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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


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  • Montréal :Le devoir,1910-
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Cahier F
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2015-03-14, Collections de BAnQ.

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[" LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 MARS 2015 # «Il y a toujours cette démangeaison qui nous pousse à faire des trucs.Et ça demeure souvent quelque chose d\u2019un peu inexplicable.» Dix ans après Nikolski, l\u2019écrivain revient avec un troisième roman au cœur duquel se trouve un étonnant voyage clandestin.Entretien.CHRISTIAN DESMEULES Un jour d\u2019octobre 2001, des travailleurs du port de GioiaTauro, dans le sud de l\u2019Italie, découvrent un homme dans un conteneur spécialement aménagé.Amir Farid Rizk, un Canado-Égyptien de,43 ans, avait semble-t-il quitté Le Caire, en Egypte, cinq jours plus tôt caché à bord d\u2019un conteneur qui devait ensuite prendre la direction de Montréal sur un autre cargo.«Container Bob», comme on a depuis surnommé ce mystérieux passager clandestin \u2014 pourtant muni d\u2019un passeport canadien valide \u2014, avait pensé à tout: lit, toilette, chauffage d\u2019appoint, ordinateur portable, téléphones cellulaire et satellitaire, en plus d\u2019avoir embarqué assez d\u2019eau et de nourriture pour soutenir un petit siège.L\u2019homme s\u2019est depuis évanoui dans la nature.Nicolas Dickner s\u2019est senti «scoopé» lorsqu\u2019il a découvert cet étonnant fait divers dans un article du magazine Wired il y a deux ou trois ans.Le romancier raconte avoir frôlé la catastrophe.« Je travaillais depuis deux ans sur Six degrés de liberté quand j\u2019ai appris que quelqu\u2019un l\u2019avait déjà fait.J\u2019ai pratiquement mis le roman au rancart, avant de finalement le récupérer.C\u2019est l\u2019un de ces moments rares et étranges où la fiction rencontre la réalité, poursuit Dickner, avant d\u2019évoquer une histoire du même genre qui a récemment refait surface.Celle de Reg Spiers, un athlète australien sans le sou qui s\u2019est lui-même «posté» par avion en 1964 entre Londres et Perth, bringuebalé pendant 63 heures dans une caisse en bois via Paris, Bombay et Singapour.Une négation de la géographie L\u2019héroïne de Six degrés de liberté, Lisa Routier-Savoie (relisez le nom de famille), est une adolescente de 15 ans qui vit seule avec son père dans une petite ville de la Montérégie, en- NICOLAS DICKNER vahie par le sentiment \u2014 partagé par beaucoup d\u2019adolescents \u2014 d\u2019être prisonnière du lieu et des circonstances., Son amitié chaste mais «complémentaire» avec Eric, un jeune voisin agoraphobe qui partage avec elle quelques lubies, sera toutefois compromise lorsqu\u2019Eric devra suivre sa mère, qui souhaite refaire sa vie au Danemark.Une relation qui prendra lin avec «l\u2019élégance brutale d\u2019un dynamitage».Mais quelques années plus tard, ce petit génie de l\u2019informatique ayant fait fortune va la financer et lui prêter main-forte afin de «hacker» les systèmes informatiques de compagnies de transport et des autorités portuaires pour l\u2019aider à réaliser un fantasme: faire le tour du monde à bord d\u2019un conteneur réfrigérant spécialement aménagé.«C\u2019est mieux qu\u2019une route.Mieux qu\u2019un passeport.Avec ça, la géographie n\u2019existe plus», dira l\u2019un des protagonistes.En parallèle, Jay, une fraudeuse informatique qui purge sa peine en travaillant comme analyste de données pour la Gendarmerie royale du Canada, entreprend de traquer personnellement, une étincelle au fond des yeux, le conteneur fantôme.On reconnaîtra dans cette pirate informatique originaire de Tête-à-la-Baleine le personnage de Joyce dans Nikolski, le premier roman de Dickner.Des personnages de solitaires un peu toqués, vaguement asociaux et geeks, habitent l\u2019univers \u2014 l\u2019univers connu en tout cas \u2014 de l\u2019auteur.Il pousse cette tendance d\u2019un cran en faisant faire cette fois à l\u2019un d\u2019entre eux un voyage plutôt paradoxal : avaler les kilomètres, traverser les océans et les frontières sans rencontrer ni paysages ni âme qui vive.«Il y a derrière ça une volonté de négation de la géographie», reconnaît-il.Question de se renouveler ou de se contredire un peu, tant ses deux premiers romans étaient imprégnés, justement, par le territoire et la géographie.Une idée qui est arrivée très tôt dans le processus.«Parce que, lorsqu\u2019on écrit, il y a toujours une espèce de tension entre le désir dé faire une oeuvre cohérente et celui de se renouveler, de ne pas avoir l\u2019impression d\u2019écrire toujours le même bouquin.» Pour le voyage, contre l\u2019ennui Mais pour s\u2019approcher vraiment du cœur de ce nouveau roman de Nicolas Dickner, peut-être vaut-il mieux évoquer le cas de «Lawnchair Larry ».Ce camionneur californien, qui avait décollé de la cour arrière de sa maison de San Pedro le 2 juillet 1982, était monté à une altitude de 4600 mètres sanglé à une chaise de jardin à laquelle étaient attachés 45 ballons-sondes gonflés à l\u2019hélium.Larry Walters avait emporté son fusil à plomb (pour contrôler la descente), un CB, des sandwichs, de la bière et un appareil photo.«Walters illustre bien, il me semble, le paradoxe fondamental derrière cette histoire-là.Quel est le sens, quelle est la symbolique du roman ?On peut faire plein d\u2019épilogues sur le besoin de liberté ou la portée métaphysique.Mais l\u2019histoire de Lisa reprend tout à fait le motif de celle de Larry Walters, qui avait répondu, quand on l\u2019avait interrogé sur ses motivations: \u2018A man can\u2019t just sit around\u201d [Un gars ne peut pas juste rester assis].L\u2019idée de faire un truc seulement parce que c\u2019est possible de le faire.» Six degrés de liberté est ainsi dédié à la mémoire de cet homme rêveur et audacieux, héros d\u2019un jour qui a connu une fin tragique.Walters se suicidera onze ans plus tard, les feux de sa popularité éphémère une fois bien éteints, au cœur d\u2019une forêt du nord de Los Angeles.«C\u2019est peut-être une réaction contre l\u2019ennui fondamental de l\u2019existence.Il y a toujours cette démangeaison qui nous pousse à faire des trucs.Et ça demeure souvent quelque chose d\u2019un peu inexplicable.» L\u2019écriture, comme le voyage, n\u2019est peut-être souvent rien d\u2019autre : une façon de préférer les ennuis à l\u2019ennui.Une sorte d\u2019antidote aussi contre le rapetissement du monde à l\u2019heure de la globalisation des échanges commerciaux et de l\u2019instantanéité universelle des réseaux sociaux, où «tout le monde est similaire jusque dans la différence», confie l\u2019écrivain, qui perçoit aujourd\u2019hui un certain «désenchantement» par rapport à Internet VOIR PAGE F 3 : LIBERTÉ Le goût des autres: Josée Bilodeau lit James Lee Burke Page F 2 Le village qui rêvait (et tuait) les lions, par Hamelin Page F 5 F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 MARS 2015 LIVRES LE GOUT DES AUTEŒS Lire James Lee Burke, des bleus à l\u2019âme Le goût des autres, c\u2019est ce lieu où un auteur lit, commente ou critique l\u2019œuvre d\u2019un autre qui l\u2019inspire et à qui il voue une très grande admiration.Aujourd\u2019hui, Josée Bilodeau lit la dernière traduction française de James Lee Burke, Les dieux de la pluie.Née en 1969, Josée Bilodeau est romancière et nouvelliste (On aurait dit juillet.Incertitudes, Québec Amérique, 2008 et 2010).Ex-critique de théâtre, elle est toujours fascinée par les arts de la scène et la littérature.Elle est aussi réviseure à Radio-Canada.JOSÉE BILODEAU «Mais les dieux de la pluie sont partis.Et ils ne reviendront pas.