Le devoir, 13 septembre 2014, Supplément 1
[" I Fondation du Grand Séminaire de Montréai LE DEVOIR LE DEVOIR LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 2014 MICHAEL MONNIER LE DEVOIR Direction Bernard Descôteaux Directeur des publications spéciales Loïc Hamon.Direction artistique Christian Tiffet.Mise en page Ludivine Maggi.Revision Laurie Vanhoorne.Responsable de la production Christian Gouiet.Direction des ventes publicitaires Lise Miiiette Le Devoir, 2050 de Bleury, 9\"etage, Montreal, H3A 3M9 Telephone (514) 985 3333 redaction@ledevoircom SOMMAIRE Une institution toujours vivante\t3 Il y a un gros travail a faire\t4 et 5 Le long chemin vers la prêtrise\t6 L'appel peut survenir dans la mi-temps de la vie\t7 8000 prêtres formes au Grand Séminaire\t8 Les jeunes croyants veulent que l'Eglise soit plus a l'ecoute\t9 Des communautés nouvelles\t10 De moins en moins d'appeles\t11 Léo Villeneuve, grand-papa prêtre\t12 Diacres : clercs et membres de la société civile\t13 Les deux pieds dans le XXI® siecle\t14 Les Chevaliers de Colomb soutiennent la formation des futurs prêtres\t15 GSM ET GRAND SEMINAIRE DE MONTREAL Depuis trente ans, le Grand Séminaire de Montréal qui forme les futurs prêtres de l\u2019Église Catholique, se réjouit de la collaboration que la Fondation lui apporte.Au-delà du support financier, certes appréciable, nous apprécions surtout le témoignage de l\u2019engagement des membres en faveur des vocations presbytérales.Cette conviction, ce partage fraternel nous sont toujours d\u2019un grand secours.Longue vie à la Fondation, et merci encore ! 1840\t3015 LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 2014 Le Grand Séminaire de Montréal Une institution toujours vivante Pour l\u2019archevêque de Montréal, Christian Lépine, la Fondation du Grand Séminaire de Montréal a réussi à maintenir la place du centre de formation sacerdotale dans l\u2019actualité québécoise.Entrevue.MARIE LAMBERT-CHAN En 2015, le Grand Séminaire de Montréal célébrera ses 175 ans.Malgré le temps qui passe et la désaffectation des églises québécoises, « Vinstitution demeure vivante et active dans VEglise et dans la société », estime Farchevêque de Montréal, Christian Lépine.Si l\u2019établissement a su maintenir sa place dans le patrimoine social, historique et ecclésial de la province, c\u2019est notamment grâce au travail de la Fondation du Grand Séminaire de Montréal.« Depuis 30 ans, l'équipe travaille sans relâche à faire connaître l'importance de la formation des prêtres », affirme celui qui est président d\u2019honneur du conseil d\u2019administration de l\u2019organisme.L\u2019archevêque de Montréal rappelle l\u2019unique mission de la fondation : soutenir financièrement et spirituellement la formation des séminaristes.Bon an mal an, elle remet un chèque d\u2019environ 300 000 $ au Grand Séminaire, qui en dispose à sa discrétion.«Nos donateurs sont des particuliers pour qui la foi est importante et qui souhaitent témoigner leur reconnaissance envers l'Eglise, re-marque-t-il.La plupart sont catholiques, mais il arrive que certains donateurs soient issus d'autres confessions religieuses.Cela ne les empêche pas de contribuer à leur manière à la formation sacerdotale des prêtres sulpiciens.» De la messe au compte YouTube Christian Lépine ne s\u2019en cache pas : la Fondation du Grand Séminaire, comme n\u2019importe quel organisme caritatif, aimerait voir ses dons augmenter afin de toujours mieux aider les aspirants prêtres.Mais, ajoute-t-il, la fondation ne sollicite pas les donateurs au premier abord.« Nous cherchons avant tout à faire la promotion de notre cause par toutes sortes de moyens et d'événements.Nous souhaitons que les gens découvrent la richesse du Grand Séminaire, comme bâtiment et comme institution, ainsi que nos séminaristes.Certains pensent que la vocation sacerdotale n'intéresse plus personne.Or, nous voulons démontrer qu'il existe encore et toujours des hommes appelés à se consacrer totalement à Jésus Christ.» Pour susciter l\u2019intérêt du public, la Fondation organise entre autres des visites du séminaire, des conférences, des événements de prière et un brunch-bénéfice annuel, en plus d\u2019inviter les gens à assister à des messes liées aux étapes de formation des séminaristes \u2014 à savoir le rite d\u2019admission, le lectorat, l\u2019acolytat, le diaconat et le presbytérat.« Que des gens démontrent un intérêt pour notre cause est déjà beaucoup pour nous », signale l\u2019archevêque, lui-même diplômé du Grand Séminaire.La Fondation soigne aussi ses communications.«L'équipe table sur des outils simples, mais très efficaces, à commencer par des dépliants, mais aussi sur un nouveau site Web, une page Eacebook et un compte YouTube.En comptant à la fois sur les moyens de communication traditionnels et les réseaux sociaux, nous nous assurons de rejoindre le plus large public possible », explique M.Lépine avec un sourire en coin, lui qui se dit « sensible » au Web 2.0 bien qu\u2019il ne soit «pas né là-dedans ».Cependant, la Fondation ne peut à elle seule subvenir aux besoins du Grand Séminaire.«Ily a une synergie à nourrir entre les actions de la Eondation et celles du séminaire, du diocèse de Montréal, des paroisses et de l'œuvre des vocations \u2014 un service présent dans chaque diocèse et qui apporte une aide financière aux sémi- JACQUES NADEAU LE DEVOIR L\u2019archevêque de Montréal, Christian Lépine, souhaiterait une augmentation des dons pour pouvoir aider au mieux les personnes qui aspirent à la prêtrise.naristes sur une base individuelle», observe Christian Lépine, qui a occupé la fonction de directeur au Grand Séminaire de 2000 à 2006.L\u2019influence du pape François Pourquoi, en 2014, la formation des prêtres demeure-t-elle une cause à soutenir ?