Le Monde illustré, 5 avril 1902, 5 semaines en ballon
[" LE MONDE ILLUSTRÉ 21 CINQ Semaines en Ballon PAR JULES VERNE \u2014Ah ! monsieur, tout ce qui arrive en ce monde est naturel : r.tout peut arriver.done il faut tout prévoir.\u201d En ce moment, Un coup de fusil retentit dans Pair.\u201c Hein ! fit Joe.\u2014Ma carabine \u2018 \u2014Un signal ! ~Un danger pour nous \u2018 -Pour lui, peut-être, répliqua Joe.\u2014En route : \u201d Les chasseurs avaient rapidement ramassé le produit de leur je reconnais sa détonation \u2018 \u201canse, et ils reprirent leur chemin en se guidant sur des brisées que Kennedy avait fuites.L'épaisseur du fourré les empéchait d'aper- «xoir le \u201c Victoria,\u201d dont ils ne pouvaient étre hien cloignes, Un second coup de feu sc tit entendre.* Cela presse, tit Joc.\u2014Bon ! encore une autre détonation, \u2014Cela m'a l'air d'une défense personnelle, Hâtons-nous,\u201d Et ils coururent à toutes jambes, Arrivés à da Hisiere du bois, ils virent tout d'abord le = Victoria \"isa place.et le docteur dans la nacelle.* Qu\u2019y a-t-il done / demanda Kennedy.-\u2014Grand Dieu ! s'écria Joe.\u2014Que vois-tu / \u2014Là-bas, une troupe de uegres qui assiégent le ballon 0 En effet, à deux milles de là, une trentaine d'individus se pressaient en gesticulant, en hurlant.en gambidant au pied du sycomore, Quelques-uns, grimpés dans l'arbre, Savançaient jusque sur les branches les plus élevées, Le danger semblait imminent, \u201c Mon maitre est perdu, s'éeria Joe, \u2014Allons, Joe, du sang-froid et du coup d'il, Nous tenons la vie de quatre de ces moricauds dans nos mains.En avant °° Us avaient franchi un mille avec une extrême rapidité, quand un nouveau conp de fusil partit «> la nacelle : il atteignit un grand diable qui se hissait par la corde de l'ancre.Un corps sans vie tomba de branche en branche et resta suspendu à une vingtaine de pieds du sol, ses deux bras et ses deux jambes se balançaut dans l'air, \u201c Hein * tit Joe cn s'arrétant.par où diable se tient-il done, cet anunal-li ?\u2014Peu importe, répondit Kennedy, courons ! courous : \u2014Ah * monsieur Kennedy.s'écrin Joe, en éclatant de rire = par sa queue ! c'est par sa quene \u2014(Ç'a vaut encore mieux que de précipitant au milieu de lu bande hurlante.C'était une troupe de cynocéphales assez re brutaux, horribles À voir avec leurs museaux de chien.nt facilement raison, et cette Un singe © ce ne sont que dus singes, w homes, repliqua Kennedy cu se doutables, féroces ot Cependant quelques coups de fusil en eure horde grimacante s'échappa, laissant plusieurs des siens à terre.En un instant, Kennedy s'acerochait à l'échelle : Joe se glissait duns le sycomore et détachait l'ancre ; lu nacelle s'abaissait jusqu'à lui, et il y rentrait sans difficulté.vis s'élevait dans l'air et se dirigeait vers l\u2019est sous l'impulsion d'un Quelques minutes après, lo Vieto- vent modéré.\u201c En voila un assaut ! dit Joe, Nous d'avions cru assiègé par des indigènes.Le étaient que des singes, heureusement : repondit le docteur.De loin, lu ditférence n\u2019est pas grande, mon cher Samuel.- Ni même du près, répliqua Jou.Quoi qu'il en soit, reprit Fergusson, cette attaque de singes pouvait avoir les plus graves conséquences.Ni l'ancre avait perdu prise sous leurs secousses réitérées, qui sait où le vent m'eùt entrainé ! Que vous disais-je, monsieur Kennedy / \u2014'lu avais raison, Joe ; mais, tout en ayant rasoir, à cemament- ll tu préparais des beefsteuks d'antilope, dont lu vue me mettait déjà cn appétit.\u201cJe le crois bien, répondit le docteur, la chair d'antilope est exquise.Vous pouvez en juger, monsieur, lu table est servie.Sur ma foi, dit le chasseur, ces tranches de venaison ont un fumet sauvage qui n\u2019est point à dédaigner.Bon ! je vivrais d'antilope jusqu'à la fin de mes jours, répondit Joe La bouche pleine, surtout avec un verre de grog pour en fnei- iter la digestion.\u201d Joe prépara le breuvage on question, qui fut dégusté avec recueillement.« Jusqu'ici, cela va assez bien, «dit-il.\u201cPrès bien, riposta Kennedy.\u2014Voy ons, monsieur Dick, regrettez-vous de nous avoir aceom- pagnés / _J'anrais voulu voir qu'on m'en eût empéché!\u201d répondit le chasseur avee un air résolu.[1 était alors quatre heures du soir : le + Victoria \u201d rencontra un vourant plus rapide © le sol montait insensiblement, et bientôt la colonne barométrique indiqua une hauteur de 1,500 pieds au-dessus du niveau de la ner.Le docteur fut alors obligé de soutenir son adrostat par une dilatation de gaz assez forte, et le chalumeau fone- tionnait sans cesse.Vers sept heures.le Victore docteur reconnut aussitôt ce vaste défrichement de dix milles « planait sur le bassin de Kanyemé : le d'étendue.avec ses villages perdus au milien des baobabs et des cale- hassiors.LA est la résidence de l'un des sultans da pays de l'Ugogo, où La civilisation est peut-être moins arriérée, on ÿ de sa famille © mais, betes et gens, tous vivent vend plus rarement les membres ensemble dans des huttes rondes sans charpente et qui ressemblent à des meules de foin.Apres Kanyemé, le dans une dépression fertile, la végétation reprit terrain devint aride et rocuilleux : mais, au bout d'une heure.toute sa vigueur, à quelque distance du Mdaburu.Le vent tombait avec le jour, et l'atmosphère semblait s'endormir.Le docteur chercha vainement un courant à ditférentes hauteurs : en voyant ce calme de la nature, il résolat de passer la nuit dans les airs, et, pour plus de sûreté, il s'éleva de 1,000 pieils environ.Le * Victoria \u201d demeurait La nuit meucnitiquement étoilé se fit en silence.séterlirent sur leur couche paisible et s'endor- immobile.Dick et Jou mirent d'un profond sommeil pendant le quart du docteur : à minuit, celui-ci fut remplacé par l'Ecossais.« sil survenait le moindre incident, réveille-moi, lui dit-il : et surtout ne pers pas le harometre des yeux, C'est notre buussole, iv nous autres ! ; ; La nuit fut froide, il y cut jusqu'à 27 degrés de dittérence entre sa température cé celle du jour.Avec les ténèbres avait éclaté le 22 LE MONDE ILLUSTRE concert nocturne des animaux, que la soif et lu faim chassent de leurs repairos ; les grenouilles firent retentir leur voix de soprano, doublée du glapissement des chacals, pendant que la base imposante des lions soutenait les accords de cet orchestre vivant.En reprenant son poste le matin, le Dr Fergusson consulta sa boussole et s'aperçut que la direction du vent avait changé pendant la nuit.Le \u201c Victoria \u201d dévivait dans le nord-est d\u2019une trentaine de milles depuis deux heures environ ; il passait au-dessus du Mabun- guru, pays pierreux, parsemé de blocs de syénite d\u2019un beau poli, et tout bosselé de roches en dos d'âne ; des masses coniques, semblables aux rochers de Karnak, hérissaient le sol comme autant de dolmens druidiques ; de nombreux ossements de buflles ct d\u2019éléphants blanchissaient çà et là ; il y avait peu d'arbres, sinon dans l\u2019est, des bois profonds, sous lesquels se cachaient quelques villages.Vers sept heures, une roche ronde, de près de deux milles d\u2019étendue, apparut comme une immense carapace.