Le Monde illustré, 24 juin 1899, samedi 24 juin 1899
[" LE MONDE ILLUSTRE NTS ABONNEMENTS: l6ux ANNÉE, No 7%%.\u2014SAMEDI, 24 JUIN 1899 ANNONCES; Unan, $300 = - « Six mois, $1.50 | - _\u2014 \u2014_ .Laligne, parinsertion +.< .10 cents Quatre mois, $1.00, payable d'avance BERTHIAUME & SABOURIN, Proprictaircs Insertions subséquentes = 2 = 5 cents Vendu dans les dépôts - - à cents la copie Bureaux : No 42, PLAGE JAGQUES-CARTIER, MONTREAL Tarif spécial pour annonces à long terme M.F.-L.Béique, président M.J.-X.Perreault, vice président M.D.Parizeau, vice-président LA SOCIETE SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTREA L.\u2014Photo Laprés & Lavergne go \u2014- 114 LE MONDE ILLUSTRE LE MONDE ILLUSTRE MONTREAL, 24 JUIN 1899 SOMMAIRE Texte.Mon deapoau, par Dr J.-N.Legault, La bulle jubilaire, par 1\u20ac, Picard, \u2014 Non trois gloires, par 8.Drapoau.Bibliographie, \u2014 Poésie : Notre fête.par J.-B.Cavuette.La lumpe du sane- tunire, par le Cardinal Wiseman.\u2014 Le Dr Joseph Lawiviere.Ponsées pour In St Jean, par J.-C.\u2018l'aché.- Poésie : A now compatriotes des Fints- Unis, par N.Levendre.Lafontaine (fabulisto ct pote), par Paul Ivey, Nos gravures, pore do Bailleul.Science amusante.Le Caunda à Paris eu HO.Fête frauçiise du 14 juillet, Now fleurs canaætiennes.par E.-Z.Massicotte.l'ro- pus du docteur.Histoire naturelle, par G.Re gelsperger.- Le Pare Sohimer.\u2014 Choses et autres, - Jeux et amusements, Théâtres.Le premier distillateur La gran le roue de l\u2019ans.\u2014 Devinette.GiAVUREs : l\u2019ortraitsde MM F.-L.Béique, président de la Société St Jean Baptiste ; 1.-X Perreault et D.Parizeau, vices-présidents ; Le Dr J.Lari vière.Le commandant Marchand et les ofliciers de sa mission.- Saint-Pierre de Rome : Protul- ation de In bulle papale annonçant le jubilé universel.- Le 650 bataillon à Varennes.\u2014 Stitue devant figarer à l'Exposition de Paris.Gravure du feuilleton.PRIMES A TOUS NOS LECTEURS LE MONDE ILLUSTRE réserve à ses Iveteurs mêmes l'escumpte où la commission que d'autres journaux paient à des agents de cireu- lation.Tous les mois, il fait In distribution gra- truite, parmi ses clients, du- montant ainsi économisé.Les primes mensuelles que notre journal peut, de cette sorte, répartir parmi ses lecteurs sout au nomlire de 94 ; soit, 86 de une piastre chacune, ct puis un des divers prix suivants : 82, 83, 84, 8E, 810, 815, 825 et 350, Nous constituons par là, comme les zélateurs du MonpE ILLUSTRE, tous nos lecteurs, et pour égaliser les chances tous sont mis sur le méme pic] de rivalité ; c\u2019est le sort qui décide entr'eux.Le tirage se fait le ler samedi de chaque mois, par trois personnes choisies par Pas- semblée.Aucune prime ne scra payée après les 30 jours qui suivrout chaque tirage.\" MON DRAPEAU Salut «à toi, sainte relique, Pebris sauvé pur nos nieux : Aux quatre vents de l'Amérique Tu flotlas digne et glorieux, POISSON Canadiens, je veux d'abord célébrer le vieux drapeau que Jacques-Cartier déployait à Stadacona puis à Hochelaga ; ce drapeau que nos pères saluaient toujours avec amour au moment du danger et que nous sommes fiers aujourd'hui d'acclamer encore de nos frénétiques applaudissements : car nous, les fils de ce beau jays, de notre cher Canada, nous n'avons pas oublié que le sang qui coule dans nos veines est celui de ces preux, répandu jadis pour la colonie que la France fondait sur les bords du Saint-Laurent.Si le vieux drapeau français n depuis longtemps abandonné notre rivage, celui qui aujourd'hui nous abrite sous ses plis rappelle à nos cœurs, toujours français, les hauts faits accomplis jar nos ancêtres.Nous n'avons qu\u2019à ouvrir notre histoire pour y lire des payes sublimes.Tout y respire le respect et l\u2019amour de la patrie ; nous nvons eu nos Scévola et