« Le temps passé au séminaire permet à ces hommes d'apprendre à rencontrer Dieu, ce qui les aide ensuite à rencontrer les autres en les voyant tous comme des êtres aimés de Dieu, répond M.Lépine.C'est ainsi, dans la pastorale, qu'ils en viennent à savoir comment être présents pour les autres, comment les écouter et leur communiquer l'amour de Dieu.» A ce sujet, l\u2019archevêque de Montréal est persuadé que le pape François sera une source d\u2019inspiration pour les futurs prêtres \u2014 et pourrait même susciter un engouement pour la vocation sacerdotale.«L'année dernière, aux Journées mondiales de la jeunesse, à Rio, le pape nous a appelés à construire une \u2019\u2019civilisation de la rencontre\u201d, rappelle-t-il.J'ai trouvé cela génial.Ce sont des paroles à la fois si profondes et si simples, car on ne sait plus comment mettre la rencontre dans nos vies qui se déroulent si vite.Pourtant, c'est dans la rencontre qu'on apprend à aller au-delà de nos limites personnelles pour faire confiance à l'autre et constater à quel point il y a une capacité pour le vrai, le beau, le noble et le généreux en chacun de nous.Ça nous renvoie à l'amour, chose impossible sans la rencontre.C'est un fil conducteur très puissant pour nous, les prêtres, mais également pour tout être humain.» Collaboratrice Le Devoir LE DETdlE, LES SAMEDI IS ET DIMANCHE 14 SEPTEMBHE 2(114 Promotion vocationnelle y a un gros travail à faire selon Gaétan Proulx M°'Gaétan Proulx est évêque auxiliaire, vicaire général et modérateur de la curie pour le diocèse de Québec.Très impliqué au niveau de la promotion vocationnelle, il constate que dans le contexte de laïcité actuel, l\u2019Église doit absolument trouver de nouveaux mécanismes pour retrouver les jeunes, mais aussi pour ottrir les bases nécessaires aux aspirants séminaristes d\u2019aujourd\u2019hui.Et le travail est bel et bien commencé.BENOIT ROSE Le clergé catholique se rend bien compte qu\u2019il se retrouve face à une baisse inquiétante de candidats à la prêtrise au Québec.« On n\u2019a peut-être pas assez mis de ressources sur le terrain pour faire la promotion du presbytérat », d\u2019avouer avec franchise Proulx, de son bureau de la vieille capitale.Le temps semble être venu d\u2019y remédier.«Ily a une association des directeurs des vocations qui existe au niveau du Québec.On se rencontre, on essaie de voir les dynamiques qu\u2019on pourrait prendre pour contacter les jeunes, pour les inviter à cheminer sur le plan vocationnel, et à envisager le ministère presbytérat.» Des prêtres sont choisis localement par les diocèses pour être responsables des vocations presbytérales, souligne-t-il.« Ici, au diocèse de Québec, on vient de nommer un prêtre à plein temps pour faire la promotion vocationnelle, pour être présent dans les paroisses, pour aller rencontrer les équipes pastorales, pour essayer de discerner avec les jeunes leurs possibilités de cheminer en vue de la prêtrise.» Devant la fragilité de la situation, on cherche à se rapprocher davantage d\u2019une relève potentielle, là où elle se trouve.Perte de formation chrétienne La disparition récente des cours de catéchèse dans les écoles est évidemment venue couper un pont traditionnel entre l\u2019Eglise et la population.« Autrefois, tout se passait à l\u2019école, sur le plan catéchétique, avec la préparation aux sacrements.On avait aussi un accès aux jeunes par la famille : les jeunes fréquentaient l\u2019église parce que leurs parents y venaient.Dans le contexte de laïcité d\u2019aujourd\u2019hui, cela ne se fait pas automatiquement, et les jeunes ne sont plus formés chrétiennement à l\u2019école comme autrefois », de souligner Proulx.Ce qui pose un problème supplémentaire à l\u2019Église locale : il y a déjà assez peu de candidats intéressés par la prêtrise aujourd\u2019hui, voilà que ceux qui se montrent désireux d\u2019y cheminer sont généralement mal outillés.«Ils ont besoin d\u2019un accompagnement préliminaire à l\u2019entrée au Grand Séminaire.C\u2019est un constat que nous faisons actuellement », de partager Proulx.On cherche donc désormais à mettre en place une structure permettant aux aspirants séminaristes de vivre une année préparatoire, voire deux, question d\u2019approfondir la Foi.Profil des séminaristes d\u2019aujourd\u2019hui Qui donc aujourd\u2019hui veut faire son entrée au Grand Séminaire de Montréal ou de Québec, pour ensuite devenir prêtre en paroisse ?Ce sont souvent des gens qui viennent des mouvements jeunesse comme il en existe au sein de l\u2019Église, de répondre Proulx.« Mais souvent, ils proviennent du milieu du travail, aussi.J\u2019en ai rencontré cet été : des adultes qui ont vécu une profession \u2014 des enseignants, par exemple \u2014 et qui tout à coup songent à devenir prêtres.Ils se présentent au Grand Séminaire pour être reçus, pour cheminer.On en a de plus en plus dans les grands séminaires.» L\u2019homme est d\u2019avis que le pape François suscite un enthousiasme réel chez une partie de la population.