Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (7)

Références

Le devoir, 2015-01-31, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" LIVRES CAHIER F » LE DEVOIR, LES SAMEDI 31 JANVIER ET DIMANCHE l ^ EEVRIER 2015 1 I é k PEDRO RUIZ LE DEVOIR Mathieu Blais La magie noire du territoire Entre thriller et roman d\u2019amour, La liberté des détours brode une sombre histoire de «survenant» fugitif Un secret, un paysage trop grand qui avale les hommes, beaucoup de violence : sur La liberté des détours et l\u2019apprentissage du roman en solo pour Mathieu Blais.CHRISTIAN DESMEULES Par son souffle, par la qualité de son écriture et par son genre hybride, La liberté des détours s\u2019annonce comme l\u2019un des titres les plus forts de ce début d\u2019année.Cette sombre histoire de «survenant» fugitif, moitié thriller, moitié roman d\u2019amour \u2014 et peut-être aussi moitié autre chose.\u2014, est portée par une écriture solide et sensible qui nous révéle du coup un auteur.Huitième livre de Mathieu Blais \u2014 mais son premier roman en solo \u2014, La liberté des détours relate quelques mois de la vie d\u2019un homme en fuite dans un petit village de la Côte-Nord.Venu directement de Saint-Michel-des-Saints, dans Lanaudière, où plus rien ne le retenait, Paul Roberge squatte un camp abandonné au fond d\u2019un rang près de Port-Cartier.Désœuvré et amateur de gros gin, «en attente» de quelque chose, prêt à exploser de toute la violence et des rêves trop longtemps contenus, Roberge ronge ainsi son secret tout en rêvant d\u2019amour, d\u2019ailleurs lointains et d\u2019horizons plus libres.Il rêve d\u2019Amérique, seul ou à deux, «l\u2019Amérique impossible, l\u2019Amérique de toujours, partout, traversée de tous les chemins, de tous les réseaux, irriguée par tous les asphaltes».Du tandem à l\u2019écriture en solo Auparavant, il y a eu Zippo: il était une fois dans l\u2019œuf et L\u2019esprit du temps, tous les deux écrits en tandem avec Joël Casséus (Leméac, 2010 et 2013), avec lequel il partage, selon leur éditeur, «une obsession bicéphale pour le glauque et le lugubre».Sorte de polar noir sur fond de fin du monde appréhendée, qui «dessine les contours d\u2019un monde où il ne fait pas bon vivre, une société en proie aux rapaces du capital qui n\u2019éprouvent aucune compassion devant le malheur des exclus», Zippo se prolongeait avec L\u2019esprit du temps, qui met en scène une traversée épique du continent américain au lendemain de la catastrophe.Né à Montréal en 1979, auteur aussi de cinq recueils de poésie, dont Que le cri détaché de ta colère (Trois-Pistoles, 2005) et Notre présomption d\u2019innocence (Triptyque 2014), Mathieu Blais enseigne aujourd\u2019hui la littérature au cégep Edouard-Montpetit, à Longueuil, au sud de Montréal.Après s\u2019être «laissé prendre les pieds en poésie» et avoir achevé un doctorat en études littéraires à l\u2019UQAM, ce père de deux enfants entre cette fois de plain-pied dans le roman.Mais sans avoir la moindre prétention, ré-pétera-t-il souvent.Hasard ou vaste complot littéraire et altermon-dialiste, Joël Casséus publie lui aussi un premier roman en solo cet hiver {Le roi des rats, Leméac).Un pays sans bon sens Ce travail à quatre mains, Mathieu Blais le considère comme particulièrement difficile, mais aussi formateur.« Quand tu écris à deux, c\u2019est une torture constante.Tu es toujours dans le compromis, toujours en train de négocier l\u2019imaginaire de l\u2019autre.» Après avoir produit deux romans au sein d\u2019une espèce de petite PME très efficace, il lui aura fallu cette fois trouver sa propre méthode de travail, fouetter lui-même sa motivation à voir cette histoire exister.«C\u2019est peut-être aussi la première fois que je n\u2019écris pas avec la volonté de porter un message», reconnaît-il.Même si ce roman demeure engagé à sa manière.Engagé, parce qu\u2019il l\u2019a voulu ancré dans le territoire et le réel.Aux prises depuis quelques années avec des classes d\u2019étudiants qui n\u2019ont pas les outils culturels et historiques nécessaires pour aborder les textes de la littérature québécoise, et à qui il doit d\u2019abord expliquer le contexte, Mathieu Blais y voit l\u2019une des sources de ce roman tel qu\u2019il existe aujourd\u2019hui.«Ça fait quatre ans que je suis là-dedans, à rebrasser mon Histoire et mon rapport à la littérature.Je pense qu\u2019il y a aussi un peu de ça dans La liberté des détours.Cette espèce d\u2019aller-retour entre l\u2019Histoire, le territoire et les gens qui l\u2019habitent, les petites gens qui l\u2019habitent.» Territoire : le mot revient souvent dans ses propos.L\u2019écrivain a d\u2019ailleurs piloté à l\u2019automne 2014 un collectif dont c\u2019était le thème principal {«Territoires», Moebius, n® 143).VOIR PAGE F 2 TERRITOIRE Robert Lalonde, survenant à tous les vents Page F 3 m La super rencontre, une chronique de Louis Hamelin Page F 5 F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI I JANVIER ET DIMANCHE I^^^ EEVRIER 2015 LIVRES La Vitrine ESSAI LA DESCRIPTION DU MALHEUR A PROPOS DE LA LITTÉRATURE AUTRICHIENNE W.G.Sebald Traduit de Mlemand par Patrick Charbonneau Actes Sud Arles, 2014, 272pages « Ceux qui embrassent la profession d\u2019écrivain ne sont certes pas des gens qui abordent la vie sereinement.Sinon, comment en viendraient-ils à se lancer dans la tâche impossible de trouver la vérité?» La proportion de vies malheureuses dans Thistoire de la littérature autrichienne est tout sauf rassurante, estimait Tessayiste allemand W.G.Sebald (1944-2001).Suffisamment pour consacrer à ce phénomène une série d\u2019études.La description du malheur.À propos de la littérature autrichienne, paru en allemand en 1985, réunit une dizaine d\u2019études consacrées à Adalbert Stifter, Schnitzler, Hofmannsthal, Kafka, Elias Canetti, Thomas Bernhard et Peter Handke.On est ici un peu dans les fonds de tiroirs de l\u2019auteur des Anneaux de Saturne, qu\u2019on connaît surtout pour son art poussé de la digression et ses penchants à la mélancolie.En y allant au cas par cas, mêlant malheur individuel et collectif, l\u2019auteur essaie ici de «faire ressortir quelques conjonctions spécifiques qui semblent constitutives de la littérature autrichienne», ancêtre de la psychologie, estime Sebald, où se lit un intérêt marqué pour la transgression des limites.Christian Desmeules LITTERATURE QUEBECOISE FUITES MINEURES Mahigan Lepage Mémoire d\u2019encrier Montréal, 2014, 200 pages L\u2019auteur Mahigan Lepage, auteur de Vers l\u2019Ouest et de Coulées, aussi poète et chercheur en littérature, nous offre dans Fuites mineures une douzaine de textes (ou de « tonnes ») à la tonalité autobiographique qui exhument des aventures d\u2019adolescence.L\u2019isolement, la découverte de l\u2019alcool et des drogues, des filles, de la musique.Les amours volatiles, les amis vite perdus de vue, la rage au cœur d\u2019un enfant du divorce, habité comme tous les adolescents du dur désir d\u2019être différent.Car «tout ce qu\u2019on voulait c\u2019était être nous être autre chose que nos parents et nos profs et l\u2019école et les vieux».Entre Ottawa, Montréal et Rimouski, les déplacements, surtout en autostop, forment la colonne vertébrale de ce petit livre conçu comme un disque, entre le slam et le «beat».Porté par une écriture qu\u2019on pourrait qualifier de « naïve » \u2014 mais d\u2019une pauvreté volontaire, on le souhaite \u2014, qui se veut authentique, très orale et dépourvue du recul qui pourrait être la source de réflexions plus matures.Fuites mineures distille par conséquent beaucoup de banalités, répétées parfois à î\u2019envi.Si le concept est intéressant, le résultat demeure toutefois d\u2019un intérêt moyen.Christian Desmeules Mangas pour temps froid Deux albums aux antipodes.Deux faces de l\u2019Asie, d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui.FABIEN DEGUISE Oh que non ! La multinationale du tout-à-l\u2019ego technologique, Apple, n\u2019a certainement pas le monopole de la maltraitance des petites mains chargées de façonner ses attrayants produits dans des usines de Chine.Le géant sud-coréen Samsung aussi semble posséder un bilan social qui tranche salement avec l\u2019image proprette des technologies qu\u2019il déverse sur le marché.Un décalage plutôt honteux que le bé-déiste Kim Su-Bak décortique sobrement et sensiblement dans Le parfum des hommes (Atrabile), une enquête sur la face obscure de l\u2019empire des objets connectés.mais qui le sont surtout sur le profit, et moins sur le respect des droits de la personne.L\u2019objet littéraire est assemblé avec la même minutie qu\u2019un semi-conducteur.Il relate l\u2019existence de la jeune Yumi, 18 ans, qui en 2004 est entrée au service de la multinationale, dans une de ses usines fabriquant justement ce type de composantes.Elle venait de la campagne.Elle était fière de participer à la révolution numérique pilotée par ce fleuron de l\u2019économie sud-coréenne.Deux ans plus tard, elle tombait malade avec un