Le Monde illustré, 1 août 1885, samedi 1 août 1885
[" oa tee \\ \\ J À hi i \\ Hi | 3 \u2018 \\ fi | J / AL NN SN = NN : i À fa % Bureaux 80, rue St-Gabriel, Montréal! == \\ 2 ZAR game année, No.68.\u2014 Samedi, ler aout 1888 ~~ ah \\ \\l 2 IE A 2 = = of rd = Ÿ a = o \\ NS 2 eo = ads Lg 2 LE No.\\ Mos) 27 al \\ i tr Fr A W À Pa S) N RA po Zu 224 : NY \\ \\ TL) \u2018 4 Ki \\ oN WW WE 2 2 \\ \\ x FE À W \\ \\ A \\ \\ x eg 5 CENTS \" \\ ci NR & #2 fit N 4 LY hn 7 Ad if HR NS | NN Pooh A RT \u201d 5 ra FA FE 7 [vs Te 4 A NN \\ sf \u201c= \\ i Ch \\ Li N ) ÿ H : A / \\ \\ Vo ue \\ Ay | I 0 | | LE GÉNÉRAL U.S.GRANT, EX-PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS, MORT LE 22 JUILLET \\ J A \\ \\ | Wi WN N , | I | | | Ii a il A I | | N | ABONNEMENTS Six mois: $1.80.\u2014 Un an: $8.00 | LE MONDE ILLUSTRE 98 LE MONDE ILLUSTRE LE MONDE ILLUSTRE Montréal, 1er août 1888 SOMMAIRE TEXTE : Primes mensuelles.\u2014Entre-nous, par Léun le dieu.\u2014 À propus d\u2019un acrostiche par Maurice O'Reilly, \u2014 Notes et impressions La Porteuse de Pain (serite).-\u2014 la balanguire.=Un conseil par semaine.\u2014l\u2019oésie : Mélancolie, par \u2018Théodore Gi, \u2014le général Grant.\u2014 Récréation de la famille : Charade et rébus.\u2014Choses et autres.\u2014l'rimes du Monde lustré, pe GRAVURES : l\u2019ortrait du général U, S.Grant, ex-président des Etats-Unis, mort le 22 juillet.-\u2014La balançoire \u2014 Gravure du feuilleton \u2014Rébus.PRIMFS MENSUELLES QUINZIÈME TIRAGE Le quinzième tirage des primes mensuelles du MoNpE ILLUSTRÉ (numéros du mois de juillet), aura lieu lundi, le 3 août, à huit heures du soir, dans la salle de conférence de La Patrie, 35, tue Saint-Gabriel.Le public est invité à y assister._\u2014\u2014\u2014\u2014 ENTRE-NOUS est à peine revenus de l'enthousiasme ui a remué toute notre population pen- ant la semaine dernière.On conservera longtemps le souvenir du retour de nus volontaires.L'émotion gagnait tout le monde, grands et petits étaient ivres de joie, et jamais les cœurs n\u2019ont battu à l'unisson comme pendant ces jours de bonheur.J'ai entendu des hommes graves avouer n'avoir pu travailler le jour et le lendemain de l'arrivée des volontaires, et croyez bien que jamais je n'ai trouvé le métier de journaliste aussi dur que ces jours-là.Pendant que tout le monde se livrait sans souci aux émotions de cet événement, j'avais, comme mes collègues, la rude tâche d'en décrire les mille incidents et de dire au public ce qu'il avait fait.Aussi, Dieu sait ce que nous avons écrit dans ces moments de délire général ! kx Dire que tout a marché au goût général ct au mien, ne serait pas exact, et même j'ai été parfois furieux de ce que j'ai vu.* C'estainsi qu'à la revue, j'ai remarqué avec peine, que la place d'honneur n\u2019était pas donnée au 65m, auquel elle revenait de plein droit.On a commis en cette occasion une grossièreté.La foule.réunie sur le terrain de la revue, la foule elle-même, semblait avoir perdu la tête et ne reconnaissait plus ceux qui avaient bien mérité de la Patrie.Savez-vous ceux qui ont été le plus applaudis au déilé ?Je vous le donne en cent, je vous le donnerais en mille que vous ne devineriez pas.Ce sont les Ecossais ! Pourquoi les Ecossais ?grand Dieu! Pourquoi?Serait-ce parce qu\u2019ils n\u2019ont rien fait pendant toute la campagne ou parce qu\u2019ils portent des jupons ?Mystère et jupons \u2018 ko Dans une de mes dernières causeries, je parlais des mauvais portraits que l\u2019on voit exposés tous les jours dans les vitrines des encadreurs, et je fis à ce propos des réflexions qui furent prises en tres mauvaise part par plusieurs personnes.Des artistes sc sont même crus visés d\u2019une manière spéciale.J'ai bien ri de ces susceptibilités, et quelques amis que j'avais choisis pour confidents de la ruse dont je me suis servi, s'en sont très amusds.Je m'explique : En relisant les Guépes d\u2019Alphonse Karr, je trouvai dans le volume de 1840, dus réilexions si bien touchées au sujet des portraits, que je résolus de les copier textuellement.Je prévins des in- times, de ma résolution de ne pas donner ces lignes comme une citation, afin de voir l'effet qu\u2019elles produiraient.Je me doutais bien que certaines personnes les prendraient pour elles et qu\u2019elles allaient faire pleuvoir sur moi les épithètes les Pus malsonnantes.C\u2019est ce qui est arrivé.J'ai envoyé aussitôt un numéro du MONDE Ii LUSTRÉ À Nice, où vit encore le vieillard qui fut l'un des meilleurs écrivains de France, Alphonse Karr, et je lui ai écrit ce qui s'était passé, afin de lui prouver une fois de plus tout ce qu'il y a de toujours vrai dans les lignes qu\u2019il a écrites en 1840.+, Ah ! bonnes gens qui supposez qu'on s'occupe tant de vous, vous n'avez pas changé depuis cinquante ans, et les ridicules de notre pauvre humanité seront.toujours les mêmes ! Co Je ferai un pari avec qui voudra que si je disais : \u201c Avant hier soir je suis passé dans une rue, que je ne nommerai pas, et j'ai entendu écorcher le Petit Bleu d'une manière atroce, par un musicien qui se croit très bon musicien, et qui ferait mieux de se faire maçon.\u201d Si je disais donc ce qui précède, je parie que je recevrais le lendemain cinquante lettres que m'\u2019adresseraient cinquante individus qui se réconnai- traient dans ces lignes.Ah\u2018 bonnes gens ! bonnes gens! HR x, Ceci me remet en mémoire un proces qui a cu un certain retentissement en France, il y a quarante ans, Un journal, Le Fiçaro, je crois, publia un jour un article, une charge à fond contre les nuwurs de Babylone.Le public s'émut de l'affaire, et après mure déh- bération le parquet jugea que ce qu'il avait de mieux À faire était de poursuivre les propriétaires du journal pour outre ge aux bonnes murs.Le jour du procès, le procureur général s'éleva contre les tendances déplurables de certains écrivains sans pudeur qui ne rougissent pas de salir leur plume par de semblables écrits ; la société avait été outragée, il fallait un châtiment sévère, etc,, etc.Le brave journaliste écoutait en riant dans sa barbe.Le procureur général s'en aperçut et en profita pour redoubler d'éloquence ct faire pleuvoir les injures sur le cynique personnage qui accueillait si bien cette harangue.Quand vint le tour de l'avocat de la défense, il se contenta de dire quelque chose dans ce sens : \u2014 Messieurs les jurés, il y a cu évidemment erreur dans toute cette affaire, ce n\u2019est pas mon client que l\u2019on aurait dû poursuivre, mais bien saint Augustin.\u2014Saint Augustin ! s'écrie le président de la Cour.Que signifie cette mauvaise plaisanterie ?\u2014Saint Augustin ! hurla le procureur général, voyez, messieurs les jurés, l'accusé insulte l'une des gloires les plus pures de notre sainte Eglise ! \u2014Saint Augustin ! répétèrent les jurés ahurise Saint Augustin ! \u2014Hh oui ! messieurs, continua le savant avocat, tout cet article a été pris mot pour mot dans saint Augustin.il tend le livre au président de la Cour, on se précipite, on se bouscule, on veut voir, on veut lire, on lit.C'était bien vrai, tout était du grand saint.Un prêtre présent au procès s'avance à son tour et déclare que c'est bien la vérité, et que, pour lui, il n\u2019a jamais compris qu'on put voir des injures à la morale, dans cet écrit.Tout finit par un éclat de rire, mais le procureur général en fit une maladie.Mes excellents amis, j'en appelle à votre honneur, à votre franchise et à votre loyauté, ce qu\u2019AI- phonse Karr a dit autrefois, dans une ville où les bons peintres ne sont pas rares, comme vous le savez, ne peut-il pas s'appliquer à n'importe quelle ville du monde, et ne l'avez-vous pas constaté cent fois vous mêmes ?Ne croyez-vous pas qu'il est bon aussi de rappeler de temps en temps ces observations faites par des hommes d'un talent incontestable, afin de corriger les fautes de goût que l\u2019on constate partout, et n'est-ce pas rendre un véritable service à ceux qui devraient profiter de ces réflexions plutôt que de se rendre ridicules en prenant la mouche ?Mais non, on veut poser quand même et ne jamais avouer qu\u2019un reproche est mérité.On a été jusqu\u2019à dire que j'avais insulté une femme dans l'article auquel je fais allusion.Par exemple, ceci est par trop bête ct ne vaut même pas une réponse.