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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2014-04-26, Collections de BAnQ.

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[" Architecture : Le Japonais Shigeru Ban crée des structures d\u2019urgence Page b 6 Michei David : Philippe Couillard ou Héraclite en politique Page b 3 Manon Corneiiier : le Sénat, la Cour suprême et le gouvernement Page b 2 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 AVRIL 2014 Québec Le plan de match Jean Charest s\u2019y était essayé en arrivant au pouvoir en 2003.Ça s\u2019appelait la réingénierie, un concept fumeux de sous-traitance emprunté au secteur privé.Onze ans plus tard, Philippe Couillard entend réussir là où son prédécesseur a échoué : réformer en profondeur les finances publiques du Québec.Même s\u2019il n\u2019en a guère parlé en campagne électorale et même si l\u2019exercice ressemble étrangement au « saccage » que la Coalition avenir Québec, selon ses dires, promettait.ROBERT DUTRISAC Correspondant parlementaire à Québec CA est un grand classique.Le / parti nouvellement élu découvre un trou dans les finances publiques qui le pousse à revoir ses plans et à imposer des coupes imprévues.Un trou que des experts indépendants, après avoir épluché les données financières du gouvernement, ont commodément révélé au lendemain de l\u2019élection.En 2003, c\u2019était l\u2019ancien vérificateur général du Québec Guy Breton qui s\u2019était chargé de la besogne à la demande de Jean Charest.Il avait découvert un trou de 4,3 milliards, ce qui n\u2019avait pas, malgré tout, empêché le ministre des Finances à l\u2019époque, Yves Séguin, de signer un budget sans l\u2019ombre d\u2019un déficit.Cette fois-ci, Philippe Couillard a fait appel au fiscaliste Luc Godbout et à l\u2019économiste Claude Montmarquette, deux experts dont les thèses sont bien connues.Le premier milite pour une réforme de la fiscalité depuis des années et a lancé maints avertissements relatifs aux effets délétères du vieillissement de la population sur l\u2019état des finances publiques du Québec.L\u2019autre expert, c\u2019est Monsieur Tarification, qui a signé avec Joseph Facal un rapport en 2008 qui préconisait, notamment, une hausse draconienne des tarifs d\u2019électricité et des droits de scolarité.Tant Montmarquette que Facal avaient signé le manifeste des lucides.Quand, pour pondre un rapport, on choisit les experts dont on connaît les idées, on n\u2019est guère surpris par leurs conclusions.Que Philippe Couillard épouse leurs vues, c\u2019est peu dire.Il s\u2019est empressé de brandir ce rapport, question de préparer les esprits à la réforme qu\u2019il a esquissée jeudi.En 2003, Jean Charest s\u2019était servi du rapport Breton pour barbouiller le gouvernement pé-quiste, dont il s\u2019apprêtait à démanteler les institutions de capital de risque, au premier chef la Société générale de financement que dirigeait un certain Claude Blanchet.Aujourd\u2019hui, Philippe Couillard fait les choses avec plus d\u2019élégance, se refusant au traditionnel « déchirage de chemise » sur le dos du précédent gouvernement.Mais le procédé est semblable.La croissance C\u2019est une opération de conditionnement de l\u2019opinion publique, experts à l\u2019appui, que mène le premier ministre.Non pas que les constats que font Godbout et Montmarquette soient erronés.La plupart des économistes sérieux au Québec font les mêmes.La croissance économique au Québec sera faible en raison du cqntexte démographique et les revenus de l\u2019Etat seront à l\u2019avenant.Les Québécois qui prennent leur retraite sont maintenant plus nombreux que ceux qui font leur entrée sur le marché du travail.«Ce sont des changements structurels qui dépassent les changements de gouvernement», a reconnu jeudi Philippe Couillard.L\u2019ancien ministre des Finances, Nicolas Marceau, avait admis du bout des lèvres que le déficit du Québec était structurel.Mais la stratégie du gouvernement Marois, axée sur le seul contrôle des dépenses, se limitait à miser sur un retour de la croissance, sur une providentielle embellie.Sur cette question, Pauline Marois était d\u2019une autre époque, une époque de croissance démo^aphique.En soi, le déficit du Québec n\u2019est pas catastrophique.L\u2019Ontario est aux pi^ises avec un déficit beaucoup plus important.A la différence de l\u2019Ontario toutefois, la charge fiscale que supporte les contribuables québécois est élévée, dans un contexte nord-américain.«Il nous reste très peu de tampon, de marge de manoeuvre par rapport à d\u2019autres économies nord-américaines», a résumé Philippe Couillard.Il faut aussi souligner que le Québec, en rai- JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Philippe Couillard s\u2019est empressé de préparer les esprits aux réformes qu\u2019il veut faire.son justement du déclin démographique, cherche à diminuer sa dette publique ; il s\u2019agit non seulement de ne pas alourdir la dette, mais de réduire son poids relatif.De fait, si le gouvernement Couillard parvenait, dans son budget de l\u2019an prochain, à afficher un déficit de 1,75 milliard, comme il s\u2019y est engagé, le Québec serait en équilibre budgétaire puisque le Fonds des générations reçoit environ la même somme.En 2003, Jean Charest avait adopté une démarche teintée d\u2019idéologie avec cette réingénierie, un buzz word des années 90 qui était d\u2019ailleurs délaissé dans le secteur privé au moment oq le gouvernement libéral l\u2019adoptait.L\u2019Etat québécois s\u2019est délesté de son expertise en informatique et au ministère des Transports avec les résultats que l\u2019on ,sait.La croissance des dépenses de l\u2019État n\u2019a pas vraiment ralenti et les coûts de la corruption et de la collusion ont fait gonfler la dette publique.Philippe Couillard fait les choses avec plus d\u2019élégance que son prédécesseur à la tête du PLQ Pragmatisme Cette réingénierie avortée n\u2019avait d\u2019ailleurs pas manqué de soulever une levée de boucliers de la part des centrales syndicales, et plus généralement de ce qu\u2019on appelle la société civile.«On n\u2019a pas voté pour ça», clamait le slogan.Le gouvernement Charest, dont l\u2019impopularité avait bondi, n\u2019avait pas réussi à vendre son plan.L\u2019approche de Philippe Couillard est plus pragmatique.Une révision de la fiscalité peut donner quelques points de pourcentage de plus à la croissance : moins d\u2019impôt sur le revenu des particuliers et des entreprises et une taxe de vente plus élevée, proposent Godbout et Montmarquette, comme bien d\u2019autres.On ne peut non plus avoir d\u2019objecdon de principe à la révision permanente des programmes que mettra en place le gouvernement Couillard.C\u2019est quand tomberont les recommandations de cette nouvelle Commission de révision permanente des programmes que les choses vont se corser, quand la liste des programmes à abolir ou à limiter sera dévoilée.«On n\u2019a pas besoin au Québec d\u2019avoir toujours le programme le plus luxueux», a déclaré le premier ministre.Et Dieu sait que le Québec en possède, des programmes luxueux, selon des critères canadiens : garderies, assurance parentale, indemnisation des victimes d\u2019actes criminels, services fournis par l\u2019économie,sociale, etc.Sans parler qu\u2019historiquement, l\u2019État québécois a des prétendons nationales que les autres provinces n\u2019ont pas.Et c\u2019est vrai que les électeurs n\u2019ont pas vraiment voté pour ça.Sauf ceux qui ont opté pour la Coalition avenir Québec.Or ce n\u2019est pas la première fois qu\u2019un parti vole les idées à une autre formation politique.La vitesse à laquelle cette conversion s\u2019est faite peut laisser songeur.Mais il faut plutôt croire que Philippe Couillard ne fait que suivre son plan de match.Le Devoir IRAK Un pays en mal de stabilité CLAUDE LÉVESQUE Mercredi prochain, les Irakiens iront aux urnes dans le cadre d\u2019élections législatives pour la quatrième fois depuis la chute de Saddam Hussein en 2003.Le premier ministre sortant, Nouri al-Maliki, est candidat à sa succession et on s\u2019attend en général à ce qu\u2019il l\u2019emporte.II dirige le gouvernement irakien depuis mai 2006.Si on est optimiste, on peut y voir un signe de stabilité.La réalité est que l\u2019Irak est tout sauf stable.Un exemple récent: la commission électorale a démissionné en bloc il y a un mois, se plaignant d\u2019interventions politiquement motivées de la part de juges et de parlementaires.De l\u2019avis de plusieurs, l\u2019emprise du chiite al-Maliki sur le pouvoir repose sur sa façon de plus en plus autoritaire de gouverner.Il y a pire : depuis un peu plus d\u2019un an, il ne se passe pas une semaine \u2014 disons plutôt qu\u2019il ne se passe pas deux jours \u2014 sans qu\u2019un attentat fasse des dizaines de victimes.L\u2019hebdomadaire The Economist parle de 9000 personnes tuées en 2013 et de 2000 depuis le début de 2014, dans des attaques à la bombe.Certains jours, ce sont une douzaine d\u2019engins qui sautent dans le pays.Ces attentats visent les symboles du gouvernement dominé par la majorité chiite ou de simples citoyens appartenant à cette majorité, quand ce ne sont pas les chefs de tribu sunnites qui s\u2019étaient laissé convaincre par les Américains de combattre al-Qaïda vers 2007.Les attentats presque quotidiens qui avaient endeuillé l\u2019Irak à cette époque sont donc redevenus la norme.Il y a quelques jours, une fusillade a éclaté dans un bureau électoral dans la région riche en pétrole de Kirkouk, qui constitue une véritable poudrière parce qu\u2019elle est disputée par les Arabes, les Kurdes et les Turcs.Au vieux conflit religieux entre sunnites et chiites pourrait bientôt s\u2019ajouter un conflit ethnique.Contexte difficile On dit souvent qu\u2019un pays est condamné à faire la politique de sa géographie.Dans le cas de l\u2019Irak, il serait peut-être plus juste de dire qu\u2019il subit sa géographie et son histoire.Assis sur d\u2019immenses réserves d\u2019hydrocarbures, l\u2019Irak se trouve sur la ligne de front du vieux conflit entre les deux branches rivales de l\u2019islam, conflit que les pétromonarchies d\u2019une part et l\u2019Iran des ayatollahs d\u2019autre part instrumentalisent à leurs fins.Depuis mars 2011, la guerre civile en Sjnie, qui s\u2019inscrit d\u2019ailleurs dans ce jeu de puissance, est venue compliquer les choses.Alors que les Irakiens constituaient le plus important contingent de réfugiés dans le monde il y a quelques années, leur pays accueille maintenant des milliers de réfugiés en provenance de la Sjnie.