\u201c Nous sommes en bon chemin, dit le Dr Fergusson.Voila Jihoue-la-Mkoa, où nous allons faire halte pendant quelques instants, Je vais renouveler la provision d'eau nécessaire à l'alimentation de mor chalumeau ; essayons de nous accrocher quelque part.\u2014II y a peu d'arbres, répondit le chasseur.\u2014Essayons cependant ; Joe, jette les ancres \u201d.Le ballon, perdant peu à peu sa force ascensionnelle, s'approcha de terre ; les ancres coururent ; lu patte de l'une d'elles s'\u2019engagea dans une fissure de rocher, et le \u201c Victoria \u201d demeura immobile.Il ne faut pas croire que le docteur pût éteindre complètement son chalumeau pendant ses haltes.L'équilibre du ballon avait été calculé au niveau de la mer ; or le pays allait toujours en montant, et, se trouvant élové de 600 à 700 pieds, le ballon aurait eu une tendance à descendre plus bas que le sol lui-même ; il fallait donc le soutenir par une certaine dilatation du gaz.Dans le cas seulement où, en l'absence de tout vent, le docteur eût laissé la nacelle reposer sur terre, l\u2019aérostat, alors délesté d\u2019un poids considérable, se serait maintenu sans le secours du chalumeau.Les cartes indiquaient de vastes mares sur le versant occidental de Jihoue-la-Mkoa.Joe s\u2019y rendit seul avec un baril, qui pouvait contenir une dizaine de gallons ; il trouva sans peine l'endroit indiqué, non loin d\u2019un petit village désert, tit sa provision d\u2019eau, et revint en moins de trois quarts d'heure ; il n'avait rien vu de particulier, si ce n'est d'immenses trappes à éléphant ; il faillit même choir dans l\u2019une d'elles, où gisait une carcasse à demi rongée.Il rapporta de son excursion une sorte de nèfles, que des singes mangeaient avidement.Il reconnut le fruit du \u201c mbenbu,\u201d arbre très-abondaut sur la partie occidentale de Jihoue-la-Mkoa.Fergus- son attendait Joe avec une certaine impatience, car un séjour même rapide sur cette terre inhospitalière lui inspirait toujours des craintes.L'eau fut embarquée sans difficulté, car la nacelle descendit presque au niveau du sol ; Joe put arracher l'ancre, et remonta lestement auprès de son maître.Aussitôt, celui-ci raviva sa flamme, et le \u201c Victoria reprit la route des airs.Il se trouvait alors à une centaine de milles de Kazeh, important établissement de l'intérieur de l'Afrique, où, grâce à un courant du sud-est, les voyageurs pouvaient espérer de parvenir pendant cette journée ; ils marchaient avec une vitesse de 14 milles à l'heure ; la conduite de l'aérostat devint alors assez difficile ; on ne pouvait s\u2019élever trop haut sans dilater beaucoup le gaz, car le pays se trouvait déjà à une hauteur moyenne de 3,000 pieds.Or, autant que possible, le docteur préférait ne pas forcer sa dilatation ; il suivit done fort adroitement les sinuosités d\u2019une pente assez roide, et rasa de près les villages de Thembo et de Tura-Wels.Ce dernier fait partie de l'Un- yamwezy, magnifique contrée où les arbres atteignent les plus grandes dimensions, entre autres les cactus, qui deviennent gigantesques, EEL ve dR 125% A, .ATR Wilt L'ENLÈVEMENT DU SORCIER Vers deux heures, par un temps magnifique, sous un soleil de feu, qui dévorait le moindre courant d'air, le Victoria planait au-dessus de la ville de Kazeh, située à 350 milles de la côte.\u201c Nous sommes partis de Zanzibar & neuf heures du matin, dit le docteur Fergusson en\u2019 consultant ses notes, et après deux jours de traversée nous avons parcouru par nos déviations près de 500 milles géographiques.Les capitaines Burton et Speke mirent quatre mois et demi à faire le même chemin ! \u201d CITAPITRE XV Kazeh, point important de l\u2019Afrique centrale, n'est point une ville ; à vrai dire, il n\u2019y a point de ville À l'intérieur.Kazch n\u2019est qu\u2019un ensemble de six vastes excavations, Là, sont enfermées des cases, des huttes à esclaves, avec de petites cours et de petits jardins, soigneusement cultivés ; oignons, patates, anbergines, citrouilles vt champignons d'une saveur parfaite y poussent à ravir.L'Unyamwesy est la terre de la Lune par excellence, le parc fertile et splendide de l'Afrique ; au centre se trouve le district de l\u2019Unya- nembé, une contrée délicieuse, où vivent paresseusement quelques familles d\u2019Omani, qui sont des Arabes d'origine très-pure.Ils ont longtemps fait le commerce À l'intérieur de l'Afrique et dans l'Arabie ; ils ont trafiqué de gommes, d'ivoire, d'indienne, d'vs- claves ; leurs caravanes sillonnaient ces régions équatoriales ; elles vont encore chercher à la côte les objets de luxe et de plaisir pour ces marchands enrichis, et ceux-ci, au milieu de femmes et de serviteurs, mènent dans cette contrée charmante l'existence la moins agitée et ln plus horizontale, toujours étendus, riant, fumant ou dormant.« Autour de ces excavations, de nombreuses cases d'indigines, de vastes emplacements pour les marchés, des champs de canabis et du datura, de beaux arbres ct de frais ombrages, voilà Kazeh. | | LE MONDE ILLUSTRÉ 23 EE LÀ est le rendez-vous général des caravanes : celle du Sud, avec Jours esclaves ct leurs chargements d'ivoire : celles de l'Ouest, qui exportent le coton et les verroteries aux tribus des Grands- Laes.Aussi, dans les marchés, régne-t-il une agitation perpétuelle, un brouhaha sans nom, composé du cri des porteurs métis, du son des tambours et des cornets des hennissements des mules, du braiment des ânes, du chant des femmes, du piaillement des enfants, et des coups de rotin de Jemadar, qui bat lu mesure dans cette symphonie pastorale.LA s'étalent sans ordre, et mênie avec un désordre charmant, les étoiles voyantes, les rassades, les ivoires, les dents de rhinoedros, les dents de requins, le miel, le tabac, le coton : Lt se pratiquent les marchés les plus étranges, où chaque ohjet n'a de valeur que par les désirs qu\u2019il excite.Tout d'un coup, cette agitation, co mouvement, ce bruit tomba Le © Vietorin planait majestueusement et descendait peu à peu, sans s'écarter de lu subitement.venait d'apparaîitre dans les airs il verticale.Hommes, femmes, enfants, esclaves, marchands, Arabes ct nègres, tout disparut et se glissa dans les \u201c tembés \u201d et sous les huttes.