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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 9 mai 1959
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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Le samedi, 1959-05, Collections de BAnQ.

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[" I 71e année, No 1 Montréal, 9 mai 1959 LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS \u2022\tDeux romans complets : Le Billet de loterie,\tpor annir achard Le dernier jour de ma vie, roman policier, par ALLAN ESTON \u2022\tUn grand récit : Lo fabuleuse dynastie des Rockefeller 20 cents » r?a u \u2022 CJ,V\\ 0 0]0'o0'Dti;>;.vVv'4V 1» /tf-V Vy->\u2018 : .¦ .» : ; \u2019¦.v^V.r ilÜ \u2022tû \\>/\u2022 La brique Cooksville-Laprairie protège comme nulle autre contre le feu, les intempéries, la détérioration, les primes d\u2019assurance trop élevées, les frais d\u2019entretien coûteux.Cette brique offre en plus un choix infini de textures variées et de coloris nouveaux; elle accroît aussi la valeur de revente d\u2019une maison.\u2019 Jean-Pierre Masson Consultez votre marchand de brique CLB, votre entrepreneur on votre architecte.LA BRIQUE COOKSVILLE-LAPRAIRIE LIMITEE MONTRÉAL \u2022 TORONTO 3 4 Le Samedi.Montréal, 9 mai 1959 -SOMMAIRE- LE SAMEDI, 9 MAI 1959 Editorial 4 Prudence au volant 4\tLa voie maritime Grand récit 8 La fabuleuse dynastie des Rockefeller Chroniques 5\tSamedi-Express 12 Coupable ou non-coupable IG .et le Ciel t'aidera 18 Horoscope 20 Autos-Nouvelles du monde entier 22\tFrancine Montpetit-Poirier : Sur toutes les scènes 33\tDe-ci, de-là à travers les sports 43\tDis-moi ton nom 58 Mots croisés Personnalités 5 Mon général Stewart 5 Brando père et fils 14 Les ennuis de Chariot 23\tMichelle Tisseyre, reine de la radio-TV, par Odette Oligny 35\tUn miracle de volonté : Annie Girardot Fiction 11 Un roman d'amour complet : Le Billet de loterie, par Annie Achard 38 Un roman feuilleton : L'Ange consolateur, par H.-L.Magog 44\tUne nouvelle policière : Le dernier jour de ma vie, par A.-V.Elston Articles 5 La presse américaine et le Congrès 5\tLe village des porcs et du cinéma 6\tAcheter un terrain sur la lune est illégal 6\tPetits échos de la médecine 7\tLes petits Chinois vont s'appeler « Spoutnik » et « Aide à la Corée » 7 Vienne veut les Jeux Olym-pigues pour 1964 7 Au Japon, des singes en liberté 7 Quand on naît petite fille 27 Granby : Le centenaire d'une belle jeunesse 32 Mariage impérial au Japon 34\tLes accordéonistes sont de grandes vedettes 36\tLa santé du monde 47 Un fermier japonais au Canada Conte illustré 57 Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur Rédacteur-en-chef : CHARLES LAFRENIERE prudence au volant .Avec le retour des mois d'été .et des hécatombes saisonnières sur nos grandes routes, plusieurs associations jettent à nouveau le cri d'alarme à l'adresse des automobilistes imprudents.En fait, la saison de l'automobilisme dure à peu près toute l'année, mais c'est avec le début du mois de mai que la circulation devient de plus en plus difficile et que s'accroît aussi le nombre des accidents graves.Il paraît qu'une compagnie d'assurances de Californie avait, l'an dernier, fait réfléchir un grand nombre d'automobilistes en faisant paraître un peu partout, dans les journaux et sur des panneaux-réclames, l'annonce suivante dont le cynisme apparent se montra on ne peut plus bienfaisant : « A tous ceux qui vont mourir cet été, nous conseillons la formule d'assurances .» etc ! Cette année-là, la compagnie d'assurances déboursa moins d'argent pour les accidents d'automobiles.Les campagnes de sécurité routière n'ont pas lieu uniquement durant la belle saison.Elle se succèdent à longueur d'année et il n'est guère de ville, au Québec, qui n'organise ici et là quelque manifestation locale sur le thème de la prudence au volant.Ces campagnes ne sont peut-être pas toujours aussi efficaces qu'on le désirerait mais, malgré tout, elles ont Dans quelques semaines, Sa Majesté Elisabeth II et le Président Eisenhower ainsi que de nombreuses personnalités canadiennes, inaugureront officiellement la nouvelle voie maritime du St-Laurent.Ce projet gigantesque, dont la réalisation a puissamment stimulé l'économie canadienne depuis plusieurs années, permettra enfin de relier directement à l'Europe l'une des régions les plus industrialisées du monde : le bassin des Grands Lacs.Il n'est pas douteux que le sud de l'Ontario et la vallée du St-Laurent comprise entre Montréal et Kingston, profiteront énormément, sur le plan économique, de l'accroissement considérable du trafic maritime provoqué par la mise en service de la voie maritime.Mais il se peut fort bien que le port de Montréal retire de cette prodigieuse réalisation un bénéfice dépassant toutes les prévisions des spécialistes.Pour cela, les autorités du port, en accord avec le Ministère Fédéral des Transports, poursuivent depuis deux ans déjà un programme intense de modernisation des installations portuaires depuis Longue-Pointe jusqu'au pont Victoria.Le trafic marchand du fleuve, que l'on espère décupler d'ici deux ou trois ans environ, ne pourrait en aucun cas s'accommoder des disponibilités actuelles du premier port canadien, et Montréal risquerait de perdre ainsi le contrôle économique que lui assure sa position géographique naturelle.une influence sur le public, si mince soit-elle.Ainsi, plusieurs villes au Québec comme Jon-quière, Granby, Val d'Or et Grand-Mère ont enregistré l'an dernier un nombre d'accidents extrêmement réduit.La ville de Grand-Mère, pour sa part, n'a pas eu un accident mortel depuis 3 années consécutives.D'autres villes, comme Medicine Hat et St-Boniface, n'ont pas eu non plus d'accidents mortels, alors que la province d'Ontario détient le record des collisions routières au Canada.La Ligue de Sécurité de la province de Québec mène à longueur d'année une lutte tenace et vigilante, tâchant d'inculquer au plus grand nombre la notion de prudence et de respect d'autrui, ce qui n'est pas toujours une mission aisée.Certes, chez nous, le nombre des accidents de la route est bien moins élevé que chez nos voisins du sud, cela non pas parce que nous sommes plus sages et plus sérieux, mais simplement parce que notre population est dix fois moins nombreuse ! Cette année encore, la Ligue de Sécurité Routière de la province fera tout son possible pour endiguer l'augmentation des accidents.Souhaitons que ses conseils soient suivis.la voie maritime Pour ces raisons essentiellement vitales, de nouveaux quais, des jetées, des hangars plus spacieux, etc, ont été construits et le seront encore dans les prochaines années.Au total, c'est une somme de quelque 65 millions de dollars qui sera investie dans des travaux d'expansion dont les répercussions économiques ne laissent aucun doute.La construction de deux nouveaux silos à grains augmentera considérablement la capacité d'emmagasinage actuelle.Les futures installations pourront alors contenir 23 millions de boisseaux de céréales, soit à peu près la vingtième partie de toute la production de blé des provinces centrales.Bien des transbordements de grains dans les ports des Grands Lacs seront ainsi éliminés et Montréal deviendra vraisemblablement le grand centre de stockage des grains au Canada et de chargement à bord des océaniques.De telles perspectives sont encourageantes.Elles laissent entrevoir pour l'avenir de toute la région montréalaise \u2014 jusqu'à Sorel même, pensent certains \u2014 de spectaculaires développements pour la décade qui vient.Il se pourrait même fort bien que la canalisation du St-Laurent fasse définitivement pencher vers l'est du pays, plus précisément vers Montreal et le sud-ouest de la province, le centre industriel et vital du Canada.Les années prochaines nous l'apprendront. Le Samedi, Montréal, 9 mai 1959 5 SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI Cinéma © Mon général Stewart ¦¦¦ «UgWxtXvJSz.ittMÉÜ James Stewart a enfin son titre de-général.Il y a deux ans que sa nomination avait été annoncée, puis démentie à cause de l'opposition.d\u2019un sénateur du sexe faible.C\u2019est donc dans une humeur euphorique que le célèbre acteur a passé de brèves vacances en Italie, humeur qu'il a conservée en dépit d\u2019une attaque de la « grippe australienne » qui sévit actuellement dans la péninsule.Il revient de l\u2019Inde, où il a assisté à son premier « safari », à sa première grande battue de chasse aux fauves.Il a même réussi à tuer un tigre dont il fera une descente de lit pour sa villa de Hollywood, mais il ne s\u2019en vante pas.Cela ne fait pas tellement d\u2019effet lorsqu\u2019on est général, et surtout lorsque le confrère Errol Flynn vient de se faire glorieusement blesser auprès des partisans de Fidel Castro.Professionnellement, il continue sur sa lancée de grands films policiers : il va tourner «L\u2019Histoire du F.B.I.» (la fameuse police fédérale américaine), et « Anatomie d\u2019un crime », sous la direction d\u2019Otto Preminger.Comme les autres Hollywoodiens, Stewart affirme être saturé de l\u2019ambiance de la métropole du cinéma, et de ses rigides méthodes de travail, qui obligent parfois à se lever à 4 heures du matin.\u2014 Un métier de chien, dit-il.Eisa Maxwell a bien tort de le trouver fascinant.La seule chose qui me plairait encore serait de tourner avec Sophia Loren.\u2022 Le village des porcs et du cinéma Aucune allusion malveillante là-dessous.Ce village, en effet, est encore plus fier de ses porcs que de sa célébrité cinématographique.Il s\u2019agit de Castel San Pietro, ce charmant village à 25 milles de Rome que le monde entier a pu voir dans « Pain, Amour et Fantaisie », «Pin, Amour et Jalousie», «Pain, Amour et.» Depuis, plusieurs autres films y ont été tournés.Et les porcs ?Ils sont l'une des principales ressources du village, et provoquèrent au début quelques accrochages entre les villageois et les équipes de cinéastes.Aujourd\u2019hui, ils ont leur « cité » : Porcopoli, à la sortie de Castel San Piètre A dire vrai, il n\u2019existe encore que la pancarte, à l\u2019entrée de ce grand terrain où chaque jour, pour leur santé, et chaque fois que des cinéastes refusent de voir des cochons dans leur «champ», les habitants sont tenus de les éloigner.Mais, bientôt, ces porcs auront la porcherie la plus moderne du monde, grâce au maire de Castel San Pietro : Porry Pastorel.Celui-ci fut le plus grand reporter photographe italien, et l'un des meilleurs du monde.Depuis sa retraite au village, il a réussi à en faire le village le plus propre et le plus photogénique d\u2019Italie.Tout «cadeau» intempestif des porcs ou des mulets est aussitôt enlevé sur leurs pas, les maisons sont peintes de couleurs gaies, les cochons mêmes sont d\u2019un rose.« jambon » et reluisant.