Le samedi, 1 juin 1959, samedi 6 juin 1959
[" 71e année, No 3 Montréal, 6 juin 1959 LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS ¦ *\tLe crime aux Etats-Unis : une grande série d'articles par Estes Kefauver \u2022\tL'extravagant milliardaire Howard Hughes sauvera^t-il son fabuleux empire industriel?* La mode masculine ***»»\u2022' t 1\t' ' ' * fifii\t î\t\t 1\t\t \t\t\u2019 ¦ \\ !\u2019 / V PARFAITEMENT PRATIQUE PRATIQUEMENT PARFAITE MRKr studebaker Présente, avec élégance, les nouvelles dimensions dictées par le bon sens.Ses 6 places sont celles d\u2019une grosse voiture.Son encombrement celui d\u2019une petite, facile à garer et se jouant des difficultés urbaines.Aucune autre n\u2019ofTrc tant de luxe par dollar.Elle coûte entre 8300 et S400 de moins que toutes celles construites sur ce continent.L\u2019essence ordinaire suffit pour donner un brio de modèle sport à ses V-8 ou \u2018Six\u2019 (un essai le prouverai).Voyez la LARK chez votre concessionnaire Studebaker .c\u2019est la plus sensationnelle des voitures \u201959 .elle a vraiment de l\u2019allure! Autre modèles: Sedan 2-Portcs; Hardtop; Station Wagon Si vous ne voulez pas être malades, portez des caoutchoucs et un imperméable quand il pleut.Tous les écoliers devraient avoir un imperméable et des caoutchoucs afin d\u2019éviter les refroidissements.\u2022 L\u2019heure de la retraite peut être l\u2019aurore d\u2019une nouvele et agréable période de la vie, ou le début d\u2019une longue ou brève période d\u2019oisiveté et d\u2019ennui.Des passe-temps intéressants qui tiendront occupé le retraité donneront un sens aux heures de loisir.\u2022 Un régime défectueux peut être la cause d\u2019une sensation de fatigue persistante.De mauvaises habitudes alimentaires, alors que la quantité de protéines, de minéraux et de vitamines est insuffisante, peuvent sérieusement attaquer la santé.Des aliments ferrugineux enrichiront le sang et aideront à prévenir l\u2019anémie.Le glaucome est une cause commune de cécité, surtout chez les personnes qui ont dépassé la quarantaine.Certaines formes de celte maladie n\u2019ont pas de symptômes apparents ; mais un oculiste, au cours d\u2019un examen de la vue, pourra la découvrir à ses débuts.\u2022 Les maladies contagieuses de l\u2019enfance peuvent avoir des suites qui du-teronl toute la vie.La surdité, une mauvaise vue, des reins malades et d\u2019autres infirmités peuvent être la conséquence de maladies comme la coqueluche, la diphtérie ou la variole, toutes maladies contre lesquelles les enfants peuvent être immunisés dans leur bas âge.\u2022 En pesant un bébé et en faisant surveiller son état de santé général par son médecin ou à la consultation des nourrissons, il est possible de noter le progrès qu\u2019il accomplit et de déterminer son développement.flotte couverture GERARD POIRIER, jeune premier idéal par ODETTE OL1GNY ON a jadis dressé la carte du Tendre.On pourrait, selon la même méthode, tracer celle du Théâtre.Car les emplois, selon le type physique, la personnalité et l'âge I parfois I de l'artiste sont nettement délimités, tracés.Et bien sûr, quand on dit théâtre, de nos jours, on entend aussi radio et télévision.Ne vous semble-t-il pas que, fin, racé, beau comme un jeune dieu, éléqant et portant à merveille aussi bien les costumes d'époque que le complet-veston 1959, Gérard Poirier ne soit le jeune premier idéal ?Il faut croire que c'est aussi l'avis des réalisateurs qui font appel à lui dès qu'il y a un rôle de grand amoureux romantique.On se souvient du beau « Roméo » que fut Gérard Poirier dans l'adap-tation-télévision de la pièce de Shakespeare.Toutefois, à l'heure actuelle, les admiratrices de Gérard Poirier ne cessent d'envier l'heureuse Elise Velder, qui a tout le coeur et toutes les pensées de Marcel Latour, fils éminemment sympathique d'un papa « tout ainsi » comme on dit, et d'une maman, très bonne au fond, mais gâtée par l'argent et le snobisme qui, fatalement, s'y greffe.Marcel Latour, c'est peut-être, en vérité, Gérard Poirier lui-même.De toutes façons, il a compris les nuances, les subtilités du personnage et les rend très compréhensibles.Marcel Latour sait ce qu\u2019il veut et ce qu'il veut, c'est questions de snooisme mises à part et refoulées au loin, épouser la belle et touchante Elise Velder, un peu complexée par l'amour aveuqle que sa mère porte à son galopin de fils, tellement moins intéressant que sa fille.Il n'est pas surprenant que chaque semaine, personne ne veuille manquer un épisode de « La Pension Velder », car le texte de Robert Choquette est beau, clair, profondément humain et (combien de fois ses interprètes ms l'jnt-ils dit ! I les comédiens aiment dire ces mots venus du coeut, se trouver dans les situations vraisemblables où Robert Choquette les place.Nous souhaitons la meilleure chance à Marcel Latour.Il aura certainement beaucoup à faire, ce paladin de temps modernes, pour lutter contre l'hydre du snobisme ravageur dont les armes sont si loin d'être franches.Gérard Poirier, jeune premier est dans la vie, le mari de Francine Montpetit.Ils se sont connus et aimés en jouant, ensemble, un rôle d\u2019amoureux à la radio.Ils ont deDuis quelques mois une belle petite fille .Probablement ce qui finira bien par arriver à Marcel Latour .LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LTEE Membres de l*A.B.C., et de l\u2019Association des Magazines du Canada LE SAMEDI \u2014 LA REVUE POPULAIRE \u2014 LE FILM 975 - 985, rue de Bullion, Montréal 18, P.Q., Can.