Le devoir, 2 novembre 2013, Cahier B
[" ''1 ka.',\u2018''-Hill Design : Rad Hourani se dévoile sous plusieurs angles au Centre Phi Page b 6 Michei David revient sur le code d\u2019éthique des libéraux Page b 3 Manon Corneiiier rappelle les dégâts causés par Stephen Harper Page b 2 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE NOVEMBRE 20IS ARCHIVES LE DEVOIR ARCHIVES LE DEVOIR Lire, mais comment ?L\u2019édition numérique est maintenant devenue réalité Colère, déception, trahison.Derrière l\u2019indignation qu\u2019a suscitée le virage numérique de Marie Laberge et d\u2019Arlette Cousture se cachent des questions de fond qui méritent réflexion.FRÉDÉRIQUE DOYON Les multiples réactions de la semaine à la décision de Marie Laberge et d\u2019Arlette Cousture de publier leurs œuvres via leurs sites Web auront au moins eu le mérite de dresser concrètement un constat: l\u2019édition numérique est à nos portes.Et d\u2019ouvrir le débat: mais quelle approche veut-on privilégier ?Quelques précisions s\u2019imposent d\u2019abord.Les démarches des deux écrivaines se distinguent.Arlette Cousture a choisi de publier son prochain recueil de nouvelles, Pourquoi les enfants courent-ils toujours après les pigeons, directement sur son site Web, sans autre intermédiaire qu\u2019un compte PayPal pour acheter chaque nouvelle au fil de leur parution.«Ce n\u2019est pas un déni de libraire ou d\u2019éditeur, c\u2019est une expérience d\u2019écriture.Il faut plutôt la féliciter», a affirmé Gilles Herman de Septentrion, premier éditeur de l\u2019industrie à numériser son catalogue, avant même l\u2019entrée en jeu de l\u2019entrepôt numérique.Marie Laberge a pour sa part annoncé la vente imminente de ses 10 premiers romans via son site Web, en vertu d\u2019une entente entre ses propres éditions Martha (qui avaient publié le roman épistolaire du même nom, première expérience semi-numérique de l\u2019auteure) et iBooks.Son dernier titre.Mauvaise foi, tout juste paru, suivra le même chemin après avoir laissé une période de grâce à la vente papier, donc aux libraires.«Déjà, comme traîtresse, on repassera», écrivait M.Herman sur son blogue, mercredi.Là où le bât blesse surtout, c\u2019est dans l\u2019entente avec Apple, ont indiqué différents intervenants du milieu du livre.Car Apple cultive les «jardins clos», rappelle Josée Plamondon, analyste en exploitation de contenus numériques.Pour lire ses contenus, il faut un iPad.«Pourquoi offrir ses livres juste sur cette technologie-là, pourquoi pas sur toutes les technologies?», demande la bibliothécaire de formation, adepte des données ouvertes et du logiciel libre, qui favorise un format numérique standard accessible sur tous les supports et partage la déception du milieu du livre.Elle coorganise d\u2019ailleurs la troisième édition,de Bookcamp (8 novembre au Théâtre des Ecuries), événement qui rassemble professionnels et amateurs autour des mutations du livre et de la lecture.Désintermédiation Mais on peut difficilement juger du choix de Marie Laberge à ce point-ci, puisqu\u2019on ne connaît pas les détails de ladite entente.« Tout n\u2019est pas finalisé», nous indique la relationniste de Marie Laberge, Patricia Huot.Toujours est-il que la seule décision de deux écrivaines de se tourner vers le numérique hors de la chaîne du lîvre a tout de même semé l\u2019émoî du côté des bîblîothèques publîques et des lîbraîres.Ceux-cî se sont sentis exclus de la diffusion d\u2019œuvres qu\u2019ils ont pourtant contribué à faire connaître.Car les démarches d\u2019Arlette Cousture et de Marie Laberge suppriment les Intermédiaires traditionnels entre l\u2019auteur et ses lecteurs : éditeurs.Imprimeurs, distributeurs, librairies.On l\u2019a vu en musique et en cinéma, les nouveaux usages numériques favorisent naturellement cette «désintermédiation», comme l\u2019appelle Josée Plamondon, bibliothécaire de formation, et analyste des contenus numérique, qui a suivi l\u2019affaire Laberge et Cousture avec grand Intérêt.«C\u2019est sûr que ça ébranle tout l\u2019écosystème.De là à invoquer qu\u2019il faut absolument maintenir le système actuel parce que sinon, il n\u2019y aura plus de livres, c\u2019est partir en peur.» Gilles Herman met un bémol sur la question de la désintermédiation.«Quand on dit qu\u2019on coupe les intermédiaires, c\u2019est surtout qu\u2019on les change», dlt-11.Vrai que même pour les livres numériques, 11 y a aussi un de travail d\u2019édition à faire.Quelqu\u2019un doit bien relire Arlette Cousture et Marie Laberge.Plusieurs auteurs ont d\u2019ailleurs fait valoir dans La Presse, cette semaine, qu\u2019ils n\u2019en-vlsagealent pas l\u2019auto-édltlon entre autres pour cette raison.Le modus operand! Aucune disposition législative n\u2019exlste à l\u2019heure actuelle en matière d\u2019édition numérique.Mais plusieurs acteurs du livre (associations de bibliothèques, d\u2019auteurs, d\u2019éditeurs, de distributeurs.Bibliothèque et Archives nationales du Québec) ont convenu, avec les Instances gouvernementales, d\u2019un modus operandi qui respecte l\u2019esprit de la loi du livre prévalant pour l\u2019édition papier.Cette loi répartit les rôles et obligations de chaque maillon de la chaîne du livre, assurant une grande diversité de titres disponibles.Pourquoi avoir choisi de transposer le mo- L\u2019édition numérique au Québec lœs ventes numériques représentent environ 4% du marché du livre au Québec.C\u2019esJ 10% pour le reste du Canada et 25% pour les Etats-Unis.Mais attention, signale l\u2019analyste Josée Plamondon, «les chiffres ont toujours un ou deux trains de retard sur les usages réels».Déjà, Pascal Assa-thiany, directeur général de Boréal, fait remarquer que cette part peut augmenter jusqu\u2019à 10% pour la littérature de genre (polar, science-fiction, littérature érotique.) de sa maison.La plupart des éditeurs publient simultanément les nouveautés en versions papier et numérique.Certains résistent, principalement par crainte du piratage.D\u2019autres comme Boréal et Septentrion ont même numérisé une large part «Quand on dit qu\u2019on coupe les intermédiaires, c\u2019est surtout qu\u2019on les change» dèle papier dans le numérique?«On se demande nous aussi si c\u2019est une bonne idée, répond Gilles Herman.Mais le seul autre modèle connu, c\u2019est l\u2019anglo-saxon.Et les^Amazon et consorts ont tué la librairie aux Etats-Unis.» Une poignée de géants industriels qui s\u2019empressent aujourd\u2019hui de remplir le vide qu\u2019ils ont créé.L\u2019argument protectionniste lié à l\u2019écosystème mondial actuel de l\u2019édition numérique.Josée Plamondon veut bien l\u2019entendre pour défendre le prix réglementé, actuellement à l\u2019étude à Québec.Une mesure à laquelle elle adhère dans le contexte actuel, pour assurer à l\u2019auteur une juste rémunération et au lecteur de payer un juste prix.« C\u2019est difficile de négocier avec de gros détaillants.Et c\u2019est quoi, le juste prix, pour un contenu culturel?Il y a du monde derrière les livres et on ne peut pas les faire écrire en Chine.» Pour ce qui est du développement de l\u2019édition numérique québécoise, défendre la chaîne du livre à tout prix n\u2019a pas de sens, selon elle.«A quoi ça sert de protéger un modèle vieillissant, sinon à protéger des acquis ?En attendant.Il va falloir que les parties prenantes [de l\u2019industrie du livre] révisent leurs positions; tout le monde peut avoir une utilité quelque part, mais il faut la redéfinir.» Et pour cela, «il faut expérimenter», donc encourager la multiplication de démarches comme celles d\u2019Arlette Cousture et de Marie laberge et d\u2019autres encore.Car qui sait quelles déclinaisons connaîtra le livre de demain ?Qui sait si l\u2019enfant de demain ne racontera pas ses histoires «en écrivant un bout, en le chantant et en lui donnant aussi la forme d\u2019un jeu ?lance M\u201c® Plamondon.Il ne faut pas confondre le livre objet et la création elle-même.» lœ fichier numérique peut supporter du son, des images, du texte.Mais au final, «le numérique, c\u2019est un des outils», rappelle M\u201c® Plamondon.«Ça doit multiplier les options, ça n\u2019empêche pas d\u2019avoir des livres papier et des librairies.» Le Devoir de leur catalogue.Éviter de numériser ne freine pas le piratage, indique M.Assathiany.Trois entrepôts numériques (agrégateurs) se chargent de la « distribution» : Entrepôtnumé-rique.com.Messageries ADP numériques, et Prologuenumerique.ca.lœs librairies en ligne : outre Renaud-Bray.com etArchambault.ca, les libraires indépendantes sont ralliées sous Ruedeslibraires.com.La plateforme Prêtnumérique.ca est implantée dans plus de 40 bibliothèques ou réseaux de bibliothèques pour 500 points de services à travers le Québec.Il y a eu 390000 prêts jusqu\u2019ici.Quelque 85000 personnes se sont connectées à ce jour.FRANCE Les « 343 salauds » font scandale Une blague de collégien provoque un tollé et relance le débat sur la condamnation des clients de la prostitution CHRISTIAN RIOUX Correspondant à Paris Cela aurait pu passer pour une simple blague de potache.A la une du magazine satirique Charlie Hebdo, elle aurait été accueillie dans l\u2019indifférence générale.Mais en première page de la revue Causeur, l\u2019affaire a vite provoqué un scandale.Ce magazine rpensuel fondé au printemps par la journaliste Élisabeth Lévy publiait cette semaine une pétition signée par 343 personnalités françaises opposées au projet de loi pénalisant les clients de la prostitution dont on discutera bientôt à l\u2019Assemblée nationale.L\u2019affaire en serait restée là si, en Erance, ce Manifeste des 343 salauds n\u2019évoquait immédiatement cet autre manifeste surnommé le Manifeste des 343 salopes.Signée en 1971 par 343 Erançaises, dont Simone de Beauvoir et Catherine Deneuve, la pétition prenait position pour la légalisation de l\u2019avortement.Ses signataires, en révélant avoir subi un avortement, risquaient d\u2019être poursuivies devant les tribunaux.Il n\u2019en va évidemment pas de même pour les «343 salauds» qui poussent la provocation jusqu\u2019à récupérer le slogan utilisé par SQS Racisme en 1985.«Touche pas à mon pote!» devient sous leur plume «Touche pas à ma pute!».Ces sarcasmes ont aussitôt soulevé un tollé parmi les groupes féministes, les élus et les organismes de défense des prostituées, qui ont tous dénoncé un amalgame provocateur.«Ce parallèle est abject», selon Anne-Cécile Mailfert, porte-parole de l\u2019organisme Qsez le féminisme.Pour la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, «les 343 salopes réclamaient en leur temps de pouvoir disposer librement de leur corps.Les 343 salauds réclament le droit de disposer du corps des autres.» Ces « 343 salauds », qui ne sont en fait que 18, se recrutent aussi bien à gauche qu\u2019à droite.Qn y trouve l\u2019écrivain à succès Erédéric Beig-beder, l\u2019humoriste Basile de Koch (mari de l\u2019égérie de la Mapif pour tous, Erigide Barjot), les journalistes Éric Zemmour et Ivan Rioufol, ainsi que le comédien Philippe Caubère et le chanteur Antoine.En matière de prostitution, les signataires se disent «croyants, pratiquants ou agnostiques ».