{.] Ils n\u2019ontpas de raison de revenir.On ne croit plus en eux.» T e ne suis jamais sortie J indemne d\u2019un roman de James Lee Burke.Jamais.Il a éveillé en moi une conscience fascinée des âmes noires qui gravitent autour de nous et de la part d\u2019ombre qui nous habite, de la nécessité de préserver chaque parcelle de grâce et d\u2019innocence d\u2019une humanité en déclin.Chacun de ses romans réactualise ce sentiment, l\u2019éclaire par un regard sur l\u2019âme humaine et sur la société américaine infiniment sombre, riche et percutant.Les dieux de la pluie, son dernier titre paru en français, ne m\u2019a pas épargnée.M\u2019habitent encore, après des jours, ses paysages arides et ses blessures béantes.Ce roman ne fait pas partie de la série des Dave Robi-cheaux, pour laquelle Burke est surtout connu et qui m\u2019a fait l\u2019aimer d\u2019amour il y a quinze ans quand un libraire m\u2019a mis entre les mains Cadillac Juke-Box, une série qui compte une vingtaine de titres (Rivages) \u2014 mon préféré: Dans la brume électrique avec les morts confédérés, empreint d\u2019onirisme.Je suis toujours aussi séduite par la densité, la sensualité de l\u2019écriture, la complexité des intrigues dont le dénouement, à la limite, m\u2019apparaît comme secondaire.De toute façon, la noirceur gagne toujours du terrain sur le monde.Burke a laissé cette fois la Louisiane et ses bayous pour la terre desséchée du Texas, à deux pas de San Antonio, dans la fournaise de la fin de l\u2019été où les dieux de la pluie se font attendre.Il fait revenir, quarante ans après l\u2019avoir créé, le personnage de Hackberry Holland, shérif maintenant âgé de soixante-dix ans venu faire la paix avec ses fantômes dans une petite ville près de la frontière mexicaine.C\u2019est dans ce paysage aride qu\u2019il découvre un charnier contenant les corps encore chauds de neuf jeunes femmes asiatiques, immigrantes illégales, leurs estomacs remplis de drogue.Forgés Les paysages dans l\u2019œuvre de Burke transforment les êtres et leurs aspirations, font basculer la chance et engendrent des mirages.Il est aussi habile à parler du Texas que de sa Louisiane gangrenée par la pauvreté, le racisme, le crime et la corruption.Il explore les épisodes les plus sombres de l\u2019Histoire \u2014 ici les guerres de Corée et d\u2019Irak, entre autres \u2014 et les cicatrices qu\u2019ils ont laissées, mais il sait aussi rendre justice aux petits et grands miracles de la bonté humaine, à l\u2019amour.Burke est un maître des descriptions contemplatives, des pensées profondes qui se glissent dans les silences pour nous offrir un panorama des lieux et révéler les strates d\u2019événements qui les ont composés.Splendeurs et horreurs se côtoient dans un même tableau.On avance dans le livre comme dans un champ de mines.Burke raconte des histoires terribles, avec des personnages revenus de tout, des psychopathes sanguinaires, des fous de Dieu (ici, le personnage du Prêcheur, exécuteur des âmes perdues, être complexe et fascinant), des politiciens cupides, des têtes brûlées, des méchants qui gardent une part d\u2019innocence, des gentils fêlés, et certains touchés par la grâce, les femmes surtout, des femmes fortes et lumineuses.Mais ce que j\u2019aime le plus chez lui, outre les descriptions d\u2019une beauté à suspendre la lecture plus d\u2019une fois par chapitre et les dialogues forts, pleins d\u2019ironie et de cynisme, c\u2019est qu\u2019il ne perd jamais de vue la responsabilité d\u2019une Amérique corrompue dans les drames individuels qui se jouent devant nous, ni «que la faim [est] le plus puissant des moteurs».En filigrane des considérations historiques et sociales se dégagent toujours une indigna- BRAD KEMP ASSOCIATED PRESS James Lee Burke a laissé cette fois la Louisiane et ses bayous pour la terre desséchée du Texas, à deux pas de San Antonio, dans la fournaise de la fin de l\u2019été où les dieux de la pluie se font attendre.tion et une colère essentielles.Sans doute que Burke m\u2019a influencée en me donnant le goût de fouiller les silences, de creuser à la verticale dans l\u2019instant pour débusquer tout ce qui se passe en même temps dans la tête d\u2019un personnage, les vacille-ments, «les tremblements de l\u2019être».D\u2019autres Bagdad Après le passage de l\u2019ouragan Katrina sur La Nouvelle-Orléans en 2003, j\u2019ai beaucoup pensé à Burke, à ce qui allait émerger de cette tragédie dans son œuvre.Il en a fait La nuit la plus longue, effroyable tableau de l\u2019enfer qu\u2019a vécu la population.Burke y est très clair, dans l\u2019épilogue, en ce qui concerne la responsabilité des décideurs politiques.«La Nouvelle-Orléans a été systémati- \" ' ' la relève en recherche Bourses % D'EXCELLENCE des PUQ LES PRESSES DE L\u2019UNIVERSITE DU QUEBEC SDNT HEUREUSES DE REMETTRE DEUX PREMIÈRES BDURSES D\u2019EXCELLENCE.BRAVD AUX LAURÉATES ! ¦\tEvelyne Arsenault Étudiante à la maîtrise en géegraphie à I Université du Québee à Rimeuski Projet de recherche : « Bilan sedimentaire et analyse de facteurs influençant I occurrence d episodes d erosion et de submersion côtiere près de Matane (Quebec)» ¦\tMaxine Boudreau Étudiante au deeterat eembiné en psyebelegie (Pb D ) en appreebe eegnitive-eempertementale à I Université du Québee à Mentréal Projet de recherche : « La réactivité bronchique aux tests de provocation respiratoire a la methacholine et au dioxyde de carbone chez les patients asthmatiques avec et sans trouble panique» Les lauréates remportent chacune une bourse de 5000$.Le concours des bourses d excellence des PUQ est gere par la Fondation de I Université du Quebec et s inscrit dans la categorie «Bourses d encouragement a I excellence» Pour plus d informations visitez notre blogue a PUQ CA \"I Presses de l'Université du Québec On a tous besoin de savoir POUR AGIR \"I Fondation de runiversité du Québec quement détruite [.] Je laisse à d\u2019autres le soin d\u2019expliquer l\u2019absence d\u2019entretien des digues avant Katrina, et l\u2019abandon de dizaines de milliers de personnes à leur destin.Mais, selon moi, il reste un fait irrévocable: on a vu une ville de la côte sud des États-Unis devenir une autre Bagdad.Si cette situation a un précédent dans notre histoire, il m\u2019échappe.» Quand je lis les journaux et constate chaque jour à quel point ceux qui nous dirigent n\u2019en ont rien à faire du bien commun et dégradent à une vitesse folle le filet social, je partage cette colère.Je frémis des conséquences inévitables de ces mauvais choix dans un avenir pas si lointain, de ce qu\u2019ils peuvent faire à une société de plus en plus habitée par la peur de l\u2019autre, par la misère, par la surveillance et la suspicion, et qui promeut la consommation et le divertissement comme ultimes buts.Je lis Burke pour cette colère et cette indignation, et porte chacun de ses romans en moi bien après les avoir refermés.«On est faits comme ça.Si certaines choses qu\u2019on a faites, ou auxquelles on a assisté, ne laissent pas de bleus à l\u2019âme, c\u2019est qu\u2019il y a quelque chose de raté dans l\u2019humanité.» \u2014 Hackberry Holland Collaboration spéciale Le Devoir LES DIEUX DE LA PLUIE James Lee Burke Traduit de l\u2019anglais par Christophe Mercier Rivages Paris, 2015, 528 pages La Vitrine RÉCIT LE CINQUIÈME CORRIDOR Daniel Leblanc-Poirier Perce-Neige Moncton, 2015, 114 pages «C\u2019était une période fuckée.Il pleuvait tout le temps.Je me sentais partagé entre deux chaises plus confortables l\u2019une que l\u2019autre.» Narrateur à la santé mentale fragile, un peu perdu entre deux femmes qu\u2019il croit aimer, Daniel agente l\u2019étroit quadrilatère du Quartier latin montréalais où il habite.Récit initiatique traversé d\u2019explorations urbaines, amoureuses et toxicomanes, Le cinquième corridor offre un drôle de concentré de révolte adolescente où dominent des motifs de révolution et de conquête de soi: «Je savais que la gravité ne s\u2019appliquerait que partiellement si f avais l\u2019audace d\u2019exister en chute libre.» Un peu mince, parfois surchargé de métaphores jusqu\u2019à l\u2019opacité, ce premier roman de Daniel Leblanc-Poirier est mdgré tout traversé d\u2019un beau souffle de vie, porteur des états d\u2019âme d\u2019un narrateur qui balance entre le cynisme et la naïveté.L\u2019auteur montréalais, né au Nouveau-Brunswick en 1984, d\u2019abord poète {La lune n\u2019aura pas de chandelier, l\u2019Hexagone, 2007), s\u2019y révèle attentif aux éléments \u2014 gouttes de pluie, rayons de soleil \u2014 et sait à l\u2019occasion débusquer la beauté sous la grisaille.Christian Desmeules m MAGAZINE JEUNESSE GRILLED CHEESE Musique A\" 2, février 2015 L\u2019Abricot Montréal C\u2019est un tout petit livret, imprimé en deux couleurs vives de façon artisande au risographe.Et sa couverture donne franchement le goût de s\u2019y aventurer, même si on ne fait plus partie du public cible des enfants de 3 à 8 ans.Grilled cheese est un magazine thématique pour les tout-petits totalement bilingue, qui paraît trois fois par année.Chacune des pages richement illustrées présente les mêmes textes dans les deux langues officielles et réconcilie ainsi des solitudes qui s\u2019ignorent encore à coups de contes inventifs, d\u2019entrevues rigolotes, de bricolages et de recettes réalisables pour les petites mains impatientes.Le numéro de février fait la part belle à la musique au sens large du terme.Et vient avec une prime de luxe : un magnifique macaron à épingler sur ses plus beaux atours.En vente dans quelques commerces au Québec, à Ottawa et à Halifax.On peut s\u2019abonner à partir du site Internet du magazine : grilledcheesemag.bigcartel.com Amélie Gaudreau ^ \\ .m 'A**# Place au cornet/ ' \" \u2018 - -Here s a cornet/ Portrait d\u2019hoinnie POÉSIE PORTRAIT D\u2019HOMME Gabrielle Giasson-Dulude Le Noroît Montréal, 2015, 80 pages L\u2019itinérant que voici ne parle pas.Il bouge.Il mime la vie, vit de ses gestes lointains perçus à travers le prisme qui nous en tient éloignés.Cet homme mis en portrait par Gabrielle Giasson-Dulude trace sa pantomime broyée devant l\u2019écran du pare-brise.Premier recueil très urbain que ce Portrait d\u2019homme.