Le Monde illustré, 16 mars 1901, Un héritage dans les airs
[" \u2014 LE MONDE ILLUSTRÉ 49 Un Héritage dans les, Airs ROMAN D'AVENTURES UNE NOUVELLE INATTENDUE On finissait de diner.M.Dalmon rompit le silence et demanda : \u2014-Qu'\u2019as-tu donc, ma chère Jeanne ?Tu parais toute triste, toute soucieuse.Aurais-tu quelque peine que tu ne voudrais pas me confier ?En prononçant ces mots, M.Dalmon regardait sa fille assise, en face de lui, devant la table qu\u2019on venait de desservir.Ses regards exprimaient une vague inquiétude.Naguère à la tôte d'une des plus importantes maisons de droguerie de la rue des Lombards, M.Dalmon s'était, jeune encore retiré des affaires, avec une fortune assez ronde qu\u2019il avait très honnêtement gagnée.Depuis la mort de ça femme, survenue inopinément deux ans plus tôt, il avait reporté toutes ses affections sur son unique enfant, sa fille Jeanne, pour laquelle il avait toutes les gâteries.C'était même à cause d\u2019elle qu'après svoir cédé son fonds de commerce il était resté à Paris et qu\u2019il habitait en plein centre de la capitale, rue de Sèze, dans un petit mais confortable appartement, dont les fenêtres ouvraient sur le boulevard.Et l\u2019on ne se doute pas de la force de volonté, du courage qu'il faut à un ancien commerçant de la rue des Lombards, pour venir habiter dans un quartier comme la rue de Sèze.C'est un changement complet d\u2019habitudes, une vie absolument différente.On conduirait un Arabe au pôle Nord, ou un brave Auvergnat chez la reine d'Angleterre, que l'un et l'autre ne se trouveraient pas plus dépaysés.A l\u2019époque où commence ce récit, Jeanne Dalmon atteignait sa vingtième année.Accomplie en tous points, charmante au physique comme au moral, elle méritait sous tous les rapports la tendresse que son père lui témoignait, et dont elle n'abusait jamais, bien que cette teudresse fut peut-8tre un peu trop exclusive.Elle aimait son père autant que son père l\u2019aimait.Elle n'avait aucun secret pour lui, et elle vivait heureuse, confiante en l'avenir, sous cette douce et tendre protection paternelle.Ce fut du ton le plus affectueux qu'elle répondit à la question de son père : \u2014Tu sais bien, cher père, que je n'ai rien de caché pour toi.Si j'avais un chagrin quelconque, je t'en aurais fait part aussitôt.Elle ajouta d'un ton câlin : \u2014Tu n'en doutes pas, j'espère.Si tu en doutais, cela me ferait beaucoup de peine.\u2014Pourtant, insista M.Dalmon, mes yeux ne ne trompent point.Depuis quelques jours déjà, tu as pardu de ta gaieté ordinaire.Ne dis pas non.Je m\u2019en aperçois bien, je n'ai pas les yeux dans ma poche.Ce chahgement d'humeur m'inquiète d'autant plus que voici les beaux jours revenus et que ce radieux soleil, cette douce température ne sont pas faits pour inspirer la tristesse.Tu as donc quelgne chose ?Allons, voyons, mademoiselle, dites vite la vérité.toute la vérité, sinon ! Jeanne héeita une seconde, puis, devant le bon sourire de son pére, elle se décida : \u2014Eh bien ! père, répondit-elle en souriant à son tonr, puisque rien ne t'échappe, et que tu fais le juge d'instruction, je t'avoue qu'en effet, depuis quelques jours, je ressens comme une sorte d'ennui, une vague tristesse et c'est précisément le retour du printemps qui en est la cause.\u2014Comment cela ?Le printemps te rend triste ?interrogea M.Daimon déjà inquiet à la seule pensée que sa fille pouvait être souffrante.\u2014Oui, la vue de la nature en fête, de la verdure qui renaît, des fleurs qui commencent à éclore, les oiseaux que j'entends chanter quand nous allons nous promener aux Tuileries ou au bois de Boulogne, tout cela m\u2019inspire comme un vague désir de partir en voyage, d'aller vivre à la campagne, loin du bruit et de la foule.Ce doit être si bon d'être libre aux champs, de marcher dans le soleil, de voir de loin l'horizon.\u2014Ce n'est que cela, répliqua M.Dalmon dont le visage s'illumina aussitôt d\u2019un sourire, que ne le di- sais-tu plus tôt, ma chère enfant ! Tu veux aller à la campagne ?.C'est bien facile.Rien ne nous retient à Paris, dès demain nous pouvons nous mettre en route.Nous partirons quand tu voudras.Tu sais bien que ta joie fait la mienne et que ton bonheur est le mien.\u2014Oh ! père chéri, fit Jeanne d\u2019une voix émue, en embrassant son père, comme tu es bon !\u2026 que je t'aime ! M.Dalmon se laisss embrasser avec un plaisir visi- bla.Il rendit le baiser à sa fille, puis il reprit : \u2014II ne nous reste plus maintenant qu\u2019à décider de quel côté nous irons.As-tu quelque préférence ?Nous irons où tu voudras.Moi, cela m'est indifférent.\u2014Ma foi non ! père, je n'ai aucune préférence, peu m'importe le pays, pourvu que la campagne soit belle, avec des grands arbres et des oiseaux.\u2014Que dirais-tu de l'Auvergne ?proposa M.Dalmon après avoir réfléchi pendant un instant.\u2014Oui, allons en Auvergne, c'est une bonne idée, approuva aussitôt Jeanne.C'est une contrée pittoresque, même un pou sauvage, dit-on.Voilà tout à fait ce que je souhaite afin de me croire encore plus loin de Paris.\u2014Tu n'\u2019aimes donc pas Paris ?\u2014Oh ! pas du tout.\u2014C'est pourtant joli.\u2014Pas autant que les prairies, les bois, le beau ciel.On ne voit pas tout cela à Paris.