\u201c* a» Laissons ces niaiserics de côté et parlons d'autre chose.Vous avez certainement assisté déjà à quelques douzaines de banquets, car nous vivons dans un des pays où l\u2019on banquette le plus au monde, à propos de quelque chose, quelquefois, à propos de rien, le plus souvent.Vous avez en conséquence, encore plus certainement ,été dans la nécessité d\u2019avaler des centaines de discours, car le Canada est le pays où l'art de parler est le plus cultivé.Vous avez souffert ce supplice parce que c'est l'usage.Eh bien! je veux essayer de rendre un service à la société et tenter de diminuer les souffrances auxquelles nous condamnent l'étiquette et la routine.Je propose de supprimer deux santés, qui nous éviteront tout au moins quatre discours.Ces deux foasts dont je demande la suppression sont : 41 santé des dames ef la santé de la presse x A * Ne bondissez pas de colère, comme vous le faites, et écoutez s.v.p La santé des dames se propose toujours À la fin du banquet, c'est celle qui précède la santé de la presse, c'est la pénultième des santus.Si le banquet débute À neuf heures, il est minuit quand on commence À s'occuper dus dames, ce qui est très peu poli, et je me suis toujours demande ce qu'il pouvait y avoir de flatteur pour le beau sexe de se faire louanger, quand il brille par son absence, par un citoyen dont le célibat prouve I'antipathie qu'il a contre les dames.De plus, règle générale, les têtes sont chaudes «quand on répond à cette santé, personne n'écoute, la moitié des invités sont partis, ceux qui restent se sont mis À l'aise, et le débraillé qui agrémente ce moment est de moins en moins convenable.Et puis, que dit-on, en fin de compte?Rien qui vaille, des redites, des lieux communs, des absurdités que l'on n'oserait pas dire à une femme du monde, sauf à celle dont on est atné, auquel cas elle trouvera charmantes toutes les absurdités que l\u2019on pourra rêver.C'est pourquoi j'insiste pour supprimer cette santé, sauf dans les cas très rares où les femmes assistent à la fete x, Quant à la santé de la presse, avouez que c'est une absurdité criante.Les journalistes écrivent, et ils sont forcés, assez souvent, d'écrire des choses qui ne leur plaisent pas : cela devrait suffire., Ils vont aux banquets auxquels on les invite par intérêt, pour avoir un compte-rendu, c'est-à-dire qu'ils patent vingt fois le pain et le sel qu\u2019on leur offre, et il est cruel de les obliger À dire des choses dont ils ne croient pas un traître mot.Les honnêtes gens qui voudraient s'occuper du travailler à la suppression de ces deux hors-d'œuvre.mériteraient de la patrie et leurs noms seraient bénis jusqu\u2019à la fin des siècles.x, Le procès des Métis est commencé, et d'après toutes les apparences on se dispose à le mener vivement.l'Angleterre, cette vicille poseuse qui, après avoir cu beaucoup de qualités, ne se fait plus re marquer que par ses défauts, a une singulière manière de comprendre la justice, et quand je dis l'Angleterre je veux parler de ceux qui soit animés de l'esprit qui la distingue.Tout le monde s'accorde À dire que ces pauvres Métis ont été poussées à bout et qu'ils sont bien EE 2 0 yr LE MONDE ILLUSTRE 99 excusables d\u2019avoir eu recours au fusil, quand on a commencé à leur envoyer des balles dans le ventre, mais personne ne songe À attendre la fin de l\u2019enquête commencée au sujet de leurs réclamations.On finira par dire qu'ils avaient raison.quand on les aura pendus.\u2018l'out cela n\u2019est guère honorable.+, L'Italie, qui a cru devoir se mettre l'an dernier à la remorque de l'Angleterre, n\u2019a pas trop À s\u2019en féliciter.: : re Pendant que les Anglais reviennent de l'Egypte au plus vite, les Italiens y restent sans autre espoir que d'y mourir.Un journal dit à ce sujet : On représente comme des plus pénibles la condition des troupes italiennes à Massouah.La mortalité y est effrayante, tellement que le commandant de la garnison, le colonel l'utti, se voyant dans l\u2019impossibilité de porter remède à un aussi triste état de chose.à été conduit au suicide par le désespoir.; ; ; On a dit qu'il avait été frappé d'insalation, mais ce ren- scignement est erroné, oo Le gouvernement italien pourrait bien sapercevoir bientôt que ses offres de services a Angleterre lui seront plus lourdes qu'il ne le supposait, quand il a fait preuve de cet acte de grande générosité.Vous voyez que la situation n\u2019est pas gaie.* * l'rovencher se trouvait dernièrement en compa- unie d'un mauvais écrivain, qui a la prétention de se dire journaliste, et qui le consultait sur la valeur d'un article qu'il venait de pondre.Provencher lut la chose ct, rendant le panier au ticheux qui I'obsddait : \u2014Ah ! monsieur, c\u2019est une chose bien commode que de savoir écrire, quand on est journaliste .Malheureusement, c'est bien rare ! JEoN LEDIEU.\u2014_ cme -\u2014 A PROPOS D'UN ACROSTICHE 18 janvier 1885.D 'ARRIVE de la soirée de madame Douvre.+ Tris jolie, cette soirée ; beaucoup d\u2019anima- > tion, des jeunes filles gracieuses, un or- 422 chestre passable et des rafraichissements #7 sérieux.Par malheur mes bottines étaient d'un point trop petites, et j'ai souffert le martyre, ve qui m'a empéché de flirter avec une ravissante petite personne, qu'on appelle Ml* Debray.C'est la première fois que je la vois : brune, l'œil éveillé, la bouche spirituelle, de la distinction et mignonne au possible ; une vraie miniature.Quels moments charmants j'aurais pu passer près d'elle si mon esprit n'avait pas été absorbé par mes souliers.Enfin, j'ai dû abandonner la place à onze heures : je ne pouvais plus v tenir.21 janvier.Je l'ai revue, et ma première impression n'a fait qu'augmenter.C'est une petite perfection.Elle vient de \u2018Trois-Rivières et demeurera tout l'hiver à Montréal, Nous nous entendons parfaitement déjà, et elle paraît éprouver du plaisir à converser avec moi.Je crois très sérieusement que j'en suis amoureux ; je resterais des heures aupres d'elle à causer de la pluie et du beau temps, et les plus insipides banalités me semblent alors d'un intérêt extraordinaire ; voilà un signe d'amour, où je ne m'y connais pas.À propos de banalités, elle m'a montré son album, que nous avons feuilleté ensemble.Des vers impossibles y sont semés au-dessous d'oiseaux fantaisistes tracés d'un seul coup de plume en paraphe d'épicier ; sauf une jolie pièce de lamartine, signée \u2018l'rouillard, je n'y ai vu que des niaiseries et des fadeurs.Je me disais intérieurement que je ferais bien mieux que tout cela ; aussi, ai-je été ravi quand elle m'a demandé de lui écrire quelque chose.Pour lui prouver «que cela serait bien de moi, je lui ai promis un acrostiche.23 janvier, Je regrette beaucoup de lui avoir promis un acrostiche : d\u2019abord elle s'appelle Pulchérie, et l\u2019on n'a pas idée comme ce nom est rebel à ce genre d'exercice ; ensuite, je ne suis rien moins que poète, et si j'ai pu à l\u2019occasion tourner quelques méchants madrigaux, je suis le premier à m'en repentir.Mais enfin, il faut tenir ma parole, et j'attends avec impatience que l'inspiration me vienne.24 janvier, L'inspiration ne venant pas, j'ai dû aller la chercher.Je me suis donc dirigé vers la solitude de la montagne, et j'ai fait deux fois le tour du cimetière, en raquette.La muse, en dédommagement, m'a soufflé un vers\u2014un seul\u2014si on peut appeler cela un vers : l'our chanter dignement ta grâce qui me charme.Tout d\u2019abord ce début m'a enthousiasmé, mais je me suis trouvé arrété par la lettre u qui doit commencer la seconde phrase, Impossible d\u2019at- trapper un mot convenable !