il présente comme «un effet de mode», nourri par l\u2019industrie pharmaceutique et les médecins.On a transformé «l\u2019immaturité banale à un âge donné en un trouble psychiatrique», écrit-il.Dans deux se- ____ maines, le philosophe Jean-Claude St-Onge défendra aussi cette thèse dans Pour en finir avec le dopage des e^nfants, aux éditions Écosociété.Landman, dont l\u2019ouvrage est une magistrale leçon de mé- \u201c- thode scientifique appliquée à la psychiatrie, ne reconnaît donc pas la valeur du diagnostic de TDAH.Ce trouble, tel qu\u2019il est défini actuellement, «n\u2019existe pas».On ne lui connaît aucun marqueur biologique, les symptômes qui lui sont associés (concentration faible, distraction, impulsivité et hyperactivité) ne lui sont pas spécifiques et les hypothèses neuropsychologiques qui servent à le fonder échouent au test de la scientificité.«Le TDAH, assène Land- Patrick LANDMAN Préfacedu Pr Allen Franc» TOUS HYPERACTIFS?L\u2019incroyable épidémie de troubles de l\u2019atteiiüon man, est une fausse maladie et les médicaments psychostimulants ne sont pas le traitement de cette fausse maladie.» Une fiction Les gens hyperactifs ou impulsifs, les personnes qui éprouvent des troubles de la concentration existent bel et bien, écrit Landman, mais «le fourre-tout du TDAH» est une fiction qui nous entraîne sur de mauvaises pistes de solution, en contribuant «à psy-______ chiatriser des problèmes sociaux, pédagogiques et éducatif».Critique dévastatrice de l\u2019obsession du profit des firmes pharmaceutiques, des dérives de la psychiatrie, des prétentions scientifiques de la neuro-imagerie et de notre propension à nous déculpabiliser en attribuant les difficultés de nos enfants à des causes biologiques, cet essai est un salutaire pavé jeté dans la mare de la mauvaise science.louisco@sympatico.ca TOUS HYPERACTIFS?L\u2019incroyable épidémie DES TROUBLES DE L\u2019ATTENTION Patrick Landman Albin Michel Paris, 2015, 232 pages PROF SUITE DE LA PAGE F 1 Proust, où la madeleine tant chantée devient une McCroquette.Et la petite école ?Dans l\u2019angle mort de la recherche de Bélanger se trouvent les profs du primaire et du secondaire.De La Scofne (Albert Laberge, BQ) à l\u2019Émi-lie Bordeleau des Filles de Caleb (Arlette Cousture, Libre Expression) en passant par les personnages de Gabrielle Roy et Anne Hébert, plus récemment dans La maîtresse de Lynda Dion (Hamac) ou cette saison dans le premier opus de Sylvie Drapeau (Le fleuve, Leméac), on trouve des figures de professeur beaucoup, beaucoup plus posi- tives.«Je sors de mon champ de recherche, mais c\u2019est comme si ces professeurs donnaient une éducation de base, essentielle, alors que les universitaires sont vus comme apportant des chaînes supplémen-taîres.Les connaîssances du mîlîeu unîversîtaîre sont plutôt présentées, dans les romans, comme înutîles.Alors qu\u2019à la petite école, le prof est une sainte personne, qui fait don de soi, qui réussît à donner le savoir nécessaire pour évoluer dans une société.Ce sont des Marguerite Bourgeoys, des Marie de l\u2019Incarnation.et rarement des hommes.Alors que dans les romans québécois, je n\u2019al rencontré encore aucune professeure d\u2019université femme.» Qu\u2019est-ce que cela peut bien révéler de l\u2019imaginaire de nos auteurs?Le Devoir L\u2019école ?Pas besoin.Le savoir comme carcan, Michel Biron en a parlé dans son étude Portrait de l\u2019écrivain en autodidacte (2007).Le Québec, souligne-t-il, compte sur plusieurs personnages d\u2019autodidacte et d\u2019écrivains autodidactes qui participent, «sans se disqualifier, à une tradition d\u2019écriture fondée sur l\u2019Invention et la spontanéité.Loin d\u2019être exclus de la culture.Ils en sont, d\u2019une façon paradoxale, les porte-parole les plus authentiques et les plus féconds.Ce sont eux qui, exerçant librement leur goût pour la culture, échappent au conforme de la transmission scolaire et constituent, sans le revendiquer et parfois même sans le savoir, une filiation Intellectuelle particulièrement riche.Parce que la culture ne leur est pas donnée sous la forme d\u2019un héritage ou Imposée sous la forme d\u2019une dette.Ils peuvent s\u2019adonner en toute liberté à l\u2019écriture, comme à une passion nouvelle qui s\u2019accorde à un rêve de culture plus général.» Si la tendance selon lui s\u2019atténue après la Révolution tranquille {«Paradoxalement, plus le Québec se scolarise \u2014 rappelons que l\u2019Instruction obligatoire date de 1943 \u2014, plus la figure de l\u2019autodidacte s\u2019impose comme modèle»), Biron, professeur à l\u2019Université McGill et chercheur, nomme en exemple les personnages de Gérard Bessette et Philippe Aubert de Gaspé père, mais aussi ceux de Réjean Ducharme, ou le François Ga-larneau