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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2014-01-18, Collections de BAnQ.

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[" / Jv LIVRES I CAHIER F > LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 JANVIER 2014 SOURCE PUL Clintonia borealis (Aiton) Rafinesque JOHN MAUNDER Isoëtes echmospora SOURCE PUL Luzula multiflora Stephen King lu et critiqué par le poète Roger Des Roches Page F 2 SERGE PAYETTE Haut plateau des monts Torngat ciselé par l\u2019activité glaciaire, près du flord de Nachvak dans le nord du Labrador.Seulement une dizaine de plantes vasculaires colonisent les hauts sommets de la région.Jardin de givre AMELIE DAOUST-BOISVERT Clintonia borealis, Nuphar lutea, Iris versicolor, Luzula arctica.C\u2019est une poésie aux accents fantastiques, mais aux racines bien profondes dans le sol québécois.Notre patrimoine végétal.En dresser l\u2019inventaire relève de l\u2019exploit, voire de l\u2019entêtement pur.Ceux qui s\u2019y risquent s\u2019engagent pour la vie : pensez au frère Marie-Victorin.Un vrai sacerdoce.Mais imaginez jeter ensuite votre dévolu au-delà du 54® degré de latitude nord, jusqu\u2019au 62® degré, le point le plus nordique du Québec et une des régions les plus froides, lieu inaccessible mais aussi intact du continent nord-américain.C\u2019était le projet fou de Serge Payette et de toute une armée de collaborateurs, qui nous offrent sur papier glacé le fruit de plus de deux décennies d\u2019un labeur passionné.Leur travail, inédit, c\u2019est Flore nordique du Québec et du Labrador.Il s\u2019agit du premier tome de cette symphonie végétale : trois autres suivront, pour le plus grand bonheur des amateurs et des professionnels.On y découvrira environ 730 espèces et sous-espèces de plantes différentes réparties en 79 familles, les cartes détaillées de leur répartition réelle et un très beau glossaire illustré riche en enseignements.Environ 40% des spécimens qu\u2019on y recense sont propres au Nord, alors que le reste constitue la flore commune du Québec.Nul besoin de prévoir une visite au parc national des Pingaluit, au Nunavik, pour apprécier l\u2019ouvrage et y trouver du plaisir.S\u2019y glissent d\u2019ailleurs des anecdotes qui piquent la curiosité.Notre emblème national, l\u2019iris versicolore, fait une rare apparition dans le «voisinage du village d\u2019Umiujaq», au nord du 56® parallèle.Moins romantique, le pissenlit aussi fait tranquillement son nid dans le Nord.Avec le réchauffement climatique, ces deux espèces sont appelées à migrer, croit Serge Payette.Un livre de 2 millions de dollars Les pages sentent la sueur du travail acharné et valent leur pesant d\u2019or.« C\u2019est un projet qui actuellement a foûté de 1,5 à 2 millions», indique M.Payette.A Québec, pas moins de quatre ministères ont soutenu l\u2019entreprise au fil des ans.La liste des collaborateurs, des botanistes aux étudiants en graphisme, est longue.Chercheur à l\u2019Université Laval et conservateur de l\u2019Herbier Louis-Marie depuis 2004, Serge Payette a lancé le projet.au début des années 1980 ! «Depuis le temps, c\u2019était tout un poids qu\u2019on traînait, un poids sympathique, mais quand même!» Si on ajoute aux investissements qui ont été nécessaires à la réalisation du livre elle-même ceux qui ont permis, depuis des décennies, des expéditions nordiques pour récolter plantes communes et rares, on comprend que la valeur de l\u2019ouvrage est inestimable.f=RENCH COMNEC-T»ai>* LOUIS-MARIE LANDRY Phegopteris connectilis Des explorateurs et botanistes ont bravé le Nord, de la forêt boréale à la toundra arctique, certains bien avant l\u2019avènement du gore-tex et de l\u2019hélicoptère.Des voyages qui étaient souvent épiques, comme celui de feu Jacques Rousseau, qui a parcouru les 400km de la rivière George, en 1947, pour ramener à Montréal pas moins de 1629 plantes.Serge Payette l\u2019a connu quand il était étudiant.«Quel bonhomme! Les rapides pouvaient le ramener à son point de départ du matin.Et il y avait de la mouche! Tout ça pour ramasser des plantes!» Des plantes qui se sont retrouvées dans les herbiers du Québec, qui servent de base à la constitution de Flore nordique du Québec et du Labrador.«Les herbiers, ce n\u2019est plus ce que les gens imaginent: des planches de plantes séchées poussiéreuses.On s\u2019informatise ! », raconte M.Payette.D\u2019ailleurs, le conservateur de l\u2019herbier Marie-Victorin, à Montréal, explique que les planches originales conservent leur pertinence malgré la numérisation et l\u2019accès virtuel aux collections.«Dans l\u2019original, tu as l\u2019organisme vivant tel que prélevé.Tu peux analyser son ADN, extraire du pollen», explique Luc Brouillet.Selon M.Payette, la numérisation a permis la «résurrection» des herbiers.VOIR PAGE F 2 : JARDIN Le français au Québec: une langue prédominante ou commune?Page F 6 F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 JANVIER 2014 LIVRES Le goût des autres Vivre avec le souvenir de « redrum » Le goût des autres, c\u2019est un lieu où un auteur lit, commente et critique l\u2019œuvre d\u2019un autre qui l\u2019inspire et à qui il voue une grande, grande admiration.Pour ce premier rendez-vous, Roger Des Roches se penche sur le dernier Stephen King.Né en 1950, Roger Des Roches est poète {Dixhuitjuilletdeuxmille-quatre, La cathédrale de tout, Les Herbes rouges) et auteur jeunesse {Marie Quatdoigts, Québec Amérique).Il a reçu cette année le prix Athanase-David pour l\u2019ensemble de sa carrière.L\u2019inspire, dans son parcours littéraire qui compte une trentaine de titres, les surréalistes \u2014 Tzara en tête \u2014 et la musique \u2014 rock\u2019n\u2019roll, punk californien, métal.Des Roches est un groupie fini des Rolling Stones et de Stephen King.Il a lu Docteur Sleep pour Le Devoir.ROGER DES ROCHES En vérité, j\u2019aurais mille fois préféré qu\u2019il écrivît la suite de \u2018Salem\u2019s Lot, ce roman que je relis une fois par année.Quelque chose dans ce livre, cette histoire, ce rendu parfait (tu peux toucher, presque, tout ce qui t\u2019est montré avec une clarté photographique) me hante depuis que je l\u2019ai lu, pour la première fois, en 1984.S\u2019il m\u2019entend : King me doit la suite de Salem.Doctor Sleep (je ne lis King qu\u2019en anglais) est la suite d\u2019un des livres qui, tous genres confondus, ont le plus marqué l\u2019imaginaire américain, The Shining.Danny Torrance a vieilli.On l\u2019appelle Dan maintenant.Sa mère est morte.Il a sombré dans l\u2019alcoolisme.Peut-être s\u2019en sortira-t-il grâce aux AA (dont on ne sait pas si King \u2014 lui-même alcoolique notoire \u2014 est agacé ou pas par les bondieuseries du mouvement) .Il erre.Il a soif.Il finit par dénicher un emploi à la maison de retraite Helen Rivington où, en plus de ses fonctions officielles, il accompagne les mourants en communiquant intimement avec eux grâce au Don (le Shining) qui ne l\u2019a pas quitté.Les mois, les années (sobres) passent, puis entre en scène la petite Abra.Dont le Don ne FRANÇOIS MORI ASSOCIATED PRESS Admirateur de Stephen King, Roger Des Roches aurait-il aimé voir son bras autographié par son idole?connaît pas de limite.Et entre en scène le Nœud Vrai, pour qui le Don, c\u2019est la Vapeur, et qui est composé de monstres.Et commence une histoire de rédemption, d\u2019amitié, de compassion, de douleur, de découverte de soi, de guerre entre le bien et le mal.Au huis clos de The Shining répond ce genre de road-novel (sur les routes et dans les têtes) qu\u2019est Doctor Sleep.Le don d\u2019écrire Depuis que je le lis, et bien avant que je m\u2019attarde sur On Writing: A Memoir of the Craft, Stephen King m\u2019apprend à écrire.Aussi bien par ses textes que par la mythologie qui l\u2019entoure : tout est enthousiasme chez King : l\u2019auteur écrit avec enthousiasme : le lecteur plonge avec enthousiasme : il y a profusion, perversion, goût du risque, univers en gestation devant nos yeux (on le voit, on le sent sortir de terre parfois) , dédain du compromis, humour, humour noir, humour facile, humour littéraire, références littéraires, historiques, culturelles, rock, politiques ; il y a ce don de l\u2019image juste, du dialogue juste, de la description juste, les sourires en coin qu\u2019on devine sur son visage lorsqu\u2019il a trouvé une image qui le trouble lui-même, son amour inconditionnel (et parfois son étonnement désolé) pour la petite Amérique de l\u2019Est, Maine, Vermont, New Hampshire, sa connaissance du sol, de la pierre, du travail sur la terre (relire, dans \u2018Salem\u2019s Lot, la description du travail quotidien sur