« Donc on essaie de recréer des événements d\u2019église, justement pour faire en sorte que l\u2019on retrouve les jeunes, que l\u2019on établisse une certaine proximité.Le pape nous de- L PIERRE OLIGNY Selon Proulx, les candidats intéressés par la prêtrise sont mal outillés et nécessitent un accompagnement avant leur entrée au séminaire.mande d\u2019être proches des réalités humaines, des familles.D\u2019ailleurs, il insiste beaucoup sur la formation des futurs prêtres.» Ceux-ci doivent réellement être prêts à se faire « disciples missionnaires », une expression et une dimension chères au souverain pontife.« Nous sommes dans une dynamique missionnaire.Il faut refaire les bases de l\u2019évangélisation », de souligner Proulx.«Aussi, les séminaristes sont appelés à être plus dans le monde, à s\u2019impliquer davantage sur un plan pastoral, ce qui autrefois n\u2019existait pas beaucoup.Maintenant, ils font des expériences en paroisse.Dans notre diocèse, on leur demande de faire deux ans de stage avant de recevoir les premières ordinations [.].C\u2019est toute une manière différente de les former.» Un clergé qui se diversifie De son côté, l\u2019immigration catholique apporte ici son lot de diversité entre les murs des grands séminaires et des presbjùères, un apport non négligeable LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 2014 pour une Église québécoise en manque de sang neuf.Ces nouveaux visages proviennent souvent de pays du Sud où la Foi est très vivante.Bien que plus fort à Montréal, ce phénomène existe aussi à Québec.« Ça se répercute dans le clergé, dans sa manière d\u2019être présent au monde et de vivre le ministère en église.Ça change le paysage, et on atteint d\u2019autres couches de population par le fait même », de confier le vicaire général.Des dynamiques se mettent donc en place au Québec pour favoriser l\u2019accueil de séminaristes étrangers qui, par la suite, exerceront leur ministère ici.Alors qu\u2019en Colombie et ailleurs en Amérique du Sud, des Grands Séminaires débordent littéralement de futurs prêtres catholiques, le clergé québécois semble bien prêt à en accueillir quelques-uns pour l\u2019aider à relancer sa mission.Collaborateur \\ J niwirim £ ///in I ü CHRISTOPHE GUILLET Le DeVOtV Construite en 1864, la chapelle du Grand Séminaire de Montréal fut rénovée et agrandie entre 1904 et 1907.Le décor intérieur est de style Beaux-Arts.« Je VOUS donnerai des pasteurs selon mon cœur.» (Jr3,15) En ce 30e anniversaire, je remercie vivement toutes les personnes qui, par leur prière et leurs dons, contribuent généreusement à former les pasteurs que Jésus veut donner à son Peuple.tChristian Lépine Archevêque de Montréal www.diocesemontreal.org LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 2014 Le long chemin vers la prêtrise « Former un prêtre prend du temps : ce n\u2019est pas un métier, c\u2019est une vocation », rap-peiie ie recteur du Grand Séminaire de Montréai, Jarosiaw Kautmann.MARIE LAMBERT-CHAN Le 22 août dernier, cinq aspirants prêtres ont fait leur entrée au Grand Séminaire de Montréal.Ils s\u2019engagent ainsi dans un long parcours de sept années.Avoir la foi ne s\u2019apprend pas du jour au lendemain.« Devenir prêtre exige une transformation profonde », souligne Jarosiaw Kaufmann, recteur de l\u2019établissement fondé en 1840 par la Compagnie des Prêtres de Saint-Sulpice.Tôt dans leur formation, les séminaristes découvrent que s\u2019ils ont d\u2019abord fait le chok personnel de se destiner à la prêtrise, au bout du compte, ils ne le seront pas pour eux-mêmes, mais bien pour les autres.« Cela demande beaucoup d\u2019humilité, d\u2019abnégation, de maturité et de sensibilité, poursuit M.Kaufmann.Nos étudiants doivent aussi apprendre comment aider leurs ouailles non pas à la manière d\u2019un gourou qui décide à leur place, mais plutôt comme un accompagnateur.Voilà pourquoi former un prêtre prend du temps : ce n\u2019est pas un métier, c\u2019est une vocation.» Une telle conversion n\u2019est pas faite pour tout le monde : un séminariste sur deux ne terminera pas ses études.C\u2019est beaucoup quand on sait qu\u2019ils sont actuellement à peine 25 inscrits au Grand Séminaire \u2014 alors qu\u2019ils étaient environ 300 à la fin des années 1950.Plusieurs raisons expliquent ces abandons.Certains réalisent qu\u2019ils supportent mal le célibat.D\u2019autres sont incapables de parler fréquemment en public.D\u2019autres encore se sentent trop impuissants devant la misère humaine.11 y a aussi des séminaristes pour qui cette formation est tout simplement trop ardue.Pour éviter ces situations, un premier tri est fait lors de l\u2019admission.Avant de s\u2019inscrire au Grand Séminaire, un candi- MICHAEL MONNIER LE DEVOIR tLe recteur du Grand Séminaire, Jarosiaw Kaufmann, estime que la Fondation du Grand Séminaire de Montréal est un soutien essentiel pour les séminaristes, car il paie leurs frais de scolarité.dat doit contacter un responsable de vocation \u2014 un prêtre ou un laïc \u2014 dans son diocèse.11 le rencontrera à maintes reprises pour s\u2019assurer qu\u2019il a bien reçu l\u2019appel de Dieu.Le processus s\u2019échelonne sur des mois, parfois même une année.Ce n\u2019est qu\u2019au terme de cette réflexion que le candidat communique son intérêt à l\u2019évêque de son diocèse.Par la suite, il subira un examen psychologique et sera interviewé par un comité d\u2019admission du Grand Séminaire qui fera ses recommandations à l\u2019évêque.C\u2019est lui qui prendra l\u2019ultime décision.Trois diplômes, un stage et plusieurs heures de prière Les futurs prêtres commencent leur parcours par une année de propédeu-tique.