diagnostic de maladie professionnelle plus que probable.En donnant la parole aux proches de Yumi, à des élus, à des spécialistes des relations de travail dans ce pays, l\u2019auteur trace le destin tragique de cette ouvrière anonyme qui a perdu sa vie en essayant de la gagner.Il parle également du destin d\u2019une société hypermo-derne prête à pardonner le pire, à occulter l\u2019odieux, au nom du profit et de la fierté économique nationale.Une belle leçon de lucidité sur le pouvoir et ses effets pervers.Simple humanité La beauté de l\u2019humanité, pour mieux la respecter : voilà sans doute le projet narratif mené par le grand Jirô Tanigu-chi dans Elle s\u2019appelait Tomoji (Rue de Sèvres), œuvre au croisement de l\u2019évocation poétique et du roman au parfum patrimonial dont la langueur D'ACCORD ^ TU VAS FAIRE DE BONNES ÉTUDES, AU NOvM DE NOUS TOUS.y ^ Toyô.WERC Tomoji approche de ses 13 ans.RUE DE SEVRES Dans Elle s\u2019appelait Tomoji, on suit une jeune fille née dans la campagne japonaise en 1912.peut parfaitement cohabiter avec des envies de réclusion induites par le temps froid.C\u2019est d\u2019une existence humaine qu\u2019il est question ici, celle d\u2019une jeune fille née dans la campagne japonaise en 1912, au début de l\u2019ère Taishô donc, et dont le parcours de vie, entre découverte, envie, passion et déception, est dessiné ici avec cette sensibilité à laquelle le mangaka nous a habitués avec sa Montagne magique (Casterman), ou même son Promeneur (Casterman) \u2014 façonné avec la complicité de Masayuki Kusumi.Nou.^ comptons sur vous n D accord VROUM ATRABILE Le parfum des hommes du bédéiste Kim Su-Bak L\u2019action se joue dans la rura-lité de Yamanashi, au nord du mont Fuji, mais sa dimension universelle est évidente.Il y a le labeur, la famille, l\u2019école.Il y a l\u2019été, le regard d\u2019un homme, les petits maux, les grandes misères et le destin qui se fait salaud.C\u2019est simple et sans prétention.C\u2019est délicat et plein de compassion, parce que l\u2019humanité, aussi, peut être tout cela.Le Devoir LE PARFUM DES HOMMES Kim Su-Bak Atrabile Genève, 2015,148 pages ELLE S\u2019APPELAIT TOMOJI Jirô Taniguchi Rue de Sèvres Paris, 2015, 120 pages TERRITOIRE SUITE DE LA PAGE F 1 «Le territoire appelle à quelque chose de plus large, de plus inclusif, estime-t-il.On ne pense plus en termes de nation, de charte des valeurs, de cadre très rigide.On parle plutôt en termes d\u2019espace habité \u2014 ou cohabité \u2014 et là, tout à coup, ça devient porteur.Zippo et toute la poésie que j\u2019ai écrite sont toujours partis de ça.Partis d\u2019une grosse poussée d\u2019altermondialisme, où on essayait de penser le monde différemment, en même temps que s\u2019opérait une montée de la droite identitaire.À travers tout ça, la gauche se repositionnait.Je me repositionnais.Tout ça pour dire que la notion de territoire me semble aujourd\u2019hui plus libre, plus trippante.» Ancré dans le réel Avec une poésie ouvertement engagée et deux ro- \\ 1 II U l\u2019»l 1 La libcrtu des dcrours 1 ! \\ll V mans étiquetés « altermondia-listes» derrière la cravate, l\u2019écrivain a le sentiment que La liberté des détours est quelque chose de plus intime.Même si ce roman, croit-il.demeure profondément ancré dans le réel.«C\u2019est là où c\u2019est encore politique.» Mais c\u2019est une quête de liberté empêchée, rattrapée par l\u2019atavisme, la défaite immémoriale, le deuil d\u2019un territoire immense s\u2019étendant de la baie d\u2019Hudson à la Terre de Feu.On pourra penser, non sans raison, aux nouvelles de Raymond Bock {Atavismes, Le Quartanier, 2011).Son protagoniste est un antihéros rêvant de bouts du monde, d\u2019une «aventure de coureur des bois, d\u2019arpenteur de territoire», mais qui se demande si «ça a un sens».Ça, c\u2019est-à-dire «toute cette nature, tout ce mouvement, toute cette vie qui vibre et avec laquelle on se démerde du mieux qu\u2019on peut».Le décor du roman, ou plutôt cette magie noire du terri- toire, jusqu\u2019à la relation étroite entre tendresse et violence au cœur du roman, Mathieu Blais raconte que tout ça s\u2019est nourri de multiples séjours sur la Côte-Nord et la Basse-Côte-Nord, d\u2019un long voyage au Yukon et aux Etats-Unis, de fantasmes d\u2019une Amérique sans frontières et « rough\u2019n\u2019tough».«La Côte-Nord, c\u2019est tout ce qu\u2019il y a de plus violent dans le bois, dans la nature, tout ce côté inaccessible.Il n\u2019y a pas plus représentatif du Québec, il me semble.Et en même temps, tu as la mer, le fleuve, toute la beauté et l\u2019extraordinaire vitalité du paysage et de ses habitants.Mais pour moi, ajoute-t-il, c\u2019était plus une trame de fond qui était inspirante.» Collaborateur Le Devoir CONSTRUIRE LA NATION AU PETIT ÉCRAN Le Canada, une histoire populaire de CBC/Radio-Canada (1995-2002) Jeudi 5 février 19 h 30 Causerie littéraire Hommage à Aimé Césaire et Édouard Glissant Avec Lise Gauvin, Rodney Saint-Éloi, Pierre Nepveu SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC aulines Rodney Saint-Éloi MÉMOIRE li D'ENCRIER^ Contribution suggérée: 5 $ Librairie indépendante de quartier 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585\tQuébec 5 5 Cul-de-sac et poésie CHRISTIAN DESMEULES Paul Roberge, «fils de dériveurs et bandit en cavale», échoue tout au bout d\u2019un rang isolé de la Côte-Nord.Coincé entre l\u2019infini terrifiant du golfe du Saint-Laurent et une forêt impénétrable, au fond de ce cul-de-sac \u2014 un détail qui n\u2019est pas innocent \u2014, il a trouvé un «campe» tout équipé où il fait son nid.Le trentenaire à moitié Amérindien \u2014 il a grandi dans une roulotte près de Manouane \u2014 atterrit dans cette région tricotée serré comme un cheveu sur la soupe, à la manière d\u2019un survenant, avant d\u2019extirper de sa Civic rouillée une dizaine de lourds sacs en toile et ()e les enfouir dans la cave.A son voisin un peu trop curieux à son goût, il prétend qu\u2019il loue le chalet à son propriétaire et se fait appeler Jouas.S\u2019il essaie de se faire discret, s\u2019il croira même avoir trouvé l\u2019amour avec Marie-Jeanne, une traductrice enceinte qui vit depuis plusieurs années dans un autobus désaffecté installé au bord du fleuve, l\u2019étau finira par se resserrer sur Ro-berge/Jonas, poursuivi par ses fantômes et par la réalité, réduit à sa dualité immuable.Car «pour les nègres, les pourris, les petits comme lui, les souffre-douleur, les ignorés et les perdants», la liberté demeure encore et toujours, peut-être, un rêve inaccessible.Au milieu d\u2019une Côte- Nord à la fois belle et hostile, sorte de «Far East» au parfum d\u2019Amérique et de violence (bataille, suicide, meurtre, vol à main armée), se dessine plutôt une liberté sans issue qui charrie un lourd parfum de défaite et de désespoir au masculin.Huitième livre, mais premier roman en solo, de Mathieu Blais, La liberté des détours est porté par une écriture sans faille qui apporte une densité juste et étonnamment réelle aux personnages comme aux paysages.Le poète, chez Mathieu Blais, se fait encore entendre.Et on mesure combien chaque mot ici, comme il se doit, a son importance.Le mélange parfait d\u2019action et de réflexion est au service d\u2019une tension narrative qui nous donne parfois l\u2019impression d\u2019évoluer dans un thriller.Une atmosphère inquiétante qui se nourrit autant d\u2019une menace imprécise, d\u2019une histoire d\u2019amour qui naît sous nos yeux, que des circonstances ambiguës qui ont poussé cet homme seul vers ce petit village de la Côte-Nord.L\u2019écriture de Mathieu Blais, en ce sens, se révèle d\u2019une efficacité sans faille.Collaborateur Le Devoir LA LIBFRTÉ DES DETOURS Mathieu Blais Leméac Montréal, 2015, 192 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 31 JANVIER ET DIMANCHE I®'^ EÊVRIER 2015 F 3 LITTERATURE RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR On retrouve toujours ce don, chez Robert Lalonde, de rendre animé IMnanimé, de le faire s\u2019enflammer par les mots.Survenant à tous les vents Robert Lalonde plonge dans la vie des autres pour se recentrer DANIELLE LAURIN Avec une vingtaine d\u2019ouvrages depuis L98L, Robert lalonde fait partie de ces écrivains têtus qui suivent irrémédiablement leur voie, ceux dont on dit qu\u2019ils écrivent à peu^près toujours le même livre.