\u2014 Tel.: UN - 1 - 5757-fc GEORGES POIRIER\tGEORGES POIRIER, fils Président\tVice-président ODILON RIENDEAU\tCHARLES SAURIOL Chef du tirage\tChef de la publicité Pour tarifs d\u2019abonnements, voir notre coupon dans ce numéro.Published Bi monthly at Montreal, P.Q.Second-class postage paid at St.Albans, Vermont.Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa. Le Samedi, Montréal, 6 juin 1959 -SOMMAIRE- LE SAMEDI, 6 JUIN 1959 Notre couverture 2 Gérard Poirier Articles 4\tLe Parc Cartier-Brébeuf 5\tComment exploiter les poires 5 Suppression du pointage dans les bureaux 5\tThéâtre de Babel 6\tUne « Apocalypse » de 300,000 dollars 6\tArthur Rank transforme ses cinémas en salles de quilles 6\tL'Ile-de-France dans son dernier rôle 7\tUn mécano révolutionne l'automobile 7\tHawaii est un nid de communistes 14 Planètes à chauffage central 30 Autos-Nouvelles du monde entier 45 Le scandale de la Dominion Detective Agency Chroniques 5 Samedi-Express 12 Robert Millet : Coupable ou non-coupable 16 Horoscope 22 Estes Kefauver \u2022 Le crime aux Etats-Unis 32 Jean Hamelin \u2022 Trois films de comédiens 32 Francine Montpetit-Poirier : Sur toutes les scènes 40\t.Et le Ciel t'aidera 42 Dis-moi ton nom Personnalités 5 Paul Anka 7 Maurice en tête 7\tBB et les adorateurs du nombril 44 Fernandel psychanalyste Grands récits 8\tMichel Brack : La jeunesse américaine 10 Joseph Desternes : L'extravaqant milliardaire Howard Hughes sauvera-t-il son fabuleux empire industriel ?26 La fabuleuse dynastie des Rockefeller Fiction 11 Miss Margaret mène le jeu, nouvelle sentimentale de Shirley Deane 15 C'était le printemps, une nouvelle d'Ernest Claes 18 Tu parles trop, Baby, une nouvelle policière par E.Bicciotti 38 L'Ange consolateur, feuilleton par H -L.Maaog 43 Les bijoux de M.Beulans, grande nouvelle policière par Georges Vidal Rèdacteur-en-chef : CHARLES LAFRENIERE UN COMPTE DE CHÈQUES POUR PAYER VOS FACTURES SI VOUS TENEZ À VOS ÉCONOMIES.utilisez la \u201cméthode 2 -comptes\u201d de la Banque Royale Voulez-vous un bon moyen d\u2019empêcher vos économies de \u201cfiler entre vos doigts\u201d .adoptez la \"méthode 2-comptes\u201d de la Banque Royale.Voici comment procéder : vous ouvrez un Compte de Chèques pour payer vos factures personnelles et vos frais de ménage et gardez votre Compte dT.pargne uniquement pour économiser.Le fait d\u2019avoir deux comptes vous évité la tentation de puiser dans vos économies .et leur permet de s arrondir de vos dépôts réguliers et des intérêts versés par la banque.C est commode, pratique et vous verrez que c\u2019est efficace.Kssayez donc.IA BANQUE ROYALE DU CANADA UN COMPTE D'ÉPARGNE UNIQUEMENT POUR ÉCONOMISER 4 Le Samedi, Montréal.6 juin 195'J Un site historique mal situé: le Parc Cartier- Brébeuf la Province vue de Toronto par PIERRE VILLON Une tone qui se trouve au confluent de la rivière St-Charles et de la Lairet provoque des remous au sein de la Société Historique de Québec.L\u2019an dernier, cette terre fut vendue aux autorités fédérales par la Cité de Québec, au coût très modeste de un dollar.Le terrain n\u2019est pas sans valeur, loin de là, puisqu'il s\u2019agit du parc Cartier-Brébeuf.Ottawa l\u2019a obtenu à bon prix, promettant, en échange, d\u2019y effectuer des travaux d\u2019aménagement dignes d\u2019un site historique.Un seul ennui : Le parc est moins historique qu\u2019on ne le pensait.Rappelons brièvement les faits : Du 11 octobre 1535 au (i mai 1536 Jacques Cartier et les équipages des trois navires de l\u2019expédition prirent leurs quartiers d\u2019hiver au confluent des deux rivières.Quelques jours avant son départ, le navigateur de St-Malo fit ériger une grande croix de bois portant les armes du roi de France.Depuis plus de 70 ans, une croix de fer commémore cet événement.Mans les historiens affirment qu\u2019elle se dresse au mauvais endroit, et i! se fondent sur les récits de Cartier et de Champlain pour le prouver.Selon le « Bref récit et succinte narration de la navigation faite en 1535-1536 par le capitaine Jacques Cartier aux îles du Canada : Hochelaga, Saguenay et autres » publié à Paris en 1545, le véritable site historique se trouverait de l\u2019autre côté de la Lairet, en face du parc.Le texte n\u2019est pas très précis sur ce point mais Champlain, plus tard, donna une description détaillée des ruines du fort construit par Cartier.Sa description ne laisse aucun doute sur l\u2019emplacement exact du fort.Restent à découvrir quelques vestiges qui mettraient fin à la discussion une fois pour toutes.En attendant les fouilles qui ne tarderont pas, la municipalité refuse fort justement d'accorder des permis de construction sur remplacement de ce qui est sans doute le véritable site historique.Train Sans répit, les fils télégraphiques Font des efforts Pour s'envoler, mais le fatidique Poteau les force A redescendre.Et, lassé, je rêve En contemplant Ce manège à la courbe trop brève De mes élans Que brisent la vie et sa loi dure.L'express plus lent Que le Temps file, file.En voiture ! André Cailloux : Fredons et Couplets (Beauchetnin) Les gens qui, chez nous, s'acharnent pour divers motifs plus ou moins avoués à se proclamer les défenseurs de la « survivance ca-nadienne-frar.