Le devoir, 15 mars 2014, Cahier B
[" Les partis ont mis en avant les enjeux économiques dans un climat morose Page b 3 Antoine Robitaiiie sur Philippe Couillard et la Constitution Page b 4 Manon Corneiiier sur la réforme de la Loi électorale à Ottawa Page B 2 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MARS 2014 GÉOPOLITIQUE Angoisses russes JEAN-PIERRE LEGAULT *¦ «Ifv- ¦iv-ïà ' iC- JACQUES NADEAU LE DEVOIR Multimillionnaire, frondeur, vedette des médias, Pierre Karl Péladeau a une qualité essentielle aux yeux des indépendantistes : il cherche la bataille.Le séisme PKP L\u2019arrivée d\u2019un « capitaine Québec » dans les rangs souverainistes redéfinit les règles du jeu électoral MARCO PORTIER Les Québécois ont le teint gris et pestent contre l\u2019hiver qui s\u2019éternise, mais Pauline Marois et son équipe affichent une mine resplendissante : en faisant monter Pierre Karl Péladeau à bord de la caravane péquiste, la première ministre a réussi ce qui s\u2019annonce comme le plus gros coup des deux dernières décennies en politique canadienne.L\u2019entrée en scène de l\u2019homme d\u2019affaires de 52 ans a provoqué un séisme dans la campagne électorale.Du jour au lendemain, c\u2019est tout le paysage politique du Québec et du Canada qui a été chamboulé.Comme dirait un personnage de la série télévisée Les jeunes loups, de Réjean Tremblay: «La game vient de changer.» Le sondage d\u2019aujourd\u2019hui dans Le Devoir refroidira l\u2019enthousiasme des péquistes.Les souverainistes sont gonflés à bloc, mais le reste de la population est loin d\u2019embarquer dans le train du «pays».l^game vient quand même de changer parce que le mouvement souverainiste a enfin trouvé son «capitaine Québec» du monde des affaires, qu\u2019il cherchait depuis quatre décennies.Multimillionnaire, frondeur, vedette des médias (surtout ceux de (Juébecor, dont il est actionnaire de contrôle), Pierre Karl Péladeau a une qualité essentielle aux yeux des indépendantistes : il cherche la bataille.Pour les péquistes, ça adonne bien.Le combat de sa vie, c\u2019est le combat pour le pays.«Mon adhésion au Parti québécois est une adhésion à mes valeurs les plus profondes et les plus intimes, c\u2019est-à-dire faire du Québec un pays», a lancé Pierre Karl Péladeau en confirmant sa candidature à Saint-Jérôme, dimanche dernier.Les Québécois l\u2019ont pris au mot.Pour la première fois depuis 19 ans, la possibilité de tenir un troisième référendum sur l\u2019indépendance du Québec paraît plus qu\u2019un lointain mirage.Les militants du Parti québécois (PQ) n\u2019ont jamais été aussi motivés depuis le référendum de 1995 \u2014 arraché par le Non avec 54288 voix de majorité.Ce regain de vie du PQ a créé une onde de choc.Les libéraux de Philippe Couillard se ressaisissent, fouettés par le retour de la «menace» séparatiste.Le pauvre François Legault se cherche une place enire les deux meilleurs ennemis \u2014 fédéralistes et souverainistes \u2014, qui se nourrissent mutuellement depuis quatre décennies.Et les Ca- % ÉLECTIONS 2014 ik J\u2019allais prendre ma retraite après le scrutin, mais fai changé d\u2019idée: je reste pour faire un pays avec Péladeau! yy Un stratège du gouvernement Marois nadiens se grattent la tête depuis qu\u2019ils ont vu la photo de PI&; le poing brandi, prêt à «détruire le pays», en une de tous les journaux.Un pacte avec le diable «Ça fait longtemps qu\u2019on n\u2019a pas eu un coup de tonnerre comme ça au Québec», a résumé Lisette Lapointe, ex-députée du Parti québécois, qui a signé une lettre d\u2019appui à la candidature de Pierre Karl Péladeau.La militante indépendantiste de longue date \u2014 et son mari Jacques Parizeau \u2014 fait partie d\u2019une douzaine de ténors progressistes du PQ qui ont donné leur bénédiction à PKP cette semaine.Plusieurs d\u2019entre eux, dont les syndicalistes Gérald Larose et Marc Laviolette, avaient déjà décrit l\u2019ex-grand patron de l\u2019empire Québécor comme le diable en personne.Ce champion de la droite a déclenché 14 lockouts au cours des dernières années, dont un conflit de plus de deux ans au Journal de Montréal.Qu\u2019importe, Pierre Karl Péladeau se bat pour le «pays».La coalition «arc-en-ciel» de René I^vesque, qui unit les indépendantistes de toutes les idéologies, semble reprendre forme.«J\u2019allais prendre ma retraite après le scrutin, mais j\u2019ai changé d\u2019idée: je reste pour faire un pays avec Péladeau !», confie un stratège du gouvernement Marois.Ce militant souverainiste d\u2019une soixantaine d\u2019années est convaincu qu\u2019il y aura un référendum durant un prochain mandat, si le PQ remporte la majorité des sièges au scrutin du 7 avril.Comme bien des électeurs, ce membre du Parti québécois a l\u2019impression d\u2019assister au début de la campagne référendaire depuis l\u2019arrivée de Pierre Karl Péladeau.«Ça peut effectivement devenir une campagne préréférendaire», estime Alain G.Gagnon, professeur au Dépar- tement de science politique de l\u2019UQAM.Le débat politique tournait vers l\u2019affrontement gauche-droite au Québec depuis une dizaine d\u2019années.L\u2019irruption de Pierre Karl Péladeau dans l\u2019arène politique a remis à l\u2019ordre du jour la vieille bataille entre fédéralistes et souverainistes, qui avait cours depuis la naissance du mouvement indépendantiste au début des années 60.«Il y a une polarisation de l\u2019électorat [entre partisans et opposants à l\u2019indépendance] qui est en train de se faire.Ça risque de se confirmer à une semaine du scrutin», dit Alain G.Gagnon.La rengaine du référendum Normalement, le Parti libéral a tout à gagner de ce retour à l\u2019affrontement entre le Oui et le Non à l\u2019indépendance.Le calcul est simple: l\u2019appui à la souveraineté stagne autour de 40 % depuis une éternité.C\u2019est pour ça que Philippe Couillard clame depuis un mois que Pauline Marois «prépare un référendum», même si la chef péquiste est loin d\u2019en faire une bataille de tous les instants.La rengaine du référendum est devenue un classique des campagnes libérales sous Jean Cha-rest.Ça peut même devenir comique.En novembre 1998, Lucien Bouchard parlait très peu d\u2019indépendance, mais un matin, le chef libéral avait placardé son autobus d\u2019immenses pancartes jaunes proclamant: «Fini les référendums».L\u2019épouvantail libéral joue son rôle.Le référendum est la meilleure façon de déstabiliser un chef péquiste \u2014 n\u2019importe lequel \u2014 coincé entre ses militants pressés et la majorité des Québécois qui semble se contenter du statu quo.L\u2019engouement déclenché par Pierre I^rl Péladeau a pris de court les stratèges péquistes.Il n\u2019a été question que du « pays » cette semaine.Talonnée par les médias, Pauline Marois a semblé improviser des pans entiers du projet national.On a ainsi appris qu\u2019un Québec indépendant n\u2019aurait pas de poste frontalier avec le Canada, continuerait d\u2019utiliser le çlollar canadien et que les citoyens du futur Etat québécois voyageraient avec leur passeport canadien.«C\u2019est de la folie, tout ça ! On est rendus à parler des frontières et de la monnaie d\u2019un Québec indépendant après une semaine de campagne électorale.Il faut d\u2019abord gagner l\u2019élection et obtenir une majorité», fulmine une militante péquiste de longue date.Pauline Marois a repris les commandes de la caravane \u2014 «les deux mains sur le volant», aurait VOIR PAGE B 2 : SÉISME C\u2019est l\u2019équilibre géopolitique de l\u2019après-guerre froide qui est en jeu avec la Crimée est l\u2019ancien président de la Géorgie, Mi-kheil Saakashvili, qui le dit: «Poutine déstabilise les pays voisins dans le but d\u2019annijiüer tout appétit d\u2019expansion de l\u2019OTAN et des États-Unis.» Depuis la fin de la guerre froide, il y a eu la Géorgie, qui a vu deux de ses régions, l\u2019Abkhazie et l\u2019Ossétie du Sud, retourner dans le giron de Moscou.Il y avait eu auparavant la Moldavie, qui a perdu la Transnistrie.Puis la Lituanie et l\u2019Arménie ont aussi subi des pressions de Moscou à cause de leur rapprochement avec l\u2019Europe.Il y a l\u2019Azerbaïdjan, qui est toujours utilisé par Moscou pour freiner toute velléité d\u2019indépendance des républiques de cette région.Et maintenant, il y a l\u2019Ukraine.Le désir de préserver sa zone d\u2019influence et, partant, d\u2019éviter le rapprochement de certains pays de l\u2019Est avec l\u2019Union européenne explique en partie le comportement de la Russie à l\u2019endroit de ses pays voisins.Et l\u2019Union européenne, qui frappe aux portes de la Russie, a maintes fois, depuis l\u2019effondrement de l\u2019Union soviétique, mécontenté Moscou.Ainsi en est-il par exemple du lancement en 2009 du Partenariat oriental, cet accord d\u2019association que l\u2019Union européenne a conclu avec l\u2019Arménie, TAzerbaïdjan, la Géorgie, la Moldavie, l\u2019Ukraine et la Biélorussie.Et que dire de l\u2019expansionnisme de l\u2019OTAN vers l\u2019est?Aujourd\u2019hui, donc, il y a l\u2019Ukraine, elle aussi ex-république soviétique, grand pays aux fidélités incertaines, tiraillée entre l\u2019Est et l\u2019Ouest et qui fait de l\u2019œil à la fois à l\u2019Union européenne et à sa voisine, la Russie.Ce pays est aujourd\u2019hui jugé sur le plan économique au bord de la faillite.Mais, contrairement aux « divergences » des dernières années entre la Russie et certains de ses voisins, les enjeux autour de l\u2019Ukraine, plus précisément en Crimée, revêtent un caractère géostratégique d\u2019une ampleur nouvelle, en plus de constituer un enjeu économique important.Ces enjeux sont énormes tant pour l\u2019Est que pour l\u2019Ouest dans un contexte mondial mouvant.Et l\u2019Europe le sait.Très bien.C\u2019est l\u2019équilibre géopolitique de l\u2019après-guerrç froide qui est maintenant en jeu avec la Crimée.A la suite de l\u2019effondrement de l\u2019Union soviétique, la Russie, puissance nucléaire faut-il le rappeler, a perdu autour de 90% de ses accès maritimes.Mis à part l\u2019enclave de Kaliringrad en mer Baltique, Moscou n\u2019a pas de ports dignes de ce nom pour abriter ses navires de guerre.Moscou a «une volonté existentielle de protéger ses frontières»,^ explique Katia Hskunova, spécialiste de la Russie et chargée de cours à l\u2019Université de Montréal.Le rempart Et l\u2019Ukraine, incluant la Crimée, constitue le dernier rempart contre l\u2019Ouest.Moscou y tient; au mieux en totalité, au pire en partie, c\u2019est-à-dire la Crimée.