À l\u2019état sauvage confirme et contredit à la fois cette idée.L\u2019impression d\u2019être en terrain connu se mêle au sentiment de découvrir de nouveaux horizons.C\u2019est comme renouer avec un vieil ami.On le reconnaît et en même temps on constate qu\u2019il est différent.On retrouve la même personne, mais quelque chose a changé.Quoi?L\u2019histoire est simple, en apparence.C\u2019est celle d\u2019un homme à la croisée des chemins.Il vient de vivre une rupture amoureuse.Il ne se sent plus chez lui dans sa maison, il va bientôt la vendre.Il ne se sent chez lui nulle part, alors il houge, question d\u2019aller voir ailleurs s\u2019il y est.C\u2019est lui qui raconte.Normal, il est écrivain.Il raconte ses pérégrinations, ses rencontres improbables.Et le plus souvent, tout ça se transforme en récits dans le récit.Ce n\u2019est pas tant ce qui se passe qui est important, plutôt comment.Comment c\u2019est raconté.Comment ça l\u2019atteint, lui, comment ça l\u2019interroge, l\u2019amène à plonger en lui-même tout en le reliant à la vie.Parmi ses dilemmes: cultiver le goût des autres sans sacrifier sa liberté, sans devenir l\u2019esclave de personne.Qu\u2019il arpente le Québec comme auteur et conférencier ou tout simplement qu\u2019il échange avec ses voisins, il traîne sa mélancolie avec lui.Même s\u2019il la garde pour lui.C\u2019est vers les autres qu\u2019il se tourne.Ce sont les histoires des autres qui le happent.Ces autres en qui il se reconnaît.Chacun sa détresse Ce serait le roman de la fraternité.Avec les hommes.Jeunes et vieux.Parfois il a l\u2019impression de renouer avec le père qu\u2019il a perdu, parfois il joue lui-même le rôle de père pour un enfant, un ado.H lui arrive de trouver sur son chemin un ami de jeunesse qui aurait pu être son amant.Mais ça ne dure qu\u2019un temps.H finit toujours par repartir vers Tailleurs, vers d\u2019autres rencontres improbables.Petit à petit une galerie de personnages masculins se dessine.Chacun à sa façon est marginal, solitaire.Chacun son histoire, son secret, son mal-être.Sa fragilité.Même quand elle se cache derrière un corps d\u2019ogre.Chacun sa détresse.Justement.C\u2019est dans cette détresse, que le narrateur partage lui aussi, que les liens se tissent.Mais elle n\u2019est que le tremplin vers autre chose, elle est le point de départ d\u2019un autre possible.Qu pas.Il croise sur sa route un petit garçon donné pour fou.Un ado estampillé «déficit d\u2019attention».Un ex-prof de philo devenu garagiste dans un coin perdu.Un vieux menuisier qui a tourné le dos à la civilisation et renoncé définitivement à l\u2019amour.Un cow-boy d\u2019origine irlandaise condamné à la prison.D\u2019autres encore.Tous ont quelque chose à se reprocher.Tous ont quelque chose à lui apprendre.Tous le transforment.Vêtu de son éternel blouson de cuir, il repart chaque fois avec dans ses bagages une réflexion sur sa propre vie sous un éclairage nouveau.Et une histoire à écrire.Ce serait le roman de la chaleur humaine.Ce serait l\u2019histoire d\u2019un homme qu\u2019on a quitté, qui se sent perdu, et qui reprend goût à la vie grâce à cette chaleur humaine, cette fraternité.«Je n\u2019étais plus aimé d\u2019elle, tant pis.Je troquais cette félicité-là pour un retour dans l\u2019univers, tout mon corps de nouveau aux aguets.» Et toujours la nature est là, sauvage, qui éblouit.«Nous débarquions dans un cosmos digne du plus échevelé des peintres fauves, à l\u2019heure où la lumière mourante déclinait la beauté éblouissante d\u2019une saison qui allait bientôt mourir et semblait s\u2019en douter.» Toujours ce don, chez fauteur du Petit aigle à tête blanche, de rendre animé l\u2019inanimé, de le faire s\u2019enflammer par les mots.Les animaux sauvages sont là aussi, bien sûr, donnant lieu à toutes sortes de métaphores inattendues.«Immobile comme le fouet d\u2019un bouleau un jour sans vent, le grand oiseau péchait, tranquille, au bord d\u2019un marais.» Les descriptions de personnages ne sont pas en reste non plus.«Il avançait à longues enjambées de coureur des bois, les deux pans de son parka battant comme les ailes d\u2019un grand corbeau qui va décoller.» Quoi d\u2019autre ?Tout est là dans A l\u2019état sauvage.Tout ce que l\u2019on reconnaît de Robert Lalonde, de son style, de sa fièvre, de sa violence et de sa tendresse entremêlées.De sa constellation d\u2019écriture.Mais il y a plus.Il y a qu\u2019il ne nous lâche pas.Qu\u2019il ne nous égare pas en chemin même lorsque l\u2019énigmatique est au rendez-vous.Il y a cette limpidité nouvelle, qui n\u2019enlève rien de sa force de frappe au récit, au contraire.Ce serait le roman de la main tendue.Main tendue de l\u2019esseulé vers les autres rencontrés en chemin et mains tendues des autres vers lui.Mais aussi, main tendue de l\u2019écrivain Robert lalonde, plus que jamais, vers nous, lecteurs.Pour le reste.Notre survenant va-t-il finir par s\u2019implanter véritablement quelque part?«Je suis comme un déraciné qui promène ses racines sèches au vent.» Va-t-il en venir à prolonger ses liens avec les autres?«Peut-être bien qu\u2019il avait raison, que je ne savais pas prendre, recevoir, saisir, et que c\u2019était ça qui me faisait déguerpir, les jambes à mon cou, dès que l\u2019autre s\u2019approchait.» Mais on peut toujours essayer de changer.Qn peut même réussir.Sans pour autant renoncer à ce qu\u2019ü y a de sauvage en nous.Collaboratrice Le Devoir À UÉTAT SAUVAGE Robert Lalonde Boréal Montréal, 2015, 168 pages La Vitrine ALBUM JEUNESSE MOI, MON CHAT Texte de Christiane Duchesne Illustrations de Pierre Pratt Editions de la Bagnole Montréal, 2015, 32 pages Seul le temps arrive vraiment à amenuiser le poids qui afflige ceux qui ont perdu un être cher.Mais il arrive que certaines œuvres puissent aider à passer à travers un deuil douloureux.C\u2019est le cas de ce nouveau conte de Christiane Duchesne, qui se sert de la métaphore de la perte d\u2019un chat adoré pour rendre moins difficile la disparition d\u2019une personne (ou d\u2019un animal) significative pour les petits de la garderie et pour les plus grands du début du primaire (et peut-être même pour certains adultes endeuillés qui voudraient bien redevenir petits.).Sa petite héroïne.Doudou, imagine l\u2019existence paisible de son chat adoré quelque part au «ciel», oû il poursuit ses activités quotidiennes terrestres, avec sa «valise attachée sur le dos», tout en veillant sur elle depuis là-haut.Les gouaches «moelleuses» de Pierre Pratt rendent ce paradis des chats rassurant et émouvant, d\u2019une naïveté qui fait du bien quand on pleure encore un départ définitif Amélie Gaudreau Fredenque Martin Sauf quand on les aime ROMAN SAUF QUAND ON LES AIME Frédérique Martin Belfond Paris, 2014, 222 pages Là collection mérite qu\u2019on l\u2019explore : livres bien faits, plaisants à lire, beaux objets.Un exemple?Née en L963, Frédérique Martin, nouvelliste primée aussi auteure pour la jeunesse, signe un roman alerte et bien dialogué sur la mixité ethnique qui unit quatre colocataires à Toulouse, âgés dans la vin^aine.Si la crainte du vivre ensemble, menacé par les jugements, les attentats, la violence et les grandes incertitudes d\u2019aujourd\u2019hui, dresse un mur d\u2019opacité à la joie, une foule de détails banals permettent de les pallier.Roman d\u2019époque et d\u2019ambiance, il brosse une tranche de réalité qui rend hommage aux pensées et stratégies quotidiennes des jeunes de bonne volonté.C\u2019est une sorte de guide pour traverser ce qu\u2019à vingt ans on perçoit comme d\u2019implacables impasses, un monde qui donne plus, envie de cauchemarder que d\u2019y entrer pour y participer.Ecrit dans une langue simple et quotidienne, il semble destiné plutôt au public de cet âge, tant il se nourrit de pédagogie et de sympathie.Guylaine Massoutre POESIE Le corps de Roger Des Roches HUGUES CORRIVEAU La présence tutélaire du Vierge incendié de Paul-Marie Lapointe, en exergue du Corps encaisse, pèse lourd sur ce nouveau recueil de Roger Des Roches, lauréat du prix Athanase-David 20L4 pour l\u2019ensemble de son œuvre.Force est de constater que ce livre dérive vers un automatisme de bon aloi qui en plombe nombre de pages.Très rapidement.Des Roches nous confie : « J\u2019apprends les eaux éteintes, j\u2019habille en pain», alors qu\u2019il garde en lui « Une image de la famille de viande».Quand l\u2019alimentaire s\u2019impose de cette façon, on ne sait trop comment réagir.Par ailleurs, on apprend qu\u2019existent «Des bouteilles d\u2019anges./ Des boîtes de frontières ou d\u2019hygiène».Pour dire vrai, on reste un peu perplexe devant tout ce fouillis qu\u2019on croirait fatal aux textes.Pourtant, le recueil s\u2019éploie, heureusement, dans un déferlement de colère sonore, de ruptures ou de fractures de sens, comme submergé par la révolte d\u2019être emporté par le désordre : «Les nerfs sont des nombres./ Des sait tout, des accompagne à travers./ Des hanches, l\u2019électricité de respirer./ Des noms imprimés par les frères Douleur.» Soyons franc: pas simple, tout cela.loin de là.Quatre suites alternées en vers libres et en prose nous convoquent à ce plaidoyer contre la déconstruction du corps ou de fâme: «Ce corps énumère muscles bave genoux désir de voler foi et faim une vacance où nous sommes tous des cœurs rapides / Foi faim ventre mission de durer».Soit, mais au fil des pages, une routine de la prouesse s\u2019installe, le poète ayant du métier et ne ménageant pas ses effets.