certaines terres ingrates du Maine, la folie du travail de la terre) : tout est enthousiasme et tout est écriture.Si Tzara et Vanier et Breton m\u2019ont montré comment écrire de la poésie.King m\u2019a donné des trucs, des recettes, pour écrire de la prose.Je suis incapable de dire lesquels, trucs et recettes.Il m\u2019a montré, c\u2019est certain, comment on va chercher du souffle pour écrire.Je suis bien incapable de dire comment il l\u2019a fait, mais il l\u2019a fait, je le sens dès que je me mets à écrire un roman.Voilà pourquoi je résume tout ça en un mot, et je le répète : enthousiasme.King est l\u2019incarnation de l\u2019écrivain qui prend plaisir à écrire (je l\u2019imagine s\u2019esclaffant tout seul, parfois, devant son écran).Il écrit 364 jours par année.Il écrit 1000 mots par jour.Il avance, comme un cheval de trait amusé, comme un tracteur léger, comme un tank déversant de sa chaîne stéréo des heures de rock sauvage à travers des centaines et des centaines de pages, sans jamais relâcher la qualité car, bien qu\u2019on l\u2019ait souvent traité comme tel (à cause du « genre » littéraire exploré) , il n\u2019est pas, mais là pas du tout, contrairement à certains de ses contemporains du monde de l\u2019horreur, un hack, un tâcheron, un écrivaillon.Aucun besoin de fric ni de reconnaissance (il a eu le National Book Award, hein, et 14 fois \u2014 oui, 14 fois ! \u2014 le Bram Stoker Award).Même dans un livre comme Doctor Sleep, qui n\u2019a rien d\u2019ample, ni d\u2019ambitieux, ni de férocement original, qui est passionnant, mais qui aurait pu également ne pas être écrit, on sent le désir, l\u2019intelligence, la damnée intelligence de King, le plaisir, le plaisir.et l\u2019on pourrait aussi deviner cette condamnation : King est condamné à écrire; il n\u2019a d\u2019autre choix que d\u2019écrire, c\u2019est la seule chose qu\u2019il sait faire \u2014 comme Keith avec sa guitare.Cette lecture terminée, je vais reprendre où j\u2019avais laissé 11/22/63, œuvre majeure.Ensuite, je vais retourner en arrière et lire Cell (sa seule vraie histoire de zombies).Puis lire une fois encore \u2018Salem\u2019s Lot.Puis je vais attendre.La suite.Celle de \u2018Salem\u2019s Lot.Qu\u2019il me doit.(Ah oui.Je vais écrire aussi.) Collaboration spéciale Le Devoir DOCTEUR SLEEP Stephen King Traduit de l\u2019anglais (États-Unis) par Nadine Gassie Albin Michel Paris, 2013, 592 pages Roger Latour Flores tous terrains CATHERINE LALONDE Pas question, à moins d\u2019avoir des paravertébraux blindés, de traîner sa Flore nordique (PUL) ou la dernière mouture du grand œuvre de Marie-Victorin (Gaëtan Morin) \u2014 des briques de 500 et 1000 pages \u2014 dans son sac à dos.Ces bibles restent à la maison lors des excursions floristiques, pour assurer, au retour, l\u2019identification des espèces croisées en chemin.Un bon guide d\u2019identification, succinct, qui se tient en main et où le lecteur se retrouve aisément, fera mieux le boulot sur le terrain.Tout en s\u2019épargnant les hernies.Comment choisir, entre des titres qui peuvent sembler si semblables?La botaniste et bibliothécaire du Jardin botanique, Céline Arseneault, a partagé ses critères avec Le Devoir.Si La flore laurentienne de Marie-Vic-torin est encore aujourd\u2019hui lue, achetée et consultée par les étudiants et les férus de flore du Québec, la nomenclature, depuis la première parution en 2002, a évolué.«En floristique, les noms des plantes changent beaucoup, explique Mme Arseneault en entrevue téléphonique.Il y a quelques années, les noms d\u2019oiseaux ont changé», maintenant ce sont ceux des plantes et des fleurs.Tant dans la classification, car les découvertes sur les codes génétiques permettent de réinventer les liens de parenté entre les plantes, que les noms eux-mêmes, génériques ou scientifiques.Ce qui explique qu\u2019on refasse et réédite des flores après quelques années, 10 ou 25, selon les éditeurs.Nommer d\u2019abord «L\u2019important, précise Céline Arseneault, c\u2019est d\u2019être capable de mettre une étiquette sur la plante qu\u2019on voit.Sur le terrain, l\u2019image vaut mille mots.Il est bien aussi d\u2019avoir un peu plus d\u2019information \u2014 du matériel anecdotique, comme de savoir si la plante est comestible ou toxique, par exemple.Ce que ne nous donnera pas un guide qui couvre un territoire plus large, comme toute l\u2019Amérique du Nord, où l\u2019information est alors très condensée, souvent en abréviations et en pictogrammes.» Il faut aussi se retrouver dans le classement proposé.Les flores utilisent comme clés des ca- «Uimportant, c\u2019est d\u2019être capable de mettre une étiquette sur la plante qu\u2019on voit» ractères sélectifs qui permettent logiquement d\u2019identifier la plante.Le lecteur peut se retrouver plus facilement dans un type d\u2019organisation que dans un autre.«Je conseille souvent aux gens d\u2019aller d\u2019abord en bibliothèque, afin qu\u2019ils puissent tester les guides, voir ceux qui répondent à leurs besoins.» La bibliothécaire n\u2019hésite pas à conseiller les guides des éditions Eleurbec.Ils sont écrits par «des botanistes, de bons vulgarisateurs, qui ont une recette éprouvée.Les guides sont bien illustrés, faciles d\u2019utilisation, le contenu scientifique est rigoureux, et les livres s\u2019apportent bien sur le terrain avec leurs titres thématiques».On y trouve Plantes sauvages des villes et des champs.Flore printanière.Plantes sauvages comestibles, qui connaît depuis quelques années un regain de popularité, et Fougères, prêles et lycopodes, entre autres.Pourtant, à part Eleurbec, Céline Arseneault, comme les autres botanistes consultés, hésite à recommander un éditeur spécifique.Car dans une même maison, d\u2019excellents titres peuvent en côtoyer d\u2019autres dont la rigueur scientifique laisse à désirer.Noms de plantes erronés, descriptions ou représentations mal faites, manque de détails d\u2019identification peuvent venir miner un ouvrage, tout comme des confusions entre les noms scientifiques et vernaculaires, dans certains cas.Ainsi, les ouvrages de Lise et Pierre Daigle (Broquet) ou de Sylvain Parent (Michel Quintin) ne sont pas recommandés par les spécialistes, alors que Céline Arseneault n\u2019hésite pas à suggérer Arbres et plantes forestières du Québec et des Maritimes de Michel Lebœuf (Michel Quintin) ou Le guide des fleurs sauvages du Québec et de l\u2019est de l\u2019Amérique du Nord (Broquet), un ouvrage américain de Lawrence Newcombe, même si ce dernier, paru en 1996, «commence à dater».La botaniste bibliothécaire propose aussi Le guide de la flore urbaine, de Roger Latour (Eides), «intéressant, mais qui n\u2019a pas la même rigueur que les livres de Eleurbec» et Les arbres du Canada, de John Laird Earrar, chez le même éditeur.Le Devoir JARDIN SUITE DE LA PAGE E 1 Les flores sont lourdes et se traînent difficilement en expédition.C\u2019est pourquoi Serge Payette s\u2019est mis à rêver d\u2019une application pour téléphone intelligent.Luc Brouillet, lui, croit que les flores deviendront des «livres vivants», accessibles en ligne, qui évolueront comme un Wiki au fil des découvertes.La flore laurentienne de Marie-Victorin a traversé les décennies et réjouit encore les lecteurs, quelques rééditions plus tard.Elle aura 80 ans en 2015, mais reste tout de même la référence.La Flore nordique sera à son tour un outil précieux pour tous ces nouveaux explorateurs appelés à ouvrir le Nord.«Avec tous les projets de mines ou de développement, le livre arrive à point nommé étant donné les inventaires de biodiversité qu\u2019il faudra faire», juge M.Payette.Une autre flore d\u2019importance est en préparation.La Flora of North America comprendra plus de 30 volumes au final.Malgré la qualité de ce dernier ouvrage en gestation, Serge Payette tenait à sa flore nordique en français.«Jamais, jamais je n\u2019aurais écrit cette flore en anglais.Ils peuvent bien la traduire, mais ça ne sera pas moi qui vais le faire.Toute ma vie scientifique, j\u2019ai publié en anglais.Mais au Québec, comme professeur, c\u2019était très important pour moi de léguer ce savoir en français.» Notre patrimoine vivant l\u2019en remercie.Le Devoir FLORE NORDIQUE DU QUEBEC ET DU LABRADOR Volume 1 Sous la direction de Serge Payette Presses de l\u2019Université Laval Québec, 2013, 553 pages Petite histoire de flores Quelques ouvrages plus modestes l\u2019avaient précédée, mais la Flore canadienne (1862) de l\u2019abbé Léon Provancher se révèle la première véritable flore consacrée aux végétaux du Québec.On l\u2019accusera d\u2019avoir plagié certaines planches de l\u2019Américain Asa Gray, auteur des ouvrages A Flora of North America (1838-1843) et A Manual of the Botany of the Northern United States (1848).