Le devoir, 4 juillet 2015, Cahier E
[" «il Warm, une proposition audacieuse en cirque Page e 3 Vie et mythologies de Roland BaxVnes Page e s C ulture Livre s CAHIER E » LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 JUILLET 2015 MIKE WINDLE GETTY IMAGES/AGENCE ERANCE PRESSE Keith Urban La percée du Festival d\u2019été de Québec ISABELLE PORTER à Québec Traditionnellement boudé par les Québécois, le country fait son entrée au Festival d\u2019été par la grande porte sur les Plaines avec Keith Urban, Bobby Bazini et Robby Johnson.Regard sur un pari téméraire qui pourrait malgré tout se révéler payant.C%est à peu près le seul y genre de musique qui n\u2019était pas représenté dans notre programmation.On a l\u2019intuition que le moment est arrivé de faire ça, explique Louis Bellavance, le directeur de la programmation.Il concède que ce n\u2019est pas un choix évident.On le sait, le Québec n\u2019est pas un marché traditionnel du country.On est peut-être le seul territoire en Amérique du Nord qui n\u2019est pas fou du genre.» Mais le country américain se rapproche de plus en plus de la musique pop.On parle de «nouveau country» avec moins de violon, moins de guitare slide et plus de guitare électrique.Des artistes populaires comme Taylor Swift vont d\u2019un genre à l\u2019autre avec succès tout en renouvelant le bassin d\u2019adeptes.«On pense que ces artistes-là sont capables d\u2019aller chercher une clientèle beaucoup plus jeune même au Québec», poursuit M.Bellavance.Pour partir le bal, le festival mise sur Keith Urban, qui en plus d\u2019être une mégavedette du genre, est une vedette de la télévision et une vedette tout court, puisqu\u2019il est l\u2019époux de la non moins connue actrice Nicole Kidman.«On a voulu aller vers un artiste qui s\u2019identifie avant tout au country, mais a une résonnance un peu plus large», poursuit-il.Un éventuel succès permettrait à l\u2019organisation d\u2019élargir son éventail de grandes vedettes V EESTIVAL D ETE Robby Johnson capables de faire les Plaines, un souci persistant à l\u2019interne.«Si on peut ouvrir cette porte-là, on vient de se donner accès peut-être à une tête d\u2019affiche d\u2019envergure par année, dit-il.On se fait souvent dire: \u201cCeux-là, vous les avez déjà faits.\u201d Les gens demandent qui on va faire venir après Sting, Elton John et compagnie.» Le fabuleux destin de Robby Johnson L\u2019autre force des artistes country est leur habitude des scènes extérieures.«Ces artistes-là ont une culture du spectacle extrêmement forte.C\u2019est une musique qui se vit dans le spectacle depuis toujours.Ça fait partie de la tradition, dit-il.Les musiciens de toutes les positions sont toujours à couper le souffle.Il n\u2019y a pas de musiciens moyens qui se frayent un chemin dans cette culture-là.» Fait intéressant, on pourra entendre en première parfie un chanteur québécois qui fait fureur aux Etats-Unis.L\u2019histoire de Robby Johnson est digne d\u2019un conte de fées.Encore tout récemment, ce Beauceron travaillait sur les routes de la rive sud de Québec comme représentant commercial.Découvert sur YouTube par un gros producteur de Nashville Qimmy Nichols), il vient de déménager aux Etats-Unis avec toute sa famille et s\u2019est produit à David Letterman avant même que son premier album soit sorti.Adepte du «nouveau country», il promet de jouer aussi sur les Plaines du «bon vieux country» façon Garth Brooks en plus de son répertoire personnel.Il aime le country parce que c\u2019est une «musique terre à terre qui guérit les bobos».«Ça te parle vraiment.C\u2019est des situations de la vie courante», expliquait-il lors d\u2019un entretien récemment.Les paroles sont plus intelligentes, plus «profondes», poursuit-il.Johnson a découvert cet univers lors des étés de son enfance avec sa famille maternelle, qui vivait au Connecticut.Sylvain Robitaille s\u2019est toutefois donné le nom d\u2019artiste de Robby en hommage à la chanteuse Alys Robi, une lointaine parente.Y a-t-il un public québécois pour cette musique ?