« C\u2019est une période où les candidats sont davantage encadrés pour bien s\u2019intégrer à notre communauté, explique M.Kaufmann.Bien qu\u2019ils ne soient pas cloîtrés, ils ont un horaire précis à respecter.Par exemple, en semaine, on se rencontre à 6h 45 à la chapelle pour prier.Le soir venu, après le souper, on les invite à garder le silence et à se recueillir.Pendant cette première année, nous introduisons les séminaristes aux nombreuses façons de prier, de pratiquer l\u2019oraison, de se familiariser avec les Saintes Ecritures, etc.» Au cours de la propédeutique, les séminaristes sont initiés à l\u2019histoire et à la culture québécoises, de même qu\u2019à l\u2019évolution du catholicisme au sein de la province.11 faut savoir que ces hommes n\u2019ont pas tous la même connaissance de la société dans laquelle ils sont appelés à oeuvrer.Ils sont âgés de 19 à 50 ans et la moitié d\u2019entre eux sont nés à l\u2019étranger.Pour être ordonnés prêtres, les séminaristes doivent décrocher deux baccalauréats, l\u2019un en philosophie et l\u2019autre en théologie, ainsi qu\u2019une maîtrise en théologie pastorale.Tous les corus sont donnés à l\u2019Institut de formation théologique de Montréal.« La philosophie nous apporte une argumentation logique tandis que la théologie nous prépare à l\u2019argumentation spirituelle, remarque Jarosiaw Kaufmann.Grâce à cette dernière, nous avons le vocabulaire nécessaire pour répondre à des questions comme \"Dieu existe-t-il ?\" et \"Comment prie-t-on ?\".La théologie nous ouvre aussi le cœur et nous donne les mots ainsi que les temples nécessaires pour accueillir, consoler et encourager les gens.» La formation des séminaristes se fait aussi sur le terrain.Ils commencent d\u2019abord par aider les pauvres et veiller les malades.Après leur première année de théologie, ils vivent « l\u2019année pastorale », où ils apprivoisent le fonctionnement d\u2019une paroisse.Ils y reviennent pour un stage d\u2019une année après avoir complété leru deuxième baccalaruéat, à la suite de quoi ils deviennent diacres.S\u2019ensuivent la maîtrise \u2014 une étape non obligatoire, mais fortement encouragée \u2014 et, enfin, l\u2019ordination presbjûérale, qui en fait officiellement des prêtres de Saint-Sulpice.Soutien financier essentiel Les séminaristes peuvent tous compter sur la Fondation du Grand Séminaire de Montréal pour payer leurs frais de scolarité, un «soutien essentiel », estime le recteur Kaufmann.Les futurs prêtres subviennent à leurs besoins personnels en amassant environ 4000 $ chaque été grâce à des emplois dans le domaine pastoral.« Ils travaillent auprès des sans-abri, célèbrent des funérailles au cimetière Côte-des-Neiges ou encore accueillent les visiteurs au Grand Séminaire », donne-t-il en exemple.Collaboratrice Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 2014 L\u2019appel peut survenir dans la mi-temps de la vie Rien ne destinait Denis Desauteis à étudier pour devenir prêtre.Ceiui qui a grandi dans une tamiiie non-pratiquante a été tormé en sciences pures, avant de travaiiier dans te domaine du graphisme industriet.tt a eu t\u2019éveit de ta toi torsque sa carrière en pubti-cité était bien amorcée.VICKY FRAGASSO-MARQUIS Desautels, comme beaucoup de Québécois, n\u2019éprouvait aucun ¦\tintérêt pour l\u2019Eglise ca- tholique jusqu\u2019à il y a quelques années.« L\u2019Eglise, ce n\u2019était pas vraiment au programme.Je n\u2019étais pas du tout dans ce cheminement-là », a relaté l\u2019homme de 48 ans, en entrevue dans un bureau du Grand Séminaire de Montréal, où les prêtres sont formés.MICHAEL MONNIER LE DEVOIR Pour Denis Desautels, il n\u2019existe pas de contradiction entre sa foi et la science.« Si moi je l\u2019ai fait, sans avoir de formation rigoureuse [.], tout le monde peut le faire », a-t-il ajouté de sa vok douce.Dans son « ancienne vie », il se posait beaucoup de questions fondamentales sur la vie, et c\u2019est sa croyance en Jésus qui lui a permis d\u2019y répondre en partie.Ce qui ne l\u2019empêche pas de douter et de réfléchir constamment, comme il le faisait auparavant.« Je n\u2019ai pas changé parce que je suis entré ici.J\u2019avais un certain bagage », a-t-il souligné.Le scientifique de formation ne voit pas de contradiction entre sa foi et la science.« La science, c\u2019est la raison ; la religion, ça repose sur la spiritualité, c\u2019est une autre dimension de l\u2019être.Ce n\u2019est pas en conflit, mais on ne peut pas expliquer l\u2019un par l\u2019autre », a-t-il expliqué.Lorsqu\u2019il a choisi de devenir prêtre, M.Desautels a dû se prêter au long processus d\u2019admission du Grand Séminaire, qui dure souvent près d\u2019un an.Après avoir été admis, le futur prêtre devra terminer, en tout, sept années d\u2019études au séminaire.Hormis la théorie, les étudiants suivront aussi une formation spiri- tuelle et pastorale, qui n\u2019a rien à voir avec les baccalauréats universitaires traditionnels.« Quand on devient prêtre, on a une responsabilité.On est un modèle, on est un homme public [.], il faut qu\u2019on ait aussi une connaissance de l\u2019être humain », a justifié M.Desautels.La plupart des 25 séminaristes inscrits actuellement vivent ensemble dans le séminaire.Ils se côtoient chaque jour, mangent ensemble, «comme dans une famille», selon M.Desautels.