Le devoir, 17 août 2013, Cahier E
[" Sylvain Ménard surfe sur ^ la voie folk, l\u2019art discret de « I créer sans forcer Page es I L\u2019Inde au féminin pluriel, une chronique de Louis Cornel lier Page es Culture livres CAHIER E .LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 AOUT 20IS La grave frivolité d\u2019un Proust en mode léger Hélène de Billy désacralise le géant français en puisant dans son œuvre matière à s\u2019émerveiller DANIELLE LAURIN VOUS ne faites pas partie des proustiens, proustiennes.Vous n\u2019avez jamais réussi à passer au travers de la Recherche, pas même à dépasser les premières pages.Vous êtes privés de cette aura propre aux purs et durs, aux touchés par la grâce, aux brillants exégètes, aux convertis en tout genre.Tant pis.Vous avez fini par vous faire une raison, vous n\u2019en faites pas de cas, c\u2019est comme ça.Comme bien des profanes, vous vous êtes quand même laissé gagner par la fameuse histoire de la madeleine, l\u2019idée de la mémoire affective, tout ça.Mais vous ne serez jamais de ceux qui se jettent à corps perdu sur une énième publication vantant les mérites du génie de Proust ou analysant les parallèles entre sa vie et son grand oeuvre.Ces ouvrages ne sont pas pour vous, voilà tout.Vous ouvrez pourtant Proust à Sainte-Foy.Un des premiers livres québécois de la rentrée.Vous adorez le frisson de la rentrée, de la découverte, de la nouveauté pleine de promesses, vous en êtes friand.La photo de couverture est amusante, dans un premier temps.Proust, un céleri dans une main, un verre de cocktail coloré dans l\u2019autre, posant devant le Château Frontenac ?Pourquoi pas ?Et puis, c\u2019est un roman.Un roman signé Hélène de Billy ?Voilà de quoi piquer votre curiosité.La journaliste, scénariste et conceptrice de projets Web, auteure d\u2019une passionnante biographie du peintre Jean-Paul Riopelle et d\u2019un petit livre savoureux composé de microsouvenirs.Je me souviens d\u2019avoir cherché oxymoron dans le dictionnaire, n\u2019en est pas tout à fait à ses premiers pas côté fiction.Elle a publié il y a quelques années Le portrait d\u2019André Mathieu, une biofiction dans laquelle elle entremêle faits réels et inventions de son cru concernant la vie mouvementée, tragique, du mythique musicien québécois.Cette fois, Marcel Proust lui sert en quelque sorte de garde-fou, mais sur le mode ludique.Ce n\u2019est pas tant l\u2019écrivain comme tel qui est mis en avant, d\u2019ailleurs, malgré quelques précisions biographiques.Plutôt sa suite romanesque A la recherche du temps perdu, dont on fête cette année le centième anniversaire du premier volume.Qui devient presque un personnage, le personnage principal en fait.Pour ne pas dire le ciment du roman.Tout s\u2019y rattache.C\u2019est le ton.Le ton souvent par-dessus la jambe qui vous séduira, vous gagnera, fera en sorte que vous laisserez tomber vos réticences de non-proustien, non- proustienne.VOIR PAGE E 7 : PROUST PEDRO RUIZ LE DEVOIR La journaliste, scénariste et conceptrice de projets Web Hélène de Billy revient à la fiction en se servant de Proust comme d\u2019un garde-fou.I PETER KOLLANYI AGENCE ERANCE-PRESSE «Sous l\u2019oppression, [les artistes] sont capables d\u2019apporter du réconfort et d\u2019encourager les leurs.Malheureusement, les sociétés libres engendrent un tas d\u2019activités plus intéressantes et l\u2019art cesse alors d\u2019être pris au sérieux», note le cinéaste, joint dans un petit village de la campagne tchèque.Jiri Menzel Rire pour résister Le cinéaste tchèque, président du jury du 37® Festival des films du monde, raconte son approche empreinte de ludisme et de lucidité ODILE TREMBLAY Il est, avec Milos Eorman, le plus illustre représentant d\u2019un groupe de cinéastes surnommé la Nouvelle Vague tchèque, écho au courant français.Dans le Prague des années 60, ils ont ouvert des portes avant de se les faire refermer sur les doigts.Le président du jury du 37® festival des films du monde (à Montréal du 22 août au 2 septembre), lui-même fils d\u2019écrivain, est un cinéaste important, qui aura adapté plusieurs auteurs compatriotes.Avant tout, Bohumil Hrabal, son semblable, son frère, géant des lettres, chez nous méconnu à tort.11 parle de l\u2019âme tchèque, qui apprit à réagir aux menaces et dangers divers avec humour et autodérision.«Nous gardons une distance face au pathos, dit-il, et cherchons le réalisme.Le film de Milos Forman Au feu, les pompiers [1967] illustre bien notre manière de transcender les conditions amères par le rire.De son côté, Bohumil Hrabal a su entremêler dans ses écrits le tragique au ridicule.Le grand écrivain tchèque Vladislav Vancura disait: \u201cRire, c\u2019est mieux comprendre.\u201d» Joint virtuellement dans un petit village de campagne, Jiri Menzel répond avec générosité aux questions du Devoir.11 est venu fréquemment à Montréal et au Eesti-val des films du monde.Plusieurs de ses films y furent primés.Touche-à-tout Petit retour en arrière.Après avoir réalisé le segment d\u2019un film à sketchs en 1966, son admirable et absurdissime Trains étroitement surveillés, adapté d\u2019un roman de Hrabal, ce Bukowski de Prague, abordait, avec grincements et ho- «Le film de Milos Forman Au feu, les pompiers [1967] illustre bien notre manière de transcender les conditions amères par le rire» quets d\u2019humour le désespoir amoureux d\u2019un homme sous l\u2019Occupation, durant la Seconde Guerre mondiale.La petite gare de son décor s\u2019y faisait le symbole de toutes les aliénations.Ce premier long métrage reçut l\u2019Oscar du meilleur film en langue étrangère.Brillant début! Plus de quarante ans de carrière ont passé sur Menzel, tandis que son pays virait cul pardessus tête.«L\u2019étiquette Nouvelle Vague nous avait été attribuée par les journalistes, évoque-t- il.Ceux-ci comprirent que, malgré leurs énormes différences, nos films possédaient des points communs: leur résistance à la culture officielle communiste, surtout.Tout le front culturel et intellectuel était uni chez nous.Chacun a tiré avantage de la faible influence des dirigeants communistes sur la vie culturelle tchèque, pour oser s\u2019exprimer plus librement.Le cinéma possédait un avantage sur les autres modes artistiques : celui de pouvoir traverser les frontières en recevant par surcroît un appui critique.» Ephémère éclair de liberté du « socialisme à visage humain » ! Après l\u2019éclaircie du Printemps de Prague, quand les chars russes débarquèrent dans la capitale tchèque en août 1968, ils écrasèrent d\u2019un même élan les fleurs et la poésie.Terrible fut la répression.Milos Eorman, Ivan Passer et bien d\u2019autres artistes prirent alors le chemin de l\u2019exil, mais Jiri Menzel demeura au pays.Son deuxième long métrage, tourné en 1969, Alouettes, le fil à la patte, toujours d\u2019après Hrabal, frappé par la censure communiste, recréait le climat des années 50 en Tchécoslovaquie, sur fond d\u2019intellos en rééducation goguenarde.Long fut le purgatoire du film.Du moins sa grande première en 1990 fut-elle fort remarquée : Ours d\u2019or au Pestival de Berlin.Touche-à-tout artistique dans la perle baroque de sa ville, cet as de la comédie satirique sut aiguiser sa résistance ironique jusqu\u2019à la haute note, au bord du cri.L\u2019artiste praguojs n\u2019est pas que cinéaste, remarquez.Egalement metteur en scène de théâtre, écrivain, acteur à ses heures (dernièrement pour Costa-Gavras dans La petite apocalypse).Soixante-dix rôles en tout, et souvent pour survivre, durant les longues périodes quand ses oeuvres étaient muselées.11 a dirigé aussi des institutions culturelles, poussant l\u2019art et le nourrissant.D\u2019une censure à l\u2019autre Menzel savoure sa chance d\u2019avoir rencontré en début de carrière Bohumil Hrabal.« Je voulais traduire ses livres en langage cinématographique.Quand on nous a muselés après l\u2019invasion russe, nous avons pu passer ensemble du bon temps.Ce n\u2019est que vingt ans plus tard, quand les occupants russes ont quitté le pays, que nous avons pu participer à des festivals, comme Berlin.C\u2019était un privilège de quitter mon pays quelques jours, mais je n\u2019ai jamais souhaité m\u2019exiler.» VOIR PAGE E 4 : MENZEL E 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 AOUT 2013 CULTURE Un gros compost de vies et de morts Félix-Antoine Boutin livre une interprétation bien personnelle A\\x Sacre du printemps^ alliant danse, théâtre et musique CHRISTIAN SAINT-PIERRE Formé en interprétation, Félix-Antoine Boutin a toujours su qu\u2019il était bien davantage un auteur et un metteur en scène qu\u2019un comédien.Sous la bannière de la compagnie qu\u2019il a fondée il y a un an, Création Dans la chambre, le jeune homme a déjà signé deux spectacles remarquables : Message personnel, un théâtre drôle et cruel pour salon privé, et Koalas, un appel à la magie et à l\u2019émerveillement.«L\u2019intimité dans ce qu\u2019elle a de plus politique, voilà ce qui m\u2019intéresse, explique le créateur.Les spectacles de la compagnie mettent à jour de nouvelles formes d\u2019intimité, ou à tout le moins en parlent de façon inédite.Toujours, il y a des rapports de force, des dominants et des dominés.Dans Message personnel comme dans Koalas, il est question de la dépendance affective et des extrémités dans lesquelles elle peut entraîner.Je commence aussi à réaliser que les notions de vie et de mort m\u2019obsèdent, qu\u2019elles sont très présentes dans mon travail.Cela dit, mon approche est plus comparable à celle des Mexicains.J\u2019ai envie de célébrer nos morts, besoin de les reconnaître plutôt que de les pleurer pour mieux les oublier.» Ces jours-ci, Félix-Antoine Boutin s\u2019attaque à rien de moins qu\u2019au chef-d\u2019œuvre de Stravinski, Le sacre du printemps.A partir de la trame narrative du ballet centenaire, il donne naissance à une performance in situ, un amalgame de danse, de théâtre et de musique, une installation où les objets jouent un rôle-clé.Le résultat est pour le moins.surprenant.Devant tant de singularité, certains passants n\u2019en reviennent tout simplement pas ! Après quelques représentations dans le Quartier des spectacles.Le sacre du printemps (tout ce que je contiens) % ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Félix-Antoine Boutin a travaillé sur la venue au monde, l\u2019existence et la disparition.Pour aborder ces questions métaphysiques, politiques et psychanalytiques, le groupe s\u2019est laissé guider par les différents tableaux du ballet de Stravinski.sera donné au Festival de théâtre de rue de Lachine, puis en clôture de la Zone Homa.Une cérémonie Stravinski parlait de son ballet comme d\u2019un «grand rite sacral païen».Tout en étant fort personnelle, la version de Boutin, sans paroles et d\u2019une durée de 40 minutes, respecte l\u2019essence de cette formule.