-\u2014c'est étonnant comme cette lettre u offre peu de ressources aux fabricants d'acrostiches\u2014je ne m'en étais jamais douté auparavant.Comme je me disposais à un troisième tour de cimetière, le vent s'est élevé et une tem- pète de neige effrayante m'a assailli ; j'aieu toutes les peines du monde à regagner la ville, et je suis arrivé chez moi exténué de fatigue, tout cn répétant le long du chemin : l'our chanter dignement ta grâce qui me charme.C\u2019est maigre.26 janvier, Je ne sais qui le premier a eu l'idée d'inventer l'acrostiche, mais c\u2019est un bien grand miscrable.Que signifient en sonnne ces tours de force qui vous donnent un mal incroyable pour n\u2019aboutir qu\u2019à d\u2019insipides lieux communs ?On se torture le cerveau pour rendre incompréhensible une pensée qui, exprimée toute simplement, pouvait être bonne en elle-même, et avait au moins l'avantage du naturel ou de la sincérité.Quand on aime une femme, ce sont toujours des expressions naïves qui viennent sur votre bouche lui faire l\u2019aveu de vos sentiments.Les compliments les meilleurs sont ceux les moins cherchés.Pourquoi donc ne pas écrire à une femme conne on lui parlerait ?l'outes ces réflexions m'éloignent de mon affaire et ne me fournissent pas mon mot commençant par un u.Ce mot introuvable me donne le cauchemar ; il me fait perdre l'appétit et le sommeil.Cet après- midi, j'ai eu la patience de parcourir la lettre « du dictionnaire de Littré ; j'y ai appris des substantifs curieux dont j'ignorais l'existence, mais je suis encore plus perplexe qu'auparavant.Je me couche avec un grand mal de tête.27 janvier, 2 heures du matin.Victoire ! le mot est venu\u2014en dormant\u2014comme le proverbe dit vrai ! Je saute à bas du lit, j'allume ma lampe, et ma main fidvreuse trace sur un morceau de papier : Un rayoii de tes yeux ul pourra m'inspirer, Comment n'ai-je pas penser plus tôt à ce mot s' simple : un ?Mot répété mille fois par jour, cheville bénie des poètes, qui trouve partout son placement comme les bonnes valeurs.Je m'assoupis en murmurant avec béatitude : l'our chanter dignement ta grâce qui me charme, Un rayon de Les yeux, seul pourra n'inspirer : Ce n\u2019est vraiment pas trop mal.Demain, il me faut une rime à charme, une autre d fnspirer, puis deux mots dont les premières lettres soient / et \u20ac C\u2019est beaucoup pour un seul jour, néanmoins, le succès de cette nuit m'a donné du courage.28 janvier, Décidément, mes facultés se ramollissent à ce travail absurde ! Depuis une heure je me creuse la tête en face de mon encre, mon papier et ma plume, et je ne trouve rien.J'ai été obligé d'acheter un dictionnaire de rimes\u2014coût : une piastre et demie.Si encore cela m'avait été de quelque utilité! Que mettre pour rimer avec charme ! Mon dictionnaire m'indique parme, larme, désarme, alarme.armée, carme, gendarme ; impossible d'accomoder ces lu- cutions à une idée quelconque.Mais au fait, en ai-je seulement une idée ?Je m'aperçois que je ne sais pas ce que je veux dire.N'importe, je continue, ct À tout hasard j'écris cet hémiistiche : L'amour en me frappant et puis après ?\u2014voilà le hic ;\u2014 qu'est-ce qu\u2019il à fait l'amour en me frappant?Je me le demande ; si mon intention est d'avouer qu'il m\u2019a rendu stupide, je n'aurai jamais avancé une aussi parfaite vérité.Mon Dieu! qu'a-t-il bien pu m'avoir fait qui rime avec charme, cet amour, quand il m'a frappé ?Ah! j'y suis : L'amour en me frappant lâchement me désarme, Me voilà débarrassé d'un vers\u2014mais Dicu qu\u2019il est bète !\u2014je frémis À la pensée qu'il va falloir encore mettre quelque chose à la suite.29 janvier, Hier, jai été lui rendre visite ; j'espérais que sa vue me faciliterait mon quatrième vers.Cela ne m\u2019a rien facilité du tout ; je me suis apercu seulement que, grâce à cet acrostiche funeste, sa présence ne m'était plus aussi agréable.Et voilà bien l'injustice des hommes, je la rends responsable de tout le tracas que j'encure.Le fait est que si elle s'était contentee de s'appeler simplement Marie ou Claire, au lieu de porter ce nom baroque de Pul- chérie, je n'aurais pas eu la moitié du mal que j'ai.Elle n'a pu s\u2019empécher de remarquer ma mauvaise humeur.Pour comble, elle m'a demandé si ma pièce était finie et si je pouvais lui rapporter son album demain.Je lui ai répondu sottement que oui ! 30 Janvier, Minuit, Ainsi, il n\u2018y a pas à tergiverser ; il faut, coûte que coûte, que cet acrostiche suit terminé cette nuit.La sueur perle à grosses gouttes sur mon front, et plus je cherche plus je me rends compte de l'impasse où je me suis fourré.Ce Trouillard, qui signe de sun nom des pièces de lainartine, était décidément un homme intelligent.Si jamais on me repince, ju ferai comme lui.kn attendant, plus d'hésitation, chaque minute perdue n'approche de l'abime ; je suis résolu à toutes les insanités possibles ; pourvu que les premières lettres forment Pulcherre, le reste m'est indifférent.elle comprendra si clle peut ; pour le moment, à l\u2019ouvrage.30 janvier, 4 heures du matin, Ce n'est pas un acrostiche, c\u2019est un rébus ; ce n'est pas de la prose, ce n'est pas de la pousie, c\u2019est une salade de substantifs, de verbes, d'adjectifs et de prenoms Mais peu m'importe ; après une nuit blanche je touche à la délivrance ; je n'ai plus qu'une ligne à écrire, je n\u2019ose dire un vers.Voilà le délit : jugez ! Jéprouve comme une ioic farouche à la clouer au pilori de la publicité : puisse cela servir d'exemple à mon prochain ! C'est un mal dangereux, impossible à parer.Hélas ! si je pouvais en pocte sublime Elever dans mes chants ton ame magnanime : Ressusciter ton car créé pour étre aimé ! Ld¢al tant révé dont trop haute est la cime ! Après un pareil forfait je ressens le besoin du dormir pour\u2026 oublier.Demain, je consommerai l'attentat avant de faire ma barbe.34 jamie, Le courage m'a manqué ! J'ai déchiré mon élucubration, préférant ne pas tenir ma parole que de livrer ce témoignage flagrant d\u2019ineptie.Que pen- sera-t-elle de moi ?Je l'ignore.Je lui ai fait remettre l'album par une tierce personne qui lui a annoncé mon départ subit.Je ne la reverrai probablement jamais ! Elle était pourtant bien gentille ! Qui sait ?Et à quoi tiennent les choses ! Sans ce malheureux acrostiche, clle aurait bien pu devenir ma femme ! MAURICE OREILILN._\u2014._ NOTES ET IMPRESSIONS Rien ne caractérise mieux un homme que la manière dont il se conduit avec les sots.\u2014.\\MIEL.Les femmes, c\u2019est comme les vagues de l'Océan : toutes les mêmes, jamais semblables.\u20141).DARC, Un peuple se repose dès qu\u2019il a conquis ses droits, et il s'affaiblit dès qu\u2019il se repose.\u2014 MIGNET.Les caractères faibles ne montrent de la décision que quand il s\u2019agit de faire une sottise.\u2014 THIERS, Les sciences sont de belles applications de Fes.prit humain, les lettres sont l\u2019esprit humain lui- même.=NaroLÉoN ler, Combattre un seul défaut, tendre À une seule vertu sans jamais se lasser, c'est le signe d'une grande äme. .# - = a\u201d Una 2 a XE 3 >of GE 7 ses æ se N ae SW EX LL /% LE 40 ° \u2018ut nd 7 4 \u2026 7\u201d, a A CAG Nee Lund oN = À PT hr \u2018il wl od A Were Sh > > axle ~~ = sab % Et .