\u2014 Alors, c\u2019est entendu, déclars M.Dalmon, nous partons pour |\u2019 Auvergne., nous trouverons facilement là-bas, dans quelque jolie vallée, une petite maison toute meublée que nous pourrons louer pour l'été.Ma foi, c'est une bonne idée que tu as de partir.Mo; aussi je serai content de quitter Paris.Depuis que nous n\u2019habitons plus la rue des Lombards, il me semble que l'on m'a changé Paris, je ne l'aiue plus.Jeanne ouvrait la bouche pour répondre lorsqu\u2019un coup de sonnette retentissant vint lui couper la parole.Quelques instants après, la porte de la salle à manger s'ouvrait, livrant passage à la vieille bonne que M.Dalwon avait à son service depuis plus de vingt- cinq ans.Un de ces types de vieilles servantes, moins rare encore qu'on ne le croit, hargneuse pour les étrangers, dévouée à ses maîtres comme une caniche, bougonnant du matin au soir, fidèle, discrète, économe.Comme le lierre, elles meurent où elles s\u2019attachent.\u2014Qui est-ce, Geneviève ?demanda M.Dalmon.Sans mot dire, Geneviève présenta à son maître une carte de visite sur laquelle il lut à haute voix : \u2018 Alfred Charrier, licencié en droit.Recherches pour successions, 42, rue Bonaparte, \u201d \u2014Je ne cunnais pas du tout ce monsieur, murmura M.Dalmon.Il demande à me voir ?ajouta-t-il à haute voix.\u2014Oui, monsieur, répondit Geneviève.Je lui ai dit que vous finissiez de dînez et qu\u2019à ce moment-là vous aimiez bien être tranquille, que ça n'était pas l'heure de déranger les gens, il « insisté.Il prétend qu'ila à vous parler d\u2019une affaire très importante.=-À moi, d'une affaire très importante ?M.Dalmon fit un geste signifiant qu\u2019il ignorait absolument ce dont il s'agissait, puis il ajouta : \u2014Alors faites-le entrer au salon, je vais l\u2019y re.ioindre immédiatement.Geneviève sortit pour exécuter l'ordre.\u2014Que peut te vouloir ce monsieur ?demanda Jeanne à son père lorsque ls bonne se fut retirée.\u2014Je n\u2019en ai aucune idée, répondit M.Dalmon qui, sans savoir pourquoi, éprouvait une légère inquiétude.Je ne connais pas ce monsieur et je n'ai pas d'affaire, Espérons qu\u2019il ne vient pas m'apprendre une mauvaise nouvelle.Sur ces mots, M.Dalmon se leva et sortit de la salle à manger pour se rendre au salon.LA, il ge trouva en présence d\u2019un homme de haute taille, très correctement vêtu, paraissant âgé d\u2019environ quarante ans, et dont la physionomie éclairée par deux yeux vifs, perçants, respirait l'intelligence et la finesse.Il portait sous le bras une volumineuse serviette de cuir noir, comme en ont d'ordinaire les avocats et les hommes d'affaires.\u2014 Monsieur, commença-t-il, après les premières ss- lutations, c\u2019est bien à M.Louis Dalmon que j'ai l'honneur de parler ?\u2014Oui, monsieur.\u2014Permettez-moi de préciser.C'est bien à M.Louis Dalmon, ancien négociant en droguerie, rue de Lombards.\u2014A lui-même, répondit M.Dalmon ; veuillez donc me dire ce qui vous amène chez moi.\u2014C'est une communication de la plus haute importance que j'ai à vous faire.Mais avant d'aller plus loin, je crois utile, si vous le permettez, de vous donner quelques explications sur le genre d\u2019affaires dont je m'occupe habituellement.M.Dalmon se contenta de s\u2019incliner.\u2014Comme ma carte a dû vous l'apprendre, reprit M.Charrier.je suis à la tête d\u2019un cabinet qui a pour spécialité les recherches en matière de successions.Voici en quoi consistent ces recherches : *\u201c Il arrive assez fréquemment que des personnes possédant une fortune considérable meurent sans avoir fait de testament, sans laisser de parents connus.En l\u2019absence d'héritier, leur succession tomberait donc en déshérence et leurs biens reviendraient à l'Etat.C\u2019est précisément ce fait que je me propose d'empêcher.\u201d ** Quand je suis avisé, par un de mes nombreux correspondants de France ou de l'étranger, qu\u2019une personne est morte dans les conditions que je viens de vous indiquer, je me mets aussitôt en campagne.Au moyen de patientes recherches dans les actes de l\u2019état civil, grâce aux renseignements que je fais prendre de tous les côtés, je parviens presque toujours à découvrir un parent d\u2019un degré assez proche pour lui permettre de se porter héritier.Averti par moi, il peut recueillir la succession qui lui est échue et dont, sans mon intervention, il aurait été frustré.\u2014Je comprends, monsieur, interrompit à ce moment \u2018 M.Dalmon, mais je ne vois pas trop où vous voulez en venir.Je ne me connais pas de parents, par conséquent, je ne puis avoir d\u2019héritage à recueillir.\u2014Eh bien ! monsieur, riposta l'agent d\u2019affaire avec un sourire satisfait, vous venez de faire un héritage dont l'importance peut être évaluée à environ deux millions.C\u2019est précisément pour vous annoncer cette nouvelle que je suis venu vous voir.M.Dalmon avait bondi sur sa chaise.\u2014Deux millions ! répétait-il effaré.Je viens de faire une succession de deux millions ! Où cela ! Quel est ce parent ! \u2014La succession n'est pas encore compldtement liquidée ; mais elle atteindra probablement le chiffre. 50 Le ed ae \u2014 LE MONDE ILLUSTRÉ ess se En\u201dtous cas, elle n'en sera pas éloignée, je puis vous l'affirmer d\u2019une manière formelle.Cependant M.Dalmon reprit peu à peu son sangfroid et ce fut d\u2019un ton presque calme qu'il lit à son visiteur : \u2014La nouvelle que vous venez de m'apprendre, monsieur, est tellement extraordinaire que vous me permettrez de me montrez un peu incrédule.Tout cela est-il bien réel ?Je vous répète que je ne me connais aucun parent à un dégré quelconque, même éloigné, qui puisse me laisser une semblable fortune.