Le devoir, 23 février 2013, Cahier I
[" CAHIER ANNIVERSAIRE > LE DEVOIR, LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 EEVRIER 2013 ON BATIT L\u2019AUENIR AU QUOTIDIEN FONDS de solidarité FTQ Le mariage réussi de l\u2019économique et du social « Nous sommes présentement le plus gros investisseur de capital de risque au Québec» Le Fonds de solidarité FTQ annonce ses couleurs dans son appellation même: les mots «fonds» et «solidarité» traduisent à la fois une réalité économique et un concept social.Rencontre à ce sujet au siège social de cette organisation Cendrillon avec le p.-d.g.du Fonds, Yvon Bolduc, et le président de la FTQ et du conseil d\u2019administration du Fonds, Michel Arsenault.REGINALD HARVEY Les résultats sont probants 30 ans plus tard, comme le démontrent ces chiffres: l\u2019actif net est passé à près de 9 milliards en 2013 et le nombre d\u2019actionnaires avoisine aujourd\u2019hui les 600000.Alors, comment expliquer que la fusion de l\u2019économique et du social soit devenue une telle réussite ?Faut-il remonter à ce précurseur et visionnaire que fut Louis Laberge pour en trouver la raison?Michel Arsenault se remémore cette époque : «Au départ, la FTQ, c\u2019est 60 % de gens qui viennent du secteur privé.Il faut se reporter au contexte économique du début des années 1980 pour comprendre.J\u2019étais alors à Sept-Iles: on s\u2019affairait à fermer Schefferville et Gagnon pendant que des pans entiers de l\u2019économie tombaient par terre, par exemple l\u2019industrie manufacturière dans l\u2019est de Montréal.On se souviendra que les taux d\u2019intérêt étaient au-dessus de 20 %, ce qui veut dire qu\u2019il y avait dans les banlieues de la métropole des rues complètes de maisons à vendre.» Tel se présentait le début des années 1980, au moment où les emplois se perdaient en très grand nombre : «À plusieurs reprises, on s\u2019est dit: si les entreprises où nos membres travaillent avaient accès à un capital plus patient, on pourrait sauver des emplois, parce qu\u2019une crise, à un moment donné, elle prend fin.C\u2019est cyclique, cette affaire-là.» Voilà d\u2019où l\u2019idée d\u2019un fonds est venue en ces années difficiles où Louis Laberge répétait souvent: «Si seulement la banque était pas si pressée de tirer la plogue.» Le temps était venu de passer de l\u2019attentisme à l\u2019action.Les dirigeants de la FTQ vont donc rencontrer les gouvernements et fédéral et provincial : « On voulait obtenir un crédit d\u2019impôt en raison du fait que nos membres réalisaient peu d\u2019économies, ce qui représentait un autre problème.Au moment de la création du Fonds, il y avait moins de 5% de ceux-ci qui contribuaient à un REER.On a donc voulu faire d\u2019une pierre deux coups: inculquer une notion d\u2019économie chez ces derniers et avoir accès à un capital un peu plus patient tout en répartissant le risque sur l\u2019ensemble du Québec.» Preuve à l\u2019appui du succès obtenu et fait qui échappe à la connaissance du grand public, il signale que 56% des actionnaires du Fonds sont aujourd\u2019hui des syndiqués tandis que 44% émanent de la population québécoise non syndiquée.Il mentionne en outre que 60% des membres de la FTQ souscrivent présentement à un REER: «En 30 ans, on a inculqué une notion d\u2019économie.» Cohésion et mutualisation Il en arrive au dilemme auquel fait face quotidiennement Yvon Bolduc, le grand boss du Eonds : «Il faut maintenir et créer des jobs, mais, en même temps, il faut aller chercher du rendement.» M.Bolduc intervient: «Il y a une façon philosophique d\u2019agir derrière le Eonds de solidarité.Je me sers pour illustrer cela d\u2019une expression utilisée à l\u2019époque par M.Laberge: \u201cOn est passés du face à face au coude à coude.\u201d Dans une économie, ça prend des entrepreneurs, des patrons, des employés et du capital.Si on fait en sorte que tous ces éléments-là sont conjugués de façon cohérente, il en résulte plus d\u2019efficacité que si chacun tire sur la couverte de son côté; c\u2019est le résultat que le Eonds a réussi à obtenir.» Il sort une autre clé du succès du trousseau : « Si on ajoute là-dedans les valeurs syndicales sur le plan du bilan social et de la formation économique, on voit que tout cela a aidé à transformer presque complètement les relations de tra- FONDS DE SOLIDARITE Yvon Bolduc et Michel Arsenault vail au cours des 30 dernières années.» Syndicaliste de carrière depuis 40 ans, M.Arsenault renchérit et démontre par la suite à quel point les relations de travail se sont améliorées au Québec depuis les années 1970 jusqu\u2019à maintenant, ce qui le conduit sur le terrain de la formation économique : « Selon le libellé de la loi sur le fonds, on est tenus d\u2019en faire.On ne veut pas à la ETQ que nos négociateurs syndicaux sur les comités de négociation soient des comptables agréés, mais on veut qu\u2019ils soient capables de comprendre un bilan de compagnie, de savoir dans quel type d\u2019industrie ils négocient et quels sont les facteurs incontrôlables qui existent là à cause de la concurrence, de la mondialisation, etc.» Cette formation est transmise depuis 1986 et, l\u2019an dernier, plus de mille personnes l\u2019ont reçue : «Je n\u2019ai pas la prétention d\u2019affirmer que celle-ci a réglé tous les problèmes de relations de travail ici, mais elle a eu une influence importante sur les changements de mentalité dans ce domaine à la ETQ.» Yvon Bolduc abonde dans le même sens: La mission du Fonds Créer, maintenir ou sauvegarder des emplois Investir dans des entreprises à impact économique québécois et leur fournir des services afin de contribuer à leur développement et de créer, de maintenir ou de sauvegarder des emplois.Former les travailleuses et les travailleurs Favoriser la formation des travailleuses et travailleurs dans le domaine de l\u2019économie et leur permettre d\u2019accroître leur influence sur le développement économique du Québec.Développer l\u2019économie du Québec Stimuler l\u2019économie québécoise par des investissements stratégiques qui profiteront aux travailleuses et aux travailleurs, de même qu'aux entreprises québécoises.Préparer la retraite Sensibiliser et inciter les travailleuses et travailleurs à épargner pour leur retraite et à participer au développement de l\u2019économie par la souscription d\u2019actions du Fonds.«En agissant ainsi, la direction est impliquée elle aussi.Quand les employés sont au courant des enjeux et partagent les objectifs de l\u2019entreprise, tout à coup, on obtient plus d\u2019efficacité, de créativité et de collaboration.L\u2019employeur se rend vite compte qu\u2019il y a beaucoup de valeur à retirer quand on fait appel à l\u2019intelligence des employés.Ça revient encore à constater qu\u2019il est plus payant de travailler dans un esprit de cohésion.» Ce constat le conduit à cerner un autre des secrets de la réussite du Fonds: «On a mutualisé le risque parmi tous les travailleurs au Québec.Pour faciliter cette mutualisation du risque, on donne un crédit d\u2019impôt qui fait en sorte que les gens qui vont devenir actionnaires du Ponds et participer à sa croissance seront en mesure de réduire leur risque en obtenant ce crédit à court terme.Par la suite, l\u2019équipe de professionnels du Ponds va procéder à des investissements qui vont profiter aux gens, à terme, pour retrouver un rendement raisonnable.» Quelques facteurs déterminants En 30 d\u2019existence, est-ce qu\u2019il existe des éléments ou des événements majeurs qui ont servi à guider le Fonds de solidarité vers les sommets atteints ?Outre la formation économique, Michel Arsenault soutient que, depuis 1984, les quelque 2000 responsables locaux (RL) bénévoles ont été et demeurent de précieux ambassadeurs du Fonds, eux qui en font la promotion dans leurs milieux de travail à travers tout le Québec ; ils ont ainsi contribué fortement à sa croissance.En outre, la création et le maintien de 500 000 emplois ont bien soutenu la cause du Fonds durant les trois dernières décennies: «Nous sommes présentement le plus gros investisseur de capital de risque au Québec, sans compter que nos équipes ont mis l\u2019accent pour tenir compte du phénomène régional: 40% de nos investissements se font dans le Grand Montréal et 60 % dans toutes les régions par l\u2019intermédiaire des fonds locaux et régionaux.» De son côté, Yvon Bolduc met en relief la démarche professionnelle du Fonds, qui lui procure crédibilité et croissance : « On est vraiment bien implantés à travers la province, ce qui est une des causes de notre succès à long terme, mais il y a un autre point qui a joué en notre faveur : c\u2019est la mise en place des équipes multidisciplinaires et la spécialisation de celles qui se consacrent aux investissements.Nous sommes reconnus sur les marchés parce que nos équipes, quand elles parlent d\u2019un secteur d\u2019activités, elles le connaissent très bien puisqu\u2019elles comptent des spécialistes dans ce domaine.On s\u2019est montrés innovateurs sur ce plan.» « La crise était graue » Élargir le coffre à outils des syndicats pour défendre les travailleurs : tel était l\u2019objectif du Fonds de solidarité FTQ lors de sa création en 1983.Depuis le début des années 1980, la récession frappait le Québec de plein fouet et les temps étaient durs pour l\u2019emploi.MARTINE LETARTE ff \\ a crise était grave, des \\\\ ^centaines de milliers d\u2019emplois ont été perdus au Canada et les syndicats vivaient de l\u2019impuissance face aux fermetures d\u2019usine qu\u2019on annonçait chaque jour», se souvient Jean-Guy Frenette, qui était alors directeur de recherche à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) depuis 1967.«C\u2019était quelque chose de nouveau parce que les syndicats avaient toujours vécu dans un contexte de croissance jusqu\u2019aux années 1970, marquées par la crise du pétrole », précise-t-il.Les syndicats avaient mis sur pied des initiatives ponctuelles pour aider la relance d\u2019entreprises ou de secteurs en difficulté, mais on sentait le besoin de créer ime structure permanente.«La goutte qui a fait déborder le vase: les entreprises en difficulté se sont mises à demander aux travailleurs d\u2019investir en elles pour sauver leurs emplois, et lorsqu\u2019elles faisaient faillite, les travailleurs perdaient tout, raconte M.Frenette.Nous avons discuté de solutions possibles avec Louis Laberge [président de la ETQ de 1964 à 1991] et il a décidé d\u2019aller de l\u2019avant avec un fonds pour intervenir directement afin de sauver des emplois.» Jean-Guy Frenette avait développé une expertise en relance d\u2019entreprises et en capi- tal de risque.C\u2019est donc à lui qu\u2019on a confié la préparation de la documentation pour démarrer le Fonds.«On avait créé un comité consultatif très compétent avec notamment Claude Blan-chet, qui était directeur général de la Société de développement des coopératives, et Paul-Arthur Eortin, alors président d\u2019Entrepreneurship Québec [aujourd\u2019hui la Eondation de l\u2019entrepreneurshipj », explique Jean-Guy Frenette, aujourd\u2019hui à la retraite.Le Fonds était créé pour tous les travailleurs, peu importe qui était leur employeur ou leur syndicat.