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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 18 juillet 1959
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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  • Nouveau samedi
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Le samedi, 1959-07, Collections de BAnQ.

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[" Préparez vos vacances canadiennes PATISSERIE' « « « \u2022 mMmakhm *SÜSS@*I 71e année, No 6 Montréal, 18 juillet 195 LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS \u2022 La jeunesse du monde : Inde, Angleterre, Scandinavie \u2014 \u2022 Estes Kefauver : Le crime aux Etats-Unis \u2014 Vos vedettes préférées : Roland Chenail, par Odette Oligny \u2014 Un roman d'amour complet : Fumées sur l'eau, par Anne Lecourt. V PU U a\tDONNE UN SENS PLAISIR DE FUMER grâce à son nouveau filtre perfectionné et ses tabacs sélectionnés NOUVEAU AU La MATINÉE est spécialement conçue pour offrir aux Canadiens la parfaite douceur et la pleine saveur qu\u2019ils re- cherchent dans une cigarette à bout filtre.Son nouveau filtre perfectionné vous laisse goûter tout son arôme .doux, mais savoureux. Le Samedi, Montréal, 18 juillet 1959 3 Le Samedi 18 juillet 1959 5 ommairc 4\tLes pieuvres vont à l'école La guerre du saumon Les grands des E.-U.ont chacun leur prière 5\tLes Américains vont présenter aux Russes leurs réfrigérateurs et leurs cow-boys Le policier à la broche Le dernier snobisme des salons anglais 6\tSeul le mégot est nocif Scandale dans les universités américaines Les caprices d'Ava Lollo à la Yul 7\tVacances canadiennes, par Jacques Coulon 11 Un roman d'amour complet: Fumées sur l'eau par Anne Lecourt 13 Coupable ou non-coupable ?15 Horoscope 18\t.et le Ciel t'aidera 20 Roland Chenail, un artiste sincère, par Odette Oligny 22 Annette Stroyberg, la dernière oeuvre de Vadim, par Martin Rebière 24 Les jeunes du monde entier cherchent l'avenir : Inde, Angleterre, Scandinavie 28 Pêle-Mêle magazine 30\tCinéma : The Hanging Tree Vacances : Des pierres précieuses à portée de la main, par Pierre Villon Lectures de vacances, par Jacques Coulon 31\tSur toutes les scènes, par Francine Montpetit-Poirier 32\tVancouver : Moby Dick en C.-B.Sports : Rome sera le pôle d'attraction du monde sportif 33\tYellowknife : Un centre de villégiature dans l'Arctique 34\tEstes Kefauver : Le crime aux Etats-Unis 38 L'Ange consolateur, par H.-L.Magog 43\tDis-moi ton nom 44\tEnigme criminelle : L'assassinat du député Hogan 45\tUne aventure maritime : Cargaison dangereuse 51 Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur 56\tJeu : Dessins à erreurs 57\tMots croisés LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LTEE Membres de PA.B.C., et de PAssociation des Magazines du Canada LE SAMEDI \u2014 LA REVUE POPULAIRE \u2014 LE FILM 975 - 985, rue de Bullion, Montréal 18, P.Q., Can.\u2014 Tél.: UN - 1 \u2022 5757-fc GEORGES POIRIER Président ODILON RIENDEAU Chef du tirage GEORGES POIRIER, fils Vice-président CHARLES SAURIOL Chef de la publicité Pour tarifs d'abonnements, voir notre coupon dans ce numéro.Published Bi-monthly at Montreal, P.Q.Second-class postage paid at St.Albans, Vermont.Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa.\u201cNe regrettez pas de vieillir.Grand nombre ne jouiront pas de ce privilège.\u201d itflÉh i'* ,Ü If fyà , -r, t\u201e Quoique la vieillesse comporte certains désavantages, l\u2019image sombre que vous pourriez vous en être faite ne correspond pas à la réalité.De nos jours, grand nombre de nos citoyens les plus âgés \u2014 et le nombre de ceux qui ont 65 ans ou plus dépasse un million deux cent cinquante mille \u2014 font des voyages, se délassent et jouissent de bien d\u2019autres avantages qui assurent le contentement et rendent la vie agréable.Si vous désirez jouir d\u2019une existence utile et heureuse, après la retraite, vous devez prendre dès maintenant \u2014 longtemps avant votre 65ème anniversaire de naissance \u2014 les mesures qui s\u2019imposent pour conserver votre santé, assurer votre sécurité économique et préparer le rôle que vous désirez jouer dans les affaires de votre localité.Pour jouir d\u2019une bonne santé durant votre vieillesse, ne manquez pas de vous soumettre à des examens médicaux périodiques, de bien choisir votre nourriture et d\u2019adopter de bonnes pratiques d\u2019hygiène.Intéressez-vous à un passe-temps qui, plus tard, occupera vos loisirs.Examens Médicaux.Des examens médicaux réguliers constitueront votre plus importante sauvegarde contre les maladies chroniques ou dégénératives qui se développent ordinairement à l\u2019âge mûr ou plus tard.Des aliments bien choisis.N\u2019oubliez pas d\u2019inclure une grande variété de nourriture dans votre régime alimentaire.De la viande, du lait, des oeufs, de la volaille, du poisson, des légumes, des fruits, du pain et des céréales \u2014 en quantité convenable \u2014 maintiendront votre corps en bon état et vous aideront à maîtriser votre poids.Evitez toujours les régimes dictés par les caprices de la mode.De bonnes pratiques d\u2019hygiène.L\u2019exercice, le sommeil et le délassement peuvent grandement influencer votre état de santé.Par exemple, l\u2019exercice régulier aide vos muscles et améliore votre circulation.Votre médecin pourra vous aider à vous tracer un programme, en ce qui concerne votre activité, qui contribuera beaucoup à préserver vos ressources tant physiques que mentales.Les loisirs.Peu importe votre âge.il y a peu de chances que vous soyez heureux â moins que vous vous adonniez durant vos moments de loisirs à une activité d\u2019intérêt individuelle ou collective.Faites-vous peintre ou philatéliste ou prenez part aux affaires de votre localité.Une (elle act ix i-té agira comme stimulant pour votre cerveau et vous permettra de maintenir des rapports avec des gens de tous les âges.Vos chances de vivre jusqu'à un âge avancé sont bonnes.C'est pourquoi vous devriez songer à l\u2019avenir et vous établir un programme sage pour vos années de vieillesse.Quand les années se seront écoulées, et que vous serez devenu vieux, vous constaterez que vos années de vieillesse seront agréables, parce que v ous aurez pris les mesures voulues.COPYRIGHT CANADA.1959 - METROPOLITAN LIFE INSURANCE COMPANY Metropolitan Life Insurance Company ( COMPAGNIE A FORME MUTUELLE) Siège Social: New-York Direction Générale au Canada: Ottawa 4 Le Samedi, Montréal, 18 juillet 11159 SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - pAijcholcyie \u2022 Les pieuvres vont ,i l\u2019école et les pucerons subissent des transi lisions Les savants européens qui travaillent pour l'Air Force américaine ont commencé un travail assez inattendu : ils apprennent à lire aux pieuvres, aux fourmis, aux cancrelats et autres animaux primitifs.L\u2019école des pieuvres a été confiée au professeur anglais Young.Celui-ci a passé deux étés, dans les sous-sols de l\u2019aquarium de Naples, à apprendre aux pieuvres à distinguer un certain nombre de lettres d\u2019un dessin et d\u2019un format très semblables.Dans le même temps il endormait certaines parties du cerveau des poulpes pour savoir quelle partie est des-ponsable de la mémoire et quelle autre de la reconnaissance des formes.De son côté, la radiodiffusion suédoise a présenté à ses éditeurs « la femme qui exerce le métier le plus étrange », Mlle Karin Hellberg, 27 ans, travaille à l\u2019Institut de pathologie végétale d\u2019Ultuna.Son travail consiste à faire des transfusions de sang à des pucerons, afin d\u2019étudier le rôle de ces insectes dans la propagation de diverses maladies des plantes.\u2022 Si vous dites : « Moi, je n\u2019oublic jamais rien .» mêliez- vous ! Une mémoire exceptionnelle est souvent la marque d\u2019un individu déséquilibré.C\u2019est la conclusion d'un grand psychiatre américain, le docteur Lewis Sherman, de Brockton (Massachusetts) qui a consacré sa vie à l\u2019étude de la mémoire et de ses méfaits.Les criminels dont on étudie la pathologie ont presque toujours des souvenirs étonnamment précis du déroulement de leur existence, d\u2019événements récents ou anciens qui les ont directement ou indirectement affectés.Une personne normale oublie habituellement quantité de faits, de noms, les visages s\u2019effacent peu à peu de sa mémoire visuelle : un tri bienfaisant se fait dans son esprit, et contribue à assurer son équilibre mental.L\u2019individu normal, qui présente un taux de souvenirs et d\u2019oublis harmonieux, n\u2019est jamais un anxieux.L\u2019être « qui se rappelle \"tout\u201d, au contraire, est un candidat tout désigné pour les hallucinations, les crises d\u2019angoisse, les névroses, les refoulements.Alaska \u2022 Les Américains lancent un «Grand Irek » vers l\u2019Alaska Pour mettre en valeur leur 49e Etat, les Américains lancent la croisière de vacances en Alaska à grands renforts d\u2019avis médicaux vantant les bienfaits des « solitudes du Nord » et de la détente qu\u2019elles engendrent.Résultat : la compagnie aérienne Wien Alaska ne prend plus de réservation jusqu\u2019en septembre.Les billets déjà vendus lui ont rapporté 1(10,000 dollars.Le trafic des voyageurs a augmenté de 15% entre l\u2019Alaska et Seattle \u2014- la ville américaine la plus proche \u2014 dans les trois premiers mois de 1959.Les deux palaces d\u2019Anchorage, la capitale, n\u2019ont plus une chambre libre avant le 1er octobre et plusieurs autres font construire des annexes en toute hâte.3,149 voitures ont .franchi la frontière du nouvel Etat contre 2,433 l\u2019année dernière.Certains visiteurs ont des émigrants : un groupe de 37 pionniers de Détroit a entrepris fin mars un nouveau « grand trek » en direction de l\u2019Alaska, à travers la toundra canadienne.Mal guidés, atteints de dépression nerveuse en cours de route, les voyageurs sont enfin arrivés après s\u2019être égarés trois fois.La réception enthousiaste qui les attendait à Anchorage leur a fait oublier rapidement les malheurs du voyage.Un autre contingent démigrants, du Michigan, ceux-là, vont bientôt les rejoindre : 550 hommes, femmes et enfants qui ont payé 25 dollars par personne pour faire partie dune caravane de 100 voitures, qui partira fin mai pour le « nouveau paradis » des Etats-Unis.\u2022 La guerre du saumon \u2014 traqué par les japonais et les Russes - éclate dans les eaux de l\u2019Alaska Après la « guerre du hareng », qui a envenimé cet hiver les relations anglo-islandaises, voici la « guerre du saumon », au moins aussi grave.Décor : les eaux de l\u2019Alaska, « pillées », selon les plaignants, par les Japonais et les Russes.Le problème, à la fois économique et juridique, est d\u2019autant plus inquiétant que le 49e Etat américain tire de ses grandes pêcheries de saumon 41% de ses revenus annuels, soit près de 105 millions.Et ils ne sont pas les seuls Américains atteints.Les pêcheurs de Seattle (Etat de Washington), grands spécialistes de la pêche et de la conserve du saumon, crient également à la ruine.i&gi m .» En vingt-trois ans, le « troupeau de saumons » de l\u2019Alaska est tombé de 8,500,000 à 3 millions.Perspective pour 1959 : 1,800,000 soit le chiffre le plus bas depuis 1910.Les premiers coupables, ils le reconnaissent eux-mêmes, sont les pêcheurs américains qui ont commis, au cours des années passées, de multiples excès : pêche en période de frai, pièges illégaux dans les embouchures des rivières, écumage systématique des zones saumonneuses du Pacifique, etc.Aussi le gouvernement américain a-t-il imposé aux pêcheurs une limite réduite à trois milles de profondeur au-delà de laquelle toute capture de saumon est interdite.Et, depuis six mois, tendre des filets dans les estuaires tombe sous le coup de la loi.Mais ce contrôle, auquel les pêcheurs américains se soumettent bon gré mal gré ne peut s\u2019exercer sur les flottilles des autres pays.Les Japonais notamment, privés par les Russes de leurs zones de pêche au nord-ouest du Pacifique, envoient leurs chalutiers intercepter les saumons remontant vers l\u2019Alaska.On compte par millions ceux qu\u2019ils prennent ainsi chaque année.Les grands des Etats-Unis ont chacun leur prière personnelle à Dieu Le chroniqueur américain Jim Bishop vient de rassembler les prières personnelles qu aiment à adresser au Tout-Puissant quelques célébrités de son pays.L idée de former ce pieux bouquet lui a été suggérée par la mort de sa femme : Mme Bishop a succombé à une péritonite alors que son mari revenait d Europe, il y a deux ans; et ce drame s\u2019est transformé en un livre de haute élévation morale, qui s\u2019intitulera Allez avec Dieu.Voici la prière quotidienne du Président Eisenhower (lequel, on s\u2019en souvient, se fit baptiser en entrant à la Maison-Blanche) : « Nous prions pour que nous soit donné le pouvoir de distinguer le Bien du Mal, pour que nos paroles et nos actes soient gouvernés par les lois de ce pays.Nous prions tout spécialement afin que tous puissent travailler pour le bien de notre pays bien-aimé et pour Ta Gloire, Seigneur.Amen » Donnez-lui l'humilité .Beaucoup plus longue, la prière de Mac Arthur s\u2019intitule : Prière d\u2019un père : « Formez pour moi un fils, 6 Seigneur, qui sera assez fort pour connaître ses faiblesses, et assez brave pour n\u2019avoir pas honte d\u2019avoir peur.Un fils qui restera fier et ne courbera pas le dos dans la défaite, et qui sera humble et bon dans la victoire .Ne le menez pas, je vous eu supplie, par des chemins aisés et confortables, mais à travers le fardeau des difficultés et des rivalités .Que son coeur soit limpide, et son ambition haute.Un fils qui se domine lui-même avant d'essayer de dominer les autres, qui apprendra à rire sans jamais oublier comment on pleure .qui ne se prendra jamais trop au sérieux.Donnez-lui l\u2019humilité .Alors, moi, son père, j\u2019oserai dire tout bas: «Je n\u2019ai pas vécu en vain».Ceci! B.de Mille recourait fréquemment à Dieu, paraît-il, pendant qu\u2019il réalisait ses fresques cinématographiques : «Seigneur, apprenez-moi à prier.Pas seulement pour moi, mais pour tous ceux qui ont besoin de vous.Pas seulement avec mes lèvres, mais avec Votre Esprit en moi ; ne i e cher chant pas seulement vos bienfaits, mais Vous par-dessus tout.Non ma volonté, mais la Vôtre.Non ma course fiévreuse après les biens de ce monde, mais Vôtre Grâce .Et quand même je vous oublie, ne n\u2019oubliez pas.» SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - Le Samedi, Montréal, 18 juillet 195!) 5 SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - \u2014\u2014________________-_____\u2014 - \u2014_ ¦\t.I Dans la baie de Bristol, en 1957, 20% des saumons arrivant pour la ponte portaient des cicatrices, souvenirs des blessures reçues en franchissant à grand-peine la barrière serrée des filets japonais.Conséquences : une véritable « tuerie » de saumons trop jeunes et la violation du traité de 1953, qui interdisait aux pêcheurs nippons de prendre des saumons originaires de l\u2019Alaska.Une i évision du traité est actuellement à l\u2019étude à Tokyo et à Washington.Les arrangements avec les patrons de pêche soviétiques s\u2019annoncent plus difficiles.Tout récemment, une escadrille d\u2019avions dépendant de la U.S.Navy a monté la garde le long de la côte du Pacifique, de Seattle au nord de l\u2019Alaska.64 bateaux de pêche russes croisaient au large des îles Pri-bilof, territoire américain.Explication du commandant russe : « Nous faisons des recherches sur la migration des poissons.» Mais, en Alaska, on demeure persuadé qu\u2019ils attendaient les gros bancs de saumons arrivant au printemps pour la ponte, et qu\u2019ils comptaient les pêcher avant qu\u2019ils n\u2019atteignent l\u2019embouchure des rivières américaines.\u2022 Les Américains vont présenter aux Russes leurs réfrigérateurs et leurs cow-boys Le voyage de M.Mikoyan aux Etats-Unis a provoqué en U.R.S.S.un regain de curiosité pour tout ce qui est américain.A vrai dire il y a beau temps que le public soviétique \u2014 et même les milieux officiels \u2014 souffrent d\u2019un curieux complexe à l\u2019égard des Etats-Unis : une pointe d\u2019admiration, quelque jalousie et Tardent désir de faire mieux tout en les imitant.Dans la lutte pour la conquête de l\u2019espace, les Russes ont pris l\u2019avantage, mais ce succès ne leur épargne pas les péchés d\u2019envie à l\u2019égard des réfrigérateurs, des machines à laver et des postes de télévision « made in U.S.A.».Les carrosseries des automobiles russes s\u2019inspirent des grandes marques américaines et le hula-hoop commence à faii'e des ravages.Aussi a-t-on appris avec satisfaction qu\u2019une grande exposition américaine allait se tenir à Moscou cet été.On y verra un « supermarket » et un « drugstore », qui furent les deux grandes admirations de M.Mikoyan pendant son séjour aux Etats-Unis.Les organisateurs reconstitueront le cadre dans lequel vit l\u2019Américain moyen : maison, jardin, garage, tous munis des derniers « gadgets ».Enfin les Russes se préparent aussi à accueillir une grande revue de Broadway, l\u2019Orchestre Philharmonique de Philadelphie, la chanteuse noire Marian Anderson et même une troupe de cow-boys dans son spectacle de rodéo.Une tombola quotidienne permettra de gagner voitures américaines, réfrigérateurs et postes de télévision.\u2022 Les Américains comptent sur leur cuisine-miracle pour séduire les Russes «Je n\u2019ai jamais trouvé gens plus coopératifs que les Russes», s\u2019écrie un ingénieur américain, tandis que son collègue soviétique s\u2019exclame :\t« Ces Américains sont O.K.».C'est à Moscou que règne actuellement cette atmosphère de bonne entente internationale.Au parc Sokol-niki, dix-neuf Américains et vingt Russes préparent l'Exposition américaine à Moscou, qui ouvrira ses portes le 25 juillet.Ils ne tarissent pas d\u2019éloges les uns sur les autres, et proclament : « Notre travail est le plus bel exemple de coexistence pacifique depuis la seconde guerre mondiale.» Jack Parris, de Fort Worth (Texas) dirige les travaux du côté américain.Il parle un américain lent, marqué de l\u2019accent texan.Son collègue soviétique Viktor Abramov, parle le rapide russe moscovite.Mais les deux hommes se comprennent fort bien lorsqu\u2019il s\u2019agit de l\u2019obscur jargon technique de leur profession.La tâche la plus difficile a été le montage de l\u2019immense coupole d\u2019aluminium, de 180 pieds de diamètre, qui sera le hall principal de l\u2019exposition.Ce dôme est fait de 1,125 pièces, qui exigent un processus compliqué (et inconnu jusqu\u2019à présent des Russes) de préparation et d\u2019assemblage.A l\u2019émerveillement des Américains, les Russes n\u2019ont gâché qu\u2019une seule pièce.Cette réalisation a été l\u2019objet d\u2019interminables discussions techniques, au petit restaurant du Parc où Russes et Américains mangent à la même table.L\u2019Exposition aura pour but de montrer aux Russes comment vivent les habitants des Etats-Unis.Trois millions de visiteurs sont prévus.Ils verront, entre autres, la fameuse cuisine-miracle, avec robot-nettoyeur, écran de télévision pour surveiller la nursery et la salle de jeux, tableau de bord, commandant l\u2019ouverture et la fermeture des tiroirs, l\u2019inventaire des provisions, la préparation des aliments, etc.90,000 pieds carrés Mais ils verront aussi la cuisine américaine moderne, entièrement équipée à l\u2019électricité, munie seulement des appareils dont se sert la maîtresse de maison moyenne.Pour achever de mettre les Moscovites dans l\u2019ambiance américaine, les snack-bars dispersés sur les 90,000 pieds carrés de l\u2019exposition serviront boissons rafraîchissantes et spécialités « made in U.S.A.».Un cinérama servira au divertissement des visiteurs.De son côté, l\u2019Union Soviétique prépare une exposition à New-York.Elle occupera deux étages du Coliséum.L\u2019U.R.S.S.y montrera ses réalisations techniques, mais expliquera aussi son système d\u2019éducation et ses services sociaux et sanitaires.Des oeuvres ré- centes des artistes soviétiques figureront également au programme.PapcuaMe \u2022 I.c policier à la broche En Papouasie, à travers le « territoire de tigres », onze hommes recherchent une bande de cannibales qui le mois dernier ont fait leur régal d\u2019un policier.Ces hommes, sous la conduite d\u2019un fonctionnaire australien, ont la rude obligation de remettre les cannibales à la justice.En effet, un village entier a été dépeuplé, ses habitants ayant fui les anthropophages mis en appétit.Réfugiés dans le camp de la Compagnie de pétroles australiens, à Bwata, ils n\u2019osent plus réintégrer leur village, de peur d\u2019être dévorés par leurs ennemis jurés, les féroces Maturari.Le « territoire des tigres » ne peut être joint que par le fleuve et par des hélicoptères.Il y a trois ans, une expédition punitive du même genre avait fait découvrir les broches utilisées pâlies cannibales pour faire rôtir les coeurs, les bras et les cuisses de leurs malheureuses victimes.On trouva sur i m -1 les lieux les restes d\u2019une douzaine de personnes assassinées et consommées.