® A la Bourse des figurants d\u2019Hollywood le barbu vaut sept dollars de plus Central Casting, Hollywood, fournit depuis deux ans à ses « clients » \u2014 les dix compagnies cinématographiques les plus importantes \u2014 sur simple commande, tous les figurants possibles et imaginables.Sa liste de 3,000 personnes comprend non seulement des danseuses, des cow-boys et des collégiens, mais encore des charmeurs de serpents authentiques, de cornacs, des danseurs hindous et d\u2019ex-boxeurs aux oreilles en choux-fleur.Un « rayon spécial » est consacré aux enfants et aux vieillards.La figuration est l\u2019une des professions les plus répandues à Hollywood.Elle est souvent le refuge des ex-vedettes du muet : Frankly Farnum, qui à 83 ans tient des « rôles » de juge ou de sénateur élégant et distingué ; Snub Pollard, ex-jeune première de la Keystone, figurant depuis 1933 et spécialiste des femmes de chambre.Le figurant de « Vera Cruz » jouait trop vrai La comptabilité de Central Casting est l'une des plus complexes du monde.Le salaire de base est de 25 dollars par jour, mais un « acteur d\u2019atmosphère » (client de restaurant, jeune femme élégante dans un magasin) touche 40 dollars.S\u2019il dit une seule ligne de texte, son salaire quotidien bondit à 120 dollars \u2014 ce qui explique pourquoi, dans la plupart des westerns, le paysan mexicain à qui le héros demande son chemin se contente de tendre le bras : « Par ici » ou « A droite » coûterait au studio un supplément de quelque cent dollars.Une barbe véritable rapporte un supplément de sept dollars par jour.Si le scénario prévoit que le figurant est arrosé de pluie, il reçoit une prime de séchage, s\u2019il doit tomber de cheval, c\u2019est une « prime de choc ».Aujourd\u2019hui, le bureau de recrutement de Central Casting occupe seize personnes, dont six standardistes.L'atmosphère est celle d\u2019une banque \u2014 mais les bureaux n\u2019ouvrent que le soir à six heures.C\u2019est alors un défilé interminable : propriétaire d\u2019un modèle ancien de voiture, éleveur de' singes ou de chiens, famille faisant inscrire leur bébé « au cas où.», ainsi qu\u2019une masse impressionnante de jeunes gens et jeunes filles de toutes conditions désirant faire du cinéma ».La figuration grève lourdement le devis d\u2019un film, et souvent les studios essaient de s\u2019en passer.Un jour les frères King, producteurs, eurent besoin d\u2019une foule assistant à une corrida.Au lieu de téléphoner à Central Casting (1.000 personnes à 25 dollars par jour, plus les frais), ils allèrent à Mexico, louèrent une arène et annoncèrent par affiches une corrida gratuite : le jour dit, il y avait dans l\u2019arène 50,000 « figurants » bénévoles.L\u2019aventure la plus étrange du monde des figurants s\u2019est déroulée durant le tournage du film « Vera Cruz » avec Gary Cooper et Burt Lancaster, près de Mexico City.Durant la réalisation, un bandit mexicain célèbre, Juaramillo.attaqua une bourgade proche, tua plusieurs personnes et échappa à la police en se mêlant aux figurants mexicains.C\u2019est au cours d\u2019une scène de guérilla qu\u2019il fut reconnu et arrêté.Il jouait trop vrai ! \u2022 Brando père et fils \u2019 \u2022 ¦'ÿV ?Il ne s'agit pas de Marlon Brando et de son fils, le bébé qu\u2019il a laissé aux soins d\u2019Anna Kashfi, son ex-femme.Mais du même Marion et de son père, avec qui il produit son premier film : «Jack le Borgne».Marion en est également le metteur en scène et la vedette.Lui qui quittait naguère les plateaux de tournage parce qu\u2019il n\u2019avait pas ces jours-là envie de travailler, il épuise à présent tout son monde à la tâche.Il a même écopé d\u2019une belle ecchymose -EXPRESS + SAMEDI- à l'arcade sourcilière parce qu\u2019il avait trouvé que les bagarres « manquaient de réalisme ».Son partenaire Slim Pickens s\u2019était donc échauffé : Marion avait fait stoïquement les frais de sa vigueur.Ce n\u2019est pas son propre film, un « western intellectuel » qu\u2019il déserterait par caprice.11 a même refusé à sa principale interprète, Pina Pellicier, d\u2019aller passer le jour de Noël dans sa famille.Pina Pellieer est une parfaite inconnue, une Mexicaine de 18 ans, Indienne dont le type est étrangement japonais.Il y a quelques mois, elle vendait encore des fleurs dans les rues de Mexico.C est la que Marlon Brando l\u2019a découverte.lui donnant d\u2019emblée le rôle de vedette dans l\u2019un des films les plus attendus de l\u2019année.Est-ce un nouvel amour ?se demandent les chroniqueurs d Hollywood.Mais les précédents de Josanne Mariani et d\u2019Anna Kashfi les ont rendus prudents.Plus simplement un nouveau visage exotique, réunissant deux conditions chères à Marion : n\u2019être pas encore une star et sortir d\u2019un milieu pauvre.Ctafo-tfh/J \u2022 La presse américaine prend à partie ces derniers nababs orientaux: les membres du Con- grès Plusieurs membres du Congrès américain ont voté des crédits pour l\u2019attribution de voitures à certains de leurs propres confrères ! Ces « cadeaux de reconnaissance » sont des voitures de grand luxe et s offrent accompagnés d\u2019un chauffeur payé, lui aussi, par le Congrès et d\u2019une large attribution d\u2019essence gratuite.La plus somptueuse d\u2019entre elles est la Cadillac de 15,000 dollars donnée à Joseph Martin, du Massachusetts (leader républicain à la Chambre des Représentants).qui stationne chaque jour devant le Capitole, au milieu d\u2019autres dons du même ordre.La presse américaine ayant largement diffusé la photo des «limousines du Congrès », les lettres de contribuables mécontents affluent à Washington.Les plus hostiles demandent que la lumière soit faite sur les « extras » dont bénéficient les représentants du peuple en plus de leurs vingt-deux mille cinq cents dollars de traitement.La gestion du Congrès coûte, en effet.89 millions de dollars par an au Trésor américain.Sans compter les « dépenses d investissement » (173 millions de dollars cette année), destinées à agrandir et restaurer le Capitole, édifier de nouveaux buildings ou à améliorer les divers bureaux attribués aux membres du Sénat et de la Chambre des Représentants.Les membres des deux Assemblées jouissent, en effet, d'un confort inconnu dans les autres démocraties parlementaires.Qu'on en juge : SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI- 6 Le Samedi, Montréal, 9 mai 1959 SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - \u2014\tChaque représentant dispose d'une suite de bureaux : deux cabinets de tra vail au minimum, une pièce pour les archives et le courrier, une penderie et une salle de bains.Les sénateurs ont droit à un réfrigérateur de bureau.Dans le nouveau building qu\u2019on leur établit ils disposeront de cinq pièces inunies de colfrcs-forts muraux ; \u2014 Les repas sont servis pour tous les membres (436 députés, 98 sénateurs) et leurs invités, dans les salles à manger privées du Capitole à un prix de cantine ; \u2014 Tarifs de faveur aussi chez le coiffeur installé dans le sous-sol du Capitole : 75 cents la coupe pour les représentants (la moitié du prix pratiqué dans la ville même).Les sénateurs, eux, ont droit à la coupe gratuite des cheveux et de la barbe ; \u2014\tDe leur côté, les dix-sept femmes du Congrès, les femmes et filles des élus, ainsi que leurs employées peuvent se faire coiffer, masser, maquiller dans des salons de beauté à tarif très réduit installés à l\u2019intérieur même du Capitole.« Nous sommes payés comme des businessmen » Si le sénateur Humphrey se sent nerveux à la suite des démentis de Khrouchtchev, il peut aller nager dans la piscine privée du Sénat, faire du punching-ball dans le gymnase du Capitole, passer ensuite une heure aux bains turcs spécialement aménagés dans l\u2019édifice ou se faire masser, tout aussi gratuitement, par l\u2019infirmier de service.Si malgré ces soins, le « congressman » américain tombe malade, les hôpitaux de l\u2019Armée et de la Marine le prennent en charge sans un dollar de contre-partie.Pour se recueillir, il dispose même, tout près de ses bureaux, d\u2019une « chambre de prières » capable d\u2019accueillir à la fois 5 ou 6 « assoiffés de solitude ».Mêmes facilités pour le travail.Les élus disposent, outre l\u2019immense bibliothèque du Congrès, de petites bibliothèques particulières et spécialisées, de salles d\u2019enregistrement pour diffuser leurs messages à la radio ou à la télévision.Leurs frais de poste sont couverts par la caisse du Congrès et leurs télégrammes et appels à longue distance remboursés.Autre source d\u2019économie : la papeterie « officielle » où tous achètent au meilleur compte papier, registres ou stylos de luxe.Autres avantages substantiels : important dégrèvement d\u2019impôts, retraite substantielle, assurance-vie, allocation de « frais de personnel », etc.Bref chaque membre du Congrès «revient» à 166,000 dollars par an, 87% de cette somme allant aux « extras » et 13 seulement au traitement proprement dit.Les officiels de Washington ont répondu à l\u2019énumération rageuse de ces privilèges par ce sec commentaire : « Nous ne sommes pas mieux payés que les businessmen ayant moyennement réussi dans l\u2019industrie ou le commerce.» \u2022 « Acheter un terrain sur la lune est illégal » Chaque jour, des centaines de lettres affluent à Washington, au Ministère de l\u2019Intérieur : des Américains demandent s\u2019il est possible de retenir \u2014 pour les acheter à l\u2019avance \u2014 des parcelles de terrain sur la lune.Les services du ministère répondent par une circulaire ainsi rédigée : « Nous vous remercions de votre lettre, dans laquelle vous nous questionnez sur les terres à vendre dans la Lune ou sur les planètes.« Il n\u2019est pas possible, actuellement, .,.v> de déposer de candidature pour obtenir, par l\u2019intermédiaire du gouvernement américain, le droit de débarquer sur la Lune ou sur une planète.Les Etats-Unis, jusqu\u2019à maintenant, ne prétendent pas exercer leur souveraineté sur des territoires extra-terrestres.« Si des sociétés privées ou des individus isolés ont émis de telles prétentions et ont vendu, ou attribué des terrains, ces marchés n\u2019ont pas été conclus selon les prescriptions de la loi fédérale.Jusqu\u2019à ce qu\u2019il y ait une base légale permettant de considérer que ces territoires font partie des « terres publiques » des Etats-Unis, il n\u2019y a aucun moyen ou procédé qui permette d\u2019en réclamer officiellement la propriété.» Petits et grands échos de la médecine TEHERAN Première victoire sur l'opium L\u2019Iran est un des plus grands producteurs de pavot du monde.A la fin du mois d\u2019octobre 1955 (date à laquelle une législation contre les stupéfiants fut adoptée par le Parlement Iranien) l'Iran produisait près de 1,000 tonnes d\u2019opium par an et en exportait seulement 90.La consommation de la drogue n\u2019était soumise à aucune restriction légale et, selon certains spécialistes, un Iranien sur dix était opiomane.Depuis 1955, toute production d\u2019opium est interdite et le gouvernement iranien a entrepris de traiter les opiomanes.Des milliers de personnes se sont présentées spontanément et la pLipart d\u2019entre elles ont pu être soignées sans hospitalisation.Certes, l\u2019opiomanie n\u2019a pas complètement disparu en Iran.Il subsiste sans aucun doute un noyau irréductible d\u2019intoxiqués qui trouveront le moyen de se procurer de la drogue et le traitement se révélera très difficile.Mais en moins de trois ans, un des fléaux qui ravageaient l\u2019Iran a pu être pratiquement jugulé.LONDRES Attention aux queues de cheval ! Mesdemoiselles, qui portez des queues de cheval, soyez prudentes : l\u2019alopécie vous guette ! L\u2019alopécie est le terme savant pour dire chute des cheveux.Si vous ne voulez pas devenir précocement chauve, ne soumettez pas vos cheveux aux « tiraillements prolongés » qu\u2019un auteur anglais, le Dr Slcpyan, accuse d\u2019être à l\u2019origine de certaines alopécies.Les manifestations les plus précoces de la maladie de la chute des cheveux sont constitxiées par une légère rougexxr à la base des cheveux, laquelle peut s'accompagner de pellicules, de démangeaisons et même de petits points de suppuration.Puis, après plusieurs mois, cer-taixies zones voiexit les cheveux se raréfier ; exxjixi se constitxient de petites sxirfaces atteignant au maximum la dimension d\u2019un ongle, où il n'y a plus de chevexix du tout.Les régions les plus atteintes sont situées en bordure du froxit, devaxit et derrière les oreilles, et derrière la nuque.Fort