«Gray avait reproché à Provancher d\u2019avoir plagié des illustrations, raconte Luc Brouillet.Peut-être que Provancher ne s\u2019était même pas posé la question; à l\u2019époque, le droit d\u2019auteur n\u2019était pas ce qu\u2019il est aujourd\u2019hui! Mais ça n\u2019enlève rien à la valeur de sa flore», tranche le conservateur de l\u2019Herbier Marie-Victorin.Le père Louis-Marie, trappiste au monastère d\u2019Oka, publie en 1931 Flore-manuel de la province de Québec.«Ça donné une impulsion au frère Marie-Victorin pour accélérer!», lance M.Brouillet en rigolant.Sa Flore laurentienne a finalement été publiée en 1935.«Elle a traversé le temps et est encore utile aujourd\u2019hui», explique celui qui a participé à sa plus récente réédition.Le Devoir PUL Iris versicolor LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 JANVIER 2014 F 3 LITTERATÜRE Dans une tête en ébullition Danielle ¦ Laurin « a maison n\u2019est pas juste ma maison, c\u2019est la peur et la porte qui mène à la cave, mon père et maman, et tous ceux qui s\u2019aiment mal», nous confie dès le départ William, 12 ans, qui n\u2019a pas la langue dans sa poche.S\u2019il nous fait plonger au cœur de la folie et de la violence familiales, c\u2019est avec des mots, des phrases, des pages chargés d\u2019étincelles, de magie, de rêve.Comme s\u2019il réinventait le langage, ce petit William tout en contrastes.Comme s\u2019il le détournait, pour le faire sien, à l\u2019image de son imaginaire salvateur, de son envie de voler hors de sa cage, hors de sa geôle familiale, hors de lui-même tout aussi bien.Comme s\u2019il nous offrait une loupe grossissante pour mieux prendre le pouls de ce qu\u2019il voit autour de lui, et en lui, mais qu\u2019il ne sait pas comment interpréter au juste.Comment saisir l\u2019insaisissahle ?Ça lui échappe.Ça va demeurer énigmatique pour nous aussi.Les mots disent tellement autre chose que ce qu\u2019ils disent.Alors, nous nous laissons faire.Nous nous laissons malmener de tous côtés.Parfois, ça délire grave.Chose certaine, nous sommes complètement dans la tête en ébullition de ce petit bonhomme cloisonné qui cherche son air, son erre d\u2019aller, dans un monde sens dessus dessous, sans queue ni tête.C\u2019est la grande force de ce premier roman.Les fausses couches, signé Steph Rivard, par ailleurs blogueur, libraire et chroniqueur littéraire.MICHAEL MONNIER LE DEVOIR Dans son premier roman, Steph Rivard nous immerge complètement dans la tête en ébullition du petit William, 12 ans.Les comparaisons valent ce qu\u2019elles valent, elles peuvent même être dangereuses, mais il y a là quelque chose de L\u2019avalée des avalés (Gallimard) de Réjean Ducharme.Quelque chose aussi de La petite fille qui aimait trop les allumettes (Boréal), de Gaétan Soucy.Quelque chose comme un air de famille.Voilà.Mais ce n\u2019est pas parce qu\u2019on appartient à la même famille qu\u2019on n\u2019a pas une identité propre, n\u2019est-ce pas?Tenez, lisez ça (dans ce passage, William parle de son petit frère.Nathan) : «Il essaie sûrement d\u2019affronter les mêmes béliers que moi depuis tout le temps, chaque seconde, dans ce qu\u2019ils ont de plus batailleur qu\u2019avant, depuis que notre père est parti.On vit tous les deux dans notre maison depuis notre naissance et, comme lui, je m\u2019endors souvent mal, et dans une autre vie, si je pouvais la choisir, je ne serais pas ici.C\u2019est comme ça.C\u2019est notre trace.» Ajoutez-y des phrases comme : «Edouard me fait penser à un guépard affamé qui voit des gazelles lui passer à trois pouces du nez sans pouvoir croquer dedans.» Edouard, c\u2019est un des oncles de William.Un homme qui n\u2019aime pas les enfants, qui peut se montrer violent.Et qui va finir à l\u2019asile.Prenez ce passage-ci : «Depuis sa libération des oubliettes brunes et creuses de la maison, je trouve que Bernadette a un méchant gros nid d\u2019araignées au plafond, plus gros qu\u2019avant, et c\u2019est comme si ses méninges s\u2019étaient imbibées de grosses gouttes d\u2019inquiétude.» Berna- dette, c\u2019est une des tantes de William.Elle aussi va aboutir à l\u2019asile, pour tout dire.Maintenant, lisez ce qui suit: «Mon père est en train de travailler dans son bureau même s\u2019il est sur le chômage depuis que je suis sur la mappe.» Le père, en passant, est pas mal bizarre.C\u2019est le gardien du phare, le geôlier, pour ne pas dire le bourreau de cette famille de fous.Mais il va finir par disparaître dans le décor.Saupoudrez le tout de phrases comme : «Il a toujours été trop tard.» Qu : «Nos secrets sont nos trésors.Il ne faut pas les laisser aux autres.» Allez, encore une : «Parce qu\u2019au-delà du désir d\u2019être sevré, il y a la vie, tout le temps.» Ensemble, c\u2019est tout La vie, tout le temps : elle est là, n\u2019allez pas croire.N\u2019allez surtout pas croire que tout est noir dans cette famille de désaxés: «Comme tout le monde, 11\tnous arrive de nous illuminer tous en même temps, d\u2019être plus heureux que le pape.et quand ça arrive, c\u2019est plus fort que tout.» Bon, ça ne leur arrive pas si souvent, d\u2019accord.Mais pour William, ce qui compte, ce qui dépasse tout, c\u2019est ce qui lie les membres de sa famille, même malgré eux, même quand ils s\u2019engueulent, qu\u2019ils se fessent dessus, qu\u2019ils s\u2019humilient, se trahissent entre eux.Même quand ils pètent carrément les plombs, chacun de leur côté.Ça ressemble à ceci, dans les mots du petit garçon de 12\tans: «Et je réalise que malgré les abandons, malgré la tristesse, malgré tout, maman et Edouard et tous les autres habitants de ma maison seront toujours passionnément amoureux les uns des autres, peu importe ce qui pourrait essayer de les briser.» Alors, vous avez déjà une petite idée de ce qui fait de ce premier roman ce qu\u2019on pourrait appeler un ovni littéraire ?A noter : Les fausses couches figure parmi les 10 livres inscrits sur la liste préliminaire du Prix des libraires du Québec.Les noms des finalistes seront dévoilés le 28 janvier prochain.LES FAUSSES COUCHES Steph Rivard Editions de Ta mère Montréal, 2013, 144 pages % S.^0^,0^ s GENEVIEVE DESSUREAULT Les romans d\u2019Eza Paventi et de Maude Deschênes-Pradet font la part belle à une expérience de coopération en Afrique qui se double d\u2019un déchirement amoureux.f\tf LITTERATURE QUEBECOISE Renaissances africaines CHRISTIAN DESMEULES Effet du hasard éditorial, deux premiers romans récemment parus font la part belle à une expérience de coopération en Afrique qui se double d\u2019un déchirement amoureux.Dans Les souliers de Mandela, premier roman d\u2019Eza Paventi, Pleur Pontaine, jeune Montréalaise de 25 ans, s\u2019envole pour l\u2019Afrique du Sud dans le cadre d\u2019un stage de coopération internationale en journalisme.Un simple prétexte pour se retrouver à l\u2019autre bout du monde.Elle laisse derrière elle une histoire d\u2019amour en miettes dont elle traîne jusque là-bas les résidus avec l\u2019espoir d\u2019arriver à «noyer un petit malheur individuel dans un grand malheur collectif».A Johannesburg puis à Cape Town, dans une tonalité proche du carnet de voyage, la narratrice y fait le récit de son expérience Initiatique.Soirées alcoolisées, amitiés Instantanées, flirts plus ou moins poussés, angoisse et tristesse, joies et safari : au cours de ces six mois passés au loin, la jeune femme emprunte le parcours classique de la coopéra- tion qui passe du choc de la découverte de l\u2019autre à la découverte de sol.Mais «combien de temps un être humain peut-il trouver la force de lutter contre lui-même »1 Alternant entre chapitres africains livrés au «je» et épisodes antérieurs de son marasme amoureux dans sa «grande banlieue du Nord» narrés à la trol-slème personne (comme pour bien marquer sans doute la distanciation qui s\u2019opère peu à peu en elle).Pleur confronte son Idée de l\u2019Afrique avec une réalité qui la bouscule en assemblant au passage une «mosaïque humaine» faite de destins qui se juxtaposent.