«Ce n\u2019est pas une question de principe.La Russie ne tolérerait pas une adhésion de l\u2019Ukraine à l\u2019OTAN, commente M\u201c® Piskunova.L\u2019Ukraine est pour la Russie un pays de transit qui, de par sa position stratégique, requiert [aux yeux de Moscou] un certain contrôle.» De là l\u2019importance des ententes passées lors de la cession de la Crimée à l\u2019Ukraine en 1954 et lors des accords de désarmement entre les géants américain et russe.L\u2019entente de 1954 comportait des clauses garantissant une certaine autonomie à la Crimée, clauses qui, de l\u2019avis de plusieurs, auraient été mises sous le tapis lors des négociations sur les armements.Cet aspect de la question explique en bonne partie la prudence avec laquelle l\u2019Europe et surtout les Etats-Unis abordent le problème cri-méen.Des menaces du bout des lèvres, des demandes de désescalade, des sanctions somme toute légères.Et sur le plan intérieur, le va-t-en-guerre Poutine profite de la situation en Ukraine.Il bat son record de popularité depuis sa réélection en mai 2012, selon les récents sondages : 69 % des Russes approuvent sa politique, soit 9 % de plus qu\u2019il y a un an.L\u2019autre aspect du problème ukrainien est celui du gaz.C\u2019est en passant par l\u2019Ukraine, «pays de transit», que le combustible russe se rend en Europe de l\u2019Ouest.Une ressource particulièrement importante pour l\u2019Allemagne (35% de sa consommation de gaz provient de la Russie), rappelait récemment Nicolas Mazzucchi, géoéconomiste à l\u2019institut de recherche français IRIS.Et, au cours des dernières années, Moscou ne s\u2019est pas gêné pour rappeler de manière sans VOIR PAGE B 2 : ANGOISSES B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MARS 2014 PERSPECTIVES Déficit démocratique r X Manon CORNELLIER à Ottawa Le gouvernement Harper n'a jamais été sensible à l'avis des experts, sauf ceux qui pensent comme lui.Il en a donné maintes fois la preuve, en matière de justice, d'environnement, de recherche, de recensement.Il y a donc peu de chances qu'il soit ébranlé par cette centaine d'universitaires, parmi lesquels les plus éminents spécialistes de notre système électoral et parlementaire, qui ont critiqué sa réforme de la Loi électorale cette semaine.Les conservateurs s'entêtent.Les amendements auxquels ils se montrent ouverts ne règlent aucun des problèmes de fond soulevés par le Directeur général des élections du Canada (DGE), les partis d'opposition, les équipes éditoriales des grands journaux ou les experts dans le domaine.Il est seul contre tous, mais cela ne l'ébranle pas.Il ne doutera que s'il sent qu'il y a des votes en jeu puisqu'il aborde tout sous un angle partisan.Le projet de loi C-23 sur «l'intégrité des élections» n'y échappe pas.Mais, fidèle à ses habitudes, il a vu au grain en laissant le moins de temps possible aux citoyens pour se mobiliser.Ils ont ainsi attendu à la dernière minute pour présenter un projet de loi qu'ils avaient pourtant promis pour l'automne 2012.Ils ont même voté, le 12 avril 2012, pour une motion du Nouveau Parti démocratique exigeant du gouvernement le dépôt, «d'ici les six prochains mois», d'amendements à la Loi électorale du Canada pour que «les pouvoirs d'enquête d'Elec-tions Canada soient renforcés en accordant au Directeur général des élections le pouvoir d'exiger de tous les partis politiques le dépôt des documents nécessaires pour assurer leur conformité avec la Loi électorale».Le projet de loi devait aussi prévoir des mesures pour encadrer les appels automatisés et ainsi prévenir une fraude semblable à celle qui s'est produite en 2011.Six mois plus tard, le gouvernement n'avait rien à proposer.Douze mois après l'adoption de la motion non plus.En mai 2013, le DGE Marc Mayrand déclarait devant un comité parlementaire que le temps pressait, que les changements devaient être en vigueur dès le printemps 2014 pour être mis en œuvre à temps pour les élections de 2015.On se serait attendu à ce que le gouvernement presse le pas et présente un projet de loi dès l'automne dernier.Mais non, il n'a été déposé que le 4 février dernier.Du coup, impossible de respecter l'échéancier du DGE sans précipiter l'étude de cette refonte en profondeur de la Loi électorale, car le calendrier parlementaire est impitoyable.Pour que le projet de loi soit en vigueur avant l'été, il doit traverser de multiples étapes aux Communes et au Sénat.Mais voilà, le Parlement fait relâche à intervalle régulier, période durant laquelle les comités ne peuvent siéger.C'était le cas cette semaine, ce le sera encore la semaine prochaine et les deux semaines du congé pascal.Comme le comité doit terminer ses audiences le l®\u2018'mai pour permettre l'achèvement des autres étapes du processus parlementaire, il n'aura que quatre semaines pour entendre des témoins.C'est bien peu pour une réforme de cette ampleur, mais on reconnaît là la méthode favorite des conservateurs, celle qu'ils nous servent pour chacun de leurs projets de loi budgétaire omnibus.Cette approche condamnable est tout simplement inacceptable dans le cas de la réforme de la Loi électorale, qui encadre l'exercice de nos droits démocratiques.Cette loi doit être le fruit d'une véritable consultation non partisane afin d'aboutir à un résultat qui fait consensus.La confiance en l'intégrité et l'équité du système électoral passe par là.Le projet C-23 ne fait, au contraire, qu'aggraver les doutes.La liste de ses défauts est longue.En éliminant plutôt qu'en peaufinant certaines méthodes d'identification des électeurs, il risque de priver des citoyens de leur droit de vote.Il offre aux partis des échappatoires en matière de dépenses qui affaiblissent les contrôles des dépenses électorales, et ce, au profit des partis les plus riches.Au lieu d'atténuer le danger de par-tisanerie, il l'accentue en allongeant la liste des fonctionnaires électoraux proposés par les partis.Il interdit au DGE de faire la promotion de la participation électorale.Il refuse au commissaire aux élections la possibilité de demander à un juge de contraindre une personne à collaborer à une enquête.Il n'exige pas des partis qu'ils soumettent des pièces justificatives pour obtenir des millions en remboursement.Je pourrais continuer.Si les conservateurs croient que ces enjeux indiffèrent les Canadiens, ils devraient y penser à deux fois.Ils devraient se rappeler l'indignation généralisée provoquée, au printemps 2012, par l'affaire des appels automatisés frauduleux survenus durant la campagne de 2011.C'est justement pour s'en dépêtrer qu'ils ont accepté à l'époque d'appuyer la motion du NPD.On a compris au fil du temps qu'encore une fois, ils n'avaient cherché qu'à calmer le jeu et à gagner du temps.Mais pour aboutir à un projet qui, s'il corrige certains problèmes, en crée d'autres, et de très graves.Des changements, mûrement réfléchis et discutés sans précipitation, s'imposent pour que cette loi mérite son nom.mcornellier@ledevoir.com La croissance pour panser les plaies Abidjan mise sur l\u2019économie pour réconcilier les Ivoiriens après 10 ans de guerre civile CHRISTIAN RIOUX à Abidjan Abdoul Karim se souviendra toujours de ce «samedi noir».En février 2011, les chars ont fait irruption dans le PKI 8, un quartier populaire d'Abobo, au nord d'Abidjan.Des obus ont explosé, tuant femmes et enfants.Un ami d'Abdoul a pris une balle dans le pied.Les habitants, des Baoulés venus du centre du pays et partisans de factuel président Alassane Ouattara, n'ont pas reculé devant ceux de Laurent Gbagbo, aujourd'hui accusé devant la Cour pénale internationale.«On était de vrais guerriers», dit fièrement Abdoul, qui n'hésiterait pas à reprendre la machette.Lorsqu'on lui demande où en sont les rivalités entre pro-Gbagbo, généralement chrétiens et originaires du Sud, et pro-Wattara, souvent musulmans et originaires du Nord, il affiche un sourire énigmatique.«Même quand on n'aime pas le lièvre, il faut reconnaître qu'il court!», dit-il.En d'autres mots, même les ennemis de Ouattara sont obligés d'avouer que la Côte d'ivoire va mieux.Soutenu par le EMI et fintelligentsia internationale, le gouvernement d'Alassane Ouattara fait le pari que la croissance économique suffira à panser les plaies héritées de dbc ans de guerre civile.L'ancien directeur du département Afrique du EMI s'est donné pour objectif de faire entrer la Côte d'ivoire dans les pays émergents d'ici 2020.Pour finstant, les résultats semblent encourageants puisque le premier producteur au monde de cacao enregistre une croissance de 9% et que la plupart des indicateurs économiques sont au vert.A Abidjan, les chantiers sont nombreux: funiversité a été rénovée et un troisième pont enjambant la lagune Ebrié sera inauguré à la fin de Tannée.Mais la croissance économique peut-elle suffire à réconcilier un peuple?«Malgré les discours, la réconciliation est loin d'être faite», explique Christophe Kouamé, coordonnateur national de la Convention de la société civile ivoirienne.La CSCI regroupe 133 organismes, dont les principaux syndicats, les organisations religieuses et les groupes de défense des droits de l'homme du pays.Elle s'est opposée à ce que le président gouverne par ordonnance et réclame une réforme de la commission électorale.Résultat, le 27 février, un de ses séminaires réunissant 200 personnes a été dispersé par la police à Cocody, le quartier chic d'Abidjan.Tout cela au nom de la protection de Tordre public, s'insurge Kouamé.«Avec la campagne électorale qui approche, plusieurs organisations craignent le retour de la baïonnette, dit-il.Certains ont déjà reçu des menaces.» Des gages de justice Trois ans après l'entrée en fonction du président, les milices qui l'ont porté au pouvoir sont ISSOUF SANOGO AGENCE ERANCE-PRESSE Le président de la Côte d'ivoire, Alassane Ouattara loin d'avoir été désarmées.Les anciens commandants de régions, dont certains se sont outrageusement enrichis avec la guerre, sont toujours en poste.Soupçonnés d'avoir commis des massacres, les dozos, ces chasseurs traditionnels du Nord, sont encore utilisés pour maintenir Tordre.Sur les 150 personnes poursuivies pour des crimes commis durant la guerre civile, on ne trouve pratiquement aucun partisan de Ouattara, déplore Antonin Rabecq, de la Eédération internationale des droits de l'homme (EIDH).Rare exception: le chef de guerre Amadé Oué-rémi, arrêté en mai dans le parc national du Mont Péco, où il cultivait illégalement du cacao.On le soupçonne d'être à l'origine d'un massacre de 300 personnes à Duékoué, dans l'ouest du pays.« On comprend que Ouattara ne veuille pas sacrifier des gens importants pour la sécurité du pays avant les élections, dit Antonin Rabecq.Mais s'il ne donne pas quelques gages de justice, l'exercice donnera l'impression de n'avoir servi qu'à justifier l'impunité.» De l'avis général, la Commission dialogue, vérité et réconciliation, créée en 2011, a été un échec.Rien de surprenant puisqu'elle était présidée par un économiste qui n'avait pas la confiance des pro-Gbagbo.Il a fallu en reconduire le mandat.Quant aux problèmes fonciers à l'origine de la guerre civile, ils perdurent, expliquent la plupart des observateurs.Des milliers de lopins de terre, squattés par les populations balouées et burkinabées du Nord à l'époque où les dirigeants disaient que «la terre appartenait à celui qui la travaillait», sont toujours réclamés par leurs anciens propriétaires bétés, l'ethnie de Gbagbo, revenus chez eux pour fuir la crise des villes.