«Le vieux battu», comme il se nomme, évoque en quelque sorte le Mickey Rourke du film The Wrestler qui nous parlerait «des carrés de combat, / de la forme, de la substance, / du bolide, les bouts de chair, / couronne de mourir sur le drap PEDRO RUIZ LE DEVOIR Roger Des Roches est le lauréat du prix Athanase-David 2014.volant».Tarabusté, le poète est un survivant.Les nourritures terrestres, les soifs sentimentales, la brutalité des rapports humains, les amours confondus, tout prévaut ici au délabrement et à la résistance, dans un amalgame furieux que la parole seule relie.Une part de clinquant nous trouble vraiment qui dépend, en fait, de cette prouesse de langage qui sous-tend ce projet.Qn ne sait trop s\u2019il y a urgence dans la répétition ou si la répétition tient lieu de courant magnétique qui dramatise une réalité convenue.Je ne sais trop que faire de «ces gens comme des tables lavées flân[ànt\\», de «ces ani-meurs sourdre des animants des outils frappés par les chats clairs».Tant il est vrai que la beauté peut parfois tuer, tant il est vrai aussi qu\u2019à trop vouloir faire beau s\u2019obscurcit parfois la clarté du propos.Collaborateur Le Devoir LE CORPS ENCAISSE Roger Des Roches Les Herbes rouges Montréal, 2015, 86 pages Gaspard\" LE DEVOIR LMARÈS Du 19 au 25 janvier 2015 ,\tCLASSEMENT AUTEUR/EDITEUR Romans québécois Il Baiser \u2022 Tome 1 Les dérapages de Cupidon Marie Gray/Guy Saint-Jean 4/2 2 Un voisinage comme les autres \u2022 Tome 4 Un hiver fiévreux Rosette Laberge/Les Éditeurs réunis 1/3 3 Les héritiers du fleuve \u2022 Tome 4 1931 -1941\tLouise Tremblay-O'Essiambre/Guy Saint-Jean\t2/8 4 Le retour de l'oiseau-tonnerre \u2022 Tome 2 Perceptions\tAnne Robillard/Wellan\t-/I 5 Violence à l'origine\tMartin Michaud/Goélette\t5/10 6 Le gazon.touiours plus vert chez le voisin?\tAmélie Oubois/Les Éditeurs réunis\t3/10 7 Le secret de Uieu \u2022 Tome 1 Le message des templiers\tYves Laliberté/Coup d'œil\t-/I 8 La veuve du boulanger\tOenis Monette/Logigues\t6/17 9 Le secret de Uieu \u2022 Tome 2 Le trésor enfoui\tYves Laliberté/Coup d'œil\t-/I 10 Coup sur coup \u2022 Tome 3 Coup de maître\tMicheline Oufl/Québec Amérigue\t-/I Romans étrangers\t\t il Soumission\tMichel Houellebecg/Flammarion\t-/I 2 Le marchand de sahie\tLars Kepler/Actes Sud\t1/2 3 Le Women murder cluh \u2022 Tome 1212 coups pour rien\tJames Patterson | Maxine Paetro/Lattes\t2/2 4 La colline aux esclaves\tKathleen Grissom/Guy Saint-Jean\t9/2 5 Les Luminaires\tEleanor Catton/Alto\t5/2 6 Colère ardente\tRichard Castle/City\t-/I 7 L'affaire Cendrillon\tMary Higgins Clark | Alafair Burke/Albin Michel\t3/6 8 La vengeance de Janus\tJamie Freveletti/Grasset\t6/2 9 Bienvenue à Big Stone Gap\tAdriana Trigiani/Guy Saint-Jean\t-/I 10 Le siècle \u2022 Tome 3 Aux portes de l'éternité\tKen Follett/Robert Laffont\t4/15 Essais québécois\t\t Il Jean-François Lépine, sur la ligne de feu\tJean-François Lépine/Libre Expression\t1/12 2 Les acteurs ne savent pas mourir\tAlain Vadeboncoeur/Lux\t2/14 3 Fahrications.Essai sur la fiction et l'histoire\tLouis Hamelin/PUM\t-/I 4 Métier critigue\tCatherine Voyer-Léger/Septentrion\t-/I 5 Confessions posl-référendaires.Les acleurs poliligues de.\tChantal Hébert I Jean Lapierre/Homme\t6/19 6 Be remarguahles ouhiiés \u2022 Tome 2 Ils onl couru l'Amérigue\tSerge Bouchard | Marie-Christine Lévesque/Lux 10/7\t 7 Ma vie rouge Kuhrick\tSimon Roy/Boréal\t-/I 8 Chronigues des années molles\tNormand Baillargeon/Leméac\t4/8 9 Une hisloire philosophigue de la pédagogie \u2022 Tome 1 Ue.\tNormand Baillargeon/Poèle de brousse\t5/8 10 Révolutions\tNicolas Bickner | Bominigue Forfier/AIfo\t8/2 Essais étrangers\t\t il Le capital au XXI' siècle\tThomas Pikefty/Seuil\t5/35 2 La chair interdite\tBiane Bucref/Albin Michel\t-/I 3 Le suicide français\tÉric Zemmour/Albin Michel\t10/3 4 Extra pure.Voyage dans l'économie de la cocal'ne\tRoberto Saviano/Gallimard\t-/I 5 Y a-t-il un grand architecte dans l'univers?\tStephen Hawking/Odile Jacob\t3/9 6 L'État islamigue\tSamuel Laurent/Seuil\t2/7 7 Les âmes blessées\tBoris Cyrulnik/Odile Jacob\t1/11 8 Houellebecg économiste\tBernard Maris/Flammarion\t-/I 9 L'animal est une personne.Pour nos sœurs et frères les bêles Franz-Olivier Giesberf/Fayard\t\t-/I 10 La réalilé de la réalilé.Confusion, désinformalion.\tPaul Watziawick/Points\t-/I La BTLF (Société dé géstion dé la Banqué dé titrés dé langué françaisé) ést propriétairé du s\\^émé d\u2019information ét d\u2019analysé 6 sur Iss ïsntss ds livrés français au Canada.Cs palmarès sst sxtrait ds Basparist sst constitué dss rslsvés ds caisss ds 260 points ds ïsnts.La BTLF rsçoit un soutisn financisr ds Patrimoins Canadian pour lé prajst Baspari © BTLF, touts rspraduction totals ou partialis sst intsrdits. F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 31 JANVIER ET DIMANCHE I EEVRIER 2015 LITTERATURE ROMAN Tout Haïti dans les yeux d\u2019une fillette DANIELLE LAURIN NOUS sommes dans un petit bled haïtien miséreux nommé Ville Rose, où tout le monde connaît tout le monde.Au centre de Pour l\u2019amour de Claire: une fille de pêcheur nommée Claire, comme sa mère, qu\u2019elle n\u2019a jamais connue: elle est morte en lui donnant la vie.On fait la connaissance de Claire le jour de ses sept ans, alors qu\u2019une vague géante a emporté un pêcheur du coin, ami de longue date du père de la fillette.«Ainsi, le jour de son anniversaire était-il un jour de deuil.La vague monstrueuse et le pêcheur disparu prouvaient qu\u2019il n\u2019avait jamais cessé de l\u2019être.» Très vite nous allons remonter dans le temps.Revenir au jour du sixième anniversaire de Claire.Alors que son père, englué dans la pauvreté, demande, devant sa fille, à la dame qui tient la seule boutique d\u2019étoffes de la région, de la prendre avec elle.Ainsi, es-père-t-il, Claire aura la chance de sortir de la misère, en échange de quoi elle pourra aider au ménage de la maison et du magasin.Mais la dame fortunée refuse, ce jour-là, l\u2019offre du pauvre pêcheur analphabète qui, lui, espère partir au loin «pour trouver une vie meilleure».Nous voici maintenant le jour du cinquième anniversaire de Claire.Comme chaque matin le jour de son anniversaire, son père l\u2019amène voir la tombe de sa maman.Au cimetière, ils croisent la dame de la boutique.Le père, tout en caressant nerveusement l\u2019épaule de Claire : «Vous vous souvenez de ma fille?» La dame: «Je vous en prie, laissez-moi me souvenir de la mienne.» Au jour du quatrième anniversaire de Claire, la fille de la dame.Rose, sept ans, meurt dans un accident de circulation.Au jour du troisième anniversaire de Claire, son père la reprend avec lui à Ville Rose, après l\u2019avoir laissée jusque-là aux bons soins de sa belle-famille : «La mort de sa femme l\u2019avait tant choqué que de voir même le minuscule visage du bébé non seulement l\u2019attristait mais le terrifiait.» Au jour de la naissance de Claire, de la mort de sa mère, le père, ne sachant comment nourrir le bébé, demande à la dame de la boutique de l\u2019allaiter.Ce qu\u2019elle accepte, vu qu\u2019elle appréciait beaucoup la mère.Mais une fois seulement.Au père de se débrouiller ensuite.On remontera ainsi jusqu\u2019au jour de la conception de Claire.pour revenir ensuite au jour de son septième anniversaire, tandis que les recherches pour retrouver le corps du pêcheur disparu se poursuivent.Le soir venu, la dame de la boutique propose d\u2019elle-même au père de Claire de prendre sa fille auprès d\u2019elle: «C\u2019est maintenant ou jamais.» Dans la tête de Claire : jamais.Elle s\u2019enfuit Une écriture qui essaime Nous sommes à la page 49 du roman de l\u2019écrivaine américano-haïtienne Edwidge Danti-cat, qui en compte plus de 250.Nous sommes complètement absorbés par cette histoire.Ingénieuse construction.Le récit se déploie par couches, alors qu\u2019un narrateur omniscient fouille les pensées et les états d\u2019âme des personnages.Mais sans jamais en faire trop.Malgré le dénuement ambiant qui crie famine, malgré les événements tragiques relatés, pas de misérabilisme.Pas de fioritures non plus.L\u2019écriture coule, ça vibre en dessous.Des bouts de phrase en créole, aussitôt traduits sans que l\u2019on sente la moindre lourdeur, parsèment le récit et l\u2019ancrent dans la réalité : on y est tout à fait.Peu à peu ça rayonne, ça essaime.De Claire, de son père, de la dame de la boutique et du pêcheur disparu, on passe ensuite aux autres habitants de Ville Rose concernés par les événements.Le cercle s\u2019agrandit, mais en spirale, sans qu\u2019on perde jamais de vue le sort de Claire.Tout s\u2019imbrique, se recoupe, fabuleusement.Et tragiquement.Les retours dans le passé nous mènent loin.Jusqu\u2019à une vingtaine d\u2019années auparavant, et même plus si on tient compte de la généalogie des personnages en jeu.On se transporte bientôt dans un bidonville nommé Cité Pendue.Là-bas sévit une bande de malfaiteurs, et bientôt une guerre de gangs aura lieu.D\u2019enchevêtrement en enchevêtrement, on assistera à un meurtre.On mesurera l\u2019étendue de ses répercussions sur l\u2019entourage immédiat et plus lointain.Nous irons jusqu\u2019à Miami, où un fils de famille nantie, impliqué dans une histoire de viol d\u2019une