«Certains d\u2019entre nous sont allés, vont, ou iront aux \u201cputes\u201d et n\u2019en ont même pas honte», écrivent-ils.Leurs propos visent, disent-ils, les «ligues de vertu qui en veulent aux dames (et aux hommes) de petite vertu».«Contre le sexuellement correct, nous entendons vivre, en adultes», affirment les signataires.Selon Élisabeth Lévy, directrice de Causeur, il ne s\u2019agit pas de défendre la prostitution, mais la liberté.«Et quand le Parlement se mêle d\u2019édicter des normes sur la sexualité, notre liberté à tous est menacée», dit-elle.Repénaliser la prostitution?Si la provocation soulève une large réprobation, il en va autrement de l\u2019opinion des signataires sur le projet de loi qui sera débattu à la fin novembre.Selon un récent sondage TNS-Sofres, seulement un français sur cinq est d\u2019accord avec les fortes amendes (allant jusqu\u2019à 1500 euros) qui devraient punir les clients une fois le projet de loi adopté et qui auront pour résultat de recriminaliser la prostitution en Erance.Les clients pourraient être aussi condamnés à un « stage » destiné à leur faire «prendre conscience» de la réalité de la prostitution.Actuellement, en Erance (comme au Canada), la prostitution n\u2019est pas illégale.Seuls le racolage et la tenue d\u2019une maison de débauche peuvent être punis par la loi.Même s\u2019ils dénoncent une provocation ou-trancière de la part des «343 salauds», les organismes de défense des prostituées sont tous VOIR PAGE B 2 : SALAUDS «Et quand le Parlement se mêle d\u2019édicter des normes sur la sexualité, notre liberté à tous est menacée» B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE NOVEMBRE 20IS PERSPECTIVES Démocratie fragile V Manon I CORNELLIER à Ottawa Le premier ministre Stephen Harper aura deux ans, si on ne le bouscule pas, pour se remettre de la crise au Sénat, mais qu\u2019il y arrive ou non, il portera la responsabilité des dégâts durables causés non seulement à cette institution, mais à presque tous les piliers de notre système démocratique.Le Sénat domine les manchettes, mais il n\u2019est pas le seul à voir sa crédibilité et sa légitimité ébranlées jour après jour par les manoeuvres du gouvernement Harper.Cela se poursuit au Parlement, dans la fonction publique, à la Cour suprême, chez les chiens de garde du Parlement.Interprétant les lois et les règles à leur manière, les conservateurs imposent depuis presque huit ans une façon de faire qui affaiblit ces institutions.La Cour suprême est la dernière victime d\u2019une approche qui donne toujours préséance aux calculs politiques à courte vue.Respectée de tous, reconnue pour son professionnalisme, elle est depuis environ un mois plongée malgré elle dans une controverse qui risque de nuire à son fonctionnement et de porter ombrage à son indépendance.La nomination du juge Marc Nadon à un des trois postes réservés au Québec est contestée, car elle ne respecterait pas les critères inscrits dans la Loi sur la Cour suprême.Le gouvernement s\u2019en défend, armé d\u2019un avis juridique, mais signe qu\u2019il doute, il a inséré un amendement à la loi dans son dernier projet de loi budgétaire omnibus.11 a aussi demandé l\u2019avis de la Cour suprême sur la question.En attendant, le juge Nadon ne siège pas, mais occupe quand même un bureau à la Cour, ce qui veut dire qu\u2019il côtoie ceux-là mêmes qui deyront juger de son sort.A cause de cet imbroglio, le renvoi du gouvernement fédéral sur la réforme du Sénat serq entendu en l\u2019absence d\u2019un juge du Québec.A moins que la Cour reporte l\u2019audience prévue en novembre.Le problème pour elle est que peu importe sa décision, cette dernière aura inévitablement une forte saveur politique.Le Parlement est la principale victime de ce mépris des institutions.Depuis 2007, le gouvernement a pris l\u2019habitude de présenter des projets de loi budgétaire omnibus, des fourre-tout parfois monstrueux qui rendent impossible toute étude sérieuse des multiples réformes qui s\u2019y trouvent.Malgré cela, le bâillon est imposé à répétition pour escamoter les débats difficiles, quand ce n\u2019est pas la prorogation.Comme si cela ne suffisait pas, les conservateurs ont changé cette semaine les règlements pour empêcher les députés indépendants de présenter à la Chambre leurs amendements aux projets de loi gouvernementaux.Ils devront le faire en comité, où ils n\u2019auront que quelques minutes pour expliquer leur position et seront ensuite à la merci du président dudit comité, ou pire, de la majorité conservatrice.Ce ne sera plus le président de la Chambre qui jugera de la recevabilité de leurs modifications.La chef du Parti vert, Elizabeth May, et ses collègues ont protesté.En vain.Qui s\u2019en étonne ?Ce gouvernement n\u2019a jamais démontré le moindre respect pour le travail des députés.11 les traite comme des marionnettes.Il impose une discipline de fer à son caucus, dicte aux députés conservateurs la plupart de leurs discours en Chambre et de leurs questions en comité.La fonction publique a aussi été mise au pas et on continue à lui serrer la vis.Qu ne veut pas de son avis fondé sur les faits et la science.Qu veut des solutions qui collent aux positions idéologiques du parti au pouvoir, quitte à faire fi de la réalité.L\u2019abandon du recensement obligatoire, la fermeture de plusieurs organismes respectés mais critiques, les compressions dans la recherche intra-muros, le peu de cas fait des avis des juristes du ministère de la Justice n\u2019en sont que quelques exemples.Le système d\u2019accès à l\u2019information est en crise, les plaintes augmentent.Même chose en matière de protection de la vie privée.Mais de tous les fonctionnaires du Parlement, c\u2019est peut-être le directeur général des élections qui a le plus de fil à retordre avec ce gouvernement.Qu, devrait-on dire, avec les conservateurs.Quand les députés ne peuvent étudier adéquatement le budget et les projets de loi, quand les débats sont outrageusement écourtés, quand les sénateurs sont traités en vassaux obéissants, quand les fonctionnaires du Parlement n\u2019ont pas les ressources nécessaires pour faire la lumière sur les agissements du gouvernement, quand la Cour suprême est prise en souricière, ce sont tous les rouages de notre démocratie et tous les contrepoids au pouvoir déjà quasi absolu du premier ministre qui se retrouvent affaiblis.La grande perdante est la démocratie, le seul gagnauL le premier ministre.Et aussi, il faut le dire, une certaine conception autoritaire du pouvoir.Après tout, Stephen Harper n\u2019a-t-il pas déjà répondu à un journaliste qui lui demandait s\u2019il avait le permis pour conduire le véhicule tout-terrain qu\u2019il enfourchait : « Je fais les règles» ?Et à un fonctionnaire qui lui rappelait qu\u2019il ne pouvait dicter à Postes Canada l\u2019émission d\u2019un timbre particulier: «Je m\u2019en fiche, je le veux» ?Et il l\u2019a eu.mcornellier@ledevoir.com ¦ 'A ARCHIVES LE DEVOIR Après le rejet de cette semaine, nul ne sait quand un nouveau projet de loi sera présenté.MINES Difficile de s\u2019extraire du débat partisan Les caquistes et les libéraux ont décidé cette semaine de mettre à mort la réforme de la Loi sur les mines, tous deux imputant l\u2019échec de cette troisième tentative de refonte au Parti québécois.Mais au-delà des querelles partisanes, le Québec devra continuer de vivre avec une législation minière qui n\u2019a pas connu de changements majeurs depuis des décennies.ALEXANDRE SHIELDS Mercredi matin, l\u2019opposition à l\u2019Assemblée nationale a refusé d\u2019aller plus loin dans l\u2019étude du projet de loi 43, censé permettre une révision de la «vieille» Loi sur les mines souhaitée par plusieurs, mais rejetée à bien des égards par l\u2019industrie.La ministre des Ressources naturelles, Martine Quellet, s\u2019est dite «surprise» de l\u2019attitude des caquistes et des libéraux, elle qui s\u2019était pourtant montrée ouverte à la discussion sur les éléments les plus litigieux de la réforme.Mais pour les libéraux, le problème, c\u2019est justement M\u201c® Quellet.«Nous n\u2019avons aucune confiance en cette ministre.Elle est indigne de confiance », a lancé, sur un ton particulièrement virulent, le porte-parole libéral en matière de développement économique et de mines, Jean D\u2019Amour.Le député n\u2019en était pas à ses premières attaques envers la ministre, dont l\u2019opposition veut la tête depuis sa nomination.En commission parlementaire cet automne, il n\u2019a cessé de répéter qu\u2019elle et le Parti québécois avaient tout fait pour bloquer le précédent projet de loi sur les mines, le projet de loi 14.Blocage libéral Cette semaine, c\u2019était toutefois au tour du Parti libéral de se livrer au blocage.La manœuvre a d\u2019ailleurs surpris tant les groupes environnementaux que les représentants municipaux et les centrales syndicales, qui entrevoyaient tous l\u2019adoption d\u2019une nouvelle législation avant Noël.«C\u2019est désolant de voir les partis d\u2019opposition dire que l\u2019économie est importante et rejeter du même souffle un projet de loi qui vise précisément à augmenter les retombées économiques découlant de l\u2019exploitation des ressources naturelles», a déploré le directeur du Syndicat des Métallos, Daniel Roy.Reprenant le discours du lobby minier, les libéraux n\u2019ont pas caché leur refus d\u2019imposer aux minières Pobligation de déposer une étude de faisabilité de la transformation du minerai au Québec avant l\u2019obtention d\u2019un bail d\u2019exploitation.Le gouvernement avait toutefois signifié son intention de reculer sur cette obligation.Mercredi, M\u201c® Quellet a d\u2019ailleurs parlé d\u2019une étude A\u2019« opportunité » essentiellement «technique».Il faut savoir que la vaste majorité des projets en développement sont conçus pour une exportation directe du minerai à l\u2019état brut.Mais remettre en question cette réalité risque de « créer de la pauvreté», disait l\u2019an dernier le ministre libéral délégué aux Ressources naturelles et à la Panne, Serge Simard.Même fin de non-recevoir en ce qui a trait à la divulgation des montants de redevances versées par les piinières et du tonnage de minerai exploité.A l\u2019heure actuelle, il est impossible pour les citoyens de savoir quelles mines paient des redevances.La moitié d\u2019entre elles ne verseraient pas un sou, a déjà souligné le PQ.Et du temps des libéraux, l\u2019Etat a donné plus de 700 millions en aides fiscales de toutes sortes à l\u2019industrie entre 2002 et 2008.Pendant cette même période, les minières ont versé un total de 259 millions en redevances, soit 1,5% d\u2019une production totalisant 17,1 milliards.