« Mon cher Samuel, dit Kennedy, si nous continuons ir produire de pareils effets, nous aurons de la peine à établir des relations commerciales avec ces gens-li.\u2014I1 y aurait cependant, dit Joe, une opération commerciale d'une grande simplicité à faire.ment et d'emporter les marchandises les plus précieuses, sans nous Ce serait de descendre tranquille- préoceuper des marchands.On s'enrichirait.\u2014Bon ! répliqua le docteur, ces indigènes ont eu peur au pre- nier moment.ou par curiosité.\u2014Vous croyez, mon maitre \u201d \u2014_Nous verrons bien ; mais il sera prudent de ne point trop les Mais ils ne tarderont pas ii revenir par superstition approcher : le \u201c Victoria \u201d n'est pas un ballon blindé ni enirassé : 1! n'est done à l'abri ni d\u2019une balle, ni d'une flèche, \u2014Comptes-tu done, mon cher Samuel, entrer en pourparters avec ces Africains ?\u2014Si cela se peut, pourquoi pas / répondit le docteur ; il doit se trouver à Kazeh des marchands arabes plus instruits, moins sauvages, Je me rappelle que MM.Burton et Speke n'eurent qu'à se louer de l'hospilalité des habitants de lu ville.Ainsi, nous pouvons tenter l'aventure.\u201d Le \u201c Victoria, \u201d s'étant insensiblement rapproché de terre, acero- cha l'une de ses ancres au sommet d'un arbre près de la place du marché, Toute la population reparaissait en cv moment hors de ses trous: les têtes sortaient avec circonspection.l\u2019lusieurs = Waganga \u201d, reconnaissables à leurs insignes de coquillages coniques, s'avancèrent har- dimeut ; c'étaient les sorciers «de l'endroit.Ils portaient à leur ceinture de petites gourdes noires enduites de graisse, et divers objets de magie, d\u2019une malpropreté d'ailleurs toute doctorale.Peu à peu, la foule se tit à leurs côtés, les femmes et les enfants les entourèrent, les tambours rivaliserent de fracas, les mains se choquèrent et furent tendues vers le ciel \u201c C'est leur manière de supplier, dit le docteur Fergusson ; st je ne tue trompe, nous allons être appelés à Jouer un grand rôle.-\u2014Eh bien * monsieur, jouez-le.\u2014Tui-même, mon brave Joe, tu vas peut-ctre devenir un dieu.\u2014Eh ! monsieur, cela ne m'inquiète guère, ct l'encens ne me déplait pas.\u201d » Myanga \u201d fit un geste, et En ce moment, un des sorciers, un It adressa toute cette clameur s'éteignit dans un profond silence.quelques paroles aux voyageurs, MIX dans une langue inconnue.Le docteur Fergusson n'ayant pas compris, lança à tout hasard quelques mots d'arabe, «t il lui fut immédiatement répondu dans cette langue, L'orateur se livra à uve ahondunte harangue, très fleurie, très écoutée ; le docteur ne tarda pas à reconnaître que le Victoria\u201d était tout bonnement pris pour la Lune en personne, et que cette aimable décsse avait daigné s'approcher de lu ville avec ses trois Fils, honneur qui ne serait jamais oublié dans cette terre aimée du Soleil.Le docteur répondit avec une grande dignité que lu Lune faisait tous les mille ans sa tournée départementale, éprouvant le besoin de se montrer de plus près à ses adorateurs ; il les priait done de ne pas se gener et d'abuser de sa divine présence pour faire connaître leurs besoins et leurs verux.Le sorcier répondit à son tour que le sultan, le \u201cMwani\u201d, malade depuis de longues années, réclamait les secours du Ciet, et il invitait les Fils de la Lune à se rendre aupres de lui.Le docteur tit part de l'invitation à ses compagnons.\u201c Et tu vas te rendre auprès de ce roi nègre ?dit le chasseur.-Nans doute.Ces gens-là me paraissent bien disposés : l'atmos- phière est calme : il n'y à pus un souttle de vent ! Nous n'avons rien à craindre pour le \" Victoria\u201d.-Mais que feras-tu / \u2014Nois tranquille, mon cher Diek : avec un peu de médecine, je n'en tireral.\u201d Puis, s'adressant à lu foule : \u201cLa lune, prenant en pitié le souverain cher aux enfants de l'Unyanuwezy, nous a confié le soin de su guérison.Qu'il se prépare à nous recevoir !\u201d Les clameurs, les chants, les démonstrations redoublerent, et toute cette vaste fourmilière de têtes noires se remit en mouvement.\u201c Maintenant, mes amis, ditle De Fergusson, il faut tout prévoir: nous pouvons, à un moment donné, être forcés de repartir rapidement.Dick restera done dans la nacelle, et, au moyen du chalumeau, il maintiendra une force ascensionnelle suffisante.L'ancre est solidement assujettie ; il n\u2019y à rien à craindre.Je vais descendre à terre.Joe tn\u2019accompagnera seulement, il restera au pied de l'échelle.Comment! tu iras seul chez ee moricaud / dit Kennedy.Comment ! M.Samuel, s'écria Joe, vous ne voulez pas que je vous suive jusqu'au bout / \u2014Non, j'irai seul ; ces braves gens se figurent que leur grande déesse ln Lune est venue leur rendre visite : je suis protégé par la superstition : ainsi, n'ayez aucune crainte.et restez chacun au poste que je vous assigne.-Puisque tu le veux.répondit le chasseur.\u2014Veille à la dilatation du gaz.\u2014(\"est convenu.\u201d Les cris des indigenes vedoublaient : ils réclamaient énergiquement l'intervention céleste.« Voilh { voilà ! fit Joe.Je les trouve un peu impérieux envers leur honne Lune et ses diving Fils\u201d Le docteur, muni de st pharmacie de voyage, descendit à terre, précédé de Joe, Celui-ci, grave et digne comme il convenait, s'assied au pied de l'échelle, les jambes croisées sous lui à la façon arabe, et une partie de la foule l'entoura d'un cercle respectueux.Pendant.ce temps, le Dr Fergusson, conduit au son des instruments, escortés par des pyrrhiques religieuses, s'avança lentement vers le \u201ctembé royal,\u201d situé assez loin hors de la ville: il était environ trois heures, et le soleil resplendissait : il ne pouvait faire moins pour la circonstance.Le docteur marchait avec dignité ; les \u201c Waganga \u201d l'entouraient et contenaient la foule, Fergusson fut bientôt rejoint par le fils naturel du sultan, jeune garçon assez bien tourné, qui, suivant lu LE MONDE ILLUSTRÉ A Se re \u2014 coutume du pays, était le seul héritier dus biens paternels, à l\u2019exclusion des enfants légitimes ; il se prosterna devant le Fils de la Lune ; celui-ci le releva d\u2019un geste gracieux.Trois quarts d'heure après, par des sentiers ombreux, au milieu de tout le luxe d\u2019une végétation tropicale, cette procession enthousiasmée arriva au palais du sultan, sorte d'\u2019édifice carré, appelé Ititénya, et situé au versant d\u2019une colline.Une espèce de vérandah, formée par le toit de chaume, régnait à l'extérieur, appuyée sur des poteaux de bois qui avaient la prétention d'être sculptés.De longues lignes d'argile rougeÂtre ornaient les murs, cherchant à reproduire des figures d'hommes et de serpents, ceux-ci naturellement mieux réussis que ceux-là.La toiture de cette habitation ne reposait pas