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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2013-03-30, Collections de BAnQ.

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[" LIVRES CAHIER F > LE DEVOIR, LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 MARS 2013 FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR Kim Thüy a écrit Màn parce qu\u2019elle avait une idée en tête et qu\u2019elle avait avant toute chose envie d\u2019aller au bout du plaisir de l\u2019écriture.LITTERATURE QUEBECOISE \u2014 ENTRETIEN Les lunettes roses de Kim Thûy CHRISTIAN DESMEULES Pendant que chauffe l\u2019eau pour le thé, Kim Thüy nous laisse choisir le terrain des «hostilités» dans sa maison du Vieux-Longueuil.On opte vite pour «sa» pièce, où il doit y avoir du mouvement, un drôle de mélange entre bureau, boudoir et vestibule.Une pièce qui lui ressemble, baignée par une faible lumière de mars, par un flot de paroles et d\u2019anecdotes difficile à endiguer, tandis que Mân, son nouveau livre, arrive bientôt en librairie et qu\u2019il nous faut en parler \u2014 mais le faut-il ?Combien de «vies» peut-on avoir au cours d\u2019une seule existence ?Sans surprise, la plupart des gens ont des trajectoires plutôt continues.D\u2019autres, plus rares, semblent collectionner les «ruptures».Autant de brisures dans lesquelles on pourrait aussi deviner, en les compilant avec attention, une grande part de continuité.Peut-être parce qu\u2019elle a été marquée très tôt au fer rouge de la rupture, Kim Thüy semble avoir collectionné un peu au hasard les incarnations.Forcée de fuir Saigon devant l\u2019avancée des forces communistes venues du Nord, elle s\u2019installe à la fin des années 70 avec sa famille dans une petite ville des Cantons-de-l\u2019Est, après une escale dans un camp de réfugiés en Malaisie.Elle avait dix ans.Ponctué d\u2019éclats de rire \u2014 comme le sera toute l\u2019entrevue \u2014, le récit de ses études catastrophiques en traduction est à lui seul contagieux.Au grand dam de ses parents, qui auraient préféré la voir poursuivre des études en sciences, Kim Thüy sera ainsi interprète, avocate, restauratrice, écrivaine.L\u2019écriture comme une punition C\u2019est donc après bien des détours qu\u2019elle est arrivée à l\u2019écriture.Le bail du restaurant qu\u2019elle gérait depuis cinq ans en face du théâtre Corona était sur le point de prendre fin, il lui fallait prendre une décision.«J\u2019étais déficitaire, même si j\u2019avais un bon soutien de la part des clients.Je ne savais pas gérer Je ne sais pas comment compter! Les clients changeaient eux-mémes les prix sur le tableau noir pour ne pas que le resta ferme.» C\u2019est son mari qui l\u2019a mise au pied du mur.A l\u2019aube de la quarantaine, il était temps pour cette mère de deux enfants \u2014 dont un garçon autiste \u2014 de trouver ce qu\u2019elle voulait faire dans la vie.«Mon mari m\u2019a imposé un mois de punition», ra-conte-t-elle un peu à la blague.Le mois est devenu un été, puis tout un automne et un hiver.Un hiver passé les fesses bien au chaud sur sa chaise de travail dans «Le sacrifice «sa» pièce, son cocon, les pieds sur la chaufferette, à transformer et à filer de soi, c\u2019est quelques notes jetées sur le papier.A découvrir l\u2019immense plaisir de broder un aussi parfois texte.La confiance inébranlable de quelques amis, anciens clients du restau- le plus grand rant, lui a par la suite permis de trouver rapidement un éditeur.\tamour C\u2019est ainsi qu\u2019est né Ru, son premier livre, un récit émouvant livré à cœur ou- possible » vert, qui remontait en profondeur le cours de la mémoire d\u2019une fillette arrivée au Québec avec la première vague de boat people vietnamiens.Et le livre a été l\u2019immense succès que l\u2019on sait, autant critique que commercial: 120000 exemplaires vendus au Québec, le Prix du Gouverneur général en 2010, Ru a depuis été traduit en une quinzaine de langues.Tout ça, rappelle-t-elle avec stupéfaction, sans l\u2019avoir vraiment cherché.«Je n\u2019ai pas léché de timbres.Et pourtant, j\u2019adore ça, lécher des timbres, racontcT-elle en pouffant de rire.Ça donne un high ! Écrire, ce n\u2019était pas sérieux.Et ça ne l\u2019était pas non plus avec le deuxième.» Une vie fictive En 2011, elle publiait A toi, une correspondance avec l\u2019écrivain suisse Pascal Janovjak, rencontré par hasard à Monaco, alors que tous les deux étaient finalistes du prix littéraire Prince Pierre de Monaco.Ce second livre aurait pu afficher un avertissement comme on en trouve sur les emballages de certains aliments : contient des traces de spontanéité, d\u2019humour et d\u2019humanité.Mân, son troisième titre, est cette fois une «vraie» fiction, qui raconte la trajectoire d\u2019une immigrante vietnamienne mariée à un restaurateur montréalais, peu à peu confrontée, au contact de la liberté et du confort occidental, à ses propres choix.«Mais pour moi.Ru était d\u2019une certaine manière une fiction.Parce qu\u2019il me semble qu\u2019il est impossible de décrire un vrai moment de réalité.Je crois que ça ne se lirait pas.En tout cas, moi, je ne pourrais jamais l\u2019écrire.Si tu le demandes à ma mère ou à mes frères, ils te diront que je ne suis jamais capable de dire les choses telles qu\u2019elles sont.Ma mère pense que je porte des lunettes roses.Elle avait très peur pour moi; »\telle pensait qu\u2019une fois devenue adulte, j\u2019allais me frapper contre beaucoup de murs.Je ne les vois pas, les murs, elle avait peut-être raison.Mais on peut aussi ne pas les voir.On peut faire ce choix-là.» Elle continue en riant: «Dans ma tête, je vis déjà une vie fictive!» D\u2019ailleurs, beaucoup de Vietnamiens ont reproché à Kim Thüy d\u2019avoir été trop douce dans Ru avec les communistes, «trop réconciliante».C\u2019est sa façon de voir la vie.Et c\u2019est ce qui fait une grande partie de son charme.«J\u2019ai eu la chance de retourner au Vietnam, poursuit-elle, et de voir de l\u2019autre côté de la clôture.Une mère qui perd un enfant, qu\u2019il soit communiste ou non, peu importe, c\u2019est une mère qui perd un enfant.Ça ne sert à rien de s\u2019entredéchirer, on a tous été victimes.Une guerre ne crée que des victimes.Je suis désolée.Et si on continue après ça à se détester, on continue à perdre.» VOIR PAGE F 2 THÛY Le retour de trois éditeurs Page F 2 L\u2019insondable beauté de Georges-Hébert Germain Page F 3 Louis Hémon Erreur sur la personne CHRISTIAN RIOUX à Paris Le 9 juillet prochain, il y aura cent ans que l\u2019auteur de Maria Chapdelaine trouva la mort à 33 ans dans un mystérieux accident de train.En route pour Winnipeg, Louis Hémon aurait été frappé par une locomotive du Canadien Pacifique à Chapleau, dans le nord de l\u2019Ontario.Un demi-siècle avant Jack Kerouac, ce fils de notable de Brest avait envoyé promener sa famille et l\u2019institution littéraire que représentait son père inspecteur général des Lettres.Tout cela pour rouler sa bosse en Angleterre et au Lac-Saint-Jean, avant de s\u2019embarquer dans les trains comme des milliers d\u2019autres à la découverte de l\u2019Ouest.Alors qu\u2019on a toutes les raisons de croire qu\u2019il a été inhumé dans la fosse commune de Chapleau, Louis Hémon possède pourtant une épitaphe en bonne et due forme gravée à son nom sur « sa» tombe à Chapleau.Cette sépulture probablement fictive pourrait être le symbole parfait d\u2019un au- Louis Hémon teur finalement méconnu à qui l\u2019on aura fabriqué une fausse identité.La chose ne fait aucun doute pour l\u2019historien français Alain Boulaire, qui vient de publier Louis Hémon ou la vie volée de l\u2019auteur de Maria Chapdelaine (éd.Le Télégramme).«Il y a de toute évidence erreur sur la personne, dit-il.On a fait de Louis Hémon un chantre des valeurs rurales et catholiques, ce qu\u2019il n\u2019a jamais été.C\u2019était au contraire un homme en révolte contre l\u2019hypocrisie bourgeoise de son époque et qui refusa le mariage.Un précurseur et un aventurier amoureux de la nature.» Ce mythe posthume sera tel qu\u2019il jettera une ombre opaque sur les romans que Louis Hémon avait écrits en Angleterre.Monsieur Ri-pois, l\u2019histoire d\u2019un séducteur froid et méprisant, sera pilonné en 1951 pour atteinte aux bonnes mœurs.Le cinéaste François Truffaut dira pourtant que c\u2019était «une manière de chef-d\u2019œuvre».Maria Chapdelaine a beau avoir fait la fortune des éditions Grasset (175 000 exemplaires vendus en sept mois et un million en 30 ans), cela n\u2019empêchera pas l\u2019œuvre de son auteur de VOIR PAGE F 5 HÉMON \\ \\\\INTERNATIONAL ULIVRE E QUÉBEC 10 AU 14 AVRir, ms WWW.centre DESCONGRês DEQUÉBEC Entente développeineit cilturel ^\t.Qué Québec Québec ardins F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 MARS 2013 LIVRES APRES UN PARCOURS DU COMBATTANT Retour au front de l\u2019édition Pour les éditeurs Pierre Bourdon, Brigitte Bouchard et Victor-Lévy Beaulieu, la dernière année n\u2019a pas été facile.Ils sont de retour, chacun à leur façon, sur le front de l\u2019édition.Instantané de ces trois personnalités très différentes, toutes capables de causer des surprises et des passions dans leur champ d\u2019action respectif.VLB, le phénix Pierre Bourdon fait aujourd\u2019hui le pari de se réinventer dans l\u2019édition.Pierre Bourdon, toujours populaire FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR Après avoir été le patron de PADP, une des plus importantes agences de distribution de livres au Québec, après avoir passé 11 ans à la barre des éditions de l\u2019Homme, l\u2019éditeur Pierre Bourdon a fait le pari audacieux de passer au service d\u2019une chaîne de librairies.