\u2014 Le fait qu\u2019ils aient mangé un policier est très grave pour nous, a dit un haut fonctionnaire local.Jusqu\u2019à présent, l\u2019uniforme était toujours respecté au point qu\u2019à l\u2019arrivée de ce policier la population s\u2019est crue protégée, et a obéi à son conseil d\u2019enterrer les couteaux et les arcs, pour éviter une bataille.Quand les cannibales ont attaqué, les villageois n\u2019étaient donc pas préparés à combattre.Depuis que le policier a été mangé, ils ont perdu confiance dans le gouvernement.Angleterre O Le dernier snobisme des salons anglais : « Buvez du vin dans des verres de « bistrot » Révolution dans les salons anglais : les grands verres a whisky, réservés aux « long-drinks » et les petits verres à cocktails, qui assuraient, par tradition les succès des réceptions de 5 à 7, des lunchs de mariage et des apéritifs, sont de plus en plus remplacés, en Angleterre .par des verres à vin.Le whisky, le gin, l\u2019orangeade et les breuvages savants mixés dans un shaker, avec lesquels les Britanniques essayaient de s\u2019égayer à longueur de soirée, sont en passe d\u2019être détrônés par le vin.Un vin bien frais, et ce qui anime le plus sûrement une « party », assurent les hôtesses anglaises.Celles qui offrent un repas arrosé de bourgogne ou de bordeaux rouge servent même un vin rouge plus léger avant de passer à table.Enfin, certaines firmes de Londres ont suivi le mouvement : pour les diverses célébrations à l'intention du personnel ou en l'honneur d\u2019hôtes étrangers, le bon ton veut que Ton serve du vin ou du champagne.Conséquence : les importations de vins sont en hausse constante depuis trois mois.Les pages féminines des journaux anglais incorporent maintenant à leurs rubriques habituelles une « chronique de vins » hebdomadaire.«Une boisson élégante et saine» Le triomphateur : M.Ralph Boursof, un des principaux importateurs de vins et spiritueux de Londres, dont le chiffre d'affaires a augmenté de 60% grâce à cette nouvelle mode : « Depuis des années, dit-il, je répète à mes clients : Buvez du vin, c\u2019est la boisson la plus élégante et la plus saine.J\u2019ai été enfin entendu.» Du coup, les fabriques britanniques poussent maintenant la fabrication des verres à vin.Un fabricant de Manchester a eu l'idée de copier les verres assez épais, à pied, coniques, qui sont souvent utilisés en France dans les cafés de campagne.Il a des commandes pour les trois mois à venir : il avait fait sa publicité en disant : « Dégustez votre vin dans un verre de bistrot ».\u2022 Les laboratoires dépeuplent l\u2019Angleterre de ses chats « Ne laissez pas votre chat sortir seul la nuit.» C\u2019est le dernier règlement de la police anglaise.Les voleurs de chats, qui sévissent actuellement dans la région de Londres et de Manchester, vont jusqu\u2019à dérober vingt chats par nuit.Ils opèrent en camionnette : deux hommes, une jeune fille, chargée de présenter l'appât à l\u2019animal et de l\u2019attirer par des paroles tendres.Tandis que l\u2019animal déguste la viande offerte, une main experte le pousse dans un sac.Aussitôt le sac est engouffré dans le véhicule.Il est extrêmement difficile de dépister ces voleurs, qui ne reviennent jamais sur le lieu de leur crime et n\u2019opèrent pas deux fois dans le même quartier.Les animaux capturés sont vendus à des fourreurs et à des laboratoires de recherches médicales, qui les achètent de 3 à 5 dollars.SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - 6 Le Samedi, Montréal, 18 juillet 1959 + SAMEDI-EXPRESS + SAMEDI-EXPRESS + SAMEDI-EXPRESS + SAMEDI-EXPRESS + Les ligues anglaises pour la protection et la sauvegarde des animaux se sont bien entendu bruyamment indignés, multipliant les démarches auprès de la police, qui est sur les dents.\u2022 La médecine anglaise : Seul le mégot est nocif < Pour fumer sans danger, munissez-vous d\u2019une aiguille et pratiquez deux trous dans votre cigarette, à un centimètre environ de vos lèvres ».Tel est le conseil qu'un médecin anglais, le docteur C.N.Smyth, donne à ses compatriotes dans le «British Medical Journal ».« Le goudron et la nicotine, explique le docteur Smyth, ne pénètrent dans l\u2019organisme qu'une fois fortement échauffés.Ce qui ne se produit que lorsque le fumeur en est arrivé au dernier tiers de sa cigarette.En outre, le tabac joue lui-même un rôle de filtre, et lu plus grande partie de la nicotine et du goudron s\u2019amassent dans ce dernier tiers.C\u2019est donc ce \"mégot\u201d qu\u2019il convient de neutraliser.Pour cela, le moyen le plus simple est de le refroidir : deux trous d\u2019aiguille suffisent pour diminuer de 60% la quantité de produits nocifs inhalés par le fumeur ».Trois cents infirmières et étudiants en médecine anglais ont servi de cobayes au docteur Smyth : ils ont fumé, à eux tous, 2,000 cigarettes.Le résultat a été concluant dans tous les cas.Pleins de bonne volonté, les étudiants se sont offerts pour calculer le temps nécessaire à percer de deux trous chaque cigarette d\u2019un paquet de vingt : il leur a fallu en moyenne trois minutes.CtaU-KhU \u2022 Scandale dans les universités américaines: pour obtenir une bourse.il faut « vendre son âme » à l\u2019Etat.Un vent de révolte souffle sur les universités et écoles américaines.A cause de ce petit paragraphe inscrit à la fin du « National Education Act », dont le budget a été porté à 887 millions de dollars.« Pour obtenir des prêts et des bourses, chaque étudiant devra à l\u2019avenir : prêter un serment de fidélité aux Etats-Unis ; jurer sur la Bible qu\u2019il ne croit pas à des doctrices destinées à abattre par la force ou la violence ou par des méthodes illégales ou inconstitutionnelles le gouvernement des Etats-Unis et qu\u2019il ne fait partie d\u2019aucune organisation hostile, qu\u2019il n\u2019enseigne pas de telles doctrines, et ne soutient pas de telles organisations.La grande querelle de la ségrégation à peine étouffée, le maccarthysme montre à nouveau le bout de l\u2019oreille.Résultat : depuis quinze jours six écoles ont déjà fait savoir qu\u2019elles refuseraient prêts et bourses accordés sous ces conditions.Ce sont Bryn Mawr, Haverford, Antioch, Princeton, Swarth-more et Reed.D\u2019autres écoles, en mal d\u2019argent ont dû accepter les prêts, mais ont multiplié les protestations contre ce serment obligatoire.Un ridicule piège à souris A Harvard et à Yale, les deux nobles écoles des Etats-Unis, la colère gronde.Le professeur Pusey, de Harvard, a soutenu le point de vue des protestataires en écrivant de sa main au secrétaire à l\u2019Education Flemming : « A nos yeux de telles mesures sont les symboles les plus odieux de la tyrannie et la pire menace qu\u2019on puisse proférer contre la culture.La croyance de chaque homme ne peut être ni contrainte ni réprouvée.» Les étudiants de l\u2019Université du Wisconsin et ceux du collège Emory, à Atlanta (Géorgie), dès qu'ils ont eu connaissance de cette nouvelle ont organisé des manifestations sur le « campus » et dans les rues, avec défilés et débats publics pour exprimer ouvertement leur hostilité.Elèves et maîtres ne comprennent pas pourquoi les milieux scolaires et universitaires sont « les plus suspects au gouvernement que d\u2019autres groupements professionnels américains ».« Les fermiers reçoivent du gouvernement six milliards de dollars par an sans prêter pour autant serment de loyalisme », a fait remarquer avec amertume le président du collège Carleton ; et son collègue de Swarthmore a écrit sèchement à Washington : « Tout cela est idiot ; il faut être vraiment dénué de tout sens commun pour exiger un tel serment d\u2019un gamin de 17 ans.» Le sénateur républicain Karl Mundt, du Dakota-Sud, qui a pris l\u2019initiative de cette décision, est très étonné de ces réactions : « Il semble absurde à moi d\u2019octroyer des prêts et des bourses à des saboteurs ou à des jeunes communistes.Si de tels candidats prêtent serment, on pourra en tout cas, une fois les preuves de leur appartenance idéologique en main, les inculper pour parjure et rupture de contrat.» Au Congrès, la « querelle des serments » bat son plein : trois motions ont été déposées pour demander leur abolition.Cinéma \u2022 Les caprices d\u2019Ava L\u2019Australie n\u2019a pas réussi à Ava Gardner, et celle-ci ne songe plus qu\u2019à son prochain séjour à Rome.A Melbourne, où elle termine le film « Sur la plage », les incidents se sont succédés.Dès le premier jour, elle jetait une bouteille de champagne à la tête d\u2019un photographe qui l\u2019avait surprise en compagnie du champion de tennis Tony Trabert (le lendemain Ava affirmait que l'on avait été trompé par sa ressemblance avec la femme du tennisman) ; la foule manquait d\u2019étouffer à son hôtel ; un cheval emballé pénétrait dans un local où elle se trouvait en compagnie de Walter Chiari.Celui-ci étant reparti à Rome, où il sort un peu trop souvent avec Anita Ekberg, Ava se montre d\u2019une humeur exécrable.Se faisant suivre désormais FF.I partout par deux agents de la police australienne, vêtue de pantalons et de vestes de coupe masculine, montrant sa hargne à ses admirateurs sous un voile de tulle appliqué à un casque colonial, elle ressemble plus à la Greta Garbo d\u2019aujourd\u2019hui qu\u2019à l\u2019Ava Gardner d\u2019hier.La chaleur torride, les fatigantes prises de vues sur la mer l\u2019ont rendue si nerveuse que personne n\u2019échappe à ses continuelles colères.Plus d\u2019une fois, le metteur en scène Stanley Kramer a dû intervenir pour empêcher un pugilat entre Ava et son partenaire Tony Perkins, un natif des Etats du Sud, comme elle, et comme elle un monstre sacré imbu de lui-même.% Kim et son «comte» Au fond, Kim Novak est une jeune femme qui tient à ses habitudes.Chaque fois qu\u2019elle revient aux Etats-Unis, elle retrouve avec tendresse son plus ancien amour, l\u2019industriel Mac Krim, d\u2019ailleurs pour se lasser assez vite.Revenue pour la troisième fois à Rome, elle y a aussitôt retrouvé son bel amour romain : Mario Bandini, qu\u2019elle a renoncé à faire passer pour un comte.Elle est arrivée à point pour empêcher que ne se renoue une autre vieille idylle : Mario Bandini et Anita Ekberg.Cette fois, on se demande si tout cela ne mènera pas à un mariage, car dans ses sorties avec l\u2019ingénieur italien, Kim Novak est rarement seule, mais accompagnée de papa et maman.Or elle a toujours affirmé qu'elle n\u2019épouserait jamais un homme qui ne plairait pas à ses parents.Elle leur avait présenté Mac Krim, qui n\u2019avait pas eu l\u2019heur de plaire à maman Novak.En outre, Kim ne s\u2019habille plus que comme une jeune fille sortant à peine de pension : flanelles à garnitures blanches, soies pastel à cols d\u2019organdi.Dans son grand sac de touriste, un livre de messe et le chapelet qu\u2019elle portera au pape pour qu\u2019il les bénisse.Toutefois, les mauvaises langues romaines affirment que si Mario Bandini prise fort les idylles avec les actrices blondes et célèbres, qui lui ont déjà fait rompre ses fiançailles avec une jeune fille de l\u2019aristocratie française, il a toujours déclaré qu\u2019il n\u2019épouserait qu\u2019une héritière du meilleur monde, totalement éloignée des milieux du cinéma.9 Lollo à la Yul Le cinéma a décidément de drôles d\u2019exigences.Gina Lollobrigida nous apparaîtra bientôt aussi chauve que Yul Brynner, pour tourner le rôle d\u2019une femme rasée par les patriotes yougoslaves pendant la guerre, à cause de ses faveurs octroyées à l\u2019occupant.Cette femme ne retrouvera sa féminité qu\u2019à mesure que repousseront ses cheveux.Gina a montré ses photos « en chauve » à son fils Milko junior.\u2014 Il s\u2019est reconnu, dit-elle.Dans quelques semaines, Gina commencera à tourner son premier film à Hollywood, où elle aura l\u2019occasion de rencontrer sa grande rivale Sophia Loren.Dès son film en Yougoslavie terminé, elle repartira sans doute aux Etats-Unis.Il ne saurait donc être question de raser vraiment sa jolie tête, mais de porter, comme les clowns un faux crâne de carton.La comparaison avec Yul Brynner sera d\u2019autant plus piquante que ce dernier sera encore son partenaire dans ce film, bien que les deux acteurs ne se soient pas manifesté une amitié débordante pendant le tournage du « Roi Salomon ».C\u2019est donc avec tous ses cheveux que Gina part à Hollywood, où elle affrontera ceux qui ne l\u2019ont pas vue tourner il y a huit ans, quand le pro- y ducteur Howard Hughes, pour se venger de n\u2019avoir pu séduire Lollo, se servit de son contrat pour ne pas la faire tourner.Certains affirment même qu\u2019une nouvelle bataille Gina Lollobrigida - Howard Hughes se prépare.+ SAMEDI-EXPRESS + SAMEDI-EXPRESS + SAMEDI-EXPRESS + SAMEDI-EXPRESS + Le Samedi, Montréal, 18 juillet 1951) 7 LES BELLES REGIONS DU QUEBEC rOutaouais Cette région, à laquelle reste attaché le nom du curé Labelle, était vaguement connue, jusqu\u2019à la fin du siècle dernier, sous le nom de « Pays d'en Haut ».Les Pères Oblats ont fondé Ville-Marie, sur les bords du lac Témiscamingue et ont grandement contribué au développement des principaux centres de cette vaste région.Enfin, la construction du Transcontinental ouvrit à la colonisation une région aujourd\u2019hui prospère : l\u2019Abitibi.Par lui-même et par ses affluents, l\u2019Outaouais arrose une région deux fois plus étendue que la Nouvelle-Ecosse.Cette région se subdivise en douze comtés dont les noms familiers suffisent à évoquer d'aimables paysages : Pontiac, Hull, Labelle, Deux-Montagnes, Terrebonne, etc.La rivière Outaouais prend sa source dans la partie nord du comté de Montcalm et se jette dans le fleuve St-Laurent non loin de l\u2019Ile de Montréal.Son parcours, de quelque 800 milles, est extrêmement pittoresque et le touriste peut s\u2019arrêter sur les bords du lac Témiscamingue, dans les charmantes îles au Calumet et aux Allumettes, ainsi qu\u2019aux chutes de la Chaudière, près de Hull, et aux rapides du Long-Sault.Enfin, n\u2019oublions pas que l\u2019Outa-ouais comprend la belle région des Laurentides dont la réputation touristique n'est plus à faire.le Richelieu La plaine du Richelieu, coupée ça et là par quelques monts isolés qui rompent la monotonie du paysage, est une des régions les plus belles et les plus fertiles de la province de Québec.La rivière Richelieu, magnifique cours d\u2019eau d\u2019environ 90 milles de longueur, a un volume d\u2019eau considérable grâce au lac Champlain qui recueille les eaux des montagnes du Vermont.Il est naviguable sur tout son parcours depuis la construction d\u2019un canal permettant de contourner les rapides entre Saint-Jean et Chambly, ainsi que ceux de Saint-Ours.Le Richelieu et les routes qui en longent le cours sont les voies les plus directes entre la région Montréal-Sorel et la ville de New-York.La vallée du Richelieu a été surnommée à juste titre le « jardin de la Province de Québec» à cause de Vliannonie des paysages et de l\u2019opulence des terres en cultures.On trouve en effet, dans cette partie du Québc qui jouit à longueur d'année d\u2019un climat relativement favorable, tous les produits agricoles du Canada.L\u2019industrie laitière y est particulièrement florissante et quelques-unes des plus belles fermes de la province se trouvent dans la vallée du Richelieu.De Montréal, l\u2019automobiliste peut emprunter, jusqu\u2019à l\u2019extrémité nord du lac Champlain, la route No 9.C'est la phis directe, la plus agréable aussi mais elle a le désavantage de passer à l\u2019extérieur de plusieurs petits villages typiques qui méritent que l\u2019on s\u2019y arrête.L'Auberge du Mont Albert sur la route transgaspésienne.Le village de Percé et son fameux inoubliable rocher.L'ancienne chapelle de Pierre Chauvin, à Tadoussac jsnfBMlMHiSS ' Ul ~L_ T*?V T\t\u2022 ¦ ¦¦ ¦-?vv, Saguenay \u2014 Lac St-Jean Le Royaume du Saguenay-Lac St-Jean, aussi vaste que la province de l\u2019Ile-du-Prince-Edouard, constitue une unité importante de la province.Il a son histoire écrite, ses organisations régionales puissantes, des industries prospères, une agriculture florissante.A Chicoutimi, qui mérite le titre de « métropole du Lac St-Jean, » le Syndicat d\u2019initiatives Touristiques Saguenay-Lac St-Jean fournit gracieusement aux visiteurs tous les renseignements qu\u2019ils peuvent désirer.La rivière Saguenay est navigable jusqu\u2019à Chicoutimi.Elle est large, rapide, et ses rives vertigineuses lui confèrent un cachet de sauvage grandeur.L\u2019eau de la rivière est salée et l\u2019influence de la marée se fait sentir jusqu\u2019aux environs de Chicoutimi.De Québec, on peut rayonner en maintes directions.L\u2019un des plus beaux voyages est celui qui s\u2019effectue par bateau, le long de la rive nord du St-Laurent jusqu\u2019à Tadoussac et, de là, sur l\u2019incomparable rivière Saguenay jusqu\u2019à la Baie des Ha ! Ha ! A cet endroit, si vous êtes en voiture, vous pouvez prendre la route No 16 et continuer vers Chicoutimi et le Lac St-Jean.Cette croisière au Saguenay, d\u2019une durée de deux ou trois jours, avec départ de Montréal ou de Québec, se fait sur les luxueux paquebots de la Canada Steamship Lines.Les navires font escale à la Malbaie, à Saint-Siméon, Tadoussac et Bagotville.Une voie ferrée, propriété du Réseau National du Canada, avec départ de Montréal ou de Québec, conduit à Chambord où elle se divise, une section continuant en direction de Chicoutimi tandis que l\u2019autre bifurque en direction de Dolbeau.Enfin, l\u2019excellent boulevard Talbot, longeant le Parc National des Laurentides, conduit directement l\u2019automobiliste au royaume du Saguenay qui possède, entre autres choses, des hôtels et des restaurants d une tenue irréprochable. 