« Ce n\u2019est pas toujours facile, parce qu\u2019on vient d\u2019un peu partout.Par contre, c\u2019est très formateur.En paroisse, c\u2019est ça.Il y a toutes sortes de gens », a expliqué le séminariste, qui commence sa troisième année d\u2019étude.Collaboratrice Le Devoir SEMINARISTES ET FIER DE L\u2019ÊTRE Nous soutenons 10 972 séminaristes à travers le monde Aide à l\u2019Église en Détresse C.P.670, Suce.H Montréal, Qc, H3G 2M6 Tél : (514) 932-0552 Sans frais: 1-800-585-6333 Courriel : info@acn-aed-ca.org Ils ont besoin de votre aide pour poursuivre leurs études.Trouvez-nous sur Facebook sous : www.facebook.com/AideEglise On dit que la foi soulève les montagnes.Elle peut aussi soulever la fierté.Gestion de portefeuille Triasima, créatrice de l\u2019Approche des trois piliers^^, est fière de souligner les 30 ans de la Fondation du Grand Séminaire de Montréal.Gar dans le domaine de la foi comme dans celui de l\u2019investissement, l\u2019important est de pouvoir construire sur de bonnes fondations.THIASII'IA La gestion de portefeuille à la puissance 3 triasima.com LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 2014 8000 prêtres formés au Grand Séminaire Célébrant ses 30 ans d\u2019existence, la Fondation du Grand Séminaire de Montréal a été créée spécitiquement pour répondre aux besoins tinanciers du Grand Séminaire de Montréal et pour en assurer la pérennité.Depuis 1840, près de 8000 prêtres ont été tormés par l\u2019école, dont l\u2019abbé Gravel, le cardinal Ouellet et le cardinal Turcotte.En 2012, la Fondation a engagé un nouveau directeur général, Sébastien Froidevaux, qui se démarque par son engagement dans la communauté et sa jeunesse.JACINTHE LEBLANC Parmi les donateurs à la Fondation du Grand Séminaire de Montréal, on retrouve des communautés religieuses, des prêtres et des laïcs, soit des gens «pas très croyants », mais pour qui l\u2019image du prêtre est importante.Il y a aussi la possibilité de faire des dons in memoriam à la mémoire de personnes décédées.« Une messe 1.] est dite tous les jeudis pour les défunts.Et le dernier week-end d\u2019octobre, on invite lies gens] à une messe commémorative, un peu comme cela se fait dans les paroisses là la] mémoire de tous les défunts », explique M.Froidevaux.Une autre façon de donner est de participer au brunch-bénéfice annuel qui a lieu en septembre.De plus, dans le cadre des célébrations entourant leur 30® anniversaire, la Fondation organise le 26 septembre une messe à la basilique-cathédrale Marie-Reine-du-Monde.Outre celui de recueillir de l\u2019argent par des dons, la Fondation a un devoir de représentation auprès de différents groupes et diocèses où elle fait connaître le séminaire.Un autre rôle de premier plan est de « créer une communauté de prière pour les vocations et pour soutenir le Grand Séminaire, explique le jeune directeur général.Il y a le côté financier, mais il y a aussi le côté spirituel qui est important ».Suisse d\u2019origine, Sébastien Froidevaux soutient qu\u2019un de ses atouts majeurs est sa jeunesse.Les gens qui le rencontrent pour la première fois en sont d\u2019ailleurs toujours étonnés.« C\u2019est une nouvelle dynamique let] c\u2019est ce que le conseil td\u2019administration] a voulu faire », souligne-t-il.Il y trouve donc des avantages, comme celui d\u2019entrer en relation plus facilement avec les jeunes.De plus, M.Froidevaux n\u2019est pas de la génération qui a connu le passé plus sombre de l\u2019Église, bien que ce passé ne puisse être nié, reconnaît-il.« Le pape François a encore demandé pardon à tous ces gens qui ont été victimes des actes pédophiles ou d\u2019autres actes d\u2019autorité de l\u2019église.C\u2019était une époque, rappelle-t-il.On regrette ce qui s\u2019est passé.C\u2019est sûr que tma] génération n\u2019a pas connu ça du tout.Il faut être conscient du passé, mais que les gens laissent aussi montrer [.] comment la nouvelle génération voit la foi catholique 1.] C\u2019est dans des choses simples de la vie qu\u2019on peut essayer de se redonner juste une place dans la société », précise le trentenaire, dont la vision du catholicisme au Québec est plutôt optimiste.Redécouvrir la foi «Avant, raconte Sébastien Froidevaux, c\u2019était une obligation d\u2019aller à l\u2019église [.] Il y a eu deux ou trois générations qui n\u2019ont plus rien voulu savoir de l\u2019Eglise.Maintenant, il y a des gens qui redécouvrent la foi, qui redécouvrent lia prière] ».Mais c\u2019est plus que de la redécouverte, c\u2019est également un réapprentissage pour ces générations que « de montrer ce qui se passe dans l\u2019Eglise catholique.De montrer qu\u2019effec-tivement, il y a moins de monde let] moins d\u2019argent », mais que la foi catholique se vit différemment.Et selon le jeune directeur général.il GRAND SÉMINAIRE DKJVIOISTOEAL 4k V.\u2019 MICHAEL MONNIER LE DEVOIR Il est donc possible de visiter le Grand Séminaire de Montréal et d\u2019y rencontrer, entre autres, les séminaristes.« Les portes sont ouvertes de 8 h le matin à 18 h », rappelle Sébastien Froidevaux.Même par curiosité, « cela nous fera plaisir de vous accueillir et de vous faire connaître le lieu ».pour les jeunes, cela passe par « l\u2019entraide envers les gens qui sont dans la rue, envers les gens handicapés » et des valeurs comme l\u2019entraide, la solidarité et le partage semblent refaire surface.Il reste donc positif.