Le devoir, 26 avril 2014, Cahier F
[" LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 AVRIL 2014 JOHN FOLEY Le jeune auteur compte parmi ses influences Marguerite Duras, Thomas Bernhard, William Faulkner, Annie Emaux et Didier Eribon.Édouard Louis : fuir pour se réinventer Vie et mort d\u2019Eddy Bellegueule, alter ego du jeune romancier {{Ilsme tirent les cheveux, toujours la lancinante mélodie de l\u2019injure pédé, enculé.Les vertiges, les touffes de cheveux blonds dans leurs mains, yy Extrait à\u2019En finir avec Eddy Beiiegueuie DANIELLE LAURIN à Paris Sur la terrasse du café Beaubourg à Paris, j\u2019ai devant moi le phénomène littéraire de l\u2019heure en France : Édouard Louis, 21 ans, auteur à\u2019En finir avec Eddy Bellegueule.Un premier roman incendiaire, sans concession, qui soulève les passions et sème la controverse.En quelques mois, son livre s\u2019est hissé parmi les plus populaires.il figure notamment sur la liste du Prix du livre inter, il concurrence aussi le Malabourg (Gallimard) de Perrine Leblanc au prix Orange et La petite foule (Flammarion) de Christine Angot pour le Prix de la Coupole.En cours de traduction dans une douzaine de langues, dont le japonais, il fait de plus l\u2019objet d\u2019un projet de fdm.Et l\u2019auteur lui-même est le sujet principal d\u2019un documentaire préparé par la chaîne télé Arte.Tout ce qu\u2019il raconte cjans son roman est vrai, confie Édouard Louis.En finir avec Eddy Bellegueule : le titre de l\u2019ouvrage est à prendre au pied de la lettre, prévient-il.«Eddy Bellegueule, c\u2019était moi.Je l\u2019ai tué», avance sans broncher le jeune homme au corps frêle, à la mèche blonde et à l\u2019œU bleu clair, vif comme l\u2019éclair.Né Eddy Beljegueule, il a choisi le nom d\u2019Édouard Louis non seulement comme pseudo-njrnie littéraire, mais à l\u2019état civil.«Pour la première fois mon nom prononcé ne nomme pas» : ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019il a placé en exergue de son livre cette citation de Marguerite Duras, qui compte parmi ses influences littéraires, aux côtés de Thomas Bernhard, William Faulkner, Annie Emaux et Didier Eribon: «Cette phrase magnifique de Duras dit le projet de mon livre, qui est un projet de rupture.Rupture avec mon enfance, avec qui j\u2019ai été, avec celui qu\u2019on avait fait de moi.Et ça veut dire aussi qu\u2019un nom, ce n\u2019est jamais seulement un nom : c\u2019est une histoire, des expériences.Rompre avec Eddy Bellegueule, faire en sorte que ce nom ne me nomme pas, c\u2019est rompre avec mon passé.» 11 parle plus vite que son ombre à travers son appareil dentaire.Ça me revient soudain : la honte de ses dents mal entretenues, jamais brossées dans l\u2019enfance.Cette image, à première vue secondaire par rapport à la misère et à la violence vécues par Eddy Bellegueule dans son milieu familial et son petit village natal du nord de la France, m\u2019avait frappée dans le livre.Picardie La misère des gagne-petit, des chômeurs, elle est partout autour du jeune garçon.La violence, surtout, est omniprésente.Que ce soit à l\u2019intérieur des maisons délabrées, où les hommes font la loi, battent leur femme, perdent la carte pour un tout ou un rien, imbibés d\u2019alcool bon marché.Que ce soit sur les terrains de foot, dans la rue, à l\u2019école.Cette violence, elle est physique, mais aussi psychologique, dans ce petit milieu tissé serré, refermé sur lui-même, où régnent le sexisme, la peur de l\u2019étranger.Et l\u2019homophobie.Parce que différent, parce qu\u2019efféminé et soupçonné d\u2019être homosexuel, alors qu\u2019à 10 ans il commence à peine à s\u2019éveiller à ses désirs inconscients, Eddy est moqué, insulté.Le pire se passe à l\u2019école, en catimini: dans un couloir désert, deux grands gars l\u2019injurient, le traitent de pédale, de pédé, de tantouze, de crouille, en lui crachant dessus et en le rouant de coups quotidiennement.Lui se laisse faire et n\u2019en parle à personne : il a honte.«La violence a été le projet fondateur de mon livre.Je voulais faire de la violence un espace littéraire, comme Duras a fait avec la passion, la folie.Ou comme Claude Simon a fait pour la guerre.Ou Hervé Guibert, pour la maladie.C\u2019est une violence qui la plupart du temps ne se voit pas.Justement, la puissance de la littérature pour moi, c\u2019est montrer avec les mots l\u2019invisible.» Montrer la violence de tous contre tous dans le village où Eddy a grandi : c\u2019est ce qui le motivait.«Et pour montrer ça, il fallait que mon livre soit violent.Que le langage de la violence soit là, ce langage non littéraire.Je voulais faire du littéraire avec du non-littéraire, dire les mots qui sont a priori exclus de la littérature, mais qui disent aussi une VOIR PAGE F 4 : ÉDOUARD Mélikah Abdelmoumen lit le dernier James Ellroy Page F 2 Cornellier se penche sur notre « parler hockey» Page F 6 La prison des livres Les prisonniers britanniques n\u2019ont plus le droit de recevoir de livres.En fait, une nouvelle directive ne leur permet de recevoir qu\u2019un seul colis de leurs proches au début de leur séjour en prison.L\u2019interdiction des livres devient un dommage collatéral de cette mesure faite d\u2019abord et avant tout pour lutter contre l\u2019introduction clandestine d\u2019armes ou de drogues dans le système carcéral.Des auteurs ont réagi en lançant une campagne internationale de protestation.Elle prend la forme de cartes postales envoyées au ministre de la Justice, responsable du nouvel interdit.Les cartes comprennent des listes de lectures recommandées aux prisonniers.L\u2019écrivain Martin Amis a suggéré Si c\u2019est un homme de Primo Levi, expliquant que le récit traite de «quelque chose de pire que la prison : la mise en esclavage meurtrière, pour le crime d\u2019avoir été».Le ministre Chris Grayling a répliqué aux protestataires que les prisonniers pouvaient toujours commander leurs livres sur le site d\u2019achat en ligne Amazon ou se fournir à la bibliothèque de la prison.Le Devoir ILLUSTRATION TIFFET Conseils de libraires lis sont précieux, les conseils de libraires.C\u2019est que ces marchands de livres sont des amants passionnés de l\u2019écrit, souvent difficiles, à qui on ne passe pas des vessies pour des lanternes.Ils ont pour métier de lire votre âme de lecteur, vos préférences, et de vous guider dans vos achats.Voilà qu\u2019une dizaine de libraires indépendants entreprennent de livrer chaque mois leur sélection de cinq livres, tous genres confondus, sur leur site.En avril, ils ont posé leur dévolu sur le réçit En finir avec Eddy Bellegueule d\u2019Édouard Louis (Seuil, voir entrevue ci-contre), l\u2019essai intuitif sur la peau Ce que dit l\u2019écorce de Nicolas Lévesque et Catherine Mavrikakis (Nota Bene), le roman d\u2019initiation La déesse des mouches à feu porté par l\u2019oralité de Geneviève Pettersen (Quartanier), Le bestiaire des fruits bédéesque de Zviane (La Pastèque) et le roman pour ados Eux de Patrick Isabelle (Leméac).Qn peut suivre leurs prochaines sélections en cliquant sur « Les libraires conseillent» au www.leslibraires.ca.Le Devoir F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 AVRIL 2014 LIVRES Le goût des autres Cher Chacal : lettre à James Ellroy Le goût des autres, c\u2019est un lieu où un auteur lit, commente et critique l\u2019œuvre d\u2019un autre qui l\u2019inspire et à qui il voue une grande, grande admiration.Aujourd\u2019hui, Mélikah Ab-delmoumen se penche sur la plus récente traduction de James Ellroy.Née en 1972, Abdel-moumen est romancière, spécialiste de l\u2019auto-fiction tant par ses premiers livres {Le dégoût du bonheur, Point de fuite ; Alia, Marchand de feuilles) que par son étude de l\u2019œuvre de Serge Doubrovsky.Son dernier livre disponible ici.Les désastrées (VLB, 2013), est inspiré de la figure de Nelly Arcan.Lyonnaise d\u2019adoption, elle se nourrit de musique et de cinéma, et s\u2019implique beaucoup auprès des Roms de la ville.Elle relaie ses «histoires de Roms » sur son blogue personnel.Et c\u2019est une fan, comme dans «presque fanatique», de James Ellroy.MÉLIKAH ABDELMOUMEN «Je suis le Chacal!» -James Ellroy, 2014 Lyon, 5 avril, lOhSO.\u2014 Assise à la terrasse d\u2019un café, j\u2019attends ma pote Delphine Hautois.Ensemble, nous allons entendre James Ellroy, invité d\u2019honneur du festival Quais du polar 2014.Hors de question que j\u2019y aille sans elle: entre Ellroy, Delphine et moi, il y a une histoire.Son œuvre est tissée serré dans l\u2019étoffe de notre amitié.