«Je me suis laissé séduire par Biaise Renaud.Je connaissais un peu son père et je l\u2019estimais.Toutefois, cette association avec Renaud-Bray a été aussi courte qu\u2019inattendue.Aujourd\u2019hui, ma déception est derrière moi.» Pierre Bourdon fait aujourd\u2019hui le pari de se réinventer dans l\u2019édition.Il pourrait bien rapidement se faire une place avantageuse du côté de l\u2019édition populaire.Ce milieu, il le connaît comme le fond de sa poche.Dans quelques jours, Pierre Bourdon lance les éditions Recto Verso.La maison est la propriété de Claude Charron, l\u2019éditeur à succès de magazines populaires comme La Semaine.«M.Charron a fait beaucoup de livres au cours de sa carrière.Certains ont connu de très grands succès commerciaux.Mais il n\u2019avait jamais vraiment structuré une maison d\u2019édition.Voyant que j\u2019étais disponible, il s\u2019est dit que ça valait le coup d\u2019essayer de mettre sur pied quelque chose.» Recto Verso va publier de la littérature populaire, des romans policiers, des livres pour jeunes et moins jeunes.«Pour l\u2019instant, nous allons produire une soixantaine de titres par année.» Au programme des prochaines semaines, un roman policier de la prolifique Sylvie-Catherine De Vailly intitulé La valse des odieux.Dans la même veine populaire, l\u2019histoire d\u2019un fils d\u2019immigrants fi^çais de Paul-Christian Deroo intitulée Conquistator et le roman de Paul Villeneuve, un ancien journaliste du Journal de Montréal, mAhûf Les jeudis d\u2019Antoine et de Léo.«Je ne m\u2019en cache pas, explique l\u2019éditeur, toujours jovial, ce sera de l\u2019édition grand public.Je ne me compare pas à Alto ou à des maisons comme ça.» \\ Déjà en librairie argU campefî aaoru TticoSe OCfANVS 5 cy rjcicVs qm K^eTab P ^oio eft ^-Apparition ^ \u201cNORD selon GERARD MERCATOR Louis-Edmond Hamelin, Stéfano Biondo et Joë Bouchard SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC ^ -uü\",;/ sr f mi éditeur « Un roman formidable, par une jeune auteure lumineuse qui ne finit pas de nous étonner.» Martine Desjardins, L\u2019actualite Emilie Andrew( es ;;°\u201cspiraüon autour sî www.editionsxvz.com ^ Egalement disponible en version numérique F* À l\u2019automne, sous une autre étiquette dont le nom reste encore à déterminer, Pierre Bourdon entend faire paraître de beaux livres, ou du moins «des albums plus élaborés, du côté du livre de cuisine et de l\u2019art de vivre.Je ne me lancerai pas dans le livre de référence.Je veux travailler avec des gens avec qui je vais avoir du plaisir».Enfin, une troisième enseigne placée sous sa direction va proposer des romans sentimentaux aux Québécois.«Du roman sentimental, des histoires d\u2019amour à la Danielle Steel ou du genre publié chez J\u2019ai lu, il s\u2019en vend à la tonne! Mais personne chez nous n\u2019ose en publier.Moi, je vais oser.Ça ne me gêne pas.» Le grand lancement officiel de Recto Verso a lieu début avril au Monument-National.«J\u2019ai déjà une belle équipe autour de moi.Je crois que c\u2019est un beau projet qui commence.» Jean-François Nadeau Le Devoir Dans le monde de l\u2019édition, l\u2019écrivain Victor-Lévy Beau-lieu fait figure de véritable phénix.Depuis les années 1970, du temps où il était directeur littéraire des éditions du Jour, jusqu\u2019à aujourd\u2019hui, il n\u2019a cessé d\u2019affronter vents et marées, quitte à les provoquer d\u2019abord lui-même pour mieux finir par en triompher à sa manière, avec son panache.Les déconfitures éditoriales, il connaît.L\u2019an passé, il a connu un nouveau passage à vide avec les éditions Trois-Pistoles.Sa maison a dû temporairement cesser de faire paraître des titres.Il a alors offert de payer ses auteurs avec des exemplaires de leurs livres.Des en- Victor-Lévy Beaulieu nuis financiers et quelques ennuis de santé l\u2019ont forcé à prendre une pause.«Debout à 4 heures du matin tous les jours, je travaillais plus de 80 heures par semaine.Comme le dit mon ami Raôul Du-guay, il est normal que les molécules finissent par flotter moins bien.J\u2019ai recommencé à travailler en décembre, mais je travaille un peu moins.» La situation s\u2019est calmée.Et Victor-Lévy Beaulieu est reparti de plus belle.Viennent de paraître ses Contes, légendes et récits de l\u2019île de Montréal sous la direction d\u2019Aurélien Boivin.«J\u2019ai refait la structure de la maison et j\u2019ai remis de l\u2019argent.On a fait le ménage dans les invendus.Et on est plus présents désormais sur les ré- seaux sociaux.Nos ventes directes ont progressé.Mais c\u2019est certain que nous ne sommes pas les seuls dans cette situation.Il y a une baisse dans le nombre d\u2019ouvrages vendus.La courbe est descendante, et pas seulement au Québec.Chez nous, il y a plusieurs nouveaux éditeurs, mais la population de lecteurs n\u2019augmente pas.Le marché n\u2019est pas capable d\u2019absorber tout ce qui paraît.» VLB réduira sa production.«On a sept titres pour l\u2019automne.On veut en faire désormais un gros maximum de 14 par année plutôt que 18.» L\u2019éditeur continue de donner de la place à l\u2019écrivain.«Je travaille toujours sur Nietzsche.Le gros œuvre devrait être terminé d\u2019ici septembre pour une publication en 2014.» Jean-François Nadeau Le Devoir Brigitte Bouchard, revenir à Montréal Brigitte Bouchard arrive d\u2019Europe cette semaine avec un nouveau livre de Louis-Bernard Robitaille sous le bras.Dernier voyage à Buenos Aires, le livre de Robitaille, constitue le premier titre de la collection qu\u2019elle dirige désormais aux éditions Noir sur blanc, une petite maison intégrée à un vaste ensemble éditorial suisse.Libella, qui compte notamment les éditions Phébus, Bu-chet-Chaster et libretto.Ancienne éditrice et fondatrice à Montréal des éditions Les Allusifs, Brigitte Bouchard avait dû jeter l\u2019éponge l\u2019an passé après avoir auparavant cédé le contrôle de son entreprise aux éditions Leméac.En Europe, la propriétaire du groupe Libella, Vera Michalski, était intéressée par le rachat des Brigitte Bouchard Allusifs, explique l\u2019éditrice: «C\u2019est elle qui devait reprendre les parts de Leméac.Ça a échoué.» L\u2019éditrice a reMt son nid à Paris, où ses activités la conduisaient depuis longtemps.«Je vais faire un peu comme aux Allusijs.Mais je n\u2019ai plus de bureau à Montréal.Je repars un mois à Paris bientôt.Je reviens deux semaines.Je vais faire à peu près moitié moitié.» Sa collection, baptisée «Notabilia», affiche certaines ressemblances avec la facture de certains livres des Allusifs.« Notabilia» va reprendre plusieurs auteurs publiés précédemment par Bouchard, dont Antonio Ungar et Sophie Divry, dont les titres sont annoncés ce printemps.La directrice de la collection annonce par ailleurs que plusieurs écrivains asso- cies a son ancienne maison vont continuer de publier avec elle.Ce serait le cas de Sylvain Trudel, de Pierre Jourde, d\u2019Éveline Maihot et de Tecia Werbowski, pour ne nommer que ceux-là.«À l\u2019automne, je vais publier La mer de la tranquillité de Sylvain Trudel.Il a réécrit le livre et ajouté une nouvelle.Nous ferons paraître six titres cette année.Ensuite, ce sera un maximum de huit.» Ces livres seront distribués au Québec par Gallimard.Le dernier voyage à Buenos Aires, qu\u2019elle lance cette semaine à Montréal, fait l\u2019objet d\u2019une critique de Christian Desmeules en page L 3 de ce cahier.Un «livre envoûtant», écrivait pour sa part Le Canard enchaîné le 20 mars dernier.Jean-François Nadeau Le Devoir THUY SUITE DE LA PAGE F 1 «Je ne crois pas que je pourrais écrire sur quelque chose que je n\u2019ai jamais moi-même senti, touché, goûté ou vu.Je n\u2019ai pas d\u2019imagination.C\u2019est ça, mon problème! Voilà! Ça méprend une base assez solide.» Alors, elle a puisé un peu partout dans ses souvenirs et autour d\u2019elle, en combinant dans son roman quantité de choses : une tante amoureuse d\u2019un soldat, un cousin qui apprenait le dictionnaire, la saveur d\u2019un fruit exotique, sa propre expérience de restauratrice.Elle a écrit Mân parce qu\u2019elle avait une idée en tête et qu\u2019elle avait avant toute chose envie d\u2019aller au bout du plaisir de l\u2019écriture.Il est beaucoup question d\u2019amour dans Mân, sous toutes ses coutures, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019amitié, d\u2019amour maternel, d\u2019amour conjugal ou de passion f Quand les guêpes se taisent « Personnages croqués en quelques traits, émotion à fleur de mots, écriture très rythmée, voilà quatorze nouvelles étonnantes de maîtrise, où éros et thanatos dansent joue contre joue et font de la vie une grande fête des sens.Quand les guêpes se taisent a décidément tout pour plaire à la critique comme à un large lectorat.» Tristan Malavoy-Racine, Voir 514 524-5558 lemeac@lemeac.com Québec I romantique.L\u2019amour est-il un luxe ?