«Le mime pense: // La plupart du temps les mains / et les bras cherchent un endroit/ où aller.» D\u2019une part, une jeune femme témoin et, d\u2019autre part, un itinérant malmené investissent l\u2019espace de la ville.Dans la saleté des sacs d\u2019ordures, comme dans la noirceur glauque des ruelles, passent ainsi des êtres qui vont, qui marchent, qui ploient.Mais la pauvreté est de chaque côté du miroir, et la faillite du sens prend, dans ce recueil tout en retenue, une dimension tragique.Car cette précarité chancelle au bout des doigts, dans la demande de présence.Et la rare parole passe de la témoin à celui qui va.Les «je» deviennent un « nous », et la question reste de savoir ce qu\u2019il a à nous apprendre, ce mime-itinérant, dont on entend si peu les gestes.Par chance, «les poèmes n\u2019ont pas fini d\u2019espérer: ils feront ce qu\u2019ils pourront.Rien déplus».Hugues Corriveau VÉRONIQUE-MARIE KAYE Marjorie Chalifoux | Roman Marjone Chalifoux le roman d\u2019une jeune fille originale, unique en son genre Suivez-la au cours de sa semaine folle, folle, folle Dans toutes les bonnes librairies www prisedeparole ca ISBN 978 2 89423 940 7 22 95 $\t__ 4511 LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 MARS 2015 F 3 LITTERATURE ROMAN QUEBECOIS Un espace à occuper Annie Perreault : une plume forte, un talent certain d\u2019observatrice, une sensibilité à fleur de peau CHRISTIAN DESMEULES Il est écrit «roman» sur la couverture, mais ce sont en vérité plusieurs histoires qu\u2019on pourrait lire comme autant de nouvelles.Classées en dix «terrains», chapeautées d\u2019une structure vaguement artificielle, elles présentent parfois quelques récurrences.Un livre qui s\u2019efforce de «penser le rien» à la manière de Perec, en y ajoutant à sa manière «quelque chose, une pratique, une fonction, un destin, un regard, un besoin, un manque, un surplus».Annie Perreault signe avec L\u2019occupation des jours un premier roman qui paie sans le cacher sa dette au Perec de La vie mode d\u2019emploi et d\u2019Es-pèces d\u2019espaces (Livre de poche, 1980 et Galilée, 2003), cet inventeur d\u2019inventaire soucieux d\u2019épuiser le réel.L\u2019écrivaine montréalaise avait remporté en 2000 le Grand Prix littéraire Radio-Canada dans la catégorie «Nouvelle».Une femme de ménage un peu voyeuse.Un garçon fait des recherches imposées sur Google Earth pendant que sa mère fait la grasse matinée avec son nouveau copain.La réceptionniste lasse d\u2019une clinique d\u2019esthétique essaie de s\u2019accrocher au réel pendant que son père se meurt.Une orpheline retourne des années plus tard dans le pays du Moyen-Orient dont elle est originaire, là où ses parents ont péri dans un tremblement de terre.Une femme se sent captive de sa vie de banlieue et d\u2019un mariage qui s\u2019étiole.Les lieux, bien sûr Traversé par la solitude, l\u2019insatisfaction, L\u2019occupation des jours déploie un commentaire MAXYME G DELISLE Annie Perreault signe, avec L\u2019occupation des jours, son premier roman.critique, en creux, sur le travail et le monde du travail.«S\u2019abrutir de travail, avancer de jour en jour comme une bête brute, une charrue, un insecte acharné.» Sur le couple, le regard d\u2019Annie Perreault ne se fait pas plus tendre.Les personnages féminins, souvent solitaires et désabusés, souffrent de structures sociales ou familiales qui les brident.Les lieux y jouent bien sûr un rôle de premier plan.Ce sont à la fois des espaces de vie et des témoins encombrants qui, à Montréal, à New York ou à Amsterdam, entretiennent le souvenir d\u2019un amour mort ou de la mémoire d\u2019Anne Frank.Un triplex rasé, un appartement envahi de mites, des espaces de mémoire imprégnés par la vie et par la mort.Des échecs en mouvement.Mille manières de s\u2019occuper et de remplir les heures.Certes, «la vie est faite de morceaux qui ne se joignent pas.», confie le personnage d\u2019un film de Truffaut regardé par la narratrice de l\u2019une des histoires.Mais déployer une structure un peu froide au-dessus de ces histoires, est-ce suffisant pour en faire un roman ?L\u2019étiquette pourra paraitre un peu abusive, voire forcée, même si la cohérence de l\u2019ensemble ne fait aucun doute.Avec L\u2019occupation des jours, quel qu\u2019en soit le genre, Annie Perreault donne forme à des univers denses et complexes, peuplés d\u2019êtres vivants qui cheminent malgré les doutes.les angoisses, l\u2019intranquillité.Elle fait se rejoindre les morceaux épars de multiples existences fictives mais devenues plausibles.Et elle y parvient à travers une plume forte, un talent indubitable d\u2019observatrice, une sensibilité à fleur de peau.Pas la moindre défaillance dans ces pages, qui vibrent en permanence de creux et de saillies poétiques.Une écrivaine est là.Il ne lui reste plus qu\u2019à occuper la place.Collaborateur Le Devoir L\u2019OCCUPATION DES JOURS Annie Perreault Druide Montréal, 2015, 352pages NOUVELLES L\u2019amour en fuite CHRISTIAN DESMEULES T es hommes sont toujours ^ L^les mêmes.De pauvres imbéciles», confie le narrateur de l\u2019une des nouvelles de Nairn Kattan.La passion, un leurre ?L\u2019idée conforte sans doute ceux pour qui il semble être trop tard pour l\u2019amour.Qui ont jeté l\u2019éponge, ont eu leur part ou ont le sentiment d\u2019avoir trop donné.Ou qui sont désertés par le désir, pas malheureux pour deux sous, presque soulagés d\u2019une sorte de virus.Un grand-père entretient une relation privilégiée avec sa petite-fille {Premiers émois).Une femme difficile et un peu désespérée fréquente les sites de rencontre en rêvant d\u2019un beau mariage {Céline).Des anciens amants se rencontrent par hasard dans un avion, saisissant l\u2019occasion de remplir les heures et de se raconter leur vie sentimentale {Reconnaissance).Un homme entreprend un voyage aux iles Fidji, croyant qu\u2019en se rendant aux antipodes il pourra conjurer ses récents déboires amoureux {Edwin).Deux retraités se rencontrent tous les jeudis pour partager, tout en flirtant un peu, le souvenir de leurs premiers émois amoureux {Arthur et Berthe).Une femme est amoureuse de la famille juive de son compagnon {Richard et Hélène).Nairn Kattan, né à Bagdad en 1928 \u2014 il a 86 ans \u2014, romancier et essayiste bardé de ru- bans, collaborateur au Devoir, traque dans L\u2019amour encore les malentendus et le déclin du sentiment amoureux.Ses 14 nouvelles à la tonalité un peu amère s\u2019émaillent de nombreuses réflexions sur l\u2019usure du couple, la trajectoire de la passion, l\u2019inévitable disparition du désir.Certes, on n\u2019apprend pas à un vieux singe à faire des grimaces, mais par les thèmes, la narration ou les personnages, ces histoires efficaces au style corseté semblent un peu répétitives.Vues par des retraités qui font le choix de replonger dans la comédie de l\u2019amour, des relations jetables magasinées sur des sites de rencontre et des amourettes éphémères glissent souvent dans le non-dit.Sans le moindre drame et surtout sans passion, chacun tournant les talons avant d\u2019entreprendre une longue «marche dans le désert».Devant une femme qu\u2019ils ont autrefois aimée, les protagonistes masculins \u2014 un peu interchangeables \u2014 s\u2019étonnent, se surprennent, s\u2019interrogent: tout ça pour ça?Une simple illusion, l\u2019amour?Un éternel retour ?Collaborateur Le Devoir L\u2019AMOUR ENCORE Nouvelles Nairn Kattan Del Busso Montréal, 2015,196 pages LIBERTE SUITE DE LA PAGE E 1 et ses réseaux, de plus en plus captés par les puissances capitalistes.S\u2019il demeure aussi ludique, peuplé par des personnages de doux obsédés.Six degrés de liberté contient toutefois un peu moins d\u2019ironie que ses romans précédents, Nikolski ou Tarmac (Alto, 2005 et 2009).La maladie et la solitude y pèsent un peu plus.Le père de Lisa dépérit de l\u2019alzheimer.Jay croupit dans sa prison professionnelle, comptant les jours qu\u2019il lui reste à purger comme d\u2019autres comptent les années qui les séparent de l\u2019heure de la retraite.Véritable «sommet de l\u2019échelle évolutive », présent dans l\u2019intimité de chacun {«Pensons seulement à son importance pour un géant comme Ikea»), le transport par conteneur représente aussi un immense phénomène économique encore largement impensé, même opaque, croit Nicolas Dickner, qui leste ainsi son roman d\u2019une réflexion soft sur le capitalisme global.OMNIBUS/CC Les émules de Lawnchair Larry sont nombreux, depuis 1982, à tenter l\u2019envol en chaise de jardin et ballons à l\u2019hélium.Fin d\u2019un cycle Dix ans après la publication de son premier roman, Nikolski, qui inaugurait par un coup d\u2019éclat littéraire la maison d\u2019édition Alto d\u2019Antoine Tanguay, ce nouveau roman de Dickner lui permet de boucler un cycle.L\u2019écrivain né à Rivière-du-Loup en 1972 vient de livrer coup sur coup trois manuscrits en moins de 18 mois pour Alto, avec Révolutions, écrit en collaboration avec Dominique Fortier, et Les weird, la traduction d\u2019un roman d\u2019Andrew Kaufman.Ce père de deux jeunes enfants ressent la nécessité de reprendre son souffle avant de se remettre en selle.Mais les idées foisonnent, il ne faut pas en douter.Il s\u2019agira pour lui de les canaliser au sein d\u2019un projet pour lequel il pourra se passionner durant quatre ou cinq ans.Pour l\u2019instant, c\u2019est le point mort, la vie lui prend tout \u2014 il est même retourné aux études depuis peu.