\u2014Monsieur, répondit l\u2019homme d\u2019affaires, je ne me serais pas permis de venir vous déranger, si je n'étais absolument certain de ce que je vous ai avancé.Du reste, je possède des pièces qui dissiperont tous vos doutes.\u2014Et de qui me vient donc cette succession inatten- dua ?demanda de nouveau M.Dalmon.\u2014Je vais vous le dire, répondit l'homme d\u2019affaires avec un sourire ; mais, auparavant, je vous prierai de vouloir bien me signer cet engagement.En disant cela M.Charrier prit dans ça serviette une feuille de papier timbré qu\u2019il tendit à son interlocuteur.» M.Dalmon lut avec attention ce qui s\u2019y trouvait it, bor omment ! s\u2019écria-t-il tout à coup, vous me demandez le tiers de la succession à titre de conimission ! Sur deux millions cela fait six cent cinquante mille francs\u2026 c\u2019est énorme.\u2014C'est mon prix habituel, répondit froidement M.Charrier, et vous ne le trouverez pas excessif si vous considérez combien j'ai dû faire de démarches coûteuses avant d'arriver a vous découvrir.Sans moi vous ne saurez pas oi se trouve cet héritage et vous ne toucherez rien.\u2014Cependant.\u2014Permettez-moi, interrompit brusquement M.Charrier, de ne pas engager de discussion avec vous sur ce point.Je ne puis rien changer à mes conditions.Si donc vous ne croyez pas devoir les accepter, nous en resterons là, et l'affaire dont je suis venu vous entretenir, n'aura pas d'autre suite.Je vous fais remarquer, du reste, que je me charge de tous les frais qui seront considérables.M.Dalmon réfléchit quelques secondes.Il comprit que, sans l'agent d\u2019affaires, il ne connaîtrait rien de cette succession, qu\u2019il n\u2019en aurait rien.\u2014Soit, dit-il enfin, j'accepte.J'ai hâte de savoir quel est ce parent inconnu qui me laisse une telle fortune .\u2026.J'ajoute que, jusqu\u2019à preuve certaine, je n\u2019y crois pas.\u2014En tous cas, cela ne vous engage à rien, puisque la commission ne m'est due que sur l\u2019héritage.Il passa dans la pièce voisine, revint presque aussitôt avec un encrier et une plame, puis signa le papier qu'il remit à M.Charrier.\u2014 Voilà, dit-il.L'agent d\u2019affaires regarda si la signature était bien régulière, et serra tranquillement dans sa serviette la feuille timbrée.\u2014Maintenant, fit-il en souriant, je vais satisfaire votre curiosité bien naturelle.Le parent dont vous héritez est votre cousin germain, Prosper Lagrange \u2014Prosper Lagrange ! répéta tout d'abord M.Dal\u2019 mon d'un air étonné, comme si ce nom ne lui rappelait rien.Ah ! oui, fit-il soudain, je me souviens, le fils du frère de ma mère.I! est parti tout jeune pour l'étranger : depuis cette époque personne n\u2019en a plus jamais entendu parler.Je le croyais mort depuis longtempe.\u2014Eh bien, vous vous trompiez, répliqua M.Charrier.Votre cousin n\u2019était pas mort ; après avoir couru le monde, il est allé s'établir à Sydney, en Australie, où, dans le commerce des laines, il a amassé une fortune considérable.Tl est mort en cette ville, il y a quelques mois, sans avoir fait de testament, et comme il était resté célibataire, c'est à vous que revient toute sa fortune.M.Dalmon se frappait le front, en se reprochant de n'avoir pas songé à ce cousin quand l'agent d'\u2019affaires lui avait parlé d\u2019un héritage.Il aurait peut- être pu éviter de donner lg tiers de la succession, Maintenant c'était signé.Il n'y avait plus à y revenir.\u2014dJe suis en effet, dit-il, son plus proche et même sann doute son unique parent, mais je le croyais bien mort.\u2014Tenez, poursuivit l'agent d\u2019affaires en tirant de sa serviette un assez volumineux dossier, voici l'acte de décès de Prosper Lagrange.Voici également une expédition du jugement qui déclare sa succession vacante faute d'héritiers connus, et nomme comme curateur à cette succession, M.Isaac Simpson, sollicitor à Sydney.Voici enfin une copie de l'inventaire dressé par ce dernier.M.Dalmon parcourut rapidement ces pièces, qui étaient accompagnées de leur traduction en français et légalisées par le consul de France : leur authenticité ne pouvait donc être un seul instant suspectée.\u2014Vous pouvez voir d\u2019après l\u2019inventaire, continua M.Charrier, que je n\u2019ai nullement exagéré l\u2019importance de la succession.L'argent liquide et les titres laissés par le défunt atteignent déjà la somme de quinze cent mille francs.De plus, votre cousin possédait à Syddey une maison et des terrains qui ne sont portés sur l'inventaire que pour méinoire et dont la valeur, m'\u2019affirme mon correspondant, est considérable.\u2014Ne me faudra-t-il pas remplir une interminable série de formalités coûteuses avant d'arriver à réaliser cette succession ?objecta M.Dalmon.\u2014Sans doute, répondit l'agent d'affaires, il y aura une assez longue procédure à suivre, de grosses dépenses.Mais ne vous en inquiétez pas ; j'en fais entièrement mon affaire ; je vous l\u2019ai dit, je prends tous les freis à ma charge, c\u2019est écrit dans l\u2019engagement que vous avez signé.\u2014En ce cas, conclut M.Dalmon, très satisfait, je n\u2019ai plus qu\u2019à attendre.\u2014Pas autre chose ; combien de temps ?.je ne saurais le préciser ; toutefois, je puis vous assurer que je ferai tous mes efforts pour que l'affaire soit promptement réglée, c\u2019est mon intérêt autant que le vôtre.\u2014Alors je m\u2019en remets absolument à vous.