0 Le Samedi, Montréal, 18 juillet 1959 VACANCES CANADIENNES le Bas du Fleuve sons de pierres ou de bois, ses gracieuses églises.D'excellents hôtels sont à la disposition de voyageurs, tout au long de la route longeant le St-Laurent.En chemin, le touriste peut visiter le centre d'artisanat rural qu'est St-Jean-Port-Joli, l'école d'agriculture de Ste-Anne-de-la-Pocatière, le charmant village de Rivière Ouelle, dont la fondation remonte à 1685 et, plus loin sur la route, Kamouraska et son chapelet d'îles se détachant sur l'immensité du fleuve, Notre-Dame-du-Portage, Rivière-du-Loup, et bien d'autres centres jusqu à Ste-Luce-sur-Mer qui annonce l'entrée dans la région gaspésienne.Sous les remparts de Québec, vous prenez le traverser de Levis.Vous tournez vers le nord, puis vers l'est, et la route No 2 vous emporte vers cette région pittoresque, balayée par la brise marine, que l'on nomme le Bas du Pleuve ou le Bas St-Laurent et dont les villes aux noms sonores jalonnent l'étendue : Berthier, Montmagny, Trois-Saunions, St-Jean-Port-Joli, Trois-Pistoles, l'Isle Verte, etc.A l'otre gauche, le fleuve, Québec, la verdoyante lie d Orleans et, dans le lointain, la chaîne des Laurentides.Toute la region est typiquement française arec ses mai- la Gaspésie Il est toujours très délicat de vanter les charmes de la Gaspésie, la plus pittoresque région du Canada français, après toute la publicité bienveillante et les innombrables éloges qui ont été faits sur cette presqu\u2019île dont les panoramas, comme les habitants, ont été pétris par la mer.Est-il besoin de préciser que le visiteur trouvera charmante 1 hospitalité si chaleureuse des Gaspésiens, et très confortables les hôtelleries et les motels bordant la mer où il fait bon se reposer.Le touriste, s il aime la pêche au saumon ou à la truite, trouvera là de quoi se satisfaire.Si la fantaisie lui prend d accompagner les pêcheurs en mer, il n\u2019éprouvera guère de difficulté à prendre place à bord d\u2019une bonne barque de l\u2019Anse-au-Gascon, Port-Daniel, Paspébiac ou Percé.L amateur de natation, de tennis, de golf peut aussi profiter d excellentes possibilités dans les principaux centres de la Gaspésie fort bien aménagée pour accueillir le visiteur le plus exigeant.Somme toute, une région à ne pas manquer, où, entre autres choses, le prix des hôtels et des restaurants n\u2019est pas exagéré, et où la cuisine est excellente.La promenade au-dessus des chutes constitue toujours !a grande attraction de Niagara-Falls.!?.ip i \u2019CT* LE \"TRIANGLE D'OR\" ONTARIEN La province d Ontario, notre plus proche voisine, est une contrée beaucoup trop vaste pour qu\u2019il soit possible, à un touriste ordinaire disposant d une quinzaine de jours de vacances, d\u2019en explorer avec profit les multiples aspects.Par contre, il est facile de visiter rapidement l\u2019une des plus riches regions de 1 Ontario, celle que les Ontariens eux-mêmes ont surnommée le « triangle d or », non pas à cause de l\u2019extrême richesse des paysages ou des campagnes, mais plutôt parce que cette région est, du point de vue économique, particulièrement prometteuse.Occasionnellement, une randonnée à travers le Triangle d Or peut être agréablement complétée par un voyaqe-eclair jusqu\u2019à la péninsule Niagara, en longeant les rives, extrêmement pittoresques et grandioses, de l\u2019immense Lac Ontario.Le « triangle d'or » est une région que l'on peut délimiter géographiquement en tirant une ligne depuis Ottawa jusqu'à Kingston.On obtient ainsi une sorte de vaste région triangulaire qui, depuis la limite du Québec et de l'Ontario, englobe toute la vallée du fleuve St-Laurent et la charmante zone des Mille Iles jusqu à Kingston et 1 île Amherst.Cette région, visitée jadis par les premiers explorateurs français, est le berceau même de l'Ontario et c'est là que débutèrent, autour de 1850, les premiers développements économiques de quelque importance.Aujourd'hui, c'est encore cette partie fortement industrialisée de la province qui bénéficiera le plus des formidables avantages apportés par la création de la voie maritime du St-Laurent.Pour 1 amateur de techniques nouvelles et d'entreprises spectaculaires, le cours du fleuve St-Laurent jusqu'à la section canadienne des Mille Iles et la visite des installations de la voie maritime peuvent constituer un excellent but de randonnée touristique, tandis que le cours inférieur de la rivière Ottawa comblera d aise le visiteur épris de paysages champêtres et de beaux horizons.Plusieurs grandes centrales électriques ont été aménagées sur le parcours de la grande rivière mais, malgré tout, elle a conservé d'impressionnants panoramas. Le Samedi, Montréal, IS juillet 11)59 9 VACANCES CANADIENNES A l'occasion de la grande visite de la reine Elisabeth qui, durant un mois complet, du 26 juin au 27 juillet, parcourera toutes les régions de la province d'Ontario, beaucoup de villes telles qu'Ottawa, Kingston, Cornwall, Brockville, etc.\u2014 ces dernières situées dans le « triangle d'or » \u2014 ont mis au point un programme de fêtes et de cérémonies estivales fort élaboré.Concerts en plein air, théâtre de verdure, courses de voiliers sur le Lac Ontario, tournois de golf, de tennis, concours de pêche et courses de chevaux, rien n'a été négligé pour donner à ces quelques semaines au cours desquelles se déroulera la visite royale, une atmosphère de gaîté permanente.Ce « triangle d'or » ontarien possède quelques-uns des meilleurs hôtels et restaurants de la province.De plus, les motels, en Ontario, sont généralement d'un prix raisonnable pour l'excellent confort qu'ils procurent.Tout au long des quelques 150 milles de grève bordant le fleuve St-Laurent et le Lac Ontario, des parcs, des sites historiques et d'innombrables occasions de croisières nautiques agrémentent le passage des visiteurs.Petit détail pittoresque pour les voyageurs québécois qui ne se sont pas encore hasardés en Ontario : il existe dans une quinzaine de villes, et notamment à Cornwall, d'agréables centres d'accueil dont la tâche est de renseigner et surtout de recevoir avec amabilité les touristes.A Cornwall, par exemple, vous êtes accueillis par une charmante hôtesse portant une tunique rouge \u2014 non, elles ne font pas partie de la Police Montée ! \u2014 qui vous offre avec le sourire la tasse de thé de l'amitié.Cette gentillesse met le visiteur le plus sévère dans les meilleures dispositions du monde à l'endroit de la région qu'il se propose de parcourir.PAR LES ROUTES DU NOUVEAU-BRUNSWICK Plage non loin de Cocagne, au Nouveau-Brunswick, face au détroit de Northumberland.Le Nouveau-Brunswick est l\u2019une de nos plus petites provinces canadiennes, mais non pas la moins aimable.Elle nous est peut-être d\u2019autant plus chère que près de la moitié des gens qui y vivent actuellement parlent plus ou moins le français.Le Nouveau-Brunswick n\u2019est-il pas, après tout, l\u2019une des premières régions de la Nouvelle-France où Champlain posa le pied ?Ainsi, dans des villes comme Edmundston, St-Joseph, St-Basil, St-André-sur-Mer, et bien d\u2019autres, les gens de langue française atteignent près de 80% de la population totale.La route du littoral, pour le voyageur, est de beaucoup la plus séduisante.Au sortir de la vallée de la Mata-pédia, l\u2019automobiliste peut emprunter la route No 11 qui longe la mer jusqu\u2019à Bathurst, traversant toute une quirielle de petits villages de pêcheurs.De cette dernière ville, la route No 11 continue de longer la côte jusqu\u2019à l\u2019extrémité sud-est de la province, en passant par Chatham, Rexton, Cocagne et enfin Shediac.De cette dernière, la route No 2 permet de visiter toute la partie sud du Nouveau-Brunswick jusqu\u2019aux frontières du Maine, en passant par l\u2019immense Parc National de Fundy et la ville pittoresque de St-Jean.Le parc National, situé en bordure de la Baie de Chignecto, est l\u2019un des plus populaires centres de récréation des Provinces Maritimes.Des terrains de golfe, de camping, des cabines ainsi qu\u2019une luxueuse piscine en plein air ont été aménagés par le Département des Parcs du Canada et agrémentent le séjour des visiteurs.St-Jean, enfin, mériterait d\u2019être la capitale de la province pour son charme et la grande diversité de son aspect ; elle possède d\u2019aima- bles hôtels et des restaurants qui ont la réputation d\u2019être les meilleurs de l\u2019est canadien.Les prix des hôtels et des restaurants sont habituellement meilleur marché, au Nouveau-Brunswick qu\u2019en Nouvelle-Ecosse ou dans l\u2019Ile-du-Prince-Edouard.Le Nouveau-Brunswick aux paysages constamment renouvelés et changeants, est doté d\u2019un réseau routier moderne et fort bien entretenu.Le touriste, qu\u2019il soit amateur de pêche, de sports nautiques, ou qu\u2019il aime simplement se délasser dans l\u2019atmosphère paisible et vivifiante de la mer, trouvera là tout ce qu\u2019il désire.Tout au long des côtes bordant le détroit de Northumberland et au sud, dans la région du Parc National de Fundy, se succèdent d\u2019innombrables plages de sable\" fin aux eaux claires, peu profondes et relativement chaudes au plus fort de l\u2019été.C\u2019est au Nouveau-Brunswick, dans la petite île sauvage de Campobello, près du nid de pêcheurs qu\u2019est Grand Ma-nan, où l\u2019ancien président des Etats-Unis, Franklin D.Roosevelt aimait passer ses vacances d\u2019été.On peut encore voir \u2014 elle est actuellement à vendre \u2014 l\u2019élégante villa qu\u2019il possédait et un monument commémoratif fut élevé à sa mémoire en 1946.Chaque été, vers le milieu du mois de juillet, le Festival du Homard attire à Shediac, au bord de la mer, une foule de touristes qui dégustent, sur des tables installées en plein air, de savoureux homards et autres crustacés fraîchement tirés de la mer.Le homard au Nouveau-Brunswick, est un peu le menu traditionnel des touristes qui tiennent à ajouter aux agréments d\u2019un voyage au bord de la mer, les plaisirs tout aussi louables de la gastronomie. 10 Le Samedi, Montréal, 18 juillet 1959 VACANCES CANADIENNES A LA DECOUVERTE DE LA NOUVELLE-ECOSSE La Nouvelle-Ecosse est une terre issue de la mer et (pie la mer a façonnée.La vie de ses habitants, leur caractère, leurs loisirs et leurs jeu.v dépendent en grande partie d\u2019elle.Les rivages de Nouvelle-Ecosse surpassent en étendue la longueur de la côte occidentale des Etats-Unis et il n\u2019existe pas de ville ou de hameau situé à plus de 40 milles de l\u2019océan.La route qui passe au Cap Nord \u2014 îe Cabot Trail \u2014 est un chemin de grande audace, un itinéraire magnifique pour les amateurs d\u2019émotions fortes ayant de solides réflexes.Bordée du côté de la mer par d'impressionnantes falaises rougeâtres, la route enserre étroitement cet immense massif de forêts sombres et denses qu\u2019est, en fait, Vile du Cap Breton.Elle sinue capricieusement au sommet du précipice, se faufile un coeur d\u2019une vallée opulente, escalade, vers le ciel, un pic couronné de brume ou longe, au niveau de la mer, quelque calanque sablonneuse et dorée où se balancent des barques de pêcheurs.Voici Big Harbour et la Baie Ste-Anne, lieux de réputation internationale pour la pêche au thon et à l'espadon.Les courses de voiliers et les jeu.v nautiques qui s'y tiennent régulièrement chaque été ont attiré une foule d'estivants distingués qui habitent les pins.Des gens de tout le continent et de riches Américains du Sud viennent jusqu\u2019ici pour se livrer à leur sport favori.Il y a cinq ans, un Montréalais battait le record du monde de pêche sportive en capturant un thon bleu de 977 livres! Englishtown, à l'entrée d\u2019une mince bande de terre, est une petite ville sans histoire enfouie sous Lunenbourg, sur la côte sud de la Nouvelle-Ecosse, est l'un des ports les plus actifs de la province.les fleurs et la verdure.Plus loin sur notre route, voici Ingonish Beach, l\u2019un des plus beaux ports d\u2019ancrage de l\u2019est du Canada, déjà connu des navigateurs portugais en 1550.Dans la rade, à l\u2019ombre du Cap Smoky, (un pic de 1,200 pieds), croisent des navires de haute mer.Ingonish, c\u2019est aussi pour le touriste les joies que procure une longue plage de sable fin, la possibilité de louer pour un prix modique un petit voilier blanc pour une croisière au long des côtes et les innombrables facilités qu\u2019offre aux amateurs de camping, de pêche et de promenade à cheval le Parc national du Cap Breton, tout proche.Le Cabot Trail évite, plus au sud, l\u2019extrême dé-coupement des côtes, les vastes presqu\u2019îles plates et marécageuses qu\u2019il faudrait avoir le loisir d\u2019explorer lentement ; les pâturages limoneux où se fixèrent jadis les Acadiens de retour d\u2019exil.Les hautes charrettes attelées de boeufs puissants que l\u2019on rencontrait encore il y a une dizaine d\u2019années dans les chemins vicinaux ne seront bientôt qu\u2019un souvenir ; à peine subsiste-t-il encore, ici et là, quelques attelages qui font la joie des photographes.Sur la plaine monotone, piquée de haies et de maigres boquetaux, là où l\u2019eau saumâtre sourd au creux des ornières, des fermes blanches, aux murs bas, sommeillent à l\u2019ombre d\u2019ormes courts et feuillus.Dans cette région offerte au vent sec de la mer, d\u2019humbles paroisses aux noms familiers nous rappellent que certaines régions de Nouvelle-Ecosse sont encore françaises : Framboise, l\u2019Ardoise, Grandi que, St-Esprit, et d\u2019autres encore.Le havre pittoresque de Weymouth, village de pêcheurs sur la côte sud-ouest de la Nouvelle-Ecosse.ïMCs-A * Mjr-a,'- Jr.-\u2019i- p- m ¦Ji:\t\" X\u2014 V7 * *1*.¦ ¦ ¦ ¦ 1 La Nouvelle-Ecosse est une presqu\u2019île parfaite et le voyageur venant d\u2019Amherst, ville historique, ville typiquement écossaise aussi, et parvenu dans la région de Truro et de New-Glasgow, a le choix entre deux directions également attrayantes : à sa gauche, la rade magnifique de Pictou, l\u2019un des ports les plus importants du monde pour la pêche au homard, à l\u2019embouchure de trois charmantes rivières.Puis, An-tigonish, sa basilique romane de pierre bleue, ses fermes coquettes entourées de collines boisées et, en juillet, la farandole bariolée des grandes fêtes écossaises qui s\u2019y déroulent.Enfin, la brumeuse Tracadie que Champlain visita, les rivages solitaires de l\u2019île Madame, le Cabot Trail, dont nous venons de parler, et, à l\u2019extrême pointe de la province les ruines mornes et pathétiques de l\u2019ancienne forteresse française de Louisbourg.A droite, c\u2019est le chemin de Liverpool, Halifax et Darmouth, villes industrielles.Mais c\u2019est également le chemin du «French Shore» longeant la baie de Fundy, le pays mélancolique d\u2019Evangéline, la fertile vallée d\u2019Annapolis et ses champs d'arbres fruitiers entre des collines mauves.Le touriste, s\u2019il se déplace en automobile, trouvera en Nouvelle-Ecosse un excellent réseau routier de quelque 15,000 milles, sillonnant la province.La plupart des 600 hôtels et motels de Nouvelle-Ecosse offrent aux touristes des accommodations pour deux personnes (chambre seulement) pour un prix moyen de $6.à $8.par jour.Certains hôtels, toutefois, pratiquent le «plan américain », c\u2019est-à-dire chambre et repas compris pour un prix variant de $12.à $19.par jour pour deux personnes.Un peu partout, il est possible de prendre un excellent repas pour $1.50 et certaines maisons de pension mettent à la disposition des voyageurs des chambres de deux personnes pour $3.à $5.par jour.Parmi les centres de villégiature situés au bord de la mer, Clark\u2019s Harbour, Shelburne et ses mystérieuses « îles de boue », Chester et Mahone Bay rallient incontestablement les faveurs des estivants qui se pressent, nombreux, sur les grèves de sable fin qu\u2019abrite chaque baie, chaque anfractuosité de la côte.Chester est l\u2019une des plus élégantes stations domiciliaires que l\u2019on puisse trouver en Nouvelle-Ecosse et, certainement le mieux située.A l\u2019est de Chester, passée la baie Ste-Marguerite, on visite aussi l\u2019étonnant village de Peggy\u2019s Cove qui est l\u2019un des grands centres artistiques de Nouvelle-Ecosse.L'ILE DU P.-E, LE \"JARDIN DU GOLFE\" L\u2019Ile-du-Prince-Edouard, dont l\u2019étendue est sensiblement la même que celle de l\u2019île d\u2019Anticosti, est d\u2019accès facile pour le touriste québécois qui peut s\u2019y rendre par la route de Moncton au Nouveau-Brunswick.De cette dernière ville, la route No 15 conduit un peu plus à l\u2019est jusqu\u2019au Cap Tor-mentine où un luxueux ferry-boat des Chemins de fer Nationaux fait la traversée du détroit de Northumberland en une cinquantaine de minutes et vous dépose à Borden, petite ville de l\u2019île.Le traversier peut transporter quelque 200 automobiles et il y a à bord des salles de repos et un restau- rant dont la cuisine est irréprochable.L\u2019île, dont les 1.200 milles de côtes abritent quelques-unes des plus belles plages du Canada, est surnommée depuis longtemps le « jardin du Golfe St-Laurent », à cause du charme de ses campagnes et de ses petits villages de pêcheurs éparpillés sur le littoral.L\u2019Ile-du-Prince-Edouard est une région rurale, et sa population ne dépasse pas les 100.000 âmes.Aussi, le touriste ne doit-il pas s\u2019attendre à rencontrer là-bas des villes comme nous l\u2019entendons ordinairement.Charlottetown, capitale de la province, ne compte pas 16.000 habitants et beaucoup de havres de pêcheurs, sur la côte nord-est, n\u2019ont guère plus de 200 à 300 habitants.Pour l\u2019amateur de détente saine, de vacances paisibles et délassantes dans un décor incomparable, l\u2019Ile-du-Prince-Edouard est un petit paradis miniature.Ce que l\u2019on ignore souvent, c\u2019est que l\u2019île possède des plages de sable blanc comparables à celles de la Floride et que la température de l\u2019eau, dans le détroit de Northumberland, est d\u2019environ 70 degrés vers le milieu de l\u2019été.Le Parc National de l\u2019île, par exemple, situé sur la côte nord, à une trentaine de milles de Charlottetown, offre à l\u2019amateur de sports nautiques Une grève de sable et de galets d\u2019environ 25 milles de long, aux eaux claires et peu profondes.L\u2019île, relativement petite puisqu\u2019elle ne mesure guère plus de 140 milles de long, est traversée par de bonnes routes asphaltées qui rendent le voyage d\u2019autant plus facile et captivant.Dans tous les villages de la côte, le visiteur peut se régaler de savoureux crustacés et de coquillages fraîchement tirés de la mer, pour un prix relativement modique.Vers la fin de l\u2019automne, les « fermes d\u2019huîtres » de la Baie Malpèque ont la réputation de produire les meilleures huîtres des Ma- Le Samedi, Montréal, 18 juillet 1959 11 ROMANS - NOUVELLES POLICIERES ET SENTIMENTALES - CONTES n roman ci amour complet FUMÉES SUR L'EAU par ANNE LECOURT i Yvette coiffait son chien, un loulou blanc de Poméranie.Yvette.Dix-huit ans et \u2019infiniment moins de raison.Un visage ravissant et menu composé de traits ébauchés : une vague esquisse de nez retroussé, une bouche ronde de poupée, un front étroit, le tout éclairé par des yeux fendus en amande, d\u2019un intense bleu de saphir et émergeant d\u2019une masse soyeuse de cheveux blonds animés d\u2019un savant désordre.Une jolie tête un peu folle, trop petite pour contenir beaucoup de cervelle.Un corps à la même mesure, c\u2019est-à-dire d\u2019une Vénus en miniature, mince et tout de même potelé, assoupli par tous les sports, soigné, poncé, oint de toutes sortes d\u2019huiles et de crèmes.Donc, Yvette coiffait son chien après l\u2019avoir baigné, séché et frictionné à l\u2019eau de Cologne.Après sa propre toilette, celle de Toutoune constituait l\u2019événement essentiel de la journée pour la fiancée de François Granel.Car il y avait aussi un fiancé dans le circuit, et c\u2019est rendre hommage à cet excellent jeune homme que de dire qu\u2019il comptait presque autant pour Yvette que Toutoune.le loulou blanc.Et voilà que, précisément, le fiancé faisait son entrée dans le salon et assistait à la fin de cette touchante scène de famille : Yvette mettant la dernière main à la parure de Toutoune.La jeune fille leva la tête et sourit.Mais, tout aussitôt, elle se souvint qu\u2019elle avait décidé d\u2019être fâchée, et de le montrer : \u2014 Ah ! vous osez enfin paraître, méchant homme ! Savez-vous que je suis furieuse contre vous ?Pas de nouvelles depuis trois jours, c\u2019est une honte.Vous m\u2019avez laissé tout le temps, durant ces soixante-douze heures, d\u2019imaginer tous les modes de vengeance possibles et imaginables.J\u2019en ai déjà trouvé une jolie collection.A quelle sauce préférez-vous être mangé ?.Toutoune, je te défends de te rouler sur le tapis qui est beaucoup moins propre que toi.Dites-moi tout de même bonjour, François.Vous ne voulez pas m\u2019embrasser ?\u2014 Votre chien, votre amour de chien, me permet-il de prendre cette liberté ?\u2014 Je l\u2019ai toujours dit, vous êtes jaloux de Toutoune.Plutôt que de dire des sottises, venez vous faire pardonner.Il déposa un tendre baiser sur la petite bouche barbouillée de rouge, heureusement indélébile, puis il commença de plaider les circonstances atténuantes : \u2014 Vous me pardonnerez tout de suite, chérie, quand vous connaîtrez les raisons de mon silence.Une négligence ?Pas du tout.Un oubli, encore moins.Grands dieux ! Je n\u2019ai cessé de penser à vous pendant ces heures où je ne trouvais ni le temps ni le courage de vous voir.\u2014 Le temps ?Cela s\u2019expliquerait, à la rigueur.Je sais que vous avez enterré votre grand patron, le professeur Bertrand.Mais un enterrement, que je sache, ne dure pas si longtemps, sauf à la campagne où cela se fête comme un mariage ou un baptême, à grand renfort de repas de famille.On tue le cochon, on banquette.Mais, au fait, que vous disais-je ?.Ah ! oui, le temps.Mais le courage ?Vous m\u2019insultez ! Faut-il du courage pour me regarder ou entendre ma voix ?Suis-je devenue vieille et laide ?.Si la mort de votre patron vous a causé une si grande peine, je vous aurais consolé.Non, vous n\u2019avez pas d\u2019excuse.\u2014 Vous êtes plus exquise que jamais et je vous aime.La mort de mon professeur m\u2019a bouleversé, comme tous ses élèves, tous ses confrères, tous ses malades.Mais il y a encore autre chose.Et c\u2019est cette chose qui me tourmente, dont je redoute de vous parler.\u2014 Est-ce donc tellement triste?.François, vous me faites peur.\u2014 C\u2019est parce que je vous connais bien, chérie, que je recule d\u2019heure en heure.