Bulletin de l'ACFAS /, 1 juin 1981, Été
[" TIRER pa carie au ane tt cr paire rite Bulletin de Été 1981, Vol.3 no 1 1-523 1600 inscrits au 49e congrès Parmi les congrès que l'ACFAS a tenus dans des villes autres que Montréal et Québec, celui qui a eu lieu à Sherbrooke en mai dernier représente un sommet en ce qui concerne la participation : 1600 personnes s\u2019y sont inscrites et quelque 780 communications ont été présentées dans les 36 sections du congrès.Ces communications se sont réparties de la façon suivante: 33% (259) en sciences humaines, 36% (281) en sciences biologiques et 31% (240) en sciences physiques et mathématiques.En outre, plus d\u2019une trentaine de colloques et d'ateliers spéciaux étaient prévus au programme, les deux tiers d\u2019entre eux dans dans des sections de sciences humaines.Environ 130 communications ont été données selon la formule des présentations visuelles, au sein des sections de biochimie, biologie cellulaire et moléculaire, biophysique et génie biomédical, physique et psychologie.Le 50e Congrès aura lieu à l\u2019Université du Québec à Montréal, les 12, 13 et 14 mai 1982.Sommaire Les prix de l\u2019ACFAS 1120221022 ae ae A a a ee ee a ee ea 4 ee 0 de 4 0 ee i et ee te eee Le président et le Conseilde PACFAS .eee eee eee La psychologie communautaire oo 0 iit iit tetas eet e te teneaeaneneeneasenenenanneneananns Une politique nataliste au QUébec .ii i i i i te ee eae Enseigner les sciences.0000000 0 La aa aa aa aa aa a ea ee ee tea a aaa, Chroniques d\u2019Hebdo-science eee eee DJ Les récipiendaires des prix de l'ACFAS en 1981 Prix Archambault: M.Robert Mar- chessault Le prix de sciences physiques et mathématiques de l\u2019ACFAS a été décerné à M.Robert Mar- chessault, chimiste et vice- président du Centre de Recherches Xerox du Canada, à Toronto.M.Marchessault, diplômé de l\u2019Université McGill, a fait d\u2019abord carrière aux États-Unis, avant de se joindre au département de chimie de l\u2019Université de Montréal puis, il y a quelques années, à la compagnie Xerox du Canada.Dans ses travaux scientifiques, M.Marchessault s\u2019est intéressé à l\u2019étude dès propriétés physiques de nombreux matériaux macromoléculaires naturels et synthétiques.Ses recherches portent principalement sur le bois, le papier, les polysaccharides, les polyesters et les polyoléfines ainsi que sur les dérivés technologiques de ces matériaux.M.Marchessault a été honoré à plus d\u2019une reprise, notamment par l\u2019American Chemical Society.Le prix Archambault est d\u2019une valeur de $2 000, grâce à un don de la société Alcan.Prix Rousseau: M.Louis Berlinguet Le prix de polyvalence scientifique, attribué pour la première fois cette année, a été accordé à M.Louis Berlinguet, attaché scientifique à l\u2019Ambassade du Canada à Paris.D\u2019abord professeur de biochimie à l\u2019Université Laval et auteur de nombreuses publications scientifiques.M.Berlin- guet a ensuite poursuivi une carrière institutionnelle remarquable par sa diversité et son impact.Il a été vice-doyen à la recherche de la Faculté de médecine de l\u2019Université Laval; vice-président à la recherche de l\u2019Université du Québec; président de l\u2019Institut national de la recherche scientifique; président par intérim de l\u2019Université du Québec; premier vice-président du Centre de recherches pour le développement international (Ottawa).En outre, il a été, notamment, président de l\u2019ACFAS, de SCITEC, de la Société canadienne de biochimie et du Conseil québécois de la politique scientifique.M.Berlinguet est membre de la Société Royale du Canada et officier de l\u2019Ordre du Canada.IBM Canada assure le financement du prix Rousseau, dont la valeur est de $2 000.Prix Pariseau: M.Jean G.Lafontaine Le lauréat du prix de sciences biologiques de l\u2019ACFAS, M.Jean G.Lafontaine, est professeur au département de biologie de l\u2019Université Laval.Il a obtenu un doctorat de l\u2019Université du Wisconsin et a poursuivi des études postdoctorales à New York, avant de se joindre à l\u2019Institut du Cancer de Montréal puis à l\u2019Université Laval.Les travaux de M.Lafontaine portent sur l\u2019étude de la structure du noyau cellulaire et, plus particulièrement, sur certains facteurs qui contrôlent l\u2019organisation macromoléculaire de la chromatine et du nucléole.De plus, ses contributions importantes au progrès de la microscopie électronique ont situé M.Lafontaine à la fine pointe de la recherche en biologie cellulaire.M.Lafontaine a été président de la Société canadienne de biologie cellulaire et est vice-président de la Société de microscopie du Canada.Le prix Pariseau est d\u2019une valeur de $2 000; son financement est assuré par la Banque Nationale du Canada.Prix Bombardier: MM.Michel Bertrand et Robert Guardo À sa deuxième année d\u2019existence, le prix d\u2019innovation technologique de l\u2019ACFAS est attribué à une équipe: MM.Michel Bertrand et Robert Guar- do ont un doctorat en génie biomédical de l\u2019Imperial College of Science and Technology, à Londres, et sont professeurs à l\u2019Institut de génie biomédical de l\u2019École Polytechnique.Les travaux de l\u2019équipe de MM.Bertrand et Guardo ont permis la mise au point d\u2019un stimulateur cardiaque programmable.Cette innovation consiste principalement en un ordinateur conçu spécifiquement pour contrôler une stimulation électrique appliquée au coeur du patient, dans le but de préciser le diagnostic de certaines maladies cardiaques.Les résultats sont ainsi obtenus d\u2019une façon plus sûre et en une période de temps beaucoup plus courte que par les autres méthodes connues.Le stimulateur cardiaque programmable a franchi avec succès l\u2019étape de l\u2019évaluation clinique et a atteint la phase de production et de mise en marché.D\u2019une valeur de $2 000, le prix Bombardier est soutenu financièrement par la Fondation J.-Ar- mand Bombardier.prix sen Jacq son arg ment ul gel phig {ent on itt pl des [ns dim ar ver ila par phi Pr de La i [4 élu ne ni Prix Vincent: M.Jacques Henripin L'attribution du prix de sciences humaines à M.Jacques Henripin couronne une carrière remarquable qui a fortement contribué à établir au Québec les fondations de la recherche démographique.M.Henripin détient un doctorat en économie de l\u2019Université de Paris; il a complété un stage d\u2019études et de recherches a l\u2019Institut national d\u2019études démographiques de Paris, avant d\u2019entrer à l\u2019Université de Montréal où il a mis sur pied le département de démographie.M.Henripin a publié, seul ou en collaboration, plusieurs études et ouvrages sur la démographie historique, sur les aspects économiques et sociaux de la démographie, sur les perspectives de population, la fécondité et les groupes linguistiques.M.Henri- pin est aussi fort actif auprès d\u2019organismes scientifiques et d\u2019affaires publiques.Il est membre et lauréat de la Société Royale du Canada.Le prix Vincent, d\u2019une valeur de $2 000, est commandité par la compagnie Bell Canada.Prix d'excellence pour étudiants gradués Mlle Anna Roquet et M.Jean Bernier, tous deux de l\u2019Université Laval, ont reçu les deux pris, d\u2019une valeur de $1 000 chacun, que l\u2019ACFAS destine à des étudiants qui entreprennent des études supérieures.Mlle Roquet poursuit une maitrise en linguistique, tandis que M.Bernier complète une maîtrise en zootechnie.Le financement de ces prix est assuré par la Compagnie Pétrolière Impériale Ltée.ISSBN 0571-5288 Le Bulletin de \u2019ACFAS Le Bulletin de l\u2019ACFAS est une pubkcation de l\u2019Association canadienne-française pour l\u2019avancement des sciences.On peut reproduire les articles sans autorisation, mais l\u2019ACFAS souhaiterait que l\u2019origine en soit mentionnée.Pour toute demande de renseignements, s\u2019adresser à: ACFAS C.P.6060 Montréal H3C 3A7 (514) 342-1411 Publications récentes de l'ACFAS Adresser les demandes au secrétariat de l\u2019association, en y joignant un chèque ou mandat à l\u2019ordre de l\u2019ACFAS.- Cahiers, numéro 4: Dix ans de recherche québécoise sur la littérature française (1970-1979).Actes de la section des littératures de langue française de l\u2019ACFAS, mai 1979, 145 pages, $7.50.- Cahiers, numéro 6: L\u2019entrepreneurship et la P.M.E.au Québec.Actes de la section des sciences administratives de l\u2019ACFAS, mai 1980, 203 pages, $5.00.- Cahiers, numéro 7: Recherches biomédicales sur le vieillissement.Actes du colloque tenu au 48e Congrès de l\u2019ACFAS, mai 1980, 157 pages, $5.00.- Résumés des communications du 48e Congres de I\u2019ACFAS (Québec, mai 1980), 252 pages, $5.00.- Résumés des communications du 49e Congres de I\u2019ACFAS (Sherbrooke, mai 1981), 217 pages, $8.00. fi ri 00 HO L, .RD + \u20182 Ji 8 he D L.A8 3 i.M.Bernard Gingras, président de l\u2019ACFAS en 1981-1982 M.Bernard A.Gingras a obtenu un doctorat en sciences de l\u2019Université de Montréal, suivi d\u2019un stage à l\u2019Université de Harvard.Il a poursuivi des études postdoctorales en chimie à Oxford avant d\u2019entrer au service du Conseil national de recherches du Canada, à la division de chimie appliquée.Pendant cette période, ses travaux ont porté sur les liaisons chimiques, la structure chimique et le mécanisme gouvernant l\u2019action des fongicides et des détergents non ioniques.Par la suite, M.Gingras fut nommé administrateur adjoint du Bureau des subventions et bourses, puis administrateur et directeur du même bureau.Il devint plus tard vice- président adjoint et, ensuite, vice-président à la recherche universitaire.M.Gingras occupe présentement la fonction de vice-président aux relations extérieures du CNRC; de par ce poste, il est chargé des relations avec les universités, du programme d\u2019information scientifique et technique ainsi que des relations internationales du Conseil.Conseil d'administration de l'ACFAS en 1981-1982 L'Assemblée générale qui clôturait le 49e Congrès a élu les nouveaux membres du Conseil d\u2019administration, qui est composé comme suit pour le présent exercice.Président: M.Bernard Gingras, vice-président aux relations extérieures, Conseil national de recherches, Ottawa.ler vice-président: M.Jean-Pierre Wallot, vice-doyen à la recherche, Faculté des arts et des sciences, Université de Montréal.: 2e vice-président: M.Lucien Huot, doyen, Faculté des sciences et de génie, Université Laval.Présidente du Comité exécutif: Mme Lise Gauvin, professeur, Département d\u2019études françaises, Université de Montréal.Trésorier: M.Conrad East, professeur, Département de physique, Université du Québec à Montréal.Président sortant: M.Germain Gauthier, vice-président à l\u2019enseignement et à la recherche, Université du Québec (siège social), Québec.Secrétaire: M.Serge Hamel, directeur de l\u2019ACFAS.Conseillers: Mlle Diane Alméras, étudiante graduée, Faculté des lettres, Université Laval.M.Ahmed Ben Hassine, professeur, Faculté d\u2019administration, Université de Moncton.M.Bernard Bénard, vice-doyen à la recherche, Faculté de médecine, Université de Sherbrooke.M.Jean-Marc Carpentier, journaliste scientifique, Radio-Canada, Montréal.M.Jean-Marie Dubois, professeur, département de géographie, Université de Sherbrooke.Mme Marielle Gascon-Barré, professeur, Département de pharmacologie, Université de Montréal et Hôpital Saint- Luc.M.Claude Masson, professeur, Département d\u2019économique, Université Laval.M.Pierre Perron, directeur de la recherche et du développement, Centre de recherche industrielle du Québec, Québec.Représentants régionaux: M.Émilien Girard, Université du Québec à Trois-Rivières.M.Denis Larrivée, Université du Québec à Chicoutimi.M.Jean Lebel, Université du Québec à Rimouski.Uni l'a id ( qi nl df aul don go lon La psychologie communautaire perçue à travers le modèle de développement communautaire* par Maurice Payette, département de psychologie, Université de Sherbrooke.La psychologie communautaire est une discipline qui va bientôt connaître sa crise d\u2019adolescence aux États- Unis.Au Québec, elle est encore trop jeune pour entrer dans une crise d\u2019identité; nous en sommes encore a l\u2019étape de la recherche du nom adéquat.Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019apporter une réponse exhaustive à la question qui est posée mais, plus modestement, de proposer un élément de réponse en ne retenant qu\u2019une seule des différentes approches proposées par les principaux auteurs américains qui ont tenté de cerner ce nouveau domaine de recherche et d\u2019intervention.Le modèle soumis dans le texte est une approche qui a existé longtemps avant que l\u2019on parle de psychologie communautaire et dont les principaux théoriciens ne sont pas des psychologues.Il s\u2019agit du développement communautaire.Le présent exposé comprend trois volets: a) Une brève description du modèle de développement communautaire, en le situant historiquement et en expliquant ses principaux postulats ou principes d\u2019intervention.b) Le type de contribution que la psychologie et les psychologues peuvent apporter au modèle.c) Une définition de la psychologie communautaire qui s\u2019inspire du modèle de développement communautaire.