«Pouvoirs arbitraires» Beaucoup a été dit sur les pouvoirs « arbitraires » que le gouvernement souhaitait accorder au ministre des Ressources naturelles.Qutre la question de la transformation, il était Les investissements miniers ont atteint 5,13 milliards en 2012, ce qui représente un record en effet question de donner à Québec un droit de regard sur la définition des zones désignées par les MRC comme étant incompatibles avec l\u2019exploitation minière.Pour les minières et les libéraux, cela revenait à octroyer à Martine Quellet le droit de bloquer des projets.Mais en fait, l\u2019idée était surtout de se donner les moyens d\u2019ouvrir un territoire prometteur à l\u2019industrie.La mort du projet de loi 43, a rappelé le porte-parole de la Coalition Québec meilleure mine, conserve intact le droit des minières d\u2019exécuter des travaux d\u2019exploration sur des terres publiques «sans devoir informer ou consulter les collectivités directement touchées».Une situation qu\u2019a unanimement déplorée le milieu municipal.Et exit l\u2019évaluation environnementale pour tous les projets miniers, qui se multiplient depuis quelques années.Pendant ce temps, malgré l\u2019« incertitude» associée à l\u2019élection du PQ, les investissements se poursuivent au Québec.Selon l\u2019Institut de la statistique du Québec, les investissements miniers ont atteint 5,13 milliards en 2012, ce qui représente un record.Si on prévoit un recul cette année, 2013 devrait représenter la deuxième année en importance de l\u2019histoire de la province.Tous ces projets se mettent en place alors que, de l\u2019aveu même de Martine Quellet, nul ne sait quand un nouveau projet de loi sera présenté.La situation «minoritaire» du gouvernement rend la chose difficile à entrevoir.Pour le responsable des questions environnementales à la CSN, Pierre Patry, la joute politique qui s\u2019est disputée cette semaine a toutefois de quoi réjouir l\u2019industrie.«Cette opposition n\u2019a qu\u2019une seule fin, assurer le statu quo pour que les entreprises minières, qu\u2019elles soient du secteur de l\u2019exploration ou de l\u2019exploitation, puissent continuer de piller nos ressources naturelles.» Le Devoir SALAUDS SUITE DE LA PAGE B 1 opposés à cette nouvelle loi inspirée de ce qui se fait en Islande, en Norvège et en Suède (où les clients sont même passibles d\u2019un an de prison).Si elle a traité les «343 salauds» de «paternalistes», la secrétaire générale du Syndicat du travail sexuel (STRASS), Morgane Merteuil, estime que la pénalisation des clients obligera les prostituées à se cacher et rendra leur travail encore plus dangereux.«Nous sommes unanimes à considérer que la pénalisation des clients ne fera pas disparaître la prostitution, mais accentuera la précarisation des prostituées en les forçant à davantage de clandestinité, et en les éloignant des associations de soutien et de santé communautaires», affirme le Manifeste contre la pénalisation des prostituées et de leurs clients, signé par plusieurs dizaines d\u2019organisations françaises de défense des prostituées.Un point de vue repris par plusieurs experts selon qui, si la prostitution de rue a diminué en Europe du Nord, elle se serait simplement déplacée vers Internet.Surenchère médiatique La revue Causeur n\u2019est pas la seule à surenchérir sur le sujet.Dans son dernier numéro, le magazine féministe de gauche Causette y allait lui aussi de quelques outrances dans un article intitulé 55 raisons de résister à la tentation (de rencontrer une prostituée).Parmi ces raisons, on pouvait lire celle-ci : «Parce que, quitte à se taper une fille qui n\u2019a pas envie, autant la violer, c\u2019est moins cher».«Causette est abo.Causette est minable.Causette est abominable», affirme la militante Crêpe Georgette sur le site de STRASS.Le manifeste des « 343 salauds » n\u2019était pas encore imprimé qu\u2019il suscitait la création d\u2019un site appelé les « 343 connards » invitant à cliquer sur la photo de l\u2019un des signataires pour lui envoyer un mot par le biais de Twitter.Le chroniqueur Bruno Roger-Petit du Nouvel Observateur a qualifié les signataires du manifeste de «proxénètes de la polémique».Alors que l\u2019humoriste Nicolas Bedos faisait marche arrière et prétendait avoir sigpé le manifeste «en cellule de dégrisement», Elisabeth Lévy semblait stupéfaite du tollé qu\u2019elle avait provoqué.«On ne pouvait pas anticiper un truc pareil, un tel tombereau d\u2019injures.On a l\u2019impression d\u2019avoir profané quelque chose», a-t-elle déclaré sur Europe 1.Après la polémique médiatique, le débat sur le projet de loi reste entier.Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2013 B 3 PERSPECTIVES ILLUSTRATION TIFFET ETATS-UNIS Obama et les dommages collatéraux La Maison-Blanche reconnaît seulement que les révélations d\u2019écoutes par l\u2019Agence américaine de Sécurité (NSA) des communications de la chancelière allemande, Angela Merkel, et des dirigeants et populations d\u2019autres pays proches des Etats-Unis provoquent des «tensions» entre Washington et ses alliés.Mais selon des politologues américains, le dernier scandale en date à sortir des divulgations d\u2019Edward Snowden sur la NSA remet en cause la crédibilité de Barack Obama et de l\u2019ensemble du gouvernement américain.MARIE-CHRISTINE BONZOM à Washington Si l\u2019espionnage de responsables politiques et de diplomates par l\u2019Agence nationale de sécurité a soulevé un tollé de l\u2019Allemagne au Brésil, de la France à l\u2019ONU, de l\u2019Espagne à l\u2019Union européenne, il a suscité relativement peu d\u2019indignation aux Etats-Unis.Certes, une manifestation a rassemblé des milliers de personnes à Washington le 26 octobre.Mais ce défilé, première protestation publique contre la NSA depuis le début des révélations d\u2019Edward Snowden en juin, avait été préparé bien avant le coup de fil à Barack Obama d\u2019une Angela Merkel en colère.Dans leur grande majorité, les milieux politiques et médiatiques ont pour leur part repris la ligne de défense mise en circulation par la Maison-Blanche et la NSA, qui cherche à minimiser l\u2019importqnce du problème.Ils martèlent ainsi que les Etats-Unis ne font pas plus d\u2019espionnage que leurs alliés et que l\u2019espionnage américain s\u2019inscrit dans la lutte contre le terrorisme.Comme d\u2019habitude, quand il est question de dossiers liés de près ou de loin à la sécurité nationale, le président Obama reçoit le soutien, non seulement de la plupart de ses amis démocrates de la Chambre et du Sénat, mais aussi de l\u2019écrasante majorité de l\u2019opposition républicaine, y compris de personnages aussi douteux que Dick Cheney, l\u2019ancien vice-président de George W.Bush.«Les réactions tièdes aux États-Unis s\u2019expliquent en partie par la politique intérieure, beaucoup de démocrates hésitent à attaquer un président qu\u2019ils appuient en général et à faire le jeu des républicains qui critiquent et bloquent toutes les initiatives d\u2019Obama», déclare au Dgyofr Julian Zelizer, professeur d\u2019histoire politique à l\u2019Université de Princeton, auteur de Arsenal of Democracy: National Security from World War One to the War on Terrorism et directeur de l\u2019ouvrage collectif The Presidency of George W.Bush: A First Historical Assessment.De son côté.George Edwards, professeur de science politique qui dirige le Département des études présidentielles à l\u2019Université Texas A&M et le Oxford Handbook of the American Presidency, indique que «le parti d\u2019opposition ne fait pas grand foin de cette affaire, car les républicains soutiennent cet espionnage, ils ne reprochent pas à Obama d\u2019être trop agressif dans la recherche de renseignements».Les particularités Au-delà de l\u2019adhésion des milieux politiques et médiatiques à la théorie de la suprématie de l\u2019impératif sécuritpire, les particularités culturelles et sociales des Etats-Unis expliquent la relative indifférence quant aux écoutes placées sur Angela Merkel et une trentaine d\u2019autres chefs d\u2019Etat et de gouvernement.«Notre pays est devenu engourdi, insensible à ce genre de scandale.Depuis des années, la plupart des Américains ont connu toutes sortes d\u2019intrusion dans leur vie privée de la part de leurs employeurs, des entreprises, de l\u2019Internet, et puis du gouvernement fédéral après les attentats du 11-Septembre 2001.Ey a aussi chez eux une peur authentique du terrorisme», note le professeur Julian Zelizer.Harvey Feigenbaum, basé dans la capitale américaine où il est professeur de science politique et de relations internationales à l\u2019Université George Washington, explique que «la majorité des Américains présumait déjà depuis longtemps, bien avant les attentats de 2001, que tout le monde écoute tout le monde».«Aujourd\u2019hui, la plupart des Américains acceptent l\u2019idée que ce type d\u2019espionnage est nécessaire pour lutter contre le terrorisme, ce qui est moins vrai des Européens et probablement des Canadiens, et, surtout, les Américains sont plus paranoïaques au sujet du terrorisme et sont prêts à sacrifier plus de liberté sur l\u2019autel de la sécurité que d\u2019autres peuples occidentaux», poursuit Harvey Feigenbaum.Il est révélateur que la condamnation la plus rapide et la plus forte des agissements de la NSA contre les dirigeants et les populations de pays alliés soit venue non pas de la Maison-Blanche, non pas d\u2019un membre des commissions des renseignements de la Chambre ou du Sénat censées avoir pouvoir de supervision sur la NSA, non pas d\u2019un des journaux les plus influents comme le Washington Post, le New York Times, le Wall Street Journal ou le Los Angeles Times, mais d\u2019un quotidien local, le Pittsburg Post-Gazette.«La NSA n\u2019est plus maîtrisée et doit être vite reprise en main par le président Obama, le Congrès ou les tribunaux», jugeait ainsi dès le 22 octobre / SAUL LOEB AGENCE FRANCE-PRESSE Barack Obama \\\\ Il n\u2019y a rien de bon dans cette affaire ponr le président Obama, pour la fonction présidentielle en général, et donc pour les États-Unis \\\\ George Edwards ce journal de la Pennsylvanie, le quotidien le plus lu à Pittsburgh.Le Post-Gazette ajoutait que «le prix de la sécurité est devenu bien trop élevé».Ce n\u2019est que six jours plus tard que le Washington Post publia une tribune aussi forte, celle du commentateur Eugene Robinson qui, abandonnant le porte-voix qu\u2019il avait jusqu\u2019alors tenu pour le président, exprimait ses doutes quant aux prétentions d\u2019innocence de la Maison-Blanche.«Comment cela est-il possible, vraiment?Tout un chacun s\u2019attendrait à ce qu\u2019Obama, ayant reçu de la NSA tel ou tel renseignement extraordinairement intime sur les pensées ou les intentions d\u2019un dirigeant étranger, demande comment ces informations sont obtenues; penser qu\u2019Obama refrénerait sa curiosité pour se réserver la possibilité d\u2019un déni n\u2019a aucun sens, puisque tout président est, au bout du compte, responsable quand ses espions sont pris en train d\u2019espionner», écrivait Robinson le 28 octobre.Pire que Orwell Le commentateur du Washington Post dénonçait aussi «la quête d\u2019omniscience de la NSA, qui dépasse tout ce que Orwell aurait pu imaginer», de même que le ridicule des écoutes sur Angela Merkel et consorts.