«J\u2019ai voulu renouer avec le rituel, explique Boutin.Je souhaitais faire écho aux différents rites, qu\u2019ils soient de passage, d\u2019initiation, funéraires, de naissance, sexuels ou religieux.Autrement dit, le spectacle est un retour à la base, au primaire, au primitif.C\u2019est pourquoi je n\u2019ai pas cherché à donner naissance à une représentation conventionnelle.Je tenais à une expérience hors les murs, quelque chose qui soit en rupture avec ce qui constitue la norme.J\u2019ai notamment demandé aux comédiens de ne pas adopter ce jeu charismatique et emphatique que je vois trop souvent et auquel fai cessé de croire.Je ne veux pas priver le spectateur de son plaisir, mais je tiens à ce qu\u2019il se pose des questions, à ce qu\u2019il rompe avec ses habitudes, ce qui est d\u2019ailleurs tout à fait dans l\u2019esprit de ce que Nijinski a fait du Sacre à sa création.» Avec ses comédiens (une vingtaine) et ses concepteurs de plusieurs horizons, Félix-Antoine Boutin a travaillé sur la venue au monde, l\u2019existence et la disparition.Un terreau fertile.Pour aborder ces questions métaphysiques, mais aussi politiques et psychanalytiques, le groupe s\u2019est laissé guider par les différents tableaux du ballet de Stravinski.«Comment avoir prise sur notre existence et notre humanité, comme individus aussi bien que comme société, dans un monde qui pousse à disparaître ou à se conformer?Pour expri- mer cela, fai établi avec mon équipe un système de codes, pour ne pas dire un écosystème, et je me suis efforcé de le déployer dans l\u2019espace.En revisitant cette œuvre, nous souhaitions faire surgir un gros compost de vies et de morts, une somme de disparitions et de renaissances.C\u2019est une tentative pour nous, civilisés, de revenir à ce qui pourrait ressembler à l\u2019état de nature.» Collaborateur Le Devoir LE SACRE DU PRINTEMPS (TOUT CE QUE JE CONTIENS) D\u2019après Stravinski.Adaptation et mise en scène: Félix-Antoine Boutin.Une production de la compagnie Création Dans la chambre.Au Festival de théâtre de rue de Lachine, le 17 août à 20h 15 et à 23 h.À Zone Homa, à la maison de la culture Maisonneuve, le 24 août à 19 h.Partenaire de la campagne d'abonnement LA MANUFACTURE \u2022 LES BICHES PENSIVES \u2022 THEATRE DU GRAND JOUR \u2022 LES ETERNELS PIGISTES \u2022 SINGULIER PLURIEL \u2022 THÉÂTRE DU NOUVEL-ONTARIO ET THÉÂTRE DE LA VIEILLE 17 \u2022 FABIEN CLOUTIER \u2022 URBI ET ORBI \u2022 THÉÂTRE DEBOUT \u2022 THÉÂTRE LES GENS D\u2019EN BAS \u2022 LES ÉCORNIFLEUSES \u2022 LA BATAILLE \u2022 THÉÂTRE NIVEAU PARKING Cons*// dM arts Québec ! ¦\tPatrimoine Canadian 1^1 canadien Heritage Télé-Québec LE DEVOIR Une oasis à inventer Odile Tremblay J y avoue avoir un faible pour les jardins de sculptures, mariant art et nature, le farniente en prime.À La Nouvelle-Orléans, le mois dernier, l\u2019un d\u2019entre eux m\u2019a éblouie.Il n\u2019a que dix ans, ce Sidney and Walda Bes-thoff Sculpture Garden, mais il connut un drame prématuré : sa fermeture entre 2005 et 2007,après les ravages de l\u2019ouragan Katrina.Quarante arbres et une partie de ses bosquets y furent engloutis.Détruite aussi, la sculpture de Kenneth Snelson Virlane Tower, reconstruite aujourd\u2019hui.Dans le quartier de la Mid-City, collé au New Orleans Museum of Art, dit le NOMA on doit cet éden à un couple de mécènes et grands collectionneurs, les Besthoff, au nom prédestiné.Associés au NOMA et au City Park, ils ont offert à la ville cet espace-là près du jardin botanique.Les sculptures surgissent le long du vieux bayou St.John, qui serpente en ville.D\u2019ailleurs, les canards font grand bruit sur ses rives.Quant aux fameuses barbes espagnoles, plantes épiphytes échevelées agrippées aux chênes centenaires, aux fils de téléphone et même aux magnolias, elles donnent au paysage et aux œu-vres une aura dramatique.L\u2019entrée est gratuite, alors les familles viennent s\u2019éventer, se reposer, se rincer l\u2019œil.Havre au milieu de la moiteur louisia-naise, avec des ponts traversant le bayou, 60 œuvres sur eau et sur terre, et des plus belles, signées Rodin, Moore, Botero, Louise Bourgeois, Fernand Léger, Do-Ho Suh, George Segal, Isamu Noguchi, s\u2019étalent au soleil.On s\u2019assoit sur un banc à côté des personnages de George Segal.De pareils après-midi passent vite.Des grands jardins de sculptures, il en, existe ailleurs, bien entendu.À Bruxelles, à Chicago et à Washington, entre autres.Toute grande ville est un musée à ciel ouvert, témoin de la mémoire et des forces de création.Mais unir en un lieu le besoin de préservation environnemental à celui de la contemplation artistique colle particulièrement à nos temps d\u2019angoisse.On se veut zen.En quête d\u2019une oasis, du refuge absolu.D\u2019où cette vogue.Au jardin de sculptures de La Nouvelle-Orléans, j\u2019ai songé à quel point Montréal gagnerait à s\u2019offrir un musée extérieur de pareille envergure.Sans le climat subtropical, bien entendu.Encore que, sous la neige, les sculptures seraient belles aussi, aux saisons des bourgeons, des feuilles verdoyantes ou rougies, tout autant.Vous me direz que notre métropole en a, des jardins de sculptures, qu\u2019il suffit de déambuler du côté du parc René-Lévesque à Lachine, de l\u2019hôpital Douglas ou de l\u2019esplanade Ernest-Cormier, sur le mont Royal, pour trouver des œuvres extérieures en mode grégaire.Dans le Mile End, sur Van Horn, l\u2019artiste Glen Le- mesuner a créé son propre jardin, des œuvres en matériaux de récupération près de la voie ferrée apportant une poésie trash à ce carrefour urbain.Quant au Musée des beaux-arts de Montréal \u2014 avec plus de moyens que Glen, n\u2019en doutez point \u2014, il inaugurait le sien l\u2019an dernier derrière le pavillon Liliane et David M.Stewart, et l\u2019enrichit depuis.C\u2019est fort beau.Quand même.le vaste jardin public aux correspondances baudelairiennes se laisse attendre.La ville gagnerait à s\u2019y atteler.Ça plairait aux gens.Aux quatre vents, l\u2019art paraît moins intimidant qu\u2019entre les murs d\u2019un musée.Le lien entre le spectateur et l\u2019œuvre se fait intime.Ceux qui croyaient l\u2019art visuel contemporain conçu pour les esprits en forme de poire se sentent la tête soudain moins carrée.Touchés à la vue d\u2019une sculpture, comme par d\u2019éphémères mosaïcultures, si populaires au Jardin botanique, lieu mqgique là aussi.A Montréal, les œuvres d\u2019art extérieures (hors des stations de métro) sont avant tout disséminées à travers le territoire, enfantées par le 1% du budget des infrastructures publiques dévolu à l\u2019art, ou posées là par des fondations, des particuliers, en coups de chapeau à des gloires disparues.Ainsi, Rufus Wainwright offrait dernièrement une sculpture à sa mère, la grande chanteuse-compositrice Kate McGarrigle, dans le quartier Outremont.Cheminant dans la ville, on ira l\u2019admirer.225 œuvres extérieures, artistiquement éclatées ou traditionnelles, se découvrent dans un coin ou l\u2019autre de la métropole.Le Bureau d\u2019art public de Montréal en acquiert, en restaure, les rend accessibles.Certaines de ces sculptures sont de vieilles connaissances, remarquez ! Et que je te salue au passage la statue de Rio-pelle près de sa fameuse sculpture-fontaine La joute dans le Quartier des affaires.En traversant le square Saint-Louis, je lance au bronze de Nelligan quelques-uns de ses vers.Angle Sherbrooke et Saint-Denis, Le malheureux magnifique de Pierre Yves Angers (1972), silhouette blanche recroquevillée sous le soleil, la grêle ou le vent, m\u2019émerveillera toujours par sa résilience.Une dédicace merveilleuse l\u2019accompagnait, dit-on, sur son premier site au parc Pasteur : «A ceux qui regardent à l\u2019intérieur d\u2019eux-mémes et franchissent ainsi les frontières du visible.» Pas si malheureux, ce Magnifique.Mais je rêve au temple extérieur, lieu paisible et éducatif, réunissant les beautés naturelles et imaginées.Montréal se veut une grande métropole culturelle et un aimant pour les touristes.Dans ma boule de cristal, je vois un jardin de sculptures fleurir ici, avec des œuvres d\u2019art gardant le fleuve et défiant l\u2019avenir, parmi les fleurs et le^ érables.Notre oasis à nous.A inventer.otremblay@ledevoir.com n Voir > Quelques œuvres ^ exposées au Sidney and Walda Besthoff Sculpture Garden à ledevoir.com/ opinion/chroniques CAMILLE TREMBLAY La sculpture Karma du Coréen Do Ho Suh domine, du haut de ses sept mètres, le jardin de sculptures de La Nouvelle-Orléans. LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 AOUT 2013 E 3 CULTURE.MUSIQUE La voie folk, l\u2019art discret de créer sans forcer Saint-Lambert joue la carte de l\u2019intimité, de l\u2019attention accrue et du bas volume qui fleurit un peu partout ces temps-ci dans le milieu musical Foire commerciale depuis 37 ans, la Fête de Saint-Lambert a confié à l\u2019animateur de radio et chroniqueur culturel Sylvain Ménard la programmation de spectacles dans l\u2019esprit villageois de cette banlieue qui s\u2019ouvre à l\u2019autre bout du pont Victoria.Belle occasion de tenter une expérience : quatre jours de folk et de jazz acoustique en plein air, du 22 au 25 août.Et si l\u2019acoustique était dans l\u2019air, justement?SYLVAIN CORMIER Ça correspond à un désir de proximité», résume Sylvain Ménard, pas mécontent qu\u2019un copain du temps qu\u2019il travaillait au Festival international de jazz de Montréal lui ait fourni la possibilité de tenter une expérience de programmation inédite.Pas exactement un festival, mais presque ; en tout cas, une première à vie pour ce vétéran des coulisses du spectacle (recherchiste, régisseur, mettepr en scène, il a tout fait).A l\u2019habituelle braderie avec son lot d\u2019animations diverses s\u2019ajoutera, au cœur de Saint-Lambert à partir de jeudi prochain et jusqu\u2019au dimanche d\u2019ensuite, un joli paquet de performances «avec rien d\u2019autre que des voix, des guitares acoustiques, des contrebasses et des percussions délicates».Entre autres artistes proposés, sur les terrasses de cafés et petites scènes: Emilie Clepper, Jason Lang, Rob Lutes, Les Standardistes, Christine Tassant, Les Sœurs Boulay (liste complète sur www.saint-lambert.ca).«Après tous les gros festivals de l\u2019été, le jazz, les Francos, Osheaga, je suis très charmé par l\u2019idée d\u2019une fête discrète, où il faut prêter l\u2019oreille pour entendre les paroles des chansons.» Un engouement sans tapage Prêter l\u2019oreille.Sylvain Ménard, fan de rock et fada des Beach Boys, connaît et apprécie le beau bruit.Mais ce goût d\u2019intimité, d\u2019attention accrue et de bas volume a du répondant ces temps-ci.Telle une grosse Guild acoustique, suffit de gratter un peu et ça s\u2019entend à gauche et à droite.Il y a la série fomentée dans le Mile End par les gens de chez Bon-sound, ces Unplugged sur le FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR Sylvain Ménard rêve que voient le jour des expériences musicales simples et spontanées.toit d\u2019Ubisoft, avec de la musique jouée pas trop fort devant pas trop de monde et la ville tout autour.Il y a ce segment de chaque spectacle de Louis-Jean Cormier où, savamment disposés autour d\u2019un seul micro, guitare, contrebasse, perçus et voix en harmonie créent du bonheur acoustique en mono.Il y a eu, la semaine dernière, ce moment extraordinaire du concert pour Kate McGarrigle à l\u2019Outremont^ où tout le monde a chanté A la claire fontaine sans la moindre amplification.Il y a eu en juin dernier le festival Folk sur le canal (de Lachine), sixième du nom, où les légendes du folk et du bluegrass \u2014 Roger McGuinn, Travelin\u2019McCourys \u2014 ont été accolées aux Catherine Durand et autres Dylan Perron de chez nous, en salle et dans l\u2019îlot Charlevoix.Une mouvance, quoi.Quelque chose comme un engouement.sans tapage.