Le Monde illustré, 5 mai 1894, Le secret d'une tombe
[" Cr pose die aie aq FEULLLETON DU MONDE ILLUSTRE 1 M.EMILE RICHEBOURG, L'AUTEUR DE NOTRE NOUVEAU ROMAN, \u2018LE SECRET D'UNK TOMBK La nomination de M.Emile Richebourg comme chevalier de la Légion- d'Honneur a été chaleureusement approuvée par toute la presse ; on a été unanime à féliciter le Ministre de l\u2019Instruction publique d'avoir ainsi rendu hommage à l'auteur de tant d'œuvres remarquables, d'avoir récompensé par une haute distinction le célèbre romancier populaire.Nous en sommes d'autant plus heureux que l'on ignore pas que M.Emile Richebourg est l'un des plus éminents romanciers du jour : au moment même où paraissait le décret le nommant chevalier de la Légion- d'Honneur, les journaux parisiens annonçaient la publication de son nouveau roman : le Secret d'une Tombe.Tl n'y a plus à faire l'éloge de M.Emile Richebourg.Les titres de ses œuvres parlent assez haut.L'auteur de l'En/ant du Faubourg, de la Petite Mionne, de la Dame en Noir, de Cendrillon, la Fée de l'Atelier, de la Fauvette du Moulin eat connu de tout le grand public ; il l'a intéressé, charmé, ému par une longue série d'œuvres toutes palpitantes de vie et de passion.On disait excellemment d'Eugène Sos : ' Grâce A ses romans, combien de personnes, après le labeur fatiguant, ont trouvé le repos de l'esprit, une distraction heurease qui leur faisait oublier leurs soucis, une part de rêve qui les arrachait aux amertumes de l'existence quotidienne ! \" C'est aussi ce que l'on pourrait dire de M.Emile Richebourg 2 FEUILLETON DU MONDE ILLUSTRÉ SEICORET DUNE TOMBE PAR EMILE RICHELOURG AAA SAAN AS PROLOGUR était deux heures de l'après-midi.; à Ancelin, curé de Salvignac, lisait son bréviaire, assis près de la fete de sa petite salle à manger.on as au « Lmencement de juillet ; l'atmosphère, chauffée par le beau mais brûlant soleil du midi, était lourde, étouffante, ob le prétre livrait son front aux douces caresses de la brise qui lui apportait, en même temps qu'un peu de fraîcheur, le parfam des flears de son jardin et l'odeur péné- des luzernes fauchées.\u201cnoslin n'avait que trente deux ans.Bon, serviable, comprenant dans toute son étendue la charité chrétienne, il accomplissait dignement sa élique.miser Les pan, il ne pouvait avoir encore l'expérience des hommes eb de la vie ; mais il était compatissant, comprenait es faiblesses humaines et s'affiigeait des malheurs et des misères d'autrai.Sa gouvernante entra dans la salle à manger.\u2014Qu'y a-til, Creule 1 demanda le prétre, interrompant sa lecture.\u2014 Monsieur le curé, c'est un homme, un étranger, qui demande à vous parler.\u2014 Que veut-il, «et homme 1 \u2014Il ne me l\u2019a pas dit ; il porte dans ses bras an jeune enfant.\u2014 Ah ! eh bien, Ursale, je vais le recevoir, faites-le entrer ! La gouvernante sortit, laissant la porte entr\u2019ouverte, et, presqu+ aus- aitôt, l\u2019homme portant l'enfant entra dans la salle à manger.M.Ancelin avait fermé son bréviaire et s'était levé.Il examina le visiteur étranger avec surprise, mais aussi avec un sou: ire bienveillant.we oA won costume, qui était celai des paysans des pays Basques, et à son teint brûlé par le soleil, M.Ancelin reconnut tout de suite qu'il était d\u2019an Espagnol.; 0e préseuce ami, lat divi] en indiquant un siège, veuillez vous asseoir ot me faire ître l\u2019objet de votre visite.; ; Maintenant, c'était l'enfant que le curé regardait avec un vif intérêt.L'étranger s'assit et répondit : ; \u2014 Monsieur le curé, il s'agit de cette petite fille.\u2014Ah ! Et que demandez-vous pour elle ?\u2014Votre protection.\u201cVom ten très estimé et très aimé dans cette paroisse, monsieur le curé ; vous y entretenez le feu de la foi, car nul mieux que vous ne sait ler de l'espérance, et vous donnez à tous l'exemple de la douceur, de la bonté et de la charité.; i ; \u2014Mon ami, dit le prêtre un peu confus, je ne fais que remplir ma mis i la terre aussi bien que je le peux.J , von fe c'est tout le bien que l\u2019on m'a dit de vous, monsieur le curé, qui m'a i i trouver.décidé oan véclamez ma protection pour cette petite : c'est votre enfant \u2014 Non, monsieur le curé, c'est la fille de mon maître, qui s'est trouvé, hélas ! dans la cruelle nécessité de se séparer d'elle.\u2014Ah ! fit le prêtre.,Ç Et, de nouveau, il ee mit à examiner l'enfant qui, somnolente, fermait instant ses jolis yeux bleus.| : aon ami, repris le curé, cette petite me paraît avoir grand besoin de dormir ; venez, prenez ce coussin sur lequel vous la coucherez dans ce grand faute apagacl fit aussitôt ce que le prêtre lui conseillait, puis vint reprendre sa place en face de M.Anoelin.\u2014 Ainsi, reprit celui-ci, cette enfant est la fille de votre maître.\u2014Oai, monsieur le curé.\u2014Où demeure votre maître 1 \u2014En Espagne.\u2014Et c'est d'Espagne que vous venez | \u2014Onci.\u2014Que fait il, votre maître 1 ; \u2014 Hélas ! peut être aujourd\u2019hui n'est-il plus de \u201ce monde, répondit l'Espagnol, qui se nommait Pedro Lamnès.