«Je ne lis rien», confie-t-il dans un soupir résigné, lui qui relève aussi tout juste d\u2019un déménagement au cours duquel, pour ajouter encore au supplice, tous ses livres lui sont repassés entre les mains.Quant aux voyages \u2014 il a séjourné longuement au Pérou, en République dominicaine et en Allemagne \u2014, on ose à peine en parler pour ne pas alourdir sa nostalgie du moment.Il reste que le voyage, que ce soit tiré par des ballons remplis d\u2019hélium, par conteneur réfrigérant ou à travers l\u2019écriture d\u2019un roman, demeure encore un formidable moyen d\u2019échapper à la gravité.Collaborateur Le Devoir SIX DEGRÉS DE LIBERTÉ Nicolas Dickner Alto Québec, 2015, 392pages En librairie le 17 mars POESIE Vers Compostelle avec France Boisvert À la suite d\u2019une promesse faite à une tante malade, France Boisvert fut l\u2019une des 1547 pèlerins canadiens à se rendre à Saint-Jacques-de-Compostelle en 2007.HUGUES CORRIVEAU Il est de ces livres qu\u2019on laisse passer sous le radar parce que d\u2019autres les poussent vers les rayons de la bibliothèque, plus urgents ou plus immédiatement à-propos.A l\u2019automne dernier, il en fut ainsi du dernier recueil de France Boisvert.J\u2019ai l\u2019occasion d\u2019y revenir, et c\u2019est tant mieux, car tant de gens rêvent de parcourir El Camino de Santiago de Compostela qu\u2019on ne peut qu\u2019y reconnaitre l\u2019immense phénomène pénitent (parfois) ou touristique (souvent) qui en soutient le désir.France Boisvert a suivi le Chemin.Elle y a accompli une promesse faite à une vieille tante souffrante et, qui plus est, mère abbesse bénédictine.Noble attitude, s\u2019il en est une, mais encore faut-il que le livre qui en est sorti soit à la mesure exemplaire du pèlerinage et du ressourcement.On a tant lu de redites à ce propos que nous voilà bien titillés.La poète nous précise que «l\u2019idée de ce mouvement consistait à [sel désinstaller», ledit «mouvement» étant ici sa «mise en marche», pourrait-on dire.On a déjà peur, avouons-le, de cette «désinstallation».Mais allons, marchons aussi, suivons-la du 15 mars au 10 mai 2007.Part du grand troupeau «Sac au dos / la tête en fleur», voici la poète qui fait des vers de mirliton.«Soleil de printemps / lumière montante.» «Sur le chemin / balisé d\u2019étoiles / devenues sentier / jour après jour», elle va.C\u2019est trop beau.! On n\u2019en revient pas! 1500 kilomètres pour cela! Elle parle aussi d\u2019une «lumière flu-viatile», dé «effluves terreux», de «vents feutrés», alors que, dans une audace sans pareille, la poète va un jour jusqu\u2019à «fleurer l\u2019eau».Il n\u2019est pas donné à tout le monde, avouons-le, de se retrouver «sous un ciel bleu acier» et d\u2019entendre «battre [siDW cœur».Pourquoi parler de ce recueil alors ?me demandera-t-on.Mais pour ne pas oublier que des livres semblables sont trop souvent publiés, parce qu\u2019il n\u2019est jamais trop tard pour rappeler qu\u2019il incombe aux auteurs qui s\u2019attaquent à un sujet rabâché d\u2019en renouveler minimalement les platitudes.Or on nous propose ici un ramassis de lieux communs, bluettes qui ne seraient rien d\u2019autre que du texte de tiroir si elles ne se voulaient poétiques et données comme oeuvre littéraire.Suivra qui pourra la poète «au hasard des possibles / [pendantl la traversée des sentiers boueux / irrigués par des ruisseaux débordants / dans la forêt verte / des pas perdus».Ét sur cette voie-là, pas un seul personnage rencontré qui soit original, pas une pensée qui ne soit lourdingue et convenue.Solitude, muscles endoloris, sommeil précaire, angoisse solitaire, importun de passage, tout s\u2019englue.Mais «l\u2019ardeur nourrit [sla course», au moment où «à la croisée des chemins / les vents orchestrent leurs souffles».À son retour, approfondissant son sens aigu de la poésie, elle conclut qu\u2019il ne lui restait plus «qu\u2019à retrouver le chemin de l\u2019encre sur la page blanche »\\ Collaborateur Le Devoir VERS COMPOSTELLE Erance Boisvert Les Heures bleues Saint-Lambert, 2014, 80 pages éy Gaspard LE DEVOIR T A ^ALMARES \tDu 2 au 8 mars 2015\t\t \t\tB \t\t ?' Romans québécois\t\t 1 L\u2019epicene Sansoucy \u2022 Tome 2 Les châteaux de cartes\tRiohard Gougeon/Les Editeurs reunis\t-/I 2 Journal d\u2019un disparu\tMaxime Landry/Libre Expression\t1/4 3 La mort mene le bal\tChrystine Brouillet/Homme\t2/2 4 L\u2019epicene Sansoucy \u2022 Tome 1\tRiohard Gougeon/Les Editeurs reunis\t-/I 5 Des nouvelles d\u2019une p\u2019tite ville \u2022 Tome 1 1967, Violette\tMario Hade/Les Editeurs reunis\t3/4 6 Baiser \u2022 Tome 1 Les dérapages de Cupidon\tMarie Gray/Guy Saint-Jean\t4/8 7 Les heritiers du fleuve \u2022 Tome 41931-1941\tLouise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean\t5/14 8 Le prophète et la femme seule\tMare Fisher/Un monde different\t8/2 9 Le gazon toujours plus vert chez le voisin^\tAmelie Dubois/Les Editeurs reunis\t7/16 10 La Malédiction \u2022 Tome 1 Le hameau des Fourches\tLouise Simard/Goelette\t9/4 Romans étrangers\t\t 1 Elle et lui\tMare Levy/Robert Laffont | Versilio\t1/4 2 Crossfire \u2022 Tome 4 Fascine-moi\tSylvia Day/Flammarion Quebeo\t2/4 3 Mr Mercedes\tStephen King/Albin Miohel\t3/2 4 L\u2019effet papillon\tJussi Adler-Olsen/Albin Miohel\t5/6 5 Cinquante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE L James/Lattes\t4/5 6 Soumission\tMiohel Houellebeeq/Flammarion\t6/7 7 Cinquante nuances plus claires \u2022 Tome 3\tE L James/Lattes\t7/4 8 Une valse en trois temps\tPatrieia Gaffney/Guy Saint-Jean\t-/I 9 Cinquante nuances plus sombres \u2022 Tome 2\tE L James/Lattes\t10/5 10 L\u2019affaire Cendrillon\tMaiy Higgins Claik | Alafair Buike/Albin Miohel\t-/I Essais québécois\t\t 1 La fin des vaches sacrées Reflexions sur l\u2019avenir du Quebec\tClaude Castonguay/La Presse\t3/2 2 Jean-François Lepine, sur la ligne de feu\tJean-François Lepine/Libre Expression\t1/18 3 Louis Bernard Entretiens avec Michel Saira-Bournet\tLouis Bernard | Miohel Saira-Boumet/Boreal\t2/3 4 Depossession Une histoire economique du Quebec\tColleetif/Lux\t-/I 5 Un désir d\u2019Amerique Fragments nomades\tJean-Daniel Lafond/Edito\t-/I 6 Vivre en quartier populaire Saint-Sauveur, 1930-1980\tDale Gilbert/Septentrion\t7/3 7 Les acteurs ne savent pas mourir\tAlain Vadeboneoeur/Lux\t6/20 8 PKP dans tous ses états\tPierre Dubue/Renouveau quebeeois\t4/3 9 Peril scolaire Les dix maux de l\u2019éducation au Quebec\tTania Longpre/Stanke\t9/3 10 De remarquables oublies \u2022 Tome 2 Ils ont couru l\u2019Amenque Serge Bouchard | Mane-Chnstine Levesque/Lux 5/13\t\t '?'Essais étrangers\t\t 1 Du bonheur Un voyage philosophique\tFrederie Lenoir/Fayard\t1/3 2 La chair interdite\tDiane Dueret/Albin Miohel\t-/I 3 Nous sommes Charlie 60 écrivains unis pour la liberté\tColleetif/Le Livre de poehe\t2/4 4 François parmi les loups\tMareo Politi/Philippe Rey\t4/4 5 Le oapital au XXIe sieole\tThomas Piketty/Seuil\t6/41 6 La BD est Charlie\tColleetif/Glenat\t3/3 7 Y a-t-il un grand arohiteote dans l\u2019univers'?