\u2014Vous pouvez compter sur tout mon zèle, affirma de nouveau l'agent d\u2019affaires en se disposant à se retirer.Je vais aujourd\u2019hui même donner par télégramme, à mon correspondant de Sydney, qui est un des principaux avocats de cette ville, l\u2019ordre de commencer la procédure ; demain ou après demain, l'action sera engagée et le prochain courrier nous apportera certainement des détails précis.Des que je les aurai reçus, je m'empresserai de vous les communiquer.Si j'avais besoin de vous voir, à quelle heure puis-je être certain de vous rencontrer ?\u2014Je sors rarement le matin.En venant avant déjeuner, vous me trouverez toujours.\u2014 Alors je viendrai entre dix et onze heures.Et M.Charrier prit congé de l\u2019ancien commerçant, en lui promettant de revenir le voir de temps en temps pour lui donner des nouvelles de l'affaire.IT VOYAGE LOINTAIN A dater de ce jour, l'héritage du cousin Prosper Lagrange devint le sujet presque unique des conversations entre M.Dalmon et sa fille Leur existence, jusque-là si paisible, si calme, exempte de soucis, se trouva tout à coup bonleversée ; dans les premiers jours, cette fortune qui leur tombait ainsi à l'improviste leur tourna complètement la tête.Peu à peu, cependant, le calme rentra dans leur esprit.Ils reprirent leur train de vie ordinaire, en faisant toutefois de beaux projets d'avenir, que leur fortune leur permettrait désormais de réaliaer.Alors Jeanne rappela à son père le projet de voyage qu'ils avaient formé le soir môme où l'agent d'affaires leur avait révélé l'existence de cet héritage.En somme,-M.Cherrier l'avait déclaré, \u2014il sécoule- rait dy temps encore avant que M.Dalmon put être \"mis en possession de cette fortune.Sa présence à Paris n'était donc pas nécessaire pour le moment, et rien ne f'empéchait d'aller, avec sa fille, passer la belle saison en Auvergne.D'ailleurs, lui aussi, après cette période de surexci tation, éprouvait le besoin de se distraire, et la perspective de passer quelques mois de repos à la campagne en un pays de montagne lui souriait beaucoup.Le voyage fut donc définitivement fixé, au grand désespoir de Geneviève que cela troublait si complètement dans ses habitudes.Cependant, comme cela plaisait à ses maîtres, elle se conteñtait de bougonner toute seule dans sa cuisine, tout en faisant des provisions, car en Auvergne, disait-elle, on devait manquer de tout.Jeanne commença aussitôt ses préparatifs et l\u2019on décida de se rendre d\u2019abord à Aurillac ; de là, on se mettrait en quête d\u2019une petite villa à louer dans les environs.La veille du jour fixé pour le départ arriva.Jeanne, toute joyeuse, aidait son père à fermer les malles et les cuisses, loraque Geneviève entra en disant d\u2019un ton revéche : \u2014Voilà encore le monsieur 4 I'héritage, faut-il le faire entrer ?\u2014Je crois bien, ma bonne Geneviève, répondit Jeanne.Il vient peut-être nous annoncer que tout est fini.M.Dalmon, après avoirre mis un peu d\u2019ordre dans sa toilette, courut au salon, où il trouva l'agent d\u2019affaires, dont l\u2019air embarrassé ne lui échappa pas.\u2014Eh bien, msnsieur Charrier, quoi de nouveau ?demanda-t-il.\u2014Monsieur, répondit M.Charrier, je viens de recevoir de mon correspondant de Sydney une dépêche qui vous causera sans doute quelque ennui.\u2014Ah ! fit M.Dalmon aussitôt inquiet, aurait-on découvert un testament par lequel mon cousin ?.\u2014Non, non, interrompit vivement M.Charrier, ce n\u2019est pas cela, vous restez toujours le seul héritier de Prosper Lagrange.Il n\u2019a pas de testament.L'héritage ne vous est pas contesté et se monte, ainsi que je vous l'ai aflirmé, à plus de deux millions de francs.\u2014Qu\u2019y a-t-il donc alors ?-\u2014Tenez, répondit l\u2019agent d'affaire en tendant une dépêche, voici le télégramme : veuillez en prendre vous même connaissance.Vous aurez ainsi l'explication.\u2014Mais, fit M.Dalmon après y avoir jeté les yeux, cette dépêche est en anglais, je ne connais pas du tout cette langue.\u2018\u2014Je vais vous la traduire.M.Charrier prit le papier des mains de M.Dalmon et lut : \u2018* Affaire en bonne voie, mais présence de l\u2019héritier indispensable ici \u201d.\u2014Comment ! s\u2019écria M.Dalmon très déssppointé, il faut que j'aille en Australie ! Moi qui n\u2019ai jamais voyagé, moi qui ai habité vingt-sept ans la rue des Lombards sans aller plus loin que Saint-Cloud ou Vincennes, \u2014-Vous le voyez.Mon correspondant dans sa dépêche, n'a pu donner d'explications ; mais, s\u2019il réclame votre présence, c\u2019est évidemment qu\u2019elle est nécessaire pour l\u2019accomplissement de quelque formalité exigée par la lui du pays et impossible à remplir par procuration.Je vais lui télégraphier, mais je crains que sa réponse ne soit aussi formelle.M.Dalmon se promenait à grands pas à travers le salon.\u2014En Australie ! répétait-il, en Australie ! Non ! jamais je ne me résoudrai à entreprendre un tel voyage ! Cela est impossible à mon fige |.Comment se fait-il que je ne puisse me faire representer par un fondé de pouvoirs, ayant toutes les procurations en règle\u2026 Non, certainement, je n\u2019irai pas.M.Charrier le laissa se calmer un peu, puis il reprit : \u2014Les termes de la dépêche, que je vous ai tra.traduite littéralement, sont catégoriques.Si donc vous n'allez pas à Sydney, il vous faudra trèæ probablement renoncer à la syogession, \u2014 \u2014 \u2014 \u2014Que n'importe ! a\u2019écria l'ancien commerçant avec un grand geste, Je n'ai pre besoin de cot héritage : Avec mes dix mille livres de rente j'ui vécu jusqu'ici heureux ot tranquille, il ne m\u2019eu faut pus plus pour satisfaire mes bexoins qui ne sont pus bien exigennts.Je n\u2019en demande pas davantage.Je n'ai pas de goûts luxueux.Cela me suffit parfaitement.