nos Régulus sacrifiant leur vie pour sauver leur drapeau ; nous avons eu nos Jeanne d'Arc qui, si elles n\u2019ont pas fait couronner un roi à Reims, ont cependant lutté victorieusement contre leu perfiden nations sattvages chierchant a annihiler la domination frangaise sur co sol, que les missionnaires avaient déjà fécondé de lour saux.La colonie était encore dans le printemps de sou existence, Québec était à peine sorti de l'enfance et Moatréal qui vit le jour aous l'ail paternel de Maison.neuve sommeillait encore dans son berceau su pic des rapides de Lachit:e quand tout a coup les Iroquois, dans leur haino féroce, formerent le complot d'anéantir tout ce qui portait un nom feançuis sur le sol de lu Nouvelle-France ; mais ils furent déçus dans leur espérance et la colonie lat son salut à la bravoure et i l'abnégation de dix-sept jeunes héros.Dollard renouvela au Saut-des-Chaudières l'antique exploit de Léonidas aux Thermopyles.Pendant dix jours entiers, dans un fort entouré à lu hâte de fragiles pieux, Dol- lard et ses compagnons tinrent tite a sept cents Iroquois ; pendant dix longs jours, ils soutinrent l'assaut de leurs ennemis, semant la mort dans lours rangs.Mais enfin la soif et la faim firent co que ces lâches ravageurs n'avaient pu accomplir.Les [roqueis pénétrèrent dans la place et i la vue «lu petit nombre de braves qui leur avaient résisté si longtemps ils résu- lurent, comme autrefois les troupes de Nerxes, do retourner sur leurs pus.Aux défenseurs du la Girece, un avait érigé Un superbe monument sur lequel on lisait cette inscription due su poète Nimonide : \u2018> Passant, va annoncer à Lacédémone que nous sommes morts pour obéir à ses lois.\u201d Mais, pour les nôtres, l\u2019histoire seule jusqu'au- jourd'hui & perpétué leur noble dévouement.Niles premiers sont morts pour \u2018obéir aux lois\u201d de Lncé- démane, les seconds ont sacritié leur jeunesse ot leur vie pour sauver leur patrie de la ruine sans qu'aucune loi les y contraignit ; l'amour seul du drapeau leur a fait accomplir cet acte d\u2019héroisme.O Patrie, que ton amour est puissant ! Quelques années plus tard, en 1690, Phipps eutrait dans le port de Québec et envoyait sonner Frontenac, au nom du roi Guillaume et de la reine Marie, de lui remettre la ville.\u2018\u2018 Votre réponse positive dans une heure, par Votre trompette et le retour du mien, cat ce que je vous demande xu péril de ce qui pourrait s'ensuivre, \u201d ajoutait la missive de l'orgueilleux amiral anglais.** Je ne vous ferai pas atteudre si longtemps.\u2019 répondit Froutenae, \u2018* dites à votre général que je ne connais point le roi Guillaume et que le prince d'Orange est un usurpateur qui a violé les droits les plus sacrés du sang, en cherchant à détrôner son beau- père ; que je ne connais en Angleterre d'autre souverain que le roi Jacques.kt quand votre général w'offrirait des conditions un peu plus douces et que je fusse d'Innnour à les accepter, croit-il que tant de braves gens,\u201d montrant son escorte, ** voulussent consentir et me conseillassent de me fier à la parole d'un homme qui n\u2019a pus gardé la capitulation qu'il avait faite avec le gouverneur de Port-Royal, et d\u2019un rebelle qui à manque à la fidélité due à son lésitime souverain, peur suivre le parti d'un prince qui, en essayant de persuader qu'il veut être le défonseur de la foi, détruit les lois ot les privilèges du royaume et renverse la ruligion anzlicane ?C'est ce que la justice divine, invoquée par votre général duns sa lettre, ne manquera pas de punir avec sévérité.