heureusement, lorsque la caxise du mal est troxivée et qu\u2019une axitre coiffxire est adoptée, les cheveux repoxissexit.Cependant, le Dr Slepyaxi cite deux cas où, après six mois, aucun cheveu n\u2019avait repoxis-sé.L\u2019xisage ixnxnodéré des bigoudis paraît égalexxiexit susceptible d\u2019entraîner de tels ennxiis.PARIS 80% d'épileptiques peuvent mener une vie normale Il existe en France 100 à 200,000 épileptiques.C\u2019est dire l\u2019importance des aspects sociaux de cette maladie qui peut différer considérablement par ses symptômes d\u2019un individu à l\u2019autre.Contrairement à une opixiioxi assez répandue, la plupart des épileptiques peuvent mener une vie parfaitement norxxxale.A l\u2019âge scolaire, l\u2019expérience prouve que la plupart des petits xnalades peuvent être éduqués dans des écoles normales, sans restriction de travail et sans ixiterdiction de jeu.Il est cependant essentiel que l\u2019instituteur et les camarades de classe soiexit prévexixis, poxir pouvoir porter les premiers soins eu cas de crises subites.Il est également prouvé que l\u2019épilepsie ne coxistitxie pas un obstacle au mariage ni une contradiction poxir les grossesses.L\u2019épileptique, en/in, peut devenir un excellent ouvrier.Les contre-indicatioxis attachées à certaixies professions doivent être révisées et appliquées sans trop de rigidité.Une seule réserve cependant : on doit s\u2019opposer formellement à ce que T épileptique, même s\u2019il n\u2019a plus de crises, condxdse xine autoxnobile.NEW-YORK Une séparation spectaculaire Les chirurgiens américains viennent de réussir une opération qui est un miracle de précision tech-niqxie : ils ont pu séparer deux jumelles siamoises qui étaient unies par la partie droite du front.Une première ixitervention a eu lieu à l\u2019âge de trois mois poxir enlever la partie commune de l\u2019os frontal que l\u2019oxi a remplacée par une matière plastique.Une deuxième opération est intervenue xin mois plus tard : il s\u2019agissait alors de séparer une méninge et un vaisseau communs axix deux enfants.On a procédé ensuite à une greffe de dure-mère (membrane entourant le cerveau) et à une greffe cutanée.Le développement ultérieur des deux jumelles a été entièrement satisfaisant.C\u2019est la première fois que Von enregistre une survie de quelque durée après une séparation de jumelles siamoises unies par des parties vitales.SAINTE-HELENE Victoire pacifique Ayant vu mourir Napoléon d\u2019un ulcère à l\u2019estomac, Sainte-Hélène connaît axijourd\u2019lixii la célébrité pour être le premier territoire au monde qui a réussi à se débarrasser totalement de la tuberculose.La totalité des 4,642 habitants de Vile a été exaxxxixiée il y a quelques mois ; aucun doxite n\u2019est possible : tous les tuberculeux sont guéris et aucun nouveau cas ne s\u2019est produit.La txibercxdose est doxic annihilée \u2014 xnais il convient de dire que l\u2019enquête xxxédicale n\u2019a pas porté sxir les cas d\u2019ulcères à l\u2019estomac des habitants de Saixite-Hélène.André Dardray.SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS « SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - Le Samedi, Montréal, 9 mai 1959 7 SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - Autriche \u2022 Obtenir l\u2019organisation des Jeux Olympi- ques de 1964 pour Vienne serait plus qu\u2019une satisfaction d\u2019amour-p r o p r e et constituerait une arme de première grandeur pour toute l\u2019économie autrichienne menacée par la récession Nul ne sait avant la décision du Comité Olympique International si les Jeux de 1964 auront lieu à Vienne, à Tokyo ou à Détroit, ces trois villes ayant le plus de chances d'être choisies.« Moralement », c\u2019est Tokyo qui devrait l\u2019emporter.Le Japon avait été désigné pour les Jeux de 1940, qui ont été annulés par suite de la guerre.L\u2019atout majeur de Détroit est le rôle dominant que jouent les Etats-Unis dans les sports (organisateurs cependant, déjà, des Jeux de Los Angeles) auquel s\u2019ajoute la promesse qu\u2019en cas de désignation, Détroit fera construire un stade et un village olympiques dépassant en luxe et en confort tout ce qu\u2019on a vu jusqu\u2019ici.« Sur papier » l\u2019Autriche, petit pays, qui en dehors du football (professionnel) et du ski ne brille guère dans les sports, ne vient que loin derrière les Etats-Unis et le Japon.Vienne n\u2019en espère pas moins coiffer ses concurrents au poteau et ceci pour diverses raisons.Les Trois atouts de Vienne 1)\tLes pays européens et nord-africains préféreraient évidemment avoir les Jeux de 1964 en Autriche.Moins de frais, pas de problème d\u2019acclimatation.2)\tLes démocraties populaires sont du même avis, inspirées aussi par des arrières-pensées politiques : depuis le Traité d\u2019Etat de 1955, l'U.R.S.S.joue un rôle de « protectrice » de l\u2019Autriche et appuiera sans doute la demande de celle-ci, basée aussi par le fait que la petite Autriche a besoin d\u2019être aidée.3)\tL\u2019Allemagne, à son tour.« interviendra » probablement en faveur de la « nation-soeur », usant de son influence auprès de certains pays même non-européens.Un stade de 95,000 places Quoi qu\u2019il en soit, les Autrichiens, préoccupés, après une courte période d\u2019euphorie, par la crainte de la récession, font dès maintenant comme si la décision était déjà intervenue et dans un magnifique album de luxe (dont les frais d\u2019impression reviennent à trente dollars par exemplaire !) ils exposent aux membres du Comité Olympique leur programme de 1984.Des deux grands stades viennois, Hone Warte et Prater, c\u2019est ce dernier qui fut choisi comme futur Stade Olympique.Il sera complètement remis à neuf et pourra contenir, dès 1960, 95,000 spectateurs, ce qui n\u2019est pas mal pour une ville qui ne compte après tout que 2 millions d\u2019habitants.Une piscine ultra-moderne, des terrains et salles pour les autres sports compléteront son installation.Village Olympique \u2014 transformable en localité d\u2019habitation Pour le village olympique, on a choisi la banlieue sud, la région boisée Las-berg, de façon qu\u2019une fois les Jeux terminés, les maisons construites puissent loger 3,000 familles, pour la plupart ouvrières.Le futur village olympique constituera alors une nouvelle localité moderne, hygiénique, admirablement située en pleins bois Comme on voit, rien ne manque pour donner le premier coup de pioche à ce beau projet que l\u2019accord du Comité Olympique.Question vitale Pour l\u2019obtenir les Autrichiens comptent user aussi d\u2019arguments sentimentaux et font valoir notamment qu\u2019éco-nomiquement et touristiquement, l\u2019organisation d'une telle manifestation serait une goutte d\u2019eau pour de grandes puissances comme le Japon ou les Etats-Unis, tandis qu\u2019elle pourrait être vitale pour la petite Autriche, menacée de récession.Les travaux pour l\u2019agrandissement du Stade pourraient commencer, en effet, dès 1959 et le reste en 1962-63, donnant du travail à des centaines d\u2019ouvriers.Et en 1964, l\u2019arrivée de milliers d\u2019athlètes et de centaines de milliers de spectateurs constituerait un événement touristique de première grandeur pour toute l\u2019économie autrichienne.Chine \u2022 Les petits chinois vont s\u2019appeler « Spoutnik » on « Aide à la Corée » En Chine populaire, les enfants ne s\u2019appellent plus « Parfums de rose » ou « Petit tigre », mais « Aide à la Corée » ou « Réforme agraire ».En Chine, le prénom, porté après le nom de famille, évoquait, jusqu\u2019à présent, soit une qualité abstraite, soit un objet : les filles se nommaient Jue (Lune), Lan (Orchidée), Tschu (Perle), ou Tschen (Pureté).Les garçons, Sjao fut Tsy (Porte-bonheur) ou Tschan Tschou (Longévité).Dans certaines provinces, la coutume voulait même qu\u2019on ne donne pas de prénom du tout.On désignait simplement les enfants par « Lao Da » l\u2019aîné, « Lao Er », le second ou « Sjao Pang », le petit gros.Arrivé à l\u2019âge adulte, il choisissait lui-même son prénom définitif.Aujourd\u2019hui encore, alors que le livret de famille est devenu obligatoire, beaucoup de parents donnent à leurs héritiers un « nom de lait » provisoire afin qu\u2019ils puissent, ensuite, porter le p>é-nom de leur choix.Mais beaucoup de parents donnent actuellement à leurs enfants des prénoms rappelant un événement politique ou une victoire économique.Quelques-uns des prénoms les plus répandus cette année sont : Ui (Premier mai), Tu Gai (Réforme agraire), Ja Fej (Asie-Afrique), Feng Tschan (Bonne récolte), Wei Sing (Spoutnik).JapeH \u2022 Consternation au Japon : des singes placés sous la protection de la loi terrorisent les visiteurs d'un zoo La terreur règne à Oita (Japon).Les 600 hôtes du « Parc des Singes » sont en révolution : ils ont renversé le triumvirat de vieux et paisibles macaques qui les gouvernaient, et se livrent à des voies de fait sur les visiteurs du zoo.Psychologues, sociologues et conseillers municipaux sont impuissants à rétablir Tordre.Depuis sa création, en 1953, le « Parc des Singes », vaste réserve où les animaux vivent en liberté, connaissait Tordre et la paix sous la haute direction de trois «anciens»: Pan, Jupiter et Titan.Le triumvirat était inflexible : tout contrevenant à ses lois se voyait refuser la nourriture jusqu\u2019à ce qu\u2019il ait fait amende honorable.Le drame a éclaté un dimanche.Pan, assis sur son trône rocailleux, surveillait ses sujets.Soudain, un jeune macaque s\u2019approcha de lui et le gifla violemment.Puis, d\u2019un seul élan, il le précipita à bas du « trône ».Depuis lors, les jeunes voyous macaques ont pris le pouvoir.Ils terrorisent leurs compagnons, attaquent les visiteurs.Leur jeu préféré : se cacher derrière un buisson, puis se jeter avec des cris stridents sur les femmes qui passent.Les jeunes guenons, plus prosaïques, se contentent de voler les provisions des passants.Le conseil municipal de Oita a dressé une liste noire des singes les plus violents.S\u2019ils étaient éliminés.Tordre ne tarderait pas à se rétablir.Mais Tokyo refuse son autorisation : le « Parc des Singes » est déclaré d\u2019intérêt national et tous ses habitants sont placés sous la protection de la loi.Cntfance \u2022 Qand on naît petite fille Un homme qui était peut-être un brave homme vient de se pendre, laissant une femme et plusieurs jeunes enfants, et je vous donne en mille la raison de ce suicide : sa femme venait de mettre au monde un nouveau bébé, et ce bébé était une fille.Or notre homme voulait un garçon.Notez qu\u2019au milieu de plusieurs petites soeurs aînées la pauvre pouponne, cause si involontaire du fatal désespoir paternel, possédait aussi un frère.Mais cela ne suffisait pas : le père n\u2019eût voulu engendrer que des mâles.Paix à ses cendres, paix surtout à la mère ainsi abandonnée avec ses filles et son garçon.Mais n\u2019est-il pas curieux de pousser aussi loin la préférence pour les petits représentants du sexe fort, supérieur et dominant ?Dans beaucoup de peuples primitifs, dans beaucoup de peuples de l\u2019antiquité, et jusqu\u2019à une époque récente dans beaucoup de peuples civilisés, christianisés et évolués, la naissance d'une fille a été ou est encore accueillie avec bien moins d\u2019enthousiasme que celle d\u2019un fils, et nos propres lois et coutumes sont encore fortement imprégnées de ce discrédit jeté dès le berceau sur les descendantes d\u2019Eve : là où régnent encore de semblables préjugés, on voit les mères toutes tristes et honteuses d\u2019avoir si mal répondu à l\u2019attente de la famille, se mortifier, s\u2019excuser, et promettre timidement de tâcher de faire mieux la prochaine fois.Le plus drôle est que nul ne semble s\u2019aviser que la production de futures femmes est indispensable à celle de futurs hommes, ceux-ci en dépit de toutes leurs supériorités n\u2019étant point capables de se perpétuer entre eux, et ne pouvant absolument, pas se dispenser du très important concours d\u2019une faible femme pour la procréation du plus viril des héritiers.Cependant chez les peuples qu\u2019en notre temps on dit « occidentaux », les vieilles traditions se sont en général rapidement évanouies de nos jours.On s\u2019y réjouit autant de la venue d\u2019une fille que de la venue d\u2019un garçon ; mieux, les jeunes parents sont souvent d\u2019accord pour désirer très sincèrement la première.Le mieux est de ne pas trop spéculer sur cette loterie animée par des forces naturelles à peu près totalement inconnues, et où f Lire la suite page 55 j SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - EXPRESS + SAMEDI - 8 Le Samedi, Montréal, 9 mai 1959 cc7 rom U rdc its tin mz.