« Quand on est en mode survie, on n\u2019a pas le temps d\u2019y penser, on est en pleine course.Quand tu survis, tu ne choisis pas.Mais vivre, vivre quand tu commences à avoir vraiment le choix, c\u2019est compliqué.» «On aime différemment dans des contextes différents, croit-elle.Mais l\u2019amour, lui, reste l\u2019amour.Que ce soit le regard et les gestes d\u2019une mère vietnamienne qui aime en silence son enfant, une amitié forte ou une relation dans laquelle on se dit \u201cje t\u2019aime\u201d toutes les fois qu\u2019on raccroche le téléphone.Je tenais à faire ce parallèle-là.Et le sacrifice de soi, c\u2019est aussi parfois le plus grand amour possible.» Collaborateur Le Devoir i?m.n MAN Kim Thûy Libre Expression Montréal, 2013, 152 pages Les magazines au Lion d\u2019Or L\u2019édition 2013 du Printemps des revues, l\u2019événement annuel de la promotion des magazines culturels québécois, arrive à son terme le 3 avril au lion d'Or avec la présentation du spectacle de clôture J\u2019ai lu ça.quelque part.Dès 20 h, les coniédiens Markita Boies, Marie-Eve Trudel, Michel-Maxime Legault et Marcel Pomerlo fouleront les planches du cabaret de la rue Ontario afin de rendre hommage à la culture «sous toutes ses formes», que celle-ci soit littéraire, picturale, théâtrale ou cinématographique.Présenté par la SODEP, J\u2019ai lu ça.quelque part sera également l\u2019occasion de remettre des prix d\u2019excellence.Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 MARS 2013 LITTEUTURE L\u2019insondable réservoir de beauté Danielle Laurin Comment démêler le vrai du faux dans ses souvenirs ?En racontant, par bribes, son enfance dans Jadis, si je me souviens bien., Georges-Hébert Germain a constaté que sa mémoire lui jouait des tours.Aussi a-t-il fait appel à ses nombreux frères et sœurs pour rajuster le tir.C\u2019est un des éléments de fraîcheur du livre: on retrouve, à la fin de chacun des courts chapitres, des post-scriptum où sont rectifiés sur un ton bon enfant certains faits, parfois anodins, mais peu importe, l\u2019idée de ces mémoires croisés étant de montrer à quel point les souvenirs varient selon la perception de chacun des membres du clan.Il arrive même que personne ne s\u2019entende: les versions sont tellement contradictoires qu\u2019on ne saura jamais le fin mot de l\u2019histoire.Ce à quoi toutes les familles, davantage encore quand elles sont nombreuses, sont confrontées de temps en temps, n\u2019est-ce pas ?La famille nombreuse : c\u2019est sans doute ce qui m\u2019a frappée le plus dans toute cette histoire, du moins à première vue.Ils sont quatorze enfants dans la famille de Georges-Hébert Germain.Qui peut en dire autant aujourd\u2019hui au Québec?En lisant ce récit, j\u2019ai pensé à mon père, issu lui aussi d\u2019une famille de 14 enfants.Il est plus âgé que l\u2019auteur, mais quand il parle de son enfance, c\u2019est avec la même nostalgie, le même embellissement.Les anecdotes, les personnalités diffèrent, mais le même attachement, la même fraternité ressortent.Le même amour inconditionnel, la même dévotion pour la mère, aussi.Est-ce ce qui explique que j\u2019aie été si touchée par ce livre?Le passage qui suit, dernier paragraphe de l\u2019ouvrage, mon père aurait tout aussi bien pu l\u2019écrire, je crois: «Comme toutes les mères de grosse famille, la nôtre était gigogne.Nous étions tous restés, d\u2019une certaine manière, à l\u2019intérieur d\u2019elle.Nous y sommes toujours.La visiter à l\u2019époque, ou évoquer aujourd\u2019hui sa mémoire, c\u2019est nous retrouver tous ensemble, bien chers frères et sœurs.» Quand même, un moment, je me suis dit: va-t-on dépasser le ramassis d\u2019anecdotes ?Vous savez, quand quelqu\u2019un se met à raconter son enfance, que tout semble si important pour lui, qu\u2019il insiste sur de petits détails signifiants pour lui, mais dont le sens nous échappe ou nous indiffère.Que l\u2019autre ressasse ses souvenirs, d\u2019accord, mais qu\u2019il fasse le tri.Quels sont au juste les moments forts, marquants, dignes de mention, assez enle- FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR Sur la jaquette de papier qui habille son nouveau livre, Georges-Hébert Germain se montre avec ses beaux yeux clairs sur ime photo inspirée des derniers canons de la publicité.Sous la jaquette, la vraie couverture ne comporte aucune mention d\u2019auteur, de titre ou d\u2019éditeur; seule une seconde photo règne et occupe tout l\u2019espace.vants pour être partagés, fascinants pour les autres, au-delà du simple témoignage?Et puis, en quoi celui-là a-t-il eu une vie exceptionnelle ?Pas de grand destin à raconter, ni en ce qui le concerne ni pour ce qui est de sa famille, Georges-Hébert Germain l\u2019écrit sans détour: «Chez nous, rien d\u2019exotique, ni dans les gènes, ni dans les noms, ni dans les origines.Pas d\u2019ancêtre s\u2019étant illustré à la guerre, dans le crime, les affaires, la politique ou la sainteté, dans la littérature ou les arts.Que du monde appartenant aux classes les plus basses de la société, des habitants, aurait dit mon père.» Alors, quoi?Où est-ce que ça se passe ?Dans la façon de raconter, bien sûr.Il y a là une bonne dose d\u2019humilité, de l\u2019auto-dérision, au passage.Pas de dramatisation à outrance.Dans les moments les plus graves comme la mort du père, on sent bien l\u2019émotion à fleur de peau, et pourtant, rien de larmoyant.Rien de misérabiliste, non plus, devant la pauvreté de cette famille qui a vécu de nombreux déménagements, aboutissant parfois dans ce qui avait tout l\u2019air de taudis.Cette famille dont le père, porté sur la bouteille, a connu «trente-six métiers, trente-six misères».Il y a, d\u2019abord et avant tout, dans Jadis, si je me souviens bien., la plume virevoltante, allumée, d\u2019un écrivain-journaliste qui, après avoir signé tant de biographies, a fouillé cette fois-ci au fond de lui-même.Georges-Hébert Germain se dévoile comme jamais, entre les lignes, même sans le vouloir, parfois, je crois.Il se livre et ça vibre.Il ne fait pas que raconter les historiettes de son enfance.Il les revit, en s\u2019en amusant aujourd\u2019hui.Il retrouve le petit garçon qu\u2019il était, ses désirs, ses questions, son insouciance, mais regarde tout cela avec ses yeux d\u2019aujourd\u2019hui.Mieux, avec ce garçon né dans le petit village des Ecureuils et qui rêvait d\u2019être un saint, Georges-Hébert Germain nous transporte dans un monde éditeur Et si, demain, les êtres humains étaient cotés en bourse ?www.editionsxyz.coin I Egalement disponible en version numérique en voie de disparition, sinon tout à fait révolu.Il le fait revivre pour nous.C\u2019était l\u2019époque des curés, des femmes soumises au devoir conjugal, pour qui c\u2019était péché mortel d\u2019empêcher la famille.L\u2019époque des «toasts aplaties au fer à repasser sur les ronds de poêle à bois».L\u2019époque où le cheval était le meilleur ami de l\u2019homme dans la ferme, et où l\u2019arrivée d\u2019un tracteur John Deer créait l\u2019événement.L\u2019époque où on «regardait» le hockey à la radio et récitait le chapelet en famille.C\u2019était jadis.«Jadis, nous buvions du lait cru des vaches arrosées au DDT, on mangeait des oreilles de crisse et des cre-tons en panne, personne ne ramassait les ordures, qu\u2019on brûlait dans la cour ou qu\u2019on jetait dans la coulée.On ne se lavait (à la mitaine) qu\u2019une fois par semaine.» Sous le soleil C\u2019était jadis, il y a si longtemps?Georges-Hébert Germain est né en 1944.Premier garçon de la famille, il a largement profité de ce qui était considéré à l\u2019époque comme une bénédiction et qui conférait à l\u2019élu un statut privilégié.Il ne s\u2019en cache pas.Il raconte que tout petit bébé, déjà, entouré de sa maman, de ses deux grands-mères et de sa ribambelle de tantes, il a été «tous les jours maintes et maintes fois couvert de la tête au pied de baisers, mordillé, chatouillé, cajolé».Plus tard, il a pu étudier au séminaire, grâce en partie aux bons soins d\u2019une bienfaitrice anonyme, mais quand même, d\u2019autres dans la famille se privaient pour lui.A la maison, il n\u2019était pas contraint, contrairement à ses sœurs, aux tâches ménagères, et il jouissait, contrairement à elles, d\u2019une liberté totale de mouvement.S\u2019il gagnait un peu de sous pendant l\u2019été, il n\u2019en donnait qu\u2019une petite partie à sa mère, ses sœurs comblant le reste.Et ainsi de suite.