\u201d L'envoyé lui demandant de mettre sa réponse par écrit : \u2018* C'est par 1s bouche de mes canons et à coups de fusils que je répoudrai à votre général ; ce n'est pas de la sorte qu'on envoie sammer un homme comme moi, \u201d\u2014 (Documents de Paris.) Frontenac tint parole ot le feu effectif de leurs ennemis apprit aux Anglais que Québec était bien gsrdé.En trois coups de canon, M.de Maricourt abattit le pavillon de l'amiral, que MM.d'Orey, Bien- ville et Clermont allerent chercher à la nage sous les yeux de Phipps qui, ivre de rage, malgré la mitraille qu\u2019il fit lancer sur eux, dut leur abandonner ce valeureux trophée.(Quelques jours après, le général anglais s\u2019en retournait sans avoir goûté la vengennce qu'il avait conçue dans les bras du trop fameux prince d'Urange.Encore une fois le drapeau était intact et étulait sa blancheur de lys aux youx de ses ndmi- rateurs.Victoire de lu Monongahéla que de Beaujou scellu de son sang et toi, victoire de Carillon où Montcalm brilla d'un fulminant éolat, vous fûtes aussi la gloire de uotre vieux drapeau ! Mais le matin du 13 septembre 1758 vit w'éclipser pour toujours sur co sol d'Amérique I\u201d domination du tuonn français et, comme l'aigle mortellement blessé par lu main du charseur quitte les plaines nzurées du ciel pour retourner À son aire, ainsi le glorieux éton- dard de la France fut bientôt forcé de quitter le Canada, cette terre pourtant si loyale qu'il avait si longtemps abrité sous ces plis, pour aller continuer son «œuvre dans la mère -patrie qui ne voulait plus nous secourir.Montealui était vaincu avant de paraître sur les plaines d'Abraham.\u201cJa correspon- dutice était si mal établie de l'un à l'autre des postes de M.de Bougainville, nous dit 'sbbé Ferland, et entre ceux ci et le camp do M.de Montealm, que les Anglais avaient, vers les cinq heures du matin, dissipé le détachement de M.de Vergor ot étaient déjà en bataille sur les hauteurs de Québec, que dans les camps français Pou ignorait ehcore qu'ils étaient prêts à attaquer.\u201d Hélas, quand le traité de Paris mit la dernière main à la cession du Cinada et t'obliges, noble drapesu, à repasser les mers, que de plours inondèrent les yeux de tes fervents défenses ra, que tu laissais eur les rives de notre fleuve roi ! ** Adieu, disaient ils, adieu, toi, pour qui nous avons toujours été si heureux de combattre ; toi, pour qui nous avots répandu notre sang le plus pur.À ton retour daus la mère-patrie, cette France que nous aimons toujours malyçré son abandon, dix-lui que nous ne l'oublierons pas ; dis-Jui qu'à tra vers len siccles lentement dispersés sous lo soutile destructeur du temps, nus soupirs ne cesseront jumais de s'euvaoler vers elle uv fils peut il mépriser ss mere malgré ses torts /.ce sul est aussi le notre, C'est celui qui nous à vus naître ; qui à présidé à nos jeux enfantins : c'est ce- Nous souumes Français, mais.lui qui nous à vus grandir.Nous aimons les immenses forêts vierges qui décorent son sein ; leur beauté sauvage et primitive fait palpiter nos cœurs.Re viens, reviens, drapeau qui nous est cher, ne nous laisse pas languie et mourir de douleur sous le jous de nos ennemis ! \u201d Consolez-vous, Canadiens.Voyez-vous cet ange aux regards flamboyants, au front noble, s'avangant sur l'horizon { Sa main soutient un étendard respleudlis- sant d'un éclat surnaturel.Ecoutez ce que vous dit sa voix harmonieuse - ** Recevez cet emblème que l'Éternel vous envoie et qui doit désormais veiller sur votre patrie ; il vous rappellern la grandeur du vieux drapeau, il perpétuers sa gloire, il brillers conne un soleil sans nuage ot vuidera vos jus daus les sentiers de In victoire.Plus tard, groupés autour de sa hampe, vous forcorez vos conquératits à reconnaitre vos droits, et sous UN mème étendard vous deviendrez fières.Sous sa splendeur saus tache viendront s'asseoir la paix et Ia prospérité.Québec restera français et verras, dans un avenir prochain, des descendants de votre race commander à son peuple.Dans les grandes fetes de la nation, vous ralliant sous ses plis, vous marcherez à sa suite en chantant l\u2019houneur et Ja \"iberté du notn canadieu français.Il conserve parmi vous Ja heauté de cette douce langue de ls mére-patrie, qui ue doit jamais s'éteindre parmi vous.