«Définitivement, répond-il.La musique québécoise à la radio, ça ressemble beaucoup au nouveau country.Kain, par exemple, pourrait jouer sur des radios country si c\u2019était en anglais.» Pourtant, de l\u2019aveu même de Louis Bellavance, les spectacles country présentés ces dernières années au Eestival d\u2019été ont mal fonctionné.On parlait toutefois de petites scènes, VOIR PAGE E 2 COUNTRY TIFFET La colère oubliée de Marie Vieux- Chauvet CATHERINE LALONDE Il est des livres dont l\u2019histoire même semble littérature.Qu\u2019on pense à la malle pleine de manuscrits retrouvée chez Eernando Pessoa à son décès, alors que l\u2019auteur n\u2019avait publié de son vivant qu\u2019un seul titre.A Eranz Kafka, qui avait demandé à son ami et exécuteur testamentaire de détruire tous ses manuscrits, décision que Max Brod ne saura tenir et qui fera que certains textes de l\u2019écrivain autrichien, de legs en legs, ont été retrouvés en 2013 seulement dans un appartement de Tel-Aviv envahi par les chats.On pourrait ajouter John Kennedy Toole, Goliarda Sapienza, et de nombreux autres à cette liste, et la poursuivre encore.Une liste où se trouve aussi Amour, Colère et Folie, de l\u2019Haitienne Marie Vieux-Chauvet.Un roman-hydre à trois têtes, réédité par les éditions Zulma, qui entrouvre ainsi la porte des oubliettes où Erançois Duvalier l\u2019avait jeté.C\u2019est une histoire ocellée de rumeurs autant que de souvenirs et de faits.Marie Vieux-Chauvet, née d\u2019une bonne famille bourgeoise de Port-au-Prince, écrit, lit, discute, mène une «vie littéraire».L\u2019écrivain Anthony Phelps, né en 1928, ^______________ maintenant autant Québé- 1^\tqu\u2019Haitien, se rappelle pavoir rencontrée en 1959, au moment où il fréquente un groupe de jeunes poètes.Avec Roland Morisseau, Da-vertige, René Philoctète et Serge Legagneur, il est reçu par Marie Chauvet les dimanches, parmi ses invités.Salon littéraire, loin du politique, on y écoute la radio culturelle, on y refait le monde.«Ces réunions étaient une bouffée d\u2019air frais dans le climat de violence du duvaliérisme», s\u2019est souvenu Phelps pour Le Devoir.Car en 1957, rappelons-le.Papa Doc est devenu dictateur, «président à vie» jusqu\u2019à son décès, en 1971.«La dictature de François Duvalier s\u2019installait de plus en plus, poursuit Phelps.Emprisonnements, disparitions, meurtres étaient monnaie courante.» Trois neveux de Marie Vieux-Chauvet ont ainsi disparu, parmi les victimes du régime.Ce qui n\u2019empêchera pas Vieux-Chauvet d\u2019écrire, en 1964, les trois récits Amour, Colère et Folie.Les tontons macoutes y deviennent «chef» ou «hommes en noir».Mais la critique politique et sociale reste limpide.Elle cingle non seulement le pouvoir, mais également \u2014 surtout?\u2014 la lâcheté de la bourgeoisie et de l\u2019aristocratie.La rumeur, toujours elle, veut que Simone de Beauvoir, à qui Vieux-Chauvet vouait une grande admiration, ait piloté le manuscrit chez Gallimard.Le livre est publié en 1968.Une plume explosive Dany Laferrière rappelle, dans la postface de l\u2019ouvrage, que puisque Vieux-Chauvet «n\u2019avait produit que quelques légers récits, personne dans son entourage ne semblait avoir pris la mesure du manuscrit qui s\u2019est révélé être une déconstruction en règle de la dictature.Un texte crépitant d\u2019intelligence, précis et violent.[.] Marie Chauvet ne s\u2019était pas contentée d\u2019une facile analyse de la dictature, elle a poussé ses enquêtes jusque dans les VOIR PAGE E 6 CHAUVET E 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE JUILLET 2015 CULTURE Réinvention des traditions Le Mondial des Cultures renouvelé prend l\u2019allure d\u2019une miniexpo universelle FRÉDÉRIQUE DOYON Pour sa 34® édition, le Mondial des Cultures de Drummondville change de visage tout en renouant avec ses racines.Exit le volet des concerts populaires conviant les Eric Lapointe, Gregory Charles, Edith Butler et consorts, programmés parallèlement aux ensemble^s folkloriques du monde.A ces derniers se greffent maintenant de manière plus intégrée d\u2019autres artistes incarnant les cultures d\u2019ici et d\u2019ailleurs, souvent métissées au goût du jour, en musique comme en danse ou en arts du cirque.Cap sur la petite « réinvention des traditions » que promet l\u2019événement, du 9 au 19 juillet.