çaise », les champions de notre autonomie en brandissant bien haut des étendards qui ont fait leur preuve : défense de notre langue, de nos droits, de notre religion et le reste du couplet traditionnel mais un peu usé, auront sans doute, d'ici fort pëu de temps, de sérieuses difficultés à consolider la mission qu'ils se sont donnée.La vérité, que l'on peut expérimenter chaque jour sur le plan confraternel des relations humaines dans les milieux les plus divers, est que le reste du Canada ne s'est jamais montré plus favorable à notre endroit, peu enclin à nous ôter un cheveu de la tête.Cette évolution, si l'on peut dire, du Canada français au sein même du pays, l'importance qu'il prend de plus en plus et la réelle sympathie que les gens de Toronto ou d'ailleurs n'hésitent pas à nous témoigner ne peuvent plus tromper personne.Certes, il y a encore de petites frictions, des mésententes puériles et stupides, mais ne nous y arrêtons pas trop pour légitimer chez certains d'entre nous le penchant naturel à l'inertie, au repli sur soi.L'histoire marche à grands pas et jamais les Canadiens des autres provinces ne furent mieux disposés à notre égard .Cette marque d'estime nous fut offerte récemment par le magazine MacLean's qui con- II y a quelques semaines, la J.O.C.entreprenait auprès des adolescentes ouvrières, dans le cadre de ses études de notre jeunesse actuelle, une enquête poussée, péniblement révélatrice.Ce sondage, effectué surtout dans les centres urbains et à Montréal en particulier, permit de révéler toute l'ampleur d'un des maux les plus graves de notre société actuelle : le manque de compréhension, de surveillance et d'affection d'une trop grande partie des parents.A Montréal, le département des personnes disparues a fait savoir que 500 adolescentes ont été portées disparues au cours de l'année passée.A ce nombre significatif, il faut en ajouter un autre, encore plus important représentant les cas de disparition qui ne sont pas signalés à la police, ordinairement parce que les parents savaient que leurs filles en avaient assez de la maison et ne tenaient guère à y revenir.L\u2019enquête, qui a étudié la situation de plusieurs centaines de cas, a démontré que la sacrait tout un numéro à la Province de Québec.Ce portrait de Québec était un hommage symbolique à notre province, à l'occasion du deuxième centenaire de la bataille des Plaines d'Abraham, que l'on célébrera en septembre prochain.Pour la rédaction de ce numéro spécial dont la préparation, nous disent les éditeurs, s'étala sur une année, MacLean's a fait appel aux meilleurs écrivains, artistes et photographes des deux langues et le tableau habilement brossé de notre milieu est aussi complet que si Ton nous avait présenté tout un volume.Avec une impartialité digne d'éloges, les rédacteurs des magazines torontois se sont appliqués à passer en revue avec le plus d'exactitude possible, les divers aspects de la société québécoise ; histoire, évolution actuelle, vie politique et intellectuelle, arts, loisirs, idées religieuses et influence du clergé, etc.Au sommaire des articles, c'est avec plaisir que nous relevons les signatures de plusieurs Canadiens français dont la réputation n'est plus à faire : André Laurendeau, Roger Le-melin, Marcel Dubé, etc.Somme toute, une initiative des plus louables qui, venant de Toronto, servira avec force la cause de notre milieu français depuis Halifax jusqu'à Vancouver.l'abandon majorité de ces adolescentes vivaient pratiquement en marge du foyer familial qui, la plupart du temps ressemble plus exactement à une maison de pension, les adolescentes passant en moyenne 4 soirs en dehors de la maison.Beaucoup de ces jeunes filles manquent totalement d'affection ; leur vie sentimentale, à peine ébauchée, risque de prendre une tournure fâcheuse.Enfin, dans presque tous les cas, le travail harassant dans quelque usine ou manufacture de vêtements ou de tissu achève de briser leur personnalité en même temps qu'il ruine leur santé.Plusieurs des jeunes filles interrogées -\u2014\u2022 de 14 à 18 ans \u2014 avouent avoir un ami régulier, ce qui n'est pas toujours forfanterie disent les psychologues, mais bien recherche maladroite chez ces jeunes, d'une affection qu'elles étaient en droit d'attendre des parents.Mais hélas, qui donc se chargera un jour, de l'éducation des parents qui ne sont pas parvenus à l'âge de raison ?.jeunesse à Le Samedi, Montréal, 6 juin 1959 5 SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - (jMhde-Sretagne \u2022 Comment exploiter les poires Non, il ne s\u2019agit pas d\u2019une escroquerie, mais bien de l\u2019art d\u2019exploiter les vraies poires, celles que Mère Nature a faites dorées, juteuses et sucrées.Une famille anglaise vient de gagner une énorme fortune en lançant avec une intelligente publicité une sorte de cidre appelé « vin de poires ».Les Showering étaient de petits industriels.Depuis deux siècles, la famille produisait du cidre dans la petite ville de Shepton Mallet, dans le Somerset (Angleterre).La concurrence était forte dans la région, et les Showering ne l'oulaient pas sur l\u2019or.Ces quatre frères fabriquaient, à côté du cidre de pommes, de petites quantités d\u2019une boisson appelée « perry », variante du cidre, tirée des poires, et qui est à peu près inconnue en dehors du Somerset.Leur idée fut de lancer le « perry » à l\u2019échelle nationale, comme une boisson « chic ».Pour ce faire, ils vendirent le « perry » dans des bouteilles minuscules, copiées sur la forme des bouteilles de champagne, avec la capsule argentée, et ils firent appel à des vedettes de cinéma pour leur publicité.Le résultat, escompté, fut d\u2019en faire non pas la boisson des snobs, mais celle des gens aux ressources modestes : le « champagne » des dactylos, des étudiants, des jeunes ouvriers qui sortent leur petite amie le samedi soir.La publicité du produit tend à faire croire à ces consommateurs que le « perry » est devenu la boisson de la haute société.Il n\u2019en fallait pas plus pour faire sa vogue.