\u2014Fort bien, répliqua M.Charrier ; mais permet- tez-moi de vous faire remarquer, monsieur, que vous n'êtes pas seul.Vous avez une fille.Serait-ce agir en bun père que de la priver de cette fortune qui doit lui reveuir un jour ?Cet argument frappait d'autant plus juste que M.Dalmon adorait sa fille.Aussi il ne sut que répondre, et son agitation ne fit que redoubler, FAN \u2014C'est vrai, répétait-il, il y 8 ma fille, je ne puis agir en égoïste.A ce moment, la porte du salon s\u2019ouvrit et le joli visage de Jeanne se montra dans l\u2019entrebâilletmnet.Elle avait entendu du bruit, des éclats de voix.Un peu inquiète, elle accourait voir ce qui se passait.\u2014Entrez, mademoiselle, lui dit M.Charrier, venez m'aider à convaincre monsieur votre père.Jeanne s'avança et l'agent d'affaires lui expliqua en quelques mots ce dont il s'agissait.\u2014TI ne m'appartient pas, répondit-elle, de donner des conseils à mon père ; il agira comme il le jugera à propos.Ce qu'il fern sera bien fait.\u2014Cependant, interrogea M.Dalmon, quel est ton avis, ma chére enfant ?Ce voyage, après tout, d'autres l'ont fait.Jeanne hésita un instant : \u2014Il me semble, dit-elle ensuite, qu'il serait regrettable de laisser échapper cette fortune.Nous n\u2019en avons pas besoin ; cela est vrai, mais il faut songer, père, à tout le bien qu\u2019elle te permettra de faire autour de nous.D'uilleurs, un voyage en Australie n\u2019est n est pas si effrayant '.\u2026.\u2014 Pas le moins du monde, appuya M.Charrier avec vivacité, maintenant, il ne faut pas plus d'un mois pour aller à Sydney, et le service est fait par de superbes paquehots où Pin trouve tout le confort désirable.Quant aux dépenses vous n'avez pas à vous en préoccuper : cela me regarde et entre dans les frais, De plus, je mets à votre disposition pour vous accom- payner un de mes commis qui à beaucoup voyagé.ll Il a même séjourné quelque temps en Australie ; i] parle parfaitement l'anglais et vous sera d'une grande utilité\u2026 Voyons ! monsieur, tout cela ne vous décide- ra-t-il pas / M.Dalmon restait dans la plus grande perplexité.Il éprouvait toujours une certaine appréhension à l'idée d'entreprendre un si lointsin voyage, lui dont les habitudes étaient si casanières.D'un autre côté, il était obligé de reconnaître que la nécessité de ce voyage s'imposait s'il voulait réaliser son héritage.11 essaya d'une dernière objection.\u2014 Mais toi, mon enfant, dit-il, que deviendrais-tu pendant tout le temps que je resterais absent ?Tu ne peux demeurer seule avec Geneviève.Je mourrais d'inquiétude.\u2014 Comment, mon père, s'écria Jeanne avec reproche, tu songerais à me laisser seule ici ?-\u2014Alors, fit M.Dalmon abasourdi, tu voudrais done t'embarquer avec moi ! \u2014 N'est-ce pas tout naturel Ÿ j'espère bien quo tu me permettras de t'accompagner, je ne te laisserai pas partir sans moi.\u2014Mais penses-y donc, ma chère Jeanne, c'est un voyage à l'autre bout du monde ! Un mois sur mer ! Cela ne t'effraie pas ?Tu ne redoutes pas la fatigue / \u2014Nullement, je t'assure.Au lieu d\u2019aller en Auvergne comme nous nous y préparions, nous irons en Australie, il n'y aura rien de changé à nos projets.Le voyage sera plus long, voilà tout, conclut-elle en riant.\u2014 Bravo, mademoiselle, intervint M.Charrier, voilà qui est parler.Je crois que maintenant, monsieur votre père n'aura plus aucune raison de refuser de partir.M.Dalmon baissa la tôte d'un air résigné.\u2014Suit ! fit-il tout à coup en se redressant ; je hu LE MONDE ILLUSTRÉ VEUX pR# IE MONLrEF MOINS CUUTARAUX (ue MA tille.Quand partons-nous 7.A quelle dato le prochain pa- quehot / M.Charrier se hiâta de répondre : \u2014Le prjuebot dos Mossagerios maritimes Le Poly nésien part de Marseille dans huit jours, à destination de la Nouvelle- Catédonie, avec escale à Sydney.Il auffira que vous quittiez l\u2019avis l'avant veille de son départ, par l\u2019expross du soir.Ne vous inquiètez de rien ; je ferai toutes les démarches nécessaires.Quand vous arriverez à bord, vous n'aurez qu'à vous installer dans vos cabines, retenues à l'avance.Cela vous con- vient-il ainsi ?\u2014Il le faut bien, répondit M.Dalmon d\u2019un air résigné.C'est égal, si l'on m'avait dit ce matin que je partirais dans huit jours pour l'Australie, j'aurais bien parié que non, avec la certitude de gagner mon pari ! \u2014 Alors, c\u2019est entendu, reprit M.Charrier en se levant et suns répondre davantage aux doléances de M.Dalmon, vous partirez par Le P\u2019olyuésien, je retiens vos places.I! ajouta, tandis que M.Dalmon le reconduisait .\u2014- Demain je viendrai vous remettre la somme nécessaire pour le voyage, je protiterai de l'occasion pour vous présentez M.Reynard, le commis dont je vous ai parlé et qui vous accompagners.111 v BORD BU POLYNÉSIEN Huit jours apres, M.Dalmon et sa fille prenaient passage à Marseille, sur le paquebot Le Polinésien, où leurs bagaues avaient été embarqués des la veille.Deux personnes les accompagnaient.L'une était la vieille Geneviève.Très attachée à Jeanne qu'elle avait vu naître, elle avait tellement supyplié pour suivre #4 jeune maîtresse que M.Dal- mon avait fini par consentir à l\u2019emmener.Ce qui ne l'empêchait pas de bougonner coutinuellement en disant que c'était de la folie d'entreprendre un voyage semblable.