immédiatement sur les murailles, et l\u2019air pouvait y circuler librement ; d'ailleurs, pas de fenêtres, et à peine une porte.Le Dr Fergusson fut reçu avec de grands honneurs par les gardes et les favoris, des hommes de belle race, des Wanyamwezi, type pur des populations de l'Afrique centrale, forts et robustes, bien faits et bien portants.Leurs cheveux, divisés en un grand nombre de petites tresses, retombaient sur leurs épaules ; au moyen d\u2019incisions noires ou bleues, ils zébraient leurs joues depuis les tempes jusqu'à ln bouche.Leurs oreilles, affreusement distendues, supportaient des disques en bois et des plaques de gomme copal ; ils étaient vêtus de toiles brillamment peintes ; les soldats, armés de la sagaie, de l'arc, de la flèche barbelée et empoisonnée du suc de l'euphorbe, du coutelas, du \u201c sime,\u201d long sabre à dents de scie, et de petites haches d'armes.Le docteur pénétra dans le palais.Là, en dépit de la maladie du sultan, le vacarme déjà terrible redoubla à son arrivée.Il remarqua au linteau de la porte des queues de lièvre, des crinières de zèbre, suspendues en manière de talisman.Il fut reçu par la troupe des femmes de Sa Majesté, aux accords harmonieux de l\u2019 \u201c upatu,\u201d sorte de cymbale faite avec le fond d\u2019un pot de cuivre, et au fracas du \u201c kilindo,\u2019 tambour de cinq pieds de haut creusé dans un trone d'arbre, et contre lequel deux virtuoses s\u2019escrimaient à coups de poing.La plupart de ces feinmes paraissaient fort jolies, et fumaient en riant la tabac et le thang dans de grandes pipes noires ; elles semblaient bien faites sous leur longue robe drapée avec grâce, et portaient le \u201c kilt en fibres de calebasse, fixé autour de leur ceinture.Six d\u2019entre elles n'étaient pas les moins gaies de la bande, quoique placées à l'écart et réservées à un cruel supplice.A la mort du sultan, elles devaient eue enterrées auprès de lui, pour le distraire pendant l\u2019éternelle solitude.Le Dr Fergusson, après avoir embrassé tout cet ensemble d\u2019un coup d'œil, s'avança jusqu\u2019au lit de bois du souverain.Il vit là un homme d\u2019une quarantaine d'années, parfaitement abruti par les orgies de toutes sortes et dont il n'y avait rien à faire.Cette maladie, qui se prolongeait depuis des années, n'était qu\u2019une ivresse perpétuelle.Ce royal ivrogne avait à peu près perdu connaissance, et tout 'ammoniaque du monde ne l'aurait pas remis sur pied.Les favoris et les femmes, fléchissant le genou, se courbaient pendant cette visite solennelle.Au moyen de quelques gouttes d\u2019un violent cordial le docteur ranima un instant ce corps abruti ; le sultan fit un mouvement, et, pour un cadavre qui ne donnait plus signe d'existence depuis quelques heures, ce symptôme fut accueilli par un redoublement de cris en l'honneur du médecin.Celui-ci, qui en avait assez, écarta par un mouvement rapide ses adorateurs trop démonstratifs et sortit du palais.Il se dirigea vers le \u201c Victoria \".Il était six heures du soir.Joe, pendant son absence, attendait tranquillement au bas de l'échelle ; la foule lui rendait les plus grands devoirs.En véritable Fils de la Lune, il se laissait faire.divinité, i d'un assez brave homme, pas fier, familier même avec les jeunes Africaines, qui ne se lassaient pas de le contempler.leurs d\u2019aimables discours.\u201c Adorez, mesdemoiselles, ndorez, leur disait-il ; je suis un sam diable, quoique fils de déesse ! \u201d On lui présenta les dons propitiatoires, ordinairement «dép «cs dans les \u201c mzimu \u201d ou huttes-fétiches.Cela consistait en épis 1 et en \u201c pombé \u201d.Joe se crut obligé de goiter & cette espice dein yo forte ; mais son palais, queique fait au vin et au whiskey, ne pur 0 supporter la violence.Il fit une affreuse grimace, que l'assistan prit pour un sourire aimable.Et puis les jeunes filles, confondant leurs voix dans une mei trainante, exécutèrent une danse grave autour de lui.\u201c Ah ! vous dansez, dit-il, ch bien ! je ne serai pas en reste u «© vous, et je vais vous montrer une danse de mon pays.\u201d Et il entama une gigue étourdissante, se contournant, se détir 1 se déjetant, dansant des pieds, dansant des genoux, dansant | mains, se développant en contorsions extravagantes,en poses iner.a bles, en grimaces impossibles, donnant ainsi à ces populations 1.étrange idée de la manière dont les dieux dansent dans la Lun.Or, tous ces Africains, imitateurs comme des singes, eur H leur tenait 411.bientôt fait de reproduire ses manières, ses gambades, ses trémou- ments ; ils ne perdaient pas un geste, ils n\u2019oubliaient pas une ai tude ; ce fut alors un tohu-bohu, un remuement, une agitation (ut il est difficile de donner une idée, même faible.fête, Joe aperçut le docteur.Celui-ci revenait en toute hâte, au milieu d'une foule huri - et désordonnée.Les sorciers et les chefs semblaient fort animes.\u2018nm entourait le docteur ; on le pressait, on le menaçait.Etrange revirement ! Que s\u2019était-il passé ?Le sultan avi il maladroitement succombé entre les mains de son médecin céleste Kennedy, de son poste, vit le danger sans en comprendr 1 cause.Le ballon, fortement sollicité par la dilatation du (az, ten: sa corde de retenue, impatient de s'élever dans les airs.Le docteur parvint au pied de l'échelle.Une crainte super-!1 tieuse retenait encore la foule et l'empéchait de se porter à «d- violences contre sa personne : il gravit rapidement les échelons Joe le suivit avec agilité.\u201c Pas un instant à perdre, lui dit son maitre.dérober l'ancre ! Nous couperons la corde ! Suis-moi ! \u2014Mais qu\u2019y a-t-il donc ?demanda Joe en escaladant la nae\" \u2014 Qu'est-il arrivé ?tit Kennedy, sa carabine à la main.\u2014 Regardez, répondit le docteur en montrant l'horizon.\u2014Eh bien ?demanda le chasseur.\u2014\u2014Eh bien ! la lune \u2018\u201d La lune, en etfet, se levait rouge et splendide, un globe de tu sur un fond d'azur.C'était bien elle! Elle et le \u201c Victoria ! \u201d Ou il y avait deux lunes, ou les étrangers n'étaient que > imposteurs, des intrigants, des faux dieux : Telles avaient été les réflexions naturelles de la foule.revirement.Joe ne put retenir un immense éclat de rire.La population «tv Kazeh, comprenant que sa proie lui échappait, poussa des hurlement- prolongés : des arcs, des mousquets furent «dirigés vers le ballon.Au plus beau Ne cherche pa a De Bil Mais un des sorciers fit un signe.Les armes s'abaissèrent : il grimpa dans l'arbre, avec l'intention de saisir la corde de l'ancre + d'amener la machine à terre.Joe s\u2019élança une hachette à la main.\u201c Faut-il couper ?dit-il.\u2014Attends, répondit le docteur.\u2014Mais ce nègre ?.