Le devoir, 23 février 2013, Cahier B
[" Les progrès au fil des décennies n\u2019ont pas éliminé le racisme aux Etats-Unis Page b 2 Michel David se penche sur l\u2019affaire des pasta et du français Page b 3 Manon Cornellier tire des leçons de la situation en Mhertsi Page B 2 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR, LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 EÉVRIER 2013 1 SE H - I L\u2019UPAC a investi i\u2019hôtei de viiie de Montréai cette semaine et vidé ies iieux dans ie cadre de son enquête.Pour une facture impayée ! L\u2019UPAC a enfin mis le pied à l\u2019hôtel de ville de Montréal pour enquêter sur les mœurs électorales discutables d\u2019Union Montréal JACQUES NADEAU LE DEVOIR Enfin, l\u2019Unité permanente anticorruption (UPAC) a mis son nez au cœur de l\u2019écosystème de la corruption et de la collusion cette semaine.Union Montréal ne s\u2019en remettra jamais.BRIAN MYLES En 2001, Gérald Tremblay était une ancienne gloire de la politique, retraité depuis cinq ans du Parti libéral du Québec (PLQ).Ni ses réalisations passées, ni son charisme limité ne pouvaient lui ouvrir les portes de l\u2019hôtel de ville, surtout face à un adversaire populiste, Pierre Bourque.A quelques jours des élections, les sondages donnaient M.Bourque gagnant avec 40% des suffrages contre 36% pour l\u2019ancien ministre libéral.L\u2019usure du pouvoir et le poids des fusions sur l\u2019île de Montréal ont coulé le maire Bourque dans le secret de l\u2019isoloir.Au final, M.Tremblay s\u2019est imposé par une majorité de 31759 voix sur son rival (49% des voix contre 44%).On sait maintenant que rUPAC enquête sur cette élection, comme l\u2019a fait auparavant, sans succès, le Directeur général des élections du Québec (DGEQ).L\u2019enquête de l\u2019UPAC porte sur des allégations de fraude, d\u2019abus de confiance et de fabrication de faux documents.M.Tremblay et son équipe auraient-ils volé l\u2019élection de 2001, comme le clament les partis d\u2019opposition à l\u2019unisson?Selon des informations qui ont filtré dans les médias, les enquêteurs de l\u2019UPAC s\u2019intéressent à une facture de 100000$ du groupe CJB (aujourd\u2019hui nommé Qctane Stratégies) qui serait restée impayée et non comptabilisée dans les dépenses électorales du parti lors de la campagne de 2001.Le solde aurait été payé en 2004 et en 2005, en répartis-sant la facture entre certains des six arrondissements qui ont reçu la visite de l\u2019UPAC (Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, Saint-Léo-nard, Lachine, Saint-Laurent, Verdun et Anjou).Le passé Le maire Michael Apple-baum a beau répéter sur toutes les tribunes qu\u2019il n\u2019est pas visé par l\u2019enquête, son passé le rattrape.En 2001, il a été élu maire de l\u2019arrondissement de CDN-NDG en faisant campagne dans l\u2019équipe de Gérald Tremblay.M.Applebaum jure qu\u2019il a fait «une campagne propre» avec des fonds amassés en toute légalité.L\u2019enquête le dira.La chef de Vision Montréal, Louise Harel, a joué sur le registre de la stupéfaction plutôt que celui de l\u2019indignation, qui la caractérisait avant la formation d\u2019un comité exécutif de coalition, au sein duquel son parti a hérité des postes les plus importants.Le chef de Projet Montréal, Richard Ber- geron, a assuré que la «coalition fonctionne très bien».Lancées dans l\u2019aventure de la coalition, les deux formations semblent incapables de critiquer Michael Applebaum.Ils ont oublié son parcours de 11 ans au sein d\u2019Union Montréal, dont il était le numéro 2 de 2009 à 2012, pour retenir sa conversion des quatre derniers mois aux vertus de l\u2019indépendance.Richard Bergeron a jeté son courroux sur Union Montréal, un parti moribond, pour exiger que rUPAC se penche sur tous les contrats de communication accordés par le parti.Selon des données obtenues en vertu de la Loi sur l\u2019accès à l\u2019information par le deuxième groupe d\u2019opposition, Qctane Stratégies et Morrow Communications ont obtenu des contrats de 2,5 millions de dollars d\u2019Union Montréal (des contrats payés à même les fonds publics), entre 2006 et 2011.Les données ne sont pas disponibles pour les années précédentes.Qctane a obtenu la part du lion (deux millions), tandis que Morrow Communications a obtenu 439000$.Pait à souligner, le quotidien The Gazette avait déjà publié ces informations en 2008.Rien à se reprocher Projet Montréal a accusé Union Montréal d\u2019entretenir des liens «incestueux» avec les formes de communication, qui auraient bénéficié de «retours d\u2019ascenseur» pour leur aide au parti de l\u2019ex-maire Tremblay.Les deux firmes de commu- nication mises en cause par le chef de Projet Montréal affirment qu\u2019elles ont livré des services en bonne et due forme pour ces contrats.Selon la bonne vieille stratégie voulant que la meilleure défense soit l\u2019attaque, Qctane Stratégies a pris les devants en confirmant par voie de communiqué les motifs de l\u2019enquête de l\u2019UPAC.La mystérieuse facture de 100000$ a mobilisé quatre enquêteurs pendant 350 heures au bureau du Directeur général des élections.En 2009, ils ont rencontré 28 témoins et ils ont visité les 19 arrondisse- « Aucune dette électorale n\u2019en a découlé et aucuns fonds publics n\u2019ont été utilisés en règlement de services offerts ments pour tirer l\u2019affaire au clair.«Les conclusions de cette enquête ont démontré qu\u2019aucun fait ne permettait d\u2019étayer l\u2019hypothèse du DGEQ», se targue Qctane Stratégies.La firme a réitéré que son travail pour la campagne de 2001 a été entièrement payé par Union Montréal (connue sous l\u2019UCIM à l\u2019époque).«Aucune dette électorale n\u2019en a découlé et aucuns fonds publics n\u2019ont été utilisés en règlement de services offerts», assure la firme, qui a offert sa collaboration «pleine et entière» à l\u2019UPAC.Le DGEQ a ouvert son enquête sur l\u2019affaire Qctane en septembre 2009.Un témoin a révélé aux enquêteurs l\u2019exis- tence d\u2019un «solde impayé de 100000$ à la firme Octane», pour l\u2019élection de 2001, selon des documents du DGEQ obtenus par Le Devoir.Omission Selon un cadre d\u2019Union Montréal, le parti avait omis de déclarer cette facture de 100000$ pour ne pas dépasser le plafond des dépenses autorisées en campagne, ce qui constitue une entorse à la loi électorale.La dette était «pleinement justifiée» selon le témoin, et elle devait être remboursée avant l\u2019élection de 2005.Les arrondissements ont reçu une directive d\u2019une personne non identifiée pour acquitter la facture de 100000$ en puisant dans leurs budgets opérationnels respectifs.Il est beaucoup question d\u2019Qutremont dans les documents du DGEQ consultés par Le Devoir.Un haut dirigeant d\u2019Union Montréal avait demandé à l\u2019arrondissement de contribuer au règlement de la dette.Un montant de 15000$ a été suggéré, mais l\u2019arrondissement a négocié à la baisse pour 8000$.Une facture de 9202 $ (taxes incluses) avait été retrouvée dans les archives de l\u2019arrondissement.Selon les explications fournies à l\u2019époque par le directeur de l\u2019arrondissement, Qctane avait rendu des services-conseils auprès de la direction générale et du maire, Stéphane Harbour (au- jourd\u2019hui accusé de fraude pour avoir demandé le remboursement de dépenses extravagantes) .Il n\u2019existait aucune ventilation d\u2019heures travaillées ni de documents pour ces conseils donnés par voie orale.Le DGEQ a cependant donné le bénéfice du doute à l\u2019arrondissement.Les enquêteurs du DGEQ ont effectué des vérifications dans les 19 arrondissements et les 15 villes défusionnées.Des factures d\u2019Qctane ont été retrouvées à Verdun pour l\u2019élaboration d\u2019un plan de communication (12 262$), à Anjou pour la publication d\u2019un bulletin mensuel (23725$), à Saint-Léonard pour la réalisation d\u2019un bulletin trimestriel (33398$), et à CDN-NDG pour des services non précisés (6919$).Eait à souligner, les bulletins ont bel et bien été produits à Anjou et Saint-Léonard.Après deux mois d\u2019enquête, le DGEQ est arrivé dans une impasse.Qctane avait détruit toutes les factures pour des services antérieurs à 2008, en vertu d\u2019une politique de destruction des documents après sept ans.Qctane a cependant assuré aux enquêteurs que les factures de l\u2019UCIM pour l\u2019élection de 2001 avaient été «payées et acquittées, donc il n\u2019y avait plus aucune dette».Incapable de retrouver des factures d\u2019Qctane qui auraient pu être acheminées par l\u2019UCIM aux arrondissements, le DGE exonérait la formation de tout blâme.Le Devoir B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 EEVRIER 2013 PERSPECTIVES La leçon albertaine fr- Manon CORNELLIER à Ottawa ardi dernier, le gouvernement alber-tain a dévoilé sa mise à jour financière trimestrielle.Tout le monde s\u2019attendait à découvrir un déficit anticipé plus important que prévu, mais pas de cette ampleur: entre 3,5 et 4 milliards au lieu des 886 millions inscrits dans le budget du printemps dernier.La principale raison qui explique ce dérapage est la baisse du prix du pétrole lourd, elle-même attribuable à un problème d\u2019accès aux marchés.La première ministre Alison Redford ne l\u2019avait pas prévu, elle qui misait sur un prix moyen annuel d\u2019environ 99,25$ le baril.11 n\u2019a été que de 91,82$, pour une perte possible de revenus de 2,4 milliards en 2012-2013.Malgré cela, Redford et les Albertains à sa suite ne veulent rien entendre de l\u2019idée de créer une taxe de vente, comme le suggèrent des économistes et d\u2019anciens ministres des Finances.Le but serait d\u2019assurer une plus grande stabilité et diversité des revenus.La première ministre préfère serrer la ceinture à certains fonctionnaires, réduire certaines dépenses et.piger dans le bas de laine des Albertains.L\u2019Alberta est dans cette impasse parce qu\u2019elle a négligé de se prémunir contre les fluctuations du prix du pétrole, qui génère en moyenne 30% des revenus du gouvernement.Ralph Klein avait bien créé en 2003 un fonds à cet effet, le Sustainability Fund, mais, depuis 2008, il a servi à éponger les déficits.La cagnotte, qui était de 17 milliards cette année-là, ne vaudrait, à la fin de 2012-2013, que de 2,5 à 3 milliards.Le gouvernement albertain se plaint d\u2019un manque de revenus alors que l\u2019économie de la province carbure à bon régime.Presque tous les indicateurs importants y étaient à la hausse en 2012 \u2014 croissance, emploi, salaire moyen, ventes au détail, mise en chantier.La province a, depuis longtemps, un fonds souverain, l\u2019Heritage Savings Trust Fund, mais la démarche visionnaire de Peter Lougheed a malheureusement été