Ç\u2019a commencé vers 2007.Nous buvions un verre chez elle.Nous parlions polars.Passionnément.C\u2019est là que Delphine a mis le Chacal sur le tapis.littéralement.Nous étions assises à même le sol dans son salon.Elle a sorti les livres de sa bibliothèque.Elle les a posés devant moi.Bang.Je le connaissais, évidemment.J\u2019avais acheté Le Dahlia noir, en anglais, mais je n\u2019avais pas osé lire autre chose que sa quatrième de couver- PHILIPPE MERLE AGENCE ERANCE-PRESSE Le Chacal (James Ellroy) lors du festival Quais du polar 2014, qui se tient chaque année à Lyon.ture.Oui, le Chacal, l\u2019idée de ton œuvre provoquait en moi fascination et terreur.Mes amis angles m\u2019avaient prévenue : il fallait te lire à tout prix mais, une fois qu\u2019on t\u2019avait lu, on découvrait de nouveaux sens au mot peur.Et ta langue était ce truc sublime et extraordinairement difficile.Delphine te connaît en français.Il paraît que tes traducteurs ont su rendre palpable l\u2019évolution de ton style.Elle m\u2019a rassurée sur ma capacité à te lire dans le texte: «Oui, sa langue devient de plus en plus complexe, mais toi, tu évolueras avec elle.» Elle m\u2019a aussi dit que te lire était un voyage qui allait bien au-delà de la recherche stupide de frissons procurés au lecteur dans un slang brillant et incompréhensible.Le public et le privé «Je devinais les histoires intimes qui se jouaient au cœur des événements historiques, le cauchemar individuel caché derrière la politique publique.» Tu as eu ces mots, aux Quais du polar, pour parler de ton désir d\u2019écrire.Tu aurais difficilement pu mieux dire la particularité et l\u2019importance de ton travail.Je suis donc entrée dans le Quatuor de Los Angeles, in English \u2014yes, sir! \u2014, puis dans la trilogie American Tabloïd.J\u2019ai découvert Lloyd Hopkins (dont l\u2019entrée en scène me hante encore) et Shakedown, nouvelle délicieusement décadente \u2014 maintenant en français chez Rivages sous le titre Extorsion, avec en bonus un extrait de Perjî-dia, ton nouveau roman à paraître en septembre 2014 en anglais (mars 2015 en français).Comment résumer ce que c\u2019est que de fréquenter le Chacal ?Il faudrait pouvoir réunir les lecteurs de ce papier dans un salon, servir un scotch à chacun et, tes livres jetés sur le tapis au milieu de nous, dire la musique démente de ta langue, ses inventions et transformations, comment tu as su l\u2019amener au fil des romans à toujours mieux s\u2019accorder au chaos historique et intime que tu racontais.Dire ce que c\u2019est que de découvrir Ma part d\u2019ombre, où tu avoues chercher une clef qui ne cesse de se dérober.Dire comment tu te dis incapable de cesser de fouiller ce terreau sur lequel tu édifies tes constructions terrifiantes et gigantesques: le meurtre jamais résolu de ta mère lorsque tu étais enfant, épicentre maudit de ton travail d\u2019écrivain.Dire combien ton œuvre est remplie d\u2019ombres auxquelles on s\u2019attache éperdument, personnages beaux et cinglés comme tes portraits de cette Amérique que tu adores.Hommes et femmes qu\u2019il nous tarde de retrouver dès qu\u2019on s\u2019éloigne pour lire autre chose \u2014 avec le projet stupide de résister à l\u2019envie de devenir un autre lecteur monomaniaque du Chacal.Marcel Ellroy ou James Proust?Maintenant qu\u2019entre nous la glace est brisée, je fais de toi mon Proust américain, version trash et romantique.Parce que, j\u2019ai oublié de le dire, tu es l\u2019un des auteurs les plus romantiques que j\u2019aie jamais lus (et on ne parle pas ici de romance mais bien de romantisme, au sens littéraire \u2014 «as in fucking Victor Hugo ! », dirais-tu sans doute).Je me refais l\u2019intégrale, je te relis et je découvre que c\u2019est toi, le Chacal, qui m\u2019as permis de découvrir ma propre part d\u2019ombre, de plonger dans ma propre peur, et de comprendre la place de cette peur dans mon regard sur le monde.Te lire m\u2019a rendue plus courageuse en tant que lectrice, en tant que femme et en tant qu\u2019écrivaine.Et au fait, tu ne nous as pas déçues, Delphine et moi, aux Quais du polar.Loin de là.Tu ressemblais à Beethoven et Chostakovitch, tes idoles : seul, terrifiant et magnifique.Collaboration spéciale Le Devoir EXTORSION James Ellroy Traduit de l\u2019anglais (américain) par Jean-Paul Gratias Rivages Paris, 2014, 192pages LITTERATURE QUEBECOISE Jongleries CHRISTIAN DESMEULES f Eva Burns, «qui était une garce», est poignardée dans son appartement, auquel le meurtrier a mis le feu, effaçant du coup toutes les évidences.Pour essayer de résoudre le crime, un duo d\u2019enquêteurs mal assorti.D\u2019un côté, Guy Descars \u2014 clin d\u2019œil sans signification apparente à l\u2019auteur autrefois fameux de romans de gare \u2014, personnage à la sexualité inquiète, obsédé par un traumatisme d\u2019enfance et qui vient tout juste d\u2019être largué par sa femme.De l\u2019autre, bardé d\u2019une «obésité \u201e .David Belanger brillante».Norman Petitroux, vieux flic revenu de tout.Les deux hommes dérivent, se taquinent à leur manière et multiplient les hypothèses sans vraiment progresser dans leur enquête.Pourtant: «Il n\u2019existe pas mille manières de traquer un tueur.Le crime est une énigme.Chaque donnée de cette énigme doit être séparée, atomisée, afin de constituer une série d\u2019affirmations monologiques, lesquelles se transformeront, grâce au ta- META\u2019 STASES Prix 2014 du livre politique de l'Assemblée nationale LAUREAT PRIX DE LA PRÉSIDENCE DE L\u2019ASSEMBLÉE NATIONALE REAL BELANGER Le fascinant destin d'un homme libre (1868-1914) REAL BÉLANGER Presses de l\u2019Université Laval www.pulaval.com lent interprétatif d\u2019un enquêteur \u2014 l\u2019herméneutique est un passage obligé dans les académies de police \u2014 en des réponses à variable algébrique à la question centrale qui a.?» Nous sommes au cœur de Métastases, le premier roman de David Bélanger, qui recourt pour l\u2019occasion à un narrateur interventionniste et bavard dont la présence, il faut le dire, se fait un peu écrasante, voire étouffante.Aussi étouffante, tiens, que ce mystérieux cancer du cerveau qui se développe au fil des pages, maladie peut-être même contagieuse dont les métastases semblent se répandre jusque dans notre lecture.En entretenant volontairement la confusion, dans un décor flou et un univers culturel aux frontières mal définies, l\u2019auteur se propose de pervertir les codes du roman policier en s\u2019inspirant notamment de l\u2019expérience du nouveau roman.Là où on attendait la résolution d\u2019un crime.Métastases, on l\u2019aura compris, est en fait le récit d\u2019un échec.Mais le destin et les atermoiements de ces personnages importent-ils?Pas vraiment.Et c\u2019est heureux, en réalité, puisqu\u2019ils nous indiffèrent aussi très vite.Même si avec un certain style, une certaine virtuosité, à la manière légèrement ironique d\u2019un Jean Echenoz \u2014 mais d\u2019un Echenoz surchargé, où il serait difficile de respirer entre les phrases \u2014, David Bélanger arrive à faire durer son feu de paille.Mais qu\u2019est-ce que ça dit?Pas grand-chose.Un roman savant rempli de «détours inutiles», en somme, où l\u2019on jongle un peu à vide avec les références, les codes et les concepts littéraires comme d\u2019autres s\u2019étourdissent, ailleurs, avec des assiettes de porcelaine.Collaborateur Le Devoir MÉTASTASES David Bélanger L\u2019Instant même Québec, 2014, 236 pages BANDES DESSINEES La guerre, mais pas pour se faire du mal FABIEN DEGLISE Il ne faut surtout pas faire confiance à un nazi, c\u2019est bien connu.Parlez-en aux Néerlandais pour voir.En 1939, les Pays-Bas font leur entrée dans la Deuxième Guerre mondiale en toute neutralité, croyant pouvoir conserver ce statut jusqu\u2019à la fin d\u2019un conflit à la finalité incertaine.Mais non ! Quelques mois plus tard, en 1940, Hitler envahit le plat pays, profitant d\u2019un effet de surprise, d\u2019une mobilisation erratique des forces armées locales \u2014 et même d\u2019un câble électrique saboté.Ce faisant, il va bouleverser des destins en général, mais aussi ceux de la parenté du bédéiste Erik de Graaf en particulier, qui dans Eclats (La Pastèque) revient, 70 ans plus tard, sur ce fragment sombre et méconnu de cette triste guerre.Le trait a un fini délicieusement suranné.Il porte aussi l\u2019histoire de Victor, grand-père de l\u2019auteur, d\u2019Esther et de Chris, dont la jeunesse, les rêves et les ambitions vont être compromis par un largage de parachutistes «teutons», en mai 1940, sur les plaines de Smitshoek, petit village des environs de Rotterdam.Les habitants du coin croient d\u2019abord à une fausse alerte.Quand le sang coule et qu\u2019un ami se fait buter par une patrouille, tous vont savoir que l\u2019histoire vient alors de prendre un mauvais chemin.Récit historique habile et sensible.Eclats lève le voile, dans cette traduction française, sur un point de vue rare de cette guerre, en se promenant entre 1946 et les premiers jours du conflit, entre horreur et crédulité, entre passion et déchirement.Ce premier volume d\u2019un diptyque sur les destins brisés offre une mise en image audacieuse sur laquelle, paradoxalement, il est agréable de poser les yeux, malgré la nature du propos.Djihad contre MacWorid D\u2019une guerre à une autre on passe par Les meilleurs ennemis (Futuropolis), chroniques dessinées des tensions politiques et diplomatiques entre les États-Unis et le Moyen-Orient.Imaginée par Jean-Pierre Filin et David B., cette autopsie historique plonge pour cette deuxième partie dans la période allant de 1953 à 1934, avec son plan Omeg^ mis en place par les États-Unis pour isoler l\u2019Égypte de Nasser, avec la naissance de l\u2019Organisation de libération de la Palestine (OLP) ou encore avec cette invasion de l\u2019Afghanistan par les Russes en 1979, invasion dont les effets se font encore sentir 35 ans plus tard.Avec des cases qui flirtent avec la caricature, mais aussi une recherche historique solide et très bien vulgarisée, le duo d\u2019auteurs remonte ici le fil du temps pour mieux en faire ressortir les petites stratégies, les grandes misères et, au final, les grandes lignes d\u2019une complexité que 104 pages dessinées n\u2019arriveront toutefois pas, malgré l\u2019effort, à dénouer.Un survivant du Titanic La guerre, Gilles de