\u201c + A VEN IXY oS ne Les > + SN Le A 2e ea D DEA 4 Ë J = Et Lo td 47 kJ 4 ie Fe 2 \u201c£ Fi 5 \u2018as % K7 4 =, ££ 7 » - à) er os 5 PLR a3 aE) ; A © 3.YX SHS a) x a Ee hi rE ps, A = \"2-7 J 25 Ay CE À qu ha, 7 > 4 CE RS = = = p= Vo £2 Th 7, 9 AN FP > 2 3s on XH 7 ws CAR +7 2 =m Lv J el WE ~ = 30 eats ER \u201c37 ve.A pe pe) 2 -\u2014 dd .7p 2 a AA \u20ac ¥ \u201cse 5.fds DIT LW, Zon) pur t pe LE pe Le 2: VS > E = RY > RS Sm à FR tes =f Ay = = æ = hy 5 fa Ÿ 3 SoA A » Lys £1 DE = a Sk ES > Pa a0 5 Ç N 3 = Cod prs fn = Aix La 255 A 7 oy a CRY ord = A N te es a ne Ly.YY A Qu 7 NN > SN ZY 4) I A ey ASN s pres de\u201d, Ie) i \\! 5 = i NS + x 7 ME 4 î aX i > = b M » = ES ZL $ ne, Ry 4 0 a\u201d) 5 CE ed FT = £2 ht \\$ \u201cwhe y Re 6 Te i bos y oe pa a LS Ran LP IP ; = BX /A a SN AU > PP rep rie a wz t 63 mm Pat) 1 = 8 al AA 7 AY Je EN an, pa Some ~N A4 ps 1 PE x A 2 _ A 3 ny Ne y 7% Po LF) Fy ON + 2.WW LE MONDE ILLUSTRE Lee A bY =) \\ -\u2014 be ol! 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XXII \u2014{) = QS2AX £UT-ETRE est-¢lle morte ! murmura Jeanne.2 8 \u2014Peut-être, en effet, mais je saurai bien à quoi m'en tenir à ce sujet.\u2014Comment ?\u2014Un de mes amis, un avocat, qui jouit au palais d\u2019une considération très grande, doit faire en sorte d'apprendre dans quelle prison Jeanne Fortier a été conduite.Si elle est vivante, j'irai la voir.Je veux entendre de sa bouche la déclaration qu'elle a faite jadis à la justice.Elle n\u2019a plus de condamnation à craindre aujourd\u2019hui, plus d\u2019acquittement à espérer.Elle ne mentira pas.Je lui LE MONDE ILLUSTRÉ \u2014Cela m'attriste un peu, mais il s'agit pour vous d'un devoir à remplir et je prends mon parti.Les premiers jours, l'isolement me semblera cruel ; mais vous trouverez bien, de temps à autre, quelques minutes pour venir ici, et vous me donnerez vos dimanches.\u2014-Et Dieu sait avec quelle joie ! s'écria Lucien.\u2014Je vivrai donc par l'espérance jusqu'au jour où nous ne nous séparerons plus.\u2014Je hâterai ce jour de tout mon pouvoir, vous le savez bien.\u2014Oui, je le sais ; je n'en doute pas.\u2014Eh ! bien, chère adorée, je suis heureux de vous voir aussi raisonnable ! L'espoir nous soutiendra et les semaines passeront vite.\u2014Si vite qu\u2019elles passent, murmura la jeune fille avec un soupir, je vais être bien seule ! Lorsque ma porte s'ouvrira, je saurai d'avance qu'elle va me laisser voir un visage indifférent.Jeanne Fortier s\u2019avança : \u2014 Monsieur Lucien, demanda-t-elle, déménagerez-vous ?quand 101 \u2014Eh bien, maman Lison, dit le fils de Jules Labroue, déménagez ainsi que moi, et venez me remplacer ici.Je serai enchanté de vous savoir auprès de ma fiancée.Vous causerez ensemble de celui qui l\u2019aime de toute son âme ct ne vit que pour elle.\u2014C'est une bonne idée que vous avez là fit la jeune fille À son tour, au moins je ne me sentirai pas isolée dans la maison, et j'attendrai le dimanche avec plus de patience et moins d'ennui.\u2014Alors, appuya Lucien, l'affaire est entendue.Et sur ce, je vous déclare que la joie m\u2019ayant creusé, j'ai une faim de loup ! Si ma petite Lucie était bien gentille, elle m'inviterait à diner en compaguie de maman Lison.Lucie frappa dans ses mains.\u2014Je ne demande qu'à être bien gentille ! s\u2019écria-t-elle impétueusement, je vais mettre le couvert pendant que notre bonne amie ira aux provisions.Jeanne pleurait de joie.Elle était heureuse.Etrange bonheur qui ne pouvait se manifester que par les larmes ! promettrai de faire tout au monde pour obtenir sa mise en liberté, et je tiendrai parole, car un pressentiment m'avertit que je retrouverai tôt ou tard l'assassin de mon père.Dieu cst juste !! Un jour il arrive où le criminel sort sans le savoir de l'ombre protectrice où 1l se rachait, et se livre! Ce jour viendra.Peut-être est-il proche.Pour la seconde fois Jeanne fut au moment de se trahit.Ses lèvres s'agitérent pour crier à Lucien : \u2014Celle que vous voulez chercher n\u2019est pas morte.Elle est près de vous.C'est moi! Mais un frisson passa sur sa chair et ses lèvres n\u2019achevèrent point le cri commencé.Une indiscrétion suffirait pour la faire arrêter, reconduire en prison, et alors il faudrait dire adieu à toute espérance, renoncer à voir jamais ses enfants.Donc le silence était nécessaire, même devant Lucien Labroue qui songeait à la réhabilitation de la condamnée.Cependant Jeanne, attachant ses regards sur le jeune homme, hasarda ces mots : \u2014 Mais cette malheureuse femme avait des enfants, n\u2019est- ce pas ?\u2014Oui, à ce que m\u2019a dit ma tante.\u2014Que sont-ils devenus ?\u2014Je l'ignore.La veuve de Pierre Fortier ne pouvait pas insister davan- me ao M mi que | | LXXIII li Hifi jid | i | i La veuve de Pierre Fortier courut chercher des provi sions, et bientôt nos trois personnages furent assis autour de la table étroite où Lucie ne se doutait guère qu\u2019elle faisait face à sa mère, où Lucien ne soupçonnait pas qu\u2019il coudoyait la femme accusée du meurtre de son père! Etrange caprice du hasard ! Le matin de ce même jour, le jeune homme avait déjeuné, rue Murillo, avec le véritable assassin! Avons- nous besoin d'affirmer que le modeste repas du quai Bourbon se prelongea jusqu'à près de neuf heures du soir.Dès le lendemain, ainsi que cela était convenu, Lucien prenait possession de son emploi chez Paul Harmant.En compagnie de Mary qui cherchait des prétextes pour se rapprocher de lui, il faisait transformer en atelier de dessin la grande pièce voisine de la bibliothèque, puis il se mettait en mesure de rassembler quelques dessinateurs dunt il connaissait le mérite, et cherchait pour lui-même un logement dans le quartier Monceau.Il trouva trois petites pièces au quatrième étage d'une maison de la rue Miroménil, et deux jours après il en prit possession, tandis que de son côté Jeanne Fortier s\u2019installait à côté de Lucie vers laquelle une instinctive adoration la poussait.(ed qu tage.Elle baissa la tête et se tut.Lucien reprit, en changeant la nature de l'entretien et en s'adressant à sa fiancée : \u2014Ainsi, chère petite Lucie, vous êtes heureuse ?\u2014Oh ! oui, bien heureuse ! ma joie dépasse mon espérance.; ; \u2014Seulement, ajouta Lucien, il va falloir nous voir moins souvent.; \u2014Pourquoi donc ?demanda la jeune fille, prise d'un tremblement soudain.\u2014On va s'occuper provisoirement, dans l'hôtel même de monsieur Paul Harmant, d'installer un atelier de dessin, de former une administration et de recruter un personnel.Ma présence sera nécessaire du matin au soir, et M.Harmant, qui veut m'avoir toujours sous la main, désire que je me rapproche de la rue Murillo.| ; \u2014Je le comprends, mon ami, fit Lucie d\u2019un ton de résignation, votre présence en effet est indispensable.Ainsi, vous allez déménager ?\u2014I1 le faut.Cela ne vous attriste pas ?Bientôt nus trois personnages furent assis autour de la table étroite.\u2014(Voir page loi, col.3.) \u2014Je dois me mettre dès demain en quête d\u2019un logement.\u2014Alors le vôtre sera libre dans quelques jours ?\u2014Oui.\u2014Payez-vous cher de loyer ?\u2014Cent cinquante francs, et le terme, dont il reste plus des trois quarts à courir, est payé d'avance.C'est de l'argent perdu pour moi si la concierge ne trouve pas à louer immédiatement.\u2014M.Lucien, je voudrais prendre la suite de votre location.\u2014Vrai, maman Lison ! s\u2019écria Lucie.