** Va, noble drapeau, à qui le Tout-Puissant donna en heritage la concorde et l'amour fraternel dont tu seras le plus auguste emblème.Le peuple qui grandira sous tes regards sera un peuple au cœur franc et généreux.Le souffle qui unira ces braves, que tu dows rassembler autour de toi, c\u2019est le souflle vivitiant de cette France, la fille ainée de l'Eglise.** Amis, consorvez-le précieusement, car il naquit sur le sein de votre Créateur ; remettez-le intact à vos enfauts, apprenez-leur à le respecter.\u201d Et le messager céleste, laissant le nouvel étendard ondoyer sous la caresse de la brise, montra cette de- viso gravée en lettres d'or : L'UNION FAIT LA FORCE, LE MONDE ILLUSTRÉ 115 Ay-dessous apparsisanit un castor sur une guirlande de feuilles d'érable.Tombant.à genoux, cette nation, décimée par la conquête et l'abandon de quelques uns de sea fily qui retournaient aux rivages de lu France, salue In gloripuse égide qui devait ln consoler de l\u2019in- dittérence «le la mère-patrie, et cos ** quelques arpents de neige,\u201d que le roi de France déduigun tant, furent témoins d'une de ces ovatious qui transportent l\u2019âie dans les régions de ces délices suprêmes que seul sait inspirer l'amour de lu patrie.Canadiens, est-il un seul de nos frères qui refuserait de donner es vie pour l'honneur de notre drapeau ?Ah ! mon cher Cunada, ma douce proviuce de Québec, j'aime tes champs fortiles, Les rivières, tes lacs et tes bois ; je souris à tus froids luvers, aux colères de tes tompôtes ensevelissant sous la neige ton sol bien- aimé.Chaque molécule d'air qui court aus ton at- mosphére est un baume divin qui dilate agréablement ma poitrine : chaque battement de mon cœur commence et finit dans l'amour de na patrie.Canada, ces sentiments qui m'animent sont aussi, je le sais, ceux de tes autres tils.Ouvre tes bran, reçois- les sur ton sein ut verse-leur la félicité que Dieu répandait sur toi quand tu sortis brillant de sa mam créatrice.No les laisse pas aller se rassasier du pain noir de V'exil, ils seraiont, hélas | trop malheureux ; le mal du pays est un mal qui fait mourir.Rallions-nous autour du drapeau et jurons-lui tidé- lité.Réunissons nos efforts, travaillons ensemble à s8 gloire, à sa prospérité.Et toi, mon fier drapesu, emblerie de ma patrie, veille bien sur tes adorateurs, guide leurs pas à travers les vicissitudes des temps et qu'npres leur mort, ta gloire vienne leur suurire jusqu'au sein du tombeau.\u2014 >< dont J'ai à vous parler présentement.Car, comme U's dit T'ite-Live, s'il faut pour faire le digne éloge d'un homme être semblable à lui, c'est à- dire avoir les mêmes vertus ou les mêmes qualités, alors je me reconnais indigne de pouvoir parler de ce grand personnage dont la gloire littéraire n\u2019a pu être éclipsée dans le genre qu\u2019il a traité, et dont le style en même temps ne craint pas les rudes coups de la plus sévère critique.Cet home, bien que «ans un siècle où le géuie recennu recevait un dédommagement de ses travaux et de ses peines, comme Molière son ami, n'a pas joui des faveurs de la Cour.Ft pourquoi, me dira-t-on ?Quoi! un si grand fabulisteet poète n'exerça aucune influence i la Cour?Oh ! vous le comprendrez c'est que duns ces temps-là, comme aujourd'hui, il fallait des adulateurs ; et Lafontaine, \u2014car c'est de lui que je veux parler\u2014 dans son âme naïve et toute enfantine, ne pouvait s'abaisser jusqu'à la flatterie.Commune Lafontaine n'a traité pour ainsi dire qu\u2019un soul genre dans lequel il a