la Jungle la vit en permanence, lui qui se bat parfois contre Méchant-Man et contre les Vampires dans des aventures LA PASTÈQUE Une case d\u2019Eric de Graaf tirée de la bande dessinée Éclats.que les lecteurs de la défunte revue spécialisée Titanic ont découvertes dans les années 80, se promenant à la lisière de l\u2019absurde.Avec le temps, l\u2019œuvre de Claude Cloutier a pris une valeur patrimoniale, que La Pastèque a décidé de mettre en relief en rééditant l\u2019intégrale des planches imagées par ce bédéiste à part qui a poursuivi par la suite sa carrière dans le film d\u2019animation pour l\u2019Office national du film.Coup de crayon chargé, référence aux superhéros et à leurs univers narratifs, mais surtout répliques loufoques et pleines de dérision, tout est là pour se souvenir de ce personnage dans la marge et du chemin que le 9® art d\u2019ici a finalement parcouru.Le Devoir ÉCLATS Eric de Graaf Traduit du néerlandais par Arlette Ounanian La Pastèque Montréal, 2014, 262pages LES MEILLEURS ENNEMIS Deuxième PARTIE : 1953-1984 Jean-Pierre Filiu et David B.Futuropolis Paris, 2014, 104 pages GILLES DE LA JUNGLE Claude Cloutier La Pastèque Montréal, 2014, 46 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 AVRIL 2014 F 3 LIVRES «Peindre d\u2019abord une cage avec une porte ouverte » Un vibrant appel à la liberté traverse Quand j\u2019étais l\u2019Amérique^ premier livre d\u2019Eisa Pépin Danielle Laurin nfance bafouée, famille repoussante, rêves brisés et échecs amoureux: ça re-vien,t en boucle dans Quand j\u2019étais l\u2019Amérique.À première vue, on serait tenté de croire que c\u2019est bien lourdaud comme terrain de jeu.Mais en fdigrane, ce qui apparaît, c\u2019est la recherche d\u2019une porte de sortie.Comme un hymne à la liberté.Ce qui transparaît aussi à travers ce premier livre d\u2019Eisa Pépin, journaliste et chroniqueuse culturelle, codirectrice en 2011 du collectif de nouvelles Amour et libertinage par les trentenaires d\u2019aujourd\u2019hui (400 coups), c\u2019est une grande sensibilité.11 y a de la douceur, de la grâce dans son phrasé, malgré l\u2019aigreur et les échecs répétés des personnages qu\u2019elle met en scène.11 y a cette petite voix qui vibre, intime.Qui fouille les profondeurs de l\u2019âme.Qui cherche à comprendre, à contenir, et peut-être à soulager la détresse humaine.De la compassion, oui, mais pas de complaisance pour autant.Acuité remarquable, sens aigu de l\u2019observation.Capacité à mettre le doigt là où ça achoppe, à tirer sur les bonnes ficelles quand la tension monte, quand tout se déglingue.Agilité certaine, aussi, chez cette auteure, à se glisser dans des univers différents.Si les treize histoires rassemblées dans ce recueil en viennent à se recouper du point de vue thématique, elles évoluent chaque fois dans un climat bien singulier.La première nouvelle pourrait par certains aspects rappeler l\u2019univers étouffant et la grande noirceur d\u2019Une saison dans la vie d\u2019Emmanuel (Boréal) de Marie-Claire Blais.Jeune garçon élevé dans une famille nombreuse, démunie.A quelle époque sommes-nous?Plutôt frêle, porté à s\u2019échapper dans l\u2019imaginaire, il détonne dans son milieu familial, où les garçons sont condamnés au travail en usine.Comme leur père.Mais ce n\u2019est pas tellement l\u2019image du Québécois né pour un p\u2019tit pain, finalement, qui ressort de cette histoire.C\u2019est plutôt la relation difficile entre le père et le fils qui constitue le PEDRO RUIZ LE DEVOIR La journaliste et chroniqueuse culturelle Eisa Pépin signe un premier roman empreint d\u2019une grande sensibilité, de douceur et de grâce, malgré l\u2019aigreur des personnages.nerf de la guerre ici, comme dans d\u2019autres nouvelles plus loin.Ce fossé impossible à combler, même une fois le fils devenu adulte et le père vieux.Cette reconnaissance jamais advenue.Cette affection, cet amour de la part du père qui a toujours manqué, fondamentalement.Manque qui crée chez le fils, au bout du compte, cette incapacité à ouvrir son cœur, à se laisser aimer.Relations L\u2019enfance bafouée et ses stigmates indélébiles se déclinent de plusieurs façons dans Quand j\u2019étais l\u2019Amérique.Mais il y a aussi l\u2019histoire de cette fille qui a connu une enfance idyllique et n\u2019en est jamais revenue.Impossible pour elle de devenir adulte, en quelque sorte, de renoncer à son paradis perdu.Quitte à se perdre en chemin.C\u2019est peut-être la peur du gouffre amoureux qui revient le plus souvent.Peur de s\u2019abandonner, de se livrer tout entier.Peur de ne pas être à hauteur.de décevoir.De la part des hommes, surtout.Peu entreprenants envers les femmes, les hommes en général dans ce recueil.Ce sont plutôt les filles qui font les premiers pas lors des ébats sexuels et quand vient le temps de déclarer son amour.Quelques-unes s\u2019avèrent de redoutables tigresses.Quand elles ne sont pas tout simplement dominatrices, parfois par simple opportunisme.11 y a aussi cette fdle qui se la joue, dans ses fantasmes, à la Jules et Jim.Et dont le cœur balance entre «l\u2019intarissable homme de tête et le bel homme de bras» qui lui font la cour.Difficile de choisir entre le désir purement sexuel qui lui traverse le corps et celui qui lui fait tourner la tête.Car après tout, «l\u2019intelligence m\u2019est toujours apparue comme l\u2019arme la plus sexy des hommes».Mais attention: «La sensualité intellectuelle a cette fâcheuse habitude de s\u2019écraser au lit, comme si la densité des mots annulait celle des corps.» Savoureuse nouvelle que celle-là, où la plume de l\u2019auteure s\u2019avère piquante, non exempte d\u2019une certaine autodérision coquine.Les relations entre mère et fille ne semblent pas tellement plus reluisantes que celles entre père et fils.Peut-être l\u2019espoir se situe-t-il davantage du côté des liens avec les grands-parents ?Si ça devait sauter une génération ?C\u2019est du moins ce que donne à penser la nouvelle intitulée La cage.Ici, c\u2019est la petite-fille qui parviendra à percer le mystère de l\u2019aïeule acariâtre délaissée par ses filles et à lui redonner ses ailes.Tout en espérant que ça lui serve à elle-même de garde-fou pour le futur.«Il faudra rester aux aguets pour que jamais ne s\u2019éveillent ces yeux meurtris transmis de mère en fille.Pour que jamais ne s\u2019encage la béte avec ses rêves de jeune fille.» Se délier Il y a bien ici et là quelques clichés, ça frôle parfois la caricature.Il y a des métaphores peut-être un peu trop appuyées, quelques situations alambiquées, des phrases qui ont tendance à s\u2019emberlificoter.Mais l\u2019image de la cage dont on doit sortir pour s\u2019affranchir de ses chaînes et devenir soi-même fait peu à peu son chemin.Dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, cela prend des allures de quête d\u2019identité entre deux familles, deux cultures, deux pays.La narratrice, née au Québec, passe ses étés en Prance, d\u2019où est originaire sa mère.«Dans cette petite société familiale réunie quelques semaines sous le même toit, je découvrais l\u2019étrange flottement de ma double nationalité.Plutôt qu\u2019une addition, ce statut me divisait sans que je ne puisse clairement identifier la ligne de partage.» Vers la fin du recueil, on tombe sur ceci: «Je compris que l\u2019on pouvait appartenir à un autre monde que celui d\u2019où l\u2019on vient.» Cette phrase pourrait bien résumer à elle seule l\u2019appel à la liberté qui traverse les portraits de familles, de couples, d\u2019écorchés vifs, que trace Eisa Pépin dans Quand fêtais l\u2019Amérique.Cela nous renvoie d\u2019ailleurs à la citation placée en exergue du recueil, tirée de Pour faire le portrait d\u2019un oiseau, de Jacques Prévert: «Peindre d\u2019abord une cage avec une porte ouverte».QUAND J\u2019ÉTAIS L\u2019AMÉRIQUE Eisa Pépin XYZ Montréal, 2014, 168 pages Au Met bleu Le IbTestival Metropolis bleu propose ses lectures, rencontres, ateliers d\u2019écriture, spectacles, conseils de bibliothérapie (!) ou table ronde sur le traitement de l\u2019alzheimer (!!) en français, en anglais, en espagnol, en italien, en mandarin, etc.Dans ce grand touf quelques choix du Devoir.La littérature québécoise est-elle exportable ?L\u2019Association nationale des éditeurs de livres y réfléchit en table ronde.Jeudi 1®\"^ mai, 11 h.Interview avec Richard Ford L\u2019incontournable américain vient recevoir le Grand Prix littéraire du festival et en profite pour se livrer.En anglais.Vendredi 2 mai, 17 h 30 Promesses de la littérature de Dany Laferriére Avec sa verve, le nouvel académicien parlera de cette littérature qui l\u2019a forgé.Vendredi 3 mai, 19 h Écrire les petites cruautés Les auteurs français Chantal Thomas et Luc Lang discutent de ce sujet qu\u2019ils ont conjugué.Samedi 3 mai, 17 h 30 Découvrir Josip Novakovich Ce professeur à Concordia est apparu l\u2019an dernier parmi les finalistes du prestigieux Man Booker Prize.Il est temps de le découvrir, soit en le lisant enfin en français avec Poisson d\u2019avril (Boréal), soit en l\u2019écoutant.En anglais.Dimanche 4 mai, 12 h 30 Du 28 avril au 4 mai metropolisbleu.org POLARS Arnaldur Indridason : tout au fond des choses MICHEL BELAIR Dans la constellation d\u2019histoires et de personnages entourant le commissaire Er-lendur Sveinsson de la Criminelle de Reykjavik, Marion Briem est une sorte de planète mère lointaine à l\u2019atmosphère dense et agitée.Dans son rôle de mentor, on l\u2019a souvent vue absente, caractérielle, avant d\u2019être retraitée, malade puis mourante.Elle a joué un rôle considérable dans la carrière d\u2019Erlendur, mais on la connaît finalement très peu.Et comme si le romancier Arnaldur Indridason avait décidé de faire la lumière une fois pour toutes là-dessus, le voici donc lancé lui aussi à la recherche de ce personnage quasi mythique qu\u2019il nous montre en pleine action, en pleine enquête, bien avant qu\u2019Erlendur apparaisse.Nous sommes en 1972, en pleine guerre froide, et Reykjavik est devenue la capitale du monde le temps d\u2019accueillir le duel d\u2019échecs opposant l\u2019Américain Bobby Eischer au champion russe Boris Spassky.Mais voilà qu\u2019un jeune garçon est assassiné à l\u2019arme blanche dans un cinéma du centre-ville alors même que le duel va finalement se mettre en branle après CAUSERIE AVEC PERRINE LEBLANC Animation CATHERINE LALONDE LE MARDI 29 AVRIL A 19 H -Librairie Monet- Galeries Normandie, 2752, rue de Salaberry, Montréal (QC) H3M 1L3 Réservations : 514 337-4083 ou evenements@librairiemonet.com Gallimard toutes les tergiversations que l\u2019on sait.C\u2019est Marion Briem qui est chargée de l\u2019enquête.