abandonnée depuis longtemps.Lorsqu\u2019il l\u2019a créé en 1976, M.Lougheed disait vouloir y verser 30% des revenus provenant des ressources naturelles non renouvelables afin d\u2019éviter aux générations futures de se retrouver les mains vides.Devant l\u2019absence d\u2019obligation légale de verser une telle somme dans le fonds, les gouvernements subséquents ont cédé à la tentation d\u2019utiliser la manne pétrolière pour atteindre des objectifs politiques et économiques à plus court terme.Les dépenses courantes et d\u2019infrastructures ont augmenté.Les impôts ont été réduits.11 n\u2019y a toujours aucune taxe de vente.Pendant ce temps, les versements dans l\u2019Heritage Fund ont diminué puis se sont taris.11 n\u2019y en a pas eu entre 1987 et 2005.En 2009, le robinet a de nouveau été fermé.La valeur du fonds s\u2019élève actuellement à 16,4 milliards alors que, selon certaines estimations, il atteindrait 100 milliards aujourd\u2019hui si on avait gardé le cap.Les Albertains aiment bien dire que le Québec vit en partie à leurs crochets, mais on peut dire qu\u2019eux-mêmes vivent aux crochets des générations futures uniquement pour payer moins de taxes sans se priver de services.Cette mentalité est aussi à l\u2019œuvre au fédéral.En octobre dernier, le ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver, a écarté sans hésitation l\u2019idée de créer un fonds souverain fédéral dans lequel serait versée une portion des revenus provenant des ressources naturelles non renouvelables.Sans ces milliards en revenus, on ne pourrait s\u2019offrir les mêmes programmes ni les mêmes services de santé et d\u2019éducation, avait-il dit.Son gouvernement ne s\u2019est pourtant pas posé la question quand il a renoncé à une portion de la TPS ou de l\u2019impôt des entreprises.L\u2019allégement fiscal actuel est donc payé en partie par les générations futures.On est loin du modèle des modèles en matière d\u2019équité intergénérationnelle, soit la Norvège.Cette dernière verse tous ses revenus pétroliers dans son fonds souverain.Elle peut faire des retraits, mais ceux-ci ne doivent jamais être supérieurs à 4 % de la valeur des actifs.Le Québec est la seule province, à part l\u2019Alberta, à s\u2019être doté d\u2019un fonds, celui des générations.Créé en 2006, il a pour seul objectif le remboursement de la dette du Québec afin que les générations futures n\u2019aient pas à l\u2019éponger seules.Québec y verse les redevances hydrauliques provenant d\u2019Hydro-Québec et des producteurs privés d\u2019hydroélectricité.Le gouvernement Marois, qui avait envisagé de s\u2019en servir pour faire un remboursement immédiat, a revu sa position et indiqué dans le budget de l\u2019automne que d\u2019autres revenus y seraient versés, dont la totalité des redevances minières (à compter de 2015-2016).L\u2019expérience albertaine illustre le danger de ne penser qu\u2019au présent quand on se lance dans le développement des ressources naturelles non renouvelables.Le Québec, qui peine à boucler son budget, salive comme tout le monde devant la richesse de son territoire, mais le débat autour de son exploitation ne peut se limiter à nos besoins immédiats.La pérennité des programmes et services pour les générations futures est aussi en jeu.Si on veut qu\u2019elles en aient elles aussi les moyens, sans être accablées par un fardeau fiscal encore plus lourd, il faut examiner maintenant la façon de partager cette richesse avec elles.mcornellier@ledevoir.com New AGENCE ERANCE-PRESSE La communauté noire aux États-Unis continue à subir des préjudices.ÉTATS-UNIS Noir et toujours victime de discrimination CLAUDE LEVESQUE Le mouvement des droits civiques des années soixante a mis fin aux formes les plus visibles de raçisme institutionnalisé aux Etats-Unis: les Noirs \u2014 ou les Afro-Américains, comme on tend à les appeler de nos jours \u2014 ne subissent plus les lois «Jim Crow» qui les erppêchaient de voter dans les Etats du Sud et leur interdisaient de fréquenter les écoles, les restaurants et les clubs réservés aux Blancs.En 2008, l\u2019élection à la présidence d\u2019un homme dont le père était un Noir d\u2019Afrique a monjré hors de tout doute que les Etats-Unis ont évolué, au point d\u2019être méconnaissables pour une personne qui se réveillerait aujourd\u2019hui d\u2019un coma de 50 ans.11 n\u2019en reste pas moins que le racisme sous des formes moins visibles ou plus subtiles s,ubsiste de nos jours aux Etats-Unis, comme viennent de le rappeler Angela Davis et nombre d\u2019autres militants qui se sont exprimés dans le cadre du Mois de l\u2019histoire des Noirs.Ces derniers, de même que les membres d\u2019autres minorités visibles comme les Latino-Américains, sont surreprésentés dans les prisons et les pénitenciers, sont interpellés plus souvent qu\u2019à leur tour par les forces de l\u2019ordre et habitent des quartiers disposant généralement de moins bonnes écoles que les banlieues «blanches».Le couloir de la mort L\u2019American Civil Liberties Union (ACLU) et d\u2019autres organisations notent que 43% des personnes exécutées et 55% des résidents du «couloir de la mort» chez nos voisins du Sud sont des «gens de couleur» (Noirs ou Latino-Améri- çains essentiellement).Aux Etats-Unis, où 1 personne sur 134 est incarcérée et où le taux d\u2019occupation des prisons et pénitenciers s\u2019élève à.107,6%, les Noirs constituent près de 40% de la population carcérale alors qu\u2019ils ne représentent que 13,6% de la population du pays.Les Latino-Américains comptent pour 20,6% des prisonniers alors qu\u2019ils ne représentent que 16, 3% de la population.Dans le journal en ligne Common Dreams, le professeur de droit et directeur adjoint du Center for Constitutional Rights, Bill Quigley, signale que la valeur nette d\u2019un ménage blanc s\u2019élève à 100000$, celle d\u2019un ménage noir à 4900$ et celle d\u2019un ménage latino à 7424$.Comme l\u2019a si bien dit le journaliste et blogueur Mychal Denzel Smith dans le magazine The Nation, il n\u2019est pas nécessaire d\u2019être ouvertement raciste pour profiter des effets cumulés de quatre siècles de discrimination raciale.L\u2019appareil judiciaire Ah oui! les Noirs ne comptent que pour 2,8% des avocats.La faiblesse de ce dernier chiffre explique sans doute l\u2019importance de ceux qui illustrent le sort réservé aux Noirs dans les appareils judiciaire et pénal, que nous venons d\u2019évoquer.Et il s\u2019explique évidemment par la difficulté qu\u2019ils éprouvent à accéder aux qtudes universitaires.Aux Etats-Unis, le taux de chômage s\u2019élève actuellement à 7,9%.Chez les Afro-Américains, il atteint 14,3%, comparativement à 7% chez les Blancs.«C\u2019est important que les jeunes comprennent qu\u2019il faut s\u2019organiser au-delà des barrières raciales et nationales» Les agents de police interpellent nettement plus souvent les personnes appartenant à des minorités visibles que des Blancs.Depuis quelques années, les Latino-Américains sont particulièrement ciblés parce qu\u2019on les soupçonne d\u2019êtrç en situation irrégulière aux Etats-Unis, où ils constituent la majorité des immigrants illégaux.Depuis 2001, les personnes originaires de pays musulmans sont également visées dans le cadre de la lutte antiterroriste.En avril 2010, l\u2019Ari-zona a adopté une loi qui oblige les policiers à vérifier la citoyenneté des personnes qu\u2019ils interpellent s\u2019ils ont le moindre soupçon.Cette loi a éventuellement été invalidée en grande partie par Iq Cour suprême des Etats-Unis parce qu\u2019elle demandait aux agents de réprimer le délit de faciès, même si ce n\u2019était pas dit en ces termes.Le profilage racial, est-il nécessaire de le préciser, va à l\u2019encontre de plusieurs dispositions constitutionnelles, dont le quatrième amendement qui protège les citoyens contre les fouilles sans mandat et le quatorzième, qui stipule que tous les citoyens sont égaux devant la loi.En février 2012, un jeune Noir, Trayvon Martin, a été abattu par un gardien de sécurité alors qu\u2019il déambulait dans une banlieue majoritairement blanche en Floride.Qe drame a soulevé un tollé aux Etats-Unis, mais la mobihsadon autour des questions de discrimination raciale est beaucoup moins importante aujourd\u2019hui que dans les années soixante.Il y aura cinquante ans le 28 août, Martin Luther King prononçait son fameux «I have a dream » devant plus de 200000 personnes réunies près du monument à la mémoire d\u2019Abraham Lincoln, à Washington.«C\u2019est important que les jeunes comprennent qu\u2019il faut s\u2019organiser au-delà des barrières raciales et nationales», a affirmé lundi à Montréal Angela Davis, la célèbre universitaire et militante américaine, invitant les gens à se solidariser avec les autochtones, les immigrants et tous les groupes défavorisés.Son message n\u2019était pas bien différent de celui du D\"^ King, qui avait dit que «la justice est indivisible» et (p\\T«une injustice, où qu\u2019elle soit, est une menace contre la justice partout».Dans ses pages Internet consacrées au racisme, l\u2019ACLU reconnaît les progrès réalisés mais invite les Américains à porusuivre l\u2019acdon en rappelant que «le déplacement forcé des peuples aborigènes et l\u2019esclavage des personnes d\u2019origine africaine ont créé un système d\u2019injustice raciale dont [le] pays ne s\u2019est pas encore libéré».Le recul démographique des Américains d\u2019origine européenne et l\u2019élection d\u2019un président métis à la Maison-Blanche ont par ailleurs mené à la multiplication des groupes voués à la promotion de la suprématie des Blancs ou à la haine des «autres».Le nombre d\u2019associations cultivant la haine envers les membres de communautés raciales, religieuses, ethniques ou définies par l\u2019orientation sexuelle est passé de 602 en 2000 à 1018 en 2011, soulignait récemment le Southern Poverty Law Center, une organisation basée à Montgomery, en Alabama.Le Devoir La protection sociale dans les pays émergents progresse en dépit de la crise REMI BARROUX L> objectif d\u2019un socle de pro-' tection sociale pour tous, une des priorités pour les Nations unies, progresse.Mais alors que la crise économique continue de peser sur les économies occidentales, qui cherchent de nouveaux moyens pour financer leurs systèmes de sécurité sociale, ce sont les émergents, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), qui développent le plus leur protection sociale, selon une étude publiée par l\u2019Association internationale de la sécurité sociale (AISS).Aujorud\u2019hui, «seulement 20% de la population mondiale bénéficie d\u2019une couverture sociale correcte et plus de 50 %o n\u2019en a aucune, rappelle l\u2019Qrganisadon internationale du travail.Et moins de 10 \"/o des travailleurs des pays les moins avancés bénéficient d\u2019une sécurité sociale, pourcentage qui varie entre 20 %> et 60%) dans les pays à revenus intermédiaires pour avoisiner les 100 \"/o dans la plupart des pays industriels.» Les BRICS, dont les économies ont pu, malgré la crise, connaître une croissance soutenue, ont aussi subi des évolutions substantielles.