«C\u2019était évident depuis le départ puisque nous allions avoir une contribution en fonds publics, explique M.Frenette.Jacques Parizeau, qui était ministre des Einances, n\u2019a d\u2019ailleurs pas hésité à nous accorder le crédit d\u2019impôt pour les cotisations.» Une fois le Fonds fonctionnel sur papier, il fallait susciter l\u2019adhésion des travailleurs.«Nous devions collecter [des cotisations] travailleur par travailleur, indique M.Frenette.Nous avons monté un réseau de responsables locaux.Dans chaque usine, un responsable expliquait aux travailleurs le fonctionnement du Eonds et leur demandait de participer.» Il est convaincu que si le Fonds a réussi à traverser l\u2019épreuve du temps, c\u2019est en grande partie grâce à son mode de fonctionnement.«Le Eonds appartient aux travailleurs, il est pris en charge par la base.L\u2019institution ne leur est pas étrangère et elle est axée sur leur besoin de protéger les emplois.» Au-delà de toute attente «Nous avions préparé différents scénarios à l\u2019époque qui montaient jusqu\u2019à 500 millions de dollars, mais Louis Laberge avait mentionné 200 millions en conférence de presse.Tout le monde pensait que c\u2019était une grosse farce», se souvient M.Frenette.Le Fonds gère maintenant un actif net de 8,8 milliards de dollars.F NDS^ DESOLIDARITE iM; FONDS DE SOLIDARITE Louis Laberge 12\tLE DEVOIR, LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 EÉVRIER 2013 FONDS DE SOLIDARITE FTQ 30* De gauche à droite Nadeau ».t FONDS DE SOLIDARITE Raymond Legault, Rémi Marcoux et Michei Québec économique « Si le Fonds n\u2019existait pas, il faudrait l\u2019inuenter ! » Le défi consiste maintenant à assurer la relève En trente ans, non seulement le Fonds de solidarité de la FTQ a joué un rôle majeur dans la préservation des emplois au Québec, mais il a également servi de levier économique aux entreprises d\u2019ici et a permis de sensibiliser les travailleurs, les syndicats et les patrons aux besoins des uns et des autres.CLAUDE LAFLEUR Pour Rémi Marcoux, fondateur des imprimeries TC Transcontinental, Michel Nadeau, directeur général de l\u2019Institut sur la gouvernance d\u2019organisations publiques et privées, et Raymond Legault, président de l\u2019Union des artistes, le Fonds était une invention nécessaire.Quand le Fonds s\u2019implique M.Marcoux est l\u2019un de nos plus grands entrepreneurs.En quelques décennies seulement, il a transformé un petit atelier d\u2019impression (comptant une trentaine d\u2019employés) en l\u2019un des plus importants imprimeurs d\u2019Amérique du Nord (qui emploie aujourd\u2019hui plus de 10000 personnes).En 1976, il prenait en main un atelier fermé à la suite du décès de son fondateur.« J\u2019ai vu là une occasion d\u2019affaires, dit-il.Nous avons donc rouvert l\u2019usine en janvier 1976 en la spécialisant dans l\u2019impression des circulaires.» C\u2019est ainsi que s\u2019est amorcée la grande aventure de Transcontinental.En 1989, l\u2019entreprise désirait ouvrir une usine en Californie.Toutefois, le syndicat bancaire avec lequel elle faisait d\u2019ordinaire affaire refuse de lui avancer les fonds nécessaires.(M.Marcoux glisse au passage que son entreprise avait alors cumulé plus d\u2019un milliard en emprunts !) «fai donc fait appel au Fonds de solidarité et j\u2019ai été très bien reçu, poursuit-il.Ça a été assez facile de négocier avec eux pour obtenir 100 millions\u2014même si on ne m\u2019a pas fait de cadeau.\u2014 en me prêtant l\u2019argent à 8% d\u2019intérêt par année.» Fort de cet appui, le patron de Transcontinental décroche ensuite im autre 100 millions auprès de la Caisse de dépôt et placement du Québec.«Et par la suite, les banques se sont mises à \u201ccourir\u201d après moi! lance-t-il en riant.C\u2019est dire que le Fonds a joué un rôle déterminant en étant le déclencheur de notre projet californien», ré-sume-t-il avec satistaction.De son côté, Michel Nadeau illustre un autre rôle joué par le Fonds alors qu\u2019il participait au sauvetage de SSQ Groupe financier, Tune des grandes compagnies d\u2019assurance-groupe au Canada.«J\u2019arrive donc à la SSQ en 1990, raconte-t-il, et c\u2019est la panique.La compagnie perd de l\u2019argent; elle est en fait en faillite.Desjardins et les grandes compagnies de Toronto nous convoitent, mais il n\u2019est pas question pour nous de vendre à des firmes torontoises.Et c\u2019est là qu\u2019arrive le Fonds avec un investissement de 40 millions.» Et M.Nadeau de clamer sans hésiter: «La SSQ n\u2019existerait pas aujourd\u2019hui sans l\u2019intervention du Fonds de solidarité!» Pour sa part, Raymond Legault n\u2019a pas à proprement parler profité d\u2019un coup de pouce du Fonds.Il observe néanmoins l\u2019important rôle joué par celui-ci dans la sensibilisation et la formation des travailleurs à l\u2019administration de leurs avoirs.Pour avoir longtemps participé aux comités de négociation de l\u2019Union des artistes, il a pu ainsi observer le travail de sensibilisation du Fonds auprès d\u2019un peu tout le monde aux besoins de chacun.«Lorsque tu négocies et que tu vois les défis que l\u2019entreprise a à relever, ça relativise les choses, dit-il.Et je pense que le Fonds a créé globalement une paix sociale et syndicale.» Ce que confirme Rémi Marcoux, qui considère d\u2019ailleurs que, grâce à ses programmes de formation, «le Fonds a beaucoup fait évoluer les travailleurs en leur faisant comprendre comment ça se passe dans une entreprise, quelles sont les conditions de réussite.C\u2019est pour moi le plus grand apport du Fonds».Le grand défi de l\u2019avenir Depuis 2005, Michel Nadeau se préoccupe de la gouvernance des entreprises, ce qui lui a permis de découvrir l\u2019expertise développée au Fonds.«Depuis quelques années, je m\u2019occupe de l\u2019évaluation des placements, dit-il, en particulier de déterminer comment on évalue la valeur des placements privés.» Or, étant donné que 60% des placements réalisés par le Fonds de solidarité sont de cette nature, M.Nadeau a cru bon s\u2019associer à l\u2019équipe du Fonds qui évalue ce t^e de placements.« Je pensais alors que j\u2019allais leur montrer comment nous, nous faisons cela à la Caisse, lance-t-il.Or, je me suis trompé; c\u2019est plutôt eux qui m\u2019en ont montré.J\u2019ai été ébloui par leur savoir-faire ! » Il fait en outre ressortir que partout ailleurs au Canada, les fonds de travailleurs qui ont été mis sur pied dans les années 1980-1990 ont échoué.«Ils ont tous fermé leurs portes, fait faillite ou été privatisés, dit-il, abrs qu\u2019au Québec, le Fondç a prospéré.» Pourquoi ?A cause de la rigueur des administrateurs, ob-serve-t-il.«Je pense qu\u2019au Québec, nous sommes rigoureux en matière de placements comme dans le monde coopératif, dit-il.On suit toujours une démarche rigoureuse.» Il observe d\u2019ailleurs que le Fonds de solidarité a toujours su concilier deux missions, à savoir maintenir et créer des emplois tout en obtenant de bons rendements de placement.« C\u2019est là la preuve de la qualité de leur gestion », résume-t-il.Rémi Marcoux estime quant à lui que «lorsqu\u2019on regarde le bilan du Fonds sur une période de trente ans, l\u2019évaluation en termes de capital de risque est remarquable».En conséquence, Michel Nadeau estime que «la meilleure idée qu\u2019on a eue au Québec dans le domaine de la finance a été justement la création du Fonds de solidarité de la FTQ.Si le Fonds n\u2019existait pas, il faudrait l\u2019inventer ! », lance-t-il joyeusement.Selon M.Marcoux, Nadeau et Legault, le grand défi du Fonds, comme de la société québécoise en général, consiste à présent à assurer la relève de nos entrepreneurs.Il faut que nous aidions nos jeunes à prendre en main nos entreprises, disent-ils en substance, et le Fonds peut jouer un rôle majeur en cette matière.« C\u2019est le grand défi de l\u2019avenir, le défi qui se présente à nous tous dès aujourd\u2019hui!» Jacques Parizeau se souvient i De la confrontation à la coopération «C\u2019est une source de capital de risque remarquable» La création du Fonds de solidarité FTQ, survenue dans la foulée d\u2019une descente aux enfers de l\u2019économie du Québec, a eu un effet particulièrement stimulant pour l\u2019entrepreneuriat, selon l\u2019ancien premier ministre Jacques Parizeau.Il estime même que la mise en place de ce levier financier a contribué à améliorer le climat social.ALEXANDRE SHIELDS Jacques Parizeau se souvient très bien de la désastreuse récession du début des années 1980.Le gouvernement de René Lévesque, en pleine déprime postréférendaire, voit tous les indicateurs économiques passer au rouge.«Les taux d\u2019intérêt sont devenus fous.Le taux préférentiel des banques est passé à 17%.Le taux d\u2019hypothèque, à 22,75%.Tout s\u2019est arrêté», rappelle celui qui était alors ministre des Finances.Au cours de la «dramatique» année 1982, le taux de chômage grimpe même jusqu\u2019à 14%.Au cœur de la crise, M.Parizeau rencontre le président de la FTQ, Louis Laberge, qui souhaite mettre sur pied un fonds qui doit notamment permettre aux entreprises du Québec d\u2019aller chercher les capitaux nécessaires pour investir et ainsi créer de l\u2019emploi.L\u2019ex premier ministre péquiste rappelle d\u2019ailleurs qu\u2019à cette époque, il y avait «très peu de capital de risque» disponible au Québec.Dans un contexte de profonde crise, la situation était tout simplement intenable.Jacques Parizeau explique qu\u2019il était aussi de plus en plus courant que des syndicats prennent part à l\u2019actionnariat de certaines entreprises.«De plus en plus, on voyait des entreprises cotées en Bourse dont le syndicat devient un actionnaire important.Il est évident que les salariés risquent gros en faisant ça.» Partage du risque M.Laberge lui suggère alors la formule qui deviendra celle du Fonds de solidarité.«Son idée était de constituer un fonds alimenté par les syndiqués et qui prendrait des participations dans les entreprises de façon à ce que les employés puissent assurer leur retraite, mais qui soit suffisamment diversifié pour que ça ne soit pas risqué.» Le chef syndical fait même valoir que cette façon de faire est susceptible de transformer en profondeur les rapports entre le patronat et les syndiqués, les deux parties étant désormais davantage liées.On souhaite ainsi, dans la mesure du possible, faire passer le climat de la confrontation à la coopération.En plus de contribuer au financement des entreprises et de permettre de diversifier l\u2019épargne de milliers de Québécois, le Fonds de solidarité aurait en effet permis d\u2019améliorer le climat social au Québec.