\u2014Oui, ma chère mignonne demoiselle ; il me plaira de demeurer près de vous.Vous ne pouvez pas vous figurer comme je vous aime et comme j'aime M.Lucien.Ma grande joie sera de vous parler de lui tous les jours.Lucien, prodigieusement occupé, n'avait pas pu trouver un instant, depuis son départ du quai Bourbon, pour aller faire une visite à sa fiancée.Celle-ci attendait le dimanche avec impatience, et, quand arriva ce dimanche tant désiré, ce fut un jour de complet bonheur pour les deux jeunes gens et pour Jeanne.L'entrée du fils de Jules Labroue chez le millionnaire Paul Harmant avait mis un élément de distraction dans la monotomie habituelle de la vie de Mary.Du jour où Lucien devint l'hôte assidu de la rue Murillo, la santé de la jeune malade parut se rétablir.Ce changement soudain ne pouvait échapper aux regards vigilants de l\u2019ex- contremaître.Il en conclut qu\u2019il ne s'était point trompé en croyant découvrir dans le cœur de Mary un amour naissant pour le fiis du mécanicien d'Alfortville ; il n\u2019envisageait pas sans une certaine épouvante cet amour, ou plutôt ses conséquences possibles, et il attendait avec angoisse 102 le moment où sa fille, dont il connaissait le carac- tare, viendrait lui faire confidence de ses sentiments.Pendant un mois, il ne survint aucun changement matériel dans la position de nos personnages.Mary, cependant, s'éprenait de jour en jour davantage de Lucien Labroue, et celui-ci commençait à s'apercevoir de la trop grande bienveillance de la jeune fille à son endroit.Cette bienveillance, à la nature de laquelle il était impossible do se tromper, le mettait à la gêne, car il aimait passionnément Lucie, et tous les millions de la terre n\u2019auraient pu le déterminer à transiger avec son cœur, Il comptait sur la prochaine ouverture des ateliers de Courbevoie pour interrompre, ou du moins pour rendre beaucoup plus rares, les rapports établis entre lui et mademoiselle Harmant, \u2014 Quand elle ne me verra plus que de loin en loin, pensa-t-il, elle ne pensera plus à son caprice.L'événement parut d'abord lui donner raison.L'ouverture à l'usine vint, pendant un instant, non pas éteindre l\u2019amour de Mary, mais l\u2019enrayer.Lucien n'apparaissait plus que rarement à l'hôtel de la rue Murillo.La surveillance des travaux réclamait sa présence continuelle à Courbevoie.Mary souffrait en silence de cet éloignement et parfois, n\u2019y tenant plus, elle allait sous un prétexte futile trouver son père à la fabrique pour voir Lucien, pour échanger quelques mots avec lui.De ces rares et courtes entrevues elle emportait un peu de bonheur.Un samedi soir, le fils de Jules Labroue reçut une lettre de Georges Darier.Le jeune avocat l\u2019invitait à déjeuner pour le lendemain.Il avait, disait-il, une communication à lui faire.Lucien pensa qu'il ne pouvait refuser l'invitation de son ami, ct le soir même.après la fermeture des ateliers, il se rendit chez Lucie pour lui annoncer qu\u2019il ne pourrait, comme d'habitude, passer avec elle toute la journée du dimanche, mais qu\u2019aussitôt après le déjeuner, il s\u2019'empresserait d'accourir.Lucie aimait trop le jeune homme pour ne point accepter sans plainte cet involontaire abandon.\u2014Pour rien au monde je ne voudrais vous voir froisser un ami à qui vous devez tant, répondit- elle.Faites ce qu\u2019il vous demande et revenez diner avec moi.Nos heures de joie seront moins longues, na's ne seront pas moins complètes, Le lendemain.à l'heure indiquée, Lucien arriva rue Bonaparte.Il trouva chez Georges le peintre Etienne Castel.Celui-ci avait appris par son ex- pupille l'admission de Lucien chez Paul Harmant, et la situation importante qu'il occupait dans l'usine.Je vous félicite de votre succès, monsieur Labroue, dit-il en lui serrant la main.Vous êtes digne du bonheur qui vous arrive, et je crois qu'un bel avenir s'ouvre devant vous.\u2014Je le crois aussi, monsieur\u2026je l'espère répliqua Lucien, et je ne cache point, à vous qui me portez intérêt, que j'ai de hautes ambitions.\u2014Lesquelles ?\u2014Voler un jour de mes propres ailes\u2026travailler, non plus pour les autres, mais pour moi-même.\u2014Songeriez-vous à reconstruire, 3 un moment donné, les ateliers de votre père à Alfortville ?\u2014J'y songe.C\u2019est un devoir que je me suis imposé et auquel je ne faillirai pas ! Dès que j'aurai mis de côté la somme indispensable pour commencer des travaux sur une toute petite échelle, je les commencerai.La mémoire de mon père me soutiendra.\u2014Je te félicite de cette résolution, mon ami ! dit Georges.Elle est d'un bon fils et d'un grand cœur.l'ambition ainsi comprise me paraît une noble chose.Et puisque nous songeons au passé, je vais te rendre compte des démarches que tu m'as prié de faire au sujet de cette femme condamnée pour les crimes d'incendie et d\u2019assassinat.\u2014 Jeanne Fortier ?\u2014 Oui, Jeanne Fortier.\u2014FEh! bien ?\u2014Coupable ou non, la malheureuse femme a cruellement souffert.\u2014Ce que souffrent toutes les condamnées, je suppose.\u2014Beaucoup plus.est devenue folle.\u2014-Folle ! s\u2019écrièrent à la fois Lucien et Etienne Castel.Après sa condamnation elle LE MONDE ILLUSTRE \u2014Oui, et clle est restée ainsi privée de raison pendant dix ans À la Salpétrière.\u2014En est-elle sortie ?\u2014Oui, \u2014Comment ?\u2014Un incendie, allumé par un obus pendant le siège et gagnant le pavillon qu\u2019elle habitait, produisit sur elle un effet de terreur qui réveilla sa mémoire et lui rendit la raison avec le souvenir.\u2014Pt alors ?\u2014Alors elle fut transférée à la maison centrale de Clermont, où elle devait finir sa vie, ayant été condamnée à la réclusion perpétuelle.\u2026 \u2014Flle est morte ?demanda vivement Lucien.~\u2014Non, mais il y a deux mois, trompant la surveillance des gardiens, elle s\u2019est évadée sous le costume d\u2019une des religieuses qui sont chargées du service de l\u2019infirmerie, \u2014Fvadée ! s\u2019écria Etienne Castel, et on n'a point retrouvé sa trace ?\u2014Non, jusqu'à présent, mais il est peu probable que sa liberté se prolonge.Son signalement a été envoyé dans toutes les directions et, un peu plus tôt ou un peu plus tard, la malheureuse se fera prendre.\u2014Pauvre femme ! murmura le fils de Jules Labroue, tu avais raison de le dire, elle a beaucoup souffert! Qui sait si maintenant je la verrai jamais, et j'aurais tant voulu la voir, lui parler.Comment l'idée d\u2019une évasion lui est-elle venue ?\u2014On doit rester À cet égard dans le champ des suppositions, répliqua Georges.Mais il paraît, d'après les renseignements obtenus, qu'elle avait fait faire des démarches pour connaître le sort de ses deux enfants dont son arrestation l'avait séparée.Ces démarches étant restées sans résultat, il est plus que probable qu\u2019elle s\u2019est enfuie pour chercher elle-même son fils et sa fille.C'est en les cherchant qu'elle se livrera.Du moins on le croit fermement au parquet et à la préfecture de police.\u2014Pauvre créature ! répéta Lucien ; pauvre mère ! On me parlait d\u2019elle il y a quelques jours.\u2014Qui donc ?demanda Georges.\u2014Une femme qui jadis a suivi le procès.Elle me disait qu'effectivement, Jeanne Fortier avait des enfants.\u2014Quelle espèce de femme?fit le peintre avec curiosité, \u2014Une porteuse de pain qu'on appelle dans le quartier Dauphine \u201c\u201c Maman Lison,\u201d mais qui se nomme en réalité Lise Perrin.Ce sujet de conversation semblant épuisé, Etienne Castel dit à Georges : \u2014Quand viendras-tu visiter ton tableau ?\u2014l.a semaine prochaine, mon ami.\u2014Préviens-moi la veille afin de me trouver A l'atelier, \u2014C\u2019est convenu.effet ?\u2014Tu verras cela, je veux te laisser le plaisir de la surprise.A partir de ce moment l'entretien roula sur la peinture et les artistes.Le déjeuner s'acheva gaiement.Lucien n'oubliait pas qu\u2019il avait promis à sa fiancée de revenir le plus tôt possible ; aussi demanda-t-il À Georges la permission de le quitter de bonheur et prit-il le chemin du quai Bourbon.IXXIV Lucie attendait, en compagnie de \u201c maman Lison,\u201d devenue son inséparable.Jeanne trouvait le moyen de se rendre utile de mille manières à la jeune fille.Elle nettoyait avec un soin minutieux les deux pièces du petit logement, faisait les commissions, ei lucie, déchargée de ces soucis, pouvait donner tout son temps au travail.L'ouvrière commençait à éprouver pour sa voisine une amitié filiale.Les manifestations de cette amitié mettaient souvent des larmes dans les yeux de la pauvre mère, qui se figurait par instant retrouver en Lucie sa fille.Lorsqu\u2019elle vit Lucien Labroue franchir le seuil de la chambre, elle voulut se retirer par discrétion.