«Et dans ce tableau formé de visages de différentes couleurs, f entrevois dorénavant mon propre visage.» Un «long voyage intérieur», une sorte de carnet de voyage bonifié \u2014 de dialogues, de légers drames et d\u2019un peu trop de didactisme \u2014, mais qui n\u2019a pas tout à fait ce qu\u2019il faut, sur le plan littéraire, pour aller beaucoup plus loin.Maude E>eschenes-Pradet La corbeille d'Alice Dans La corbeille d\u2019Alice, de Maude Deschênes-Pradet, Alice, une jeune femme de 27 ans, rentre quant à elle un peu mal en point du Sénégal au bout d\u2019un séjour de plusieurs mois où elle faisait des recherches en vue de créer un spectacle de contes.Le cœur déchiré, une fausse couche, des Images, des sonorités et des odeurs plein la tête, elle tente de se remettre de sa rencontre brûlante avec Qrl, un Israélien dont elle est tombée follement amoureuse.Le seul antidote qu\u2019elle entrevoit pour exorciser cette histoire d\u2019amour Impossible est de lui écrire.Sa corbeille à papier se remplit ainsi des lettres qu\u2019il ne lira jamais.Autant de versions d\u2019une histoire à laquelle ellç ne trouve jamais d\u2019issue.A Québec, pour l\u2019aider à recoller les morceaux, elle peut compter sur la présence de Simon, son voisin et son meilleur ami, dont la mère se meurt et qui porte son enfance meurtrie comme une clé autour du cou.Entre les deux se dessine une relation aux contours flous.NI frère et sœur, ni seulement amis non plus.Us auront à s\u2019in-venter une autre façon d\u2019être ensemble.Tout comme dans le roman d\u2019Eza Paventi, Maude Deschênes-Pradet fait alterner dans La corbeille d\u2019Alice les voix et les époques, oppose le chaud et le froid, l\u2019Afrique et le Québec.Mais elle le fait au fil d\u2019une narration originale qui mêle les retours en arrière et les lettres écrites par les personnages.Un premier roman délicat et mélancolique, traversé par le silence, dont la tonalité pourra rappeler un peu celle de Jacques Poulin, sans en avoir toutefois ni l\u2019originalité ni la complexe simplicité.Collaborateur Le Devoir LES SOULIERS DE MANDELA Eza Paventi Québec Amérique Montréal, 2013, 424 pages LA CORBEILLE D\u2019ALICE Maude Deschênes-Pradet XYZ Montréal, 2013, 144 pages T) 0GaspardTE DEVOIR\t\t lALMARES\t\t ^\u2014'\tDu 6 au 12 janvier 2014\t\t \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Le beau mystère\tLouise Penny/Eiammarion Québec\t-/I 2 Ce qui se passe au congrès reste au congrès!\tAméiie Dubois/Les Éditeurs réunis\t1/1D 3 Mauvaise foi\tMarie Laberge/Québec Amérigue\t2/13 4 Les héritiers du fleuve \u2022 Tome 2 1898-1914\tL.Trembiay-D'Essiambre/G.Saint-Jean\t3/12 5 De peigne et de misère\tEred Peiierin/Sarrazine\t4/1D 6 Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique!\tAméiie Dubois/Les Éditeurs réunis\t5/5 7 Mensonges sur !e Piateau-Mont-Roya! \u2022 Tome 1 Un mariage.\t.Michei David/Hurtubise\t6/14 8 Les héritiers du fleuve \u2022 Tome 1 1886-1893\tL.Trembiay-D'Essiambre/G.Saint-Jean\t7/7 9 Confessions d'une céiibataire\tM.Deaubien I J.Normandin/Les Éditeurs réunir\ti -/I 10 Sous ia surface\tMartin Michaud/Goéiette\t8/4 Romans étrangers\t\t 1 Lappei du coucou\tRobert Gaibraith/Grasset\t2/1D 2 Sept ans de désir\tSyMa Day/Eiammarion Québec\t1/1D 3 Lempreinte de toute chose\tEiizabeth Giibert/Caimann-Lévy\t3/8 4 Perdre ie Nord\tKathy Reichs/Robert Laffont\t5/2 5 Cinquante nuances pius ciaires \u2022 Tome 3\tE.L.James/Lattès\t4/4 6 Cinquante nuances pius sombres \u2022 Tome 2\tE.L.James/Lattès\t6/3 7 Cinquante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE.L.James/Lattès\t7/4 8 Crossfire \u2022 Tome 3 Eniace-moi\tSyMa Day/Eiammarion Québec\t1D/2 9 Ainsi résonne i'écho infini des montagnes\tKhaied Hosseini/Beifond\t8/1D 10 Prague fataie\tPhiiip Kerr/du Masque\t-/I Essais québécois\t\t 1 Légendes pédagogiques\tNormand Baiiiargeon/Poètes de brousse\t7/8 2 Dix journées qui ont fait ie Québec\tCoiiectif/VLB\t1/8 3 Là où croît ie périi.croît aussi ce qui sauve\tHubert Reeves/Seuii\t2/14 4 Tenir tête\tGabriei Nadeau-Dubois/Lux\t5/14 5 Les années Croc\tM.Viau 1 J.-D.Leduc/Québec Amérique\t4/12 6 Les tranchées.Maternité, ambigüité.\tEanny Britt/Ateiier 1D\t9/2 7 Enquête sur ia poiice\tStéphane Berthomet/VLB\t-/I 8 Les Cyniques.Le rire de ia Révoiution tranquiiie\tCoiiectif/Triptyque\t6/1D 9 Le Sei de ia terre\tSamuei Archibaid/Ateiier 1D\t1D/3 10 Exercices poiitiques\tMathieu Bock-Côté/VLB\t-/I Essais étrangers\t\t 1 Piaidoyer pour i'aitruisme.La force de ia bienveiiiance\tMatthieu Ricard/NiL\t1/11 2 Tintin et ies forces obscures\tCoiiectif/La Presse\t2/1D 3 Le bien commun\tNoam Chomsky/Écosociété\t6/5 4 La force des discrets.Le pouvoir des introvertis.\tSusan Cain/Lattès\t-/I 5 La fin de i homme rouge\tSvetiana Aiexievitch/Actes Sud\t5/2 6 Repenser ie vieiiiissement\tNortin M.Radier/PD L\t-/I 7 Puissances d'hier et de demain.Létat du monde 2014\tCoiiectif/La Découverte\t3/6 8 Les somnambules.Été 1914, comment i'Europes.\tChristopher Ciark/Eiammarion\t-/I 9 Histoire des iieux de iégende\tUmberto Eco/Eiammarion\t4/8 10 Dn été avec Montaigne\tA.Compagnon/des Équateurs | Erance-inter\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019infoimation et d\u2019analyse Bdspdn! sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de Gasparûet est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.\t\t ^Alternatives\t\t CONSTRUIRE\tENSEMBLE\t un mondedifférent\t\t Pour nous appuyer :\t\tJ \t\t F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 JANVIER 2014 LITTERATURE t AGENCE ERANCE PRESSE Pour Salim Bachi, la tolérance éclairée d\u2019Albert Camus explique son sens de la démocratie comme valeur universelle.La pensée de midi et « l\u2019algérianité » de Camus GUYLAINE MASSOUTRE Ly année d\u2019hommage à Camus, pour le cente-f naire de sa naissance, vient de s\u2019achever: l\u2019écrivain nobélisé, immense, fait couler de l\u2019encre.Autour de la polémique que cet anniversaire a suscitée tant en Algérie qu\u2019en France, où les partisans de l\u2019un se heurtent à une génération hostile à tout ce qui réveille les douleurs de la colonisation, pas un livre ne fait l\u2019unanimité.Pourtant, des romans comme Meursault, contre-enquête (Barzakh) de Kamel Daoud et Le dernier été d\u2019un jeune homme de Salim Bachi, consacré à Camus, se sont bien vendus au dernier Salon international du livre d\u2019Alger.C\u2019est que Camus fait circuler l\u2019instinct de vie dans son œuvre.Catherine Camus a publié dernièrement un album chez Gallimard, où elle répète le rêve de son père d\u2019une civilisation qui intégrerait les peuples arabe, berbère et français.Il appela cet équilibre «la pensée de midi» dans L\u2019homme révolté.Né en Algérie, l\u2019historien Benjamin Stora a tenté de situer les lectures partisanes dans Camus brûlant (Stock).Chargé d\u2019organiser la commémoration en Algérie, il a vu ce projet avorter, même si le romancier Yasmina Kha-dra, directeur culturel algérien en poste à Paris, y était favorable.La controverse a ressurgi.Ombre et soleil Parmi ceux qui refusent d\u2019entériner !\u2019« algé-rianité» de Camus, il s\u2019en trouve pour mettre en question ses valeurs : les multiples commémorations sont-elles des récupérations colonialistes ou mettent-elles en valeur la lucidité ca-musienne jusqu\u2019à maintenant?Les deux se disent en Algérie.Le dernier été d\u2019un jeune homme de Salim Bachi est paru à Alger chez Barzakh, éditeur qui a publié l\u2019ouvrage collectif Derrida à Alger et le grand poète Mahmoud Darwich, ainsi que chez Flammarion.L\u2019écrivain, né en 1971 et installé à Paris depuis 1996, primé dès son premier roman, Le chien d\u2019Ulysse (Gallimard, 2001), a entre autres signé un roman mémorable.Amours et aventures de Sindbad le marin (Gallimard, 2010), fabuleuse épopée dans les cultures méditerranéennes, hélas trop discrètement passé.Le dernier été d\u2019un jeune homme raconte les souvenirs présumés d\u2019un Camus en voyage vers le Brésil, en 1949, alors qu\u2019il écrivait Les Justes, sa pièce contre le terrorisme aveugle.Bachi situe l\u2019actualité de Camus à ce tournant.Son roman restitue une galerie de personnalités, dont des femmes séduites, entretenant un climat de mystère.S\u2019il prend des raccourcis avec la vie, il la convoque par l\u2019admiration qu\u2019elle soulève et le retour aux mythes chers à son modèle.«J\u2019ai été élevé à mi-chemin de l\u2019ombre et du soleil», écrivait le Prix Nobel.Bachi prolonge cet esprit du drame au cœur de L\u2019étranger, privilégiant l\u2019espérance.«Mon rêve de civilisation méditerranéenne s\u2019écroule, lui prête-t-il au moment de la guerre d\u2019Espagne.Je garde la foi.La seule que j\u2019aie jamais eue, celle qui consiste à penser que l\u2019homme est aussi capable du meilleur.» Influence Enfant, Camus parlait l\u2019argot des Algériens, le pataouète.Des rues.Camus a gardé la liberté d\u2019un être chaleureux, intense et généreux.Il comptait beaucoup d\u2019amis algériens.Il a créé au contraire un Meursault plein de vide intérieur, et son ami Roger Grenier explique encore aujourd\u2019hui que Meursault n\u2019a pas eu de modèle, étant né d\u2019une composition.Bachi s\u2019est inspiré de témoignages et de documents, sans paraphrase.