Échecs politiques Enquête qui se révélera rapidement complexe.C\u2019est qu\u2019elle porte tout autant sur les méandres politiques et stratégiques que l\u2019on sent bien vite grouiller sous l\u2019affrontement entre les champions des deux grandes puissances que, presque au second plan, sur l\u2019assassinat malencontreux du pauvre jeune homme, qui s\u2019est trouvé au mauvais moment au mauvais endroit.Mais elle mettra aussi en relief le personnage même de Marion qui, dès le départ, n\u2019acceptera pas que des considérations politiques viennent empêcher que les coupables soient punis.En construisant son intrigue de façon magistrale tout en utili- sant en même temps de constants retours en arrière décrivant, à petites touches, l\u2019Islande de l\u2019entre-deux-guerres, Indridason fait peu à peu surgir le personnage énorme, touchant, quasi granitique de Marion Briem.Ecorchée par la vie dès son plus jeune âge, malade sauvée in extremis par une fi-^e paternelle inoubliable, Marion est une véritable survivante et l\u2019on comprendra mieux, en revenant à la réalité de ce qui se trame autour du duel Eischer-Spassky, son indéracinable volonté d\u2019aller au fond des choses.Mais au-delà du dénouement de l\u2019affaire et des personnages étonnants qu\u2019elle fait surgir, cette histoire vient d\u2019abord mettre en relief l\u2019immense talent d\u2019Arnaldur Indridason (et de son traducteur).D\u2019autant plus que, à la toute dernière ligne, on verra appa- Promotion à l'achat de trois livres de rabais* de rabais de rabais* Du 26 avril au 25 mai 2014 * Rabais à partir du prix courant et ne peut être jumelé à toute autre promotion.Livres en stock seulement^ à ^exception des livres scolaires et d'informatique.?le Parchemin ® CRÉATEUR DE BONHEUR DEPUIS 1966 Berri-UQAM, 505, rue Sainte-Catherine Est Montréal (Québec) H2L 2C9, Tél.: 514 845-5243 librairie@parchemin.ca raître un tout jeune Erlendur rencontrant Marion Briem pour la première fois.Collaborateur Le Devoir LE DUEL Arnaldur Indridason Traduit de l\u2019islandais par Eric Boury Métailié/Noir Paris, 2014, 308 pages ^1/JfU t^Gaspard- LE DEVOIR .^l^ALMARÈS Du 14 au 20 avril 2014 \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Les héritiers du fleuve \u2022 Tome 31918-1929\tLouise Tremblay-D'Essiambre/Guy Saint-Jean 1/2\t 2 Mensonges sur le Plateau-Mont-Royal \u2022 Tome 2\tMichel David/Hurtubise\t2/4 3 Gaby Bernier \u2022 Tome 31942-1976\tPauline Gill/Québec Amérigue\t3/4 4 Mensonges sur le Plateau-Mont-Royal \u2022 Tome 1\tMichel David/Hurtubise\t4/4 5 Les héritiers du fleuve \u2022 Tome 2 1898-1914\tLouise Tremblay-D'Essiambre/Guy Saint-Jean -/I\t 6 Les héritiers d'Enkidiev \u2022 Tome 9 Mirages\tAnne Robillard/Wellan\t5/1D 7 Isa \u2022 Tome 1 LHe des exclus\tSergine Desjardins/Guy Saint-Jean\t-/I 8 Les héritiers du fleuve \u2022 Tome 1 1886-1893\tLouise Tremblay-D'Essiambre/Guy Saint-Jean -/I\t 9 Le secret de Lydia Gagnon\tClaire Pontbriand/Goélette\t8/4 10 Louise est de retour\tChrystine Brouillet/Homme\t7/8 Romans étrangers\t\t 1 Central Park\tGuillaume Musso/XD\t1/3 2 Muchachas \u2022 Tome 2\tKatherine Pancol/Albin Michel\t2/2 3 La nuit leur appartient \u2022 Tome 2\tSylvia Day/Michel Lafon\t3/2 4 Muchachas\tKatherine Pancol/Albin Michel\t4/8 5 Le chardonneret\tDonna Tartt/Plon\t5/14 6 Traînée de poudre\tPatricia Cornwell/Elammarion Québec\t8/5 7 Georgian \u2022 Tome 1 Si vous le demandez\tSylvia Day/Elammarion Québec\t6/6 8 Dark secrets\tMichael HiorthjHans Rosenfeldt/Prisma\t1D/2 9 Solo\tWilliam Boyd/Seuil\t-/I 10 La nuit leur appartient \u2022 Tome 1 Les rêves.\tSylvia Day/Michel Lafon\t9/9 Essais québécois\t\t 1 Poing de mire\tNormand Lester/Homme\t-/I 2 La revanche des moches\tLéa Clermont-Dion/VLB\t1/2 3 Mœurs de province\tErançois Ricard/Boréal\t2/4 4 Henri-Paul Rousseau, le siphonneur de la Caisse de dépôt\tRichard Le Hir/Michel Brûlé\t7/2 5 Paradis fiscaux : la hliére canadienne\tAlain Deneault/Écosociété\t3/8 6 Les Parisiens sont pires gue vous ne le croyez\tLouis-Bernard Robitaille/Denoël\t8/3 7 Le prochain virage\tErançois Tanguay | Steven Guilbeault/Druide 6/6\t 8 S'indigner, oui, mais agir\tSerge Mongeau/Écosociété\t-/I 9 Précis républicain à l'usage des Québécois\tDanic Parenteau/Eides\t5/4 10 Le tour du jardin.Entretiens avec Mathieu Bock-Côté.\tJacgues Godbout | Mathieu Bock-Côté/Boréal 9/2\t Essais étrangers\t\t 1 Plaidoyer pour l'altruisme.La force de la bienveillance\tMatthieu Ricard/NIL\t1/25 2 La grande vie\tChristian Bobin/Gallimard\t3/6 3 Cest votre première guerre?tfeyages dans le monde islamigue.\t.Michael Petrou/PDL\t-/I 4 LIndien malcommode.Un portrait inattendu.\tThomas King I Daniel Poliguin/Boréal\t5/8 5 La vérité sur les médicaments\tMikkel Borch-Jacobsen/Édito\t2/1D 6 Au péril des idées.Les grandes guestions de notre temps\tE.Morin | T.Ramadan/Presses du Châtelet -/I\t 7 Cing méditations sur la mort\tErançois Cheng/Albin Miohel\t-/I 8 La plus belle histoire de la philosophie\tLuo Eerry | Claude Capelier/Robert Laffont 4/1D\t 9 Le parfum de ces livres gue nous avons aimés\tWill Sehwalbe/Belfond\t-/I 10 Du bonheur.Dn voyage philosophigue\tErédério Lenoir/Eayard\t8/2 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019infomiation et d\u2019analyse Baspar^ sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de Baspan!et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Baspari © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite. F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 AVRIL 2014 LITTERATURE La Vitrine Faut pas pleurer pour ça ROMAN FAUT PAS PLEURER POUR ÇA Minou Petrowski XYZ Montréal, 2014,170 pages Ni tout à fait une autre ni tout à fait la même que Minou Petrowski, cette narratrice entre Montréal et Paris qui chemine un pied dans le fantasme, un autre sur la terre ferme.Après son autobiographie, ce récit d\u2019autofiction, fort bien écrit, nous fait pénétrer la psyché d\u2019une octogénaire à la libido de jeune femme, dont le désir demeure un moteur puissant, quoique rêvé de sa vie, tout comme le sentiment d\u2019abandon, jamais colmaté, de l\u2019éternelle orpheline.Ce livre de spleen et d\u2019espoir qui berce et qui blesse est une porte ouverte sur une âme écorchée, combative, allergique aux renoncements.Entre livres et films aimés, entre mémoire, rencontres, souffrances, l\u2019émouvant roman résonne comme le cri d\u2019un âge mal aimé, et celui d\u2019un enfant tapi sous les rides en ignorant la fuite du temps.«J\u2019avais vécu en état d\u2019apesanteur, en rêvant le passé et en inventant le présent, dans un no man\u2019s land où tout semblait permis, même l\u2019oubli du corps, de cette vieillesse que je niais parce qu\u2019elle me rongeait», lance-t-elle.Odile Tremblay POESIE VOIR VENIR LA PATIENCE Louise Warren Éditions du Passage Montréal, 2014,136 pages Comme toujours, la poésie de Louise Warren est tranquille, â l\u2019écoute du rien subtil qui fait tenir les heures en place.Si, dans les deux premières parties de Voir venir la patience, quand elle serine que «la pluie / lave les heures / efface les jours / les oublis», nous sommes en plein cliché, quand elle confie qu\u2019en «quelques mots / on se sent rassuré / le monde s\u2019accroche / à nos blessures», nous touchons â plus essentiel.Les deux dernières parties sont publiées dans une mise en page «coquette» sinon convenue.Horizons cherche visuellement â reproduire cette ligne dans le lointain, alors que les poèmes s\u2019allongent inutilement sur une ou deux lignes.Est-ce un clin d\u2019œil aux Calligrammes d\u2019Apollinaire ?C\u2019est beau, évidemment.Tous les livres des éditions du Passage sont soignés.Mais parfois l\u2019esthétique nuit plus qu\u2019elle ne sert.L\u2019auteure signale en toute simplicité qu\u2019« entre les géraniums et [elle se trouvent] l\u2019eau l\u2019arrosoir» ; elle ajoute qu\u2019il y 2i« un courant d\u2019air une porte ouverte un paysage près [d\u2019elle] ».Louise Warren est une poète importante, mais que cela ne nous interdise pas de nous questionner devant ceux qui tiennent de plus en plus pour acquis que le moindre de leurs soupirs est de la poésie incarnée et incontournable.Hugues Corriveau 14E PRIX DES LECTEURS RADIO-CANADA Se perdre Créé en 2000, le