|.Le développement communautaire Le développement communautaire, en tant que mode d\u2019intervention articulée autour d\u2019un modèle théorique, est un produit de l\u2019après-guerre.En 1948, l\u2019office britannique des colonies utilisait cette expression pour la première fois.Il s\u2019agissait alors de nommer une nouvelle façon d\u2019intervenir dans les différents pays du tiers monde que l\u2019on prétendait aider dans leur développement.On réagissait, à l\u2019époque, contre un néocolonialisme percevant le développement de ces pays à travers des technologies et des schèmes économiques qui, non seulement ne respectaient pas les besoins réels et les valeurs culturelles, mais imposaient une conception du développement centrée sur les intérêts économiques des pays riches.Les premiers agents de développement communautaire, aussi bien en Angleterre, que dans d\u2019autres pays occidentaux comme la France et les États-Unis, avaient pris conscience, à travers leurs contacts avec les paysans des villages ou des tribus qu\u2019on voulait aider, que les méthodes capitalistes de développement continuaient de maintenir la dépendance économique et culturelle et parfois même l\u2019aug- mentaient; pour réagir contre cette tendance paternaliste, on s\u2019est largement inspiré des méthodes de l\u2019éducation des adultes; c\u2019est ainsi que les différents professionnels ou techniciens envoyés dans les pays en voie de développement (agriculteurs, ingénieurs, professionnels de la santé, éducateurs, économistes, etc.) ont cru que leur action serait plus efficace, du moins à long terme, s\u2019ils favorisaient les apprentissages, développaient les ressources internes et aidaient les gens à prendre en main leur devenir collectif plutôt que de demeurer à la merci de leurs soi-disant bienfaiteurs.Très tôt, les Nations unies se sont intéressées à ce mouvement de développement communautaire en coordonnant et en faisant la promotion d\u2019une réflexion théorique et d\u2019un partage d\u2019information sur les expériences pratiques dans cette nouvelle approche.Par la suite, les universitaires ont voulu apporter leur contribution en initiant des recherches, en élaborant des modèles théoriques et en offrant des programmes de formation.Cette approche qui paraissait adéquate pour les villages reculés de l\u2019Afrique ou de l\u2019Asie fut ensuite utilisée pour les milieux ruraux et urbains défavorisés des grands pays occidentaux.Ce qui était bon pour les autres pays pouvait aussi l\u2019être pour les communautés de son propre pays.L'ensemble des réflexions faites autour des principes et des méthodes d\u2019intervention est devenu un modèle qu\u2019on a appelé le développement communautaire; une abondante littérature a exploré ce Logo munication présentée au 49e Congrès de l'ACFAS (mai 1).EEE SON He A SC ES modèle, des périodiques ont vu le jour et continuent de se répandre, des associations professionnelles furent créées comme le Community Development Society of America.Au Québec, où l\u2019action communautaire existe depuis longtemps, l\u2019utilisation du terme développement communautaire est, depuis quelques années, en voie de se répandre dans des milieux aussi variés que la rénovation urbaine et domiciliaire, le loisir, la santé, l\u2019agriculture, l\u2019éducation populaire, la coopération, le service social, l\u2019écologie, etc.Postulats ou principes de base Dans l\u2019abondante littérature qui existe déjà sur le développement communautaire, on élabore assez longuement les principes de base ou les postulats sur lesquels repose ce modèle.Chaque auteur a sa façon de présenter et de formuler ces principes mais un large consensus se dégage facilement.Nous pouvons faire une brève synthèse de ces postulats en les regroupant sous quatre énoncés.1.Le développement communautaire est un processus Presque toutes les définitions du développement communautaire commencent par le mot «processus».Qui dit développement dit croissance.La croissance aussi bien végétale et animale qu\u2019humaine est un processus.Et ce qui se passe durant le processus est aussi important que le résultat du processus.Ainsi, en est-il pour la communauté qui est un être en devenir possédant son cycle de croissance.Dans le développement communautaire, il n\u2019y a pas que le contenu et les résultats qui comptent mais le chemin parcouru est en lui-même un objectif.Un processus est aussi une suite logique d\u2019étapes graduelles et interreliées.Le changement communautaire n\u2019est pas habituellement un phénomène qui se produit de façon brusque et radicale mais plutôt de façon douce et progressive.Le changement comme tel ne peut être planifié mais le processus de changement, comme une suite cohérente d\u2019étapes, mérite une planification souple et adaptable.Toute communauté est en processus de changement.Ce qu\u2019apporte le développement communautaire, c\u2019est d\u2019analyser et d\u2019encadrer cet effort de façon plus systématique et rigoureuse.À ce point de vue, le développement communautaire s\u2019inspire des théories du changement planifié élaborées par le développement organisationnel.2.Le développement communautaire vise une croissance qualitative.À l\u2019encontre de certains «développeurs» qui pensent production et gigantisme, les partisans du développement communautaire sont davantage centrés sur la BT RI A RR TE RA RR A RRO LRT! qualité de vie de la communauté.Leur objectif n\u2019est pas que la communauté devienne grosse et puissante mais plutdt belle, harmonieuse et source d\u2019un bonheur simple.On retrouve ici une grande parenté avec les conceptions économiques de Schumacker (Small is beautiful), les réves du mouvement écologique et les critiques sociales de Illich.Pour utiliser un terme de ce dernier, la communauté à bâtir est une communauté conviviale, c\u2019est-à-dire une communauté qui maîtrise les outils de son développement plutôt que d\u2019en être esclave.On comprendra alors l\u2019importance du sens communautaire dans une telle perspective.Devenir une communauté est aussi important que mettre en oeuvre des projets communautaires.Promouvoir l\u2019appartenance, la solidarité, le support mutuel et l\u2019engagement devient en même temps un moyen privilégié de développement et un but à atteindre.Dans la même ligne, on peut dire que le développement communautaire valorisera une approche qualitative ou une conception synergique du pouvoir plutôt qu\u2019une approche quantitative où l\u2019augmentation du pouvoir de l\u2019un ne peut se faire qu\u2019au détriment du pouvoir de l\u2019autre (zero-sum game).Ceci ne signifie pas que le développement communautaire refuse de s\u2019occuper des dimensions politiques de la vie sociale.On peut penser, au contraire, que ce modèle favorise l\u2019émergence d\u2019une conscience politique au sein de la communauté, émergence qui surgira plus de changements portant sur les attitudes et les valeurs que sur les structures.Aussi, les actions politiques initiées par la communauté s\u2019inspireront davantage des stratégies de collaboration que des stratégies de conflit.3.Le premier responsable du développement d\u2019une communauté, c\u2019est la communauté elle-même.En d\u2019autres termes, le développement communautaire assume, au point de départ, que la communauté est compétente, ou à tout le moins, peut le devenir, pour prendre en main son propre développement.En termes plus savants, c\u2019est un développement endogène, engendré de l\u2019intérieur de la communauté et poursuivi principalement à mêmes ses forces.Aucun organisme ou agent externe ne peut développer une communauté à la place de cette communauté.Ce principe de la prise en charge est celui présent dans toutes les définitions du développement communautaire.Le sociologue québécois Grand\u2019Maison écrivait en 1970: «Le développement communautaire est un processus social où les citoyens prennent en main leur destin collectif et se rendent capables de faire face aux principaux problèmes de leur communauté» (Vers un nouveau pouvoir?).Il appartient donc à la communauté de définir elle-même ses besoins et ses problèmes et d\u2019y apporter les solutions qu\u2019elle croit adéquates.De même que la personne humaine est habituellement considérée comme la plus compétente pour prendre des décisions concernant son développement, ainsi la communauté possède-t-elle une oie ga on con He dre gy bur ot qu pou que vel mi pl ii cor qu 3 expertise pour ses propres affaires.Cette priorité n\u2019exclut pas le recours aux ressources externes ni méme, en certains cas, le contrôle des instances supérieures; la communauté est un système en constante interaction avec son environnement.Mais la communauté doit tendre à cesser progressivement d\u2019être la consommatrice de services externes, d\u2019expertise professionnelle et de bureaucratie étouffante pour devenir l\u2019artisan de sa croissance, de ses projets et de son destin.La communauté choisira elle-même les moyens et les stratégies pour entreprendre des revendications politiques plutôt que d\u2019être à la remorque d\u2019idéologies importées et souvent peu adéquates.Cette prise en charge communautaire nécessite une participation qui se veut la plus large possible.À la différence de certains modèles sociaux qui misent davantage sur l\u2019influence d\u2019une minorité agissante et bien articulée, le développement communautaire s\u2019inspire d\u2019une conception démocratique de la participation et favorise l\u2019utilisation optimale de toutes les ressources de la communauté.C\u2019est la logique du processus.Les résultats des projets communautaires sont importants mais l\u2019implication d\u2019un grand nombre de citoyens dans les actions entreprises est en elle-même un effet qui améliore la qualité de la vie communautaire.On comprendra alors que le thème de la participation des citoyens et de l\u2019engagement volontaire occupe une place importante dans le développement communautaire et qu\u2019une abondante littérature s\u2019est élaborée sur ce sujet.En affirmant que la communauté est compétente, le développement communautaire assume que les ressources locales sont abondantes et la plupart du temps largement sous-utilisées.On rejoint ici un des principes du modèle écologique, celui du ressourcement ou de la circulation des ressources (cycling resources).Dans cette perspective, on accordera toujours priorité aux ressources locales ou internes, à l\u2019énergie qui réside dans la base; on tentera d\u2019abord de les identifier car elles sont souvent cachées, de les soutenir en faisant confiance et de favoriser l\u2019adéquacité entre telle ressource et tel besoin.On évitera de tomber dans le piège fréquent qui consiste à se tourner d\u2019abord vers les ressources ou les expertises externes avant de regarder s\u2019il n\u2019existe pas dans la communauté des compétences et des habiletés qui pourraient tout aussi bien, sinon mieux, répondre aux besoins.À ce point de vue, le développement communautaire est un modèle anti-professionnel qui supporte les thèses du sociologue Illich (Le chômage créateur).Une attention spéciale sera aussi accordée à l\u2019émergence et au support du leadership local.En développement communautaire, on favorisera un leadership diversifié, mobile et partagé, un leadership d\u2019influence plutôt que de pouvoir, un leadership qui évitera d\u2019une part de prendre toute la place en laissant les citoyens PE SENTE passifs et qui n\u2019hésitera pas d\u2019autre part de recourir, au besoin, aux ressources externes.On visera ainsi à maintenir l\u2019équilibre délicat entre la participation de la base, le leadership local et le recours à l\u2019expertise.En misant sur les compétences de la communauté, le praticien du développement communautaire croit profondément que les capacités d\u2019apprentissage du citoyen de la base sont beaucoup plus considérables qu\u2019on peut le croire au premier abord et fait de son approche une démarche pédagogique qui consistera à montrer comment faire ou à faire avec plutôt que de faire à la place.Le vieux proverbe chinois continue d\u2019habiter ces praticiens: si quelqu\u2019un te demande un poisson, apprends-lui à pêcher.Les interventions de Paulo Freire auprès des paysans brésiliens servent d\u2019exemples et de modèles pédagogiques.On valorisera non pas une pédagogie d\u2019accumulation de connaissance (la pédagogie bancaire) mais plutôt un processus d\u2019apprentissage qui fait confiance aux connaissances et aux compétences acquises intuitivement.Les méthodes d\u2019apprentissage délaisseront la traditionnelle transmission de connaissance \u2018par un expert qui maintient son pouvoir colonialiste pour favoriser «l\u2019apprendre en faisant» et amener les citoyens à développer leurs habiletés en s\u2019engageant dans des projets concrets.Le choix d\u2019une option pédagogique est un choix politique.La théorie du «learned helplessness» trouve ici un champ d\u2019application concret: le citoyen qui apprend découvre qu\u2019il peut avoir du pouvoir sur son environnement et prend confiance en ses ressources.4.Le lieu privilégié de développement se trouve dans les petites unités de la base.Le développement communautaire, nous l\u2019avons vu, est une réaction contre le gigantisme.Il est aussi en réaction contre les grandes concentrations, contre une conception centralisatrice et bureaucratique du développement et contre une conception verticale de la société qui stratifie les classes sociales et le pouvoir.Les gens de la base sont au centre des préoccupations et cette base n\u2019est pas une masse anonyme et automate mais elle est constituée de personnes qui ont besoin, pour se développer personnellement, de se retrouver dans des petites unités qui rendent le face à face possible et constructif.Encore là le développement communautaire rejoint les principes chers à Schumacker: les technologies légères, la décentralisation, la subsidiarité, la valorisation du travail.