\u2014Ah ! ton, ça n'est pas elle, bien sûr, qui aurait consenti à partir pour l'Australie afin d'avoir un héritage qui peut-être n'existait pas.En Australie ! D'abord ou ça se trouvait ce pays-là ?Etait-ce un vrai pays ?Elle n\u2019en reviendrait pas sans doute, mais il ne serait pas dit qu\u2019elle abandonnerait ses maîtres.La seconde personne était ce commis de M.Charrier, nommé Reynard, que l'agent d\u2019affaires avait mis à la disposition des voyageurs pour leur servir d'interprète et de cicerone.C'était un homme de trente-cinq aus environ, d\u2019apparence.vigoureuse, à la tournure nssez élégante, et dont In conversation dénotait une instruction étendue.Malgré celn, sa physionomie cauteleuse, sournoise, son ton doucereux, son regard oblique et fuyant rendaient son abord pou sympathique.Telle était du moins l'impression première qu\u2019il avait produite sur M.Dalmon et Jeanne, et cette impression avait été si forte que M.Dalmon crut devcir en faire part à l\u2019agent d'aifuires.: -\u2014Oui, en effet, répondit M.Charrier, sa physionomie ne prévient pas en sa faveur, je le recuu- nais.Mais vous auriez tort d'ajouter foi à cus apparences.Reynard est, je vous l\u2019affirme, un honnête garçon.Vous pouvez avoir toute confiance en lui.Non concours, vous le verrez, sera très précieux.Il est débrouillard, intelligent et honnête.Devant de telles assurances, M.Dalmon n'insista pas davantage.Reynard, du reste, comme s\u2019il eût deviné le mauvais effet qu'il avait produit sur ses compagnons de voyage, semblnit avoir prie à tâche de faire modifier leurs sentiments à son égard.Il Re montrait envers eux d\u2019une amabilité et d\u2019une complaisance inépui- rables.Tl s\u2019appliquait à leur épargner les moindres soucis du vuyage, il s'acquittait de sa mission avec 51 uue telle intelligence et un si grand zèle que leurs préventions ne dovaient pas tarder à so dissiper.Le Polunésion partis par un temps spleudide.lus un nunge ne ternissait l\u2019azue profoud du ciel.La sur face de ln mer brillante sous le ratieux soleil de juil let, était unie et tranquille comme celle d\u2019un lac.Malgré l'émotion dont ils ne pouvaient se défendre en voyant la terre de France s'effacer peu à peu à 1 horizon, M.Dalmon et sa fille n'avaient aucune inquiétude.Un voyage commencé en d'aussi favorables auapices ne pouvait, penssient-ils, n'avoir qu'une heureuse issue.La traversée de lu Méditerranée ne fut qu'une charmante promenade.Kn six jours, Le Polunésien gagna Port-Naïd ; puis, après une courte relâche, il s'engages dans le canal de Suez.Jeanne et son pure, grâce aux excellentes conditions dans lerquelles on avait navigué jusque-là, grâce nussi au confortable dont on jouissait sur le paquebot, s'étaient rapidement avcoutumés a la vie du bord.Geneviève elle méme, logée dans une cabine de seconde, avait peu soutfert du mal de mer et elle était presque de honne humeur.Le père et ln fille passaient la plus grande partie de leur temps sur le pont, contemplant le spectacle, si nouveau pour eux, de Is mer toujours changeante et des navires rencontrés sur leur route, en écoutant les explications données par Reynard sur les différents pays qui s'offraient tour à tour à leurs regards : Ju Corse et ln Sardaigne, l\u2019Italie, la Sicile, l'ile de Crète, entin l\u2019Egypte.M.Dalmon ne rexrettait plus d'avoir entrepris ce voyage qui l'avait d'ahord si fort épouvanté.Mais, lorsque Le Polunésien fut eutré dans lu mer Rouge.tout changes rubitement.La température est toujours très élevée en cet en dlroit ; cependant jamais, de mémoire de matetot, la température n'y avait été aussi étouffante.Le Polunésien semblait s'avancer au milieu d'une atmosphère de feu.Plusieurs passagers et même des hounmes de l'équipage tombèrent sérieusement malades.De ce nombre fut M.Dalmon.Jeanne le soigta avec une touchatite sollicitude, bien qu\u2019elle souffrait vlle-méme beaucoup.Quant à Geneviève, après avoir longtemps lutte, elle était tombée dans un tel état de prostration qu'on ue pouvait en aucune façon compter sur son aide.Heureusement le terme de cette situation critique approchait.Le commaudant du paquebot faissit pousser les feux le plus possible.Bientôt l'on franchit le détroit de Bab-vl-Mandeb.Quelques heures plus tard, Le Polynésier mouillait en rade d\u2019Adet, dont tous les passagers saluèreut la vue par des cris de joie.Ils pouvaient, en effet, regarder leurs souffrances comme terminées.Après avoir fait le plein de ses soutes, Le quitta Aden, se dirigeant vers Mahé, sur la côte de I'Indoustan, oft il devait touché avant de se rendre on Australie.La chaleur restait toujours tres forte, mais, tempérée par la brise du large, elle était aisément supportable.Ou respirait un air pur et non plus du Plinesien sable.Aussi l\u2019aninition reprit-clle promptement à hord, et M.Dalmon, de mêmes que tous les autres malades, no tarda pas À se trouver complétement rétabli.Au nombre des passagers du Polindsion, se trouvaient deux jeunes gens que Pon aurait pu prendre pour deux frères tant ils avaient, sinon les mêmes traits, du moins lu tuême expression et les mêmes allures.L'un se nommnait Julion Marty.IL était enseigne de vaisseau ; l'autre, était le Dr Doinet, attaché au Muséum de Paris.Tls allaient en Australie, chargés d'uue mission scientifique par le gouvernement fran- çuis.On ne connaissait ces détails que pur le commissaire du bord, car les deux jeunes gens, bien que d'une exquise politesse envers tout le monde, cau saient fort peu avec les autres passagers.