«Il faudra des années pour démêler tout ça tant les conflits de propriété semblent inextricables», explique le professeur de littérature de l'Université d'Abidjan et diplômé en sciences politiques David Koffi N'Goran.Il y a parfois quatre titres de propriété pour un même terrain, sans qu'on sache lequel est le bon.La seule solution consiste à avoir des juges impartiaux qui examinent chaque cas Tun après l'autre, estime N'Goran.Dialogue politique?«Malheureusement, Ouattara gouverne le pays comme le ferait l'élite financière internationale, déplore-t-il.On ne sent pas un projet qui inclurait tous les Ivoiriens.» Un exemple parmi d'autres: pour sillonner le pays, la Caravane de la réconciliation est allée chercher à coups de millions la star internationale de reggae Alpha Blondy, «au lieu de recruter des artistes représentatifs qui auraient su quoi dire aux Ivoiriens».Sans les pressions des groupes populaires, il n'y aurait probablement pas eu de débat au Parlement sur le nouveau code de la nationalité.Une réforme pourtant cruciale qui permettra à plusieurs centaines de milliers de personnes qui vivaient sur le territoire avant 1961, ou qui sont nées en Côte d'ivoire entre 1961 et 1972, d'obtenir la nationalité par simple déclaration et de devenir ainsi propriétaires.lœ ministre de la Culture, Maurice Bandaman, veut croire que, sans être achevée, la réconciliation avance.«Nous ne sommes plus dans la situation d'il y a trois ans, dit-il.Les Ivoiriens ont commencé à se parler.Le dialogue politique se maintient.» Même si le Eront populaire ivoirien (EPI) a boycotté les élections législatives de 2012, Bandaman se réjouit que les contacts soient maintenus avec l'ancien parti de Laurent Gbagbo, qui était arrivé premier au premier tour des présidentielles.Plusieurs de ses dirigeants ont été libérés de prison.Le correspondant à Abidjan d'Associated Press, le Québécois Marc-André Boisvert, croit d'ailleurs que son leader actuel, Pascal Affi N'Guessan, serait prêt à tourner la page de Taprès-Gbagbo.«Sans le FPI, les élections de 2015 n'auront pas de sens», dit-il.« Ouattara ne peut pourtant envisager ces élections sans poser un véritable geste de réconciliation», affirme Antonin Rabecq.Surtout que le troisième parti avec lequel il forme une coalition, le Parti démocrate (PDCI), est aussi courtisé par les anciens partisans de Gbagbo.«Pour réconcilier les Ivoiriens, il faudra être humble, conclut Christophe Kouamé.Malgré les signes encourageants, pour l'instant, c'est le gouvernement qui doit encore faire des efforts pour se réconcilier avec le peuple.» Le Devoir ALEXEI NIKOLSKY RIA-NOVOSTI AGENCE ERANCE-PRESSE Le président russe, Vladimir Poutine, en compagnie de son homologue chinois.Xi Jinping ANGOISSES SUITE DE LA PAGE B 1 équivoque à Kiev qu'à la fois son approvisionnement en gaz et les droits de transit pouvaient constituer une arme redoutable.Deux nouveaux gazoducs viendront bientôt changer la donne.D'abord, le North Stream, qui va du nord-ouest de la Russie à l'Allemagne en passant par la mer Baltique.Il est présentement à 60% en activité.Il y a aussi, et surtout, le gazoduc South Stream, qui lui passera par la mer Noire et évitera l'Ukraine, la privant de recettes dont elle a bien besoin.D'une capacité de 63 milliards de mètres cubes, il approvisionnera les pays de l'Europe du Sud et centrale.Il sera opérationnel à la fin de 2015.Ce gazoduc, explique M\u201c^® Piskunova, réduira les coûts de transport du gaz de façon significative et augmentera davantage l'importance géostratégique de la Crimée.Uavenir se trouve à Pest La Russie, qui est sortie en lambeaux de l'effritement de l'Union soviétique, a depuis relevé la tête, économiquement s'entend.Elle a connu des taux de croissance de près de 7 % au cours de la dernière décennie, moins que la Chine, mais plus que le Brésil.La croissance a cependant chuté à un peu plus de 3% en 2009, mais a ralenti depuis.Les économistes expliquent cette baisse par les soubresauts des économies des pays membres de l'Union européenne, laquelle compte pour 44% des exportations de la Russie.Tout comme pour la Chine, la «démocratie autoritaire» en place à Moscou doit assurer un bon développement économique pour éviter la contestation interne et conserver son pouvoir.La Russie se tourne donc vers les marchés asiatiques, au premier chef vers la Chine.Depuis le début de Tannée, Pékin reçoit du pétrole russe, à la suite de la signature d'un contrat ferme signé en juin.Et ce ne serait que le début ! La demande de gaz ne cessera de croître en Chine au cours des prochaines années, avant tout pour la production d'électricité.Dans ce contexte, pour Pékin, «la Russie fait figure de partenaire incontournable», écrivait récemment M.Mazzucchi.D'intenses négociations entre les deux pays se déroulent depuis 2009, et un partenariat commercial énergétique entre les deux pays est maintenant à portée de main.Un nouveau gazoduc à Test des deux pays et passant par la Mandchourie serait opérationnel entre 2017 et 2019.Une entente de fourniture portant sur un approvisionnement sur 30 ans devrait bientôt être signée.Il y a aussi la Corée du Sud et le Japon qui seraient intéressés par les ressources de la Russie.Le réchauffement sino-russe ne présage cependant pas une alliance entre les deux pays, mais plutôt de «bonnes relations dans un contexte où l'idéologie ne joue plus», estime M\u201c^® Piskunova.Pékin, toujours aussi réservé mais efficace, n'a pas dénoncé la Russie pour son action en Ukraine.Plus, la Chine s'est empressée de s'adresser au Tribunal international d'arbitrage à Londres pour qu'il se prononce sur la non-livraison par l'Ukraine d'une quantité de blé d'une valeur de 3 milliards.Ce qui constitue une prise de position en soi.Pour Moscou, la bonne entente actuelle avec Pékin lui facilite grandement la tâche d'assurer la sécurité de sa longue frontière entre les deux pays.Il faut cependant aussi assurer la sécurité sur sa frontière occidentale.Même si les deux pays ont des affinités, il reste peu, sinon pas, d'alliés de la Russie.Mme Piskunova rappelle à ce propos que «Moscou a deux alliés: son armée et sa flotte» ! Le Devoir SEISME SUITE DE LA PAGE B 1 dit Jean Charest \u2014 jeudi matin.En tournée avec Pierre Karl Péladeau dans la région de Québec, la chef péquiste a repoussé son candidat vedette pour l'empêcher de répondre aux questions des journalistes.La première ministre veut être vue avec PKP, mais ne tient pas à le laisser parler.Surtout s'il parle juste du «pays».Le PQ a tenu Pierre Karl Péladeau loin des médias une bonne partie de la semaine: même l'adresse du local électoral du candidat, chez un ancien prêteur sur gages de Saint-Jérôme, était gardée secrète ! Le parti a perdu le contrôle du message avec l'arrivée de son héros libérateur de peuple.Pauline Marois a rectifié le tir à la fin de la semaine.Le thème de l'économie a refait surface.Même Pierre Karl Péladeau Ta dit : il veut bâtir un pays prospère.Attendez-vous aussi à entendre parler de la charte de la laïcité d'ici au 7 avril.Les sondages internes du PQ démontrent un appui sans équivoque à la charte dans toutes les régions du Québec, à l'exception de Montréal et Laval.Pauline Marois et le ministre Bernard Drain-ville se défendent d'utiliser la charte à des fins électoralistes, mais ils savent que la précieuse majorité à l'Assemblée nationale passe par la sauvegarde de « l'identité » québécoise.«La game vient de changer», qu'on disait.L'arrivée de Pierre Karl Péladeau redéfinit les règles du jeu.Il doit s'attendre à se faire mettre à l'épreuve.Ceux qui le connaissent le disent colérique.Intraitable envers ceux qui lui tiennent tête.Ses adversaires feront tout pour le faire sortir de ses gonds.Les péquistes risquent aussi de découvrir que Pierre Karl Péladeau peut se montrer intransigeant et impitoyable avec les membres de sa propre équipe.Le Devoir JACQUES NADEAU LE DEVOIR Pauline Marois et Pierre Karl Péladeau LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MARS 2014 B 3 PERSPECTIVES Avec son slogan, le PLQ a voulu montrer qu\u2019il mettait les enjeux économiques au cœur de sa campagne électorale.La politique au temps de la morosité économique JACQUES NADEAU LE DEVOIR ERIC DESROSIERS Il est probablement assez juste de penser que les questions d\u2019économie et de finances publiques devraient compter parmi les enjeux importants des élections québécoises, mais pas pour les raisons évoquées jusqu\u2019à présent.Comme l\u2019avait un jour résumé un organisateur de l\u2019ex-président américain Bill Clinton par une formule désormais célébré : «Ifs the economy, stupid», il est généralement admis que les grands rendez-vous électoraux se jouent \u2014 ou devraient se jouer \u2014 principalement sur les questions de nature économique.La campagne électorale québécoise semble appliquer ce principe, les partis politiques en lice ayant, d\u2019entrée de jeu, mis en avant leurs «trios» et autres combos de candidats experts en la matière, dévoilé de grands plans pour relancer l\u2019économie québécoise et assainir les finances publiques, et s\u2019étant accusés, les uns et les autres, de vouloir mener le Québec à la ruine.Depuis quelques mois déjà, un débat fait rage sur le bilan économique qu\u2019il faut dresser des 18 mois de gouvernement Marois.Pour les partis d\u2019opposition, les péquistes ont «cassé les reins» de la croissance.On en veut pour preuve la situation de l\u2019emploi, qui se serait terriblement dégradée sous leur gouverne.L\u2019Institut de la statistique du Québec est venu contredire ce portrait des choses mercredi, du moins pour l\u2019année 2013.L\u2019année dernière n\u2019a pas été marquée par un recul, mais par la création de 47 800 emplois, majoritairement à temps plein, a dit l\u2019agence, qui base ses calculs sur les normes internationalement reconnues.C\u2019était moins que les bonnes années, typiquement marquées par des gains de 50 000 à 60 000 emplois, mais quand même mieux que les 30800 emplois créés en 2012.Le taux de chômage moyen a modestement baissé au même moment, de 7,8% à 7,6%, alors que le salaire horaire moyen a augmenté deux fois plus rapidement que l\u2019inflation (+1,5% contre +0,7%).Morosité économique Ces gains, somme toute modestes, sont le reflet d\u2019une économie en décélération constante depuis la reprise de 2010, passant d\u2019une croissance annuelle réelle de 2,3% à un maigre 1,2% en quatre ans.Ce ralentissement, disent les économistes, est largement la conséquence de facteurs indépendants de la volonté des gouvernements, qui se sont aussi fait ressentir dans le reste du Canada, tels que la morosité des exportations, la baisse de régime du secteur immobilier, le recul des investissements dans le secteur des ressources naturelles et l\u2019assainissement des finances publiques.Ce contexte économique difficile joue un rôle important dans un autre enjeu où le gouvernement Marois prête le flanc à la critique, soit sa gestion des finances publiques justement.Le ministre des Finances, Nicolas Marceau, a maintes fois répété que, s\u2019il était encore aux prises, aujourd\u2019hui, avec un déficit