\u2014 Eh bien ! reculez encore.Ah ! oui, mon François connaît son Yvette.Il sait qu\u2019elle déteste les choses sérieuses, les déclarations préméditées qu\u2019on se croit obligé de débiter sur un ton grave et noble, avec un air compassé, les sermons, les conseils et tout ce qui s\u2019ensuit.Puisque vous avez eu la discrétion et le bon goût de retarder jusqu\u2019à présent vos histoires tristes, renvoyez-les donc à l\u2019année prochaine.Elles doivent être lugubres, si j\u2019en juge à la tête que vous faites.L\u2019année prochaine, nous serons mariés.Un soir, au coin du feu, les pieds dans vos pantoufles, vous me raconterez tout cela.Et puis, je vous embrasserai et vous n\u2019y penserez plus.N\u2019est-ce pas plus raisonnable ?\u2014 Yvette, je vous supplie d\u2019être sérieuse et de m\u2019écouter un instant.Il ne s\u2019agit pas de n\u2019importe qui ou n\u2019importe quoi, mais de nous, de notre amour, de notre bonheur.Jugez-vous que notre amour vaille une minute d\u2019attention ?Elle prit un air affolé, poussa un petit cri et affecta de tomber à la renverse sur le vaste canapé de cuir vert où, précédemment, elle se tenait assise.Le chien, alerté par le cri, sauta sur ses genoux et lui lécha le nez.\u2014 Tu entends, Toutoune.il me fera mourir.Quelle idée que j\u2019ai eue de m\u2019amouracher de cet homme-là ! Il sera mon assassin.Il prétend maintenant que je ne l\u2019aime pas, que je me moque de notre amour.\u2014 Je ne prétends rien, reprit le jeune homme qui commençait, malgré son indulgence de fiancé très épris, à res- sentir un agacement justifié.Si je n\u2019étais pas sûr que vous m\u2019aimez, je ne prendrais pas tant de précautions pour vous annoncer une mauvaise nouvelle qui vous frappe encore plus que moi.\u2014 Qui me frappe ?Yvette s\u2019était redressée.La chose, s\u2019il était vraiment question d\u2019elle, se mettait à l\u2019intéresser.\u2014 Parfaitement, car moi je m\u2019arrange de tout, même de la mauvaise fortune.Sachez qu\u2019avec mon professeur, avec celui que nous appelions affectueusement, respectueusement, « le père Bertrand », je perds aussi la situation de chef de clinique que je devais avoir chez lui tout de suite après la fin de mon internat.\u2014 François, je ne comprends pas.Pourquoi ce changement ?Le professeur a disparu, la clinique reste.\u2014 Oui, mais elle passe en d\u2019autres mains, celles du professeur Chenaud qui amène sa propre équipe.De sorte que me voilà sur le sable, ma petite Yvette.Et ce n\u2019est pas drôle.Il avait parlé d\u2019un seul élan, presque avec brutalité pour combattre l\u2019inconscience de cette enfant gâtée qui ne voulait voir la vie qu\u2019en rose.En prononçant le dernier mot, il se leva, tira de sa poche un paquet de cigarettes et se mit à arpenter la pièce nerveusement.Yvette aussi s\u2019était levée.D\u2019un geste impatient, elle repoussa Toutoune qui lui mordillait les pieds.Elle s\u2019adossa à une commode, croisa les bras et s\u2019efforça à réfléchir.\u2014\tFrançois, dit enfin la jeune fille sur un ton languissant, c\u2019est vrai ?C\u2019est tout à fait vrai ?Vous êtes certain qu\u2019il ne vous reste pas une petite chance ?Il est peut-être très gentil, ce professeur Chenaud.\u2014\tLa gentillesse n\u2019a rien à voir dans l\u2019affaire.Je ne suis pas le seul interne des hôpitaux dans tout Paris.La lutte pour la vie est féroce, dans ce milieu comme dans les autres.Le soir même de l\u2019enterrement de mon maître, on apprenait que Mme Bertrand, une femme à la page et qui va vite en besogne, avait traité avec Chenaud, et l\u2019on connaissait déjà les noms de l\u2019état-major.Voulez-vous que je vous les cite ?Ce sont de bons camarades mais ils ont, comme moi, besoin de gagner leur vie.Si vous désirez d\u2019autres détails.\u2014\tOh ! non, s\u2019écria-t-elle sans détours.Recevoir une tuile sur la tête, c\u2019est bien assez.S\u2019il fallait encore s'inquiéter de la manière dont elle est tombée.Quand même, je vous trouve pessimiste.Il existe d\u2019autres cliniques, dans Paris.On peut aussi s\u2019installer.\u2014\tJe sais.Pour cela, il faut de l\u2019argent.Des millions.Je ne les ai pas.\u2014 Moi non plus.\u2014 Je sais, Yvette, et ne m\u2019en suis jamais inquiété.Toutefois, avec l\u2019espoir de vous épargner un souci, j\u2019ai voulu, avant de vous faire part de cette catastrophe, me renseigner sur les possibilités qui m\u2019étaient offertes.Voilà ce que j\u2019ai fait pendant ces trois journées.Ah ! j\u2019en ai donné des coups de téléphone, j\u2019en ai tiré des sonnettes de grands patrons.Malheureusement, je n\u2019ai récolté que de bonnes paroles et de bons conseils.M\u2019aimez-vous vraiment, Yvette ?\u2014 Voilà encore le méchant qui en doute ! Je vous aimais tout à l\u2019heure, François.Ce n\u2019est pas la mort de votre patron, qi la vente de sa clinique qui a pu transformer mes sentiments en une minute.Je suis un peu folle, mais pas à ce point-là.Il saisit les deux mains enfantines, aux ongles si bien polis, dont l\u2019une s'ornait d\u2019un saphir monté sur platine, et les porta toutes deux à ses lèvres.\u2014 Ma petite Yvette, j\u2019arrive à l\u2019instant le plus pénible de cette confession.Oui, c\u2019est bien une confession car je vous avoue que je suis tenté par une solution qui, je le crains, n\u2019aura aucune chance de vous plaire.\u2014 Allez-y, je suis prévenue.Depuis le temps que vous discourez, je finis par m\u2019attendre à tout.Vous préparez-vous à partir pour Madagascar et à soigner les lépreux comme le docteur.le docteur.\u2014 Schweitzer.Non, pas tout à fait.Il ne s\u2019agit que de la Haute-Saône.Au cas où vous ne le sauriez pas, c\u2019est un département français.Chef-lieu, Ve-soul.Sous-préfectures, Gray et Lure.Spécialités : agriculture, fromages, fonderies et eaux thermales.La Haute-Saône est un des trois départements qui formaient l\u2019ancienne province de Franche-Comté, réunie à la couronne par Louis XIV à la suite du traité de Nimègue.\u2014\tEst-ce un cours de géographie ou d\u2019histoire ?Je n\u2019aime beaucoup ni l\u2019un ni l\u2019autre.Je n\u2019aime pas davantage la province, et c\u2019est pourquoi je me méfie de ce prologue.\u2014\tVous serez plus effrayée encore par la suite du discours.Mon père était médecin à Montuzon, mon grand-père également.Mon père, mort quand j\u2019avais douze ans, n\u2019a pas été remplacé.Il y avait un second médecin qui a repris sa clientèle et qui suffisait à la tâche.En ce temps-là, les paysans faisaient plus souvent appel au vétérinaire qu\u2019au médecin.Ma mère garda la maison.Elle y est morte, il y a cinq ans.La maison, je l\u2019ai gardée.Aujourd\u2019hui, le docteur Jeannot a près de soixante-quinze ans et n\u2019aspire qu\u2019au repos.Si je m'installais à Montuzon, je n\u2019aurais à acquérir ni maison ni clientèle.On viendrait à moi tout naturellement, heureux de voir reparaître un enfant du pays.Grâce aux assurances sociales, le dernier des garçons de ferme n\u2019hésite plus à se soi- 12 Le Samedi, Montréal, 18 juillet 1953 gner.Qu\u2019en pensez-vous, Yvette chérie ?N\u2019est-ce pas que c\u2019est la raison même.\u2014 Très touchante, votre petite histoire des Granel, médecins de campagne de père en fils.Et soudain, sans transition, elle s\u2019écroula sur le canapé en sanglotant : \u2014 Oh ! je n\u2019aurais jamais cru cela de vous! Jamais! Jamais!.Et vous dites que vous m\u2019aimez.Et vous me proposez une chose pareille : être la femme d\u2019un petit médecin obscur dans un village au bout du monde !.Vous voulez me faire mourir d\u2019ennui.Vous ne m\u2019aimez pas, François, vous ne m\u2019aimez pas du tout.Fiançois poussa un soupir résigné et se pencha sur le petit corps recroquevillé et tout agité de hoquets.Avec une fermeté douce, il obligea Yvette à se tourner vers lui, puis il écarta les deux bras sous lesquels elle dissimulait son visage inondé de larmes.\u2014 Vous me voyez, cria-t-elle, donnant mon adresse à mes amies : Madame François Granel, Montuzon, Haute-Saône.Vraiment, de quoi aurais-je l\u2019air ?\u2014 Ma mère et ma grand-mère ont eu ce nom et cette adresse et n\u2019ont jamais eu 1 impression qu\u2019elles en étaient déshonorées.\u2014 C est vrai, je vous demande pardon, je ne sais plus ce que je dis.Ah ! vous allez trouver que je suis une sotte et que je n\u2019ai rien dans la tête.Mais ce n est pas ma faute, François, si j\u2019ai horreur de la campagne.Si encore il Y\tavait la mer, dans votre patelin, on y verrait des gens l\u2019été, je pourrais inviter des amis.Il y aurait les bains, le bateau.\u2014- Une rivière passe dans le village.Une ravissante rivière où on peut se baigner et faire du canoë.Yvette releva la tête et se servit d\u2019une mèche de cheveux pour essuyer ses yeux en pleurs.\u2014 Comment s\u2019appelle-t-elle, votre rivière ?\u2014 L\u2019Ognon.C est un nom horrible, sans aucune poesie.Elle doit geler, l\u2019hiver.L hiver a Montuzon, François.J\u2019en ai des fi issons dans le dos.Ah ! non, je n\u2019aime pas la campagne.Quand je lis un roma n avec des descriptions de champs, de bois et de forêts, je saute tout de suite le passage.S\u2019enfermer dans une vieille baraque délabrée.Elle n est pas si délabrée que ça.J y ferai faire des réparations.Ne vois jamais âme qui vive.\u2014 Nous aurons des enfants, Yvette.Y\tpensez-vous ?Il me semble que, dès la première naissance, une femme ne risque plus jamais de souffrir de la solitude.Sur le point d\u2019ouvrir la bouche, elle préféra se taire.Comment faire comprendre à François, sans se rendre digne de son mépris, qu\u2019elle n\u2019avait aucune vocation pour la carrière de poule couveuse ?Il était comme cela, François : le souvenir sacré des parents, a cheie vieille maison de campagne, une bonne petite femme entourée de sa progéniture.Peut-on aimer un être si different de soi ! Elle ne s\u2019amusait que dans le monde, quand il y avait beau-coup de musique, de bruit et d\u2019animation, et qui ne se sentait à l\u2019aise que lorsqu elle était admirée, dans un salon, un hall (1 hôtel ou une plage.Le jeune homme se méprit sur ce silence prolonge.Il espéra, pauvre in-nocent, qu il venait de la convaincre.Si je ne vous avais pas rencontrée, ma petite chérie, je n\u2019aurais eu d\u2019autre Pretention que de succéder à mon père.Tout a changé il y a six mois, lorsque j ai eu le bonheur de vous aimer et d'être aimé de vous.On peut être heureux par tout, du moment qu\u2019on a une merveilleuse raison de vivre et un métier qui vous passionne.Et nous serons heureux, Yvette, vous verrez.\u2014 Je demande à réfléchir, dit-elle avec importance.On ne prend pas une telle décision à la légère.Vous m\u2019avez fait beaucoup de chagrin.Venez me dire que vous m\u2019aimez.\u2014 Mon amour, mon tout petit.En un instant, il fut près d\u2019elle et la serra dans ses bras.Il lui avait fait du chagrin.C\u2019était vrai puisque ses yeux avaient versé de nombreuses larmes.Il se reprochait ces larmes et se traitait de bourreau.\u2014 Je vous promets d\u2019essayer d\u2019arranger les choses, dit-il en cherchant son baiser.Je ne veux que votre bonheur.Il OMMF.NT peut-on aimer un être si différent de soi ?Yvette n\u2019était pas seule à se poser la question.François l\u2019avait énoncé bien des fois, depuis six mois.Et chaque fois, il se répondait : on aime, c\u2019est tout.Yvette était le contraire de tout ce qu\u2019aimait François.Leur union représentant l\u2019aboutissement le plus saugrenu de toute l\u2019existence du jeune homme jusqu\u2019à ce jour.Un tournant brusque et dangereux sur une route droite qui semblait destinée à ne jamais dévier.Né en ce village de Montuzon que sa fiancée méprisait tant sans le connaître, il était le troisième enfant d\u2019un ménage tendrement uni mais cruellement éprouvée.En effet, ses deux frères aînés, des jumeaux, n\u2019avaient pas vécu plus de quelques jours.C\u2019est dire qu\u2019il avait été chéri, couvé et comblé.Dès ses premiers succès scolaires, l\u2019alphabet récité sans faute, puis la table de multiplication, la page d\u2019écriture sans bavures ni taches d\u2019encre, le docteur Granel avait vu en lui, avec joie, son successeur.Grand blessé de 1917, le médecin de Montuzon doutait de faire de vieux os, plaisantant lui-même ses poumons gazés, sa patte folle, tout son organisme détérioré.Il ne souhaitait rien que de vivre jusqu\u2019à l\u2019époque où François aurait obtenu ses diplômes.Il s\u2019en fallut de nombreuses années.L\u2019enfant atteignait son douzième anniversaire lorsque son père succomba à une congestion pulmonaire contractée dans l\u2019exercice de sa profession.Il y avait eu, cet hiver-là, une terrible épidémie de grippe en même temps qu\u2019une redoutable vague de froid.Mme Granel, seule et sans fortune, s\u2019acharna à faire face aux dépenses nécessaires à la bonne marche des études de son fils.Elle se passa de domestique, bêcha elle-même son potager, assuma dans la région un travail d\u2019infirmière qui l\u2019obligeait à courir les routes à bicyclette pour renouveler un pansement, poser des ventouses ou faire une piqûre, sans compter les nuits passées au chevet des malades graves.A son tour, elle ne visa qu\u2019un but : tenir autant qu\u2019il le faudrait.Les calculs étaient sans erreur possible : François ne gagnerait pas sa vie avant l\u2019âge de trente ans, en admettant qu\u2019il réussît aux concours de l\u2019internat : son père y tenait essentiellement.En dépit de ces difficultés familiales et financières, soigneusement dissimulées sous le vernis de réceptions joyeuses, sinon brillantes, on s\u2019amusait fort, en week-end, dans le pavillon de la Varenne.On écoutait des disques, on dansait, on bavardait, assis en rond sur le tapis du salon.Et puis la Marne n était pas loin avec ses canoës, ses guinguettes et ses fritures.Les amis de tous les enfants, cela faisait beaucoup de monde.Parmi ce groupe original et tapageur, François distingua tout de suite un visage, celui d\u2019une petite fille ravissante et insupportable qui n\u2019avait même pas fêté ses dix-huit ans : Yvette.Moins régulièrement jolie que sa soeur aînée, Christine, elle avait plus de dynamisme, moins de prétentions.Christine, étudiante aux Arts Décoratifs, se faisait une tête à la Saint-Germain des Prés : longs cheveux lisses répandus sur les épaules, regard lourd, lèvres rose mauve.Elle ne pouvait prononcer une phrase sans se donner un air fatal et citer un peintre abstrait.Au surplus, elle nourrissait un amour également fatal, à l\u2019égard d\u2019un poète également abstrait.Celui-ci, que Jean-Louis Fabrolles surnommait «le Farfelu», dédaignait les joies trop faciles de la Varenne et personne ne s\u2019en plaignait.Même pas Christine qui déclarait dédaigneusement : « Vous n\u2019êtes pas dignes de son climat ».Yvette, elle, ne trichait pas.Elle se savait ignorante comme une carpe et sans la moindre vocation, excepté celle d\u2019être charmante et de s\u2019amuser.Elle trouvait que La Varenne était encore trop loin de Paris.Si seulement M.Fabrolles avait eu une vraie voiture ! On ne pouvait donner ce nom à l\u2019invraisemblable guimbarde qui lui suffisait, disait-il, pour se rendre à son lycée et au bureau de son éditeur.On ne saurait affirmer que François aima tout de suite Yvette.Elle lui inspirait de l\u2019étonnement, une surprise attendi'ie.Cette enfant gâtée, cette poupée de luxe, plaisait par ses défauts même, à condition qu\u2019on n\u2019en fût pas immédiatement exaspéré.François, nous l\u2019avons dit, découvrait l\u2019univers.Yvette incarna pour lui une image de l\u2019Eter-nel Féminin qu\u2019il n\u2019avait jamais soupçonnée jusqu\u2019à ce jour.La surprise fit place à l\u2019amour.Quoi de plus simple ! Le jeune homme, pour sa demande en mariage, dut presque forcer la porte du bureau de M.Fabrolles.Celui-ci leva les yeux de ses papiers, s\u2019arracha douloureusement à une chronique du règne de Philippe-Auguste et braqua ses lunettes cerclées de métal sur le visage du prétendant : \u2014 Très bien, très bien, docteur.Je vous la donne bien volontiers.Vous l\u2019aimez, vous avez raison.Et je suis certaine qu\u2019elle vous aimera de tout son coeur.M.Fabrolles n\u2019en savait rien et, en outre, s'en inquiétait peu.En répondant du coeur d\u2019Yvette, il ne s\u2019engageait pas à grand-chose.Le mariage d\u2019une de ses filles, cela signifiait avant tout : « Une de casée ! » III Montuzon.Comment ce pays pouvait-il à ce point lui faire peur ?Yvette se bouchait les oreilles chaque fois qu\u2019incidemment François prononçait ce nom.Un nom dont il eût pu dire, comme Lamartine disait de Milly, sa terre natale : Il résonne de loin dans mon âme [attendrie Comme le pas connu ou la voix [d\u2019un ami.Durant ses années de pensionnaire, il avait souffert cruellement d\u2019être privé de Montuzon, de sa rivière bordée de joncs, du barrage qui fait nuit et jour un bruit de cascade, de la colline où se juche un vieux château trop restauré mais imposant.Et aussi des parties de pêche avec les gamins du village et des jeux d\u2019indiens dans les vieilles carrières qui dominent la route de Blu-sans.Plus tard, il avait chaque jour déserté Montuzon au bénéfice de Blu-sans, situé à six kilomètres, et négligé sa troupe d\u2019indiens pour devenir le fidèle des jeunes filles du Saint-Buisson.Mais c\u2019était le même paysage, la même rivière, les mêmes joncs, la même lumière.Avec, en plus, l\u2019indéfinissable volupté des premiers attendrissements, des premières exaltations, des premières confusions.Le château des Vautier-Senonge, très gracieuse habitation de style Louis XVI, s\u2019élève dans une boucle de l\u2019Ognon, entouré de pelouses plus vertes d\u2019être inondées à chaque automne et chaque printemps par les escapades de la rivière.Au-delà du jardin, ce ne sont que bois épais où le gibier est abondant.Au siècle dernier, on a construit une Folie dans une courbe du petit mur qui constitue une terrasse édifiée au-dessus de l\u2019eau capricieuse autant que son coeur et rendue vénérable par des entrelacs de lierre et des paquets de mousse.La Folie affecte la forme d\u2019un petit temple rond, à fines colonnettes.A l\u2019intérieur, c\u2019est le bureau de Me Vautier-Senonge.On dit que l\u2019ameublement est un véritable chef-d\u2019oeuvre.Personne ne l\u2019a vu, d\u2019ailleurs.La Folie est perpétuellement fermée à clé.C\u2019est que le maître de céans n\u2019est presque jamais là.Fils d\u2019un notaire de Vésoul, un notaire qui avait bien fait ses affaires et épousé, au surplus, la plus riche héritière du département, Henri Vautier-Senonge, attiré par l\u2019Orient, a vendu son étude pour en acheter une autre, très loin, en Indochine.Très exactement à Hanoï.Pour des raisons mal définies (version officielle : le climat ne lui convenait pas), Mme Henri Vautier-Senonge a regagné la France au bout de quelques années en emmenant sa fille, Sibylle.Elle s\u2019est fixée en ce château du Saint-Buisson, à Blusans.La propriété doit son nom à une statue miraculeuse, nichée dans un touffe de troënes.En 1789, une vieille servante du château y vit apparaître la Vierge qui lui prédit toute une série de catastrophes et promit son intervention pour en atténuer l\u2019horreur.En fait, la famille de Blusans échapa aux massacres révolutionnaires et ne s\u2019éteignit qu\u2019au siècle suivant, tombée en quenouille mais gardant jusqu\u2019au lit funèbre sa tête sur les épaules.On dresse un reposoir autour de la statue pour la procession du 15 août et Monsieur le Curé s\u2019y arrête, avec le Saint-Sacrement.Mme Vautier-Senonge est belle et froide, très élégante, vêtue à la mode de Paris.Elle passe son temps à lire ou à jouer du piano.Souvent son cousin Bernard de Lauffray, châtelain de Sainte-Maxence, aux environs de Besançon, vient lui rendre visite à cheval, ce qui impressionne fort les enfants.Il n est peut-être pas très grand, ni très beau, mais d'une race incontestable.Ses yeux de héros romantique lancent des éclairs.Environ tous les deux ans, Me Vautier-Senonge vient passer l\u2019été chez lui.Ou.du moins, tel est son programme.En fait, au bout de quelques semaines, il repart pour on ne sait où : Vesoul, ou Paris, ou Hanoï.C\u2019est un homme doux, presque timide, de silhouette mince et juvénile.Sa femme le domine de toute sa beauté, de toute une volonté que l\u2019on devine impérieuse.Il l\u2019admire, il l\u2019aime, c'est visible.Et il est aussi visible, même pour qui n\u2019est pas psychologue, même pour qui n\u2019est qu un enfant, qu\u2019elle considère son mari comme un visiteur importun, un vague parent qu on est obligé de recevoir avec des égards relatifs, mais dont on souhaite le départ le plus rapidement possible.Et puis, il y a leur fille, Sibylle, et des nièces, et des