\u2022 Révolution dans les rapports patron - employés en Angleterre ; suppression du pointage dans les bureaux Pendant qu\u2019aux Etats-Unis, la hantise de la productivité pousse les entreprises à employer tous les moyens pour augmenter le rendement de leur personnel, y compris la surveillance de leur vie privée \u2014 car des soucis conjugaux, chagrins d\u2019amour, etc., diminuent inévitablement le « rendement », surtout chez les femmes, \u2014 le patronat britannique, lui, suit des chemins plus libéraux, plus souples.La dernière mesure est notamment la suppression du pointage dans les bureaux.Pointer ?Oui.Commencer effectivement le travail à l\u2019heure ?Non.De nombreuses firmes ont constaté, en effet, que le pointage d\u2019une carte ou la signature d\u2019un registre, au lieu de stimuler le zèle des employés, les poussait au contraire à manquer de scrupules.\u2014 Puisque j\u2019ai pointé, je suis en règle.Mais de là à commencer effectivement le travail à telle ou telle heure, il y a une marge.Et hommes et femmes mettaient souvent vingt et trente minutes et parfois davantage avant d\u2019ouvrir leurs dossiers, de mettre du papier dans la machine, etc.« Opération Loyauté » C\u2019est une grande maison de commerce de Chelsea qui eut, la première, l\u2019idée de renoncer à tout contrôle.apparent, tout en continuant à surveiller le rendement journalier, hebdomadaire et mensuel.\u2014 Vous êtes engagé (e) pour travailler 42 (ou 44 ou 48) heures par semaine.Nous comptons tous sur votre loyauté pour le faire effectivement, d\u2019autant que le rendement est calculé par équipe et si vous « trichez », ce sont vos camarades qui seront obligés de travailler à votre place.L\u2019expérience réussit et s\u2019étend Ce langage eut un effet mirifique et améliora sensiblement à la fois l\u2019ambiance et la productivité des entreprises dont plus d\u2019un tiers \u2014 dans la région londonienne \u2014 suit aujourd\u2019hui l\u2019exemple de Chelsea.Directeurs et chefs de service estiment d\u2019ailleurs que leur réussite est due en partie au fait que le pourcentage du personnel féminin augmente sans arrêt.Car les femmes semblent être plus sensibles aux méthodes « douces » que les hommes, ce qui contredit la théorie que le sexe faible a besoin d\u2019être « tenu en laisse ».Les patrons pensent que les femmes sont simplement plus « régulières » et moins « resquilleuses » que leurs collègues hommes.Or, en six ans, la proportion des femmes dans les entreprises féminines a sauté de 52 à 57 pour cent ! L\u2019expérience va-t-elle être étendue aussi aux ouvriers et ouvrières des usines ?Là, étant donné les salaires horaires, le problème est plus délicat et aucune grande firme n\u2019a osé jusqu\u2019ici tenter « l\u2019opération loyauté ».ÇpectacleA \u2022 Théâtre de Babel Les plateaux de théâtre, après ceux des studios cinématographiques, commencent à leur tour à devenir des Tours de Babel.Ingrid Bergman et Ral Val-lone à Paris, Lea Padovani à Londres, Alida Valli et plusieurs jeunes Orientales à New-York.Paolo Stoppa est en train de perfectionner le système.L\u2019acteur italien met au point la co-production théâtrale, identique à celle qui est devenue de règle au cinéma.Il monte donc cette saison à Rome une pièce de Diego Fabbri, «Les enfants de la balle », dont la principale interprète est française : Françoise Spira.L\u2019année prochaine, toujours avec la même mise en scène du grand Luc-chino Visconti, la pièce sera représentée à Paris en langue française et avec des acteurs français.Paolo Stoppa sera cette fois le seul interprète italien.Si l\u2019expérience est couronnée de sui-cès, un auteur français écrira une comédie qui sera représentée selon le même système, d\u2019abord en France, puis en Italie.Cette idée est venue à Paolo Stoppa comme la meilleure solution pour revenir aux coûteuses mise en scène, désormais inaccessibles à la plupart des théâtres.Il prépare déjà une tournée en Angleterre avec « L\u2019Imprésario de Smyrne », de Diego Fabbri, qui pourra ainsi, pour la première fois, bénéficier d\u2019une somptueuse mise en scène.\u2022 Chanteur prodige autodidacte de la chan- son, Paul Anka a connu la gloire en un an .Alors qu\u2019Elvis Presley et ses disciples convulsaient pour la plus grande gloire du rock\u2019n\u2019roll et.le malheur des fauteuils de théâtre, un jeune compatriote d\u2019Ottawa qui n\u2019avait l\u2019air de rien, les chassa de leur piédestal en quelques chansons.Pau! Anka, qui vient de conquérir la vedette à l\u2019Olympia de Paris, n\u2019a que dix-sept ans, mais déjà un passé de vedette.Il ne sort pas du Conservatoire.Il ne connaît pas les règles classiques de la composition.Il se sert d\u2019une méthode qui n\u2019appartient qu\u2019à lui pour noter son inspiration.Depuis qu\u2019il était tout enfant, il était absolument fasciné par l\u2019ambiance du music hall ou des établissements à musique que l\u2019on trouve à Ottawa, sa ville natale.Il commence donc à écrire ses premières chansons et à les faire enregistrer au pays, alors qu\u2019il n\u2019a pas quinze ans, mais le succès n\u2019est pas considérable.Il décide alors de partir pour Hollywood et, là-bas, obtient un petit contrat.Ce n\u2019est pas encore la gloire.Pourtant, ce stage aux Etats-Unis lui permet d\u2019étudier et de définir les goûts du public.Il oriente son inspiration dans un sens différent, tout aussi personnel mais correspondant davantage à ses futurs admirateurs.Son répertoire tout neuf, il le propose sans relâche avec confiance et obstination, aussi bien dans des établissements de genres divers qu\u2019à des maisons de disques.C\u2019est dans l\u2019une des plus importantes de