Le samedi, 1 décembre 1959, samedi 5 décembre 1959
[" ir\u2014^\u2014-£L MEILLEUR CADEAU EST ÉLECTRIQUES 71e année, No 16, Montréal, 5 décembre 1959 LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS \u2022\tBrigitte Bardot, .par FRANÇOIS IRIGNEAU \u2022\tLes appareils ménagers : leur langage et leur entretien iÿau ¦Jr mm ,\\ ' \\x LA A TOUT POUR PLAIRE: BON GOUT DOUCEUR PARFAITE ET LE MEILLEUR FILTRE A TOUS POINTS DE VUE! Les fabricants de la Matinée ont été les premiers à produire une cigarette à bout filtre assurant pleine douceur sans sacrifier le gffût! Grâce à des recherches et a des perfectionnements constants, ils restent toujours à 1 avant-carde du progrès dans ce domaine.Le nouveau filtre perfectionné de la Matinée est ultra-efficace .ne gêne pas l\u2019aspiration .vous procure pleine satisfaction.*Vit* ~>«ran 22 Le Samedi, Montréal, 5 décembre 1959 Attention, s'il vous plaît! Pour votre plaisir et celui de vos amis, servez du \u2018Black & White\u2019.C\u2019est un mélange des meilleurs Scotch Whiskys.Le secret de sa qualité distinctive, de sa saveur et de son velouté réside dans le mélange.Le\u2018Black & White\u2019 est distillé, mélangé et embouteillé en Ecosse, et présenté en bouteilles de différentes grosseurs.Le secret réside dans le mélange Fournisseurs attitrés de Sa Majesté James Buchanan & Co.Ltd.Distillateurs de Scotch Whisky BLACK* WHITE SCOTCH WHISKY \"BUCHANAN'S\" Médiation impossible Il y a eu bagarre dans le saloon de Torn et le shériff est venu rétablir l'ordre.Les lutteurs emmenés A la prison, le shériff enquête : \u2014 Voyons, Torn, les deux gars qui se battaient à coup de chaises, pourquoi n\u2019as-tu pas essayé de les séparer?- - Impossible, shérif f, je n\u2019auflis pas mon revolver et il n\u2019y avait pas de troisième chaise.émettant des petits bruissements, agacés et fâchés.Malheureusement la ménagère ne le comprend pas toujours ou ne veut pas admettre le bien-fondé de ses réclamations.Lorsqu\u2019elle ouvre trop fort le gaz, quand elle bourre son foyer comme si elle devait rôtir un boeuf entier ou quand elle verse le mazout sans avoir auparavant brossé le brûleur, la cuisinère, elle aussi, est mécontente.Elle ne veut pas être surmenée et craint pour sa « santé ».Bien entendu, l\u2019autocuiseur ne parle pas, mais il peut se faire entendre par un furieux jet de vapeur qu\u2019il lance pour avertir Madame, qui a oublié de se conformer aux indications du mode d\u2019emploi.Avant de prendre des mesures draconiennes, il donne un avertissement en sifflant poliment.Mais comme son sifflet est trop souvent bouché, il est privé de ce moyen de défense et ne peut rappeler à l\u2019ordre sa « patronne » distraite.S\u2019il arrive un accident, ce n\u2019est vraiment pas de sa faute, n\u2019est-ce pas ?Les casseroles ne veulent plus être des martyres, elles voudraient tant protester quand on les laisse sur un feu trop vif ou lorsqu\u2019on les remplit démesurément.Ce n\u2019est pas drôle d\u2019être grattée violemment par un tampon de paille de fer surtout quand on a une « peau » délicate et un joli émail.Se voir noircir quand on brille naturellement est une brimade aussi vexante qu\u2019inutile.Si elle pouvait comprendre les revendications justifiées de son matériel culinaire, Madame le traiterait avec une peu plus d\u2019égards.Les petits appareils : mixers, moulins à café et autres ont aussi des réclamations à faire.Ils veulent bien exécuter le travail pour lequel ils sont faits, mais ils refusent de changer subitement leur « habitudes » uniquement pour satisfaire un caprice de la ménagère.Non, un mixer ne peut pas réduire en poudre des coquilles de noix et il « mord » les doigts imprudents qui s\u2019approchent trop de ses couteaux.Le mord in à café se bloque, il montre ainsi sa mauvaise humeur quand on lui demande de moudre autre chose que les grains parfumés pour lesquels il est fait.C\u2019est sa manière à lui de protester.Tâchez de le comprendre .Ecoutez-les, Mesdames, ces serviteurs fidèles et que l\u2019on dit muets.Le rendement que vous obtiendrez sera doublé ou même triplé, les réparations réduites à un entretien régulier mais peu coûteux.Familiarisez-vous avec le langage secret de vos auxiliaires domestiques.C\u2019est facile et amusant, vous verrez.\tCharlotte Rix L'entretien des ustensiles culinaires Les modernes batteries de cuisine sont une joie pour les yeux.Couleurs fraîches et gaies de l\u2019émail ; éclat argenté de l\u2019aluminium, éclat plus sourd de l\u2019acier inoxydable ; transparence des verreries culinaires ; délicates décorations de la porcelaine à feu ; il n\u2019y a que le choix entre des matières et des qualités qui naguère eussent été le propre de bibelots purement décoratifs.Mais si l\u2019on ne veille pas à l\u2019entretien de ces objets d\u2019art utilitaires, adieu leur agréable aspect.Ils sont soumis à tant d\u2019influences néfastes : variations intenses de température, contact avec des produits gras, pâteux, collants, tous y sont exposés, et chacun d\u2019eux selon sa nature requiert des soins particuliers.Pour faciliter cet entretien il y a une règle absolue qui s\u2019applique à tous les types de casseroles, faitouts, etc.: ne jamais, au grand jamais, y laisser sécher les déchets de cuisine.Quel que soit le moment où interviendra le véri-compte des nécessités de chaque matière.Le matériel varie selon qu\u2019il faut ou non redouter les rayures.On évitera produits abrasifs, éponges métalliques, pour les poêles et sauteuses dont le fond est revêtu d\u2019une pellicule permettant de les utiliser sans matières grasses : pour la porcelaine, pour l\u2019acier inoxydable et pour l\u2019émail.L\u2019acier inoxydable se nettoie spécialement avec une éponge (végétale, celle-là) trempée dans une solution tiède d\u2019un produit sulfuré ou encore dans une mousse de savon épaisse.Rincer et sécher avec un torchon doux.Pour l\u2019émail, utiliser une « lavette » en nylon souple, à manche, et de l\u2019eau de savon.Rincer et sécher de même.On donnera un brillant parfait à l\u2019aluminium en le table nettoyage, remplir les récipients d\u2019eau, immédiatement après leur emploi.D\u2019eau froide dans certains cas ; dans d\u2019autres, et notamment si l\u2019ustensile est encore très chaud, d\u2019eau chaude.Ainsi on évitera le travail, pénible pour la ménagère et dangereux pour l\u2019objet à nettoyer, qui consiste à gratter, à arracher sauces figées, pâtes durcies, grains de riz agglutinés, et tous ces vestiges de succulences qui prennent si vite piteuse allure.Il va sans dire que le récipient aura, avant d\u2019être rempli d\u2019eau, été vidé le plus possible de son contenu : l\u2019emploi d\u2019une palette de matière plastique souple rend cette opération très aisée.Mais vtent l\u2019heure où il faut procéder au nettoyage définitif en tenant lavant à l\u2019eau moyennement chaude à l\u2019aide de la même lavette, en l\u2019égouttant et en le polissant à l\u2019aide d\u2019un tampon de laine d\u2019acier, alors qu\u2019il est encore tiède et suffisamment humide.Rinçage et séchage comme ci-dessus.On peut donner un dernier frottis avec une peau de chamois.La verrerie culinaire s\u2019accommode de la lavette et d\u2019une solution sulfonée.Si, ayant été au four, elle présente des taches brunes, les frotter doucement avec un peu de gros sel avant de rincer.La porcelaine se lave à l\u2019eau de savon, pas trop chaude.Les ustensiles culinaires à manche ou à poignée présentent un point où s\u2019accumule trop volontiers un dépôt noirâtre : c\u2019est le point de jonction de ce manche ou de cette poignée.Il faut penser à le nettoyer à l\u2019aide d\u2019une petite brosse ou d\u2019un pinceau dur ; si le « corps » de la casserole n\u2019est pas très épais prendre garde, ce faisant, de ne pas tirailler poignée ou manche, il pourrait se produire une solution de continuité qui donnerait lieu à une fuite.Pour sécher complètement de grosses pièces telles que poêlons, marmites, cocottes, etc., il est inutile de mouiller quantité de torchons.Poser l\u2019objet sur le feu, en intercalant une rondelle d\u2019amiante, et chauffer doucement.Toute trace d\u2019humidité s\u2019évapore et il n\u2019y aura plus qu\u2019à donner un coup de torchon sec.Beaucoup d\u2019ustensiles modernes, quelle que soit leur matière, ont des manches en matière plastique moulée, isolante, et crantée pour permettre une « prise » solide et commode.Cette matière, généralement de la bakélite, se lave avec de l\u2019eau savonneuse.J.Gauvain îm-'j SliPfê 1 *1 ff®#« f ».