«Ce n\u2019est que beaucoup plus tard, une fois mes études achevées, note-t-il, que j\u2019ai réalisé avec stupeur l\u2019énorme injustice dont j\u2019étais le seul à profiter, mais dont nous étions tous complices.Je n\u2019ai jamais entendu la moindre plainte de mes sœurs.Sauf parfois de la part d\u2019Odette, pour me souligner que j\u2019étais plus libre qu\u2019elle, ce qui était à ses yeux proprement intolérable.» L\u2019enfant choyé, aimé, insouciant, heureux, libre qu\u2019il a été revient le visiter aussi pour cela: pour témoigner de sa reconnaissance aux siens.Pour leur dire son affection et son respect.Peut-être un peu pour s\u2019excuser de son inconscience de petit roi comblé, qui sait.S\u2019il enjolive parfois les choses dans ce livre, s\u2019il privilégie l\u2019aspect ensoleillé de son passé, c\u2019est en toute connaissance de cause.Ce monde «presque parfait» qu\u2019il recrée, «meilleur que tous les autres» qu\u2019il dit avoir connus par la suite, c\u2019est, au seuil du grand âge, son réservoir de beauté.«C\u2019était l\u2019enfance, mon enfance qui irradiait.Et elle irradie encore et colore tous mes souvenirs.» Je constate la même chose chez mon père, en plus exacerbé, lui qui a atteint le grand âge depuis longtemps.Chez lui aussi, chez lui davantage encore, «comme ces plantes qui produisent des fleurs en abondance quand elles se sentent menacées, la mémoire s\u2019agite et renfloue des souvenirs qu\u2019on croyait enfouis à tout jamais dans son insondable passé.» Insondable réservoir de beauté, aurait-il pu ajouter.JADIS, SI JE ME SOUVIENS BIEN.Georges-Hébert Germain Libre Expression Montréal, 2013,272pages Dernier tango à Paris CHRISTIAN DESMEULES Ecrivain de deuxième ordre, «traducteur tout-terrain et tâcheron dans l\u2019édition» parisienne, Jefferson Woodbridge apprend qu\u2019il pourrait perdre la vue.Ce quinquagénaire au bout du rouleau est rattrapé par des souvenirs qui ont un goût de mort et de culpabilité.D est résolu à liquider tout ce qu\u2019il possède, à charger à bloc ses cartes de crédit en allant mener la «vie de château» durant quelques semaines à Buenos Aires avant de se «finir».Mais avant de faire le grand saut, il nous raconte une partie de son histoire en se livrant à un sommaire examen de conscience.Trente ans plus tôt, tandis qu\u2019il faisait de vagues études à Paris au milieu des années 60, cet Américain sorti d\u2019une famille bourgeoise du Rhode Island était tombé amoureux d\u2019une belle Allemande, sorte de sosie de Jean Seberg dans A bout de souffle.Es goûteront ensemble à la vie de bohème parisienne.Mais son manque de désir pour cette «blonde bergère du Rhin», son inexpérience et son immaturité pousseront Magda à le larguer un jour sans prévenir et sans laisser de traces.Ils se retrouveront quelques années plus tard, en 1972, sans faire plus d\u2019étincelles que la première fois.Mais l\u2019Américain apprendra que le père de la jeune femme, officier allemand sur le front de l\u2019Est pendant la Seconde Guerre mondiale, avait les mains sales \u2014 une « intrigue » familiale et historique qui apparaît plaquée et un peu accessoire.Ces brèves retrouvailles suffiront à marquer leur romance du sceau de la tragédie: elle se suicidera dans la chambre d\u2019un hôtel du sud de la Erance où le narrateur devait aller la rejoindre.Premier titre à paraître chez Notabilia, collection dirigée par Brigitte Bouchard, réfugiée aux éditions Noir sur blanc après la faillite des Allusifs, Dernier voyage â Buenos Aires est une histoire de mémoire et de culpabilité.Le cinquième roman de Louis-Bernard Robitaille, journa- JYAGE R BUENOS AIRES SOURCE NOIR SUR BLANC Louis-Bernard Robitaille liste québécois basé à Paris de-puis longtemps, reprend quelques motifs \u2014 la confession, la culpabilité, le ton désabusé et l\u2019idée de la mort volontaire \u2014 qui se retrouvaient déjà dms Long Beach (Denoël, 2006), son précédent roman.Si on comprend le procédé, on saisit mal le lien qui existe entre le diagnostic concernant la vue du narrateur et le reflux tardif de sa culpabilité envers Magdalena.Un bémol qui s\u2019ajoute à une culpabilité qui ne va pas beaucoup plus loin que l\u2019idée d\u2019une mort spectaculaire.Et puis, di-sons-le, le titre est franchement racoleur: tout au plus une sonorité ou un vague clin d\u2019œil à la cécité de Borges.Comme c\u2019était déjà le cas avec Le zoo de Berlin (Boréal, 2000), l\u2019essentiel est peut-être ailleurs.A travers l\u2019avalanche de détails qui donnent un ton un peu poussif à ce roman \u2014 mais qui paradoxalement en constituent aussi toute la substance \u2014, Louis-Bernard Robitaille nous fait malgré tout un intéressant portrait, romantique et un peu fantasmé, du Paris des années 60.Collaborateur Le Devoir PERNIER VOYAGE A BUENOS AIRES Louis-Bernard Robitaille Noir sur blanc, coll.«Notabilia» Paris, 2013, 220 pages Conseil des arts Canada Council du Canada fortheArts ^Triptyq ue www.tnptyque.qc.ca pnx littéraires du gouverneur general Un drap Une place Maude Smith Gagnon Maude Smith Gagnon Lauréate du Prix littéraire DU Gouverneur général (poésie) pour UN DRAP.UNE PLACE.Julia Pawlowicz Retour d\u2019outre-mer poésie, 94 p., 15 $ Julia Pawlowicz RETOUR D\u2019OUTRE'MER roman, 167 p , 20 $ « Julia Pawlowicz livre avec Retour d\u2019outre-mer une méditation sensible sur le passage du temps.» Christian Desmeules, Le Devoir P fl Gaspard LE DEVOIR 1 ALMARÈS Du 18 au 24 mars 2013 \t\tin \t\t Romans québécois\t\t 1 Félicité \u2022 Tome 4 Une vie nouvelle\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t1/4 2 Souvenirs de la banlieue \u2022 Tome 4 Junior\tRosette Laberge/Editeurs reunis\t2/3 3 La fiancee américaine\tEric Dupont/Marchand de feuilles\t5/21 4 Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique '\tAmelie Dubois/Editeurs reunis\t3/2D 5 Gaby Bernier \u2022 Tome 2\tPauline Gill/Quebec Amérique\t4/6 6 Le petit prince est revenu\tMarc Fisher/Un monde different\t8/5 7 L\u2019bistoire de Pi\tYann Martel/XYZ\t6/22 8 L\u2019Orpbeon Quinze minutes\tPatrick Senecal/VLB\t9/9 9 Enterrez vos morts\tLouise Penny/Flammarion Quebec\t-/I 10 Depuis toujours\tMadeleine Gagnon/Boreal\t-/I Romans étrangers\t\t 1 Cinquante nuances plus claires \u2022 Tome 3\tE L James/Lattes\t1/7 2 Demain\tGuillaume Musso/XO\t4/2 3 Cinquante nuances plus sombres \u2022 Tome 2\tE L James/Lattes\t3/11 4 Cinquante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE L James/Lattes\t2/25 5 Un sentiment plus fort que la peur\tMarc Levy/R Laffont | Versilio\t5/4 6 Crossfire \u2022 Tome 2 Reqarde-moi\tSylvia Day/Flammarion Quebec\t6/3 7 Crossfire \u2022 Tome 1 Devoile-moi\tSylvia Day/Flammarion Quebec\t7/13 8 22/11 /63\tStephen King/Albin Michel\t-/I 9 Vert-de-gris\tPhilip Kerr/Du Masque\t8/5 10 La vente sur l\u2019Affaire Harry Quebert\tJoel Dicker/Fallois | Âge d\u2019homme\t9/14 Essais québécois\t\t 1 Liberez-vous des syndicats'\tEric Duhaime/Genex\t1/4 2 Journal d\u2019un écrivain en pyjama\tDany Laferriere/Memoire d\u2019encrier\t2/6 3 Vieillir avec grâce\tDenise Bombardier/Homme\t3/6 4 Quebec cherche Québécois pour relation a long terme\tTama Longpre/Stanke\tID/4 5 Heresies\tJacques Brassard/Accent grave\t9/2 6 Fâche noir Chroniques\tStéphane Dompierre/Quebec Amérique\t5/8 7 Nous sommes ingouvernables Les anarchistes au Quebec\tCollectif/Lux\t8/2 8 De l\u2019ecole a la rue Dans les coulisses de la grave étudiante\tRenaud Poirier St-Pieire | Philippe Ethier/Ecosociete\t-/I 9 Une education bien secondaire\tDiane Boudreau/Poetes de brousse\t6/2 10 Tous fous\"?L\u2019influence de l\u2019industrie pharmaceutique\tJean-Claude St-Qnge/Ecosociete\t7/7 '?'Essais étrangers\t\t 1 Adolf Hitler La seduction du diable\tLaurence Rees/Albin Michel\t1/3 2 1493 Comment la decouverte de l\u2019Amerique a transforme\tCharles C Mann/Albin Michel\t4/2 3 Fin de l\u2019Occident, naissance du monde\tHerve Kempf/Seuil\t2/6 4 Occupy\tNoam Chomsky/Herne\t-/I 5 La guérison du monde\tFrederic Lenoir/Fayard\t8/8 6 Vivre, penser, regarder\tSin Hustvedt/Actes Sud | Lemeac\t6/3 7 Indignez-vous' (Edition revue et augmentée)\tStephana Hessel/Indigene\t3/4 8 Bouddha rebelle Sur la route de la liberté\tDzogchen Ponlop/Belfond\t-/I 9 La fin de l\u2019abondance Leconomie dans un monde post\tJohn Michael Greer/Ecosociete\t7/2 10 Jours de destruction, jours de révolté\tChris Hedges | Joe Sacco/Futuropolis\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Bsspsnl sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de Bsspsnl et est constitue des releves de caisse de 215 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Bsspsnl © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI SO ET DIMANCHE SI MARS 20IS LITTERATURE Mon père parlait du Labrador % Louis Hamelin CM est l\u2019histoire du Français qui débarque à Montréal et qui n\u2019attend même pas d\u2019être sorti de la gare d\u2019autocars pour commencer à questionner autour de lui : Excusez-moi.le Labrador, c\u2019est par où?Sauf que le Français n\u2019est pas français, il est Ecossais, il fait un peu rire de lui, et songe à s\u2019en étonner, sans penser que, s\u2019il prenait une bière à Rio de Janeiro et demandait à ses nouveaux potes où est-ce qu\u2019on achète son billet pour l\u2019Amazonie, il ne serait sans doute pas plus avancé.L\u2019hinterland est cette forêt que nous cache l\u2019arbre des cartes routières civilisées.Son enquête conduit notre homme dans le lit d\u2019une petite Canadienne d\u2019Outre-mont A elle, la seule idée du La-brador fait froid dans le dos, mais après deux ou trois joints, elle devient capable de lui décrire des canards de mer qui volent à 350 milles à l\u2019heure, vent de face.L\u2019Ecossais note tout ça dans un carnet.11 sent qu\u2019il se rapproche du Labrador.Et il en profite pour épingler, au passage, l\u2019accent des autochtones: «Je veux aller au Labrador.