«Small is beautiful».On privilégiera aussi les petits groupes rassemblés autour de tâches et de projets modestes où chaque membre de la communauté peut réellement prendre conscience de la valeur de sa contribution.Ces différentes cellules ne sont pas isolées les unes des autres mais au contraire interreliées et interdépendantes de sorte que des rassemblements de plus grande importance prennent tout leur sens. | A Ki: i.2 Se 1 | Rl 20 Ma ny y.va ig 208 va i he | 4 A + Types d'intervention et rôles Pour compléter, il peut être opportun de simplement nommer les principaux types d\u2019intervention que font habituellement les agents de développement communautaire: ° les actions de sensibilisation au sens communautaire ® la formation des citoyens de la base et des leaders locaux en vue de l\u2019organisation communautaire la création et le support de réseaux, regroupements, coopératives, associations, etc.e l\u2019assistance technique orientée vers l\u2019apprentissage.Quant aux différents rôles de l\u2019intervenant, on peut signaler qu\u2019il s\u2019agira surtout des différents rôles du consultant: conseiller, éducateur, agent de liaison, agent de circulation d\u2019information, agent de consolidation d\u2019équipe.Essentiellement, ce consultant en développement communautaire est un catalyseur ou un mobilisateur des ressources communautaires qui facilite la prise en charge des problèmes et des solutions par la communauté.Nous sommes loin à la fois du professionnel-expert et du militant organisateur ou animateur social.Il.Contribution de la psychologie et des psychologues Des différentes disciplines qui se sont intéressées au développement communautaire, il est évident que la psychologie se range parmi les derniers arrivés.D\u2019un côté, on peut remarquer que la plupart des livres de base et des périodiques en psychologie communautaire font une place au modèle de développement communautaire.De l\u2019autre côté, les livres et revues que fréquentent les agents de développement communautaire s\u2019intéressent de plus en plus à la contribution que peut apporter la psychologie à leur modèle théorique et à leur pratique professionnelle.Nous tenterons ici de préciser cet apport et expliquer quatre raisons qui nous amènent à penser que la psychologie et les psychologues ont quelque chose de spécifique et de valable à offrir pour une meilleure compréhension et une meilleure pratique de développement communautaire.1.Le développement de la personne La psychologie peut efficacement contribuer au développement communautaire d\u2019abord parce qu\u2019elle est la discipline la plus qualifiée pour parler du développement de la personne.Le développement harmonieux de la personne humaine passe par la participation communautaire et sociale.En 1944, Gordon Allport, qui n\u2019est pas le dernier venu des grands psychologues, prononçait une substantielle conférence à l\u2019Université Columbia devant la Société pour l\u2019étude psychologique des problèmes sociaux; le titre de son exposé: The Psychology of Participation (Psychological Review, vol.53, no 3, pp.117-132).En applicant le concept de motricité à différentes activités humaines comme l\u2019apprentissage, la mémoire, le contrôle volontaire, Allport démontre dans un premier temps que l\u2019organisme humain a absolument besoin d\u2019être actif pour se développer.Il poursuit en expliquant que la participation à la vie sociale est essentielle pour maintenir l\u2019équilibre psychologique et précise même les domaines de participation: «Une personnalité équilibrée a besoin d\u2019une participation profondément enracinée dans toutes ou la plupart des six sphères valorielles suivantes: politique, économique, récréatif, religieux, culturel-scientifique et domestique» (page 127).Le problème de la participation communautaire ne relève pas seulement de la psychologie mais le psychologue est aussi en mesure d\u2019apporter un éclairage particulier en analysant les dynamismes internes qui peuvent amener une personne à trouver une réponse à plusieurs de ses besoins par un engagement actif dans des activités communautaires et sociales.2.L\u2019interaction personne-communauté Une seconde contribution de la psychologie consistera à étudier et mieux comprendre l\u2019interaction entre l\u2019individu et la communauté.Pour plusieurs théoriciens de la psychologie communautaire, comme Rappaport, le postulat le plus important de cette discipline c\u2019est l\u2019adéquacité entre la personne et l\u2019environnement (le person-environment fit).La communauté est une partie intégrante de l\u2019environnement de l\u2019individu et chaque individu appartient en même temps à plusieurs regroupements auxquels il s\u2019identifie (territoire, profession, groupe ethnique, culturel ou religieux, etc.).La communauté agit et intervient constamment sur les dynamismes psychiques de la personne; l\u2019individu de son côté a le pouvoir d\u2019influencer le développement des communautés qui l\u2019entourent et de contribuer à la construction d\u2019un environnement communautaire qui favorise la qualité de la vie.Il appartient à la psychologie et aux psychologues de nous indiquer comment cette interaction peut devenir harmonieuse et adéquate, comment le citoyen qui a appris à se sentir impuissant devant son environnement (selon la théorie du learned helplessness) peut acquérir un certain contrôle et poser des actions efficaces.Le psychologue a sans doute beaucoup de choses à dire en ce qui concerne la qualité de la vie.3.Le processus de développement Le développement communautaire est un processus et plus particulièrement un processus de croissance.Le processus est un autre domaine d\u2019expertise de la psychologie.Dans les différentes conceptions de la consultation, on a, ces dernières années, apporter la notion du «process consultation», la consultation sur le processus.Et ce n\u2019est pas par hasard que ce soit des psychologues qui ont mis de l\u2019avant cette nouvelle approche.De même que dans le domaine de l\u2019apprentissage, c\u2019est la psychologie qui a permis de mieux comprendre les différents processus, ainsi pour la croissance d\u2019une communauté, le psychologue est-il en mesure d\u2019analyser ce processus à l\u2019aide de ses outils conceptuels.Il reste beaucoup à faire de ce côté et, dans toute la littérature du développement communautaire, même si tout le monde utilise le mot processus, presque personne n\u2019a encore explicité cette notion.Carl Rogers a eu un jour la brillante intuition d\u2019écrire On becoming a person; il serait tout à fait pertinent qu\u2019un autre grand psychologue écrive un jour On becoming a community.4.Les attitudes et les valeurs La quatrième raison pour laquelle la psychologie a bien sa place dans le développement communautaire, c\u2019est qu\u2019elle peut apporter une expertise sur les notions d\u2019attitudes et de valeurs, notions centrales dans les stratégies des agents de développement qui préfèrent influencer les attitudes et les valeurs des personnes plutôt que de s\u2019attaquer aux structures sociales et institutionnelles.Les connaissances que les psychologues ont, au cours des années, acquises sur la fonction des attitudes et des valeurs dans l\u2019organisme psychique, de même que les différentes recherches sur la formation et le changement des attitudes peuvent certainement contribuer à fournir des outils conceptuels à tout praticien qui entend faciliter des changements de cette nature.Tout le problème du sens communautaire que le développement communautaire désire promouvoir est un problème d\u2019abord psychologique; les recherches entreprises pour approfondir et expliciter ce qu\u2019on entend par cette expression ont été effectuées par des psychologues; un des premiers livres de base en psychologie communautaire, celui de Sarason, ne porte-t-il pas le titre: Le sens Psychologique de la communauté.Un autre concept central chez certains auteurs comme Rappaport est celui de la diversité culturelle; là encore la psychologie est en mesure de démontrer toute l\u2019importance de la recherche de l\u2019identité culturelle à travers les groupes d\u2019appartenance pour favoriser un développement harmonieux de la personne.On peut donc conclure que la psychologie et les psychologues ont une place qui leur est propre dans ce forum multidisciplinaire que constitue l\u2019approche du développement communautaire.Peu importe le nom ou l\u2019étiquette que l\u2019on donnera à cette responsabilité nouvelle de la psychologie, l\u2019essentiel c\u2019est de rendre cette contribution la plus efficace et la plus articulée ua PE EEE possible, et de ne pas refuser de rentrer dans un champ de pratique nouveau.II.Définition de ia psychologie communautaire Après un long détour, revenons à la question initiale: Qu'\u2019est-ce que la psychologie communautaire?Je ne prétends pas résoudre le problème de l\u2019existence et du nom de ce champ de recherche et de pratique qui depuis une quinzaine d\u2019années se développe aux États-Unis.Je ne prétends pas non plus apporter une réponse exhaustive à la question.Ma contribution se veut beaucoup plus modeste.À la lumière d\u2019un des différents modèles dont s\u2019inspire la psychologie communautaire, le modèle qu\u2019on appelle le développement communautaire, je voudrais suggérer la définition suivante: - comme discipline, la psychologie communautaire étudie les dynamismes psychologiques du processus de croissance d\u2019une communauté; elle tente d\u2019analyser l\u2019interaction individu-groupe-communauté et d\u2019évaluer les facteurs socio-culturels et politiques qui influencent cette interaction.- comme mode d\u2019intervention, la psychologie communautaire s\u2019inscrit dans une pratique multidisciplinaire qui prend la communauté comme client, fait la promotion du sens communautaire, favorise la découverte, la mobilisation et le développement des ressources internes de la communauté, suscite et soutient les réseaux et les regroupements, facilite les processus conduisant à une prise en charge progressive en augmentant le pouvoir des citoyens de la base.bi it A ea) tt, no hl su SE 10 Pourquoi le Québec n'a pas (encore) de politique nataliste ?* par Hervé Gauthier, Office de planification et de développement du Québec Au Québec, l\u2019indice synthétique de fécondité est inférieur, depuis 1970, au seuil de remplacement des générations, soit 2,1 enfants par femme.De plus, les indications tirées des enquêtes, réalisées par le département de démographie de l\u2019Université de Montréal, ne permettent pas d\u2019espérer un redressement prochain de la fécondité.La population étant l\u2019élément le plus fondamental d\u2019une société, il est donc justifié d\u2019examiner attentivement la possibilité d\u2019adopter une politique de nature à favoriser la natalité.Toutefois, l\u2019adoption d\u2019une telle politique doit faire face à de nombreuses difficultés, autant au plan de l\u2019appréciation de son opportunité qu\u2019au plan de son élaboration même.Quatre types de difficultés sont étudiées ici: la difficulté de prévoir l\u2019évolution future de la fécondité, l\u2019insuffisance des connaissances au sujet des conséquences d\u2019une croissance faible ou nulle de ia population, les effets incertains des actions envisagées et la nécessité de concilier des objectifs très divers et parfois contradictoires.Ces problèmes sont passés en revue, non pas pour montrer l\u2019impossibilité d\u2019une intervention gouvernementale dans ce domaine, mais plutôt pour stimuler les efforts en vue de leur trouver une solution.Difficulté de prévoir l\u2019évolution future de la fécondité Malgré le nombre élevé d\u2019enquêtes et d\u2019études réalisées sur les facteurs de variations de la fécondité, il n\u2019y a pas encore sur ce sujet un schéma explicatif complet et satisfaisant.Faisant un bilan d\u2019un colloque sur la baisse de la fécondité, M.Fresel-Lozey note que «en conclusion, inachevées, trop souvent contredites par les résultats d\u2019application qu\u2019on en fait, les théories de la motivation à la parenté n\u2019ont guère, en l\u2019état actuel de recherche, de portée explicative et à fortiori prédictive.En revanche, elles illustrent la complexité des stratégies de procréation dans les sociétés à fécondité dirigée et expliquent partiellement certains des résultats de l\u2019analyse différentielle de la fécondité» (1).Il visait plus spécialement les théories basées sur l\u2019analyse des coûts et avantages de l\u2019enfant et les théories se référant aux transformations de fonctions du mariage et de la famille.Considérons la théorie de la transition démographique qui suppose que la baisse de la fécondité aurait un caractère inéluctable.Mais les causes de la baisse n\u2019en BR A I SS) sont pas pour autant explicitées.Les auteurs ne s\u2019entendent pas sur les grandes dimensions ayant déclenché la baisse de la fécondité.Si la baisse de la fécondité provient de facteurs aussi profonds que divers, tels l\u2019urbanisation, la hausse du niveau d\u2019instruction, des changements dans le rôle des femmes, l\u2019abandon de valeurs religieuses, la montée de valeurs individuelles, toute tentative de contrecarrer cette baisse rencontre des obstacles de taille.De plus, la dernière phase prévue par la théorie de la transition démographique n\u2019a jamais été observée (2), de sorte que l\u2019on ne sait pas du tout si effectivement la fécondité se stabilisera au faible niveau actuel, entraînant un déclin de la population.En se basant sur