\u2014 Nous pourrons peut-être sauver notre ancre, et j'y tiens.Hi sera toujours temps de couper \u201d. tar Arve st 4e 1e , Le sorcier, arrivé dans l'arbre, fit si bien qu'en rompant les branches il parvint à décrocher l'ancre ; celle-vi, violemment attirée , * .par I'aérostat, attrapa le sorcier entre les jambes, et celui-ci, à cheval sur cet hippogrifte inattendu, partit pour les régions de l'air.La stupeur de la foule fut inuuense de voir l\u2019un de ses Waganga s'élancer dans l\u2019espace.\u201c » * s\u2019écri .\\ ; wo at A ; Hurrah : s\u2019écria Joe pendant que le Vietoria \u201d, grâce à sa puissance ascensionnelle, moutait avec une grande rapidité.\u2014I1 se tient bien, dit Kennedy : un petit voyage ne lui fera pas de mal.\u2014Est-ce que nous allons lacher ce nègre tout d'un coup / demanda Joe.\u2014Fi donc ment À terre, et je crois qu'après une telle aventure, son pouvoir de répliqua le docteur © nous le replacerons tranquille- magicien s\u2019accroîtra singulièrement dans l'esprit de ses contemporains.\u2014Ils sont capables den faire un dieu 7, s'éeria Joe.Le \u201c Victoria \u201d était parvenu à une hauteur de mille pieds Le nègre se cramponnait à la corde avec une énergie Il se tuisait, ses yeux demeuraient fixes, Sa Un léger vent d'ouest poussait le ballon au environ.terrible.mélait d'é¢tonnement.delà de Ia ville.Une demi-heure plus tard, le docteur.voyant Le pays désert, modéra la flamme du chalumeau et se rapprocha de terre.A vingt pieds du sol, le nègre prit rapidement son parti : il terreur se s\u2019élança, tomba sur les jambes et se mit à fuir vers Kazeh, tandis que, subitement détesté, le © Victoria \u201d remontait dans les airs, CHAPITRE NVE \u201cVoilà ce que c'est, dit Joe, de faire les Fils de la Lane sans sa permission ! Ce satellite a failli nous jouer là un vilain tour ! Est-ce que, par hasard, mon maître, vous auriez compromis sa réputation par votre médecine ?\u2014 Au fait, dit le chasseur, qu'était ce sultan de Kazeh / \u2014Un vieil ivrogne à demi-mort, répondit le docteur, et dont la perte ne se fera pas trop vivement sentir.Mais la morale de eect, c\u2019est que les honneurs sont éphémères, et il ne faut pas trop y prendre goût.\u2014Tant pis, répliqua Joe.dieu à sa fantaisie | Mais que voulez-vous / la Lune s'était montrée.Cela n'allait * Etre adoré ! faire le et toute rouge, ce qui prouve bien quelle était féchée !\u201d Pendant ces discours et autres, dans lesquels Joe examina l'astre vue entièrement nouveau, le ciel se chargeait Un à trois cents pieds du sol, poussait le Au-dessus de lui, ln voûte azurée des nuits à un point de de gros nuages vers le nor vent assez vif, ramasssé \u201c Victoria \u201d vers le nord-nord-est.était pure, mais on la sentait lourde.Les voyageurs se trouvèrent, vers huit heures du soir, par 32 AU\u201d de longitude et + 17° de latitude : les courants atmosphériques.sous l'influence d'un orage | de trente-cing milles à l'heure.les plaines ondulées et fertiles de Mfuto.rable, et fut admiré.« Nous sommes en plein pays de In Lune.dit le Dr Fergusson.car il a conservé ce nom que lui donna l'antiquité, sans doute parce que la lune y fut adorée de tout temps.C'est vraiment une contrée magnifique, et l'on rencontrerait difficilement une vegetation plus belle.\u2014-Si on la trouvait autour de Londres, ce ne serait pas naturel, répondit Joe ; mais ce serait fort agréable ! Pourquoi ces belles choses-là sont-elles réservées à cles pay |, de ces nuages sinistres ct pesants.nwochair, les poussaient avec une Vitesse Sous leurs pieds passaient rapidement Le spectacle en était aduni- s aussi barbares ?LE MONDE ILLUSTRÉ 25 Et sait-on, répliqua le docteur, si quelque jour cette contrée ne deviendra pas le centre de ln civilisation ?Les peuples de l'avenir s\u2019y porteront peut-être, quand les régions de l'Europe se seront épuisées à nourrir leurs habitants.\u201cFu crois cela ?tit Kennedy.-Suns doute, mon cher Dick.Vois la marche des événements ; considère les migrations successives des peuples, ct tu arriveras à la même conclusion que moi, L'Asic est la première nourrice du monde, n'est-il pas vrai ¢ Pendant quatre mille ans peut-être, elle travaille, elle est féconde, elle produit, et puis quand les pierres ont poussé li où poussaient les moissons dorées d\u2019Homière, ses enfants abandonnent son sçin épuisé et flétri.Tu les vois alors se jeter sur l\u2019Europe, jeune et puissante, qui les nourrit depuis deux mille ans.Mais déjà sa fertilité se perd ; ses facultés productrices diminuent chaque jour : ces maladies nouvelles, dont sont frappés chaque année les produits de la terre, ces fausses récoltes, ces insuffisantes ressources, tout cela est le signe certain d'une vitalité qui s\u2019altère, d'un épuisement prochain.Aussi voyons-nous déjà les peuples se précipiter aux nourrissantes mamelles de l'Amérique, comme à une source non pus inépuisable, mais encore inépuisée.À son tour, ce nouveau continent se fera vieux : ses forêts vierges tomberont sous la hache de l'industrie ; son sol s\u2019affaiblira pour avoir trop produit ce qu\u2019on lui aura trop demandé : là où deux moissons s\u2019épanouissaient chaque année, à peine une sortira-t-elle de ces terrains à bout de forces.Alors l'Afrique offrira aux races nouvelles les trésors aceu- mulés depuis des sièeles dans son sein.Ces climats fatals aux étrangers s'épureront par les assolements ct les drainages : ces eaux éparses se réuniront dans un lit commun pour former une artère navigable.Et ce pays sur lequel nous planons, plus fertile, plus riche, plus vital que les autres, deviendra quelque grand royaume, où se produiront des découvertes plus étonnantes encore que la vapeur et l'électricité.- Ah! monsieur, dit Joe, je voudrais bien voir cela.Tu t'es levé trop matin, mon garçon.