«Les Sœurs Boulay n\u2019ont pas besoin de chanter fort pour que les gens écoutent, constate Ménard: elles s\u2019imposent sans forcer, les harmonies font de l\u2019effet, les textes aussi, l\u2019émotion porte, c\u2019est la simplicité et l\u2019efficacité conjuguées.Quand t\u2019as devant toi quelqu\u2019un qui joue comme Jason Lang [que cela se sache : Lang, fils de Penny Lang et Dave Van Ronk, est un guitariste exceptionnel], quand t\u2019as à trois pas un Rob Lutes champion de finger picking, non seulement tu te tais et t\u2019écoutes, mais tu fais taire ceux qui n\u2019écoutent pas.» C\u2019est ainsi que ça se passe au bar Le Zaricot de Saint-Hyacinthe, j\u2019en témoignais ce printemps: on invite les spectateurs à se discipliner entre eux, et ça fonctionne.«C\u2019est une question de savoir-vivre, ajoute Ménard.Tu ne peux pas simplement bloquer le centre de Saint-Lambert: des gens y vivent.Avant, ils faisaient comme toutes les petites villes: t\u2019engages un gros nom et tu déranges tout le monde.Une fois, c\u2019étaient les B.B., du temps où ça marchait moins pour le groupe.Sous un gros chapiteau.N\u2019importe quoi.Ça ne respectait pas Saint-Lambert, petite ville bilingue, très autonome.Un événement folk, ça s\u2019installe sans en avoir l\u2019air, mine de rien.L\u2019an dernier, en coup d\u2019essai, lan Kelly a donné un show-surprise le dimanche, guitare-voix, avecson claviériste.Impromptu total.Les gens ont adoré ça.» Sylvain Ménard rêve tout haut: il irait tellement plus loin.«A un moment donné, si la formule fonctionne, oser devient la meilleure idée.Ça pourrait être des shows à des coins de rue, même pas amplifiés.J\u2019aimerais qu\u2019un Michel Rivard puisse s\u2019amener un midi, pas annoncé, et faire 45 minutes dans le parc.Les gens déplieraient leur nappe carreautée, mangeraient leurs sandwichs en l\u2019écoutant.Je pense que les gens \u2014 et les artistes \u2014 sont prêts à vivre des expériences pas compliquées, spontanées et musicalement satisfaisantes, où tout l\u2019argent n\u2019est pas mis sur le kit d\u2019éclairage.» Le nouveau programmateur affiche le sourire un brin baveux de celui qui n\u2019a pas œuvré toutes ces années dans l\u2019ombre de RBO en vain : Saint-Lambert a un bel idéaliste sur les bras.Le Devoir L\u2019artiste lambertois domlebo reçoit.Programmation dans la programmation, la terrasse de l\u2019Échoppe des fromages sera le lieu d\u2019un workshop à la manière de Dominique Lebeau, dit domlebo, ancien des Cowboys fringants.«Je suis un peu un personnage dans le paysage lambertois.» Chaque jour, il improvisera avec un invité dif-férept.«Mes amis», précise-t-il.A l\u2019hôte la présentation de chacun.Sébastien Lacombe « On ne se connaît pas beaucoup, mais à chaque rencontre le courant passe.J\u2019aime son message, sa vibe.» Lindy Vopnfjôrd «Vieil ami, voix et personnalité absolument extraordinaires, le folk dans l\u2019ADN, un géant anglo francophile.» Pascal Dufour « Vraiment un pote.On sait tous les deux qu\u2019on pourrait aller loin et longtemps dans le monde avec nos deux guitares.» Geneviève Tou pin «Elle n\u2019a pas juste une voix hallucinante, une jolie bette et des mélodies craquantes: elle a surtout cette présence, ce sourire, cette chaleur qui ne s\u2019expliquent pas.On se sent bien quand elle est là, alors moi, si je peux avoir l\u2019occasion d\u2019échanger des chansons avec elle.» PEDRO RUIZ LE DEVOIR Dominique Lebeau ESPACE GO De Rebekka Kricheldorf Mise en scène de Martin Faucher Avec Geneviève Alarie -i-Anne-Élisabeth Bossé -i-Luc Bourgeois -i- David Boutin -i-Marilyn Castonguay -i-Lèane Labrèche-Dor ESPACE GO ESPACE ^ GO D'Evelyne de la Chenelière Mise en scène d'Alice Ronfard Avec Jean-François Casabonne -i- Violette Chauveau -i- Evelyne de la Chenelière ESPACE GO ESPACE GO w De Martin Crimp Mise en scène de Denis Marleau -i- Stéphanie Jasmin Avec Sophie Cadieux -i- Alexis Martin -i-Évelyne Romprè De Guillaume Corbeil Mise en scène de Sophie Cadieux Avec Marie-France Lambert D'après Ulysse de James Joyce Mise en scène de Brigitte Haentjens Avec Anne-Marie Cadieux Du 17 septembre au 12 octobre 2013 Du 22 octobre au 2 novembre 2013 Du 28 janvier au 22 février 2014 Du 11 au 22 mars 2014 Du 6 au 31 mai 2014 Une production d'ESPACE GO Une production d'ESPACE GO Une coproduction ESPACE GO -P UBU Une production d'ESPACE GO Une coproduction ESPACE GO + Sibyllines LES CHAMPS PÉTROLIFÈRES Théâtre PÀP CINQ VISAGES POUR CAMILLE BRUNELLE - Théâtre PÀP THE DRAGONFLY OF CHICOUTIMI Théâtre PÀP -i- FTA L'ARCHITECTURE DE LA PAIX Pigeons International -i-Teatro Sâo Luiz L'ABONNEMENT LE PLUS FLEXIBLE EN VILLE! ESPACEGO.COM Conseil des arts et des lettres Québec ra ra Conseil des Arts du Canada a\" Hydro Québec I PARTENAIRE UanDClL DE SAISON E 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 AOUT 2013 culture.de visu Collectionner l\u2019ordinaire CHAMP DE LYS Marc-Antoine K.Phaneuf Centre Articule, jusqu\u2019au 24 août INVENTORY Jo-Anne Balcaen Module satellite de la galerie Leonard et Bina Ellen (Université Concordia), jusqu\u2019au 20 octobre JÉRÔME DELGADO Le centre Articule, dans le Mile End, a été un des premiers à faire de sa vitrine un mur d\u2019exposition estival.La galerie Leonard et Bina Ellen de l\u2019Université Concordia, elle, a innové l\u2019an dernier avec un kiosque itinérant.Cet été, les deux lieux se rejoignent à travers deux projets autour de la collection d\u2019objets ordinaires.L\u2019un agit comme le revers d\u2019une médaille et révèle des aspects cachés de la création \u2014 et de la vie.L\u2019autre étale sans gêne les revers et travers de la société, à la manière d\u2019un miroir qui n\u2019occulte rien.Inventory, de Jo-Anne Balcaen, et Champ de lys, de Marc-Antoine K.Phaneuf, reposent sur le même principe de l\u2019accumulation d\u2019objets.Des objets d\u2019une banalité étonnante, en accord avec l\u2019intérêt que les artistes d\u2019aujourd\u2019hui portent aux réalités les plus insignifiantes.Vitrines estivales de deux lieux fermés pour la saison, ces installations sont animées de l\u2019élan d\u2019intransigeance caractéristique aux volets off, qui poussent en marge des programmations officielles des festivals.Dans un milieu comme celui de l\u2019art contemporain qui prend l\u2019été comme une période de moindre importance, des initiatives de cet ordre, inusitées et revendicatrices, sont les bienvenues.Inventory prend place dans le module satellite et supposé «temporaire», mis en circulation en 2012 sur le campus de Concordia par la galerie Leonard et Bina Ellen.Intitulé Sightings, cet espace d\u2019exposition, édicule clos et vitré sur ses quatre surfaces, repense le cube blanc duquel on tente tant bien que mal de s\u2019affranchir.Jo-Anne Balcaen, une artiste multidisciplinaire connue notamment pour ses œuvres habitées de culture rock, se sert de cette galerie nouveau genre, autoportante, pour dépoussiérer l\u2019image d\u2019un lieu d\u2019art.Comme son titre l\u2019indique.Inventory dresse un inventaire.Un amas de choses d\u2019arrière-scène : boîtes en carton, outils, surplus d\u2019ampoules et de matériaux les plus divers, y compris des produits de nettoyage.Ils proviennent des réserves de la galerie universitaire.L\u2019installation révèle les dessous d\u2019une salle d\u2019exposition, la désacralise.Les textes descriptifs affichés directement sur le module y contribuent aussi.Dans le SIGHTINGS 11-23A0ÛT MISQA DIRECTEUR GENERAL&ARTISTIQUE ANDRÉJ.ROY 6 CONCERTS EXCEPTIONNELS SALLE POLLACK ¦ 19H 2013 QUATUORS À CORDES 11-08 MIAMI\tCONCERT D\u2019OUVERTURE 14 08 NAVARRACALIDORE™^^^ 15-08 SCHUMANNVAN KUIJK™^^ 21 -08 CALIDORE ^^'^^'^TANADA j\tgb/irelande/pays-bas 22-\t08 VAN KUIJK™^^/SCHUMANN 23-\t08 VOGLER concert de clôture ENTREE GRATUITE / RESERVEZ VOS PLACES MISQA.COM ¦ 514.550.8057 .;-4\u2018 '\t.\u2018 PAUL SMITH Jo-Anne Balcaen, Inventory, 2013.cube blanc classique, l\u2019œuvre doit tenir la route, seule.Pas ici.Ordonnée, la mise en place sur chacune des étagères reproduit au poil près l\u2019entrepôt bien tenu.Derrière cette proprette vitrine cubique, qui ne présente que des objets sans valeur artistique, Jo-Anne Balcaen raconte l\u2019histoire d\u2019un lieu et le dilemme auquel il fait face.Certains de ces objets, utilisés dans le passé, ont valeur d\u2019archives.Doit-on pour autant les conserver?Une caisse de bois a été taillée sur mesure pour le transport d\u2019une sculpture.Un gallon de peinture industrielle, dont «l\u2019acquisition reste aujourd\u2019hui controversée», lit-on sur un des cartons explicatifs, a été utilisé lors du montage d\u2019une exposition du vidéaste montréalais Adad Hannah.Un plumeau, bien anodin, a permis l\u2019époussetage d\u2019une sculpture de David Altmejd.Sa base seulement, pré- Champ de lys, Marc-Antoine K.Phaneuf, 2013.Objets divers.cise le texte, car l\u2019accumulation de poussière ailleurs correspondait à l\u2019intention de l\u2019artiste.Le centre de l\u2019édicule, occupé dans son moindre espace, y compris en hauteur, demeure à l\u2019abri des regards.Comme s\u2019il fallait tout de même faire usage de discrétion.Tel un fragment archéologique.Inventory répertorie une civilisation, en partie seulement.Celle sur laquelle elle se penche est portée par l\u2019obsession de sa mémoire et de la conservation de tout, œuvre d\u2019art ou plumeau pour épousseter.La patrie fast-food Etalage d\u2019objets à l\u2019effigie du fleurdelisé, l\u2019installation Champ de lys occupe la vitrine du centre Articule depuis les célébrations de la Fête nationale.Comme à son habitude, l\u2019artiste Marc-Antoine K.Phaneuf a puisé dans le plus quétaine de nos habitudes pour dresser un portrait de société à la fois loufoque et réaliste, qui fait autant rire qu\u2019il déprime.Celui dont la collecte de babioles fait l\u2019essence de sa pratique \u2014 trophées, cuillères souvenirs, livres de recettes, tout y passe \u2014 se fait cette fois plus politique.Son «champ de lys» rassemble de multiples produits mis en vente pour célébrer le Québec, du plus naturel (le drapeau) au plus extravagant (la perruque).Cet excès de patriotisme, qui prendrait d\u2019autres couleurs un 1'\"' ou un 4 juillet, devient désuet avec le temps, pour ne pas dire ridicule.C\u2019est la force du propos de Phaneuf.Sans véritable programme politique, la question identitaire s\u2019étiole en un amalgame de jolis flashes (ou objets).La mascarade d\u2019un carnaval, ou d\u2019une fête nationale, ne suffit plus à camoufler les mauvais plis.Marc-Antoine K.Phaneuf, qui apprécie les distorsions et l\u2019ab- MARC-ANTOINE K.PHANEUF sence de rigueur \u2014 notoire à travers les grossières erreurs d\u2019orthographe conservées dans Petites annonces (2009) \u2014, a retenu pour son projet à Articule des fanions d\u2019un bleu douteux et des artefacts à la fleur de lys déformée.Visiblement, la commercialisation d\u2019une patrie semble aussi facile que la vente de la «macbouffe».Inventory et Champs de lys dressent des portraits d\u2019entités bien distinctes.Cependant, les deux exploitent la même teneur fétichiste de l\u2019objet, que celui-ci soit sujet de débats et de conservation ou produit à consommer rapidement L\u2019ordinaire a aussi sa richesse.Collaborateur Le Devoir DVoir > D\u2019autres points de vue sur les deux expos à ledevoir.com/culture/ arts-visuels MENZEL SUITE DE LA PAGE E 1 Au fil de sa carrière (13 longs métrages et plusieurs courts) des œuvres comme le merveilleux Mon cher petit village (1986) \u2014 nommé à l\u2019Oscar \u2014, avec un personnage de gaffeur impénitent au patron irrité, demeure une chronique d\u2019humour de haute volée.Plus récemment, en 2006, Moi qui ai servi le roi d\u2019Angleterre, fresque historique tchèque, couvrait les mésaventures du pays entre 1920 et 1960.Le livre à sa base a été écrit par Hrabal, une fois de plus, au cours des années 70, quoique publié à la fin de la décennie 80.Menzel le porta à l\u2019écran 35 ans plus tard.La patience est une vertu.Le cinéaste tchèque accom- SOURCE CZECH THAT FILM Don Juans allierait lucidité et ludisme, signature de Menzel.pagne aussi au FFM spn dernier film.Don Juans.Enième adaptation de l\u2019opéra de Mozart composé à Prague ?lui de- mande-t-on.