l\u2019expérience du baby boom de l\u2019après-guerre, plusieurs pensent comme Fasterlin que la fécondité, loin de se stabiliser à un niveau constant, con- * Communication présentée au 49e Congrès de I\u2019ACFAS (mai 1981).1.Michel Fresel Lozey, «Le colloque de Lille: la baisse de la fécondité.Limites et opportunité d\u2019une action des pouvoirs publics», Population, 34(6), novembre- décembre 1979, p.1104.2.Jean Bourgeois-Pichat, «La baisse actuelle de la fécondité en Europe s\u2019inscrit-elle dans le modèle de la transition démographique?», Population, no 2, mars-avril 1979, p.272 et 279.La dernière phase de la transition serait caractérisée par un accroissement naturel nul.gai el fa 00s qu yu ia dit qu y dé pal nié fn ul i fr di in It ÿ la naîtra plutôt des variations cycliques, en relation inverse de l\u2019effectif des classes d\u2019âges en période de fécondité.Encore là, nous ne sommes guère plus avancés, puisque nous ne savons pas quelle est l\u2019étendue possible des fluctuations.En effet, il n\u2019est pas indifférent, du point de vue de l\u2019opportunité ou non d\u2019établir une politique nataliste, que les extrêmes des oscillations de la fécondité se situent entre 1,5 et 2,1 enfants par femme (il y aurait alors déficit des naissances sur les décès), plutôt qu\u2019entre 1,8 et 2,4 enfants par femme (à une période de déficit succéderait une période de surplus de naissances).En ce qui concerne les enquêtes faites auprès des femmes sur leurs intentions en matière de descendance finale, elles fournissent des indications qui peuvent être utiles.Cependant, l\u2019expérience récente montre que ces intentions ne se réalisent pas exactement comme prévues.C\u2019est ainsi que les intentions de fécondité recueillies par des enquêtes au début des années ?70 se sont révélées trop élevées (3).De plus, ces enquêtes s'adressent généralement aux femmes mariées, alors que les naissances des prochaines années proviendront soit des femmes présentement non mariées ou de filles encore très jeunes.En somme, même s\u2019il existe présentement chez les démographes un large consensus au sujet de la fécondité future (elle devrait être très faible), ce consensus ne doit pas masquer le fait que l\u2019on connaît mal les facteurs de l\u2019évolution de la fécondité et que la capacité prédictive de la science démographique est encore peu développée.Insuffisance des connaissances quant aux incidences de la faible croissance démographique De nombreux travaux ont montré que dans un premier temps, les incidences d\u2019une baisse de la fécondité apparaissent plutôt favorables.Il y a bien sûr des inconvénients, par exemple pour les travailleurs de l\u2019éducation qui sont parmi les premiers touchés.Mais à plusieurs égards, la baisse de la fécondité s\u2019avère avantageuse à court et à moyen terme.Elle tend notamment à accroître la proportion de travailleurs dans la population totale, tout en réduisant les besoins en investissements démographiques.À plus long terme cependant, le bilan des conséquences de la faible fécondité apparaît beaucoup plus difficile à établir.En effet, aux éléments favorables qui sont toujours présents, viennent s\u2019opposer des aspects très inquiétants; possibilité d\u2019une diminution de la population totale et de la population active dont les conséquences sont insoupçonnées, capacité d\u2019adaptation moindre de la société, forte hausse des dépenses pour les personnes âgées.Dans le cas du Québec, un élément supplémentaire s\u2019ajoute, soit l\u2019affaiblissement de son poids politique et économique à l\u2019intérieur du Canada.Cependant, l\u2019analyse à long terme souffre de plusieurs limites qui ne doivent pas être négligées (que ce soit d\u2019ailleurs pour les aspects qualifiés de favorables ou de non favorables).- C\u2019est à long terme que les inquiétudes formulées par les démographes prennent le plus de poids.Le déficit des naissances qu\u2019implique le non-remplacement des générations actuel n\u2019interviendra que dans 15 ou 20 ans.Ce n\u2019est qu\u2019à long terme que le niveau de fécondité peut entraîner un écart de volume de population appréciable.Quant au vieillissement qu\u2019implique une telle fécondité, il se poursuivra pendant plusieurs décennies.Ce sont des horizons bien éloignés pour les autorités politiques, habituées à s\u2019attaquer aux problèmes actuels les plus criants.Cela ne signifie pas que nos dirigeants ne tiennent pas compte d\u2019orientations à long terme lors de la prise de décisions, mais habituellement celles-ci répondent d\u2019abord à des préoccupations immédiates.- Il est extrêmement difficile de prendre en compte les aspects qualitatifs des conséquences de l\u2019évolution démographique.Cela est particulièrement vrai au niveau de la transformation des valeurs, des motivations et du dynamisme de la société.Quand Sauvy affirme que le vieillissement démographique a un effet anesthésiant sur la société et annonce l\u2019affaiblissement des valeurs morales (4), cela est extrêmement difficile à prouver, en dépit de nombreux exemples puisés dans l\u2019histoire.Selon cette thèse, le vieillissement aurait sûrement un effet négatif au niveau de l\u2019entrepreneurship: quel sera l\u2019effet de l\u2019évolution démographique sur l\u2019entrepreneurship québécois?Cela est ardu à prévoir, d\u2019autant plus que les chercheurs ne s\u2019entendent pas sur le degré d\u2019entrepreneurship qu\u2019ont manifesté les Canadiens français au cours des deux derniers siècles, ni sur les tacteurs ayant influencé cet entrepreneurship (5).3.Jacques Henripin et Nicole-Gratton, «La fécondité des jeunes couples québécois: un ajustement à la baisse par un moyen radical», Cahiers québécois de Démographie, vol.6, no 3 spécial, décembre 1977, p.161-171.4.Alfred Sauvy, «Les conséquences sociales et morales du vieillissement de la population», Canadian Studies in Population, vol.6, 1979, p.1-7.5.Jean-Marie Toulouse, L\u2019entrepreneurship au Québec, Coll.Histoire économique et sociale du Canada français, Les Presses H.E.C., Fides, Montréal, 1979, p.84-92.Pour certains, le manque d\u2019entrepreneurship économique des Canadiens français dans le passé est dû à des facteurs d\u2019ordre essentiellement culturel.Pour d\u2019autres, les facteurs structurels (la Conquête et ses conséquences) expliquent que l\u2019entrepreneurship de ce groupe s'est manifesté avec éclat non pas dans le domaine économique, mais dans les oeuvres socio-culturelles, notamment dans le domaine religieux.11 12 - Cela nous amène à une troisième limite des études sur les conséquences de l\u2019évolution démographique.Quel que soit le phénomène étudié, l\u2019évolution de celui- ci dépend généralement de nombreux facteurs.Voici quelques exemples.La charge que représentent les dépenses pour les personnes âgées dépend de l\u2019âge de la retraite, des programmes offerts, de la participation des femmes au marché du travail, du taux de chômage, de la croissance de la productivité.C\u2019est ainsi que l\u2019on peut démontrer que l\u2019augmentation de la charge n\u2019est pas inquiétante si l\u2019on suppose que la productivité de l\u2019économie va progresser rapidement (6).L\u2019appréciation de cette conséquence n\u2019est donc possible que si l\u2019on dispose d\u2019hypothèses quant à l\u2019évolution à long terme de l\u2019économie, ce qui n\u2019est pas le cas.Autre exemple pris dans les domaines de l\u2019éducation et de la santé: au cours de la période 1970-1977, l\u2019évolution du rapport élèves/maître a complètement annulé les économies que la décroissance des effectifs scolaires aurait permises, pendant que l\u2019évolution de la structure par âge a eu peu d\u2019impact sur la forte croissance des dépenses de santé (7).Tous ces éléments montrent clairement que l\u2019insuffisance des connaissances au sujet des incidences du facteur démographique représente une difficulté sérieuse pouvant entraver l\u2019adoption d\u2019une politique nataliste.L'effet incertain des mesures natalistes Sans avoir de politique nataliste, le Québec possède un système de sécurité du revenu qui comprend plusieurs mesures d\u2019aide à la famille: prestations de congé de maternité de l\u2019assurance-chômage, allocation de maternité, allocations familiales fédérales et québécoises, crédit d\u2019impôt pour enfant, exemptions fiscales pour enfants à charge, exemptions fiscales pour frais de garde, aide financière pour enfant en garde, allocations d\u2019aide sociale majorées pour tenir compte des enfants.L\u2019exemption de personne mariée doit être considérée séparément, car elle n\u2019est pas accordée seulement au couple avec enfants.Plusieurs programmes tiennent compte des enfants (aide sociale, supplément au revenu de travail, aide au logement social), d\u2019autres programmes offrent une rente d\u2019orphelin et d\u2019enfant de personne invalide (régime de rentes, rentes des accidents du travail et régime de l\u2019assurance-automobile), aide financière aux étudiants des collèges et universités.À ces programmes, il faut ajouter les services de santé et d\u2019éducation dont l\u2019accès est indépendant de la contribution des bénéficiaires.Certains programmes sont universels (allocations familiales par exemple).D\u2019autres dépendent de la par- ROO DOOB > PERS UR ticipation au marché du travail (prestations de maternité de l\u2019assurance-chômage, aide financière pour enfant en garde, par exemple).D\u2019autres, enfin, dépendent du niveau de revenu (crédit d\u2019impôt pour enfant, aide financière pour enfant en garde.).Le nombre de bénéficiaires des programmes peut donc varier énormément.Ces programmes, bien que non définis en fonction d\u2019objectifs natalistes, ne sont pas foncièrement différents de mesures natalistes.Malgré les sommes importantes que ces programmes absorbent, on ne connaît pas du tout leur effet sur la fécondité.Ils ont d\u2019ailleurs été soit mis en place, soit accrus, au cours des vingt dernières années, période pendant laquelle la fécondité a connu précisément une forte chute.Est-ce que, sans ces programmes, la chute eût été moins prononcée?La difficulté d\u2019évaluer l\u2019impact nataliste des interventions actuelles représente donc le premier obstacle à l\u2019adoption de mesures, nouvelles ou supplémentaires, plus spécifiquement natalistes.Mais il existe plusieurs autres difficultés: - On a essayé de mesurer, auprès de la population, l\u2019effet que pourraient avoir différentes mesures natalistes.D\u2019après les réponses obtenues à leur enquête, Henripin et Lapierre-Adamcyk ont estimé que l\u2019application de toutes les mesures suggérées aurait pour effet d\u2019augmenter la fécondité des familles de sept ou huit pour cent.Moins de 15 pour cent des femmes ont dit que ces mesures les inciteraient à avoir un enfant de plus (8).Et les auteurs avancent que la réalité pourrait même être inférieure encore, compte tenu des écarts entre attitudes et comportements.En France, Gérard Calot pense que l\u2019on ne peut espérer, d\u2019un renforcement des mesures financières, un gain de naissances supérieur à 10 ou 15% (9).On peut se demander en outre si l\u2019effet de mesures natalistes nouvelles serait durable ou s\u2019il faudrait prévoir la poursuite de la baisse après un certain relèvement.Quoi qu\u2019il en soit, qu\u2019en est-il dans les pays où l\u2019on a essayé d\u2019influencer la natalité?6.Linda J.McDonald, Changing Population and the Impact on Government Age-Specific Expenditures, Secrétariat du Conseil du trésor, Ottawa, 1978, 89 p.et annexes.7.Pierre-Yves Kirouac, «Dépenses publiques pour la santé et l\u2019éducation», dans Hervé Gauthier et al., Effets économiques du ralentissement de la croissance de la population au Québec, Coll.Dossiers, OPDQ, juin 1980, p.101, 103 et 109.8.Jacques Henripin et Evelyne Lapierre-Adamcyk, La fin de la revanche des berceaux: qu\u2019en pensent les Québécoises?, Collection Démographie canadienne, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1974, p.136.9.Michel Fresel-Lozey, op.cit., p.1109.Qu fi der re nié gi sur fal ar fen Pr pr pa di In ci in qu far [ir Fo 0 i k da - La France, où les mesures d\u2019aide à la famille sont très développées, n\u2019a pas échappé au mouvement général de baisse de la fécondité enregistrée dans les pays occidentaux depuis le milieu des années soixante, quoique ja chute ne soit pas aussi dramatique que dans plusieurs autres pays européens.Par ailleurs, l\u2019examen du relèvement de la fécondité française entre l\u2019avant-guerre et l\u2019après-guerre, selon les milieux socioprofessionnels, laisse supposer une influence du régime de prestations familiales qui n\u2019a pas été étendue, au même moment, aux divers groupes professionnels (10).Quant aux pays de l\u2019Europe de l\u2019Est, ils ont pris d\u2019importantes mesures natalistes au cours des quinze dernières années; ils ont aussi restreint les possibilités de recours à l\u2019avortement.Or, il semble bien que le relèvement de la natalité qui a suivi ces mesures soit dû en grande partie à la diminution des avortements et que, surtout, les signes récents d\u2019essoufflement du taux de natalité incitent à s\u2019interroger sur le caractère durable du phénomène (11).