«Ça a assaini le climat social de façon extraordinaire, fait valoir M.Parizeau.Dans les années 1970, ce n\u2019était pas drôle.Il y a eu des grèves à finir.J\u2019ai travaillé pour une entreprise minière qui a été fermée par la FTQ.Ils ont fait une grève jusqu\u2019à ce que l\u2019entreprise ferme.C\u2019était fréquent, au Québec, des grèves de plusieurs mois.» JACQUES NADEAU LE DEVOIR Jacques Parizeau Feu vert de Québec Le gouvernement du Parti québécois a accepté rapidement le projet de la Fédération des travailleurs, souligne M.Parizeau, en plus de lui accorder un prêt de 10 millions de dollars pour son démarrage.«S\u2019il y a une chose que j\u2019ai apprise au cours de ma carrière, c\u2019est que, d\u2019abord, on définit un projet.On l\u2019étudie pour voir s\u2019il est intéressant, et ensuite, le financement vient de lui-même.L\u2019argent suit le projet, et non le contraire.» Dans ce cas-ci, il était urgent de prendre des mesures de façon à soutenir les entreprises d\u2019ici, dont certaines sont devenues par la suite des fleurons du Québec inc.«Dans les années 1980, les entrepreneurs québécois se sont mis à proliférer.Ça a été un phénomène extraordinaire», insiste M.Parizeau.La chose était d\u2019autant plus nécessaire que les années qui ont suivi la première victoire péquiste avaient laissé des traces.«C\u2019est vrai qu\u2019en 1976, et avec la loi 101, qu\u2019il y a eu un exode d\u2019anglophones.Un grand nombre est parti.Un grand nombre d\u2019entreprises anglophones ont fermé leurs sièges sociaux.Il y a eu un vide énorme qui s\u2019est créé dans le milieu des affaires.Et d\u2019autre part, beaucoup d\u2019entreprises anglophones ont commencé à se chercher des francophones pour faire leurs affaires au Québec.» L\u2019ancien chef souverainiste ne s\u2019attendait par ailleurs pas à ce que le projet prenne une telle ampleur.«On n\u2019aurait pas imaginé à cette époque qu\u2019il pourrait y avoir au-delà de huit milliards de dollars dans l\u2019actif net du Fonds de solidarité.Il y a 600000 actionnaires, sur une main-d\u2019œuvre active au Québec de quatre millions de personnes.C\u2019est extraordinaire.Ils ont investi dans plus de 2000 entreprises.C\u2019est une source de capital de risque remarquable.En fait, c\u2019est le plus grand gros fonds de capital de risque au Canada.» Brian Mulroney et Louis Laberge Le fédéral embarque «Je voulais que mon gouvernement appuie le projet de Louis Laberge» «Bon ami» de Louis Laberge, l\u2019ancien premier ministre du Canada Brian Mulroney n\u2019a pas manqué de souligner le 30® anniversaire de naissance du Fonds de solidarité FTQ, à laquelle son gouvernement conservateur a contribué.MARCO BÉLAIR-CIRINO Si la ratification de l\u2019Accord de libre-échangç nord-américain (ALENA) et celle de l\u2019Accord Canada-Etats-Unis sur la qualité de l\u2019air (Traité sur les pluies acides) à Taube des années 1990 par le Parlement constituent ses plus grands faits d\u2019armes, le coup de pouce du gouvernement du Canada au Fonds de solidarité FTQ constitue aussi une source de fierté importante pour l\u2019ancien premier ministre.«Au Québec, c\u2019était un événement très important parce que c\u2019était la première fois qu\u2019une centrale syndicale québécoise tentait cette expérience de lever des fonds pour les réinvestir immédiatement dans la petite et la moyenne entreprise au Québec, créant ainsi des milliers d\u2019emplois», souligne d\u2019entrée de jeu M.Mulroney à l\u2019occasion d\u2019une entrevue avec Le Devoir.L\u2019idée de donner de l\u2019impulsion à un fonds de travailleurs, par l\u2019entremise de crédits d\u2019impôt importants \u2014 équivalant au départ à 20% du coût des actions \u2014, ne ralliait pas tout le monde, bien qu\u2019elle tombât pile puisque le pays se relevait de la douloureuse récession de 1981-1982, se rappelle l\u2019ancien chef de gouvernement conservateur.«Il n\u2019y avait pas que des preneurs.Mais, comme ami et comme premier ministre du Canada, je reconnaissais l\u2019importance du projet de Louis Laberge et je voulais que mon gouvernement l\u2019appuie.C\u2019est ce que nous avons fait», fait-il remarquer.Avec 10 millions de dollars! Brian Mulroney se remémore très bien la rencontre durant laquelle il y a officiellement pris parti pour le Brian Mulroney Fonds de solidarité FTQ.«J\u2019ai dit à Louis vers la fin de la réunion: \u201cTrès bien, je vais donner instruction au ministre des Finances d\u2019inclure les changements nécessaires au code fiscal dans le prochain budget.\u201d Il se dirigeait vers la porte de mot; bureau de la Chambre des communes, puis s\u2019est arrêté.Il m\u2019a dit: \u201cEcoutez, M.le premier ministre, il me manque seulement une chose ! \u201d Je lui ai répondu: \u201cQmoï!\u201d Je pensais l\u2019avoir satisfait II m\u2019a dit: \u201cJ\u2019ai pas d\u2019argent! \u2014 Tu vas aller en chercher, Louis, grâce aux changements fiscaux.\u2014 Oui, mais, pour commencer, j\u2019ai besoin d\u2019une infusion de capital.\u2014 Puis.Combien?\u2014 Dix millions de dollars ! \u2014 Très bien, je te les donne au nom du gouvernement du Canada.Bon succès, mon ami.\u201d Et il est parti avec ça.» En plus de créer et de maintenir des emplois en investissant dans les PME, le Fonds de solidarité devait favoriser l\u2019épargne des Québécois en prévision de leur retraite.« On était beaucoup moins équipés qu\u2019on l\u2019est aujourd\u2019hui», fait remarquer M.Mulroney, prenant soin de souligner les «initiatives importantes» prises par le ministre québécois des Finances de l\u2019époque, Jacques Parizeau, de concert avec son homologue fédéral, Michael Wilson, afin d\u2019encourager l\u2019épargne.« Ces gestes-là, tranquillement, pas vite, ont modifié l\u2019attitude des Québécois.» Pour l\u2019ancien premier ministre, il ne fait aucun doute que le Fonds de solidarité FTQ n\u2019aurait pas eu l\u2019essor qu\u2019il a connu sans l\u2019intervention d\u2019Ottawa.«D\u2019ailleurs, personne ne pensait à ce moment-là qu\u2019il partirait de presque zéro pour se rendre à près de 9 milliards de dollars aujourd\u2019hui», lance-fil.Symbole L\u2019appui d\u2019Ottawa et de Québec au projet de la plus importante centrale sjmdicale québécoise fait figure de «symbole important» de la «collaboration syndicale, patronale et gouvernementale», souligne M.Mulroney, qui, jeune avocat, avait été plongé au cœur de conflits de travail importants, dont ceux opposant les armateurs et les débardeurs du port de Montréal, à la fin des années 1960, ainsi que celui opposant la direction et les typographes de La Presse en 1971 et 1972.D\u2019ailleurs, il avait croisé le fer avec Louis Laberge à l\u2019occasion de ces deux crises ébranlant le monde du travail.«Nous y étions les deux, lui côté syndical, moi côté patronal.On est devenus amis.» Les deux hommes se retrouveront à la Commission d\u2019enquête sur les ports du SaintLaurent (commission Picard), ainsi qu\u2019à la Commission d\u2019enquête sur l\u2019exercice de la liberté syndicale dans l\u2019industrie de la construction (commission Cliche), qui a été qua- _________ lifiée de «vaste opération antisyndicale» par le prési- dent de la FTQ, Louis Laberge.Près de 10 ans plus tard, en 1983, Louis Laberge a pris position pour la candidature de Brian Mulroney à la tête du Parti progressiste-conservateur du Canada, bien qu\u2019il ait appelé, avant et après, à voter pour le Nouveau Parti démocratique (NPD) aux élections fédérales.Le président de la FTQ a été un interlocuteur privilégié du bureau du premier ministre pendant les années conservatrices.«En anglais, on dit: sounding board», précise M.Mulroney.La figure de proue du monde syndical n\u2019a toutefois pu infléchir la décision du premier ministre canadien de conclure TALENA avec les Etats-Unis et le Mexique.«Je comprenais sa position dans ce dossier», dit l\u2019ancien chef de gouvernement, précisant que Louis Laberge «ne s\u2019est jamais livré à une attaque personnelle» contre lui.«Jamais.C\u2019est un des grands messieurs que fai eu le privilège de connaître durant ma vie.» «Plus que jamais» Le Fonds de solidarité FTQ apparaît «plus nécessaire que jamais » dans la vie économique québécoise, ayant déjà ouvert la voie à «la création de 500000 emplois».«C\u2019est extraordinaire, ça! Et je pense que Michel Arsenault et son équipe travaillent dans le même sens que Louis.» «Responsable de la gestion d\u2019un fonds de quelque neuf milliards de dollars», la FTQ occupe une position névralgique l\u2019obligeant à faire preuve de «responsabilité», de «maturité» économique, estime Brian Mulroney.S\u2019il souligne à gros traits la nécessité d\u2019une collaboration syndicale, patronale, gouvernementale, M.Mulroney, associé principal de la firme Norton Rose, ne mijote pas de distribuer des formulaires d\u2019adhésion à la FTQ aux salariés du cabinet d\u2019avocats.«Ça me surprendrait ! Et ça surprendrait Louis ! », lance-fil, avant de rire de bon cœur.«Il faisait ses affaires et je faisais les miennes.» LE DEVOIR LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 EEVRIER 2013 I 3 FONDS DE SOLIDARITE FTQ Actionnariat Il a fallu cinq ans pour élargir la base des actionnaires La méthode la plus populaire de contribution est celle de la retenue sur la paie En 30 ans d\u2019existence, le Fonds de solidarité de la FTQ a beaucoup évolué.Si l\u2019actif net du Fonds a augmenté, il en est de même pour le nombre de ses actionnaires, dont le profil et les habitudes se sont aussi modifiés.Entrevue avec Denis Leclerc, vice-président à l\u2019actionnariat.PIERRE VALLÉE «Lors de la mise en vente de nos premières actions en 1984, le recrutement des membres s\u2019est révélé plus ardu que prévu, raconte Denis Leclerc.Après une année de fonctionnement, nous avions seulement 50000 membres.Et comme ces membres investissaient surtout des petits montants, la somme des actif recueillis ne s\u2019élevait qu\u2019à 620000$.» De plus, l\u2019actionnariat de cette époque était principalement masculin, francophone de souche et syndiqué à la FTQ.Il a fallu environ cinq ans pour élargir la base des actionnaires et donner une certaine vitesse de croisière au Fonds.«Nous avons souffert pendant cette période d\u2019une rumeur selon laquelle le Fonds de solidarité était réservé aux seuls syndiqués à la FTQ, mais en réalité, il était ouvert à tout le monde depuis sa création.Il a fallu d\u2019abord commencer par corriger cette perception erronée.» Le portrait a depuis changé.Des quelque 595000 actionnaires que compte aujourd\u2019hui le Fonds de solidarité, 35% sont des syndiqués de la FTQ, 21% sont des syndiqués d\u2019autres syndicats et 44 % ne sont tout simplement pas syndiqués.Généralement masculin au départ, l\u2019actionnariat s\u2019est équilibré, puisque les femmes représentent aujourd\u2019hui 45% de l\u2019actionnariat.Mise en marché du produit Dès le départ, le Fonds de solidarité a misé sur la présence de ses représentants locaux pour faire la mise en marché de son produit financier.