\u2014 Il faitfrouaid [sic] là-haut.» «Il faut que je crisse mon camp», lui lance, le matin venu, cette romantique conquête idéalement métissée, avec dans les veines un sang au tiers français, au tiers écossais et au tiers mohawk.Vraiment, pour une coucherie de hasard, ce citoyen du monde autoproclamé ne pouvait mieux tomber.Quand il débarque à Montréal, au début des années 80, Kenneth White n\u2019est pas encore le fondateur de l\u2019Institut international de géopoétique, qui \\ % © CRISTIAN ESCULIER Kenneth White a écrit La route bleue en 1983, frais débarqué au Québec, obsédé par ie Labrador.verra le jour quelques années plus tard et fera, chez nous, des petits, comme en témoignent les pratiques d\u2019écrivains tels que Jean Désy, André Carpentier et Laure Morali, et l\u2019existence d\u2019un groupe comme La Traversée.«La géopoétique, lis-je sur le site de monsieur White, est une théorie-pratique transdisciplinaire [.] qui a pour but de rétablir et d\u2019enrichir le rapport Homme-Terre depuis longtemps rompu, [.] développant ainsi de nouvelles perspectives existentielles dans un monde refondé.» Le White qui débarque dans nos terres, disais-je, n\u2019est encore qu\u2019un jeune homme dans la mi-quarantaine, auteur d\u2019une quinzaine de livres, de poésie surtout, et obsédé par le Labrador depuis l\u2019enfance, pour les raisons habituelles: ours, loups, chasseurs de fourrures sauvages, étendues blanches à perte de vue.Le livre qui résultera de cette quête se lit, en gros, comme des notes tirées d\u2019une série de carnets de voyage, retranscrites et réécrites \u2014 mais conservant quelque chose de la cueillette chaotique de la sensa- olivieri Librairie & Bistro Au cœur de la littérature Mardi 2 avril à 19 heures CF^(^ Les Presses de l'Université de Montréal Entrée libre/réservation obligatoire RSVP : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Causerie Le Tombeau des rois d'Anne Hébert .60 ans après Le 3 avril 1953 Anne Hébert recevait des mains de Roger Lemelin le premier exemplaire de son recueil de poèmes Le Tombeau des rois.Soixante ans plus tard, quelle lecture faisons-nous de ce chef-d\u2019œuvre de la littérature québécoise?Ce sera également l'occasion de lancer le premier tome des œuvres complètes d'Anne Hébert, Poésie, dans la collection Bibliothèque du Nouveau Monde (PUM).Avec Louise Dupré Patricia Godbout Nathalie Watteyne Animateur : Gilles Dupuis Photo .©Archives de l'U.de Sherbrooke.Em éditeur Le mort-vivant, bestiole sociale entre toutes ! essai www.editionsxyz.com Égaiement disponibie en version numérique te flou non décantée.11 a remporté le prix Médicis étranger en 1983 eL en guise de célébration de trentième anniversaire, est réédité cette année.On y suit White tandis qu\u2019il se dirige vers Québec et l\u2019aval du grand fleuve, la tête pleine d\u2019Amérique, de Thoreau et de Melville, d\u2019immaculés cachalots.Ivresse du départ, le rêve en train de se réaliser.La route bleue de Kenneth White, cette piste fantasmée qui va de Montréal au Labrador et invite au vagabondage (ou nomadisme intellectuel, autre concept cher à l\u2019auteur) plus qu\u2019au voyage organisé de style croisière d\u2019observation des baleines, m\u2019a rappelé ma première virée là-bas, à peu près à la même époque, en cabotage le long de la Basse-Côte-Nord sur le Fort Mingan.Le moindre béluga qui venait percer les flots comme un ongle à quinze kilomètres du bateau, je l\u2019appelais Moby Dick.Bien sûr, la poésie, même diluée dans la géographie, on aime, ou pas.Se montrer sensible aux sonorités, au point de conclure qu\u2019une Brador (le défunt produit Molson) bue dans un bar est un signe qui pointe inévitablement vers le Labrador de vos rêves, c\u2019est une chose.C\u2019en est une autre que d\u2019émettre l\u2019hypothèse que, si les bouleaux de la Côte-Nord paraissent «tellement plus blancs» qu\u2019ailleurs (personnellemenL je n\u2019avais jamais remarqué), «comme si, ajoute White, même le nom scientifique, BetuUa alba, devait se transcender pour devenir l\u2019extatique Betulla albissima albissima», c\u2019est, voyez-vous, «sans doute l\u2019influence du Labrador, déversant sa blancheur sur le monde».Hum.Le flou poétique Qn peut excuser (il le faut bien avec les auteurs européens) le fait de placer, en plus d\u2019un Iroquois derrière chaque arbre, des Delaware, des Illinois, des Mohicans, des Qhio, des PenobscoL des Shawnee et des Winnebago dans le nord du Québec, territoire qu\u2019ils se trouveraient donc à partager avec les Cris, les Inuits, les Innus et les Naskapis.Mais le flou poétique, c\u2019est bien connu, possède des vertus enivrantes qui peuvent occasionnellement nuire à la rigueur de l\u2019exposé.Ainsi, quand White remarque que «cela fait à peine plus de cent ans que les milliers de kilomètres carrés de territoire qui avaient \u201cappartenu \u201d à la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson ont été ajoutés au territoire du Québec, et une si impressionnante augmentation d\u2019espace \u2014 comme si la France se retrouvait soudain avec la Sibérie devant sa porte \u2014 n\u2019a pas encore fait son chemin dans la conscience locale», il a en partie raison, surtout si on se rappelle qu\u2019il écrivait cela bien avant le Plan Nord.Mais s\u2019il avait bien lait ses devoirs, il aurait aussi pu nous parler de l\u2019amputation géographique du Québec par le Conseil Privé de la Reine, en 1927, qui a fait que ce même mot.Labrador, qui a le don de tant l\u2019enchanter, résonne dans l\u2019histoire d\u2019ici comme une vieille blessure, et que les Innus de la Basse-Côte-Nord du Québec doivent parfois, pour chasser le caribou sur leurs terres ancestrales, affronter des biologistes de Saint-John, Newfoundland.Toute comparaison est injuste, mais lorsqu\u2019on a fréquenté des auteurs de non-fiction aussi documentés et brillants que, par exemple, John Vaillant, capable de faire tenir toute la Colombie-Britannique dans une seule épinette géante, et de nous raconter la Sibérie par ses tigres, le récit impressionniste à la Kenneth White peut certes décevoir.11 atteindra son bnf la côte du Labrador, en montant sur le train de l\u2019iron Qre à Sept-îles, puis ep suivant la route de Goose Bay.A Schefferville, il descend à l\u2019hôtel, peut-être à cause du nom : Labrador Hotel.Craignos, comme disent les Bretons: «Pendant que j\u2019attends à la réception, mes oreilles sont assaillies par le boum-boum du disco en provenance du bar et, dans le restaurant adjacent, je vois un groupe d\u2019hommes assis autour d\u2019une table jonchée de bouteilles de bière et de hot dogs.» Ça a dû le changer d\u2019Qutremont.LA ROUTE BLEUE Kenneth White Traduction de Marie-Claude White Le mot et le reste Paris, 2013, 155 pages * Le Labrador, paroles et musique de Claude Dubois Histoire d\u2019une vie brisée GILLES ARCHAMBAULT Jérôme Garcin fait partie de ces écrivains étroitement mêlés à la vie littéraire parisienne à qui on fait sans trop insister le procès d\u2019être un peu partout à la fois et d\u2019écrire des livres.De tout temps, on a vanté les auteurs plus discrets tout en achetant en masse les livres de voyageurs de commerce déguisés en romanciers.Mais cela est une autre histoire.Notre auteur, lecteur de haut vol, ne déteste pas se pencher en romancier sur des destins singuliers.Dans C\u2019était tous les jours tempête, il s\u2019inspirait de la biographie de Hérault de Séchelles, auteur d\u2019une Théorie de l\u2019ambition et qui mourut guillotiné pendant la Révolution.Cette fois, il ressuscite la figure de Jean de La Ville de Mirmont, mort au combat pendant la Première Guerre mondiale.On pourrait croire que le personnage manque de panache.Ami d\u2019enfance de François Mauriac, Bordelais comme lui, il n\u2019a publié de son vivant que de rares nouvelles et un roman.Les dimanches de Jean Dézert.On ne quitte pas le domaine du compte d\u2019auteur et des tirages confidentiels.Pire encore, ce fils de la grande bourgeoisie ou de la petite noblesse n\u2019avait rien d\u2019écla-tant.Engagé dans un ministère, portant à sa mère un culte déraisonnable, il verra dans la guerre une façon inconditionnelle de servir la patrie.Lui, le délicat, le rangé, s\u2019engage pour tuer du boche.Sa constitution est trop délicate.Qu\u2019importe, il jouera du coude pour être engagé.Sa correspondance, à certains égards, semble inspirée par un nationalisme étroit.Si on peut faire l\u2019impasse sur ce Jean Dézert évoqué plus haut, les poèmes, en revanchq, sont de