«Ils ont mis sur pied des industries à valeur ajoutée en investissant de très importants montants dans la formation et l\u2019éducation », précisent les auteurs de l\u2019étude de l\u2019AISS, agence liée au Bureau international du travail à Genève.Soutien Les structures familiales ont changé, l\u2019exode rural a été considérable et ces pays ont montré une volonté d\u2019élargir la couverture de la sécurité sociale, avec «des populations jeunes et une main-d\u2019œuvre en expansion qui ont facilité la mise en place des mesures d\u2019extension ».Les BRICS, qui représentent 40% de la population mondiale et quelque 20% du produit intérieur brut, ont étendu leur protection sociale aussi pour soutenir la croissance intérieure en élevant le niveau de vie des populations les plus démunies, par exemple, dans le secteur agricole en Chine.Ainsi, le taux de couverture de l\u2019assurance maladie est passé de 318 millions d\u2019individus en 2005 à 1,26 milliard en 2010, soit de 24% à 94 % de la population.En Inde, le programme d\u2019assurance maladie national, le Rashtriya Swasthya Bima Yo-jana, offre une couverture santé aux personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté, notamment dans le secteur informel, avec un système de cartes à puce.Mais, comme l\u2019indique l\u2019étude de l\u2019AISS, «les principaux problèmes que connaissent ces régimes sont l\u2019évaluation des droits aux prestations, les problèmes administratifs [notamment le manque de personnel, l\u2019insuffisance de moyens informatiques.] et la nécessité de lutter contre la corruption ».Des obstacles qui se retrouvent dans de nombreux pays, sans compter les contraintes économiques.Comment financer durablement des systèmes qui concernent des centaines de millions de personnes ?Les régimes volontaires connaissent des succès limités, «les populations n\u2019ayant pas tout simplement les ressources nécessaires pour y adhérer ou considérant ces régimes comme peu attractijs», ditl\u2019AISS.«Le défi pour les BRICS est maintenant d\u2019augmenter le niveau des prestations sociales et de pouvoir toucher le secteur de l\u2019économie informelle, particulièrement important dans ces pays», conclut Simon Brimble-combe, responsable de l\u2019analyse des politiques de protection sociale à l\u2019AISS.Les problèmes démographiques, avec l\u2019allongement de l\u2019espérance de vie et le faible niveau des taux de natalité, vont encore compliquer l\u2019équation.De même, notent les auteurs du rapport, que le changement climatique et ses «événements extrêmes », ou encore l\u2019augmentation des maladies comme le diabète et l\u2019obésité.Le Monde LE DEVOIR LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 EEVRIER 2013 B 3 PERSPECTIVES Le PQ et le grand projet canadien, le pétrole Après avoir signifié son intention de laisser le secteur privé exploiter l\u2019or noir du sous-sol québécois, le gouvernement Marois a clairement manifesté son ouverture à la réalisation de deux projets d\u2019oléoduc qui permettraient de faire couler du pétrole des sables bitumineux vers le Québec.Si les groupes environnementaux dénoncent la main tendue du Parti québécois aux pétrolières, certains experts estiment que ces projets devront tôt ou tard se concrétiser.ALEXANDRE SHIELDS Après avoir rencontré lundi son homologue du Nouveau-Brunswick, David Al-ward, la première ministre Pauline Marois a annoncé la formation d\u2019un comité dont on sait peu de chose, si ce n\u2019est qu\u2019il étudiera un projet d\u2019oléoduc qui transporterait 600000 harils de pétrole de l\u2019Alherta vers Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, en passant en sol québécois.11 faudrait pour cela construire un tout nouveau tronçon qui partirait de la région de Québec pour se rendre dans les Maritimes.«Le Québec n\u2019est pas fermé à ce projet», a clairement indiqué Québec par voie de communiqué.M\u201d® Marois n\u2019a tenu aucun point de presse pour expliquer sa position.Cette ouverture du gouvernement péquiste au pétrole des sables bitumineux survient moins de trois mois après que le Québec et l\u2019Alberta eurent décidé de mettre sur pied un comité pour étudier les avantages économiques du renversement du flux de pétrole dans un oléoduc exploité par Enbridge entre le sud de l\u2019Qntario et l\u2019est de l\u2019île de Montréal.L\u2019idée est de transporter 300000 barils de pétrole brut par jour.Une partie pourrait être raffinée sur place, aux installations montréalaises de Suncor, un joueur important dans l\u2019exploitation des sables bitumineux.Une autre partie serait chargée à bord de navires qui navigueraient sur le Saint-Laurent pour se rendre à la raffinerie d\u2019Ultramar, à Lévis.Le projet d\u2019Enbridge est assez avancé et est déjà à l\u2019étude à l\u2019Qffice national de l\u2019énergie (QNE).L\u2019organisme a d\u2019ailleurs tenu une séance d\u2019information à Montréal jeudi soir.Dans une petite salle d\u2019un hôtel de l\u2019est de la ville, des porte-parole ont expliqué à quelques dizaines de citoyens les grandes lignes de ce renversement du flux pétrolier sur une 4istance de 640 kilomètres.A l\u2019aide de quelques panneaux explicatifs reprenant essentiellement la même présentation que celle disponible sur le site de la pétrolière, ils se sont montrés rassurants quant à la sécurité de ce projet de 100 millions de dollars.Conscient des inquiétudes soulevées par l\u2019arrivée à moyen terme de dizaines de millions de barils de brut al-bertain chaque année au Québec, le gouvernement Marois a dit vouloir mener une évaluation environnementale.Mais la forme de celle-ci n\u2019a pas encore été précisée.Greenpeace et Equiterre estiment qu\u2019il faudrait en confier le mandat au Bureau d\u2019audiences publiques.Projet inévitable ?Peu importe toutefois la forme que prendra l\u2019évaluation proprement québécoise, la province ne pourra pas rejeter le projet, même si cela implique de vivre avec les risques environnementaux inhérents au transport de pétrole.«Sur les plans légal et constitutionnel, le Québec ne peut pas dire non.De toute façon, le pipeline qu\u2019En-bridge veut inverser avait été conçu au départ pour amener du pétrole de l\u2019Ouest vers l\u2019Est.On voulait alors que le Canada soit autosuffisant et on voulait approvisionner les raffineries de Montréal.On serait donc mal placés pour dire non au- I iV*'-\" Le Québec a des projets dans le secteur pétrolier.jourd\u2019hui», explique Jean-Thomas Bernard, professeur au Département de science économique de l\u2019Université d\u2019Qttawa.La Ligne 9, la canalisation que souhaite inverser En-bridge, a effectivement été construite dans les années 1970 pour alimenter les marchés de l\u2019est du Canada en pétrole brut provenant de l\u2019Quest canadien.Dans les années 1990, le sens d\u2019écoulement de la canalisation a été inversé parce que les importations de pétrole étaient devenues plus économiques.La pression est par ailleurs de plus en plus forte pour trouver des débouchés pour la production croissante de l\u2019Alberta.Pierre-Qlivier Pineau, spécialiste en politique énergétique à HEC Montréal, rappelle que les pétrolières souhaitent hausser la production quotidienne de 1,7 million de barils actuellement à 3,5 millions de barils d\u2019ici la fin de la décennie.Et pour le moment, le prix qu\u2019elles obtiennent est de 20$ inférieur au brut étranger.L\u2019Alberta et Qttawa pèsent donc de tout leur poids afin que se concrétisent les projets d\u2019oléoduc qui permettront d\u2019exporter tout cet or noir réputé très polluant.11 y a le Northern Gateway, vers le Pacifique, le Keystone XL, vers le Texas, et les deux qui visent le Québec.«Tous les projets possibles pourraient se concrétiser», estime d\u2019ailleurs M.Pineau.«Si le pipeline Keystone XL n\u2019est pas accepté, les pressions seront très fortes pour aller vers l\u2019Est.C\u2019est une voie accessible», croit lui aussi Jean-Thomas Bernard.11 juge plausible que l\u2019utilisation de l\u2019oléoduc qui relie Montréal à Portland soit considérée.«Une fois rendu à Montréal, le pétrole pourrait aller vers le Maine.Ce projet pourrait se réaliser très rapidement, parce que les infrastructures existent déjà.Une fois ce projet concrétisé, c\u2019est toute la côte Est qui peut être rejointe, mais aussi le golfe du Mexique.» En entrevue à l\u2019Associated Press cette semaine, un haut dirigeant de l\u2019entreprise qui possède cet oléoduc traversant le sud du Québec a dit souhaiter que ce projet, autrefois connu sous le nom de Trailbreaker, se réalise rapidement.Les deux dernières raffineries québécoises sont évidemment en faveur de cet approvisionnement made in Canada.Elles estiment qu\u2019elles pourraient ainsi réaliser des économies substantielles.Suncor et Ultramar ont déjà évoqué aussi la nécessité de recevoir du pétrole albertain pour assu- Les projets d\u2019oléoduc en sol québécois Sarnia- Montréal La pétrolière Enbridge souhaite inverser le flux et transporter 300000 barils de pétrole brut par jour vers Montréal Saint-Lazare-Québec TransCanada projette de convertir ce gazoduc pour y faire circuler 600 000 barils de pétrole par jour, qui prendraient ensuite la route du Nouveau-Brunswick par un oléoduc à construire Vers le Nouveau-Brunswick Québec , .Montréal CANADA \\ ÉTATS-UNIS Montréal-Portland L'entreprise Pipelines Montréal-Portland souhaite inverser le flux de cet oléoduc qui peut transporter 150000 barils par jour Portland I Maine rer le maintien de leurs activités au Québec.Au point où elles songent à utiliser le train pour amener du brut à leurs usines.Mais le pipeline d\u2019Enbridge demeure l\u2019option privilégiée.Ultramar a 13 lob-byistes inscrits au registre québécois.Un de leurs mandats consiste à «susciter une orientation favorable» envers le projet de la part du gouvernement du Québec.Un autre lobbyiste-conseil doit pour sa part rencqntrer des représentants de l\u2019Etat pour leur «expliquer les conséquences que pourrait générer une opposition de la part du gouvernement du Québec».Enbridge a inscrit deux lobbyistes-conseils qui ont pour mandat de «favoriser le processus d\u2019acceptabilité sociale».La pétrolière a rencontré quelques dizaines de personnes au Québec dans le cadre de ses consultations.Elle a aussi offert de l\u2019aide financière et des cadeaux à des municipalités québécoises où passe leur oléoduc.