- Le coût des enfants pour les parents est très élevé, surtout si l\u2019on tient compte de la perte de revenu de la femme qui demeure au foyer (coût d\u2019opportunité).Présentement, les allocations familiales (fédérales et provinciales) ne couvrent même pas le coût d\u2019entretien minimum d\u2019un enfant.La compensation est encore plus partielle si l\u2019on tient compte non seulement des coûts directs mais aussi des coûts d\u2019opportunité.Les contraintes budgétaires actuelles et prévues dans les prochaines années empêchent le gouvernement d\u2019envisager un fort accroissement du budget social.Cela suppose que pour aider davantage et de façon significative les familles, il faudrait effectuer des réaménagements à l\u2019intérieur des programmes existants.Pour le Québec, les possibilités de réaménagement des priorités sont restreintes, puisque le gouvernement fédéral contrôle plusieurs éléments majeurs de la politique de sécurité du revenu (assurance-chômage, sécurité de la vieillesse).Dans l\u2019état actuel de la répartition des pouvoirs, seul un consensus entre le fédéral et les provinces permettrait de faire des changements importants au niveau des grands programmes du système de sécurité du revenu.Or, ceci apparaît pratiquement impossible à réaliser, du moins dans le cadre d\u2019un objectif nataliste, puisque seulement au Québec se manifestent de fortes inquiétudes à l\u2019égard de la faible natalité.Non seulement les autres provinces ont moins de motifs d\u2019être inquiétées par la faible natalité, puisqu\u2019elles bénéficient d\u2019une croissance démographique plus élevée, mais elles sont plus réceptives aux arguments américains en faveur de la croissance zéro.Il y a donc suffisamment d\u2019incertitudes concernant les mesures natalistes pour que cela constitue un frein supplémentaire à la volonté politique d\u2019élaborer une politique nataliste.Difficultés de concilier différents objectifs Il peut s\u2019avérer difficile de concilier une politique nataliste avec d\u2019autres politiques gouvernementales actuelles, telle la réduction de l\u2019inégalité des revenus, avec les revendications de certains groupes de pression, ou encore avec certains droits individuels.Ainsi, on peut se demander s\u2019il faudrait accorder une aide monétaire aux familles selon le nombre d\u2019enfants, sans tenir compte de leur niveau de revenu.À première vue, si l\u2019on se place du seul point de vue nataliste, il serait préférable de destiner l\u2019aide à toutes les familles sans considération du niveau de revenu.Dans un tel cas, on permet au couple avec enfants de ne pas voir son niveau de vie se dégrader par rapport au couple de même revenu initial ayant moins ou pas d\u2019enfants (couple B par rapport au couple A, et D par rapport à C, dans l\u2019exemple théorique ci-après (12).On tend alors vers une équité horizontale.Par contre, l\u2019écart absolu de revenu entre deux familles ayant un nombre identique d\u2019enfants n\u2019est pas réduit (couple B par rapport au couple D), bien que l\u2019écart relatif soit amoindri.Une telle orientation ferait l\u2019objet de nombreuses critiques, comme c\u2019est le cas depuis quelques années pour tous les programmes dits universels.En effet, ceux-ci ne réduisent pas nécessairement les écarts de revenus absolus entre les individus et les familles.Ainsi, les allocations familiales n\u2019ont pas eu d\u2019effet apparent sur la répartition du revenu total, en 1971, 1973 et 1975 (13).C\u2019est pourquoi le gouvernement fédéral a adopté des critères plus sélectifs dans certains programmes: récupération de l\u2019assurance-chômage pour les personnes à revenus élevés, baisse des allocations familiales au profit du crédit d\u2019impôt pour enfant.Examinons maintenant la seconde orientation possible, dans laquelle l\u2019aide est accordée en tenant compte du revenu total de la famille.L'objectif n\u2019est plus de maintenir un niveau de vie égal pour les familles ayant un nombre différent d\u2019enfants, mais de réduire les inégalités entre familles de revenus différents.Pour les familles aisées qui limitent leur fécondité pour d\u2019autres 10.Gérard Calot, Alain Girard et Henri Leridon, «Rapport au gouvernement: l\u2019effet des mesures de politique démographique sur l\u2019évolution de la fécondité», Naralité et politique démographique, cahier no 76, 1976, p.20-21.11.Roland Pressat, «Mesures natalistes et relèvement de la fécondité en Europe de l'Est», Population, 34(3), mai/- juin 1979, p.533-548.12.Dans l\u2019hypothèse où l\u2019aide compense entièrement le coût de l\u2019enfant pour les parents.13.Voir à ce sujet: Office de planification et de développement du Québec, L'impact des transferts sur la répartition des revenus au Québec 1967-1975, par Monique F.-DesRochers et al., Collection Dossiers, 1980, p.31.13 i fe od f Be! if RE 14 raisons que monétaires, on serait tenté de penser qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019inconvénient du point de vue nataliste à ne rien leur donner.Toutefois, on perd l\u2019effet psychosocial auquel ces familles peuvent être sensibles, car on peut supposer que celles-ci peuvent être influencées par le fait que l\u2019État reconnaît concrètement la valeur de leur rôle.De plus, l\u2019effet d\u2019entraînement que peuvent jouer les groupes de niveau social et culturel plus élevé serait perdu aussi.En France, par exemple, les groupes de niveau social.et culturel plus élevé ont eu un rôle précurseur dans le relèvement de la fécondité entre l\u2019avant-guerre et l\u2019après-guerre, puisqu\u2019ils avaient connu une hausse de fécondité dans les années trente.Niveau de vie théorique de familles selon le revenu initial et selon deux hypothèses d\u2019aide à la natalité Niveau de vie relatif «| Avec aide Couple Revenu Nombre Sans /Non liée Lice initial d\u2019enfants aide au au (avant revenu revenu l\u2019aide) A 100 0 100 100 100 B 100 2 75 100 75 C 50 0 50 50 D 50 2 25 50 Hypothèses: e l\u2019aide compense entièrement les coûts de l\u2019enfant; e lorsque l\u2019aide est liée au revenu, la famille à revenu élevé n\u2019en reçoit pas du tout.Pour les couples à revenus moyens, on peut supposer qu\u2019une aide modulée selon le revenu serait moindre qu\u2019une aide de type universel et que, par conséquent, son efficacité nataliste en serait réduite d\u2019autant.Quant aux familles à revenus modestes, qui recevraient l\u2019aide maximale, cette aide aurait plutôt comme objectif de soutenir financièrement ces familles en compensation des charges que représentent leurs enfants.Il est toutefois possible que l\u2019aide favorise l\u2019augmentation de la fécondité de certaines familles à faibles revenus, familles moins aptes financièrement à prendre en charge des enfants supplémentaires.Il s\u2019agit d\u2019un inconvénient du point de vue «social», d\u2019autant plus que l\u2019on sait bien que le gouvernement ne compenserait pas com- piètement les coûts de l\u2019enfant.Il y a donc plusieurs problèmes d\u2019harmonisation entre un objectif social (aider davantage les plus démunis) et un objectif nataliste.Gilles Desrochers a proposé un régime bivalent d\u2019allocations familiales dans le but de satisfaire aux deux objectifs de compensation des charges familiales (14).Le premier volet du régime, universel, poursuivrait l\u2019objectif de compensation horizontale des charges familiales; le second volet, sélectif, comblerait les insuffisances de revenus dues au coût minimum d\u2019entretien des enfants.Cependant, ce régime ne peut exister que dans la mesure où l\u2019allocation universelle n\u2019est pas trop élevée.En effet, une allocation universelle substantielle enlève la nécessité du second volet.Par conséquent, dans l\u2019optique d\u2019une politique nataliste, à l\u2019intérieur de laquelle les allocations doivent être significatives, le problème posé plus haut demeure entier.D\u2019autres mesures qui pourraient faire partie d\u2019une politique nataliste font face aussi à des problèmes d\u2019harmonisation avec d\u2019autres objectifs.Ainsi en est-il de l\u2019allocation à la mère au foyer.Une telle allocation permet au couple dont un seul conjoint participe au marché du travail de ne pas voir son niveau de vie se détériorer, avec la venue de l\u2019enfant, par rapport au couple dont les deux conjoints reçoivent un revenu de travail.Gérard Calot, dans une analyse de la situation française, propose d\u2019aider la femme qui désire demeurer au foyer de façon à lui laisser un choix véritable entre foyer et marché du travail (15).Or, un tel programme irait à l\u2019encontre d\u2019un autre objectif, essentiel pour certains groupes de femmes, soit celui d\u2019inciter la femme non pas à demeurer au foyer mais à s\u2019insérer sur le marché du travail où elle peut acquérir une plus grande indépendance financière.Le Conseil du statut de la femme a proposé au gouvernement d\u2019accorder une allocation de disponibilité aux familles ayant des enfants de O à 12 ans, à la fois pour les couples dont un conjoint demeure à la maison et pour les couples où les deux conjoints ont un travail rémunéré.De cette façon, on favoriserait une véritable liberté de choix pour la femme, à l\u2019égard de ces deux possibilités, ce qui tendrait à améliorer sa situation dans la société (16).Dans ce cas, on ne tient pas compte du niveau de revenu et fait face aux mêmes critiques que dans le cas des régimes universels.14.Gilles Desrochers, Proposition de revenu familial garanti par intégration d\u2019un régime bivalent d\u2019allocations familiales à un régime de prestations sociales pour adultes, Conférence sur les revenus au Canada tenue du 10 au 12 mai 1979 à Winnipeg, décembre 1979, 11 p.15.Gérard Calot, op.cit., p.48-50.16.Conseil du statut de la femme, Pour les Québécoises: égalité et indépendance, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1978, p.173-174.pal ja gs oven La gi gl as esl J'vol gas { ces P il gen fe?Qui avor quel l'avo mal dans actu hg pole divi qu, radi (lug a ho (el priv ply que Itén ld ne las ls ig tr Das dev in Can UE Sue Ca ily 1 Par contre, si l\u2019on accorde l\u2019aide que la mère soit sur le marché du travail ou non, on revient alors au premier cas soulevé plus haut, i.e.on ne réduit pas l\u2019inégalité des revenus.Les relations entre une politique nataliste et les droits individuels ou familiaux peuvent poser aussi de sérieux problèmes.Dans le but d\u2019accroître le nombre de naissances, quelques pays est-européens ont adopté des mesures restreignant les possibilités de recours à l\u2019avortement.Toutefois, l\u2019avortement légal n\u2019atteint pas du tout au Québec les niveaux qui prévalaient dans ces pays avant l\u2019adoption de mesures restrictives.Il y avait plus d\u2019avortements que de naissances en Hongrie et en Roumanie; en Tchécoslovaquie, la proportion était de plus de 40 avortements pour 100 naissances.Au Québec, la proportion n\u2019est, en 1977, que de 8 avortements légaux pour 100 naissances.Par conséquent, dans l\u2019état actuel des choses, restreindre l\u2019avortement thérapeutique en fonction d\u2019un objectif nataliste n\u2019apparaît pas fondé comme cela-a pu l\u2019être dans ces pays.Il se peut toutefois que la faible natalité actuelle contribue à retarder indéfiniment, au Québec, la généralisation de l\u2019avortement sur demande.La stérilisation constitue un autre champ de conflit potentiel entre une politique nataliste et les droits individuels ou familiaux.La stérilisation est un moyen qui, comme l\u2019avortement, peut être considéré comme radical.La stérilisation à des fins contraceptives, incluant la vasectomie et la ligature des trompes, est légale au Québec et l\u2019État en défraie les coûts.Présentement, l\u2019homme peut obtenir une stérilisation à l\u2019hôpital (celui-ci peut poser certaines conditions), ou en cabinet privé au gré du médecin.Pour la femme, est souvent appliquée la règle du 100 (nombre d\u2019enfants X l\u2019âge, auquel on ajoute 10 points).Or, il s\u2019agit d\u2019un moyen extrêmement répandu: une femme sur trois de l\u2019échantillon de l\u2019enquête-rappel de 1976 appartenait à un couple dont l\u2019un des conjoints a été stérilisé (17).Et la stérilisation n\u2019est pas réservée aux mères de familles nombreuses: 27,5% des mères ayant deux enfants ont été stérilisées (18).Certains réclament, au nom d\u2019une politique de nature nataliste, que l\u2019assurance-maladie ne serve plus à payer les ligatures de trompes pour les femmes de moins de 38 ans, sauf dans certaines conditions très restrictives (cancer, déficience, etc.) (19).De telles demandes ne sont pas encore très répandues, mais elles pourraient le devenir, si la société se sentait davantage menacée dans son fondement démographique.Rappelons que c\u2019est dans une perspective démographique que plusieurs pays d\u2019Europe de l\u2019Est, après avoir tenté sans beaucoup de succès d\u2019accroître les naissances par des mesures incitatrices, ont limité fortement la possibilité de recourir à l\u2019avortement (20).Heiter on Ca EL ss el canon a Cou Ou Si les pressions en faveur d\u2019une politique nataliste se faisaient plus accentuées et si des mesures favorables a la natalité se révélaient inefficaces, se poserait donc avec plus d\u2019acuité le conflit entre le respect des droits individuels et une préoccupation démographique ou collective.Conclusion Il est possible que les générations futures jugent sévèrement l\u2019attentisme actuel de la société devant la baisse accentuée de la fécondité québécoise.Il serait facile de reprocher à la société québécoise, très préoccupée depuis deux décennies à effectuer toutes sortes de transformations sociales et politiques, de ne pas se soucier davantage de ce phénomène, le plus capital qui soit pour sa survie.En fait, cette inaction apparente trouve son origine dans la problématique même de la politique nataliste.Il est évident que le contexte économique actuel force les gouvernements à la compression plutôt qu\u2019à l\u2019expansion de leurs activités.Mais ce facteur relativement récent n\u2019explique pas tout.On a pu voir ci-haut que l\u2019adoption d\u2019une politique nataliste fait face à de nombreuses difficultés, autant sur le plan du fondement scientifique que du choix et de l\u2019efficacité des mesures elles-mêmes.Est-ce à dire qu\u2019il n\u2019y a rien à faire?Les quelques idées suivantes montrent que ce n\u2019est pas le cas: - Soulignons d\u2019abord que l\u2019incertitude entourant l\u2019évolution future de la fécondité se réduira à mesure que s\u2019allongera la période de faible fécondité.La réaction selon laquelle la fécondité pourrait remonter d\u2019elle-même se fera donc de moins en moins fréquente.17.Jacques Henripin et Nicole Marcil-Gratton, op.cit., p.166.18.Nicole Marcil-Gratton, «Contraception - aux grands maux les grands remèdes», Québec Science, mai 1978, p.29.19.René Jutras, «L\u2019État et la famille (essai de politique familiale)», La feuille de chou, vol.4 (nos 1-2-3), automne 1980, p.11.20.Roland Pressat, op.cit., p.533-548.Ces pays n\u2019ont pas eu à modifier les conditions légales de la stérilisation, pratiquement inexistante: Cynthia P.Green, Stérilisation volontaire: principale méthode mondiale de contraception, Population Reports, spécial, no 2, The Population Information Program, The John Hopkins University, Baltimore, janvier 1979, p.M-10 et M-11.Ceci est confirmé par les enquêtes.En Hongrie, au moment d\u2019une enquête sur la fécondité, les chercheurs n\u2019ont trouvé que 2,8% des femmes du groupe 15-39 ans qui étaient stérilisées.Hungarian Central Statistical Office, The Hungarian Fertility Survey, 1977: A Summary of Findings, World Fertility Survey, no 25, Hongrie, juin 1980, p.13. 