\u2014 Restez donc, bonne maman, lui dit le nouveau venu, c\u2019est jour de fête aujourd'hui pour ma chère Lucie, et vous en prendrez votre part.Jeanne ne demandait qu\u2019à rester.\u2014Ah ! vous êtes bon, monsieur Lucien ! fit-elle avec émotion.Vous l'aimez bien notre chère Mon petit cheval fait-il bon demoiselle ; mais je l'aime autant que vous! Ne la quitter jamais, voilà ce que je voudrais ! =-Cela viendra peut-être.\u2014 Comment ?\u2014 De la façon du monde la plus simple.Lorsque nous serons mariés lucie aura un appartement qu\u2019il faudra soigneusement entre(enir.Si vous voulez nous suivre, vous vous chargerez de cet entretien., .\u2014Si je veux vous suivre ! s'écria Jeanne ; mais rien que la pensée d'aller vivre avec vous deux remplit mon cœur de joie ! \u2014Ainsi, vous acceptez ?\u2014Ah! je le crois bien que j'accepte, et plutôt cent fois qu\u2019une, et je vous suis profondément reconnaissante.; \u2014Vous avez eu une excellente pensée, mon ami, dit Lucie À son tour ; si maman Lison m'aime, je le lui rends bien ! Il me semble trouver en elle la mère que je n'ai jamais connue.; \u2014\u2014Et je vous adore, chère mignonne, comme si vous étiez ma fllle! s'écria Jeanne en prenant Lucie dans ses bras et en la serrant contre sa poitrine.Ce fut un moment d'émotion ineffable pour les deux femmes, ignorant que les liens étroits du sang les unissaient, mais poussées l'une vers l'autre par la plus tendre affection.; \u2014Maman Lison, fit Lucien au bout d'un instant, vous souvenez-vous qu'il y a quinze jours ou trois semaines, en nous entretenant de mon père, nous avons parlé de cette malheureuse femme condamnée pour un crime dont je crois qu'elle est innocente ?Jeanne tressaillit.\u2014Oui, oui, je m'en souviens, répondit-clle vivement.\u2014Je vous avais promis de m'informer d'elie.\u2014 C\u2019est vrai.\u2014Eh bien ! j'ai eu de ses nouvelles aujourd'hui.Jeanne tremblait de tous ses membres.Ce fut d'une voix à peine distincte qu'elle répeta : \u2014 De ses nouvelles ?\u2014Oui, par un ami, Georges Darier, l'avocat, que j'avais prié de savoir dans quelle maison Jeanne Fortier était détenue, \u2014Ft il l\u2019a su ?\u2014Oui la malheureuse, après avoir été folle pendant dix années à la Salpétrière, a recouvré la raison et on l\u2019a transférée à Clermont.La veuve de l\u2019ierre Fortier ne se sentait plus une goutte de sang dans les veines.Pour ne se point trahir, il lui fallait faire appel À toute son énergie, À toute sa force de volonté.\u2014 Alors elle est à Clermont ?bégaya-t-cile.\u2014 Non.Elle s\u2019est évadée de sa prison il y « deux mois, \u2014Fvadée ! s'écria Lucie.Ainsi, clle est libre ?-\u2014Oui, mais pas pour longtemps, selon toute apparence, car on suppose qu'elle ne s'est enfuie qu\u2019afin de chercher ses enfants, et on compte sur ses démarches imprudentes pour la reprendre et la réintégrer à la maison centrale.Jeanne frissonnait.Elle détourna la tête pour cacher sa pâleur livide.Plus que jamais elle comprenait qu'il lui fallait se taire et se cacher, A vou 02000000 06020000 83000 80e 1 020000.000000 Le matin de ce même dimanche où nous avuns montré Lucien Labroue déjeunant chez son ami Georges Darier, Mary s'était levée plus tard que de coutume.la fille du millionnaire était, ce jour- 13, singulièrement sombre et triste.Elle resta dans sa chambre jusqu'à l'heure du déjeuner, pensant à Lucien dont l'indifférence visible À son endroit lui semblait À la fois blessante et incompréhensible, Mary souffrait véritablement.L'amour, dans ce cœur tout neuf, avait fait des progrès rapides.La jeune malade, avec ses libres allures d'enfant gâtée, grandie au milieu des mœurs libres et des flirtages américains, avait agi de manière À ce que Lucien ne püt ignorer la passion qu'il inspirait.Pourquoi donc semblait-il méconnaître ou dédaigner cette passion ?Sans trêve et sans relâche Mary se posait l\u2019énigme insoluble que nous venons de formuler.Le fils de Jules Labroue, nous l'avons dit à nos lecteurs, s'était bien aperçu des sentiments de la Jeune fille, mais, outre qu'il aimait Lucie exclusi- vement et plus que tout au monde, l\u2019idée ne lui El Sones bhai 4 dar Tend serait jamais venue d'élever ses ambitions jusqu\u2019à l\u2019unique enfant de l'industriel.L'énorme fortune de Paul Harmant lui semblait créer, entre lui et Lucie, un abime infranchissable.II avait donc une double raison pour paraitre ne point comprendre les avances de mademoiselle Harmant, et pour les accueillir avec une froideur respectueuse.Cette froideur dont Mary s'étonnait et s'irritait lui causait un violent trouble moral, et ce trouble réagissant sur son état physique la rendait plus souffrante.Le mal, un instant enrayé, reprenait le dessus.À de certaines heures, l'enfant, luttant contre l\u2019évidence, se disait : \u2014Peut-être m'\u2019aime-t-il, mais, sans fortune et simple employé chez mon pire, il n'ose lever les yeux sur moi, il lutte contre lui-même et me cache un amour qu'il croit sans espoir.Ce doit être cela, C'est cela certainement.Puis elle ajoutait : \u2014I1 faut l\u2019éclairer, il faut qu\u2019il sache bien que l'espoir lui est permis et que s'il veut, s'il ose, je deviendrai sa femme.Appartenir à Lucien, c\u2019est ma vie.Si je ne suis pas à lui, je mourrai.La jeune fille se trouvait dans cette disposition d'esprit lorsque la femme de chambre vint l'avertir que le déjeuner était servi.Le dimanche, dans la maison de Paul Harmant, appartenait tout entier au repos.Le riche industriel, fatigué par les travaux de la semaine, profitait de cette journée pour oublier ses affaires pendant quelques heures.Au plus beau moment de l\u2019après-midi, il conduisait Mary au bois, et passait la soirée en sa compagnie.La plus grande juie de ce misérable était de se trouver en tête à téte avec son enfant.Mary descendit et rejoignit son père dans le petit salon.Il alla vivement à sa rencontre et l'embrassa à deux ou trois reprises.\u2014T'u es sortie de chez toice malin plus tard que de coutume, chère mignonne, lui dit-il ensuite.Es-tu souffrante ?\u2014ÜUn peu, répliqua la jeune fille.Mais ce n'est puint cela qui m'a fait garder la chambre.\u2014 Qu'est-ce donc ?\u2014 J'étais en humeur de refléchir.\u2014FEh bien, allons nous mettre à table, et tu me diras en déjeunant quel était le sujet de tes rétlexions.On gagna la salle À manger et Mary se plaça en face de son pure.\u2014 Voyons, reprit ce dernier en souriant, apres avoir servi sa fille, À quelles choses sérieuses pen- sais-tu ?\u2014Je me disais qu'il y a dans la vie plus d\u2019ombre que de soleil, et plus de souffrance que de juie.Le prétendu Paul Harmant ne put réprimer un guste de surprise.-\u2014Je ne te comprends pas ! fitil.L'ombre ne peut exister pour toi qui n'as qu\u2019à former un désir pour le voir satisfait, ct quant aux souffrances de Lu vie, tu es encore trop jeune pour les connaitre.Que te manque-t-il pour être heureuse ?\u2014Me permets-tu d'être franche ?\u2014 Non seulement ic te le permets, mais je l\u2019en prie ! \u2014Eh ! bien, je suis heureuse auprès de toi\u2026 heureuse de ta tendresse, mais la tendresse d'un père ne suffit pas À remplir un cœur de jeune fille.Je ne suis plus une enfant\u2026j'aurai dix-neuf ans bientôt.Ne songes-tu point à me marier ?L'ex-contremaitre de Jules Labroue eut un petit frkson.Il se rapprocha de Mary qu'il entoura de ses bras.