« Le catholicisme a eu une grande baisse, c\u2019est vrai, mais je pense que petit à petit 1.], on aura une communauté de foi bien vivante et priante tqui donne] exemple pour la société et certaines communautés.» M.Froidevaux poursuit : « Je pense que c\u2019est ça, l\u2019Eglise dans notre monde aujourd\u2019hui.C\u2019est ça son rôle.» Qui sont les séminaristes ?Fondée «par des membres de l\u2019Association des Anciens du Grand Séminaire de Montréal et certains laïcs », la fréquentation du Grand Séminaire a diminué avec les années, note Sébastien Froidevaux.Cette année, ce sont 24 séminaristes, dont cinq nouveaux, provenant de sept diocèses différents qui fréquentent l\u2019école.Leur formation prend en tout sept années.Les séminaristes qui viennent étudier à Montréal proviennent de différentes régions, comme Joliette, Sherbrooke, Valleyfield et Ottawa.Pour les diocèses situés dans les régions plus à l\u2019est, les candidats sont envoyés au Grand Séminaire de Québec.Ce sont les deux seuls endroits où ils peuvent suivre une formation pour devenir prêtres.Et seuls des hommes peuvent suivre cette formation.M.Froidevaux ne pense pas que cela va changer prochainement puisque ces décisions relèvent du Vatican.La Fondation du Grand Séminaire de Montréal se déplace parfois en région afin de soutenir les séminaristes dans leur communauté.Cela lui permet de créer « des contacts avec des gens qui deviennent ensuite parfois des donateurs, qui nous demandent de prier pour les vocations ou qui nous demandent des prières ».Collaboratrice Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI U ET DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 2014 Les jeunes croyants veulent que l\u2019Église soit plus à l\u2019écoute Il est faux d\u2019affirmer que les jeunes Québécois sont désabusés de l\u2019Eglise catholique, selon Isabel Correa, directrice de la Mission Jeunesse du Diocèse de Montréal.Même s\u2019ils veulent que les institutions religieuses soient davantage à leur écoute, ils ont encore la foi, avance-t-elle.y VICKY FRAGASSO-MARQUIS J e ne trouve pas chez AA\tm les jeunes une aller- V V ^\t% gie à VÉglise », a es- timé Correa, jointe par téléphone.Ils voudraient toutefois que leurs institutions soient plus adaptées à la réalité actuelle.« Ils comprennent que l\u2019Église doit se transformer de l\u2019intérieur Ils doivent mettre la main à la pâte et participer au changement.C\u2019est comme quand on veut changer de gouvernement », a-t-elle souligné.La Mission jeunesse organise plusieurs activités durant l\u2019année pour des jeunes de 13 à 35 ans pour qu\u2019ils puissent «vivre et développer leur foi».Des concerts, des conférences, et des soirées de prière, notamment, sont offerts à tous les jeunes qui voudraient y participer.Entrer dans l\u2019univers des jeunes La Mission jeunesse tente de rejoindre les adolescents et les jeunes adultes en leur parlant de leur foi, tout en abordant par la bande des enjeux comme l\u2019environnement et la justice sociale.« Il y en a pour tous les goûts », s\u2019est réjouie M\u201c\" Correa.L\u2019organisme essaie aussi d\u2019attirer les jeunes adultes en se taillant une place sur les réseaux sociaux.Une page Fa-cebook et un compte Twitter sont régulièrement alimentés pour publiciser les prochains événements, mais aussi pour partager des photos et des prières.« De nos jours, si on n\u2019est pas sur les médias sociaux, on n\u2019existe pas », a résumé M\u201c\" Correa.Mission jeunesse peut aussi compter sur plusieurs intervenants, dans les paroisses et les groupes locaux, pour interpeller les jeunes.Bien entendu, les adolescents plus jeunes sont souvent accompagnés de leurs parents, mais M\u201c\" Correa affirme que certains d\u2019entre eux se présentent seuls aux activités, parce qu\u2019ils choisissent eux-mêmes d\u2019y être.Les Journées mondiales de la jeunesse Le point culminant de ces activités est certainement les Journées mondiales de la jeunesse ÜMJ), qui se tiennent dans une ville étrangère tous les deux ou trois ans.Les dernières se sont tenues à Rio de Janeiro, au Brésil, en 2013.VINCENT LO Mission jeunesse a permis à certains jeunes de se rendre aux Journées mondiales de la jeunesse qui ont eu lieu l\u2019année dernière à Rio de Janeiro au Brésil.Les JMJ permettent à des milliers de jeunes catholiques du monde entier de se réunir dans un même lieu.A Rio de Janeiro, environ 1000 Canadiens, dont 200 Québécois, avaient participé à l\u2019événement.Selon M\u201c® Correa, elles sont importantes pour que les jeunes Québécois puissent exprimer leur fierté d\u2019être croyants.«Au Québec, on vit notre foi de façon très personnelle et privée.On ne se sent pas trop à l\u2019aise d\u2019exprimer qu\u2019on est croyant [.] Mais aux JMJ, on se rend compte qu\u2019on n\u2019est plus une minorité, on est une majorité.C\u2019est comme une explosion de joie pour les jeunes qui y vont », estime la directrice de la Mission jeunesse.Les prochaines JMJ seront à Craco-vie, en 2015.D\u2019ailleurs, des Journées mondiales de la jeunesse sont tenues chaque année localement, lors du dimanche des Rameaux, avant Pâques.Collaboratrice Le Devoir CONGRÉGATION DE NOTRE-DAME Éducation libératrice Liberating Education Educaciôn liberadora Félicitations, et merci ! pour ces 30 années de soutien à la formation des prêtres.