«Les groupes rebelles accusent le gouvernement de Bagdad d\u2019appuyer le régime de Bachar al-Assad.La communauté internationale voit d\u2019un mauvais œil ce soutien, mais ne veut pas lâcher l\u2019Irak, les Américains en particulier.La crise syrienne est en train d\u2019affecter tous les pays voisins.On ne peut donc pas négliger la situation régionale lorsqu\u2019on considère les élections en Irak», explique Henry Habib, professeur VOIR PAGE B 2 : IRAK KARIM KADIM AGENCE ERANCE-PRESSE Nouri al-Maliki B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 AVRIL 2014 PERSPECTIVES Lâcheté constitutionnelle ((T\"' V ^ A Manon CORNELLIER à Ottawa Cy est fait.La réforme du Sénat que disait espérer le premier ministre Stephen Harper est bel et bien enterrée.La Cour suprême du Canada a confirmé ce que tout le monde répète depuis des lustres, à savoir qu\u2019Ottawa ne peut simplement en faire à sa tête en matière de réforme des institutions fondamentales du pays.Et le Sénat en est une.C\u2019est d\u2019ailleurs la première ligne de l\u2019avis unanime rendu hier.Le fédéral doit, pour procéder, s\u2019entendre avec une majorité de provinces.Et s\u2019il veut abolir la Chambre haute, U doit avoir l\u2019appui de toutes les provinces et du Sénat.Point à la li^e.Cela paraît une évidence, mais M.Harper a passé huit ans à nier la réalité.Huit années au cours desquelles il a multiplié les tentatives de réforme au moyen de projets de loi voués à l\u2019échec.Cela avait l\u2019avantage de lui donner des munitions pour attaquer ses opposants et fouetter ses troupes pour qu\u2019elles garnissent les caisses de son parti, mais cela ne l\u2019a mené nulle part.On se demande bien s\u2019il y a même cru, à cette réforme.Car à moins d\u2019être totalement aveugle aux exigences de la procédure de modification de la Constitution et de ne rien comprendre à l\u2019histoire et aux principes sous-jacents du fédéralisme canadien, il ne pouvait pas ignorer que ce qu\u2019il tentait de faire en trahissait l\u2019esprit.11 n\u2019a jamais tenté de rallier les provinces à sa cause.11 a seulement misé sur la mauvaise réputation du Sénat et l\u2019indignation suscitée par les derniers scandales pour faire monter la pression populaire en faveur de l\u2019abolition ou d\u2019une réforme en profondeur.Et maintenant que cette indignation est à son comble, il se dit déçu et déclare forfait.À l\u2019entendre, toutefois, il veut une réforme, les Canadiens aussi.«Ceci est une décision en faveur du statu quo, un statu quo que virtuellement aucun Canadien n\u2019appuie», a-t-il dit hier.Le hic est que tout ce beau monde veut modifier la Constitution par la bande, mais sans parler Constitution.M.Harper ne fera rien pour changer cet état d\u2019esprit, ni pour mobiliser les provinces.Trop risqué.Trop déchirant.Surtout, disent plusieurs, que \u2014 ô horreur ! \u2014 certaines provinces pourraient refuser de s\u2019en tenir au dossier du Sénat, en particulier le Québec qui ne signera la Constitution qu\u2019à la condition de voir ses demandes respectées.Certains fabulent quant à la tenue d\u2019un référendum sur l\u2019abolition du Sénat afin d\u2019exercer une pression sur les provinces.Ce stratagème aurait sûrement un effet politique, mais ne dispenserait pas le gouvernement de se plier à la procédure de modification.Et que ferait-il si une majorité d\u2019électeurs d\u2019une province se prononçait contre son projet?Ce serait le retour à la case départ.Ce n\u2019est pas la Cour suprême qui bloque toute discussion constitutionnelle, mais le manque de véritable volonté politique.On aime répéter qu\u2019avec une procédure de modification aussi complexe, il faut attendre que le terreau soit fertile pour bouger.Mais pour qu\u2019il devienne fertile, il faut prendre le temps de le labourer et y mettre de la conviction.C\u2019est cela que M.Harper et tous ces gens qui jurent vouloir une réforme refusent de faire.Les conservateurs ont toujours affirmé que les changements proposés étaient circonscrits.Mais faire élire les sénateurs ou limiter leur mandat a un impact sur la nature de l\u2019institution, comme l\u2019a rappelé la Cour, qui a dû, encore une fois, donner une leçon d\u2019histoire au gouvernement.Le Sénat, écrivent les juges, «se situe au cœur des ententes ayant donné naissance à la fédération canadienne».Les auteurs de la Constitution l\u2019ont conçu de manière à ce que cette chambre porte un «second regard attentif» sur les mesures législatives, loin des pressions de l\u2019arène partisane et sans la légitimité démocratique que confère une élection.«Le contraste entre l\u2019élection des députés à la Chambre des communes et la nomination des sénateurs par l\u2019exécutif ne représente pas un accident de l\u2019histoire, dit la Cour.Les rédacteurs de la Loi constitutionnelle de 1867 ont délibérément choisi le mode de nomination des sénateurs par l\u2019exécutif pour que l\u2019institution où ils siègent puisse jouer le rôle précis d\u2019organisme législatif complémentaire chargé de porter \u201cun second regard attentif aux projets de loi.» En fait, si M.Harper voulait respecter l\u2019esprit de la Constitution, il s\u2019attaquerait à la partisane-rie au Sénat.Le chef libéral Justin Trudeau, lui, a exclu les sénateurs de son caucus et promis, s\u2019il est élu, de mettre en place un mode de sélection transparent des futurs sénateurs.Que proposent les conservateurs de leur côté?Qn attend la réponse.Hier, le ministre responsable de la Réforme démocratique, Pierre Poilievre, a dit que le gouvernement écartait la tenue d\u2019un référendum et chercherait plutôt à réduire les coûts du Sénat et à le rendre plus responsable.Qu\u2019est-ce que cela veut dire ?Il ne l\u2019a pas précisé, mais a laissé entendre que la balle était maintenant dans la cour des provinces.Bref, le gouvernement de M.Harper passe à autre chose.Il pourra au moins dire à ses sup-porteurs déçus qu\u2019il a essayé.Il a finalement gagné quelque chose dans cet échec essuyé hier : une porte de sortie.mcornellier@ledevoir.com PORTUGAL Une autre révolution à faire Il y a quarante ans, les Portugais se réveillaient en se pinçant très fort.L\u2019utopie de la libération se tenait là, après 48 ans de dictature et de guerres coloniales abominables.Toujours aussi tourmenté par les volutes de la saudade, ce spleen portugais intraduisible, le pays semble encore attendre, du point de vue économique entre autres, des raisons de se réjouir.MARIE-PIER ERAPPIER Le 25 avril 1974, au Portugal, le povo unido en liesse se réunissait derrière les officiers réformistes du Mouvement des forces armées (MPA) qui venaient de renverser la dictature de Marcelo Caetano, successeur d\u2019Antônio de Qliveira Salazar.Son régime autoritaire, connu sous le nom A\u2019Estado novo, sévissait depuis 1933.Sans effusion de sang, oeillets de saison accrochés aux fusils, la «révolution de la sympathie générale», comme l\u2019a décrite très justement l\u2019écrivain Jaime Semprun, allait propulser le Portugal dans une ère nouvelle, tout en laissant libre cours aux mouvements d\u2019autodétermination dans les territoires lusophones d\u2019Afrique.Dès le lendemain, en métropole, des antagonismes se révélaient discrètement et les futures élites poussaient leur vision somme toute similaire de la vocation démocratique du pays.En plein cœur de la guerre froide, les communistes ne saisirent pas cette dernière occasion historique de prendre le pouvoir dans un cadre capitaliste, préférant concentrer leurs forces dans les domaines syndical et municipal.Le Parti socialiste portugais, créé en Allemagne en 1973 par Mario Soares, remporta la mise et écarta la MPA.H se donna pour mission, outre d\u2019organiser des élections démocratiques, de restructurer l\u2019économie portugaise afin de la préparer à entrer dans î\u2019Union européenne en 1986.«Grâce à l\u2019abandon de certains aspects de la première Constitution [de l\u2019après-Salazar], notamment l\u2019interdiction d\u2019accès à la propriété privée, inacceptable aux yeux de l\u2019Europe et de la droite portugaise, le pays a connu une mo-(jernisation sans précédent », raconte Diane Ethier, professeure de sciences politiques à l\u2019Université de Montréal.Dans les années suivant l\u2019adhésion du Portugal à la Communauté économique européenne, l\u2019économie du pays sortit de sa relative autarcie pour se « dérurali-ser » et « ter tiairiser » à grande vitesse.«Quand j\u2019y suis allée au début des années 1980, il n\u2019y avait pratiquement aucune voiture dans les rues de Lisbonne ! » Qr, à force de révisions successives, la Constitution s\u2019est peu à peu vidée de l\u2019esprit d\u2019avril 1974 : réforme agraire, nationalisations, contrôle des banques, droit d\u2019intervention des salariés dans la gestion passent à la moulinette des socialistes.La crise de 2011 Enivrés par l\u2019exercice du vote et par l\u2019argent de Bruxelles, les Portugais consentirent docilement au démembrement du capital étatisé.En plein coït consumériste, le pays fut brusquement freiné par le surendettement.En 2011, le Portugal vit une crise économique sans précédent et se voit dans l\u2019obligation d\u2019emprunter à nouveau à la troïka GJnion européenne.Banque centrale européenne et Ponds monétaire international), qui soumettra les Portugais à une sévère cure de rigueur.Cette dernière expirera d\u2019ailleurs le 17 mai prochain.Mercredi dernier, à l\u2019instar de l\u2019Irlande, le pays a franchi l\u2019étape finale de son retour sur les marchés financiers, moyennant de nouveaux sacrifices de la population.De quoi se réjouir, quarante ans après la révolution ?Devant la paralysie économique imposée, la mémoire des vaincus s\u2019oppose à celle des élites en place qui privilégient l\u2019oubli des luttes authentiques pour la liberté.«La crise actuelle, l\u2019austérité et l\u2019appauvrissement social ont sensiblement endommagé cette construction de mémoire officielle», nous écrit Jorge Valadas depuis le Portugal.L\u2019auteur de La mémoire et le feu a offert ses impressions au Devoir sur les célébrations et nous propose un texte inédit qu\u2019il partagera lors d\u2019un débat qui se tient à PATRICIA DE MELO MOREIRA AGENCE ERANCE-PRESSE Un jeune Portugais a déposé vendredi un œiiiet sur ie soi iors d\u2019une manifestation à Lisbonne.Porto ce week-end (à lire sur LeDevoir.com).Pour l\u2019essayiste, «les commémorations du 25 avril 1974 demeurent une mise en scène».Son propos s\u2019éclaire par les liens qui unissent l\u2019ancien pouvoir autoritaire et la démocratie parlementaire.En 2005, la nomination de Diogo Ereitas do Amaral, anciçn apparatchik salazariste, comme ministre d\u2019Etat et ministre des Affaires étrangères du gouvernement socialiste, en a fait sursauter plus d\u2019un.«L\u2019ambiance vécue après la révolution a découragé les prisonniers politiques de prendre la parole», a confié cette semaine à l\u2019Agence Erance-Presse Aurora Rodrigues, privée de sommeil pendant 16 jours d\u2019affilée et battue jusqu\u2019à en perdre connaissance par la PIDE, police politique du régime de Salazar.C«injonction à se souvenir», demandée au nom des 30 000 victimes du régime estimées en métropole, a subi son ultime revers quand l\u2019association cez pas la mémoire » a tenté vainement d\u2019éviter que l\u2019ancien siège de la PIDE soit transformé en appartements de luxe.