domestique, tentera de refaire sa vie.Avant d\u2019être rattrapé par son passé.Nous aurons assisté entre-temps à la montée de la violence en Haïti.La corruption est généralisée, le fossé entre la petite frange de fortunés et la masse affamée est monstrueux.Entre la vie et la mort Nous aurons assisté à toutes sortes de chassés-croisés amoureux.Et de trahisons, d\u2019humiliations.De vengeances aussi.Avec, en sourdine, le poids de la culpabilité.Toujours, ça vibre, ça palpite.Toujours, des revirements.Du type : un instant qui change la vie, les espoirs qui s\u2019écroulent tout à coup.Et toujours, comme un tournant qui englobe tout, ce fameux soir qui revient, le soir où Claire, tout juste sept ans, disparaît, tandis que les habitants de Ville Rose sont rassemblés pour une veillée en l\u2019honneur du pêcheur disparu.Que faire?Rester tapie dans sa cachette en attendant de prendre le large ou revenir une dernière fois à la cabane où elle est née avant d\u2019aller vivre avec la dame fortunée?Jusqu\u2019au dernier moment, la petite Claire hésite.Puis un événement inattendu, tragique encore une fois, où tout se joue entre la vie et la mort, advient.Mû par une sensibilité exacerbée, plein de dignité au travers de la rudesse exprimée, serti de perles de lumière qui transpercent la misère.Pour l\u2019amour de Claire s\u2019avère un tour de force romanesque.Collaboratrice Le Devoir POUR L\u2019AMOUR DE CLAIRE Edwidge Danticat Traduit de l\u2019anglais par Simone Arous Grasset Paris, 2014, 272 pages JEAN-PHILIPPE KSIAZEK AGENCE ERANCE-PRESSE Au centre de ce roman d\u2019Edwidge Danticat rayonne une petite fille d\u2019un bled haïtien miséreux nommé Ville Rose.# ERED DUEOUR AGENCE ERANCE-PRESSE L\u2019hyper vigilante Hélène a voulu garder Eve dans son extrême vieillesse, alitée avec ses escarres et sa défiguration.Le virulent effort de mourir Qu\u2019est-ce que s\u2019éteindre à 103 ans?La Française Hélène Cixous le raconte.Il s\u2019agit de sa mère.Ode ultime pour une mère centenaire : Hélène Cixous revoit le chemin de sa disparition comme une odyssée.Ce livre exceptionnel lui a valu le Grand Prix de la langue française ainsi que le prix Marguerite-Duras.GUYLAINE MASSOUTRE Pçrdre une mère adorée.Etre là, collée aux ultimes méandres et soubresauts de la vie qui s\u2019étiole, se raréfie et se défait.Entre larmes, bribes, de cris et parfois des rires, Eve trépasse en 2013, au bout de cent trois années.Vivre dans la culture, y mourir au bout de son âge et des transformations, avec les contingences de l\u2019histoire et les choix familiaux, n\u2019empêche pas la nature de programmer sa danse.Une danse macabre, aux mains soudées aussi sommées de se lâcher.Homère est morte.est l\u2019opus le plus complet, après Hyperrêve é2006).Ciguë (2008), Eve s\u2019évade (2009),, que Cixous aura consacré à Eve, accoucheuse de son métier.L\u2019hyper vigilqnte Hélène a voulu garder Eve dans son extrême vieillesse, alitée avec ses es- carres et sa défiguration, en forme ironique de Ça va, traits jaillis de Pierre Alechinsky, graveur à l\u2019acide, pour ce livre.Cixoux, mère et fille, c\u2019est un amour continu, sublime.Accrochée aux instants nus et crus, notés, la mort griffe ces restes de corps/esprit pour ne laisser que crêtes de faits, saillantes.Si clair à lire, vrai document de l\u2019agonie et des liens, ce récit restitue la présence admirable d\u2019un amour du rien vivant, qui lutte dignement.C\u2019est la passation, la transmission, le retournement du cycle du début à la fin.La fille, mère de sa mère, prend cette place pour ses propres enfants.Eve, Hélène, Anne, le fils, l\u2019amie Ariane et Roro l\u2019infirmière s\u2019éclaboussent de cet étçrnel chagrin.Hélène, collée à Eve, qui se lamente en une obsessionnelle ritournelle, entend le chœur antique: «ajde-moua, aidemoua», distille Eve, \\\\ L\u2019imminence est indéceiable.Inodore.Soudain on a envie de pleurer.Parfois rien.yy Hélène Cixous à propos de la mort qui rôde pathétique, en donnant de la voix ou d\u2019un souffle ténu.La langue et la plume «Restez avec moi, restes de maman.» Ce sont ses mots.«Ce qui lui arrive n\u2019arrive pas à l\u2019amour absolu que je lui porte et où elle demeure.» Ce sont ses gestes.«Elle devait couin-couiner et à la longue je finis par me mithridatiser.» La force du corps est colossale.«Bilan de la semaine: une petite madeleine, une tasse à café de compote.» Eaire l\u2019expérience de la mort n\u2019a rien à voir avec un savoir abstrait.«Mystère des synapses.[.] Je gratte les cendres.[.] Parquées.[.] Nous sommes en prison.Ensemble - séparées.» L\u2019ironie tragique de la mort est de survenir quand les yeux sont ailleurs, le dos tourné.«L\u2019imminence est indécelable.Inodore.Soudain on a envie de pleurer.Parfois rien.C\u2019est dans les pensées, un hérissement, un serrement, une incroyable fatigue.» Glas pour un impossible sauvetage: «une telle douleur me prend que je la sens encore aujourd\u2019hui me ronger le cœur sans anesthésie».Le plus étonnant, ce sont les confusions qui le sont à peine, le sens du non-sens pas tout à fait incohérent, absurde, les mots inventés, remémorés, réagencés, allusifs aux épisodes anciens; bref, l\u2019agonie fait image, signe, langage, personnalité.Eace aux états connus de la médecine s\u2019inverse ce qui parle sans raison, désinhibé et tordu mais quasi reconnaissable pour les proches, ce fil tenu d\u2019un débordement de « Çamfaitpeur».Depuis Osnabrück, la ville où elle naquit, Hélène aura traversé des frontière^, connu des villes, des pays.Eve était là, dans cette langue envoûtante complice, ces éclats d\u2019intelligence, d\u2019émotion, de sensoria-lité, d\u2019amitié.Ses mots dansent, de la fête à la colère, sans quitter le seuil où ij n\u2019est que la loque qui vive.Etrange corps soumis au double assaut de notre condition: «Limédicalisé coïncide avec son immobilité intérieure: elle ne bouge plus.Comme si elle avait avalé la structure inébranlable du métal» ou « [.] on veut maman à ce moment, et qu\u2019elle nous dise: \u201cje suis là, je reste avec toi, mon amour, comme d\u2019habitude\u201d.Non.Ne dis pas.Reste.» Les illusions du langage et des sens sont tenaces.C\u2019est pourquoi de tels livres, flottants et radieux, aident à colmater les ruines de ce dont la mort nous aura privés.Ce livre porte l\u2019inébranlable courage de résister.Il transmet ce qui nous est propre, le plus précieux, la vie.Collaboratrice Le Devoir HOMÈRE EST MORTE.Hélène Cixous Galilée Paris, 2015, 224 pages POLAR Sur les chapeaux de roues MICHEL BELAIR Il y a encore peu de temps, tous les polars semblaient venir du Nord.Les Suédois, les Norvégiens et les Islandais occupaient presque tout le territoire.Hors Mankel, Nesbo et Indridason, tout semblait un peu fade.Voilà que la tendance s\u2019inverse et que des romans forts et drus nous viennent maintenant du Sud.Plus précisément de l\u2019Afrique du Sud, où Deon Meyer et Roger Smith sont à construire des œuvres sans compromis reflétant un pays déchiré encore par les inégalités entre Noirs et Blancs.Ici, Deon Meyer remet en scène l\u2019inspecteur Benny Gries-sel dans une cinquième aventure démarrant sur les chapeaux de roues, comme d\u2019habitude.Son flic alcoolo et l\u2019escouade spéciale des Hawks se voient confier un triple assassinat survenu dans un gîte sélect en banlieue du Cap.Près des cadavres, on retrouve des douilles gravées de deux lettres, N.M., et de l\u2019image d\u2019un cobra prêt à l\u2019attaque.En prime, les policiers ne peuvent que constater la disparition de l\u2019homme que protégeaient les trois disparus: David Adair, un mathématicien britannique séjournant là sous un faux nom.En parallèle, Meyer nous fait suivre la trace du jeune Tyrone Kleinbooi qui a réussi à se sortir de Tenfer des Elats grâce à ses dons de pickpocket.Ni vraiment « clean » ni vraiment voyou, c\u2019est un petit futé plutôt sympathique ayant une vision bien particulière de la société sud-africaine post-apartheid: il s\u2019y est creusé une case incognito, à l\u2019insu de tout le monde, et la majorité de ses «gains» servent à payer les études de médecine de sa petite sœur.Le lien entre Kleinbooi, Benny Griessel et son équipe deviendra évident lorsque le premier mettra la main presque par hasard sur une clé USB convoitée par le commando de mercenaires ayant enlevé David Adair.De grands pourris Griessel mettra du temps à saisir les implications de l\u2019algorithme développé par Adair; il permet en fait de dépister les terroristes dans le système financier international tout en soulignant en rouge la partici- pation des grandes banques au scénario.On devine, alors que les cadavres s\u2019empilent et que les Hawks se voient même retirer l\u2019enquête au profit de l\u2019agence de sécurité nationale, que la vie du pickpocket ne tient qu\u2019à un fil.Mais Tyrone Kleinbooi est vraiment, vraiment un petit futé et, grâce à l\u2019intervention in extremis de l\u2019équipe de Griessel, le commando de choc à la poursuite d\u2019Adair