\u2014 Le voilà ; nous arrivons trop tard ! dit Calloway.Horace Kalland reposait sur le divan.Tout prouvait qu\u2019il s\u2019était suicidé.\u2014 Comment a-t-il su que nous allions l\u2019arrêter ?demanda Calloway.\u2014 Prenez-vous-en à moi ! J\u2019étais absolument certain qu\u2019il ne se doutait de rien, dit Slater.Nancy, qui étreignait la main de Rand, s\u2019était approchée de la porte de l\u2019appartement de Kalland.\u2014 Oh ! cria-t-elle, il a encore volé mon Journal ! Du doigt, elle montrait le gros livre à couverture de cuir posé sur le bureau de Kalland.Sans doute.Horace avait-il obéi, une fois de plus, au désir de connaître l\u2019opinion que la jeune fille avait de lui.El'e était sortie un soir en sa compagnie, elle lui avait offert une tasse de thé, n\u2019était-il pas en droit de croire qu\u2019il trouverait dans son Journal quelques renseignements ?Nancy se souvint tout à coup de la phrase qu\u2019à la suite du coup de téléphone reçu de Long Beach elle venait, deux heures plus tôt, de consider dans son Journal.Impossible, pensa-t-elle, que Kalland ne l'a;t pas lue.Il est alors allé à la fenêtre ; un agent faisait déjà les cent pas devant la maison.Tenter de fuir s\u2019avérait inutile.Par quelque mystérieuse et ironique coïncidence le Journal de Nancy était resté ouvert à la date du .'10 août.La page ne portait que dix mots : Ce jour est le dernier de ma vie.Au revoir.A.V.Elston. 50 Le Samedi, Montréal, 9 mai 1959 LE BILLET DE LOTERIE\t[ Suite de la page 43 ] pièces d\u2019identité ayant appartenu à Pauline et de s\u2019en servir pour elle-même.Un léger maquillage de dates, les deux soeurs ayant dix ans de différence, et le tour était joué.Personne, rue Herschell, surtout pas vous, Jean, n\u2019avait mis en doute (pie cette Asiatique ne fût vraiment la petite-fille de votre ancien voisin.\u2014 Certes non ., reconnut Jean dont la stupéfaction et le soulagement étaient sans bornes.Et, Monsieur, me trouvez-vous en droit d\u2019user, comme je l'ai déjà fait, de la petite fortune indirectement donnée par M.Raulières ?M.d\u2019Orleux eut un geste vague : \u2014 En droit strict.qu\u2019y aurait-il lieu de faire ?Je l\u2019ignore.Mais ne soyons pas plus royalistes que le roi.Ce vieillard vous avait pris en sympathie ; il était sans descendance, à part ce fils qu\u2019il avait renié et qui, d\u2019ailleurs, a disparu ainsi que sa propre fille.Il serait heureux s\u2019il pouvait savoir que, par lui, cette petite fortune vous est venue.En fait, les achats et les paiements de cette sorte de billets sont anonymes.Votre nom avait été demandé parce que le lot payé était important et que vous le touchiez à retardement.Il n\u2019y a plus là-dessus qu\u2019à faire le silence .et à parler d\u2019autre chose.-\u2014 De notre mariage ., dit, très vite, Marie-Hélène.Naturellement.Cette petite fille est plus pressée que jamais.Quinze jours, a-t-elle dit ?J\u2019y consens, bien que notre deuil ne soit pas fini.Vous vous contenterez d\u2019une cérémonie plus intime .Il v avait quelque émotion dans le ton du père, en dépit de son aspect assez réfrigérant, avait une sensibilité certaine et qui adorait sa fille.Bien, ajouta-t-il en se levant, je vous laisse.J\u2019emmène Marie-Hélène que vous aurez le droit de retrouver ce soir.Nous vous attendons pour dîner.Ne faut-il pas que votre prochaine belle-mère vous félicite à son tour de n\u2019être pas un « gangster » ?Tandis qu\u2019il s\u2019engageait le premier dans l\u2019escalier, Marie-Hélène se blottit dans les bras de Jean : \u2014 Mon amour, mon amour., murmura-t-elle.Comme nous allons être heureux .Il répondit à son étreinte, débordant de joie lui aussi.Le pas de M.d\u2019Orleux décroissait sur les marches.Marie-Hélène rejoignit dans la rue le digne homme, avec un peu de retard.llien ne s\u2019opposait plus au mariage des fiancés.Jean dut cependant revenir quelques jours à Marseille ; son premier congé étant largement terminé, il était dans l\u2019obligation d\u2019en solliciter un autre, lequel serait plus court.Ce n\u2019était plus en Hollande que les mènerait la Frégate restituée à son propriétaire, mais directement dans la ville médi- LES PHOQUES N'ONT PAS JOUI LONGTEMPS DE LEUR LIBERTE ! Non, ça ne pouvait pas durer ! Les phoques du zoo de Milan en avaient assez, et plus qu\u2019assez de cette chaleur torride qui pesait sur la ville.Bien sûr \u2014 et les phoques, qui ont fort développé l\u2019esprit de justice, le reconnaissaient \u2014 les hommes n\u2019y étaient pour rien.Les gardiens faisaient même tout ce qu\u2019ils pouvaient pour rendre aux pinnipèdes la situation supportable : de loin en loin, ils déversaient dans la piscine quelques barres de glace.Mais autant eût valu déverser cette glace dans la gueule d\u2019un haut-fourneau : en quelques minutes elle fondait et l\u2019eau tiède restait tiédesse, écoeurante ! Trois des phoques, parmi les plus délurés, décidèrent de tenter une expédition à la recherche d\u2019un peu de fraîcheur.On ne sait, de science certaine, comment ils s\u2019y prirent, car nul témoin ne les vit.Mais on put reconstituer leur itinéraire.Ils se glissèrent d\u2019abord furtivement jusqu\u2019à l\u2019étang proche où canards, cygnes et ibis ronflottaient sous le soleil.Les volatiles, du coup, s\u2019éveillèrent.Ce fut une splendide panique \u2014 si le qualificatif \u201cspendide\u201d peut s\u2019appliquer à une panique.Sifflant, cancannant, trompettant, canards, cygnes et ibis se réfugièrent sur les berges.Les phoques les dédaignèrent et ne firent que traverser l\u2019étang, dont l\u2019eau était encore plus chaude que celle de la piscine.Ayant heureusement atterri, ils embouquèrent un chemin sec, poussiéreux et blanc où leur ventre laissa des tramées parallèles.Ils aboutirent ainsi au Muséum d\u2019Histoire Naturelle et là, épuisé par l\u2019effort, un des trois évadés se réfugia dans l\u2019ombre du hall d\u2019entrée.Les deux autres \u2014 rêvant d\u2019eau glacée et d\u2019icebergs verdâtres, tendirent le nez au portail d\u2019entrée.La rue était déserte : les deux compères s\u2019y hasardèrent.Ils débouchèrent bintôt Place Cavour.Là se dresse le Palais de la Presse.Peut-être nos vagabonds voulurent-ils adresser, eux aussi, une déclaration au monde, adjurer les hommes de rester en paix, et de ficher la paix aux animaux.Toujours est-il qu\u2019ils pénétrèrent dans l\u2019édifice.Ce fut leur perte ! La directrice du zoo, alertée par téléphone, se lança sur les traces des fugitifs, accompagnée de deux gardiens.Entre temps, le concierge du Palais de la Presse avait eu une idée de génie : il se préparait à faire frire un coupe de maquereaux.Saisissant les poissons par la queue, il les montra aux deux aventuriers.Comme la ballade les avait mis en appétit les phoques ne surent résister à la tentation et suivirent les maquereaux qu\u2019exhibait l\u2019homme.Traîtreusement, celui-ci les fit entrer dans l\u2019ascenseur où il avait jeté les poissons et bloqua l\u2019engin.Lorsque la directrice et les gardiens arrivèrent, ils n\u2019eurent plus qu\u2019à cueillir les deux évadés fort penauds.Et nos trois phoques \u2014 car on avait cueilli au passage celui qui s\u2019était attardé au Muséum \u2014 réintégrèrent leur piscine, leur belle mais chaude piscine aux parois plaquées de mosaïques multicolores, qu\u2019ils avaient désertée dans l\u2019espoir de retrouver leur arctique natal.terranéenne, et leur lune de miel se passerait « chez eux », dans la petite maison si coquettement préparée par Jean, grâce au gain de hasard qui l\u2019avait, par ailleurs, si dangereusement fourvoyé.\u2014 Chérie, dit-il à Marie-Hélène la veille de leur mariage, m\u2019avez-vous tout à fait pardonné de vous avoir paru distrait et indifférent pendant quelque temps ?C\u2019était, vous le savez à présent, la faute de cette diablesse aux yeux bridés.Et j\u2019étais si malheureux, moi-même, de ne pas pouvoir me confier à vous.\u2014 J\u2019espère que cela ne vous arrivera plus.Je veux toujours tout savoir de mon mari, Jean.Vous promettez de tout me dire ?11 la prit dans ses bras et dit : \u2014 Je promets.Et c\u2019est encore un baiser \u2014 mais à quoi bon les compter ?\u2014 qui scella sa promesse.\u2022 \u2022 \u2022 Ils ont été mariés dans une intimité relative.Marie-Hélène était ravissante, vêtue d'une somptueuse robe blanche préparée pour une cérémonie plus brillante dont le faste était remplacé par la joie rayonnant sur le visage des mariés.Et puis, ils sont partis .Ils ont pu faire, en route, une brève et délicieuse halte ; ensuite, la maison de Mazargues, banlieue de Marseille où se trouvait l\u2019usine de Jean, les a accueillis.C\u2019est une charmante villa qu\u2019ombragent des pins parasols dont la silhouette sombre et tourmentée se découpe sur le ciel d\u2019azur et qu\u2019entourent des fleurs.Marie-Hélène a trouvé l\u2019intérieur délicieux et aménagé suivant ses goûts préférés.« Un vrai nid d\u2019amoureux », pense-t-elle, non sans raison.Au soir de leur installation, blottie auprès de son mari dans le petit salon où s\u2019écouleront de belles heures de leur vie conjugale, elle dit tout à coup : \u2014 Cette villa est parfaite .mais elle n\u2019a pas de nom.II faut la baptiser, Jean.Peut-être pense-t-il qu\u2019il y aura plus tard d\u2019autres baptêmes plus importants à célébrer.Mais, en les attendant, pourquoi ne pas donner un nom à la maison ?Il réfléchit un peu et dit, timidement : \u2014 On pourrait l\u2019appeler «Villa 00,000 ».Personne ne comprendra, évidemment.\u2014 Sauf nous.Et cela sera très bien ainsi.C\u2019est entendu, mon Jean.Et pour la .ème fois .Mais cela, chacun le comprend.