\"D'ailleurs, dit Kennedy, cela sera peut-être une fort ennuyeuse époque que celle où l'industrie absorbera tout à son protit ! A force d'inventer «les machines, les hommes se feront dévorer par elles | Je me suis toujours figuré que le dernier jour du monde sera celui où quelque immense chaudière chautfée à trois milliards d\u2019atmosphère fera sauter notre globe ! Et j'ajoute, dit Joe, que les Américains n'auront pas été les 4 derniers à travailler à la machine ! -\u2014En effet.répondit le «locteur, ce sont de grands chaudronniers : Mais, sans nous laisser emporter de semblables discussions, conten- tons-nous d'admirer cette terre de la Lune, puisqu'il nous est donné de la voir,\u201d Le soleil, glissant ses derniers rayons sous la masse des nuages amoncelés, ornait d'une crête d'or les moindres accidents du sol : arbres gigantesques, herbes arborescentes, mousses à ras de terre, tout avait sn part de eet efluve lumineux : le terrain, légèrement andulé, ressautait ¢a et lu en petites collines coniques ; pas de montagnes à l'horizon , d'immenses palissades broussaillées, des haies impénétrables, des jungles épineuses séparaient les clairières où s éta- Inient de nombreux villages ; lez euphorbes gigantesques les entouraient de fortitications naturelles, en s\u2019entremélant aux branches coral- liformes des arbustes.Bientôt le Malagazari.principal affluent du lac \u2018Tanganayika, se mit à serpenter sous les massifs de verdure ; il donnait asile à ces nombreux cours d'eau, nés de torrents gonflés à l\u2019époque des crues, ou d'étangs creusés dans la couche argileuse du sol.Pour des observateurs élevés, c'était un réseau de cascades jeté sur toute la face occidentale du pays. 26 LE MONDE ILLUSTRE rt Des bestiaux à grosses bosses pâturaient «lans les prairies grasses et disparaissaient sous les grandes herbes ; les forêts, aux essences magnifiques, offraient aux yeux comme de vastes bouquets ; mais dans ces bouquets, lions, léopards, hyènes, tigres, se réfugiaicut pour échapper aux dernières chaleurs du jour.Parfois un éléphant faisait ondoyer la cime des taillis, et l\u2019on entendait le craquement des arbres cédant à ses cornes d'ivoire.« Quel pays de chasse ! s'écria Kennedy enthousiasmé ; une balle lancée à tout hasard dans une forêt, rencontrerait un gibier digne d'elle ! Est-ce qu'on ne pourrait pas en essayer un peu ! \u2014Non pas, mon cher Dick ; voici la nuit, une nuit menagante, escortée d'un orage.Or, les orages sont terribles dans cette contrée, où le sol est disposé comme une immense batterie électrique.\u2014 Vous avez raison, monsieur, dit Joe ; la chaleur est devenue étouffante, le vent est complétement tombé : on sent qu\u2019il se prépare quelque chose.\u2014L'atmosphère est chargée d'électricité, répondit le docteur ; LES HIPPOPOTAMES A LA SURFACE DES ÉTANGS tout être vivant est sensible à cet état de l'air qui précède la lutte des éléments, et j'avoue que je n\u2019en fus jamais imprégné à ce point.\u2014Eh bien ! demanda le chasseur, ne serait-ce pas le cas de descendre ?\u2014Au contraire, Dick, j'aimerais mieux monter.Je crains seulement d\u2019être entrainé au delà de ma route pendant ces croisements de courants atmosphériques.\u2014Veux-tu donc abandonner la direction que nous suivons depuis la côte ?\u2014Si cela m'est possible, répondit Fergusson, je me porterais plus directement au nord pendant sept à huit degrés : j'essaycrai de remonter vers les latitudes présumées des sources du Nil ; peut-être apercevrons-nous quelques traces de l'expédition du capitaine Speke, ou même là caravane de M.de Aeuglin.Si mes calculs sont exacts, \u2014\u2014 ess = 2e 0 nous nous trouvons par 32° 40 de longitude, et je voudrais monter droit au delà de l'équateur.\u2014-Vois done ! s'écria Kennedy en interrompant son compagnon, vois done ces hippopotames qui se glissent hors des étangs, Ces masses de chair sanguinolente, et ces crocodiles qui aspirent bruyaniment l'air ! Mls étouffent ! fit Joe, Ah! quelle manière charmante de voyager, et comme on méprise toute cette malfaisante vermnine \u2018 Monsieur Samuel ! monsieur Kennedy, voyez donc ces bnndes d'u nimaux qui marchent en rangs pressés | Hs sont bien deux cents : ce sont des loups.Non, Joe, mais des chiens sauvages : une fameuse race, qui ne craint pas de s'attaquer aux lions.C\u2019est la plus terrible rencontre que puisse faire un voyageur.Il est immédiatement mis en pièces.ce ne sera pus Joe qui se chargera de leur mettre une \u2014Bon \u2018 musclière, répondit l'aimable garçon.Après ça, si c'est leur naturel, il ne faut pas trop leur en vouloir.\u201d Le silence se faisait peu À peu sous l'influence de l'orage : à semblait que l'air épaissi devint impropre à transmettre les sons : l'atmosphère paraissait ouatée et, comme une salle tendue de tapisseries, perdait toute sonorité.L'oiseau rameur, la grue couronnée, les geais rouges et bleus, le moqueur, les moucherolles disparaissaient dans les grands arbres.La nature entière offrait les symptômes d'un cataclysme prochain.A neuf heures du soir, le * Victoria \u201d demcurait immobile au- dessus de Mséné, vaste réunion de villages à peine distinets dans l'ombre ; parfois la réverbération d'un rayon égaré dans l'eau morne indiquait des fossés distribués régulièrement, et, par une dernière éclaircie, le regard put saisir la forme calme et sombre des palmiers.des tamarins, des sycomores et des enphorbus gigantesques.* J'étoufte, dit l\u2019Ecossais en aspirant à pleins poumons le plus possible de cet air rarétfié : nous ne bougeons plus ! Descendrons- nous / \u2014Mais l'orage / tit le docteur assez inquiet.\u2014 Si tu crains d'être entraîné par le vent il me seruble que ta n'as pas d'autre parti à prendre.\u2014L'orage n'éclatera peut-être pas cette nuit, reprit Joe : les nuages sont tres-laut.\u2014C'est même une raison qui me fait hésiter à les dépasser : à faudrait monter à une grande élévation, perdre la terre de vue et ne savoir pendant toute la nuit si nous avançons et de quel côté nous avancons.\u2014Décide-toi, mon cher Sainuel ; cela presse.\u2014H est fâcheux que le vent soit tombé, reprit Joe : entraînés loin de l\u2019orage.\u2014Cela est regrettable, mes amis, car les nuages sont un danger pour nous ; ils renferment des courants opposés qui peuvent nous enlacer dans leurs tourbillons et des éciairs capables de nous incendier.D'un autre côté, la force de la rafale peut nous précipiter à terre, si nous jetons l'ancre nu sommet d'un arbre.\u2014 Alors, que faire ?\u2014Îl faut maintenir le \u201c Victoria \u201d dans une zone moyenne entre les périls de la terre et du ciel.Nous avons de l'eau en quantité suffisante pour le chalumeau, et nos deux cents livres de lest sont intactes.Au besoin, jo men servirais, \u2014Nous allons veiller avec toi, dit le chasseur.\u2014 Non, ines amis ; mettez les provisions à l'abri, et couchez- vous ; je vous réveillerai si cela est nécessaire.il nous eût \u2014Mais, mon maître, ne feriez-vous pas bien de prendre du repos vous-même, puisque rien ne nous menace encore ?\u2014Non, merci, mon garçon ; je préfère veiller.Nous sommes immobiles, et, si les circonstances ne changent pas, demain nous nous trouverons exactement à la même place. LE MONDE ILLUSTRE 27 \u2014 Bonsoir, monsieur.\u2014Bonne nuit, si c\u2019est possible.\u201d Kennedy et Joe sallongérent sous les convertures, et te docteur demeura seul dans l'immensité, Cependant le dôme des nuages s'abaissait insensiblement, et l'obscurité se faisait profonde.La voûte noire s'arrondissait autour du globe terrestre comme pour l'écraser.Tout d'un coup, un éclair violent, rapide, incisif, raya l'ombre ; sa déchirure n'était pas refermée qu'un effrayant éclat de tonnerre ébranlait les profondeurs du ciel.