et de son algorithme sera finalement démasqué, même s\u2019il faudra en payer lourdement le prix.Tout au long du récit, l\u2019écriture est vive, prenante, et Ton aura beaucoup de difficulté à quitter cet enlevant thriller politico-financier: Deon Meyer sait camper de vrais personnages et raconter des histoires qui font qu\u2019on ne peut s\u2019empêcher de tourner les pages.Mais il faut quand même avouer que ce thriller est un peu mince quand on le compare à quelques-uns des monuments {Les soldats de l\u2019aube, L\u2019âme du chasseur, Le pic du diable, Lemmer l\u2019invisible., tous au Seuil) qui ont fait la réputation du romancier.Benny Griessel est un personnage riche et touchant, mais ERIC CABANIS AEP Deon Meyer Meyer semble se placer dans une «zone de confort» \u2014 et beaucoup moins sur la ligne de risque \u2014 chaque fois qu\u2019il le fait réapparaître.Un peu comme si Ton s\u2019approchait des paramètres de la recette.Mais ce n\u2019est pas encore une raison pour bouder son plaisir.Collaborateur Le Devoir KOBRA Deon Meyer Traduit de l\u2019anglais par Estelle Roudet Seuil Paris 2014, 448 pages LE DEVOIR LES SAMEDI 31 JANVIER ET DIMANCHE I'''^ FEVRIER 2015 F 5 LIVRES La super rencontre Louis Hamelin ous entendez le bruit qu\u2019ils font en se frappant les uns contre les autres dans le temps qu\u2019ils veulent parer les coups pour envoyer cette boule du côté favorable.[.] Il est fort ordinaire d\u2019en voir estropiés pour le reste de leurs jours [.].Quelque accident que ce jeu puisse causer, ils l\u2019attribuent au sort du jeu, et n\u2019en ont aucune haine les uns contre les autres.» Nicolas Perrot, qui explore, dans la seconde moitié du dix-septième siècle, Tac-tuel Wisconsin et les territoires situés à Touest du Mississippi dans le dessein d\u2019y étendre les réseaux français, décrit en ces termes le jeu de crosse qu\u2019il observe alors chez les «Sauvages».Référence européenne oblige, il compare ce brutal divertissement au jeu de longue paume, ancêtre français du très civilisé tennis.Mais pas plus à la paume que sur le court on ne risque sa peau: à l\u2019aube des Lumières, le sport violent, comme la pratique du scalp, semble une particularité autochtone des Amériques, juste une autre découverte, comme le tabac et le mais.Lorsque j\u2019ai lu ce passage des écrits de Perrot dans la passionnante anthologie de «récits des premières rencontres» colligée par Marie Hélène Fraissé, je me trouvais déjà en pleine fièvre du Super Bowl.Je pouvais presque, en substituant à la boule ci-des-sus un ballon ovale dûment gonflé à la bonne pression, croire que l\u2019auteur du Mémoire sur les mœurs, coustumes et relligion [sic] des sauvages Uécrasement sans merci d\u2019un adversaire contre la bande à 60 kilomètres à l\u2019heure relève indéniablement d\u2019une conception du jeu héritée de nos alliés amérindiens de l\u2019Amérique septentrionale relatait une de nos bonnes vieilles parties de football du dimanche.Du sport violent comme héritage Depuis quelques années, de Denis Vaugeois à Roy Dupuis, la société blanche s\u2019est efforcée, dans un louable esprit de justice historique, d\u2019inventorier les richesses culturelles héritées du monde indien.La raquette à neige et le sirop d\u2019érable viennent à l\u2019esprit.Pas la chimiothérapie.L\u2019inénarrable John Saul a même prétendu, dans Mon pays métis (2008), que la démocratie canadienne devait beaucoup à la représentation circulaire du monde propre à la pensée des Premières Nations (je cite de mémoire sa divertissante élucubration) , plus, fallait-il comprendre, qu\u2019à la forme de parlementarisme bipartisan dysfonctionnelle que nous tenons d\u2019une triste monarchie raccrochée à ses pacotilles impériales.Permettez-moi de soumettre ici une thèse autrement sérieuse : plus que les noms d\u2019équipes d\u2019inspiration guerrière ou totémique, comme les Black Hawks, les Chiefs et les Redskins, qui sont un équivalent onomastique du rite consistant à dévorer le cœur de l\u2019ennemi pour s\u2019approprier ses vertus, l\u2019écrasement sans merci d\u2019un adversaire contre la bande à 60 kilomètres à l\u2019heure, au hockey, et le plaqué légal par coup de casque protecteur dans les rotules, au football, relèvent indéniablement d\u2019une conception du jeu héritée de nos alliés amérindiens de la belle époque.Il me semble que rien, dans les sports organisés que pratique le reste de la planète, ne peut se comparer au système de primes à la blessure instauré par la brigade défensive des Saints de La Nouvelle-Orléans il y a quelques années, ou au gros Ulf Samuelsson se vantant candidement, devant des journalistes après un match des Pingouins dans les années 1990, d\u2019avoir utilisé son genou pour sortir un adversaire du match.De savoir cet autre sur une civière plutôt qu\u2019au banc des joueurs était «un gros plus», à en croire le double champion de la Coupe Stanley.Il y a bien, au soccer, le ta-cle vicieux, les crampons dans les tendons, mais rien pour faire oublier que la plupart des joueurs, au premier frôlement d\u2019Adidas, partent dans des vols planés dignes des comédiens-acrobates de la troupe des 7 doigts de la main.Le rugby se veut un sport de contact sérieux, mais les types qui s\u2019y adonnent craignent si peu de se faire décoller le ligament croisé antérieur d\u2019un coup de heaume transformé en arme de combat qu\u2019ils ressemblent à de gros nounours se taponnant en toute amitié.Ajoutons que, avant de découvrir les subtilités du double échec et du coup de hache dans les tibias en regardant évoluer Equipe Canada, les hockeyeurs russes faisaient figure de danseuses de ballet à côté de nos matamores sur patins.Entre amour et guerre L\u2019anthologie de Fraissé propose un riche survol d\u2019une ère de découvertes, de rencontres et de relations couvrant tout le spectre entre amour et guerre, survol qui nous emmène des premières implantations vikings narrées par les sagas islandaises à l\u2019aventure photographique d\u2019un Edward S.Curtis désireux de capter, au tournant du dix-neuvième siècle, l\u2019âme des habitants originaux du Nouveau Monde avant leur disparition programmée.«Découverte» et «premières rencontres» sont des termes qui reflètent d\u2019abord l\u2019inconscience et l\u2019esprit de conquête bouffi d\u2019arrogance de la civili- V STEVEN SENNE ASSOCIATED PRESS Rien dans les sports organisés que pratique le reste de la planète ne saurait se comparer au système de primes à la blessure instauré par la brigade des Saints de La Nouvelle-Orléans.sation chrétienne \u2014 «prendre possession au nom du Roy de tout le pays habité et non habité», stipule modestement le mandat de l\u2019expédition de 1670 à laquelle se joint Perrot \u2014 et dont l\u2019histoire nous invite aujourd\u2019hui à relativiser la portée, ce dont l\u2019anthologiste est consciente: «La bibliothèque [des] authentiques premiers contacts se réduirait à presque rien.Car ceux qui prennent la plume, et racontent, ont presque toujours été précédés à bas bruit par des voyageurs sans mandats officiels: pêcheurs de morue, coureurs de pistes, chercheurs d\u2019or ou d\u2019esclaves .[.]; couteaux, pièces de drap, perles de fabrication semi-industrielle, chevaux (introduits par les Espagnols), circulent de proche en proche dans les communautés.» Que ceux-ci soient troqués ou offerts en cadeau, nécessaires, utiles ou simplement décoratifs, l\u2019Indien n\u2019est pas différent de VHomo sapiens moyen: il aime les objets.La pénétration se fait par le commerce, et les succès initiaux des Français auprès de ces nations ne s\u2019expliqueraient pas autrement que par leur prodigalité.Comme le dit un chef: «les Espagnols [.] ne nous traitent ny fusils, ny plomb, ny poudre, ny chaudières, ny couvertes, ny rien de toutes les marchandises que le Grand Chef Erançois nous a données.Ainsy les Erançois sont nos véritables amis».Bon match et bonnes pubs ! UIMPENSABLE RENCONTRE Chroniques des «Sauvages» DE l\u2019Amérique du Nord Marie Hélène Eraissé Albin Michel Paris, 2014, 363 pages ESSAI L\u2019arbre des possibles Ou comment les bidonvilles déploient leurs branchages comme autant de réseaux solidaires GENEVIEVE TREMBLAY Par définition, le bidonville renvoie à un amas de bicoques surpeuplé, insalubre et marginal où on ne s\u2019aventure qu\u2019avec précaution.Mais lorsqu\u2019observé avec plus de nuance et de finesse, l\u2019endroit change de peau: il devient une ville parallèle, infatigable et caméléon, faite d\u2019une «matière nomade» charriée par des femmes, des hommes et des enfants capables de s\u2019inventer une maison quel que soit l\u2019aboutissement de leur migration.Qui sont ces gens posés en périphérie des métropoles?Comment organisent-ils leur logis, leur alimentation, leur vie, malgré leurs maigres moyens ?Et surtout, qu\u2019ont-ils à dire?Le scénariste Jean-Nicolas Orhon et le chercheur Nicolas Reeves avaient déjà exploré ces questions dans leur documentaire Bidonville: architectures de la ville future (2013), présenté à Montréal l\u2019été dernier.Cet essai, inspiré du film, livre leurs réflexions tant sur le processus de création que sur l\u2019objet même de leur quête : expliquer le bidonville par ses gens.Pour vulgariser sept ans de recherche, de voyages, de rencontres et de tournage, les auteurs ont choisi une narration honnête et intimiste, très loin de tomber dans la sécheresse statistique.Ils sont sur le terrain, l\u2019oreille ouverte et l\u2019œil lucide.L\u2019heure est au dialogue.