\tStephen Hawking/Qdile Jaeob\t8/2 8 Le vrai heu Entretiens aveo Miohelle Porte\tAnnie Emaux | Miohelle Porte/Gallimard\t-/I 9 Un an dans la vie d\u2019une forêt\tDavid G Haskell/Flammarion\t-/I 10 L\u2019Etat islamique\tSamuel Laurent/Seuil\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d information et d analyse Ssspsnl sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de EsspsrilA est constitue des releves de caisse de 260 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Ssspsnl © BTLF toute reproduction totale ou partielle est interdite F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 MARS 2015 LITTERATURE ÉL THINKSTOCK Christine Montalbetti pique de nouveau la pointe de son compas aux Etats-Unis.Dans Plus rien que les vagues et le vent, on est à Blueberry Inn, chez Moses, à Cannon Beach, Oregon.LITTÉRATURE FRANÇAISE La part de l\u2019autre Certains romans ne reposent ni sur l\u2019action ni sur l\u2019opinion.Ce sont des mondes immobiles, même si on s\u2019y déplace pour les observer.Si on pouvait raconter la beauté du monde, elle serait là, prête à se laisser filmer.GUYLAINE MASSOUTRE Prendre le temps de lire est-il un luxe, une passion ?Ils existent, ces romans où se perdre dans le temps et l\u2019espace.Conçus dans la matière épaisse et quasi tactile du langage, ils appellent les livres à faire image.Ils n\u2019existeront pourtant vraiment que dans l\u2019attention fine, imaginative et silencieuse de leurs lecteurs.Pur jeu de l\u2019œil.Christine Montalb,etti a écrit deux livres sur les Etats-Unis, Western et Journée américaine (P.O.L, 2005 et 2009).Puis elle a séjourné au Japon, donnant un précis et fascinant Love Hotel (P.O.L, 2013).Cette fois, elle pique de nouveap la pointe de son compas aux Etats-Unis.Plus rien que les vagues et le vent est un livre d\u2019ambiance et d\u2019attention méticuleuse aux caractères.Sans jugement, sans débordement explicatif.Curieusement, on pourrait lâcher Plus rien que les vagues et le vent et continuer naturellement avec celui de Laurent Mauvignier, Autour du monde.Sans rupture, d\u2019une vague à l\u2019autre, ce livre synoptique est conçu comme un vaste récit sans frontières, où les vies surgissent et disparaissent, comme retournées par un tsunami au néant.Dans ces deux livres ici réunis, c\u2019est le soin porté à dire l\u2019altérité qui domine et fait l\u2019intérêt.On ne les lira pas sans se défaire de soi-même, de l\u2019urgence et de la productivité.On acceptera les détours, les parenthèses, les questions ouvertes.Le monde de l\u2019être là.Le narrateur, effacé, ne s\u2019y prend pas pour un surdoué.Amérique de l\u2019Ouest On est à Blueberry Inn, chez Moses, à Cannon Beach, Oregon, entre l\u2019océan et la forêt.L\u2019ambiance est prenante, irréelle et si reconnaissable, l\u2019angoisse, latente, l\u2019émotion, à la mesure des forces sauvages.Il ne peut rien arriver de bon.L\u2019écrivaine creuse le vide et fait le plein des ombres.Jamais il n\u2019est question d\u2019elle-même.Tout est regard, information, puissance de la vision étrangère, neutre et blanche.Au bar des habitués, chacun porte son mystère, sa vérité rentrée.La quête qui dirige la narration, avec délicatesse, cherche ce qui anime les personnages, ce qui pèse du passé, laissant des légendes et des rumeurs, colorant le paysage de propos enivrés.Derrière ce bruissement, il y a la vérité des hommes, si longue à déchiffrer.Montalbetti écrit très bien.Son travail scrupuleux de la langue, langoureuse et vigoureuse, «plus qu\u2019une toile de fond, une présence, furieuse, emportée, charriant sans trêve CHRISTINE MONTALBETTI sa colère inexplicable», livre ses obsessions.Des phrases douloureuses et lentes montent des craques de la psyché, du paysage halluciné, du bout du continent appréhendé.Le lecteur s\u2019immergera dans les apparences.Il écoutera, devinera, auscultera la nature comme un grand corps malade.Il interprétera les signes avec l\u2019auteure.Il lui faudra du temps pour sentir sa perplexité, rejoindre l\u2019attente, voir à travers des bribes de conversation entendues.Le monde y est dense, pensé dans une langue américaine qu\u2019on devine complice du rythme de ce français qui épouse la vision empathique.Rythme sommé d\u2019ébranler ces corps américains, trop massifs et engourdis.Lorcément, il va y avoir un meurtre.À la fin.Un début d\u2019explication.Mais la violence est ailleurs, dans l\u2019orage qui n\u2019aura cessé de planer.Ce qu\u2019il y a de malsain échappe à la conscience.Est-ce le mal, est-ce autre chose, qui détruit ce que les hommes ont planté?Leur vie brute, leurs gestes immémoriaux, un ratage bizarre, une anomalie fixée au cœur d\u2019une nature hirsute, tour à tour traitée en amie et en ennemie.L\u2019effet papillon Plus clairement encore marqué par l\u2019écologie, Mauvignier a coulé sa fiction.Autour du monde, dans un work in progress, un flux de conscience ininterrompu.Marie-Claire Blais, dont l\u2019œuvre américaine in que les vagues et le vent s\u2019étend sans démarcation d\u2019une vie à l\u2019autre, a inventé ce genre d\u2019histoires tissées serré.La toile de Mauvignier est plus lâche, panorama planétaire d\u2019histoires dévidées fortuitement.Ce sont en somme des novellas encastrées.On est à Mexico, à Tel-Aviv, à Moscou ou à Rome, à Dubai, dans le flux des existences emportées par les urgences quotidiennes.Les individualités sont dépassées.Pourquoi ce balayage ?C\u2019est parce qu\u2019il y a eu déflagration.La catastrophe naturelle dévastant le Japon.Il en résulte un exorcisme, la nécessité de la solidarité, à laquelle font écho des vagues de communication.La caméra linguistique de Mauvignier s\u2019attarde sur des personnages: «je n\u2019écris pas sur les gens parce que je les aime, mais parce que grâce à eux je peux écrire», dit l\u2019un d\u2019eux, avec cette mélancolie qui s\u2019excuse et accepte le frôlement des destins.On pense à un reportage.Au contraire du règne de l\u2019opinion.La part de l\u2019autre est observée, distancée, traitée avec fidélité, sans cri d\u2019éclat, avec respect.Nul toutefois ne s\u2019y détache.Exploration.Collaboratrice Le Devoir PLUS RIEN QUE LES VAGUES ET LE VENT Christine Montalbetti P.O.L Paris, 2014, 286 pages AUTOUR DU MONDE Laurent Mauvignier Minuit Paris, 2014, 372 pages POLAR Temps glaciaires : un Fred Vargas grand cru MICHEL BÉLAIR Presque quatre longues années depuis le dernier Ered Vargas {L\u2019armée furieuse, Viviane Hamy, 2011), puis voilà que le magazine français L\u2019Express nous apprenait en décembre que la prolifique au-teure avait changé d\u2019éditeur.Après plus de 20 ans à représenter l\u2019essentiel des revenus de la toute petite maison d\u2019édition Viviane Hamy, Vargas, la plus lue et la plus primée des auteurs de polars français, passait du côté des grandes maisons en entrant chez Elammarion.Une bombe.Et d\u2019énormes retombées qu\u2019il serait trop long d\u2019énumérer ici.Mais ce qui compte pour nous, lecteurs, c\u2019est de savoir si l\u2019on va retrouver \u2014 et si oui, dans quel état \u2014 le commissaire Adamsberg et sa bande.Soyons rassurés : ce Temps glaciaires mettant en scène les personnages habituels de Vargas (tout autant que Robespierre, Danton et même une petite île déserte tout ce qu\u2019il y a d\u2019islandais) .est un grand cru ! Dérive révolutionnaire On aime Ered Vargas pour son style et ses intrigues patiemment tissées, pour sa grande culture aussi et pour les dérives dans lesquelles ses personnages lui permettent de plonger.Après nous avoir entraînés dans la folle ^équipée d\u2019un Moyen Âge de légende {L\u2019armée furieuse), voilà qu\u2019Adamsberg, Danglard et toute l\u2019équipe se retrouvent cette fois en pleine Révolution française.Ou plutôt au milieu d\u2019un groupe d\u2019historiens plus ou moins amateurs qui rejouent, en costumes d\u2019époque et en texte intégral, les chaudes délibérations de l\u2019Assemblée qui allaient mener à la Terreur.Du coup, Robespierre et Danton traversent les âges pour se re- trouver avec nous sur la piste d\u2019un assassin diabolique.C\u2019est une histoire très complexe qui donne à Vargas l\u2019occasion de jouer sur plusieurs tableaux que rien ne semble relier.Sans dévoiler l\u2019intrigue, on verra rapidement que celle-ci repose sur une double disparition survenue lors d\u2019un voyage en Islande une dizaine d\u2019années plus tôt.Tout cela greffé à une série de faux suicides sur les lieux desquels Adamsberg découvrira une étrange signature qui l\u2019amènera à rencontrer.Robespierre et ses «disciples».On découvrira alors que tous les faux suicidés faisaient partie de l\u2019Association d\u2019étude des écrits de Maximilien Robespierre.Et de là, Ered Vargas décolle.totalement.On aimera ou non cette longue diversion qui n\u2019en est pas une sur cette période aussi cruelle que tordue de la Révolution qui mènera Robespierre lui-même à la guillotine après y avoir envoyé ses complices et ses fidèles les plus proches.Mais on ne pourra qu\u2019admirer le talent de Vargas à tisser une toile dont les fils refusent de se mêler.Surtout lorsqu\u2019un aftur-ganga [un spectre] islandais parvient presque à mettre la main sur Adamsberg et ses enquêteurs au milieu du brouillard.Quand le commissaire mettra le point final à toute l\u2019affaire, on en sera encore à se demander comment tant de «pelletage de nuages» \u2014 une expression que Vargas a semble-t-il gardée de son séjour au Québec \u2014 peut mener à tant de clairvoyance et d\u2019humanité.Collaborateur Le Devoir TEMPS GLACIAIRES Fred Vargas Flammarion Paris, 2015,495 pages En librairie le 19 mars La Vitrine LIEVE RECIT SUR LES AILES DU DRAGON Lieve Joris Traduit du néerlandais par Arlette Ounanian Actes Sud Paris, 2014, 400 pages Bienvenue dans la « Chinafrique» de Lieve Joris.Cette