«Au début des années 1980, il n\u2019y avait pratiquement aucune voiture dans les rues de Lisbonne!» * N\u2019effa- Une force pour la démocratie «Mais je peux vous assurer que les gens vont célébrer, même s\u2019ils seront tristes à cause de l\u2019austérité imposée par la troïka », dit le sociologue américain Robert Eishman, joint à Lisbonne.«Il y a un très large consensus au Portugal qui considère [que la révolution] est un événement extrêmement positif.La mémoire du 25 avril et de ses réalisations est une source de force pour la démocratie portugaise », insiste le professeur à l\u2019Université Notre Dame Ondiana).«Les Portugais ont très certainement de quoi fêter! souligne la politologue Diane Ethier.Ils sont les premiers de la troisième vague de démocratisation dans le monde, avant même la chute du franquisme en Espagne.Plusieurs pays [latino-américains] vont revenir à des gouvernements civils par la suite.Ils sont à la tête d\u2019un phénomène extrêmement important ! » Quand même, de mauvais esprits pointent les officiers du MEA, qui ont renversé la dictature salazariste.Plusieurs d\u2019entre eux ont décidé de boycotter pour une troisième année les cérémonies de l\u2019Assemblée nationale, répudiant les politiques de rigueur du gouvernement de centre droit de Pedro Passos Coelho.Au pouvoir depuis juin 2011, la coalition de droite était à ce point désemparée par la gestion de la crise économique qu\u2019elle incitait volontiers les Portugais à «laisser leur zone de confort» en cherchant du travail ailleurs.Pourtant, l\u2019exode portugais rappelle douloureusement les milliers de personnes qui ont quitté leur pays dans les années 1960.Après la misère et la dictature, voici le chômage.« Ce qui est d\u2019autant plus ironique, c\u2019est que les Portugais fuient vers d\u2019anciennes colonies comme l\u2019Angola ou le Brésil!», indique M\u201c® Ethier.Sur la centaine de milliers de Portugais qui auraient émigré en 2011 (les chiffres sont imprécis, les ressortissants des pays de l\u2019UE n\u2019étant pas contrôlés dans leurs déplacements), une grande partie se serait aujourd\u2019hui tournée vers les pays de la lusophonie.« Quarante ans après le 25 avril, la société portugaise se trouve à nouveau devant un tournant», stipule Jorge Valadas, qui insiste pour qu\u2019on apprenne des «mouvements sociaux indépendants, des pratiques auto-organisatrices et de démocratie directe» qui ont caractérisé la période suivant le 25 avril.« On assistait à une véritable explosion à la base», mentionne la journaliste économique Danièle Gervais-Marx dans Les œillets du souvenir (éditions Atlantica), abordant au hasard les « commissions de quartier » et les vastes mouvements d\u2019occupation des logements vacants.Signe des temps de crise au pays du fado, la chanson de Zeca Afonso Grândola, Vila Morena a été reprise lors des nombreuses manifestations s\u2019opposant aux mesures d\u2019austérité l\u2019an dernier.Diffiisée à la radio en 1974, elle servit de signal pour amorcer la révolution qui renversa le régime.Sur la terra da fraternidade, contre l\u2019austérité, Grândola «sera jouée et chantée de nombreuses fois», nous assure Robert Eisher.Le Devoir Quelques dates 1933 Antonio de, Qliveira Salazar instaure YEstado novo («Etat nouveau»), un régime autoritaire, conservateur, catholique et na-tionabste.25 avril 1974 Le Mouvement des forces armées (MEA) fait un putsch.C\u2019est la « Révolution des œillets».1975 Indépendances du Mozambique (25 juin), du Cap-Vert (5 juillet), de Sâo Tomé et Principe (12 juillet) et de l\u2019Angola (11 novembre).1®'janvier 1986 Le Portugal devient membre de la Communauté économique européenne (CEE).3 mai 2011 L\u2019UE et le EMI accordent un prêt de 78 milliards d\u2019euros sur trois ans au Portugal.IRAK SUITE DE LA PAGE B 1 émérite à l\u2019Université Concordia.Le gouvernement al-Maliki accuse de son côté l\u2019Arabie Saoudite et le Qatar de financer une insurrection dans la province irakienne d\u2019Anbar.Pin 2013, le gouvernement de Bagdad y a violemment dispersé un camp de protestataires sunnites.Ce coup de force a servi de déclencheur à une offensive des principaux groupes djihadistes sunnites proches d\u2019al-Qaïda.La ville de Pallujah demeure en grande partie sous leur contrôle et il est question d\u2019y retarder le scrutin.Elle se serait vidée de 80% de sa population, selon certains responsables gouvernementaux.Dans je désert, à l\u2019ouest, des drones fournis par les Etats-Unis bombardent les camps des djihadistes, qui ont déclaré une «république islamique» de part et d\u2019autre de la frontière syro-irakienne.«Les relations entre sunnites et chiites ne sont pas très bonnes, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire», croit Henry Habib, qui rappelle que le premier ministre chiite a écarté des ministres sunnites et fait traduire en justice pour trahison un vice-président sunnite il y a quelques années.Malgré les attentats, la situation est plus stable qu\u2019en 2004, s\u2019il faut en croire Safa Rasul al-Sheikh, un des principaux conseillers en sécurité nationale du gouvernement irakien, cité par le Christian Science Monitor.Il est vrai que la production pétroliçre a retrouvé son niveau d\u2019il y a 30 ans, mais l\u2019État accuse des déficits parce que les partis ne s\u2019entendent pas sur l\u2019adoption d\u2019un budget.«Il y a eu des progrès en matière de sécurité et de cohésion au sein du gouvernement mais, depuis le départ des forces américaines [à la fin de 2011], la situation en Syrie a eu un effet délétère sur l\u2019Irak», a déclaré au Monitor ZdXmaâ Kalil-zad, qui fut l\u2019ambassadeur américain à Bagdad de 2005 à 2007.En 2010, le parti de Nouri al-Maliki avait fait élire 89 députés, alors qu\u2019une formation laïque dirigée par le sunnite Ayad Alawi en avait fait élire 91.C\u2019est en négociant pendant six mois avec d\u2019autres partis que M.al-Maliki a finalement pu devenir premier ministre et former un cabinet.Il prétend aujourd\u2019hui former une majorité avec un minimum de soutien de la part des autres partis.Qn ne s\u2019attend pourtant pas à ce que sa formation obtienne un score plus impressionnant qu\u2019en 2010.De longues tractations sont donc à prévoir une fois de plus.«L\u2019Iran va tout faire pour qu\u2019al-Maliki gagne l\u2019élection, croit le politologue Henry Habib.Et il va la gagner parce que, même divisée, la communauté chiite va se rallier.» En 2010, les partis kurdes avaient donné leur appui à Nouri al-Maliki.Ceux-ci s\u2019entendent plutôt bien avec la majorité arabo-chiite depuis la chute du dictateur sunnite Saddam Hussein.Depuis lors, la présidence et le ministère des Affaires étrangères reviennent à des Kurdes.«Maintenant, la question de Kirkouk commence à les séparer», croit cependant M.Habib.Un référendum sur le rattachement de cette région aux trois provinces kurdes, prévu par la Constitution de 2005, a toujours été reporté.Déjà quasi indépendant depuis l\u2019étabbssement de zones d\u2019exclusion aériennes au début des années 1990, le gouvernement régional kurde, qui a autorité sur trois provinces du nord-est du pays, se rapproche de plus en plus de la Turquie, notamment pour ses exportations de pétrole, s\u2019affranchissant d\u2019autant de la tutelle de Bagdad.Un démembrement de l\u2019Irak constituerait un démenti cinglant de la stratégie poursuivie par Washington pendant les années 2000.L\u2019intervention américaine en Irak (mars 2003 à décembre 2011), pièce maîtresse des néoconservateurs menés par George W.Bush, s\u2019est soldée par 4500 décès de soldats et a coûté plus de 2000 milliards au Trésor américain.Le Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 AVRIL 2014 B 3 PERSPECTIVES RUSSIE L\u2019ennemi intérienr de Vladimir Pontine SYLVIE KAUFFMANN La plus mauvaise nouvelle pour Vladimir Poutine, ces derniers jours, n\u2019est venue ni de Kiev, ni de Washington, ni de Bruxelles.Elle est tombée de Moscou, sous la forme anodine d\u2019une déclaration truffée de chiffr,es, délivrée le 8 avril par un vice-ministre de l\u2019Economie à la barbe ^ise, Andreï Klepatch.M.Klepatch est aussi directeur du département de prévisions macroéconomiques.Ses prévisions, ce jour-là, ont révélé le talon d\u2019Achille d\u2019un régime à l\u2019offensive sur le front extérieur.La Crimée est annexée, 40000 soldats russes ont été massés le long de la frontière ukrainienne et des groupes de très virils « touristes » russophones, musclés et masqués, font le coup de main dans les villes de l\u2019est de l\u2019IIkraine et défient l\u2019autorité de Kiev.Puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, la Russie demeure un partenaire-clé dans le jeu diplomatique sur la Syrie ou l\u2019Iran.Cet activisme, pourtant, contraste fort avec une économie au point mort, enfermée dans une impasse que les pays émergents connaissent bien et dont elle n\u2019est pas près de sortir.C\u2019est ce que trahissait le message du vice-ministre Klepatch.Ce phénomène a un nom : le piège du revenu intermédiaire (en anglais, middle income trap), identifié par un économiste de Berkeley, Barry Eichengreen.Plusieurs de ses travaux, menés ces dernières années avec deux chercheurs asiatiques, Donghyun Park et Kwanho Shin, montrent comment les pays à forte croissance se trouvent soudain bloqués lorsque leur PIB par habitant atteint soit la tranche de 10 000 à 11000 $ par an, soit celle de 15000 à 16000 $, et ne parviennent plus à décoller de ce plateau, à moins d\u2019entreprendre d\u2019audacieuses réformes.Certains, comme la Corée du Sud, ont réussi à sortir du piège.La Russie, dont le PIB par habitant a atteint 14 037 $ en 2012, est dans la djma-mique inverse : elle s\u2019y enfonce.Le vice-ministre a abaissé les prévisions de croissance du PIB russe pour 2014 de 2,5% à 0,5%.La sortie de capitaux, a-t-il révélé, devrait atteindre 100 milliards de dollars cette année, voire 150 milliards (certains parlent de 200 milliards) si la crise ukrainienne s\u2019aggrave.M.Klepatch propose donc d\u2019augmenter la dépense publique de 0,5% du PIB et d\u2019utiliser les excédents des revenus pétroliers pour stimuler l\u2019investissement et financer le développement de la Crimée.Ce revirement n\u2019étonne pas vraiment Sergueï Gouriev.De son bureau niché au quatrième étage d\u2019un bâtiment de Sciences po, à Paris, cet économiste russe passé par le MIT et Princeton observe la manière dont Moscou est en train de «modifier les règles budgétaires fièrement introduites » avec le fonds de réserve, censé protéger l\u2019économie d\u2019un effondrement des prix du pétrole.