«Oublions ces images prises en hauteur de petits cubes superposés et de réseaux labyrinthiques d\u2019allées non pavées.Descendons», écrit Jean-Nicolas Orhon.«Qu\u2019avons-nous à apprendre de ces gens qui, aux limites de la survie, inventent, créent et redéfinissent le mot cohabiter?» Et le long parcours de re- è I M EILMS DU 3 MARS Photo tirée du film Bidonvilles: architectures de la ville future (2013), à Bangalore en Inde prendre vie, et avec lui tous les visages imprimés au fil des pages.Au Maroc, où l\u2019équipe doit filmer en cachette pour échapper aux autorités, en France, en Inde, au Kenya, dans les gecekondus de la Turquie et les favelas du Brésil, les portes s\u2019ouvrent sur des familles pauvres, mais chaleureuses.Même chose dans le village algonquin de Kitcisa-kik, en AWtibi, et dans le tent city du New Jersey poussé «au milieu de nulle part», deux symboles de l\u2019Amérique des oubliés.Sensible, le réalisateur reconstruit par le menu détail l\u2019exploration de ces lieux changeants, très vivants.Il donne la parole à tous et montre à quel point ces endroits, s\u2019ils étaient intégrés au développement urbain, pourraient être tout à fait viables pour des milliers de familles.A ces coulisses du tournage se greffent, en fin de volume, les observations de Nicolas Reeves.Couche après couche, l\u2019architecte de formation dis- sèque l\u2019espace anarchique des bidonvilles pour trouver leur cohérence.L\u2019assemblage compact de murs, de toits, de cours et de paliers, où il se glisse avec les habitants, est comme un arbre ; démesuré, il déploie ses branchages compacts comme autant de réseaux solidaires invisibles à l\u2019œil nu.Son récit, extrêmement précis, cherche et trouve les symboles.« [C\u2019est] un labyrinthe d\u2019habitations pour la plupart pauvres et précaires, écrit-il, dont il serait certainement déplacé de parler comme de maisons de rêve; mais chacune nous parle, certainement, d\u2019un rêve de maison.» Pour une solution Alors que plus de la moitié de la planète habite en milieu urbain, le bidonville reste indésirable pour les autorités, qui le voient comme une excroissance gênante qu\u2019il faut au mieux raser, au pire tolérer.Pourtant, ses habitants font preuve d\u2019une ingéniosité et d\u2019une résilience enviables, en plus de reproduire leur culture traditionnelle.« Vivre ensemble dans un espace restreint, avec des ressources limitées, c\u2019est une expression qui décrit assez bien l\u2019état de la planète, signale Reeves, et même son devenir.» D\u2019où cette question, à laquelle La maison, la ville et les gens répond avec intelligence : comment le bidonville peut-il faire partie de la nouvelle écologie urbaine?Devant deux grands bidonvilles de Nairobi, au Kenya, Nicolas Reeves se rend compte que la proposition faite par John Turner dans Housing by People (1976), aussi juste soit-elle, fait abstraction d\u2019une variable fondamentale : les gens.«Le bidonville n\u2019est pas un problème, mais une solution», réécrit-il, ajoutant: «pourvu qu\u2019on l\u2019écoute».Dès lors, tout est possible.Le Devoir LA MAISON, LA VILLE ET LES GENS Le phénomène bidonville Jean-Nicolas Orhon et Nicolas Reeves Editions du Passage Montréal, 2014, 296 pages Deux critiques littéraires et un libraire se rencontrent autour de 3 livres.Réparer les La vie\tLe vivants\tlittéraire Météorologue Maylis de Kerangal Mathieu Arsenault Olivier Rolin LIBERTE LE DEVOIR.AHT & POL T qu E\tLIBRE DE PENSER -\t\" ^GALLIMARD\" DIMANCHE 8 FÉVRIER, 15h Librairie Gallimard F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 31 JANVIER ET DIMANCHE I®'^ EÊVRIER 2015 ESSAIS Le roman québécois est-il romanesque ?Isabelle Daunais signe un essai profond, subtil et sans jargon qui n\u2019a rien d\u2019un pamphlet Louis CORNELLIER Professeure de littérature française à l\u2019Université McGill, Isabelle Daunais soulève, dans Le roman sans aventure, une question fondamentale: comment expliquer le fait que l\u2019intérêt pour le roman québécois ne dépasse pas les frontières du Québec?Notre tradition romanesque contient de grandes œuvres, quelques-unes d\u2019entre elles ont même connu un certain succès à l\u2019étranger, mais, le mystère est là, «aucune de ces œuvres n\u2019a marqué durablement l\u2019histoire générale du roman, aucune n\u2019est devenue, pour les lecteurs du grand contexte de l\u2019art romanesque, une œuvre éclairante pour la compréhension de l\u2019aventure humaine».Pourquoi?Des explications historiques (jeunesse de notre littérature) et sociologiques (le Québec est une petite nation, sans influence internationale) ont été avancées pour expliquer le phénomène.Daunais leur reconnaît une certaine valeur, mais ne s\u2019en satisfait pas.Des littératures aussi jeunes et issues d\u2019aussi petites nations n\u2019ont pas connu le même sort, note-t-elle.On pourrait contester ce jugement et faire appel à une explication politique.L\u2019absence de souveraineté nationale, en effet, constitue certes une entrave à la reconnaissance internationale de notre roman.Daunais, toutefois, pour résoudre l\u2019énigme, nous entraîne avec brio sur un autre terrain, et sa maestria critique nous force à la suivre.Ce terrain est celui de la littérature elle-même.Si notre roman ne parvient pas à intéresser les lecteurs d\u2019ailleurs.r PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le monde du roman québécois, suggère Isabelle Daunais, professeure de littérature française à rUniversité McGill, est celui de !\u2019« idylle », un concept kundérien qui désigne « l\u2019état d\u2019un monde pacifié, d\u2019un monde sans combat, d\u2019un monde qui se refuse à l\u2019adversité».c\u2019est, écrit-elle, «parce que l\u2019expérience du monde dont il rend compte est étrangère aux autres lecteurs, qu\u2019elle ne correspond pour eux à rien de connu et, surtout, à rien de ce qu\u2019il leur est possible ni même désirable de connaître».Ainsi formulé, le jugement semble sévère.Il faut donc préciser, d\u2019entrée de jeu, qu\u2019il ne porte pas sur la qualité des œuvres, mais sur la vision du monde qu\u2019elles contiennent.Mission impossible « Tous les grands romans, explique Daunais en s\u2019inspirant fortement des thèses de Milan Kundera, racontent une aventure, lancent dans le monde des personnages qui en rapportent une perception ou une compréhension nouvelle par laquelle ce monde, par la suite, ne peut plus être vu de la même façon.» Or, et tout est là, le roman québécois serait, de ses débuts à aujourd\u2019hui, sans aventure; il raconterait même l\u2019impossibilité de l\u2019aventure.Cela ne signifie pas qu\u2019il ne s\u2019y passe rien, mais plutôt que les personnages y vivent «dans un temps qui se répète», dans «un monde à l\u2019abri du monde» et de l\u2019Histoire, dans lequel sont absents le conflit, l\u2019ironie, le paradoxe.Le monde du roman québécois, suggère Daunais, est celui de V«idylle», un concept kundé- rien qui désigne «l\u2019état d\u2019un monde pacifié, d\u2019un monde sans combat, d\u2019un monde qui se refuse à l\u2019adversité».Notre chanson et notre cirque naviguent aussi dans ces eaux, mais c\u2019est là la nature même de ces arts, ce qui explique le rayonnement des artistes québécois qui œuvrent en ces domaines sur la scène internationale.Du roman, toutefois, le monde, avance Daunais, attend autre chose, que nos écrivains n\u2019offrent pas, ne peuvent offrir.Qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas : cet essai, profond, subtil et sans jargon, n\u2019a rien d\u2019un pamphlet contre le roman québécois.Isabelle Daunais aime les œuvres dont elle parle avec une grande intelligence et elle leur attribue une forte valeur révélatrice.Pour Kundera, un bon roman est celui qui dit «ce que seul le roman peut dire».Les romans analysés par Daunais sont à la hauteur de cette mission, mais ce qu\u2019ils révèlent, ce qu\u2019ils découvrent, c\u2019est-à-dire «le récit d\u2019un paradis jamais perdu», d\u2019un «monde qui ne change pas», est une expérience si propre au Québec qu\u2019elle ne trouve pas d\u2019écho ailleurs.Dans Les Anciens Canadiens (1863), de Philippe Aubert de Gaspé, la Conquête semble bouleverser le monde, mais tout finit par se tasser.L\u2019aventure n\u2019est qu\u2019une légende qu\u2019on se raconte au coin du feu.Dans Maria Chapdelaine (1916), l\u2019aventure affleure par ce qu\u2019incarne François Paradis, mais la mort de ce dernier force Maria à une découverte : l\u2019idylle, c\u2019est-à-dire un univers de paix et de repos, est