celles-ci, l\u2019A.B.C.Paramount, qu\u2019il obtient son premier contrat de grande vedette, un double contrat de parolier-compositeur et de chanteur.Parmi ses quatre chansons du début, se trouve Diana, qui devient un « best seller » mondial.Partout, les jeunes gens \u2014 filles et garçons \u2014 de tout âge, puis les adultes s\u2019arrachent ce disque dont le rythme très personnel leur fait oublier les rock.Diana \u2014 six millions d\u2019exemplaires Paul Anka est lancé.Il se partage entre la télévision, la scène et les studios d\u2019enregistrement.Red Sails, You arc my destiny, Pity, Pity, When I stop loving you deviennent à leur tour de gros succès.Ils n\u2019atteignent pas, cependant, les six millions d exemplaires de Diana que jouent tous les orchestres à la mode, que mettent a leur répertoire les chanteurs qui aiment le rythme et veulent plaire aux jeunes auditeurs.Après les Etats-Unis, il est allé séduire 1 Europe.Pour la première à l\u2019Olympia à Paris, une foule dont l\u2019âge moyen était singulièrement plus élevé que celui des « fans » (d\u2019ailleurs très nombreux) le guettait avec curiosité et scepticisme.Son arrivée sur scène confirma d\u2019abord ce dernier point.Rond, pas très grand, un visage grassouillet sous une chevelure très noire, il n\u2019a rien du bohème échevelé d\u2019un Elvis Presley, mais plutôt d\u2019un bon petit garçon élevé bien bourgeoisement.Mais, après les premières mesures, dès la première chanson, il conquit la salle par son entrain, sa personnalité, une gentillesse chaleureuse qui enveloppe toute sa silhouette et jaillit d\u2019une voix bien timbrée, moelleuse et d\u2019une fraîcheur dynamique, endiablée.Cette vivacité n\u2019est pas agressive comme celle de ses prédécesseurs.Elle est infiniment souple, sensible et sûrement sincère.On sent que Paul chante d\u2019abord par amour de la musique et du rythme avant de le faire pour les autres.Et il garde une sobriété fort sympathique même dans ses élans les plus fougueux.Mais, saura-t-il surmonter la difficulté qui guette tous les enfants et adolescents prodiges : évoluer pour conserver un succès hors de mesure.Voici à son sujet les témoignages de deux journaux français exprimés lors de son récital dans la capitale française : .Ils étaient bien deux mille jeudi après-midi à l\u2019Olympia \u2014 blue-jeans ici, bas de couleur là, vestes ou blousons de cuir selon le cas \u2014 qui poussèrent à l'arrivée de leur vedette américaine \u2014 pardon canadienne \u2014 un petit cri de surprise et de joie.Le micro à la main, ses larges hanches moulées dans un complet de flanelle grise, il traversa la scène à petits pas rapides, sourit « cheese > et entonna quelque chose comme Waiting for you ou I love you baby, couplets reproduits à six millions d\u2019exemplaires déjà, que toute la salle, sans se faire prier, allait scander des mains et des pieds.D'en- SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI- 6 Le Samedi, Montréal, 6 juin 1959 SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI- EXPRESS + SAMEDI- EXPRESS + SAMEDI- liée de jeu la partie était gagnée.Les clés de ee succès?Un tempérament, une chaleur, une gentillesse telle .Ce qui n\u2019est au début qu\u2019un divertissement, un jeu, le désir d\u2019imiter les épisodes des livres d\u2019aventures ou plutôt des comics souvent sadiques, se transforme rapidement, sous la poussée agressive de cet âge, en rivalités contre les garçons d\u2019une autre école ou d\u2019un autre quartier.A mesure que les représailles s\u2019intensifient en fréquence et en dureté, les bandes se soumettent aux plus « durs » de leurs membres, et dans plus d\u2019un cas au prestige d\u2019un délinquant précoce venu apporter du dehors sa triste expérience.Dès lors, la bande est devenue un gang criminel qui terrorise un quartier entier.Ce n\u2019est plus un jeu de gosses.Des familles vivent dans la peur.Celles dans lesquelles un adolescent est sous la menace d\u2019une vengeance d\u2019un gang.Lu plupart de ces familles doivent finalement se résoudre à se transférer dans un quartier éloigné ou dans une autre ville.D\u2019autant que dans ces cas, les frères et soeurs de la victime désignée, et même ses parents, font également l\u2019objet de la vindicte de la bande.L\u2019une de ces familles fut celle des Jcnnison, dans le district populeux de Queens.Un jour, Harry Jennison, sa femme et leurs deux filles vinrent chercher refuge auprès de la police.Trois semaines plus tôt, le fils aîné, Harry junior, avait été provoqué à la sortie de l\u2019école par un certain Frank Chiuzzi, qui l\u2019avait mis à mal avec une sangle incrustée de pointes métalliques.Harry, un garçon un peu fragile et timide qui était toujours au tableau d\u2019honneur de sa classe, se défendit avec l\u2019énergie du désespoir.Sortant son canif de sa poche, il frappa à un bras son agresseur, qui fut transporté à l\u2019hôpital et par la suite inculpé d\u2019agression.Mais à ce moment, la vie de la famille Jennison devint un enfer.Frank Chiuzzi était le chef d\u2019un gang local, les Gaylords, dont les membres, réunis en « tribunal », condamnèrent à mort Harry junior.Des parents de celui-ci n\u2019osèrent plus l\u2019envoyer à l\u2019école, ni le laisser seul à la maison.Bientôt ils s\u2019aperçurent que leur propre vie et celle de leur fils cadet étaient également menacées.Des groupes de voyous se relevaient jour et nuit pour faire le siège de leur porte, et une fois suivirent en motos et manquèrent cercler la voiture où se trouvaient M.Jennison et son aîné.