«Les responsables locaux sont au sein des entreprises, ce sont des travailleurs comme les autres, et ceci leur permet d\u2019établir plus facilement un lien de confiance avec leurs collègues de travail.Ils ne sont pas perçus comme des corps étrangers.De plus, leur rôle ne se borne pas à faire la promotion du Fonds.Ils ont aussi un rôle de sensibilisation et de pédagogie en matière de finances personnelles.» Mais pour assurer le succès du Fonds de solidarité, il fallait ratisser plus large que les représentants locaux ne pouvaient le faire.«On a donc commencé à mettre de la publicité dans les journaux, ce que nous faisons toujours.Ensuite, nous avons rajouté la publicité à la télévision.Puis nous avons eu l\u2019idée de faire de la publicité à la radio.Nous avons été les premiers à faire une campagne REER à la radio et cela a très bien fonctionné.D\u2019une part, les coûts moindres de la publicité nous permettaient d\u2019augmenter notre présence.Nous avions ciblé les émissions du matin et du retour du travail, un moment où de nombreuses personnes sont captives de leur voiture.La radio nous a aussi permis d\u2019atteindre une clientèle plus Denis Leclerc jeune.C\u2019est la stratégie que nous conservons aujourd\u2019hui en ce qui concerne les médias traditionnels.Par exemple, nous avons annoncé cette année pendant le Super Bowl.» La stratégie marketing du Fonds de solidarité se décline maintenant aussi sur Internet.«Nous avons mis récemment en place un site transactionnel où l\u2019on peut acheter directement des actions en ligne.En moins d\u2019un an, 13000 personnes sont devenues actionnaires de cette façon.Nous offrirons bientôt ce même service pour les téléphones mobiles et les tablettes électroniques.» Bien que la quincaillerie du marketing soit aujourd\u2019hui plus sophistiquée, la personne humaine demeure au cœur de la mise en mar-ché des actions du Fonds de solidarité.«Le rôle de nos représentants locaux demeure toujours essentiel, nous avons encore des bureaux où les gens peuvent venir nous rencontrer et nous avons toujours maintenu un service téléphonique où une personne répondra à vos questions.Le contact personnel demeure important pour nous car c\u2019est ainsi que s\u2019établit et se maintient le lien de confiance.D\u2019ailleurs, les sondages auprès de nos actionnaires indiquent que le taux de satisfaction de ces derniers avoisine le 95 %.» Les us et coutumes des actionnaires Pour quelles raisons devient-on actionnaire du Fonds de solidarité?«Selon nos sondages, la première raison pour laquelle une personne devient actionnaire du Fonds, c\u2019est pour profiter du crédit d\u2019impôt supplémentaire de 30%.C\u2019est le facteur déterminant Vient ensuite l\u2019épargne en fonction de la retraite.La troisième raison évoquée, c\u2019est qu\u2019en investissant dans le Fonds de solidarité, l\u2019on investit aussi dans les entreprises québécoises et l\u2019on contribue ainsi à renforcer l\u2019économie québécoise.Le rendement que procure le Fonds arrive en dernier.» Une autre raison qui motive les personnes, en particulier les jeunes, à contribuer à un REER du Eonds de solidarité est la possibilité d\u2019utiliser les sommes déposées pour faire l\u2019acquisition d\u2019une première résidence, en vertu du régime d\u2019accès à la propriété (RAP).«Pour nos jeunes actionnaires, dont la retraite est encore lointaine, c\u2019est une façon d\u2019obtenir une gratification immédiate pour leurs efforts d\u2019épargne.Environ 8 0 9%) de nos actionnaires utilisent le RAP.Par exemple, l\u2019an dernier, il y a eu 3700 demandeurs de RAP pour une somme de 30 millions de dollars.» On peut contribuer à un REER du Eonds de solidarité de trois manières.D\u2019abord, la manière classique, soit en un seul versement annuel.On peut aussi opter pour des prélèvements automatiques dans le compte bancaire.Mais la méthode la plus populaire aujourd\u2019hui est celle de la retenue sur la paie.«C\u2019est le choix de la majorité de nos actionnaires.D\u2019abord, la somme retenue est plus petite, donc plus facile à absorber.Mais surtout, comme le remboursement d\u2019impôt est immédiat, le montant d\u2019impôt retenu sur la paie baissera d\u2019autant » Par exemple, si la somme investie est de 10 dollars par semaine, si l\u2019on tient compte du remboursement d\u2019impôt, c\u2019est seulement 3 dollars par semaine qui seront réellement retirés de la paie.a.Les responsables locaux sont au sein des entreprises, ce sont des travailleurs comme les autres )) Denis Leclerc, vice-président à l\u2019actionnariat, Fond de solidarité de la FTQ Rendement de l\u2019investissement Un REER souscrit au Fonds serait pius avantagenn que le REER traditionnel « Quatre années de rendement négatif en 30 ans sont un gage de solidité » Qu\u2019en est-il du rendement du Fonds de solidarité ?Se compare-t-il au rendement des autres fonds de placement?Et de quelle façon doit-on tenir compte du 30 % de crédit d\u2019impôt supplémentaire qu\u2019offre un REER du Fonds de solidarité en comparaison à un REER traditionnel ?PIERRE VALLÉE Si, en 2012, le rendement du Fonds de solidarité était de 2,6%, l\u2019année auparavant, il n\u2019était que de 8,8%.Mais attention, en 2009, le rendement était négatif, soit de -12,6%.Son plus haut point a été atteint en 1991 avec 13% de rendement.Comme on peut le constater, à l\u2019instar de tous les autres fonds de placement, le Fonds de solidarité voit varier son rendement selon les années et les circonstances.Il faut donc mesurer le rendement sur une longue période pour se faire une idée plus précise.Ainsi, le rendement composé annuel à l\u2019actionnaire depuis le début des activités du Fonds de solidarité FTQ jusqu\u2019au 31 mai 2012 est de 3,6%.Est-ce suffisant et en quoi cela se compare-t-il au rendement d\u2019autres fonds de placement?En comparaison «Si je compare le rendement du Fonds de solidarité, explique Dany Provost, directeur de la planification financière et fiscale chez SFL-Cité Montcalm, au rendement médian, par exemple, de fonds équilibrés, sur une même période de temps, disons les dix dernières années, on doit avouer que le rendement des fonds équilibrés est d\u2019environ 2,5 % supérieur à celui du Fonds de solidarité.Cela dit, le rendement du Fonds demeure honnête.» Y a-fil là matière à inquiétude?«Pas du tout.Quand on regarde le rendement du Fonds depuis son début, on remarque qu\u2019il n\u2019a connu que quatre années de rendement négatif D\u2019une part, au début des années 2000, lors de l\u2019éclatement de la bulle technologique, et d\u2019autre part, en 2008 et 2009, après la crise financière et la récession qu\u2019elle a entraînée.Mais les autres fonds ont tous connu de mauvais résultats pendant ces deux périodes et les gestionnaires du Fonds n\u2019ont pas fait pire ni mieux que les autres gestionnaires.Et seulement quatre années de rendement négatif en 30 ans m\u2019apparaissent comme un gage de solidité du Fonds de solidarité.» Du point de vue de l\u2019investisseur, selon Dany Provost, le rendement du Fonds de solidarité n\u2019est pas le seul point qu\u2019il faut considérer lorsqu\u2019on évalue la performance d\u2019un REER du Fonds de solidarité.Il faut tenir compte du crédit d\u2019impôt supplémentaire qu\u2019accorde à l\u2019investisseur le Fonds de solidarité et qui constitue un net avantage en comparaison d\u2019un REER traditionnel.«Par exemple, un REER traditionnel accorde un crédit d\u2019impôt de 40%).Cela veut dire qu\u2019un placement de 1000$, une fois le remboursement d\u2019impôt de 400$ pris en compte, exigera de l\u2019investisseur qu\u2019il débourse la somme de 600$.Dans le cas d\u2019un PEER du Fonds de solidarité, comme le crédit d\u2019impôt est de 70%o, la somme réelle que l\u2019investisseur déboursera sera de 300$.» Dans les deux cas, la somme totale placée dans le REER est de 1000$, mais il en aura coûté 50% de moins à celui qui l\u2019investit dans un REER du Fonds de solidarité.En comparaison d\u2019un REER traditionnel Et la chose s\u2019améliore même si l\u2019on choisit une autre approche.«Par exemple, si l\u2019investisseur qui est prêt à débourser 600$ pour placer 1000$ dans un REER traditionnel choisissait de faire le même sacrifice et d\u2019accepter de débourser 600$ dans un PEER du Fonds, c\u2019est 2000$ qu\u2019il placerait alors dans son PEER.» Donc, pour la même somme de 600$ qu\u2019il débourse, l\u2019investisseur double son placement, et s\u2019il choisit d\u2019investir la même somme chaque année, le solde de son REER s\u2019appréciera deux fois plus rapidement.«C\u2019est un net avantage pour quelqu\u2019un qui veut rapidement accumuler la somme nécessaire à la mise de fonds pour l\u2019achat d\u2019une première résidence avec le RAP.» Et même si l\u2019usage du RAP n\u2019est pas envisagé, l\u2019investissement dans un REER du Fonds de solidarité demeure très attrayant et même plus avantageux qu\u2019un REER traditionnel, selon Dany Provost.«Mettons maintenant dans l\u2019équation la question du rendement des fonds de placement.On sait que le rendement du Fonds de solidarité est inférieur d\u2019environ 2,5 %> à un fonds équilibré.Prenons ensuite un PEER traditionnel en fonds équilibré dont le rendement est de 6%) en moyenne et comparons-le avec un PEER du Fonds de solidarité, dont le rendement n\u2019est que de 3,6 % en moyenne, mais qui offre un crédit de 30 % de plus.En plaçant la même somme chaque année dans les deux types de placement, il faudrait au moins vingt ans au REER traditionnel pour atteindre la même appréciation que celle réalisée par le PEER du Fonds de solidarité.Donc, malgré un rendement inférieur, un PEER du Fonds de solidarité est plus avantageux qu\u2019un PEER traditionnel.» Quand investir?Le plus tôt possible évidemment.«Si vous n\u2019avez jamais investi dans un PEER et que vous êtes à 15 ans de la retraite, donc si vous avez environ 50 ans, ma recommandation sans hésitation est de choisir un PEER du Fonds de solidarité.De plus, selon moi, l\u2019on devrait sérieusement envisager d\u2019investir dans un PEER du Fonds de solidarité dès que l\u2019on atteint l\u2019âge de 40 ans.Pour un épargnant de 25 ans, comme la retraite est loin et qu\u2019un PEER traditionnel finira au fil du temps par rejoindre un PEER du Fonds, le choix est moins impératif Par contre, il ne faut pas oublier de tenir compte du fait qu\u2019un PEER du Fonds de solidarité vous permettra d\u2019accumuler plus rapidement une somme que vous pourrez ensuite consacrer à l\u2019achat d\u2019une résidence grâce au RAP.» nValeurde l\u2019action ($) I I Rendement (%) 30-.25- 20- 15- 10- 1984 1990 1995 2000 2005 2010 2011 MAI NOV.2012 2012 Elles sont actionnaires.