\tAnnie Aciiard L'ABOMINABLE HOMME DES NEIGES N'EST-IL QU'UN MYTHE ! Le fameux \u201cYéti\u201d, cet être mystérieux qui hanterait les champs de neige de THimalaya et que les Anglais ont baptisé « abominable homme des neiges », n\u2019est-il qu\u2019un mythe, une légende ?Les savants russes le croient.Une commission envoyée spécialement dans le Pamir pour tenter de le capturer, ou au moins de le voir, est rentrée bredouille.Les conclusions de l\u2019enquête menée par cette mission sont les suivantes : « L\u2019homme des neiges a, semble-t-il, existé autrefois, mais a disparu depuis plusieurs générations ».Par contre, un ingénieur hollandais qui vient de passer sept ans en Inde, comme conseiller du gouvernement, a exprimé, à son retour en Hollande, un tout autre avis : l\u2019homme des neiges existerait bel et bien.Mais ce ne serait pas un être attardé, arriéré, au contraire : ce serait un humain ayant atteint un tel niveau spirituel que, chez lui, l\u2019esprit s\u2019impose à la matière et qu\u2019il peut vivre dans des conditions matérielles que ne pourraient supporter les autres hommes \u2014 un \u201cYogi\u201d, pour tout dire.L\u2019ingénieur hollandais, M.Carbasius Weber, assure avoir rencontré un de ces \u201cyogis\u201d devenus ermites, ayant atteint un tel degré d\u2019ascétisme qu\u2019ils peuvent vivre presque sans nourriture, dans des grottes glacées.Celui qu\u2019a rencontré M.Weber était d\u2019une maigreur squelettique ; son teint était livide, presque vert ; il portait pour tout vêtement, dans ces solitudes glacées, un étroit pagne de coton ; il ne se nourrissait depuis 5 ou 6 ans que d\u2019herbes et d\u2019orties dont il faisait une sorte de bouillie.M.Weber rappelle qu\u2019un de ces \u201cyogis\u201d thibétains, nommé Milapera, vécut autrefois de longues années dans une grotte de la montagne.Il acquit une grande renommée et, après sa mort, sa grotte devint un lieu de pèlerinage pour les lamas, ou prêtres thibétains.Quant aux traces de pieds gigantesques photographiées notamment par l\u2019explorateur anglais Sir Eric Shipton, elles auraient été laissées \u2014 toujours selon M.Weber \u2014 par un grand ours brun-noir, très abondant dans ces régions.Quant à nous, nous ne prendrons pas parti.Nous attendrons les autres théories qui ne manqueront pas d\u2019apparaître par la suite. Le Samedi, Montréal, 9 mai 1959 ¦| La plupart du temps, cet accident, \u201cc\u2019est la faute de l\u2019autre\u2019\u2019.alors que pour plus de 4 millions et demi d\u2019automobilistes canadiens, cet autre, c\u2019est vous! La circulation de nos jours, plus dense et plus rapide, exige un contrôle de soi plus absolu.Soyez sûr d\u2019être en pleine possession de vos facultés .d'être parfaitement au courant de toutes les lois relatives à la route et des règlement régionaux de sécurité .d\u2019avoir en mains une voiture dont la mécanique ne laisse rien à désirer.Alors seulement vous aurez réellement fait tout ce qu\u2019il faut pour éviter les accidents .dans votre intérêt et dans l\u2019intérêt d\u2019autrui.AUX FINS DE SÉCURITÉ, VÉRIFIEZ VOTRE VOITURE: Freins \u2022 Phares \u2022 Feux \u2022 Volant \u2022 Pneus \u2022 Echappement \u2022 Vitres Essuie-glaces \u2022 Rétroviseur \u2022 Avertisseur.V' AUX FINS DE SÉCURITÉ, VÉRIFIEZ-VOUS VOUS-MÊME: Tenez-vous au courant des lois et règlements de la route, et assurez-vous d\u2019être physiquement apte à faire face aux exigences qu\u2019imposent de nos jours les conditions de la circulation.MAI EST LE MOIS DE LA SÉCURITÉ ROUTIÈRE ! LA SÉCURITÉ EST UN PLACEMENT SÛR Cette page est une contribution du SAMEDI au programme de sécurité routière mis en oeuvre pour promouvoir le bon entretien des automobiles et la prudence au volant. 52 Le Samedi, Montréal, 9 mai 1959 [ Suite dp la page 40 ] de l'installation à Biarritz, elle s était lancée dans le tourbillon de la vie joyeuse.Le réveil vint un matin, au moment où venant de se lever, elle mettait le nez à la fenêtre.A ce même instant sonnait à la grille un individu peu reluisant, mélange de bohème et de quémandeur professionnel.Suavita le dédaigna.Elle était certaine qu'on allait l'éconduire.Or, sa surprise fut grande en voyant, après quelques paroles échangées, un valet de chambre faire livrer accès au visiteur et l\u2019emmener vers la villa.C\u2019était le propre valet de chambre de l\u2019aveugle.Suavita flaira un mystère.Qui donc était cet homme qu'on paraissait attendre et de la visite duquel on avait omis de la prévenir?Que venait-il faire chez M.Cézaire ?Se dissimulant derrière un rideau, elle épia son entrée, le vit disparaître dans le vestibule, à la suite du valet de chambre, et se précipita hors de sa chambre.Mais si rapidement qu'elle eût descendu l\u2019escalier, elle n\u2019arriva au rez-de-chaussée que juste à temps pour voir se refermer sur l\u2019inconnu la porte de l'appartement personnel de l\u2019aveugle.Elle réprima un mouvement de dépit.Comment le morose Cézaire s\u2019avisait-il de recevoir un étranger sans son autorisation ?Inquiète, Suavita faillit foncer sur la porte et faire à son tour irruption chez M.Cézaire.Elle s\u2019arrêta à temps.Convenait-il de contraindre l\u2019aveugle à constater\tsa dépen- dance ?N\u2019allait- .îdisposer et l\u2019inciter à la révolte ?Ne valait-il pas mieux tâcher de surprendre la conversation des deux hommes et s\u2019éclairer sur le motif qui amenait le suspect individu ?La ruse est toujours préférable à la violence.Apaisée et redevenue maîtresse d\u2019elle-même, Suavita Mirafiore se glissa dans un salon voisin et, s\u2019approchant d'une sorte de communication, y colla son oreille.Il \u2014 Tardifs remords Abandonné par le valet de chambre qui était allé prévenir son maître, le visiteur demeurait, comme une épave, debout au milieu du salon.Conscient sans doute de son peu d\u2019im-poi tance et aussi de l\u2019inélégance de sa tenue, il n\u2019osait s\u2019asseoir sur un des somptueux fauteuils qui s'offraient à lui.Une porte se rouvrit et.guidé par son valet de chambre, M.Morestac fit son entrée.Vous m\u2019êtes envoyé par l\u2019agence « Celeritas » ?demanda-t-il, tout en se dirigeant à pas encore incertains et conduit par le valet, vers un des fauteuils dans lequel il s\u2019installa.Oui, monsieur, répondit, sans aucune assurance, celui qui, de toute évidence, se donnait comme un «détective privé ».Bien.Veuillez vous asseoir.Lais-sez-nous, André.Je vous sonnerai tout à l\u2019heure, quand vous aurez à reconduire monsieur.Le domestique de confiance se retira.Domestique de confiance, il devait assurément l'être puisque c'était lui que Pierre Morestac chargeait de certaines missions et, notamment, celle qui aboutissait à la visite de l\u2019envoyé de l\u2019agence « Celeritas ».\u2014 Je me suis adressé à votre agence pour des recherches qui me tiennent à coeur et j\u2019ai prié qu\u2019on m\u2019envoyât un spécialiste capable de les mener a bien.Vous êtes certainement cet homme, puisqu\u2019on vous adresse à moi.Le « détective » opina modestement.Il valait véritablement mieux pour lui qu\u2019il eût affaire à un aveugle.Car rien dans son aspect n\u2019imposait la confiance.Il avait bien plus l\u2019air d'un besogneux venu solliciter une aumône, que d\u2019un garçon débrouillard susceptible d\u2019entreprendre des recherches délicates.\u2014\tOn vous a certainement mis au courant des précisions que contenait ma lettre, continua l\u2019aveugle.\u2014\tCertainement, se hasarda à répondre l\u2019homme.\u2014\tJe ne puis vous voir, vous en avez dû être prévenu, reprit le père de Liliane.Voulez-vous vous présenter à moi ?Quel est votre âge ?Comment vous appelez-vous ?Pour vous donner mes instructions, j\u2019ai besoin de vous connaître un peu et de pouvoir me faire une idée de vous.Le détective » sourit silencieusement.11 répondit, d\u2019une voix hésitante : \u2014 J\u2019ai.quarante ans.J\u2019en parais un peu moins.11 se vantait .En réalité, une existence vraisemblablement désordonnée l\u2019avait marqué, inscrivant généreusement sa quarantaine sur les traits de son visage fatigué et sur sa chevelure grisonnante.¦\u2014 Je me nomme Carlo Misère.Un sourire un peu forcé tira les coins de ses lèvres rasées.Une expression d'ironie amère se répandit sur son visage.\u2014 Un nom bizarre, n\u2019est-ce pas, monsieur ?et qui ne semble pas indiquer une existence particulièrement brillante ?J'aurais pu en changer.J\u2019ai préféré le porter comme un défi au destin.Cela ne m\u2019a pas trop mal réussi.Il raillait.Mais Pierre Morestac put croire qu\u2019il parlait sérieusement.\u2014 Je vous en félicite, répondit-il.Cela indique une certaine crânerie de caractère qui me fait bien augurer du choix de votre agence.Eh bien, monsieur Carlo Misère, je vais vous expliquer ce que j\u2019attends de vous.J'ai préparé quelques documents.Je vous les remettrai au fur et à mesure.Il tenait une grande enveloppe de toile qu'il ouvrit sur ses genoux et dont ses doigts tâtonnants étudièrent le contenu.Assis tout près de lui, Carlo regardait de tous ses yeux, comme il écoutait de toutes ses oreilles.\u2014 Je suis prêt à vous entendre, monsieur, déclara-t-il.Venu avec une appréhension certaine \u2014 celle probablement d\u2019être plus ou moins poliment jeté à la porte \u2014 il prenait peu à peu de l\u2019assurance.En présence de l\u2019aveugle et de son accueil, il devait se rendre compte que seule l\u2019intelligence d\u2019esprit dont il pourrait faire preuve lui vaudrait, ou non, la confiance de M.Cézaire.Ce dernier se récueillait.La retraite intérieure que commande la cécité devait avoir influé sur son caractère.Ce n\u2019était plus le savant égoïste et concentré qu\u2019avait devant les yeux Carlo Misère.Pierre Morestac, qui jadis ne pouvait s\u2019intéresser qu'à scs recherches et s\u2019irritait de tout ce qui pouvait l'en détourner, avait connu la douleur.Reclus en lui-même, il avait été forcé d\u2019accueillir les pensées \u2014 et les regrets ! et les remords ! \u2014 qu\u2019il écartait autrefois d\u2019un coeur et d\u2019une conscience également légers.\u2014 Tout d\u2019abord, commença-t-il avec mélancolie, il importe que je vous donne ma véritable identité.C\u2019est naturellement sous le sceau du secret.Si j\u2019ai dû, à une époque peu ancienne, dissimuler sous un pseudonyme ma personnalité réelle pour des raisons de convenance qu\u2019il serait oiseux de vous énumérer, je ne saurais maintenant vous taire mon véritable nom.Ce serait vous mettre dans l\u2019impossibilité de remplir la mission que je désire vous confier.Donc, confidentiellement et sous condition de discrétion absolue, voici : Je me nomme non point Cézaire, mais Pierre Morestac et j\u2019habitais, il y a quelques mois, non loin de Montré-jeau, une propriété qui s\u2019appelle Cas-telgris.Vous prenez des notes ?Il soupira.Au milieu de ses ténèbres, des images surgissaient devant ses yeux sans regards.La maison, la vieille maison, témoin de ses premiers rêves de chercheur, berceau de ses premières expériences, lui apparaissait.C\u2019était là qu\u2019il avait vécu le meilleur de sa vie.\u2014 C\u2019était là qu\u2019était née Liliane \u2014 sa fille ! dont le visage s\u2019imposait à lui.Comment avait-il pu l\u2019abandonner ?Qu\u2019était-elle devenue ?Il se posait cette question avec remords, avec angoisse, avec honte.La honte ! C\u2019était bien ce sentiment qui l\u2019avait empêché, au lendemain de son accident \u2014 et de sa fortune ! \u2014 de courir à Castelgris.Père repentant, mais honteux, il tremblait de reparaître devant Liliane et de s'exposer à son jugement, en même temps qu\u2019au jugement de tous ceux qui avaient pu connaître et blâmer sa fuite.Il devait auparavant mériter son pardon, en faisant le bonheur de Liliane et en réparant sa coupable défaillance.Le plus pressé n'était-il pas d\u2019envoyer de l\u2019argent ?Cela renouerait le fil qu\u2019il avait rompu.Il pourrait demander des nouvelles de Liliane, annoncer son propre malheur, appeler sa iille auprès de lui, ou retourner à Castelgris.C\u2019était cela qu\u2019il avait certainement dû tenter de faire \u2014 à l'insu de Suavita, avec le seul concours de son fidèle valet de chambre.Cette méfiance, instinctive ou raison-née de l\u2019aventure, n\u2019était-elle pas naturelle ?Il était aisé de deviner quelles seraient les réactions de cette femme, qui s\u2019était installée dans sa vie et prétendait la diriger, en apprenant l\u2019existence d\u2019une fille, devant laquelle il lui faudrait nécessairement s\u2019effacer.Elle en ressentirait nécessairement un dépit et une irritation qu\u2019il n'était pas utile de lui donner l\u2019occasion immediate de manifester.Et, certainement, elle ne montrerait aucun empressement à aider l'aveugle à ramener cette fille sous son toit.Le mieux était d'agir en dehors d\u2019elle.Il serait toujours temps de la prévenir quand Liliane arriverait.Telles étaient les raisons de sa conduite et de la façon pour ainsi dire clandestine dont l\u2019envoyé de l\u2019agence « Celeritas » avait été mandé et introduit.