Économie et réduction des GES Cependant, M.Bernard réfute l\u2019argument des pétrolières voulant que le pétrole canadien soit plus abordable.«Je ne le crois pas, parce que le prix de l\u2019Atlantique va prévaloir.Les Al-bertains ne le vendront pas moins cher, comme ils le font présentement, parce qu\u2019il y a des contraintes de transport.Je trouve que c\u2019est un argument qui a peu de fondements.Oui, ça va leur offrir une certaine flexibilité en matière d\u2019approvisionnement, mais on parle de quelques sous, pas de dollars par barils.» Pierre-Qlivier Pineau estime que ce projet et celui de TransCanada représentent une bonne occasion pour les raffineries de l\u2019est du pays.«Il n\u2019y a aucune raison de ne pas acheter ce pétrole, c\u2019est bon pour l\u2019économie canadienne et pour le Québec», ajoute-t-il.Mais il croit aussi que les prix du brut canadien pourraient rejoindre ceux du pétrole actuellement importé.Le spécialiste en politique énergétique ajoute qu\u2019avec ou sans le Québec, «les sables bitumineux vont continuer de se développer».11 reconnaît toutefois que «les écologistes ont raison de dire que le gouvernement n\u2019a aucune crédibilité en matière énergétique» parce qu\u2019il n\u2019existe aucune «stratégie cohérente» dans ce domaine au Canada et au Québec.Selon lui, l\u2019objectif devrait être de réduire nos émissions de gaz à effet de serre.Justement, cet objectif semble avoir été mis de côté par Pauline Marois, qui avait pourtant promis de réduire la place du pétrole dans le portefeuille énergétique du Québec au cours de la dernière campagne électorale.«Elle est venue nous rencontrer et elle nous a dit qu\u2019elle souhaitait mettre en place une stratégie de réduction de la dépendance au pétrole, a expliqué cette semaine m Devoir \\t coordonnateur d\u2019Equiterre, Steven Guilbault.On visait 30 % d\u2019ici 2020 et 60 % d\u2019ici 2030.Le Parti québécois a aussi annoncé un objectif ambitieux de réduction des gaz à effet de serre.Depuis qu\u2019ils sont au pouvoir, on n\u2019a pas eu vent de quoi que ce soit par rapport à ça, mais on a eu droit à la formation d\u2019un groupe de travail avec l\u2019Alberta sur l\u2019arrivée ici des sables bitumineux dont on ne sait rien.» Le gouvernement péquiste a déjà ouvert toute grande la porte à l\u2019exploitation pétrolière en sol québécois, et ce, avant même d\u2019en avoir évalué les risques pour l\u2019environnement.11 démontre maintenant qu\u2019il est prêt à accueillir le pétrole tiré des sables bitumineux, et à donner ainsi un coup de main aux pétrolières.Visiblement, l\u2019équipe de M\u201c® Marois semble vouloir prendre part au grand projet «national» canadien qui s\u2019articule actuellement autour de l\u2019exploitation de sources d\u2019énergie fossiles.Le Devoir La bavure , Michel é David La dernière fois que le Québec a projeté une image aussi ridiculement intolérante remonte à une quinzaine d\u2019années, quand la populaire émission 60 Minutes, diffusée sur le réseau américain CBS, avait rapporté le plus sérieusement du monde qu\u2019un perroquet avait fait l\u2019objet d\u2019une plainte pour cause d\u2019unilinguisme anglais.L\u2019Qffice de la langue française avait eu beau nier formellement ce qui était une pure invention, le journaliste l\u2019avait quand même incluse dans son reportage.Pourquoi laisser les faits contredire une bonne histoire, n\u2019est-ce pas ?Résultat: 20 millions de téléspectateurs avaient découvert qu\u2019une bande de dangereux fanatiques vivaient à leur frontière.Cette fois-ci, ce n\u2019est que trop vrai.Non seulement quelqu\u2019un s\u2019est plaint de la présence du mot « pasta » sur le menu d\u2019un restaurant.italien, mais un fonctionnaire de l\u2019Qffice y a donné suite.11 suffisait de jeter un œil sur la première page du National Post de jeudi pour imaginer la nouvelle éruption de Quebec bashing dans les chaumières du RQC.L\u2019Qffice a eu beau condamner cet «excès de zèle», qui ne tenait pas compte de l\u2019exception prévue dans le cas des spécialités étrangères, le mal est fait, encore une fois.Je me demande comment Jean-Erançois Lisée va expliquer aux anglophones que, dans un Québec souverain, les fonctionnaires auront plus de jugeote.Le chroniqueur politique de la Gazette, Don MacPherson, a souligné «l\u2019hypocrisie» du libellé utilisé dans la Charte de la langue française, dont aucun article n\u2019interdit ou ne limite l\u2019usage de la langue anglaise, mais plutôt celle d\u2019une «langue autre que le français», alors que seul l\u2019anglais est visé.Lucien Bouchard avait jadis «éprouvé des moments d\u2019impatience » quand la défunte Commission de protection de la langue française était intervenue pour faire respecter les dispositions de la Charte relatives à l\u2019affichage commercial dans le Quartier chinois.11 avait dit souhaiter que la Commission fasse son travail «de façon raisonnable», ce qui laissait entendre que la loi ne devait pas être appliquée dans certains cas.Curieusement, quand les libéraux sont au pouvoir, cette «façon raisonnable » d\u2019appliquer la loi devient soudainement du laxisme.Soit, le fonctionnaire allergique aux pasta n\u2019était pas très futé, mais il n\u2019en existe pas moins un flou artistique sciemment entretenu par des politiciens, qui hésitent à appeler un chat un chat.C\u2019est d\u2019ailleurs cette même pudeur \u2014 ou hypocrisie \u2014 qui empêchera les participants au Sommet sur l\u2019enseignement supérieur de discuter du déséquilibre dans le financement des universités, nettement à l\u2019avantage des établissements «d\u2019une langue autre que le français», comme font réclamé une trentaine de professeurs qui qualifient cette disproportion de «véritable vestige de l\u2019époque d\u2019avant la Révolution tranquille».La principale de McGill peut bien vanter la contribution de son établissement au développement économique du Québec, il demeure que la moitié des médecins formés à McGill grâce aux impôts payés par l\u2019ensemble des contribuables québécois quittent le Québec, alors que 90% des diplômés de l\u2019Université de Montréal y restent.Tous programmes confondus, une étude de l\u2019Institut de recherche sur le français en Amérique datée de 2010 concluait que les diplômés des universités anglophones quittaient le Québec dans une proportion cinq fois plus importante que ceux des universités francophones.S\u2019il est question de développement économique, on peut imaginer un meilleur investissement.Trente-cinq ans après l\u2019adoption du bill 101, on aura droit aux mêmes accusations Qui, je sais, remettre en question le statut privilégié de McGill traduit un déplorable anti-élitisme, voire une coupable anglopho-bie.Alors, n\u2019en parlons plus.Cette tendance à la culpabilisation est néanmoins de mauvais augure pour le débat à venir sur le projet de loi 14, qui vise à renforcer la Charte de la langue française.Trente-cinq ans après l\u2019adoption du bill 101, on aura droit aux mêmes accusations.Le nouveau héros des angryphones.Beryl Wajs-man, qui a été banni à vie du Parti libéral du Canada après sa comparution devant la commission Gomery, voit dans le gouvernement Marois «le plus radical jamais élu dans le Québec des temps modernes».Pauline Marois, une radicale ?Un peu de sérieux ! Le meilleur est sans doute à venir.Quand le PQ avait présenté la première version de son projet de loi sur l\u2019identité, à l\u2019automne 2007, M.Wajsman y avait vu «l\u2019institutionnalisation de l\u2019intolérance».Le caricaturiste de l\u2019hebdomadaire The Suburban, dont il est l\u2019éditeur, avait jugé approprié d\u2019associer le PQ au Ku Klux Klan.11 avait sans doute raison : une société qui ne tolère pas les pasta doit être capable du pire.mdavid@ledevoir.corn B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 EEVRIER 2013 EDITORIAL SOMMET DES UNIVERSITES On va se parler ! On y arrive enfin, à ce Sommet sur l\u2019enseignement supérieur dont Pauline Marois avait lancé l\u2019idée dès avril dernier, en plein cœur du printemps érable, bien avant que les casseroles ne se mettent de la partie.Et en dépit des apparences, le gouvernement s\u2019y engage sous les meilleurs auspices.P Josée Boileau ierre Duchesne, ministre de l\u2019Enseignement supérieur, le répète comme un mantra qui finit par agacer, mais sur le fond il a raison: l\u2019un des traits de caractère des Québécois, c\u2019est de préférer le dialogue autour d\u2019une table aux affrontements dans la rue.En dépit du scepticisme et des critiques des derniers mois, la tenue du Sommet est en soi une victoire Le ministre néophyte ne fut pas sans maladresses, et il en a encore (le chipotage autour de la prise de parole des recteurs au Sommet en est un exemple) , mais il commence à trouver ses marques.Ainsi, certaines idées émises lors des rencontres préparatoires ont fait leur chemin et sont reprises avec habileté en vue du Sommet.Illustrons.Le ministre veut une meilleure reddition de comptes de la part des universités, comme le souhaitent les étudiants, mais sous l\u2019égide d\u2019un Conseil national des universités, qui ne serait toutefois pas l\u2019organisme coercitif que craignaient les recteurs.Les conseils d\u2019administration, eux, devront être en mesure de poser des questions, comme s\u2019y attend la population.De la même manière, même si le ministre annonce clairement des scénarios d\u2019indexation des droits de scolarité qui seront précisés lundi, le Cahier du participant au Sommet entoure cette proposition gouvernementale d\u2019une mise en contexte où les scénarios d\u2019abolition ou de gel des droits ont droit de cité, alors que la hausse importante est nommément écartée.Comprendre: dans les idéaux comme dans la pratique, les universités québécoises resteront distinctes du reste de l\u2019Amérique du Nord.C\u2019est là un acquis, «un bien commun», comme le dit le Cahier.Et c\u2019est tant mieux.Le ministre Duchesne dit aussi que des décisions lui appartiennent (non, les droits de scolarité ne feront pas l\u2019objet d\u2019un «chantier») mais que des sujets complexes (les formules de financement des universités ou leur gouvernance) relèveront de chantiers.Lace à la crainte de la fuite en avant, il répond fermement qu\u2019il ne s\u2019agira pas de parler pour parler: «On va mettre des échéanciers».Le Sommet aura donc des suites qui se veulent concrètes, ce qui est des plus heureux.Pierre Duchesne profite par ailleurs d\u2019un contexte qui, en partie de son fait, en partie en raison des circonstances, a brisé les fronts communs, ce qui le sert grandement.Avec son idée de renforcer le financement des universités sur la base de leur fréquentation par des étudiants de première génération, il a amené une fracture chez les recteurs.