«Il est vrai que tout ce que j'ai toujours le plus désiré, et que je souhaite encore le plus ardemment, c'est que le grand précepte de l'amour de Dieu par dessus toutes choses et du prochain comme soi même soit gravé dans tous les cœurs» Écrits de Mère Bourgeoys, p.268 www.cnd-m.org 10 LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 2014 Vocation religieuse et vitalité ecclésiastique au Québec Des communautés nouvelles EMILIE CORRIVEAU La vie consacrée n\u2019a semble-t-il plus la cote au Canada.Or, s\u2019il est vrai que le pays ne compte aujourd\u2019hui qu\u2019un peu plus d\u2019une centaine de religieux en formation initiale, les signes vitaux de la vitalité ecclésiastique sont pourtant bien présents, et ce, particulièrement au Québec.Pour comprendre la réalité québécoise, il faut d\u2019abord savoir que de toutes les provinces canadiennes, le Québec est celle qui compte le plus de religieux.D\u2019après les plus récentes données disponibles, des quelque 16 000 membres des congrégations établies au Canada, 68 % vivent au Québec.Toutefois, la plupart des religieux et religieuses d\u2019aujourd\u2019hui sont âgés.50 % ont plus de 80 ans, 44 % sont âgés de 60 à 80 ans, 5 % de 40 à 60 ans et 1 % ont moins de 40 ans.Si, devant ces chiffres, la pérennité des communautés religieuses peut sembler bien fragile, pour plusieurs, ces statistiques ne donnent pas un portrait juste de la vitalité ecclésiastique québécoise, car elles ne tiennent pas compte des nouvelles formes de vie consacrée.D\u2019hier à aujourd\u2019hui C\u2019est ce que croit sœur Lorraine Caza, membre de la congrégation de Notre-Dame depuis 1956.Lorsqu\u2019elle a eu l\u2019appel de la vocation, elle n\u2019avait que six ans.En pleine première communion, elle a senti que c\u2019était à Dieu qu\u2019elle devait consacrer sa vie.Elle est passée au travers de l\u2019enfance et de l\u2019adolescence sans jamais changer d\u2019avis, si bien qu\u2019à 20 ans, elle a prononcé ses vœux.D\u2019après les rares enquêtes fournissant des données sur la pratique religieuse, à l\u2019époque où sœur Caza s\u2019est jointe à sa congrégation, on notait déjà un important fléchissement du nombre de vocations, bien que faire le choix de ROBERTO ROSSI C\u2019est à l\u2019âge de six ans que la sœur Lorraine Caza a eu l\u2019appel de la vocation.la vie consacrée fût toujours socialement attesté.En chiffres absolus, dès la fin des années 1950, les ordinations plafonnaient, et le nombre d\u2019entrées en communauté, qui aurait dû croître au tournant des années 1960 dû au baby-boom de l\u2019après-guerre, n\u2019augmentait pas en proportion.Mais la situation était beaucoup moins tangible qu\u2019aujourd\u2019hui.« Je me souviens d\u2019avoir prié pour les vocations et de m\u2019être demandé pourquoi on me sommait de le faire, parce que j\u2019avais l\u2019impression que ça rentrait plein les portes ! Mais je me souviens aussi de m\u2019être dit quelques années plus tard qu\u2019il y avait de moins en moins de nouveaux visages », raconte sœur Caza.Aujourd\u2019hui, il arrive assez rarement que des jeunes femmes se joignent à la congrégation de Notre-Dame.Aux yeux de sœur Caza, il y a certes là quelque chose de décevant, mais selon elle, cela ne témoigne pas pour autant d\u2019une atrophie de la vitalité ecclésiastique québécoise.«Ily a plein de choses dans la société actuelle qui vont absolument à contre-courant de ce que la vie religieuse traditionnelle propose, précise sœur Caza.Aujourd\u2019hui, en raison de la sécularisa- tion radicale de la société, décider de consacrer sa vie entière à Dieu peut paraître d\u2019une folie absolue.C\u2019est quelque chose que je comprends.Mais la vie dans une congrégation religieuse traditionnelle n\u2019est qu\u2019un des chemins de conversion.Il y a plein d\u2019autres options.Ce qui est important, c\u2019est de garder la question de Dieu présente dans la société.» Communautés nouvelles Ces autres options dont parle sœur Caza, ce sont principalement les communautés nouvelles.Revêtant diverses formes, elles sont plus flexibles que les communautés religieuses traditionnelles, et leur force réside dans le fait qu\u2019elles permettent aux chrétiens souhaitant s\u2019engager de façon plus absolue au plan religieux d\u2019assouvir leurs besoins spirituels, tout en leur conférant une certaine liberté.Par exemple, certaines sont mixtes et réunissent au sein d\u2019une même appartenance communautaire et juridique des hommes et des femmes.Ces derniers partagent divers degrés de convivialité et prient ensemble.Quant à l\u2019apostolat, il témoigne de la complémentarité entre des hommes et des femmes consacrés à Dieu dans une œuvre conjointe.D\u2019autres communautés dites plurivo-cationnelles intègrent comme membres des couples mariés et parfois même des familles, les enfants n\u2019étant nullement engagés à la communauté à moins qu\u2019ils n\u2019en fassent eux-mêmes le choix une fois l\u2019âge adulte atteint.Dans le cas des personnes mariées, elles participent au gouvernement de la communauté, partagent la prière et coopèrent aux œuvres apostoliques de l\u2019ensemble du groupe, tout en ayant la possibilité d\u2019occuper un poste professionnel rémunéré à l\u2019extérieur.Toutefois, la communauté conserve sur leur vie de couple et de famille un certain droit de regard.Parmi toutes les provinces canadiennes, c\u2019est le Québec qui compte le plus grand nombre de ces communautés nouvelles ; 63 % d\u2019entre elles y sont établies.Cependant, leur présence en sol québécois n\u2019est pas traduite dans les statistiques officielles, car le droit ecclésiastique ne les reconnaît pas officiellement comme des instituts de vie consacrée canonique.C\u2019est ce qui fait dire au frère Rick van Lier, titulaire de la Chaire M.