«Non.D\u2019ailleurs, le titre est au pluriel.Il s\u2019agit d\u2019une petite histoire autour d\u2019une répétition de Don Juan dans l\u2019opéra d\u2019une petite ville, adapté de manière classique.» Le film allierait lucidité et ludisme : sa signature éprouvée.Il est toujours fascinant de constater à quel point les créateurs longtemps sous des régimes de censure, qui percevaient la liberté en appel d\u2019air, doivent déchanter quand leurs fers sont rompus.«Les artistes sensibles peuvent prévoir où leur société s\u2019en va, dit-il.Sous l\u2019oppression, ils sont capables d\u2019apporter du réconfort et d\u2019encourager les leurs.Malheureusement, les sociétés libres engendrent un tas d\u2019activités plus intéressantes et l\u2019art cesse alors d\u2019être pris au sérieux.Aujourd\u2019hui, nous avons la liberté d\u2019expression, mais d\u2019autres formes de censure sont apparues, comme celle de l\u2019argent.» Rien n\u2019est parfait! Le Devoir ^^^ydro Québec présente LE FESTIVAL rWTE R N ATI O N A L DU4E)0MAINE JOUE DES M U FORGET GRANDS ESPACES du 15 juin au 25 août 2013 SÉRIE VIRTUOSES SANS FRONTIÈRES VENDREDI 23 AOÛT 20 H LE NOUVEL ENSEMBLE MODERNE Lorraine Vaillancourt, chef d'orchestre SÉRIE LES GRANDS RENDEZ-VOUS DIMANCHE 25 AOÛT 16 H 30 Concert-bénéfice pour le fonds de bourse Jacqueline et Paul Desmarais Alain Lefèvre, piano RÉPUBÜQIJE française SÉRIE LES SOIRÉES JAZZ SAMEDI 24 AOÛT 20 H NEW YORK VOICES ^ Desjardins LES BRUNCHES-MUSIQUE Tous les dimanches de l'été! Du 9 Juin au septembre Programmation complète domaineforget.com Suivez-nous sur QQYouQIIS 1.888.DFORGET QuébecSS M Patrimoine Canadian canadien Heritage Municipalité de Saint-lrénée LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 AOÛT 2013 E 5 CULTURE>CINEMA Sur la pointe des pieds et du fusil LES 4 SOLDATS Réalisation et scénario: Robert Morin, d\u2019après le roman Quatre soldats d\u2019Hubert Min-garelli.Avec Camille Mongeau, Christian de la Cortina, Antoine Bertrand, Aliocha Schneider, Antoine L\u2019Écuyer Image: Jean-Pierre St-Louis.Musique : Patrick Watson.Montage: Nicolas Roy.83 min.ODILE TREMBLAY Coiffé du Prix du public pour le meilleur film canadien au dernier festival Fantasia, Les 4 soldats de Robert Morin, adapté du roman impressionniste d\u2019Hubert Minga-relli, constitue, comme le cinéaste l\u2019indique lui-même, une incursion hors de sa zone de confort.Pour autant qu\u2019il en possède vraiment, des zones de confort.Morin aime se dérouter lui-même et explorer.Mais il est vrai que le cinéaste du Nèg\u2019, de Requiem pour un beau sans-cœur et de Papa à la chasse aux lagopèdes paraît plus à l\u2019aise dans un univers de lucidité teintée de cynisme et de questionnements en mosaïques de pourquoi.Cette fois, il a abordé des rivages ducharmiens d\u2019amitiés pures dans un monde qui ne l\u2019est pas.Les 4 soldats, ovni inquiétant mais tendre, lui fait délaisser le support vidéo au profit du 35 mm.Exit aussi la caméra à l\u2019épaule.La facture est classique, mais l\u2019esthétique rappelle ses œuvres antérieures, comme Windigo et, dans une moindre mesure.Quiconque meurt meurt à douleur, pour la poésie de la marge.Son film, sur la pointe des pieds et du fusil, n\u2019est pas son plus convaincant.Il se dissout dans sa ligne dramatique ténue, collée à un fragment de vie, puis à un autre (c\u2019est voulu), mais son rythme s\u2019égare au milieu.Il tourne le MÉTROPOLE FILMS Dans Les 4 soldats, une petite milice se forme au fil des affinités ou des contraintes.Autour du leader, il y a entre autres Big Max, l\u2019innocent du groupe, joué par Antoine Bertrand.dos aux procédés narratifs éprouvés à travers ce conte sur l\u2019amitié.Nous entrons dans un monde flottant, aux rares dialogues, hors du temps (un proche futur) en un lieu indéterminé, avec affrontements de guerre civile pour cause de manque de matières premières: les gueux armés sont en lutte contre les nantis qui contrôlent l\u2019armée officielle.Avec le pari de livrer ses personnages (comme dans le roman) sans flash-back, dans le nu de la vie, il leur retire de la substance.Une petite milice se forme au fil des affinités ou des contraintes.Autour du leader Matéo (Christian de la Cortina) , son ami ou amie Dominique \u2014 car le soldat du roman est joué ici par une actrice, Camille Mongeau \u2014, Big Max, l\u2019innocent du groupe (Antoine Bertrand, le héros de Louis Cyr), une sorte d\u2019Obélix fort et naïf.Ajoutez Kevin, mystérieux adolescent au profil d\u2019elfe, peu loquace (Aliocha Schneider).Les rejoindra en cours de route le petit Gabriel (Antoine L\u2019Ecuyer), qui cherche une façon d\u2019intéresser les autres.L\u2019action, les actions plutôt, entre embuscades et jeux enfantins dans un étang, sur un cheval volé, où les personnages recréent un ersatz de famille dans leur îlot d\u2019insouciance, est présentée à travers la voix de Dominique.Procédé intéressant: Camille Mongeau livre parfois devant l\u2019écran et par blocs de réminiscences le récit de leurs aventures, avec distanciation.Autrement, c\u2019est sa voix hors champ qui commente.Leur cabane est un palais, l\u2019étang, un terrain de jeu, des objets trouvés, un coffre aux trésors, l\u2019amitié, une régression, le récit-chronique, une survivance possible.Le film aborde un paradis perdu recréé de façon éphémère.L\u2019esthétique des bivouacs est impressionnante, camps de bric et de broc créés par la directrice artistique André-Line Beauparlant, qui accentuent le climat de précarité, mais aussi de danger.La musique de Patrick Watson est belle et mystérieuse, les bruitages sont réussis.L\u2019image de Jean-Pierre St-Louis, tantôt lumineuse, tantôt sombre, joue d\u2019effets de contrastes.Robert Morin et son monteur (également cinéaste) Nicolas Roy ont beaucoup élagué, expulsé des figures secondaires, histoire d^e se concentrer sur les héros principaux.De quatre soldats, ils passeront bientôt à cinq.Mais ce noyau semble bien fragile.Les acteurs sont tenus en bride.Seul Antoine Bertrand en Big Max peut vraiment s\u2019éclater et pénétrer le champ de l\u2019émotion.Christian de la Cortina, en Matéo macho, demeure trop longtemps fermé.Dominique, le personnage de Camille Mongeau, est obligée de cacher sa sensibilité et gagnerait à ouvrir son jeu.Aliocha Schneider est sous-utilisé et, dans une moindre mesure, Antoine L\u2019Ecuyer aussi.Robert Morin pénètre dans le champ de l\u2019innocence sans trop savoir en manier le registre et, craignant manifestement d\u2019y glisser des violons, assèche l\u2019émotion et les personnages.Sa structure organique sacrifie d\u2019éventuelles lignes de force.Ce film, à prendre au vol comme le segment furtif d\u2019une Apocalypse possible, possède d\u2019évidentes qualités: sa quête d\u2019épure, ses décors, sa lancinante mélancolie, mais, égaré dans sa propre subtilité, en panne de scènes fortes, de figures porteuses, il semble évanescent, inachevé.Du moins Morin cherche-t-il de nouvelles pistes, et on ne dira jamais de lui qu\u2019il cultive la recette, les formules.Même s\u2019il tâtonne aussi parfois.Le Devoir Une jolie sortie de case BOULE ET BILL Réalisation et scénario: Alexandre Chariot et Franck Magnier.D\u2019après l\u2019œuvre de Jean Roba.Avec Franck Dubosc, Marina Fois, Charles Crombez.France, 2013, 82 min.EABIEN DEGLISE Les sorties de case des personnages de bande dessinée, particulièrement ceux imaginés pour divertir les enfants, et leurs incarnations en chair et en os sont des exercices plutôt hasardeux.Demandez à Jean Dujardin dans son costume de Lucky Luke, aux Schtroumpfs de Raja Gos-nell, à l\u2019élève Ducobu, à Astérix quand il n\u2019est pas entre les mains d\u2019Alain Chabat.Mais ne le demandez pas à Boule et à Bill qui, sous la gouverne d\u2019Alexandre Chariot et Franck Magnier, négocient en ce moment sur grand écran une mutation plus que réussie.La chose n\u2019était pas jouée d\u2019avance pour l\u2019œuvre de Roba qui, sur 34 albums à ce jour, met en vedette, dans un pavillon de banlieue ordinairement belge des années 60-70, un petit rouquin, son cocker espiègle, une mère au foyer, un père ronchon et une tortue romantique et dépendante affective.Sans aspérité, cultivant un humour bon enfant, simpliste, plutôt sirupeux et même «passé date» à plusieurs endroits, l\u2019ensemble de l\u2019œuvre peut encore faire naître quelques rires dans une cour de récréation, mais n\u2019a certainement pas la stature qu\u2019il faut pour éclairer une salle obscure.Et pourtant.En une heure trente, le duo de réalisateurs évite habilement les ornières qui se trouvaient sur le terrain en proposant une adaptation de l\u2019extraordinaire vie ordinaire de Boule \u2014 porté avec efficacité et chechetement par le jeune Charles Crombez \u2014 et de son Bill \u2014 qui trouve sa voix dans celle de Manu Payet \u2014, qui s\u2019éloigne de la succession de gags à l\u2019emporte-pièce pour s\u2019approcher d\u2019une critique de la modernité.Modernité appréhendée ici par le quotidien d\u2019une famille banale qui va quitter la quiétude d\u2019une maison et de son jardin pour un appartement de la banlieue bétonnée de Paris.Et ce, après avoir adopté, contre la volonté du père, un drôle de clébard dans un chenil au milieu des champs.Dans ce tout qui réfléchit un peu sur les erreurs du passé, Franck Dubosc se démarque, tout en retenue \u2014 chose rare \u2014, dans le rôle d\u2019un père sévère dont le chien va l\u2019aider à laisser parler sa poésie.Ici, il n\u2019est pas publicitaire, mais un peu dessinateur de machines et surtout beaucoup, on le MÉTROPOLE FILMS Boule et Bill, vus par Alexandre Chariot et Franck Magnier comprend à la fin, Jean Roba qui, dans cette mésaventure sociale ancrée dans l\u2019aveuglement des années 70, va trouver l\u2019inspiration pour sa série de bandes dessinées.A côté de lui, Marina Foïs brille en évitant la Carine, mère de Boule, potiche empathique que le papier avait forgée, et donnant surtout, avec toutes les autres mises en chair des personnages, cette texture, cette profondeur même que les aventures d\u2019un des célèbres couples de la bande dessinée, apparu pour la première fois dans le Journal Spirou en 1959 \u2014 le numéro 1132 pour être précis \u2014, n\u2019avaient pas, mais qu\u2019elles trouvent délicieusement ici.Joli.Le Devoir aile our ¦\t2013/2014 I\tsallebourgie.ca \\\\^ 514-285-2000 La Fondation Arte Musioa présente 4^ VENISE ET LA MUSIQUE Concerts en iien avec [\u2019exposition Splendore a Venezia du MBAM (12 octobre au 19 janvier) DIMANCHE 6 OCTOBRE \\ 14 H LES PLUS BEAUX AIRS ITALIENS Aline Kutan, soprano Clavecin en concert Luc Beauséjour, chef et ciavecin Airs d\u2019opéra et sacrés d\u2019Aibinoni, Marceiio et Vivaidi En collaboration avec Clavecin en concert ACCORDONE (Italie) Première fois au Canada Marco Beasley, ténor Guido Morini, chef et clavecin MERCREDI 9OCTOBRE\\19H30 Tarantella del Piacere Musiquetraditionnelle populaire de l\u2019Italie du sud JEUDI 100CTOBRE\\19H30 Frottole Chansons des XV® et XVP siècles pour VOIX, luth et orgue VENDREDI 11 OCTOBRE\\18H30 Tableauxen musique MUSICIENS DE UOSM Les 4 saisons de Vivaldi En collaboration avec l\u2019OSM JEUDI 17OCTOBRE\\20H ARION ORCHESTRE BAROQUE Enrico Onofri, chef et violon baroque Venezia, mi a more Centans de musique, de Gabrieli à Vivaldi En collaboration avec Arion Orchestre Baroque MERCREDI 23 OCTOBRE \\ 19 H 30 ORCHESTER JAKOBSPLATZ MÜNCHEN (Allemagne) Première fois au Canada Daniel Grossmann, chef Karine Boucher, soprano Mort à Venise WAGNER Siegfried-Idyll et Wesendonck-Lieder ALBINGNI/GIAZGTTG Adagio pour cordes MAPILER Adagio de la Symphonie n® 10 .