écrivaine belge néerlandophone, ancienne journaliste, aujourd\u2019hui voyageuse au long cours, n\u2019a pas l\u2019habitude d\u2019expédier ses reportages ni de sous-estimer ses rencontres.Son modus operandi : s\u2019entourer de gens, suivre leur va-et-vient, s\u2019effacer, observer.Eidèle à cette approche à la fois rigoureuse et intimiste.Sur les ailes du dragon expose \u2014 c\u2019est le mot \u2014 la vie quotidienne de commerçants chinois et africains lancés à corps éperdu dans la mondialisation.C\u2019est une série de portraits et de conversations mis bout à bout, un voyage sur deux continents dans les réseaux complexes d\u2019un commerce sans frontières.Dubai, Pékin, Guangzhou, Le Cap, Kinshasa : Lieve Joris est têtue, elle suit toutes les pistes, se glisse dans les boutiques et les conteneurs, cherche à comprendre comment chacun travaille et jauge ses voisins.Oui, des préjugés perdurent de part et d\u2019autre.Oui, tirer son épingle du jeu est épuisant.Mais avec Cheikhna et Shudi, qu\u2019elle suit plus étroitement que les dizaines d\u2019autres figures qui alimentent son long récit, l\u2019écrivaine a un statut privilégié \u2014 un statut dont on hérite par défaut, parfois un peu perdu tant la trame est serrée, mais impressionné par la vérité qui émane de ces chassés-croisés d\u2019abord commerciaux, mais aussi culturels.Geneviève Tremblay MONOLOGUE LAVA Rémi David Le Tripode Paris, 2015, 128 pages Il y a Le cadavre de Kowalski de Vincent Brault, un sombre récit fait par un mort sous la terre, tout juste paru çhez Héliotrope.Comme une bédé, aux phrases minimales.À côté, plaçons Lava de Rémi David, un texte plus étourdissant encore, fait de mots entrecoupés de points.Ce monologue illisible ferait un texte de scène formidable.Il appelle la performance vocale, sous le patronage revendiqué de Beckett et d\u2019Artaud.Ça commence ainsi: «Lava n\u2019.Savait pas.Qu\u2019elle avait.Un baba.Dans l\u2019bidus.» Suit le monologue d\u2019qne femme emprisonnée pour avoir assassiné ses enfants.Etrange, donc, tout corporel et craché, en 53 scènes brèves, numérotées.Guylaine Massoutre I l (OU DL M'kSIiKI Hr/ ROMAN LECOLE DU MYSTERE Philippe Sollers Gallimard Paris, 2015, 160 pages «Et je fus dès l\u2019enfance admis au noir mystère», écrit Baudelaire dans l\u2019un des poèmes les plus attaqués de ses Fleurs du mal.Avec l\u2019assurance d\u2019un initié, le narrateur du dernier roman de Philippe Sollers se revendique, lui, de V«École du Mystère», une obscure secte taoïste.Lui qui, dit-il, a l\u2019habitude «d\u2019exister comme si je n\u2019existais pas», tout en faisant preuve d\u2019un grand souci de soi, ironise ici à propos de toutes les « Eanny » qu\u2019il côtoie et qui sont sa «récusation radicale et constante», un fourre-tout dans lequel le narrateur plonge maîtresses contrôlantes et littérateurs jaloux.Court roman fragmentaire qui tient souvent plus de l\u2019essai, L\u2019École du Mystère reprend en boucle la plupart des thèmes favoris de l\u2019écrivain (rapports hommes-femmes, sociétés secrètes, esthétique du catholicisme, etc.).Jusqu\u2019à cette Manon, sœur incestueuse et «extraterrestre», qui est la réincarnation de la Sophie du Portrait du joueur (Gallimard, 1985), dont ce nouveau titre, comme nombre de ceux qui l\u2019ont précédé, apparaît comme une pâle variation.Christian Desmeules LIVRE-JEU QUI SÈCHE?Livre-JEU de culture générale Véronique Jacob Illustrations d\u2019Anne Laval Folio Paris, 2015, 126 pages Si les questions tournent davantage autour de la littérature que de la culture générale annoncée, ne serait-ce que par leur présentation, si elles sont de difficultés inégales \u2014 du très facile à l\u2019impossible, sauf pour les spécialistes \u2014, on n\u2019a quand même pas pu s\u2019empêcher de se défier à brûle-pourpoint dans la salle de rédaction du Devoir à coups de mini-quiz tirés de ce livre-jeu.D\u2019autant que les choix de réponse permettent au hasard, peut-être, de sauver parfois l\u2019honneur.Pour activer ses neurones durant la pause-café, dans la boîte à gants pour les trajets de bagnole trop longs ou pour glaner des détails à relâcher dans les conversations de cocktail, on y plongera en cherchant la pathologie du malade imaginaire, la grandeur réelle du Petit Poucet, les réalisateurs qui se sont attaqués à Simenon, l\u2019exploit mémorable de Philippe Petit ou le trajet des pérégrinations de Candide.Tout, tout léger.Catherine Lalonde LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 MARS 2015 F 5 LIVRES Le village qui rêvait de lions Louis Hamelin Vous me mettez un ou deux lions dans une histoire et je suis heureux.Rien que de lire le mot, j\u2019entends résonner, comme si j\u2019y étais, le rugissement de ce gros mâle dans The Short Happy Life of Francis Ma-comber de Hemingway: «C\u2019était un bruit profond, sourd, avec à la fin des espèces de grognements poussijs qui donnaient l\u2019impression qu\u2019il était là, à côté de la tente.» Mais le fauve se trouve encore à un bon mille.«C\u2019est étrange comme ils portent», observe le guide à propos de ces cris.Au Zau-e, après un jogging à l\u2019aube en compagnie de Mohammed Ali, Norman Mailer entend le même son en rentrant à son hôtel, quelques jours avant la mythique reconquête du titre des lourds par Ali.Sur le moment.Mailer réussit à se faire accroire qu\u2019un lion en banlieue de Kinshasa est du domaine du possible, il court avec le Plus Grand, pourquoi ne pas aussi marcher dans les traces de Papa Hemingway?Mailer tient son «moment africain», son condensé de couleur locale, juste une autre métaphore du sanglant combat à venir.Ou, comme l\u2019écrit le romancier mo-zambicain Mia Couto au sujet d\u2019une autre chasse au lion, «[.] tout ce que nous avons construit si soigneusement pendant des siècles pour nous écarter de notre animalité, tout ce que le langage a recouvert de métaphores et d\u2019euphémismes [.] se transforme en un instant en sa substance nue et crue: la chair, le sang.Vos».Un lion fantasmé représente sans doute, aux yeux de Mailer, un danger plus confortable que le punch de George Foreman.Quelqu\u2019un lui pète sa bulle dès le lendemain: la basse rauque et puissante qui lui a si agréablement dressé les poils du corps dans les faubourgs de Kinshasa venait probablement du zoo local.J\u2019ai déjà pareillement inventé, dans la jungle de Palenque, un jaguar à partir des saisissantes vocalisations d\u2019une bande de singes hurleurs.0 fauves, continuez de nous faire rêver.Attaques Pour une femme africaine obligée de ramasser son fagot de bois de cuisson quotidien et de charrier l\u2019eau de la maisonnée, parfois sur des kilomètres, le problème des grosses bêtes en liberté se pose bien sûr différemment.Dans le nord du Mozambique, les lions ne se contentent pas de somnoler au passage des Land Rover bourrées de touristes, ils tuent et mangent des gens, en plein troisième millénaire.Le nombre d\u2019attaques serait même en hausse, pour des raisons qui vont de rationnelles (la raréfaction des proies naturelles, l\u2019expansion des populations humaines causant l\u2019empiétement de la culture du mais sur la brousse, ce qui attire les cochons sauvages qui à leur tour attirent les lions près des habitations) à irrationnelle, mais tentante : la Nature se venge, attention.On se croirait en plein folklore, mais la réalité, aidée de quelques forages dans Google, nous parle de tueurs en série : en 2004, un lion - ' Pi >0 \u2019\u201cJ*-,\tr»'\ti J,\t.-IS,.GIANLUIGI GUERCIA AGENCE ERANCE PRESSE Dans le nord du Mozambique, les lions ne se contentent pas de somnoler, comme ici, au passage des Land Rover bourrées de touristes, ils tuent et mangent des gens, en plein troisième millénaire.soupçonné d\u2019avoir fait 14 victimes finit par succomber sous les balles et les flèches (eh oui!) d\u2019un parti de villageois et de policiers, non sans avoir réussi à blesser plusieurs de ses poursuivants, dont deux gravement On attribuera 40 mortalités à un autre individu âgé de seulement quatre ans.Armes unies En 2008, Mia Couto, biologiste et écrivain, travaille pour une entreprise qui fournit des «agents environnementaux» à une compagnie pétrolière faisant de la prospection sismique dans la province du Cabo Delgado, au nord.Une vague d\u2019attaques léonines y débute au même moment.Le nombre de paysans tombés sous la dent des fauves atteint bientôt la vingtaine et la compagnie n\u2019a d\u2019autre choix que de recruter des chasseurs professionnels et de les expédier dans la région de Pemba, près de la frontière avec la Tanzanie.Dès cette «explication liminaire» figurant au début du roman de Couto, dont elle éclaire utilement le contexte, on est fixé: les lions assassins seront occis.Ils ont beau apprécier la viande de ces Homo sapiens que des croyances animistes et des traditions séculaires amènent