«Gardez la mémoire», demandait Camus, «Ne vous laissez influencer ni par les gens de droite ni par les gens de gauche», disait-il aux étudiants pragois.Bachi suit sa ligne, les faits inscrits dans La Pléiade, dans la correspondance de Camus avec Pascal Pia et Jean Grenier (respectivement Fayard et Gallimard), ainsi que dans A/èerf Camus, une vie d\u2019OlivierTodd (Gallimard).Camus affrontait une longue période de divisions, de détresses et de haines, qui durent encore.Pour Bachi, sa tolérance éclairée explique son sens de la démocratie comme valeur universelle: «J\u2019écris chaque nuit après mon retour du journal; chaque nuit, j\u2019entends le bruit des bottes, la marche des armées.Je me demande si ce n\u2019est pas la certitude d\u2019être emporté par le conflit, encore plus menaçant que la tuberculose, qui me pu écrire avec la précision d\u2019un chirurgien.L\u2019ironie, sans laquelle on ne peut comprendre la «froideur» de Meursault, est elle-même dictée par notre temps du mépris, la débandade des alliés à Calais et les mensonges répétés de la propagande relayés par Paris-Soir.» Ce portrait sensible s\u2019ajoute à une longue marche vers l\u2019humain.Collaboratrice Le Devoir LE DERNIER ÉTÉ D\u2019UN JEUNE HOMME Salim Bachi Flammarion Paris, 2013, 270 pages POLARS Philip Kerr : l\u2019histoire de l\u2019intérieur MICHEL BELAIR Le pari de Philip Kerr est assez particulier, il faut le rappeler.Germanophile jusqu\u2019au bout des ongles, il tente de faire saisir, à travers les enquêtes de Bernie Gunther, à quel point le nazisme reste une période incompréhensible de l\u2019histoire allemande.Kommissar de la police de Berlin dès les années 1920, Gunther est un flic de haut vol qui s\u2019est toujours tenu loin des nazillons de son entourage, mais qui revêt bientôt un uniforme des services du renseignement SS lorsque les forces policières régulières se voient assimilées à la Schutzstaffel par décret.Kerr décrit toujours Bernie comme un honnête homme, fidèle à ses principes, mais constamment pris entre l\u2019arbre et l\u2019écorce.Ici, en 1942, alors que s\u2019amorce sa huitième enquête, le capitaine Gunther revient du front de l\u2019Est où il a vu des choses innommables.Et il est déprimé au point de vouloir se tirer chaque soir une balle dans la tête.Château de la colère Encore plus cynique que d\u2019habitude, Gunther retourne à ses fonctions d\u2019enquêteur de police, mais il se voit bientôt appelé à Prague par le Reichsprotektor de Bohême-Moravie, le sinistre et dangereux Reinhard Heydrich, l\u2019homme de confiance de Himmler.Enfermé dans un château avec une brochette de généraux invités par Heydrich, Bernie se verra chargé de découvrir le meurtrier d\u2019un de ses assistants.Mais c\u2019est en fait un prétexte.Sinon un piège.Gunther menant ses interrogatoires avec les choux-fleurs de service (les généraux bardés de laurier), Philippe Kerr en profite pour rappeler la bravoure et l\u2019ingéniosité des résistants tchèques qui finiront par avoir la peau d\u2019Hey-drich en juin 1942.Il faudra toutefois en payer le prix, avant comme après la disparition du général.Riche d\u2019observations sur les querelles intestines déchirant l\u2019appareil nazi, véritable cours d\u2019histoire de l\u2019intérieur, c\u2019est cependant la qualité d\u2019écriture de Philip Kerr tout comme la profonde humanité de Bernie Gunther qui font le principal attrait de ce livre déchirant.Collaborateur Le Devoir PRAGUE EATALE Philip Kerr Traduit de l\u2019anglais (Royaume-Uni) par Philippe Bonnet Éditions du Masque Paris, 2013, 402pages Henry Roth : un apprentissage américain GILLES ARCHAMBAULT imagine aisément, peut-être à tort, que le statut littéraire actuel d\u2019Henry Roth aurait eré autre s\u2019il avait porté un patronyme différent.Américain comme Philip Roth, il est né en Galicie, en 1906, douze ans plus tard que Joseph Roth.Trois Roth.Trois écrivains.De quoi mêler les esprits distraits pour qui la littérature n\u2019est qu\u2019un divertissement.Il suffit pourtant de lire une centaine de pages de ces trois-là pour se rendre compte à quel point ils sont dissemblables.Les réunirait cette conscience d\u2019être juif dans un monde où il ne fait pas toujours bon de l\u2019être.Mais pour le reste.Henry Roth publie son premier roman.Call It Sleep, en 1934.Communiste convaincu, il est accusé par ses amis d\u2019avoir écrit un livre bourgeois.Le succès n\u2019est pas non plus au rendez-vous.Roth se réfugie alors dans un silence, obstiné.En 1964, une réédition en poche aux Etats-Unis de ce roman, intitulé en français L\u2019or de la terre promise (Grasset), est saluée comme une œqvre majeure.A 80 ans passés, il se met à écrire une suite autobiographique qui, croit-il, comprendra ^six tomes.Il l\u2019intitule Mercy of a Rude Stream (À la merci d\u2019un courant violent, l\u2019Olivier).Le roman dont il est question dans cette recension, paru à titre posthume, est le cinquième chaînon de ce qui est considéré à juste titre comme une entreprise romanesque d\u2019une importance capitale.Un romanesque nourri par l\u2019autobiographie.Dans Un rocher sur l\u2019Hudson, Roth n\u2019avoue-t-il pas une relation incestueuse avec sa jeune sœur Minnie ?Parmi les paumés Henry Roth a écrit ce roman à la troisième personne.Il ne fait aucun doute toutefois qu\u2019ira, le personnage principal est un double de l'auteur.Comme lui, il peine à écrire un deuxième roman.Comme lui, il se voit reprocher par un ami inculte et communiste convaincu un esthétisme selon lui inexistant dans son roman.Comme lui, il se voit tenu de justifier ses velléités littéraires.Comme lui, il rencontre une femme qu'il accompagne jusqu'à sa mort.Dans le prologue, écrit au «je», on apprend que l\u2019auteur est maintenant un vieillard.Les dernières pages nous disent sans pathos d\u2019aucune sorte le décès de l\u2019aimée qu\u2019il appelle M.Ira ne se rend même pas au chevet de sa femme agonisante.Pourtant, ce roman est avant tout celui d\u2019un amour.Une sorte de cri désespéré.INTERNATIONAL PORTRAIT GALLERY L\u2019Amérique que décrit Henry Roth est celle des paumés pour qui l\u2019affranchissement d\u2019un colis ou l\u2019achat d\u2019un billet de car est une dépense interdite.M vient d\u2019un milieu aisé.Elle est musicienne, connaît les usages d\u2019un monde dont Ira ne sait rien.Élevé à la dure à Harlem, ces années-là surtout habité par des immigrés juifs, il vivote grâce au soutien financier d\u2019Esther, sa compagne qu\u2019il abandonne pour tentçr sa chance dans l\u2019Ouest.Pour y faire quoi ?Écrire ?Il n\u2019a pas écrit une ligne depuis longtemps.Appren- dre à vivre probablement.Il a l\u2019impression d\u2019avoir tout gâché.Par rapport à Esther, n\u2019est-il pas un goujat?L\u2019important, c\u2019est partir, quitter un milieu dans lequel il se sent prisonnier, étranger.Peut-être devenir scénariste à Hollywood ?Mais rien n\u2019est sûr.Ce qui l\u2019est, en revanche, c\u2019est que son ami Bill l\u2019asticote sans relâche avec ses reproches.Ira a-t-il trahi ses convictions en choisissant l\u2019écriture ?L\u2019Amérique que décrit Henry Roth ressemble à celle que peint Steinbeck dans Les raisins de la colère.Celle des paumés pour qui l\u2019affranchissement d\u2019un colis ou l\u2019achat d\u2019un billet de car est une dépense interdite.On fréquente les boutiques de prêteurs sur gages, on déménage à la cloche de bois, on se prive de nourriture à l\u2019occasion.Quand il faut revenir à New York, Ira essaiera sans succès de voyager en stop.La solution : imiter ces hobos qui, à bord des trains de marchandises, sillonnent le pays, craignant constamment d\u2019être assailli, de mourir frigorifié ou d\u2019être arrêté par les forces de l\u2019ordre.Rêve américain Ira n\u2019est à sa place nulle part.Pas plus dans les milieux petits-bourgeois que M lui fera connaître que dans celui du prolétariat qu\u2019il a voulu représenter quelques années auparavant.De plus, il est juif.Accusé de toutes parts de trahir, par les siens, par ses amis comme par les membres de sa famille.Dans ces conditions, comment devenir un Américain, un vrai ?Surtout lorsque l\u2019on connaît de l\u2019intérieur les failles et les limites de ce rêve ?Henry Roth a écrit un roman étonnamment moderne dans sa conception même.Les dialogues, somme toute raisonnablement nombreux, sont vivants.Ils accompagnent une prose qui bannit la surenchère, précise, attachante, qui rend magnifiquement les odeurs, les couleurs.Pour moi, un livre de premier ordre qui donne le goût d\u2019aller plus à fond dans la connaissance de l\u2019œuvre de son auteur.Collaborateur Le Devoir UN AMÉRICAIN, UN VRAI Henry Roth Traduit de