«On les modifie parce que Poutine a besoin de dépenser de plus en plus pour tenir les promesses qu\u2019il a faites en 2012», pour son troisième mandat, et «qu\u2019il n\u2019y a plus assez d\u2019argent.» Car ces promesses «étaient basées sur un taux de croissance de 5% à 6%».Un nouveau contrat social Sergueï Gouriev, 42 ans, cqnnaît bien la situation: recteur de la Nouvelle Ecole d\u2019économie à Moscou, établissement privé qui forme depuis 1992 des économistes réformateurs, il conseillait le gouvernement Medvedev.Jusqu\u2019à l\u2019année dernière.L\u2019atmosphère est alors devenue si tendue à Moscou et les perquisitions de la police si pressantes, après son soutien déclaré à l\u2019opposant Mikhaïl Khodorkovski, qu\u2019il a quitté la Russie et pris un poste à Paris, où était déjà partie sa femme, universitaire, avec leurs enfants.Ce devait être une année sabbatique.Mais l\u2019atmosphère à Moscou est de plus en plus lourde et les voix indépendantes de plus en plus bâillonnées.La famille Gouriev vient de mettre son appartement moscovite en location EUROPE ALEXEY DRUZHININ AGENCE ERANCE-PRESSE Le président russe se réfugie dans une aventure miiitaire pour conserver sa popuiarité dans ia popuiation.et fait venir ses affaires à Paris.L\u2019économiste fait l\u2019analyse suivante : «Le pouvoir russe, dictature opportuniste postmoderne, n\u2019a pas vraiment offert de grande idée.Il considère qu\u2019il peut gérer le pays comme il veut et que les gens sont satisfaits parce qu\u2019ils en retirent des bénéfices économiques.Or les bénéfices économiques disparaissent [faute de croissance].Il faut donc un nouveau contrat social, mais Poutine a beaucoup de mal à le produire, car il n\u2019a pas d\u2019idéologie.» Le président russe se réfugie alors dans une aventure militariste, s\u2019empare d\u2019un territoire, fait donner la propagande.Ça marche : sa popularité a fait un bond vertigineux.«Simplement, ça ne marchera pas longtemps, prédit Sergueï Gouriev, parce que l\u2019économie va le punir.Tordre les règles budgétaires lui donnera un peu d\u2019oxygène, mais il commence déjà à ressentir la douleur.» « Poutine a besoin de dépenser de plus en plus pour tenir les promesses qu\u2019il a faites en 2012» Rouble et sanctions Pour cet économiste, la fuite des capitaux est un signe révélateur des difficultés qui s\u2019amoncellent et, aussi, de l\u2019efficacité des sanctions occidentales.11 souligne que la sortie nette de capitaux de la Russie au seul premier trimestre 2014 se monte à 63 milliards de dollars, soit le montant total de 2013.A un moment donné, la Banque centrale de Russie va cesser d\u2019intervenir sur les marchés, et le rouble va se déprécier \u2014 ce qu\u2019il fait déjà.Ou bien la Banque centrale introduira le contrôle des capitaux, ce qui provoquerait l\u2019apparition d\u2019un marché noir, car le rouble ne serait plus convertible.Dans les deux cas, souligne Sergueï Gouriev, «les gens vont commencer à poser des questions, car si les Russes ne font pas attention au PIB ou au déficit budgétaire, le taux du rouble, en revanche, ils connaissent.Le taux du rouble et le prix du baril de pétrole».Et, ce front-là, n\u2019est pas plus encourageant, si l\u2019on en croit Oil-price.net, qui prévoit une évolution du prix du Brent insuffisante pour les ambitions du président Poutine.Au bout du compte, les ennemis de Vladimir Poutine sont sans doute plus proches de lui qu\u2019il ne le pense.Les classes moyennes, lorsqu\u2019elles comprendront que le contrat n\u2019est pas rempli, et les oligarques de son entourage, privés de sortie par les sanctions, pourraient se retourner contre lui.Et confirmer la prédiction du ministre allemand des Linances, Wolfgang Schauble, dans Die Welt\\ «Le moment impérial de la Russie ne sera que cela: un moment.» Le Monde Pourquoi l\u2019est de rUkraine n\u2019est pas la Crimée Les tensions en Ukraine se sont accélérées depuis la mi-avril, avec l\u2019occupation par des forces prorusses de plusieurs bâtiments publics des grandes villes de l\u2019Est.Mais, contrairement aux Criméens, qui n\u2019ont été rattachés à l\u2019Ukraine qu\u2019en 1954, les habitants des régions de l\u2019Est ont une histoire commune avec Kiev, beaucoup plus ancienne.«En raison de la diversité ethnique, culturelle et linguistique du pays, il y a diverses manières d\u2019être ukrainien, explique la politologue loulia Shukan, maître de conférences à l\u2019Université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense (Paris X).On a tendance à présenter schématiquement le Donbass [zone géographique regroupant les régions de Donetsk et de Lougansk] comme un territoire exclusivement russophone.Or, les populations rurales dans ce territoire minier parlent majoritairement ukrainien.En plus des Russes et des Ukrainiens, y vivent également des populations arménienne, géorgienne ou encore grecque.» Pour la chercheuse, ces populations, quelles que soient leur origine ethnique et leur langue, partagent dans leur grande majorité le sentiment d\u2019appartenance à l\u2019Ukraine.Un fossé politique grandissant Sur le plan politique, la fracture entre le centre-ouest et le sud-est du pays est en revanche très nette et s\u2019est accentuée ces dernières années.«Depuis l\u2019indépendance de l\u2019Ukraine, les scrutins présidentiels se traduisent par un soutien fort apporté aux candidats pro-européens au Centre-Ouest et à des candidats labellisés proches de la Russie au Sud-Est, note loulia Shukan.Ce- pendant, elles n\u2019ont pas posé problème au cours des années 1990, mis à part en Crimée, où le mouvement sécessionniste était fort dans la première moitié des années 1990.» Le Donbass, le bassin houiller de l\u2019Est, regroupe environ cinq milbons d\u2019habitants, soit un dixième de la population ukrainienne sur un territoire densément peuplé.Et l\u2019est de l\u2019Ukraine repose sur une économie industrielle variée, dont la population est la plus riche du pays : le PIB par habitant y est supérieur à celui du reste de l\u2019Ukraine et les salaires y sont en moyenne deux fois plus élevés.Le Donbass est ainsi le principal contributeur au PIB ukrainien, à hauteur de 27,4%.Les ressources Porte de ses ressources naturelles (charbon, fer, acier), la région s\u2019est fortement spécialisée depuis la fin du XVIIP siècle dans l\u2019industrie et fournit environ 20% de la production industrielle et des exportations du pays.Mais ce poids industriel a un prix, notamment environnemental, d\u2019autant que les infrastructures de ces régions sont anciennes.«L\u2019industrie du charbon connaît de grandes difficultés, souligne loulia Shukan, et nécessite d\u2019énormes investissements dans les infrastructures, voire des politiques de reconversion, surtout dans le cas des mines d\u2019Etat.En 2013, les régions de Donetsk et de Lougansk ont vécu grâce aux dotations publiques, c\u2019est-à-dire qu\u2019elles ont reçu plus de subventions de la part de l\u2019Etat qu\u2019elles n\u2019ont versé de contributions.» L\u2019opposition mise en avant entre l\u2019Est industriel et l\u2019Ouest agricole est à relativiser L\u2019opposition fréquemment mise en avant entre l\u2019Est industriel de l\u2019Ukraine et l\u2019Ouest agricole est à relativiser.Outre la métallurgie et le charbon, l\u2019économie des régions orientales repose également sur l\u2019industrie chimique, la construction, ainsi que l\u2019agriculture.Si le surnom de «grenier à blé» de l\u2019Ukraine vaut surtout pour ses régions centrales, les oblasts de Dnipropetrovsk et de Kharkiv comptent eux aussi de fertiles «terres noires», les tchernoziom, permettant la culture du blé, de l\u2019orge ou encore de la betterave, exportés vers l\u2019Europe, la Russie, et de plus en plus l\u2019Asie.Depuis la destitution de Viktor la-noukovitch le 22 février, les grandes villes de l\u2019Est ont été le théâtre, tous les week-ends, de manifestations d\u2019opposition aux nouvelles autorités de Kiev.Pourtant, des habitants de l\u2019Est ont participé durant l\u2019hiver aux manifestations de Maï-dan, contre la corruption du régime de Viktor lanoukovitch.Mais le nouveau pouvoir, en place depuis fin février, a déconsidéré les populations de ces régions.Pour la chercheuse loulia Shukan, les négligences de Kiev tiennent à la nette fracture politique du pays : à quelques semaines d\u2019un scrutin présidentiel prévu le 25 mai, les autorités de transition ont considéré que l\u2019est de l\u2019Ukraine, acquis au Parti des régions, n\u2019était pas une terre de conquête électorale.Le Monde Le disciple d\u2019Héraclite Michel é David A sa première conférence de presse à titre de premier ministre, on a revu le Philippe Couillard qui avait fait grande impression à son arrivée à la Santé au printemps 2003 : calme, sûr de lui, semblant savoir parfaitement où il allait.Tellement plus à l\u2019aise que dans l\u2019opposition.Certes, le portrait des finances publiques qu\u2019il a présenté est plus alarmant que durant la campagne électorale, mais la découverte d\u2019une situation plus mauvaise que prévu est une figure imposée qui n\u2019étonne plus personne.Mieux encore, le nouveau gouvernement a déjà commencé à prendre des mesures qui, assure-t-il, n\u2019affecteront pas les services offerts à la population.Au début de son mandat à la Santé, M.Couillard avait déjà constaté l\u2019existence de problèmes «structurels».Avec le vieillissement de la population et l\u2019explosion des coûts des médicaments, le poids des dépenses en santé risquait en effet de devenir insupportable, disait-il.D\u2019qù le nécessaire recentrage des fonctions de l\u2019État sur ses missions essentielles qu\u2019avait amorcé sa collègue du Conseil du trésor Monique Jérôme-Eorget.Le terme «réingénierie» est aujourd\u2019hui proscrit, mais c\u2019est exactement ce que vise la «restructuration» confiée à son suçcesseur, Martin Coiteux.A peine mise en branle, la «réingénierie» avait cependant provoqué une véritable levée de boucliers dont les effets n\u2019ont pas tardé à se traduire dans les intentions de vote.Jean Cha-rest avait misé sur le temps pour faire avaler la pilule, mais les mois, puis les années ont passé sans que l\u2019insatisfaction à l\u2019endroit de son gouvernement diminue.Au cours de l\u2019été 2006, alors que flottait une odeur d\u2019élection hâtive, M.Couillard avait pris connaissance d\u2019un mémoire rédigé par un professeur de l\u2019Université de Montréal qui avait eu l\u2019effet d\u2019une révélation.Contrairement à ce qu\u2019il avait toujours cru, le réseau de la santé n\u2019était aucunement menacé.Alléluia ! Seuls les sots ne changent pas d\u2019idée, et M.Couillard ne l\u2019est certainement pas Comme chacun le sait, le premier ministre est un homme de grande culture.Mon collègue Antoine Robitaille, responsable du « Devoir de philo » publié dans ces pages deux fois par mois, a découvert qu\u2019il était un fervent disciple d\u2019Héraclite (VI® siècle avant Jésus-Christ), apôtre du «mobilisme», doctrine selon laquelle «rien n\u2019est permanent, sauf le changement», de sorte que «l\u2019être est éternellement en devenir».C\u2019est peut-être l\u2019eqseigne-ment du maître d\u2019Éphèse qui l\u2019avait amené à invoquer ce «droit de changer d\u2019idée et d\u2019évoluer» pour expliquer son soudain optimisme quant à la pérennité du système public de santé.Seuls les sots ne changent jamais d\u2019idée, dit-on, et M.Couillard ne l\u2019est certainement pas.Quand M\u201c® Jérôme-Eorget, devenue entretemps ministre des Linances, avait profité du discours sur le budget pour annoncer, à sa grande déconvenue, la formation d\u2019un nouveau comité sur le financement des soins de santé, M.Couillard lui avait réservé le plus mauvais accueil possible.S\u2019il est un domaine où rien n\u2019est permanent, sauf le changemenL c\u2019est bien la politique.11 ressort clairement des propos tenus jeudi par M.Couillard et son ministre des Linances, Carlos Leitao, que le retour à l\u2019équilibre budgétaire pourrait être reporté au-delà de 2015-2016 si l\u2019effort exigé se révèle politiquement insupportable.Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, est peut-être le plus convaincu de l\u2019absolue nécessité d\u2019un grand ménage.Jean-Eran-çois Lisée, qui aura maintenant plus de temps pour alimenter son blogue, a entrepris de recenser les positions musclées prises par l\u2019ancien professeur de HEC Montréal, impitoyable pour ces «néo-jovialistes à lunettes roses» qui s\u2019entêtaient à défendre un modèle désuet.«Dans ce déni de la réalité, ils démontrent la même mentalité de protection des acquis que les Grecs», écrivait-il dans une étude datée de février 2012.«Nous devons constamment rappeler à nos politiciens leurs responsabilités par tous les moyens», ajoutait-il.C\u2019est précisément au nom de la protection des acquis que des dizaines de milliers de personnes avaient envahi les rues de Montréal à peine quelques mois après l\u2019élection des libéraux en 2003.Le calme s\u2019était rétabli, mais pas la confiance envers le gouvernement.L\u2019exercice de révision des programmes sera sans doute douloureux, mais M.Coiteux a la capacité de résister aux pressions de tous ceux qui vont tenter de faire éclater le cadre budgétaire qui sera annoncé au début de juin.11 ne se laissera pas davantage intimider par les syndicats du secteur public lors des négociations pour renouveler les conventions collectives qui arriveront à échéance le 31 mars 2015.Qu\u2019ils soient de gauche ou de droite, les idéologues ont cependant du mal à accepter que la politique soit aussi l\u2019art du possible sans tout démolir.M.Couillard devra peut-être initier son fringant ministre à la philosophie d\u2019Héraclite.mdavid@ledevoir.com B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 AVRIL 2014 EDITORIAL RENVOI SUR LE SENAT Mini-Meech Le renvoi sur le Sénat tombé vendredi est une autre dure rebuffade pour le gouvernement Harper.Il souhaitait procéder de manière unilatérale pour réformer la Chambre haute bancale ; la Cour suprême a rejeté sans équivoque l\u2019interprétation «littérale», «textuelle», purement «formaliste» du texte constitutionnel qu\u2019a proposé Ottawa.e premier ministre Harper prétendait que s\u2019il continuait à nommer les sénateurs, mais en ne désignant que ceux qui avaient remporté des élections sénatoriales « consultatives », il respecterait la Constitution.Faux, lui a rétorqué la Cour.Procéder ainsi aurait modifié la nature et le rôle fondamentaux du Sénat.Bref, pour faire une telle chose, il devrait recueillir l\u2019accord de sept provinces représentant 50 % de la population.L (R r Antoine Robitaille Et pour abolir le Sénat?L\u2019unanimité est requise, a tranché la plus haute cour.Dans cette décision, même lorsqu\u2019elle donne raison à Ottawa (sur un point de détail: changer la condition archaïque pour un aspirant au Sénat de posséder un «avoir net personnel d\u2019au moins 4000$»), la Cour trouve le moyen de lui mettre des bâtons dans les roues en donnant une sorte de droit de veto à l\u2019Assemblée nationale.La tentative d\u2019Ottawa méritait ce refus global.On a peine à imaginer comment le chef conservateur a pu, en 2006, défen-^ dre la notion de «fédéralisme d\u2019ouverture», alors qu\u2019il caressait ces projets de modification unilatérale : Sénat, valeurs mobilières.Avec ce renvoi sur le Sénat, la Cour confirme une sorte de «refédéralisation» de J ^ T\tsa conception du Canada.Il faut s\u2019en réjouir.A\tw\tCette décision, combinée à celle, toute ré- cente, où elle a refusé qu\u2019un juge d\u2019une cour fédérale vienne occuper un des trois sièges réservés au Québec en invoquant les «valeurs sociales» de cette nation, pourrait constituer un « mini-Meech » à retardement.On comprend que les fédéralistes du Québec comme les ministres Stéphanie Vallée et Jean-Marc Fournier aient été tout sourire, vendredi.Leur jovialisme ne doit pas leur faire oublier certaines choses.D\u2019abord, comme dans le dossier des valeurs mobilières, M.Harper va sûrement tenter d\u2019arriver à ses fins par d\u2019autres moyens.Un référendum exigeant une réforme sénatoriale en Alberta pourrait par exemple déclencher une «obligation de négocier» de tous les gouvernements au Canada.Ceux qui prétendent défendre les intérêts du Québec doivent s\u2019y préparer.Ensuite, le Sénat est une institution désuète.Les récents scandales n\u2019ont fait que le mettre en relief Malheureusement, les fédéralistes québécois se sont habitués depuis des lunes à n\u2019être que des antisouverainistes.Leur réflexion sur la deuxième chambre fédérale est en rade.En 1980, Claude Ryan prônait une abolition du Sénat et son remplacement par un Conseil fédéral à l\u2019allemande.En octobre 2001, dans son «Rapport sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec», le libéral Benoît Pelletier réclamait que d\u2019ici à ce que le Sénat soit réformé, Qttawa «ne procède à la nomination des sénateurs qu\u2019à partir de listes de noms soumises par les provinces».Quelle est la position du gouvernement Couillard?«L\u2019économie», ânonna M.Fournier, vendredi.C\u2019est, pour l\u2019instant, un peu court.FINANCES PUBLIQUES Dompter la bête A K Bernard Descôteaux près Jean Charest et Pauline Marois, voilà que Philippe Couillard veut à son tour dompter ce monstre à sept têtes qu\u2019est le déficit.Celui-ci atteindra pour l\u2019exercice en cours 3,7 milliards, soit deux de plus que prévu.A ses yeux, il y a urgence.Le nouveau premier ministre, déférent envers ses prédécesseurs, ne leur jette pas de blâme, voyant dans ce dépassement le résultat d\u2019un problème structurel, ce que soutiennent aussi les professeurs Luc Godbout et Claude Montmar-quette qui ont fait l\u2019étude de la situation des finances publiques.Leur analyse tient en trois points.Un, le taux de croissance des dépenses des dix dernières années a été de 5%.Deux, le taux de croissance nominal de l\u2019économie projeté pour la prochaine décennie sera de 3,5%.Trois, l\u2019écart entre les deux conduit à un cul-de-sac d\u2019autant plus sûrement que le vieillissement de la population aura pour effet de décélérer la croissance.Les recommandations des deux experts sont à l\u2019avenant.Elles passent essentielle- rment par une gestion rigoureuse des dé-penses.Ils évoquent le gel de la masse sala-des employés de l\u2019Etat, la réduction des crédits d\u2019impôt, l\u2019augmentation de la tarification, comme pour les garderies à 7 $, voire si nécessaire la vente d\u2019actifs en oqvrant une portion du capital de sociétés d\u2019Etat au public.Mais rien comme mesure de stimulation de l\u2019économie qui devrait être un volet important.Globalement, le premier ministre se rend à leur analyse puisqu\u2019il maintient l\u2019objectif de l\u2019atteinte du déficit zéro pour 2015-2016.Cela entraînera des efforts consîdérables, soît une réduction des dépenses de l\u2019ordre de 5%, car 11 ne veut ni augmenter les Impôts, taxes et tarifs ni toucher aux budgets de la santé, de l\u2019éducation et de solidarité sociale.Bonjour l\u2019austérité.Les services aux citoyens seront Inévitablement affectés puisqu\u2019on évoque déjà la révision du panier de services couverts par l\u2019assurance maladie.Le gel de l\u2019embauche dans les ministères et sociétés d\u2019Etat ne suffira pas.Tout ça en si peu de temps fera mal, ce dont est bien conscient un des deux experts, Claude Montmarquette, qui Insiste sur l\u2019acceptabilité sociale des compressions à venir.Le premier ministre Couillard en est conscient.Son discours évite tout ce qui pourrait être provocateur.Le rapport commandé aux professeurs Godbout et Montmarquette répond à un besoin de pédagogie de la rigueur.Mais son principal obstacle sera le temps.La cible de 2015-2016 est Irréaliste.Les comités qu\u2019il entend créer pour revoir structurellement les programmes et la fiscalité vont bâcler le travail.Le premier ministre Lucien Bouchard avait réussi à dompter la bête en 1998 avec une médecine de cheval dont les effets pervers se sont fait sentir longtemps.La médecine envisagée est différente, mais aura aussi ses effets pervers.L\u2019étalement des efforts a bien servi le gouvernement fédéral.Québec devrait s\u2019en Inspirer.LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCOTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET LE Ttgamuc,\tn L'iPuCATiOi^ Mi-figue, mi-doyen Il y a comme ça quelques fols des petits clercs de notaire pour venir nous servir leur propagande fédéraliste dans les quotidiens québécois?Quand Sébastien Grammond parle des lieux communs du discours Indépendantiste, 11 affiche effrontément son parti pris et 11 s\u2019imagine que son titre de doyen va lui conférer une quelconque crédibilité.Le doyen de faculté est responsable devant le Conseil académique et les Instances de l\u2019université de l\u2019animation, de la planification, de l\u2019organisation et de la gestion de sa faculté.Le doyen, ce n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019un petit gestionnaire sur une chaise haute.M.Granmmond est spécialiste du droit des autochtones et à ce titre, 11 considère tous les Québécois qui ne sont pas membres du Barreau du Québec comme des aborigènes dénaturés, des bêtes sauvages à traquer qui doivent être domestiquées ou éliminées.SI c\u2019est ce geme de droit qu\u2019il enseigne à l\u2019Université d\u2019Qttawa, PKP est tout à fait pertinent quand 11 parle de gouvernement des juges, et j\u2019ajouterais, de celui des avocats aussi.Il suffit de regarder les décisions de la juge Charbonneau et des autres, de laisser passer la campagne électorale pour priver les Québécois de leur droit d\u2019aller voter en toute connaissance de cause.Merci pour la (NDLR).Richard Génois Le 21 avril 2014 Barrette: la pétition choquante Je suis choqué, voire outré du manque de jugement de la part des citoyens qui ont signé une pétition demandant au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, de se mettre à l\u2019exercice pour présenter un physique plus en santé.Cela ne regarde que lui.Mais qui sont ces gens qui, du haut de leurs frustrations, n\u2019ont manifestement pas grand-chose à faire ?Sont-ils tous dotés d\u2019un physique qui suscite l\u2019envie ?Pourtant, ces personnes admireront Ginette Reno même si elle ne ressemble pas à Miley Cjnus ! Mathis Duval Québec, le 24 avril 2014 REVUE DE PRESSE Vivement un Québec post-charte GUILLAUME BOURGAULT-COTE Il y a des symboles éloquents.Un drapeau canadien bien en évidence lors d\u2019une cérémonie d\u2019assermentation, par exemple.Gu encore un ministère dont le nom comprend les mots « diversité » et «inclusion».Le Québec est bel et bien entré dans une ère post-Marois et post-charte, a-t-on remarqué dans la presse anglophone cette semaine.Pour Graeme Hamilton {National Post), la place «proéminente» de l\u2019unifolié dans le décor de la formation du Conseil des ministres mercredi n\u2019était pas anodine.Non plus que le rôle dévolu à Kathleen Weil, désormais ministre de l\u2019Immigration, de la Diversité et de l\u2019Inclusion.Après l\u2019épisode de la charte de la laïcité, la nouvelle appellation du ministère de l\u2019Immigration envoie le message que «les jours de l\u2019exclusion et de l\u2019homogénéisation sont terminés», estime le chroniqueur.Il a retenu du discours de Philippe Couillard la main tendue vers les immigrants et vers les anglophones, de même qu\u2019un message clair laissant entendre que les chicanes avec Qttawa ne seront pas au programme de son gouvernement.Au Globe and Mail, l\u2019équipe éditoriale souhaite que M.Couillard fasse plus que renommer un ministère au vocable inclusif: qu\u2019il mette tout le dossier de la laïcité de côté.L\u2019intention des libéraux de déposer un projet de loi encadrant les accommodements raisonnables e( établissant le principe des services de l\u2019État donnés et reçus à visage découvert doit ainsi être oubliée, dit le Globe.Peu importe ce que les sondages disent, M.Couillard aurait tort d\u2019aller de l\u2019avant, écrit-on.