16 - En ce qui concerne la recherche, deux domaines doivent retenir plus particulièrement notre attention: les facteurs explicatifs du recours à la stérilisation et les attitudes et comportements matrimoniaux.Sur ce dernier aspect, le Québec n\u2019est pas à l\u2019écart des mouvements qui affectent les sociétés occidentales: développement de la sexualité prémaritale, diffusion de la cohabitation, plus grande autonomie des femmes, élévation de l\u2019âge du mariage, augmentation de la divorcialité.Les changements des caractéristiques matrimoniales qui tendent à dévaloriser «l\u2019aspect institutionnel du mariage au profit de sa finalité affective» originent sûrement des mêmes causes qui transforment aussi attitudes et comportements vis-à-vis la fécondité.- Si les conséquences économiques de la faible fécondité ne sont pas suffisamment dramatiques pour justifier une politique nataliste à tout prix, cela ne signifie pas qu\u2019il n\u2019y ait pas de conséquences inquiétantes.Cependant, les arguments ne doivent pas provenir de démonstrations trop spéculatives, complexes ou fragiles.En ce sens, il est nécessaire que les démographes insistent davantage sur la conséquence démographique la plus essentielle, soit à terme l\u2019accroissement naturel négatif de la population.C\u2019est une conséquence extrêmement lourde pour une société peu populeuse comme le Québec: les dirigeants politiques, les représentants des institutions et groupes, la population en général, peuvent être très sensibles à une telle évolution.Le volume de la population est un élément beaucoup plus fragile et vital à la fois pour les institutions et organismes québécois, qu\u2019il ne l\u2019est dans un pays populeux comme les États-Unis.Ceux-ci peuvent se payer le luxe d\u2019une diminution de leur population sans que leurs structures sociales n\u2019en soient beaucoup affectées.- Les autorités politiques voudront toujours s\u2019assurer que les interventions natalistes de l\u2019État offrent de bonnes chances d\u2019atteindre les objectifs fixés.Le défi consiste donc en la possibilité de convaincre les dirigeants politiques, premièrement, d\u2019adopter de telles mesures en dépit de leur efficacité partielle et, deuxièmement, d\u2019engager des ressources suffisamment importantes pour qu\u2019elles aient un effet significatif.Les interventions démographiques diffèrent peu en cela des autres types d\u2019interventions gouvernementales.Beaucoup d\u2019entre elles sont d\u2019une efficacité très relative: lutte à l\u2019inflation et au chômage, mesures anti-cycliques, prévention des accidents routiers.Il faut donc démontrer qu\u2019il en est ainsi pour l\u2019évolution démographique: il vaut mieux faire quelque chose avec un succès limité que de ne rien faire du tout.De toute façon, même avec une efficacité limitée à 10-15%, cela permet de relever la fécondité à un niveau très près du seuil de remplacement des générations, - Sur le plan des mesures elles-mêmes, l\u2019État peut prendre, sans aucun risque, deux positions dites de prudence: Il faudrait d\u2019abord ajouter une orientation démographique dite de maintien de la population parmi l\u2019ensemble des grandes orientations poursuivies par l\u2019État.Un objectif minimum pourrait être que les générations devraient assurer leur remplacement, donc que l'accroissement démographique naturel à long terme ne soit pas négatif.L\u2019apport migratoire extérieur pourrait servir à accroître la population mais non à combler un déficit de l\u2019accroissement naturel.Même si une telle orientation n\u2019est pas considérée prioritaire par rapport à d\u2019autres grandes orientations (amélioration de la condition féminine, développement économique, social, culturel) (21), il serait important que l\u2019État l\u2019identifie clairement parmi ses orientations de base.Il est impossible d\u2019éviter les contradictions avec d\u2019autres orientations, mais au minimum il faudrait que l\u2019État examine l\u2019effet de toutes ses interventions (et en limite le plus possible les effets négatifs) par rapport à cette orientation fondamentale.e Il faudrait en second lieu promouvoir, dans la suite des interventions entreprises jusqu\u2019à présent, une politique familiale la plus complète possible, même s\u2019il n\u2019y a pas de référence explicite à un objectif nataliste.C\u2019est ce que proposent les Organismes familiaux associés du Québec dans leur manifeste publié récemment (22).C\u2019est la voie suivie aussi par la République fédérale d\u2019Allemagne qui, en 1972, puis en 1976, a adopté plusieurs mesures d\u2019aide à la famille (allongement du congé de maternité, augmentation des allocations de naissance et des allocations familiales, allocations de disponibilité pour les travailleuses qui choisissent de demeurer au foyer), sans avoir au préalable défini une politique nataliste (23).21.Van de Kaa a identifié quinze grands objectifs nationaux pour les Pays-Bas, parmi lesquels on retrouve: promouvoir une croissance économique satisfaisante, promouvoir une répartition raisonnable des revenus, promouvoir la qualité raisonnable des revenus, promouvoir la qualité de l\u2019environnement\u2026 (Van de Kaa, Politiques démographiques à long terme en Europe occidentale, séminaire du Conseil de l\u2019Europe sur les incidences d\u2019une population stationnaire ou décroissante en Europe, Strasbourg, 6-10 septembre 1976, p.3.) 22.Organismes familiaux associés du Québec, Pour la défense de la nouvelle famille au Québec, Manifeste de l\u2019OFAQ pour une politique familiale au Québec, Montréal, décembre 1980, p.13.23.«République fédérale d\u2019Allemagne: la dénatalité, thème et enjeu politique», Intersocial, no 62, juillet 1980, p.19-22.po par inst Hit quel l'en mc fion dian fone del des ft fat pls fes fin pi pir df met ti Enseigner les sciences au Québec.Pourquoi?Pour qui?\u201d Par M.Raymond Duchesne, Institut d'histoire et de sociopolitique des sciences, Université de Montréal.* Tiré de la revue Spectre de l'Association des professeurs de sciences du Québec (avril 1981).En marge d'un colloque sur l'enseignement scientifique Le 7 mars dernier avait lieu, à Montréal, un colloque organisé conjointement par l\u2019Association des professeurs de sciences du Québec et le Conseil des Sciences du Canada sur le thème de l\u2019enseignement des sciences.Au cours de ce colloque, on a pu entendre des professeurs, des spécialistes de la pédagogie des sciences et des chercheurs «pratiquants» se prononcer sur le passé de l\u2019enseignement scientifique au Québec, sur son état et ses problèmes actuels, du niveau primaire au niveau universitaire, et sur ce que devrait être cet enseignement dans l\u2019avenir.En dépit des efforts déployés par les organisateurs et la plupart des conférences pour circonscrire les problèmes et limiter les cadres de la discussion, il semble que le colloque n\u2019ait pas permis de bien cerner les causes du «malaise» qui frapperait présentement l\u2019enseignement des sciences au Québec, ni de produire un consensus sur les solutions à adopter.La désaffection pour les sciences que l\u2019on a constatée chez les étudiants du secondaire est-elle différente, ou plus profonde, que le désintéressement qui se manifeste à l\u2019égard de l\u2019école en général?Le «malaise» de l\u2019enseignement des sciences tient-il au fait que l\u2019ensemble des élèves profitent peu des cours et des séances de laboratoire ou au fait que les vocations scientifiques se font de plus en plus rares?Qui faut-il blâmer, des élèves, des professeurs, des parents, des commissions scolaires ou du ministère de l\u2019Education, pour le fait que la majorité des finissants du secondaire non seulement ignoreraient les principales explications des phénomènes naturels, mais, pire encore, se feraient une idée fausse - et généralement défavorable - de la science et des savants, de leurs méthodes et de la nature réelle des connaissances scientifiques, etc.?Faut-il procéder à une réforme radicale des programmes ou revoir nos habitudes pédagogiques?Doit-on maintenir un enseignement qui consiste essentiellement à transmettre la «Vérité scientifique», ou lui substituer un enseignement qui, par le moyen de la réflexion épistémologique et de l\u2019histoire des sciences, ferait apparaître le caractère critique de la recherche et la nature problématique des connaissances scientifiques, même de celles les mieux établies?Ce ne sont là que quelques-unes des nombreuses questions qui ont été soulevées au cours du colloque et pour lesquelles, il faut bien le reconnaître,, peu de réponses capables d\u2019emporter l\u2019assentiment de la majorité ont été proposées.Néanmoins, il est apparu à plusieurs que la question de savoir comment enseigner les sciences était subordonnée à celle de savoir pourquoi on devait les enseigner.Le réaménagement de la grille-horaire et des programmes, la refonte des manuels, la revalorisation de l\u2019image de la science et des savants, même la réforme des pratiques pédagogiques, si nécessaire soit-elle, n\u2019ont de sens qu\u2019en fonction des objectifs fondamentaux que l\u2019on assigne à la transmission par l\u2019école du savoir scientifique.Pourquoi enseigne-t-on les sciences au Québec aujourd\u2019hui?Malheureusement, le colloque n\u2019a pas permis d\u2019approfondir cette question fondamentale, plusieurs des conférenciers et des participants se contentant, sur ce point, de réponses toutes faites, de ces réponses tenues pour si évidentes et si généralement connues qu\u2019on ne prend plus la peine de les citer que sous leurs formes abrégées.En ne poussant pas les choses assez loin, on a peut-être laissé passer l\u2019occasion de voir précisément à quoi tient le «malaise» de l\u2019enseignement des sciences au Québec, la confusion la plus profonde continuant d\u2019entourer les fins d\u2019un tel enseignement.En développant de manière critique les principales raisons que l\u2019on a invoquées au cours du colloque pour justifier l\u2019enseignement des sciences, on peut voir qu\u2019aucune ne s\u2019impose d\u2019emblée.La formation du personnel scientifique et technique Bien sûr, il faut enseigner les sciences pour assurer la formation des compétences scientifiques et techniques dont toute société a besoin.Comme l\u2019observait Aristote, aussi longtemps que les navettes des métiers à tisser ne se déplaceront pas toutes seules, il faudra bien que des esclaves spécialement formés fassent le travail.Aussi longtemps que les scientifiques, les médecins et les techniciens seront nécessaires à la bonne marche des usines, des services de santé, des institutions culturelles et de l\u2019appareil de l\u2019État, l\u2019enseignement des sciences aura sa première raison d\u2019être.Cependant, on ne peut établir ce rapport entre la formation du personnel scientifique et technique et les besoins généraux de la société sans poser du même coup le problème de l\u2019équilibre entre l\u2019offre et la demande.Ceux qui les premiers ont observé que, depuis le XVIIe siècle, le nombre des hommes de science augmentait plus rapidement que l\u2019ensemble de la population se sont amusés à prédire qu\u2019ui: jour, les deux courbes se rejoignant, tous les habitants de la planète seraient des savants.Au moins au Québec, cela ne risque pas de se 18 produire, non pas parce que la capacité d\u2019assimiler les hautes abstractions de la science ne se trouve pas également répartie chez tous, mais d\u2019abord parce que les conditions sociales ont un impact direct sur la formation de nouvelles cohortes de scientifiques et d\u2019ingénieurs.Présentement, la récession économique et le plafonnement de la croissance du système d\u2019éducation, notamment au niveau universitaire, conjuguent leurs effets pour provoquer une chute de la demande.S\u2019il y a de moins d\u2019étudiants gradués et sous-gradués dans les laboratoires et les amphithéâtres des universités du Québec, ce n\u2019est pas parce que les professeurs ou les méthodes d\u2019enseignement seraient en faute, mais parce que l\u2019état du marché du travail pour les diplômés en sciences décourage les vocations.Une étude récente du Conseil des Universités précisait que, l\u2019offre de compétences scientifiques et techniques étant bien supérieure à la demande, on assistait depuis quelques années à une baisse relative des salaires et à une dégradation générale des conditions de travail des hommes et des femmes de science au Québec.