budgétaire, ce n\u2019est pas par manque de rigueur dans le contrôle de la croissance de ses dépenses, comme certains le lui reprochent, mais à cause d\u2019une croissance économique et d\u2019une inflation plus faibles que prévu.Quoi qu\u2019il en soit, le Vérificateur général du Québec a dit, le mois dernier, douter fortement que le gouvernement parvienne à contenir encore bien longtemps le rythme de croissance de ses dépenses, en raison notamment des coûts exponentiels de la santé.Choc démographique Ce qui nous amène à l\u2019un des principaux problèmes auxquels feront face l\u2019économie et les finances publiques du Québec au cours des prochaines années : le vieillissement rapide de sa population.Une étude de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l\u2019Université de Sherbrooke rappelait, au début de l\u2019année, que ce choc démographique se traduira, d\u2019ici 25 ans, par une forte augmentation (+87 %) des personnes âgées de 65 ans et plus en même temps que par un recul de 4% de la a UN , QUEBK PRIORITÉ EMPLOI JACQUES NADEAU LE DEVOIR Pauline Marois et Nicolas Marceau (à gauche) lors du lancement du programme de relance économique du gouvernement, le 7 octobre 2013.population considérée comme en âge de travailler (15 à 64 ans).Une telle situation, y notait-on, ne manquera pas de se faire sentir à la fois sur les perspectives de croissance économique et de revenus fiscaux, mais aussi sur les coûts des soins de santé dont aura besoin cette population vieillissante.Une autre étude, du CIRANO celle-là, estimait, à la fin de l\u2019année dernière, que les dépenses en santé finiront par écrasqr tous les autres secteurs d\u2019intervention de l\u2019État si rien ne change.Accaparant déjà environ 45% de l\u2019ensemble des revenus du gouvernement, cet unique poste budgétaire passerait ainsi à près de 70% dans seulement une quinzaine d\u2019années.Un changement de cap majeur sera évidemment nécessaire bien avant cela.Le gouvernement devrait aller chercher l\u2019argent là où il est, disait cette semaine Québec solidaire, c\u2019est-à-dire dans les paradis fiscaux, dans «la poche d\u2019une minorité de Québécois qui vivent extrêmement bien», dans les profits des banques, des grandes entreprises et des minières.Éa plupart des experts rétorqueront que le Québec est déjà l\u2019économie la plus taxée et la plus endettée en Amérique du Nord et qu\u2019il ne lui reste plus vraiment de marge de manœuvre de ce côté.Certains d\u2019entre eux estiment qu\u2019on pourrait, à tout le moins, taxer de manière moins dommageable pour la croissance de l\u2019économie, en réduisant le poids relatif des impôts sur le revenu et le capital et en augmentant celui des taxes à la consommation et les tarifs, mais en compensant leur effet régressif, comme on le fait déjà pour la TVQ.Les politiciens en campagne ont toutefois plutôt tendance à offrir le contraire, c\u2019est-à-dire promettre, comme la CAQ, d\u2019abolir la taxe santé et la taxe scolaire et d\u2019annuler la hausse des tarifs de services de garde et d\u2019Hydro-Québec.Aucun parti politique ne semble trop vouloir s\u2019avancer, non plus, sur la voie d\u2019une profonde réorganisation du mode de fonctionnement des services publics, tel que leur mise en concurrence entre eux ou avec le privé.Ceux qui se disent préoccupés par les déficits préfèrent continuer de s\u2019en remettre à des compressions plus ou moins musclées de l\u2019embauche et des dépenses.Une politique de croissance Le choc démographique n\u2019a pas seulement un impact sur les finances publiques, il en a ÉLECTIONS 2014 Selon Québec, le déficit est le fait d\u2019une croissance et d\u2019une inflation plus faibles que prévu aussi sur les perspectives de croissance.Depuis 30 ans, la moitié de la croissance économique du Québec vient de l\u2019augmentation de la population et de son taux de participation au marché du travail et l\u2019autre moitié de ses gains de productivité.La part occupée par ces derniers devra augmenter pour compenser le ralentissement ou le plafonnement des autres facteurs.Or le Québec \u2014 comme le Canada \u2014 a un mal fou à trouver des moyens de produire plus de richesse pour le même nombre d\u2019heures travaillées, rappelait, au début de l\u2019année, une étude du Cientre sur la productivité et la prospérité de HEC Montréal.Les solutions à ce problème sont difficiles à trouver.Celles qui sont habituellement proposées tournent toujours autour de grands principes, comme la formation de la main-d\u2019œuvre, la qualité des infrastructures, la promotion des valeurs entrepreneuriales ou encore la compétitivité et la capacité d\u2019innovation des entreprises.Il a longtemps été de bon ton de dire que la meilleure façon pour un gouvernement d\u2019aider le développement de son économie est de mettre en place les meilleures conditions générales d\u2019affaires possible et de s\u2019enlever ensuite des jambes des entreprises, observaient l\u2019été dernier les experts Dan Ciuriak et John Curtis dans un article publié par l\u2019Institut de recherche en politiques publiques.Les gouvernements et les experts occidentaux sont de plus en plus prêts à admettre aujourd\u2019hui que cette approche ne suffit pas et que des politiques industrielles plus actives sont nécessaires.La politique économique en quatre volets présentée cet automne par le gouvernement Marois en serait un exemple, comme le Projet Saint-Laurent de la CAQ.Le chef du Parti libéral, Philippe Couillard, a dénoncé, quant à lui, le trop grand interventionnisme économique du Parti québécois, tout en promettant une stratégie maritime de plus de 7 milliards en 15 ans.Toutes ces questions complexes ne se prêtent pas toujours facilement au débat partisan.Et quoi qu\u2019on en dise, les campagnes électorales québécoises ont souvent finalement porté sur d\u2019autres enjeux que l\u2019économie, comme la santé, la corruption ou le débat constitutionnel.Le Devoir S\u2019il fallait.Michel é David Un deuxième pour le PQ serait plus pénible que le premier ès le déclenchement de la campagne de 2012, un sondage de Léger Marketing avait semé l\u2019inquiétude dans l\u2019esprit des stratèges du PQ.Et s\u2019il fallait se contenter d\u2019un gouvernement minoritaire ?«C\u2019est le pire des scénarios», avait confié un apparatchik.Certes, la présente campagne est encore jeune et le premier tiers a déjà réservé son lot de surprises, mais le sondage Léger Marketing dont Le Devoir dévoile aujourd\u2019hui les résultats a aussi de quoi inquiéter.Le PQ semble plafonner, alors que le PLQ continue à progresser.L\u2019avance de 22 points que le PQ détenait chez les francophones il y a dix jours a été réduite à 17.S\u2019il fallait.Un deuxième mandat minoritaire serait nettement plus pénible que le premier.Èn dramatisant à outrance son engagement envers la souveraineté, Pierre Karl Péladeau ne pensait certainement pas faire déraper la campagne prudente que voulait mener Pauline Marois, qui n\u2019en finit plus de s\u2019empêtrer dans les détails d\u2019un projet dont elle voulait parler le moins possible.M.Péladeau cherchait vraisemblablement à se faire pardonner au nom de la cause sacrée de l\u2019indépendance son passé de capitaliste sans âme.A voir l\u2019accueil enthousiaste que lui ont réservé bon nombre de progressistes, il y est largement parvenu, même si le monde syndical n\u2019oubliera pas ses méfaits auçsi facilement.A court terme, cet improbable mariage pourrait être viable.Pendant que tout le monde s\u2019affairera à la préparation du référendum, les dossiers mandat qui risqueraient d\u2019opposer M.Péladeau aux membres minoritaire plus progressistes du gouvernement et à la base militante du PQ pourront toujours être remis à plus tard.Cela suppose toutefois nettement qu\u2019il y ait un référendum à la clé.Un gouvernement minoritaire devrait évidemment y renoncer.La simple présentation du livre blanc sur l\u2019avenir du Québec n\u2019aurait plus aucun sens.La gestion des «vraies affaires», comme l\u2019atteinte du déficit zéro, le financement des soins de santé ou encore la révision du Code du travail, risque d\u2019être nettement moins consensuelle.Sans parler du leadership de Pauline Marois, qui serait inévitablement remis en question.L\u2019entrée en scène de PKP devait attirer les électeurs de la CAQ, pas les effrayer.Appeler à l\u2019indépendance en levant le poing n\u2019était certainement pas la meilleure méthode.S\u2019ils devaient appuyer un autre parti, 43% passeraient chez les libéraux et seulement 17% au PC), selon le sondage Léger Marketing-Lg Devoir.La dernière chose à faire était de leur donner une raison de le faire.Si la souveraineté a l\u2019appui de 50 % des francophones, cette proportion n\u2019est que de 20 % chez les électeurs caquistes.Pour 45% des péquistes, une victoire le 7 avril donnerait au gouvernement le mandat de tenir un référendum, mais seulement 23 % des caquistes sont de cet avis.Bref, la CAQ est avant tout un parti de fédéralistes, qu\u2019une élection transformée en référendum sur la tenue d\u2019un référendum risque de précipiter dans le camp libéral.On peut toujours louer le courage de François Legault, qui continue à prêcher l\u2019austérité, même si c\u2019est dans le désert, mais la dégringolade de la CAQ, qui ne recueille plus que la moitié des votes de 2012, consacre l\u2019échec de sa tentative de convaincre les Québécois de mettre la question nationale en veilleuse.Brandir l\u2019épouvantail référendaire n\u2019est cependant pas sans risque.Philippe Couillard ne pouvait pas accuser continuellement M\u201c® Marois d\u2019avoir un «agenda caché» sans faire connaître le sien.S\u2019il devient premier ministre, il s\u2019engage à entreprendre une vaste tournée au Canada anglais pour y plaider les mérites d\u2019une reconnaissance de la «société distincte», mais il doit prier le ciel que personne ne lui oppose une fin de non-recevoir d\u2019ici la fin de la campagne.En 1998, Jean Chrétien avait brutalement rejeté les timides demandes de Jean Charest en déclarant que la Constitution canadienne n\u2019était pas un «magasin général» où chacun peut acheter ce qu\u2019il veut.Le chef du PLQ ne se fait sûrement aucune illusion sur l\u2019appétit de discussions constitutionnelles dans le reste du pays, mais il doit sans doute compter sur la frousse provoquée par l\u2019arrivée de M.Péladeau pour que personne ne dise trop brutalement avant le 8 avril que le magasin général est définitivement fermé.Tous les Québécois ne partagent pas le confort que, de son propre aveu, le statu quo constitutionnel procure à M.Couillard, mais il a indéniablement l\u2019avantage d\u2019être familier, tandis que la souveraineté comporte bien des inconnues.Plusieurs de ceux qui s\u2019inquiètent des lendemains d\u2019un Oui sont néanmoins mal à l\u2019aise à l\u2019idée de voter Non et préféreraient ne pas avoir à trancher.C\u2019est peut-être le plus grand danger qui guette le PQ.mdavid@ledevoir corn B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MARS 