Prix des lecteurs Radio-Canada promeut la littérature issue des milieux francophones minoritaires au Canada.Six œuvres de fiction concourent.Le lauréat 2014 sera connu le 30 avril à l\u2019émission Pénélope McQuade.D\u2019ici là, Le Devoir présente un finaliste chaque semaine.NOUVELLES Maude Déry Sur le fil SUR LE FIL Maude Déry Triptyque Montréal, 2013,116 pages JOSEE-ANNE PARADIS Jeune auteure native du Nouveau-Brunswick, Maude Déry a fait une entrée remarquée dans le paysage littéraire cet automne en publiant Sur le fil, un recueil de nouvelles dont l\u2019écriture, par sa finesse autant que son rythme, happe immédiatement le lecteur.C\u2019est une polyphonie de voix qui s\u2019élève â travers ces quinze récits, qui offrent tous un regard distinct sur la perte.Perte de soi, perte d\u2019un être cher, perte des illusions.Que ce soit dans l\u2019édification d\u2019une nouvelle vie ou tout simplement dans sa déconstruction parfois violente, les protagonistes, tous meurtris â des degrés différents, souhaitent contrôler ce bourdonnement intérieur, ces pulsions qu\u2019ils ne peuvent plus refouler.C\u2019est ainsi que nous sommes conviés â la dissection des démons de ces personnages, principalement féminins, dans des textes qui parlent d\u2019amour, de désir et de fraternité, mais aussi de mort, de solitude et de désespoir.Tout en subtilité, tout en émotion, les nouvelles sont habillées par une plume sensuelle qui sait se faire suffisamment discrète pour que le récit s\u2019immisce profondément chez le lecteur, le temps de le faire tanguer entre deux émois.Collaboration spéciale L\u2019amour caché et l\u2019étrange étrangeté du Love Hotel Christine Montalbetti était de passage à Montréal du 23 au 25 avril pour entretenir ses lecteurs de fiction et pour participer au colloque du 15® anniversaire de Figura, centre de recherche sur le texte et l\u2019imaginaire de l\u2019UQAM, sur l\u2019imaginaire contemporain.Love Hotel, son dernier roman, cherche le secret des histoires dans la bulle faussement protégée d\u2019un hôtel de passe au Japon.GUYLAINE MASSOUTRE La rivière Kamo, Kamogawa, littéralement la «rivière aux canards», coule près de Kyoto.Prisée pour son allée bordée de cerisiers, haut lieu touristique, elle a été immortalisée par le peintre d\u2019estampes Hiroshige.Tel en est l\u2019emblème et le ton.C\u2019est lâ que Christine Montalbetti a logé Love Hotel, roman d\u2019une facture élégante et délicate, où un narrateur occidental rencontre Natsumi, une femme mariée qui lui permettra d\u2019entendre plusieurs contes et d\u2019emboîter dans le texte d\u2019anonymes littérateurs.Pour la couleur du livre, suivre l\u2019indication du titre.Love Hotel.Il s\u2019agit d\u2019une chaîne bien connue au Japon qui dit ce qu\u2019il s\u2019y fait: l\u2019amour caché, le sexe fantasmé.La mise en scène, discrète et â la carte, se débride â l\u2019intérieur, fantasque ou ludique, perverse ou sado, dans un cocon bien fermé.Pas de personnel visible.Pas de bruit.Pas de trace, mais des sensations fortes.Pour l\u2019imaginaire du lecteur, il y a aussi les contes japonais traditionnels.Ceux dont Montalbetti a rêvé d\u2019endosser les multiples personnalités, tels des héros d\u2019enfance.De multiplier les voix, les identités, les lieux, les péripéties, pour se tenir près des vies qui remontent vers la source, comme le saumon parti frayer.Et pour tenir la narration dans un écheveau de cascades.Ce qu\u2019elle fait.Japon imaginaire Dans L\u2019évaporation de l\u2019oncle (PO.L, 2011), Montalbetti s\u2019était inspirée du cinéma d\u2019Akira Kurosawa et avait créé l\u2019odyssée imaginaire d\u2019un samouraï parti â l\u2019aventure dans la forêt.Au bout de huit années de songe, de ciné-philie, de méditation sur des photographies, des images et HELENE BAMBERGER Christine Montalbetti a traqué, dans son dernier roamn, l\u2019émoi d\u2019une passion passagère, le charme de l\u2019étrange étranger/étrangère.des estampes, au cours desquelles elle fit un séjour d\u2019une semaine au Japon, le livre parut.Tout de suite après, en mars 2011, elle bénéficia d\u2019une résidence d\u2019écriture â Kyoto.Le tremblement de terre survint, suivi d\u2019un fameux tsunami.Elle dut mettre un terme â cette résidence, rentrant en Erance pleine de sensations fortes, raconta-t-elle en entretien.Love Hotel, tout empreint de ces circonstances, en est le résultat.Chargé d\u2019une expérience littéraire solide, ce roman étale avec doigté sa pâte romanesque composite, créant une atmosphère si égale que la lecture glisse sans heurt, d\u2019un tableau â l\u2019autre, d\u2019une dimension onirique â un souvenir géographique, d\u2019un flash-back fictif â une scène d\u2019amour cru au Love Hotel.Ce temps distendu aura duré quelques heures, quelques jours au plus, parenthèse d\u2019une liaison cachée qui fonce dans l\u2019appétit sexuel avec gourmandise, comme il se dissout dans le vague â l\u2019âme né d\u2019une vi- sion poétique, mélancolique.Adultère, éros et thanatos Montalbetti en dit beaucoup en peu de mots.Par son économie poétique, elle aura endigué un flot de lieux associés, d\u2019histoires entendues ou lues, de saynètes observées par une fenêtre ou le long d\u2019une rue.Elle aura traqué l\u2019émoi d\u2019une passion passagère, le glissement des spectres, le charme de l\u2019étrange étranger/étrangère, l\u2019union angoissante d\u2019amour et de mort.«Avide et ahuri», c\u2019est ainsi que se qualifie le narrateur, enténébré autant par Natsumi que par l\u2019atmosphère artificielle du Love Hotel.Bien vu.Tandis que le narrateur s\u2019empare â son tour des contes de Natsumi, il réfléchit sur la fiction.Ses sens reviennent au corps aimé, parachevant l\u2019emprise désirée.Il y a inflation d\u2019imaginaire, osmose et contamination, presque de l\u2019hallucination, tourbillon agréable, futile, lâcher d\u2019inconscient.Le temps passe dans cette narcose, accrue par la technique Deux questions à Christine Montalbetti Parlez-vous d\u2019un Japon réel ou surtout d\u2019un espace esthétique?Je dirais que c\u2019est un Japon réel (contrairement â celui du roman précédent.L\u2019évaporation de l\u2019oncle, qui était plutôt un Japon fantasmé) au sens où il s\u2019agissait pour moi de conserver une trace de ce Japon perdu, du paysage dévasté de la région de Sendai, mangé par la mer, et dont les personnages de Love Hotel parlent sans savoir que la vague est en train de les avaler.Les contes font-ils partie d\u2019une fuite \u2014 géographique, culturelle \u2014 ou sont-ils des points communs de la rencontre multiethnique?Ces contes japonais, dont le roman conserve aussi une trace, sont pour l\u2019essentiel des contes qui parlent d\u2019eau ou de catastrophe.Ils contribuent ainsi â créer une menace trouble.Les deux personnages sont enfermés dans la chambre aveugle du Love Hotel, ils n\u2019ont aucune information sur le monde extérieur et ignorent la catastrophe qui est en train de se produire.Mais les contes qu\u2019ils évoquent ne parlent en vérité que de cela.Love Hotel est aussi un roman sur le pressentiment, sur la sensation rétrospective d\u2019un pressentiment.Sur le fait que la découverte tardive d\u2019un événement douloureux nous fait parfois penser qu\u2019une part de nous était en symbiose avec cet événement.qui déshumanise et aseptise ce lieu d\u2019introspection chirurgicale.Quelque chose penche vers la catastrophe climatique qu\u2019un pressentiment annonçait.Collaboratrice Le Devoir LOVE HOTEL Christine Montalbetti PO.L Paris, 2013,171 pages / / LrrrERATURE QUEBECOISE Assemblages CHRISTIAN DESMEULES Dans un recoin de la baie des Chaleurs, en Gaspé-sie, «pays du français chantant, de la musique country, et du bluegrass, du vent, de la mer et de ses fruits», l\u2019inimaginable s\u2019est produit.Dans un village inventé où le temps semble fonctionner â rebours {«jeunes, ils ont l\u2019air vieux; vieux, ils ont l\u2019air mort»), on se souvient de 2007 comme d\u2019une année «singulière».Celle où trois adolescentes ont été assassinées.Mais la commotion n\u2019a rien révolutionné: «A Malabourg, c\u2019est toujours la faute des filles.» On se met vite, comme lecteur, â imaginer un coupable, â essayer de faire le tri entre pistes et fausses pistes.Mais Malabourg, le second roman de Per-rine Leblanc, n\u2019est pas un thriller.L\u2019identité du roman ne tarde pas â se brouiller et il nous apparaît rapidement comme ce qu\u2019il est: un roman sensuel et atmosphérique, porté par une écri- ture â même d\u2019exprimer (mais jamais trop non plus) la dureté du réel autant que sa moiteur, la laideur comme la beauté.Deux adolescents seront particulièrement affectés par ces événements.Alexis, fleuriste improvisé, apprenti parfumeur, était particulièrement proche de l\u2019une des jeunes victimes.Mina, sauvageonne, petit bourgeon de femme, observe tout cela en biais.