«Il serait beaucoup plus intelligent » de ne pas toucher à un dossier «empoisonné».La charte des valeurs était une solution «perverse à un problème qui n\u2019a jamais existé, soutient le Globe, qui a consacré des dizaines d\u2019éditoriaux et de chro- niques au sujet.M.Couillard sait comme n\u2019importe qui que le projet de loi a été créé par le PQ pour semer la peur et la division au Québec», en plus de servir la cause souverainiste, poursuit le quotidien.Gn estime que Philippe Couillard devrait faire confiance aux deux chartes des droits et libertés, aux tribunaux et à la maturité de la société québécoise en général pour réguler les problèmes quand ils se poseront.Sécurité ferroviaire La réponse d\u2019Gttawa à la tragédie de Lac-Mégantic a été bien accueillie cette semaine \u2014 mais avec des réserves.D\u2019une part, le Globe soutenait en éditorial que le gouvernement conservateur a pris beaucoup trop de temps à adopter de nouvelles règles de sécurité entourant le transport ferroviaire (annoncées mercredi par la ministre des Transports, Lisa Raitt).Bien sûr que le gouvernement est une grosse machine qui ne se retourne pas sur un dix cents, mais quand même.Il aura donc fallu neuf mois pour qu\u2019Gt-tawa annonce des changements législatifs qui vont forcer l\u2019industrie à retirer immédiatement les wagons les plus dangereux.Qttawa accorde un délai de trois ans pour que les wagons DGT-111 construits avant 2011 soient retirés.C\u2019est plus de temps qu\u2019il n\u2019en faut pour que l\u2019industrie s\u2019adapte, dit le Globe.Le quotidien estime positifs les autres changements apportés \u2014 limitation de la vitesse des trains en zone peuplée, évaluation du danger des routes, maintenance renforcée, meilleure identification des produits.Au final, la réponse d\u2019Gttawa est bonne, pense le Globe, qui remarque que Washington n\u2019en a pas fait autant.Il faut ainsi saluer les efforts des conservateurs.mais aussi rappeler qu\u2019ils ont manqué de vigilance avant l\u2019accident.Même réaction en éditorial au Toronto Star, où l\u2019on souhaite notamment une plus grande transparence en ce qui concerne le transport des matières dangereuses près des villes.Des nouvelles de Rob Ford Quelques nouvelles de Rob Ford et de Toronto (où, encore une fois, il n\u2019y a pas de hockey printanier pour se divertir) ?L\u2019élection à la mairie n\u2019aura lieu que le 27 octobre, mais la course est déjà bien enclenchée.Chroniqueur au Toronto Star, Bob Hepburn écrivait cette semaine que les To-rontois n\u2019ont pas de raison de s\u2019inquiéter : Rob Ford ne sera pas réélu.Il a même toutes les chances de terminer troisième derrière Glivia Chow ou John Tory, dit-il.Les premiers sondages ont donné de bons résultats pour Ford, avec plus de 40% des gens qui approuvent sa gestion.Gn a vu 1500 partisans hurler à son lancement de campagne, d\u2019autres agiter des figurines à tête branlante ou faire la file pour avoir une photo «seljîe» avec lui.Dans ce contexte, il est normal que certains s\u2019inquiètent de sa réélection, reconnaît Hepburn.Mais ce n\u2019est pas son cas.Hepburn soutient que Ford ne peut pas monter plus haut dans les sondages.Il n\u2019a le soutien d\u2019aucun leader politique, municipal, religieux ou universitaire.Tous les journaux, y compris son ex-allié Toronto Sun, s\u2019opposent à sa candidature.Et son principal argument de vente \u2014 un appel au contrôle des dépenses à l\u2019hôtel de vUle \u2014 peut facilement être récupéré par ses adversaires.Rob Ford ne fait aucun effort pour courtiser de nouveaux électeurs, se contentant de solidifier sa base électorale avec ses formules habituelles \u2014 où les «élites», les «gauchistes» et les «downtowners» sont cloués au pilori, remarque Hepburn.Ainsi, à moins que ses deux adversaires n\u2019implosent carrément, ils se disputeront assurément la victoire, prévoit-il.Le Devoir Sur Twitter: ©gbcote Voir aussi sur LeDevoir.com: liens vers les articles originaux. LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 AVRIL 2014 B 5 IDEES Pour un débat raisonné sur la « gestation pour autrui » Les femmes concernées sont fières de leur geste ISABEL COTE Professeure au Département de travail social de l\u2019Université du Québec en Outaouais annonce de Joël Legendre et de son conjoint de la naissance / prochaine de leurs fillettes grâce à ce qu\u2019on appelle dans le langage populaire une «mère porteuse» suscite énormément de réactions.On ne peut nier que la gestation pour autrui pose des en-jeux éthiques importants, non seulement en regard des questions qu\u2019elle soulève, mais également parce qu\u2019elle contrevient de façon notoire aux représentations de !\u2019«imago» maternelle.Lorsqu\u2019en plus elle est faite pour le compte d\u2019un couple gai, elle ne peut qu\u2019être dévalorisée et sujette à caution.La réitération de la sacralisation de la place des femmes auprès des enfants, malgré des années de féminisme pour s\u2019en défaire, revient au galop dans le discours entourant la question.Les arguments maintes fois utilisés pour dénoncer la pratique \u2014 l\u2019instrumentalisation des femmes et la chosification des enfants \u2014 s\u2019ils ne peuvent être évacués de la conversation sur le sujet, témoignent néanmoins d\u2019un paternalisme et d\u2019un conservatisme de bon aloi.De fait, les sociologues, juristes et éthiciens qui se positionnent sur le sujet, le font en évacuant du revers de la main la parole des premières personnes concernées, c\u2019est-à-dire les femmes qui pratiquent la gestation pour autrui et les couples qui en bénéficient.Or, mes recherches auprès de parents d\u2019intention ayant eu des enfants grâce à la gestation pour autrui illustrent des histoires beaucoup plus nuancées alors que ces femmes, loin d\u2019avoir été instrumentalisées par des couples en mal d\u2019enfants, sont plutôt intégrées dans la genèse de l\u2019histoire familiale.Qui plus est, dans les contextes de gestation pour autrui dirigée \u2014 comme c\u2019est le cas de Monsieur Legendre et de son conjoint \u2014, les femmes concernées considèrent avoir posé un geste important dont elles sont fières.La conviction profonde d\u2019avoir changé la vie d\u2019un couple est vue comme source d\u2019accomplissement.Considérer ces femmes comme étant instrumentalisée par le geste posé, par-delà leurs propres représentations sur la question, contribue encore une fois à considérer les femmes comme des personnes vulnérables, ayant besoin d\u2019être protégées \u2014 y compris d\u2019elles-mêmes \u2014 et non pas comme des actrices SITTHIXAY DITTHAVONG ASSOCIATED PRESS La conviction d\u2019avoir changé ia vie d\u2019un coupie est vue comme source d\u2019accompiissement.de leur propre vie, capables de prendre des décisions, fussent-elles socialement controversées.Quant à l\u2019argument de la chosification des enfants, il faudrait expliquer qui sont les parents qui font des enfants, non pas pour répondre à un désir d\u2019actualisation personnelle ou conjugale, mais par pure abnégation.Qn fait des enfants d\u2019abord et avant tout pour soi et en cela, les parents qui le deviennent grâce à la gestation pour autrui ne diffèrent pas des autres.Comme le souligne si justement la juriste Marcelle lacub, les couples infertiles font face à de multiples remises en question de leur désir d\u2019enfant, souvent vu comme étant moins authentique, comme si leurs capacités reproductives mettaient les couples féconds forcément à l\u2019abri de tout questionnement quant à la jus- tesse de leurs motivations à fonder une famille.En ce sens, ce néodiscours du pseudo « droit à l\u2019enfant» ne s\u2019applique pas que dans les cas où les couples ont besoin d\u2019aide pour concrétiser leur projet parental.Le groupe de travail Filiation, origines et parentalité, présidé par la sociologue Irène Théry, vient de déposer au gouvernement français un imposant rapport portant sur des propositions de réforme du droit de la famille.Concernant la gestation pour autrui, le groupe de travail en appelle à la construction d\u2019un débat argumenté, loin des a priori et des jugements de valeur.Qn ne peut qu\u2019espérer qu\u2019un tel débat ar^menté, basé sur l\u2019analyse de données empiriques issues de différentes disciplines, ait lieu au Québec sur la question.Enseignement de l\u2019histoire Il faut en finir avec la polarisation et les démonisations JACQUES BEAUCHEMIN Professeur au Département de sociologie de l\u2019UQAM NADIA EAHMY-EID Professeure retraitée du Département d\u2019histoire de l\u2019UQAM JULIEN PRUD\u2019HOMME Professeur associé, CIRST, UQAM (contributeur à la rédaction du rapport sur l\u2019enseignement de l\u2019histoire du Québec au secondaire) e débat sur l\u2019enseignement de l\u2019histoire du Québec souffre d\u2019une trop grande polarisation, c\u2019est-à-dire qu\u2019il stagne en raison de la propension de certains à diaboliser sans cesse la position d\u2019autrui.Le rapport que nous avons déposé en février dernier propose de sortir de ces ornières.Des interventions comme celle de M.Christian Laville et M\u201c® Michèle Da-genais, parue dans Le Devoir du 23 avril, proposent de nous y ramener.Le rapport, intitulé «Le sens de l\u2019histoire», est le fruit de consultations ayant suscité près d\u2019une centaine de contributions de tous horizons, dont celles d\u2019environ 136 enseignants et conseillers pédagogiques.La lecture oblique qu\u2019en proposent M.Laville et M\u201c® Dagenais laisse croire que le rapport porte à peu près tout entier sur la question nationale et qu\u2019il en répercute les accents les plus