(1) Dans cette perspective, il ne suffit plus de dire qu\u2019il faut former des chercheurs, des médecins et des ingénieurs pour justifier l\u2019existence de facultés, de laboratoires, de professeurs, de budgets, etc.Il faut prendre conscience du fait que l\u2019enseignement des sciences et la formation des compétences sont des processus soumis à l\u2019évolution du système économique et social.En réalité, le point crucial n\u2019est pas de savoir qu\u2019il faut enseigner les sciences pour produire et reproduire des catégories particulières de travailleurs, mais de savoir combien de ces travailleurs l\u2019école-usine doit produire et, parce qu\u2019on peut se permettre d\u2019être sélectif, qui sera admis à prendre part aux mystères.de la science et introduit parmi l\u2019«élite» que forment, dans notre société, les savants.Ces deux questions, on le reconnaîtra sans peine, sont éminemment «politiques» et dépassent largement le problème d\u2019une réforme uniquement pédagogique de l\u2019enseignement moyen et supérieur des sciences au Québec.Aussi longtemps qu\u2019elles ne seront pas tranchées, l\u2019amélioration des programmes, des manuels et des installations risque de n\u2019avoir pour seul effet qu\u2019un accroissement du déséquilibre déjà constaté entre l\u2019offre de diplômés et le marché du travail.Et l'enseignement pour tous?Il serait bien sûr inadmissible que l\u2019on enseignât les sciences à tous, du primaire au secondaire, simplement dans le but de susciter chez quelques-uns la vocation scientifique.Cet enseignement de masse doit avoir ses propres fins et, concrètement, profiter à tous ceux qui le reçoivent.La question fondamentale devient alors de savoir pourquoi et dans quel but il faut enseigner les sciences à des gens qui n\u2019embrasseront pas une carrière scientifique ou technique.La réponse apportée généralement à cette question consiste à dire qu\u2019un enseignement des sciences bien conçu et bien administré (au sens où on «administre» un médicament ou une correction.) contribue puissamment à la formation de l'esprit, à la formation de la capacité de raisonnement surtout, et fournit à l\u2019individu des moyens de maîtriser son environnement.Une version politiquement plus radicale de cette idée - brillamment exposée, lors du colloque, par Jacques Désautels, professeur de didactique des sciences à l\u2019Université Laval - consiste à soutenir que le savoir scientifique libère; l\u2019assimilation des méthodes et des contenus de la science permettrait aux individus comme aux groupes de prendre une distance critique par rapport à ces différentes formes du pouvoir qui s\u2019appuient, elles aussi, sur le savoir, qu\u2019il s\u2019agisse du pouvoir de l\u2019État et de ses agents, du pouvoir des patrons, de celui des corporations professionnelles, quand elles ne défendent plus qu\u2019un monopole du droit d\u2019exercice, etc.L\u2019enseignement des sciences au plus grand nombre trouverait donc sa raison d\u2019être dans la nécessité de libérer l\u2019homme moderne et le citoyen de nos sociétés avancées de l\u2019asservissement aux experts de toutes sortes, asservissement auquel les réduirait inévitablement l\u2019ignorance des lois scientifiques et du processus qui les a engendrées.À la grande idée de la tradition humaniste voulant que l\u2019acquisition du savoir en général et de la connaissance de la nature en particulier soit indissociable de la formation morale de l\u2019individu et le rendent apte à exercer sa liberté, on ajoute une consonance moderne selon laquelle le savoir scientifique serait nécessaire à l\u2019accomplissement des grandes idées du temps et à l\u2019intelligence des événements de la vie quotidienne dans les sociétés de l\u2019ère post-industrielle.Demain, le citoyen ou le consommateur, dûment informé des aspects techniques des problèmes qui lui sont posés, pourra choisir et trancher en pleine connaissance de cause\u2026 Mais le savoir scientifique libère-t-il vraiment?Est-on meilleur citoyen parce qu\u2019on peut énoncer la seconde loi de la thermodynamique ou qu\u2019on connaît le mode de fonctionnement d\u2019un réacteur CANDU?Les professeurs de sciences, les ingénieurs, les médecins et les chercheurs échappent-ils davantage que leurs contemporains aux forces du marché économique, aux préjugés de culture, de race ou de classe, à l\u2019autorité plus ou moins légitime de l\u2019État ou de n\u2019importe quelle autre institution, aux décrets d\u2019experts d\u2019autres domaines que le leur, etc.?Assurément non! La diffusion, par l\u2019école ou la vulgarisation, du savoir scientifique et technique est peut-être la condition nécessaire d\u2019une libération, chose certaine, elle n\u2019en est pas la condition suffisante: la science ne peut contribuer à une telle libération que dans la mesure où elle est subordonnée à une prise de conscience des éléments proprement sociaux d\u2019un problème.Les grands débats scientifiques et techniques de notre temps, le développement du nucléaire, la fluoration de l\u2019eau, les manipulations génétiques, etc., où /\u2019on trouve des «experts» de chaque côté, illustrent bien que tout ne se réduit pas à des arguments scientifiques, mais jh qu ( sf\" fess fd fas pou rem pou fol ame gaie d'ine des le gl me, Les cor rend reve grou ht ih tant, l'en ep que l'an prp lai dan Ped: com ds il! 18 à la situation concrète des groupes qui s\u2019affrontent.Quel que soit le nombre d\u2019heures qu\u2019on y consacre dans les programmes, quelle que soit la compétence des professeurs ou la perspective plus ou moins «sociologisante» que les nouveaux manuels adoptent, l\u2019enseignement des sciences ne libérera personne du pouvoir «usurpé» des experts s\u2019il ne va de pair avec une remise en cause radicale des oppressions sociales dont ce pouvoir n\u2019est qu\u2019un instrument et une expression particulière.Hors d\u2019un projet de transformation fondamentale de la société, l\u2019enseignement général des sciences continuera d\u2019avoir pour principale fonction d\u2019inculquer le respect de la science et du savant, en dépit de ses prétentions libératrices à cet égard, et de préparer le plus grand nombre au service de la machine économi- mie.Les professeurs de sciences: une nouvelle corporation?Lors du colloque du 7 mars, il était difficile de ne pas remarquer à la fois l\u2019intérêt tout particulier que peuvent revêtir pour les professeurs de sciences, en tant que groupe professionnel, certaines propositions concernant la réforme des programmes ou des manuels au Québec et la pudeur avec laquelle on traitait de ce point.Pourtant, personne ne peut douter qu\u2019une réforme de l\u2019enseignement des sciences dont ils auraient l\u2019initiative ne pourrait que profiter aux professeurs de sciences, à quelque niveau du système d\u2019éducation où ils oeuvrent: l\u2019analyse et la transformation de la pédagogie, la préparation de nouveaux manuels «québécois-pure- laine», l\u2019accroissement de l\u2019importance des sciences dans les programmes, la multiplication des conseillers pédagogiques, l\u2019amélioration des équipements, tout cela conduit directement à la revalorisation \u2014 économique et symbolique \u2014 du rôle du professeur de sciences, tant à l\u2019école que dans toute la société.À l\u2019origine de l\u2019examen auquel on se livre présentement des fins et des méthodes de l\u2019enseignement des sciences au Québec, se trouve sans aucun doute parmi les professeurs le désir sincère et désintéressé de comprendre la situation et de se préparer aux changements.On peut y voir également la réaction d\u2019un groupe particulier d\u2019enseignants qui n\u2019ont aucun motif de se réjouir du glissement continu des sciences dans les programmes et de la déconsidération que semblent manifester à l\u2019endroit de leurs compétences spécifiques leur public immédiat, les élèves et leurs collègues d\u2019autres disciplines, et le public en général.À une époque où le système d\u2019éducation entre dans une phase de consolidation, sinon de récession, les sciences, branches «mal-aimées» du savoir, risquent de faire les frais des resserrements budgétaires et des compressions d\u2019effectifs.La naissance de l\u2019Association des professeurs de sciences du Québec et la multiplication de ses interventions auprès du public et de l\u2019État doivent-elles être perçues comme les signes d\u2019une «autonomisation» des professeurs de sciences, ceux-ci s\u2019estimant mal servis par les organismes professionnels déjà chargés de représenter les professeurs de toutes disciplines?Il est difficile de dire si le syndicalisme enseignant doit ou non s\u2019inquiéter de l\u2019activité «autonomiste» des professeurs de sciences.D'ailleurs, ce n\u2019est pas le problème qui nous intéresse ici et nous n\u2019avons soulevé le point que pour inviter ceux qui poussent à la roue de la réforme de l\u2019enseignement des sciences à établir très clairement les enjeux professionnels des mesures proposées.Une telle réforme ne peut trouver de larges appuis dans le public qu\u2019à la condition que ses fondements et ses fins dépassent, à l\u2019évidence, des intérêts professionnels étroits et soient conciliables avec ceux du plus grand nombre.Il faut encore que l\u2019Association des professeurs de sciences du Québec et tous ceux qui l\u2019appuient fassent la démonstration que la réforme de l\u2019enseignement des sciences va dans le sens du progrès collectif.Une philosophie spontanée des professeurs de sciences?Pour que soit démontrée une communauté d\u2019intérêts entre le public et ceux qui oeuvrent dans les domaines de l\u2019enseignement et de la vulgarisation des savoirs scientifiques et techniques, il faut non seulement que soient clarifiées les questions soulevées plus haut, se rapportant aux buts de l\u2019enseignement des sciences, mais aussi qu\u2019on procède à un bon ménage parmi les conceptions vulgaires de la science moderne et de la culture scientifique.Ces conceptions, parce qu\u2019elles semblent fort répandues chez eux, pourraient constituer la «philosophie spontanée» des professeurs de sciences.Parmi les principaux éléments de cette «philosophie», auxquels on a abondamment fait appel au cours du récent colloque, on retient d\u2019abord l\u2019idée que notre société moderne serait d\u2019essence scientifique et technique; c\u2019est-à-dire que le travail, la politique, la répartition des richesses et toute l\u2019organisation sociale seraient déterminés à la base par les théorèmes de la science et leurs applications.Une seconde idée de cette «philosophie», découlant directement de la première, voudrait que la culture propre à une telle société soit la «culture scientifique et technique».Comme la scolarisation reste l\u2019un des canaux privilégiés de diffusion et d\u2019acquisition de la culture, il serait dès lors tout à fait légitime d\u2019accroître la place accordée aux sciences dans les programmes, de manière à préparer convenablement l\u2019élève à un monde où celles-ci ont une telle importance.Prêter à la science et à la technique moderne le pouvoir de déterminer comment les hommes et les femmes doivent travailler et vivre, comment ils doivent sentir et penser, n\u2019est-ce pas leur attribuer un pouvoir surnaturel?Quand on soutient que la science est à la fois le fondement et le moteur de la société humaine, n\u2019est-on pas victime d\u2019un véritable fétichisme de la connaissance scientifique et technique?Il ne s\u2019agit pas, faut-il le préciser, de nier l\u2019importance des sciences et des techniques dans la révolution constante des moyens de production et dans la transformation de notre environnement, mais de réaliser que la dépendance de l\u2019homme moderne envers ses outils n\u2019est pas différente, en fa teh: $i, iki I We + du pare be i he Bi br \" 08 K- i RE CGI FP 20 nature, de la relation entre l\u2019homme du paléolithique et ses silex.Et qu\u2019entend-on, au juste, par «culture scientifique»?S\u2019agit-il de l\u2019ensemble des attitudes et des moeurs traditionnelles de la tribu des savants, «culture» d\u2019un groupe particulier qu\u2019il conviendrait maintenant d\u2019étendre à l\u2019ensemble des sociétés avancées?Ou désigne-t-on ainsi, par le plus petit dénominateur commun, ces fragments de connaissances scientifiques que l\u2019homme moyen (Homo mediocritus) des sociétés avancées a pu assimiler par le truchement de l\u2019école, des media ou de l\u2019expérience quotidienne?Dans un sens comme dans l\u2019autre, comme «ethos» d\u2019une élite ou comme culture de masse, l\u2019idée de «culture scientifique» ne vaut guère d\u2019être élevée au rang de concept opérant d\u2019une pédagogie des sciences.Cette croyance que, quelque part au cours de leur histoire récente, les sociétés industrielles ont subi une mutation radicale qui en a fait des sociétés profondément différentes, qu\u2019on les appelle «sociétés post- industrielles, «sociétés post-modernes», «sociétés du savoir», «sociétés post-capital», «sociétés technétroniques», «sociétés planétaires», etc.