À peine avaient ils échangé quelques paroles banales avec M Dalmon ot Jeanne qui, à table, se trouvaient placé à côté d'eux.Un incident dramatique devait amener ces quatre personnes à sv lier plus intimement. a2 _ \u2014 Quaud Le Polynésien fut arrivé en rade de Mahé, la plupart des passagers profitant de ce que le bâtiment y faisait un assez long séjour, descendirent à terre.Parmi eux, su trouvaient, M.Dalmon, sa fille et Reynard» ainsi que Julien Marty et lo Dr Doinet.Après avoir visité la petite ville de Mahé, tout le monde se disposs à rentrer à bord, car l\u2019heure du diner approchait.Les passagers regaynèrent donc la plago et sen.gugérent, par petits groupes, sur la jetéo le long de laquelle devaient aborder les embarcations qui al- Inient vonir les chercher.M.Dalmon, avec Jeaune et Reynard, s'était avancé jusqu'au bout de lu digue.Tous trois étaient la depuis quelques instants, lorsque Jeanne s\u2019écria, en désignant un objet dans l'eau transparente : \u2014Voyez donc cette fleur étrange qui semble entraînée par le Hot ?Connnent se nomme-t-elle ?- Ce n'est pas une fleur, mademoiselle, répondit Reynard, mais bien un animal, \u2014 Comment, un animal ! cette jolie chose si bien colorée / \u2014Oui, c'est un zoophyte, auquel on a donné le nom de méduse.-Où donc est-il / demanda en ce moment, M.Dal- won, en s'avancçant jusqu'au bord de la jetée, du côté que lui indliquaient les regards de sa fille et de Reynard.Tiens, père, jur la, dit Jeanne en étendant le bras.M.Dalmon s\u2019etfforça de voir ; tout à coup son pied glissa, il perdit l'équilibre.Reynard étendit vivement le brat pour le retenir ; mais il ne fit qu\u2019effleurer ses vêtements du bout des doigts et ne put l'empêcher de tomber à la mer.L'accident, toutefois.ne seniblait pas devoir être bien grave, M Dalmon était assez bon nageur.Ou le vit presque aussitôt revenir à la surface et se diriger tranquillement vers le délarcadére, en faisant signe aux personnes présentes de se rassurer.Soudain une clameur s\u2019éleva : \u2014Un requin ! un requin \u2018 Cu n\u2019était que trop vrai.A une cinquantaine de verges du nageur se montrait une masse énorme, de couleur noirâtre et de forme allongée.C'était un requin de la plus forte taille.[1 s'avançait avec rapidité vers M.Dalmon, et pour tous il était évident que celui-ci serait bientôt rejoint Jar l\u2019horrible hête avant d'avoir eu le temps d'atteindre le débarcadère.Tous les spectateurs de cette scène éprouvaient ue terrible angoisse.Jeanne était tombée à demi morte entre les bras de Reynard en criant : -Mon père ! mou pere chéri !.Mon Dieu sauvez- le! M.Dalmon semblait icrémissiblement perdu, lorsqu'on aperçut tout à coup une tête humaine émerger des fluts à coté de la sienne.C'était Julien Marty qui veuait de se jeter à l\u2019eau pour lui porter secours.l'enseigne du vaisseau s'était débarrasé à la, hâte d'une partie de ses vêtements.Il nageait d\u2019une seule main et, de l\u2019autre, il brandissait une sorte de long poignard.Saus hésiter, il se diriges vers le requin et, en quelques secondes, il su trouva entre l'animal et M.Dal.mou.Le squale, i la vue de cette nouvelle proie qui paraissait s'offrir à lui, se précipita aussitôt pour l'engloutir, Il y eut, parmi les assistants, un moment d\u2019etffroya- ble anxiété.L'enseigne, en voyant le monstre s\u2019élaucer sur lui, n'avait pas bougé.Ille laiss4 ainsi s'approcher jusqu\u2019à ce qu'il le touchat presque.Puis au moment où le requin, suivant l'habitude de tous les individus de son espèce, se tournait de côté pour le saisir, il plonges vivement sous l\u2019animal et lui enfonça son arme dans le ventre.L'eau se teiguit de sang tout au tour.Le squale hlessé se mit à faire des bonds prodigieux, comme s\u2019il eût cherché à écraser son adversaire de son poids.Mais l'ouse,gue l'évity adroitement ot le lujsss s'épui- LE MONDE ILLUSTRE ser en vains efforts ; puis, lorsqu'il le vit à bout de forces, il le frappa de nouveau d'un coup de poignard.Il le lniexa eneuite se tordre dans les dernières convulsions de I'agonie et, regagnunt le débarcadère, il romonta sur la jetée au milieu des applaudissements de tous les spectateurs enthousiasmés.M.Dalmuon se précipita à aa rencontre, et, lui, prenant les mains, les yeux en larmes, il s\u2019écris : \u2014Oh ! monsieur.je vous dois la vie, vous m'\u2019avez sauvé d\u2019une mort horrible, et cela au péril de votre vie.sans vous j'étais perdu, je ne l\u2019oublierai jamais, Tout le monde se pressait autour d'eux pour féliciter le courageux sauveur ; Jeanne, revenue à elle, s'avança à son tour, toute tremblante encore, touchante dans son émotion.Elle embrassa longuement son père et ne pouvant exprimer sa reconnaissance au jeune officier comme elle aurait voulu, elle s\u2019empara de ses mains et les embrassa en répétant.\u2014 Vous avez sauvé mon père !