\u2014Qa> voulez-vous dire Ÿ exclama le curé.\u2014 Mon maitre est le marquis de Mimosa, un des plus grands partisans de la cause du prince don Carlos ; et vous devez l'avoir appris, monsieur le curé, les troupes carlistes ont été partout vaincues et ne pourront plus, d'ici longtemps, reprendre l'offensive.Podro, alors, raconta au prêtre dans quelle circonstance la petite fille lui avait été confiée par le marquis, son maître.\u2014Du reste, sjouta-t-il, j'ai des papiers sur moi qui sont la confirmation de mes paroles.\u2018\u201c Entin, monsieur le curé, je compte sur votre extrême bonté pour u.aider à trouver dans ce pays ane brave et honnête femme qui voudra se char.r d'élever ma jeune maîtresse.\u201c Elle a été baptisée et s'appelle Thérèse.La pauvre fille « perdu à mère peu de jours après ua naissance, et si M.le marquis n\u2019est plus, con: ne je le crains, hélas ! elle est tout à fait orpheline.\u201d Le bon prètre jeta sur la petite fille endormie un long regard de \u2018x.loureurte pitié.\u2014II faut qu'elle soit bien cachée, continua Pedro, afin d'échapper à :& cruels ennemis.\u2014 Mon ami, dit M.Anocelin, vous avex bien fait de vous adresssr ag curé de Salvignac, et vous avez raison de compter sur moi.Donc, vous - \u2018œ à la recherche d\u2019une brave femme à qui vous voulez confier la fille de +.re maitre Ÿ L'Espagnol #'inclina çans répondre.\u2014Eh bien, poursuivit le caré, cette\u2018femme est ans ma paroisse et j- la connais assez pour pouvoir répondre de son dévouement et de sa discrét: n.\u2014Oh ! monsieur le curé, que de reconnaissance je vous devrai.\u2014Ne parlons pas de cela, mon ami ; je m'intéresse vivement À cette u- fant, et.\u2014J'ai à remettre vingb mille francs à la personne qui se charg ra de la fille de mon maître, interrompit Pedro, vingt mille francs pour la -6- compenser des soins qu'elle donnera à la petite Thérèse jusqu'au jour où »n viendra la ré:'amer.\u2014 Je n'ai rien & objecter, fit M.Ancelin, bien que je trouve la som.ue plus que sutlisante.Après an silence, il continua : \u2014La femme dont je viens de vous parler est venu se tixer dans le p .ys il y a dix-huit mois, avec sa petite fille, qui est à peu près du même âge .ue velle-ci.Cette femme n'a pas plus de vingt-quatre ans et, déjà, elle a beauc: up souffert ; elle a passé par des épreuves qui l'ont préparée à compatir aux souffrances des autres.Elle travaille pour vivre et aa conduite est ex n- plaire.Oui, nous pouvons en toute sûreté lai confier cette pauvre pe':te orpheline ; elle aura deux enfants qui se partageront sa tenclresse.\u2014 Monsieur le curé, veuillez me conduire chez cette jeune femme.\u2014 Pas encore, mon ami.Si je vous ai bien compris, vous recommaulez cette enfant 4 ma sollicitude et vous comptez sur moi pour porter plus ta:-l, si c\u2019est nécessaire, témoignage de ce qui se pase en ce moment entre nous.Mais je puis mourir ; de plus, il me paraît utile d\u2019inatruire le maire le cette commune de ce que nous allons faire.C\u2019est un parfait honnête homuue, dans lequel cette chère petite aura un second protecteur ; car il peut sur:ir telle circonstance où la fille de votre maître aura besoin d'être protégée.\u2014Qa'il soit fait ainsi que vous le désirez, dit Pedro.L'abbé Ancelin sonna sa domestique.\u2014Utrsule, lui dit il, veuillez aller chez M.le maire ; vous le prierez «je vonloir bien venir me trouver immédiatement.Il s\u2019agit d'une chose importante.La servante partit aussitôt.Le maire de Salvignac ne tarda pas à arriver.C'était un homme de quarante ans, moitié citadin, moitié campagna: |, à la figare ouverte, souriante.\u2014Qu\u2019y a-t-iil pour votre service, monsieur le curé ?dit-il, en serr-.nt cordialement la main du prêtre.L'abbé Ancelin lui iontra la petit fille couchée sur le fautenil eb d r- mant d\u2019'on profond sommeil.Le maire s'étant assis, le caré le mit au courant de la situation.\u2014Je partage complètrment vos idées, monsieur le curé, répondit-il «t vous n'avez pas eu tort de m'appeler ; cette petite sera la pupille de la cow- mune et de la paroisse et sous la protection d'honnêtes gens.\u2014 Messieurs, dit Pedro, voici l'acte de naissance de ma maîtresse et le testament de M.le marquis ; veuillez en prendre connaissance.M.Ancelin lut d'abord l'extrait de l'acte de naissance : ** En ce jour, 14 juin de l'année 1866, un enfant du sexe féminin nous a été présenté sous le nom de Thérésa-Ines de Mimosa, fille légitime du & nor marquis de Mimosa et de son épouse Claire-Adélaide de Vauclair.\u201c En foi de quoi ont signé avec nous, le père et les témoins.** JUAN D'ALANTA, Jost ESTELLA, i * baron D'AZUN, marquis pK Mrmvos \u201c Je certifie cette copie conforme à l\u2019acte inscrit aur le registre dus naissances de la paroisse de Falun.*\u201c Signé : Don Luis ARoNA.\" Cette pièce portait le cachet de la paroisse.4 suivre "]
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