excellé\u2014c'est-à-dire, l'apologue,\u2014je le considérerai à la fois comme fabuliste et comme poète.Dieu a fixé le temps, l'heure, le moment même où chacun doit entrer dans la carrière qu'il lui assigne.Ayant donné à certains hommes le talent, le génie créateur, il fait que ces hommes privilégiés ignorent eux-mêmes les précieuses «jualités déposées dans leur âme, et qui doivent éclore à l'heure marquée par la Providence.C'est ce qui arriva pour Lafontaine, Jusqu'à l'âge de vingt-deux ans, avaient couvé en lui de grandes facultés dont la nature l'avait doué ; il avait passé cette partie de sa vie, à dormir el à ue rien faire, comme il le disa\u2019t lui-même, régime qu\u2019il suivit jusqu'à la fin de sa carrière si l'on en juge par son épitaphe que voici : Jean s'en alla comme il était venu, Mangeant son bien avec son revenu, Croyant trésor chose peu nécessaire.Quant à son temps, bien le sut dépenser : Deux parta en lit, dont il voulait passer L'une à dormir et l'autre a ne rien faire.Mais un jour, à la lecture d'une ode de Malherbe, son esprit s'entlamma, et le feu qui dormait depuis longtemps tit bientôt jaillir des étincelles si vives, qu\u2019on s\u2019étonna de ce changement subit opéré dans son être.Le jeune homme était poète.Nourri à la lecture des anciens, il ne voyait que très peu d'auteurs dans son pays capables «le guider ses premiers pas.Rabelais, Marot, par leurs écrits, éveillèrent en lui l'enjoûment, la grâce et la naïveté qui font le charme de ses pièces.Apres s'être rendu familier avec ces auteurs, et LE MONDE ILLUSTRÉ n'être enrichi de tous les trésors poraibles, le voilà à l'œuvre.Cela Jui onlevait sans doute du temps pour dormir, lui qui ne faisait rien ; mais cette nature d'élite, saux xe préoccuper de la gloire qui l\u2019attendait, composait ses fables et ses contes comme pour chasse ennui at se délasser.Lafontaine ponsédait au suprême degré l'art de raconter et de décrire, et comme le dit M.Walkeuaër, son biographe : Non seulement il a oui dire ce qu\u2019il raconte, mais il l'a vu, il croit le voir encore.Ce n'est pas un cou- teur qui plaisante, c'est un témoin présent à l'uction et qui veut vous y rendre présent vous-même.Avant lui, la fable n'avait fait pour ainsi dire que sortir du chaos informe où elle était.Esope, il est vrai, avait cette finesse, cette ingénuité de l'enfant, cette morale simple et nue qui conviennent si bien à ce genre d'écrit ; mais il lui mauquait le souttie de la poésie.Phèdre, venu après lui, y joignit l'agrément et le charme des vers.Lafontaine vient ensuite.Par la beauté continue du style, le tour naïf et gracieux, la narration qui coule toujours de source, l'intérêt croissant de certaines pièces qui sont de vrais chefs-d'œuvre dramatiques, par l'ensemble des détails, le fond solide de l'ouvrage, il a éclipsé ses prédécesseurs, et mis une barrière infranchissable entre lui et ceux qui, à l'avenir, sersient tentés d'écrire dans ce genre.Quelques-uns cependant l'ont approché, et justifient, jusqu'à un certain point, le mot prononcé par lui-même sur le champ de l'apologue, qui dit-il, \u2026Ne se peut tellement moissonner, Que les devniers venus n\u2019y trouvent à glaner.Hélas \u2018 oui, îis glanent, mais dans un champ où une main plus habile à déjà cueilli avant eux les plus beaux épis de In moisson.Ils glanent ! mais ce ne sont que quelques épis oubliés par la main du moissonneur, ou, pour mieux dire, des restes, qui cependant valent encore quelque considération.Nommer la fable, dit La Harpe, c'est nommer Lafontaine.Le genre et l'auteur ne font plus qu'un.Esope, Phedre, Pilpay, Aviénus avaient fait des fables.Il vient et les prend toutes ; et ces fables ne sont plus celles d'Esope, de Phèdre, de Pilpay, d'Aviénus : ce sont les fables de Lafontaine.Que dirai- je auxsi de ses