2014 EDITORIAL PARTI QUEBECOIS Le temps presse L\u2019adhésion de Pierre Karl Péladeau au Parti québécois, accompagnée d\u2019une vigoureuse profession de foi souverainiste, a créé une profonde onde de choc politique et provoqué le retour de la polarisation entre fédéralistes et souverainistes et entre la gauche et la droite.R Bernard Descôteaux arement l\u2019entrée d\u2019une personnalité sur la scène politique aura eu un tel effet.11 aura suffi d\u2019à peine quelques heures à Pierre Karl Péladeau pour détourner le cours du débat.On ne connaît pas encore la suite des choses, mais on est tenté de comparer son arrivée à celle des «trois colombes» au Parti libéral du Canada en 1965, comme on avait surnommé les candidatures des Pierre Elliott Trudeau, Jean Marchand et Gérard Pelletier.Sauf que Pierre Karl Péladeau n\u2019est pas vu comme une colombe.Aux yeux de la gauche comme des fédéralistes du Québec et du reste du Canada, il serait plutôt un faucon qui par sa seule présence vient troubler la quiétude des uns et des autres.Comme pour les trois colombes, l\u2019adhésion de l\u2019ancien président de Québécor au Parti québécois est porteuse de symboles.Les trois colombes étaient des militants progressistes qui, d\u2019une part, se joignaient à un parti politique centriste et qui, d\u2019autre part, adhéraient à une vision du Canada que les Québécois commençaient à rejeter par ailleurs.Pierre Karl Péladeau vient à l\u2019opposé apporter un appui au mouvement souverainiste et à un parti progressiste honni ~\t_ pourtant par le grand capital dont il est issu.Ce seul geste n\u2019est toutefois pas de nature à changer le cours des choses de façon marquante, même si ces six derniers jours il y a eu un effet PKP En réabté, la profession de foi souverainiste ,\t^\tde l\u2019homme d\u2019affaires a pu susciter un fort degré d\u2019enthousiasme chez les souverainistes et marquer le retour au bercail des «souverainistes déçus», mais elle n\u2019a pas créé un nouvel appétit des Québécois pour la tenue d\u2019un référendum.Les résultats du sondage Léger-Lc Devoir publiés ce samedi montrent un raffermissement du vote péquiste, mais aucune variation signibcative par ailleurs quant à l\u2019appui à la souveraineté ou à la tenue d\u2019un référendum.Par contre, elle a provoqué un retour manifeste de la polarisation entre souverainistes et fédérabstes qui a probté au Parti libéral.Les stratèges péquistes ont sans doute surévalué les effets de la candidature de M.Péladeau, et mal préparé son arrivée.Le montre la perte de contrôle de l\u2019ordre du jour passé aux mains des partis d\u2019opposition et des médias avec la controverse autour des conflits d\u2019intérêts potentiels dans lesquels il pourrait se retrouver une fois devenu ministre.La première ministre Pauline Marois l\u2019a compris en tentant de ramener, sans trop de succès, l\u2019attention sur « les vraies affaires » que sont le développement économique, la santé, l\u2019éducation.Le véritable effet PKP ne se mesurera qu\u2019à moyen terme.11 lui faut d\u2019abord revêtir les habits de l\u2019homme politique qu\u2019il est devenu.Son statut de vedette, à qui on a sans doute promis un superministère, ne peut que déranger, tout comme sa vision des enjeux socio-économiques qui n\u2019est pas conforme à la culture majoritaire de son parti.11 lui faut s\u2019imprégner de la culture de son nouveau parti, dont une partie des militants gardera envers lui une part de mébance en raison de ses origines, ce qu\u2019a vécu Prançois Legault lorsqu\u2019il était péquiste.L\u2019ambition de Pierre Karl Péladeau de faire du Québec un pays passe par une exigence très prosaïque qui consiste à se faire élire et à contribuer à faire réélire le Parti québécois.Si on lit bien les résultats du sondage Léger, le temps presse.La perception qu\u2019ont les Québécois de Philippe Couiîlard ne s\u2019est pas tant améliorée ces derniers jours, mais le Parti libéral a gagné quelques points.Son insistance sur « les vraies affaires » lui rapporte.Une victoire bbérale, sans être acquise, n\u2019est pas à écarter.COUILLARD ET LA CONSTITUTION Référendums devant ?-ïT\t\\i %\t4 (R \u201d ¦ Antoine Robitaille our les intérêts supérieurs du Québec, il est remarquable qu\u2019un chef fédérabste laisse enbn tomber la théorie du fruit irradié (qui ne mûrit jamais) et annonce une certaine «offensive».Le mot est sans doute fort pour décrbe la tournée pancanadienne que le chef libéral PhUippe Couibard a promise jeudi.11 signibe au moins que r« idée fédérale » au Québec recommence à s\u2019intéresser à l\u2019évolution de la fédération et ne se bornera plus à être un anti-sou-verainisme laudateur du statu quo et de la sacro-sainte «Charte».Sitôt élu, donc, M.Couiîlard irait à la rencontre de tous les gouvernements de la fédération pour discuter économie, mais aussi pour les convaincre d\u2019accepter l\u2019insertion dans la Constitution de la notion de «société distincte».Le rêve est d\u2019y arriver d\u2019ici 2017, afin de faire coïncider le retour du Québec dans le giron constitutionnel avec le 150® anniversaire de la Confédération.Cette question est une «vraie affabe », contrairement à ce que dira Prançois Legault, mais aussi nombre de libéraux.Primo, U s\u2019agit après .\t¦.:-T ,r tout de la loi fondamentale de la fédération, où w une grande partie des Québécois veulent vivre.Un document juridique si blindé contre le changement, toutefois (Trudeau père l\u2019imaginait durer « 1000 ans»), qu\u2019il faudrait une dose presque surhumaine de bonne volonté dans tout le «Dominion» pour y arriver.Mais c\u2019est surtout, secundo, une «vraie affabe» parce que les problèmes de structure du fédéralisme canadien se multiplient: nomination des juges, monarchie, modibcation du Sénaf etc.(Peu ont compris par exemple que c\u2019est le caractère biflexible de la Constitution qui a surtout empêché le Québec de se donner une véritable loi sur les élections à date bxe : la prérogative royale \u2014 de dissoudre l\u2019Assemblée \u2014 était protégée par l\u2019article 41.) Un pays dans lequel la question des fondations est taboue n\u2019a-t-ü pas un sérieux problème?Des discussions constitutionnelles s\u2019bnposeront tôt ou tard et M.Couiîlard a bien fait de rappeler les cinq conditions de Meech.Si le chef libéral réussissait à susciter une adhésion pancanadienne à la notion de « société distincte » (pourquoi pas à la «nation», selon le vocabulabe adopté par la Chambre des communes ?), que se passerait-il ensuite ?Des référendums ! La Colombie-Britannique, l\u2019Alberta et la Saskatchewan ont en effet adopté dans les deux dernières décennies des lois qui contraignent leur gouvernement à tenb un référendum avant que l\u2019Assemblée législative se penche sur une résolution ratibant une modibcation constitutionnelle.Un gouvernement Couiîlard, d\u2019ailleurs, ne devrait-il pas faire la même chose ici?Le référendum de 1992 sur Charlottetown n\u2019est-il pas un précédent?Vobe une convention incontournable ?LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET fAubîwf MARoB reNT^HXH REcempER la ^aa^pa^/wê PfQuifTf.WCfJSl£U[i AU îujET \\ CHAPTÊ ; 1 LETTRES L\u2019affaire PKP: l\u2019occasion d\u2019un devoir de mémoire Dans tout ce bruit autour de PKP, où des comparaisons sont faites avec Murdoch de Londres, Bloomberg de New York ou Dassault de Paris, pourquoi diable personne ne rappelle-t-il pas nobe propre Trudeau et son coup de force contre Radio-Canada ici même à Montréal en octobre 1969?Rappelons les faits.Dans une harangue passionnée devant 4000 partisans en liesse réunis au Queen Elizabeth, le premier ministre du Canada \u2014 et patron de la télévision nationale \u2014 apostropha nommément les dbigeants de celle-ci, Laurent Picard et George Davidson, les sommant de produire «des opinions objectives» au service «d\u2019un Canada fort et uni», à défaut de quoi il n\u2019hésiterait pas à «mettre la clé dans la boîte».Ponctuée d\u2019un «vous savez, faut pas penser qu\u2019on le fera pas!», cette menace sur nos libertés fut accueillie par des applaudissements nourris.Au-dehors, aucune protestation organisée ne se bt entendre ni du public ni de nos parlements, ce qui conforta Trudeau quant au succès de son opération.C\u2019est ce qu\u2019on appela à l\u2019époque le discours du «Finies les folies».Plutôt que de se livrer à de vaines supputations sur ce que pourrait faire éventuellement sur le plan des libertés un PKP qui aurait lui aussi à son tour perdu le nord (ce dont je doute souverainement), pourquoi ne pas se rappeler \u2014 pour enfin le dénoncer \u2014 ce qui s\u2019est réellement produit chez nous en 1969 ?Le brouhaha actuel n\u2019aurait pas été inutile s\u2019il aboutissait à rouvrir nos mémoires et à briser le silence sur ce coup de force dont les conséquences sur les libertés ont été bien réelles \u2014 et le sont sans doute encore aujourd\u2019hui.Ne jamais oublier demeure le meilleur moyen d\u2019éviter que quiconque tente de nous re-fabe un mauvais coup.Guy Bouthillier Montréal, le 13 mars 2013 Le bon libraire Roland Haïm Benchimol n\u2019est plus, notre quartier ne sera plus jamais le même.Nous allions tous, je crois, à la Librabie d\u2019Qutremont d\u2019abord pour vob Roland eL par la même occasion, pour y acheter des livres.Combien de fois me suis-je arrêté à la librairie pour le bonheur d\u2019entendre sa voix, de le voir sourire, beau temps mauvais temps, et naviguer courageusement 4ans l\u2019ordinateur à la recherche d\u2019un tibe?A force de Ibe et de vivre parmi les bvres, il en était venu à ressembler à ce que la libé-rature a de mieux à donner : une attention au monde aussi discrète que généreuse.Yvon Rivard Montréal, le 14 mars 2014 REVUE DE PRESSE PKP ébranle le ROC GUILLAUME BOURGAULT-COTE Une bombe?Assurément.Abagmen-tation, et aux retombées inconnues.L\u2019enbée en politique du baron des médias Pierre Karl Péladeau a catapulté la question référendaire à la une des grands quotidiens du pays cette semaine.Forme de stupeur dans le RQC.Qn le notait la semaine dernière dans cette même revue de presse : le Canada anglais s\u2019intéresse beaucoup à l\u2019élection québécoise et à la possibilité que le Parti québécois obtienne un mandat majoritabe.Mais l\u2019inquiétude exprimée jusqu\u2019ici s\u2019est décuplée avec l\u2019enbée en scène de PKP.Plusieurs se sont étonnés qu\u2019un conservateur puisse êbe souverainiste {Le Devoir en parlait mercredi).D\u2019aubes, comme Andrew Coyne {National Post), ont eu tôt fait de révéler les conbadictions qui entourent le passage de Péladeau au Parti québécois.Un conservateur antisyndical qui se joint à un parti réputé pour êbe proche des syndicats?Coyne s\u2019étonne.Un homme qui veut léguer à ses enfants un pays, le Québec, mais qui a mis sur pied un réseau de télévision dont le Quebec bashing est le pain et le berure?Coyne s\u2019étonne.Mais Péladeau cultive depuis lon^emps ses contradictions, écrit le chroniqueur.PKP est un adepte du bbre marché qui n\u2019a