«Les enjeux commencent à nous distinguer», disait vendredi dans Le Devoir la présidente du réseau des universités du Québec, Sylvie Beauchamp.Normal, car l\u2019union était factice: l\u2019heure est à la nuance.Les étudiants, eux, ont aussi envie de s\u2019asseoir.La révolution est ennivrante mais le retour sur terre fut exigeant pour eux.Une effervescence comme celle du printemps dernier ne se vit pas à répétition, et l\u2019envie de manifester s\u2019est essouflée, ce que i\u2019ASSE n\u2019a pas su voir.Il y a tout de même eu victoire pour les étudiants: l\u2019idéal de la gratuité à l\u2019université est maintenant sorti de la marginalité.Qn sait maintenant que le Québec des années 60 l\u2019avait pour objectif et qu\u2019elle est viable ailleurs.Donc acte.Les débordements étudiants maintenant exclus, le ministre a le champ libre pour la négociation classique et pragmatique.De tous ses interlocuteurs, on n\u2019en voit aucun qui claquera la porte du Sommet.C\u2019est là que la vraie discussion commence.GESTION DU GOUVERNEMENT LIBÉRAL Révoltantes mines n se serait attendu qu\u2019un gouvernement qui nous serinait quotidiennement avec son « Plan nord » eût pris tous moyens afin que le Québec profite vraiment de son riche sous-sol.Pas du tout ! Alors qu\u2019il chantait les louanges de ce territoire «trois fois plus grand que la France», le gouvernement Charest se tramait carrément les pieds dans le secteur le plus déterminant de son prétendu «Plan», les mines.Suffit de consulter le dernier rapport du Commissaire du développement durable Jean Cinq-Mars pour s\u2019en convaincre.2009: dans un rapport qui a fait date, le vérificateur général (VG) Renaud Lachance avait conclu que les analyses fiscales et économiques du ministère des Ressources naturelles (MRN) ne permettaient même pas «d\u2019établir de façon claire et objective si le Québec retire une compensation suffisante en contrepartie de l\u2019exploitation de ses ressources naturelles ».Avantages fiscaux et crédits d\u2019impôts en 2008?137 millions.Revenus en droits miniers?98 millions.De 1997 à 2007, le nombre d\u2019emplois associés au secteur avait baissé de 17 %.- ^ En avait-on eu pour notre argent?Absolument A\tw pas.Qn payait les minières pour leur permet- fre de faire des profits.Le Commissaire au développement durable (qui relève du VG) a étudié ce qui a été accompli depuis les 15 recommandations formulées en 2009.«Les résultats sont décevants», constate-t-il.Des progrès satisfaisants n\u2019ont été constatés que pour quatre recommandations sur 15.Alors que les dépenses d\u2019exploration depuis 2007 ont bondi de 77 %, que la valeur de production des métaux s\u2019est accrue de 54% pour atteindre 6,1 milliards en 2011, rien ou presque n\u2019a été fait pour que les Québécois en profitent.Pas d\u2019analyse coût-bénéfices, alors que le VG l\u2019avait exigé.Stratégies minérales en retard.Absence de système informatique au MRN pour suivre les dossiers miniers.Mécanisme déficient pour le contrôle de la restauration des sites souillés par les minières.Ce passif des sites dits « orphelins » était évalué à 264 millions en 2008.Aujourd\u2019hui?Il est de 1,2 milliards, écrit le Commissaire.Certes, en 2010, le gouvernement libéral avait fait passer les redevances de 12 à 16%.Pour M.Cinq-Mars toutefois, l\u2019effet global ne pourra être évalué qu\u2019une fois les données de l\u2019année financière 2012-2013 disponibles.Seule consolation : avec ce rapport, la ministre Martine Quellet sera en position de force devant les minières, lors du Porum sur les redevances, prévu pour les 16 et 17 mars.Espérons qu\u2019ensuite, le gouvernement Marois réussira à faire modifier le plus rapidement possible le régime minier ruineux pour les Québécois.^ «R m \u2018h Antoine Robitaille LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l\u2019information ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de l\u2019information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, PAUL CAUCHON Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Vice présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE 'A t-A\tAaANÎF ConTPC LA 6ïtuTAL'»r| PoUÎCîf BAS ^ î>ü poÙCfDF n n H ?DOD s TO ûAfiK^îre LETTRES Itinérance : Qnébec n\u2019abandonne pas l\u2019aide an logement ! Le texte Itinérance.Québec abandonne la formule «logement d\u2019abord», paru en une du Devoir le vendredi 22 février, nécessite quelques correctifs : 1.\tC\u2019est le gouvernement fédéral qui a financé et imposé le programme Projet chez soi ; donc, dire que Québec abandonne ce projet est inexact.L\u2019enjeu du caractère temporaire qu\u2019apporte ce programme, qui privilégie une forme d\u2019aide passant par le logement privé et affirme la primauté de ce modèle, avait été soulevé au départ par plusieurs, dont le Réseau d\u2019aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM).Par ailleurs, comme l\u2019article le précise, il y a prolongation et transition en vue pour Projet chez soi.2.\tLe gouvernement du Québec soutient depuis plus de 25 ans le développement de logements sociaux avec appui communautaire pour des personnes en situation ou à risque d\u2019itiné- rance.À Montréal, une centaine de logements se rajoutent chaque année, réalisés par des refuges, des ressources d\u2019hébergement, des QSBL de logement, des Auberges du cœur et d\u2019autres organismes du milieu.C\u2019est insuffisant, mais important, et cela apporte des réponses permanentes, moins coûteuses à long terme que l\u2019aide privée.Québec et la Ville, grâce au programme de logement social AccèsLo-gis, et dans une moindre mesure le fédéral, avec la Stratégie de partenariats de lutte contre l\u2019itinérance, continuent à soutenir ce développement et doivent le faire davantage.Le gouvernement du Québec, tant sous les péquistes que sous les libéraux, est le seul au Canada qui apporte un soutien au développement du logement social depuis le retrait du fédéral en 1994.Il faut s\u2019en réjouir et faire plus dans cette voie pour prévenir et réduire l\u2019itinérance, partout au Québec.Pierre Gaudreau, coordonnateur, Réseau d\u2019aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), le 22février 2013 Un pas vers la gratuité déjà franchi Il semble qu\u2019un élément important dans le débat sur les droits de scolarité ait été oublié.C\u2019est le fait qu\u2019au Québec, l\u2019obtention d\u2019un diplôme du 1®\u201c^ cycle (baccalauréat) nécessite généralement trois ans d\u2019études universitaires, au heu de quatre dans les autres provinces canadiennes.Ceci est dû au fait que, dans notre province, la première année d\u2019université équivaut à la deuxième année du cégep, et que cette année est gratuite (pour l\u2019étudiant) .Par conséquent, la gratuité réclamée par certains groupes d\u2019étudiants est déjà acquise.à 25%.Aussi, toute comparaison avec le montant des droits de scolarité que les étudiants paient dans le reste du Canada devrait tenir compte de ce fait.Si, disons, il coûte 2700$ par année à un étudiant québécois et 4500$ à un Qntarien, le coût pour un diplômé au Québec est 45% de celui d\u2019un diplômé ontarien, et non pas 60%.Arturo Sangalli, mathématicien Sherbrooke, le 21 février 2013 Revue de presse De religion et de Trudeau GUILLAUME BOURGAULT-COTE Le Canada a beaucoup parlé religion dans les derniers jours.Rien à voir avec la démission du pape Benoit XVI et les rumeurs concernant le cardinal Marc Quellet, mais plutôt avec la création du Bureau de la liberté religieuse, accueilli avec scepticisme par plusieurs commentateurs.Cette décision est la plus «déroutante» de toutes celles prises par les conservateurs depuis 2006, a notamment écrit Tasha Kheiriddin sur le site iPoIitics.Parce qu\u2019élever «la liberté religieuse au-dessus des autres libertés \u2014 en lui donnant son ambassadeur, son bureau et son budget \u2014 viole le principe de la séparation de l\u2019Etat et de l\u2019Eglise», pense-t-elle.«Au lieu d\u2019essayer de distinguer les bonnes des mauvaises pratiques religieuses, le gouvernement devrait s\u2019attarder à la promotion de toutes les libertés, pas seulement religieuses», ajoute Kheiriddin.Elle note que c\u2019est là quelque chose que le gouvernement fait déjà, alors «pas besoin d\u2019un autre fonctionnaire pour faire le même travail».«Rien ne justifie de dépenser cinq millions pour un exercice divisifet contraire à nos principes démocratiques de base», dit-elle.Tout comme Kheiriddin, le Toronto Star évoque une manoeuvre électoraliste qui vise à satisfaire une partie de la base conservatrice \u2014 tout en courtisant une fois de plus les communautés culturelles.L\u2019enjeu des libertés religieuses mérite certes qu\u2019on s\u2019y attarde, mais «le Canada dépense déjà 2,5 milliards pour le ministère des Affaires étrangères», qui permet d\u2019agir en ce domaine.«Difficile de voir ce qu\u2019une augmentation de budget de 0,0002 % va changer», écrit le quotidien en éditorial.Selon le Star, l\u2019attention portée au respect des libertés religieuses ne doit pas détourner Qttawa d\u2019autres abus notoires, notamment ceux de liberté d\u2019expression.«Que fera Ottawa quand le respect des croyances religieuses entrera en confrontation avec les droits des femmes ou des homosexuels?», demande-t-il.Mais dans le Ottawa Citizen, l\u2019équipe éditoriale souligne au contraire que ce bureau était nécessaire, étant donné la place très importante que prend la question religieuse dans la géopolitique mondiale.«Faire des questions religieuses une composante importante de la politique étrangère canadienne froissera les mandarins laïcs du ministère des Affaires étrangères», reconnaît le journal.Mais le mal est nécessaire, dit-on: le Canada doit pouvoir dénoncer les persécutions religieuses, peu importe où elles se déroulent.Dans le National Post, Michael Den Tandt se montre aussi relativement favorable à l\u2019idée du gouvernement Harper.Dans plusieurs pays du monde, la question religieuse est centrale dans la vie quotidienne et politique.