« C\u2019est un peu un retour vers le futur, explique Charles Guil-lemette, directeur général du Mondial.On revient à Vidée faire découvrir différentes facettes des cultures autour du monde.C\u2019est un grand tournant pour le Mondial » Après un remue-méninges élargi, l\u2019équipe du festival a retenu quelques mots d\u2019ordre découlant entre autres de ce que recherchaient et préféraient les festivaliers : proximité, découvertes festives, échanges.La programmation converge plus que jamais sur le site du parc Woodyatt qui se transforme en minicapitale multiculturelle.La promenade y traversera des «quartiers» à l\u2019ambiance inspirée de trois régions du monde : l\u2019Asie, la Méditerranée et la Scandinavie.Kiosques d\u2019artisans, restaurants aux gastronomies diverses, animation de rue jalonnent une promenade reliant Il I II [il I f PEDRO RUIZ LE DEVOIR Pierre Kwenders, Québécois d\u2019origine congolaise, sera de la fête avec son afrobeat teinté d\u2019électro et de rumba congolaise.les secteurs.Le tout, «sans tomber dans les clichés de la tour Eiffel», promet le directeur.L\u2019idée de rééditer chaque année une mi-niexposition universelle a d\u2019ailleurs traversé les ré- flexions entourant le remaniement stratégique de l\u2019événement.«Mais c\u2019est surtout la façon de présenter les spectacles qui change, poursuit-il.On ne mise plus sur les gros spectacles de soir.Et on diversifie les dis- tiyal era DE QUEBEC Direction générale et artistique .Grégoire Legendre 23 juillet au 5 août festivaloperaquebec.com L\u2019Amour de loin Saariaho / Maalouf Robert Lepage, mise en scène 30 juillet, 1,3 et 5 août à 20 h Grand Théâtre de Québec De Bernstein à Plamondon Marie-Josée Lord, Marc Hervieux Gino Quilico 28 juillet à 20 h Cour du Vieux-Séminaire De Lully à Rameau Les Violons du Roy 25 juillet à 20 h.Palais Montcalm Arthur Nathalie Magnan 24, 27, 29, 31 juillet à 20 h et le 26 juillet à 15 h La Maison jaune Diva by Night Natalie Choquette 23 iuillet à 20 h 24 iuillet à 20 h SUPPLEMENTAIRE Grand Théâtre de Québec Et plusieurs autres activités.1 877 643-8131 billetech.i Québec 0 0\tCanada ICI RaDio-canaoa ciplines qu\u2019on présente.» Une grande place publique La scène centrale a été rebaptisée Piazza, place publique où se succéderont chaque jour des performances artistiques ou des événements, tel le Holi, cette célébration du printemps en Inde où l\u2019on s\u2019asperge de poudres colorées.Chaque jour promet son temps fort, comme la visite des Castellers de la Vila de Gràcia, qui érigeront l\u2019une de leurs vertigineuses tours humaines (10 juillet) entre deux prestations données dans le cadre de Montréal complètement cirque.Au détour de la promenade, on pourra aussi écouter un conteur ou s\u2019initier aux rites amérindiens.En musique, sur la Piazza ou sur les scènes payantes, on entendra tantôt un Pierre Kwenders, Québécois d\u2019origine congolaise dont la musique afrobeat se teinte d\u2019électro et de rumba congolaise, tantôt la pop folk planante de l\u2019Australien (et un peu Québécois d\u2019adoption) Kim Churchill, le punjabi électro-celtique des Canadiens Delhi 2 Dublin ou le blues trempé dans les traditions musicales de l\u2019Est de Harry Manx.Hommages à Johnny Cash et Santana en prime.La fête continue de mettre en valeur les ensembles de danse folklorique du monde entier.Cette année, ils viennent du Népal, de l\u2019Inde, des Etats-Unis, de Martinique, du Sénégal, du Mexique, du Canada, de la Colombie, de l\u2019Arménie, de la Pologne, de la Slovaquie, du Bangladesh, de la Roumanie et de l\u2019Ouzbékistan.Ils donnent le coup d\u2019envoi du festival lors du gala d\u2019ouverture du 9 juin et proposent des spectacles en plus des rencontres plus spontanées avec les visiteurs, où ceux-ci peuvent s\u2019initier aux danses du monde.Le traditionnel défilé à tra- Le Mondial présentera le blues musicales de l\u2019Est de Harry Maux.vers la ville (12 juillet) se déploie sous le thème du carnaval.