«Dans l\u2019inventaire des filles de Malabourg dressé par Alexis, Mina, c\u2019est le pissenlit, la dent-de-lion.» Fille mélancolique dont la grand-mère amérindienne sert d\u2019inspiration rebelle, elle n\u2019a qu\u2019une envie: quitter le village pour aller s\u2019installer â Montréal, sorte de «Nouveau Monde» où elle compte entreprendre des études universitaires.Mémoire en fiole Alexis, lui, quitte Malabourg pour la France, devient parfumeur, avant de s\u2019installer â Montréal pour y ouvrir une boutique de fleuriste tout en pour- suivant ses recherches \u2014 il est obsédé par l\u2019odeur de la rose, qu\u2019il associe â l\u2019amoureuse assassinée.Les deux finiront par se retrouver et panser â deux les blessures du passé.Assimiler et distiller lentement l\u2019impensable, tandis que résonne dans les rues de Montréal, au printemps 2012, l\u2019écho des contestations étudiantes et que s\u2019exerce dans les rues de la métropole une autre forme de violence que celle qui a frappé â Malabourg.Si Malabourg fait penser aux Fous de Bassan (Seuil) d\u2019Anne Hébert \u2014 Le ravissement (L\u2019Instant même) d\u2019Andrée A.Michaud pourra aussi servir de repère \u2014, c\u2019est notamment â travers ses odeurs de littoral, ses relents d\u2019univers concentrationnaire \u2014 malgré l\u2019horizon infini \u2014 et par sa narration timidement polyphonique.Alors que la pudeur des pères «est la colonne de Malabourg, qui n\u2019a pas de centre, qui ne s\u2019est pas développé autour d\u2019une église mais le long de la route et en bordure de la mer», quelle est la colonne du roman de Perrine Leblanc?L\u2019amour?La nécessité de créer?Le mouvement vers la liberté ?Après Lhomme blanc (rebaptisé Kolia en France, gagnant du Prix littéraire du Gouverneur général en 2011), une micro-saga qui nous entraînait d\u2019un camp du Goulag jusqu\u2019en Roumanie en passant par Moscou, l\u2019écrivaine propose cette fois une histoire qui semble un peu moins zappée.Un roman où l\u2019écriture plus dense et plus sensuelle se fait aussi, d\u2019une certaine façon, plus personnelle \u2014 mais toujours aussi équilibrée, voire modérée.Malabourg, c\u2019est â la fois l\u2019histoire d\u2019une renaissance et d\u2019une seconde chance.Celle d\u2019un assemblage, aussi, qu\u2019il soit question d\u2019amour ou de parfumerie.Un processus parfois lent et complexe, volatil et invisible.«Le concentré qui repose dans la fiole numéro 8 est une histoire, et c\u2019est bien celle qu\u2019Alexis cherchait à livrer depuis longtemps.» Car de l\u2019histoire au parfum, et de la fiole au roman, on le comprend, il y a une multitude de choix â faire et de deuils â porter.Il y a tout un monde de possibles.Collaborateur Le Devoir MALABOURG Perrine Leblanc Gallimard Paris, 2014,192pages EDOUARD SUITE DE LA PAGE E 1 certaine forme de vérité de la violence.» Lui qui poursqit des études en sociologie â l\u2019École normale supérieure fait souvent référence â Pierre Bourdieu, son maître â penser, â propos de qui il a dirigé l\u2019an dernier un essai collectif, Pierre Bourdieu.L\u2019insoumission en héritage.L\u2019ouvrage, auquel a collaboré notamment Annie Emaux, est paru aux Presses universitaires de France, qui viennent d\u2019offrir â l\u2019apprenti sociologue la direction d\u2019une nouvelle collection intitulée «Les mots».«Selon Bourdieu et son prin- cipe de conservation de la violence, on est victime de violence partout, tout le temps.On finit par soi-même reproduire la violence, à d\u2019autres niveaux.Sur les étrangers, sur les femmes, les homosexuels.J\u2019ai voulu montrer comment cette violence n\u2019était pas le fait d\u2019individus, mais d\u2019une situation, de la misère aussi.Mon but n\u2019était pas de pointer des individus.D\u2019ailleurs, je ne nomme pas le village en question dans mon livre.» Les bons sauvages ruraux Ça n\u2019a pas empêché une certaine presse d\u2019aller enquêter sur place, auprès des proches de l\u2019auteur et des habitants du village.Pour conclure que l\u2019ex-Eddy Bellegueule était honni par les siens, qu\u2019ils lui en vou- laient, le reniaient, certains allant même jusqu\u2019à le menacer.Quand on alporde la question avec lui, Édouard Louis fulmine.«Il y a un certain racisme de classe derrière le fait de se rendre dans ce petit village pauvre pour montrer \u201cles bons sauvages\u201d.Et je déteste ce genre de journalisme fouille-poubelle qui oblige les gens à se reconnaître dans un livre.» Il se doutait bien que son roman allait provoquer une certaine hostilité dans son milieu d\u2019origine.Mais pour rien au monde il n\u2019aurait voulu se taire.«Yen a marre qu\u2019il y ait toujours des sujets qui soient indicibles.Parce que des gens pourraient légitimement se sentir plus blessés que d\u2019autres, il faudrait passer sous silence cette violence ?» Ce sont davantage ses lecteurs qui le préoccupent, tous ceux qui lui écrivent pour lui dire qu\u2019ils se reconnaissent en Eddy Bellegueule: «J\u2019ai conçu mon livre non seulement comme une rupture pour moi, mais comme un appel à la rupture, pour ne pas dire un appel à l\u2019insurrection, à ne pas être ce qu\u2019on a fait de nous mais ce qu\u2019on veut être.Quand on fuit, on fait fuir le système avec soi.Et fuir, c\u2019est se réinventer.» Collaboratrice Le Devoir EN FINIR AVEC EDDY BELLEGUEULE Édouard Louis Seuil Paris, 2014,224 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 AVRIL 2014 F 5 LIVRES Pourquoi lire le Journal des Concourt ?GILLES ARCHAMBAULT Pourquoi lire le Journal des Concourt?Pour la raison qui nous inclinerait à musarder dans celui de Paul Léautaud ou de Jules Renard.Le XIX® siècle finissant n\u2019est pas en littérature française une période affriolante.Il y a bien Flaubert, il y a bien Zola, mais à côté, combien de littérateurs médiocres.Ce n\u2019est pas une raison pour l\u2019ignorer.Edmond de Concourt se plaignait beaucoup de Zola, qu\u2019il accusait de le plagier.«Toute sa vie, faisant dans ses livres un bloc de choses volées aux uns et aux autres, il n\u2019a jamais su avoir en lui la confiance qu\u2019a un auteur original, personnel, ne devant rien à qui que ce soit, et pas bassement préoccupé du succès de son vivant.» De plus, il zézayait, parlait avec un accent prononcé, était goujat en tant que mari.Dans le Journal qu\u2019ont tenu Edmond et Jules de Concourt de 1851 à 1870 et dans celui qu\u2019a poursuivi seul Edmond à la mort de son jeune frère, il y a beaucoup à retenir et à oublier.Sur la vie littéraire pour commencer.Les couteaux y volaient bas.«Maupassant, un novel-liere, un très charmant conteur de nouvelles, mais un styliste, un grand écrivain, non, non !» Tel invité reçu à table ou tel hôte se voit qualifié de la pire façon.Les gens de lettres de tout temps ont eu la dent dure.Contemplatif et seul Lorsque Jules meurt à 40 ans, Edmond est inconsolable.On est en 1870, Paris est sens dessus dessous.Devra-t-il continuer seul l\u2019œuvre entreprise, le Journal, mais aussi les romans?Jules avait «une nature gaie, nerveuse, expansive».Lui, une «nature mélancolique, songeuse, concentrée», mais «deux cervelles recevant du contact du monde extérieur, des impressions identiques».Il ajoute que Jules était le perfectionniste, lui l\u2019inventeur insatiable.S\u2019il s\u2019accorde de l\u2019esprit, c\u2019est «seulement dans le tête-à-tête intime».La présence d\u2019un médiocre hâbleur peut le réduire au silence.Un silence qu\u2019il employait pour observer.On l\u2019a comparé abusivement à Saint-Simon.Les observations assassines pullulent dans le Journal.Ce mot de Musset à Augustine Brohan qui lui disait «On m\u2019a raconté que vous vous vantiez d\u2019avoir couché avec moi»: «Je me suis toujours vanté du contraire.» Ou ceci: «Quels sont, en ce moment, les trois dieux de la jeunesse?Ce sont Baudelaire, Villiers de L\u2019Isle-Adam, Verlaine: certes trois hommes de talent, mais un bohème sadique, un alcoolique, un pédéraste assassin.» Edmond se reconnaît antisémite.Rapportant un propos % FELIX NADAR Les frères Edmond et Jules de Goncoiu-t avaient la dent diu-e, comme les gens de lettres de tout temps.Oui, dans mon journal, fai voulu recueillir tout ce qui se perd de curieux dans la conversation)} Edmond de Goncourt, 3 octobre 1895 d\u2019un médecin qui estime que «dans une cervelle sémite tout est tarifé: choses honorifiques, choses de cœur, choses quelconques», il ne trouve rien à redire.Comme Alphonse Daudet, il était l\u2019ami d\u2019Edouard Dru-mont, homme politique, sinistre fondateur de la ligue nationale antisémitique de France.Pour ce qui est des femmes, il épouse toutes les sottises de son temps: «À la bonne, à la mauvaise humeur d\u2019un homme, il y a toujours une raison.Chez la femme, rien de pareil.Elle est subitement traversée par un courant de gaîté ou de tristesse noire, sans cause ni raison.» La petite vie littéraire Heureusement il aime les chats.Il a aussi des mots tendres pour Pélagie, la vieille bonne qui veille sur son frère et sur lui.Les souffrances du peuple de Paris ou des paysans, il ne s\u2019en soucie guère.Son monde est celui des dramaturges, des romanciers, des peintres (son frère et lui avaient hésité avant de devenir écrivains), d\u2019une certaine bourgeoisie et d\u2019une petite noblesse.Il dénonce l\u2019hypocrisie des critiques de théâtre, les accusant de transformer en triomphe ce qui n\u2019était qu\u2019accueil poli.