contes, admirables d'invention et de style, mais qui souffrent cependant une morale trop vague et trop flottante, parfois trop crue / Îl me semble toutefois qu\u2019on devrait être indulsent à aon égard, car l\u2019auteur dans la bonté naturelle de son cœur s\u2019est égaré sur ce point sans le vouloir, et, vers la fin de sa vie, répara ses torts en corrigeant ses contes qui sont plutôt libres que licencieux.Non, cet homme de qui l\u2019on disait qu'il était plus bite que méchant, et que Dieu n'auruit jamais le courage de damuer, ne pouvait faire des écrits répréhensibles à la morale comme quelques-uns le prétendent, qu\u2019il y songeât ou qu\u2019il y vit le moindre mal.Car Lafontaine écrivait pour ainsi dire comme i] marchait, suns s'occuper de rien.11 ne s'attendait pas, en composant ses fables où ses contes, à devenir le fabuliste sans rival, le conteur naïf et original par excellence, le poète distingué entre tous, titres qui le placent au premier rang des plus grands hommes de lettres de France, voire même de l'univers.Suivant Gerusez : \u2018* c\u2019est In fleur de l'esprit gaulois avec un parfum d\u2019antiquité.\u201d En effet, aucun poète dans sn langue ne s'en est servi plus habilement que lui.Il sait se plier a tous le tons et passer du.grave au doux, du plaisant au sévère, sans recherche ni af- fuctation.Nous en avous un exemple, dans ces vers : Un bloc de marbre était si beau, Qu'un statusire en lit l'emplette ; Qu'en fera, dit-il, mon cisenu / Nera-t-il dieu, table ou cuvette ?retira Il sera dieu ; miêtie je veux Qu'il ait en 88 main un tounerre : Tremblez, humains ; faites des vœux ; Voici le maître de la terre.t Tout chez lu poite est naturel, giacieux et naif.11 au montrer aussi que l'hurmonie est In langue du poète.sr ee eee ee JA Et qui mieux que le grand fabuliste à employé cette belle qualité, je pourrais dire indispensable de la Joduie 1.en \u2018 Quel pinceau plus habile à pu peindre ls nature dans toute sa beauté 7.{ZL 11 fallait un Lafontaine.C'est de lui que l'on peut dire : qu'il peint avec ln parole.Ou ne le lit pas, vu le goûte ; on s'indigne avec lui, on roupiire à ses chants de tendresse et d\u2019amour qui sont comme un écho des soupirs de Tibulle, des chants plaintifs d'Ovide dans son exil du Pont.Oui, jamais homme n'a manié la langue avec plue de hardiesse, de souplesse, de finesse et de guût.En imitant les autres il s\u2019est rendu inimitable ; et certes, on ne le peut traduire en aucune langue parce qu'il s\u2019en est fait une qui lui est propre.Nous n'avons qu'à lire quelques-unes de ses fables, et uous ne pourrons nous empêcher de nous dire en nous-mêmes, où mieux encore, à haute voix avec Mine de Sévigné, qui, après avoir lu une fable du hou- homme, s'écrinit ravie : ** Cela est peint 1\u201d Et dire que sir pris de trois cents fables, fort peu sont médiocres, et plus de deux cent cinquante sont des chefs-d'œuvre.suivant l'opinion de la plupart des critiques.Vous me permettrez sans doute d'en parler quelque peu ; je pense que vous me saurez uré d'avoir éveillé dans votre mémoire des fables, que la plupart d'entre vous avez SUes par cœur et que Vous Vous rappelez peut-être encore.Quoi de plus admirable que les fables des Animaux mudades de La peste : du Chéne el du roseau ; du Fat retiré du monde : de l' Alouette el ses petits ; du Chat et du vieux rat ?Ce sont autant de drames complets où lea scènes sont parfaites par le dislogue et le caractère de chaque personnage.Le temps, l'action, le licu, tout y est observé.Pour moi, néanmoins, la fable qui me frappe le plus quand je lis Lafontaine, est celle dea Deux prpcons.On voit que le grand fabuliste possédait à un haut dexré cette sensibilité douce et exquise qui donne à sua écrits, toujours sans dessein, jamais sans effet, un attrait