cousines, et des amies venues de partout.Il n\u2019importe à Mme Vautier-Senonge que la compagnie soit nombreuse, pourvu qu\u2019on lui laisse ses livres, son piano et son cousin.Quant au notaire, lorsqu\u2019il est là, il contemple le gracieux essaim des jeunes filles avec son regard indulgent, désabusé, nostalgique.Il a toujours l\u2019air de leur dire : « Soyez charmante, amusez-vous et trouvez que la vie est belle, vous qui le pouvez.» Lorsque François Granel avait dit à sa fiancée qu\u2019il y avait dans le pays Le Samedi, Montréal, 18 juillet 1959 13 des propriétés et de la jeunesse, à quoi songeait-il sinon au Saint-Buisson et à Sibylle Vautier-Senonge ?Et pourtant cette promesse, il la faisait à la légère.Savait-il, depuis cinq ans, ce qui était advenu de Sibylle ?Elle avait été pour lui, à l\u2019époque où l\u2019on sort à peine de l\u2019enfance pour pénétrer dans le domaine fascinant et mystérieux de la jeunesse, l\u2019étoile, le phare lumineux qui éclaire et guide sans éblouir.Avait-il une arrière-pensée en lui consacrant les battements de son coeur, son application au travail, ses rêves d\u2019avenir ?Non.sans doute.Elle était à la fois trop près et trop loin de lui.Il ne s\u2019efforçait qu\u2019à lui inspirer de l\u2019amitié, à ses yeux plein de mérites, « le fils de ce pauvre docteur qui donne tant de satisfactions à sa mère.» En outre, ne dépassant Sibylle que d\u2019une année, il n\u2019était qu\u2019un grand garçon à l\u2019âge ingrat alors qu\u2019elle était déjà une jeune fille, belle, épanouie, désirable pour d\u2019autres que lui.Il eût été fou d\u2019espérer l\u2019atteindre.Aucune de ses cousines ni de ses amies\u2014les petites Charmet, filles du directeur de l\u2019usine de Blusans, les soeurs Galmat, de Baume-les-Dames, les deux Villemot, Lucie Chappelle \u2014 ne l\u2019égalaient en beauté.C\u2019étaient de sympathiques enfants, simples, sans détours, mais maladroites comme des garçons en pleine croissance.Elles étaient toutes passionnées de scoutisme et de camping, ne se souciaient pas de leur toilette ni de leurs manières, parlaient d\u2019une voix forte avec des gestes à l\u2019emporte-pièce.François songeait que.plus tard, de celle qui serait sa femme, il exigerait plus de féminité.Passait encore, à l\u2019âge et dans la situation de sa mère, d\u2019abdiquer toute coquetterie, mais si jeunes ! Il ne se donnait aucune précision sur la personnalité de cette future épouse qu\u2019il parait toutefois des grâces de Sibylle.Elle appartenait à un temps, à un monde encore trop lointain.Et, dans ce temps-là, hélas ! Sibylle serait mariée depuis belle lurette.Il imaginait pour elle un mari du genre de Bernard de Lauf-fray, élégant cavalier aux yeux de braise, maître de domaines fabuleux auprès desquels le Saint-Buisson n\u2019était qu\u2019une villa de plaisance.Et c\u2019était pour cela, sans doute, qu\u2019il détestait cordialement le cousin de la belle Marie-Paule.Comme tout cela était loin ! Si douce, puurtant, et aussi tellement importante pour le développement de sa vie d\u2019homme, François évitait de penser à cette époque.Elle lui laissait aux lèvres un goût d\u2019amertume et de cendre.IV François arriva ce soir-là au pavillon de La Varenne totalement démoralisé.Il se faisait l\u2019effet du pélican de Musset : En vain il a des mers sondé la [profondeur, L\u2019océan était vide et la plage déserte, Pour toute nourriUire.il apporta [son coeur.P.venait de passer une heure avec un médecin de banlieue qui cherchait un associé.D\u2019abord, comme dans toute association, il fallait un apport d\u2019argent.Ensuite, les conditions de logement étaient rien moins que tentantes et auraient déplu à Yvette.Enfin, comme tous ceux qu\u2019il avait vus jusqu\u2019à ce joui-, le médecin s\u2019était écrié : \u2014 Partez donc pour votre pays.Qu\u2019attendez-vous ! Vous êtes fou de laisser passer cette occasion.Un autre jeune confrère prendra la place disponible et il sera bien temps pour vous de regretter ! Un médecin de campagne, de nos jours, gagne autant d\u2019argent qu\u2019un médecin de ville, sinon davantage.Unique inconvénient : les études des enfants.Vous serez obligé de les mettre en pension, comme on a fait pour vous-même.Vous n\u2019en êtes pas mort, n\u2019est-ce pas ?D\u2019ailleurs, vous n\u2019êtes pas encore marié.Vous avez le temps de voir venir.Il fallait transmettre cette opinion à Yvette.Elle se boucherait les oreilles, comme chaque fois qu\u2019il remettait ce sujet sur le tapis.Ah ! si elle savait, pourtant, combien il était las de Paris après l\u2019avoir habité et aimé pendant cinq ans, et à quel point il lui tardait de dormir enfin dans une chambre bien à lui, dominant de ses fenêtres un paysage familier! Il rêvait de Montu-zon, de sa rivière, du bruit de cascade du barrage.Il rêvait d\u2019avoir à soigner des gens qu\u2019il connaissait bien, qui l\u2019avaient vu tout petit.Mme de Montuzon, du vieux château sur la colline, souffrait-elle toujours de troubles cardiaques ?Son père avait-il toujours son diabète ?La vieille Amélie Gros-jean devait être morte depuis longtemps et ne plus gémir de ses douleurs mais la Thérèse, sa fille, avait au moins une douzaine de petits enfants et cela faisait beaucoup de coqueluches et de rougeoles.Et le père Lapusse qui croyait toujours avoir un cancer, de la gorge ou de l\u2019estomac, n\u2019importe, pourvu qu\u2019il en eût un.Par le plus grand des hasards, toute la famille Fabrolles se trouvait réunie ce soir-là pour le dîner.Le professeur qui, comme tous les grands esprits, cultivait à l\u2019occasion, lorsqu\u2019il descendait sur terre, la plaisanterie facile, posa à son futur gendre la question désormais classique : \u2014 Eh bien ! docteur, combien de malades avez-vous aujourd\u2019hui expédié dans l\u2019autre monde ?On rit un peu, par politesse, mais à l\u2019étonnement général, une autre question suivit, plus sérieuse sous une apparence aussi frivole : \u2014 Et quand vous déciderez-vous à vous attaquer plutôt aux malades de la Haute-Saône ?Il y eut un silence gêné et Yvette poussa un cri : \u2014 Vous avez comploté entre hommes ! Vous vous êtes alliés pour vouloir ma mort ?C\u2019est une conjuration ! Je proteste ! \u2014 Nous n'avons rien comploté, prononça M.Fabrolles en adoptant une attitude qui ne lui était pas coutumière dans sa famille, c\u2019est-à-dire qu\u2019il donna de petits coups sur la table pour réclamer l\u2019attention, comme il le faisait dans sa classe.C\u2019est la première fois que j\u2019aborde ce sujet avec.comment appelez-vous, mon ami ?François, je crois.\u2014 Papa, c\u2019est impossible.Je déteste la campagne.J\u2019ai dit cent fois à François ce que je pensais de.\u2014 Silence ! Ce n\u2019est pas à toi que je m\u2019adresse.Ni à ta mère, je le dis tout de suite.Elle n\u2019a qu\u2019à se taire.C\u2019est elle qui m\u2019a parlé ce matin de ce projet de Montbazon.\u2014 Montuzon, papa.\u2014 C\u2019est la même chose.Naturellement elle trouvait ce projet stupide pour la seule raison qu\u2019il est intelligent, sensé, logique, indiscutable.Vous n\u2019avez pas à hésiter, mon cher François.Quand partez-vous ?\u2014 S\u2019il ne tenait qu\u2019à moi, monsieur, je serais déjà parti.Mais c\u2019est Yvette.M.Fabrolles se leva, sans se soucier du potage qui refroidissait dans son assiette et se mit à arpenter la pièce lentement, ses paumes appuyées l\u2019une à l\u2019autre comme s\u2019il dictait le texte d'une composition d\u2019histoire : \u2014 Vous n\u2019ignorez pas, mon cher ami, que les femmes ne possèdent pas une once, pas un atome de ce qui peut constituer, aux yeux d\u2019un être normal, le plus élémentaire bon sens.Ou plu- tôt si, vous l\u2019ignorez puisque vous êtes jeune \u2014 et quoi je vous envie car, si j\u2019avais votre heureux âge, je demeurerais célibataire \u2014 et que vous sollicitiez leur avis.Moi qui suis fixé sur ce point depuis de très longues années, cela fait presque trente ans, et qui semble en avoir pris mon parti, je vous déclare ce qui suit : N\u2019écoutez pas une femme, ne l\u2019écoutez jamais.Tenez pour nul et non avenu ce qu\u2019elle pense et ce qu\u2019elle juge dans sa toute petite pensée, dans sa toute petite jugeotte.Abstenez-vous soigneusement de solliciter son opinion dès qu\u2019il s\u2019agit de questions graves.Passe pour la lessive et le menu, et encore Mes chemises sont mal lavées et l\u2019on me fait manger des farineux que je ne peux pas souffrir, tout cela parce que Madame jque au bridge.Les questions graves se règlent à tête reposée.Une tête d\u2019homme.Celles de ces dames sont toujours en bouillonnement, et à vide.Si j\u2019étais à votre place, Philippe, non, Jacques, non, François, je ferais ma malle et j\u2019irais soigner les malades franc-comtois.Ils valent bien les autres, au surplus.Un ulcère parisien n\u2019est pas plus beau que les leurs.J\u2019achèterais une voiture, d\u2019occasion évidemment.J\u2019ai la mienne depuis dix ans et elle n\u2019était déjà pas neuve quand le garagiste me l\u2019a vendue.Je vous urocurerai l\u2019adresse de cet homme.Il s\u2019y connaît et ma voiture est inusable.Donc je m\u2019installerais tout doucement, c\u2019est-à-dire que je ferais consolider les poutres si elles sont branlantes, les gouttières si elles sont percées.Plus qu\u2019il n\u2019en faut pour être heureux.Comme si l\u2019on avait besoin de tous ces appareils électriques pour lesquels ma femme me persécute, sans aucun résultat, d\u2019ailleurs.Et puis, le jour où ma maison serait prête à la recevoir, je viendrais chercher ma fiancée et je l\u2019épouserais en bonne et due forme, de gré ou de force, si tant est que je n\u2019aie pas apprécié, durant cette période préparatoire, les joies de la solitude et de la tranquillité.Voilà ce que je ferais, mon cher ami, si je m\u2019appelais François Granel.Mais je n\u2019ai pas, naturellement, de conseils à vous donner.Jean-Louis, mon fils, qu\u2019en penses-tu, toi qui es aussi un homme, un être humain et un médecin ?N\u2019ai-je pas raison ?Silence, les autres ! \u2014 Je suis entièrement de ton avis, papa, et je l\u2019ai déjà dit à François.Mais Yvette est une petite sotte qui ne comprend rien.\u2014 Jean-Louis, tu es un traître, un faux frère.Maman ! Enfin, dis quelque chose ! \u2014 Ah ! non, surtout pas ça ! ordonna le professeur.D\u2019ailleurs, la cause est entendue.Qu\u2019on me laisse dîner en paix.La plus intense stupéfaction régnait autour de la table.De mémoire de Fabrolles on n\u2019avait jamais entendu le père de famille se livrer dans sa maison à un aussi long discours.Maintenant, il avait reprit sa place, fait la grimace en goûtant à son potage froid et réclamé des oeufs, autre révolution.Tout le monde avait compris son intention bien arrêtée de n\u2019être ni contredit ni importuné davantage.Les grands échangeaient des oeillades et les petits des coups de coude.Si papa mettait ainsi le nez dans les affaires des autres, où allait-on ?Il n\u2019y aurait plus moyen de s\u2019amuser.Ce serait le travail forcé, le bagne, la vie normale, quoi ! Mme Fabrolles elle-même s\u2019étranglait avec ses lentilles.Elle en oubliait les trois sans-atouts quelle avait manqués l\u2019après-midi : le déshonneur de sa carrière de bridgeuse.François, perplexe, baissait le nez sur son assiette.De quelle monnaie, paierait-il, dans la soirée, lorsque son futur beau-père se serait retiré dans sa tour d\u2019ivoire, une intervention qui aurait dû lui inspirer une juste joie, lui assu- ¦\"'l COUPABLE ou NON-COUPABLE ?JUDICIAIRE CHRONIQUE par ROBERT MILLET, B.A.L\u2019individu trouvé sur le toit d\u2019un immeuble commercial à l\u2019insu du propriétaire est-il coupable de tentative de vol ?Un jeune homme a réussi à se hisser sur le toit d\u2019un grand magasin.Il vient d\u2019y accéder quand des officiers de police l\u2019arrêtent et le traduisent en Correctionnelle sous l\u2019accusation de tentative de vol.En Cour, le prévenu lui-même admet qu\u2019il n\u2019avait pas obtenu l\u2019autorisation de monter sur le toit de l\u2019immeuble.Aucune preuve d\u2019effraction, ni de vol n\u2019est cependant faite contre lui.Puis il explique son incursion.Il voulait « faire une farce ».Ayant aperçu une corde à linge enroulée autour d\u2019un poteau, mais dont une des extrémités était encore solidement attachée au sommet du poteau, il avait eu l\u2019idée de se hisser sur le toit de l\u2019immeuble voisin à l\u2019aide de la corde et du poteau.En ce faisant, il avait un plan en tête.La veille, on avait installé des décorations de Noël lumineuses sur le toit du magasin.En montant là-haut, il pourrait détacher certains fils électriques, qui alimentaient les lumières des décorations, et ainsi empêcher, du moins temporairement, l\u2019illumination.C\u2019était tout : rien de plus.Cet individu est-îl COUPABLE ou NON de tentative de vol ?NON-COUPABLE ! a décidé le Président du Tribunal dans un jugement rendu aux Sessions de la Paix, à Montréal, le 14 janvier 1958.Après avoir entendu la preuve de l\u2019accusation et la déposition de l\u2019accusé, le Juge a déclaré qu\u2019il convenait d\u2019accorder à celui-ci le bénéfice du doute.Robert Millet, b.a. ?14 Le Samedi, Montréal, 18 juillet 1959 rant un triomphe sans modestie.Yvette allait pleurer, sûrement, et il en souffrait déjà.Elle ne pleura pas, mais elle l\u2019ignora.A quatre pattes sur le tapis, elle taquinait ses petits frères et jouait avec son loulou de Poméranie.François prit le parti de bavarder avec son camarade Jean-Louis.Celui-ci lui confia, entre haut et bas, qu\u2019il était sur le point de résoudre le problème en s\u2019attachant à un établissement industriel.La perspective l\u2019enthousiasmait médiocrement.Il enviait François de conserver sa liberté, de n\u2019appartenir à personne : ¦\u2014 C\u2019est toi qui auras la vraie vie.Et de l\u2019air toute l\u2019année, pendant que je serai enfermé dans un bureau.Il faut être une petite gourde aussi bornée que ma soeur pour te mettre des bâtons dans les roues.Ne t\u2019en fais pas, je la sermonnerai.Brusquement Yvette disparut, serrant son chien contre son coeur.François allait s\u2019élancer à sa suite lorsque Jean-Louis le retint : \u2014 Elle s\u2019en va pleurer dans sa chambre.Laisse-la donc.Les larmes portent conseil.De deux choses l\u2019une : ou elle t\u2019aime et elle t\u2019accompagne n'importe où.Mais si elle ne t\u2019aime pas.Allons, ne fais pas cette tête.Mon vieux, tu vois bien que je blague.Cela aussi, c\u2019était la voix de la raison, une voix insidieuse qui avait plusieurs fois déjà murmuré les mêmes paroles aux oreilles de François : une femme aimante n\u2019hésite pas à partager la vie de celui qu\u2019elle a élu.Les femmes qui suivent leur mari au fond de la brousse ou dans des régions dangereuses ne sont pas toutes des héroïnes.Simplement des amoureuses.Et Mon-tuzon n\u2019était ni brousse ni le désert, ni un pays en proie à la révolution ou infeste de bêtes féroces.Tout au plus un chef-lieu de canton de Franche-Comté où l\u2019on ne donnait ni cocktails ni représentations théâtrales, où l\u2019unique salle de cinéma était celle du patronage.Cependant, des êtres s\u2019y étaient aimes, s\u2019y aimaient, s\u2019y aimeraient encore.Yvette revint méconnaissable.Son petit minois amusant s\u2019était transformé en un véritable masque de tragédie, hautain, mal résigné à la fatalité.\u2014 J\u2019ai pris une décision, François, prononça-t-elle avec solennité.Je vous suivrai au bout du monde.Faites ce que papa vous a dit.Partez en reconnaissance.Faites-vous une clientèle et une jolie maison.Nous irons vous voir la-bas.Je vous attendrai avec autant de confiance et de patience que cette bonne femme de l\u2019Antiquité qui faisait de la tapisserie pendant que son mari voyageait et la trompait éperdument.Et puis, quand vous serez prêt à m\u2019épouser, vous m\u2019épouserez.Venez avec moi dans le jardin, François.J\u2019ai autre chose a vous dire qui ne regarde pas les autres.Ils sortirent enlacés.Dans le jardin minuscule, François prit sa fiancée dans ses bras et la serra contre lui.Elle ne lui arrivait pas au menton et il dut se pencher beaucoup pour recueillir sur ses lèvres le très important renseignement qu\u2019elle voulait lui communiquer : \u2014 Je vous aime, François.Je ne peux pas me passer de vous.Je suis prête au sacrifice de mes goûts et de mon idéal pourvu que je vous voie chaque jour, que je vive auprès de vous.11 connaissait bien les goûts de la jeune fille mais ne s\u2019attarda pas à se demander ce qu\u2019elle pouvait bien nommer son idéal.La déclaration était trop délicieuse à entendre pour en approfondir le sens.Elle méritait un baiser, un baiser qui fut très long et très tendre.Après quoi, ce fut lui qui promit : \u2014 Je m\u2019efforcerai, ma petite chérie, pour compenser votre sacrifice et vous remercier de votre confiance, à vous assurer une existence merveilleuse.A la campagne comme à Paris, je n\u2019aurai d\u2019autre souci que de vous être agréable et de vous combler.Ma clientèle ne m\u2019accaparera pas complètement.Nous sortirons, nous irons en ville, nous recevrons des amis.L\u2019été, nous ferons de beaux voyages.Lorsque vous serez lasse de Montuzon, vous reviendrez ici pour voir votre famille et reprendre l\u2019air de Paris.Bref, vous ferez ce que vous voudrez.Etes-vous contente?.M accusez-vous encore d\u2019être votre assassin ?Elle baissa la tête avec humilité : \u2014 Je me suis dit plusieurs fois, au cours de ces derniers jours, que je n\u2019étais pas du tout la femme qu\u2019il vous iallait, que je ne saurais jamais me tenir à la hauteur de mon rôle., L\u2019amoureux se récria, bien sûr.Mais Yvette, pour la première fois, donnait de la réalité une version juste et précise.\t> \u2014 Je ferai ce que je pourrai, reprit-elle, puisque vous m\u2019aimez quand même.J\u2019ai de la peine en pensant que nous allons nous quitter.Débrouillez-vous pour revenir vite.Il partit dans la semaine qui suivit.En dépit des conseils de son futur beau-père, il rôdait une voiture neuve.Le premier versement avait englouti les trois-quarts de ce qui lui restait de son capital.Il ne lui restait qu\u2019à travailler ferme, à s\u2019imposer dans le pays, à faire vite pour se marier rapidement.Il participerait lui-même, dans la plus grande mesure possible, aux réparations de la maison.Il se ferait peintre, maçon, plombier, électricien, tapissier.Rien n\u2019est difficile et rien n\u2019est pénible quand il s\u2019agit de conquérir la femme qu\u2019on aime.Car la conquête d\u2019Yvette, il en était persuadé, n\u2019était pas une oeuvre définitive, ni de tout repos.Ce n\u2019est pas en un seul jour que l\u2019on s\u2019habitue à sa cage un petit oiseau fantasque.