«S\u2019aliéner des dirigeants clés et une large opinion publique dans des pays amis est un moyen idiot et contre-productif de lutter contre le terrorisme», estimait Eugene Robinson.Et l\u2019éditorialiste d\u2019asséner: «Tandis que les analystes de la NSA étaient occupés à passer au peigne fin des milliards d\u2019appels téléphoniques, ils n\u2019avaient aucune idée que l\u2019un de leurs collègues contractuels, un mec appelé Snowden, s\u2019apprêtait à vendre la mèche.» De deux choses l\u2019une.Soit Barack Obama savait et avait approuvé les écoutes sur certains de ses collègues du G8 et du G20, soit il n\u2019était pas au courant, même s\u2019il était peut-être opposé à ce genre de pratiques.«Qu\u2019il ait su ou non, il n\u2019y a rien de bon dans cette affaire pour le président Obama, pour la fonction présidentielle en général, et donc pour les États-Unis, car ce scandale souligne un certain échec et constitue un fiasco», lance le professeur George Edwards de Texas A&M.«C\u2019est un abus de confiance entre alliés, il est vraiment difficile de justifier l\u2019espionnage des communications de la chancelière allemande par la lutte contre le terrorisme, et difficile de forger des relations étroites avec des amis qu\u2019on espionne», explique-t-il.«C\u2019est un embarras pour l\u2019administration Obama, que le président ait su ou non», estime aussi Harvey Feigenbaum.« Obama est responsable de cette structure sécuritaire qui a maintenant des dimensions immenses et la bride sur le cou», ajoute le politologue.Comme dans d\u2019autres domaines tels que la guerre en Afghanistan ou l\u2019usage des drones, la continuité entre Barack Obama et son prédécesseur est perturbante.Selon Julian Zelizer, de Princeton, «il est désormais évident qu\u2019Obama n\u2019a pas tenu promesse, il s\u2019était engagé à changer le système sécuritaire américain pour éliminer les abus, mais en fait, nombre de mesures prises par Bush subsistent, car Obama a non seulement autorisé leur maintien, mais il les a aussi développées dans certains cas».En même t,emps que l\u2019image de Barack Obama et des Etats-Unis, c\u2019est la crédibilité de ce pays et de son dirigeant qui souffrent, et ce, dans une région du monde où le locataire actuel de la Maison-Blanche avait soulevé un immense espoir de changement «Le scandale des écoutes va nuire aux relations en créant des tensions qui peuvent rejaillir sur des négociations dans toutes sortes de dossiers, ça peut éroder la confiance des alliés dans le gouvernement américain et compliquer la tâche aux États-Unis s\u2019ils demandent un jour l\u2019appui d\u2019alliés pour une intervention diplomatique ou militaire, car il n\u2019est plus sûr que nos alliés accepteront de nous suivre sur la base de la confiance, sur la base de renseignements et de motif que nous leur demanderons de croire aveuglément», déplore Julian Zelizer.Harvey Feigenbaum remarque pour sa part que «les Européens croyaient en Obama et attendaient beaucoup de lui, mais d\u2019un autre côté, il n\u2019est pas difficile de faire bonne figure quand on remplace Bush.Les Américains sont déçus eux aussi, mais ils avaient plus de doutes sur Obama, ils sont plus au courant des choix qu\u2019il a faits à la Maison-Blanche, depuis longtemps déjà ils le considèrent plus comme un démocrate modéré que comme un réformateur de gauche.» Des précédents A cet égard, l\u2019administration Obama a annoncé qu\u2019elle est en train de revoir la manière dont la NSA collecte des renseignements afin de trouver un meilleur équilibre entre liberté et sécurité, mais elle ne promet pas de réforme fondamentale d\u2019une agence de renseignement pourtant dotée d\u2019une autonomie et de moyens sans précédent Pour Julian Zelizer, la NSA est d\u2019ailleurs devenue «un État dans l\u2019État».«Mais ce n\u2019est pas nouveau, il y a eu des précédents dans l\u2019Histoire des États-Unis, le plus récent étant celui de la CIA qui, dans les années 50 et 60, se livrait à toutes sortes d\u2019espionnage, depuis les assassinats de dirigeants étrangers jusqu\u2019à la surveillance de citoyens américains», rappelle le spécialiste d\u2019histoire politique.Harvey Feigenbaum et George Edwards ne sont pas d\u2019accord avec leur collègue de Princeton.«Dire que la NSA est un État dans l\u2019État, ce serait une exagération», estime George Edwards.«Ce serait un peu mensonger ou trompeur», acquiesce Harvey Feigenbaum.«Ce qui est vrai, c\u2019est que la NSA a beaucoup plus d\u2019autonomie que ce que les gens voudraient, mais il est toujours difficile de contrôler des organismes de cette taille et il est aussi très difficile pour un gouvernement de contrôler toutes ses agences dans le détail», souligne M.Feigenbaum.M.Edwards admet cependant volontiers que «la NSA est moins supervisée qu\u2019à l\u2019habitude pour une agence du gouvernement fédéral».Du reste, le politologue texan avertit qu\u2019il est «très important pour le président des États-Unis de prendre le contrôle de la NSA, parce qu\u2019elle est censée servir les responsables élus».Les trois politologues interrogés par Le Devoir considèrent que le problème révélé par Edward Snowden est «réparable».Mais deux d\u2019entre eux émettent de sérieuses réserves.«C\u2019est réparable, mais les changements qui seront faits seront superficiels ou symboliques, la NSA devra sans doute devenir plus redevable de ses activités, il y aura plus de supervision de la NSA par le Congrès, mais tout le monde va oublier tout ça», lance Harvey Feigenbaum.«C\u2019est réparable, mais seulement à condition que le président Obama démontre qu\u2019il comprend vraiment les dimensions du problème et prend des mesures concrètes pour corriger le tir, pour assurer que ce type d\u2019espionnage ne se reproduira plus et que s\u2019il se reproduit, ce sera pour de très, très bonnes raisons», prévient de son côté Julian Zelizer.Collaboratrice Le Devoir Le «système» libéral Michel é David Plusieurs ont souri à la lecture de la résolution-cadre sur le code d\u2019éthique, encore virtuel, qui a été adoptée en fin de semaine dernière par le Conseil général du PLQ.Le premier des quatre principes directeurs devant guider les décisions et comportements des détenteurs de fonctions au sein du parti est le respect de toutes les lois en vigueur au Québec et au Canada, y compris la Loi électorale, y explique-t-on.Le simple énoncé de cette évidence semble confirmer qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un réflexe naturel au PLQ.L\u2019aveu du président du parti, Saul Polo, selon qui l\u2019adoption d\u2019un code d\u2019éthique lui fera «perdre des amis» en a tout de même fait sursauter quelques-uns.Philippe Couillard, qui a déjà toutes les misères du monde à faire apparaître des signes de «renouveau», se serait certainement passé d\u2019un nouveau rappel des turpitudes libérales.Malgré l\u2019abondant caviardage, les documents relatifs au mandat de la perquisition que rUPAC a effectuée dans les locaux du PLQ en juillet dernier, dont un consortium de médias incluant Le Devoir a obtenu copie, sont pour le moins troublants.Grâce à la commission Charbonneau, les Québécois sont maintenant familiers avec des expressions comme «système», «octroi de contrats contrôlé», «exercice d\u2019influence», «objectifs de financement».Sans parler des bonnes vieilles enveloppes brunes.Six catégories d\u2019infraction, dont la nature exacte n\u2019a pas été précisée, mais qu\u2019on peut facilement imaginer, font l\u2019objet de l\u2019enquête.Malgré la satisfaction qu\u2019on peut ressentir à la perspective de voir les fautifs traduits en justice, le report pour des raisons «organisationnelles et opérationnelles» inexpliquées de la perquisition de rUPAC, qui était prête à Les libéraux intervenir dès juin 2012, laisse pour le moins per-ont toutes plexe.On ne peut que se de-.\t.\tmander si c\u2019est le change- les raisons ment de gouvernement qui a de s\u2019inauiéter\tde faire passer le feu ^\tdu rouge au vert, de la suite\tEn septembre 2011, un groupe de policiers de la SQ des choses\t«très bien placés» avait adressé à La Presse une lettre non signée, mais dont l\u2019authenticité avait pu être vérifiée, dans laquelle ils se plaignaient d\u2019une ingérence systématique du gouvernement Charest dans leur travail.«Il n\u2019y a aucun membre du gouvernement actuel qui sera accusé par la SQ ou par l\u2019UPAC.Pourquoi ?Dans notre système, il n\u2019y_ a aucune indépendance entre le pouvoir policier et le pouvoir politique, et c\u2019est ce dernier qui dicte ses ordres au DG (directeur général) et aux DGA (directeurs généraux adjoints) de la Sûreté», écrivaient-ils.Inversement, en septembre dernier, les libéraux se sont interrogés à bon droit sur la fuite qui a permis d\u2019ébruiter la perquisition de juillet le jour où l\u2019Assemblée nationale reprenait ses travaux, ce qui a complètement gâché leur rentrée parlementaire.Bien entendu, le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, s\u2019était bien défendu d\u2019être intervenu, assurant avoir pris connaissance de la perquisition dans les médias, tout comme son prédécesseur libéral, Robert Dutil, avait nié toute ingérence dans les enquêtes de rUPAC ou de tout autre corps policier.Quoi qu\u2019il en soit, les libéraux ont maintenant toutes les raisons de s\u2019inquiéter de la suite des choses.Quand l\u2019UPAC aura complété son enquête, il est hautement probable que la commission Charbonneau s\u2019emparera à son tour du dossier.Après 24 heures de réflexion, M.Couillard s\u2019était ravisé après avoir imprudemment ouvert la porte à un éventuel retour en politique de l\u2019ancienne vice-première ministre, Nathalie Normandeau, dont un cocktail de financement tenu à Québec en octobre 2008 faisait l\u2019objet d\u2019un des mandats de perquisition.M\u201c® Normandeau ne fera pas partie de son équipe, mais elle a joué un rôle trop important dans le gouvernement Charest pour que l\u2019affaire puisse être simplement traitée comme de l\u2019histoire ancienne.Il est difficile de savoir dans quelle mesure l\u2019échéancier des travaux de la commission Charbonneau a joué dans les calculs de la première ministre Marois, mais elle a certainement pensé à l\u2019effet que pourrait avoir l\u2019examen public du «système» évoqué dans les documents de rUPAC et des méthodes de financement du PLQ.Quand il est question de contrats gouvernementaux, le ministère des Transports est le premier qui vient à l\u2019esprit, mais la commission a d\u2019autres pistes intéressantes à qxplorer.La semaine dernière, la ministre de l\u2019Éducation, Marie Malavoy, a indiqué que l\u2019UPAC s\u2019intéressait aussi à la gestion du Fonds d\u2019infrastructures sportives par sa prédécesseure, Michelle Cour-chesne, dont le vérificateur général avait souligné les «graves lacunes» en mai 2012.Si, après en avoir terminé avec la FTQ, la commission décidait d\u2019aborder ces chapitres, M\u201c® Marois pourrait sûrement faire en sorte que les élections soient retardées.mdavid@ledevoir.corn