irrésistible.Que de sentiments répandus partoat ! Avec quel épanchement de cœur et même effusion de larmes il nous parle des douceurs de la solitude et de celles de l'amitié ! C'est l'écho d'une âme remplie de tendresse et d'affection.La fable des Denx pigeons nous en donne un exemple, et s'il n'y avait tant de chefs-d'œuvre qui balancent notre choix, nous serions tentés de donner Ja palme à cette dernicra.Oni, qu'elle est belle, cetto fable ! qu\u2019elle est touchante ! quel couple aimable que ces deux pigeons ! Comme ils s'ainsent * comme leurs adieux respirent lu tendresse ln plus vivo, la plus naturelle ! IL part, l'amoureux ramier ; on le suit dans son voyage périlleux, et l'on sent courir en soi comme un frisson de crainte à Ja pensée de sa mort peut-être, avant de revoir son compagnon qui pleure sur son funeste sort.Mais voila qu'il arrive blessé, à son cher colombier plongé dans le deuil par son absence, ot Ia tristesse fait place à Ia joie, aux plaisirs, Puis, revenant sur lui-même, le poète redemande les plaisirs qu'il à goûtés dans l'amour, avec les sentiments les plus tendres, les plus mélancoliques.Enfin, j'en passe plus de cent autres qui, comme celle-là, mériteraient notre attention, ent ce serait troy long que de les citer.Bien que je suis, permettez moi de le dire, un admirateur de Lafontaine, et certes je crois que nous le Rommes tous, le sujet proposé par quelques amis * 20 SEN 00e a \u2014 = mt 2100 al ale LE MONDE ILLUSTRE 119 STATUE DEVANT FIGURER ne semblait aride, et méme, au premier abord, par donnez-moi cette parole, impossible à traiter.Avec uu peu de recherches et de persévérance, je n'ai pu cependant donner aux lecteurs qu\u2019une bien fable esquisse du grand homme dont j'avais à parler.Heureux si j'ui pu aussi par ines paroles vous cnga- ver à relire Lafontaine où vous puiserez des trésors d'une richease incomparable.tduelques-uns ont beau essayer de lui trouver des défauts, ils ne pourront y réussir, et s'ils y parviennent, leur tom sera prononcé avec mépris, comme velui de Zorle, le détracteur du divin Hotere.l\u2019uis à ceux qui se préteudent pleins d'esprit et de science, et entreprendraient de leur côté cette tâche vile et basse d'abaisser Lafontaine, je pourras dire les paroles que Molière, dans un moment d'effusion, prononçait de lui Nos beaux esprits n'effaceront jamais le bonhomme.\u201d Se Sng \u2014 + GD \u2014- NOS GRAVURES 1.A SAINT - EAN - BAPTISTE C\u2019est lo 22 juin, cette année, que Montrédl célèbre In solennité du patron du Canada, saint Jean-Baptiste.À cette necasion, nous croyons plaire à nos lecteurs on publiant les portraits des principaux diguitaires du bureau de la Société Saint Jean-Baptiste, MM.F.-L.Béique, avocat, président ; J.-X.Perreault, commis - saire du gouvernement à l'Exposition de Paris, vice- président ; D.Parizeau, ex-membre de la Chambre des députés de Québec, vice-président.Photo Lageres « lavergne A L'EXNTOSITION DE PARIS C'est race à l'actisite, au devonement si contes de Ces messieurs que notre fete wationale vevétira, cette annde, un cachet plus grandiose encore que les années précédentes.Lic GV VARESE Le samedi, 10 jum courant, les dévoués otliciers de notre bataillon de tuilite volontaire, le Goe, ayant à leur téte le brave et bon lieutenant colonel Labelle, amenaient à Varennes une grande partie de lear corps de troupes : ces messieurs avaient décidé d'établir, du tant trois joues, un campavec la vie des enmps, les exercices, lex matches, et surtout.In pepote en plein air.Tout cela, ces officiers le faisaient a leurs frais.est une partic de plaisir © oar, mais c'est aussi une rude corvée Demande le à nos excellents compagnons d'armes, les Zouaves Pontificaux, qui n'ont pas eu l'insigue hontreur de.rerotter le camp de Rocen di Papa (ancien