*> »»» ».«- v* » * 1#.v \"f *: Une étoile scintillante dans la pléiade des cadeaux \u2014 une montre Hamilton I La montre Hamilton offerte à Noël, témoignage d'amour fidèle, ne cessera de rappeler les sentiments profonds de votre coeur durant les années qui fuiront, C'est une montre dont l'élégance, la beauté et la qualité resteront inaltérables, comme votre amour.Sertie de diamants, électrique, automatique, Weatherproof, peu importe la montre Hamilton choisie, la preuve est là.Montre parfaite, amitié parfaite .Venez les admirer chez les joailliers concessionnaires de montres Hamilton.Hamilton Watch Company, Toronto, Ont.Es De haut en bas: Lola $49.50; Corinne 5115; Jubilee \"AA\" $115; Sea Leduc $150. so Le Samedi, Montréal, 5 décembre 1959 naître plus tôt ce qu\u2019ils s\u2019étaient dit.Elle arriva alors que Cynthia était là depuis environ une demi-heure.Elle frappa discrètement à la porte qu\u2019elle ouvrit ensuite pour demeurer sur le seuil, hésitant à manifester sa présence, car les paroles qui lui parvenaient étaient celles d\u2019une violente et dramatique explication.Elle voyait Cynthia de profil, ainsi que Ronan, parfois, tout en parlant, celui-ci relevait une mèche de ses beaux cheveux sombres aux lourdes boucles qui le coiffaient comme ceux d\u2019une tête antique, et conféraient tant de romantisme à son beau visage ; Cynthia fronçait les sourcils, et cela lui donnait l\u2019air buté et boudeur.La maison était silencieuse, et on eût dit voulu cet apaisement de tous les bruits, afin que Nancy ne perdit rien des paroles échangées \u2014 et elle entendit tout de ce que disait la voix tantôt brisée, tantôt irritée de Ronan, et celle un peu aiguë et haut perchée de Cynthia.\u2014 Croyez-moi, Cynthia, il ne m\u2019est pas agréable de vous parler comme je le fais, disait Ronan.Mais si vous avez un peu de justice et de loyauté, vous reconnaîtrez vos torts, vous comprendrez que vous ne devez vous en prendre qu\u2019à vous-mîme de ce qui arrive aujourd\u2019hui.Je vous ai longtemps suppliée de m\u2019épouser, ou même simplement de fixer une date pour annoncer nos fiançailles ; vous trouviez toujours un prétexte pour reculer, une raison pour atermoyer, remettre votre décision.Je me suis lassé.11 hésita, renvoya ses cheveux en arrière, et dit : \u2014 Enfin.vous n\u2019aviez pas que des amis à votre réception de Noël, Cynthia, c\u2019est-à-dire que tous les amis ne sont pas fidèles.Par eux j\u2019ai eu l\u2019explication de ce qui aujourd\u2019hui me paraissait inexplicable.Aigrement elle demanda : \u2014 Qu\u2019entendez-vous par là ?Elle ne croyait pas encore la partie perdue, bien qu\u2019elle lui parut plus difficile qu\u2019elle ne prévoyait ; elle avait tendance à ne pas douter d\u2019elle, et elle pensait encore n\u2019avoir qu\u2019à redoubler de charme et de coquetterie pour le ramener à elle.\u2014 Oui, que voulez-vous dire ?\u2014 Eh bien ! fit Ronan, j\u2019ai appris beaucoup de choses, ce soir-là, rien qu\u2019en écoutant.Je ne fis rien d\u2019autre d\u2019ailleurs, pendant que vous passiez d\u2019un danseur à l\u2019autre \u2014 et en particulier que votre père serait en fâcheuse posture s\u2019il ne gagnait pas le procès en cours avec la compagnie d\u2019assurances au sujet du bateau qu\u2019on l\u2019accuse d\u2019avoir volontairement fait échouer ! Ne serait-ce pas parce qu\u2019il a perdu ce procès que vous avez bien voulu vous rappeler ces fiançailles dont vous-même aviez dénoué, pour ne pas dire rompu les liens ?Il semblait, en effet, improbable qu\u2019une autre raison ait poussé l\u2019orgueilleuse Cynthia, habituée à être sollicitée, à venir elle-même prier Ronan de fixer ces fiançailles toujours éludées.Elle cria, furieuse : \u2014\tVous m\u2019insultez ! Et vous insultez mon père par-dessus le marché ! Il secoua lentement la tête.\u2014\tNon, Cynthia, dit-il d\u2019un ton las ; je ne vous insulte pas ; je n\u2019insulte personne et vous moins que toute autre \u2014 vous que j\u2019ai si longtemps adorée.Si mon langage a été brutal, il faut me pardonner, car j\u2019ai beaucoup souffert.Ensuite, il fit, pensivement, comme s\u2019il découvrait combien ce temps était révolu : \u2014 Il me paraît aujourd\u2019hui bien vain, bien inutile de me plaindre ; mais c\u2019est vrai que j\u2019ai souffert.tellement que j\u2019ai été aux bords du suicide.Sa voix trembla, se fit plus basse et tous les souvenirs des jours où il maudissait le destin parurent vibrer dans ses paroles : \u2014 Oui, j\u2019en étais à un degré de dé- sespoir où l\u2019existence vous est à charge à un tel point que la mort seule vous semble souhaitable.Il se tut, et sentant la nécessité de dire quelque chose, Cynthia murmura avec gêne : \u2014 Ronan, je n\u2019ai pas compris cela.Mais son coeur ne lui soufflait pas les mots qu\u2019il fallait dire, car c\u2019était un coeur sec, un terrain aride où ne poussaient pas les fleurs de la pitié et de la tendresse.\u2014\tJe vous ai aimée, disait Ronan.Comme je vous ai aimée ! Il y a toute une histoire dans ces trois mots \u2014 une longue et poignante histoire, la mienne, partant de l\u2019époque où, de mon comptoir de banque, je vous admirais de loin \u2014\ten passant par ce moment inouï que fut pour moi celui où, devenu acteur en vogue, vous me fîtes comprendre que vous m\u2019accepteriez pour mari.Il s\u2019interrompit, soupira.Oui, il l\u2019avait aimée, comme une idole inaccessible.Mais les idoles, qui n\u2019ont pas le pouvoir de durer, deviennent très vite de pauvres choses du passé ; et cet amour dont il avait tant espéré et tant souffert tombait à présent de lui comme tombent de l\u2019arbre les fruits séchés et inutiles.\u2014\tIl y eut ensuite ces heures terribles où je me suis cru un homme perdu, fini, et où vous m\u2019avez laissé souffrir seul.C\u2019est là, je crois, que tout a commencé à s\u2019effriter.Maintenant l\u2019histoire est terminée : je ne vous aime plus, Cynthia.Vous m\u2019avez trop déçu, trop.lanterné.Ce n\u2019est pas ma faute, c\u2019est la vôtre.Les dents serrées, crispée, Cynthia entendait sa condamnation, tandis qu\u2019un sentiment de joie soulevait l\u2019âme de Nancy.\u2014\tVotre amour, Cynthia, reprit Ronan \u2014à supposer qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019amour \u2014\test venu trop tard.Il soupirait en songeant à cet amour qui eût pu le combler ét auquel il ne croyait plus.\u2014 Trop tard ! répéta-t-il.Au dehors, le ciel se ternissait, devenait gris comme un feu de Bengale refroidi.\u2014 Je ne puis le croire! murmura Cynthia.On devinait sa stupeur que cet homme qu\u2019elle avait connu si épris, si patient, se fût révolté contre son emprise ; et elle essaya de reprendre ce qu\u2019elle ne possédait plus.