«Je ne trouve chez moi pendant toute ma jeunesse aucun désir de devenir une personnalité de premier plan.Je n\u2019avais que l\u2019ambition d\u2019une vie indépendante, où je m\u2019occuperais paresseusement d\u2019art et de littérature, mais en amateur et non, ainsi que cela a été, en forçat de la gloire.» Ces mots, il les écrit moins d\u2019un an avant sa mort survenue en 1896.Ce forçat de la gloire se croit régulièrement victime d\u2019injustice.De croiser Alphonse Daudet, Sainte-Beuve ou Flaubert dans des réunions mondaines ou dans son antre, le Grenier, lui est souvent prétexte de revendications et de pures méchancetés qui peuvent nous réjouir et jeter un éclairage nouveau sur des personnalités qui ne sont pas toutes oubliées.On apprend par exemple qu\u2019Auguste Rodin est inconsolable du nouvel abandon de Camille Claudel.Rien évidemment sur la détresse morale de la sœur de l\u2019auteur du Soulier de satin.La compassion n\u2019est pas chez les Goncourt une habitude.J\u2019en conviens, il faut pour prendre connaissance d\u2019un journal aussi abondant avoir devant soi plusieurs heures de loisir.Je ne regrette pas d\u2019y avoir consacré des jours entiers.Histoire de vérifier les grandeurs et les petitesses de toute vie littéraire.Collaborateur Le Devoir JOURNAL Mémoires de la vie LITTÉRAIRE Edmond et Jules de Goncourt Edition de Robert Ricatte Robert Laffont Paris, 2014, tome I, 1218 pages tome II, 1292pages tome III, 1462 pages ESSAIS De la nécessité d\u2019enseigner l\u2019inutile Réflexions de Nuccio Ordine sur l\u2019importance des humanités RENAUD LUSSIER Dans son dernier essai, Nuccio Ordine, professeur de littérature â l\u2019Université de la Calabre, partage ses réflexions sur l\u2019importance des humanités dans le contexte actuel, qu\u2019il décrit comme un temps de crise, d\u2019obsession â l\u2019égard de l\u2019utilité et de la rentabilité du savoir.L\u2019utilité de l\u2019inutile prend la forme d\u2019une défense du savoir et de la culture dans une perspective humaniste en revenant sur une question fondamentale : comment peut-on rendre l\u2019humanité plus humaine ?Ordine encourage avec conviction la lecture des classiques de la philosophie et de la littérature, plaide pour la valorisation de ces disciplines que l\u2019on juge trop souvent inutiles et qui sont pourtant si riches en enseignement.«[.] la prétendue inutilité des classiques peut en réalité se révéler un instrument des plus utiles pour nous rappeler [.] que la possession et le profit sont mortels, alors que la recherche déliée de toute obligation utilitariste peut rendre l\u2019humanité plus libre, plus tolérante et plus humaine».L\u2019au- teur propose une sélection d\u2019extraits de philosophes, parmi lesquels on trouve Platon, Aristote, Montaigne, Kant, ou d\u2019écrivains, tels Ovide, Dante, Dickens, Calvino, Ionesco, extraits qui permettent de réfléchir sur cette notion d\u2019« utilité», sur les raisons d\u2019étre de ces savoirs ou de ces pratiques artistiques, dont les objectifs vont au-delâ de l\u2019atteinte d\u2019un profit monnayable.Ordine Force du futile Dans ses Quelques pensées sur l\u2019éducation (1693), John Locke reprochait aux parents de cultiver le talent poétique de leurs enfants ; l\u2019air du Parnasse était certes agréable, mais le sol de la montagne mythique, infertile, et il valait mieux chercher ailleurs pour trouver l\u2019or et l\u2019argent.L\u2019image n\u2019est pas sans lien avec la situation actuelle et Ordine pose clairement le problème de l\u2019avenir des humanités, celui de la vocation des établissements scolaires, des universités en particulier, qui se voient de encourage avec conviction la lecture des classiques de la philosophie et de la littérature plus en plus contraintes â des exigences de rentabilité, de professionnalisation, au détriment de l\u2019enseignement des savoirs fondamentaux et de la recherche, qui se soustrait â la logique du marché.Par ailleurs, la revendica-tion de la gratuité du savoir devrait pouvoir rallier humanistes et scientifiques si l\u2019on se rappelle que «les découvertes fondamentales qui ont révolutionné l\u2019histoire de l\u2019humanité sont en grande partie le fruit de recherches éloignées de tout objectif utilitaire».L\u2019auteur présente dans son « manifeste » un court texte d\u2019Abraham Flexner (1866-1959), penseur de l\u2019éducation, qui, â la fin des années 30, citait en exemple quelques découvertes scientifiques majeures dans les domaines des télécommunications, de l\u2019électricité ou de la bactériologie.L\u2019UTILITE DE L\u2019INUTILE rendues possibles grâce â des recherches qui n\u2019avaient a priori aucune finalité pratique : « Elexner nous montre de manière remarquable que la science a beaucoup à nous apprendre sur l\u2019utilité de l\u2019inutile et que, aux côtés des humanistes, les scientifiques ont joué et continuent de jouer un rôle essentiel dans la bataille qu\u2019il faut mener contre la dictature du profit, pour défendre la liberté et la gratuité de la connaissance et de la recherche.» Soulignons l\u2019heureux succès de cet essai qui a été l\u2019un des livres les plus vendus dans les librairies italiennes en 2013 et qui n\u2019aura certainement pas été inutile.Collaborateur Le Devoir L\u2019UTILITÉ DE L\u2019INUTILE Manifeste Nuccio Ordine Traduit de l\u2019italien par Luc et Patrick Hersant Les Belles Lettres Paris, 2014, 272pages La Vitrine CHANTAL THOMAS Un air de liberté Variations sur l'esprit ESSAI UN AIR DE LIBERTE Variations sur l\u2019esprit DU XVIIF SIÈCLE Chantal Thomas Manuels Payot Paris, 2014, 296 pages « On ne dira jamais assez de quelles possibilités de voyages immobiles, de voluptés inédites, de pensées neuves, de forces de résistance et de distance, se privent les gens qui ne lisent pas.» C\u2019est avec cet enthousiasme que la passionnante Chantal Thomas nous présente quelques figures inépuisables du siècle agité des Lumières.Livre de livres, cet essai sur l\u2019hédonisme le pratique sur tous les plans.Manière de penser et d\u2019agir, langue alerte, conversation, sensualité, tout ce qui fait les vies électriques et enfiévrées contamine les démons intérieurs de l\u2019experte auteure.Elle a toutes les qualités de sa spécialité, le savoir, l\u2019exactitude, les détails vrais.Elle sait aussi se raconter elle-même, animant son amour du XVIH® siècle par un récit au présent.On y croise Sade, Casanova, Beaumarchais, M\u201c® de Staël, Marie-Antoinette, Mme (jg Tencin et M\u201c® Roland.Cette dernière osa prendre la plume au féminin.Thomas insiste sur l\u2019esprit subversif du libertin, sur sa jouissance volontairement excessive, ajoutant qpe l\u2019excès d\u2019amour est toujours une maladie du manque.A lire, vraiment.Cet essai fait vivre des portraits : les moments choisis dans ces chapitres brefs claquent autant qu\u2019un roman de cape et d\u2019épée.Ce qui est savant disparaît sous la légèreté jubilatoire de le raconter.L\u2019auteure participe au festival Metropolis bleu les 2 et 3 mai.Guy laine Massoutre Pr Bertrand Dautzenberg POUR EN FINIR AVEC LE TABAC?Les réponses à toutes vos questions ESSAI L\u2019E-CIGARETTE POUR EN FINIR AVEC LE TABAC ?Bertrand Dautzenberg Belles éditions Bruxelles, 2014, 224 pages Après le D\"^ Philippe Presles et son excellent La cigarette électronique (L\u2019Homme, 2014), c\u2019est le tour, maintenant, du pneumologue français Bertrand Dautzenberg de vanter les mérites de l\u2019e-cigarette nicotinée dans une démarche de réduction ou d\u2019abandon du tabac.Le médecin ne recommande pas ce produit, dont l\u2019utilisation â long terme comporte encore des inconnues, aux non-fumeurs, mais il n\u2019hésite pas â le suggérer aux fumeurs.«Il est possible d\u2019affirmer ici, avec une très grande certitude, que l\u2019e-cigarette est infiniment moins dangereuse que le tabac», écrit-il dans ce livre qui fait le tour de la question.Plus didactique et moins enthousiasmant que l\u2019essai du D\"^ Presles, l\u2019ouvrage de Dautzenberg en arrive â la même conclusion quant â l\u2019e-cigarette nicotinée : elle çst efficace.Mon expérience récente leur donne raison.A quand une réglementation canadienne qui permettra la vente libre de ce produit aux adultes ?Louis Cornellier Yamabuki « C\u2019est le rythme saccadé donné par ses courtes phrases sans fioriture.C\u2019est tout ce qui vibre derrière la retenue, les non-dits.C\u2019est la densité derrière l\u2019apparente simplicité.[.] On finit par être complètement envoûté par ce roman minutieusement construit.On est touché aussi, ému.Bien au-delà de ce qu\u2019on aurait imaginé.» Danielle Laurin, Le Devoir 514 524-5558 lerrieac@lemeac.com /-X il E9E9 a Québec ra ra ® F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 AVRIL 2014 ESSAIS Lectures des séries Louis CORNELLIER a culture québécoise, écrit le professeur de littérature Benoît Melançon dans Langue de puck.Abécédaire du hockey, est traversée par le hockey.» Ça se voit et ça s\u2019entend ces jours-ci, alors que les Canadiens cartonnent.Mais il y a plus.La récente campagne électorale en a fourni une preuve supplémentaire.Le chef libéral Philippe Couillard a martelé à plusieurs reprises que son parti présentait les meilleurs «trios» en santé et en économie.Trois jours avant le vote, le chef caquiste François Legault s\u2019est exclamé: «On va gagner le match, lundi!» En formulant ses demandes électorales à titre de maire de Montréal, Denis Coderre a lancé: «Qu\u2019on nous passe la puck, on va en compter,^ des buts.» Même Françoise David a évoqué le hockey lors du deuxième débat des chefs.Comme le note le collègue Jean Dion dans la préface de ce livre, «le sport national des Québécois n\u2019est pas le hockey.C\u2019est parler de hockey.Dans nos mots ».Ce sont ces mots, souvent devenus des clichés, que s\u2019amuse à présenter Benoît Melançon dans cet abécédaire qui se veut une fête du français québécois sportif.Nous aimons, c\u2019est une évidence, le hockey, et ça paraît dans notre langue.Au Québec, une phrase comme «Béliveau purgeait une mineure sur le banc des punitions» ne fait même pas tiquer.Pourtant, quand on y pense.Melançon montre bien que le vocabulaire hockeyistique québécois est inventif.Pre- SOURCE DEL BUSSO Une illustration de Julien Del Busso tirée du livre Langue de puck.Abécédaire du hockey, dans lequel le professeur de littérature Benoît Melançon présente les mots du français québécois sportif.nons, par exemple, l\u2019univers du gardien de but, aussi appelé cerbère, portier ou goa-ler.Ce dernier a une mitaine dans une main, pour capter la rondelle (ou «la noire», comme le disait Pat Burns), et un «biscuit» (ou bouclier, bloqueur) dans l\u2019autre.Il utilise la plupart du temps le style papillon, ce qui ne l\u2019empêche pas, parfois, à\u2019«être faible entre les jambes», une situation plutôt embêtante dans un sport aussi viril.S\u2019il se blesse dans cette région, les «hommes de hockey» qui dirigent l\u2019équipe parleront d\u2019une blessure «au bas du corps» (catégorie qui inclut les douleurs «à la laine» d\u2019Henri Richard).Parfois, c\u2019est le «haut du corps» qui est affecté (où l\u2019on retrouve la célèbre «surbite» de Boum Boum Geoffrion).Claude Julien, entraîneur des Bruins de Boston, a même déjà parlé, tout sim- plement, d\u2019une blessure «au corps».