comp d'Annibal)etinfornez-vous s'ils ont eu une douce villégiature durant les mois qu'ils ont passés la Cependant, le 69 n'a pas eu à retordre le til que : qu'eout retordus nos Zouaves.Us dis-je : les cübles ! ont été choyés de La bonne population de Varennes ; 1 +4 autorités relicieuses et civiles ont rivalisé d'amabilité envers eux, les touristes mème se sont mis de lu partie, et J'apercois La bas, à waniche du groupe, In bonne figure du pocte canadien, M.Lous Fréchette.Co qui n'a pus lieu d'étonner : le prêtre, le soldat l'écrivin, l'attiste, c'est tout un ; le premier, c\u2019est le soldat de heu allans, sous le feu des combats, au risque d'étre tué cenl fois, réconforter les blessés, donner la suprême force aux aconisants ; le second, c'est le défenseur de la patrie, du foyer, de l'autel ; le troisième, cu ses vers vibrauts, écrit l'épopée que créent les deux premiers ; le dernier immortalise pur sou butin, par son pinceau, les traits du plus brave.\u2026 Voila pourquoi nous, qui les connaissons, aimons le prêtre, In Sœur de Charité, cet ange paraissant toujours près de s'envoler la-haut, l'humible soldat, le poète aux divines inspirations, l'artiste imprimant son une dang immobile, l\u2019éteruel récit de marbre qu'il fait d'une grande figure, d'une grande action ! Voilà pourquoi nous aimous Jeanne d'Arc la sainte enfant invincible, le commandant Marchand, ce fier guerrier chrétien ! Vous voyez qu'il fait bon contempler notre Gôe, qui suguere de telles pensées.LE COMMANDANT MARCHAND l'héroique Français, dont la marche it travers des obstacles invinciles a fait l'admiration de tous ; le brave officier qui, en vertu du droit naturel, du droit des gens et du droit civil des nations policées, prit possession de Fachoda, là-bas, au sud de l'Afrique, et y planta le glorieux drapeau de la ation civilisée par excellence ; le chrétien convaineu et que le danger incessant + rendu, si possible, plus chrétien encore, est rontré en France après un voyage de cing mille lieues ayant duré trois Ans, voyage qui semble une légende, un conte fait à plaisir, un mythe.Ils ont dit, eux, ces vendeurs d'orviétan de la perfide Albiou, que le Français avait fait une réelle équipée : elle prend les allures d'une épopée.C'était aussi des équipées, au NVe siccle, sous Charles VIE, quand vos armées, vos ducs et vos pritices royaux, pris d'irrésistible panique, fuyaient dans toutes les directions devant l'Enfant, devant cette radieuse vierge que lu trahison vous livra, que vous cherchates à souiller comme si votre grossière umpudence pouvait ternir la gloire de France, Jeanne d'Are on le Commandant Marchand, qui qu'elle soit ! Au! Bedford ! devant la Pucelle ©.d'aise, en voyant, lorsqu'il s'agit dece vaillant capi taine, qu'il y avait encore aux brouillards «le la Tamise, des œueux ayant tes sentiments : Cu fut un voyage trionpleul par toute la France.On veut, au pays des Frère de roi moins qu'un valet Tes wanes ont di tressailliv et C'est encore en ee loment plus grandes vertus, lui faire oublier la licheté un peu forece des gouvernants.M faut qu'il oublie, le brave commandant, la tristesse innnense de son retour quant il reçut l'ordre d'évacuer Fachoda : la guerre et tout son cortexe de ruines et de morts, la trahison de l'or anglais et des sectes maudites, juiverie où franc-maçonnerie, alliées d'Albion, c'était ce qui menaçait la doulee France \u201d si velleci gardait Fachoda.C'est l'excuse du gouvernement feuçais.Mais le drapeau de France à flotté le premier à cet endroit du Nil : la prescription ni aucune mauvaise raison ne vaut contre ce droit et la man qui planta le bel étendard de la Fille ainée de l'Hctise, ee fut be main du Conunandant Marchand pr Banko, \u2014\u2014\u2014\u2014 .
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