caricaturalement conservateurs.Cela est faux et les citoyens intéressés ne devraient pas hésiter à le constater en consultant le document en ligne.Faux débats et mauvais procès Le rapport recense en fait les nombreuses limites du programme actuel d\u2019enseignement de l\u2019histoire du Québec : des préambules vagues ; l\u2019absence de fil conducteur et de trame narrative; un pluralisme de façade et inopérant; une approche par compétences qui, malgré des inten- tions louables, défigure le savoir historien.Il s\u2019agit de lacunes sérieuses qui supposent de vastes amendements au programme en vigueur.Les solutions à ces problèmes, précisons-le, ne font pas consensus parmi les spécialistes de la didactique eux-mêmes, comme l\u2019ont rappelé de récents échanges dans Le Devoir (du 24 février au 10 mars) et dans nombre de revues savantes, ce que feignent d\u2019ignorer M.Laville et M\u201c® Dagenais.Notre rapport n\u2019en propose pas moins plusieurs solutions concrètes et représentatives des opinions recueillies.Un mot tabou: la trame nationale Et ces questions, oui, sont également imbriquées à celle de la «trame nationale», qu\u2019un programme d\u2019histoire ne saurait ignorer, mais qui semble tant déconcerter M.Laville et Mme Dagenais.Agiter le spectre du « nationalisme conservateur », ici à bien mauvais escient, suffit-il à discréditer une réforme nécessaire ?L\u2019actuel programme d\u2019histoire comporte des lacunes évidentes en ce qui concerne le poids de la dualité nationale dans l\u2019évolution du Québec et du Canada.Peu de gens le contestent.Notre rapport précise qu\u2019il ne faut pas pallier ce manque par une histoire patriotique ou romantique, mais simplement par la prise en compte du cadre national en tant qu\u2019espace où plusieurs des transformations dç la société québécoise trouvent leur sens.A nos yeux, la «trame nationale devrait servir une double fin: mettre en scène les phénomènes politiques et sociaux dans l\u2019espace commun de la collectivité et.servir d\u2019amorce à l\u2019analyse de l\u2019évolution de la communauté politique ainsi que de ses dynamiques identitaires» (p.24).Toujours selon notre rapport, «l\u2019étude suivie de la dualité nationale [offre], un thème judicieux pour l\u2019exercice de la pensée historique, dans la mesure où elle s\u2019offre comme une question ouverte à l\u2019interrogation plurielle.Exposer l\u2019élève aux interprétations divergentes de la Conquête, par exemple, paraît fort stimulant » (p.24).Placer le cadre national en bonne place parmi les clefs d\u2019intelligibilité de l\u2019histoire du Québec s\u2019impose d\u2019évidence.Il s\u2019agit de l\u2019espace dans lequel ont pris place nombre de nos conflits, de nos rassemblements et de nos expériences passées, politiques ou pas.L\u2019historienne Denyse Baillargeon a par exemple montré que l\u2019expérience québécoise de la maternité avait été très influencée par la dualité nationale.Il en va de même de l\u2019histoire du féminisme, du mouvement syndical, de l\u2019immigration ou de la religion.Et, oui, de l\u2019histoire de la politique.Prendre au sérieux l\u2019articulation du national, du social et du politique est crucial en histoire, et le programme actuel ne relève pas ce défi.Pourtant, un adolescent d\u2019aujourd\u2019hui peut-il comprendre quoi que ce soit à l\u2019actualité des douze derniers mois sans de tels repères ?Pour un débat lucide et apaisé Qn pourrait multiplier les exemples, mais il est encore plus simple de consulter les annexes du rapport, qui offrent un exemple détaillé de ce que devrait être le futur programme d\u2019histoire.La cohabitation entre histoire sociale et histoire politique est à l\u2019honneur, les nécessaires défis du pluralisme et de l\u2019histoire des femmes sont abordés plus franchement que dans le programme actuel, et le rapport défend à de multiples reprises l\u2019exercice de compétences liées à la pensée historique et critique.Nous défions M.Laville et M\u201c® Dagenais d\u2019y voir quelque trace d\u2019une histoire «politiquement orientée».S\u2019il est une chose par contre, et une seule, qui menace les acquis du programme de 2006, c\u2019est bien la propension de certains à jouer de l\u2019excommunication pour empêcher que l\u2019on en répare les manquements les plus évidents.La mise en scène du fait national fait partie de ces manquements.Il n\u2019est pas souhaitable de le taire, mais plutôt d\u2019en parler en des termes que tous peuvent accepter et qui élèvent la discussion.Notre rapport, lui, s\u2019y emploie.Mesgens David Desjakdins Les gens qui se sont dit qu\u2019ils avaient assez attendu, que le délai était insoutenable et que, finalement, ce ne serait pas une si mauvaise idée de faire sauter la clôture à leurs enfants pour qu\u2019ils soient les premiers à s\u2019emparer d\u2019œufs de Pâques disséminés dans un parc de Laval.Les gens qui ont suivi derrière et, comme leurs marmots ne trouvaient plus rien, que tous les œufs avaient été ramassés, ont décidé de piger dans les paniers d\u2019autres enfants.Les gens qui n\u2019ont pas d\u2019opinion.Qui ne lisent pas les journaux, qui votent pour des politiciens parce qu\u2019ils sont beaux.Les gens qui sont capables d\u2019appuyer un parti sans aucune arrière-pensée, sans jamais avoir l\u2019impression de se trahir ne serait-ce qu\u2019un tout petit peu.Les gens dont j\u2019envie parfois l\u2019ignorance, ou la naïveté, ou la foi.Vraiment.Les gens qui réagissent à des articles sur le Web pour se mettre en valeur, qui pinaillent, qui lisent en diagonale avant d\u2019aller faire luire au bas de l\u2019écran ce qu\u2019ils considèrent comme une éclairante réflexion.Les gens qui écrivent sans même réfléchir.Les haineux, les détesteurs, les trolls, les petits êtres mesquins qui se cachent derrière l\u2019anonymat, et dans le lointain horizon du Web pour écraser d\u2019autres gens.Les gens qui se promènent en shorts au printemps quand il fait 5.Les gens chez Costco.Les gens qui arrosent l\u2019entrée, qui pellettent la neige du terrain dans la rue.Les gens qui ne vous laissent jamais passer en voiture, enfermés qu\u2019ils sont dans l\u2019unique espace de liberté dont ils disposent et qu\u2019ils défendent en regardant droit devant.Les gens dont le silence est un cri.Les gens qui achètent des cellulaires à leurs enfants.Les gens qui regardent Yamaska.Les gens qui ont hâte de revenir de voyage pour boire leur café du Tim.Les gens qui braquent leur attention sur le minuscule du quotidien parce que lever les yeux vers quelque chose de plus grand qu\u2019eux les angoisse.Les gens qui pensent que les conservateurs à Qttawa font du bon boulot, que la réforme de la Loi électorale par Pierre Poilievre est utile, que cela n\u2019a rien à voir avec la parti^anerie.Les idiots qui croient réellement qu\u2019Élections Canada défend autre chose que la démocratie en programmant des campagnes publicitaires pour inciter les jeunes à voter.Les gens qui voudraient d\u2019un ministre de la Santé en santé.Les gens que cela n\u2019agace pas outre mesure que celui-ci soit un opportuniste, un vire-capot, un personnage détestable, mais que cela révulse qu\u2019il soit obèse.Les gens qui obsèdent tellement sur l\u2019image qu\u2019ils préféreraient probablement que le Docteur Barrette soit mince comme un pic, mais qu\u2019en cachette, il se shoote à la morphine et couche avec des putes S5T)hilitiques.Les gens qui trouvent que j\u2019en mets un peu, là.Les gens qui défoncent les vitrines quand le Canadien gagne.Les gens qui défoncent des vitrines quand le Canadien perd.Les gens qui dénoncent toujours la nostalgie et les gens qui se méfient sans cesse de l\u2019avenir.Le^ gens qui pensent que ce n\u2019est pas le rôle de l\u2019Etat de financer 4es journalistes qui dénoncent les dérives de l\u2019Etat.Les gens qui pensent que l\u2019argent public est mieux investi dans des subventions à la télé privée qui, elle, au moins, produit des émissions populaires.Les gens qui font la morale aux fumeurs.Les gens qui fument dehors quand il fait moins un million.Les gens qui étalent leur mépris en forme d\u2019exercice de style dans le journal.Les gens qui font ainsi le portrait de nos mille petites intolérances.Les gens qui jugent, comme tout le monde, les autres gens.Les gens qui se font croire qu\u2019eux ne jugent pas.Les gens qui forment des castes, et s\u2019approprient un discours qui valide leur mode de vie, leurs convictions, leurs doutes.Les gens qui ne doutent pas et que je redoute.Les gens qui cherchent des refuges.Parfois dans leur propre reflet.Comme l\u2019écrivait magnifiquement une amie : on n\u2019est jamais mieux selfie que par soi-même.Les gens qui adoptent des idées préfabriquées, ou d\u2019autres qui se cachent derrière celles qui sont trop complexes pour être expliquées aux premiers.Les gens qui ne cessent de trouver des raisons pour condamner l\u2019époque.Les gens qui publient sur les réseaux sociaux des nouvelles déprimantes à propos du Black Friday, des cotes d\u2019écoute de La voix, ou simplement des photos incriminantes d\u2019autres gens qu\u2019eux, dont ils se dissocient \u2014 en raison de leur manque de savoir-vivre, de goût, de jugement \u2014 et soulignent le caractère pitoyable de leurs actions en y ajoutant le mot-clic #lesgens.Les gens que j\u2019aime.Les gens que je maudis.Les gens dont je suis, ce qui me donne parfois une raison de plus de détester les gens.ddesjardins@ledevoir.com L\u2019EQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Antoine RobitaïUe (edîtonahste, responsable de la page Idees), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (caricaturiste), information générale : Isabelle Pare {chef de division), Carohne Montpetit (affaires sociales), Lisa-Marie Gervais (education), Alexandre Shields (environnement), Amehe Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deghse (société), Jean Dion (sports), Melanie Loisel et Philippe Orfah (reporters), information politique Marco Portier (chef de division), Michel DamA(chroniqueur), Helene Buzzeth et Mane Vastel (correspondantes parlementaires a Ottawa), Marco Belair-Cmno et Robert Dutnsac (correspondants parlementaires a Quebec), Jeanne Cornveau et Bnan Myles (affaires municipales, Montreal), Isabelle Porter (affaires municipales, Quebec), Guillaume Bourgault-Côte (reporter), Véronique Chagnon et Louis Gagne (pupitre) information culturelle Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinema), Stéphane BaïUargeon (médias), Fredenque Doyon et François Levesque (reporters), Juhe Carpentier (pupitre), information économique Gerard Berube (chef de division), François Desjardins, Enc Desrosiers, Jessica Nadeau et Karl Rettmo-Parazelh {reporters), Gerald Dallaire (pupitre) , information internationale Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Levesque et Guy Taillefer (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page editoriale et cahier Perspectives), section art de vivre: Diane Precourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs), Emihe