pas hésité à se servir dans le «buffet étatique» quand ça l\u2019accommodait, dit-il, en faisant référence à l\u2019engagement de la Caisse de dépôt et placement dans Vidéo-bon et au lobbying de SunNews (la «boîte de propagande du Parti conservateur») pour obtenir une licence plus payante du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).Coyne n\u2019hésite pas à qualifier PKP de «ploutocrate arrogant», prêt à passer ou-be les recommandations du commissabe à l\u2019éthique.Selon lui, il serait «grotesque» que Péladeau se contente d\u2019une fiducie sans droit de regard pour la gestion de ses avobs.Ce n\u2019était pas suffisant pour la compagnie de bateaux de Paul Martin, ce ne l\u2019est certainement pas pour un empbe médiatique, écrit-il.Andrew Coyne parle de «copinage capitaliste» comme on en voit en Russie et en Italie, d\u2019une «concentration de pouvoir dangereuse».Le plan Parizeau Michael Den Tandt (Postmedia) a consacré plusieurs chroniques depuis deux semaines à l\u2019élection québécoise.Selon la dernière, l\u2019arrivée de PKP ajoute une pierre au plan de Pauline Marois qui a son origine.dans le discours de Jacques Parizeau au sob du dernier référendum.L\u2019argent et le vote ethnique, on se rappelle.Le plan péquiste consisterait donc à mettre de côté ces deux variables, écrit Den Tandt.Le projet de charte des valeurs a été le «signal» d\u2019une mise à l\u2019écart des immigrants, pense-t-il.Et l\u2019embauche de Péladeau vise à régler le problème de «l\u2019argent».Partant de là, les péquistes doivent espérer convaincre un peu plus de francophones blancs (le « nous » de Parizeau) à voter Qui qu\u2019en 1995, et voilà l\u2019indépendance.«C\u2019est une stratégie sans scrupule, mais aussi astucieuse», dit-il.«Voici pourquoi tous les Canadiens, et pas seulement les passionnés du débat national, doivent s\u2019intéresser à ce qui se passe: si Pauline Marois obtient sa majorité, un référendum pourrait survenir avant même l\u2019élection fédérale de 2015», avertit Den Tandt.Pourquoi si tôt?Parce que les péquistes ont tout avantage à profiter de la présence des conservateurs à Qttawa, dont les appuis sont faméliques au Québec.«Pourquoi risquer d\u2019avoir Trudeau ou Mulcair dans les pattes ?Pourquoi attendre que les souverainistes aux cheveux gris aient un an de plus?» Ce référendum n\u2019est certainement pas gagné d\u2019avance, ajoute-t-il.Mais avec cette nouvelle coalition intégrant PKP, la menace est réelle.«Ce n\u2019est plus le PQ de vos parents: ils opèrent avec plus de ruse et de froideur que dans le passé», conclut Michael Den Tandt.Que le Québec parte Lawrence Martin (iPolitics) croit pour sa part que Stephen Harper pourrait profiter du nouveau contexte québécois.Il soupçonne le premier ministre de souhaiter une victoire péquiste majoritaire, qui ferait du «séparatisme un enjeu important de la prochaine campagne électorale».Probable, dans ces conditions, que les Canadiens auraient le réflexe de se tourner vers un «dur», écrit Martin.Car les « Canadiens ne seront pas d\u2019humeur à faire des compromis avec les péquistes».Chroniqueur dans les journaux de Sun (Québécor), Lome Gunter dit qu\u2019il n\u2019est pas fâché outre mesure de l\u2019arrivée de PKP, même si ça implique que le PQ a de meilleures chances d\u2019obtenir une majorité.Gunter ne veut pas que le Québec se sépare, mais il ne veut pas non plus «lever un doigt» pour convaincre les Québécois de rester, écrit-il.Et si d\u2019aventure le Québec choisit la voie de l\u2019indépendance.Gunter pense que celle-ci devra se fabe sans concession.Pas de souveraineté-association et aube concept: non, la pleine autonomie fiscale, politique et culturelle.Que le Québec s\u2019assume, sug-gère-t-il: mais l\u2019ampleru de la debe et la dépendance aux bansferts fédéraux devraient calmer quelques arderus, ajoute Gunter.Consulter les sondages devrait en calmer d\u2019autres, écrivait Jeffrey Simpson dans le Globe and Mail mercredi.Car ceux-ci montrent que les Québécois ne veulent pas de la souveraineté, sont insatisfaits du gouvernement Marois et de la direction que prend le Québec actuellement.Concernant l\u2019arrivée de PKP au PQ, Simpson écrit que c\u2019est la preuve que le parti a des principes très élastiques, vu fhisto-rique de Péladeau.Et selon lui, Québec solidabe pourrait profiter de la situation.Il y aurait moyen de continuer longtemps sur le thème PKP : les textes abondent.Le baron des médias fascine.Et ça ne fait que commencer.Le Devoir Sur Twitter: @gbcote Les liens vers les textes originaux sont disponibles au www.ledevoir.com. LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MARS 2014 B 5 IDEES à ANDREAS SOLARO AGENCE ERANCE-PRESSE Jour d\u2019audience à Rome Le pape François fait trembler le Vatican Un an plus tard, les derniers murets d\u2019un style de gouvernance monarchique s\u2019effritent SOLANGE LEFEBVRE Titulaire de la Chaire religion, culture et société à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l\u2019Université de Montréal près la surprise de la démis- Asion d\u2019un pape et de l\u2019élection de son successeur argentin en 2013, les médias portent une attention extraordinaire à la papauté catholique.Depuis, se déploie sous les yeux du monde une papauté chaleureuse et si populaire que François fut proclamé «personna- lité de Tannée» par le magazine Time et fit même la une du magazine Rolling Stone le 28 janvier dernier, qui sous-titrait: «The times they are a-changin\u2019at the Vatican.» Les conservateurs le trouvent parfois trop libéral, voire marxiste, mais les foules et les médias l\u2019aiment.80% des catholiques américains l\u2019apprécieraient.Sa fameuse phrase à propos des prêtres homosexuels n\u2019en finit plus de faire des vagues: «Qui suis-je pour juger ?» Est-ce qu\u2019un vent de réforme soufflerait sur la vénérable et ancienne institution catholique romaine?Sur certains aspects, indéniablement.S\u2019il se montre proche, «populiste» comme le suggère The Economist par le biais de son biographe, à l\u2019image de certains politiciens du Sud, le pape est néanmoins très ferme lorsqu\u2019il s\u2019a^t de réformer le Saint-Siège.11 vient de créer un important secrétariat visant à centraliser toutes les affaires économiques du Saint- Siège et les employés de la Curie et du Vatican craignent pour leur emploi, alors qu\u2019un grand nombre de familles romaines y détiennent des privilèges acquis fort coûteux depuis des lustres.Les derniers murets d\u2019un style de gouvernance monarchique s\u2019effritent sous nos yeux.La petite révolution opérée pqr François concerne aussi le ton avec lequel l\u2019Église catholique parle au monde.11 secoue les évêques, prêtres et agents de pastorale.Dans l\u2019un de ses textes concernant la sélection des évêques (27 février 2014), il a demandé que l\u2019on choisisse d\u2019authentiques pasteurs prêts à accompagner les personnes dans leur cheminement spirituel, et non des hommes soucieux de mesurer l\u2019écart séparant les gens des vérités doctrinales.Ce ton pastoral tranche avec celui des 30 dernières années, traversées de combats publics sur les questions éthiques litigieuses, alors qu\u2019un discours très moralisateur fut tenu par plusieurs évêques dans le monde.Après les années de scandales internes autour des abus sexuels, ce tournant est plus que bienvenu.Dans le plus long texte qu\u2019il ait publié jusqu\u2019à maintenant, Evangelii Gaudium (24 novembre 2013), le pape ne mâche pas ses mots et presse les chrétiens engagés d\u2019être plus joyeux et plus pertinents, y compris dans les homélies, devenues souvent ennuyeuses.Une troisième révolution opérée sous le présent pontificat concerne la théolo^e de la libération.Le père de celle-ci, le dominicain péruvien Gustavo Gutierrez, âgé de 85 ans, a été invité à donner une conférence auprès de la puissante Congrégation pour la doctrine de la foi, il y a quelques jours, à l\u2019occasion du lancement d\u2019un livre signé par le grand patron de la congrégation, le cardinal Gerhard Müller.L\u2019ouvrage portant sur la pauvreté réhabilite la théologie de la libération, l\u2019estimant non pas idéologique et marxiste, mais théologique.Dès le début de son pontificat, François «débloquait» le processus du procès de canonisation de Romero, martyr des pauvres, assassiné en pleine messe au Salvador en 1980.Evangelii Gaudium comporte quelques développements sur l\u2019inefficacité du système économique à répondre aux défis mondiaux de la pauvreté.Une ombre au tableau de ce bilan: dans la dernière semaine, une entrpvue du pape a fait parler d\u2019elle car il y défend l\u2019Église comme institution ayant réagi de manière plus vigoureuse que d\u2019autres pour répondre au vaste problème des abus sexuels.11 y rappelle qu\u2019on trouve davantage d\u2019abuseurs dans les voisinages et les familles.Les grands bilans de sa première année observent qu\u2019il n\u2019a encore rencontré aucune victime.Voilà qui nous ramène à un problème profond de cette institution, prompte à donner des leçons sur la sexualité, de même qu\u2019à dénier ses propres contradictions.Doit-on attendre du pape François des réformes plus fondamentales attendues d\u2019un grand nombre ?Les paris sont lancés, plusieurs estimant qu\u2019il ne modifiera pas la doctrine sur le mariage, le mariage des prêtres et l\u2019intégration des femmes dans l\u2019appareil décisionnel.Je serais tentée de parier, avec espoir, sur certains changements nécessaires.A surveiller de près : le synode sur la famille en octobre prochain.Le libre-échange Canada-Corée, une nécessité JOSEPH CHUNG PIERRE FORTIN Respectivement professeur associé et professeur émérite de sciences économiques à l\u2019UQAM près dix ans d\u2019efforts, l\u2019Accord de libre-échange Canada-Corée vient enfin d\u2019être conclu.Ce premier accord commercial du Canada avec un pays asiatique est un développement majeur.Plusieurs pays ont déjà signé des accords de libre-échapge avec la Corée du Sud, dont notamment les États-Unis et l\u2019Union européenne.11 était urgent que le Canada fasse de même, afin que nos exportateurs bénéficient sur le territoire coréen des mêmes avantages que les exportateurs américains et européens.L\u2019accord Canada-Corée pourrait aussi donner un coup de pouce aux négociations en cours avec d\u2019autres pays asiatiques, dont au premier chef le Japon.Pourquoi les négociations commerciales avec l\u2019Asie sont-elles si importantes?Parce que l\u2019Asie est en train de devenir le centre économique du monde.De 1980 à 2013, le poids de l\u2019Asie dans l\u2019économie mondiale est passé de 20% à 37%.Pendant ce temps, le poids combiné de l\u2019Amérique du Nord et de I\u2019Union européenne a glissé de 58% à 40%.11 est normal que le Canada veuille accéder plus bbrement aux marchés asiatiques, et tout particulièrement aux trois grands marchés de l\u2019Asie de l\u2019Est (Corée du Sud, Japon et Chine).Avec la Corée, il ne reste qu\u2019à ratifier l\u2019accord qui vient d\u2019être conclu.Avec