\u2014 A Castelgris, reprit M.Morestac, j\u2019avais laissé une fille, une grande fille nommée Liliane.Or, dernièrement, une lettre recommandée que je lui avais fait tenir m\u2019est revenue avec la mention : « Partie sans laisser d\u2019adresse ».Je me suis alors adressé discrètement à une femme de confiance, une vieille servante, depuis plus de trente ans au service de ma famille.Mais je n en ai reçu qu\u2019une réponse terrible dans sa concision : Ma fille a disparu depuis une date que vous trouverez dans ce dossier que je vous remets.Comprenez-vous ?Elle a disparu sans qu\u2019il soit possible de fournir la moindre indication sur les circonstances de sa disparition.Personne ne sait ce qu\u2019elle peut être devenue.Mesurez mon angoisse et mon désir d\u2019en sortir.Que pouvais-je faire ?\u2014 Ce que vous avez fait, prononça Carlo avec assurance : me mettre à même d\u2019effectuer les recherches nécessaires.L\u2019aveugle tendit la pochette de toile.\u2014 J\u2019ai réuni là-dedans tout ce qui pourra vous éclairer et aiguiller vos recherches, expliqua-t-il.Vous y trouverez également une photographie de ma Liliane.Elle n\u2019a pas dû changer beaucoup.Voyez-vous, ajouta-t-il en baissant la tête, on ne mesure l\u2019affection qui rattache un père à son enfant que quand on est menacé de la per- dre.J\u2019ai péché par insouciance.J\u2019en suis cruellement puni.Il tremblait d\u2019émotion.En face de lui, le bohème demeurait impassible.Que lui importait que celle qu\u2019il était chargé de rechercher fût une jeune fille malheureuse ?Dans son esprit, elle prenait rang d\u2019objet perdu.Confiné, par paresse ou incapacité, dans les emplois subalternes, Carlo Misère n\u2019exerçait sa profession que par occasion et sans la moindre conviction.Il avait dû essayer tant de métiers !, Son visage s\u2019anima pourtant lorsque M.Morestac lui tendit une liasse de billets de banque, destinée à couvrir les premiers frais.Ce fut avec une hâte fébrile qu\u2019il engloutit la somme dans l\u2019ouverture béante d'un vaste portefeuille, aussitôt refermé sur cette pâture.Cependant le père douloureux s\u2019était levé et, à tâtons, cherchait à poser sa main sur le bras de l\u2019homme à qui il confiait la destinée de sa fille.\u2014 Vous la retrouverez, n\u2019est-ce pas ?prononça-t-il avec émotion.Vous voyez devant vous un homme très malheureux.Le prix dont j\u2019ai payé ma richesse est trop élevé.Une seule chose pourra m\u2019adoucir la vie : ce sera de retrouver ma fille et de pouvoir effacer, dans son jeune esprit, le souvenir d\u2019une indifférence que, moi, aujourd\u2019hui je déclare odieuse.Réussissez, monsieur.Ramenez-la moi.Je vous devrai plus que la vie.Mais le visage fatigué de Carlo Misère avait repris son premier aspect, qui était l\u2019apathie et il dut faire effort pour prononcer, avec une suffisante conviction, les mots attendus.\u2014 Je vous la retrouverai.\u2014 Demandez-moi autant d\u2019argent qu'il en faudra, prononça imprudemment Pierre Morestac.Dépensez sans compter.Le résultat seul importe et je n\u2019ai pas besoin de vous dire que vous serez largement récompensé du succès.Une nouvelle flamme anima les yeux de Carlo Misère.Joie et convoitise y passèrent, puis s\u2019éteignirent.M.Morestac sonnait le valet de chambre.\u2014 Reconduisez monsieur, André, commanda l\u2019aveugle.Et souvenez-vous de l\u2019introduire toujours auprès de moi quand il se présentera, Si on vous questionne à son sujet, dites que c\u2019est.Il cherchait.\u2014 Un professeur de déclamation, qui vient vous faire la lecture pour vous distraire, proposa Carlo.C\u2019est un rôle que je pourrais parfaitement tenir.Il fit hommage à l\u2019aveugle d\u2019un salut respectueux, mais parfaitement inutile.Demeuré seul, Pierre Morestac retomba dans son fauteuil, en murmurant : \u2014 Liliane!.Ma petite fille!.Te revoir et obtenir mon pardon !.Aux aguets derrière une porte, Suavita Mirafiore avait tout entendu.La rage, l\u2019inquiétude, presque la haine, bouleversaient sa face.Il lui semblait qu un abîme venait de s'ouvrir sous ses pas.Cézaire ne s'appelait pas Cézaire ! Il se nommait Pierre Morestac et il avait une fille.une fille qu\u2019il souhaitait revoir et qu\u2019il faisait rechercher ! Et quand cette fille arriverait, Suavita devrait céder la place.Car les intentions de l\u2019aveugle étaient claires.Autrement, se serait-il méfié de l'aventurière ?C\u2019était à elle qu\u2019il aurait dû faire les premières confidences, elle qu\u2019il aurait dû chai'ger des recherches.S\u2019il ne l\u2019avait point fait, n\u2019était-ce pas qu\u2019il se préparait à l\u2019écarter de sa vie et de sa fortune ?Qu\u2019allait-elle faire ?La colère, qui 33 Le Samedi, Montréal, 9 mai 1959 53 s\u2019allumait clans ses yeux, prouvait qu\u2019elle n\u2019était point femme à se résigner sans combat.\u2014 Sa fille ! murmura-t-elle, d\u2019une voix haineuse.Il avait une fille !.Elle se rappelait tout à coup le portrait, que caressaient les doigts de l\u2019aveugle.Comment n\u2019y avait-elle pas songé et ne s\u2019était-elle pas inquiétée ?C\u2019était son portrait : le portrait de cette Liliane, dont elle venait d'apprendre l\u2019existence.A l\u2019avance, elle la détestait.la considérait comme une intruse.Que venait-elle faire au milieu des calculs de l\u2019aventurière ?Mais soudain, sa physionomie s\u2019éclaira.Un sourire mystérieux effleura ses lèvres.\u2014 Pourquoi jeter le manche après la cognée ?murmura-t-elle.Elle n\u2019est pas encore retrouvée, cette Liliane !.Elle ne le sera jamais peut-être.Il ya mieux à faire.Pourquoi ne pas tenter ma chance ?.Il faut voir.Elle se dirigeait vers le vestibule, fébrilement.Ill \u2014 Grandeur et décadence Ck ne fut pas l\u2019employé humble et d\u2019apparence sournoise, le bohème malheureux, l\u2019homme à tout faire qui descendit une heure plus tard le perron de la villa Morestac.Bien que ses vêtements fussent les mêmes, il semblait qu\u2019un coup de baguette l\u2019eût transformé.Il se redressait fièrement.Il semblait avoir pris de l\u2019autorité, il plastronnait.En vérité, ce n\u2019était plus le même homme ! Il s\u2019arrêta soudain pour tâter la poche dans laquelle était enfermé son portefeuille.tout nouvellement gonflé de billets de banque.\u2014 Eh ! eh ! ricana-t-il.Cela vous à tout de même un autre aspect, la vie, quand on a dans les poches la certitude de manger le soir et le lendemain.Ma parole ! j\u2019ai pris du poids.Pauvre hère, toujours incertain du repas suivant, il avait, pour la première fois de sa vie, des billets de banque dans son portefeuille.Et il pouvait y puiser à loisir pour ses frais ! Il pouvait, grâce à M.Morestac, vivre normalement, dignement ! C\u2019était, même l\u2019existence assurée pour plusieurs mois.car il comptait faire durer longtemps une affaire aussi rémunératrice !.Il délirait de joie à la pensée de cette fortune nouvelle, qui lui paraissait inépuisable.II oubliait la destination de cet argent qui lui avait été confié.Il se l\u2019appropriait, en disposait par avance pour la seule satisfaction de ses appétits, si longtemps réfrénés.\u2014 Je vais enfin savoir ce que c\u2019est que de vivre sans avoir le souci du lendemain !.Bien gentille, cette jeune fille qui me vaut tant de félicité ! Charmante !.Et dire qu'il me faut, dans mon propre intérêt, pousser la cruauté jusqu\u2019à ne pas me presser dans mes recherches !.Ah ! désolé, chère mademoiselle, désolé absolument ! Mais, que voulez-vous, il faut bien que je pense avant tout à ce vieil affamé de Carlo Misère !.Quelques heures plus tard, il rayonnait en arpentant les élégantes avenues de Biarritz.Vêtu d\u2019un impeccable smoking, la boutonnière fleurie d\u2019un oeillet, il marchait du pas égal et résonnant de quelque gros proprietaire.La nuit tombait favorisant de sa douceur 1 envol des rêves.Une béatitude infinie le pénétra.Il se crut heureux.Ce fut ainsi qu\u2019il se trouva à la hauteur du Casino.Alors, scintillant de lumière, éblouissant, un cabaret célèbre lui apparut.Une terrasse de restaurant.Les flonflons modernisés d\u2019un jazz faisaient aller et venir, quelques couples enlacés.Un bataillon de maîtres d\u2019hôtel s\u2019agitaient, affairés, soucieux de prévenir le moin- dre désir des clients, aptes à suggérer avec tact aux ignorants le plat de choix et le cru fameux dont il convenait d\u2019accompagner celui-ci.Délibérément, Carlo s\u2019avança, happé aussitôt par un maître d\u2019hôtel à l\u2019affût, qui le conduisit avec force égards à une table.II abandonna majestueusement aux mains du chasseur son feutre neuf, s\u2019assit et, aborda la tâche délicate que devait être la composition de son menu.Il jubilait.Jetant autour de lui des regards triomphants, il semblait dire : \u2014 Dorénavant, cette vie sera la mienne !.Après la douzaine de Marennes arrosée d\u2019un Graves vénérable, il se renversa béatement sur sa chaise.Oui, la vie était belle ! Un poulet rôti succéda aux filets de soles et le château Mar-gaux remplaça le Graves.Déjà, la tête de Carlo Misère suivait avec difficulté la ronde des illusions, qui tourbillonnait autour de lui.Un attendrissement enfantin \u2014 auquel n\u2019étaient pas indifférentes les bouteilles successives lui vint en pensant à son sort.Il sifflota.\u2014 Je suis.Je suis.L\u2019en.faut.gâté de la.for.tune!.Elle m\u2019a.désigné.du bout.de son.co.thurne !.Non.ça ne rime pas du tout ! Tant pis !.Qu\u2019est-ce que ça fait ?Puisque je suis riche, c\u2019est génial !.Riche ?.Hum !.Un doute subit, né en son esprit par un de ces revirements dont l\u2019ivresse est coutumière, l\u2019assaillit.Etait-il riche ?Vraiment riche?.Posant brutalement sur la nappe le verre à large col qui contenait la « fine maison », il réfléchit, tourmenté par une inquiétude lancinante, au prix probable de ce fastueux repas.Comme pour lui éviter le moindre doute à cet égard, le maître d'hôtel, qui avait suffisamment vu caviller les yeux de ce client étrange, posa négligemment sur la table, d\u2019un petit air averti, l\u2019addition qu\u2019on ne lui réclamait pas encore.Un coup d\u2019oeil suffit à Carlo pour se convaincre que ses inquiétudes étaient fondées.Au bas d\u2019une très longue liste, s\u2019étalait, avec impudeur, un chiffre coquet.Une telle somme, naguère, l\u2019eût fait vivre des jours et des jours.Immédiatement, sa joie cessa.Tirant péniblement son portefeuille, il entreprit de faire, d\u2019une main tremblante, l\u2019inventaire de la fortune dont il s\u2019en-orgueillait tantôt ; et du total il déduisit celui de l\u2019addition.Alors, un désespoir tragique envahit ses traits.\u2014 Eh bien, je n\u2019en ai pas pour huit jours à ce train-là ; il va falloir enrayer, soupira-t-il !.Il poussa un nouveau soupir, plus lamentable encore ; ce verre de fine qu\u2019il achevait et la chère délicate qui l\u2019avait précédé, ne seraient-ils, dans la vie, qu\u2019une exception ?Dégrisé, il renifla voluptueusement l\u2019air chargé de parfums capiteux et d\u2019effluves marines.Un découragement l\u2019affaissa sur son siège.