\u2014 Ronan, dit-elle, j\u2019ai été légère, maladroite.Mais.tout peut recommencer.Je.je vous aime ! Elle s\u2019humiliait en parlant ainsi, car pour elle Ronan demeurait d\u2019une classe inférieure ; il restait le petit employé de la banque où son père avait un compte.\u2014 Trop tard, Cynthia, je vous le répète, reprenait Ronan avec douceur et patience.Et je ne crois pas que vous m\u2019aimiez\u2014 ni même que vous m\u2019ayiez jamais aimé.Ou alors de quel pauvre amour en regard de celui que je vous avais voué ! Ses yeux fixèrent un point, par la fenêtre à l\u2019endroit où un peu de rose encore teintait le ciel.\u2014 En réalité, vous ne m\u2019avez jamais rien donné.A une certaine époque, il vous eût semblé agréable et flatteur d\u2019épouser une vedette en renom, un artiste en vogue.Il s\u2019interrompit, se leva de son siège, et très grand et très beau, il eut l\u2019air d\u2019un prince exilé qui rêve à son royaume perdu.Après un instant de silence, il reprit : \u2014 Oui, cela vous aurait plu d\u2019être la femme d\u2019un acteur auquel on demande des autographes.Cela eût flatté votre vanité.Mais quand est survenue l\u2019épreuve qui a failli me briser, vous n\u2019êtes pas restée à mes côtés pour m\u2019aider à revivre, vous avez reculé, car vous hésitiez à unir votre vie à celle d\u2019un homme infirme dont vous ignoriez la situation de fortune exacte.Et, si je ne me trompe pas, vous avez POUSTIQUET MONSIEUR LE MARQUIS (^)) V J.DAYIÎ) Le Samedi, Montréal, 5 décembre 1959 cherché à séduire un prétendant plus riche, qui vous eût mieux convenu, mais qui ne pensait pas à vous épouser.et demanda la main d\u2019une autre.Elle le considéra avec stupeur.Il fallait, en effet, qu\u2019il eût bien cessé d\u2019aimer pour parler ainsi avec tant de sang-froid, de lucidité.Pourtant, il n\u2019y avait pas de dureté dans sa voix, seulement une immense tristesse.Et Nancy, en le voyant si digne, si noble d\u2019attitude et de paroles ne pouvait s\u2019empêcher d\u2019éprouver de l\u2019orgueil à la pensée que c\u2019était à elle, à elle seule, qu\u2019il devait d\u2019avoir repris sa vaillance et son équilibre.Mais seul, sans la protection de son ange gardien, il avait vaincu la sirène.\u2014 Non, Cynthia, reprenait la belle voix un peu altérée, vous n\u2019aviez pas d\u2019amour pour moi.Ce n\u2019est pas par amour que vous êtes venue demander qu\u2019on célébrât, enfin, nos fiançailles, mais vous pensiez qu\u2019il serait habile de vous assurer un fiancé avant que la déconfiture de votre père, une fois connue, ne vous rendit l\u2019opération difficile.Il y eut un silence.Cynthia se taisait et baissait la tête, ne trouvant rien à dire pour se justifier.Elle comprenait qu\u2019elle avait trop attendu, que la situation était trop défavorable pour qu\u2019elle put espérer la rétablir.Et elle se tenait effondrée, blême, sur ce fauteuil où, peu de semaines plus tôt, elle sentait sur elle le regard fervent de Ronan quand il la suppliait en vain de fixer une date pour leurs fiançailles et qu\u2019elle inventait des prétextes pour le faire attendre.Que ferait-elle à présent, ses parents ruinés, déshonorés ?Epouserait-elle un sexagénaire obèse qu\u2019elle haïrait pour lui avoir fait le don d\u2019elle-même en échange de sa fortune, et tromperait à la première occasion, ou augmenterait-elle le contingent de jolies filles sans talent particulier qui hantent les studios de cinéma dans l\u2019espoir de faire une carrière ?.Alors que, si elle avait su manoeuvrer, elle eût pu devenir la femme très aimée de cet homme encore si séduisant malgré son infirmité.Tout d\u2019un coup, l\u2019impression d\u2019une présence lui fit tourner la tête et elle vit Nancy au moment où celle-ci allait se retirer.D\u2019un bond, Cynthia fut sur elle, la prit par le bras, l\u2019entraîna dans la pièce.\u2014 Ah ! fit-elle avec colère, vous étiez là ! Et vous écoutiez ce qui se disait, bien entendu.Entrez donc que nous nous expliquions un peu, car je suis persuadée que vous avez fait à Ronan des ragots sur mon compte ! Sans peut-être s\u2019en rendre compte, elle incrustait ses ongles dans les bras de Nancy.\u2014\tQue lui avez-vous raconté ?.Croyez-vous que je n\u2019ai pas compris depuis longtemps que vous cherchiez à le détourner de moi ?Jugeant les autres d\u2019après elle-même, elle ne doutait pas, en effet, que Nancy eût fait à Ronan un rapport de leur dernière conversation et elle pensait qu\u2019en la faisant parler, elle pourrait l\u2019accuser de mensonge, trouver un argument dans ses paroles \u2014 que cela créerait une diversion et lui permettait, peut-être, de reprendre le beau rôle et de reconquérir Ronan.Mais, se dégageant, Nancy, dédaigneusement répondait : \u2014\tVous me calomniez, mademoiselle.Quel qu\u2019ait pu être mon jugement sur vous, je n\u2019en ai jamais parlé à Ronan.Elle appelait le jeune homme par son prénom, sans penser, sans réfléchir, et cela en révélait long sur ses sentiments.Les yeux de Cynthia eurent un éclair, elle écouta plus attentivement.\u2014 J\u2019aurais eu trop peur de lui faire de la peine, ajouta Nancy.Elle échangea avec Ronan un rapide et profond regard, puis le jeune homme reprit d\u2019un ton grave.\u2014 Nancy ne m\u2019a rien dit, Cynthia.Elle n\u2019avait du reste nul besoin de me dire quoi que ce soit ; passé par hasard près de la porte où se déroulait l\u2019entretien si révélateur que vous avez eu entre vous le soir de Noël, je n\u2019en ai pour ainsi dire rien perdu, et cela m\u2019a été extrêmement pénible car, contre toute logique, je m\u2019entêtais à garder des illusions sur vous.Maintenant la pièce est jouée, l\u2019histoire finie.Dans l\u2019impossibilité d\u2019inventer quelque chose pour se justifier, Cynthia se mordait les lèvres de rage sans souci du rouge dont elle les enduisait, la colère et le dépit lui donnaient un air dur, égaré ; d\u2019un geste brusque elle se leva, ramassa son sac et ses gants.Et comme, même en ce moment, la coquetterie ne l\u2019abandonnait pas, elle s\u2019approcha de la glace, refit, en l\u2019épaississant, l\u2019arc de ses lèvres dont elle avait mordu la pâte rouge, remit en place ses boucles de la même teinte que son manteau de phoque, et dit d\u2019un ton qu\u2019elle s\u2019efforçait de rendre désinvolte : \u2014 Très bien.Je n\u2019ai pas l\u2019habitude de m\u2019incruster.Voici donc une affaire liquidée.N\u2019en parlons plus.Elle sourit au miroir d\u2019un air de bravade, et dit : \u2014 Après tout, il n\u2019aurait pas toujours été drôle de vivre auprès d\u2019un infirme au caractère ombrageux tel que Ronan, et je ne me sens pas tellement une vocation d'infirmière.En entendant ces paroles, Ronan s\u2019appuya plus lourdement sur sa canne ; sa haute taille parut s\u2019affaisser un peu, et Nancy, révoltée, fit un pas vers Cynthia.\u2014 Vous êtes odieuse, dit-elle.Dans le salon désuet aux meubles et aux tentures sombres, que le feu dans la cheminée colorait d\u2019une lueur de vitrail, elle ressemblait dans sa simple robe d\u2019un gris bleuté à une vision irréelle, avec sa grâce frêle et pure, sa figure mystique, et elle mettait parmi les objets communs, sans beauté, la note nécessaire de poésie et de rêve qui manquait.Cela ne fit qu\u2019augmenter la colère de Cynthia.\u2014 Vous, dit-elle, je vous conseille de parler ! Justement, j\u2019allais partir en oubliant de faire à votre sujet certaine.mise au point.Entre ses paupières rétrécies ses yeux brillaient, aigus et inquiétants ; tournée vers Ronan, elle enchaîna : \u2014 A propos, au cas où l\u2019idée vous en viendrait \u2014 et ça ne m\u2019étonnerait pas de la manière dont se présentent les choses \u2014 je crois de mon devoir de vous prévenir qu\u2019il vaudra mieux vous chercher une autre fiancée que votre compétente et dévouée secrétaire.Le visage de Nancy s\u2019incendia d\u2019une vive rougeur, mais elle ne répondit rien.