-r v-AÛ U ï » - On .^ i: Salmigondis fadasse ASSOCIES CONTRE LE CRIME De Pascal Thomas.Avec Catherine Frot, André Dussollier, Linh-Dan Pham, Nicolas Marié, Bernard Verley.Scénario: Clémence de Bienville, Nathalie Lafaurie, Pascal Thomas, d\u2019après le roman d\u2019Agatha Christie.Montage: Catherine Dubeau.Musique: Reinhardt Wagner.France, 2012,104 min.MARTIN BILODEAU Changement de registre radical et malheureux.C\u2019est le diagnostic qu\u2019il convient d\u2019établir devant Associés contre le crime, troisième adaptation par le Français Pascal Thomas des aventures de Prudence et Bélisaire Beresford, détectives amateurs imaginés par Agatha Christie et qui, pour les besoins de l\u2019adaptation, cultivent l\u2019aventure en Suisse romande.Mais c\u2019est l\u2019ennui qu\u2019on cultive, comme spectateur, devant cette comédie balourde et bâclée qui visiblement n\u2019a rien retenu de la spontanéité et du charme des deux épisodes précédents.Mon petit doigt m\u2019a dit et Le crime est notre affaire.Prudence (Catherine Frot, qui surjoue même en silence), épouse opiniâtre et un peu glaçante, se désespère de devoir vivre dans l\u2019ombre de son mari (André Dussollier), aventurier à la retraite qui, au début de l\u2019histoire, connaît un beau succès littéraire à la suite de la parution de ses mémoires.En mal de légitimité.Prudence ouvre une agence de détectives à Genève, où un premier cas la happe: une riche héritière du pétrole russe a disparu.La piste mène le couple (parce que Bélisaire est entré dans la danse) dans une clinique alpine spécialisée dans la chirurgie esthétique.SEVILLE André Dussollier et Catherine Frot dans Associés contre le crime d\u2019où vient de disparaître un médecin gardien d\u2019un objet de rajeunissement magique.Le résultat est un salmigondis fadasse sur le thème (vague) de la légitimité et de la reconnaissance, qui tire le meilleur avantage du paysage suisse \u2014 puisqu\u2019il faut quand même en dire du bien \u2014 et le pire de tous les artistes et artisans impliqués.Visiblement, le cœur n\u2019y était pas.La formule aurait-elle fait son temps?La question se pose, et Thomas tente d\u2019y répondre par une forme de renouvellement, un changement de registre.Son film contient des éléments fantastiques.Mais c\u2019est justement à cause d\u2019eux que tout s\u2019effondre: la fantaisie manque à l\u2019appel, la suggestion est inopérante, la pacotille sans charme prend le dessus.Par comparaison.Associés contre le crime élève Bel-phégor au rang 61 Avatar.Agatha mérite mieux.Nous aussi.Collaborateur Le Devoir ORCHESTRE ¦ Desjardins MÉTROPOLITAIN -y\u2014™ YANNICK NÉZET-SÉGUIN NEZET-SEGUIN ACCUEILLIR L\u2019ÉMOTIONi ORCHESTREMETROPOLITAIN.COM ConM«d»saftt Québec B Le DEVOIR laplacedesarts.com 514 842 2112/1 866 842 2112 LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 AOUT 2013 E 6 îCINEMA «Vaut vraiment le détour!» Mynam Fehmiu, C\u2019est bien meilleur le matin ?T\u2019cha Dunlevy, Isabelle Hontebeyrie, pfltnkds The Gazette Le Journal de Montreal 'Hoifon.^lTTlmour G À l\u2019APPIOHPI CONSULTEZ LES GUIDES- ^ ^\tHORAiRESDEsciNÉMAs rTietrogole M A L\u2019AFFICHE! Imetr-opote^i Irns.coml* Chronique naïve d\u2019une minorité THE BUTLER Réalisation : Lee Daniels.Scénario : Danny Strong.Avec Forest Whitaker, Oprah Winfrey, Maria Carey, John Cusack, Jane Fonda, Cuba Gooding Jr, Lenny Kravitz, Vanessa Redgrave, Alan Rickman, Robin Williams.Image: Andrew Dunn.Montage: Joe Klotz.Musique: Rodrigo Ledo.132 min.ODILE TREMBLAY Librement inspiré d\u2019un article de 2008 du Washington Post sur Eugene Allen, un majordome noir qui travailla à la Maison-Blanche sous plusieurs présidents, The Butler entend dépasser le cadre du portrait pour embrasser beaucoup plus large, en se faisant chronique d\u2019une minorité opprimée qui peu à peu relève la tête.Là où un cinéaste afro-américain comme Spike Lee avait choisi de brosser en plusieurs films-chocs \u2014 Do the Right Thing, Malcolm X, etc.\u2014 les contradictions et les combats de sa communauté, Lee Daniels met tout dans le même film, et embrasse trop large.Les enjeux sont importants, ce film-somme peut être nécessaire, mais on cherche vainement des scènes puissantes à travers un survol trop étalé.On ALLIANCE Forest Whitaker tient ferme la vedette, seul clou du film dans la peau du loyal majordome, pétri de contradictions intérieures.devait à Lee Daniels les films Precious, sur une jeune Noire malmenée (deux Oscar), et The Paperboy, mal reçu.Cette fois, il se risque au large éventail, presque à la Forest Gump, sort aussi les violons, multiplie les compromis, édulcore sa sauce.11 a hérité d\u2019un budget modeste, 25 millions pour une proposition de cette ampleur, et avec pareille distribution, c\u2019est un tour de force.Mais le scénario de Danny Strong aurait pu faire l\u2019objet d\u2019une mini-série.Les moments de cinéma sont très rares.Lorest Whitaker tient ferme la vedette, seul clou du film dans la peau du loyal majordome, pétri de contradictions intérieures qu\u2019il cache mais que son sourcil, son œil de travers et sa démarche révèlent en sourdine.Son épouse se Ml «A V0IR3DES MOMENTS D'HUMOUR INCROYABLES! Michel Couiombe, SRC Aïtel \" I W A «UNE COMEDIE TENDRE LUMINEUSE ET HUMAINE.» Luc Boulanger, La Presse ?LE PARISIEN ?METRO ?20 MINUTES ?STUDIO CINE LIVE L'EXPRESS ?TELE 7 JOURS Cage Dorée une comedie «à la portugaise» de RUBEN ALVES LANNICK GAUTRY CABRITA CROISILLE ?«UN DES MEILLEURS FILMS DE L'ANNEE» -\tKGO Radio «UN BIOPIC FASCINANT SUR STEVE JOBS» -\tEntertainment Weekly «ASHTON KUTCHER EST REMARQUABLE» -\tLarry King «EXTRÊMEMENT DIVERTISSANT» -\tNew York Daily News ¦f TCHER isr\\ f' emscap RemstarFi ms remstarfi ms.com voit incarnée par l\u2019animatrice Oprah Winfrey, qui n\u2019a pas grand-chose à se mettre sous la dent.Le film aligne d\u2019autres têtes d\u2019affiche plus ou moins grimées: Lisenhower est incarné par Robin Williams, Richard Nixon par John Cusack, Ronald Reagan par Alan Rickman, Kennedy par James Marsden, Lyndon B.Johnson par Liev Schrieber, Jane Londa joue Nancy Reagan, etc.Le scénariste, le cinéaste, les producteurs n\u2019ont rien ménagé pour faire du film la grande fresque moderne sitr la condition des Noirs aux Etats-Unis, des années 20 à aujourd\u2019hui, de la ségrégation au Sud jusqu\u2019à l\u2019élection d\u2019Obama, en passant par la lutte pour les droits civiques.Malcolm X, Martin Luther King, les luttes noires qui ont enflammé la seconde moitié du XX® siècle, sont évoqués, certes, d\u2019autant plus que le scénariste a fait du fds du majordome (joué par David Oye-lowo, avec force de frappe) un militant actif.Les différends entre les deux hommes, bien schématisés, constituent l\u2019épine du film: le majordome, façon oncle Torn soumis, le fils rebelle, héros sans compromis.C\u2019est la rupture.Un second fils sera victime de la guerre au Vietnam, ouvrant cet autre chapitre de l\u2019histoire américaine.Un cours accéléré.Tout commence dans les champs de coton géorgiens, en 1920, où le jeune Allen vit dans les cases d\u2019esclaves qui ont survécu à la guerre de Sécession, témoin et victime de toutes les brutalités.Maria Carey joue sa tendre mère et Vanessa Redgrave, une ambivalente patronne de plantation.Ce sont presque des apparitions éclair.Que dire ?Aucun morceau de bravoure de leur côté.Voilà qui tranche avec les fastes de la Maison-Blanche, mais tout est exagéré, là aussi : un excès d\u2019assiettes de porcelaine et de verres de cristal.Les présidents, qui se succèdent trop vite, laissent à la pléiade de stars qui les incarnent à peine le temps de développer leurs personnages.Une naïveté finit par imprégner le film qui devient simpliste, réducteur, surtout avec l\u2019élection d\u2019Obama.On y suggère des lendemains plus lumineux qu\u2019ils ne le seront pour des Afro-Américains qui n\u2019ont pas fini de se battre.Mais le hcîppy end l\u2019ignore.Le Devoir Jobs à moitié fait JOBS De Joshua Michael Stern.Avec Ashton Kutcher, Josh Gad, Dermot Mulroney, Matthew Modine.Scénario : Matt Whiteley.Image : Russell Carpenter.Montage: Robert Komatsu.^ Musique : John Debney.Etats-Unis, 2013, 129 min.MARTIN BILODEAU Les films biographiques re-produisent souvent le même modèle.Leur horizon débouche sur un mur \u2014 un événement clé ou un lit de mort \u2014 peint habituellement au premier acte, et devant lequel se met en action le rétroprojecteur.L\u2019événement clé en question dans Jobs, qui raconte suivant ce modèle la vie du cofondateur de la compagnie Apple, c\u2019est le sommet de son œuvre, soit l\u2019inauguration de l\u2019iPod, en 2001.Et non pas sa mort prématurée survenue dix ans plus tard.On pourra toujours y revenir.Steve Jobs était un génie et un salopard, dans cet ordre.De l\u2019avis de Joshua Michael Stern {Swing Vote) et de son scénariste Matt Whiteley (bien connu de sa mère), il était un salopard de génie.Je ne joue pas sur les mots.La nuance est importante.11 est plus aisé d\u2019évoquer les faiblesses d\u2019un individu, qui se matérialisent dans des gestes souvent intempestifs comme ceux de Jobs, que de rendre à l\u2019écran les idées folles et fortes qui se bousculent dans sa tête de visionnaire.David Lincher avait relevé ce pari avec son brillant The Social Network, racontant la vie du créateur de Lacebook Mark Zuckerberg.L\u2019écriture et la mise en scène s\u2019élevaient au même niveau intellectuel et névrosé que le sujet.Joshua Michael Stern est resté collé au sol, partagé entre le désir de faire de son personnage un symbole de réussite dans l\u2019Amérique contemporaine et la nécessité de raconter, à grand renfort de montages en accéléré surmontés de chansons d\u2019époque Qa « playlist» de sa vie), tous les épisodes importants qui ont conduit à son ascension (depuis l\u2019invention du premier Apple dans le garage familial), à sa chute (son congédiement par le p.