le Japon, des négociations en vue d\u2019un accord de partenariat économique ont été lancées en 2012.Avec la Chine, un premier accord, qui porte sur la promotion et la protection des investissements étrangers, a été signé en 2012.Le reste est encore à venir.Le nouvel intérêt que le Canada porte à l\u2019Asie de l\u2019Est ne veut pas dire qu\u2019il va négliger sçs relations commerciales avec l\u2019Europe et les États- SEAN KILPATRICK PRESSE CANADIENNE Stephen Harper avec la présidente sud-coréenne, Park Geun-hye, à Séoul Unis.L\u2019Accord économique et commercial global conclu avec l\u2019Union européenne en octobre dernier d,oit bientôt être signé et ratifié.Du côté des États-Unis, l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (qui inclut le Mexique) est toujours là.On sent cependant une certaine déception du côté canadien.L\u2019appréciation du dollar canadien, la concurrence asiatique accrue au sud et la récession de 2008-2009 et ses séquelles opt freiné les exportations canadiennes vers les États-Unis.En matière d\u2019échange de services et de mobilité des ressources humaines, le progrès,est lent.Les mesures de sécurité prises aux États-Unis après la tragédie du 11 septembre 2Q01 ont fait augmenter le coût d\u2019exporter aux États-Unis.Ottawa voudrait bien régler ces dossiers avec Washington, mais le gouvernement Obama est manifestement plus intéressé par le développement de ses relations commerciales avec les pays du Pacifique que par leur améboration avec le Canada.11 semble accorder la priorité à la négociation d\u2019un accord de partenariat transpacifique avec les nations du bassin du Pacifique.Rien de surprenant: les Américains comprennent aussi bien que nous que l\u2019avenir écono- mique de la planète se joue en Asie.Pourquoi le Canada a-t-il choisi la Corée pour négocier son premier accord commercial en Asie de l\u2019Est?La Corée du Sud est la 12® puissance économique mondiale.Elle devance même le Canada, qui est au 13® rang.Son économie a cinq fois la taille de celle du Québec.En Asie, elle arrive au 4® rang, derrière la Chine, l\u2019Inde et le Japon.Au cours des 20 dernières années, sa croissance économique a été plus rapide que celle de n\u2019importe quel autre grand pays avancé.Son niveau de vie a doublé.De tous les pays d\u2019Asie, la Corée est le plus ouvert au commerce international.Ses industries sont les plus intégrées aux chaînes de production en Chine, ce qui en fait un corridor de choix pour quiconque veut commercer avec le géant asiatique.En même temps, l\u2019économie canadienne et l\u2019économie coréenne sont très complémentaires.L\u2019avantage canadien est dans les ressources naturelles et la haute technologie, alors que l\u2019avantage coréen est dans le manufacturier et les technologies intermédiaires.Une étude coréenne récente sur les effets de l\u2019Accord de libre-échange Canada-Corée donne à croire qu\u2019il pourrait entraîner une hausse de 70% à 100% des échanges entre les deux pays à court terme.Appliqués tels quels au Québec, ces chif fres voudraient dire que nos exportations annuelles vers la Corée augmenteraient de 300 à 400 millions de dollars.Nul doute que nos avions, nos appareils de simulation et nos produits agroalimentaires \u2014 notamment la viandç de porc \u2014 seront immédiatement favorisés.A long terme, les effets seront encore plus importants si nos écoles de gestion et nos entreprises forment les nouvelles générations à la culture coréenne, établissent des réseaux avec les Coréens et cherchent activement à s\u2019intégrer aux chaînes de production coréennes.Évidemment, pour la culture, c\u2019est bien parti : nous sommes déjà plusieurs à conduire des Hyundai, à téléphoner «intelligent» avec des Samsung et à regarder la télé sur nos écrans LG.Monsieur le directeur David Desjardins Le temps de la campagne électorale, le chroniqueur rencontre des candidats des quatre principaux partis, histoire de sonder les origines de leur engagement politique.Les pythies prophétisent que cette élection sera celle du chant du cygne pour la Coalition avenir Québec.Mario Asselin ne s\u2019en émeut pas trop.Le candidat de la CAQ dans Louis-Hébert a l\u2019habitude des projets zombies.Surtout des histoires d\u2019écoles qu\u2019on allait fermer, à la tête desquelles il se retrouvait.Des écoles religieuses, revenues de la mort par voie laïque.Un peu comme Lazare, avec Mario à la place de Jésus.J\u2019exagère.Mario Asselin ne fait pas de miracles.11 ne se vante pas non plus d\u2019en être capable.Le dada de ce directeur d\u2019école, c\u2019est de bousculer l\u2019ordre établi pour faire avancer les choses.Plus encore, il cherche à impliquer les principaux intéressés dans la résolution d\u2019un problème.Lorsqu\u2019il arrive à la direction de l\u2019Institut St-Joseph, en 2002, il munit tous les élèves d\u2019ordinateurs et les dote d\u2019un blogue personnel.C\u2019est l\u2019autre obsession du bonhomme, qui a la mi-cin-quantaine : la technologie, l\u2019accessibilité, la transparence.La catastrophe arrive pourtant par là dans l\u2019école dont il vient de prendre les rênes.Les blogues des élèves sont des florilèges de fautes, provoquant l\u2019ire des parents et d\u2019un conseil d\u2019administration catastrophé.«J\u2019ai réuni les élèves; ils adoraient Vidée du blogue, mais comprenaient bien le problème qu\u2019il posait.La solution est venue d\u2019eux.» Les textes seraient donc rangés en deux catégories, ceux en construction et les finaux.Ils ne seraient évidemment jugés que sur ces derniers.«Je n\u2019en ai plus jamais entendu parler.» Sauf en bien.Mario Asselin s\u2019exprime avec abondance et vigueur, son vocabulaire contenant très peu d\u2019intox.Qn en vient à se demander ce qu\u2019il fait là.11 raconte que, de l\u2019école, il est passé à la consultation.Là, en conseillant plusieurs écoles à la fois, des agences gouvernementales et des ministères, il a pu mesurer l\u2019effet direct de ses connaissances et de son expérience sur la société.Le prochain pas, c\u2019était d\u2019influer directement sur la législation, les programmes.C\u2019est François Legault qui l\u2019a approché.Depuis la dernière élection en 2012, il pilote en coulisses les dossiers qui touchent à la culture et à l\u2019éducation.Les positions de la CAQ en la matière sont nourries par ses recherches, ses réflexions.Des positions qui ne sont pas toujours les miennes, mais j\u2019aime bien le bonhomme.Capable de discuter, de prendre du recul, d\u2019écouter.En éducation, je suis plus Schtroumpf Grognon, lui est du genre progressiste et enthousiaste.C\u2019est peut-être son problème.Je veux dire que je ne comprends pas ce qu\u2019il fait aux côtés de faiseux et de chantres d\u2019une droite néolibérale qui ne cesse de prendre en otagp le gros bon sens.Comme Gérard Deltell, ou Éric Caire.Mais Asselin est un iconoclaste qui aime visiblement ceux qui ont le courage de foutre le bordel et ne se formalise pas une seconde de partager les feux de la rampe avec des politiciens aux convictions qui parfois diffèrent, sans parler de la manière.« C\u2019est une coalition », rap-pelle-t-il, tout à fait à l\u2019aise.Voter pour la CAQ, c\u2019est beaucoup un vote d\u2019efficacité, au détriment du rêve.C\u2019est voter pour des phares comme Asselin, en même temps que pour des éteignoirs néoconservateurs.Mais bon, c\u2019est pas non plus comme si ce parti était le seul qui tire dans tous les sens.Carnet de campagne Pendant que je parlais à Mario Asselin, Pauline Marois paradait avec PKP Ils ont monté sur la tribune et ont consciencieusement rangé la souveraineté dans une petite boîte.Parce qu\u2019il y a d\u2019autres enjeux, a-t-on expliqué.Pas pour les signataires de l\u2019appui sans réserve à PKP.Pour eux, tout est soluble dans la souveraineté.Y compris l\u2019indépendance de la presse.C\u2019est peut-être générationnel.Le cri de gens trop souvent déçus.J\u2019étais trop jeune pour le référendum de 1980.J\u2019étais pas là pour manger des coups de matraque sur les Plaines et mon père n\u2019a pas travaillé dans une shop, méprisé par des patrons anglais.Mais j\u2019ai vu quantité de confrères piétinés par ce patron québécois, égérie aussi inattendue qu\u2019inespérée de l\u2019indépendance.Ce n\u2019est pas l\u2019idée d\u2019une coalition gauche-droite en faveur de la souveraineté qui me fait tiquer.C\u2019est que, dans la hiérarchie des valeurs, celle-là puisse piétiner toutes les autres avec un tel enthousiasme, sans aucune arrière-pensée.Ça me fait penser à La chasse-galerie.Des bûcherons, trop impatients de revoir leurs blondes, font un deal avec le diable.Sont sûrs de pouvoir respecter les conditions énumérées par Satan.Mais au retour, le bordel pogne dans le canot volant; il y en a un qui a perdu les pédales, et les gars tombent tous en bas.L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Antoine Robitaille (edttonahste, responsable de la page Idees), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (cancatunste), information générale : Isabelle Pare {chef de division), Carohne Montpetit (affaires sociales), Lisa-Mane Gervais (education), Alexandre Shields (environnement), Amelie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Melame Loisel et Karl Rettino-ParazeUi (reporters), information politique Marco Fortier (chef de division), Michel 'Daw\\d(chroniqueur), Helene Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires a Ottawa), Robert Dutrisac et Jessica Nadeau (correspondants 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promotion), Maxim-Ohvier Leclerc (coordonnateur du service a la clientèle), Manon Blanchette, DameUe Cantara, Nathahe Eihon, Marie-Lune Houde-Bnsebois, Isabelle Sanchez ADMINISTRATION Olena Bilyakova (reponsable des services comptables), Claudette Behveau (adjointe administrative), Claudine Chevner, Elorentina Draghici, Cehne Euroy et Veromque Page B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MARS 2014 PHILOSOPHIE Le Devoir de philo Les sophistes et la démocratie Il y a 2500 ans sont apparus à Athènes les premiers faiseurs d\u2019image de l\u2019histoire Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.PATRICK DANEAU, PH.D, Professeur de philosophie au cégep Garneau de Québec « M aîtres chez nous!» Yes we canl» On se donne Le-gault!» C\u2019est reparti.La saison des élections est arrivée et, avec elle, les formules et boniments publicitaires.Sur les poteaux des quartiers de nos villes, le long des autoroutes ou plantés dans les champs de nos campagnes, les écriteaux affichent fièrement la bouille des candidats et le slogan de la formation qu\u2019ils représentent.Rien de nouveau, direz-vous.Et vous aurez raison ! Car la politique des formules et des slogans est plus ancienne qu\u2019il n\u2019y paraît.Plus ancienne que la Révolution française, que l\u2019invention de l\u2019imprimerie et que la bous- Nous assisterons dans quelques jours au débat des chefs.Il y a fort à parier que les maîtres des principales formations auront été formés par nos sophistes modernes.sole.Plus ancienne même que Jules César! Mais quand est-elle apparue ?C\u2019est à Athènes, au V® siècle avant J.