\u2014Te marier déjà ! me séparer de toi, chère mignonne ! murmura-t-il Mais tu ne sais donc pas que c'est ta présence qui me donne l\u2019activité, l'énergie, le courage, l\u2019ambition ! Si tu n'étais pas là, pres de moi, tout s'écroulerait ; il me semble que je n'aurais plus qu'à mourir.Ft Jacques Garaud disait vrai Depuis son retour en France, il était, À de fréquents intervalles, assailli par des remords qu'il ne parvenait à chasser qu\u2019en regardant sa fille.Mary seule lui donnait la force de lutter contre ses souvenirs.IXXV \u2014C'\u2019est toi, père, À ton tour, qui te crées des idées noires ! s'écria la jeune fille.Pourquoi n\u2019en- visages-tu que le côté attristant de la situation ?LE MONDE ILLUSTRE meme cme meee ae 103 \u2014Ily en a donc un autre ?demanda le millionnaire.\u2014Sans doute.Je pourrais très bien être mariée ct ne point te quitter.\u2014Ne vaudrait-il pas mieux rester comme nous sommes ?\u2014T'u parles en égoïste, père, et c\u2019est mal ! \u2018Fu as dû penser cependant plus d\u2019une fois qu\u2019un jour viendrait où mon cœur n'appartiendrait plus à toi seul.\u2014J'y ai pensé, mignonne.J'y ai pensé souvent, et jamais sans souffrir.Je me suis dit qu\u2019un jour tu donnerais une part de ton cœur, la plus grande, hélas ! Je sais que fatalement ce jour arrivera, mais j'essaye de le reculer, Et puis j'ai fait un rêve.\u2014Lequel ?\u2014La fortune que j'amasse pour toi te permet d\u2019aspirer aux plus belles alliances.S'il te plaisait d\u2019être duchesse, tu trouverais un duc tout prêt à te donner son titre en échange de tes millions.Je veux pour toi un mari dans une position brillante.Un mari qui flatte ton orgueil.\u2014 Flatter mon orgueil, à quoi bon ?interrompit vivement Mary ; ce n'est pas dans les satisfactions vaniteuses, selon moi, qu\u2019est le bonheur.Un titre, cela s\u2019achète, tu viens de le dire, et rien de ce qui sachtte ne donne les joies vrais, les joies de l'âme, les joies du cœur.Moi aussi j'ai rêvé, non pas un duc, mais un mari qui m'aimerait, tandis que le grand seigneur, m'épousant pour ma fortune, ne daignerait m'accorder que son indifférence.\u2014Fh! qui donc ne taimerait! s\u2019écria Paul Harmant.Mary garda le silence et sentit ses yeux se remplir de larmes.Elle pensait à Lucien Labroue.Le millionnaire reprit : \u2014Mais nous discutons dans le vide, au sujet d'éventualités douteuses, car tu ne songes point à te marier encore, tu n\u2019aimes personne.Au lieu de répondre à cette question indirecte, Mary releva la tête et dit : \u2014 À propos du mariage, j'ai des opinions diamétralement opposées à celles que tu émettais tout à l'heure.Je ne désire point une alliance brillante, je ne tiens pas à ce que l'homme que j'épouserai soit riche, Je ne lui demanderai que trois qualités : la franchise, la résolution et le courage.Avec cela on a tout ce qu'il faut pour devenir \u201c quel- qu\u2019un,\u201d füt-on le plus modeste employé, Je place le cœur avant les titres et avant les sacs d'écus.Peut-être ai-je tort, et beaucoup de femmes ne sont point de mon avis, je le sais.Sans me permettre de les blâmer, je les plains, et quand je me marierai, ce sera d'après mes idées et non d'après les leurs.(La suite au prochain numero.) \u2014-\u2014\u2014 LA BALANÇOIRE (Voir gravure) \u2014 Regardez-les, ces deux sceurs, ces deux char mantes enfants sur l'escarpolette.La plus jeune, sans crainte et sans effrof, s'abandonne toute entière au plaisir, car elle est avec sa grande sœur ! Le bel âge que celui que nous avions quand nous nous amusions à la balançoire ! Ean UN CONSEIL, PAR SEMAINE Un fumeur n'a pas sitôt terminé son repas qu'il s'empresse d'allumer son cigare, sa pipe ou sa cigarette.Mauvaise habitude ! car le tabac paralyse légèrement les voies digestives et arrête la digestion.1l est donc bon de mettre un peu d'intervalle entre le moment ou l'on a terminé son repas et celui où l'on veut se livrer aux douceurs du tabac.\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 En amour comme en politique, on promet avec entrain, on tient le moins possible.Si vous trouvez les ctés moins chauds, les hivers plus froids, l'homme plus laid, les femmes moins semblables, ne le dites pas : on croirait que c\u2019est vous qui changez \u2014G-M.VALTOUR, MÉLANCOLIE A l'heure où les oiseaux commencent à se taire, \u2014Hormis le rossignol, dont le chant gracieux Prête un charme de plus au soufile de mystère.Dont s'emplit la forét quand s\u2019étuilent les cieux ;\u2014 J'aime dans les grands bois m'égarer solitaire, Cherchant dans leurs fourrés frais et silencieux, L'oubli momentané des chagrins de la terre, Qui procure à mon Âme un calme précieux.Je sens tant de bonheur à cette quiétude, Que je maudis le jour troublant ma solitude, Et peuplant la forêt de mille bruits divers : Je regagne mon gite, ennuyé, très morose, l'estant contre moi-même et contre toute chose, Ne trouvant rien de bien dans le vaste univers ! THÉODORE 6.> oo LE GENERAL GRANT (Voir gravure) Le général Ulysse S Grant est mort le 22 juillet dernier, à Mount Mc(regor, des suites d\u2019un cancer à la langue.Né le 27 avril 1822, à Point Pleasant, O., il avait donc 63 ans lors de son décès, Il fut le dix-huitième président des Etats-Unis.Il obtint ses diplômes À l'école militaire de Wespoint, en 1843.En 1854, il demeura près de Saint-Louis, sur une ferme, et en 1859 il fut employé par son père, à Galena, dans le commerce de cuir.Nommé officier de recrue d\u2019un régiment de I'Illinois le 17 juin 1861, il eut son cheval tué sous lui à la bataille de Belmont.Ia tapture du Fort Donelson fut virtuellement la première victoire des armées fédérales.C\u2019est alors que le nom du gén.Grant se répandit dans tout le pays, et il fut de suitu nommé major-général (16 fevrier 1862) des volon] taires.Il remporta une victoire A Corinth, fit le siège de Vicksburg, où il fit 27,000 prisonniers.la défense de Chattanooga est considéré comme un brillant fait d'armes.Le 2 mars 1864, il fut nommé lieutenant-général de l\u2019armée fédérale.Grant avait alors 700,000 hommes de troupes sous ses ordres qu'il divisa en deux parties : l\u2019une sous le gén.Meade, devant se diriger sur Richmond ; l\u2019autre, sous le gén.Sherman, devant attaquer la ville d\u2019Atlanta.Après plusieurs batailles, le gén.Lee, des troupes confédérées, rendit son épée à Grant, le 6 avril 1863, devant le Palais-de-Justice, à Appoma- tox.Le 25 juillet 1866, Grant fut nomme général de l'armée des États-Unis, poste crée expressément pour lui.En 1868 Grant fut élu président des Etats-Unis.Ce fut sous son administration qu\u2019eût lieu l'arbitrage de Genève qui condamna l'Angleterre à payer aux Etats-Unis la somme de $r5,0c0,000, pour dommages causés par des vaisseaux confédéres partis des ports anglais.En 1872 Grant fut élu de nouveau à la présidence.Il a été l\u2019un des premiers capitaines militaires des Etats-Unis ; généralement sombre et peu loquace, il avait un sang-froid remarquable et une volonté de fer.Les Etats-Unis perdent en lui une de leurs gloires nationales.RÉCRÉATIONS DE LA FAMILLE No.104.\u2014CHARADE Ou passe mon l\u2019remier, mon Deuxième est passé, Mais de trouver mon Tout on est emharrassé.SOLUTIONS : No.101,\u2014Les mots sont : Estocs et Cotes, No, 162 \u2014Le Mot est : Four-mi.No.103 Noirs.1 pr D BLANCS.1 D8 FR 2 l ge KR échec et mat, son Rp (Ge RK) 2 pr, F, échec et mat.Sion Rope Tel) 2 pr.Foéchee et mat, ONT DEVINE : Problèmes.\u2014 Mlle Délima Leclerc, Montréal 3 Mlle Clara Chassé Cacouna ; Mile Eugénie Cing-Mars, Saint.Raymond ; Dame Caliste Roy, Côtes-de-Neiges : J.-Pte_ Clément, AS, Ste-Scholastique.KRébus.