\u201c« Alerte ! \u201d s'éerin Fergusson, Les deux dormeurs, réveil'és à ce bruit épouvantable, se tenaient à ses ordres.\u201c Descendons-nous ?tit Kennedy.\u2014Non ! le ballon n'y résisterait pas.nuages se résolvent en cau ct que le vent se déchaine Montons avant que ces Et il poussa activement lu lamnme du chalumeau dans les spirales du serpentin.Les orages des tropiques se développent avec une rapidité eom- parable à leur violence.le vingt autres immédiats.Le ciel était zébré d'étineelles électriques, Un second éclair déchira la nue et fut suis i qui grésillaient sous les larges gouttes de la pluie.« Nous sommes attardés, dit le docteur.11 nous faut maintenant traverser une zone «de feu avec notre ballon rempli d'air intlatnmable \u2014 Mais à terre ! à terre ! reprenait toujours Kennedy.\u2014Le risque d'étre foudroyé serait presque le méme.ot nous serions vite déchirés aux branches des arbres ! \u2014Nous montons, monsieur Samuel ! \u2014Plus vite ! plus vite encore!\u201d Dans cette partie de l'Afrique, pendant les orages équatoriaux.il n\u2019est pas rare de compter de trente à trente-cing éclairs à la minute.Le ciel est littéralement en feu, et les éclats du tonnerre ne discontinuent pas.Le vent se déchainait avec une violence effrayante dans cette atmosphère embrasée : il tordait les nuages incandescents : on eût dit le souffle d'un ventilateur immense qui activait tout cut incendie, Le Dr Fergusson maintenait son chalummeau à pleine chaleur : le ballon se dilatait ct montait : à genoux.aux centre de lu nacelle.Kennedy retenait les rideaux de la tente.Le ballon tourbillonnait à donner le vertige, et les voyageurs subissaient d'inquiétantes oscillations, Il se faisait de grandes cavités dans l'enveloppe de l\u2019aérostat : le vent s\u2019y engouffrait avec violence.vt le taffetas détonnait sous sa pression.Une sorte de grèle, précédée d'un bruit tumultueux.sillonnait Patmosphere et crépitait sur le * Victoria\u201d cependant, continuait sa marche ascensionnelle : les éclairs dessinaient des tangentes entlamimnées À sa circonférence ; il était en plein feu.\u201c A la garde de Dieu! dit le Ir Fergusson © nous somes entre Préparons-nous à tout événe- Celui-ci, ses mains ; lui seul peut nous sauver.ment, même À un incendie : notre chute peut n'être pas rapide.\u201d La voix du docteur parvenait à peine à l'oreille de ses compagnons; mais ils pouvaient voir sa tigure ralme au milieu du sillonne- ment des éclairs ; il regardait les phénomènes de phosphorescence produits par le feu Saint-Elme qui voltigeait sur le filet de l'aérostat.Celui-ci tournoyait, tourhillonnait, mais il montait toujours: au bout d\u2019un quart d'heure, il avait dépassé la zone des nuages orageux : les etHuences électriques se développaient au-dessous de lui, comme une vaste couronne de feux d'artifice suspendus à sa nacelle.C'était là l'un des plus beaux spectacles que la nature pit donner à l'homme.En bas, l'orage.En haut, le ciel étoilé, tranquille, muet, impassible, avec In lune projetant ses paisibles rayons sur ces nuages irrités.Le Dr Fergusson consulta le baromètre, il donna douze mille pieds d'élévation.Il était onze heures du soir.* Grâce au ciel, tout danger est passé, dit-il: il nous suilit de nous maintenir à cette hauteur.-C'était effrayant! répondit Kennedy.Bon, répliqua Joe, cela jette de la diversité dans le voyage, et Je ne suis pas fâché d'avoir vu un orage d'un peu haut.C'est un joli our spectacle! CHAPITRE XVII - Vers six heures du matin, le lundi, le soleil s'élevait au-dessus de l'horizon : les nuages se dissipérent, et un joli vent rafraîchit ces premières lueuvs matinales, La terre, toute parfumée, reparut aux yeux des voyageurs.Le ballon, tournant sur pluce au milieu des courants opposés, avait à peine dérivé : le docteur, laissant se contracter le gaz, descendit afin de saisir une direction plus septentrionale.Longtemps ses recherches furent vaînes : le vent l'entraina dans l'ouest, jusqu'en vue des célèbres montagnes de la Lune, qui s'arrondissent en demi-cercle autour de la pointe du lne Tanganayika : leur chaîne, peu accidentée, se détachait sur l'horizon bleuâtre : on eût dit une fortitication naturelle, infranchissable aux explorateurs du centre de l'Afrique ; quelques cônes isolés portaient la trace des neiges éternelles, - Nous voilit, dit le docteur, dans un pays inexploré : le capitaine Burton s'est avancé fort avant dans l'Ouest ; mais il n'a pu atteindre ces montagnes célébres ; il en a méme nié l'existence, affirmée par Speke, son compagnon : il prétend qu\u2019elles sont nées dans l'imagination de ce dernier : pour nous, mes amis, il n\u2019y a plus de doute possible.-Est-ce que nous les franchirons ?demanda Kennedy.Non pus, s'il plait à Dieu : j'espère trouver un vent favorable qui ne raménera à l'équateur ; j'attendrai même, s'il le faut, et je ferai du * Victoria \u201d comme d'un navire qui jette l'ancre par les vents contraires.\u201d Mais les prévisions du docteur ne devaient pas tarder à se réaliser, Après avoir essayé différentes hauteurs, le \u201c Victoria \u201d fila dans le nord-est avec une vitesse moyenne, \u201c Nous sommes dans la bonne direction.dit-il en consultant sa boussole, et à peine à deux cents pieds de terre, toutes circonstances heureuses pour reconnaître ces régions nouvelles ; le capitaine Speke, cn allant à la découverte du lec Ukéroué, remontait plus à l\u2019est, en «droite ligne au-dessus de Kazeh, Irons-nous longtemps de la sorte ?demanda Kennedy.- leut-être ; notre but est de pousser une pointe du côté des sources du Nil, «t nous avons plus de six cents milles à parcourir, jusqu'à la limite extrème atteinte par les explorateurs venus du Nord.\u2014Et nous ne mettrons pas pied à terre, tit Joe, histoire de se dégourdir les jambes ¢ -\u2014-\u2014Si vraiment : il faudra d'ailleurs ménager nos vivres, et, chemin faisant, mon brave Dick, tu nous approvisionneras de viande fraiche.- Dès que tu le voudras, ami Samuel, \u2014 Nous aurons aussi à renouveler notre réserve d'eau.Qui sait si nous ne serons pas entraînés vers des contrées arides ?On ne saurait done prendre trop de précautions.