l\u2019anglais (États-Unis) par Michel Lederer Éditions de l\u2019Olivier Paris, 2013, 283 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 JANVIER 2014 F 5 LIVRES Le bedeiste et sa voleuse FABIEN DEGLISE Le dessinateur Pascal Girard n\u2019a pas vraiment de talent pour faire des enquêtes.Du coup, quand il décide de se transformer en limier, dans les rues du Mile End à Montréal qui plus est, sa démarche ne peut au final que se transformer en une bonne bande dessinée.La collectionneuse (La Pastèque), dernière création qui marque un retour attendu de ce jeune auteur, silencieux depuis trois ans et depuis son lointain Conventum (Delcourt, 2011), en témoigne avec, sous la couverture, une brillante incursion dans le quotidien d\u2019un trentenaire perdu dans sa propre condition et qu\u2019une cleptomane va, malgré elle, aider à sortir la tête de l\u2019eau.Les malaises et les cocasseries sont forcément au cœur de ce récit, version romancée de l\u2019existence d\u2019un Pascal de Québec installé chez un couple d\u2019amis de Montréal après une séparation.Après neuf ans de vie commune, il combat la dépression par la course à pied et la quête obsessive de sérotonine \u2014 cette hormone qui agirait sur l\u2019humeur.Il n\u2019a pas vraiment le goût de dessiner, est toujours aussi timide et maladroit.Un jour, dans une librairie de Montréal, il va démasquer une voleuse de livres \u2014 elle dit plutôt qu\u2019elle est une «collectionneuse».La jeune femme va entre autres dérober sous ses yeux un de ses bouquins, Jimmy et le Bigfoot (La Pastèque, 2010).Il va la suivre, l\u2019approcher, la confronter, plaçant par le fait même sa vie de mâle sans repère sur une autre trajectoire.Lorcément.1' 'IW.LA PASTEQUE La collectionneuse est une brillante incursion dans le quotidien d\u2019un trentenaire perdu dans sa propre condition et qu\u2019une cleptomane va, malgré elle, aider à sortir la tête de l\u2019eau.Avec la même finesse dans un trait concis, la même poésie dans une trame narrative pleine de rythme et de précision, Pascal Girard met ici en case un sympathique fragment de son existence, en exagérant bien sûr les situations cocasses de son quotidien, les petites gênes qui accompagnent parfois les interactions sociales, mais aussi en soulignant subtilement ses doutes, ses angoisses et ses soumissions, comme pour mieux donner de l\u2019âme et de l\u2019esprit à cette enquête improbable menée par un inspecteur « avec pas de vie», comme dirait l\u2019autre.Le tout pour un album plein de délicatesse qui met son intelligence au service d\u2019une nouvelle exploration de la complexité de la condition humaine, sans que cela paraisse trop.Le Devoir LA COLLECTIONNEUSE Pascal Girard La Pastèque Montréal, 2014, 122 pages LITTERATURE ITALIENNE La magie de Lodoli CHRISTIAN DESMEULES Le regard que pose Marco Lodoli sur l\u2019Italie d\u2019aujourd\u2019hui exprime un désarroi similaire à celui qu\u2019éprouve une frange importante de la classe culturelle du pays.Aux yeux de l\u2019écrivain et chroniqueur de 56 ans, qui enseigne depuis une trentaine d\u2019années dans un lycée professionnel de la banlieue de Rome, les années de berlus-conisme ont atteint en profondeur l\u2019âme du pays.Car entre les pitreries de Silvio Berlusconi, qui a été au pouvoir durant presque vingt ans, et les impertinences de Beppe Grillo, le règne triomphant du spectacle et de la médiocrité télévisuelle n\u2019est parvenu réellement qu\u2019à une chose: enfermer sur elle-même cette culture riche et millénaire.Mais à leur échelle dérisoire, par bonheur, les brefs et subtils romans de Marco Lodoli constituent autant d\u2019antidotes à cette petitesse programmée.Et Les promesses, la troisième trilogie romanesque de Lodoli, après Les prétendants, ne fait pas exception à cette règle.A eux tous, ces neuf petits romans revisitent Rome dans tous les sens.Alors que Joyce disait de Rome qu\u2019elle lui faisait penser «à un homme qui vit en exhibant aux visiteurs le cadavre de sa grand-mère», la Rome de Lodoli, elle, encore, toujours capitale du catholicisme, vibre d\u2019une tonalité « spirituelle » inimitable tandis que l\u2019écrivain la peuple de ses saints contemporains.Trois romans nous arrivent aujourd\u2019hui d\u2019un seul coup, trois voix de femmes à la fois fortes et fragiles.Dans Sorella, la narratrice décide de se faire religieuse contre l\u2019avis de sa famille et de la société.Pour se donner à quelque chose \u2014 ou à quelqu\u2019un ?\u2014 qui la dépasse.« Que les autres jouissent de la vie s\u2019ils y tiennent tant, qu\u2019ils se carambolent et se multiplient, qu\u2019ils se donnent rendez-vous, baisers et bourrades, qu\u2019ils fassent tout le vacarme qu\u2019il faut pour attirer l\u2019attention, qu\u2019ils demandent grâce ou toujours plus.» A elle le regard illuminé, la grâce bienveillante des nonnes sur son visage, à elle la vraie beauté, «les grains froids du chapelet entre les doigts».Mais le chemin vers l\u2019illumination peut aussi emprunter bien des détours.Des détours qui nous mènent, par exemple, à cette page fabuleuse, renversante de beauté aérienne, où la petite nonne, dans Sorella, découvre le plaisir sexuel avec un parfait inconnu dans une chambre d\u2019hôtel miteux de la périphérie de Rome.« Une enveloppe de glace qui douloureusement se déchirait et un gouffre qui se remplissait de l\u2019immensité de ce qui était, un puits infini où se précipitait la vie, j\u2019étais tout cela.» Le genre de page qu\u2019on écorne avec frénésie, certain d\u2019y revenir encore et encore, tant toute la poétique de Lodoli y semble concentrée.Maison et appartement Plus loin, Italia, une jeune femme de 20 ans, veille tel un ange gardien \u2014 ou une sorte de gros œil mobile \u2014 sur les cinq membres d\u2019une famille plutôt bourgeoise dans leur appartement de Rome.A travers son regard et sa voix, de sa sortie de l\u2019étrange «Institut» où elle a grandi jusqu\u2019à la mort du dernier occupant, Italia résonne aussi comme une allégorie subtile de l\u2019histoire du pays depuis les quarante dernières années.Maria Salvati, enseignante à la retraite et narratrice de Vapore, le troisième roman, cherche à vendre depuis des années une petite propriété familiale à la campagne, pas très loin à l\u2019extérieur de Rome.«Une chose aimée que j\u2019ai maltraitée, un nid abandonné aux corbeaux.» Chaque fin de semaine, en attendant les clients en compagnie du jeune employé de l\u2019agence immobilière, «meme si les mots sont désormais un peu fanés et les jours anciens toujours plus loin», elle se rejoue son amour et sa vie de famille en compagnie d\u2019Augusto, alias Vapore.Un personnage à placer quelque part entre le clown et le magicien, capable de respirer par les oreilles, qui ne prenait pas la vie trop au sérieux \u2014 et la politique encore moins.Un hymne magique à l\u2019amour, au risque, à l\u2019anticonformisme.Sans jamais forcer la note, Lodoli enveloppe tout ce qu\u2019il touche d\u2019un voile de mystère.Il le fait à coups de marginaux, d\u2019enfants, de serviteurs, de clochards célestes et de vagabonds.Chacune de ses histoires a l\u2019éclat vaporeux d\u2019un crépuscule d\u2019été.Et «au final toutes les histoires se valent, car c\u2019est une seule et même histoire, celle du temps qui s\u2019enfuit».De même, chaque roman de l\u2019écrivain romain contient, quelque part en son cœur, une petite apothéose.C\u2019est la magie de Lodoli.Collaborateur Le Devoir LES PROMESSES Sorella - Italia - Vapore Marco Lodoli Traduit de l\u2019italien par Louise Boudonnat PO.L Paris, 2013, 348 pages ACTUALITES Livres à l\u2019eau CATHERINE LALONDE U ne fuite d\u2019eau à la Biblio-thèque nationale de Lrance (BNL) a fait bien des dégâts dimanche dernier: 12 000 livres et documents du département littérature et arts seraient atteints, certains ayant été submergés par quelque 25 m^ d\u2019eau.Les livres en question ont rapidement été entreposés dans le gymnase de la bibliothèque, au site Lrançois-Mit-terrand, près de centaines de ventilateurs.Ce sont principalement des ouvrages des XIX® et XX® siècles qui ont été touchés, même si on compte des bouquins des XVT, XVIT et XVIIT siècles ainsi que des encyclopédies parmi les éclopés.La BNL a précisé que près de la moitié des livres abîmés seront de retour dans les magasins ce week-end.Quelque 1500 ouvrages nécessiteront des traitements de remise à plat, de restauration de reliure ou de lyophilisation après congélation.La majorité des ouvrages concernés ont été publiés après 1850.Le Monde annonçait plus tôt cette semaine que la littérature populaire aurait été atteinte de manière irréversible : plusieurs livres