-d.g.d\u2019Apple) et à sa rédemption (sa relance de la marque après sa réembauche à titre de p.-d.g.).Jobs, le film, aborde différents sujets qui auraient mérité d\u2019être approfondis, comme la perte de contrôle de la marque survenue à la suite de l\u2019entrée en Bourse de la compagnie.Mais le cinéaste répond au seul appel du temps qui passe.Et va donc au plus pressé.On pourrait dire la même chose de l\u2019interprétation à bride abattue d\u2019Ashton Kutcher dans le rôle-titre.11 imite bien la démarche légèrement courbée de Jobs, rend bien le regard malicieux et le talent du négociateur.Mais l\u2019autorité et le génie sont absents de sa composition.Joshua Michael Stern a beau le magnifier par des prises de vue en contre-plongée de dos, son Jobs, il faut bien s\u2019y résoudre, ne fait pas la job.Collaborateur Le Devoir W 1 REMSTAR Ashton Kutcher imite hien la démarche légèrement courbée de Johs, rend hien le regard malicieux et le talent du négociateur.Mais l\u2019autorité et le génie sont absents de sa composition.Trouver sa voix, et joliment IN A WORLD.Réalisation et scénario: Lake Bell.Avec Lake Bell, Fred Melamed, Demetri Martin, Michaela Watkins, Ken Marino, Rob Corddry.Image: Seamus Tierney.Montage: Tom McArdle.Musique: Ryan Miller.États-Unis, 2012, 93 min.ANDRÉ LAVOIE Chaque milieu artistique regorge de divas et d\u2019em-merdeurs; croyez-le ou non, le monde du doublage et du « voice-over » possède aussi sa faune guidée par ses propres lois.Dans In a World., la femme-orchestre Lake Bell cumule tous les postes importants et fait de son premier long métrage une réussite hilarante, nous plongeant dans cet univers peu connu.11 est pourtant si familier, du moins pour ceux attentifs à ce que les voix caverneuses peuvent parfois débiter comme âneries dans les bandes-annonces des fdms holl5rwoodiens.Carol (Lake Bell, une belle présence vive et enjouée à la Catherine Keener) veut appartenir à cette confrérie, cher- VICTORIAL WILL ASSOCIATED PRESS Lake Bell fait de son premier long métrage une réussite.chant à suivre les traces de son père, l\u2019égoïste Sam (Lred Melamed), et devenir l\u2019égal du narcissique Gustav (Ken Marino).Celui-ci pourrait un jour remplacer Don LaLontaine, véritable monument de cette profession, récemment décédé, à qui Bell rend hommage, et que l\u2019on a pu entendre dans 750000 publicités et 5000 bandes-annonces.Rien de moins.EXC3NTRIS PRESENTEMENT AU CINEMA JOBS JOSHUA MICHAEL STERN -122 MIN, V.O.ANGLAISE AVEC S.-T.F.BILLETTERIE : 514 847-2206 3536, BOULEVARD ST-LAURENT, MONTRÉAL OQ CINEMAEXCENTRIS.COM ET AUSSI A L\u2019AFFICHE: LES 4 SOLDATS ROBERT MORIN WAJDJA HAIFAAAL-MANSOUR\t AU BOUT DU CONTE AGNÈSJAOUI\t LES AMANTS PASSAGERS PEDRO ALMODOVAR\tEgn HANNAH ARENDT MARGARETHE VON TROTTA\t \t \t Cette coach en techniques vocales n\u2019aura pas la partie facile, trentenaire sans le sou expulsée de la maison de son père et débarquant chez sa sœur aînée (Michaela Watkins) en pleine crise conjugale avec son conjoint (Rob Corddry).Par une amusante série de hasards, Carol enregistre une publicité qui séduit les oreilles les plus exigeantes, la plaçant favorite pour une série de bandes-annonces qui pourrait lui rapporter gros et la positionner parmi les narrateurs les plus recherchés.Avant d\u2019en arriver là, grâce à sa propension à mettre les pieds dans les plats, ou dans la bouche, Carol devra traverser de multiples épreuves sentimentales, familiales et professionnelles.Ce long chemin ne connaît aucun moment d\u2019ennui ni passage à vide.Cette première comédie (un genre sans pitié pour qui s\u2019y aventure) affiche une écriture sans failles et de belles présences à l\u2019écran.Lake Bell domine la distribution mais fait preuve d\u2019une générosité exceptionnelle en s\u2019entourant d\u2019acteurs fabuleusement doués pour le rire, ne s\u2019appropriant pas pour elle seule tous les moments de pur délire.Même Lva Longoria, une des «desperate housewives» du petit écran, réussit à s\u2019imposer le temps d\u2019une apparition éclair rigolote.Par la férocité de certaines répliques et la multiplicité des traits d\u2019esprit, le tout servi à un rythme endiablé.In a World.pourrait se comparer aux meilleures sitcoms.C\u2019est d\u2019ailleurs une fine fleur à tendre à ce film, pas si nombreux dans son genre à briller pour la qualité des dialogues et la dextérité de l\u2019ensemble de ses interprètes.Leur enthousiasme est contagieux, tous au service de Lake Bell, une actrice besogneuse visiblement prête à se réinventer, et à trouver sa voix.Collaborateur Le Devoir http://www.azfilms.ca/accueil_fr.html http://cinemaexcentris.com LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 AOUT 2013 E 7 LIVRES AGENCE ERANCE PRESSE Biaise Cendrars, ici photographié à Paris en 1961, a accédé à sa seconde et véritable naissance grâce à la poésie.Cendrars ou le refus de rimmobilisme La Pléiade publie les œuvres autobiographiques complètes de l\u2019écrivain aventurier GILLES ARCHAMBAULT Il ne faut certes pas s\u2019étonner qu\u2019on ait songé à publier dans la Bibliothèque de la Pléiade les œuvres autobiographiques complètes de Biaise Cendrars.Après tout, l\u2019homme n\u2019a jamais cessé de se raconter dans des livres dont la liberté de ton et le modernisme font encore mouche.Que ces écrits qui font le récit d\u2019une vie soient en partie inventés à partir de faits pas toujours avérés, voilà qui n\u2019a pas tellement d\u2019importance.Cendrars est un baroudeur, mais aussi un bonimenteur.Ce qui compte, c\u2019est la manière.Qu\u2019un album lui soit consacré dans la même collection ne devrait pas surprendre non plus, tant il apparaît que ce ne sont pas les documents iconographiques qui font défaut.Braque, Doisneau, Fernand Léger, Brancusi, entre autres, ont été des amis à des degrés divers.Il y a aussi les voyages.Qui ne ressemblent en rien à ceux de Gide ou de Valery Larbaud.Les pays étrangers, il les aura visités souvent à titre de reporter, un reporter qui n\u2019a rien d\u2019un journaliste.Il voit et crée en même temps.La contrée qu\u2019il parcourt à la va-vite ou autrement n\u2019est pas photographiée.Elle est un des éléments qui composent le tableau intérieur que Cendrars se fait.Dans son éclairante préface, Claude Leroy rappelle la réponse que fit notre homme à André Parinaud qui l\u2019interrogeait sur les suites de sa première fugue: «Je me suis fabriqué une vie d\u2019où est sorti mon nom.» Ce n\u2019est qu\u2019en 1911, à Ne^v York \u2014 il a 24 ans \u2014, qu\u2019il troque son patronyme de Sauser pour celui de Cendrart.Le «t» final se transformera très tôt en «s».Il ne fait pas mystère des raisons qui l\u2019amènent à Il y a l\u2019horreur de la mort qui rôde, la peur, mais aussi et surtout le vide d\u2019une existence abandonner le patronyme familial.«Je ne suis pas le fils de mon père.» Puis, «je suis le premier de mon nom puisque c\u2019est moi qui l\u2019ai inventé de toute pièce.» Toute sa vie, Cendrars mettra en avant une conception du monde basée sur la liberté.Il ne croit pas aux attaches, prône qu\u2019il faut s\u2019émanciper à tout prix, abandonner femme et enfants \u2014 ce qu\u2019il fera \u2014 si l\u2019on entend vivre pleinement.Pourquoi vivre à demi ?Cendrars raconte dans La main coupée son expérience de la guerre des tranchées.Cette main coupée, c\u2019est la sienne.On sait qu\u2019il perdit au front, pendant la Première Guerre mondiale, son bras droit et que ce n\u2019est qu\u2019à la suite d\u2019un long apprentissage qu\u2019il put se remettre à l\u2019écriture.Ce roman écrit sans fioritures, dans un style proche du témoignage oral, est une vibrante dénonciation de l\u2019horreur de la guerre.On est loin du texte pa-triotard et particulièrement odieux des chantres de l\u2019héroïsme guerrier.Il y a l\u2019horreur de la mort qui rôde, la peur, mais aussi et surtout le vide d\u2019une existence.«Quand je pense à mes hommes nichés dans les différents trous du secteur de Tilloloy, à trente ans de distance, je nous vois comme des poux dans une tète.Que faisionsmous là ?On mourait d\u2019ennui en proie à la nostalgie de la femme.» Cette nostalgie apparaît comme la seule motivation qui serait celle de pauvres diables enlevés à la vie.Et qui la perdront probablement.«Qu\u2019est-ce qu\u2019un pauvre bougre pouvait bien écrire à sa femme ou à sa dulcinée dans de pareilles conditions sinon de la poésie ?l\u2019amour aussi est une hantise qui vous démange et vous dévore vif comme des poux.» La poésie pour Cendrars est l\u2019occupation fondamentale.C\u2019est par la poésie qu\u2019il a accédé à sa seconde et véritable naissance.Par elle, s\u2019inspirant de Villon, de Baudelaire, de Rimbaud et de Nerval, il cherche à se réaliser dans les projets les plus divers, commencés dans le délire et pas toujours terminés.Dans Bourlinguer, cette affirmation: «La vie n\u2019est pas un dilemme.C\u2019est un acte gratuit.Et l\u2019action libère.C\u2019est pourquoi Dieu est le Créateur.Son souffle donne vie.C\u2019est l\u2019évasion.Vivez, ah ! vivez donc, et qu\u2019importe la suite! N\u2019ayez pas de remords, vous n\u2019ètes pas juge.» Il y a beaucoup à lire dans les textes autobiographiques réunis dans ces deux volumes.Dans la plupart des textes se sent une nécessité première.Quand la suite ne paraît pas à la hauteur, on n\u2019est pas porté à en vouloir à l\u2019écrivain qui nous a menés en bateau.Ne pas oublier que, très tôt, Cendrars a joué à être Cendrars, faisant de son infirmité de guerre une sorte de marque de commerce, posant au dur, cigarette aux lèvres.Ce faux dur a pourtant écrit superbement au sujet de l\u2019amour et ses lettres à celle qu\u2019il n\u2019a cessé de suivre, Ray-mone Duchâteau, sont d\u2019une belle tendresse.Collaborateur Le Devoir ŒUVRER AUTOBIOGRAPHIQUES COMPLETES Biaise Cendrars Gallimard, «Bibliothèque de la Pléiade», tomes I et II Paris, 2013, 1125 et 974 pages ALBUM CENDRARS Gallimard, «Bibliothèque de la Pléiade» Iconographie choisie et commentée par Laurence Campa Paris, 2013, 241 pages Simon Liberati, l\u2019antiquaire L\u2019écrivain français propose un fascinant exercice d\u2019exploration littéraire CHRISTIAN DESMEULES Le cinquième livre de Simon Liberati, 113 études de littérature romantique, s\u2019ouvre sur un aveu d\u2019une franchise rafraîchissante : «On ne trouvera dans ces mélanges aucun livre contemporain ou presque.Je n\u2019en lis pas.» Après un détour chez Grasset, le temps d\u2019obtenir le prix Femina en 2011 avec Jayne Mansfield 1967, Liberati revient chez Flammarion, où il avait publié ses trois premiers romans, Anthologie des apparitions, Nada exist et L\u2019hyper Justine.Amateur fasciné d\u2019anges déchus, collectionneur de morceaux de bravoure, ermite et esthète, l\u2019écrivain français, né en 1960, nous offre cette fois une somme de courts textes présentés dans un désordre parfait \u2014 le mot «mélange» semble particulièrement bien choisi \u2014, s\u2019efforçant de suivre sa pente la plus naturelle.Le mélange ne