«La manière la plus efficace de défendre le pluralisme est d\u2019attirer l\u2019attention sur des situations de persécutions religieuses, et de le faire de manière non-partisane», c\u2019est à dire sans parti pris pour une religion ou une autre \u2014 ou même la laïcité \u2014 écrit Den Tandt.Ce dernier se demande néanmoins ce que le président Andrew Bennett pourra faire avec un si maigre budget.Il doute ainsi fortement que M.Bennet fasse trembler le Parti communiste chinois s\u2019il dénonce le sort réservé aux adeptes du Falun Gong.Trudeau De religion \u2014 ou plus précisément de mysticisme \u2014, il est peut-être aussi question lorsqu\u2019il s\u2019agit de la popularité de Justin Trudeau.A moins de deux mois de l\u2019élection du prochain chef du Parti libéral du Canada, ils sont nombreux à se demander si le fils de l\u2019ancien premier ministre a le jugement, la maturité et les idées pour guider les libéraux.Dans le National Post, Andrew Coyne s\u2019étonne que les sympathisants libéraux semblent prêts à élire un candidat qui n\u2019a rien proposé pour réinventer un parti qui a essuyé la pire défaite de son histoire en mai 2011.Tout va comme s\u2019il suffisait à M.Trudeau de saluer la foule pour qu\u2019elle soit prête à le suivre.Qn connait son visage et son nom?C\u2019est suffisant.Coyne parle d\u2019un «culte de personnalité» en forme d\u2019échappatoire: avec Trudeau, pas besoin de se définir, ni même de choisir des politiques.Une belle occasion d\u2019introspection ratée pour les libéraux, dit-il.Dans The Gazette, lan Macdonald revient pour sa part sur la décision de Justin Trudeau de dévoiler les détails de sa fortune personnelle.Un geste de transparence, certes, mais une belle erreur de jugement aussi, dit-il.Parce qu\u2019on a appris de cette manière que le député a été payé pour prononcer des conférences devant des organismes qui reçoivent des fonds du gouvernement fédéral ou qui sont régis par les lois fédérales.«Pourquoi un critique en matière de santé devrait-il être payé pour parler devant l\u2019Association médicale canadienne?», demande Macdonald.«Ça fait partie de sa job.» Lui comme Coyne estiment que Justin Trudeau n\u2019a pas démontré qu\u2019il a ce qu\u2019il faut pour diriger le PLC.à moins qu\u2019un certain code génétique ne soit une quahté pohtique.Le Devoir Les liens vers les textes cités sont disponibles dans la version numérique de cet article. LE DEVOIR LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 EEVRIER 2013 B 5 IDEES réponse à Michel Seymour Pitié pour les universités La massification de l\u2019enseignement supérieur est le grand phénomène des 50 dernières années.Il vaudrait mieux s\u2019en réjouir, et non entretenir la nostalgie de l\u2019université médiévale ou de l\u2019Académie chère à Platon.Dans une série de deux textes dont nous publions le second aujourd\u2019hui, l\u2019auteur réagit à la publication du livre de Michel Seymour Une idée de l\u2019université (Boréal).ROBERT LACROIX Ancien recteur de l\u2019Université de Montréal de 1998 à 2005 ^^^=1 on content de ne pas avoir NV\"\tcompensé ses universités pour le manque à gagner généré par la baisse des paiements de transfert fédéraux, comme l\u2019ont pourtant fait toutes les autres provinces en haussant les droits de scolarité, voici que le ^^^=1 Québec se donne bonne conscience en attaquant la gestion des universités.Et en brossant de nos établissements un portrait caricatural.Selon certains, il y aurait deux conceptions de l\u2019université.L\u2019université à vocation éducative, qui sert l\u2019intérêt commun et incarne l\u2019égalité des chances.Et Funiversité entrepreneuriale, qui voit l\u2019éducation comme un produit de luxe et est subordonnée aux intérêts privés.Vous êtes sommés de choisir votre camp.Comme disait W.: «Ou bien vous êtes avec nous, ou bien vous êtes contre nous.» Cette vision binaire des choses est aussi éloignée que possible de la réalité universitaire.Mais surtout, elle fait l\u2019impasse sur le rôle réel de l\u2019institution universitaire dans notre société.«Etant partie prenante au fonctionnement économique, l\u2019université adopte de plus en plus les traits d\u2019une entreprise », écrit Michel Seymour dans son dernier ouvrage.Une idée de l\u2019université.En réalité,,c\u2019est exactement le contraire qui se produit.Etant partie prenante à la formation universitaire et à la recherche, c\u2019est notre monde et l\u2019économie mondiale qui empruntent de plus en plus les traits du haut savoir.Longtemps considéré comme un phénomène circonscrit, le savoir est aujourd\u2019hui partout.En fait, nous assistons depuis un demi-siècle à la revanche des universités.C\u2019est pourquoi nous plaçons en elles autant d\u2019attentes, ici comme ailleurs au Canada.Aussi, je m\u2019étonne de lire sous la plume de M.Seymour une affirmation comme celle-ci : «L\u2019idéologie qui règne au Canada valorise de façon immodérée l\u2019accès à l\u2019université.» Peut-on vraiment déplorer une société qui valorise l\u2019enseignement supérieur ?Que signifie valoriser l\u2019accessibilité «de façon immodérée»( Les jeunes canadiens et américains sont-ils si différents des jeunes québécois qu\u2019on puisse dire d\u2019eux qu\u2019ils «n\u2019ontpas toujours la concentration facile ni la propension naturelle à une attitude studieuse » ! De tels préjugés surprennent sous la plume d\u2019un intellectuel rompu aux nuances conceptuelles.En fait, ils servent surtout à appuyer le discours sur la «déplorable transformation» de Funiversité en «usine à diplômes».Je n\u2019ai jamais compris cette expression, que je trouve méprisante.Méprisante pour les centaines de milliers d\u2019étudiants inscrits dans nos universités avec le désir d\u2019apprendre, de s\u2019insérer dans la société et d\u2019obtenir un emploi valorisant.Et méprisante pour les milliers de professeurs qui leur enseignent.La massification de l\u2019enseignement supérieur est le grand phénomène des 50 dernières années.Et elle va se poursuivre m ami JACQUES GRENIER LE DEVOIR Peut-on vraiment déplorer une société qui valorise l\u2019enseignement supérieur?avec l\u2019entrée en scène de bataillons d\u2019étudiants des pays émergents.Nous devrions nous en réjouir, et non entretenir la nostalgie de Funiversité médiévale ou de l\u2019Académie chère à Platon.Dérive immobilière : quelle dérive ?C\u2019est devenu l\u2019antienne des opposants au développement de nos universités : on assiste à une «dérive immobilière» dans nos universités, qui n\u2019en auraient que pour le béton.Et de citer immanquablement le fiasco de Fîlot Voyageur.Il n\u2019est venu à l\u2019idée de personne de noter que le seul cas avéré de mauvaise gestion d\u2019un projet d\u2019immobilisation universitaire au Canada des 30 dernières années est précisément survenu dans la province où les universités sont le moins bien financées.Pourquoi au Québec et pas ailleurs?La réponse est simple: nous mandatons nos universités publiques d\u2019accueillir le plus grand nombre d\u2019étudiants possible (80% des étudiants qui font une demande sont admis), sans leur fournir les moyens d\u2019absorber pareil contingent.Les espaces d\u2019enseignement et de recherche sont un casse-tête permanent pour les administrations universitaires.Pour un même nombre d\u2019étudiants, l\u2019Université de Montréal dispose sur son campus de 40% de moins d\u2019espace que l\u2019Université de Colombie-Britannique.Haro sur la direction M.Seymour fait grand cas des 80 millions de dollars dépensés en publicité (le vilain mot) par les universités en cinq ans.80 millions sur.un budget de 20 milliards de dollars ! Une bonne partie de cette somme sert à payer les affichages de postes (de professeurs surtout) dans les quotidiens et les publicités destinées à informer nos étudiants de nos portes ouvertes, des périodes d\u2019admission, des programmes offerts: faudrait-il cacher tout ça ?Reste une poignée de dollars pour financer la publicité de positionnement, celle qui fait tant hurler les leaders étudiants.Ces campagnes visent à faire connaître la contribution de nos universités à la société et s\u2019inscrivent en général dans le cadre d\u2019une campagne de financement.La principale de McGill vient d\u2019aller chercher auprès de donateurs 750 millions \u2014 dont un bon pourcentage servira à financer des bourses d\u2019études.Qn ne fait pas ça en restant cacher dans son bureau et en taisant les réalisations de son établissement.Mais ce qui me désole surtout dans l\u2019ouvrage de M.Seymour, ce sont les accusations sommaires adressées à la direction de son université.Comme si les administrateurs de FUdeM n\u2019étaient pas aussi des professeurs : je connais des doyens qui enseignent davantage que certains professeurs détachés pour activités syndicales.Je sais bien que les universitaires ne sont pas tenus au devoir de loyauté des employés « ordinaires ».Dans une université, la liberté académique a le dos large.Mais je sais aussi que la communauté a la mémoire longue.Le dernier chapitre du livre de M.Seymour s\u2019intitule «La victoire», en référence aux événements du printemps dernier.Sur ce point, je me dois, hélas, de donner raison à Fauteur.Mais c\u2019est une victoire contre Funiversité.Qu\u2019un universitaire s\u2019en félicite sur plus de 200 pages augure mal pour l\u2019enseignement supérieur au Québec et le sommet de la semaine qui vient.rv Lire aussi > Le débat se poursuit à lede- \" nofr.com, où les lecteurs pourront consulter une réponse de Michel Sejmiour aux deux textes de Robert Lacroix.Le texte s\u2019intitule Linancement universitaire: ne pas occulter la responsabilité du gouvernement fédéral Pourquoi suspendre le crédit d\u2019impôt pour travailleurs expérimentés ?CECILE PLOURDE Présidente du Réseau PADOQ LYNE PARENT Présidente de l\u2019AQRP ans son dernier budget, le gouvernement a annoncé la suspension du crédit d\u2019impôt pour les travailleurs âgés de 65 ans et plus, une mesure d\u2019allégement fiscal pourtant prévue dans le budget 2012-2013.Destinée à plus de 100000 travailleurs, cette mesure qui devait s\u2019échelonner jusqu\u2019en 2016 représentait à terme une baisse d\u2019impôt pouvant aller jusqu\u2019à 1500$.Jumelée à l\u2019annulation de la réduction de la taxe sur la masse salariale des entreprises qui gardent des travailleurs de 65 ans et plus.Fan-nonce de la suspension de cette mesure prise sous le sceau de l\u2019équilibre budgétaire est difficilement compréhensible.Elle met la pédale douce au maintien à l\u2019emploi et à l\u2019amélioration de la santé financière de cette tranche de plus en plus substantielle de la population.Devant le niveau d\u2019endettement très élevé des ménages, la hausse importante du coût de la vie et le manque d\u2019épargne personnelle, pourquoi soustraire les incitatifs à l\u2019emploi qui font en sorte de développer des mécanismes qui combattent justement cette précarité ?Vie active Pour beaucoup d\u2019autres, il est également question de volonté, celle de continuer à vivre une vie active et de contribuer à faire de sa retraite une période sécurisante et valorisante.Le gouvernement devrait garder en tête que la santé financière à