Fohe-Boivm (pupitre) , équipe internet: Laurence Clavel, Mane-Pier Frappier, Benoît Munger, Philippe Papineau et Genevieve Tremblay (pupitre), Martin Blais, Sophie Chartier et Florence Sara G Ferrans (assistants) , correction : Andreanne Bedard, Christine Dumazet et Michele Malenfant, soutien à la rédaction: Amehe Gaudreau (secretaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis) DOCUMENTATION Gilles Pare (directeur), Manon Derome (Montreal), Vanessa Racine (Ottawa), Dave Noel (Quebec) PUBOClTÉ Edith Caron (adjointe), Jean de Billy, Jean-François Bosse, Marlene Côte, Evelyne De Varennes, Amel Ehmam, Nathahe Jobin {par interim), Claire Paquet, Catherine Pelletier et Chantal Rainville (publicitaires), Sylvie Laporte (avis legaux), Amehe Maltais {coordonnatrice), Ehse G\\ra.rd(secretaire) PRODUCTION Ohvier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Richard Des Cormiers, Donald Fihon, Yannick Monn et Nathahe Zemaitis INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Genevieve O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Maxime-Ohvier Leclerc (coordonnateur du service a la clientèle), Manon Blanchette, Nathahe Fihon, Mane-Lune Houde-Bnsebois, Isabelle Sanchez ADMINISTRATION Olena Bilyakova (reponsable des services comptables), Claudette Behveau (adjointe administrative), Claudine Chevner, Florentina Draghici, Cehne Furoy et Véronique Page B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 AVRIL 2014 ARCHITECTURE+DESIGN \\ I1L a Mes œuvres naissent naturellement de la résolution d\u2019un problème, dekconftvntation à une condition particulière ou de l\u2019évolution d\u2019une technologie.Il ne s\u2019agit pas juste de produire une forme.)) L\u2019architecte Shigeru Ban STEPHEN GOODENOUGH La cathédrale de Christchurch, 2013, Nouvelle-Zélande.À la suite du tremblement de terre de 2011 qui a dévasté la ville, Shigeru Ban a construit un bâtiment en tubes de carton recyclé (PTS, paper tube structure) destiné à remplacer la cathédrale néogothique détruite lors du séisme.Ci-dessous : Shigeru Ban (à droite) et la fabrication d\u2019un abri d\u2019urgence à Port-au-Prince, en Haïti, en 2010 (photo Shigeru Ban Architects).L\u2019architecte de l\u2019harmonie Lauréat du prix Pritzker 2014, le Japonais Shigeru Ban crée des structures d\u2019urgence autant que des projets privés ou publics là En mars dernier, l\u2019architecte japonais Shigeru Ban s\u2019est vu décerner le prix Pritzker 2014, la plus haute distinction en architecture.Remarqué pour sa série de maisons minimalistes construites au Japon, l\u2019architecte s\u2019est surtout distingué pour son implication dans la construction de bâtiments temporaires sur les lieux de catastrophes naturelles.Pratiquant une architecture à la fois poétique, inventive et low tech, Shigeru Ban est un homme de terrain qui s\u2019emploie à améliorer le monde qui l\u2019entoure.EMMANUELLE VIEIRA Figure atypique en architecture, Shigeru Ban a été honoré par le jury du Pritzker «pour l\u2019élégance de son travail, le caractère innovant de ses conceptions et son engagement humanitaire».L\u2019architecte, qui a des agences à Tokyo, à Paris et à New York, a accueilli la nouvelle avec grande humilité: «Je reçois ce prix avec honneur, mais je veux rester prudent et continuer à écouter les gens pour qui je travaille.J\u2019accueille ce prix comme un encouragement à poursuivre mon cheminement.» Natif de Tokyo en 1957, Shigeru Ban est fasciné dès son plus jeune âge par les charpentiers qu\u2019il voit travailler dans la maison familiale en bois.11 étudie d\u2019abord à l\u2019Université Waseda, où il s\u2019initie à différents matériaux de construction traditionnels japonais \u2014 le bois, le papier ou le bambou.11 acquiert ensuite une formation typiquement américaine au Southern California Institute of Architecture de Los Angeles, puis à la très réputée Cooper Union School of Architecture de New York, dont il sort diplômé en 1984.En 1985, il crée l\u2019agence Shigeru Ban & i^sociates à Tokyo.De 1992 à 2000, il réalise une série de maisons remarquables au Japon: la maison double-toit, la maison meuble, la maison mur-rideau, la maison sans murs et la maison nue.Marqué par l\u2019in-teiprétation occidentale de l\u2019architecture japonaise, sensible aux conditions de vie dans les mégalopoles surpeuplées du Japon, il conçoit dès ses premiers projets des espaces de liberté ouverts et flexibles.Réinterprétant l\u2019habitat traditionnel avec ses écrans de pa- Le créateur fait des merveilles dans des situations extrêmes, avec peu de budget et de temps pier translucide shoji, il libère la maison de ses murs, allège les structures et œuvre à la mise au point de systèmes d\u2019enveloppes pouvant s\u2019ouvrir totalement.La maison mur-rideau, avec son immense rideau en guise de façade, est la plus emblématique et la plus poétique de cette série de projets.Ban s\u2019ingénie à dématérialiser les bâtiments pour obtenir une fluidité maximale de l\u2019espace intérieur et un prolongement visuel étendu vers l\u2019extérieur, guidé par le souci constant de l\u2019économie de moyens au service d\u2019une esthétique particulièrement raffinée.Pendant qu\u2019il expérimente avec des commandes de maisons privées pour de riches clients, le créateur change son approche de l\u2019architecture en inventant de nouvelles techniques de construction et en se tournant vers des projets beaucoup moins lucratifs.En 1985, alors qu\u2019il travaille dans ses locaux, il pose son regard sur une pile de rouleaux en carton servant habituellement de support aux plans d\u2019architecte, et il a une idée.Après plusieurs mois de recherches et d\u2019expérimentations sur ces tubes en carton recyclé, l\u2019architecte découvre les vertus de ces rouleaux épais qui s\u2019avèrent assez solides pour réaliser des maisons, des églises, des galeries ou des dômes.Le module PTS (paper tube structure) est né et sera plus tard homologué par le ministère japonais de la Construction.Architecte de l\u2019urgence De 1995 â 1999, Shigeru Ban devient architecte conseiller auprès du Haut Comité aux réfugiés de rONU.En Turquie, en Haiti, au Rwanda ou en Nouvelle-Zélande, où il a achevé en B HIROYUKI HIRAI La maison sans murs, 1997, Nagano, Japon.2013 la cathédrale de Christchurch, la qualité de ses réalisations dépasse toutes les attentes.En 1995, alors que la région de Kobé est frappée par un des plus violents séismes de l\u2019histoire du Japon, l\u2019architecte s\u2019implique corps et âme comme «architecte de l\u2019urgence», donnant â son travail une nouvelle dimension qu\u2019il ne cessera de réinterroger â la faveur de ses futures interventions et de leurs contextes.«Après le tremblement de terre de Kobé, je me suis porté volontaire et j\u2019ai construit avec des étudiants et des volontaires de tout le pays», dit-ü.Grâce au PTS, 26 abris sont montés sur des caisses en plastique remplies de sacs de sable pour assurer l\u2019étanchéité.Les murs en tubes de carton sont reliés par des tiges métalliques boulonnées et portent une simple charpente â laquelle est raccrochée une toile en guise de toit.Matériaux humbles «Je suis toujours à la recherche de défis techniques, dit l\u2019architecte, afin de développer mes idées un peu plus à chaque projet.Créer la mode ne m\u2019intéresse pas.Mes œuvres naissent naturellement de la résolution d\u2019un problème, de la confrontation à une condition particulière ou de l\u2019évolution d\u2019une technologie.Il ne s\u2019agit pas juste de produire une forme.J\u2019aime bien travailler avec les matériaux humbles afin de tirer profit de leurs faiblesses ou limitations.» Shigeru Ban fonde en 1995 le Voluntary Architects\u2019 Network (VAN), une organisation non gouvernementale, et son engagement auprès des sinistrés ne cesse de progresser au fil des ans.11 voyage pendant 20 ans sur les lieux des catastrophes naturelles ou humaines pour travailler avec des citoyens, des bénévoles, des étudiants, afin de dessiner et de construire des abris recyclables â bas coûts et de redonner aux victimes leur dignité.Qualité du bâtiment Sa réalisation la plus récente, et la plus spectaculaire, est sans doute la cathédrale en carton de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, un bâtiment destiné â remplacer la cathédrale néogothique détruite lors du séisme de 2011 et prête â accueillir 700 fidèles pendant 50 ans.Avec sa structure en forme de A, la façon la plus facile et la plus économique de construire, la cathédrale de carton et sa peau extérieure en polycarbonate translucide laissent passer la lumière naturelle, qui traverse les espaces entre les tubes et la rosace pour donner une atmosphère changeante et magique au fil de la journée.«Il était important pour moi, dit l\u2019architecte, de maintenir une sorte de qualité provisoire.Je ne veux pas gaspiller de l\u2019argent, donc tout doit être très simple.La qualité du bâtiment ne dépend pas de la qualité des matériaux mais de celle de l\u2019espace composé par le volume, la lumière et l\u2019ombre.» Face â des situations de crise, â certains risques naturels qui pèsent sur des villes particulièrement exposées, ou devant la hausse croissante des coûts liés au logement et â sa mise en œuvre, de plus en plus de projets faisant appel au sens commun de Shigeru Ban voient le jour.Refusant de distinguer provi- DIDIER BOY DE LA TOUR Studios temporaires en tubes de carton structuré, 2004, Paris, France.soire et permanent, l\u2019architecte crée des espaces originaux en repensant les techniques et les méthodes de construction â partir de matériaux communs (tubes de carton, bois, bambou textile) ou d\u2019éléments standardisés (conteneurs de transport en métal).Sur ces projets de l\u2019urgence, il met autant d\u2019énergie et de créativité que sur ses commandes privées.Créer avec peu d\u2019argent, dans des contextes économiques parfois fragilisés et â l\u2019avenir incertain, tout en réduisant l\u2019impact de notre empreinte sur l\u2019environnement et nos perturbations sur les milieux, voilà autant d\u2019enjeux contemporains, chargés de paradoxes, qui plaident évidemment pour une architecture plus légère, plus flexible, mais aussi plus durable.et, de ce fait, recyclable.Humain et lucide, Shigeru Ban remet sans cesse en question le vrai rôle de l\u2019architecte tout en se faisant le porte-parole d\u2019une réponse architecturale plus adaptée au monde d\u2019aujourd\u2019hui.Capable d\u2019un optimisme â toute épreuve, il fait des merveilles dans des conditions extrêmes, avec peu de budget et de temps, et s\u2019acharne tou-jours â trouver une solution dans la structure, les matériaux, les vues, la qualité de lumière et de ventilation, dans le seul but d\u2019améliorer l\u2019expérience de vie des gens.L\u2019œuvre de Shigeru Ban est toujours originale, économique, ingénieuse, sans jamais avoir recours aux solutions high tech dont la plupart des architectes d\u2019aujourd\u2019hui font abondamment usage.Collaboratrice Le Devoir "]
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