s\u2019arrête d\u2019ailleurs pas là: «Je trouve les oublis, les faux souvenirs, du moment qu\u2019ils sont corrigés, aussi intéressants que les précisions.» C\u2019est donc dire que le lecteur s\u2019embarque pour 500 pages d\u2019exploration littéraire, guidée par des sujets et des livres chinés eux-mêmes un peu partout au fil des années.Chez Emmaus, dans des boîtes d\u2019invendables abandonnées sur le trottoir, patiemment exhumés de revues depuis longtemps oubliées de la plupart des mortels.Aussi ne faudra-t-il pas s\u2019étonner si ces pages sentent parfois un peu le moisi.C\u2019est sûrement, de tous les parfums liés au romantisme, celui que préfère Simon Liberati.L\u2019auteur y avoue sans détour son penchant pour les atmosphères d\u2019Henri de Régnier, de Remy de Gour-mont, de Marcel Schwob, sa fréquentation assidue de Paul Léautaud («Léautaud, c\u2019est ma femme») et de Maurice Barrés \u2014 qui posséderait «le charme des morts lorsqu\u2019ils vous touchent le front de leur main ou vous embrassent dans le sommeil».Aveux de bibliophile, long autoportrait, rêveries ou évocations précises : tout comme dans ses romans, loin de toutes les tiédeurs, Liberati cherche dans les méandres de la passion une certaine forme de pureté d\u2019âme.Cela suffit à faire de 113 études de littérature romantique un fascinant exercice de liberté et de littérature.Collaborateur Le Devoir 113 ÉTUDES DE LITTÉRATURE ROMANTIQUE Simon Liberati Flammarion Paris, 2013, 525 pages ERANÇOIS GUILLOT AGENCE ERANCE PRESSE Amateur fasciné d\u2019anges déchus, collectionneur de morceaux de bravoure, ermite et esthète, Liberati nous offre cette fois une somme de courts textes présentés dans un désordre parfait.PROUST SUITE DE LA PAGE E 1 Vous ne vous méfiez pas trop au début.Mais vous aurez droit à une multitude de citations, de références directes à la Recherche.Vous serez complètement immergé.Le récit lui-même vous apparaîtra peu à peu comme une allégorie proustienne.Même pas du tout proustien, proustienne, vous serez à même de constater que les mêmes thèmes reviennent: la mémoire, le passage du temps.Vous vous délecterez au passage des réflexions de Proust, parfois reproduites en long et en large, sur les jeux de l\u2019amour.Et sur le rôle de l\u2019art.Du type: «Par l\u2019art seulement, nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n\u2019est même pas le nôtre.Grâce à l\u2019art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et autant qu\u2019il y a d\u2019artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition.» Vous ne pourrez pas faire autrement que d\u2019établir des rapprochements avec les enjeux soulevés dans Proust à Sainte-Foy.Vous en viendrez à voir ce roman comme une longue suite d\u2019associations d\u2019idées.Un jeu constant entre l\u2019univers proustien et celui, à première vue com- Prciust Sïinre Fo> plètement différent, pour ne pas dire antinomique, qui se déploie sous la plume d\u2019Hélène de Billy.Vous admirerez l\u2019audace de l\u2019auteure.Vous vous direz bien, par moments, que c\u2019est peut-être un peu trop pé-dago-pédagogique.Un peu trop je-vais-finir-par-vous-convaincre-que-Proust-est-incontournable.Vous vous demanderez aussi si l\u2019auteure ne vous en passe pas une petite vitç, accessible seulement aux initiés.A la fin, vous conclurez que, si oui, tant pis, votre lecture premier degré ne vous a pas empêché de prendre goût à l\u2019aventure.Et quelle aventure ! Au départ, l\u2019idée est un peu folle.Imaginez La recherche du temps perdu dans un foyer pour personnes âgées.Non pas en livres, mais en CD.Cent onze CD en tout.Qu\u2019ambitionne d\u2019écouter une vieille dame.Elle-même sceptique au départ, elle en viendra à convertir ses colocataires, alors que tout autour d\u2019eux sont grisaille et délabrement, dans cette«prison pour vieux»oix règne une marâtre, rôde un voleur, sévissent un obsédé sexuel et un dément qui va perdre complètement la carte.Entrent en jeu plusieurs narrateurs.Dont la vieille dame.Marquise.Ses deux filles, Irène et Mimi.Son naturopathe.Une coloca- Vous vous demanderez si l\u2019auteure ne vous en passe pas une petite vite, accessible seulement aux initiés taire de la pension.Chaque fois, des bribes de la vie de chacun, des retours dans le passé.Chaque fois, des fragments de récit, qui se complètent.Tous et toutes ont en commun d\u2019être habités d\u2019une façon ou d\u2019une autre par la Recherche.Tous et toutes sont attachants à leur façon.Souvent drôles.Le naturopathe surtout, celui qui a recommandé, outre rutilisation d\u2019un vibrateur, l\u2019écoute desdits CD à la vieille Marquise, par ailleurs cleptomane, insomniaque, adepte de bloody mary et fumeuse compulsive.«Si je recommande la Recherche, s\u2019explique le naturopathe en question, c\u2019est qu\u2019avec ses centaines de milliers de mots, ce volcan a un effet calmant sur mes patients.Lâchées sous forme de particules auditives, les longues phrases et leur rythme jazzé vous bercent.Et puis avec cent quarante heures d\u2019éruptions discursives, vous en aurez pour votre argent.» La fille Irène, elle-même fraîchement convertie, de renchérir auprès de sa mère : «Laisse l\u2019enregistrement tourner en boucle pour te laisser bercer par sa musique.De toute façon, l\u2019histoire, tu la connais: c\u2019est celle d\u2019un gars qui ne se souvient de rien jusqu\u2019au jour où il trempe un biscuit dans sa tasse de thé.Pour le reste, ce sont des longues descriptions assorties de magnifiques leçons de vie.» C\u2019est le ton.Le ton souvent par-dessus la jambe qui vous séduira, vous gagnera, fera en sorte que vous laisserez tomber vos réticences de non-proustien, non-proustienne.Ce sont les clins d\u2019œil constants de quelqu\u2019un qui ne se prend pas au sérieux, qui s\u2019amuse, derrière.Sans pour autant se limiter à la frivolité : une gravité, en lame de fond.Un regard sans merci sur le vieillissement, sur le dépérissement.Sur la mort au bout.Un souffle aussi.Porté par ce qui pourrait être un sentiment d\u2019urgence qui s\u2019avère contagieux : surtout, ne pas se laisser faire, ne laisser rien ni personne bouffer sa propre vie.Et puis une tendresse.Tendresse re-fropvée entre une mère vieillissante et ses filles.A sa façon, Hélène de Billy désacralise Proust.Tout en puisant dans son œuvre matière à réfléchir, à s\u2019émerveiller.Et à créer.Tout en mettant sur papier ses propres préoccupations, obsessions, hantises ?Collaboratrice Le Devoir PROUST A SAINTE-FOY Hélène de Billy Leméac Montréal, 2013, 120 pages E 8 LE DEVOIR LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE I AOUT 201 LIVRES SAM PANTHAKY AGENCE ERANCE PRESSE Deux femmes sont attelées comme des bêtes de somme pour aider à labourer un champ pour les graines de coton dans le village de Nani Kisol dans l\u2019Etat du Maharashtra, en Inde.Selon le livre d\u2019Andrée-Marie Dussault, les femmes en Inde n\u2019auront jamais fini de se battre.Surtout quand elles proviennent des communautés tribales, elles héritent des tâches les plus viles.L\u2019Inde au féminin pluriel Andrée-Marie Dussault dresse le portrait de la dignité blessée, mais résistante, de femmes qui ont la beauté de l\u2019humanité en lutte ï Louis CORNELLIER Souvent présentée comme la plus grande démocratie du monde, rinde demeure un mystère pour la plupart des Québécois.Les lecteurs du Devoir, eux, grâce aux excellentes chroniques indiennes du collègue Guy Taillefer, disposent toutefois de quelques lumières sur cet univers.Vaste et populeux pays dans lequel se côtoient la modernité et le Moyen Age, rinde connaît, depuis le début des années 1990, un important essor économique, mais, comme le rappelle la journaliste indépendante Andrée-Marie Dussault, «c\u2019est aussi, et avant tout, une nation qui compte le tiers des pauvres de la planète».L\u2019Inde, de plus, évoque peut-être, dans les esprits occidentaux, Gandhi et sa philosophie de la non-violence, mais, constate la journaliste, «il s\u2019agit d\u2019un pays où ceux qui détiennent le pouvoir exercent une grande violence envers les personnes socialement infériorisées: les pauvres en général, les castes inférieures, les tribals (les autochtones) et les femmes».C\u2019est la situation de ces dernières, principalement, que nous fait découvrir Voyage dans l\u2019Inde des Indiennes, un bref et solide recueil de reportages.Originaire de Québec, Andrée-Marie Dussault a étudié à rUQAM et à Genève, où elle a ensuite travaillé comme rédactrice en chef d\u2019un magazine féministe.De 2004 à 2011, elle a vécu en Inde, écrivant à partir de là des reportages pour des quotidiens suisses et québé- cois, notamment La Presse et Le Soleil.Aujourd\u2019hui, de retour en Suisse, elle publie, au Québec, cet ouvrage vivant et instructif qui ne cache pas son angle féministe.Mépris des femmes En Inde, écrit-elle, «on vénère les déesses, mais, chez les mortels, on préfère les garçons».Et cette préférence, ancrée dans une tradition plus que millénaire, se traduit très concrètement en mépris et en violence à l\u2019endroit des femmes, surtout si elles sont pauvres.Comme l\u2019écrit froidement Dussault, «le problème est tué dans l\u2019œuf, littéralement», depuis une vingtaine d\u2019années.Avant, «les filles étaient surtout Les femmes indiennes sont soumises à des canons de beauté racistes, sexistes et toxiques victimes d\u2019infanticides», surtout si elles avaient le malheur d\u2019arriver au rang de deuxième ou de troisième enfant, après la naissance d\u2019une première fille.Aujourd\u2019hui, les techniques modernes permettent d\u2019identifier le sexe de l\u2019enfant avant sa naissance et d\u2019éliminer les filles non désirées par avortement, malgré une loi de 1994, non appliquée, qui interdit ces manœuvres.Des chefs spirituels de toutes confessions luttent contre ces feticides, mais, «selon les estimations de l\u2019UNICEF, près de 40 millions de femmes et de fillettes manquent à l\u2019appel en Inde à cause de décennies de discrimination».La pratique de la dot, elle aussi officiellement interdite depuis 1961, mais néanmoins toujours très répandue, est une cause fondamentale de cette cruelle discrimination.Pour marier une fille, sa famille doit couvrir de cadeaux la famille de l\u2019époux, avant et même après le mariage, selon une tradition pervertie qui s\u2019apparente à de l\u2019extorsion.La famille de la fille, de plus, «donne» la mariée à la famille du garçon, perdant ainsi un soutien financier essentiel.En Inde, par conséquent, avoir une fille représente souvent un poids économique insupportable, qu\u2019on cherche à éviter par tous les moyens.Celles qui survivent malgré tout (il faut mesurer la cruauté absurde de cette formule qui décrit pourtant bien la réalité) n\u2019ont jamais fini de se battre.Si elles appartiennent à la caste méprisée des intouchables ou proviennent des communautés tribales, elles héritent des tâches les plus viles.Andrée-Marie Dussault raconte avec respect, tout en laissant transpirer sa colère devant cette situation, la triste vie de ces victimes, condamnées à la collecte manuelle des excréments des autres ou à un rôle de domestique maltraitée, à partir de sept-huit ans, pour un salaire de misère.Certaines jeunes filles pauvres sont même données à des temples hindous pour devenir «devadasi», c\u2019est-à-dire, littéralement, «servantes de la divinité», un rôle qui, dans les faits, confine à la prostitution.Un sombre portrait Souvent victimes de violeurs impunis, considérées comme des déchets de la société quand elles deviennent veuves, les femmes indiennes sont aussi soumises à des canons de beauté racistes, sexistes et toxiques, comme cette mode de la dépigmentation de la peau, encouragée par les multinationales occidentales de la beauté.En Inde, en effet, la clarté de la peau, «surtout celle des femmes», précise Dussault, est très valorisée, ce qui en mène plusieurs à user de crèmes éclaircissantes aux effets secondaires dangereux.Le portrait, on le constate, est sombre et souvent désespérant.La journaliste, cependant, n\u2019a pas voulu en rester là.