«Autant celui de Rio que ceux qu\u2019on retrouve en Europe», précise M.Guillemette.L\u2019organisation en profite pour secouer un peu les habitudes du public \u2014 qui venait passivement installer sa chaise le long du parcours pour regarder le défilé \u2014 afin de le faire participer plus activement.«On demande aux gens de faire du bruit en apportant des sifflets, de décorer leur balcon, de porter les couleurs du festival Ifuchsia, orange et bleu] », ajoute le directeur.Le parcours a également changé pour se rapprocher du centre et des gens en privilégiant les petites rues au détriment des plus grandes avenues.La procession festive démarre et se termine au parc Woodyatt.Collaboratrice Le Devoir DOG MY CAT RECORDS trempé dans les traditions Un îlot culturel nommé famille Dans la microcapitale culturelle du Mondial des Cultures, la promenade du parc Woodyatt mène aussi à un site destiné aux enfants et à la famille (Espace Hydro-Québec).Les petits pourront y découvrir des animaux exotiques en plus des spectacles et autres activités interactives proposées.L\u2019ensemble folklorique du Mexique s\u2019y produira le vendredi 10 juillet, n fera découvrir les danses et chants fondateurs de ce pays.Le même jour, un atelier de cirque se déroule en compagnie des clowns Alexo et Bisha, déjà vus sur les scènes du Cirque du Soleil entre 2004 et 2010.COUNTRY SUITE DE LA PAGE E 1 insiste-t-il.«Mais j\u2019ai confiance à cause de ce qui s\u2019est passé avec la musique électronique.Les expériences qu\u2019on a faites en électronique sur d\u2019autres scènes n\u2019avaient pas été très convaincantes non plus.Pourtant, sur les Plaines, c\u2019est la folie.» En effet, l\u2019ElectroEEQ, lancé en 2012, attire depuis des dizaines de milliers de personnes à chaque fois.«Je pense qu\u2019à Québec en particulier, on a une clientèle qui adore les grands événements.1.] Quand on fait 40 000, 50 000 personnes sur les Plaines en électro, ce ne sont pas tous des maniaques du genre, mais ils se disent que c\u2019est le truc à ne pas manquer.» C\u2019est d\u2019ailleurs la soirée électro qui lancera le festival le jeudi 9 sur les Plaines avec Skrillex, qui avait fait un tabac il y a trois ans.L\u2019organisation a eu droit à son lot d\u2019imprévus ces dernières semaines avec la blessure de Dave Grohl des Eoo Eighters \u2014 qui a malgré tout confirmé sa présence \u2014, l\u2019annulation de Nickelback en clôture et l\u2019ajout de Megadeth la veille.Les attentes sont également très élevées pour le concert historique des Rolling Stones le 15.Mais Le Devoir sera aussi là pour vous parler d\u2019artistes moins connus et de trouvailles à faire sur toutes les scènes.En plus de l\u2019auteure de ces lignes, cela vous sera conté par Sylvain Cormier et Philippe Papineau à compter de jeudi.Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 JUILLET 2015 E O CULTURE>CIRPE fi SOPHIE COLLEU Dans Warm, les deux acrobates se livrent à une épreuve de force.MONTRÉAL COMPLÈTEMENT CIRQUE Battre le fer quand il est chaud Un tandem acrobatique colombien, galvanisé par les contraintes physiques ISABELLE PARÉ Attention, chaud, très chaud.Avoir chaud, au sens propre comme au figuré, aller jusqu\u2019au bout, jusqu\u2019où le corps peut aller lorsqu\u2019il est poussé dans ses derniers retranchements, lorsque plongé dans une chaleur extrême, jusqu\u2019au bout du désir.Ce thème torride, c\u2019est le sujet de prédilection de Warm, performance brûlante comme les braises de David Bobée exécutée par deux acrobates devant 100 projecteurs fumants sur un texte sulfureux du poète Ronan Chéneau.L\u2019épreuve de force, rarement présentée en raison de son coefficient de difficulté élevé, sera présentée quatre soirs à Montréal complètement cirque par le tandem colombien d\u2019acrobates El Nu-cleo, sur le plateau de l\u2019Espace Go.La même salle avait accueilli en 2012 Cannibales, une autre proposition crue de Bob-bée distillée sur un texte de Chéneau, où un jeune couple s\u2019immolait par le feu ! «Cest un spectacle sur la chute, la souffrance, le renoncement, les limites physiques du corps», explique au bout du fil Wilmer Marquez, artiste polyglotte qui, avec son complice Edward Aleman, a accepté de relever ce défi fou, lancé lors d\u2019improvisations par David Bobée.Feu, le cirque Pendant quarante minutes, les deux acrobates, livrés comme des poulets à rôtir au feu des projecteurs, sç livrent à une preuve de force.Equilibres et figures de main à main se muent en sport extrême quand les artistes, plongés dans la moiteur et éblouis par la lumière aveuglante, avancent à tâtons.