«Commencer à cotiser le plus tôt possible fait toute la différence » L\u2019une est mariée, mère de deux bambins et habite à Gatineau, l\u2019autre est célibataire, sans enfants et vit à Montréal.Qu\u2019ont en commun Stéphanie Dumoulin et Métissa Her-vieux?Elles sont toutes deux actionnaires du Fonds de solidarité de la FTQ.PIERRE VALLÉE «Je suis devenue actionnaire du Fonds de solidarité alors que fêtais encore étudiante, et comme beaucoup d\u2019étudiants, f avais un travail, dans mon cas, au Casino du Lac-Leamy, raconte Stéphanie Dumoulin, jeune mère de 28 ans.C\u2019est le représentant local du Fonds au Casino qui m\u2019a approchée.Je ne connaissais rien aux PEER et c\u2019est lui qui m\u2019a tout expliqué.J\u2019ai commencé par une petite cotisation prélevée sur mon chèque de paie.» Agée de 35 ans.Métissa Hervieux est devenue actionnaire du Fonds un peu plus tardivement.«J\u2019ai commencé à investir dans le Fonds de solidarité au début des années 2000 lorsque j\u2019ai obtenu un poste de directrice technique à Radio-Canada, ce qui venait stabiliser ma situation financière.C\u2019est mon père qui m\u2019a parlé en premier du Fonds et de ses avantages.» Elle a aussi choisi, comme tant d\u2019autres, de contribuer au Fonds à l\u2019aide de la retenue sur la paie.Une solution qu\u2019a dû abandonner Stéphanie Dumoulin.«Après mes études, je me suis trouvé un travail en communications au gouvernement fédéral et il n\u2019offre pas ce service, fai donc choisi le prélèvement bancaire.» Les avantages du Fonds A la fois pour Stéphanie Dumoulin et Métissa Hervieux, la première raison pour laquelle elles ont choisi le Fonds de solidarité est le crédit d\u2019impôt supplémentaire ainsi obtenu.La seconde raison est le caractère propre du Fonds de solidarité.«Je savais qu\u2019en investissant dans le Fonds de solidarité, raconte Métissa Hervieux, j\u2019investissais aussi dans un fonds équitable.» Même son de cloche chez Stéphanie Dumoulin.«L\u2019argent que j\u2019investis dans le Fonds, le Fonds par la suite l\u2019investit dans des entreprises québécoises.L\u2019argent que je mets de côté sert ainsi à aider l\u2019économie québécoise.De plus, moi, je tiens à savoir où va mon argent, et à cet égard, le Fonds est beaucoup plus transparent que le sont les banques traditionnelles dont les visées sont purement capitalistes.Le Fonds, lui, vise aussi le bien collectif » Le service à la clientèle est aussi un élément qui entre dans l\u2019équation, selon Stéphanie Dumoulin.« Vous avez votre carnet d\u2019actionnaire, il y a le site Internet, vous avez en main tous les outils nécessaires pour suivre l\u2019évolution de vos place- ments et ainsi faire des choix éclairés.De plus, vous pouvez facilement joindre par téléphone une personne qui répondra à toutes vos questions.» Accès à la propriété Les deux jeunes femmes n\u2019ont pas tardé à utiliser les sommes épargnées dans leur REER du Fonds de solidarité pour accéder à la propriété grâce au régime d\u2019accès à la propriété (RAP).«En combinant l\u2019argent de mon REER du Fonds, ainsi que la somme du REER de mon mari, nous avons pu faire une mise de fonds de 10000$ pour l\u2019achat de notre première maison, raconte Stéphanie Dumoulin.Et cela, seulement 5 ans après avoir commencé à contribuer au Fonds.» Idem pour Métissa Hervieux.«En 2009, j\u2019avais accumulé assez d\u2019argent dans le REER du Fonds pour m\u2019en servir pour faire l\u2019acquisition d\u2019un condo.En combinant cette somme avec celle que j\u2019avais déjà dans un REER traditionnel, fai pu disposer d\u2019une somme de 8000$.» Depuis, Métissa Hervieux a vendu ce condo pour en acheter un autre, de taille supérieure.Aujourd\u2019hui, la priorité pour ces deux jeunes femmes est de rembourser les sommes utilisées pour le RAP.«Mais comme je dispose de 15 ans pour rembourser sans subir de pénalité, précise Stéphanie Dumoulin, le fardeau mensuel est tout à fait gérable.» Comptent-elles fournir un effort supplémentaire?«Pas dans l\u2019immédiat, explique Métissa Hervieux./e me contente de rembourser le RAP pour le moment, fai aussi un CELI auquel je contribue, mais il s\u2019agit d\u2019une épargne que je fais uniquement pour pallier un imprévu.» Et Stéphanie Dumoulin de poursuivre: «Lorsque ma situation financière s\u2019améliorera, je compte bien cotiser davantage que le seul remboursement du RAP.Mais je viens aussi d\u2019ouvrir un REEL pour mes enfants dont je dois tenir compte.» II faut aussi ajouter que la retraite est bien loin pour ces deux jeunes femmes, «fai choisi plutôt de rembourser plus rapidement mon RAP, en 12 ans plutôt que 15, explique Métissa Hervieux.Mais une fois le remboursement terminé, je compte bien préparer mon après-carrière en continuant à cotiser à mon REER du Fonds.» Aux jeunes qui arrivent sur le marché du travail ou qui y sont déjà, mais qui ne cotisent pas à un REER du Fonds de solidarité, ces deux actionnaires ont un seul conseil.« Commencez à cotiser le plus tôt possible, dit Métissa Hervieux, c\u2019est ce qui fait toute la différence.» Et Stéphanie Dumoulin de renchérir: «Je suis vraiment contente d\u2019avoir commencé tôt.Le fait que l\u2019on puisse rapidement se servir de cette épargne pour faire l\u2019achat d\u2019une première maison devrait convaincre tous les jeunes qu\u2019il n\u2019y a aucune raison valable pour remettre ça à plus tard.» I 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 EEVRIER 2013 FONDS DE SOLIDARITE FTO 30' Un investisseur de proximité 1 «On ne doit pas jeter l\u2019éponge au premier orage » Le Fonds est toujours en mode vigie face aux 26 secteurs de l\u2019économie québécoise Depuis sa création il y a 30 ans, le Fonds de solidarité FTQ poursuit la même stratégie : devenir un partenaire à long terme des entreprises où il investit et ainsi contribuer à la croissance de l\u2019économie du Québec.MARTINE LETARTE Les Montréalais connaissent bien son édifice en bordure de l\u2019autoroute Métropolitaine, mais le Fonds de solidarité FTQ est présent dans toutes les régions du Québec et dans tous les secteurs de l\u2019économie.En plus d\u2019injecter des capitaux dans ses entreprises partenaires, il partage son expertise dans les différents secteurs d\u2019activité québécois.Le Fonds s\u2019enorgueillit également de rester présent aux côtés des entrepreneurs même durant les périodes difficiles.On songe inévitablement au secteur de la construction, qui n\u2019a pas bonne presse depuis quelques années, avec la multiplication des allégations de collusion.Le Fonds de solidarité maintient toutefois le cap.«Il y a une tempête, mais en construction comme dans tous les secteurs de l\u2019économie québécoise, il y a de très bons entrepreneurs honnêtes, et c\u2019est sur ces gens que nous voulons capitaliser », affirme Gaétan Morin, premier vice-président développement corporatif et investissement au Fonds de solidarité FTQ.Il précise que l\u2019institution financière n\u2019en est pas à sa première tempête.«Le Fonds a été créé dans une tempête, la crise économique du début des années 1980.Puis on a traversé la crise du début des années 2000, \"V Gaétan Morin la crise financière de 2008, et il y aura d\u2019autres tempêtes à traverser.Dans les moments difficiles, les entreprises ont besoin de nous parce qu\u2019il y a peu de capitaux disponibles, et pour nous, ce sont des occasions d\u2019investissement.On ne doit pas jeter l\u2019éponge au premier orage.» Mode vigie Le Fonds est donc toujours en mode vigie face aux 26 secteurs de l\u2019économie québécoise et il s\u2019ajuste en fonction des tendances.«Par exemple, les \\cinq ou six dernières années ont été très difficiles pour les en treprises de l\u2019industrie forestière, indique M.Morin.Nous avons alors travaillé sur des stratégies pour arriver à une sortie de crise avec une vision à long terme.Nous avons investi dans les entreprises qui n\u2019avaient pas peur de moderniser leur équipement et qui allaient vers des produits à valeur ajoutée.Maintenant que nos entreprises partenaires du secteur ont retrouvé la rentabilité, nous devons les appuyer à court terme pour qu\u2019elles puissent réaliser leurs projets.» Le secteur de l\u2019aérospatiale est aussi à surveiller.«C\u2019étoit très difficile, mais depuis un an, on voit que les grands avionneurs ont des carnets de commandes plus garnis.De plus, les grands donneurs d\u2019ordre veulent limiter le nombre de fournisseurs avec qui ils font affaire, donc les entreprises devront se regrouper.Nous regarderons donc qui sont les joueurs qui ont les capacités et la vo- lonté de faire des acquisitions.Pn plus, ça tombe pile, parce que plusieurs entrepreneurs voudront passer le flambeau.» Des équipes spécialisées C\u2019est au milieu des années 1990 que les analystes du Fonds se sont spécialisés par secteurs d\u2019activité.Gaétan Morin est d\u2019ailleurs arrivé à l\u2019institution comme analyste financier il y a une vingtaine d\u2019années.Comme il avait une formation en géologie, il s\u2019est spécialisé dans le secteur minier.«La spécialisation a permis au Fonds de se rapprocher énormément des enjeux des entreprises et de mettre à profit l\u2019intelligence de ses équipes pour appuyer le développement, explique-t-il.Puis, au début des années 2000, on a créé des équipes multidisciplinaires pour se pencher sur les différents défis des entreprises.Par exemple, nous avons des experts du marché américain, de la fiscalité, etc.» Expertise utile C\u2019est ce genre d\u2019expertise qu\u2019est venue chercher l\u2019entreprise Les Bois de plancher PG auprès du Fonds.Celui-ci vient d\u2019y injecter deux millions de dollars.«Nous ne demandions pas de financement pour soutenir un projet particulier, mais nous cherchions un partenaire pour nous aider à mettre en place un processus de relève», affirme Claude Carneau, président de Les Bois de plancher PG.L\u2019entreprise familiale de Saint-Edouard-de-Lotbinière, qui transforme les essences nobles en lattes de parquet, est aussi heureuse de voir que quelqu\u2019un du Fonds siège maintenant à son conseil d\u2019administration.«C\u2019est un atout parce que ça apporte une vision externe, autre que fami- FONDS DE SOLIDARITE Les Bois de plancher PG est une entreprise familiale, celle de la famille Garneau Haie, sur l\u2019entreprise», précise M.Garneau.«Lorsque nous faisons un investissement dans une entreprise, nous devenons partenaires à long terme, précise Gaétan Morin.Notre spécialiste qui siège au conseil d\u2019administration vient appuyer l\u2019entreprise dans ses enjeux.» En général, le Fonds accompagne les entreprises pour sept ou huit ans, mais le partenariat peut se poursuivre.«Nous avons dans notre portefeuille des entreprises pour lesquelles nous sommes partenaires depuis 20 ans.Chaque réinvestissement fait l\u2019objet d\u2019une analyse, mais si l\u2019entreprise donne du rendement, qu\u2019elle a des projets intéressants, nous réinvestissons», explique M.Morin.Il précise que le Fonds de solidarité FTQ n\u2019est pas obnu- bilé par les profits à très court terme.