laquelle il aspire est au final le prolongement de celle des citoyens qu\u2019il représente.En cela réside en bonne par- tie, croyons-nous, la notion d\u2019équilibre.Inciter les travailleurs âgés qui le souhaitent à continuer de contribuer à la vie économique et sociale du Québec nous semble prometteur.Cela peut permettre de faciliter la transition entre la vie active et la retraite, en évitant la rupture brutale et parfois déstabilisante qu\u2019ont à vivre les nouveaux retraités.En plus de stimuler l\u2019économie locale, surtout pour les petites et moyennes entreprises qui peinent à recruter de la main-d\u2019œuvre, le maintien, voire la bonification, d\u2019une mesure fiscale de la sorte contribuerait à ajouter une plus grande dose de souplesse et une capacité d\u2019adaptation accrue sur le marché du travail.Riches de leurs expériences, les personnes aînées qui souhaitent demeurer actives peuvent faire une différence sur le marché du travail.Laissons-leur seulement la chance de pouvoir le démontrer.Courir 1* \u2019*'1 ' iT if '/à David Desjardins Je suis parti courir Rien ne collait.Rien n\u2019allait plus.L\u2019actualité avait emprunté le virage par trop «coulant» de l\u2019anecdotique, du drame sportif, des pluies de météorites, des vedettes qui se cassent la gueule en plongeant au Canal V et des mafieux qui jouent aux cous.C\u2019était comme si je n\u2019avais plus prise sur rien, comme lorsque les pneus tournent à vide dans la courbe enneigée et que la voiture poursuit son chemin en ligne droite vers la congère qui borde la route.Et juste derrière, en touffes sombres et menaçantes, il y a les arbres.Devant l\u2019absurde du monde, je suis souvent pris de cette même solitude-panique que lorsque je perds momentanément la maîtrise de l\u2019auto.Cela ne dure qu\u2019un moment.Mais malgré ma certitude de reprendre le contrôle, il s\u2019écoule une seconde pendant laquelle je sombre à l\u2019intérieur de moi-même, réprimant, dans ma chute, une envie de hurler.De toute manière, si je suis seul, comme l\u2019arbre qui tombe dans la forêt, qui entendra mon cri, hein?Tout ça pour dire que je m\u2019étais pourtant trouvé un assez bon sujet et écrivais à propos de Maxime Bernier et d\u2019une animatrice qui avait échappé son entrevue avec le député.C\u2019était à Radio-Canada, en début de semaine.L\u2019animatrice faisait son boulot comme elle pouvait, tentant d\u2019opposer à Bernier que le plan d\u2019austérité qu\u2019il propose n\u2019est peut-être pas la solution, surtout si on en juge par la condamnation qu\u2019en font plusieurs économistes qui analysent la crise européenne.Mais rien n\u2019y faisait.Elle essayait à nouveau, mais le député contournait la question, n\u2019y répondait pas, et prenait le contrôle de l\u2019entrevue pour en faire la plateforme de lancqment de son porridge idéologique : moins d\u2019Etat dans la vie de tous les jours des citoyens.Quelques jours plus tard, éperonné, j\u2019écrivais deux, puis trois, puis quatre et cinq paragraphes indignés à propos de la forme comme du fond.Je citais alors Paul Krugman, du New York Times, qui lui cite John Maynard Keynes : c\u2019est lors de booms économiques qu\u2019il faut appliquer des plaqs d\u2019austérité, pas en période de récession où l\u2019État doit investir pour relancer l\u2019économie.Puis j\u2019en rajoutais en abordant cette même austérité comme un prétexte pour les conservateurs afin d\u2019abolir des programmes sociaux.Pour simplement \u2014 par idéologie plus que par logique \u2014 réduire la taille de l\u2019État.Et j\u2019en remettais une couche, disant que Bernier, Fair toujours aussi ahuri, ne s\u2019en cache même pas.Mais ne se donne pas la peine non plus de répondre aux objections.Soit parce qu\u2019il en est incapable.Soit parce qu\u2019il est méprisant.Voire les deux.Je trouvais l\u2019ensemble pas trop mal et m\u2019apprêtais à conclure quand s\u2019est à nouveau manifesté ce sentiment \u2014 trou noir qui aspire toute la matière à l\u2019intérieur de mon cerveau.Parce qu\u2019à la fin, ce n\u2019était plus Bernjer qui me décourageait.Ni même son parti.A la fin, le problème en démocratie, ça reste les gens.Je me suis pris à songer à la victoire du député, élu par une écrasante majorité de Beaucerons qui considéraient que l\u2019un des plus insignifiants politiciens du Canada ferait leur meilleur représentant, et qu\u2019au fond, les quelques lignes que je venais d\u2019écrire n\u2019y changeraient rien ; ou au pire, elles ne feraient que les aiguiller et les convaincre d\u2019avoir fait le bon choix.J\u2019ai pensé : pourquoi se battre quand ils ont déjà gagné la guerre contre l\u2019intelligence ?Comme chaque fois que me prennent des envies de démission, chaque fois que je me sens seul à pleurer tellement le monde me désespère, je suis sorti courir.Manière aérobique de se réconcilier avec son prochain.Dehors, les flocons me fouettaient le visage et je plissais les yeux.Le trottoir couvert d\u2019une épaisse couche de neige absorbait le son de mes pas.Et avant d\u2019avoir fait quelques coins de rue, je me sentais déjà mieux.Les quelques morceaux de conversations glanés au passage m\u2019amusaient.Les couleurs vives des manteaux des étudiants du cégep puis des élèves de l\u2019école secondaire juste à côté, qui sortaient tous en même temps pour dîner, faisaient tache dans la blancheur du décor.Je renouais avec mes meilleures dispositions envers l\u2019humanité quand une voiture au volant de laquelle je reconnus ma folle d\u2019ancienne voisine manqua de peu de m\u2019écraser en sortant de son garage à la fine épouvante.Sans s\u2019excuser ni rien, se contentant d\u2019une grimace.Si je termine cette chronique sur une note noire, évoquant, en plus de Maxime Bernier, le couronnement de Justin Trudeau, les députées qui en traitent d\u2019autres de «crisse de folles», l\u2019ensemble de l\u2019œuvre éditoriale du Journal de Québec, les gens qui se garrochent dans la file pour prendre l\u2019avion alors qu\u2019ils ont des sièges réservés et les cotes d\u2019écoute de La Voix comme autant de raisons de mon divorce d\u2019avec le monde, vous saurez à qui la faute.ddesjardins@ledevoir.com L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Antoine Robitaille (éditorialiste, responsable de la page Idées), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (caricaturiste) ; information générale : Marie-Andrée Chouinard {chef de division), Dominique Reny (adjointe au directeur de l\u2019information), Jeanne Corriveau (reporter), Caroline Montpetit (affaires sociales), lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien DegliseésoceéféJ et Jean Dion (sports) ; information politique : Michel Davidéc/trowe-, Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à OffatcaJ, Robert Dutrisac et Jessica Nadeau (correspondants parlementaires à Québec) ,^rian.Myles (affaires municipales, Montréal) ,15.3)00X10: Vorter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté et Kathleen Lévesque (reporters) ; information culturelle : Louise-Maude RiouxSoucy (chef de division), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), Frédérique Doyon et Isabelle Paré (reporters) ,I\\xh.Q: Carpentier (pupitre) ; information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), Marco Bélair Cirino, François Desjardins et Eric Desrosiers {reporters), Gérald Dallaire (pupitre) ; information internationale : Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Lévesque et Guy ^eàWeier (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives)-, section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs), Emilie EoUe-Boivin et Louis Gagné (pupitre) ; équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Erappier, Benoît Munger et Philippe Papineau, (pupitre), Sophie Chartier, Karl Rettino-ParazeUi et Geneviève Tremblay (assistants) ; correction : André^ne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant,\u2019 soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire)-, Elorence Eerraris (commis).DOCUMENTATION Gilles Paré (directeurj, Manon Derome (Montréal), Monique Bhérer (Ottawa), Dave Noel (Québec).PUBLICITE Céline Benoît, Jean de BiUy, Jean-Erançois Bossé, Marlène Côté, Amel EUmam, Amélie Maltais, Claire Paquet, Chantal Rainville, Nadia Sebai 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B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 EEVRIER 2013 PHILOSOPHIE Le Devoir de philo Tocqueville au Sommet sur renseignement, entre soupirs et inquiétudes Le débat quantitatif découlant d\u2019un goût démocratique pour Tégalité tend à éclipser ce qu\u2019il y a de plus important dans l\u2019éducation : la qualité de son contenu Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.ANTOINE PAGEAU ST-HILAIRE Diplômé du Certificat sur les œuvres marquantes de la culture occidentale et étudiant en philosophie à VUniversité Laval Les 25 et 26 février se tiendra le tant attendu et tant critiqué Sommet sur renseignement supérieur.Ce sommet sur l\u2019éducation, contrairement à ce que d\u2019aucuns prétendent, n\u2019est pas une conséquence directe des tensions du printemps érable que le Québec vient de traverser.Il s\u2019agit en effet d\u2019une idée adoptée au congrès du Parti québécois en avril 2011, soit quelques mois avant le début des manifestations et des grèves étudiantes.ter pour une société libérale qui veut assurer les conditions de sa propre existence en éduquant les citoyens qui la forment.Mais en sera-t-il ainsi?Revenons-en aux origines de ce sommet, c\u2019est-à-dire au programme du Parti québécois où il a été prévu.Il s\u2019y trouve troisième d\u2019une série de dix engagements sur l\u2019éducation, dont neuf ne concernent que des questions financières et d\u2019accessibilité à l\u2019éducation.L\u2019avenir de l\u2019éducation semble ici chiffré.C\u2019est à des débats pécuniaires que le Québec a eu droit durant le printemps 2012 et qu\u2019il aura droit pendant le Sommet sur l\u2019enseignement supérieur.Ces discussions économiques, de la gouvernance des universités à la question des prêts et bourses, ne visent qu\u2019une seule et même fin: l\u2019éducation la plus accessible Si, véritablement, les Québécois avaient voulu prendre en main leur liberté politique, ils se seraient investis dans une longue délibération sur l\u2019avenir de l\u2019éducation Quoi qu\u2019il en soit, force est d\u2019admettre que cette position, bien que votée hors du tumulte que nous avons connu, prend sa source dans le débat épineux sur l\u2019accessibilité à l\u2019éducation supérieure.C\u2019est là, semble-t-il, que se concentreront les efforts de négociations et de délibérations.Alexis de Tocqueville (1805-1859), l\u2019un