«Lors d\u2019improvisations où les artistes se plaignaient de la chaleur des projecteurs, David a eu l\u2019idée de travailler avec cette chaleur pour voir comment nos corps allaient s\u2019adapter On a trouvé l\u2019idée géniale.Sortir de notre zone de confort nous aide à chercher plus loin.Ces conditions commandent une^confiance extrême en l\u2019autre.Etre dans cette chaleur torride, avec cette musique, ce texte intense, c\u2019est puissant», ajoute Wilmer.Histoire de battre le fer pendant qu\u2019il est chaud.Chéneau évoque, lui, le choc des chairs entre deux corps d\u2019hommes, la luxure d\u2019une femme, la dou- leur doublée de désir, de rêve et de cauchemar, dans un texte ardent lu par Séverine Ra-gaigne.Une prestation où poésie et performance exultent devant et avec le public, immergé lui aussi dans la touffeur du moment.«Warm, ce n\u2019est pas que du cirque, c\u2019est 40 minutes d\u2019expérience théâtrale.C\u2019est épuisant, je perds trois kilos chaque fois», confie Wilmer.Qui sommes-nous ?Le même tandem pousse aussi loin la complicité dans Quien Soy?, une autre performance présentée au Théâtre Outremont, cette fois ficelée autour de l\u2019histoire des deux acrobates de Bogotâ, inséparables depuis l\u2019enfance.Amateurs de capoeira, de gymnastique et de musique, les jeunes artistes, soudés depuis l\u2019adolescence, ont usé leurs semelles sur les places de la capitale colombienne, avant d\u2019apprendre les rudiments du métier en compagnie du cirque colombien La Gata.Remarqué par des recruteurs, le duo est allé aiguiser son talent au Centre national des arts du cirque (CNAC) de Châlons-en-Champagne en Erance.A leur sortie de l\u2019école, Wilmer et Edward pondent Quien Soy?, une pièce inspirée de leur propre vie, d\u2019El Nucleo \u2014 le noyau, nom de leur troupe \u2014, teintée par leur style explosif, performatif, limite casse-cou.Entourés de blocs de bois, les deux acrobates composent et décomposent leur univers, métaphore du puzzle qu\u2019est devenue leur propre vie.Le spectacle qui tourne depuis deux ans a été chaudement applaudi au Eestival d\u2019Avignon l\u2019été dernier.«L\u2019idée des cubes, c\u2019est celle d\u2019univers qui se métamorphosent.Notre vie, c\u2019est la rencontre de deux univers.Qui sommes-nous?Français, Colombiens, ùcréons des espaces, des tableaux où l\u2019on ne cherche pas à créer un cirque beau et pur, mais à exposer notre réalité, à partager notre fatigue, notre souffle.On tombe et retombe jusqu\u2019à l\u2019épuisement, sans s\u2019arrêter, comme des enfants», explique Wilmer.Entre danse, main à main, acrobaties au sol, les deux athlètes, toujours Spartiates, poussent encore une fois leur corps jusqu\u2019à l\u2019épuisement.Yeux fermés, mouvements inversés, déséquilibre: les écueils, les blessures, les contraintes nour- rissent leur soif d\u2019exploration.Une blessure à une épaule est ainsi devenue l\u2019alibi pour créer toute une série d\u2019équilibres et de portés sur la tête.«Les obstacles nous permettent d\u2019être plus créatifs, soutient Wilmer, et nous amènent là où on nç serait peut-être jamais allés.» A découvrir, yeux grands ouverts.Le Devoir WARM El Nucleo A l\u2019Espace Go du 4 au 7 juillet QUIEN SOY?Au Théâtre Outremont du 9 au 12 juillet JAZZ FESTIVAL INTERNATIONAL DE JAZZ DE MONTREAL La voie intérieure d\u2019Hindi Zahra YVES BERNARD Il y a cinq ans.Hindi Zahra avait charmé avec Hand Made, un premier disque aux allures de néofolk vagabond, confectionné avec la précision de l\u2019orfèvre.La voici de nouveau avec Homeland, qui incarne sa terre qu\u2019elle recherchait, mais qui est devenue plus intérieure que géographique.Pour la trouver, elle s\u2019est installée à Marrakech, puis dans des grottes marocaines.Elle propose le contenu du nouveau disque avec une nouvelle équipe ce dimanche 5 juillet au Club Soda.