\u2014A O.Martin.Montréal, LE MONDE ILLUSTRE BXPLICATION DU DERNIER RÉBUS : L'abus n'empêche pas l'usage.CHOSES ET AUTRES Les longues sécheresses des provinces sud de la Russie ont complètement détruit les moissons.\u2014Savez-vous ce qui donne le plus de satisfaction à une femme ?\u2014Sa beauté ?- \u2014Non\u2026 La laideur d\u2019une autre.Les pouvoirs de M.Grévy, président de la République française, expirent le 30 janvier 1866.C\u2019est du 30 décembre 1885 au 15 janvier 1886 que devra avoir lieu l\u2019élection.La population du Soudan souffre de la famine, les champs n'ayant pas été cultivés par peur des Anglais.Il n'y à pas d'exportation, et tout l'argent du pays passe à acheter des armes et des munitions que l'on envoie au Mahdi.Les Etats-Unis fournissent chaque année à la Grande-Bretagne $100,000 de cornes, de pieds et de sabots.Une partie en revient en écaille, pour les couteliers, et le reste va à Sheffield pour la coutellerie fine.Une partie des os de bœufs sert à faire des imitations d'ivoire.De 2.540 empereurs et rois qui ont ; régné sur 64 peuples, 300 ont été.chassés de leur pays, 24 se sont suicidés, 12 ont perdu l'esprit.roc sont morts sur le champ de bataille, 1261 opt été emprisonnés, 25 sont morts à la suite de mauvais traitements, 151 ont été assassinés ct 108 exécutés.Les nouvelles d\u2019Espagne continuent de représenter la situation sanitaire comme très grave, L'affulement s'empare de la population de Madrid, qui déserte en masse la capitale pour échapper au choléra.En plusieurs endroits on signale de véritables scènes de sauvageries causées par la peur ; partout le clergé agit puissamment pour ramener la population à plus de calme en donnant l\u2019exemple de son dévouement.La plus grande église du monde est celle de Saint-Pierre à Rome elle peut abriter 45,000 hommes.Le dôme de Milan en contient 32,000, Saint- Paul à Rome 32,000, le dôme de Cologne 35,000.Puis viennent l\u2019église de Saint-Paul à Londres et celle de Pétronius à Boulogne, avec de la place pour 25,000 dans chacune.La Hagia Sophia, à Constantinople, maintenant entre les mains des Turcs, peut recevoir 23,000 hommes.\u2014Comment ! vous avez à peine 40 ans et vous êtes veuf pour la troisième fois ! Avouez que vous êtes venu en aide aux circonstances | -Non ! non ! Pas le moins du monde | J'ai eu de la chance, voilà tout ! Le lendemain de la nocc, on parle d'héridité à table.\u2014Chez nous, les femmes vivent très longtemps, dit la belle-mère ; plusieurs ont vécu cent ans.\u2014Ah ! mais vous ne m'avez pas dit ça, dit le nouvel époux ! C'EST L'EAU MINERALE DE SAINT LEON, PRIMES MENSUELLE DU MONDE ILLUSTRE lre Prime ome \" 3me 4me 5me 6me Tme 8me if i UN REMEDE INFAILLIBLE POUR TOUTES LES MALADIES, 86 Primes, a $1 94 Primes $200 Le tirage se fait chaque mois, dans une salle publique, par trois personnes choisies par l'assemblée.Aucune prime ne sera payée après les 30 jours qui suivront le $50 25 15 10 86 \"IVAULNON V SINHOV STONS HUEdI 7 ALLOOISSYK TF tirage de chaque mois.\"JOHNSTON'S N (GOYETTE, * BOUCHER, MARCHE D'HOCHELAG4A, Etaux1et3 L'administration du MONDE ILLUSTRE est en état de procurer tous les numéros depuis le commencement, à coux qui désireront conserver ia série.NEWSPAPER Arroscimmen riiser cone ADVERTISING £3 tort containg lists of newspapers and estimates ofthe cost of advertising.The advertiser who wants to spend one dollar, finds in it the information he requires, while forhim who will invest one hundred thousand dollars in advertising, a scheme is indicated which will meet his every requirement, or can be made to do so by slight changes eunily arrived at by cor ce, 149 editinds have beon issued.Sefit, post-paid.to any address for 10 cents, Writs to .FP.ROWELL & CO, NEWSPAPER ADVERTISING BURKAU, (108pruce st.Printing House 8q.), New York.FLUID BEEF.R.EROUX D& JL 2448, RUE NOTRE-DANE, MONTREAL FLAVIEN J.Graves 13, COTE ST-LAMBERT, Moutréal.PAPETIER, Fournitures de bureau, Livres blanca, Tm- pressions, Rellures, Papiers d'emballage.Importation eur commande, de livres publiés en Europe.Articles de Paris.Ox demande des Agents pour le Monpe ILLUSTRA dans chaque ville et village du Canada et des Etats-Unis.Une commission 1lbérale sera donnée & tous ceux qui, pas leurs efforts, augmenteront la ciroulation de ve bean journal de famille, Un numéro spécimen sera envoyé gratis sur demande.S'adreauer à BERTHIAUNE & BABOURIN, M Salnt-Gabriel, Montréal.Imprimerie GEBHARDT-BRETHIAUME, 30, ree St-Gabriel FRAUDE Afin de mettre le public en garde contre les personnes peu sérupuleuses qui se per.metient de vendre de l'eau minérale de dif férentes sources, pour celle de St-Iéon, qui possède deu unlités que los autres eaux minérales n'out pus, nous publions ci-dessous la liste des dépôts & Montréal 00 le public sera certain de se procurer la véritable et cé\u2018êbre eau minérale de Maint-Léon : M.Baridon, MS, rue Ste-Catherine ; Jos.Beliveau, 45, Place Jacques-Cartier ; Mdr Larin, rue Notre-Dame, coin do 1a rue Baint- Jean-Haptiste ; J.J.Fliun, 370, rue Craig; N.Quintal et Fils, 113 rue des Commis suires ; Fraser Vigor & Clo, 21, rue Haint- Jacques ; Alph.Joliowur, 24, Banguinet ; Iaoust & Frère, 952, Ste Catheriue ; Isaïe Plo von, rue St-laoquus, coin de la ruc Sainte- fiar uerite; M.Précourt, 551, Mignonne; 3M.Payette, 4624, Outario; JK.Énristin, #4, Ontario; M.Letuleux, 164, Ontarin; M.Gascon, 26, Beau-iry ; KE.Bruouillel, 112, Cham- plein ; Ü.Laporte, bé Mignonne; D.O.Hrosseau, t4#, Notre-Dame; M.Ricndeau pue St-Gabri-l1; Alblon Hotel, rue MoGill st-Lawrence Hall; J N.Qrenler, 068, Mi-; ghonhe; M.Lublane, 3%, Craig.E.MANS OTTE & FRERE, Seuls agents pour Montréal.217, rue BL Kilsabeth.(Téléphone No.810 A.) Nouvelle approvisionneiment reçu tous les Jours, en boutelllus, eu cruches et en quarts.ARRANGEMENTS D'ÉTÉ A partir de ler JUIN IKR5, les traine ez- reas de voyageurs cireuleront tous les Jours, Dimanches exceptés, comme suit: a à Rimouski.\u201c à Petit Métis.ven o\" ACampbhellon.hy A Dalhousie Junction.\u201c A Bathurst o.oo \" 8 Newcastle.\u201d\" à Moncton.Le raccu0ur \" aR Jean.ve \u201c à italifag.\u2026.\u2026.\u2026.\u201coe Les trains du chemin de fer du Grand- Trone partant de Montréal à 10.15 P.M.connectent avec les trains à ls Pointe-Lévis.Les Trains pour Halifax et Rajnt.Jean se rendent à teur destination le Dimanche.Le char Pulman qui part de Moutréal les Lurebl, Mercredtet Vendredi, se rend direc- teruent à Hatlfax et celui qui part les Mardi, Jentiet Samedi, se rend à St-Jean.Tous les traits murchent sur l'heure du temp conventionnel de l'Est.mMOu peut obtenir es billets de passage par chemtun de feron bateaux à vapeur pour tous les points en bas du fleuve et les Provinces Maritimes.Pour billets de passage et informations concernant les prix de passage, le taux du fret, le service des traina, ete., R'adresser à G.W.ROBINSON, Agent des passagers ol du fret pour la division de l'Est.No 1364 rue St-Jacques (en face du SI ! Lawrence Hall), Montréal.D.POTTING Burinieudant-en-chef MONCTON, N.-B, Juin 1885.pa=5 2 Là Cie de Lithographic et d'imprimerie GEBHARDT-BERTHIAUME, No 80, Rue St-Gabriel, Montréal Impressions de toutes sortes eu lithogra- phir et en typographle exécutées avec soin sous le plus court délai.Pancarten, , Cartes d'affaires, Programmes, Lettres Funéraires, Cireulnires, Affiches, etc.Factamse Imprimés promptement et à das prix, TOUJOURS EN MAINS: Blancs pour avocats, notaires et pour les ruunicipalités.Etiquettes pour éplciers, droguistes, ete.pr H.E.| JESROSIERS, 70, RUE ST-DENIS, MONTREAL.LE MONDE ILLUSTRE est blié par Berthlaume & Babourin editonrs proprié: taires.Bureau: rue Si-Gabriel, No.$0.Montréal."]
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