Ça, c\u2019est souffrant.Moqueur à l\u2019endroit des «joueurnalistes», ces anciens joueurs «reconvertis dans le commentaire sportif» sans nécessairement maîtriser le français (ce qui nous vaut une avalanche de calques de l\u2019anglais, comme l\u2019atroce «signer un joueur»), Melançon nous apprend au passage qu\u2019il faut bel et bien dire les Canadiens de Montréal (et non le Canadien) et que l\u2019expression « tour du chapeau» renvoie à l\u2019univers de la magie ou du cricket.Pour agrémenter cette réjouissante exploration lexico-sportive, Melançon a parsemé son ouvrage de citations de chansons et d\u2019œuvres littéraires québécoises utilisant la «langue de puck».Il a, comme on dit, donné son 110% afin que ça sente vraiment la coupe, ce printemps.On le félicite.Hockey apocalyptique «En tant que spec- ^ tacle, ce sport est devenu une véritable drogue, se désole un des personnages de Hockeyeurs cybernétiques.Les magnats du hockey sont des trafiquants de rêve.Ils souhaitent seulement engourdir la population, lui faire oublier ses problèmes.Et ça marche ! Quand les gens regardent un match, ils n\u2019existent plus.Leur cerveau est éteint.» Roman jeunesse de science-fiction d\u2019abord paru en quatre tomes, de 1983 à 1993, et publié en version intégrale l\u2019an Benoît Melançon Abécédaire du hockey dernier.Hockeyeurs cybernétiques, de Denis Côté, est une œuvre époustouflante, qui nous plonge dans un avenir apocalyptique, cadencé par des matchs de hockey opposant des hockeyeurs esclaves à des robots.Inspiré autant par le 1984 d\u2019Orwell que par Le meilleur des mondes d\u2019Huxley, le Freedom State imaginé par Côté est un univers totalitaire dans lequel la majorité des citoyens, les « Inactifs », sont réduits à la misère et soumis à une pression policière permanente, dirigée par des vieillards cadavériques ultraca-pitalistes technologiquement assistés qui assurent leur domination grâce à des robots.Michel Lenoir, le meilleur joueur de hockey au monde, sortira de son aveuglement grâce à une des dernières journalistes libres de cet enfer et fomentera, en compagnie d\u2019inactifs demeurés lucides, une révolution.Récit dantesque haletant qui avance au rythme d\u2019un match de hockey démentiel en multipliant les rebondissements inattendus, ce très singulier roman est une charge contre le capitalisme sauvage, destructeur de l\u2019humanité et de l\u2019environnement, contre la propagande médiatique et contre la fuite en avant technologique.Il a l\u2019air d\u2019un roman pour ados qui évoque l\u2019avenir, mais ne vous y trompez pas : il s\u2019agit d\u2019un solide roman de science-fiction pour tous qui parle des noirceurs du présent.À qui la faute ?Avec C\u2019est la faute à Patrick Roy, quatrième tome d\u2019une populaire série de romans pour ados se déroulant dans l\u2019univers de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, on renoue avec un réalisme un peu terne.Enlevant, le récit mené par le journaliste sportif Luc Gélinas est toutefois rédigé dans un style terre à terre qui lui fait perdre du lustre.Les clichés sportifs (l\u2019important, c\u2019est de travailler fort, «garde les choses simples», le hockey est un sport d\u2019émotions, etc.), ici, abondent, un peu comme si nous étions dans un Lance et compte pour ados.Félix Riopel, le jeune hockeyeur-héros de cette série, frappe maintenant à la porte de la LNH.On devine qu\u2019il jouera pour les Kings de Los Angeles dans le tome v.Ses exploits sportifs sont plaisants à suivre, mais prennent presque toute la place, ce qui rend la trame narrative de plus en plus mince à mesure que la série avance.Pourtant, comme le disait l\u2019ex-Canadien Stéphane Richer, il n\u2019y a pas que le hockey dans la vie.louisco@sympatico.ca LANGUE DE PUCK Abécédaire du hockey Benoît Melançon Del Busso Montréal, 2014, 128 pages HOCKEYFURS CYBERNETIQUES L\u2019intégrale Denis Côté Soulières Saint-Lambert, 2013, 504 pages Ç\u2019EST LA FAUTE A PATRICK ROY Tome iv Luc Gélinas Hurtubise Montréal, 2014, 272 pages Occupy Wall Street décortiqué David Graeber donne un sens au mouvement qu\u2019il a contribué à faire naître MICHEL LAPIERRE Le mouvement Occupy Wall Street n\u2019est pas mort après l\u2019éviction par la police des manifestants de New York en novembre 2011, selon l\u2019anthropologue David Graeber, l\u2019un de ses initiateurs.Dans son essai Comme si nous étions déjà libres, le militant américain, qui s\u2019en fait l\u2019interprète éloquent, le voit comme une réussite en soutenant (\\\\f«une fois les horizons politiques de la population élargis le changement est permanent» dans les esprits.Graeber fait ressortir avec bonheur le caractère unique du mouvement.Grâce à une conjoncture internationale propice (attente d\u2019une réaction populaire à la débâcle financière de 2008, manifestations des indignés en Espagne et ailleurs, contestations en Tunisie et en Egypte), Occupy n\u2019est-il pas apparu, grâce aux médias sociaux et aux médias traditionnels, comme le symbole d\u2019une révolte mondiale contre les oligarchies?Le phénomène a révélé que la conscience sociale de la partie éveillée de la jeunesse américaine se rapprochait de son équivalent dans beaucoup d\u2019autres pays, malgré d\u2019inévitables différences.Même un groupe d\u2019intellectuels chinois dissidents a envoyé un message de solidarité aux protestataires new-yorkais: «La grande ère de la démocratie populaire est à nos portes, prête à changer le cours de l\u2019histoire!» Travailleuses La fortune ne sourit qu\u2019à une infime minorité.Graeber rappelle que «la génération d\u2019Américains nés vers la fin des années 1970 est la première dans l\u2019histoire du pays à envisager un niveau de vie inférieur à celui de ses parents».D\u2019autre part.Occupy marque la disparition du fossé qui séparait la jeunesse intellectuelle militante de l\u2019ensemble des travailleurs.Aux Etats-Unis, la classe laborieuse politisée comprenait surtout des pères de famille travaillant dans l\u2019industrie de l\u2019automobile et la métallurgie.Graeber signale: «Aujourd\u2019hui, cette classe sera surtout composée de mères monoparentales qui travaillent comme enseignantes ou injîrmières.» La frange des contestataires tend à fusionner avec une couche formée en grande partie de travailleuses très scolarisées, syndiquées et enclines à la dissidence.Faut-il s\u2019étonner qu\u2019Occupy, solidaire de cette classe progressiste, désillusionnée par les promesses de changement non tenues de Barack Obama, ne revendique rien de précis, mais préfère témoigner d\u2019un profond désarroi qui parle de lui-même?Graeber, qui se réclame d\u2019un anarchisme pacifique, est fier d\u2019appartenir à la minorité radicale qui a été l\u2019âme d\u2019une protestation globale, antithèse du capitalisme et, par là, expression d\u2019un programme aussi tacite qu\u2019ambitieux.«Annulationplanétaire» des dettes et «réduction des heures de travail», voilà les seules demandes que Graeber formule.Il le fait discrètement, comme s\u2019il craignait de profaner la résistance silencieuse et poignante d\u2019une jeunesse à l\u2019avenir menacé.Collaborateur Le Devoir COMME SI NOUS ÉTIONS DEJA LIBRES David Graeber Traduit de l\u2019anglais (américain) par Alexie Doucet Lux Montréal, 2014, 278 pages JOHN MOORE GETTY IMAGES NORTH AMERICA AGENCE ERANCE-PRESSE Le phénomène Occupy Wall Street a révélé une conscience sociale de la jeunesse américaine semblable à celle d\u2019ailleurs dans le monde.olivieri Librairie & Bistro L tA tA Le Lundi 28 avril À18h30 Michel Julien Une fin en soi Pierre Ouellet Ruées David Courtemanche Jours blancs Nadine Ltaif Hamra, comme par hasard Nouveautés Printemps 2014 1 Titions du Noroît À la librairie Olivieri 5219 Côte-des-Neiges RSVP : 514-739-3639 Bistro: 514-739-3303 Paul Chanel Malenfant Francis Catalano CŒUR DES ESQUISSES l'Hexagi Paul Chanel Malenfant PAUL-MARIE LAPOINTE Le réel absolu Sylvie Dion PASSAGERE DES LIMBES O l\u2019Hexagone Sylvie Dion Paul-Marie Lapointe l\u2019Hexagone Une société de Québécor Média Des voix qui portent."]
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