des plus grands penseurs de la démocratie libérale, critiquerait autant les origines du Sommet sur l\u2019enseignement supérieur que son contenu prévisible.Aux sources du Sommet: liberté politique ou passion pour l\u2019égalité?Le débat sur l\u2019accessibilité à l\u2019éducation supérieure est spécifiquement démocratique.Il tient sur l\u2019égalité, et c\u2019est précisément là que Tocqueville situe le fondement ultime de la démocratie moderne : le sentiment du semblable.Qu\u2019il soit bien clair que Tocqueville ne répudiait aucunement l\u2019égalité des conditions; au contraire, il l\u2019approuvait.Il y voyait la possibilité d\u2019un monde plus «juste».Mais il y voyait aussi le potentiel de nombreuses dérives et, se faisant à cet égard un bon ami de la démocratie, il avait pour devoir d\u2019être critique, voire inquiet dans son projet d\u2019écriture sur notre régime.Inquiet, puisqu\u2019il voyait en l\u2019égalité une tendance lourde à prendre le pas sur la liberté politique, cette liberté de participation à la chose commune et de délibération collective essentielle à la bonne santé de toute démocratie.Certes, le projet du Sommet sur l\u2019enseignement supérieur a tout l\u2019air d\u2019une plateforme où il fait bon exercer notre liberté politique.Il aurait pu être l\u2019occasion d\u2019une délibération globale sur l\u2019éducation au Québec.Il aurait pu être le lieu d\u2019une réflexion profonde sur les grandes directions à adop- possible.Cela témoigne sans aucun doute, nous dirait Tocqueville, d\u2019un goût fort en démocratie pour l\u2019égalité.C\u2019est que la démocratie, pour lui, se fonde sur l\u2019égalité de la même manière que l\u2019aristocratie d\u2019an-tan s\u2019était fondée sur l\u2019inégalité.Examinant l\u2019influence de l\u2019égalité démocratique sur le mouvement intellectuel, au début du second tome de sa Démocratie en Amérique, il constate que notre régime est celui où l\u2019on «étudie le moins et où Von suit le mieux les préceptes de Descartes».Ne pouvant que difficilement concevoir homme plus intelligent que soi ou opinions plus vraies que les siennes, le citoyen démocratique vient à n\u2019en appeler «qu\u2019à l\u2019effort individuel de sa raison».Nous, démocrates, suivons en effet la première ligne du Discours de la méthode selon laquelle le «hon sens est la chose du monde la mieux partagée».Tous peuvent intellectuellement se développer de manière égale.fausses ou vraies, sont assises nos sociétés démocratiques actuelles.Il n\u2019y a donc absolument rien de surprenant à ce que l\u2019égalité ait été un objet central des revendications étudiantes.Il ne s\u2019agit pas non plus de réagir a contrario, et Tocqueville s\u2019est fait d\u2019ailleurs peu prescriptif dans son œuvre, mais il faut à tout le moins voir que la crise de l\u2019éducation que nous traversons est en fait une crise de l\u2019accessibilité à l\u2019éducation.Et que celle-ci ainsi que le sommet qui en est une tentative de solution ont pour véritable, voire pour seule origine l\u2019égalité.Ainsi, si le Sommet sur l\u2019enseignement supérieur peut sembler constituer un exercice de liberté politique fort louable, Tocqueville aurait pu penser qu\u2019un tel exercice n\u2019a été mis sur pied que conditionnellement à la poursuite de l\u2019égalité, qui se vit comme une passion frénétique en démocratie, voire comme un «goût dépravé».Une telle place à la liberté politique aurait-elle été aménagée dans nos institutions si cette passion n\u2019en avait pas été l\u2019origine et la fin véritables ?Le penseur français en aurait probablement douté : «La liberté n\u2019est pas l\u2019objet principal et continu de leur désir; ce qu\u2019ils aiment d\u2019un amour éternel, c\u2019est l\u2019égalité; ils s\u2019élancent vers la liberté par impulsion rapide et par efforts soudains, et, s\u2019ils manquent le but, ils se résignent; mais rien ne saurait les satisfaire sans l\u2019égalité, et ils consentiraient plutôt à périr qu\u2019à la perdre.» La véritable crise Comme ils sont nombreux à l\u2019avoir souligné ces derniers jours, c\u2019est un faux débat qui est au cœur du Sommet.C\u2019est à tout le moins un débat réduit, une discussion de faible envergure.Si, véritablement, les Québécois avaient voulu prendre en main leur liberté politique, ils se seraient alors investis dans une longue délibération sur l\u2019avenir de l\u2019éducation.La foi en la démocratie repose, chez Tocqueville, sur la foi en l\u2019éducation.L\u2019enjeu est crucial.Cependant, un débat L\u2019université forme aujourd\u2019hui des gens qui pratiqueront un métier ; elle a oublié, comme l\u2019école en général, nos caractères plus substantiels d\u2019hommes et de citoyens Tous revendiqueront alors les droits qui leur sont nécessaires pour y parvenir.Cela recoupe une autre observation de Tocqueville.Débarrassés des limites étouffantes des castes aristocratiques, les hommes démocratiques en viennent à concevoir «l\u2019idée d\u2019une perfection idéale et toujours fugitive».Une fois tombées les barrières de l\u2019ancien monde, le génie individuel du démocrate doit pouvoir bourgeonner sans limites.Il faut alors, conformément à la perfectibilité indéfinie de l\u2019homme, laisser à tous les citoyens la même chance de poursuivre cet idéal.Sur de telles idées, qu\u2019elles soient quantitatif sur l\u2019éducation, qui découle d\u2019un goût démocratique pour l\u2019égalité, tend à éclipser ce qu\u2019ü y a de plus important dans l\u2019éducation: la qualité de son contenu.Le débat actuel sur l\u2019éducation supérieure cache l\u2019ampleur de la crise : c\u2019est toute l\u2019éducation québécoise qui est en dérive.Tocqueville voyait déjà les pentes risquées du monde intellectuel en démocratie.Il observait un déclin de la culture générale et assistait, inquiet, à une pratique des sciences qui se vide doucement de ses fondements théoriques.Ce ne sont malheureusement pas sur de tels problèmes que se penchera le Sommet sur l\u2019enseignement supérieur.Ceux qui l\u2019ont fait ont eu raison de critiquer l\u2019épuise- ILLUSTRATION TIFFET Alexis de Tocqueville (1805-1859) regarderait le prochain Sommet sur l\u2019enseignement supérieur en nous rappelant que, « s\u2019il y a des peuples qui se laissent arracher des mains la lumière, il y en a d\u2019autres qui l\u2019étouffent eux-mêmes sous leurs pieds».Cette technicisation à outrance du savoir humain confinait les Chinois à pratiquer bêtement nombre de compétences vides de connaissances.Ils ne pouvaient même plus, alors, espérer l\u2019innovation, le progrès au sens fort du terme: «La source des connaissances humaines était presque tarie; et, bien que le fleuve coulât encore, il ne pouvait plus grossir ses ondes ou changer son cours.» Le Québec, de même, se fait du mal lorsqu\u2019il refuse aveuglément de poser véritablement les problèmes de son éducation.Négociations financières C\u2019est là le cœur d\u2019une éducation en crise.C\u2019est là un problème majeur auquel Tocqueville aurait aimé voir les Québécois s\u2019attaquer.Le Sommet sur l\u2019enseignement supérieur, qui éclipse la vraie question de l\u2019éducation au profit de négociations financières, est symptomatique du déclin de notre liberté politique.L\u2019éducation, rappelons-le, est la condition d\u2019épanouissement d\u2019une société.Plus grave encore, elle est le fondement d\u2019une civilisation.Elle ne forme pas qu\u2019aux métiers : elle peut faire grandir les hommes.Elle vaut la peine d\u2019un véritable exercice de liberté politique, au moins autant que nos passions égalitaires légitimes, sinon plus.Il semble y avoir tout un pan de l\u2019avenir du Québec dont on se permet de ne pas voir la pertinence.Le peuple québécois en entier semble passer à côté d\u2019une sérieuse discussion collective.Et il devra y être confronté tôt ou tard.Entre soupirs et inquiétudes, Tocqueville regarderait le Sommet qui vient en nous rappelant que, «s\u2019il y a des peuples qui se laissent arracher des mains la lumière, il y en a d\u2019autres qui l\u2019étouffent eux-mêmes sous leurs pieds».?Des commentaires ?Ecrivez à Antoine Robitaille à arobi taille@ledevoir.com.Pour lire ou relire tous les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire depuis 2006: www.ledevoir.com/societe/ le-devoir-de-philo.RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Antoine Pageau St-Hilaire: «On ne voit que trop bien, au Québec, comment les sciences de l\u2019éducation ont transfiguré les processus d\u2019apprentissage.La réforme constructiviste des compétences, qui s\u2019est confortablement installée aux dépens de la transmission des connaissances et de la culture, tend à relayer les élèves à des rôles techniques et utilitaires.» ment en recherche fondamentale.Mais Tocqueville aurait voulu qu\u2019on pousse plus loin la critique, qu\u2019on voie jusqu\u2019où la transmission d\u2019un savoir, de connaissances, est essentielle au maintien d\u2019une société civilisée et démocratique.Celle-ci doit être au cœur de la formation des maîtres, qui assureraient alors sur ce modèle l\u2019avenir des générations futures.L\u2019éducation nouvelle On ne voit que trop bien, au Québec, comment les sciences de l\u2019éducation ont transfiguré les processus d\u2019apprentissage.La réforme constructiviste des compétences, qui s\u2019est confortablement installée aux dépens de la transmission des connaissances et de la culture, tend à relayer les élèves à des rôles techniques et utilitaires.L\u2019université forme aujourd\u2019hui des hommes et des femmes qui pratiqueront un métier.Elle a oublié, comme l\u2019école en général d\u2019ailleurs, nos caractères encore plus substantiels d\u2019hommes et de citoyens.Les tenants et aboutissants de l\u2019éducation nouvelle \u2014 dont le Parti québécois ne pourra que difficilement faire la critique puisqu\u2019il en est le grand responsable \u2014 sont dangereusement conformes à la description que faisait Tocqueville de la pratique des sciences, du savoir en démocratie.La démocratie lui semble mener «à ne demander aux sciences que leurs applications immédiates et utiles».Pour étayer la menace d\u2019une telle inclination, il utilise l\u2019exemple historique des Européens qui découvrirent, au XVL siècle, la civilisation chinoise.Erappés d\u2019étonnement devant une société dont les sciences et les arts semblaient s\u2019être figés dans le temps, ces gens venus d\u2019Europe comprirent que les Chinois «se servaient encore de la formule sans en chercher le sens; [qu\u2019Uls gardaient l\u2019instrument et ne possédaient plus l\u2019art de le modifier et de le reproduire »."]
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