B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE NOVEMBRE 20IS EDITORIAL ELECTIONS DU 3 NOVEMBRE Pour Bergeron Les élections municipales de ce dimanche au Québec seront l\u2019occasion pour plusieurs municipalités de tourner la page sur un chapitre sombre de leur histoire.Les regards se porteront tout particulièrement vers Montréal, qui encore plus que les autres a besoin de dirigeants qui sont d\u2019une totale intégrité et qui ont une vision de l\u2019avenir de la métropole.CK Bernard Descôteaux ontréal va mal, dit-on.Il est vrai que la métropole a pris du retard sur le plan économique sur les autres grandes villes canadiennes.Toronto la devance largement, mais aussi Vancouver, Calgary.Il faut toutefois nuancer.Montréal a été dans bien pire situation qu\u2019au-jourd\u2019hui.Au lendemain des Jeux olympiques de 1976, après la grande fête, il fallut payer la note qui prit la forme d\u2019un ralentissement économique et d\u2019une montée catastrophique du chômage.Mais les Montréalais se sont relevés.Un groupe de travail arc-en-ciel présidé par Laurent Picard fut chargé de redéfinir l\u2019avenir de Montréal.Il produisit en 1986 un rapport marquant.On lui doit ce que sont aujourd\u2019hui les lignes de force de Montréal, la haute technologie, le pharmaceutique, l\u2019aéronautique, le commerce international.Le pire n\u2019est jamais certain.Montréal peut sortir de sa morosité pour peu que la communauté montréalaise se mobilise à nouveau.Pour donner cette nouvelle impulsion au développement de la métropole que tous souhaitent, le prochain maire et le prochain conseil municipal auront un rôle déterminant pour engager, comme dans les années 1980, un effort concerté de tous les gouvernements et de tous les groupes qui forment le tissu montréalais, ce qui comprend autant la communauté d\u2019affaires que les groupes sociaux et culturels.Ceux-ci attendent d\u2019ailleurs depuis longtemps \u2014\t_ qu\u2019on les mobilise.\"\" , L\u2019enjeu premier de cette élection est de mettre fin à la paralysie dont souffre l\u2019Hôtel de r\tVille.Le prochain conseil doit redonner à l\u2019ad- ministration montréalaise son autorité et son ,\t^ ./K pouvoir.Ou en d\u2019autres mots, cette élection doit mettre en place un conseil capable de reconstruire tout ce que ses prédécesseurs ont démoli : la réputation de la Ville, son intégrité et sa moralité, le professionnalisme et la productivité de son appareil administratif.Le chantier est immense, et c\u2019est sans compter tous les travaux à entreprendre pour donner aux Montréalais les services auxquels ils ont droit.Les Montréalais auront ce dimanche un choix plus grand que jamais.Parmi les quelque 400 candidats qui se disputent les postes de conseillers se trouvent beaucoup de candidatures nouvelles.L\u2019élection de nouveaux venus est souhaitable, car c\u2019est en faisant du passé table rase que nous pourrons rétablir l\u2019image d\u2019intégrité des élus.Si on veut tourner la page sur ce chapitre douloureux de l\u2019histoire de Montréal, la rupture avec le conseil de l\u2019époque Tremblay-Zampino-Applebaum se doit d\u2019ê,tre nette.A la mairie, les candidatures se sont aussi multipliées, mais on n\u2019y trouve pas ce candidat idéal, ce Jean-Paul L\u2019Allier ou ce Michael Bloomberg qui aurait donné à Montréal l\u2019élan que tous espèrent.Ne déconsidérons pas toutefois ceux et celles qui se sont engagés à servir leurs concitoyens, peu importe qu\u2019ils l\u2019aient fait par ambition de faire carrière politique ou par désir de défendre une vision de l\u2019avenir de leur ville.?Ces deux mots, «ambition» et «vision», sont ceux qui permettent le mieux de départager les quatre candidats en tête de la course à la mairie.L\u2019ambition est ce qui a motivé les candidatures de Mélanie Joly et de Denis Coderre.Tous deux voient la politique comme une carrière, ce qui est en soi honorable, mais retenons que c\u2019est essentiellement ce qui les motive.M.Coderre rêvait au poste de premier ministre du Canada, mais s\u2019est replié vers ce second choix qu\u2019est Montréal.Mélanie Joly s\u2019en défend, mais elle est portée par le désir de se faire un nom en politique.Notons que l\u2019ambition ne doit pas être un mauvais moteur puisque ce sont ces deux candidats qui sont en tête.Mélanie Joly a mené une campagne exceptionnelle.Elle a apporté à la campagne électorale.Elle a séduit beaucoup d\u2019électeurs par sa fraîcheur.Mais lui confier les clés de l\u2019Hôtel de Ville serait le début d\u2019une aventure périlleuse que Montréal n\u2019a pas le luxe de se payer.Il faut y résister.A côté d\u2019elle, le populiste Denis Coderre est une valeur sûre en raison de son expérience, mais son intérêt soudain pour Montréal doit donner à réfléchir.Sans doute saurait-il être un bon gestionnaire au quotidien, mais il n\u2019a pas su proposer durant la campagne cette vision de l\u2019avenir de Montréal que l\u2019on attendait de lui.En choisissant de s\u2019appuyer sur les dépouilles d\u2019Union Montréal pour constituer son équipe, il représente la continuité avec la gestion passée de la VÛle plutôt qu\u2019une rupture nécessaire.A l\u2019inverse, Richard Bergeron et Marcel Côté recherchent le pouvoir pour mettre en œuvre des projets.Ils ont tous deux une compréhension des problèmes de Montréal et une vision de ce que devrait être son avenir, fruit de leur engagement personnel et professionnel dans cette ville, le premier en militant dans le parti Projet Montréal qu\u2019il a créé il y a dix ans, et le second par une présence active au sein de la communauté montréalaise, celle des affaires et celle de la culture.Le projet de Richard Bergeron en est un de développement durable.Il cherche à construire une ville moderne.Pour sa part, Marcel Côté propose plutôt la rigueur.Avec lui, on mettra l\u2019administration montréalaise en ordre, ce qui est un passage obligé pour éloigner la collusion qui, ces dernières décennies, s\u2019était glissée dans les failles du système.On le conçoit bien, la reconstruction de Montréal doit commencer par les fondations.Mais l\u2019élément clé pour diriger Montréal est d\u2019abord la capacité à exercer un leadership.Ce facteur outrepasse les programmes, qui souvent se rejoignent.C\u2019est d\u2019autant plus important que le prochain maire n\u2019aura vraisemblablement pas de majorité au conseil.Le prochain maire devra créer des consensus et, le cas échéant, savoir trancher.A cet égard, Richard Bergeron et Marcel Côté se qualifient mieux que Mélanie Joly et Denis Coderre pour occuper le fauteuil de premier magistrat.De Marcel Côté et Richard Bergeron, c\u2019est ce dernier qui nous apparaît le mieux préparé pour diriger Montréal.H manque à M.Côté cette expérience directe de la politique municipale qu\u2019a acquise pour sa part le chef de Projet Montréal au cours de ses huit années au conseil municipal et par la direction d\u2019un parti, ce qui lui a donné une connaissance directe des enjeux qui sont ceux de Montréal et des rouages de l\u2019appareil administratif.Lui-même et son parti offrent par ailleurs une garantie d\u2019intégrité exceptionnelle.Nous avons plusieurs fois critiqué dans cette page M.Bergeron pour ses positions trop militantes.Nous souhaitons que s\u2019il est élu maire de Montréal, il sache s\u2019élever au-dessus des enjeux partisans et être le maire de tous les Montréalais.LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeurs adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIÉEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET \"A QuCt CAMPipAT\tiToNFÎAMCf Rïü(l FAidt U /^nA6£ a MOMTRÉAi-?.- O éARNptft VIÎ-ll-tÆ LETTRES On votera dimanche, mais ponrqni voter?Je suis comme beaucoup de Montréalais : complètement désabusée par ce que j\u2019entends de chacun des partis.Et comme beaucoup de Montréalais québécois, je suis orpheline de candidat.Aucun n\u2019a su résister à l\u2019opportunisme politique d\u2019une ville fortement cosmopolite.Aucun n\u2019a eu assez de courage pour s\u2019abstenir dans un débat qui engage notre vision d\u2019une gouvernance provinciale.Je suis favorable à la charte, l\u2019idée qu\u2019une pratique religieuse déterminée par des hommes puisse être supérieure aux politiques d\u2019un gouvernement élu qui nous gouverne tous m\u2019est insupportable.Je ne veux pas que des femmes en burka puissent enseigner à des enfants au Québec, eux semblent d\u2019accord.Il n\u2019y a pas de milieu dans ce débat.Le Québec n\u2019est pas rONU, c\u2019est le Québec, et il est parfaitement légitime qu\u2019il se définisse avec une identité qui lui est propre.Et chacun des candidats à la mairie essaye de me faire croire qu\u2019il ou elle sera le champion de l\u2019intégrité alors qu\u2019ils ne sont tous que compromission.Où s\u2019arrêteront-ils?Tout ceci est surtout profondément affligeant.Brunhilde Pradier Montréal, le 31 octobre 2013 Non à Sotchi ! Même si nous aimons voir les spectacles à grand déploiement, de même que nous aimons être le spectateur des cris de joie et des pleurs de nos vedettes sportives, de leurs triomphes et leurs échecs, même si nous avons hâte d\u2019entendre ces narrateurs, spécialistes de la dramatisation, commenter les exploits sportifs mais aussi cette féérie hollywoodienne, débauche de costumes et de choré^aphies que sont devenues les cérémonies d\u2019ouverture et de fermeture des Jeux olympiques, même si nous avons plein d\u2019au- tres raisons de vouloir suivre les Jeux de Sotchi, nous devrions nous en abstenir.Pour la maltraitance des travailleurs d\u2019un chantier olympique, pour les politiques obscures de la Russie, son capitalisme sauvage, son soutien à des régimes qui bafouent les droits de la personne, l\u2019arrestation des membres de Greenpeace, le muselage de tout opposant et le fait que Vladimir Poutine soit apparemment devenu l\u2019homme le plus puissant de la planète, pour cela et pour toutes les autres raisons qui mériteraient d\u2019être citées, nous devrions dire non à Sotchi.Beaucoup diront ici que les Jeux olympiques sont une ouverture sur le monde et, du coup, possèdent un potentiel de démocratisation.Plus maintenant.Ces Jeux sont devenus une immqnse machine dans une compétition entre Etats pour qui souscrira le mieux à la démesure et à la surenchère spectaculaire, peu importe le prix à payer.Marc Boucher Laval, le 31 octobre 2013 REVUE DE PRESSE La tempête parfaite GUILLAUME BOURGAULT-COTE Il y a certaines vieilles amitiés que les conservateurs préféreraient oublier ces jours-ci.Il y a deux ans et demi, lors du dernier congrès du parti, c\u2019est Pamela Wallin qui était maître de cérémonie pendant que Mike Duffy menait des entrevues avec des délégués sur le parquet.Et c\u2019était l\u2019époque où on se bousculait pour serrer la main de Rob Eord.Les temps changent.Les déboires du maire de Toronto ont stupéfié bien des Canadiens cette semaine.Mais au-delà de son côté rocambolesque, la saga Eord nuit grandement à la plus grande ville canadienne, écrivait le Toronto Star en éditorial vendredi.Il doit démissionner, soutient le quotidien qui est à la source des révélations qui ébranlent la mairie.Même si aucune accusation n\u2019a encore été déposée contre Rob Eord, n\u2019importe quel leader honorable aurait déjà démissionné devant l\u2019accumulation de preuves, pense le Star.Quelqu\u2019un qui n\u2019a rien à se reprocher se serait défendu dès jeudi, ajoute le journal, qui qualifie de «ridicule» le point de presse de Eord.