\u2014 Ce qu\u2019il faudrait, c\u2019est un nouveau coup du sort, capable de m\u2019assurer une fortune ! Il me semble que le plus dur est fait.Vais-je donc me contenter d\u2019un petit emploi modestement rétribué quand je sens en moi tant d\u2019aspirations refoulées?.Baste! ce serait idiot ! Tout simplement !.Pourquoi ne gagnerais-je pas le prochain lot de cinq millions ?Ou bien pourquoi la chance ne me sourirait-elle pas au jeu ?Ses yeux suivirent machinalement la perspective illuminée de la côte.Une façade majestueuse, endiamentée de lumières, s\u2019imposa à lui.Devant le casino, une foule se pressait, attirée par l\u2019appel irrésistible de la sirène aux yeux de feu.Carlo tressaillit : \u2014 Le temple même de la chance! murmura-t-il songeur.La chance au jeu.La chance qui fait sauter la banque !.Mais oui, c\u2019est bien cela qu\u2019il faut tenter !.Question de veine ! N\u2019est-ee pas l\u2019heure marquée par mon destin ?.Décidé, il se leva, réclama son vestiaire et passa superbement entre les groupes de dîneurs qui se retournèrent pour le suivre du regard.Il allait fièrement, résolument.Lorsqu\u2019il redescendit les marches, quelques heures plus tard, il vacillait comme un homme ivre.Il porta la main à ses yeux, que blessait la lumière trop crue des lampes, et parut hésiter sur la direction à prendre.Un découragement intense avait marqué sur son visage, nouvellement ravagé, l\u2019empreinte de la défaite.Ses yeux avaient perdu leurs joyeux reflets de tout à l\u2019heure : une expression sinistre les avait remplacés.Ses jambes fléchissaient piteusement.Ce n\u2019était plus qu'un vaincu lamentable, une véritable épave qui rôdait misérablement écrasée, anéantie par la chute totale de son rêve de grandeur.Carlo était de nouveau face à face avec son destin.Par une ironie cruelle son espoir en un meilleur avenir n\u2019avait duré qu'un jour ! Que ferait-il, maintenant ?.Il ne lui restait plus rien de la somme rondelette que lui avait confiée l'alchimiste pour retrouver Liliane.Comment oserait-il se présenter devant son client ?Et quel serait son plaidoyer ?.Il frissonna, son regard trouant la nuit épaisse qui l\u2019entourait et pénétrait insidieusement en lui.Il était arrivé au bord d'une petite terrasse d\u2019où l\u2019on plongeait sur la mer.Quelques lueurs piquaient, ça et là, de points brillants le velours noir de la nuit.Une odeur de fleurs parvint à ses narines.Il s'accouda, pensif.Il aimait la vie, ce bohème !.Et c\u2019était au moment où elle venait de lui être révélée, où il avait connu, délirant d\u2019extase, ses premières caresses, qu\u2019il devait l\u2019abandonner aussi sottement?.Ce fut avec une fureur déchaînée qu\u2019il exhala son cri de rancune : \u2014 Ah ! si Satan existait, comme je lui vendrais mon âme !.Et soudain il frémit, inquiet d\u2019entendre bouger l'ombre.Derrière lui une forme surgissait, se détachait peu à peu de la nuit dont elle semblait être faite.Une main douce dont le frôlement le fit tressaillir se posa sur son épaule.Une voix murmura mélodieusement \u2014 une voix qui chantait les mots qu\u2019elle prononçait : \u2014 Satan existe !.La tentatrice aux aguets derrière la porte, Suavila, avait entendu toute la conversation de Cézaire et de Carlo.Rapidement son plan fut fait.\u2014 Avant tout, m'assurer de cet individu.L\u2019écarter ou l'acheter ! Quel homme est-ce ?.Peut-on avoir barre sur lui ?.Voilà ce qu\u2019il m\u2019importe de savoir ! Quittant précipitamment la pièce, elle courut dans sa chambre, revêtit hâtivement un manteau, se coiffa d'une capeline et suivit l'homme.Elle l\u2019avait laissé prendre de l\u2019avance, puis elle s\u2019était glissée subrepticement sur ses pas, sans qu\u2019il se fût aperçu de son manège.Il exultait, ivre d\u2019audaee.Il était tout à ses espoirs, à ses rêves nouveaux.Elle le vit sortir son portefeuille de sa poche et le tâter avec satisfaction.Ce mouvement, insignifiant en apparence, la ravit.Cela prouvait qu\u2019il aimait l\u2019argent et n\u2019en avait guère eu l\u2019habitude, comme sa pauvre mise semblait le crier.A sa suite, elle avança, l'observant.Joyeux, rasséréné, l\u2019homme descendait et se dirigeait vers une artère élégante de la Ville blanche.Il s\u2019arrêta devant une étincelante vitrine où des mannequins portaient des vêtements de tou- tes sortes.Poussant aussitôt la porte, il disparut dans le magasin.Lorsqu'il reparut, une demi-heure plus tard, il arborait un impeccable smoking.Suavita, qui guettait sa sortie, ne fut pas peu étonnée du changement survenu dans son allure et dans son expression.\u2014 On aurait dû le photographier avant ! murmura-t-elle amusée.Ce serait bien le cas de le dire : « Avant et après!.» Où va-t-il me conduire, à présent ?.Lorsqu'elle le vit entrer dans le plus luxueux de tous, elle ne put s'empêcher de manifester en elle-même son ahurissement.\u2014 Ce bohème au milieu de ce luxe.gouailla-t-elle avec admiration.Il va bien !.Mais cela fait tout à fait mon affaire, d\u2019ailleurs !.A ce train-là, les billets de Cézaire ne pèseront pas longtemps dans la poche de ce nouveau riche !.Elle le suivit, s\u2019installa non loin de lui, assista à son ivresse, à son épanouissement, au trouble subit qui empourpra son visage en lisant le chiffre de l\u2019addition, à l\u2019inquiétude qui l\u2019envahit alors.El lorsqu\u2019il se leva, titubant d'ivresse autant que de déception, lorsqu\u2019elle le vit quitter le restaurant pour se diriger, fasciné, vers le brillant miroir aux alouettes du casino, elle ne put s\u2019empêcher de tressaillir férocement en songeant au résultat presque fatal qui l\u2019attendait là-bas.Penchée sur son épaule comme un mauvais génie, elle vit avec une joie satanique les billets suivre les billets sous le rateau du croupier impassible devant l'affolement du pauvre Carlo.Quand il se releva, les yeux fixes, hâve, éperdu.Suavita, exultante, suivit l\u2019épave qui roulait, inconsciente, hors du casino.Attentive, creusant l'ombre de ses yeux implacables, elle le vit traîner lamentablement au bord de la mer.Elle le sentit acculé, prêt à tout pour échapper au suicide.« Il est à moi ! » pensa-t-elle.Et quand il s'accouda, offrant à la nuit son visage gonflé par la fièvre, quand une révolte soudaine, explosant dans son âme, le fit s\u2019écrier avec une amère violence : \u2014 Ah ! si Satan existait, comme je lui vendrais mon âme !.Suavita, se détachant de la nuit comme le démon des ténèbres lui-même, répondit d\u2019une voix où se dissimulait mal le chant de la victoire : \u2014 Satan existe !.V \u2014 Le pacte La première impression de Carlo Misère, en entendant les paroles quasi fatidiques de Suavita, fut d\u2019éprouver une profonde stupeur.Qui était cette femme ?.Que lui voulait-ellle ?.Il la contemplait, effaré, sans rien dire, sûr de ne pas la connaître.Comment pouvait-elle avoir pénétré sa détresse ?Et quel remède pourrait-elle y porter ?.Aigri par les diverses réactions qu'il venait de subir et cédant au fond même de sa nature, qui était l\u2019orgueil, il tenta de crâner.-\u2014Serait-ce vous, madame?.Quelle humiliation pour moi ! Jusqu\u2019ici, j\u2019avais cru que le diable appartenait au sexe fort ! Mais Suavita, l'interrompant, riposta avec autorité : \u2014 Venez!.Vous apprendrez à le connaître ! Je n'ai pas dit autre chose.Je suppose (et ici sa voix glissa plus lentement sur les mots) que vous étiez sur le point d\u2019abandonner la partie en vous tuant bêtement.Est-ce vrai ?.Votre silence est un aveu.Donc, vous n\u2019avez plus rien à perdre, 54 Le Samedi, Montréal, 9 mai 1959 ni à risquer.Il ne saurait vous arriver pis ! Carlo la regardait, impressionné, se demandant où elle voulait en venir, devinant vaguement quelle poursuivait l\u2019exécution d\u2019un plan.Quel rôle y serait réservé a Carlo ?Celui de dupe, sans doute ?.Evidemment, en l\u2019abordant, la mystérieuse inconnue ne pouvait avoir en vue que son intérêt personnel.Il haussa les épaules.Suavita l\u2019avait dit elle-même : la situation de Carlo Misère ne pouvait empirer.Donc, il n\u2019avait qu\u2019à s\u2019abandonner au destin prédit par l\u2019aventurière.Posément, Suavita reprit, laissant tomber les phrases avec une désinvolture habilement calculée : \u2014 Je vous apporte le salut.et de l\u2019argent.beaucoup d\u2019argent.la vie large dont vous rêvez et que vous vouliez gagner ce soir.Hein ?Vous vous demandez comment je sais tout cela ?Vous cherchez qui je suis ?.Elle eut un petit rire moqueur.- Eh ! ne vous l\u2019ai-je pas dit ?.Le diable, le diable en personne !.Allons, dit-elle en passant son bras sous le sien, laissez-vous faire.Vous ne regretterez pas d\u2019avoir engagé des pourparlers avec l\u2019esprit des ténèbres.Victorieuse, elle l\u2019entraînait.Et lui se laissait faire, dompté, faible, obéissant et passif comme une barque échouée que l\u2019on renfloue.Ils arrivaient dans une avenue.Suavita fit un signe.Poussant Carlo Misère dans l\u2019auto qui vint se ranger le long du trottoir, elle monta lestement a sa suite.Elle avait jeté vivement son adresse au chauffeur.Quelques minutes plus tard l\u2019auto stoppait devant la porte d\u2019un de ces grands temples du confort et du luxe qu\u2019on dénomme « Palaces ».Le temps de jeter un billet au chauffeur et d\u2019échanger avec le portier quelques mots indispensables, déjà Suavita, prenant le bras de Carlo, l\u2019entraînait dans l\u2019ascenseur, à la grande stupéfaction de celui-ci.Ce fut bien autre chose quand il se vit introduit dans un luxueux appartement du premier étage.Il ne comprenait rien à cette aventure, mais ce qu il savait c\u2019est qu\u2019il n\u2019était plus tout à fait seul en face de son destin.Avec l\u2019ébahissement émerveillé du chien abandonné que l\u2019on recueille, il contemplait avec une reconnaissance muette celle qui était l\u2019animatrice.Fée ou diable, qu\u2019importait ! La niche était belle !.Suavita rompit la première le silence.Faisant signe au bohème de s asseoir dans un confortable fauteuil, elle s\u2019assit elle-même en face de lui et de sa voix nette : \u2014 Vous êtes ici chez vous.Cet appartement est le vôtre.N\u2019essayez pas de comprendre encore ! Ce chèque vous permettra de vivre largement et sans plus de souci.Vous recevrez, d\u2019ailleurs, régulièrement les subsides nécessaires.Vous voici sauvé, heureux.Vivez !.Une lueur brilla dans les yeux de Carlo.\u2014 Madame, interrogea-t-il d\u2019une voix que le ravissement troublait, permet-tez-moi de m\u2019étonner de ce qui m\u2019arrive.Ah ! vous tendez une fameuse perche à ma détresse ! Et je devrais me contenter de la saisir en vous exprimant ma reconnaissance.Mais je ne suis qu\u2019un homme, voyez-vous, un pauvre diable d\u2019homme jadis bourre de latin, de gré:, de philosophie, brel.de tout ce bagage brillant, encombrant et inutile qui ne vous empêche pas de crever de faim, mais vous inocule à jamais la manie de réfléchir et le besoin de comprendre.Idiot, n\u2019est-ce pas ?.Excusez-moi, madame, mais quel genre d\u2019intérêt peut bien vous inspirer un pauvre bohème comme moi ?Pourquoi me repêchez-vous ?Pourquoi m\u2019enrichissez-vous ?Pourquoi réalisez-vous des rêves que je n\u2019aurais pas osé exprimer ?.Ou plutôt montrez-moi en quoi je puis vous être utile.Impassible, Suavita avait laissé parler Carlo Misère, se contentant de le tenir sous le feu de ses grands yeux noirs.La fine mouche n\u2019aurait eu garde de l\u2019interrompre.Elle souriait.Et sa main, distraite, jouait avec un coussin de velours.\u2014\tPourquoi?jeta-t-elle en relevant la tête.Il n\u2019est peut-être pas très nécessaire que vous compreniez.Mais enfin, si cela peut vous faire plaisir.Voyons, la meilleure façon de répondre est parfois de questionner.Je ne sais peut-être pas tout de vous, en dépit des airs renseignés que je me suis amusée à prendre pour vous intriguer.Que faisiez-vous au juste, dans la vie ?Cela m\u2019intéresse.