à préférer l\u2019explication magique à la zoologie, et la sagaie {«Je sais qui a fait mon arme», lance fièrement un villageois brandissant sa lance) à la carabine de gros calibre, c\u2019est bel et bien, à la fin, contre la civilisation moderne que ces fauves se battent, et ils n\u2019ont aucune chance.On ne s\u2019étonnera pas de voir la capitale voler au secours de ces lointains sujets au moment précis où les premières cohortes de l\u2019exploration pétrolière débarquent dans la savane.11 reste qu\u2019on est bien loin, dans cette Confession de la lionne, de la vision du monde teintée de LITTERATURE ALLEMANDE Sofia, son oncle, ses listes CHRISTIAN DESMEULES Sofia fait des listes.Beaucoup de listes.Des listes des «Scènes de ma vie dignes d\u2019un film», des «Signes de vieillissement de mes parents» ou de «Choses que j\u2019aurais souhaité ne jamais avoir dites mais que je dis quand même», qui donnent de la force à cette jeune femme un peu névrosée et parviennent à la calmer.Ecrivaine en blocage et maman d\u2019une petite fille qui souffre de problèmes cardiaques, la narratrice de Tolstoï, oncle Gricha et moi, premier roman traduit en français de Lena Gorelik, Allemande d\u2019origine russe née en 1981, raconte sa découverte tardive de l\u2019existence d\u2019un oncle, Gricha, le frère de sa mère, un personnage original d\u2019activiste et de dissident dans l\u2019URSS du début des années soixante-dix.Sujet de rêve A Munich, tout en faisant une sorte de décompte avant l\u2019opération que doit bientôt subir sa fille, et tandis que sa grand-mère «rescapée» de l\u2019Union soviétique souffre d\u2019alzheimer, Sofia va ainsi apprendre que ce Gricha avait lui aussi la passion des listes, avant d\u2019être avalé comme beaucoup d\u2019autres par le Léviathan soviétique.Gricha, c\u2019était «l\u2019oncle des contes de fées, aimé de tous, un peu étrange et fou, jamais adulte», devenu par la suite un vrai tabou familial.Un angle mort.Et un formidable sujet pour se mettre à écrire autre chose que des listes.Roman à la tonalité originale qui croise avec habileté le passé et le présent, l\u2019évocation de la vie sous le communisme y manque toutefois un peu de consistance \u2014 et la référence à Tolstoï dans le titre français est franchement racoleuse.Exploration à la fois ludique et grave d\u2019une mémoire familiale meurtrie, Tolstoï, oncle Gricha et moi ne remplit cependant pas toutes ses promesses, faisant un peu de surplace dans la seconde moitié après avoir épqisé toutes ses surprises.A mettre dans la liste des « Livres qui ne sont peut-être pas indispensables».Collaborateur Le Devoir TOLSTOÏ, ONCLE GRICHA ET MOI Lena Gorelik Traduit de l\u2019allemand par Amélie de Maupeou Les Escales Paris, 2015, 352 pages RAYMOND MIOT LA PETITE CHAMBRE [W] Sommes-nous réellement coupables?LA PETITE CHAMBRE UN ROMAN DE RAYMOND MIOT domination impériale que pouvait avoir le Grand Chasseur blanc des histoires de Papa.Couto : «Les chasseurs subirent deux mois de frustration et de terreur, accourant à des appels au secours quotidiens, l.].Mais ce ne furent pas les seules difficultés qu\u2019ils eurent à affronter.Il leur était en permanence suggéré que les véritables coupables étaient les habitants du monde invisible, là où le fusil et la balle perdent toute efficacité.» Avec de tels aides, ce que la chasse perd en ef ficacité, elle le gagne en poésie, voire en complexité.Les chasseurs professionnels de l\u2019extérieur vont constater que les lions qu\u2019ils ont mission de traquer forment, dans l\u2019esprit des habitants du Cabo Delgado, un concept élastique.La pensée mythique invite à distinguer entre le lion de la brousse, le lion fabriqué et les hommes-lions.Comme le dit une femme : «Je ne sais pas ce qu\u2019ils vont chercher dans la brousse.Ce lion est à l\u2019intérieur du village.» La même, épouse d\u2019un désopilant cadre local de ce pays devenu indépendant à l\u2019enseigne de Marx, où on continue de se donner du «camarade», remarque aussi: «Vous faites semblant d\u2019être inquiets de lions qui nous ôtent la vie.Moi, en tant que femme, je demande: mais quelle vie peut-on encore nous ôter?» Dans cette prose assez souvent somptueuse traduite du portugais, riche d\u2019images oniriques, Mia Couto prend l\u2019exact contre-pied des safaris à la Macomber avec leurs hommes blancs persécutés par leurs cruelles femmes américaines.Couto, lui, livre un roman envoûtant dont le cœur est l\u2019archaïque condition de la femme africaine.IA CONEESSION DE IA LIONNE Mia Couto Traduit du portugais par Elisabeth Monteiro Rodrigues Métailié Paris, 2015, 234 pages FELICITATIONS A MARTINE BATANIAN LAURÉATE DU PRIX LITTÉRAIRE ÉMERGENCE AAOF 2015 POUR SON MAGNIFIQUE ROMAN CLINIQUE, EDITIONS MARCHAND DE FEUILLES F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 MARS 2015 ESSAIS PHILOSOPHIE Schopenhauer en colère LOUIS CORNELLIER Dy un philosophe qui affirme que «l\u2019unique bonheur consiste à ne pas naître», on ne s\u2019attend pas à un traité de pensée positive.Arthur Schopenhauer (1788-1860) est pourtant l\u2019auteur A\u2019nnArt d\u2019être heureux (Points, 2013), mais sa conception de cet état de félicité trouve notamment dans la mort, c\u2019est-à-dire dans la dissolution du moi, une alliée.Rien pour se réjouir ici-bas, donc.Misogyne \u2014 ses sentences sur les femmes sont effrayantes \u2014 et misanthrope, le philosophe allemand ne fait pas de quartier.Lui qui disait détester l\u2019injure et l\u2019invective, des méthodes populacières qui indiquent une faiblesse argumentative, s\u2019y est pourtant adonné abondamment, au point de devenir, écrit le regretté philosophe italien Franco Volpi, un des «grands maîtres dans l\u2019art vulgaire de l\u2019insulte».Ajouter à l\u2019injure Toujours à couteaux tirés avec son entourage \u2014 sa mère, ses voisins et ses collègues, principalement Hegel, qu\u2019il traite de «charlatan balourd et dégoûtant», de «gâcheur de papier, de temps et de cerveaux» \u2014, Schopenhauer, ici et là dans son oeuvre, frappe fort, sur tout ce qui bouge.L\u2019art de l\u2019insulte recueille ses piques et vacheries.C\u2019est souvent drôle et spirituel, parfois injuste et abominable, mais toujours intéressant et bien tourné.Il faut dire que ce grincheux est le meilleur écrivain de tous les grands philosophes allemands.Contempteur de la barbe, obscène, note-t-il, «en tant qu\u2019insigne du sexe au milieu du visage», des Allemands, lourds en tout, du tourisme, né de l\u2019ennui, des Français, qu\u2019il compare à des singes, des journalistes, alarmistes par désir de se rendre intéressants, du Dieu des chrétiens, qui a raté son oeuvre, et des scientifiques qui maltraitent les animaux, Schopenhauer plaide, en passant, pour l\u2019eugénisme, pour le système aristocratique et pour la clarté de la langue philosophique, tout en affirmant que «lire, c\u2019est penser avec une tête étrangère au lieu de la sienne».Le grand penseur se défoule et dérape, quoi, non sans livrer quelques vérités.Franco Volpi, qui a réuni et présenté les extraits qui composent L\u2019art de l\u2019insulte dans une première édition allemande en 2002, est mort en 2009, à 56 ans, fauché par une voiture alors qu\u2019il était à vélo.On imagine facilement les invectives que Schopenhauer, s\u2019il avait été encore de ce monde, aurait réservées au chauffard.Collaborateur Le Devoir L\u2019ART DE L\u2019INSULTE Arthur Schopenhauer Textes réunis et présentés par Franco Volpi Traduit de l\u2019allemand par Eliane Kaujholz-Messmer Points Paris, 2014,192 pages Arthur Schopenhauer L\u2019an de l\u2019insulte Les clichés de Glande Castonguay Louis Cornellier Claude Castonguay voudrait que ça aille bien au Québec.On sent chez lui une réelle volonté de concilier, comme Keynes le suggérait, l\u2019efficacité économique, la justice sociale et la liberté politique.L\u2019actuaire, faut-il le rappeler, a contribué au développement du modèle québécois, en étant un des concepteurs de la Régie des rentes du Québec, de la Caisse de dépôt et placement et de l\u2019assurance maladie.Il se définissait, à l\u2019époque, comme un social-démocrate keynésien et croyait «aux vertus de l\u2019interventionnisme de l\u2019État», tout en se réclamant du centre politique.Or, aujourd\u2019hui, âgé de 85 ans, Claude Castonguay a changé.Il se définit maintenant comme un «libéral progressiste».Ce n\u2019est pas tant lui qui n\u2019est plus le même, explique-t-il dans La fin des vaches sacrées, que le monde.La mondialisation est passée par là et nous impose de nous adapter.