\u2014 Si vous ne pouvez nous assurer une protection efficace, dit M.Jennison aux policiers, il nous faudra quitter la ville.C\u2019est ainsi que l\u2019affaire se termina.Vers la même époque, dans le même quartier, en garçon de seize ans fut battu si sauvagement qu\u2019il perdit la vision d\u2019un oeil.Les coupables étaient le même Frank Chiuzzi, son frère Angelo et trois autres jeunes : ils furent alors arrêtés et enfermés jusqu\u2019à leur majorité.Mais moins d\u2019une semaine après toujours dans le même secteur, un autre jeune, Thomas Bristol, fut attaqué à coups de bâtons et de couteaux par cinq garçons entre seize et dis-huit ans, appartenant à une autre bande, celle des Seven Crowns (Sept couronnes) : ce fut un miracle s\u2019il survécut à la fracture du crâne et aux innombrables blessures qui lui furent infligées.On pourrait continuer ainsi indéfiniment.La situation est d\u2019autant plus grave que les coupables et les mobiles des délits sont plus difficiles à découvrir que chez les adultes.Les jeunes délinquants arrêtés sont rarement capables de fournir une explication logique de leur crime.Plus d\u2019une fois, il s\u2019agissait d\u2019une erreur, la victimê ayant été considérée à tort comme un membre d\u2019une bande adverse.Ce qui ne provoque pas pour autant le remord des agresseurs.Un jeune homme à peine libéré du service militaire et n\u2019ayant jamais appartenu à aucune bande fut grièvement blessé à la colonne vertébrale.Pourquoi ?deman-da-t-on à son agresseur, un chef de bande de dix-sept ans.\u2014 Parce qu\u2019il est blond, et que beaucoup de Dragons (la bande adverse) sont blonds.Le fléau infeste brutalement des rues et des quartiers entiers lorsqu\u2019il ne s\u2019agit plus de règlements de comptes « personnels » mais de véritables batailles rangées, à coups de barres de fer, de couteaux de cuisine, de poignards, de revolvers, de fusils de chasse, et de zipguns, des pistolets fabriqués par les garçons eux-mêmes, ne tirant généralement qu\u2019un seul coup, mais utilisant des projectiles normaux.Les gangs juvéniles sont un phénomène spécifique des plus grandes villes des Etats-Unis, et de New-York en particulier.Dans les petites villes, les jeunes gens sont plus aisément surveillés par leurs familles, leurs éducateurs, leurs pasteurs ou leurs curés.Les sociologues accusent en outre le « gigantisme insumain » de New-York, de Chicago, de San Francisco, créant une ambiance écrasante, oppressante à force d\u2019impersonnalité.Depuis longtemps débordés, les services sociaux spécialisés dans la délinquance juvénile ont remis leurs insolubles problèmes dans les mains d\u2019une commission du Sénat fédéral et d\u2019une commission du Congrès.Ces deux commissions centralisent désormais les efforts des milliers de sociétés (trois cents rien qu\u2019à New-York) qui se consacrent aux questions de la jeunesse.Edgar Hoover, le di-[ Lire la suite page 36 ] Une grande enquête de MICHEL BRACK sur - LA JEUNESSE ETUDIANTE - CHAQUE année, des professeurs de plusieurs universités européennes sont chargés de guider à travers toute l\u2019Europe des centaines d\u2019étudiants américains.Ce qui les frappe le plus, au prime abord, c\u2019est une uniformité souvent trompeuse.Un universitaire anglais, le professeur John Beavan, nous en donne ce tableau à la fois pittoresque et précis: « C\u2019étaient de magnifiques créatures bronzées, fortifiées par le lait et les vitamines, non pas seulement saines mais hygiéniques.Les six cents jeunes filles semblaient toutes avoir été chez le même institut de beauté : six cents paires de lèvres rubis, six cents permanentes bien nettes.Pas une seule future vieille fille desséchée dans le lot.Les garçons portaient totis ces chemises dont la coupe et l\u2019étoffe imprimée semblent plutôt féminines à un oeil britannique.Pas un de ces jeunes n\u2019avaient un dos courbé, des boutons, des dents irrégulières.Pas un n\u2019avait un vêtement ou tin bagage usé.Les blue-jeans ne sont plus de mode.Toutes les filles ont des shorts longs de couleur vive.Bien que l\u2019habillement des deux sexes différât par les couleurs et par certains détails, l\u2019uniformité était remarquable.« D\u2019autant plus remarquable lors- que l\u2019on considère les diverses origines raciales des étudiants, et les différences du climat et de la géographie du continent américain.Aux Etats-Unis, les distinctions de classe sont moindres que partout ailleurs.La même uniformité se retrouve dans les loisirs.Tous aiment le jazz le plus bruyant, le dansent jusqu\u2019à tomber de fatigue, et se rafraîchissent en buvant directement à la bouteille.Il ne recherchent pas l\u2019intimité pour flirter.« Le professeur européen qui découvre pour la première fois ce tableau social a bien des chances d\u2019être choqué \u2014 à tort.Après quelque temps, il constate que ce comportement bruyant et plutôt vulgaire n\u2019est en rien révélateur de l\u2019assiduité ou des capacités intellectuelles d\u2019un étudiant.Il reconnaît le garçon le plus enivré de rock n\u2019roll dans l\u2019étudiant qui l\u2019interroge avec un regard plein de ferveur sur l\u2019état religieux de l\u2019Europe; le gagnant du marathon de charleston (revenu à la mode aux Etats-Unis) dans l\u2019étudiant le plus intelligemment instruit des problèmes politiques ; et telle jeune flirteuse aux manières « affranchies » comme la plus versée en littérature.En dehors d\u2019une minorité à la conduite exécrable, d\u2019ailleurs condamnée par Le Samedi, Montreal, G juin 195!) 9 - LES FREQUENTATIONS - Une petite révolution sociale, le (/oing steady, a créé un véritable fossé entre les anciennes et les nouvelles générations.La jeunesse américaine est, clans sa presque tota-4.lité, devenue monogame avant l\u2019âge normal des fiançailles.