-M.R.Til-lard sur la vie religieuse du Collège universitaire dominicain de Montréal, « qu\u2019une partie de l\u2019avenir de la vie consacrée repose certainement du côté des fondations nouvelles », mais qu\u2019en raison de leur état balbutiant, ce n\u2019est que dans plusieurs années qu\u2019il sera possible de constater l\u2019ampleur de la trace qu\u2019elles auront laissée dans l\u2019univers religieux québécois.Sœur Caza abonde dans le même sens : « Le temps le dira, mais ça me paraît l\u2019une des plus belles réussites.Je crois qu\u2019il y a là une recette qui est davantage adaptée aux réalités de la société moderne et qui permet de garder la question de Dieu bien présente.» Collaboratrice Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 SEPTEMBRE 2014 11 De moins en moins d\u2019appeiés Depuis les années 1960, il y a une baisse constante des ettectits dans le monde religieux québécois, particulièrement en raison du vieillissement de ses membres et d\u2019une relève anémique sur le plan de l\u2019appel à la vocation : la communauté masculine n\u2019écbappe pas à cet appauvrissement en ressources humaines qui pèse lourd sur l\u2019implication des communautés dans la vie civile.REGINALD HARVEY ictiel Prouk, prieur du monastère des Prémontrés de Saint-Constant et président au cours des deux dernières années de la Conférence religieuse canadienne (CRC), témoigne de cette réalité.L\u2019ordre semi-contemplatif des Prémontrés forme l\u2019un des groupes religieux les plus anciens : il a été fondé au XIP siècle par Saint-Norbert.Les Pères étaient au nombre d\u2019une vingtaine au moment de Vatican II et, depuis lors, leur déclin s\u2019est accentué : « Il y a eu quelques décès, mais on n\u2019est pas épargné par ce que je pourrais appeler la crise vocationnelle.» Il entre dans le vif du sujet en s\u2019appuyant sur son expérience de professeur d\u2019exégèse au Grand Séminaire pendant 12 ans : «Ily a des changements assez profonds qui se sont produits : autrefois, ce sont des jeunes qui, après le cours classique, se dirigeaient presque naturellement vers le Grand Séminaire, ce qui n\u2019est plus du tout le cas.Premièrement, les candidats ¦9» COURTOISIE CONFÉRENCE RELIGIEUSE CANADIENNE Pour Michel Proulx, le trajet vers l\u2019ordination est long et rempli d\u2019obstacles.à la prêtrise sont beaucoup moins nombreux, et il existe des diocèses où il n\u2019y a aucun séminariste.» Seulement 25 aspirants prêtres figurent aux sept niveaux de formation du Séminaire cette année.Il laisse observer que la moyenne d\u2019âge des étudiants a grimpé même si des plus jeunes forment une minorité : « Je dirais qu\u2019elle se situe autour de 28 à 35 ans.» Il se pose une crise existentielle pour ces gens : « Ils avaient déjà débuté une carrière dans un autre domaine ; tout allait bien, ils réussissaient, mais finalement ils sentaient un vide dans leur vie et un appel à quelque chose d\u2019autre.» Et il y en a d\u2019autres qui frappent aux portes de la prêtrise : « On a aussi, et c\u2019est un phénomène en forte croissance, des personnes beaucoup plus âgées, que je qualifierais de récents retraités qui ont fait toute une carrière dans un autre domaine.» Au sujet des plus jeunes aspirants, qui sont dans la vingtaine, il apporte cette observation : « Ce sont souvent des gens qui ont vécu une conversion et qui n\u2019avaient pas cheminé dans l\u2019Eglise.» Peu importe l\u2019âge des recrues, il s\u2019avère que le trajet vers l\u2019ordination est long et parsemé d\u2019embûches, comme le rapporte le Père Proulx : « Plusieurs débutent et ne se rendent pas à la fin ; la proportion de ceux qui deviennent prêtres est quand même relativement faible, car c\u2019est un cheminement de longue durée ; on parle de six ans au Grand Séminaire.» Il livre cette réflexion à ce propos : « Il ne faut pas que l\u2019on se retrouve avec des prêtres à rabais : ils sont appelés à côtoyer des gens qui sont bien formés dans d\u2019autres domaines, et c\u2019est pourquoi ils doivent posséder de bonnes connaissances en philosophie et en théologie.» Détournement de mission A titre de président de la Conférence religieuse canadienne, cet organisme qui regroupe toutes les congrégations de religieux au Canada, Michel Proulx cite les résultats d\u2019une étude : « Elle montre que 50 % d\u2019entre eux ont plus de 80 ans et 93 % plus de 60 ans ; 25 % sont confinés à l\u2019infirmerie.On ne peut pas attendre d\u2019eux qu\u2019ils aient la même implication dans la vie civile qu\u2019autrefois ; l\u2019énergie et la santé n\u2019y sont plus.» Les communautés en menaient large en éducation et en santé au Québec dans le passé.Il attire l\u2019attention sur un autre phénomène qui contrecarre les interventions religieuses : « C\u2019est le fait de la sécularisation et de tout le développement en faveur d\u2019une société laïque, ce qui fait que les religieux ne sont plus les bienvenus dans divers milieux; je pense notamment aux écoles et aux hôpitaux.» Les cas de sévices sexuels très médiatisés font également pencher la balance vers l\u2019exclusion.Après avoir tout de même fourni quelques exemples de gestes de compassion posés envers des démunis par sa communauté, le Père Proulx sert cette analyse : « Etant donné que les effectifs sont moins nombreux, je constate que les prêtres et les religieux s\u2019impliquent davantage dans ce qui est leur est spécifique, soit dans la pastorale, la liturgie, dans le ressourcement et dans ce que j\u2019appellerais l\u2019accompagnement dans la quête de sens.» Collaborateur Le Devoir
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