la plus belle eau.A preuve.L\u2019horizon chimérique repris en 2008 dans la collection «Les cahiers rouges» chez Grasset et qui renferme des perles que l\u2019on s\u2019attend à trouve^ chez Toulet ou Cocteau.A n\u2019en pas douter, un souffle original, une fraîcheur inédite.Ce roman est l\u2019histoire d\u2019une amitié.Louis Gémon a fait la guerre aux côtés de Jean de La Ville de Mirmont.Il l\u2019a vu mourir sur le chemin des Dames.Jérôme Garcin l\u2019a compris qui nous donne à en lire quelques-uns en tête de chapitre.Celui-ci, par exemple: «Dire qu\u2019il nous faudra vivre parmi ces gens, / Toujours! Et pas moyen de rester solitaire ! » Beaucoup d\u2019autres, et des extraits de la correspondance.Ce roman est l\u2019histoire d\u2019une amitié.Louis Gémon a fait la guerre aux côtés de Jean de La Ville de Mirmont.11 l\u2019a vu mourir sur le chemin des Dames.Bien qu\u2019il ait été sérieusement blessé à la guerre, il s\u2019en veut de ne pas y avoir laissé sa peau.Pourquoi l\u2019ami et pas lui?Qbsédé par l\u2019image de cette mort, il ne vivra qu\u2019à demi, bien piètre amoureux, bientôt délaissé.L\u2019œuvre de sa vie : obtenir que les écrits de son ami soient connus.Pour ce faire, il verra un Bernard Grasset plutôt intéressé à Radiguet et à Louis Hémon, se rendra à Malagar où l\u2019auteur de Thérèse Desqueyroux le recevra avec sympathie.11 ne vivra que dans la mesure où l\u2019ombre de son ami lui en laissera le loisir.Cette mère, que Jean idolâtrait, il la jugera superficielle et indigne de l\u2019amour que lui portait son fils.En 1942, âgé de 57 ans, il tuera un officier allemand dans son bureau avant d\u2019être descendu quelques secondes plus tard à son tour.Qn s\u2019en doute, le roman s\u2019adresse à des lecteurs qu\u2019intéresserait le destin imaginaire d\u2019une figure hors du commun.Le ton est juste comme l\u2019est le déroulement sans heurts d\u2019une intrigue sans surprises.Mais il y a un charme certain dans cette évocation.Garcin sait donner le goût d\u2019en savoir davantage sur cet écrivain si peu connu.Quelle est la part de l\u2019invention et celle du document?Qn ne le saura jamais.Une chose est certaine toutefois, il s\u2019agit d\u2019une invitation à découvrir un auteur attachant.J\u2019ai franchi le pas, il y a cinq ans, et ne le regrette aucunement.Collaborateur Le Devoir BLEUS HORIZONS Jérôme Garcin Gallimard Paris, 2013, 213 pages Le blues du braqueur de banque traduit du danois par ANDREAS SAINT BONNET « Un beau roman plein d humour qui nous montre que la vie prend parfois des détours tout à fait Inattendus.» Natalie Dion Librairie Renaud-Bray, succursale Victoriavllle 1111, boulevard Jutras Est (La Grande Place des Bols-Francs) Québec EaE3 ® 514 524-5558 lemeac@lemeac.com L'AGENDA L\u2019HORAIRE TELE, LE GUIDE DEVOS SOIRÉES Gratuit dans Le Devoir du samedi LE DEVOIR LE DEVOIR LES SAMEDI SO ET DIMANCHE SI MARS 20IS F 5 LIVRES De la construction à la corruption.par les livres FABIEN DEGLISE La vie d\u2019un critique est ainsi faite.Bon mal, mal an, environ une dizaine de livres publiés à compte d\u2019auteur atterrissent dans sa boîte aux lettres, dévoilant généralement, avec une loi des séries défavorable, leurs grandes faiblesses à l\u2019origine sans doute des refus répétés de publication par des éditeurs chevronnés.Fatale, l\u2019autopublication est rarement un choix.Mais il y a parfois des surprises.Ix 12^ tableau, un «livre panoramique» signé Jean Viger, entre dans cette catégorie, avec sa structure improbable qui allie en bichromie texte et illustrations, son format hors norme et son récit angoissé, au croisement de la pathologie et du génie, qui joue avec l\u2019architecture des mots et leur sonorité, à l\u2019instar des Marc Fayreau et Boby Lapointe.Etrange, l\u2019œuvre, autopubliée, cultive sur chaque page cet état de déséquilibre, que l\u2019on retrouve aussi très bien chez son auteur, venu il y a quelques semaines porter sa création littéraire atypique en main propre: un gars de la construction dans la soixantaine, spécialiste du bardeau à double structure de fibre de verre et du contre-plaqué « de 3/8», qui, dans un présent affligé par les révélations de corruption Irappant son milieu, veut finalement prouver lui aussi qu\u2019il aime ça, corrompre.mais les esprits seulement, et en passant par les lettres.«C\u2019est un peu sauté, ça dépasse le flux normal d\u2019un individu», admet nébuleusement, comme pour expliquer son bouquin et sa démarche, Jean Salvaille, qui s\u2019est fait Viger pour écrire.L\u2019homme dit avoir changé de nom «pour arrêter de [se] faire demander [s\u2019il était] de la même famille qu\u2019Eric Salvail [célèbre animateur] ».«C\u2019est un livre œuvre d\u2019art, dont certaines pages peuvent être pliées pour mettre de l\u2019ombre et de la lumière dans le texte, pour percevoir l\u2019irréalité», ajoute-t-il avec un sérieux dérou-tanL attablé dans un restaurant indien de Montréal où, après avoir essuyé ses ustensiles pendant d\u2019interminables minutes, il n\u2019avalera finalement qu\u2019un minuscule bout de carotte du cari de légumes mis devant lui.Complexe et assumé En plus d\u2019une heure, l\u2019artiste du revêtement extérieur, des fondations et même du design architectural, propriétaire de deux entreprises de construction dans la banlieue sud de Montréal, ne va finalement rien faire pour masquer sa complexité.Ici en exposant avec passion son rapport au bâti, ses voyages en Italie, son souci du détail décoratif.Là en reconnaissant avoir été «averti» à deux reprises de ne plus travailler dans le secteur où il se trouvait.«J\u2019étais moins cher et j\u2019en mettais plus», dira-t-il, sans plus de détails, avant d\u2019avouer avoir été conquis par la littérature très jeune, sans doute au contact de Jacques Lavigne, philosophe canadien qui lui a enseigné lorsqu\u2019il était au séminaire de Valleyfield dans les années 60.«On avait fondé un club de poésie, se souvient l\u2019écrivain.J\u2019étais dans une période de perturbations émotionnelles.J\u2019écrivais, je faisais aussi de la peinture.La construction, c\u2019est arrivé par la force des choses, pour vivre, pour ne plus vendre mes toiles au coin de la rue en hiver.» Troublé et éduqué.C\u2019est à cette époque qu\u2019a germé dans sa tête le récit de ce 12\u201d tableau, aventure étrange dans laquelle un homme part à la recherche de son ami disparu depuis deux ans pour le retrouver enfermé.dans une œuvre d\u2019art.Des échanges de «fourriels» avec une femme qui va l\u2019inviter à Valence, en Espagne, donnent le ton et le corps à la loufoquerie de ce roman et de ce texte qui croule sous les apartés, s\u2019amuse avec la langue, son terroir, tout comme avec les conventions romanesques.Un peu comme un m l * ANNIK DE CARUFEL LE DEVOIR Étrange, l\u2019œuvre autopubliée de Jean Viger cultive sur chaque page cet état de déséquilibre, que l\u2019on retrouve aussi chez l\u2019auteur.jeu de construction, dans lequel le design a son importance.«Les vieux livres m\u2019ont inspiré, l\u2019origami aussi, dit Jean Viger.Quand je lisais du Jules Verne, il y avait 400 illustrations avec chaque histoire.J\u2019ai voulu renouer avec ça» pour explorer en plus de 200 pages l\u2019autre, les apparences, la spiritualité, l\u2019érotisme, et bien sûr la folie, la sienne, qu\u2019il partage assez bien avec ses personnages.r Emule de Vian et de Ducharme Quatre éditeurs ont été exposés à la chose, sans trop d\u2019émotion, raconte l\u2019écrivain-jointoyeur, sans animosité, mais en déplorant un peu le rejet.«C\u2019est une œuvre de fantaisie qui ne rentre pas dans le cadre, reconnaît-il.C\u2019est pourtant plus un avantage qu\u2019un inconvénient Alors, j\u2019ai décidé de l\u2019éditer», raconte-t-il.Il a été incité à le faire d\u2019ailleurs par une poignée d\u2019amis qui, sans trop d\u2019exagération, ont fait entrer Boris Vian, pour son absurde, et même Réjean Ducharme, pour son décalage, dans leur argumentaire, pour lui complaire ou le convaincre.Sur la table, il pose une feuille sur laquelle apparaissent des carrés bleus et des pourcentages.Il parle de marge, d\u2019optimisation de la surface d\u2019impression, pointe les carrés, donne des chiflres, des ratios, fait des calculs démonstratifs, perd son auditeur.Il revient aussi sur un autre passé où cet hyperactif faisait de la séparation de couleur dans une imprimerie.«Jusqu\u2019à l\u2019âge de 50 ans, j\u2019ai été incapable HEMON SUITE DE LA PAGE E 1 tomber dans l\u2019oubli.En France, le nom de Louis Hémon n\u2019apparaît même pas dans le dictionnaire des écrivains bretons.Au Québec, la Révolution tranquille balaiera Maria Chapdelaine avec tout ce qui avait eu le malheur de précéder les années soixante.Seuls quelques impertinents comme Jacques Ferron (Les roses sauvages) et Gilles Carie (La mort d\u2019un bûcheron.Maria Chapdelaine) oseront se revendiquer de Louis Hémon.Comment s\u2019étonner que, à part quelques rééditions et conférences, le centenaire de sa mort passe pratiquement inaperçu au Québec et en France et qu\u2019il pourrait s\u2019accompagner de la fermeture du musée qui lui est consacré à Péribonka?Alain Boulaire ne comprend pas que Louis Hémon soit «monté si haut pour tomber si bas».Selon Geneviève Chovre-lat-Péchoux (Jj)uis Hémon, la vie à écrire, éd.Peeters 2003), son œuvre fut dénaturée par la relecture qu\u2019en fit l\u2019écrivain catholique Félix-Antoine Savard (]Me-naud maître-draveuf).