« Going steady », cela équivaut à fréquenter une jeune fille \u2014 ou un \u2022e jeune homme \u2014 sérieusement, en vue du mariage.Non \u2014 grands dieux \u2014 que ceci n\u2019arrive pas ailleurs.Mais ailleurs, on se réserve le temps de la recherche, ou de l\u2019attente, et du choix.Cet apprentissage du sentiment amoureux, cette quête du partenaire idéal, la jeunesse américaine y a renoncé.On est « presque fiancé » à treize ou quatorze ans, on fait presque vieux ménage à dix-sept.Cela se remarque plus qu\u2019ailleurs dans les réunions dansantes.Celles-ci sont devenues plus familières.On s\u2019y rend en tenue souvent négligée.Pourquoi, en effet, ferait-on des efforts de toilette pour quelqu\u2019un que l\u2019on voit si souvent ?Elles se terminent plus tôt, aussi, depuis qu\u2019il n\u2019est plus question de danser avec un autre cavalier que celui qui vous accompagne.Et elles sont également plus ennuyeuses.Personne ne cherche à briller.Les grands bals sont d\u2019ailleurs en voie de disparition.Ce n\u2019est pas là que l\u2019on cherche l\u2019âme-socur, puisqu\u2019il n\u2019est pas possible à un jeune homme d\u2019inviter une jeune fille accompagnée par un autre, et que toutes les jeunes filles arrivent avec leur cavalier.Un membre d\u2019une association estu- diantine de Boston provoqua ainsi un petit «scandale».Il était tombé amoureux \u2014 et payé en retour \u2014 d\u2019une jeune fille connue au bal, où elle était venue en compagnie d\u2019un autre membre de l\u2019association.Le bureau de l\u2019association se réunit pour décider de l\u2019éventuelle expulsion du « coupable ».Finalement, après de longues et graves délibérations, on décida de ne pas sévir.En effet, le « cavalier trompé » n'avait eu qu\u2019un seul rendez-vous avec cette jeune fille avant de l\u2019accompagner au bal.Dans ces conditions, elle 11e pouvait pas vraiment être considérée comme « sa fille », selon le terme consacré.Le nouveau code sentimental de la jeunesse américaine stipule généralement que trois dates (rendez-vous) successifs ne suffisent pas à instaurer le going-steady, mais qu\u2019une demi-douzaine rendent cette « union » pratiquement indéfectible.Chacun peut désormais compter sur la fidélité absolue de l\u2019autre, et sur sa disponibilité pour toutes les sorties.Un seul cas d\u2019exception : le déplacement d\u2019une ville à une autre.Il est alors admis de nouer une seconde idylle.Mais il est alors bien vu de prévenir le second ou la seconde de sa position de suppléant, si l\u2019on peut dire.Et une jeune fille qui maintient ainsi deux going-steady risque d\u2019être mal jugée.Garçon ou fille, il lui sera au contraire voué une immense admiration si la séparation engendre une totale fidélité.Ce qui débute comme une simple convention sociale a toutes les chances de se transformer en des relations durables, puis en mariage précoce.On dit alors que le couple est « épinglé », ce qui se traduit par le port symbolique du même insigne de fraternité d\u2019étudiants, de club sportif, ou de corps d\u2019armée.Dans le langage de la jeunesse d\u2019Outre-Quarante-cinquième, cela signifie signifie : « s\u2019engager à se fiancer ».La coutume a envahi toutes les régions d\u2019Amérique, tous les milieux ; le commandant de l\u2019Académie militaire de West Point, le général Garrison H.Davidson, avoue qu'elle constitue l\u2019un de ses grands problèmes de père de trois grands fils, et de «père adoptif» de deux mille cinq cents cadets de la célèbre Ecole.\u2014 C\u2019est l\u2019un de mes échecs en matière de discipline familiale et collective.Ni ma femme ni moi-même n\u2019estimons souhaitable pour un garçon de moins de vingt ans de se lier à une jeune fille.Nous pensons que les jeunes gens et jeunes filles ont besoin de rencontrer un certain nombre de jeunes de l\u2019autre sexe, afin de pouvoir librement comparer.Eh bien, mes fils ont rejeté cette opinion avec mépris.« Or, j\u2019ai constaté que le going-steady conduit à des mariages précoces, auxquels je suis absolument opposé, estimant que la stabilité qu'ils apportent aux jeunes risque fort d\u2019être temporaire.« Cette année, je me fis un devoir d\u2019exprimer mes idées sur ce sujet aux cadets de ma dernière année, en leur disant franchement que j\u2019avais déjà donné le même avis à mes propres fils, et qu\u2019ils n\u2019en avaient pas tenu compte.Je les avertissais ainsi afin d\u2019éviter les «épidémies de mariages» qui ont marqué les promotions de ces dernières années.En effet, aucun cadet ne peut demeurer à West Point s\u2019il se marie.La tradition exige : Pas de cheval, pas de femme, pas de moustache ».Bien entendu, mon discours ne change rien.En juin dernier, nous eûmes le premier mariage, une demi-heure après la promotion : soixante-quinze autres suivirent dans la même semaine ».Diverses enquêtes ont démontré que ces mariages précoces s\u2019ex \" aient en partie par un besoin inconscient de sécurité, qui ne serait pas sans rapport avec l\u2019état de guerre froide du monde actuel.Mais le problème est beaucoup plus complexe.Les nouvelles conventions amoureuses de la jeunesse américaine constituent une véritable institution sociale réglant les relations entre les sexes depuis l\u2019enfance jusqu\u2019au mariage.