maintenant introuvables, de 1820 à 1900, auraient été touchés.La fragilité de la cellulose, qui a remplacé le papier chiffon réputé plus résistant dans la confection des livres au XEX® siècle, expliquerait ce lourd tribut.La BNL abrite 14 millions de livres et documents.Avec Le Monde Le Devoir La Vitrine Entre fleuve et rivière Gabrielle Roy a Margaret Laurence CORRESPONDANCE ENTRE FLEUVE ET RIVIÈRE Correspondance entre Gabrielle Roy et Margaret Laurence Traduit de l\u2019anglais (Canada) par Dominique Portier et Sophie Voillot Editions des Plaines Saint-Boniface, 2013, 144 pages Nées toutes deux dans les Prairies canadiennes, au Manitoba, Gabrielle Roy et Margaret Laurence se sont échangé 32 lettres, écrites en anglais, entre 1976 et 1983 (année de la mort de l\u2019auteure de Bonheur d\u2019occasion).Malgré une correspondance un peu clairsemée et le fait que ces deux écrivaines majeures ne se soient rencontrées qu\u2019une seule fois en personne, à l\u2019occasion d\u2019un colloque sur la littérature canadienne à Calgary en 1978, il émane de cet échange une complicité qui passe autant par leurs livres que par leur attachement aux paysages où elles sont nées.Par une même éthique littéraire aussi, puisqu\u2019être un écrivain (un véritable écrivain) consiste semble-t-il pour toutes les deux à «embrasser toute cette variété en un seul cercle d\u2019humanité souffrante» (Roy).Tracas du quotidien, ennuis de santé, lectures réciproques, Entre fleuve et rivière est traversé par la spontanéité et le désir réel de connaître son interlocuteur.« Comment se fait-il que nos cœurs soient si rarement capables de l\u2019absorber tout entière ?», se demande au sujet de la beauté une Gabrielle Roy installée dans son chalet de Petite-Rivière-Saint-Lrançois, « [\\x]ne si grande partie de notre vie se passe à lutter, lutter, lutter».Christian Desmeules vieNt De paRaitRe Dossier Un monde qui vacille NUMÉRO 770 \u2022 FÉVRIER 2014 gaUlcB.TOWilttMWIg Les auteurs: Emiliano-Arpin-Simonetti, Amzat Boukari-Yabara, Enrique Dussel, Aziz Fall, François Houtart, Mouloud Idir, Raymond Legault, Jacques Mascotto, Loïc Tassé, Immanuel Wallerstein À lire aussi : le Carnet de Naïm Kattan, la chronique littéraire de Marie-Célie Agnant, une analyse sur la Hongrie et un débat sur le hockey: miroir aliénant ou réfléchissant?Artiste invité : Alain Reno Sommaire détaillé et abonnement en ligne wvvw.revuerelations.qc.ca 6 NUMEROS PAR ANNEE, 48 PAGES Un an : 40 $ Deux ans : 70 $ À l'étranger (un an) : 55 $ Étudiant: 25 S (sur justificatif) Abonnement de soutien: 100 $ (un an) 514-387-2541 p.226 | relations@cjf.qc.ca Relations : 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P1S6 EN VENTE DANS LES KIOSQUES ET LIBRAIRIES 7,00 $ + TAXES Oui, je desire un abonnement de an(s), au montant de TÉLÉPHONE ( ou carte de crédit LU ADRESSE Je paie par chèque (à Tordre de Relations) LL NUMERO DE LA CARTE EXPIRATION SIGNATURE Les Éditions Québec Amérique félicitent Tauteure et linguiste Marie-Éva de Villers, récemment nommée membre de TOrdre du Canada pour sa contribution à l'avancement et au rayonnement de la langue française.Merci pour tous les efforts consacrés, notamment à travers l'incontournable Multidictionnaire, à la promotion du bon usage d'ici ! Québec Amérique quebec-amerique.com F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 JANVIER 2014 ESSAIS Pour un Québec vraiment français Louis CORNELLIER La lutte pour un Québec français n\u2019est pas gagnée, quoi qu\u2019en disent certains hypnotiseurs fédéralistes.Comme le note le mathématicien Charles Castonguay dans Le français, langue commune: projet inachevé, «l\u2019anglais demeure plus souvent que le français la langue des communications entre francophones et anglophones dans les grandes entreprises à Montréal», «la maîtrise du français reste moins payante pour un immigrant que celle de l\u2019anglais», «raisons sociales et marques de commerce unilingues anglaises prolifèrent» et les cégeps anglophones continuent d\u2019angliciser une importante proportion de francophones et d\u2019allophones.Ce n\u2019est pas grave, nous répètent les hypnotiseurs, «le français s\u2019enfonce, mais, avec le temps, tout va s\u2019arranger».Castonguay, un anglophone d\u2019origine devenu un des plus ardents militants du Québec français, refuse pourtant de s\u2019endormir et mène la charge contre les accommodements linguistiques déraisonnables.«Comme Lucien devant son miroir, demande-t-il,/awt-f/ toujours que le Québec se juge d\u2019après son reflet dans les yeux des autres ?» Sa réponse est un retentissant non.En 1977, la Charte de la langue française met en avant le concept de «français, langue commune».L\u2019objectif est que tous les Québécois, sans exception, connaissent le français et rutili-sent systématiquement pour communiquer entre personnes de langues maternelles différentes, notamment en milieu de travail.Cela, évidemment, n\u2019interdit pas aux anglophones de parler anglais entre eux ou aux créolophones de faire la même chose, mais impose le français comme langue commune dans les autres situations.La Charte, ce faisant, est animée par deux buts : assurer la justice sociale pour la vaste majorité des travailleurs et renforcer la cohésion sociale.Négociations linguistiques Qr, en 1988, un jugement de la Cour suprême conteste l\u2019affichage en français seulement et met plutôt en avant la notion de «nette prédominance du français».Cette décision, déplore V i DANS LA RUE POURLE FRANÇAIS û JACQUES NADEAU LE DEVOIR Assurer l\u2019avenir du français au Québec, insiste Charles Castonguay, exige fermeté et refus des compromissions.Il importe donc, continue-t-il, de rétablir l\u2019affichage unilingue en français et d\u2019étendre la loi 101 au cégep.Castonguay, «a fait tache d\u2019huile dans certains esprits».Des intellectuels comme Jean-François Lisée et Christian Dufour récupèrent cette notion et en font le nouvel objectif de la politique linguistique québécoise.Ce glissement, du concept de «langue commune» vers la notion de «nette prédominance», peut sembler insignifiant.Mais il ne l\u2019est pas.Floue, la notion de « nette prédominance » constitue une acceptation du Québec bilingue.Si, par exemple, une majorité de travailleurs utilisent le français ou si une majorité d\u2019entreprises fonctionnent en français, on peut déjà parler de nette prédominance.Dans ce cas, on le comprend, la bataille n\u2019est plus à faire.Qr, le concept de «français, langue commune », qui a prévalu au Québec jusqu\u2019à l\u2019arrivée au pouvoir de Jean Charest, est beaucoup plus exigeant et signifie que, «dans chaque entreprise, le français doit être la langue de toutes les communications internes de chaque travailleur francophone avec ses collègues non francophones».Dans le premier cas, celui de la pré- dominance, la négociation linguistique est permanente, repose souvent sur les individus et la francisation perd tout son mordant.Dans le deuxième cas, le français s\u2019impose.C\u2019est toute la différence entre un Québec bilingue surtout français et un Québec français dans lequel les anglophones de langue maternelle bénéficient évidemment d\u2019un espace préservé.L\u2019enjeu est fondamental.Dans le projet de loi 60 sur la Charte affirmant les valeurs de laïcité, le gouvernement péquiste propose d\u2019inscrire dans le préambule de la Charte des droits et libertés de la personne la «primauté du français» comme «valeurfondamentale de la nation québécoise».Pour Castonguay, ce serait une erreur.C\u2019est bien le concept de «français, langue commune» qui doit être inscrit dans ce préambule, si on veut éviter de constitutionnaliser un bilinguisme qui serait mortel pour le français au Québec.Polémiste, le mathématicien qualifie d\u2019ailleurs Lisée, qu\u2019il soupçonne d\u2019être derrière cette notion de «primauté du français», de «ministre irresponsable des relations avec la minorité anglophone».Contre l\u2019anglicisation Assurer l\u2019avenir du français au Québec, insiste Castonguay, exige fermeté et refus des compromissions.Il importe donc, continue-t-il, de rétablir l\u2019affichage unilingue en français et d\u2019étendre la loi 101 au cégep.Dans des démonstrations probantes, le mathématicien militant expose que «le libre choix du cégep profite exclusivement à l\u2019anglais».La proportion d\u2019élèves allophones qui choisissent d\u2019étudier en français au collégial a augmenté depuis 30 ans, passant de 20% à 50%, mais reste insuffisante.Pour éviter l\u2019anglicisation en douce du Québec, elle devrait être de 90%.Plus encore, cette augmentation se trouve annulée par une augmentation du nombre de francophones qui s\u2019inscrivent au cégep anglais.Qr, l\u2019affaire est documentée, «la fréquentation des cégeps anglais est associée à des comportements nettement anglicisés quant à la langue utilisée dans les commerces, au travail, dans la consommation des créations culturelles, avec les amis et à la maison».En d\u2019autres termes, le libre choix au cégep a pour effet de «financer l\u2019anglicisation d\u2019une part importante de l\u2019élite québécoise de demain».Qn peut d\u2019ailleurs se demander, avec Castonguay, si la passion pour l\u2019anglais à l\u2019école (enseignement dès la première année, anglais exclusif pendant une demi-année en 6®) ne poursuit pas le même but.