-C., que des individus au statut ambigu et à la réputation contestée ont pour la première fois conçu que l\u2019image pouvait se marchander, la politique se vendre et la parole publique se monnayer.Ces individus furent appelés sophistes, et nos faiseurs d\u2019image et spécialistes de la communication politique d\u2019aujourd\u2019hui sont leurs lointains descendants.Un lieu de prédilection « On a peine à imaginer à quel point cette cité a pu être riche et puissante», m\u2019a un jour affirmé un archéologue, alors que je visitais l\u2019agora d\u2019Athènes avec mes élèves.Au V® siècle avant J.-C., la jeune démocratie, après avoir vaincu l\u2019Empire perse et s\u2019être assqré l\u2019hégémonie sur la mer Egée et sur une bonne partie de la Méditerranée, est une cité richissime et puissante.Elle a fondé un empire militaire et commercial qui s\u2019étend de l\u2019Italie du Sud jusqu\u2019à la Turquie.Et, contrairement à d\u2019autres cités, elle est ouverte sur le monde et n\u2019a aucun scrupule à y accueillir les étrangers.Parmi ceux-ci, des commerçants d\u2019un nouveau genre font leur apparition : ils ne vendent ni le vin, ni le blé, ni l\u2019or.Ils vendent leur savoir et gagnent de l\u2019argent, beaucoup d\u2019argent.Pourquoi s\u2019enrichissent-ils ?Parce que les sophistes répondent à un besoin, à une demande, dirait-on aujourd\u2019hui avec notre vocabulaire économique.Cette demande, c\u2019est celle de la rhétorique, l\u2019art de convaincre.Et tout naturellement, la jeune démocratie athénienne devient leur lieu de prédilection.Il faut comprendre qu\u2019à cette époque, la société athénienne, riche et toute-puissante, a donné naissance à une classe de citoyens instruits et aisés pour qui la carrière politique s\u2019avère le meilleur moyen d\u2019acquérir une grande renommée.Or, en démocratie, il n\u2019y a qu\u2019une façon d\u2019accéder au pouvoir: par la persuasion.Et pour persuader, il faut utiliser habilement la parole.Il faut donc apprendre l\u2019art de parler devant les assemblées.Cet art, ce sont les sophistes qui l\u2019enseignent.C\u2019est pourquoi les portes de la cité leur sont toutes grandes ouvertes.L\u2019helléniste française Jacqueline de Romilly: «Pour les Athéniens du V''siècle avant C., être habile à parler ou savoir bien parler était un mérite essentiel à acquérir: l\u2019individu, en ce temps-là, pouvait se faire entendre directement et toutes les grandes décisions résultaient de débats publics; la parole était un moyen d\u2019action privilégié.Rien d\u2019étonnant donc à ce que cet art d\u2019être orateur, cette rhétorique, ait été parmi les premiers buts revendiqués par l\u2019enseignement des sophistes.» On l\u2019aura compris, les sophistes sont des spécialistes de la communication publique.Leurs compétences se déclinent de multiples façons.Certains agissent à titre d\u2019ambassadeur pour le compte des cités grecques : ils négocient des contrats ou bien participent à la rédaction des constitutions, des accords commerciaux ou des traités de paix.D\u2019autres sont des logographes : ils rédigent des plaidoiries pour les citoyens traînés devant les tribunaux.Ils sont à cet égard l\u2019équivalent de nos avocats modernes.Enfin, nombre d\u2019entre eux enseignent la rhétorique et, contre rémunération, forment de futurs politiciens.Et l\u2019activité est lucrative ! Les plus doués s\u2019enrichissent et acquièrent une fortune plus qu\u2019honorable.Citons le sophiste Hippias, dans le dialogue platonicien du même nom: «Si tu voyais seulement l\u2019argent que j\u2019ai amassé, moi, tu serais étonné.1.1 Revenant dans ma patrie en portant cet argent, je le donnai à mon père pour que celui-ci et tous les autres de la cité soient étonnés et frappés de stupeur.Je ne suis pas loin de penser que j\u2019ai gagné plus d\u2019argent que toute autre paire de sophistes.» Deux visions de l\u2019éducation Nul n\u2019a mieux décrit l\u2019activité des sophistes que Platon.Et aucun n\u2019a critiqué et détesté les sophistes autant que Platon.Pas moins de sept dialogues platoniciens traitent directement de l\u2019influence, à ses yeux néfaste, des sophistes.Mais que leur reproche-t-il ?Essentiellement de corrompre la politique en faisant croire aux jeunes ambitieux qu\u2019il est possible d\u2019acquérir la sagesse politique en peu de temps.Egalement de détourner les jeunes Athéniens de l\u2019éducation traditionnelle par laquelle un individu de bonne famille est confié à un sage.Mais voilà, cette éducation des sages, dçs philosophes, est longue.A titre d\u2019exemples, Platon a fréquenté Socrate pendant plus de huit ans et Aristote, élève de Platon, a suivi son maître pendant vingt ans.En quoi consiste cette longue et pénible éducation que Socrate compare aux douleurs de l\u2019accouchement?Elle vise à forger l\u2019âme du jeune homme par la fréquentation des poètes et des citoyens honorables de la cité.Accompagné de son maître sage et érudit, il s\u2019initie à la vie intellectuelle et toute son éducation est tournée vers la recherche du beau, du bien et du vrai.Rien de tout cela avec les sophistes: en quelques semaines, voilà qu\u2019un jeune politicien est formé, prêt à affronter l\u2019assemblée du peuple et à défendre tout et son contraire.Le sophis- W dip RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Patrick Daneau : « [Les sophistes sont accusés] de détourner les jeunes Athéniens de l\u2019éducation traditionnelle par laquelle un individu de bonne famille est confié à un sage.Mais voilà, cette éducation des sages, des philosophes, est longue.A titre d\u2019exemples, Platon a fréquenté Socrate pendant plus de huit ans et Aristote, élève de Platon, a suivi son maître pendant vingt ans.Rien de cela chez les sophistes : en quelques semaines, un jeune politicien est formé, prêt à affronter l\u2019assemblée du peuple et à défendre tout et son contraire.» te Hippias avise ses jeunes élèves «qu\u2019aucun être humain n\u2019aura le pouvoir de les réfuter».Ce lucratif commerce de la connaissance heurte de front l\u2019éducation traditionnelle offerte à la jeunesse fortunée de la cité qui, jusqu\u2019alors, était instruite par les sages.La fréquentation des sophistes n\u2019a qu\u2019un but: permettre à leurs auditeurs d\u2019affronter toutes les questions et par conséquent de faire une brillante carrière politique, laquelle procure les honneurs, le pouvoir, la renommée et la fortune.Ainsi, tout l\u2019art des sophistes consiste à former des individus capables de persuader, de convaincre, d\u2019user adroitement de la parole et de capter l\u2019attention des foules.Récapitulons : dans la cité démocratique d\u2019Athènes, au V® siècle avant J.-C., deux vi- sions de l\u2019éducation et de la politique s\u2019affrontent: d\u2019un côté, l\u2019éducation traditionnelle assurée par les sages, tournée vers la recherche de la vérité.De l\u2019autre, celle des sophistes, brève et onéreuse, dont le seul but est l\u2019obtention des honneurs et du succès politique.Un legs ambigu On l\u2019a vu, les sophistes ne font pas runanimité.Aristote remarquait que tous les régimes peuvent se corrompre : la monarchie peut se transformer en tyrannie (le pouvoir d\u2019un seul individu autocratique) et l\u2019aristocratie peut se métamorphoser ,en oligarchie Çe contrôle de l\u2019État par un petit nombre mal intentionné).Quelle est la forme corrompue de la démocratie, selon Aristote ?La démagogie, c\u2019est-à-dire le pouvoir des grands Pour les Athéniens du F siècle avant J.-C., être habile à parler ou savoir bien parler était un mérite essentiel à acquérir : en ce temps-là, toutes les grandes décisions résultaient de débats publics ; la parole était un moyen d\u2019action privilégié.\\\\ L\u2019helléniste française Jacqueiine de Romiiiy a [Le sophiste] est un cordonnier qui sait vendre de gros souliers à de petits pieds yy Le phiiosophe Michei de Montaigne INTERNATIONAL PORTRAIT GALLERY Michel de Montaigne parleurs, des rhéteurs et des sophistes, lesquels flattent le peuple et orientent, grâce à l\u2019usage de la rhétorique, la politique.Beaucoup plus tard, en 1790, le philosophe et parlementaire britannique Edmund Burke (1729-1797) s\u2019inquiétait de la disparition des idéaux de l\u2019Ancien Régime et anticipait avec inquiétude la nouvelle démocratie naissante.Dans ses brillantes Réflexions sur la révolution de France, il remarquait que «le temps des chevaliers est révolu.Celui des sophistes, des économistes et des calculateurs lui a succédé».N\u2019y a-t-il pas une leçon à en tirer ?Il semble qu\u2019à partir du moment où naît une démocratie, les spécialistes de la communication publique et les faiseurs d\u2019image font leur apparition.L\u2019activité des sophistes serait-elle intimement liée à cette forme politique unique qu\u2019est la démocratie ?Cette dernière peut-elle se passer d\u2019eux?Sans doute a-t-on exagéré les vertus de l\u2019éducation des sages.Sans doute a-t-on amplifié la bassesse des sophistes.Néanmoins, je persiste à croire que la vie politique de nos démocraties est prise en otage par les faiseurs d\u2019image et leurs slogans laconiques.La rhétorique et les énoncés vides m\u2019irritent.J\u2019ai peine à prendre au sérieux un politicien, par aHleurs instruit et intelligent, lorsqu\u2019il affirme «s\u2019occuper des vraies affaires».Ne pouvait-on trouver mieux?N\u2019aurait-il pas gagné à s\u2019entou- ARCHIVES LE DEVOIR Nul n\u2019a mieux décrit l\u2019activité des sophistes que Platon, qui leur reprochait de faire croire aux jeunes ambitieux qu\u2019on peut acquérir la sagesse politique en peu de temps.rer de sages au Ijeu des sophistes habituels?A mes yeux, tout cela sonne faux.Le philosophe Michel de Montaigne utilisait une jolie formule pour peindre les sophistes : « C\u2019est un cordonnier qui sait vendre de gros souliers à de petits pieds.» Et Montaigne de poursuivre : « On lui eut fait donner le fouet à Sparte, de faire un art pipeur et mensonger.» La campagne électorale Dans quelques jours, bien enfoncés dans nos fauteuils, nous assisterons au traditionnel débat des chefs, moment fort de toute campagne électorale en régime démocratique.Il y a fort à parier que les maîtres des principales formations auront été formés par nos sophistes modernes.Nous aurons droit, à n\u2019en pas douter, à des attaques calculées, à des slogans répétés et à des formules lapidaires.Je fais le vœu bien naïf que nos politiciens fassent fi des conseils de ces sophistes et qu\u2019avant de se présenter devant nous, dans le silence de la réflexion, ils écoutent leur voix intérieure et parlent avec sincérité dans les mots qui sont les leurs.Mais je crains d\u2019être déçu.Des commentaires ?Ecrivez à Antoine Robitaille: arobitaille @ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire : ledevoir.com/societe/ le-devoir-de-philo."]
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