«Il y a eu une confusion entre le livre de Hémon et celui de Savard», dit-elle.Ce grand voyageur désenchanté ayant été maquillé en chantre de la ruralité et de la religion au Québec, et statufié en barde d\u2019un Québec folklorique en France (et même récupéré par le ré- gime de Vichy), son œuvre sera d\u2019autant plus facilement oubliée.En France, des publicités vantent les excursions de moto-neige «au pays de Maria Chapdelaine».Au Québec, l\u2019amoureuse de François Paradis est devenue un symbole honni par la littérature féministe.Geneviève Chovrelat-Péchoux cite pourtant le témoignage d\u2019une jeune fille qui lui confia un jour que Maria Chapdelaine avait été le livre de chevet de sa mère combattante républicaine de la guerre civile espagnole.Comme Maria, cette femme se sentait appartenir à «un peuple qui ne sait pas mourir».Faudra-t-il relire Maria Chapdelaine?Le Devoir é Prince d\u2019orchestre « On retrouve tout le talent de Metin Arditi dans ce roman.Une œuvre profonde et rare sur la peur de ne jamais être à la hauteur, sur la perpétuelle remise en jeu du créateur qui n\u2019est pas sûr de l\u2019instant suivant.» Christine Ferniot, Lire 514 524-5558 lemeac@lemeac.com de continuer à faire ce que je faisais l\u2019année d\u2019avant » Il remballe ses graphiques.Parle de ses autres livres au programme: il veut en autopublier quatre en tout en 2013.Tout aussi éclatés.Tout aussi déstructurés, instables et atypiques.Et peut-être même les vendre ailleurs dans la francophonie.Même si, pour cela et pour la suite de son projet d\u2019édition, il va finir par se mettre son comptable à dos, assure-t-il en souriant «Ce livre que j\u2019ai écrit me donne encore les mêmes émotions au même endroit, dit Jean Viger.J\u2019y crois.» Et du coup, il veut le partager, partageant au passage, et malgré lui, plus qu\u2019un récit loufoque, mais aussi une idée forte : celle que la corruption, lorsqu\u2019elle se limite à l\u2019esprit et qu\u2019elle reste dans l\u2019univers des lettres, a finalement l\u2019avantage indéniable de n\u2019engager la fortune que de celui qui cherche à corrompre.Le Devoir Le livre de Jean Viger pourra être commandé dans certaines librairies.I3E PRIX DES LECTEURS RADIO-CANADA Les six romans francophones canadiens en lice ERANÇOIS LEVESQUE Li e Prix des lecteurs Radio-Canada a vu le jour à l\u2019automne 2000 à l\u2019initiative de la Première Chaîne de Radio-Canada dans le nord de l\u2019Gntario.Initialement voué à récompenser une œuvre Ifanco-ontarienne tout en mettant en valeur des auteurs souvent méconnus, le prix a crû en importance et, depuis 2007, il s\u2019est donné pour mandat de faire la promotion de romans en provenance de l\u2019ensemble des milieux francophones minoritaires au Canada.Chaque année, six œuvres de fiction concourent.Le lauréat 2013 sera connu le 22 avril à l\u2019émission Pénéloppe McQuade.Au cours des prochaines semaines.Le Devoir présentera les six finalistes, deux titres à la fois.Le plancher se dérobe, de Guy Armel Bayegnak, s\u2019intéresse au sort d\u2019Awa, une immigrante de fraîche date qui fait face aux heurts de l\u2019adaptation, de l\u2019acclimatation et, de manière plus aiguë, de la connaissance de soi.Extrait: «C\u2019étaitpourtant un dimanche ordinaire.Comme d\u2019habitude, Awa s\u2019était rendue à son église afin de s\u2019y délester de son fardeau hebdomadaire et se faire absoudre ses péchés par son bon pasteur.Huit mois plus tôt, elle avait débarqué à Edmonton.Comme elle était pieuse, elle s\u2019était lancée à la recherche d\u2019un lieu de culte aussitôt qu\u2019elle avait pu se loger.Elle avait alors connu une transhumance ponctuée de brèves haltes au sein de communautés religieuses à dénominations multiculturelles.Au hasard, sur son chemin, elle avait découvert l\u2019église de Jerry où elle avait décidé de s\u2019établir.» Né au Cameroun, Guy Armel Bayegnak a étudié la géologie et l\u2019hydrologie, notamment en Allemagne, avant de s\u2019installer à Edmonton, en Alberta.Le plancher se dérobe est son deuxième roman.Eilleul, d\u2019Hélène Koscielniak, relate de son côté le parcours initiatique d\u2019un adolescent do-minico-haïtien venu trouver re-fiige à Kapuskasing et qui réalise, non sans surprise, que la réserve autochtone adjacente a beaucoup en commun avec le bidonville qu\u2019il a fui.Extrait: «Elle avait secrètement souhaité amenerJo\u2019no au Canada.Eaire de lui ce fils qu\u2019elle n\u2019avait jamais eu.Malgré son chagrin, l\u2019idée l\u2019emballait toujours.Les paroles du garçon résonnaient encore dans ses oreilles: \u201cComme j\u2019aimerais aller au Canada ! Mon plus grand rêve est de voir de la neige.\u2019\u2019Jamais, néanmoins, avait-elle imaginé satisfaire son désir dans de si affreuses circonstances.» Hélène Koscielniak est l\u2019au-teure de quatre romans.Elle demeure, à l\u2019instar des protagonistes de son plus récent ouvrage, à Kapuskasing, en Qntario.Le Devoir LE PIOCHER SE DEROBE Guy Armel Bayegnak Editions du Blé Saint-Boniface, 2012, 188 pages EILLEUL Hélène Koscielniak Editions de L\u2019Interligne Ottawa, 2012, 368 pages Œuvres complètes d\u2019Anne Hébert L Poésie Édition établie par Nathalie Watteyne 1 suivi de Dialogue sur la traduction à propos du Tombeau des rois Édition établie par Patricia Godbout poésie ilètes d\u2019Ann£ pébeij «él.Wi\"\u2019\" vVattey\"® Anne Hébert® Archives de l\u2019Université de Sherbrooke Les œuvres eomplètes d\u2019Anne Hébert en édition critique sont réunies en cinq tomes, à paraître en 2013 et 2014, dans la prestigieuse collection «Bibliothèque du Nouveau Monde » I\t\u2022 Poésie II\t\u2022 Romans (1958-1970) NI \u2022 Romans (1975-1982) IV\t\u2022 Romans (1988-1999) V\t\u2022 Théâtre, nouvelles et proses diverses «.les cinq volumes de cette édition critique devraient figurer dans la bibliothèque de chacun.Anne Hébert n\u2019est plus.La voilà qui renaît.» M.-A.LAMONTAGNE, LE DEVOIR www.pum.montreal.ca Les Presses de l'Université de Montréal Université de Montréal F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 30 ET DIMANCHE 31 MARS 2013 ESSAIS Trop ou pas assez de syndicalisme ?U Louis CORNELLIER rie Duhaime est un li-bertarien, c\u2019est-à-dire un partisan d\u2019un individualisme radical qui considère l\u2019État, avec ses taxes et impôts, et les syndicats, avec leur souci d\u2019une organisation collective du travail, comme des ennemis de l\u2019efficacité et de la liberté.Abonné aux publications de l\u2019Institut Fraser, de l\u2019Institut économique de Montréal et du Conseil du patronat, Duhaime mène donc un incessant combat idéologique contre le modèle social-démocrate québécois, qui enchaînerait l\u2019individu dans les fers étatiques et syndicaux, nuisant ainsi à son épanouissement.Pamphlet politique rédigé dans un style rudimentaire et jonché de fautes de français (notamment «au dépend», «question israélo-palestinien », «corporatisme syndicale», et des tonnes d\u2019anglicismes et de calques comme «à date»,«à l\u2019effet que», «mettre l\u2019emphase», «contrac-teur» etc.), Lïbérezmous des syndicats! reprend les accusations classiques que la droite réserve aux syndicats.Ces derniers, selon cette vulgate, auraient eu, dans l\u2019ancien temps, leur utilité, mais seraient devenus, aujourd\u2019hui, des nuisances publiques qui empêchent de nécessaires réformes.Pour défendre sa thèse, Duhaime cite souvent les récents dérapages de la FTQ-Construc-tion.Convenons qu\u2019il se donne là la partie facile.Même la gauche est scandalisée par le corporatisme de gros bras de cette organisation.Or, justement, le syndicalisme, ce n\u2019est pas ça.Duhaime affirme, par exemple, qu\u2019un haut taux de syndicalisation, dans une société, n\u2019est pas bénéfique pour le niveau de vie des travailleurs et compare, pour le montrer, les situations québécoise et américaine.Dans Comment mettre la droite K.