\u2014\tPourquoi ?demanda Ronan.Son regard se posait sur sa secrétaire et s\u2019approchant d\u2019elle, il lui prit la main.\u2014\tNancy a été étroitement mêlée à ma vie ces derniers mois, Cynthia, dit-il.Elle m\u2019a très exactement sauvé la vie.Sans elle, je ne serais pas de ce monde.Sa voix s\u2019éleva, se fit accusatrice : \u2014\tCe n\u2019est pas vous, Cynthia, qui m\u2019avez soutenu, aidé, tendu la main pour me retenir, alors que je tombais dans l\u2019abîme ! Tout en parlant, il maintenait à sa place Nancy qui tentait de s\u2019échapper.\u2014 Elle m\u2019a arraché à mon obsession de suicide, rendu le goût de la vie que j\u2019avais perdu, dirigé vers une nouvelle carrière qui me plaît et où j\u2019espère réussir.Comment ne lui aurais-je pas infiniment de reconnaissance.et d\u2019amour ?Nancy reçut cette déclaration faite SAMEDI-EXPRESS nalistes, magnats du pétrole ou de la finance, politiciens, syndicalistes, agents publicitaires se retrouvent à Aspen pour examiner des idées allant des théories d\u2019Aristote à la sociologie, de la désobéissance civile au syndicalisme ou à la politique internationale.Les « pensionnaires » sont assez variés pour pouvoir discuter de toutes les questions possibles.Apprenant qu\u2019il serait assis à côté de Walter Reuter, président du syndicat des travailleurs de l\u2019automobile, le directeur d\u2019une grande firme pétrolière a déclaré : \u2014 Bah! Je suppose qu\u2019il y a des choses à apprendre, même du diable ! Discussions en liberté Un autre capitaliste s\u2019est penché, avec étonnement sur « Le Manifeste communiste » de Karl Marx : \u2014 Je n\u2019avais jamais été tenté de savoir ce qu\u2019il y avait là-dedans, a-t-il déclaré, mais ce type-là défend rudement bien le morceau.Il n\u2019y a pas d\u2019idéologie fixe à Aspen, dont le but est de discuter de tout dans la plus grande liberté.Deux livres sont offerts comme base d\u2019une discussion dirigée par deux leaders.L\u2019été dernier, ceux-ci étaient John Burchard, doyen des humanités à l\u2019institut de technologie du Massachusetts, et John Blum, professeur d\u2019histoire à l\u2019université de Yale.A l\u2019Institut d\u2019Aspen, les hommes d\u2019affaires, coupés de leur routine habituelle, s\u2019exercent à assouplir la rigidité des idées qu\u2019ils ont reçues.Par exemple, pour répondre à des questions sur le communisme, l\u2019un d\u2019eux, qui connaît bien la terminologie et les théories marxistes, se « met dans la peau » d\u2019un communiste convaincu Marcel Pagnol et Athalie de Jean Racine aux Festivals de Montréal comptent parmi ses grands succès.11 remplace, à cinq jours d\u2019avis, Paul Dupuis dans le personnage principal de Témoin à charge et on le retrouve en Sir Wilfrid Robards de la Nuit des Rois.Paul Hébert lui confie le Père dans Les Six Personnages en quête d\u2019Auteur de Pirandello.II est l\u2019Inquisiteur dans L\u2019Alouette d\u2019Anouilh, pièce présentée à la Comédie Canadienne.Il garde cependant une préférence pour César, figure dominante du Brutus de Paul Toupin.La télévision nous révéla ce comédien dans La Volupté de l\u2019Honneur de Pirandello, Pardonnez-leur, Un Remède de Cheval, etc.Il fut le journaliste pittoresque des Plouf je et joua dans la série pour enfants L\u2019Ile aux Trésors.Qui ne se souvient encore et ne regrette la disparition du célèbre capitaine Aubert du téléroman de Guy Dufresne, Cap aux Sorciers et enfin le Simple Soldat de Marcel Dubé ?11 nous aurait fallu, bien sûr, parler des rôles de Pelletier à la radio .la liste n\u2019en finirait plus.Calme, sûr de lui, Gilles Pelletier allie l\u2019équilibre physique et un goût prononcé pour les sports à une vive curiosité intellectuelle et à un goût artistique très sûr.Aujourd\u2019hui, Gilles Pelletier est reconnu par tous comme une grande vedette du Canada Français, et l\u2019on comprend pourquoi on lui a confié le rôle difficile et passionnant du caporal Gagnier.51 [ Suite de la paye 5 ] et répond à tous les arguments avancés par ses compagnons.Ces joutes intellectuelles enchantent les participants qui ont rarement l\u2019occasion de tout remettre ainsi en question.\u2014\tJe me sens tout autre, s\u2019émerveille un industriel du Middlewest.Quand j ouvrais la bouche, à l\u2019usine, tout le monde m\u2019écoutait.Ici, on me saute immédiatement à la gorge.Et un autre : \u2014\tC est la première fois que je me* trouve en face d\u2019une bande de businessmen en train de disséquer Aristote ou Karl Marx.Et que je puis dire ce que je veux, et même proposer de rendre l\u2019Amérique aux Indiens, sans que tout le monde essaie de me prendre mon « job ».Musique sous la pluie Les sessions d\u2019Aspen durent deux semaines.Chaque après-midi est consacré à la culture physique et aux sports, suivis de massages et de bains de vapeur.Certains « sèchent » la gymnastique pour s\u2019adonner aux joies de la pêche dans les ruisseaux.D\u2019autres se contentent de longues promenades dans la montagne.La musique tient une grande place dans les activités d\u2019Aspen.La vogue en a été lancée par Julius Berg qui, le jour, promenait une vache dans la ville et vendait son lait et, le soir, chantait d\u2019une profonde voix de basse.Aujourd\u2019hui, Aspen a l\u2019une des plus brillantes saisons musicales des Etats-Unis.Les concerts ont lieu sous une immense tente, et lorsqu\u2019il pleut le bruit de la pluie se mêle harmonieusement à celui aes instruments sans que nul ne songe à s\u2019en plaindre.Le scénario Plusieurs auteurs ont signé les tranches de vie racontant les aventures du Caporal Gagnier.On note par exemple les noms de George Sal-verson, Vincent Tilsley, Raymond Bowers, Bernard Girard, Munroe Scott, Charles E.Israël.Complète en elle-même, chaque demi-heure marque une évolution au point de vue humain et dramatique.Ce sera beaucoup plus qu\u2019un simple documentaire.Pour donner des exemples concrets de cette affirmation, voici quelques résumés (pii permettront aux lecteurs du Samedi de se rendre compte par eux-mêmes de l\u2019intérêt que présente la nouvelle série.19 décembre \u2014 Qui est l\u2019homme-gorille ?La population de Sharnat-tawa tremble de colère parce que l\u2019homme gorille est venu visiter leur village .Et pendant ce temps .le constable Mitchell se perd en conjectures ! 16 janvier \u2014 Les habitants de Shamattawa vivent des heures d\u2019angoisse.C\u2019est qu\u2019un jeune garçon, voulant vivre un film « western », affronte le caporal Gagnier en pleine rue principale avec un véritable pistolet.Et voilà ! Qu\u2019il suffise de dire pour démontrer l\u2019importance de cette émission qu\u2019elle risque d\u2019être vendue aux Etats-Unis, en Europe, en Australie et en Amérique du Sud.F.M.-P.SUR TOUTES LES SCENES\t[Suite de la paye 31 J 52 Le Samedi, Montréal, 5 décembre 1959 devant un tiers comme un choc en pleine poitrine qui la fit vaciller.Eperdue, accablée à la foie de joie et de misère, elle baissa la tête.Quant à Cynthia, elle eut un mauvais rire : -Vraiment?dit-elle.C\u2019est infiniment touchant.Vous m\u2019excuserez si je ne participe pas à ces effusions comme je devrais le faire en versant des larmes d\u2019attendrissement.Mais ce n\u2019est pas dans ma nature.Et, pour tout vous dire, je crains qu\u2019il y ait une anicroche à ce programme idyllique.Sa voix moqueuse durcit, prit une intonation méchante.