(Lire la suite page 37) LA JEUNESSE AMERICAINE ¦¦ ¦.'ij+rL'a tous les autres étudiants, ces jeunes se considéraient comme des ambassadeurs officieux de leur pays.» C\u2019est dès l\u2019école qu\u2019il faudrait essayer de découvrir les « clés » du comportement de cette jeunesse.Elle a été formée sous le signe de la liberté.C\u2019est cette liberté qui a engendré l\u2019irrespect des maîtres dont les symptômes les plus graves se sont avérés dans l\u2019explosion de violence des écoles new-yorkaises.Elle a en outre laissé les élèves négliger les matières qui ne les intéressaient pas.« Longtemps, le principal souci des enseignants américains fut de ne pas ennuyer les élèves.Ils crurent y parvenir avec le système des « quiz », ces questionnaires qui obligent à choisir la réponse exacte à une question, parmi plusieurs réponses fausses.Il leur aura fallu des décades pour commencer à comprendre que ce système ne favorisait que la paresse mentale.Aujourd\u2019hui, chacun sent le besoin d\u2019une profonde réforme qui serait un retour au moins partiel aux méthodes d\u2019instruction européennes.Mais l\u2019on ne s\u2019est pas encore mis d\u2019accord sur les modalités de cette réforme.Celle-ci semble néanmoins inévitable.On s\u2019en est aperçu lorsqu\u2019un reportage de Life sur l\u2019école réservée aux enfants des diplomates russes à Washington suscita un raz-de-marée de commentaires dans le pays entier.De nombreux Américains découvraient avec stupeur, pour la première fois, que les vieilles méthodes pédagogiques pouvaient donner à des enfants de dix ans un niveau de culture que les jaunes Américains n\u2019atteignaient qu\u2019à l\u2019âge de quatorze ou quinze ans.Un autre article connut un semblable retentissement: il s\u2019agissait de l\u2019expérience d\u2019une jeune institutrice venue de l\u2019Inde pour effectuer un long stage aux Etats-Unis.En arrivant aux Etats-Unis, Rachel Thomas admirait le principe américain selon lequel il faut avant tout essayer de passionner les enfants pour la matière étudiée.Dans la pratique, elle devait aller de surprise en surprise.Pour se rendre à l\u2019école dans laquelle elle allait enseigner, à Sunnyside, dans l\u2019Etat de Washington, elle traversa le pays dans toute sa largeur.Empruntant, c\u2019est le cas de le dire, le chemin des écoliers, elle visita les écoles d\u2019une dizaine d\u2019Etats.Dans la première, accompagnant le directeur, elle fut surprise de voir les trente-cinq élèves courir à travers la classe en hurlant.Bien qu\u2019étonnée de ne pas voir les élèves se rendre à leurs places pour saluer en silence le directeur, elle dit: \u2014 C\u2019est charmant d\u2019être arrivés à l\u2019heure de la récréation.\u2014 Ce n\u2019est pas la récréation.C\u2019est la leçon de géographie, lui expliqua le directeur.Le gagnant de la compétition est celui qui peut inscrire au tableau noir le plus grand nombre de noms de pays, de fleuves, de montagnes et de villes dont le nom commence par une certaine lettre de l\u2019alphabet .On montra à Rachel Thomas les livres de classe dont les titres étaient: « La Grammaire amusante »,\t« Les Aventures de l\u2019Arithmétique »,\t« Le Vocabulaire facile».Dans une école, elle assista à un.cours de langue qui se déroulait dans le cadre d\u2019un « voyage dans l\u2019espace ».Les élèves étaient censés être des pilotes interplanétaires étudiant une langue parlée sur telle ou telle }ilanète ! Dans une classe élémentaire de littérature, les écoliers étudiaient « Vile au Trésor » et « Ivanhoe » dans des « comic-books » Rachel Thomas reconnut toutefois que l\u2019une des supériorités de l\u2019enseignement américain consistait dans l\u2019importance accordée à notre époque, dans tons les domaines, ce qui est la grande lacune des enseignements traditionnels.C\u2019est cet avantage qui lui permet de donner au pays les élites qui font sa force.« Au premier chef, des techniciens.Mais, de plus en plus, les étudiants américains s\u2019intéressent à l\u2019art, à l\u2019architecture, à la musique, avec une préférence pour l\u2019art abstrait et la musique dodécaphonique.Les étudiants sont les premiers à reconnaître que leur formation est lente, cpt\u2019ils ont en moyenne un retard intellectuel de quatre ans sur les étu- diants européens du même âge.La majorité abandonne d\u2019ailleurs les études avant l\u2019obtention des derniers diplômes pour s\u2019intégrer avec succès dans la masse productive.Mais, comme un professeur le faisait remarquer récemment, l\u2019ex-cludiant américain oubliera beaucoup plus vite les connaissances acquises que l\u2019ex-étudiant européen, faute de continuer à vivre dans un milieu doté d\u2019une certaine richesse intellectuelle.Ou a longtemps accusé le sport du faible niveau des études américaines.Mais il y a des années que les heures consacrées au sport et à l'éducation physique ont été réduites au gobit de mettre en danger la santé d'une jeunesse singulièrement amollie par les trop nombreuses heures passées à la télévision et les trajets en voiture au détriment de la marche.La jeune génération préfère de loin le spectacle des sports à leur pratique.En dépit de tout cela, les grandes facultés conservent lotit leur prestige : Yale et Harvard, Princeton, la plus importante pépinière de savants du monde entier, Smith College, pour les jeunes filles.Un étudiant sortant d'une de ces universités est assuré d'une brillante situation, une étudiante sortant de Smith College est certaine de faire un beau mariage.Et West Point, l\u2019Académie militaire américaine, continue à former, dans le plus pur style [ Lire la suite page 3G ] 1 10 Le Samedi.Montréal.6 juin 1959 L'extravagant milliardaire Howard Hughes sauvera-t-il son fabuleux empire industriel?pat JcAepk he J te the J ¦=£- es cj rands récits dit
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