-O.en 15 arguments, Jean-François Lisée établit pourtant «qu\u2019à travail égal, 99% des Québécois empochent 4,7%) de plus que 99 %o des Américains, qui, lorsqu\u2019ils travaillent 14,6 %o d\u2019heures en plus dans l\u2019année, rattrapent et dépassent leurs voisins de 8,6%), mais ont moins d\u2019heures de loisir».Dans le même ouvrage, Lisée établit aussi que, «sur vinp ans [de 1989 à 2011], la croissance de l\u2019économie québécoise \u2014 avec un taux de syndicalisation de 39,3 % \u2014 est plus forte que celle de l\u2019économie américaine, dont le taux de syndicalisation n\u2019est que de 12%».Mais pour qui donc, peut-on alors se demander, travaille Duhaime ?Qui défend-il vraiment?Le fameux 1 %, peut-être ?On a une idée de la réponse quand on lit ceci, dans son ouvrage: «Une entreprise, quelle qu\u2019elle soit, n\u2019a pas pour mission d\u2019exploiter de pauvres travailleurs.Le lien qui unit l\u2019employé à l\u2019employeur en est un d\u2019équipe pour produire des biens ou des services de la meilleure qualité et au meilleur coût » Et c\u2019est ce même Duhaime qui accuse ensuite les syndicalistes d\u2019être romantiques! Pourtant, sa vision bonne-ententiste du lien entre un employeur et ses employés fait l\u2019impasse sur les intérêts divergents des uns et des autres et sur les inévitables rapports de force qui s\u2019ensuivent.Présenter Wal-Mart et Couche-Tard comme des alliés objectifs des simples travailleurs relève, au mieux, de la naïveté et, au pire, de l\u2019imposture.Les syndicats sont certes des organisations imparfaites, mais il est faux de prétendre qu\u2019ils étouffent la démocratie dans leurs rangs (la CSN, à cet égard, est plutôt exemplaire) et qu\u2019ils ne défendent que des privilégiés (même dans la fonction publique, la précarité est très répandue), au détriment de la masse.Et si le problème n\u2019était pas tant les «privilèges» des syndiqués que la vulnérabilité réservée aux autres, qui auraient besoin, eux aussi, de s\u2019organiser pour obtenir justice?Duhaime, pour sa part, préfère se porter à la défense de Couche-Tard, une entreprise fragile, selon lui.Chacun ses combats, comme on dit.Contre le partenariat Militante syndicale retraitée du secteur de l\u2019enseignement et politologue, Ghislaine Raymond critique elle aussi les syndicats, mais les raisons de sa colère n\u2019ont rien à voir avec celles de Duhaime.Dans Le «partenariat social», une recherche sur le Sommet socio-économique de 1996 d\u2019abord présentée comme mémoire de maîtrise en 2011 et qui en garde les marques stylistiques, la militante déplore l\u2019abandon du syndicalisme de combat au profit du partenariat social.«Des intérêts fondamentaux, écrit-elle, opposent les sala-riéEs [sfr] au patronat et à leurs gouvernements.» Seule une alliance entre les syndicats et les mouvements sociaux, insiste-t-elle, peut être efficace pour combattre le néo-libéralisme.Or, selon Ghislaine Raymond, les syndicats québécois, dans les années 1990, ont abandonné cette «solidarité de classe au profit du corporatisme».En adhérant, en 1996, à la politique du «déficit zéro» par réduction des dépenses proposée par le gouvernement péquiste, les grandes centrales, sans mandat de leur base, auraient intériorisé l\u2019idée de compétitivité promue par le patronat, trahi les intérêts de leurs membres et violé la démocratie syndicale.Rédigé dans une perspective marxiste, cet essai, qui contient lui aussi quelques écarts linguistiques, défend une stratégie d\u2019affrontement sans concessions.Est-ce la voie à suivre pour sauver le syndicalisme, actuellement attaqué de toutes parts ?Un doute est permis, surtout d^ns le cas où l\u2019employeur est l\u2019État.La conjoncture exige parfois de se tenir, sans se trahir, sur la défensive.louisco@sympatico.ca UBÉREZ-NOUS DES SYNDICATS! Eric Duhaime Cenex Québec, 2013,160pages LE «PARTENARIAT SOCIAL» Sommet socio-économique DE 1996, SYNDICATS ET GROUPES POPULAIRES Ghislaine Raymond M éditeur Ville Mont-Royal, 2013, 184 pages Reflets dans un œil d\u2019homme « Dans le style intelligent et personnel qui la caractérise, l\u2019auteure dénonce la perte de sens créée par le monde occidental qui s\u2019évertue à oublier sciemment que la coquetterie sert avant tout le biologique et la volonté de perpétuation de l\u2019espèce.[.] On pourra adhérer ou non aux propos de Huston, mais, dans les deux cas, il était grand temps que quelqu\u2019un nous les serve ! >> Anne-Marie Genest, Le libraire 514 524-5558 leiTieac@lerreac.com Un dictionnaire de l\u2019incroyance GEORGES LEROUX Qu\u2019est-ce donc qu\u2019un mécréant?Par définition, le contraire d\u2019un croyant.Le Petit Robert donne l\u2019expression pour un usage vieilli ou familier, mais dans le dictionnaire préparé par Georges Minois, elle recoupe un vaste ensemble de penseurs athées, sceptiques ou agnostiques, connus pour avoir exprimé des doutes sur, ou des arguments contre, l\u2019existence de Dieu.H ne s\u2019agit donc pas d\u2019abord de ceux que l\u2019usage populaire désigne comme des anticléricaux ou des libres-penseurs, mais de tous ceux qui, à des degrés divers, peuvent être désignés comme des incroyants.La lecture de ce répertoire est fascinante.Comme le dit l\u2019auteur, on est toujours l\u2019athée de quelqu\u2019un, mais chez les philosophes, cette désignation devient vite problématique.Parce que, dans la plupart des sociétés religieuses où ils sont intervenus, les philosophes se voyaient contraints de tempérer leur scepticisme ou leurs convictions incroyantes, il était périlleux de se déclarer athée sans précaution.Inversement, dans les sociétés proclamant un athéisme officiel, les penseurs demeurés croyants ou scçptiques par rapport au matérialisme d\u2019État se sont montrés très habiles au camouflage.Ce dictionnaire n\u2019entreprend pas de débusquer les uns et les autres, comme le firent en leur temps Vincent Placcius ou tous ces auteurs au service des inquisiteurs.H cherche simplement à identifier les arguments de tous ceux pour qui l\u2019existence d\u2019un dieu, quelle qu\u2019en soit la définition, ne va pas de soi.Prenons le cas de Spinoza.Quel Spinoza faut-il lire pour y trouver la dénonciation de la foi?Que faut-il penser de ceux qui retrouvent chez lui le langage codé des marranes, ces convertis de force contraints de cacher leur judaïsme derrière un christianisme de façade ?Mais plus encore, que penser de l\u2019identification entre la substance et la nature d\u2019une part, et le principe métaphysique suprême d\u2019autre part?Laissons de côté tous ces exemples où la position philosophique, par sa complexité, ruine par avance une classification trop simple, et allons vers les cas plus clairs: qui niera que Woody Allen soit sceptique ou que Dieu n\u2019existe pas pour Antonioni?Chez les penseurs, la liste est longue de tous ceux qui ont développé des arguments sceptiques ou agnostiques, et cela depuis l\u2019Antiquité jusqu\u2019à Nietzsche et Éeuerbach, cas clairs s\u2019il en est.Georges Minois n\u2019hésite pas à y ranger Aristote et Averroès; cela semble cepen- Ce dictionnaire identifie les arguments de tous ceux pour qui l\u2019existence d\u2019un dieu ne va pas de soi dant abusif: c\u2019est ne tenir aucun compte des positions pourtant assez claires de leur métaphysique.Ce problème révèle une difficulté de fond, qui pourrait être le grand mérite de ce dictionnaire.S\u2019il s\u2019agit de l\u2019incroyance philosophique, fondée sur des arguments rationnels, la définition de l\u2019incroyance implique nettement celle de son objet.Par exemple, ne pas croire en Dieu serait équivalent à ne pas croire en un principe suprême de la réalité, ou en une fin ultime.Ce registre de l\u2019athéisme rationnel est certainement celui qui permet d\u2019identifier le plus clairement les penseurs qu\u2019on peut qualifier d\u2019incroyants.Mais il y a un autre registre, très présent dans ce dictionnaire, qui concerne les penseurs critiques des religions, de leurs croyances jugées archaïques ou irrationnelles, mais qui maintiennent une ouverture à l\u2019existence d\u2019une cause ou d\u2019un principe transcendant.Martin Heidegger est-il un athée?Certainement pas au sens de la critique marxiste des religions.Et que dire d\u2019Épicure et de Lucrèce, penseurs matérialistes, critiques de la religion populaire, mais apôtres d\u2019une divinité suprême ?Peut-on sans ciller les ranger avec Nietzsche ?Il aurait été intéressant de classer ce dictionnaire par période historique.Dans sa présentation actuelle, par ordre alphabétique, Anaxagore de Clazo-mènes côtoie Alain, et les risques de confusion sont grands.Mais pour l\u2019essentiel, l\u2019entreprise met en relief la complexité de telles classifications, dès lors que la définition même de Dieu ou du principe suprême est prise au sérieux.Elle éclaire les profondes mutations historiques qui ont affecté ces concepts et conduit à ce qu\u2019on peut considérer aujourd\u2019hui comme la sécularisation généralisée de la pensée.Collaborateur Le Devoir GEORGES MINOIS dAndre Comte Sponville DICTIONNAIRE DES ATHEES, AGNOSTIQUES, SCEPTIQUES ET AUTRES hECRËANTS DICTIONI)IAIRE DES ATHEES, AGNOSTIQUES, SCEPTIQUES ,\t, ET AUTRES MECREANTS Georges Minois Albin Michel Paris, 2012, 460 pages PRIX DES LECTEURS RADIO-CANADA 2013 RADIO ITÉLBISIONI INTERNET pour une littérature franco-canadienne SAVOIE DU 25 MARS AU 18 AVRIL 2013 COUREZ LA CHANCE DE DECOUVRIR BUENOS AIRES ET SA POÉSIE URBAINE en participant au concours mettant en vedette les auteurs franco-canadiens de I heure TSÿRECF LE DEVOIR >1PF Félicitations à NICOLE HOUDE Lauréate du prix HERVÉ-FOULON DU LIVRE OUBLIÉ pour son roman\t^ La Maison du remous , dÙ're?Sus' J « Un cri qui vient de ioin, qui traverse ie temps ».Robert Lalonde, Préface de la réédition O Québec ® Pleine lune "]
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