« Nous irons vous voir », avait-elle dit.Il fallait que, de sa visite, elle emportât l\u2019impression la plus rassurante.Dès le jour de son arrivée, il commença à redouter cette visite.Yvette ne comprendrait pas.Il ne disait pas encore, comme Jean-Louis, qu\u2019elle ne comprendrait jamais rien.C\u2019était trop tôt.Il l\u2019aimait trop.Il n\u2019avait pas revu Sibylle Vautier-Senonge.V 7 juillet.Mon Yvette, ma chérie, je commence par vous dire une fois de plus que ma pensée ne vous quitte pas un instant.Je ne vous ai expédié jusqu'à présent que de petits mots très brefs.Je voudrais vous écrire plus longuement ce soir.Je ne promets rien car il se peut que je ferme les yeux tout à coup et que je sombre dans le sommeil.Je suis si fatigué, chérie!.La crise de goutte du docteur Jean-not, qui le tenait déjà au lit quand je suis arrivé ici, il y a quinze jours, s\u2019est calmée pour laisser le pauvre vieux très affaibli, incapable de se mouvoir et de conduire sa voiture.Sa retraite est définitive.J\u2019ai donc hérité de ce fait la gentille petite épidémie de rougeole qui sévit dans les environs et a obligé l\u2019institutrice à fermer l\u2019école trois semaines avant la date prévue pour les vacances.Ajoutez à cela quelques accouchements, une jambe cassée, un mauvais panaris, un accès de paludisme, trois côtes enfoncées dans une collision de camions, une vieille qui se meurt et un nombre respectable d\u2019intoxications alimentaires, la fête du village ayant eu lieu dimanche dernier.Plus le passage, c\u2019est-à-dire les gens qui viennent à l\u2019occasion du marché et en profitent pour faire vérifier leur tension, leurs vaHces ou l\u2019état de leurs bronches.Je ne me plains pas, Yvette.Si la situation sanitaire de Montuzon devenait digne d\u2019être citée dans les journaux, je n\u2019aurais plus qu\u2019à plier bagage et à m\u2019inscrire au chômage.Mais c\u2019est qu\u2019en plus de tout cela, j\u2019ai le souci de la maison.Et ce n\u2019est pas un souci moral, je vous prie de le croire ! Il y a en tout d\u2019abord les démarches pour le rétablissement de l\u2019abonnement téléphonicpie, les demandes de devis pour les travaux importants, heureusement moins importants que je ne le craignais, c\u2019est-à-dire que la toiture et les murs sont en excellent état.Je désirais faire installer le chauffage central et la salle de bains.Impossible d\u2019entreprendre les deux à la fois.J\u2019ai choisi la salle de bains.Tout le monde, dans ce pays-ci, se chauffe arc bois.Je vais mettre un énorme poêle dans le vestibule et un autre dans chaque pièce habitée.Bien entendu, c\u2019est un expédient provisoire.Le reste viendra en son temps.Comme j\u2019en ai eu toujours l\u2019intention, je fais moi-même tout ce que je peux éviter de faire exécuter par un ouvrier.Avant-hier, j\u2019ai lessivé la cuisine avant de la repeindre, ce qui sera pour la semaine prochaine.Hier soir et ce soir, j\u2019ai rangé le grenier, ce qui me permet d\u2019effectuer une sorte de reclassement des valeurs, si j\u2019ose ainsi m\u2019exprimer.En effet dans ce grenier, j ai découvert de fort beaux meubles, des fauteuils de forme amusante et qu\u2019il suffira de recouvrir de tissus clairs et modernes, des bibelots Second Empire tels qu\u2019on en voit aujourd\u2019hui chez tous les antiquaires à la page, des portraits d\u2019ancêtres dont j\u2019ignore le nom mais qui ont une bonne tête.En revanche, mon cabinet, le salon et les chambres sont d\u2019un style 1925 absolument abominable.Je n\u2019aurai même pas l\u2019impression d\u2019accomplir un sacrilège en vendant ce mobilier car maman ne l'aimait pas non plus.Hélas! je n\u2019en tirerai pas cher et il me faudra le remplacer.Je vais me mettre à surveiller les ventes aux enchères des villages.On trouve parfois dans les fermes des trésors insoupçonnés.Vous vous demandez sans doute qui s occupe de ma subsistance et aussi d ouvrir ma porte et de répondre au téléphone lorsque je suis en tournée.Ce n est pas une femme de journée, c\u2019est un homme, un personnage fort pittoresque qui se nomme Auguste Lan-cien c est le frère de la jambe cassée \u2014 et sait exactement tout faire, même repriser les chaussettes, ayant été dans sa jeunesse ordonnance d\u2019un colonel.Il a même beaucoup de style et parle à la troisième personne, ce qui est du meilleur effet ati,près de la clientèle.Bien entendu, quand vous serez là, nous ne nous contenterons pas de ce valet de chambre improvisé.Heureusement vous n\u2019êtes pas encore là.Ne prenez pas cela pour une méchanceté, Yvette chérie.Je serais seulement très humilié que vous me voyiez dans ma tenue de sauvage et au milieu de ce chantier qu\u2019est ma maison.Patience, tout cela va s\u2019arranger.J\u2019espère que déjà, le mois prochain, je serai en mesure de vous offrir une vue plus optimiste de votre future demeure.Jet tombe de sommeil, ma chérie.Pourvu que mes malades se tiennent tranquilles cette nuit! De toute mon a me, je vous aime et je vous embrasse.Votre François.Trois jours plus tard, entre deux rougeoles, il recevait la lettre suivante : 10 juillet.Mon cher François, chaque fois que je me trouve devant cette maudite feuille blanche, je déplore de ne pas savoir écrire de jolies lettres et je me sens encore plus triste que le jour de votre départ.Ne soyez pas trop difficile ni sur le style ni sur l\u2019orthographe.Je ne peux pourtant pas demander à papa de me corriger mes fautes comme il le fait quand j\u2019écris à mes tantes de province pour leur souhaiter la bonne année.Je m\u2019ennuie sans vous.Je profite le plus possible de Paris avant d\u2019en être privée, mais je ne trouve beaucoup de plaisir à rien.Il, y a eu une surprise-party chez les Sicard, vous savez bien, ces gens qui habitent rue de la Pompe.Je suis allée au cinéma avec des amis de Jean-Louis.Film insipide.J\u2019ai changé de coiffure.Mes cheveux sont maintenant plus courts.Ce sera très pratique pour les bains d\u2019été.Nous partons au début d\u2019août pour Di nard, comme tous les ans.Les petits ont attrapé leurs oreillons et j\u2019espère qu\u2019ils seront guéris à ce moment-là.J\u2019ai déjà eu les oreillons et ne risque pas la contagion.Jean-Louis soigne tout le monde, quand il a le temps.Il a débuté dans sa nouvelle situation, ce qui fait qu\u2019il ne viendra pas avec nous à Di nard.Vous me parlez beaucoup de votre grenier et je vous pose tout de suite une question : y a-t-il des souris ?Si oui, achetez tout de suite des pièges, ou procurez-vous un chat.J\u2019ai horreur des souris et je ne veux pas que Tou-toune risque d\u2019en manger quand il sera là.Ce serait très mauvais pour son estomac, et puis cela me dégoûterait.Je ne voudrais phis l\u2019embrasser.Quand j\u2019ai parlé de cela à la maison, Christine m\u2019a dit, sûrement pour me faire enrager, qu\u2019il n\u2019y avait pas seulement des souris mais aussi d\u2019énormes rats dans tous les villacfes en bordure de rivière.Pourtant, nous qui ne sommes pas loin de la Marne, nous n\u2019avons jamais vu de rats et je ne tiens pas à en voir.Renscignez-moi, je meurs de peur.Le blanc se fait de moins en moms pour les salles de bains.J\u2019aimerais une couleur pastel : bleu ou rose.Plutôt rose.Et du jaune vif dans la cuisine, c\u2019est plus gai.Je vous plains de ne jamais être sûr de dormir une nuit entière.C\u2019est si bon de dormir ! Moi qui ai de la peine toute la journée parce que vous n\u2019êtes pas avec moi, j\u2019attends avec impatience le soir et le moment de me coucher.C\u2019est pourquoi je vous dis, mon cher François, votre petite chérie va dormir.Elle vous aime et vous embrasse.Yvette.François écrivait chaque jour un court billet.Il ne rédigeait une vraie lettre que lorsque ses multiples et diverses occupations lui accordaient une petite heure de répit.Ce jour-là, ce fut en prenant son café, servi dévotement par Auguste Lancien, qu\u2019il écrivit : 21 juillet.Ma chérie, n\u2019ayez pas honte de vos lettres.Je vous y retrouve tout entière entre les lignes avec vos yeux, votre voix, votre sourire et vos caprices.Vous êtes ma chère petite fille et mon rayon de soleil.Et j\u2019ai bien besoin de soleil car, depuis quarante-huit heures, il n\u2019a pas cessé de pleuvoir.La rivière monte et l\u2019on se croirait en novembre.La radio et les paysans disent qu\u2019il ne s\u2019agit que d\u2019orages.Je souhaite qu\u2019ils aient raison.Ce temps me donne le cafard.C\u2019est avec vos yeux de Parisienne que je regarde le paysage et il me parait tout d\u2019un coup si triste que j\u2019ai envie de fuir.Je ne devrais pas vous dire cela.De tels propos sont décourageants.Comme est aussi décourageante la lenteur des entrepreneurs.Celle de mon travail également.Le lessivage et la peinture de la cuisine n\u2019avancerait guère si mon brave Auguste ne m\u2019aidait.Il aime à me faire des surprises et elles ne sont pas toutes heureuses.N\u2019a-t-il pas eu l\u2019idée, hier, de badigeonner de ripolin un charmant guéridon Louis XV dont Le Samedi, Montréal, 18 juillet 1959 15 la laque lui semblait un peu trop pa-tinée ?L\u2019essentiel, pourtant, c\u2019est mon travail de médecin et, de ce côté, tout va bien, tout dépasse mes espérances.Il n\u2019est pas une seule maison où je ne sois reçu avec des cris de joie.On salue mon retour dans le pays et on « l\u2019arrose » copieusement.Un peu trop même pour mon goût et pour mon foie.A chaque visite, il me faut ingurgiter un petit verre d\u2019eau-de-vie de prune ou de mirabelle.Si je refusais, ce serait un drame, un affront fait à mes hôtes et qu\u2019ils ne me pardonneraient pas.Quand l\u2019alcool est vieux, passe encore.S\u2019il est de l\u2019année, j\u2019ai l\u2019impression d\u2019avaler de l\u2019alcool à brûler, c\u2019est extrêmement désagréable.\u2022 Je ne sais si je vous ai parlé \u2014 oui, je crois, mais brièvement \u2014 de mes aniis Vautier-Senonge qui habitent le ravissant petit château du Saint-Buisson, à six kilomètres d\u2019ici.Quand je dis mes amis, je songe surtout au passé car j\u2019ai été accueilli dans ma jeunesse avec la plus grande bonté par Mme Vautier-Senonge, malheureusement disparue.Son mari, à cette époque, était notaire à Hanoï.A la mort de sa femme, il est revenu au Saint-Buisson et s'y est fixé définitivement.Hélas ! il n\u2019est plus le même homme.A soixante ans à peine, il paraît un vieillard de près de quatre-vingts ans.Quel est le mal qui l\u2019a conduit si près de la tombe ?Je crois le savoir mais je doute d\u2019être jamais appelé auprès de lui.D\u2019ailleurs, le Saint-Buisson a perdu ses belies traditions d\u2019hospitalité et de gaieté.La vie y est devenue difficile et austère.Deux cerbères y montent la garde : une vieille domestique revêche et un certain neveu sorti de je ne sais oit et qui ne me dit rien de bon.Heureusement que la jeune fille de la maison, Sibylle, mon amie d\u2019enfance, fait régner un peu de jeunesse et de clarté dans cette demeure endeuillée.Je me demande pourquoi elle ne s\u2019est pas mariée car elle est belle, riche, sympathique et intelligente.Quand je suis arrivée, elle était en voyage : son père possède de gros intérêts dans le Midi.Tout cela est assez embrouillé.J\u2019ai connu les Vautier très riches.On les dit maintenant à peu près ruinés.Qu\u2019y a-t-il de vrai dans tout cela, je n\u2019en sais rien.En tout cas, Sibylle est rentrée et nous nous rencontrons parfois.Mais je suppose que je ne vous intéresse guère avec ces histoires de gens que vous ignorez totalement.C\u2019est que, lorsque je vous écris, je me laisse aller à penser tout haut.Et puis, j\u2019aimais beaucoup Sibylle lorsque j\u2019étais un collégien.Sa compagnie sera pour vous une grande ressource lorsqu\u2019enfin vous serez près de moi.Mille baisers, ma chérie.Je suis navré de me séparer de vous mais j\u2019ai un rendez-vous urgent avec une grippe infectieuse.Votre François.Yvette répondit par courrier et sa lettre eut le don de plonger son fiancé dans une joie intense mêlée de consternation.22 juillet.J\u2019ai la douleur de vous annoncer, mon cher François, qu\u2019un deuil cruel vient de frapper la famille Fabrolles en la personne de Trotinette, la chère voiture de papa réputée inusable et irrétrécissable.Cette fois, c\u2019est réglé, elle a fini sa carrière.La voilà morte, et bien morte.Papa a profondément réfléchi à la possibilité de renouveler le moteur, et ensuite la carrosserie.Le garagiste et Jean-Louis le lui ont déconseillé.Il a donc acheté sur-le-champ une autre voiture d\u2019occasion que nous baptisons Trotinette II.Comme l\u2019objet est assez vaste pour contenir six ou sept Fabrolles, à condition de se serrer, nous avons décidé de l\u2019inau-gurer par un week-end à Montuzon.Retenez-nous des chambres à l\u2019hôtel, si le pays en possède un.Je pense qu\u2019il y aura papa, Jean-Louis, Christine, Chantal, Guillaume, peut-être Yves, et naturellement moi-même.Les autres ont les oreillons et maman reste pour les soigner.Elle est de très mauvaise humeur parce que la bonne se marie avec le facteur.Pour une fois que nous gardions une domestique, ce n\u2019est pas de chance.Que voulez-votis, comme dit Jean-Louis, les facteurs aussi ont droit à l\u2019amour.A samedi, amour, chéri, trésor.Je suis folle de joie de vous revoir.Yvette.Il regarda autour de lui.C\u2019était un désastre : rien n\u2019était prêt.Même en y passant ses nuits, il n\u2019arriverait jamais à donner un aspect convenable à la maison pour l\u2019arrivée de sa fiancée le surlendemain.Il houspilla Auguste Lancier* et engagea un ouvrier occasionnel.Il fallait au moins que la salle à manger pût se prêter à quelque repas de famille nombreuse.Le «nettoyage alla grand train.On escamota les horreurs 1925 et on descendit quelques meubles du grenier.L\u2019effet n\u2019était pas trop mauvais.Cependant, Auguste fauchait l\u2019herbe du jardin et reconstituait une ébauche d\u2019allée.François acheta des pots d\u2019hortensias qu\u2019il déposa un peu partout.Cela remplacerait les fleurs des plates-bandes qui n\u2019étaient encore que semées.Il ne lui restait plus qu\u2019à espérer le beau temps, Thérèse Grosjean, à qui il achetait des oeufs, lui suggéra d\u2019en promettre aux soeurs Clarisses.Ces braves religieuses, paraît-il, ont le pouvoir, par leurs prières, d\u2019amener le soleil, à condition qu\u2019on leur offre des douzaines d\u2019oeufs.François promit tout ce qu\u2019on voulut, tout en plaignant le foie des Clarisses qu\u2019une si grande consommation d\u2019oeufs devait tout de même endommager.Partie à l\u2019aube de La Varenne, la famille Fabrolles aboutit à Montuzon au début de l\u2019après-midi sous un soleil éclatant.François bénit les Clarisses et reçut dans ses bras sa fiancée qui riait de bonheur, nez retroussé, toutes dents dehors.\u2014 Charmant petit pays, dit monsieur Fabrolles.Comme on doit y être tranquille pour s\u2019absorber dans un travail ! \u2014 Cette rivière doit regorger de poissons, dit Jean-Louis.¦\u2014 Tu parles de descentes en canoë ! s\u2019écria Guillaume.C\u2019est au poil ! \u2014\tPleins de poésie, ces rideaux de joncs et ces plaques de nénuphars, observa Christine.On s\u2019attend à voir Ophélie descendre le courant, sa longue chevelure déployée entraînant les herbes glauques.La nuit, au clair de lune, cela doit être divin.\u2014\tElle n\u2019est pas grande, votre maison, dit Yvette en faisant la moue.Où donc est le jardin ?Derrière ?.Où en sont les reparations ?.Qu\u2019importe ! Je suis si contente de vous voir que j\u2019en oublie tous les ennuis.A plus tard les affaires sérieuses ! C\u2019est mon principe.Le déjeuner, servi par Auguste, se déroula sans incident jusqu\u2019au dessert.A ce moment, François dut quitter la table, appelé par un coup de téléphone : le bébé d\u2019Andrée Renaud rejetait son lait depuis deux jours.Il revint, but son café et fit visiter la maison.Yvette daigna reconnaître que, des fenêtres de sa chambre, la vue était ravissante.Elle interrogea, désignant le château sur la colline : \u2014 Est-ce là ce château du Saint-Buisson où vous avez une chère amie douée de toutes les vertus ?\u2014 Non, c\u2019est le château de Montuzon.Il n\u2019abrite qu\u2019une maladie de coeur, un diabète et de l\u2019arthristime.Autrement dit madame de Montuzon, une femme d\u2019un certain âge, genre dame d'oeuvres, son père qui, lui, est d\u2019âge certain et ses fils célibataires, tous deux perclus de rhumatismes.Les filles sont mariées à Paris et à Lyon.\u2014 Joli voisinage à m\u2019offrir! \u2014 Ce n\u2019est peut-être pas réjouissant mais certainement d\u2019un bon rapport, intervint Jean-Louis en riant.Si toutes les familles du pays sont aussi handicapées, ta fortune est faite.François.\u2014 Et cette jeune fille de l\u2019autre château que vous me promettez pour amie, est-elle bien portante, celle-là ?Quel âge a-t-elle ?\u2014 Sibylle resplendit de santé et de fraîcheur.Elle a un an de moins que moi, ce qui lui fait vingt-sept ans.\u2014 Vingt-sept ans ! Et vous appelez cela une jeune fille ?C\u2019est une vieille fille, voyons, François ! Elle aussi doit s\u2019occuper d\u2019oeuvres et tricoter toute la journée.De la vraie jeunesse, de mon âge, où y en a-t-il ?Vous m\u2019aviez dit.\u2014 J\u2019avoue, répondit-il un peu embarrassé, que je jugeais la jeunesse de la région à mon échelon, non au vôtre.J\u2019oubliais que je suis presque un vieux monsieur auprès de vous.Et aussi que je me reportais à un temps qui a disparu.Le Saint-Buisson n\u2019est plus ce qu il était autrefois.Les jeunes gens et les jeunes filles de Montuzon, de Blusans, de la Molandrey, de la Roche-Paul, sont maries.Nombre d\u2019entre eux ont émigré à Paris, à Besançon, si ce n\u2019est outre-mer ou à l\u2019étranger.Mais il, y a, à Blusans, un jeune directeur d usine, et à la Roche-Paul un médecin qui n\u2019est guère plus vieux que moi.Nous nous ferons quand même des amis, je vous le promets, Yvette.Que ne lui aurait-il promis pour dissiper les impressions pénibles produites par le modeste cabinet de consultation, le salon aux fenêtres trop étroites, la chambre et la salle de bain aux plâtres apparents, la cuisine aux appareils anciens, le jardin encore en friche malgré l\u2019apport des hortensias ! De minute en minute, il voyait s\u2019assombrir sa joie de 1 arrivée.Ce fut pire lorsque, à nouveau, il fut appelé au téléphone.Elle l\u2019entendit qui répondait : \u2022\u2014-Allô! Oui.Mme Valentin?.Mais cela ferait un mois d\u2019avance et rien ne laissait prévoir.Elle souffre ?Alors, je viens tout de suite.Comptez sur moi.Nulle trace de gaieté ne subsistait sur le visage de la jeune fille.\u2014 Vous allez encore me quitter?\u2014 Oui, chérie, j\u2019en suis désolé.La pauvre Mme Valentin a perdu un petit garçon l\u2019année dernière.Il faut redoubler de vigilance pour la naissance de celui-là.\u2014 Mais, François, ce n\u2019est pas une vie ! \u2014 C\u2019est celle d\u2019un médecin, intervint M.Fabrolles.Croyais-tu épouser un travailleur en chambre ?Il faut t\u2019y faire, mon enfant.C\u2019est le plus noble des métiers.après celui d\u2019historien, bien entendu.Allez, François, allez où le devoir vous appelle.Nous ferons le tour du pays pendant ce temps-là.Le lendemain, on se réveilla sous une .pluie fine et tenace qui faisait douter de tout : de l\u2019intervention des Clarisses comme des joies de la nature.François tenta bien d\u2019expliquer que la sécheresse était un fléau, que la terre avait besoin d\u2019eau et qu\u2019au surplus, le baromètre était en hausse.Yvette demeurait sceptique, les lèvres pinsées, l\u2019oeil lointain.Lorsqu\u2019elle revint sur terre, ce fut pour constater la mine de son fiancé.François avait les traits tirés et le teint gris d\u2019un homme qui n\u2019a pas dormi de la nuit.Elle s\u2019informa : \u2014 Qu\u2019avez-vous donc ?Etes-vous souffrant ?\u2014 Ce n\u2019est rien, répliqua-t-il.Tout s\u2019est très bien passé.C\u2019est un fils, tout le monde est ravi.Moi le premier, car nous avons eu une alerte.L\u2019enfant respirait avec peine.\u2014 Quel enfant ?De qui parlez-vous ?Voulez-vous dire que cette nuit?.\u2014 Cette nuit, je l\u2019ai passée tout entière au chevet de Mme Valentin.Le petit est né à six heures et c\u2019est seulement à sept que j\u2019ai su qu\u2019il était sauvé.Un magnifique enfant, ma foi.\u2014 Même la nuit! C\u2019est invraisemblable ! Si les bébés se mettent à naître la nuit, où allons-nous ! Je vous le dis, ce n\u2019est pas une vie.L\u2019HOROSCOPE DU \"SAMEDI\" (Nouvelle série) 4\t8\t2\t5\t6\t3\t7\t2\t6\t4\t3\t7\t2\t5\t6\t4 V\tG\tN\tS\tP\tM\tU\tA\t0\t0\tE\tN\tB\t0\tU\tU 7\t4\t6\t2\t5\t8\t3\t6\t7\t2\t6\t4\t3\t5\t8\t2 E\tS\tR\tU\tY\tR\tI\tQ\tC\tS\tU\tE\tL\tE\t0\tE 7\t2\t6\t5\t3\t4\t8\t2\t6\t5\t3\t7\t2\t4\t6\t3 0\tZ\t0\tZ\tL\tT\tS\tP\tI\tI\tE\tN\tA\tE\tV\tU 8\t5\t3\t6\t2\t7\t4\t8\t5\t6\t2\t7\t3\t4\t6\t2 C\tN\tR\t0\tS\tQ\tS\tH\tD\tU\tD\tU\tE\tP\tS\tE 4\t2\t7\t6\t3\t5\t8\t2\t4\t6\t3\t5\t2\t4\t8\t3 E\tV\tE\tE\tV\tU\tA\t0\tS\tM\tI\tL\tS\tS\tG\tT 7\t4\t6\t2\t5\t8\t3\t6\t4\t2\t7\t5\t3\t4\t2\t6 T\tI\tP\tF\tG\tR\tA\t0\tM\t0\tE\tE\tL\tI\tR\tR 6\t4\t2\t8\t5\t3\t6\t2\t4\t8\t3\t5\t2\t6\t4\t3 T\tS\tC\tI\tN\tI\tE\tE\tT\tN\tT\tT\tS\tR\tE\tE Comptez les lettres de votre prénom.Si le nombre de lettres est de G ou plus, soustrayez 4.Si le nombre est moins de 6, ajoutez 3.Vous aurez alors votre chiffre-clef.En commençant au haut du rectangle pointez chaque chiffre-clef de gauche à droite.Ceci fait, vous n\u2019aurez qu\u2019à lire votre horoscope donné par les mots que ferme le pointage de votre chiffre-clef.Ainsi, si votre prénom est Joseph, vous soustrayez 4 et vous aurez comme clef le chiffre 2.Tous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représentent votre horoscope.Droits réservés 1945, par William J.Miller, King Features, Inc. 16 Elle sucomba sous les sarcasmes de son père et de son frère aîné, alliés pour mettre en relief sa sottise définitive.François se rendait très bien compte qu\u2019il aurait dû la secourir, prendre son parti.Il n\u2019en avait plus le courage.Ses yeux, aveuglés par l'amour, commençaient à se désiller.Yvette était dans ce décor un élément insolite.Elle n\u2019y avait pas plus sa place qu\u2019un meuble ultra-moderne en métal à angles droits ou un tableau de Picaso.Il évoqua un autre visage féminin et chassa cette évocation de toutes ses forces.Un peu plus et, subitement, sans autre forme de procès, il ne restait plus rien d\u2019Yvette.11 n\u2019en restait plus grand'chose, en effet, quand toute la famille Fabrolles, ou du moins ses membres présents, s\u2019empila dans la voiture à destination de Paris.Rien que les effluves d\u2019un parfum de muguet, quelques cheveux blonds sur l'épaule de François et des relents de catastrophe irrémédiable.La catastrophe irrémédiable, François le pressentait peut-être, c\u2019eût été de se lier à Yvette.Il ne savait plus très bien.Il attendit le prochain courrier.Sa surprise fut relative en reconnaissant sur l\u2019enveloppe non l\u2019écriture échevelée de la jeune fille, mais les pattes de mouche de M.Fabrolles.