\u2026 vous l'avez sauvé ! \u2014Je suis heureux, mademoiselle, répondit Julien, qui s'effor¢ait de retirer doucement ses mains, de m'être trouvé là si fort à propos pour tirer monsieur votre père du danger qui le menaçait.Je me félicite éyalement d'avoir eu la bonne idée d'acheter ce kriss malais chez un marchand de Mahé.Sans cette arme, il m\u2019eût été impossible de venir à bout du requin.Puis, comme Jeanne et tous les assistants lui témoignaient encore leur admiration pour son courage et son sang-froid, il protesta avec modestie, en souriant \u2014dJe n\u2019ai fait que suivre, pour combattre le requin, la méthode que j'ai vu employer par les nègres de la côte occidentale d'Afrique.Sachant que l'animal, par suite de la disposition de sa gueule, est obligé de se mettre sur le côté pour saisir sa pruie, ils profitent du moment vit il exécute cette manœuvre pour plonger sous lui et l\u2019éventrer.Il ajouta, pour couper court aux félicitations, et montrant ses vêtements collés contre son corps : \u2014Si vous voulez, nous allons revenir vite au navire, M.Dalmon et moi nous sommes mouillés et nous avons besoin des vêtements secs.À dater de cet événement, qui fut, pendant plusieurs jours, le sujet de toutes les conversations du bord, M.Dalmon et sa fille ne quittirent plus Julien Marty et son compagnon, le docteur Doinet.Leur intimité devint même de jour en jour plus étroite, plus absolue, les deux jeunes geas délaissèrent ln réserve qu'ils avaient gardée jusque-là, et se mirent à parler de leurs projets.Ils racontèrent In mission dont ils avaient été chargés, le plan qu\u2019ils avaient conçu pour le mener à bien ; M.Dalmon, de sun côté, leur apprit le but de sun voyago et leur raconta, dans tous ses détails, l\u2019hiscoire de cet héritage qui lui était échu d\u2019une façon si inopinée.Quant & Reynard, il était visiblement contrarié de la tournure affectueuse que prenalent ces relations de M.Dalmon et de Jeanne avec l'enseigne du vaisseau et le docteur Doinet, car il se trouvait ainsi relégué un peu au second plan.ll n\u2019était plus le personnage indispensable.Ce n\u2019éfait plus à lui que s\u2019adressaient M.Dalmon ou sa tille quand ils désiraient un renseignement et demandaient des conseils.Il en concevait du dépit.Toutefuis il parut se rasséréner lorsqu'il apprit que Julien et le docteur ne devaient faire qu\u2019un court séjour à Sydney, le temps de terminer les préparatifs de leur expédition scientifique dont ils étaient cliarsgés par le gouvernement fran- Cals, Turonork Can, PRIMES GRATUITES A NOS ABONNES Les auciens ou les nouveaux abonnés qui nous enverront la somo de $3.00 pour un au d'abonnement commençant durant ce mois, auront droit à une des primes suivantes, que nous leur ferons parvenir a nos frais.Ces primes sont réellement magnifiques et valent seules une bonne partie du prix d'abonnement.Nous faisons ces sacrifices afin de conserver et d'augmenter le nombre de nos abonnés directs.La présente liste annule les précédentes.OUVRAGES AMUSANTS 1.\u2014L'AIMABLE COMPAGNUN, nouveau recueil de bons mota, de fines saillies, de reparties spirituelles.d'historiettes amusantes, etc.1 vol.gr.in 8 de 324 pp.HISTOIRE, SCIENCE, ETC, 2.\u2014MONTCA LM ET LE CANADA FRANÇAIS, par Ch.de Bonnechose.Ouvrage couronné par I'Académie française.Magnitique volume illustré, relié.3.\u2014LES MONOGRAPHIES DE PLANTES CANADIENNES, suivies de croquis champêtres et d\u2019un calendrier de la flore de ls province de Québec, par ¥.-Z.Massicotte ; 1 vol, gr.in 8 illustré.4.\u2014PETIT DICTIONNAIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE, suivant l'orthographe de l\u2019Académie, contenant tous les mots qui se trouvent dans son dictionnaire, avec la prononciation lorsqu'elle est irrégulière, par Hocquart.Nouvelle édition, revue avec soin, considérablement augmentée ct rendue conforme à la dernière édition du dictionnaire de l'Acadéuiie, par Jos.M.Valois.1 vol.cartonné de 6:36 pages.5.\u2014~ALMANACH HACHETTE DE 19M).Cet ouvrage, comme les précédents, conserve toujours son utilité.Chaque année forme une encyclopédie illus trée, de choses nouvelles, pratiques et intéressantes, en tous temps et pour tous les âges.Il ne nous reste qu\u2019un petit nombre d'exemplaires.1 vol, compact, in 12.6.\u2014LE SOCIALISME, encyclopédie populaire 11- Instrée du XNe siècle, 50'15 forme de dictionnaire.1 vol.gr.in 8 de 158 pages.7.- -L'ELECTRICITE, (nème genre).1 vol de 154 pages.8.\u2014LA PHOTOGRAPHIE, (même genre).! vol, de 152 pages.9, \u2014L'ARCHITECTU RE, (mime genre).| vol de 128 pages.10.\u2014-LE JARDINAGE, (méme genre).1 160 pages.11.\u2014MINERALOGIE ET LITHOLOGIE, (mème weure).1 vol.de 153 payes.12.\u2014HISTOIRE DES ETATS-UNIS D'ANTERI- QU, depuis les premiers établissements jusqu'à nos jours, par Sylva Clapin.1 vol, illustré et cartonné de 212 pages.vol, de l'OÉSIES 3.\u2014CYRANODE BERGERAC, comédie héroïque en cin« actes, en vers, par Edmond Rostand.1 vol, de 256 pages.14.\u2014LES FEMMES REVEES, (poésies), par Albert Ferland.Illustrations par Geo.Delfosse.15.\u2014LES FLEURS DE LA POESIE CANADIENNE, deuxième édition, augmentée et précédée d'une préface par M.l'abbé A.Nantel.1 vol.de 255 pages.ROMANS 16.\u2014LE TRESOR DE L'ILE DES FLIBUSTIERS, par Franz Hoffman, beau volume, grand in 8 de 138 pages.17.\u2014BERGERONNETTE, par H.du llessac, 1 fort volume in 12 de 315 pages.18.- LE PELERIN DE SAINTE-ANNE, roman canadien, par Pamphile Lemay, nouvelle édition, complète en un fort volume, POUR LES DAMES 19,-\u2014-PORTEMONNATE POUR DAME, en maroquin poli avec fermoir en métal, double hourse à l'intérieur pour petite monnaie, à pouces de longueur sur 2} pouces de hauteur.20 \u2014LA CUISINIERE DES FAMILLES.Contenant les recettes les plus pratiques ot les plus simples pour prépater potages, viandes et poissons ; 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