«Il ne dit rien parce que son comportement est indéfendable.» Le maire ne voit aucune raison de démissionner?Il n\u2019y a plutôt aucune raison de ne pas le faire, dit-on.Même le Toronto Sun est d\u2019accord.Ei-dèle allié du maire Eord, le quotidien écrit vendredi en éditorial qu\u2019il doit quitter son poste.Le Sun rappelle avoir appuyé Eord en 2010, et continue d\u2019applaudir son programme économique.Mais si Toronto a toujours besoin de conservatisme fiscal à la Ford, elle n\u2019a plus besoin d\u2019un homme qui nuit à la cause, pense le journal.S\u2019il demeure en poste, î\u2019Hôtel de Ville aura l\u2019air d\u2019un cirque.Dans le Toronto Star, Tim Harper part du cas Rob Ford pour mettre en doute le jugement du premier ministre Harper.Il y a un mois encore, Stephen Harper a tenu à se faire photographier aux côtés du maire lors d\u2019une annoncç de financement du métro, rappelle-t-il.A l\u2019époque, cer- tains avaient souligné que le cabinet du PM avait dû obtenir toutes les garanties de la probité du maire avant d\u2019oser une telle apparition publique aux côtés d\u2019un personnage au potentiel toxique.Cela parce qu\u2019on faisait le pari que Ford serait encore utile pour l\u2019élection de 2015.Pari perdu, dit le chroniqueur.Or, Stephen Harper perd beaucoup de paris ces temps-ci : il pensait que nommer Patrick Brazeau, Wallin et Duffy au Sénat était une bonne idée ?Erreur.Il pensait que ces sénateurs, menacés d\u2019expulsion, se tairaient?Erreur.Et s\u2019il pense que Nigel Wright, l\u2019ex-chef de cabinet désormais honni, va garder le silence éternellement, il pourrait bien perdre un autre pari, croit Tim Harper.Et si Wright parlait?Sur le site iPolitics, Paul Adams se questionne lui aussi à savoir combien de temps Nigel Wright va rester caché.Après tout, voilà un homme qui a quitté un emploi hyperlucratif sur Bay Street pour venir servir une cause.Et depuis le retour en Chambre, le premier ministre le traîne dans la boue jour après jour.«Il ne croit plus qu\u2019il vous doit quoi que ce soit, écrit Adams à Wright.Je pense que ça vous libère de toute obligation envers lui.» Adams note que de plus en plus de conservateurs évoquent leur malaise devant le traitement réservé à Nigel Wright, notamment le ministre Jason Kenney.Warren Kinsella {Edmonton Sun) pense même que le scandale qui touche les conservateurs pourrait signifier la fin du règne de Stephen Harper.Il recule dans les sondages, la «légendaire discipline» des conservateurs ne tient plus, le dossier du libre-échange avec l\u2019Union européenne a déjà été oublié, l\u2019autorité de Harper est remise en question.Si ce scandale a autant de résonance, croit Kinsella, c\u2019est qu\u2019il se situe au cœur d\u2019une «tempête parfaite».Après une décennie à diriger les conservateurs, Stephen Harper est victime de l\u2019usure naturelle du pouvoir.Les Canadiens se sont lassés, les partisans sont moins loyaux, les détracteurs sopt passés de «l\u2019antipathie à la haine».A cela s\u2019ajoute l\u2019arrivée en poste de Justin Trudeau, qui symbolise tout ce que Stephen Harper n\u2019est pas : un politicien au charme certain, jeune, positif, progressiste, dit Kinsella.C\u2019est ce contexte qui a donné au dossier du Sénat la force d\u2019une tornade.« Ça ne pouvait arriver à un pire moment», dit le chroniqueur.Dans le Calgary Herald, Licia Corbella n\u2019en revient pas que le congrès des conservateurs, prévu en juin, se déroule finalement dans un contexte encore plus «putride».Si les choses se sont envenimées à ce point malgré la pause estivale et le discours du Trône, c\u2019est à cause de la gestion proposée par le premier miifistre, dit-elle.N\u2019importe qui a suivi un cours de politique 101 sait qu\u2019il ne faut jamais faire en sorte qu\u2019un adversaire n\u2019ait rien à perdre.C\u2019est exactement l\u2019erreur que Stephen Harper a faite avec ses trois sénateurs dépensiers.Selon Corbella, il aurait suffi de les expulser du caucus et de laisser la GRC faire son enquête pour calmer le jeu.Tenter de les suspendre sans salaire \u2014 et sans procès \u2014 était inutile.Du cœur du pays conservateur, Corbella relève que la colère des militants s\u2019appuie sur une impression de trahison.«L\u2019Alberta est un pays conservateur et les conservateurs se félicitent d\u2019être des champions des principes comme les règles de droit et la présomption d\u2019innocence, écrit-elle.Ils éprouvent de la répugnance devant les règles arbitraires.» C\u2019est pourtant ce que Stephen Harper a tenté de faire : contourner toutes les règles pour punir des gens qui l\u2019embarrassent.Un beau gâchis qui montre que le premier ministre est «inapte à gérer une crise qu\u2019il a largement créée», pense Corbella.Le Devoir Les liens vers les articles originaux sont disponibles sur LeDevoir.com. LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE NOVEMBRE 2013 B 5 IDEES Cinq ans après sa première élection Les contradictions de Barack Obama Ce président a séduit les foules et s\u2019est attiré beaucoup de sympathie dans le monde, mais il lui manque la souplesse nécessaire pour être un bon diplomate LOUIS BALTHAZAR Professeur émérite de VUniversité Laval, membre de rObservatoire sur les Etats-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand, UQAM 1 y aura bientôt cinq ans, le 4 novembre 2008, Barack Obama, élu président des Etats-Unis, s\u2019adressait à une foule en délire à Chicago.Nous étions plusieurs au Québec et un peu partout dans le monde à applaudir l\u2019avènement d\u2019un Afro-Américain à la tête de son pays.Tous les espoirs étaient permis.Obama s\u2019engageait à «promouvoir la cause de la paix».Réaffirmant par sa seule présence le rêve américain, il énonçait une nette volonté de changement tout en ne se cachant pas les difficultés qui l\u2019attendaient: «Nous savons que les défis que demain nous apportera seront les plus grands de notre vie: deux guerres, une planète en péril, la pire crise financière depuis un siècle.» Quel contraste avec le piètre spectacle que nous offre aujourd\u2019hui la présidence américaine ! Le cynisme et les doutes de ceux qui disaient alors «nous ne pouvons pas» semblent bien confirmés par la situation actuelle.Ce président qui nous promettait la paix a poursuivi discrètement la «guerre à la terreur» de son prédécesseur en accentuant le recours aux assassinats ciblés et l\u2019utilisation éhontée des avions-robots qui terrorisent des populations et n\u2019épargnent pas des vies innocentes de femmes et d\u2019enfants.Il s\u2019est embourbé en Afghanistan,dans la plus longue guerre de l\u2019histoire des Etats-Unis au point d\u2019en sortir sans honneur, laissant ce pays dans la misère et le contrôle partiel des ennemis talibans, au prix de milliers de vies et de désastres écologiques sans nom.L\u2019ignoble prison de Guantanamo existe toujours.Obama n\u2019arrive pas à définir une stratégie de paix au Moyen-Orient.Il cède l\u2019initiative à la Russie pour ce qui est de la guerre civile qui fait rage en Syrie.Rien de bien exaltant pour célébrer le 5® anniversaire de cette victoire enivrante ! Pourtant, à y regarder de plus près, Obama est toujours fidèle à lui-même.Un homme intelligent, ambitieux en proie aux contradictions.A la fois idéaliste et réaliste.Homme de paix et mauvais diplomate.Rassembleur et semeur de divisions.Idéaliste et réaliste L\u2019idéal d\u2019Obama est bien apparu dans les grands discours qu\u2019il a prononcés en divers points de la planète au cours de la première année de son mandat.Au Caire surtout, il annonce déjà, pourrait-on dire, le printemps arabe.Ces discours animés par un parti pris pour les solutions pacifiques lui valent le prix Nobel de la paix.Un prix qui apparaît à plusieurs comme non mérité, en raison de la présence continue des soldats américains en Afghanistan.Obama s\u2019en explique dans son discours de réception à Oslo (décembre 2009), qui révèle bien son état d\u2019esprit en proie aux hésitations et aux contradictions: «Aussi justifiée soit-elle, la guerre promet une tragédie humaine.[.] La guerre elle-même n'est jamais glorieuse et nous ne devons jamais la claironner comme telle.» C\u2019est ainsi que notre défi consiste en partie à concilier ces deux vérités apparemment inconciliables, à savoir que la guerre est parfois nécessaire, et qu\u2019elle est, à un certain niveau, une expression de la folie humaine.Voilà donc un idéalisme rarement porté si haut par un président américain.Mais un idéalisme tempéré par un réalisme qui lui est inspiré, selon un analyste américain Games Kloppenberg), par son adhésion à la philosophie pragmatiste de William James et John Dewey selon laquelle la moralité de nos actions doit être évaluée en fonction de leurs conséquences pratiques.La pensée JEWEL SAMAD AGENCE ERANCE-PRESSE Barack Obama pendant la crise budgétaire au début d\u2019octobre d\u2019Obama est aussi marquée, comme l\u2019a fait valoir Gilles Vandal {La doctrine Obama et, avec Sami Aoun, Barack Obama et le printemps arabe), par la grande école de pensée dite réaliste annoncée par le théologien protestant Reinhold Niehbur et le diplomate George Kennan.Obama a voulu à la fois faire siens les grands idéaux du libéralisme internationaliste et demeurer le commandant en chef que souhaite la majorité des Américains, soucieux de défendre les intérêts de son pays par la force au besoin tout en acceptant les paramètres de l\u2019esprit militariste qui règne à Washington.Une constante recherche d\u2019équilibre qui s\u2019est transformée souvent en interminables hésitations.Ainsi, en mai dernier, il annonçait un recours moins fréquent aux bombardements furtifs tout en avouant sa honte d\u2019y avoir eu recours [.].Mais les drones ont continué de s\u2019abattre par la suite.Un drame quasi shakespearien, a-t-on noté : le président nous assure qu\u2019il ne le fera plus et il le fait tout de même ! L\u2019intervention en Libye peut encore être considérée comme un modèle d\u2019équilibre en ce qu\u2019elle constituait un autre usage de la force, usage qui se voulait discret («leadership from behind») tout en laissant les alliés européens prendre les devants.Enfin, l\u2019attitude d\u2019Obama vis-à-vis de la Syrie révèle un dilemme insurmontable.Une nette volonté d\u2019échapper au bourbier de l\u2019intervention tout en se laissant aller à établir la ligne rouge de l\u2019utilisation des armes chimiques par Assad et en se voyant forcé d\u2019envisager l\u2019intervention militaire.C\u2019est Poutine le mal-aimé qui sauve le président de l\u2019embarras.Obama en vient à accepter le compromis fourni par celui-là même qui venait de l\u2019insulter