\u2014 Parce que vous vous trompez, Ro-nan \u2014 et comment ! \u2014 sur cette pure créature que vous considérez comme faite uniquement de charité chrétienne et de neige virginale.Ronan fronça les sourcils : Je me trompe?.Comment cela?Cynthia regarda ses mains, fit jouer le vernis de ses ongles dans la lumière.Ah! voilà, dit-elle.Mlle Guerrand pourrait peut-être nous renseigner ?Nancy releva la tête qu\u2019elle tenait baissée, et, dans son visage devenu d\u2019une pâleur livide, ses yeux effrayés fixèrent Cynthia qui souriait méchamment.\u2014 Oui, j\u2019en ai appris de belles sur votre compte ! reprit celle-ci.Vraiment, cela vous allait bien de jouer la pure jeune fille, de dénigrer et de faire de la morale aux autres, alors que vous vivez dans le mensonge et formiez un exemplaire assez réussi de fourberie et de fausseté ! On entendit le grincement lugubre du poids de l\u2019horloge avant qu\u2019elle sonnât une demie.Nancy se taisait.Qu\u2019cût-elle pu répondre ?Elle sentait venir la terrible révélation qu\u2019elle n\u2019avait pas encore osé faire, qu\u2019elle voulait préparer soigneusement.Elle ne doutait pas que, dans ces conditions, elle produisit un effet de catastrophe, mais elle ne pouvait rien empêcher et tremblait toute, en proie à un frisson mortel.Cependant, Ronan haussait les épaules.-Nancy, menteuse et fourbe?Vous ne savez pas ce que vous dites, Cynthia.Il n\u2019était pas inquiet ni troublé, tenant ces élucubrations pour le résultat de la haine et de la jalousie.Nancy, intérieurement, eut un élan vers lui et le remercia dans son coeur pour la foi qu\u2019il avait en elle.Mais Cynthia, à nouveau, ricanait : \u2014 Oh ! mais si ! Je sais très bien ce que je dis ; au contraire ! Faites-moi confiance.Elle sortit une cigarette de son sac, se la mit aux lèvres, et reprit d\u2019un ton railleur : \u2014 Le sympathique héros et la touchante secrétaire ne pourront unir leurs jours \u2014 comme on dit dans les romans \u2014 sans rencontrer quelques difficultés.Je dirais même des empêchements majeurs ! Nancy la regardait avec terreur.Il semblait qu\u2019il n\u2019y eût plus trace de vie sur son visage d\u2019où le sang s\u2019était retiré et qui eût fait pitié à n\u2019importe qui.Mais Cynthia repoussée, dédaignée, enragée de colère, n\u2019avait aucune raison d\u2019être compatissante, au contraire.Et que cette fille, d\u2019abord jugée insignifiante, l\u2019eût emporté sur elle auprès de Mathias Landereau, dont elle n\u2019ignorait pas la demande en mariage, car, on ne sait comment, ce genre de nouvelles se répandent vite, l\u2019excitait encore.Et tout ce qu\u2019il y avait en elle de cruel, d\u2019impitoyable, parut sur son visage tandis qu\u2019elle disait : \u2014\tParce que, voyez-vous, elle est déjà mariée.Le silence qui suivit sembla prolonger le dernier mot.Puis, inopinément, on entendit dans le couloir la voix claire de la petite Génovefa, qui chantait un couplet de sa romance favorite.Chaque chose à sa loi s\u2019enchaîne, L\u2019onde du clocher doit couler, Il faut, au cadavre, sa tombe, A l\u2019âme, l\u2019éternel bonheur, Un nid bien clos à la colombe Et à moi, douce, votre coeur.\u2014\tMariée?.répétait Ronan, incrédule.Et son regard gris bleu allait de Cynthia à Nancy qui baissait la tête et se taisait.\u2014\tParfaitement ! dit Cynthia.De colère et de haine, elle secouait la tête sans se soucier de déranger le savant arrangement de ses cheveux.\u2014 Oh ! je me doutais bien qu\u2019elle n\u2019avait pas jugé à propos de vous faire des confidences sur ce sujet délicat ! Elle désigna du menton Nancy, qui, échappant à l\u2019étreinte de Ronan, reculait, reculait jusqu\u2019au mur où elle eut voulu s\u2019enfoncer, disparaître.\u2014 Oh ! je reconnais que le hasard m\u2019a servi ! disait Cynthia.Parlant de votre livre à des amis parisiens, je prononçai le nom de Nancy Guerrand, ancienne secrétaire de Dorine Bernard, devenue la vôtre.Ce n\u2019est plus Nancy Guerrand, me dit-on, mais Mme Luc Emonière.Elle s\u2019est mariée il y a quatre mois environ, et Dorine a donné à cette occasion une fort belle réception.Elle tira une bouffée de sa cigarette, et poursuivit : \u2014 Ils ont ajouté quelques commentaires sur la qualité du champagne et des sandwiches, mais je ne pense pas que cela vous intéresse.Elle mit sa cigarette à sa bouche pour enfiler ses gants, et ce fut ainsi, les lèvres tordues de côté dans un vilain rictus qu\u2019elle acheva.\u2014 Maintenant, pourquoi Mme Luc Emonière dissimule son mariage et vit séparée de son mari, je l\u2019ignore.Mais quand on se cache, c\u2019est rarement pour des raisons honnêtes et droites.XIII A présent, ayant accompli son oeuvre de destruction, la perfide et misérable créature était partie.On entendit la voiture démarrer brutalement, mise en marche d\u2019une main coléreuse, le moteur ensuite ronronna faiblement, puis son écho se perdit, on ne perçut plus rien et le silence fut lourd.Ainsi qu\u2019il arrive souvent après une scène dramatique, le temps semblait s\u2019être interrompu ; on eut dit que la pendule se taisait, que le feu brûlait au ralenti.Nancy et Ronan demeurèrent à la même place, dans la même attitude, lui, debout devant la fenêtre, elle, appuyée au mur, comme ces personnages ensorcelés des légendes, pétrifiés par un maléfice dans le geste ébauché.Puis Nancy, épuisée, se laissa glisser sur le premier siège à sa portée \u2014 et ce mouvement parut rompre le charme de silence qui les tenait prisonniers.Ronan prit la parole et lentement prononça : \u2014 Quand je pense que vous m\u2019avez menti tout ce temps, sans jamais vous trahir, sans que jamais je soupçonne rien, cela me paraît inimaginable.Jamais je ne vous aurais crue capable d\u2019une telle puissance de dissimulation.A cause de votre regard, de vos manières réservées et chastes, je vous croyais une pure jeune fille et pour vous j\u2019expurgeais mes paroles et jusqu\u2019à mes pensées.Il eut un rire amer.\u2014 Quel niais j\u2019ai été! Tout éclat, toute animation avaient disparu de son visage, un pli profond se creusait entre ses sourcils et son regard était dur et froid.Et Nancy, revoyant l\u2019expression tendre qu\u2019il avait eue pour elle un peu plus tôt, son air d'amour et de confiance, éprouva le sentiment désespéré qu\u2019un trésor lui avait été prêté, puis repris.\u2014 Oui, quel imbécile ! reprit Ronan.Avec un étonnement douloureux, il demanda : \u2014 Mais enfin, pourquoi avez-vous agi ainsi ?Quel jeu indigne avez-vous joué ?Elle serra ses mains l\u2019une contre l\u2019autre pour dompter son émotion et pouvoir parler posément.\u2014 Mais, Ronan, dit-elle, il n\u2019y a pas eu de jeu, seulement un malheureux concours de circonstances ! Dans un effort désespéré pour réagir, se défendre, elle se leva, se plaça en face de lui et expliqua : \u2014 Ronan, mon mariage a été une chose lamentable et.humiliante, basée sur une méprise, tellement lamentable et humiliante que j\u2019en ai.honte.Je me suis rendu compte.heureusement à temps, de l\u2019erreur qui en était à la base et.Enfin, je n\u2019ai pas été véritablement mariée, vous comprenez ?D'un ton bref, il demanda : \u2014 Comment cela ?Elle se détourna, rougissante, pour dire : \u2014 Ecoutez.Voilà ce qui sest passé : Le jour de mon mariage, alors que je me préparais à partir en voyage de noces, j\u2019ai découvert, au hasard d\u2019une conversation surprise que.mon mari, l\u2019homme qui venait de jurer son amour, à qui j\u2019avais promis fidélité et soumission, m\u2019avait épousée par intérêt, parce qu\u2019il me croyait de la fortune, qu\u2019il ne m\u2019aimait pas et ne m\u2019avait jamais aimée.Le visage toujours détourné, elle soupira profondément.