« Mon cher enfant, écrivait le professeur d\u2019histoire, il est extrêmement désagréable de commencer une lettre en sachant qu\u2019elle n\u2019apportera aucun plaisir à son destinataire.Vous auriez préféré certainement une lettre d'Yvette.Cette lettre, elle est incapable de l\u2019écrire puisqu\u2019il lui faudrait vous parler d\u2019autre chose que de sa coiffure et de son chien.C\u2019est donc moi qui accomplis un triste office dont je me serais bien passé : vous annoncer que vous êtes libre, qu\u2019Yvette ne veut plus se marier, que votre vie de médecin de campagne lui fait peur.« L\u2019éducation de mes enfants a été fort négligée et je m\u2019en aperçois chaque jour davantage.Seul.Jean-Louis a bien tourné.Pour les autres, je me méfie.En ce qui concerne les plus jeunes, j\u2019aviserai, s\u2019il en est temps encore.Leur mère n\u2019est qu\u2019une tête folle et je ne suis qu\u2019un uieu.r maniaque : aussi, voyez le résultat.Mais ces considérations familiales doivent vous laisser indifférent.Venons-en donc au principal.« Depuis notre retour de Montuzon \u2014 charmant pays, je le répète \u2014 ma fille n\u2019a cessé de pleurnicher.Son argument est celui-ci : vous risquez à n\u2019importe quelle heure d\u2019être appelé pour un accouchement.Evidemment, cela tombe sous le sens.Ce sont les médecins qui mettent au monde, et non les maraîchers ou les gardes-champê-tres.Elle n\u2019avait jamais réfléchi à cette question.Elle ajoute que la maison ne lui plait pas, que la région manque de jeunesse et se répand en je ne sais combien d\u2019autres balivernes du même calibre.Bref, elle sort de mon bureau où elle m\u2019a déclaré tout net en se mouchant qu\u2019elle ne se sentait pas digne de vous, ce dont je suis intimement persuadé depuis le début de vos fiançailles, mais qu\u2019elle n\u2019aurait jamais le courage de cous en faire part.D'où la mission que j'accomplis, non de gaieté de coeur mais avec le sentiment de vous rendre un grand service.« Oubliez donc, mon cher ami, une enfant charmante et sans méchanceté mais superficielle et surtout mal élevée.Je revendique hautement la responsabilité de cette mauvaise éducation que je déplore mais qui est un fait.Vous n\u2019auriez pas été heureux.Croyez-moi sur parole car je sais de quoi je parle.« Jean-Louis me charge de vous dire qu\u2019il souhaite que votre amitié ne se trouve pas altérée par ce regrettable événement.J\u2019aurai toujours, de mon côté, le plus grand plaisir à vous revoir si l\u2019occasion s\u2019en présente.«Je reste votre tout dévoué et très confus.Pïerre Fabrolles.» A la première lecture, François ressentit un douloureux pincement au coeur.A la seconde, il demeura sur place, les yeux au loin, avec l\u2019impression d\u2019un grand vide, d\u2019un brouillard épais lui dissimulant l\u2019horizon.Puis il mesura ce vide.Un vide qui ne présentait que les proportions d\u2019Yvette, assez menues.A la troisième lecture, cette maison en pleine réfection et ce jardin de presbytère mal entretenu lui parurent dans un état beaucoup moins misérable.Le temps ne pressait plus.Il n\u2019était plus angoissé par ces questions perpétuelles :\t« Qu\u2019en pensera Yvette ?Cette pièce lui plairait-elle ?Trouvera-t-elle notre chambre assez belle ?» Il lui était égal qu\u2019il plût ou qu\u2019il fît beau.Ce n\u2019était pas un écroulement de tous ses rêves, mais une détente de tout son être.En somme, il arrivait à cette conclusion : un mois plus tôt, la lettre de M.Fabrolles l\u2019eût désespéré.Il se voyait aujourd'hui parfaitement guérissable, absorbé comme il l\u2019était par un travail passionnant, repris par l\u2019amour de sa terre, accroché par tous ces gens simples qui n\u2019attendaient que de lui la santé et le repos.Son caractère loyal était obligé d\u2019en convenir : derrière cette brume, après beaucoup de mélancolie et des heures de regret cuisant, il pourrait voir encore se lever le soleil.D\u2019ailleurs, d\u2019autres que ses malades pouvaient avoir besoin de lui.Et il se demandait brusquement pourquoi, écrivant à Yvette: «Avec vous, je pense tout haut », il avait tu l\u2019essentiel.\u2014 Attention à toi, François, murmura-t-il en pliant la lettre de rupture qu\u2019il ensevelit rêveusement dans un tiroir de son bureau.Tu viens de re cevoir un grand coup sur le crâne.Vas-tu essayer de te guérir en enfourchant une autre chimère ?Gare à la chute, cette fois-ci.Tu risques de t\u2019y casser le cou.VI Une huitaine de jours plus tard, dans un chemin qui menait à une ferme isolée un peu au-delà de Blusans, François subit la désagréable aventure d\u2019un pneu crevé.Il descendit de voiture, démonta la roue, trouva le clou malencontreux et se demanda un instant s\u2019il n\u2019allait pas laisser la voiture sur le cric tandis qu\u2019il ferait sa visite.Ce n\u2019était jamais l\u2019affaire que de cinq cents mètres à pied.Il calculait sa solution la plus rapide dans l\u2019intérêt de son malade lorsqu\u2019il vit une petite voiture déboucher d\u2019un chemin adjacent à une allure de promenade.Une tête de femme se penchait à la portière.Il reconnut la chevelure noire, tordue en un lourd chignon sur la nuque, les yeux dorés, le teint bronzé.Sibylle ! Elle s\u2019adressa à lui, gentiment mais comme à un inconnu : \u2014 Avez-vous besoin de quelque chose ?Puis-je vous être utile, monsieur ?Il la regarda sans répondre.Et l\u2019insistance de ce regard la renseigna.\u2014 François ! C\u2019est vous ! Suis-je assez sotte ! Je savais pourtant.J\u2019avais appris.Je reviens de voyage et je ne m\u2019attendais pas.C\u2019est-à-dire que l'on m\u2019avait avertie : vous êtes venu deux fois à la maison, n\u2019est-ce pas ?.J'avais l\u2019intention de passer vous voir, d'excuser mon père.Il ne faut pas m\u2019en vouloir.Comment n\u2019auriez-vous pas changé en un si grand nombre d\u2019années ! Elle était devenue toute rouge, comme autrefois.Il hésita à prendre sa main dans la sienne, souillée de boue et de cambouis.Elle fit signe que cela n\u2019avait pas d\u2019importance.François avait souvent rêvé de l\u2019instant qui le remettrait en présence de Sibylle.Dans son esprit, c\u2019était au château, dans le grand salon près du piano, ou bien sous les arbres du parc.Il n\u2019avait pas imaginé ce petit chemin solitaire, entre une roue démontée, un cric et un lot d\u2019écrous.Il n\u2019avait pas songé, surtout, qu\u2019il la reverrait non seulement aussi belle, mais plus belle encore qu\u2019autrefois.Comme beaucoup de femmes qui n\u2019ont connu ni les tourments de l\u2019amour, ni les grandes blessures de la vie, elle restait fraîche et sereine comme à quinze ans.Sa décision était prise.Il allait changer la roue.Cela lui permettrait de rester quelques instants de plus avec Sibylle.Le malade n\u2019était pas en péril : une vieille arthrite chronique à laquelle il ne pouvait pas grand-chose parce que négligée pendant des années.\u2014 Je ne puis vraiment pas vous aider ?\u2014 Vous plaisantez! Ne touchez à rien de tout cela.Vous saliriez vos mains, Sibylle.Chez elle, il l\u2019eût peut-être appelée « mademoiselle ».Mais elle l\u2019avait appelé par son prénom, sans hésiter.On eût dit qu\u2019ils s\u2019étaient quittés l\u2019été précédent, en disant :\t« A l\u2019année pro- chaine ! » Il souligna cette impression : \u2014 Je vous retrouve telle que je vous ai laissée.Vous n\u2019avez pas changé, Sibyllle.Ou plutôt.Mais je ne suis guère dans une tenue à vous tourner un madrigal.Acceptez tout de même aujourd\u2019hui les hommages du mécanicien.Le médecin se réserve de vous présenter les siens avec des mains plus convenables.Quand peut-on vous trouver chez vous ?J\u2019aimerais vous dire.Il s\u2019était relevé, les deux mains en l\u2019air, le visage subitement grave.Elle comprit à demi-mot.\u2014 Oui, François, nous avons éprouvé un malheur semblable.Vous avez perdu votre pauvre mère, si courageuse, si digne d\u2019éloges et de respect.J\u2019avais perdu la mienne quelques mois plus tôt.Nous avons échangé des lettres de condoléances un peu froides, maladroites, où le coeur ne s\u2019exprimait pas.On écrit et on reçoit tant de lettres, en ces instants ! On se sent raidi, paralysé.Et puis, entre nous, l\u2019absence avait joué.Nous étions plus tellement sûrs de nous connaître.Maintenant que je vous vois devant moi, il me semble que tout ce passé date d\u2019hier.\u2014 Madame votre mère a-t-elle beaucoup souffert ?\u2014 Affreusement pendant quelques semaines.Ensuite, elle n\u2019avait même plus la force de se plaindre.Elle acceptait la mort avec résignation.Sa fin a été silencieuse, énigmatique, comme sa vie.François, il ne faudrait pas croire.Elle détournait les yeux, avec un geste des mains qui semblait prendre à témoin toute la foule des indifférents, des médisants et des bavards : \u2014\t.Il ne faudrait pas croire que maman ait mené une existence heureuse.Tout le monde a été malheureux, c\u2019est cela, le drame.On souffre, on se tait.Et, si l\u2019on parle, on est injuste.Elle ajouta, beaucoup plus bas : \u2014 Le drame, source d\u2019autres drames.\u2014 La vie est bizarre, fit-il en se rendant parfaitement compte qu\u2019il ne prononçait qu\u2019une banalité.Des années se sont écoulées et je ne sais plus rien de vous.\u2014\tCroyez-vous donc qu\u2019il y ait quelque chose à savoir ?.Très vite, elle secoua la tristesse qui faisait entre eux comme un voile sombre.Son sourire repar ut : \u2014\tVous ne me demandez pas de nouvelles de mes cousines ?Toutes mariées et la plupart mères de famille.Quant à Aline.Le Samedi, Montréal, 18 juillet 1959 Il sentit sur lui plus intense, anxieux, sans l\u2019ombre de moquerie ou de défi, le regard des yeux dorés : \u2014 Aline qui avait eu, la pauvre, un mauvais départ dans la vie, est la plus heureuse de toutes.Alors qu\u2019elle allait faire ses débuts de danseuse dans un casino de province, elle a inspiré un coup de foudre irrésistible au fils d\u2019un grand industriel.Vous ne la reconnaîtrez pas tant elle est devenue « popotte ».Elle ne pense qu\u2019à son mari, à ses enfants, à ses recettes de cuisine.Elle épiait ses réactions.Elle parut nettement satisfaite quand il s\u2019exclama : \u2014 Tant mieux! Je suis bien content pour elle.En effet, elle était à plaindre.Pas de parents, ou si peu.Une nature intéressante.Comment se porte votre père ?Le visage de la jeune fille se rembrunit.Ce n\u2019était plus de l\u2019anxiété, ni de la.mélancolie, mais un tourment profond qui se lisait dans ses yeux.\u2014 Que vous a-t-on dit à son sujet ?murmura-t-elle.\u2014 Franchement, Sibylle.Qu\u2019il était souffrant, qu\u2019il avait beaucoup vieilli, qu\u2019il se faisait soigner par un médecin de Besançon.\u2014 Il ne se fait soigner par personne ! cria-t-elle avec violence.Il ne supportera même pas que vous.Non, pas vous plus qu\u2019un autre.Surtout pas vous, François.Mais venez le voir quand même et le plus tôt possible.Dites, François, quand aurez-vous un moment libre ?Venez le voir.Venez nous voir.Et, avant qu\u2019il ait pu répondre, elle soupira : \u2014 Nous sommes si seuls! \u2014 Vous voyagez parfois, dit-il.Tout récemment encore, vous étiez dans le Midi.Je ne puis croire à de tels changements dans votre vie.Vous aviez tant d\u2019amis, jadis.\u2014 Jadis n\u2019est pas aujourd\u2019hui.Je ne quitte le Saint-Buisson qu\u2019en cas d\u2019obligation absolue, du moment que mon père ne peut plus se déplacer.Il me fallait négocier la vente d\u2019une rizière en Camargue.Une vente de plus.Mais vous ne pouvez pas savoir ce qu\u2019ont été ces semaines d\u2019absence avec le souci constant.Vous le saurez peut-être un jour.Et alors, vous comprendrez.Elle se tut et il respecta son silence, tout aussi expressif que ses phrases réticentes semées de points de suspension.La roue était remplacée.Sibylle lui tendit la main.\u2014 Je vous laisse à votre tâche.Moi, je retourne à la maison.De temps en temps, j\u2019ai tellement besoin de respirer un autre air que celui du Saint-Buisson ! Venez me voir.Obligez-moi à vous parler de choses moins tristes que celles qui sont le fond de ma vie.Faisons resurgir l\u2019heureux temps de notre enfance.Racontez-moi des histoires de Paris, vos années d\u2019étudiant, et vos projets, vos rêves.Tout de suite après l\u2019avoir quittée, il se reprochait de ne pas avoir songé un seul instant à prononcer le nom d\u2019Yvette.Avait-il commis une trahison à l\u2019égard de sa fiancée ?Etait-il repris par l\u2019ancien amour ?Les deux visages se superposaient dans son esprit et il se rassurait lui-même en se disant : « Sibylle n\u2019est plus pour moi qu\u2019une amie.Elle sera l'amie d\u2019Yvette ».Tout n\u2019était pas aussi simple et il le savait très bien.Sibylle n\u2019avait pas parlé non plus de ce cousin Evrard Salvert que Mme de Montuzon et Au guste, et peut-être tout le monde, lui attribuaient comme fiancé.En somme, quel avait été, alors qu\u2019il aimait Sibyllle, le point de départ de son renoncement ?Sur quelle base avait-il édifié la certitude que Sibylle ne serait jamais sa femme ?Voilà le thème sur lequel il médita pendant toute la fin de cette journée, aussi bien pen- Le Samedi, Montréal, 18 juillet 1959 17 ché sur ses malades que fouillant dans son grenier ou juché sur une échelle pour lessiver les plafonds.Même en griffonnant pour Yvette son court message quotidien.Sur quelle base ?Sur le seul témoignage d\u2019une enfant jalouse, prête à toutes les insinuations et à toutes les calomnies pour se détacher d\u2019une rivale qui était la fille de sa bienfaitrice.Le coup porté par Aline avait été si brutal, ses assertions si vraisemblables, qu\u2019il n\u2019avait pas discuté l\u2019authenticité de ses sources de renseignements.Etant donné l\u2019âge des héros à cette époque, la possibilité d\u2019un mariage, même à échéance lointaine, entre Sibylle et François n\u2019avait guère de chance d\u2019avoir été débattue en présence d\u2019Aline Réville.Elle n\u2019avait donc traduit que son impression personnelle, à une époque où François n\u2019était encore qu\u2019un enfant et ne possédait pour capital que son coeur et son ambition.Une ambition limitée, raisonnable, mais solide.La scène du jardin et celle de la barque, il les traitait maintenant de puériles tragédies.Aujourd\u2019hui, il était un homme, muni de bons diplômes, d\u2019un titre, d\u2019une situation.Que se serait-il passé si, l\u2019hiver précédent, il était venu trouver Sibylle, au lieu de demander Yvette en mariage, pour lui dire : « Sibylle, vous êtes libre.Je n\u2019ai jamais cessé de vous .aimer.Je vous aime.Soyez ma femme.C\u2019est le rêve de toute ma vie » ?S\u2019il avait fait cela, aurait-elle répondu d\u2019un sourire dédaigneux ?Lui aurait-elle objecté qu\u2019il n\u2019avait pas de fortune et qu\u2019elle continuait à viser plus haut que lui ?Ou qu\u2019elle aimait ce cousin Evrard, qui accomplissait chaque soir en son honneur plus de cinquante kilomètres, mais dont elle ne voulait pas dire si, oui ou non, elle serait un jour sa femme ?.Trop tard.Trop tard pour les retours sur soi-même et les regrets.Il avait triomphé de son amour.Il avait réussi à l\u2019étouffer, à le confiner dans le coffret aux souvenirs.Et maintenant, il aimait Yvette, cette petite fille, cette petite âme.Il ne servait à rien de se dire que, dans l\u2019existence qu\u2019il avait adoptée par la force des circonstances, Sibylle eût été une épouse infiniment plus précieuse, plus compréhensive et plus stable.Naturellement, il ne livrerait à Yvette, dans ses lettres, que l\u2019image d\u2019une Sibylle amicale, unique soutien d\u2019un père âgé, usé prématurément par le climat indochinois.Libre à elle d\u2019imaginer quelque vieille fille de campagne, bi-gotte, confite en dévotion, partageant tout son temps entre son devoir filial et l\u2019entretien de la sacristie.Une demoiselle montée en graines dont elle n\u2019aurait même pas d\u2019idée d\u2019être jalouse.Quel est le pouvoir d\u2019un bonheur promis, d\u2019un amour dont on se croit certain, comparé à l\u2019enchantement d\u2019un désespoir de jeunesse, d\u2019une première passion malheureuse ?C\u2019était tout cela que le jeune médecin avait rencontré ce jour-là dans un petit chemin de terre.C\u2019était à Sibylle qu\u2019il songeait, plus qu\u2019à Yvette.Sibylle à dix ans, jouant à la poupée.Sibylle à douze ans, dans sa robe de première communion, agenouillée devant la statue de la Vierge du Saint-Buisson.Sibylle à quinze ans, mesurant sa taille à la sienne et lui demandant des conseils pour ses devoirs.Sibylle à dix-sept ans, si belle, si lumineuse, grande dame parmi les autres filles masculines dégingandées.A cette époque, il s\u2019irritait d\u2019être si jeune, et qu\u2019elle fût à l\u2019abri de toutes les misères humaines.Il rêvait d\u2019avoir à la protéger.Avant de s\u2019endormir, il revécut les instants qu\u2019il avait passés avec elle le jour même.N\u2019avait-elle pas eu l\u2019air d\u2019implorer son aide ?Ne l\u2019avait-elle pas, en quelque sorte, supplié de venir la voir ?.« Nous sommes si seuls ! » Mais alors, le cousin Evrard.Elle avait besoin de lui.Elle faisait appel à lui.Enfin, peut-être, il allait avoir l\u2019occasion de réaliser le vieux rêve : la protéger.Mais lui, il n\u2019était plus libre.Il était le fiancé d\u2019Yvette.Il n\u2019avait pas le droit de trahir Yvette, même par des pensées nostalgiques ou par des regrets stériles.VII François sonna, le lendemain, en fin de journée, à la porte du Saint-Buisson.D\u2019une fenêtre située au premier étage, un léger cri de joie descendit jusqu\u2019à lui.Il n\u2019eut aucune peine à reconnaître, en la vieille femme à l\u2019aspect hargneux qui vint lui ouvrir la porte et s\u2019effaça pour le laisser passer, l\u2019ancienne gouvernante du château, au temps de Mme Vautier-Senonge.A cette époque, Angèle n\u2019avait d\u2019autre fonction que de servir d\u2019intermédiaire entre la belle châtelaine et ses nombreux serviteurs.François devina que, désormais, elle assurait seule le service.En témoignait le tablier bleu, maculé d\u2019eau de lessive, qui dépassait le tablier blanc de femme de chambre hâtivement noué à sa taille.Il la salua courtoisement.Angèle était autrefois un personage, véritable dragon auquel il ne faisait pas bon que les enfants désobéissent.Elle répondit à son salut, le considéra avec méfiance et l\u2019introduisit comme à regret dans le salon.\u2014 Monsieur est là, dit-elle d\u2019une voix rude.Mademoiselle descend tout de suite.Il crut tout d\u2019abord qu\u2019elle s\u2019était trompée et qu\u2019il était seul dans le salon.Rien n\u2019avait changé dans la vaste pièce.Il aurait pu, les yeux fermés, désigner la table de jeux autour de laquelle on se pressait, les jours de pluie, le canapé sur lequel les jeunes filles s\u2019asseyaient en brochette, le secrétaire, le bonheur-du-jour, le grand portrait en robe de bal de l\u2019illustre grand-mère Senonge qui, préfète, avait eu l\u2019honneur de recevoir l\u2019empereur Napoléon III et l'impératrice Eugénie.Le piano était toujours à sa place.Il n\u2019eût pas été si surpris d\u2019y voir Mme Vautier-Senonge, jouant des Préludes de Chopin tandis que Bernard de Lauf-fray se tenait debout dans un coin, l\u2019oeil romantique, mordant ses lèvres, tordant entre ses mains sa cravache.Le tapis était seulement plus usé et ses arabesques moins fraîches et, avec le recul du temps, la pièce lui paraissait moins vaste.Après une longue contemplation, il s\u2019approcha de la fenêtre pour voir le parc et la rivière.Entre les frondaisons, on apercevait les frêles colonnes de la Folie.Sous ses pas une lame de parquet fit entendre un craquement.Alors, une voix chevrotante partit d\u2019une grande bergère Louis XIV tournée vers la cheminée, bien qu\u2019en cette belle journée de juillet, il n\u2019y eût pas de feu dans l\u2019âtre.