«Souvent, en raison de la pression des actionnaires, les entreprises se sentent obligées d\u2019avoir une vision annuelle, mais c\u2019est une grave erreur de penser comme ça.Il faut regarder à long terme.» Des investissements diversifiés Quel est le genre d\u2019entreprise idéale pour le Fonds lorsque vient le temps d\u2019investir ?Difficile de dresser un portrait-robot, puisque l\u2019institution financière s\u2019appuie sur un réseau de 85 fonds locaux, de 16 fonds régionaux et de plus de 70 fonds spécialisés.Les fonds locaux font des investissements d\u2019un maximum de 200 000 $, les fonds régionaux investissent de 200000 à deux millions de dollars et le siège social à Montréal s\u2019occupe des investissements de plus de deux millions de dollars.«On retient souvent nos investissements dans les entreprises publiques connues du grand public, mais notre pain quotidien est les PMP québécoises», affirme Gaétan Morin.Les entreprises peuvent aussi aller chercher du soutien à leurs différents stades de développement.«Que ce soit au démarrage, dans le lancement de nouveaux produits, pour aller en bourse ou faire des acquisitions, énumère Gaétan Morin.Aussi, maintenant, nous voyons plusieurs entreprises, peu importe la taille, attirées par les marchés étrangers.On ne voyait pas ça, il y a 25 ans.C\u2019est très prometteur et ça crée beaucoup d\u2019emplois ici.» Fondation de la formation économique Des milliers de travailleurs sont formés chaque aooée «Quand les gens savent ce qui se passe dans leur entreprise, ils ont plus à cœur son développement» Si le Fonds de solidarité FTQ a pour mission principale de contribuer à la croissance économique du Québec en créant et en sauvegardant des emplois au moyen d\u2019investissements dans des entreprises québécoises, il se charge également de favoriser la formation des travailleurs dans le domaine de l\u2019économie.EMILIE CORRIVEAU Depuis 1989, par l\u2019entremise de sa Fondation de la formation économique, le Fonds familiarise chaque année des milliers d\u2019employés québécois avec les réalités économiques et financières de l\u2019entreprise pour laquelle ils travaillent.Offerte aux employés des entreprises partenaires du Fonds ainsi qu\u2019aux membres des syndicats affiliés à la FTQ, la formation dispensée par la Fondation a pour but d\u2019outiller les participants de manière à les aider à contribuer davantage au développement de la société où ils travaillent.Elle leur permet de mieux comprendre la situation financière de l\u2019entreprise qui les emploie, son marché, son plan d\u2019affaires, son environnement économique et les défis qu\u2019elle doit relever.«Pssentiellement, l\u2019objectif, c\u2019est de permettre aux employés d\u2019une entreprise de comprendre le fonctionnement de celle-ci et de réaliser l\u2019impact de leur travail sur les résultats financiers de la compagnie», résume M.Claude Hétu, directeur général de la Fondation de la formation économique du Fonds de solidarité FTQ.La Fondation s\u2019efforce de sensibiliser les entrepreneurs aux bienfaits de la transparence Prise de conscience D\u2019après M.Hétu, cette prise de conscience des travailleurs est en général fort bénéfique pour leur employeur.« Quand les gens savent ce qui se passe dans leur entreprise, ils ont plus à cœur son développement.Ils s\u2019investissent davantage et ils comprennent mieux les décisions de l\u2019entrepreneur», explique-t-il., A titre d\u2019exemple, M.Hétu relate l\u2019expérience de Premier Tech, un groupe intégré dont le siège social est situé à Rivière-du-Loup, avec lequel la Fondation collabore depuis quelques années déjà.Lors de sa dernière activité de formation auprès des employés de Premier Tech, la Fondation s\u2019est particulièrement attardée au rôle du département de recherche et développement de l\u2019entreprise (RetD).«D\u2019une part, ça a permis aux employés de comprendre ce qu\u2019est la R et D, mais surtout, de comprendre que son rôle, c\u2019est d\u2019assurer la pérennité de leur emploi et le développement de l\u2019entreprise.D\u2019autre part, à la conclusion du cours, les gens de la R et D étaient très contents, parce qu\u2019ils ont réalisé que c\u2019était valorisant de communiquer aux autres employés de l\u2019entreprise ce qu\u2019ils faisaient.Ils ont senti de la reconnaissance.Bref, tout le monde se comprenait mieux et se sentait davantage impliqué», raconte M.Hétu.Services personnalisée Si, à ses débuts, la Fondation donnait un programme de formation auquel les entreprises participantes devaient se conformer, aujourd\u2019hui, elle propose plutôt une offre personnalisée à ses partenaires, ce qui lui permet d\u2019adapter ses services à la réalité de l\u2019entreprise en termes économiques.De plus, plutôt que de se limiter aux seuls états financiers d\u2019une entreprise pour faire comprendre à ses employés comment elle se porte, la Fondation privilégie aujourd\u2019hui une approche tenant compte de tous les facteurs susceptibles d\u2019influencer son développement, soit le management, les ressources humaines, le marketing, la production et les finances.Ainsi, lorsqu\u2019une entreprise fait appel à la Fondation, dans un premier temps, cette dernière rencontre l\u2019entrepreneur pour déterminer avec lui quels sont ses objectifs et dégager les aspects qui seront abordés lors de la formation.Cela fait, sur le terrain, la Fondation adopte une approche expérientielle.«On forme des groupes de 15 à 20 personnes qu\u2019on divise en petites équipes, précise M.Hétu.Il y a un bout de la formation où on amène les participants à prendre conscience de ce que c\u2019est qu\u2019un état financier, un bilan, etc., mais ce qu\u2019on fait, surtout, c\u2019est les faire réfléchir.On part du vécu des travailleurs et on les amène à comprendre la matière qu\u2019on souhaite leur transmettre à l\u2019aide d\u2019ateliers.Par exemple, on leur demande de définir ce qu\u2019est une entreprise qui va bien.Pn-suite, on les fait réfléchir à la santé de l\u2019entreprise pour laquelle ils travaillent.» Défis Bien que dans le sillage de ARCHIVES LE DEVOIR La Fondation de la formation économique familiarise les travailleurs aux réalités éconimiques ses ateliers de formation, la Fondation reçoive régulièrement des commentaires positifs de la part des entrepreneurs et des participants qui ont profité de ses services, elle ne dispose pas encore d\u2019un véritable programme pour faire le suivi de son offre.Difficile, donc, de mesurer son impact.La Fondation espère pouvoir remédier à cette situation dans un avenir proche.«Ce qu\u2019on aimerait être capables de savoir, c\u2019est la façon dont les travailleurs s\u2019approprient la matière qu\u2019on leur a transmise et si, concrètement, ça a changé quelque chose dans leur quotidien.On travaille sur le développement d\u2019outils pour que dans les six à huit mois suivant la formation, on soit capables d\u2019aller chercher cette informa-tion-là auprès de ceux qui ont suivi les ateliers», explique M.Hétu.La Fondation s\u2019efforce également de sensibiliser les entrepreneurs aux bienfaits de la transparence.D\u2019après le directeur général de la Fondation, encore peu d\u2019entreprises nord-américaines se montrent prêtes à ouvrir leurs livres de comptes à leurs employés.En convaincre un plus grand nombre de l\u2019utilité de le faire reste l\u2019un des principaux défis de la Fondation.«Dans un monde idéal, nous aimerions amener toutes les entreprises à comprendre pourquoi c\u2019est important que leurs employés soient informés et participent davantage au développement de l\u2019entreprise.Mais c\u2019est notre défi de tous les jours.» LE DEVOIR LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 EEVRIER 2013 I 5 FONDS DE SOLIDARITE FTQ Fonds immobilier Construire, certes, mais créer des emplois d\u2019abord De la Tour des Canadiens au logement communautaire Le Fonds immobilier de solidarité FTQ a investi un milliard dans des projets totalisant trois milliards depuis 1991.Depuis ses débuts, il a créé 26000 emplois tout en donnant un rendement positif à ses actionnaires.CAROLINE RODGERS // ly I otre mandat est de dé-\\\\ I Al velopper l\u2019emploi dans le secteur immobilier et d\u2019obtenir un rendement, dit Normand Bélanger, p.-d.g.du Fonds immobilier de solidarité FTQ.Dans ce secteur, c\u2019est au moment de la construction que la création d\u2019emplois est la plus forte.Voilà pourquoi, une fois que la construction est terminée et que les baux ont donné un plein rendement, autour de la cinquième année, nous nous retirons et revendons nos actions pour investir ailleurs.Les investissements vont de 500000$ à trente millions, et leur taille moyenne se situe autour de cinq à sept millions.» Présentement, il est partenaire, entre autres, de deux projets importants destinés au centre-ville de Montréal.Le premier est un édifice à bureaux dans le quartier des spectacles, rue Sainte-Catherine.Le second projet est la Tour des Canadiens, un ambitieux édifice à condos de 50 étages comprenant 552 appartements, adjacent au Centre Bell et réalisé en collaboration avec Cadillac Fairview, le Canadien de Montréal et Canderel, société de gestion et de développement immobilier dont le siège social est situé à Montréal.«Pour la Tour des Canadiens, on voulait avoir une équipe d\u2019investisseurs équilibrée.Nous avions une grande expérience à Toronto dans la construction et la mise en marché d\u2019édifices en hauteur.Le club de hockey Canadien amène l\u2019effet de sa marque de prestige et ses liens privilégiés avec le Centre Bell, et le Fonds de solidarité est un investisseur local solide avec une expertise en immobilier», dit Daniel D.Peritz, vice-président principal Canderel à Montréal et Ottawa.La construction devrait commencer d\u2019ici six mois si tout se passe comme prévu.Jusqu\u2019à maintenant, les ventes vont très bien, assure M.Peritz.Le prix des appartements va de 250000$ à 1,7 million.«Nous sommes agréablement surpris de la rapidité des ventes», dit-il.Habitation communautaire L\u2019organisme montréalais d\u2019économie sociale Bâtir son quartier existe depuis plus de trente ans.Sa mission est de répondre aux besoins des mé- nages montréalais à faible et modeste revenu par la mise sur pied de projets d\u2019habitations communautaires.Depuis ses débuts, il a accompagné des organismes communautaires dans la création de 9000 logements un peu partout sur le territoire montréalais.En plus de ces services-conseils, Bâtir son quartier coordonne deux fonds d\u2019investissement auxquels participe le Fonds immobilier de solidarité FTQ.Le Fonds d\u2019acquisition de Montréal (FAM) permet d\u2019acheter des immeubles ou des propriétés qui ont un potentiel intéressant pour l\u2019habitation communautaire.«Auparavant, on perdait des occasions d\u2019affaires intéressantes lorsque des immeubles ou des terrains bien situés étaient à vendre, en raison de la longueur des processus de développement des projets d\u2019habitation ,communautaire, explique Edith Cyr, directrice générale de Bâtir son quartier.Nous avons donc créé le Fonds d\u2019acquisition de Montréal, qui prévoit cinq millions pour servir de pont financier et éviter de rater ces occasions.Ce fonds a permis de réaliser 550 unités d\u2019habitation dans quinze immeubles.Le Fonds immobilier de solidarité FTQ en est l\u2019unique investisseur.» L\u2019autre fonds coordonné par Bâtir son quartier, le Fonds d\u2019investissement de Montréal, prête de l\u2019argent à des projets d\u2019habitations communautaires sur une dizaine d\u2019années.