\u2014 Ce mariage était le résultat d\u2019une erreur ; je ne sais quelle phrase ambiguë de ma part ayant fait supposer à.Luc que je venais de faire un important héritage, alors que le dit héritage consistait uniquement en cette maison où nous sommes, qui \u2014 vous vous en rendez compte \u2014 dans l\u2019état de délabrement où elle se trouve est plus une charge qu\u2019un rapport et qui, mise en vente n\u2019aurait guère d\u2019amateurs, même pour un prix modique.Elle s\u2019arrêta, revivant se pensées, ses sentiments lorsqu\u2019elle avait découvert la vérité sur Luc, son atroce désillusion d\u2019apprendre qu\u2019il l\u2019épousait pour une fortune qu\u2019elle ne possédait pas.Mais le souvenir de la trahison n\u2019était plus qu\u2019une lointaine amertume, la trace à peine sensible d\u2019une plaie guérie qui s\u2019effaçait, s\u2019évanouissait devant la douleur nouvelle, la crainte atroce d\u2019avoir, en faisant cela, qui n\u2019avait plus d\u2019importance, perdu le véritable amour de sa vie.A nouveau, elle soupira, et reprit : \u2014 Sans réfléchir, à demi folle de honte et de chagrin, je sortis la petite voiture dont m\u2019avait fait cadeau Dorine, et pris la route.Des heures je roulai sans but, sans me soucier des chemins que j\u2019empruntais et puis, je ne sais comment, à croire qu\u2019une volonté indépendante de la mienne me guidait, je finis par aboutir à Kermen.Elle revoyait cette étrange randonnée qui l\u2019avait amenée auprès de Ronan au moment exact où, désespéré à la fois de son infirmité et de l\u2019absence d\u2019une autre, il allait en finir avec la vie, pour l\u2019empêcher de mettre à exécution son funeste projet.Elle l\u2019avait sauvé, arraché au désespoir, aidé, et puis aimé.Tout aurait pu avoir un sens merveil- SUBITO LE PROFESSEUR NIMBUS jMKdg Le Samedi, Montréal, 5 décembre 1959 53 leux, et tout était flétri, perdu, à cause de ce mensonge stupidement dressé entre eux.\u2014 J\u2019était épuisée de chagrin et de fatigue, dit-elle.Mais je vous vis.plus désespéré que moi.Il hocha la tête.\u2014 Oui, je me souviens, je me souviendrai toujours de votre arrivée survenue comme un miracle.Mais ce n\u2019était pas un miracle, dit-il sombrement.Vous veniez simplement \u2014 pour des motifs et dans des circonstances dont je ne veux pas discuter l\u2019authenticité \u2014 de quitter votre mari, et étiez venue vous réfugier à Kermen.Il eut un rire bref.\u2014 Comme on a tort de croire au merveilleux ! Il me semblait que votre arrivée n\u2019avait d\u2019autre raison que de me sauver.de me redonner le goût de vivre que j\u2019avais perdu.Mais le merveilleux n\u2019existe pas.Les bras croisés, il regardait le ciel qui devenait gris, les dunes, les lointains brumeux, qui se confondaient avec la mer.\u2014 Parfois je me disais bien \u2014 que vous aviez dû avoir une déception sentimentale \u2014 quelque histoire de jeune fille sans importance ; mais je n\u2019aurais jamais cru que cette.déception avait eu cette forme.aiguë.Après sa rougeur précédente, Nancy avait repris sa pâleur de cierge.Serrant et dépliant nerveusement les mains, elle murmura.\u2014 Ce soir-là.le soir de ma venue à Kermen, j\u2019aurais dû vous dire tout de suite ce qu\u2019il en était.Mais je vous vis si malheureux, si désespéré, que j\u2019eus honte de ma misérable aventure si mesquine en comparaison de votre pathétique histoire.Ronan hochait la tête sans répondre.En réalité, il semblait que les paroles de Nancy ne l\u2019atteignaient pas.Sa peine et son désespoir d\u2019avoir été leurré étaient si grands, il se sentait si douloureusement blessé qu\u2019il ne pouvait actuellement raisonner ni voir les choses avec lucidité.11 se sentait trahi, insulté, outragé.Il éprouvait le sentiment d\u2019une grande injustice, d\u2019une grande cruauté du sort, puisque s\u2019étant libéré de Cynthia, avec noblesse et courage après avoir découvert qu\u2019il aimait Nancy \u2014 il s\u2019apercevait que celle-ci lui avait menti, qu\u2019elle n\u2019était pas celle qu\u2019il croyait.\u2014 Menteuse! disait-il, fourbe! Qui aurait pu croire cela ?Il répétait l\u2019instinctive injure que l\u2019homme toujours jette à la femme qui le fait souffrir, et elle pénétrait Nancy d\u2019une douleur cuisante.Elle tendit vers lui ses mains serrées.\u2014 J\u2019ai eu tort, Ronan, je le sais, dit-elle.J\u2019aurais dû tout vous dire le premier jour.Après.je n\u2019osais plus.Cette aventure était pour moi si humiliante à raconter ! Une stupide question d\u2019amour-propre toujours me retenait.Elle s\u2019efforçait de lui faire comprendre son état d\u2019âme et ses sentiments d\u2019alors, sa honte, son humiliation et son désarroi, mais il ne l\u2019écoutait pas.Opiniâtrement, il secouait la tête.\u2014\tRien de tout cela n\u2019explique le mensonge dans lequel vous vivez et m\u2019avez fait vivre depuis quatre mois, dit-il âprement.Je ne puis trouver aucune excuse à cette hypocrisie de toutes les minutes qu\u2019était notre vie l\u2019un près de l\u2019autre.Avec accablement, elle baissa la tête.\u2014\tAh, si vous saviez combien mon secret m\u2019étouffait, combien souvent il me montait aux lèvres ! Mais je ne savais comment m\u2019en délivrer.Je remettais toujours.comme je le regrette maintenant ! Il ne l\u2019entendait pas, ne voulait pas l\u2019entendre, sans la regarder, les yeux fixes et durs.Il fit : \u2014\tIl me semblait que vous étiez si transparente ! vous étiez pour moi celle qui console de tout, qui fait oublier peines, chagrins, déceptions, infirmité.Vous étiez celle dont le visage donne l\u2019oubli, la paix, l\u2019espoir.\u2014\tLa fontaine d\u2019Oubliance, murmura Nancy dans un faible effort pour sourire.\u2014\tOui, dit-il.Je me trompais.Vous ne savez guérir les plaies que pour en creuser d\u2019autres.Elle se tut, frappée au coeur, tandis qu\u2019il reprenait : \u2014 Je vous voyais toujours comme ayant les mains pleines de dons offerts, et ce que je croyais apercevoir de votre âme m\u2019éblouissait comme un coffre entrouvert laissant deviner l\u2019éclat de diamants cachés.Et ce que vous cachiez, c\u2019était votre secret.Vous n\u2019étiez que fausseté, fourberie.Je ne vous reconnais pas.Il me semble qu\u2019une autre a pris votre visage de sincérité, vos yeux loyaux et profonds.Sa voix se brisa, un court instant, et il fit : \u2014\tSeigneur, tout n\u2019est-il donc que mensonge et duplicité sur cette terre ?Du premier moment au dernier, vous m\u2019avez menti, dupé et sans doute continueriez-vous sans cette révélation qui vous a déjouée.Et dire que j\u2019avais une telle confiance en vous ! J\u2019écoutais vos paroles comme si chacune eut été un des dix commandements de Dieu.L\u2019approbation que je lisais dans vos yeux me redonnait mon courage lorsqu\u2019il manquait.Je vous appelais mon ange gardien.Il ricana.\u2014\tMieux vaut se fier au démon qu\u2019à une femme au visage d\u2019ange ! Non, vous n\u2019êtes pas celle que je pensais, celle que j\u2019aimais.Elle supplia : \u2014\tRonan, je vous en prie.Toujours sans la regarder, ni l\u2019entendre, il dit : \u2014\tMais si c\u2019était seulement pour me donner cela, l\u2019illusion de ce qui aurait pu être, pourquoi m\u2019avoir joué la comédie, m\u2019avoir fait entrevoir un idéal impossible ?Il ne fallait pas me montrer qu\u2019il pouvait y avoir autre chose, me donner la nostalgie d\u2019une forme de bonheur que j\u2019ignorais \u2014 un bonheur discret, fait de tendresse, de compréhension, pour que toujours j\u2019en aie le regret ! Une mèche de ses beaux cheveux sombres s\u2019étant détachée de sa coiffure, il la renvoya en arrière, d\u2019un geste nerveux, et reprit : \u2014\tCar c\u2019est sciemment, volontairement que vous vous êtes fait aimer de moi.Vous saviez parfaitement que je me mettais à vous aimer.Moi, c\u2019est seulement à la réception des Duchesne, que je m\u2019en suis rendu compte, lorsque Mathias Landereau se mit à vous courtiser.Je découvris alors que j\u2019étais jaloux ; la seule idée que cet homme pût jeter les yeux sur vous, et que vous puissiez accueillir sa recherche, me jetait hors de moi.C\u2019est ainsi que je m\u2019aperçus que votre image dans mon CONCERT \u2014 Au point de vue technique, nous apporterez-vous quelques innovations ?