(2) ne se trouve pas, bien entendu, que chez les professeurs de sciences et les vulgarisateurs.Ceux-ci, cependant, par la position qu\u2019ils occupent dans la chaîne de transmission des connaissances et dans le processus de formation des idées appelées à dominer la «sagesse populaire», devraient se montrer davantage critiques à l\u2019égard de cette «philosophie spontanée» de la culture scientifique.Le fait que les professeurs de sciences se révèlent tout à la fois les zélateurs et les victimes de telles croyances fournit la preuve, s\u2019il en était besoin, que le savoir et les diplômes ne sont pas, à eux seuls, des garanties contre l\u2019erreur et l\u2019aliénation.(1) Conseil des Universités, Le marché du travail des diplômés universitaires au Québec, Québec, 1980.(2) On pourra compléter cette liste en lisant: Ralf Dahrendorf et al, Scientific-Technological Revolution: Social Aspects, Londres, Sage Pub., 1977.Ch Lo Dé pm géné bres (iss get dept ne | puis Chroniques d'Hebdo-science L\u2019orme est menacé partout au Québec Depuis l\u2019apparition sur l\u2019île de Montréal, en 1967, de la maladie hollandaise de l\u2019orme, plus de 40 000 de ces vénérables habitants de la ville en sont morts.Ces arbres, dont la magnifique silhouette en parasol est in- dissociablement liée aux paysages québécois, sont menacés d\u2019extinction, et ce à travers la province.Découverte en Hollande vers 1918, la maladie a depuis envahi toute I\u2019Europe, y compris I\u2019 Angleterre et une partie de la Russie.Introduite aux Etats-Unis en 1932, elle se trouve a présente dans presque tous les états américains.Au Québec, c\u2019est à Saint-Ours, près de Sorel, qu\u2019on a signalé le premier cas de maladie hollandaise de l\u2019orme, en 1944.Le champignon responsable (Ceratocystis ulmi, C.u.pour les intimes) provenait sans doute de cageots faits de bois malade et importés d\u2019Europe par navire.Quinze ans plus tard, la maladie avait déjà tué 700 000 arbres dans 55 comtés du Québec.Actuellement, seuls quelques îlots éparses aux extrémités de l\u2019aire de répartition de l\u2019orme - par exemple Mont- magny, la Baie des Chaleurs, le Lac Saint-Jean - résistent encore et toujours à l\u2019envahisseur! Une fois installé dans les longs vaisseaux conducteurs de sève, le C.u.se propage systématiquement.Il provoque la flétrissure et le brunissement rapides des feuilles, puis le jaunissement et le nanisme, ce qui entraîne la mort de l\u2019arbre, un à trois ans plus tard.Toutefois, le C.u.ne ferait pas long feu sans son complice, le scolite de l\u2019orme, un insecte brun-noir, long d\u2019environ un huitième de pouce.Les spores gommeuses que produit le champignon s\u2019agglutinent sur le corps des scolites adultes.Ce sont ces derniers qui les introduisent dans des ormes sains lorsqu\u2019ils vont y creuser des galeries pour la ponte.Le Dr G.B.Ouellette, chercheur au Centre de recherches forestières des Laurentides, concentre principalement ses recherches sur le mode d\u2019action du champignon et le facteur de résistance des rares ormes qui ne succombent pas à l\u2019épidémie.«Ces survivants portent peut-être en eux les germes de la survivance de l\u2019espèce» souhaite-t-il.«Des 50 000 ormes wily avait sur l\u2019île de Montréal, il n\u2019en reste que 5000» de dire Pierre Bourque, du Jardin botanique de Montréal.Si on laisse aller la situation, 99,5% de la population d\u2019orme de la ville mourra.Aussi, en collaboration avec le Centre de recherches forestières des Laurentides, M.Bourque et son équipe ont-ils entrepris une attaque en trois volets.À la fin d\u2019avril, on arrose les ormes d\u2019insecticide, de façon à enrayer autant que faire se peut la première génération d\u2019insectes (l\u2019opération sera répétée au début d\u2019août pour la deuxième génération).La deuxième étape, au début de mai, consiste à injecter à l\u2019arbre une solution de fongicide, destinée à empêcher le développement du champignon le long de ses vaisseaux.Pour cela, on perce les racines extérieures avec des chalumeaux reliés par des tubes collecteurs à 200 litres de solution fongicide.S\u2019il fait sec et ensoleillé, l\u2019arbre boit en une journée 120 à 140 litres de solution.Ne dirait-on pas un grave malade maintenu sous sérum?Enfin, on procède à l\u2019amputation immédiate de toute partie atteinte, afin d\u2019éviter la propagation du mal.Ce triple traitement coûte facilement plus de 500$ par arbre par été.«C\u2019est pourquoi les efforts seront surtout concentrés sur les arbres du Jardin botanique et peut- être aussi ceux du parc Maisonneuve» déclare M.Bour- que.Carole Thibaudeau (Service Hebdo-science) Le recyclage: pour sauver des millions de $ et se donner bonne conscience.écologique Chaque Québécois jette 1,17 kg de déchets à la poubelle chaque jour, ce qui représente annuellement 427 kg (939 lbs) par personne.Le ministère de l\u2019Environnement du Québec estime que 10% de la poubelle des Québécois, soit 256 200 tonnes, est constitué d\u2019aliments non consommés, c\u2019est-à-dire des aliments qui vont directement du magasin aux ordures.Quinze pour cent de la méme poubelle est composé de restes d\u2019assiettes, soit 60,3 kg (133 Ib) par personne.Il y a aussi 8% de verre qui pourrait être recyclé et 40% de ia JO y ui dt 4 yt hi hy 22 papier dont la moitié pourrait aussi être facilement recyclé.Des experts américains soutiennent que «si les courant actuels se maintiennent, en l\u2019an 2000 les ressources naturelles seront épuisées ou presque et l\u2019environnement sera si pollué que l\u2019équilibre écologique sera déstabilisé».La poubelle des Québécois aura contribué à cet état de chose.Comment faire?Pour les organismes de recyclage, les groupes écologiques et pour le ministère de l\u2019Environnement du Québec, la seule façon de se ménager un avenir confortable est d\u2019éliminer le gaspillage éhonté et de prôner la réutilisation du papier, du verre et des métaux.Cela ne peut se réaliser sans la participation du public qui contrôle sa poubelle: le papier et le verre peuvent être accumulés dans des boîtes à part qui seront ramassées par les recycleurs.La technologie du recyclage est très simple pour la plupart des déchets.Certains produits chimiques toxiques comme les acides ou les résidus des raffinement de pétrole demandent cependant une technologie plus complexe.Mais lorsqu\u2019on parle de recyclage, on pense surtout au papier et au verre.Le papier Notre poubelle contient beaucoup de papier (40%), dont plus de la moitié est recyclable.Il existe au Québec une vingtaine de recycleurs employant 1400 personnes.Ces compagnies utilisent annuellement 435 000 tonnes de papier dont 155 000 tonnes proviennent de l\u2019extérieur de la province, car le marché intérieur n\u2019est pas assez bien organisé pour alimenter régulièrement ces recycleurs.Le recyclage du papier permet une diminution de la consommation de l\u2019énergie lors du procédé de fabrication qui, de plus, cause moins de pollution que le procédé à base de fibres vierges.Par ailleurs le recyclage du papier permet de réduire du quart le volume des déchets, ce qui réduit d\u2019autant la pollution et épargne la coupe des arbres.Le verre Les Québécois jettent pas moins de 850 millions de contenants de verre chaque année ce qui représente 135 pots ou bouteilles par individu.À 12 cents l\u2019unité, on peut dire que les Québécois mettent aux poubelles 102 millions de dollars juste en verre! Comme un objet de verre ne se dégrade pas avant cent ans, on peut affirmer qu\u2019il y a une vraie petite fortune qui dort dans les dépotoirs.Les différents groupes de recyclage suggèrent l\u2019uniformisation des contenants de verre, ce qui permettrait de les réutiliser tout comme les bouteilles de bière qui sont employées environ 24 fois durant leur vie.Dans la même veine, la Société des alcools du Québec a élaboré un projet pour recycler les 100 millions de bouteilles de vin et spiritueux qu\u2019elle vend chaque année.Ce projet permettrait la création d\u2019une centaine d\u2019emplois et réduirait de 2% les vidanges des municipalités, qui pourraient ainsi économiser jusqu\u2019à 800 000$ par année! Il y a beaucoup d\u2019autres choses qui peuvent être recyclées au lieu d\u2019être enfouies sous terre ou bien brûlées et volatilisées en fumée: le caoutchouc, le plastique, les huiles usées, les déchets industriels et agricoles, ect.Le recyclage c\u2019est finalement d\u2019arrêter de jetter son argent à la poubelle.Eric Devlin (Service Hebdo-science) Les bactéries au service de l'industrie, ou: on a souvent besoin d'un plus petit que soi Posséder du pétrole est aujourd\u2019hui un signe de richesse.Mais on reconnaîtra peut-être les riches de demain à leurs bactéries.En effet, toute une nouvelle technologie est en train de s\u2019échafauder autour de ces microorganismes, invisibles à l\u2019oeil nu, qui ont été les premiers êtres vivants sur notre planète.Cette nouvelle technologie (ou biotechnologie) pourrait «dépasser en ampleur la révolution que nous vivons dans le domaine de la micro-électronique au cours de cette décennie» ,estime John Roberts, ministre d\u2019État canadien chargé des sciences et de la technologie.Cette «nouvelle technologie» est, en vérité, vieille comme le monde.L\u2019homme utilise les bactéries pour la fermentation de l\u2019alcool et du fromage depuis des milliers d\u2019années, mais aujourd\u2019hui on leur découvre de nouveaux champs d\u2019action.Ainsi on veut lancer ces microorganismes à l\u2019attaque du pétrole, des forêts, de l\u2019agriculture et de l\u2019exploitation minière.Du pétrole.Il est très difficile de séparer le pétrole des riches sables bitumineux de l\u2019Athabaska et cette opération gg pol mi fra mé dec ik Jen un mé in cor Or bo mange beaucoup d\u2019énergie.Par contre, des essais en laboratoire ont prouvé que des microbes pourraient facilement effectuer ce travail! Actuellement, le pétrole extrait représente moins du tiers du pétrole en place dans le gisement.Avec l\u2019utilisation de microbes qui possèdent la propriété de rendre plus fluide le pétrole, on pourrait récupérer un plus grand pourcentage de ce précieux liquide noirâtre.aux déchets.La disposition des déchets industriels, domestiques et agricoles représente toujours un grave probleme de pollution et des coûts très élevés.Mais les petits microbes raffolent des déchets et, en les digérant, ils les transforment en méthane, qui peut être ensuite directement introduit dans les gazoducs existants.Les résidus de cette fermentation forment un excellent engrais riche en azote et en minéraux, qui de plus ne dégrade pas l\u2019environnement.au méthanol.La forét couvre 37% de notre territoire.Elle constitue un vaste potentiel énergétique pour la production de méthanol, cet hydrate de carbone qui a déjà commencé à remplacer l\u2019essence dans les voitures de certains pays comme le Brésil.La transformation des résidus de bois en cet alcool peut être effectuée par des micro- organismes, ce qui évite encore une fois toute forme de pollution industrielle.Avec ses surplus et ses déchets de bois, le Québec pourrait produire de trois à sept milliards de litres de méthano! par année, mais n\u2019en consommerait que 1300 millions de litres; la vente des ex- .cédents de méthanol pourrait rapporter dans un scénario pessimiste (faible production et bas prix du méthanol) pas moins de 270 millions de dollars.Au lieu d\u2019avoir une balance commerciale déficitaire de $60 millions, le Québec aurait un surplus d\u2019au-delà de 210 millions de dollars, sans compter qu\u2019il serait moins dépendant du pétrole étranger.\u2026.aux engrais azotés.\u2026 Dans le domaine agricole, des recherches vont être tentées pour créer de nouvelles plantes qui seront capables de produire leurs propres engrais azotés en fixant l\u2019azote contenu dans l\u2019air par un processus bactérien tout comme le fait le trèfle.On peut même utiliser des virus et des bactéries pour combattre les insectes qui s\u2019attaquent aux cultures ou aux plantations forestières.On éliminera ainsi les insecticides qui contaminent l\u2019environnement et coûtent fort cher aux agriculteurs.Certains microorganismes ont une teneur en protéines pouvant atteindre 50 à 80% de leur poids.À partir de ces protéines, une excellente moulée peut être fabriquée pour les animaux.On peut aussi en faire de nourrissantes tablettes de bonbons ou encore d\u2019excellentes bouchées de viande pour les êtres humains! .\u2026au minerai Certaines bactéries ayant une affinité avec différents métaux, il est possible d\u2019imaginer un système où les bactéries iraient «chercher» le minerai à la place de l\u2019homme.Ainsi des gisements de cuivre, plomb, de zinc, de nickel ou d\u2019uranium pourraient être exploités même s\u2019ils sont à très faible teneur.La biotechnologie confirme l\u2019adage qui dit que l\u2019on a toujours besoin d\u2019un plus petit que soi.Mais pour développer cette future amitié, il faut mettre un peu de volonté et beaucoup d\u2019argent.Le Canada comme d\u2019habitude a très peu investi dans cette nouvelle technologie comparativement par exemple au Japon qui y consacre $15 milliards par année.Eric Devlin (Service Hebdo-science) "]
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