\u201d A midi.le * Victoria \u201d se trouvait par 207 15° de longitude et 3* 15° de latitude, I dépassait le village d'Uyofu, dernière limite septentrionale de l\u2019Unyamwezy, par le travers du Inc Ukéroué, que l'on ne pouvait encore apercevoir.Los peuplades rapprochées de l'équateur semblent être un peu plus civilisées, et sont gouvernées par des monarques absolus, dont le 28 despotisme est sans bornes ; leur réunion la plus compacte constitue province de Karagwah.Il fut décidé entre les trois voyageurs qu\u2019ils accostoraient lu terre au premier emplacement favorable.Ou devait faire une halte prolongée, et l\u2019aérostat serait soigneusement passé en revue : lu flamme du chalumeau fut modérée : les ancres, lancées au dehors de lu nacelle, vinrent bientôt raser les hautes herbes d'une immense prairie ; d\u2019une certaine hauteur, elle paraissait couverte d'un gazon ras, mais en réalité ce gazon avait de sept à huit pieds d'épaisseur.Le \u201c Victoria \u201d effleurait ces herbes sans les courber, comme un papillon gigantesque.Pas un obstacle en vue.C'était comme un océan de verdure sans un seul brisant.\u201c« Nous pourrons courir longtemps de la sorte, dit Kennedy : je n\u2019aperçois pas un arbre dont nous puissions nous approcher ; la chasse me paraît compromise.\u2014Atiends, mon cher Dick ; tu ne pourrais pas chasser dans ces herbes plus hautes \u2018que toi : nous finirons par trouver une place favorable.\u201d C'était en vérité une promenade charmante, une véritable navigation sur cette mer si verte, presque transparente, avec de douces ondulations au souffle du vent.La nacelle justifiait bien son nom, et semblait fendre les flots, à cela près qu\u2019une volée d'oiseaux aux splendides couleurs s'échappait parfois des hautes herbes avec mille cris joyeux ; les-ancres plongeaient dans ce lac de fleurs et traçaient un sillon qui se refermait derrière clles, conne le sillage d'un vaisseau.Tout à coup, le ballon éprouva une forte secousse : l'ancre avait mordu sans doute une fissure de ruc cachée sous ce gazon gigantesque.« Nous sommes pris, fit Joe.\u2014Eh bien ! jette l\u2019échelle,\u201d répliqua le chasseur.Ces paroles n\u2019étaient pas achevées, qu\u2019un cri aigu retentit dans l\u2019air, et les phrases suivantes, entrecoupées d'exclamations, s'échappèrent de la bouche des trois voyageurs : « Qu'est cela ?\u2014Un cri singulier ! \u2014Tiens ! nous marchons \u2014L\u2019ancre a dérapé.\u2014 Mais non ! elle tient toujours, tit Joe, qui halait sur la corde.\u2014C'est le rocher qui marche ! \u201d Un vaste remuement se faisait dans les herbes, et bientôt une forme allongée et sinueuse s'éleva au-dessus d\u2019elles.\u201c Un serpent ! fit Joe.\u2014Un serpent ! s'écria Kennedy en armant sa carabine.\u2014Eh non ! dit le docteur, c\u2019est ui trompe d'éléphant.\u2014Un éléphant, Samuel ! \u201d Et Kennedy, ce disant, épaula son arme.« Attends, Dick, attends ! \u2014Sans doute ! L'animal nous remorque.\u2014Et du bon côté, Joe, du bon côté.\u201d L'éléphant s'avançait avec une certaine rapidité ; il arriva bientôt à une clairière, où l\u2019on put le voir tout entier ; à sa taille givan- tes ue, le docteur reconnut un mâle d'une magnifique espèce ; il portait deux défenses blanchâtres, d'une courbure admirable, et qui pouvaient avoir huit pieds de long ; les pattes de l'ancre étaient fortement prises entre elles.L'animal essayait vainement de se débarrasser avec sa trompe de la corde qui le rattachait à la nacelle.« En avant ! hardi ! s\u2019écria Joe au comble de la joie, excitant de son mieux cet étrange équipage.Voilà encore une nouvelle manière de voyager ! Plus que cela de cheval ! un éléphant.s'il vous plait, -\u2014Mais où nous mene-t-il ?demanda Kennedy, agitant bine, qui lui brûlait les mains.su Cara LE MONDE ILLUSTRE eee te - ll nous mène où nous voulous aller, mon cher Diek ! Un qun de patience : \u2014 Wig a more! Wig a more :\u201d comme disent les paysar Ecosse, s'écriait le joyeux Joe.En avant ! en avant ! \u201d L'animal prit un galop fort rapide; il projetait sa trompe i.droite et de gauche, et, dans ses ressauts, il donnait de violentes secousses à la nacelle, Le docteur, ta hache à lu main, était prét couper la corde s'il y avait lieu.« Mais, dit-il, nous ne nous séparerons de notre ancre qu'au du nier moment.\u201d Cette course, à la suite d'un éléphant, dura près d'une heure © demie ; l'animal ne paraissait aucunement fatigud ; ces énormes pachy dermes peuvent fournir des trottes considérables, et, d'un jour à l'autre, on les retrouve à des distances immenses, comme les baleines dont ils ont la masse et la rapidité.\u201c Au fait, disait Joe, c'est une baleine que nous avons harponnee et nous ne faisons qu\u2019imiter la manœuvre des baleiniers pendant lew péches.\u201d Mais un changement dans la nature du terrain oblicren le docteur à modifier son moyen de locomotion.Un bois épais de camaldores apparaissait au nord de la prairis et à trois milles environ ; 1} devenait dès lors nécessaire que le ballon fût séparé de son conducteur.Kennedy fut «done chargé d'arrêter l'éléphant dans sa course il épaula sa carabine ; mais sa position n'était pas favorable pou atteindre l\u2019animal avec suecés : une première balle, tirée au erane s'aplatit comme sur une fvuille de tôle ; l'animal n'en parut aucune ment troublé ; au bruit de la décharge, son pas s'accéléra, et sa vite.fut celle d'un cheval lancé au galop.« Diable ! dit Kennedy.\u2014Quelle tête dure ! fit Joc.\u2014 Nous allons essayer de quelques balles coniques au défaut «1: l'épaule,\u201d reprit Dick en chargeant sa carabine avec soin, «t il tit fou, L'animal poussa un cri terrible, et continua de plus belle.\u201c Voyons, dit Joe en s'armant de l'un des fusils, il faut que v vous aide, M.Dick, ou cela n'en finira pas.\u201d Et deux balles allèrent se loger dans les flanes de la bête.L'éléphant s'arrêta, dressa su trompe, ct reprit à toute Vitesse sa course vers le bois ; il secounit sa vaste tête, et le sance conmnençat* à couler à flots de ses blessures.« Continuons notre feu, M.Dick.\u2014Et un feu nourri, ajouta le docteur : vingt toisus du buis ! \u201d Dix coups de feu retentirent encore.NOUS NC SOMINIES pubs os L'éléphant fit un bond effrayant : la nacelle et le ballon craquérent à faire croire que tout était brisé : la secousse fit tomber la hache des mains du docteur sur 10 sol.La situation devenait terrible alors ; le cable de l'ancre, forte ment assujetti, ne pouvait être ni détaché, ni cutainé par les couteaux des voyageurs ; le ballon approchait rapidement du bois, quand l'ini mal reçut une balle dans l'œil au moment où il relevait la tête 21 s'arrêta, hésita : ses genoux plièrent : il présenta son flane au chuis seur.\u201c Une balle au cœur, \u201d dit celui-ci, en déchargeant une derniers fois su carabine.L'éléphant poussa un rugissement de détresse et d'agonie ; 11 se redressa un instant en faisant tournoyer su trompe, puis il retombu de tout son poids sur une de ses défenses, qu'il brisa net.11 était mort.\u201c Sa défense est brisée : s'écria Kennedy.De l'ivoire qui, en Angleterre, vaudrait trente-ciny guinées les cent livres ! A suevre "]
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