\u2014 Ce ne sont pas tant les moyens techniques qui innoveront, mais la façon dont nous en tirerons parti, la petitesse de la salle et la disposition des caméras qui nous auront permis, je l\u2019espère bien, de laisser aux téléspectateurs, l\u2019impression d\u2019être eux-mêmes dans la salle.Le concert, sur le petit écran débutera comme un concert ordinaire : les musiciens accordent leurs instruments, le chef d\u2019orchestre fait son entrée, les spectateurs l\u2019applaudissent, le coeur, depuis quelque temps déjà, avait pris la place d\u2019une autre.Et quand par votre entretien avec Cynthia, dont à peu près tout me parvint, je connus les bas calculs de celle-ci, je souffris à peine de sa perfidie, mais seulement de votre imprécision à manifester vos propres sentiments.Il fit un pas en arrière, car sa pose trop longtemps immobile le fatiguait, et reprit : \u2014\tMais cet amour, que j\u2019avais si longtemps voulu ignorer, alors qu\u2019il germait lentement dans mon coeur comme une plante vivace, promettant un splendide épanouissement, n\u2019a donné qu\u2019une fleur empoisonnée.Car pendant tout ce temps où je m\u2019éprenais de vous \u2014 ou plutôt de celle que je croyais être vous \u2014 que chaque jour je vous aimais davantage \u2014 vous me mentiez, vous m\u2019offriez de vous une vision déformée.Je croyais en vous, vous m\u2019aviez réconcilié avec la vie, par votre présence, votre douceur, cette grâce chaste que j\u2019aimais en vous.Et tout cela mentait.Ses lèvres frémirent comme celles d\u2019un enfant prêt à pleurer.\u2014\tRonan ! gémit Nancy, Ronan ! Elle s\u2019interrompit, accablée, car elle ne savait pas, en vérité, s\u2019il valait mieux pour elle parler ou se taire.Et il continua.\u2014\tDepuis que je savais que je vous aimais \u2014 et je me croyais aimé de vous \u2014 j\u2019étais heureux.Chaque jour, mon amour devenait plus grand ; j\u2019oubliais mon infirmité, et.vous me trompiez.Vous me mentiez de façon permanente.Cela résumait pour lui toute sa douleur, toute sa détresse.\u2014\tRonan ! cria Nancy, il ne faut pas douter de mon amour.Je suis victime d\u2019un affreux concours de circonstances ; le destin m\u2019a traitée avec une ironie cruelle, mais je vous aime ! Il haussa furieusement les épaules, et les reproches les plus insensés, les plus passionnés que puisse formuler une langue humaine sortirent de ses lèvres.Dans cette heure de colère et d'aveuglement, il oubliait tout ce qui pouvait expliquer la conduite de Nancy et l\u2019excuser ; il oubliait que l\u2019innocence est souvent trompée, que le coeur commet des erreurs (le sien n\u2019en avait-il pas commis une en aimant Cynthia?).Et le silence gardé par Nancy ne pouvait-il être mis sur le compte d\u2019une pudeur, d\u2019une réserve bien naturelles ?Mais il fermait volontairement les yeux, les oreilles et l\u2019esprit à tout ce qui plaidait la cause de la jeune fille ; il parlait avec l\u2019amertume et la rage d\u2019un enfant trompé, lui répétant qu'il l\u2019avait crue aussi immaculée que la feuille blanche et vierge sur laquelle il traçait les mots de sa pensée, aussi pure que la rosée du matin, aussi neuve que le bouton de rose qui lentement se déclos sous les baisers du soleil.Et l\u2019idée qu\u2019un autre avait connu le premier éveil de son coeur, le mettait hors de lui.[ Suite de la paye 34 1 chef d\u2019orchestre salue.les coups de baguettes traditionnels et.Tout y sera, sauf les rappels, évidemment ! \u2014 Dites-nous, pour finir, quelques mots de l\u2019orchestre lui-même ?\u2014 Nous entendrons un orchestre régulier de 55 musiciens.Par contre, nous réduirons ce nombre à trois reprises, pour pouvoir présenter de la musique des époques de Vivaldi, Bach et autres compositeurs qui requièrent un ensemble orchestral plus petit.Gabriel Langlais \u2014 Je vous imaginais hésitante et tendre devant l\u2019amour ; vous étiez fausse et pleine d\u2019expérience ! La révélation du mensonge de cette créature qu\u2019il avait placée si haut, en qui il respectait la pureté avec attendrissement, la mettait au niveau méprisable des aventurières et des hypocrites.\u2014 Ronan, je ne mérite pas d'être jugée avec tant de dureté ! gémit Nancy.Il eut un sourire amer : \u2022\u2014Qui me blâmerait de le faire?C\u2019était votre innocence, votre loyauté qui me charmaient en vous.Puis, tout d'un coup, il s\u2019interrompit et dit : \u2014 Cet homme que vous avez épousé, vous ne l'avez pas épousé.par convenance, je suppose, si j\u2019en crois votre profession de foi de l\u2019autre jour.Vous l\u2019aimiez, naturellement.Elle humecta ses lèvres sèches.\u2014 Je.Ecoutez-moi, Ronan, et tâchez de me comprendre.J\u2019étais naïve, sans défense.Je ne savais rien de l\u2019amour.Elle s\u2019arrêta, effrayée de voir se creuser plus profondément la ride entre les sourcils rapprochés du jeune homme, et murmura faiblement : \u2014 Naturellement, cela n\u2019a rien de comparable à.Sa voix mourut car, en vérité, il lui semblait profaner le mot amour, maintenant qu\u2019elle en connaissait toute la valeur et le sens profond, en l\u2019appliquant au sentiment superficiel qu\u2019elle avait éprouvé pour Luc.Et, depuis qu\u2019elle aimait Ronan, tout ce triste passé lui semblait soudain effacé, aboli.Honnêtement, elle s\u2019efforça de traduire ce qu\u2019elle avait éprouvé.\u2014 Je.j\u2019ai cru l\u2019aimer.Les jeunes filles sont sensibles aux compliments, aux attentions.Il était séduisant et cherchait à me plaire dans le but intéressé que je vous ai expliqué.Et.je vous ai dit aussi que j\u2019ignorais alors le véritable amour.Parce qu\u2019elle se sentait coupable, elle n\u2019avait même pas le réflexe de lui opposer son propre amour pour Cynthia, cet amour dont il ne s\u2019était délivré qu'à grand\u2019peine.\u2014 Maintenant, dit-elle, je sais.Elle croyait l\u2019avoir convaincu par la ferveur de sa voix et de son regard.Mais après un instant de silence, durant lequel il parut réfléchir et mesurer les paroles de Nancy, le sang brusquement envahit le visage si pâle du jeune homme.Durant quelques minutes, il rougit, pâlit, comme si une bête le mordait, le griffait, malgré ses cforts pour la juguler \u2014 et enfin, il finit par formuler la phrase qui lui brûlait les lèvres.\u2014 Vous affirmez, dit-il, que vous n\u2019avez jamais été vraiment la femme de cet.individu, de cet homme que vous avez épousé.C\u2019est peut-être un mensonge de plus ! Vous savez si bien mentir ! Elle eut cri de désespoir : \u2014 Ronan, dit-elle, j\u2019ai dit la vérité ! Les choses se sont passées exactement comme je vous les ai racontées, je vous le jure ! Il l\u2019interrompit, durement.\u2014 Ne jurez pas, dit-il.J\u2019ai perdu l'habitude de vous croire.Il leva une main qu\u2019il laissa ensuite retomber, et ses beaux doigts nerveux, qui tout à l\u2019heure étreignaient la main de Nancy, avaient à présent un air d\u2019éloignement et de mépris.Elle étouffa un sanglot.\u2014 Dieu sait pourtant si je suis sincère ! murmura-t-elle avec détresse.Sa voix avait le halètement qui précède les larmes ; et déjà elles affleuraient à ses cils.11 refusa de s\u2019attendrir.\u2014 Mais moi, dit-il, comment le saurai-je ?(Lire la fin dans le prochain numéro) 54 Le Samedi, Montréal, 5 décembre 1959 Les Mots Croisés du \"Samedi\" HORIZONTALEMENT 1.