\u2014 Est-ce vous, docteur ?Est-ce vous, François ?.La voix l\u2019avait fait frissonner.On eût dit celle d\u2019un fantôme.Elle ressemblait à la plainte d\u2019une girouette Touillée sous un grand vent de pluie.\u2014 Comme vous êtes aimable, mon enfant, de venir rendre visite à un pauvre invalide ! Je ne puis me lever pour vous accueillir.Excusez cette incorrection.A-t-on prévenu Sibylle ?Que fait-elle ?Voilà plus d\u2019une heure que cette petite a disparu.Ah ! je n\u2019aime pas qu\u2019elle s\u2019éloigne.Je voudrais bien qu\u2019Angèle lui dise de se hâter.François se dirigea vers le point du salon d\u2019où partait cette voix d\u2019outretombe.Il fit le tour du piano et de la bergère et, dans la pénombre créée par des persiennes demi-closes, il aper- çut le vieillard qu\u2019on lui avait décrit.Me Vautier-Senonge lui tendit une main de cire, agitée par un tremblement.Cette main, d\u2019un geste hésitant, désigna ensuite un fauteuil sur lequel le jeune homme prit place.De tout près, accoutumé à l\u2019obscurité relative, François put observer son hôte avec une stupéfaction qu\u2019il craignit de rendre trop visible.Mais le regard de l\u2019ancien notaire ne faisait que l\u2019effleurer.Il glissait sur lui, sur toute autre chose.Il allait se perdre aux plis des rideaux, sous le manteau de la cheminée, le long des boiseries dorées, puis retombait sur le tapis, las d\u2019avoir erré vainement en quête d\u2019on ne savait quel songe.Jamais nulle part et en aucune circonstance, François n\u2019eût été capable de reconnaître le père de Sibylle.Celui-ci n\u2019était plus qu\u2019une ruine, une loque humaine.François se souvenait, le coeur serré d\u2019un homme encore jeune d\u2019aspect, grâce à sa sveltesse et à son regard d\u2019enfant puni.On eût pu dire, à la rigueur, qu\u2019il était de santé fragile.Très sobre, il mangeait peu, ne buvait pas, ne fumait pas.Quand il nageait dans la rivière, ce qui arrivait rarement car il en trouvait l\u2019eau trop froide, on était surpris par la solide constitution de ses muscles longs et fins.Henri Vautier-Senonge était un «faux faible » comme Ton dit de certaines femmes qu\u2019elles sont de fausses maigres.En dépit de ses déceptions conjugales, que François s\u2019expliquait aujourd\u2019hui beaucoup mieux que dix ans plus tôt, qui en faisaient dans sa propre maison un étranger, un exilé, sa conversation était aimable, de bonne compagnie, d\u2019une gaieté parfois forcée quand il s\u2019adressait aux jeunes filles.Il aimait la jeunesse et enviait son insouciance.Il adorait sa fille, l\u2019admirait, soulignait ses perfections.« Quelle petite merveille que Sibylle ! » disait-il à François qui ne pouvait qu\u2019approuver.Etait-ce seulement le climat de l\u2019Extrême-Orient qui l\u2019avait miné à ce point ?La mort de sa femme l'avait-elle achevé ?Quelle que fût l\u2019immense etendue de son chagrin, il semblait invraisemblable qu\u2019il ne souffrît pas également d\u2019un mal physique implacable.Littéralement écroulé dans son fauteuil, on devinait qu\u2019il avait besoin de 1 aide d'une ou deux personnes pour se relever, sans parler même de marcher.Ses cheveux blancs clairsemés laissaient apparaître son crâne qui, comme son visage, était d\u2019une pâleur blafarde.Ses yeux bleus au regard errant prenaient, lorsque la prunelle parvenait à s immobiliser, un caractère de fixité impressionnante.La lèvre inférieure pendait, perpétuellement agitée, comme murmurant des paroles que ne traduisait aucun son.Mais ce qui frappait le plus, c\u2019était le tremblement de ces deux mains abandonnées sur ses genoux.François tenta de faire taire sa pitié d homme afin de céder la place à son intuition de médecin.La mine affreuse, l\u2019amaigrissement généralisé, la faiblesse.Cancer?Décalcification ?Sénilité précoce ?Le tremblement des levres et des mains * maladie de Parkinson ?Suites d\u2019une congestion cerebrale ?François se rappela les propos de Mme de Montuzon : on disait que l\u2019ancien notaire s\u2019alcoolisait.Dans ce cas, on pouvait présumer qu il était à la veille d\u2019une crise d\u2019éthylisme, Le delirium tremens le guettait à coup sûr.Certains symptômes troublaient François, par exemple la dilatation de la pupille et le cerne bleuâtre sous les yeux.Non, Me Vautier-Senonge n\u2019avait pas l\u2019aspect d\u2019un ivrogne invétéré.Il 18 Le Samedi, Montréal, 18 juillet 1959 .et le Ciel t'aidera par JEAN COMPOSTELLE Prévisions astrologiques générales pour la quinzaine du 4 au 18 juillet 1959 pour vous qui êtes nés sous le signe : DU BELIER (21 mars - 20 avril) Les probabilités sont pour une quinzaine calme, à part quelques incidents sans gravité.En amour, optimisme justifié par les faits.Mais gare à votre coeur jaloux.DU TAUREAU (21 avril - 20 mai) Entent** parfaite si vous êtes mariés, sinon une nervosité réciproque gâchera vos rencontres ; certaines explications seront susceptibles de provoquer des malentendus pénibles.DES GEMEAUX (21 mai - 21 juin) Vous aurez la bonne fortune de trouver à la maison un entourage assez compréhensif pour ne pas vous importuner de récriminations oiseuses si on vous sent, un peu Rnur.ieu*.DU CANCER (22 juin ¦ 23 juillet) \u2018M3 Vous ferez des rencontres très agréables qui se poursuivront tout l\u2019été, mais dès l\u2019automne, avec la rentrée des classes, la vie reprendra son cours monotone, en attendant les grandes décisions.DU LION (24 juillet - 23 août) Ensemble, vous aimerez la musique, les sports, les grands voyages et les discussions passionnantes.Mais prenez garde d'épuiser trop tôt le charme de ces rencontres.DE LA VIERGE (24 août - 23 septembre) L\u2019atmosphère sera un peu déprimante, non que les choses aillent mal, mais chacun se plaindra de sa santé, les uns à tort, les autres avec raison et nul ne compatira à vos peines.DE LA BALANCE (24 septembre - 22 octobre) On vous reprochera de ne pas vouloir participer à une entreprise où votre présence est indispensable.Agissez suivant vos intérêts, mais avec beaucoup de diplomatie.DU SCORPION (23 octobre - 22 novembre) Dans le domaine du coeur, vous êtes dans une situation d\u2019attente peu compatible avec votre caractère.Acceptez ce délai qui, en définitive, se révélera utile à vos projets.DU SAGITTAIRE (23 novembre - 21 décembre) Les événements viendront au-devant de vos désirs et vous saurez tirer bon parti du Jeu des circonstances.La fidélité d\u2019une personne vous touche sans vous gagner tout à fait.DU CAPRICORNE (22 décembre - 20 janvier) Vous éprouverez une grande tendresse pour un enfant.Ce sentiment profond engagera votre responsabilité et deviendra même, surtout si vous êtes une femme, le grand but de votre vie.DU VERSEAU (2) janvier - 19 février) Montrez-vous conciliants dans vos relations conjugales.N\u2019engagez pas de discussion inutile : tout prendrait une Importance démesurée, pouvant aller jusqu'à la rupture.DES POISSONS (20 février - 20 mars) En bon état physique, vous aurez de l'énergie et du dynamisme et votre influence électrisera votre entourage.Mais n'engagez pas de litige ; il finirait mal.s\u2019agissait d\u2019une maladie, mais laquelle ?Sibylle avait dit : « Personne ne le soigne.Il ne supporterait pas d\u2019être soigné par vous.» En tous cas, il ne pouvait empêcher un médecin d\u2019être intrigué par son faciès et son allure de grand malade.François était plus qu\u2019intrigué.Absorbé, fasciné, et sans doute en pure perte.Heureusement que Sibylle fit son apparition, ce qui permit au jeune homme de se lever, de déplacer un fauteuil et de dissimuler autant que possible ses impressions.La jeune fille poussait une table roulante portant un carafon de porto et deux verres, mais aussi une petite théière et une tasse.Elle souriait.Elle parla très vite afin de meubler le silence : \u2014 Vous êtes heureux comme moi, papa, de revoir François Granel.N\u2019est-ce pas que vous êtes heureux ?Vous disiez bien qu\u2019il irait loin, le petit Granel.Interne des hôpitaux de Paris, c\u2019est une aubaine pour le pays.Vous avez raison, il est allé loin, mais il nous est revenu.Tout le monde ici va se payer le luxe d\u2019être malade.Un peu de porto, François ?J\u2019en prendrai aussi avec vous.Pour une fois que j\u2019ai une visite, je me débauche.Papa, voici votre infusion.Celui qu\u2019on qualifiait d\u2019ivrogne dédaignait l\u2019excellent porto que Sibylle versait dans les verres, au bénéfice d\u2019une tisane.François regarda couler le liquide à peine teinté.Sibylle répondit de la manière la plus vague à la question que François n\u2019osait pas formuler.\u2014 C\u2019est la boisson favorite de papa.Un mélange d\u2019herbes.Quand elle eut rempli de ce breuvage la tasse de son père, François sentit que les yeux de Sibylle s\u2019attachaient à son visage, le sondaient, tentaient de déchiffrer ses pensées.Sous ce regard, il s\u2019efforça de paraître naturel mais la présence de cette sorte de cadavre qu\u2019était Me Vautier-Senonge avait de quoi rendre mortellement compassée l\u2019assemblée la plus joyeuse.Le vieillard prononça avec peine deux ou trois phrases polies.On sentait qu\u2019il ne s\u2019agissait que d\u2019un réflexe d\u2019homme du monde.Il lui était, en réalité, tout à fait indifférent que François fût là ou non.Il ne s\u2019était intéressé à sa personne que durant l\u2019espace d\u2019une minute.« Instabilité morbide », diagnostiqua François en lui-même.« Je jurerais que les cellules nerveuses à la base du cerveau sont atteintes.» Le malade chercha sa tasse en tâtonnant.\u2014 Je n\u2019y vois pas, geignit-il.Evidemment, Angèle ferme toutes les persiennes.Le jour baisse.Il faut allumer les lampes.Dehors, la lumière du soleil couchant était encore éclatante.Sibylle s\u2019empressa d\u2019ouvrir les volets.Sous la lumière trop vive, son père voilà ses yeux d\u2019une de ses mains tremblantes.Ce ne fut que peu à peu qu\u2019il s\u2019accoutuma à la clarté.Sibyllle l\u2019aida à se redresser, mit un coussin derrière son dos, lui tendit sa tasse d\u2019infusion.Alors, ses mains tremblèrent si fort sur sa soucoupe que François s\u2019attendit à voir tout le liquide se renverser.Au contraire, après avoir bu deux tasses, le vieillard reprit un peu de vie dans l\u2019attitude et le regard.Aussitôt, il demanda l\u2019heure.François crut qu\u2019il désirait son départ et fit un mouvement pour se lever.Un geste impérieux de Sibylle lui ordonna de ne pas bouger.Dans le coup d\u2019oeil qu\u2019elle jeta vers lui, il lut plus qu\u2019un ordre, plus qu\u2019une prière : une confiance, une certitude absolues.Il y eut au dehors un bruit de moteur, des portes claquées, un pas hâtif sur les tapis de Perse et de Smyrne.L\u2019oreille paresseuse du vieillard avait-elle perçu tout cela où était-ce un jeu de son instinct ?François le vit s\u2019agi- ter.Ses pommettes cireuses se teintèrent de plaques violacées.Une grimace pouvant passer pour un sourire, peu agréable à contempler, sépara ses lèvres molles.François vit ses dents gâtées, ses gencives déchaussées.Il détourna son attention de ce spectacle lamentable pour la reporter sur le motif d\u2019un aussi soudain enthousiasme.L\u2019homme qui arrivait pénétrait dans le salon avec autant de désinvolture qu'un mari qui rentre chez lui après sa journée de travail.Dès le premier examen, François le jugea haïssable.Ce n\u2019était pas qu\u2019il fût laid, ni difforme, loin de là.Cet homme d\u2019une quarantaine d\u2019années devait avoir droit autrefois au qualificatif de « joli garçon ».De taille moyenne, extrêmement bien habillé, avançant d\u2019une démarche rapide et balancée, il présentait une silhouette séduisante dans l\u2019ensemble.Néanmoins, dans les traits réguliers du visage, dans les petites rides qui marquaient le front et soulignaient les yeux, noirs et un peu bridés, se lisait une lassitude presque malsaine, de l\u2019avilissement, des indices de déchéance.Il ressemblait à ces hommes qui, à des tables de bars, dans les quartiers interlopes, discutent âprement d\u2019enveloppes, de commissions, d\u2019escomptes de traites.« Une tête à chèque sans provision », pensa François.Il passait une main fine, aux ongles soigneusement vernis, sur ses cheveux noirs et luisants, peut-être teints mais sûrement cosmétiqués et parfumés.Des chaussures à triple semelle, en daim trop clair, avaient pour mission de le grandir.« Bel exemplaire d\u2019aventurier », pensa François sans se reprocher d\u2019être partial.L\u2019homme l\u2019avait vu sans aucun doute, mais affecta de l\u2019ignorer.Il se précipita vers Me Vautier- Senonge en glissant sur ses belles chaussures comme s\u2019il exécutait un pas de valse viennoise.Le vieillard lui tendit avec empressement une main qui, par miracle, avait cessé de trembler.Il y eut des remous dans le fauteuil dont l\u2019occupant essayait vainement de s'extraire.L\u2019inconnu se dirigea ensuite vers Sibylle.Avec une visible mauvaise volonté, elle lui livra le bout de ses doigts qu\u2019elle retira aussitôt.C\u2019était François qu\u2019elle regardait comme pour le prendre à témoin de sa répugnance.Insouciant de ce défi, l\u2019homme lança quelques compliments, d\u2019une voix sucrée, comme des confetti au sein d\u2019un carnaval : \u2014 Toujours de plus en plus exquise.Fraîche comme un rose.La merveille des merveilles.Le joyau du Saint-Buisson.La perle de la vallée.\u2014 Assez de fadaises, dit Sibyllle.Vous manquez d\u2019imagination.La voix de Me Vautier-Senonge surgit de la bergère Louis XV : \u2014 Que dis-tu, ma petite fille ?Es-tu de méchante humeur ?.Fais plutôt les présentations.Allons, ma chérie, présente.Il faut donc que ce soit moi ?Mon neveu, Evrard Salvert.Le docteur François Granel, un ami d\u2019enfance de ma fille.Vous êtes en retard, mon cher Evrard.Je pensais que vous m\u2019abandonniez.Il ne faut pas abandonner votre vieil oncle.Nouvelle glissade des chaussures beiges.Le neveu s\u2019immobilisa devant François qui voyait venir avec aigreur l\u2019instant de serrer cette main.Une main qui se tendit avec réticence.\u2014 Un ami d\u2019enfance et de jeunesse, appuya Sibylle, en retrait.Un ami de toujours, en somme.Maman l\u2019aimait beaucoup et l\u2019accueillait de bon coeur.J\u2019espère qu\u2019il reprendra ses bonnes habitudes, maintenant que le voilà fixé dans le pays.Le Saint-Buisson lui est ouvert comme autrefois.Evrard Salvert accomplit une gracieuse torsion de la taille, considéra Sibylle avec une sourire muet, d\u2019une ironie à peine voilée, puis se retourna [ Lire la suite page 39 ] Le Samedi, Montréal, 18 juillet 1959 19 N !_ : i ' £ r vAî «il ?A * .kJ.\t' vnjï, ¦' Vl; ut-*'.Sjfrvv: : * ïte « v>* > :\u2022 < v/y'*' 'A - ¦\u2022\u2022 ¦«< jj fcilL 1$ O .v'é ¦.-iriadSSfc SW ¦'*S 38*?Décidez-vous dès maintenant! Faites de la natation dans votre propre jardin ou à votre camp d'été ce prochain weekend! .dans la nouvelle PISCINE DE JOUVENCE Esther Williams ! Voici une conception nouvelle de la piscine familiale ! 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Les jeunes artistes travaillaient à peu près pour la gloire et les prunes, retirant de formidables cachets de cinq dollars et parfois moins, mais apprenant, à cette rude école, un métier qui demande plus de pratique que de technique.Et puis, les jeunes ne doutant de rien, surtout pas d\u2019eux-mêmes, c\u2019est le moment où Pierre Dagenais fonda « L\u2019Equipe ».C\u2019est tout de même un beau souvenir et une mémorable tentative.Ils réussirent d\u2019ailleurs, ces jeunes, à intéresser un grand public, mais cela coûte bien cher, monter une pièce et.Tout de même, P « Equipe » monta «Altitude 3200 », «L\u2019Homme qui se donnait la comédie » et enfin deux des pièces de la trilogie marseillaise de Pagnol, « Marius » et « Fanny ».Pour le rôle de César, les jeunes durent faire appel à Ovila Légaré, mais pour tous les autres rôles, ils firent de remarquables compositions.Roland Chenail Chenail devint Maître Panisse avec une truculence que n\u2019aurait pas désavouée Charpin, créateur du rôle.« L\u2019Equipe » joua à Montréal et dans les principales villes de la province de Québec.Roland Chenail fit aussi une saison à « l\u2019Arcade ».Et simultanément, il trouvait le moyen d\u2019aller, chaque fin de semaine, à Québec où il avait fondé une école d\u2019art dramatique.Ses élèves étaient nombreux.Il devait partir le samedi matin de bonne heure et rentrer à Montréal le dimanche soir.11 avait eu le temps de donner des leçons à deux ou trois groupes d\u2019élèves.Bien entendu, dès que la télévision fit son apparition, elle lança à Roland Chenail un petit coup d\u2019oeil invitant.11 n\u2019accepta pas tout de suite.Mais quand il se décida, ce fut (après avoir été rodé par quelques téléthéâtres) pour tenir près de Monique Ley-rac le rôle du mari de cette aimable « Anne-Marie », fille légitime du cerveau d'Eugène Cloutier.Et la télévision lui fut si bénéfique qu\u2019après avoir joué « L\u2019ennemi du peuple », d\u2019Ibsen, Roland Chenail remporta le trophé destiné au meilleur acteur de l\u2019année.11 fut aussi lauréat du Trophée Frigon, il eut le prix de popularité et une second prix de composition après avoir joué « Ninotch-ka ».Et nous voici au moment de parler du docteur Marignon, de Sainte-Adèle .Je ne pense pas que ce soit un secret, mais je vous le révèle quand même.Pour camper ce personnage, si vrai, si bon, au coeur plus gros que lui (et ce n\u2019est pas peu dire) Claude-Henri Grignon a pris modèle sur son propre père, médecin dans les « pays d\u2019en haut » à l\u2019époque héroïque du curé Labelle.Quelle époque ! Il fallait vraiment, pour monter dans ce « nord », une âme d\u2019apôtre et une foi invincible en demain.Et on a beau en vouloir Le grand Pasteur, lorsqu'à l'âge de 37 ans, il travaillait jour et nuit à ses travaux révolutionnaires, est ici personnifié par Roland Chenail pour Le Roman de la Science, de Fernand Seguin.Eugène Cloutier avait écrit, pour Monique Leyrac et Roland Chenail Anne Marie, l\u2019histoire d'un jeune couple moderne.Les voici tous les deux.Anne-Marie fut un programme de télévision.I Photo Henri Pauli à mort à ce pauvre Voltaire, à qui on voudrait tant faire rentrer dans la gorge ses « arpents de neige », ce n\u2019était tout de même pas autre chose, la région des Laurentides, avant que la foi des pionniers à la main de fer et au coeur d\u2019or, genre curé Labelle, n\u2019en fasse ce que nous connaissons, ce dont nous bénéficions.Le docteur Marignon, c\u2019est le médecin de famille (quelque chose d\u2019à peu près disparu) le bourru bienfaisant.qui aime ses colons, compatit à leurs misères, les comprend aussi bien et aussi profondément que le curé Labelle lui-même, se fait payer quand il a le temps et n\u2019hésite pas à passer des nuits entières à « guetter les ours » (comme on disait en ce temps où on avait une telle peur des mots) pour des honoraires d\u2019une grosse piastre.Ceux qui peuvent rappeler des souvenirs de cette époque en sont fiers.Ils ont compris la valeur de l\u2019oeuvre, non seulement du très authentique curé Labelle, mais des personnages comme le docteur Marignon, qu'ils soient ou non le reflet d\u2019un véritable médecin de campagne d\u2019autrefois.Et ce personnage, Roland Chenail l\u2019aime particulièrement, même s'il lui donne un peu d\u2019embêtements du côté physique, si j\u2019ose ainsi parler.Car, évidemment.pour devenir « le gros docteur », Roland Chenail doit doubler de volume, ce qu\u2019il n\u2019obtient que par l\u2019adjonction d\u2019un bedon postiche de caoutchouc-mousse, qui tient tout de même très chaud, le climat du studio et les projecteurs aidant.Et puis, il aime travailler avec Fernand Qui-rion, qui réalise depuis ses débuts à la tévé l'oeuvre de Claude-Henri Cri-gnon.Des anecdotes amusantes, des souvenirs de tournée, Roland Chenail en pourrait conter pendant des heures, toutes plus drôles les unes que les autres.J en rapporte seulement quelques-unes.Ainsi la fois où, étant en tournée quelque part du côté du Lac Saint-Jean, la troupe de comédiens se trouva au beau milieu d'un jour particulièrement néfaste.I ne tornade avait emporté les toils de la petite communauté villageoise, les [ Lire la suite paeje 57 ] 22 Le Samedi, Montréal, 18 juillet 1959 CURIOSITES SCIENTIFIQUES Le plus petit écran de télévision du monde Le plus petit écran de télévision du monde rient d\u2019être mis au point pur un jeune technicien de Sydney.Fils d'un spécialiste en modèles réduits, c'est fidèle
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