«Mon homeland, je ne sais pas où il est, et peut-être qu\u2019il est en moi, dit Hindi Zahra.Ce disque m\u2019a donné beaucoup de réponses sur moi en retournant chez moi, en essayant de repartir de l\u2019artisanat, en repartant du silence aussi, de la montagne, de la grotte; d\u2019être devant l\u2019océan et de donner un sens à ma musique.Pourquoi je fais ça ?Il faut que je fasse de la musique que j\u2019aime, pas forcément de la musique plus marocaine.Et ce que j\u2019aime, c\u2019est les voyages, parce que je suis fille de Touareg, parce que ma vie a toujours été le voyage et l\u2019exil.Du coup, je me suis retrouvée avec le disque de ma vraie histoire.» Elle a donc choisi Marrakech, une ville dont elle ne connaissait à peu près rien, pour préserver cette part d\u2019inconnu et vivre «une espèce de vérité organique», comme elle le dit: «Sur la pochette du disque, je suis dans un atelier des ferronniers.Ces gens travaillent une matière qui est difficile, et c\u2019est ce rapport de l\u2019homme avec la matière que lui donne la terre qui me fascine.» Homeland est un disque de lumière, celui d\u2019un artiste qui sent avoir trouvé sa voix artistique, intérieure et amoureuse.Plusieurs textes en font foi et sur The Moon Is Full, Zahra finit par chanter: «This is the beginning of an endless love» sur un folk rythmé et atmosphérique.«Oui, c\u2019est la lumière», s\u2019exclame-t-elle, heureuse qu\u2019on lui ait fait la remarque.«Quand j\u2019ai travaillé sur le disque, je me levais à 3h 30 du matin et je commençais l\u2019écriture à 4 h.J\u2019avais besoin de la nuit Dans ce 2® disque, Hindi Zahra laisse une plus grande place aux percussions, cela à cause de la rencontre avec Texcellent Rhani Krija et de la lumière qui va arriver.Quand fêtais dans les grottes, il n\u2019y avait pas d\u2019électricité, alors quand c\u2019est la pleine lune, wow!» Place aux percussions Dans ce deuxième disque.Hindi Zahra laisse une plus grande place aux percussions, cela à cause de la rencontre avec l\u2019excellent Rhani Krija, qui collabore à cinq pièces.Les rythmes sont variés, de Cuba au Brésil et au Cap-Vert, mais parfois volontairement mélangés pour créer une sorte de flou.Homeland est également ponctué de quelques titres avec un quatuor à cordes, mais au début, l\u2019artiste attaque en rock blues touareg avec Bombino à la guitare.«Je l\u2019ai fait pour me rapprocher de l\u2019esprit berbère.J\u2019ai voulu connaître le parcours géographique de la tribu de mon père, voir leur voyage de la Mauritanie au sud du Maroc.J\u2019ai voulu choisir le rythme de ma tribu et je parle de la force des peuples des montagnes, de ces pêcheurs qui vivent avec les éléments de façon brutale et brute.Et Bombino est le Touareg par excellence, le voyageur, le musicien et le sage, parce qu\u2019il est tellement jeune, mais quand on le voit jouer, on se dit qu\u2019il doit avoir 120 piges.» Reste ces quelques accents de guitare espagnole, ce folk pop délicat, cette trompette discrète, cette mélancolie aussi lumineuse que les textes qui se transmet dans le chant, ces touches de soul funk en douce, cette guitare chaâbi sur un air capverdien et tout ce travail avec les voix.«Je n\u2019aime pas faire des choses techniques pour créer des harmonies.Je préfère la recherche de textures et les intonations.J\u2019aime enlever le superflu et donner des arrangements à la fois très simples et complexes.» C\u2019est aussi cela, la voie intérieure qu\u2019elle s\u2019est trouvée.Collaborateur Le Devoir Au Club Soda, le dimanche 5 juillet à 18 h.Renseignements: 514 871-1881.montrealjazzfest.com U Hindi Zahra a choisi Marrakech, une ville dont elle ne connaissait à peu près rien, pour une part d\u2019inconnu et vivre «une espèce de vérité organique».LIJM préserver 20 JUIN«
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