son monde, sa réalité.L\u2019expérience commune en fait un état transitoire, sauf ici, où elle constitue l\u2019ordinaire.Cette découverte, pour une rare fois dans notre roman, est vécue comme une aventure parce qu\u2019elle change la vision du monde du personnage.D\u2019où, explique Daunais, le relatif rayonnement international de cette œuvre.Le choix de la tranquillité Dans Trente arpents (1938), de Ringuet, le monde ancien s\u2019effondre, mais l\u2019aventure n\u2019a pas lieu.Euchariste Moisan vit la fin de l\u2019idylle terrienne, mais ne change rien à sa vision du monde en continuant à vivre l\u2019idylle à l\u2019intérieur de lui.Cette logique vaut aussi pour Brillante relecture du roman québécois des 150 dernières années, cet essai est à la fois éblouissant et désespérant Bonheur d\u2019occasion (1945), de Gabrielle Roy.Même les romanciers de la Révolution tranquille (Blais, Ducharme, Major, Aquin et, plus tard, Poulin) racontent plus la tranquillité que la révolution, en créant des héros qui se retirent du monde, qui n\u2019arrivent pas à faire l\u2019Histoire.parce qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019Histoire à faire.Brillante relecture du roman québécois des 150 dernières années, cet essai est à la fois éblouissant et désespérant.Notre historiographie, note Daunais, a mis en avant «le récit d\u2019une réparation à réaliser».Notre roman, lui, révèle plutôt qu\u2019«ff n\u2019y a rien à réparer, rien de perdu à retrouver».Ce n\u2019est pas un programme; c\u2019est le sens caché de notre littérature romanesque et, par conséquent, si on accepte d\u2019accorder à cette dernière une puissance de révélation, de notre expérience.Cette vérité explique peut-être la faiblesse du rayonnement international de notre roman, mais elle explique aussi notre indifférence politique à notre sort collectif.Pierre Bourgault avait l\u2019habitude de dire que l\u2019indépendance n\u2019était pas une récompense pour les peuples parfaits, mais un passage obligé pour devenir un peuple comme les autres, c\u2019est-à-dire non idyllique.Il réclamait le courage de l\u2019aventure.Les Québécois, semble-t-il, même ceux qui ne lisent jamais de romans, préfèrent l\u2019idylle.louisco@sympatico.ca LE ROMAN SANS AVENTURE Isabelle Daunais Boréal Montréal, 2015, 224 pages La guerre d\u2019Espagne des Canadiens Michael Petrou relate leur combat \u2014 sans l\u2019aval d\u2019Ottawa \u2014 contre la rébellion franquiste MICHEL LAPIERRE En 1936, en Espagne, au nom du conservatisme, des fascistes dirigés par Eranco prennent les armes contre un gouvernement républicain démocratiquement élu et orienté à gauche.Ni la Erance, ni les Etats-Unis, ni la Grande-Bretagne, ni le Canada n\u2019empêchent ce coup de force contre un Etat de droit.Renégats, de Michael Petrou, relate que près de 1700 Canadiens, défiant la politique étrangère de leur pays, partent se battre en Espagne pour la liberté.Des écrivains (l\u2019Espagnol Garcia Lorca, les Erançais Malraux et Bernanos, le Britannique Orwell, l\u2019Américain Hemingway) associèrent à leur mémoire cette capitale guerre d\u2019Espagne, prélude à la Deuxième Guerre mondiale, mise à nu de l\u2019hypocrisie des démocraties occidentales et laboratoire des totalitarismes autant de droite que de gauche.Correspondant étranger de Maclean\u2019s, docteur en histoire d\u2019Oxford, Petrou a saisi avec acuité que des Canadiens avaient plongé alors dans le maelstrom politique du XX® siècle.Il se garde d\u2019idéaliser toutefois ces volontaires, dont l\u2019âge moyen était de 32 ans et qui, d\u2019après lui, manquaient de formation scolaire ou professionnelle pour «leur permettre d\u2019échapper aux pires effets de la Grande Dépression » au Canada.Il note que 78% d\u2019entre eux étaient nés à l\u2019étranger, notamment en Ukraine, en Grande-Bretagne, en Hongrie et en Pinlande.Parmi les natifs du Canada, il dénombre 56 Canadiens français, même si, au Québec, la majorité bien-pensante s\u2019indignait de l\u2019anticléricalisme que la propagande de droite imputait indistinctement à l\u2019ensemble des républicains espagnols.Près de 76% des volontaires canadiens étaient officiellement communistes, bien que la plupart de ces gens simples n\u2019adoptaient pas une attitude doctrinaire.Les autres étaient socialistes, parfois libéraux.Innovateur, Petrou s\u2019appuie en particulier sur les archives moscovites de l\u2019Internationale communiste, devenues récemment accessibles.Il montre ainsi que nombre de volontaires canadiens, rassemblés dans le bataillon Mackenzie-Papineau, furent allergiques à l\u2019esprit stalinien.«Mal entraînés, mal armés et bien trop souvent envoyés au combat dans des attaques suicides par des militaires incompétents, ils furent nombreux à déserter ou à demander à être rapatriés», explique-t-il.Ce désarroi annonçait la victoire de Eranco, avec l\u2019aide de Hitler, sur les républicains espagnols et leurs alliés de divers pays.Petrou souligne qu\u2019Ottawa refusa en 1970, sous Trudeau, a La pauvreté subie au Canada n^atténua guère leur colère, L\u2019Espagne apparut à ces hommes comme une occasion de revenir aux conflits passés, )) Extrait de Renégats la création officielle d\u2019une association d\u2019anciens combattants canadiens en Espagne pour ne pas indisposer le régime franquiste vieillissant.Cela confirme la grandeur des humbles Canadiens qui défendirent en vain la démocratie, au prix de leur vie pour plus de 400 d\u2019entre eux, alors que les puissances ostensiblement démocratiques restèrent de glace.Collaborateur Le Devoir RENÉGATS Les Canadiens engagés dans LA GUERRE CIVILE ESPAGNOLE Michael Petrou Trad, de l\u2019anglais par Véronique Dassas et Colette St-Hilaire Lux Montréal, 2015, 404 pages L\u2019essai paresseux L\u2019historien Alexandre Adler a écrit ce Califat du sang comme si Wikipédia n\u2019existait pas SERGE TRUEEAUT Depuis longtemps maintenant, l\u2019historien Alexandre Adler propose un nouvel essai chaque année qui passe.Le dernier en date ?Le califat du sang édité par Grasset.Avant d\u2019en décliner les faits et intentions, il faut souligner deux fois plutôt qu\u2019une qu\u2019Ad-1er résume à merveille le parcours de bien de ces intellectuels français ,qui ont passé la soixantaine.A l\u2019instar de ses homologues, il a fait les grandes écoles, il a été membre du Parti communiste pendant une dizaine d\u2019années avant de s\u2019en détacher et d\u2019adopter peu à peu des positions très atlantistes.Ainsi, en 2003, il se fit l\u2019avocat, avec d\u2019autres, de l\u2019invasion de l\u2019Irak par la coalition anglo-américaine.Quoi d\u2019autre ?Il symbolise également ces destins croisés qui distinguent tant l\u2019Europe des autres continents.Si lui est né en Erance, ses parents, tous deux de confession juive, étaient originaires de la Turquie, de l\u2019Allemagne et un peu de la Russie.Ceci explique cela : il est un proeuropéen convaincu.La table ayant été mise, de quoi est-il question dans cette plaquette de 124 pages ?De la « construction » et de la montée en puissance de l\u2019islamisme radical, qui dans sa forme la plus fasciste, qui soit a Daesh ou groupe État islamique pour nom.Bien.Pour dire les choses telles qu\u2019elles sont, et sans brutalité, jusqu\u2019à présent, Adler n\u2019avait jamais fait preuve d\u2019une inclination pour la paresse.C\u2019est AHMAD AL-RUBAYE AGENCE ERANCE-PRESSE Adler manifeste une complaisance coupable à l\u2019endroit d\u2019Ahmed Chalabi, ici entoiué de joueurs de football d\u2019une équipe locale.ALEXANDRE ADLER Le Califat du sang ici le cas.Qui aime fouiner sur Wikipédia en apprendra mille fois plus.Dit tout à fait autrement, Adler a écrit ce Califat du sang comme si Wikipédia n\u2019existait pas.Mais il y a pire.Il manifeste en effet une complaisance coupable à l\u2019endroit d\u2019Ahmed Chalabi.Avant tout, il faut rappeler que ce chiite, opposant à Saddam Hussein, a été l\u2019architecte en chef de ce mensonge qui a pour nom les armes de destruction massive dont Hussein aurait disposé dans des entrepôts répartis ici et là en Irak.En d\u2019autres termes, Chalabi fut le mauvais génie des néoconservateurs américains.Bref, il fut acteur d\u2019une guerre qui a tant bénéficié aux chiites qu\u2019elle a «accouché» du groupe État islamique, un groupe formé exclusivement de sunnites fanatiques.Ainsi, là on peut lire : « Chalabi parvient à unifier deux stratégies apparemment opposées: celle de l\u2019Iran et celle de l\u2019Amérique.» Ici on peut lire : «Puis Chalabi va faire ce qu\u2019il faut pour élargir la faille.Il tente d\u2019abord de sédujre la communauté juive des Etats-Unis, et certains hommes politiques néoconservateurs qui en sont issus.» Bon.Jamais on ne lit que Chalabi fut un charlatan, un menteur.Qu\u2019il fut littéralement un escroc ayant géré son fonds de commerce en feignant.Adler peut.mieux faire ! Le Devoir LE CALIEAT DU SANG Alexandre Adler Grasset Paris, 2014, 126 pages "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.