«S\u2019agit-il d\u2019enseigner l\u2019anglais, lance Castonguay, ou bien de promouvoir l\u2019anglicisation ?» Le gouvernement Marois, pour le moment, se contente de reconduire ces douteuses décisions du gouvernement libéral précédent.Il ne faut pas être allergique aux chiffres pour lire la prose polémique, farcie de statistiques, que Charles Castonguay a d\u2019abord publiée dans les pages de L\u2019Aut\u2019journal.Il ne faut pas, non plus, avoir peur d\u2019entendre, écrit Guy Rocher en préface, les «vérités claires et dures» qu\u2019assène le mathématicien.Pour vivre, clame avec raison ce dernier, le Québec français a besoin d\u2019une courageuse volonté politique et populaire.louisco®sympatico.ca LE FRANÇAIS, LANGUE COMMUNE: PROJET INACHEVE Charles Castonguay Renouveau québécois Montréal, 2013, 154 pages Les traces de la Conquête de 1763 DAVE NOEL La thèse de l\u2019abandon du Canada par la France de Louis XV est au coeur de notre mémoire collective.La colonie du Saint-Laurent a-t-elle été cédée ou conquise au milieu du XVIIP siècle ?La question est abordée de front dans 1763, un ouvrage collectif qui paraît à l\u2019occasion du 250® anniversaire du traité de Paris.Laurent Veyssière rappelle en introduction que la cession du Canada découle de l\u2019affaiblissement militaire de la France, qui a perdu son rapport de force à l\u2019ouverture des négociations de paix.La stratégie de Versailles, basée sur la conquête de territoires allemands à échanger contre les colonies perdues, a échoué sur les champs de bataille.La guerre de Sept Ans avait pourtant bien débuté pour la France.Le sort du Canada aurait été différent si le traité de Paris avait été signé dès 1758, comme le souhaitait l\u2019abbé de Bernis, le ministre français des Affaires étrangères.«Dès son entrée en fonction, il pressent que l\u2019avenir de la France se joue bien davantage en Amériquç que sur le continent, écrit Eric Bédard.Si la Cour avait adopté ses vues \u2014 et que le gouvernement anglais avait joué le jeu, ce qui est loin d\u2019être certain \u2014, la marine anglaise aurait rebroussé chemin après la prise de Louis-bourg, Québec ne serait pas tombée, Montréal n\u2019aurait pas capitulé.» La conquête du Canada contribue à l\u2019explosion de la dette britannique, souligne Michel De Waele.Les considérations financières vont amener Londres à faire des concessions afin de mettre un terme au conflit.La France aurait pu en profiter pour reprendre le Canada en échange de Minorque, affirme Denis Vaugeois en donnant l\u2019exemple de l\u2019Espagne qui a récupéré La Havane en cédant la Floride à la Grande-Bretagne.Versailles va toutefois préférer les îles au continent américain.\u20222.\tr ¦ >^>^4 , -/ COLLECTION DENIS ST-MARTIN/SEPTENTRION Gravure tirée de The Illustrated Life of George Washington, 1859.Les célébrations entourant la signature du traité de Paris en France ont scandalisé les historiens québécois.«Trop d\u2019auteurs ont associé cette joie à la perte du Canada, prévient Veyssière.Il n\u2019est pas question de cela, mais de la satisfaction de voir prendre fin un conflit coûteux aussi bien en hommes qu\u2019en argent.» Alain La-berge démontre comment Versailles est parvenue à «dissimuler la Paix néfaste» en faisant comcider les fêtes avec l\u2019inauguration d\u2019une statue de Louis XV.Les années d\u2019après-guerre sont marquées par la question de l\u2019argent de papier émis au Canada sous le Régime français pour pallier le manque de numéraires.Le rembourse- ment partiel des sommes dues aux coloniaux par Versailles est décrit en détail par Sophie Im-beault, codirectrice de l\u2019ouvrage.Les quelque 8000 détenteurs des «papiers du Canada» vont perdre près de 75 millions de livres dans l\u2019opération.Le changement d\u2019empire touche également les Amérindiens privés du soutien militaire français.Les Britanniques leur accordent d\u2019abord un territoire réservé dans les Grands Lacs et à l\u2019ouest des Appa-laches.«Sous son apparente générosité, le geste lance officiellement le processus de confinement des Autochtones dans des espaces de plus en plus restreints», écrit Alain Beaulieu.Les auteurs s\u2019intéressent enfin aux impacts de la Conquête sur le régime seigneurial, le commerce des fourrures et les habitudes alimentaires des Canadiens.Les traces de 1763 se retrouvent ainsi jusque dans nos traditionnels tourtière et ragoût de pattes.Collaborateur Le Devoir 1763 Le TRAITÉ DE Paris BOULEVERSE L\u2019AmÉRIQUE Sous la direction de Sophie Imheault, Denis Vaugeois et Laurent Veyssière Septentrion Québec, 2013, 420pages La décroissance : gagner moins au nom de tous MICHEL LAPIERRE Une «dotation inconditionnelle d\u2019autonomie», c\u2019est-à-dire, selon le voeu du regretté Michel Chartrand, un revenu égal d,e citoyenneté versé à tous par l\u2019État, est-ce une chimère?Le manifeste français Un projet de décroissance, dont on vient de publier l\u2019édition québécoise, assure que non.Il rappelle que l\u2019idéal d\u2019un,partage des richesses aux États-Unis a été jadis envisagé par nul autre que le président Franklin D.Roosevelt.Leur manifeste s\u2019appuie sur «l\u2019impossibilité d\u2019une croissance infinie dans un monde fini» «Aucun citoyen américain ne doit avoir un revenu (après impôt) supérieur à 25000 $ par an», a déclaré Roosevelt, le 27 avril 1942, dans un message au Congrès.Ce principe étonnant, resté un souhait, correspondait à l\u2019esprit réformiste du New Deal.L\u2019économiste français Vincent Liegey et ses collaborateurs, Stéphane Made-laine, Christophe Qn-det et Anne-Isabelle Veillot, préconisent maintenant, eux aussi, l\u2019établissement, dans un «nouveau pacte social», d\u2019un «revenu maximum acceptable».Ils relient cette idée à celle du revenu universel de citoyenneté pour enrayer l\u2019inégalité sociale que notre monde productiviste ne cesse d\u2019aggraver au fil des crises.Préfacé par le politologue français Paul Ariès, rédacteur en chef du mensuel Les Z\u2019indigné(e)s, leur manifeste, comme le note le responsable de l\u2019édition québécoise, David Murray, substitue au concept trop optimiste de développement durable la solution provocatrice de la décroissance économique.Biologie de l\u2019économie Liegey et ses collaborateurs précisent que leur projet n\u2019im- plique pas «la décroissance de tout pour tous, ni un retour en arrière vers un pseudo-bonheur perdu».Il s\u2019agit, pensent-ils, de modérer la production et la consommation des biens de manière rationnelle, concertée, soucieuse d\u2019améliorer la condition des plus pauvres.Le caractère scientifique de leur démarche ne peut que dissiper nombre de nos appréhensions.Leur manifeste s\u2019appuie sur «l\u2019impossibilité d\u2019une croissance infinie dans un monde fini», à la lumière des travaux de l\u2019économiste dissident Nicholas Geor-gescu-Roegen (1906-1994).Cet Américain d\u2019origine roumaine insista en 1971 sur l\u2019éclairage apporté à sa discipline par la thermodynamique et la biologie: «La thermodynamique parce qu\u2019elle nous démontre que les ressources naturelles s\u2019épuisent irrévocablement, la biologie parce qu\u2019elle nous révèle la vraie nature du processus économique.» Pour réorienter le progrès de l\u2019humanité selon les exigences physiques de la planète, les auteurs ne visent pas la conquête du pouvoir: «Au contraire, nous pensons qu\u2019il faut lutter contre les pouvoirs, commencer ici et maintenant, sans attendre.» Leurs armes, participation «non électoraliste» aux élections, jardins communautaires, usage du vélo, simplicité volontaire, «décolonisation de l\u2019imaginaire», peuvent faire sourire.Mais combattre ainsi ne vaut-il pas mieux qu\u2019attendre sans agir l\u2019éclatement d\u2019un monde inconscient de ses limites ?Collaborateur Le Devoir Uiy PROJET DE DECROISSANCE Vincent Liegey et collaborateurs Ecosociété Montréal, 2014, 148 pages -A / Un projet de décroissance "]
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