en accordant l\u2019asile au dissident américain Edward Snowden.Homme de paix et mauvais diplomate Obama apparaît donc comme un mauvais diplomate.Lui qui ne cesse de prôner la diplomatie, la main tendue, et les négociations \u2014 même avec des interlocuteurs qui apparaissent nettement hostiles, comme l\u2019Iran.Lui qui cherche sans relâche à entraîner Israël et l\u2019Autorité palestinienne vers le dialogue, quitte à subir les rebuffades d\u2019un Congrès qui applaudit à tout rompre Netanyahou, le réfractaire.C\u2019est là une grande lacune de cette présidence d\u2019avoir fait si piètre figure dans les relations avec le Congrès.Même au moment où son parti contrôlait à la fois le Sénat et la Chambre des représentants, Obama n\u2019a pas entretenu avec les législateurs des relations qui pourraient se comparer à celles de ses prédécesseurs.Malgré sa bonne volonté, un discours qui se veut chaleureux et amical, Obama demeure souvent hautain et froid devant ceux qu\u2019il se devrait d\u2019amadouer.On a dit du président qu\u2019il doit être avant tout un homme de persuasion, un «persuader in chief».Obama a pu séduire des foules, s\u2019attirer beaucoup de sympathie sur la scène internationale.Mais il n\u2019a pas été homme de compromis, de souplesse et de séduction comme se doit de l\u2019être un diplomate.Il n\u2019a guère réussi à ce titre ni à l\u2019extérieur ni à l\u2019intérieur de son pays.Volonté de rassemblement et source de division Il se promettait pourtant d\u2019être un homme de rassemblement.Il voulait qu\u2019on oublie les allégeances partisanes.Il s\u2019est retrouvé avec un Parti républicain déchaîné contre lui.On aurait tort de lui en faire grief Son intention de faire oublier et transcender les luttes internes était fort louable.C\u2019était sans compter l\u2019opposition sans limites que lui a vouée dès le départ une faction militante du Parti républicain.Le «Tea Party» a été créé dès les premières heures du gouvernement Obama.Dès ce moment, ces enragés endossaient la proposition du populaire et populiste commentateur radiophonique Rush Limbaugh: «7 wish he fails» (je souhaite qu\u2019il échoue).Paire tomber ce président que certains dénomment encore «islamiste socialiste» est devenu l\u2019objectif ultime, au-delà de toute autre cause, même le bien du pays, même le bien du Parti républicain.Il n\u2019est pas impensable qu\u2019Obama en vienne à surmonter cette opposition et à rassembler une forte majorité d\u2019Américains face aux excès du «Tea Party» dans un contexte de division qui rappelle presque la terrible guerre de Sécession d\u2019il y a 150 ans.Il n\u2019est pas impensable non plus qu\u2019il en vienne à réaliser un grand coup diplomatique en concluant un accord avec un gouvernement iranien plus que jamais disposé au compromis.Pour ce qui est de l\u2019affreuse situation dans laquelle l\u2019a placé la redoutable Agence de sécurité nationale (NSA) du ministère de la Défense, il sera certes moins aisé pour le président de faire croire qu\u2019il n\u2019a pas lui-même autorisé les insolentes écoutes électroniques sur toute la surface de la planète.C\u2019est là aussi un terrible coup pour le nouveau secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, dont relève la NSA, qui pourtant annonce une attitude plus pacifique et plus respectueuse de la part du Pentagone.Pas si facile de dçmpter la bête militaire, carrément devenue un Etat dans l\u2019État! Contrer la marginalisation électorale des jeunes LEO BUREAU-BLOUIN Adjoint parlementaire à la première ministre pour les dossiers jeunesse et député de Laval-des-Rapides.I\tn 2009, moins de 30% des jeunes Québécois se sont présentés aux urnes pour élire leur conseil municipal.Ce désintérêt marqué envers la politique municipale n\u2019est pas sans conséquence II\tpour la jeunesse.En effet, cette faible participation électorale n\u2019encourage en rien les candidats à prononcer des engagements qui ciblent les jeunes, et surtout, elle n\u2019incitera pas les prochains maires et mairesses à orienter leurs politiques en fonction des intérêts de la jeunesse.Pourtant, ce ne sont pas les enjeux qui manquent.Qu\u2019on pense aux débats sur les régimes de retraite, à l\u2019impact de la corruption sur la santé de nos institutions démocratiques, à l\u2019état de nos infrastructures de loisirs, à la qualité du transport en commun ou à l\u2019étendue du réseau des pistes cyclables, tous ces enjeux nous touchent et s\u2019ils ne sont pas bien planifiés aujourd\u2019hui, ils pourraient grandement affecter notre marge de manœuvre collective dans le futur.Cette situation est d\u2019autant plus préoccupante que le poids démographique des jeunes Québécois diminuera significativement au courant des prochaines années.Alors que le groupe des 15-29 ans représente actuellement 19% de la société québécoise, il n\u2019en représentera plus que 16% en 2030, selon l\u2019Institut de la Statistique du Québec.Les 15-29 ans représentaient 30% de la population en 1976.A l\u2019opposé, le nombre de Québécois ayant plus de 65 ans explosera, passant de 18% de la population en 2013 à 25% en 2030.Lorsqu\u2019on superpose ces importants changements démographiques à une faible participation électorale des jeunes, on peut d\u2019ores et déjà anticiper que les prochaines campagnes électorales donneront lieu à une marginalisation croissante des enjeux jeunesse.Devant ce constat, il devient impératif d\u2019investir les différents lieux décisionnels, en commençant par les boîtes de scrutin.La jeunesse québécoise doit contrebalancer cette situation démographique qui la désavantage par une participation accrue dans tous les forums pertinents.Si la génération du baby-boom a pu modeler la société québécoise [.], les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui devront faire de même en utilisant les leviers que sont l\u2019engagement et la détermination.Ce dont nous avons besoin, c\u2019est d\u2019une détermination à bâtir des collectivités qui pourront garantir aux générations futures une qualité de vie équivalente, voire supérieure à celle que nous connaissons aujourd\u2019hui.Le 3 novembre, il ne s\u2019agira pas que d\u2019un vote pour déterminer la fréquence de la collecte des ordures ou de la réparation des nids-de-poule, ce sera l\u2019occasion d\u2019envoyer le signal que la jeunesse est bel et bien présente, qu\u2019elle se préoccupe de l\u2019avenir de nos milieux de vie et qu\u2019elle souhaite jouer un rôle actif dans la construction du Québec.Madame Minou David Desjardins Avez-vous déjà écouté Alain Einkielkraut sur Erance Culture?Quand j\u2019ai l\u2019impression d\u2019avoir le cerveau frit, l\u2019imagination lessivée, je sors parfois marcher dans le quartier avec un balado de son émission Répliques dans les oreilles.Je n\u2019aime pas toujours les sujets, le philosophe d\u2019animateur s\u2019y prend trop souvent pour un curé, mais je suis presque chaque fois happé par l\u2019intelligence des gens qu\u2019il reçoit.Rarement ai-je l\u2019occasion d\u2019entendre quiconque parler aussi bien de Baudelaire, de Edward Hopper, du déclin de la politesse ou de la faillite de l\u2019éducation.J\u2019ai chaque fois l\u2019impression de faire le plein de savoirs, et d\u2019une langue savante.Un soir, l\u2019hiver dernier, donc, je suis sorti pour écouter Michel Serres parler d\u2019Internet.Serres est le plus improbable défenseur du Web, dans la mesure où il est né tout de suite après les dinosaures et qu\u2019il n\u2019a rien du prosélyte excité venu répandre la bonne nouvelle en Wi-Ei.Ce qui n\u2019empêche pas le philosophe et historien des sciences d\u2019affirmer que le numérique est la plus importante révolution du savoir depuis l\u2019imprimerie.Il fallait entendre Einkielkraut le grincheux rouspéter, pour ensuite avouer n\u2019avoir jamais mis le bout de son nez en ligne.Hon ! L\u2019enthousiasme de l\u2019un m\u2019irritait un peu.lœs arguments de l\u2019autre étaient trempés dans la mauvaise foi de ceux qui ne détiennent qu\u2019une connaissance trop parcellaire de ce qu\u2019ils critiquent.Il faisait froid, et dans la dixième rue de Li-moilou, la lumière des lampadaires vacillait, comme frémissante dans la nuit humide, glaciale.J\u2019ai quand même fait un détour pour aller jusqu\u2019au bout de l\u2019entretien avant de rentrer chez moi.Le problème, c\u2019est que je me rendais aux arguments des deux.Y compris à ceux de Einkielkraut qui, bien qu\u2019invalidés par sa méconnaissance du média, exposaient les doutes que je partage quant à la qualité du contenu en ligne.Et c\u2019est là que je veux en venir: le Web est tout et son contraire.Et ce contraire a quelque chose de franchement terrifiant.Dans un article publié dans Rolling Stone qui détaille comment la minorité extraite du Tea Party et qui noyaute le Parti républicain parvient à faire trembler le pays, l\u2019auteur Sean Wilentz résume en quelques lignes ce qui explique la montée de la droite radicale aux États-Unis.D\u2019abord, dit ce diplômé de Yale et professeur à Princeton en histoire politique des États-Unis, il y a EOX News, venu scandaleusement rompre avec l\u2019impartialité médiatique.Mais surtout, il y a le recul des médias traditionnels au profit du Web, où n\u2019importe quel blogue tenu par quelque fanatique tient lieu de source crédible.Si la presse faisait son travail, croit Wilentz, le public saurait qu\u2019on se moque de lui, que les morons patentés qui sont en train de mettre à mal leurs institutions sont au service de magnats furieusement à droite.Comme les frères Koch, deux industriels libertariens.Ou alors des groupes de pression comme la Heritage Eondation.Autre truc du genre: j\u2019ai appris l\u2019autre jour en lisant Matthieu Dugal, dans Le Soleil, que l\u2019humoriste Rachid Badouri avait dit à Tout le monde en parle qu\u2019il ne croit pas à la théorie de l\u2019évolution.Et on est là au centre de ce que Dugal \u2014 qui emprunte l\u2019expression à un blogueur anglais \u2014 décrit comme le contre-savoir.Cette capacité d\u2019Internet à véhiculer avec une efficacité redoutable des informations fausses.Comme cette rumeur, démontée par les journalistes du Monde, à propos des théories alarmistes de quelque allumé sur la radioactivité des côtes du Pacifique nord-américain, supposé-ment atteintes par un nuage atomique et des marées nucléaires, gracieuseté de Eukushima.Il y a toujours eu des fanatiques qui fomentent des révolutions dont les fondements relèvent de la fiction.La paranoïa, le mensonge et le charlatanisme trouvent depuis la nuit des temps une oreille attentive chez qui veut croire.Pas chez ceux qui veulent savoir.lœs réseaux sociaux permettent désormais de contaminer de potentiels fidèles plus efficacement qu\u2019une épidémie d\u2019Ebola.J\u2019ai l\u2019air de capoter ?Essayez de vous obstiner avec quelqu\u2019un qui remet en doute les principes de la science, ou qui oppose aux faits un mensonge en disant «c\u2019est mon opinion».Et allez me dire, après, que la démocratie n\u2019est pas un peu mise en péril par ce nivellement de toutes les informations où la vérité n\u2019existe plus, où les faits se discutent et où les fables tiennent lieu de science.Tout ça pour dire que je partage l\u2019enthousiasme de Michel Serres, qui est d\u2019avis que le Web participe à la plus grande entreprise de démocratisation des connaissances.Mais c\u2019est aussi un si prodigieux amplificateur à conneries qu\u2019on peut craindre un phénomène de désinformation de masse.Imaginez toute une frange de la population qui choisirait d\u2019ignorer la raison, et qu\u2019à la place des médias, des scientifiques et des chercheurs, elle plaçait toute sa confiance en Madame Minou.