«Le Fonds immobilier FTQ a été l\u2019un des investisseurs de la première heure de ce fonds.» '¦à CANDAREL Tour des Canadiens Fonds régionaux Du capital pour la relèue, le démarrage ou la croissance Ce sont 424 millions qui ont été investis dans 1280 entreprises Nathalie Légaré a commencé à travailler au sein de la PME familiale dès qu\u2019elle a été en âge d\u2019écrire.Quand son père, Jean Légaré, a voulu prendre sa retraite et vendre son entreprise de location de véhicules, elle souhaitait l\u2019acquérir, mais ne disposait pas de la mise de fonds nécessaire.Il y avait toutefois les Fonds régionaux de solidarité.CAROLINE RODGERS // /\\\ttemps, l\u2019entre- \\\\ r\\prise de mon père, qui existait depuis 40 ans, avait grandi jusqu\u2019au point d\u2019avoir 55 employés, raconte Nathalie Légaré./ai tenté ma chance auprès des banques, mais pour ce type d\u2019acquisition, elles exigent des biens immobiliers en garantie, ce qui limite ensuite grandement la capacité d\u2019emprunt et m\u2019aurait empêchée d\u2019agrandir la flotte de véhicules pour faire croître l\u2019entreprise.Comme le Fonds de solidarité n\u2019exige pas d\u2019actif en garantie, fai pu avoir un prêt sans compromettre la croissance.Sans le Fonds de solidarité, je n\u2019aurais pas pu prendre la relève de mon père.Et il y a quelques mois, j\u2019ai acheté une seconde entreprise de location, à Saint-Constant.» Des histoires comme celle-là sont courantes depuis la création des Fonds régionaux de solidarité FTQ, survenue en 1995.Présents dans les seize régions administratives du Québec, ils proposent des solutions de financement jusqu\u2019à concurrence de 2 millions par entreprise.«A l\u2019époque de la création des Fonds régionaux, l\u2019industrie du capital de développement était très concentrée à Montréal et peu accessible en région, d\u2019où cette décentralisation, dit Luc Pinard, p.-d.g.des Fonds régionaux de solidarité FTQ.Nos critères de choix pour aider une entreprise sont qu\u2019elle ait une bonne gestion et un bon produit dans le bon marché.» Depuis leur création, les Fonds régionaux ont aidé 1280 entreprises, pour un volume total d\u2019investissements de 424 millions, ce qui a permis de créer, maintenir ou sauvegarder environ 30000 emplois.Présentement, le nombre d\u2019entreprises en portefeuille est de 330.Soutenir le démarrage ou la croissance Dans certains secteurs éco- FONDS DE SOLIDARITE Luc Pinard nomiques, par exemple l\u2019équipement médical, l\u2019apport de capital de risque permet aux entreprises de se maintenir à flot pendant qu\u2019elles effectuent la recherche et le développement de leur produit et prennent leur place sur le marché.C\u2019était le cas chez BHM Médical, une entreprise de Magog qui fabrique des équipements pour déplacer les personnes âgées, malades ou handicapées dans les hôpitaux, par exemple, des systèmes pour le bain ou des lève-personnes sur rails.«Nous avons commencé en 1995.Nous avons investi des sommes importantes pour développer nos produits.Pour percer sur le marché des équipements hospitaliers, il faut du temps.Après quelques années, nous avions épuisé les sources de financement traditionnelles, que ce soit nos propres économies ou les prêts obtenus de diverses sources.Il nous fallait une injection de capital de risque.Celle-ci est venue des Fonds régionaux de solidarité FTQ.Cela nous a permis de poursuivre le développement de notre gamme de produits jusqu\u2019à ce que les ventes décollent de façon importante.Par la suite, notre croissance s\u2019est poursuivie.Puis, en 2002, alors que nos parts de marché avaient augmenté de façon importante, nous avons acheté deux concurrents, l\u2019un situé au Québec et l\u2019autre en Ontario.Pour ces acquisitions, encore une fois, le Fonds avait participé au financement.Grâce à cette opération, nous avons doublé notre chiffre d\u2019affaires », raconte Bernard Hamel, ancien vice-président opérations de BHM Médical.Aujourd\u2019hui, l\u2019entreprise est l\u2019un des employeurs les plus importants de la région de Magog, avec environ 200 travailleius.«Au moment où nous avons investi pour la première fois, le chiffre d\u2019affaires de cette entreprise était autour d\u2019un million et demi.Quand nous avons vendu notre participation, il s\u2019approchait de 60 millions.C\u2019est l\u2019un de nos beaux succès», dit Luc Pinard.Fonds locaux Petit projet deuiendra grand Un investissement de 3300$ crée un emploi, et ce 27 418 fois Bien des entrepreneurs ont des idées de génie sans avoir les sous pour les concrétiser.Un coup de pouce financier, parfois risqué, s\u2019avère indispensable.Grâce aux Fonds locaux de solidarité FTQ, ces PME peuvent obtenir les quelques milliers de dollars en prêts à risques nécessaires à leur démarrage, à leur expansion ou à leur consolidation.CAROLINE RODGERS .\tans l\u2019ensemble, les Fonds \\\\\tlocaux de solidarité dis- posent de 76 millions, et chaque fonds local dispose d\u2019un million, dit Jean-René Laforest, directeur général des Fonds locaux de solidarité FTQ.Nous fournissons 750000$ pour chaque fonds local, et le milieu, par exemple les municipalités et d\u2019autres partenaires, fournit 250000$.Ils investissent de 5000 à 100000$ par entreprise, la moyenne d\u2019investissement se situant autour de 32000$.» Ces fonds sont cependant gérés par les Centres locaux de développement, en région, et, à Montréal, par les Corporations de développement économique communautaires des arrondissements.« Ce sont eux qui reçoivent les demandes d\u2019investissement, qui évaluent les dossiers et qui prennent les décisions.Ils connaissent bien les besoins de leur milieu ainsi que leurs priorités, et nous leur faisons confiance», ajoute-t-il.Depuis le début, 2855 projets ont obtenu du financement.Au cours de la dernière année \u2014 la meilleure de tous les temps \u2014, 223 projets ont été retenus.«Les Fonds locaux ont permis la création de 27418 emplois, un total duquel nous avons soustrait les emplois perdus, car évidemment, certaines de ces entreprises ont fermé.Chaque emploi créé représente en moyenne 3300$ en investissement, ce qui est un coût très faible.La moyenne est de neuf emplois créés par projet » Une PME en technologie médicale Emovi, une petite firme montréalaise qui commercialise un système d\u2019évaluation du genou en mouvement, s\u2019est servie des Fonds locaux de solidarité pour se lancer à la conquête du milieu médical.La nouvelle technologie qu\u2019elle a acquise est issue de la collaboration en recherche de trois institutions universitaires : le CJJUM, Polytechnique et l\u2019Ecole de technologie supé-rieiue.L\u2019appareil est fabriqué à Montréal et l\u2019entreprise compte dix employés.«Présentement, on traite beaucoup les maux de genoux par essais et erreurs, car nous n\u2019avons pas d\u2019informations sur ce qui se passe à l\u2019intérieur du genou pendant qu\u2019il bouge, explique Michelle Laflamme, présidente d\u2019Emovi.Grâce à cette nouvelle technologie, on va pouvoir aller chercher les mouvements des os avec précision, et ainsi mieux comprendre les causes et les symptômes des maux pour mieux cibler les traitements.» C\u2019est grâce au Fonds local de solidarité qu\u2019Emovi a pu passer du stade de démonstration à celui de sa première vente.«En 2007, nous avons obtenu une licence et procédé aux essais cliniques puis nous avons développé des algorithmes à l\u2019intérieur d\u2019un logiciel.Nous avons fait approuver le système par Santé Canada, et par la Food and Drug Administration en 2010 pour avoir le droit de le vendre.» Mais il n\u2019est pas simple d\u2019introduire une nouvelle technologie dans le système médical.«Le marché se développe sous l\u2019impulsion des chejs de file qui influencent les pratiques médicales grâce aux publications scientifiques, ajoute-t-elle.Nous avons obtenu de bons appuis.» «Au début fai financé le démarrage par moi-même, dit l\u2019entrepreneuse.Pour obtenir du financement traditionnel, il faut avoir déjà effectué des ventes et un historique de revenus que nous n\u2019avions pas.Il fallait démontrer qu\u2019il y avait vraiment un marché pour cette technologie.Le Fonds local d\u2019investissement nous a aidés à traverser cette première phase.Cet argent nous a servi à finaliser notre stratégie et à réaliser nos premières ventes.» Aujourd\u2019hui, une vingtaine de vçntes sont en discussions aux Etats-Unis et en France.Contribution économique Des crédits d\u2019impôt récupérés en moins de trois ans «Les entreprises partenaires contribuent davantage à la richesse collective que les autres sociétés» En consentant un crédit d\u2019impôt de 15% aux épargnants qui choisissent de cotiser au Eonds de solidarité FTQ, le gouvernement du Québec engage chaque année une dépense fiscale de plusieurs millions de dollars.Le jeu en vaut-il la chandelle ?D\u2019après la plus récente étude du Groupe SECOR-KPMG publiée en 2010, les retombées économiques du Fonds démontrent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une dépense rentable pour l\u2019Etat.EMILIE CORRIVEAU Pour bien comprendre l\u2019équation Fonds-gouvernement du Québec, il importe de connaître le fonctionnement de ce fonds de travailleurs.Créé en juin 1983, le Fonds de solidarité FTQ est une société de capital de développement faisant appel à l\u2019épargne de l\u2019ensemble de la population québécoise.Sa principale mission est de contribuer à la croissance économique de la province en créant et en sauvegardant des emplois au moyen d\u2019investissements dans les entreprises de tous les secteurs d\u2019activité de l\u2019économie québécoise.Très populaire auprès des Québécois, le Fonds de solida- rité FTQ attire chaque année un lot important de nouveaux épargnants.Lors de l\u2019exercice 2011-2012, par exemple, 35338 personnes ont adhéré au Fonds.«De 30à 50% des nouveaux cotisants au Fonds contribuent pour une première fois à un REER.C\u2019est un des véhicules clés pour que les gens commencent à épargner», indique M.Daniel Denis, économiste et associé chez SECOR-KPMG.H faut dire que le crédit d\u2019impôt de 30% qu\u2019il permet d\u2019obtenir, 15% au provincial et 15% au fédéral, auquel s\u2019ajoute le remboursement d\u2019impôt auquel donnent droit les cotisations à un REER, est un argument de poids.Intermédiation financière Si cette dépense fiscale coûte plusieurs millions par année au gouvernement québécois, d\u2019après l\u2019étude de SECOR-KPMG, elle lui permet toutefois de stimuler l\u2019économie de la province et d\u2019en retirer des bénéfices en l\u2019espace de moins de cinq ans.Il faut savoir que le Fonds de solidarité est contraint par la loi d\u2019investir 60% de son actif dans les PME québécoises, ce qui permet à celles-ci d\u2019obtenir un soutien financier auquel elles n\u2019auraient pas accès autrement.