«Heureusement, écrit-elle, les Indiennes ne sont pas à une ressource près.Il existe des milliers de groupes de femmes en Inde.Certaines femmes deviennent des leaders inspirantes [.].Celles-ci défendent les intérêts des femmes battues par leur mari, jetées à la rue par leur belle-famille, privées de droits ou de terres par les hautes castes du village, volées par ceux qui distribuent les produits rationnés destinés aux ménages pauvres.» Ces femmes, parfois appuyées par des hommes, se battent aussi contre Coca-Cola qui pompe abusivement leur eau, contre les crimes d\u2019honneur, pour les droits des lesbiennes, pour la liberté de faire de la boxe ou celle, même, de voir un jour une femme devenir dalaï-lama.Andrée-Marie Dussault a vécu avec elles pendant des années, les a écoutées et les a aimées.Ses reportages, brefs, efficaces et éloquents, rendent avec sobriété la dignité blessée mais résistante de ces femmes qui ont la beauté de l\u2019humanité en lutte.louisco@sympatico.ca VOYAGE DANS UINDE DES INDIENNES Andrée-Marie Dussault Remue-ménage Montréal, 2013, 144 pages Le singulier découvreur de Perron MICHEL LAPIERRE Il fallait que l\u2019homme qui a publié en 1970 le premier livre, refondu aujourd\u2019hui, sur Jacques Eerron fût à la hauteur de la singularité de l\u2019écrivain avec qui il s\u2019y entretenait.Il vit en Thaïlande, comme un moine bouddhiste, celui qui a eu l\u2019audace d\u2019écrire que, grâce à Eerron, Montréal «est devenue un vaste château de rêve auprès duquel New York ne nous est plus qu\u2019un vieux manoir abandonné».C\u2019est un Paquette qui a grandi à Saint-Henri.Né dans la métropole en 1941, Jean-Marcel Paquette a écrit, sous le pseudonyme de Jean Marcel, Jacques Perron malgré lui, maintenant enrichi de six textes substantiels.Pour éviter une «profanation», le critique littéraire s\u2019est interdit d\u2019ajouter un iota au «très émouvant témoignage» que Pierre Vallières, dans Nègres blancs d\u2019Amérique (1968), avait, en véritable pionnier, rendu à l\u2019écrivain, médecin des pauvres de la banlieue montréalaise.Malgré tout, Marcel place Rdédition augmented la politique et la société au cœur d\u2019une conversation révélatrice avec Perron.Celui-ci lui avoue: «Le pays m\u2019a paru incertain et mon idée a été la suivante: assurer sa pérennité et ensuite ne plus y penser, écrire en paix, sans souci du pays, comme cela se fait dans les pays normaux.» La dimension politique de l\u2019œuvre ne frappe pas d\u2019emblée.Marcel a beau dire à l\u2019écrivain: «En 1963, vous publiez La tête du roi; le lendemain les premières bombes du FLQ se mettent à sauter», il sait bien que les cercles révolutionnaires que Perron fréquente en dilettante ne subissent de lui qu\u2019une influence confuse.Le maître ne devient assez clair qu\u2019à la lecture et même qu\u2019à la relecture.Grand découvreur, Marcel a parfaitement compris que la provocation ferronienne relève de «la chose la plus scandaleuse qui soit en littérature: le style».Il précise à son interlocuteur: «Tout votre édifice ne tient que par cette seule pierre, magique et solitaire.» Pas étonnant qu\u2019une telle pénétration du secret de l\u2019œuvre ait donné lieu à une correspondance considérable, encore inédite, entre Perron et le fondateur de l\u2019exégèse de ses écrits.Paire du style l\u2019essentiel de ce que Marcel baptise «ferro-nisme», ce n\u2019est pas sombrer dans la stérilité de l\u2019esthé- tisme.Grâce aux ressources inépuisables de la rhétorique, des masques, de la préciosité, de la moquerie, le style ferro-nien devient pensée, esprit, révolte, finit par acquérir un ton naturel.Loin du prêchi-prêcha, il atteint, comme l\u2019exégète le décèle, une «complicité » sociopolitique avec tous, même, par une hauteur de vue universelle, avec l\u2019adversaire dominateur.Perron ne cherche pas à gagner une guerre nationale ou sociale, mais, selon Marcel, il faut espérer que son œuvre «corrigera l\u2019histoire, comme il arrive chez Goethe qui corrige le parcours de l\u2019Allemagne», sinon elle sera «le plus beau cri de notre agonie».Voilà bien la sagesse du bouddhiste qui a fait du Siam l\u2019au-delà de Saint-Henri.Collaborateur Le Devoir JACQUETS PERRON MALGRE LUI Jean Marcel PUL Québec, 2013, 230 pages POLARS Un rythme infernal MICHEL BELAIR On aime ou pas le style du commissaire Proteo Lau-renti de la police de Trieste.Un peu maniéré au volant de son Alfa Romeo et presque macho quand il se laisse aller, c\u2019est un homme qui préconise les « manières directes » et il est, disons, porté sur le vin blanc local et la bonne chère, ce qui contribue à le rendre plutôt sympathique.Laurenti est un intuitif particulièrement efficace et voilà déjà que la sixième et la plus complexe de ses enquêtes vient d\u2019arriver sur les rayons des libraires.On trouvera de tout ici sur fond de politique européenne et d\u2019ouverture des frontières de l\u2019espace Shengen.A deux pas de la Slovénie, pas très loin de la Croatie, du Monténégro et même de l\u2019Autriche, Trieste s\u2019ouvre à la fois sur la mer, sur la péninsule italienne et sur le continent européen ; c\u2019est en quelque sorte le verrou de la côte dalmate et, tout au long de l\u2019histoire, la ville a été l\u2019objet de toutes les convoitises des politiques et des brigands en tous genres.Cela explique peut-être que le commissaire Laurenti se retrouve soudain devant trois histoires entremêlées qui se termineront dans un affreux bain de sang ayant des répercussions sur toute l\u2019économie mondiale, rien de moins.Cela s\u2019amorce pourtant tout doucement avec Pina, la petite inspectrice calabraise, qui se fait agresser par un énorme chien alors qu\u2019elle s\u2019esquinte sur son vélo.Mordue, elle sera «sauvée» par un cavalier qui monte en amazone puisqu\u2019il a les jambes paralysées.Pina vient en fait d\u2019entrer dans la vie de Sedem, le fils du milliardaire Duke Newman qui dirige son empire planétaire à partir d\u2019une ferme retapée sur le kartz.On découvrira bientôt que Sedem n\u2019est pas aussi idéaliste et aussi transparent qu\u2019il y paraît.En filigrane apparaîtra aussi le scénario habituel des spéculateurs véreux et, surtout, une sordide histoire de combats de chiens que l\u2019on abordera de l\u2019intérieur, si l\u2019on peut dire, puisque Veit Heinichen nous placera directement \u2014 comme s\u2019il avait lu le récent Anima de Wajdi Mouawad \u2014 dans le crâne de l\u2019un des molosses.Brrrrr.Mais c\u2019est bien sûr le petit monde qui s\u2019agite autour de Laurenti, truands, dignitaires plus ou moins corrompus et flics en tous genres, avec sa femme, ses filles et son fils cuisinier, qui rend tout cela captivant.Ce qui est une autre façon de dire que Heinichen (et ses traducteurs) raconte tout cela à un rythme proprement effarant.En fait, j\u2019aurai mis moins de 24 heures à dévorer cette histoire tordue que l\u2019on n\u2019arrivera pas à lâcher.Collaborateur Le Devoir LA RAISON DU PLUS FORT Veit Heinichen Traduit de l\u2019allemand par A.Huriot et F.Mortier Seuil Policiers Paris, 2013, 300 pages SOURCE RZPR Veit Heinichen dans le Trieste de son commissaire Proteo Laurenti, ville que l\u2019auteur d\u2019origine allemande a aussi adoptée.?^Gaspard LE DEVOIR ALMARÈS Du 5 au 11 août 2013 \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Les heritiers du fleuve \u2022 Tome 1 1886-1893\tLouise Tremblay-D\u2019Essiambre/ Guy Saint-Jean -/I\t 2 Saccages\tChrystine Brouillet/Courte echelle\t1/9 3 mân\tKim Thûy/Libre Expression\t2/19 4 Lit double \u2022 Tome 2\tJanette Bertrand/Libre Expression\t3/11 5 Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique!\tAmelie Dubois/Les Éditeurs reunis\t4/40 6 Lit double\tJanette Bertrand/Libre Expression\t5/11 7 La fiancee américaine\tÉric Dupont/Marchand de feuilles\t6/41 8 Souvenirs de la banlieue \u2022 Tome 5 Tante Irma\tRosette Laberge/Les Éditeurs reunis\t7/9 9 Souvenirs de la banlieue \u2022 Tome 3 Sonia\tRosette Laberge/Les Éditeurs reunis\t8/8 10 Les heritiers d\u2019Enkidiev \u2022 Tome 7 Le conquérant\tAnne Robillard/Wellan\t9/4 Romans étrangers\t\t 1 Infemo\tDan Brown/Lattes\t1/11 2 Cinquante nuances plus claires \u2022 Tome 3\tE.L.James/Lattes\t2/27 3 Cinquante nuances plus sombres \u2022 Tome 2\tE.L.James/Lattes\t3/31 4 Cinquante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE.L.James/Lattes\t4/45 5 Le cinquième témoin\tMichael Connelly/Calmann-Levy\t6/9 6 Demain\tGuillaume Musso/XD\t5/22 7 Secret d\u2019ete\tElin Hildeitrand/Lattes\t7/9 8 Crossfire \u2022 Tome 2 Regarde-moi\tSylvia Day/Flammarion Quebec\t10/3 9 Un sentiment plus fort que la peur\tMarc Levy/Robert Laffont | Versilio\t9/6 10 Le manipulateur\tJohn Grisham/Robert Laffont\t8/5 Essais québécois\t\t 1 Bordeaux.L\u2019histoire d\u2019une prison\tSebastien Bosse | Chantal Bouchard/Au carre 1/6\t 2 La bataille de Londres\tFrederic Bastien/Boreal\t2/18 3 Les femmes au secours de l\u2019economie\tMonique Jerôme-Forget/Alain Stanke\t-/I 4 A brûle-pourpoing\tNormand Lester/Intouchables\t9/20 5 Liberez-nous des syndicats!\tEric Duhaime/Genex\t6/4 6 Fâche noir.Chroniques\tStéphane Dompierre/Quebec Amérique\t-/I 7 Design?\tFrederic Metz/Flammarion Quebec\t-/I 8 Journal d\u2019un écrivain en pyjama\tDany Laferriere/Memoire d\u2019encrier\t4/26 9 Évangeline.Contes d\u2019Amerique\tJoseph Yvon Theriault/Quebec Amérique\t8/2 10 Vieillir avec grâce\tDenise Bombardier/Homme\t3/26 '?'Essais étrangers\t\t 1 Les Romanov.Une dynastie sous le régné du sang\tHelene Carrère d\u2019Encausse/Fayard\t-/I 2 Peut-on encore sauver l\u2019Église?\tHans Kung/Seuil\t-/I 3 Adolf Hitler.La seduction du diable\tLaurence Rees/Albin Michel\t5/3 4 Les lois fondamentales de la stupidité humaine\tCarlo M.Cipolla/PUF\t-/I 5 [infini et nous.Dieu, la vie et l\u2019univers vus par une scientifique.Margherita Hack/Robert Laffont\t\t-/I 6 Quand la beaute nous sauve\tCharles Pepin/Robert Laffont\t1/3 7 Menace sur nos libertés.Comment Internet nous surveille.\t.Julian Assange/Robert Laffont\t-/I 8 Comment vivre?Une vie de Montaigne en une question et .\t.Sarah Bakewell/Albin Michel\t-/I 9 Le mystère du satellite Planck.Qu\u2019y avait-il avant le big.\tIgor Bogdanoff | Grichka Bogdanoff/Eyrolles 7/2\t 10 Churchill et Hitler\tFrançois Delpla/Perrin\t-/I La BTLF (Societe de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d\u2019information 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