«Aucun autre système ne peut rivaliser avec l\u2019économie de marché ou lui faire contrepoids», écrit-il.Nous devons donc «accepter la réalité du monde dans lequel nous vivons» et cesser de critiquer l\u2019économie libérale et «d\u2019exiger des impôts plus élevés des riches».Hier, Castonguay était un social-démocrate volontariste; aujourd\u2019hui, même s\u2019il prétend avoir conservé les mêmes valeurs, il est un libéral fataliste, qui se contente de limiter les dégâts, en reprenant à son compte les clichés de la droite libérale, qu\u2019il mitige avec une morale humaniste molle, du genre «l\u2019égalité, c\u2019est mieux, quand c\u2019est possible».Lieux communs Dès les premières pages de cet essai, on devine qu\u2019on aura droit à un festival de lieux communs chers à la droite bon chic bon genre quand Castonguay cite la formule de J.F.Kennedy selon laquelle nous devons nous demander ce que nous pouvons faire pour notre pays plutôt que ce que notre pays peut faire pour nous.()ette phrase, usée jusqu\u2019à la corde, comme celle selon laquelle ça prend un village pour élever un enfant, devrait être bannie de toute réflexion sérieuse pour le prochain siècle.Qn n\u2019en peut plus.Et ce n\u2019est là, malheureusement, que le premier d\u2019une longue enfilade de poncifs.Castonguay, en effet, écrira que les syndicats sont dogmatiques, que la distinction idéologique gauche/droite «n\u2019apporte rien de constructif dans les débats», que les Québécois se méfient à tort du privé et des riches, qu\u2019il ne faut pas trop taxer les entreprises pour éviter qu\u2019elles ne partent, que nous avons besoin de f immigration sur le plan économique (a-t-il lu Le remède imaginaire, des Dubreuil et Marois, au Boréal, en,2011?), que l\u2019avenir ne passe plus par les Etats nationaux mais par les villes et que la place du français au Québec est assurée, dans la JACQUES NADEAU LE DEVOIR Claude Castonguay alors qu\u2019il parlait de son précédent livre Santé.L\u2019heure des choix (Boréal, 2012).mesure où nous nous efforcerons de bien le parler.Une telle accumulation d\u2019opinions convenues, qui se font en plus passer pour des faits, est accablante.Le cliché principal du livre est celui selon lequel le modèle québécois, social-démocrate, nous a bien servis au moment de la Révolution tranquille, mais est devenu dépassé.Castonguay s\u2019inquiètp du déficit structurel du budget de l\u2019État québécois, qu\u2019il attribue à «l\u2019étendue et [au] niveau élevé de couverture de nos programmes sociaux».L\u2019actuaire fait totalement l\u2019impasse sur les baisses d\u2019impôt des particuliers et des entreprises des dernières années, qui ont lourdement affecté la colonne des revenus.Il ne dit rien, non plus, du problème des paradis fiscaux.Il faut dire que, en avant-propos, il se vante d\u2019avoir, à titre de président, aidé le Groupe La Laurentiqnne à faire des affaires au Canada, aux États-Unis, en Grande-Bretagne et.aux Bahamas ! Courage et résignation Afin d\u2019équilibrer le budget du Québec, les seules solutions possibles, selon lui, consistent à s\u2019attaquer aux dépenses, à augmenter les tarifs d\u2019Hydro-Québec et à tarifer certains services publics pour s\u2019assurer que les citoyens qui ne paient pas d\u2019impôts (environ 40%) contribuent au Trésor.N\u2019embêtons pas les riches et les entreprises avec les impôts, suggère Castonguay, mais faisons payer les pauvres parce que la classe moyenne n\u2019en peut plus.De la part d\u2019un homme qui se réclame de la justice sociale, une telle proposition déçoit.Castonguay fait parfois preuve d\u2019un certain courage.Il n\u2019hésite pas, par exemple, à s\u2019en prendre au monopole médical sur le système de santé.Il propose, pour le briser, de déléguer plus de tâches aux pharmaciens et aux infirmières et de modifier le mode de rémunération des médecins (capitation et acte).L\u2019actuaire soulève aussi, à raison, les problèmes de surconsommation de médicaments et de surdiagnostic, qui coûtent cher et nuisent à la santé.Favorable à un rôle accru du privé en santé, il reste nébuleux sur la forme que cette contribution devrait prendre.Résigné devant les lois de l\u2019économie de marché, Castonguay l\u2019est aussi dans le dossier de la question nationale.Les Québécois, explique-t-il, auraient souhaité que le Canada reconnaisse officiellement le Québec comme société distincte, mais ça n\u2019arrivera pas.Aussi ne reste-t-il que deux options : le statu quo, c\u2019est-à-dire le Québec province, ou l\u2019indépendance pure et dure.Accommodons-nous du premier, conclut Castonguay, moins hasardeux sur le plan économique.De toute façon, ce n\u2019est pas un vrai problème, les francophones ne se font plus assimiler au Canada et les Québécois devraient s\u2019inspirer des Acadiens.Philippe Couillard n\u2019aimera pas les critiques que Castonguay réserve au système de santé québécois, au monopole médical et aux réformes de Gaétan Barrette.Pour le reste, il adorera ce livre, qu\u2019on dirait commandé par le gouvernement.Ce n\u2019est pas notre cas.louisco@sympatico.ca LA FIN DES VACHES SACRÉES Réflexions sur l\u2019avenir du Québec Claude Castonguay La Presse Montréal, 2015, 208 pages Malek Chebel et le rêve musulman L\u2019islamologue réinterprète le long déclin du monde arabe MICHEL LAPIERRE Ces récentes années, au Caire, une association qui, pour paraître branchée, s\u2019appelle Avocats sans frontières a voulu faire interdire toute nouvelle publication d\u2019un classique qu\u2019elle jugeait obscène : Les mille et une nuits.Cela illustre jusqu\u2019à l\u2019absurde l\u2019essai de Malek Chebel, anthropologue et psychanalyste d\u2019origine algérienne, sur «la fragilité affective et émotionnelle du monde arabe face au progrès».Même Ali Baba devenait suspect ! Né en 1953 et habilité à la direction de recherche à la Sorbonne, Chebel, spécialiste de la civilisation musulmane dont il est lui-même issu, scrute, dans son livre L\u2019inconscient de l\u2019islam, ce qu\u2019il discerne comme «l\u2019attachement des individus aux formes éculées de la pratique religieuse et l\u2019agressivité qui en découle».Il s\u2019agit, explique-t-il, de la réaction subliminale au déclin humiliant du monde arabe commencé en 1492, lorsque les chrétiens chassèrent les musulmans de l\u2019Andalousie.Ce ressentiment ne correspond pas à ce qu\u2019il qualifie de «bel islam» en citant les mots du Coran qui, selon lui, suggèrent la non-agression mutuelle: «Vous avez votre religion et j\u2019ai la mienne.» Mais il rappelle qu\u2019un passage coranique signale l\u2019inconstance et la colère qui malheureusement sèment la division.- «L\u2019homme est créé d\u2019impatience.» Qn comprend que, durant les quatorze siècles de l\u2019islam, schismes, hérésies, manifestations de la libre-pensée et paradoxes littéraires féconds se sont multipliés.L\u2019aventure du sacré Parmi les interprétations tendancieuses du Coran, il y a, signale Chebel, celle qui justifie «l\u2019acte fou» du djihadiste et du kamikaze.Elle se fonde sur ce verset du livre saint: «Ne dites pas que ceux qui meurent au service de Dieu sont des morts, mais des vivants.» Qr, l\u2019islamologue soutient avec sagesse que «le contexte du début de l\u2019islamisation » n\u2019est plus celui d\u2019aujourd\u2019hui et que, surtout, «on ne mène pas la guerre à des innocents».L\u2019élément le plus subtil et le plus lumineux du livre de Chebel est le lien qu\u2019il suggère entre le ressentiment musulman et l\u2019amour envahissant de la mère pour son fils dans l\u2019inconscient arabe.Cet étouffement précoce entraînerait chez l\u2019homme adulte une profonde défiance envers toute femme.Si le recueil de contes Les mille et une nuits, traduit du persan à l\u2019arabe au plus tard au IX® siècle, suscite tant de suspicion chez les intégristes musulmans, c\u2019est que l\u2019œuvre rend hommage à la ruse et au génie féminins.Pour repousser la menace d\u2019une mort injuste qui pèse sur elle, Schéhérazade commence le soir à raconter une histoire au roi qu\u2019elle ne finit pas le matin venu.Charmé, l\u2019auditeur remet, jour après jour, l\u2019exécution de la conteuse pour écouter la suite de ses récits.Partisan de la laïcité, Chebel voit surtout là «une métaphore du rêve impossible des Arabes», rêve à la fois spirituel et temporel où les mosquées fleuriraient sous un califat universel.Cette utopie musulmane serait une réplique inversée de la chrétienté, mais en oubliant que la chrétienté est révolue, sous sa forme politico-religieuse, depuis des siècles.Le progrès occidental a fait du sacré une aventure intérieure.Collaborateur Le Devoir L\u2019INCONSCIENT DE L\u2019ISLAM Malek Chebel CNRS Paris, 2015,128 pages Entretien avec Sergio Kokis Sergio Kokis | Le sortilège des chemins Le sortilège des chemins Marcher vers soi sur les chemins de Compostelle Mardi 17 mars 19 h 30 .\tContribution suggérée: 5 $ ^0\tLibrairie indépendante de quartier 2653 Masson, Montréal, Qc faulines 514849-3585 Georges Aubin «Jonathan Lemire LETTRES D'EXIL, 1837-1842 \u2014 3 "]
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