«Les entreprises peuvent emprunter, mais elles ne peuvent jamais emprunter en totalité.Il faut avoir des capitaux pour le faire.Ceux-ci peuvent être obtenus sur les marchés publics, sur les marchés privés ou au moyen de bénéfices accumulés.Au Québec, on a moins d\u2019entreprises publiques cotées en bourse qu\u2019ailleurs au Canada.Nos entreprises ont besoin d\u2019investir, elles ont besoin de capitaux, mais elles ne peuvent pour la plupart pas aller les chercher du côté public, parce qu\u2019il n\u2019y a tout simplement pas beaucoup d\u2019offre», explique M.Denis.Puisque les PME québécoises éprouvent de la difficulté à dénicher du capital de risque, le Fonds de solidarité de la FTQ constitue souvent pour elles une source primordiale de financement.«Le Fonds de solidarité est le plus gros joueur qui canalise de l\u2019épargne retraite vers des entreprises du Québec, souligne M.Denis.De 2007 à 2009, on a fait un recensement de toutes les transactions qui avaient été faites et on a réalisé que le Fonds avait été présent dans plus du tiers des investissements privés.Il le fait également de façon plus régulière et plus constante que les autres acteurs.» Ces investissements permettent soit aux entreprises d\u2019aller de l\u2019avant avec des projets d\u2019expansion, soit de consolider leur situation.Ils permettent également de soutenir une quantité importante d\u2019emplois grâce aux partenaires du Fonds.«C\u2019est là que ça commence à devenir intéressant, parce que la richesse que créent les em- plois soutenus par le Fonds augmente d\u2019année en année.Pourquoi ?Parce que le Fonds investit dans des secteurs dont les entreprises ont des situations financières qui leur permettent de payer des salaires généralement élevés.On constate qu\u2019ul-timement, les entreprises partenaires du Fonds contribuent davantage à accroître la richesse collective que les autres sociétés québécoises parce que la richesse qu\u2019elles créent par emploi est plus élevée que la moyenne», relève M.Denis.D\u2019ailleurs, les investissements effectués par le Fonds de solidarité FTQ ont un impact sur le Produit intérieur brut (PIB) global du Québec.D\u2019après SECOR-KPMG, les activités des entreprises partenaires du Fonds contribueraient à près de 3% de ce dernier.Retour sur l\u2019investissement Au bout du compte, en plus de contribuer à stimuler l\u2019économie québécoise, les crédits fiscaux accordés par le gouvernement aux épargnants qui choisissent de cotiser au Fonds de solidarité,FTQ sont vite récupérés par l\u2019Etat.D\u2019après l\u2019étude menée par SECOR-KPMG, puisqu\u2019un crédit d\u2019impôt est un engagement unique, mais que les bénéfices qu\u2019en retire le gouvernement sont ppur leur part récurrents, l\u2019Etat récupère sa perte fiscale en l\u2019espace de 4,3 ans si l\u2019on tient uniquement compte des recettes fiscales directes (impôts et taxes) engrangées dans le sillage des investissements effectués par le Fonds dans les PME.Lorsqu\u2019elle comptabilise en outre les éléments parafiscaux (cotisations aux programmes tels que CSST, RAMQ, RRQ, etc.), la firme SECOR-KPMG estime que les gouvernements récupèrent leurs crédits fiscaux en une période de 2,7 années.«Oui, c\u2019est certain qu\u2019au départ, il y a un coût pour le gouvernement, mais l\u2019argent roule, résume M.Denis.Plus les années passent, plus le même dollar qui a été accordé en crédit d\u2019impôt a des retombées.» I 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 FEVRIER 2013 FQNDS DE SOLIDARITE FTQ 30^ 1 q 6 g DENIS TREMBLAY Lo^ia a transformé en locaux résidentiels l\u2019ancien hôpital Bellechasse à Montréal.\tProjet Rayon de soleil situé dans Montréal-Nord SEBASTIEN GAUDREAULT Développement durable Le Fonds se préoccupe depuis ses tout débuts d\u2019investissements responsables «On ne pouvait pas avoir un standard pour le Québec et un autre dans les autres pays» Dès sa mise sur pied, le Fonds adoptait une ligne de conduite liant l\u2019investissement socialement responsable et le développement durable à ses activités.Il a poursuivi dans cette voie et a posé de nouveaux gestes en ce sens au fil de ses 30 années d\u2019existence.REGINALD HARVEY En 1996, le Fonds faisait encore une fois la preuve de son engagement de départ en appuyant financièrement le Fonds d\u2019investissement de Montréal (FIM), qui fut créé par Phyllis Lambert, pour soutenir le logement social.Directrice et fondatrice du Centre canadien d\u2019architecture (CCA), Lambert explique pourquoi elle a épousé cette cause: «C\u2019était à une époque où la situation était assez abominable à Montréal; il y avait beaucoup de maisons barricadées et il régnait une pauvreté énorme.On a travaillé avec toutes les parties impliquées dans le dossier de l\u2019habitation sociale et on s\u2019est penchés sur tous les moyens possibles pour financer ce type de logement.» Il a finalement été décidé de structurer et de lancer le FIM : «Le Fonds de solidarité a approuvé notre démarche en investissant de l\u2019argent et on a pu aller de l\u2019avant.L\u2019idée, c\u2019était de pouvoir donner aux gens habitant dans les quartiers défavorisés de Montréal la possibilité d\u2019avoir une vie meilleure.» Mario Tremblay, vice-président, affaires publiques et corporatives du Fonds, explique pourquoi celui-ci a choisi d\u2019épauler M\u201c® Lambert: «On a décidé d\u2019embarquer en prenant conscience qu\u2019il y avait tout un défi à relever pour retaper le parc immobilier de Montréal et pour qu\u2019il y ait une part de logement social.On n\u2019attend pas des rendements mirobolants du FIM, ce dont on est conscients, mais on ne perdra pas d\u2019argent, et pour nous, c\u2019est un investissement à long terme dont ces gens-là ont besoin.» Dès les premiers pas.Une fois cet exemple servi, Mario Tremblay présente le dossier de l\u2019implication sociale et responsable en trois phases: «Il y a eu un 1.0, un 2.0, et on est rendus au 3.0.» Pour le 1.0, il remonte à la naissance du Fonds: «Je me plais à dire que dans son ADN figure celui d\u2019un investisseur socialement responsable, d\u2019abord à cause du lien avec le milieu syndical qui est porté par des valeurs de soli- darité, d\u2019entraide, etc.Ensuite, dans la loi sur le Fonds, on retrouve comme objectif numéro un la création d\u2019emplois, ce qui apparaît comme passablement nouveau.» Il poursuit en cernant d\u2019autres avancées: «On a aussi été les premiers en 1983 à mettre de l\u2019avant le concept de bilan social, qui n\u2019était pas connu à l\u2019époque.Il s\u2019est agi du premier jalon posé à titre d\u2019investisseur socialement responsable au moment où on s\u2019est dit qu\u2019on allait investir et apporter un capital, mais qu\u2019on allait en même temps examiner les aspects extra-financiers dans notre analyse du dossier.Dans ce temps-là, il faut reconnaître que cette façon de procéder était quelque peu révolutionnaire.» Il s\u2019arrête^ sur la procédure adoptée: «Evidemment, on a des financiers dans les dossiers, mais on a aussi des gens spécialisés, formant une petite équipe, qui travaillent avec eux; ils possèdent des connaissances sur les aspects socioéconomiques et extra-financiers; ils s\u2019interrogent sur le comportement de l\u2019entreprise par rapport à son milieu, sur sa façon de traiter les employés et sur son positionnement en santé et sécurité.» Le Fonds s\u2019est consacré, toujours dans ses premières années d\u2019existence, à un mandat de formation: «On injecte des sous dans l\u2019entreprise parce qu\u2019on existe pour cette raison-là, mais on apporte également de la formation économique en rendant les employés capables de comprendre les enjeux financiers et économiques de leurs entreprises en lien avec leur travail.» La phase deux se pointe Le 2.0 de la démarche coïncide à peu près avec l\u2019arrivée de Tan 2000: «On s\u2019est doté à ce moment-là de deux politiques importantes qui ont représenté des jalons assez fondamentaux dans notre croissance.Premièrement, on s\u2019est donné une politique en matière de droit de vote et on a été l\u2019un des premiers investisseurs institutionnels à poser ce geste au Québec.On a alors pris conscience qu\u2019on est actionnaires de PME, mais qu\u2019on détient aussi des actions dans des entreprises de plus grande taille qui sont inscrites à la Bourse, ce qui nous confère un pouvoir sur celles- EONDS DE SOLIDARITE Mario Tremblay ci, soit celui d\u2019user de notre droit de vote en fonction de certaines valeurs.On l\u2019utilise pour prendre position sur des enjeux financiers, mais aussi sur d\u2019autres qui ont trait à la conduite des entreprises dans JACQUES GRENIER Phyllis Lambert leur production à l\u2019étranger, au travail des enfants, au respect des normes de l\u2019Organisation internationale du travail (OIT), etc.» Un autre pas est franchi en 2001 avec l\u2019adoption d\u2019un code de conduite à l\u2019international: «On a pris conscience que c\u2019était le début de la mondialisation et que de plus en plus d\u2019entreprises commençaient à se livrer non pas à des exportations à l\u2019étranger, mais à de la production.On a compris qu\u2019on ne pouvait pas avoir un double standard: un pour le Québec et un autre dans les autres pays.» Toujours en mode responsable et durable C\u2019est autour de 2006-2007 que s\u2019amorce la phase 3.0.Mario Tremblay retrace les événements marquants à partir desquels le Fonds entreprend d\u2019inscrire un bilan social à son rapport annuel: «On parle de l\u2019époque des grandes alliances: il y a la Global Reporting Initiative (GRI) qui entre dans le décor et, plus récemment, les Principes d\u2019investissement responsable (PRI) et le Global Com- pact des Nations unies, auxquels le Fonds participe officiellement.Nous avons tissé là des alliances à l\u2019international en vertu desquelles on a accepté d\u2019être encore plus transparents en faisant rapport au public et à nos actionnaires sur des aspects de nos activités à caractère extra-financier.» Le vice-président fait mention de l\u2019adhésion à Share il y a près d\u2019un an, un organisme à but non lucratif situé à Vancouver spécialisé dans le dialogue actionnarial.Celui-ci s\u2019applique à regrouper les actionnaires minoritaires de certaines entreprises pour renforcer leur pouvoir d\u2019influer sur les orientations ou les décisions de celles-ci.En réaction au Plan Nord, le Fonds de solidarité s\u2019est de plus doté de lignes directrices de développement durable dans le secteur minier, qui ont été intégrées à son dernier rapport annuel.fondsftq.com CONCOURS INSCRIVEZ-VOUS A NOTRE CONCOURS AVANT LE 26 AVRIL 2013 ET COUREZ LA CHANCE DE GAGNER 15 000 $ AU TOTAL EN CRÉDIT VOYAGE QUI VOUS DONNE TOUTE LA LIBERTÉ DE PARTIR QUAND, OÙ ET AVEC QUI VOUS VOULEZ ! 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