\t\u2014 Petit coffre de paysanne.\u2014 Fonc- tion de celui qui gouverne un Etat pendant l\u2019absence du souverain.\u2014 Ensemble des pièces qui forment le dessous d\u2019une chaussure.2.\t\u2014 Fécule qui sert à faire de l\u2019em- pois.\u2014 Fil métallique contourné en hélice qui possède les propriétés d\u2019un aimant.\u2014 Automobile de transport.3.\t\u2014 Qui n\u2019a plus de dents.\u2014 Un peu acide.\u2014 Projectiles meurtriers.4.\t\u2014Soldat qui a contracté un enga- gement volontaire.\u2014 Local vitré pour abriter les végétaux.\u2014 Troisième poche digestive des oiseaux.5.\t\u2014 Carte à jouer.\u2014 Hébreu.\u2014 Pre- mière femme.\u2014 Pièce de vêtement pour maintenir la taille.\u2014 Symbole chimique du baryum.G.\u2014 La plus belle des fleurs.\u2014 Magistrat romain.\u2014 Mélancolique.\u2014 Table de boucherie.7.\t\u2014 Ville manufacturière d\u2019Allema- gne.\u2014 Muse qui présidait à l\u2019élégie.\u2014 Partie antérieure du cou.\u2014 Genre de liliacées à odeur très forte.8.\t\u2014 Lui.\u2014 Fer de prisonnier.\u2014 Large sillon.\u2014 Unité.\u2014 Contraction convulsive de certains muscles.\u2014 Petit lac du Soudan oriental.9.\t\u2014 Farine alimentaire.\u2014 Genre d\u2019an- nélides comprenant des vers marins.\u2014 Disque qu\u2019on jette le plus près d\u2019un but.10.\t\u2014Symbole chimique du sodium.\u2014 Patrie de Turenne.\u2014 Rivière de France qui a sa source dans les Vosges.\u2014 Plante potagère.\u2014 Pronom indéfini.11.\t\u2014 Unité de travail mécanique.\u2014 Genre de mammifères, voisins des blaireaux.\u2014 Parcourue des yeux.\u2014 Suc propre des végétaux.\u2014 Mammifère plus petit que le cheval.12.\t\u2014 Hideux.\u2014 Etre couché.\u2014 Creu- ser.\u2014 Garçon d\u2019écurie de courses.13.\t\u2014 Habitant.\u2014 Mouvement en rond que l\u2019on fait faire à un cheval.\u2014 Possessif.\u2014 Genre d\u2019oléacées comprenant de beaux arbres forestiers.\u2014 Massif montagneux du Maroc.14.\t\u2014 Chemin de halage.\u2014 Puissance de séduction (jig.).\u2014 Tableau du prix de certaines denrées.\u2014 Principe de tout nombre.\u2014 Négation.15.\t\u2014 Qui sert à la navigation sur mer.\u2014 Masse de pierre très dure.\u2014 Partie d\u2019une voile.\u2014 Ville d\u2019Italie (Naples).IG.\u2014 Conifère.\u2014 La plus vile populace.\u2014 Se suivent dans sommeil.\u2014 Evêque des Cases-Noires en Numidie.\u2014 Nom vulgaire du thymus du veau.\u2014 Cela.17.\t\u2014 Sorte de bière.\u2014 Entier.\u2014 En Orient, riz au gras.\u2014 Evénement fortuit.18.\t\u2014 Point cardinal.\u2014 Conformé- ment à.\u2014 Terme du jeu de piquet.\u2014 Après cela.19.\t\u2014 Symbole chimique du cuivre.\u2014 Dire son avis sur un sujet en délibération.\u2014 Animal contractile.\u2014 Celui qui règle la route d\u2019un navire.\u2014 Négation.20.\t\u2014 Farine que l\u2019on retire des graines des céréales.\u2014 Interjection de plainte.\u2014 Lire de nouveau.21.\t\u2014 Donner la dernière façon au drap avec la tuile.\u2014 Peaux qu\u2019on ôte à certains fruits.\u2014 Règle observée dans la manière de vivre.22.\t\u2014 Se dit d\u2019un bâtiment qui s\u2019affaisse.\u2014 Qui agit avec zèle.\u2014 Lieu où l\u2019on met les voitures à couvert.23.\t\u2014 Boire à petits coups.\u2014 Ruse.\u2014 Inhabités.VERTICALEMENT 1.\t\u2014 Symbole chimique du baryum \u2014 Ouverture par laquelle on introduit l\u2019eau de la mer dans les marais salants.\u2014 Mariage.\u2014 Carte à jouer.2.\t\u2014 Principe de la vie.\u2014 Rassasié.\u2014 Principe odorant de certaines substances.\u2014 Léger.\u2014 Triage.3.\t\u2014 Qui ne contient rien.\u2014 Pronom.\u2014 Volonté.\u2014 Fin de verbe.\u2014 Bec de lampe à manchon incandescent.4.\t\u2014 Port de l\u2019île de Fionie (Dane- mark).\u2014 Circonstance.\u2014 Ce qui est contraire au bien.\u2014 Costume de bal masqué.5.\t\u2014 Moitié de l\u2019échine d\u2019un veau.\u2014 Fendre un verre sans que les parties se séparent.\u2014 Recueil bibliographique.\u2014 Espèce de canard sauvage.Problème No 1435 6.\t\u2014 Premier morceau que l\u2019on coupe d\u2019un pain.\u2014 Art d\u2019instruire et d\u2019élever les enfants.\u2014 Anéanti subitement.7.\t\u2014 Bouclier de Pallas.\u2014 Petit vil- lage.\u2014 Voix d\u2019homme.8.\t\u2014 Allongé.\u2014 Rivière de France, affluent de la Garonne.\u2014 Genre de mollusques lamellibranches.9.\t\u2014 Peigne qui garnit le métier de tisserand.\u2014 Mammifères ruminants, comprenant de grands cerfs.\u2014 Partie épaisse qui se dépose dans les liqueurs.\u2014 Partie mobile dans un moteur électrique.\u2014 Gros nez.10.\t\u2014 Choisis par la voie des suffrages.\u2014 Différentes parties d\u2019une habitation.\u2014 Unité monétaire de l\u2019Iran.\u2014 Juge et grand-prêtre des Juifs qui éleva le jeune Samuel.11.\t\u2014 Administrée, régie.\u2014 Fleuve de Russie.\u2014 Espèce de poche.\u2014 Peau de veau préparée.12.\t\u2014 Qui a les nerfs agacés.\u2014 Pren- dre en mariage.\u2014 Pluie torrentielle.13.\t\u2014 Qui est à nous.\u2014 Unité.\u2014 Li- queur formée de sucre en dissolution.\u2014 Clairsemés.14.\t\u2014 Ville de premier ordre.\u2014 Objet qui donne une forme à la matière.\u2014 Achever.\u2014 Direction.15.\t\u2014 Ville des Pays-Bas (Gueldre).\u2014 Partie dure du pied.\u2014 Côté d\u2019un navire qui se trouve frappé par le vent.\u2014 Farine alimentaire.\u2014 Sainte (abr.).16.\t\u2014 Gosier.\u2014 Ile de la Polynésie au sud des Marshall.\u2014 Genre de mammifères périssodactyles, dont le museau est allongé.17.\t\u2014 Brimade.\u2014 Personne qui subit une opération chirurgicale.\u2014 Suivre en épiant.18.\t\u2014 La partie nord de la Grande- Bretagne.\u2014 Qui tient une taverne.\u2014 Irritation de l\u2019âme offensée.19.\t\u2014 Abréviation familière de ma amie.\u2014 Pierre à fusil.\u2014 Métal blanc, moins pesant que le plomb.\u2014 Parties minces allongées.20.\t\u2014 Ennuyé, agacé.\u2014 Démonstratif.\u2014 Ville d\u2019Autriche.\u2014 Se dit d\u2019une instance judiciaire qui vient à périr faute d\u2019avoir été poursuivie dans le délai fixé.21.\t\u2014 Attacher.\u2014 A toi.\u2014 Rivière de Suisse.\u2014 Symbole chimique du cuivre.\u2014 Titre des descendants de Mahomet.22.\t\u2014 Louanges.\u2014 Eau dans laquelle on se baigne.\u2014 Nom donné aux prétendus génies des eaux.\u2014 Fils aîné d\u2019Adam et Eve.\u2014 Point cardinal.23.\t\u2014 Dans.\u2014 Gonflé, distendu.\u2014 User de subterfuges.Solution du problème No 1434 PEROU CANADA ARGENTINE SUEDE $ |«ll k COLOMBIE ¦ ai *- .« \u2022 JAPON ÉTATS-UNIS ANGLETERRE PORTUGAL l|NN Y l'époque des Fêtes, comme en tout temps il se vend, dans le monde entier, plus de Seagrams YO.que de tout autre whisl{y exporté.MELE KALIKI/ HAWAII AUTRICHE SUISSE CLLtl FRANCE %\u201cJT< A RARE OLD DELICATE CANADIAN WHISKY SPECIALLY MATURED IN OAK CASKS 7/ \\rrfi DISTILLED.AGED AND BOTTLED UNDER THE SUPERVISION OF THE CANADIAN GOVERNMENT MALAISIE JOSKIMI E.SK AG II AM O SONS.LIMITED WATERLOO ONTARIO CANADA DISTILLERS SINCE 1857 ITALIE PAYS-BAS LITHO IN CANADA c7(onoured tfie ivorCd oven' NORVEGE CARTES DE NOEL ET DU JOUR DE L'AN, PROVENANT D'UNE COLLECTION INTERNATIONALE PRIVEE.4 tr4 fflMÜIIIIÜI mwm US MOTEURS MODERNES *> |/| *'-W* % * m.SW- ¦M .¦ Kit: i .our que les moteurs actuels à haute compression puissent fournir un rendement suprême; elle nous assurera plus de milles sans ennuis .dans les embouteillages de la circulation urbaine comme sur les grandes artères rurales! *\"MS\" Classement officiel de f industrie.VOUS NE\tW J POUVEZ ACHETER UNE MEILLEURE HUILE À MOTEUR THE BRITISH AMERICAN O I L °TT Av/a 0 HT "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.