Ça a l\u2019air drôle, dit comme ça.Sauf que ça ne l\u2019est pas.ddesjardins@ledevoir.corn L\u2019EQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Antoine Robitaille (éditorialiste, responsable de la page Idées), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (caricaturiste); informatioii générale : Isabelle Paré {chef de division), Dominique Reny (adjointe au directeur de l\u2019information), Caroline Montpetit (affaires sociales), lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), AméUe Daoust-Boisvert (santé), PauUne Gravel (sciences), Fabien DegÜse (société), Jean Dion (sports), Mélanie Loisel et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel 'David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Robert Dutrisac et Jessica Nadeau (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau et Brian Myles (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter); information culturelle : Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), Frédérique Doyon et François Lévesque (reporters), Julie Carpentier (pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division).Marco Bélair-Cirino, François Desjardins et Eric Desrosiers {reporters), Gérald Dallaire (pupitre) ; 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B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 NOVEMBRE 2013 S GN » i i PHOTOS VITTORIO VIEIRA Plusieurs œuvres du créateur Rad Hourani sont présentées au Centre Phi jusqu\u2019au 30 novembre.Un rad-art du langage visuel Le Centre Phi de Montréal présente le designer québécois Rad Hourani au fil de cinq années de création Ce mois-ci, il est l\u2019artiste et le commissaire invité du Centre Phi avec son exposition Rad Hourani sous toutes ses coutures, 5 ans de créations unisexes.A l\u2019initiative de la fondatrice et commissaire permanente Phoebe Greenberg, le créateur a accepté de se dévoiler sous ses angles de grand couturier, de photographe, de réalisateur, d\u2019architecte des corps en mouvement et de l\u2019âme humaine.Virtuose du visuel, le premier designer canadien à être entré dans le cercle fermé de la haute couture parisienne aurait pu exposer à Paris, à Londres ou à New York: Rad Hourani a choisi Montréal pour faire le bilan de cinq années d\u2019exploration.iit èidîN J i ( ® f ¦ P i ' .¦.EMMANUELLE VIEIRA Rad Hourani est un être à part H fait penser au Petit Prince de Saint-Exupéry.Avec son monde à lui, son regard frais sur les choses et sa beauté intérieure qui transperce tout ce qu\u2019elle touche, il est attachant et redoutablement intelligent L\u2019exposition au Centre Phi, c\u2019est son bébé : il a mis neuf mois à la peaufiner.Le résultat est à l\u2019image de tout ce qu\u2019il crée: en équilibre entre le noir et le blanc, tout en nuances, riche en subtilités et en non-dits.Il aurait pu rester centré sur lui-même, comme le font beaucoup de créateurs, mais il a opté pour l\u2019ouverture, invitant architecte, peintre, designer, chorégraphe et musiciens à se joindre à lui pour chanter en chœur cette symphonie de l\u2019unisexe : un monde libre dans lequel les opposés s\u2019attirent et se complètent plutôt que de se repousser.«Je n\u2019aurais pas pu m\u2019exprimer aussi bien ailleurs, souligne Rad Hourani, le Centre Phi est le seul endroit qui permettait d\u2019utiliser autant de supports et de voix à la fois.» Phoebe Greenberg a d\u2019abord entendu parler de Rad Hourani par son fils, un admirateur inconditionnel du couturier, mais c\u2019est l\u2019artiste Renata Morales qui les a présentés.«J\u2019ai tout de suite trouvé la démarche artistique de Rad très intéressante, explique M™® Greenberg.Il pos- Son «voyage du corps» se transpose sous forme d\u2019immenses murs sur lesquels défilent des anatomies de tous âges et de toutes origines sède une grande culture en arts visuels et une compréhension très pointue de l\u2019esthétique en trois dimensions.Il réfléchit beaucoup à la manière de porter un vêtement, au mouvement, à la façon dont le corps voyage dans l\u2019espace.C\u2019est un grand couturier, mais c\u2019est aussi un grand photographe et un remarquable réalisateur.» Ce «voyage du corps» se transpose dans l\u2019exposition sous forme d\u2019immenses murs en pa- pier peint sur lesquels défilent des anatomies de tous âges et de toutes origines, de manière rythmée et graphique.«Avant de dessiner un vêtement, dit Rad, fai passé un an à étudier le corps humain, des corps de toutes les tailles et de toutes les formes.» A cette murale succède celle des patrons aux formes architecturales.« Une fois le corps humain disséqué visuellement, fêtais prêt à fabriquer mes propres patrons unisexes.J\u2019ai toujours voulu faire des vêtements pour l\u2019humain, en dehors de tout effet de mode, d\u2019âge ou de sexe.» Mais derrière cette absence de genre ou de race se cache une volonté beaucoup plus grande : celle d\u2019exister loin des codes et des barrières qu\u2019on nous impose.Et l\u2019exposition rend admirablement cet aspect.En déconstruisant anatomies et silhouettes, on finit par se concentrer sur l\u2019essentiel : le mouvement, l\u2019énergie, un frisson, la beauté, la vie.¦ » » f f f, f t\u2022 » * * ! iT., .l*\"\"' t b\u201d.* iî , I r II- tiïi Aux côtés des murales des corps et des patrons unisexes, des murs des portraits et des collections, se trouve un mur de six vidéos qui sont l\u2019aboutissement en trois dimensions de toute cette analyse et dissection en deux dimensions.Dans la grande salle de projection, un montage de poèmes visuels réalisé par Rad Hourani finit d\u2019éveiller tous nos sens et réussit à nous placer dans un état d\u2019apesanteur, une forme d\u2019apothéose du questionnement par rapport à notre corps et à ce que nous sommes réellement La vie, une création Pour Hourani, la vie est une création, mais aussi un partage continu, une communion entre disciplines et créateurs.Au rez-de-chaussée du Centre Phi, il a ouvert une boutique éphémère dans laquelle il a placé les livres de sa bibliothèque personnelle, des œuvres exclusives réalisées en collaboration avec d\u2019autres artistes, un choix de vêtements issus de toutes ses collections de prêt-à-porter, une réédition du parfum Ascent et son tout nouveau livre Rad Hourani 5 Years of Unisex, tiré à seulement à 300 exemplaires.«Exposer et vendre des livres qui m\u2019appartiennent depuis l\u2019âge de 18 ans, c\u2019était important pour moi», dit-il.Parmi ces ouvrages phares, on trouve un très beau bouquin sur Coco Chanel qui trône aux côtés d\u2019un ouvrage sur Pierre Cardin: «Chanel, c\u2019est l\u2019érotisme élégant, le noir et blanc, l\u2019audace d\u2019une créatrice qui a su amener l\u2019idée d\u2019un pantalon pour femmes.Cardin, c\u2019est aussi l\u2019avant-garde; il a apporté quelque chose qui n\u2019existait pas, une mode plastifiée, accessible.» Il y a aussi plusieurs livres du photographe américain Robert Mapplethorpe, l\u2019un des artistes fétiches de Hourani, et des ouvrages consacrés à l\u2019œuvre d\u2019Helmut Newton.Puis, pêle-mêle sur les comptoirs, il y a des livres sur la typographie Helvetica, sur l\u2019étude des visages, sur l\u2019architec- ture moderne, sur le cinéma érotique, sur Warhol et sur Almodovar.Parcourir les pages de ces magnifiques documents grand format nous fait pénétrer dans un monde où l\u2019esthétisme côtoie le mystère, où la beauté a parfois des allures très cruelles et où le décalage est permanent, bien loin de la vie édulcorée à laquelle on nous a habitués.Dans l\u2019œil de l\u2019autre Pace à cette bibliothèque très personnelle ouverte au public, Rad Hourani a demandé à des amis créateurs de concevoir une ou plusieurs œuvres uniques pour l\u2019événement.Une photographie noir et blanc d\u2019un escalier et deux sculptures tranchées en noir et blanc de l\u2019architecte Gilles Saucier interrogent la matière noire et son potentiel de contenir l\u2019espace.Comme dans les œuvres de Hourani, le noir n\u2019est pas le négatif du blanc, mais le complément de celui-ci.Il est la représentation d\u2019une création en devenir, un espace imaginaire dans lequel bouillonnent vie et mouvement.D\u2019autres créations enrichissent cet espace de communion artistique.Il y a d\u2019abord les aquarelles-imprimés de Renata Morales, pleines de spontanéité, de joie et de noirceur.Puis la série Mask-â-Rad conçue par la peintre Leela Sum, dont les mystérieuses silhouettes en noir et blanc se font l\u2019écho d\u2019un art primitif ou de dessins africains très anciens.Sur le mur, upe magnifique chorégraphie d\u2019Edouard Lock filmée par Rad Hourani met en scène une danseuse vêtue d\u2019un corset qui se transforme peu à peu en veste, rendant l\u2019apparence féminine plutôt masculine.Pour Lock comme pour Hourani, danse et visuel ont un impact sur le public qui n\u2019est pas aussi rationnel et défini que celui du mot.Intéressés par le mystère inhérent à la danse ou aux images, les deux artistes aiment disloquer la perception que nous avons de notre propre corps en nous offrant une approche plus viscérale et beaucoup moins contrôlée par l\u2019intellect.A côté de la boutique éphémère se trouve un autre espace d\u2019échange dans lequel Rad Hourani expose sa fameuse veste interactive, qu\u2019il avait déjà présentée à la Tate Modem de Londres.Avec des caméras intégrées au vêtement, la veste capte les visages des visiteurs qui sont ensuite projetés sur différents écrans du Centre Phi.Penser en images Cette exposition est l\u2019occasion rêvée d\u2019apprendre à penser en images plutôt qu\u2019en mots, à déconstruire notre univers pour en rebâtir un plus libre et plus ouvert.Débarrassé de toutes les étiquettes qui collent à la peau, Rad Hourani nous montre comment déchiffrer les zones d\u2019ombre qui sont presque plus importantes que les choses elles-mêmes.Ici, l\u2019âme humaine et ses secrets s\u2019expriment pleinement dans les craquelures d\u2019un monde étrange et Rad-icalement beau.Collaboratrice Le Devoir L\u2019expo-événement 8 novembre : conférence de Rad Hourani (gratuit).14 novembre : Pierre Lapointe au piano, avec des images inédites de Hourani.29 novembre : Jacques Greene revêt la veste interactive du créateur pour un grand spectacle de clôture.L\u2019exposition : jusqu\u2019au 30 novembre au Centre Phi, 407, rue Saint-Pierre à Montréal, phi-centre.com, radhourani.com."]
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