de Jacques Godbout.Entre autres.La Vitrine L\u2019enseignement de la philosophie au cégep Histoire et débats EDUCATION L\u2019ENSEIGNEMENT DE LA PHILOSOPHIE AU CEGEP Histoire et débats Sous la direction de Pierre Després PUL Québec, 2015, 406 pages Qu\u2019a été, depuis 50 ans, et que doit devenir l\u2019enseignement de la philosophie dans nos cégeps?Voilà la question à laquelle s\u2019attaque cet ouvrage collectif.Cet enseignement, écrit Paul Inchauspé en préface, veut initier à la réflexion rationnelle par la lecture d\u2019œuvres philosophiques, comme l\u2019y invitait le rapport Parent, dans un souci d\u2019éducation civique.Or, à notre époque obsédée par les savoirs «utiles», la pertinence d\u2019un tel enseignement est fréquemment contestée.L\u2019histoire de la philosophie au collégial est donc celle de sa mise en cause.En postface, Georges Leroux, une fois de plus, se porte à la défense de cette matière injustement mal aimée.La philosophie, écrit-il, doit bien sûr introduire les étudiants à la rationalité, mais elle doit, en plus, pour s\u2019imposer, faire la promotion des valeurs démocratiques, mettre en avant «une conception substantielle du lien civique».Dans une proposition audacieuse, et contestable, Leroux ouvre la porte à une modulation de l\u2019enseignement de la philosophie au collégial (diversification selon les programmes), actuellement dispensé uniformément à tous.Louis Cornellier ESSAI L\u2019INTERNATIONALE SERA LE GENRE HUMAIN ! De l\u2019Association internationale DES TRAVAILLEURS À AUJOURD\u2019HUI Collectif M Editeur Saint-Joseph-du-Lac, 2015, 264 pages Réunissant à travers le monde 19 spécialistes des mouvements sociaux, dont plusieurs Québécois, l\u2019ouvrage collectif, dirigé par Thierry Drapeau et Pierre Beaudet, élabore une réflexion à la suite du 150\u2019' anniversaire de la création à Londres, en 1864, de l\u2019Association internationale des travailleurs.L\u2019événement, auquel participèrent les syndicats corporatistes britanniques et des éléments plus radicaux, comme Karl Marx, témoigna de la solidarité ouvrière avec la Pologne et d\u2019autres nations opprimées par un empire.L\u2019union de la lutte pour l\u2019égalité sociale et de celle pour l\u2019émancipation politique inspire le livre, qui inclut, avec justesse, dans le courant lancé en 1864, les forums alter-mondialistes de Porto Alegre au Brésil (entre 2001 et 2005), le mouvement Occupy Wall Street et, bien sûr, notre printemps érable de 2012.Justice et liberté dépassent les siècles et les idéologies.Michel Lapierre BEAU LIVRE 100 CLASSIQUES DU CINEMA DU XX^ SIECLE Sous la direction de Jurgen Müller Taschen Hohenzollernring, 2015, 832 pages Parue en 2011, l\u2019édition du collectionneur de cet ouvrage typiquement soigné de Taschen n\u2019était pas à la portée de tous les porte-monnaie, voire de toutes les tables à café.Ce bouquin costaud, donc, et ce, dans tous les sens du terme, connaît une seconde incarnation plus petite, mais, paradoxalement, plus attrayante.Dotée elle aussi d\u2019une couverture rigide ainsi que d\u2019un contenu glacé, la nouvelle édition a l\u2019avantage d\u2019être facile à trimballer, un atout de taille dans la mesure où il s\u2019agit justement du type de livres qu\u2019il fait bon ouvrir au hasard et feuilleter un moment.Pour mémoire, les cent films en question ont tous pris l\u2019affiche entre 1915 {La naissance d\u2019une nation de D.W.Griffith) et 2000 {Tigre et dragon d\u2019Ang Lee).Chaque titre recensé est accompagné d\u2019une fiche technique, d\u2019une brève analyse qui, la plupart du temps, remet le film dans son contexte historique ou dans celui de l\u2019œuvre de son auteur, et, surtout, d\u2019une kyrielle de photos superbes.Une fois n\u2019étant pas coutume avec ce type de publications se voulant le plus accessibles possible, même le connaisseur y trouvera son compte.De fait, au détour d\u2019une page, un mot, une image font surgir dans l\u2019esprit du cinéphile quantité de beaux souvenirs de cinéma.Voilà qu\u2019on se surprend à vouloir revoir de toute urgence Nosferatu de F.W.Murnau, La grande illusion de Jean Renoir, Les enchaînés d\u2019Alfred Hitchcock, Le troisième homme de Carol Reed, Rashomon d\u2019Akira Kurosawa, L\u2019avventura de Michelangelo Antonioni, Chinatown de Roman Polanski, Blade Runner de Ridley Scott, Le silence des agneaux de Jonathan Demme, Tout sur ma mère de Pedro Almodovar.Tous ces films et, oui, les 90 autres aussi ! François Lévesque ReLatioNS Pour qui veut une société juste NOUVEAUTES Langues et territoires, la chronique poétique de Natasha Kanapé Fontaine, accompagnée des œuvres de Fanny Aïshaa, et le Carnet signé Bernard Émond www.revuerelations.qc.ca "]
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