\u2014\tCe que je faisais?Rien.ou presque.Je ne puis même pas dire que je vivais : cela s\u2019appelle si peu vivre !.\u2014\tHier ! répliqua Suavita.Mais aujourd\u2019hui, ce soir, vous tentiez, il me semble, un essai de vie ?\u2014\tUn feu de paille !.grommela Carlo Misère.J\u2019ai brûlé, dans une seule soirée, ce qui aurait dû constituer ma provision d hiver.C\u2019est que j\u2019avais trouvé un filon.Oh ! pas épatant ! mais suffisant pour faire naître en moi quelques illusions éphémères.Fini !.Envolé !.Ce filon, grâce à vos largesses, je vais pouvoir le balancer.Honorablement.honnêtement.c\u2019est-à-dire en restituant sur les fonds que vous venez de me remettre, et avec votre permission, la provision que j\u2019avais reçue et dilapidée.Suavita ne l\u2019octroya point.\u2014 Non, répondit-elle d\u2019un petit air résolu.Le bohème sursauta.\u2014 Non?Vous ne voulez pas que je rembourse ?Mais on me mettra en prison ! Négligemment, Suavita étendit la main et prit dans le seau à glace qu\u2019un maître d\u2019hôtel avait, selon ses ordres, apporté, une bouteille de champagne.\u2014 Vous n\u2019irez pas en prison, affir-ma-t-elle en emplissant une coupe qu\u2019elle tendit à Carlo Misère.Il n'est point nécessaire que vous quittiez votre emploi.\u2014 Comment !.Vous voulez que.que je travaille ?.cria le bohème éberlué et fort déçu.\u2014 Je veux que vous remplissiez la mission qui vous a été confiée, répondit posément l\u2019aventurière.\u2014 La plaisanterie devient saumâtre! protesta Carlo, sincèrement indigné.Est-ce là la bonne vie que vous me promettiez tout à l\u2019heure ?\u2014 N\u2019exagérez pas! sourit Suavita.Vous n\u2019aurez pas grand chose à faire et ce n\u2019est pas vous qui ferez cuire les marrons qu\u2019on tirera pour vous du feu.\u2014 Je ne comprends plus.bredouilla Carlo.Oui ou non, devrai-je poursuivre la mission dont on m\u2019a chargé ?.\u2014 Oui.répondit Suavita.\u2014 Savez-vous en quoi elle consiste ?\u2014 Oui.\u2014 Alors?.Vous devez pourtant admettre que je ne retrouverai pas la jeune fille en me croisant les bras ! \u2014 Mais si ! vous la retrouverez.sans la chercher.C\u2019est d\u2019ailleurs la seule consigne que je vous donnerai ! Ne bougez pas.Ne vous occupez de rien.Amusez-vous !.Quand j\u2019aurai besoin de vous, je vous ferai signe.\u2014 Et la jeune fille ?murmura Carlo Misère abasourdi.Suavita se leva.\u2014 Vous la ramènerez au père.quand je l\u2019aurai retrouvée pour vous.Je m\u2019en charge.L\u2019extase, une fois de plus, s\u2019épanouit sur le maigre visage, pour le moment rubicond, de Carlo Misère.\u2014\tOh ! en ce cas, tout devient facile ! fit-il avec un large sourire.\u2014\tOui.dit Suavita en se dirigeant vers la porte.Par notre alliance, tout devient facile.Bonne nuit, M.Carlo ! Faites les rêves qui conviennent à votre situation nouvelle :\t« des rêves d\u2019or ».Moi, je vais chercher le galion !.VI \u2014 Mère et fille ^f\"NCOEE eux \u2022 Sont-ils gourmands?L Vite Annette, du pain pour les moineaux qui réclament leur becquée ! » Le front appuyé contre la vitre, Lola regardait pensivement par la fenêtre.La piètre animation de cette rue de Toulouse, située non loin du Capitole offrait tout juste assez d\u2019intérêt pour les grands yeux noirs qui la contemplaient.Cependant, comme on comprenait bien qu\u2019elle se tournât de préférence vers l\u2019extérieur, à voir le classique appartement meublé qui lui servait de cadre.Et la seule compagnie d\u2019une vieille servante renfrognée n\u2019était pas faite pour dérider tant de jeunesse, voilée par une si grande mélancolie.Elle soupira.Depuis des semaines elle avait ainsi vécu et, le front sur la vitre, plongée en une demi-torpeur dont rien ne la venait tirer, elle avait assisté au spectacle quotidien de la vie, à laquelle elle ne participait que si peu.Etait-elle donc prisonnière ?Pas forcément.Mais plutôt un de ces êtres résignés marqués par la fatalité mystérieuse et destinés à souffrir.Pourtant, nulle révolte ne troublait les beaux regards purs, qui semblaient seulement s\u2019animer à la vue des effrontés moineaux toulousains.Mais Lola était plus distraite que de coutume.Une dépêche de sa mère disputait jalousement aux pierrots son attention.Elle l\u2019avait lue, relue.Et voici, pourtant, qu\u2019elle l\u2019élevait encore vers ses yeux noirs.« Prépare-toi à un grand changement.Je viens.Je t\u2019emmène et je vais pouvoir te faire enfin une place dans ma vie.» Etait-ce possible ?Vivre près de sa mère, enfin !.Enfin !.Quel bonheur ! Mais accoutumée à réfréner ses sentiments, elle n\u2019osait se laisser aller à manifester franchement sa joie.Sa mère lui annonçait un changement d\u2019existence, si surprenant qu\u2019il lui semblait provenir d\u2019un coup de baguette d\u2019une bonne fée.Elle attendait donc, tranquillement, que l\u2019explication vînt avec lui.Et son attention \u2014 un instant captée par le rêve qui prenait possession, malgré elle, de son âme \u2014 se reporta de nouveau sur les oiselets.\u2014\tPetits voyous! Ce qu\u2019ils sont impatients !.Vite, Annette ! Nos amis ont bon appétit, aujourd\u2019hui ! \u2014\tAujourd\u2019hui comme toujours ! bougonna l\u2019interpellée.Dirait-on pas que je suis à leur service ?.Un impérieux coup de sonnette l\u2019interrompit.Qui donc pouvait bien sonner de cette façon ?Non moins surprise \u2014 et quelque peu émue \u2014 la jeune fille avait redressé la tête.Un second coup de sonnette précipita la vieille servante vers la porte d\u2019entrée.\u2014C\u2019 est bon ! C\u2019est bon ! On y va.Dirait-on pas que Toulouse est en feu ?.Seigneur ! C\u2019est madame !.\u2014\tMaman ?.Déjà la jeune fille, qui venait de s\u2019écrier ainsi, se précipitait vers la nouvelle arrivante.Celle-ci, élégante, parfumée, souple, féline dans son manteau de fourrure, la serra dans ses bras en souriant.C\u2019était Suavita.Comme elle différait de sa fille ! Tandis que chez l\u2019une tout annonçait le calcul et la réflexion, tout, chez l\u2019autre, était élans spontanés, fraîcheur et sincérité.L\u2019une voulait séduire.Et l\u2019autre séduisait.Son doux visage levé vers le sien, la fille de Suavita ne cessait de contempler sa mère avec une vive tendresse.\u2014 Maman ! Maman ! C\u2019est enfin toi ! Comme tu as été longue cette fois, à revenii !.L\u2019aventurière releva la tête, et se dégageant de l\u2019étreinte de sa fille, l\u2019entraîna dans la première pièce.Elle s\u2019assit sur un divan et attira la jeune fille auprès d\u2019elle.Sur son visage fermé, une affectueuse expression passa.\u2014 Comment vas-tu, ma petite fille ?\u2014 Je t\u2019attendais avec impatience, maman.Si tu savais comme la vie m\u2019a paru triste ! Comme je me suis ennuyée ! Songe un peu, maman, tu ne me gâtes pas par tes visites.Je n\u2019ai pas une amie.Et je mène, en plein Toulouse, l\u2019existence d\u2019une nonne.ou d\u2019une recluse.Enfin, il ya eu ta dépêche.ta dépêche.Son regard, naguère empreint de résignation et qui se cognait à la vitre, comme un papillon prisonnier, bondit cette fois joyeusement au dehors.Elle se blottit toute contre sa mère.Puis elle baissa la tête parce que des larmes de bonheur roulaient sur ses joues.Le regard pénétrant de l\u2019aventurière examinait intensément le visage de sa fille, comme s\u2019il le découvrait pour la première fois.\u2014\tMais, tu pleures !.Etais-tu malheureuse à ce point, ma petite ?Il fallait m\u2019écrire, me dire.Essuyant ses larmes, Lola voulut sourire.\u2014 Où ?J\u2019ignorais trop souvent ton adresse.Tu venais si rarement me voir ! Dans les pensions où j\u2019ai été élevée, combien de fois es-tu venue me rendre visite ?Suavita baissa le front sous le juste reproche.C\u2019était vrai.Des mois passaient souvent sans qu\u2019elle tentât de se rapprocher de sa fille.Sa vie, toute faite d\u2019imprévu et d\u2019aléas, l\u2019en éloignait fatalement.Elle voulut, néanmoins, se justifier.\u2014\tC\u2019est vrai, ma petite Lola, c\u2019est vrai que tu es bien souvent seule.Mais j\u2019ai tout de même fait pour toi tout ce que j\u2019ai pu.La vie ne m\u2019avait pas beaucoup souri jusqu\u2019ici, tu sais.Or, tu n\u2019as jamais manqué du nécessaire.et.\u2014\tOh ! maman ! interrompit tendrement Lola en se serrant contre sa mère, maman, comment as-tu pu croire?.Non, ce n\u2019est pas de cela que je voulais parler.Ma vie n\u2019était triste que parce que je ne te voyais pas, parce que.j\u2019ai éprouvé l\u2019impression \u2014 affreuse, tu sais \u2014 que je te gênais, que.Elle hésita quelque peu, puis reprit : \u2014\t.Que tu me cachais.(Suavita tressaillit.) Je ne voyais personne en dehors de notre vieille Annette ; tu n\u2019as jamais permis que je me crée des relations.A mon âge, c\u2019est dur de ne pouvoir échanger la moindre confidence, de devoir réfréner tout ce qui vous désole et vous enchante sans raison.Maman, si tu pouvais te douter de la tristesse de ma solitude ! Et ces dernières semaines !.E me semble qu\u2019à la campagne, ç\u2019aurait été différent.J'aurais pu me promener, chanter librement, courir.Mais en pleine ville, vivre sans sa mère, sans une amie, sans une distraction, c\u2019est dur !.Les grands yeux noirs semblaient supplier.Naïvement, elle exhala sa plainte.\u2014 Maman ! pourquoi es-tu si mystérieuse ?Pourquoi ne puis-je jamais rien connaître de toi.de moi ?.Pourquoi, tout en nous aimant, vivions-nous séparées, comme deux étrangères ?.C\u2019est tout cela qui m\u2019a fait souffrir ! J\u2019ai tant désiré ton affection, ta tendresse.Et pour seul compagnon je n\u2019ai jamais trouvé que le désoeuvrement le plus atroce et le vide !.Tu me reprochais de ne pas t\u2019écrire. Le Samedi, Montréal, 9 mai 1959 55 Mais où et comment te rejoindre, t\u2019appeler, te dire tout le mal affreux qui me ronge ?.J\u2019aurais pu mourir sans que tu t\u2019en doutes.Quand tu n\u2019es pas là, il me semble que les derniers liens qui nous rattachent sont brisés, que je ne suis pas comme les autres jeunes filles, que.Sa voix trembla et se fit craintive.\u2014\t.Je suis une.hors la loi.Maman, maman, dis que ce n\u2019est pas vrai ?Dis que tu ne me caches pas, que tout ceci n\u2019est qu\u2019un mauvais rêve, dont je vais m\u2019éveiller bien vite ?Tu viens pour que nous ne nous quittions plus, n\u2019est-ce pas ! Mais si tu repars, dis-moi au moins mon nom \u2014 mon nom que j\u2019ignore.Les mains de Lola tremblaient dans celles de Suavita, qui avait peine à garder son impassibilité coutumière \u2014 bien qu\u2019en apparence elle semblât conserver tout son calme.Le désespoir de la jeune fille avait profondément retenti dans le coeur de l\u2019aventurière.Très affectée par ces confidences, jaillies de l\u2019âme sensible de sa fille, dont elle n\u2019avait pu jusque-là soupçonner la délicatesse et le besoin d\u2019amour, elle serra Lola dans ses bras.Et ce fut d\u2019une voix presque naturellement enjouée qu\u2019elle prononça lentement, en la caressant du regard : \u2014 Mais tout cela va changer, ma petite !.Tu vas avoir une famille ! Un père ! Des amis !.Tu seras riche-heureuse.Et quant à ton nom \u2014 ton vrai nom \u2014 ce sera : Liliane Morestac.Les grands yeux naïfs de Lola essayèrent de déchiffrer l\u2019énigme proposée par les yeux sibyllins de sa mère.Elle ne semblait pas très bien comprendre.Mais pouvait-elle douter de la parole maternelle ?Fermant à demi ses yeux, pour mieux retenir la vision éblouissante qui se rapprochait d\u2019elle, elle murmura, émerveillée, en tendant les mains : \u2014 Oh ! maman ! est-ce bien vrai, au moins ?Et comment ce miracle s\u2019est-il produit ?.Suavita prit un temps pour répondre.\u2014 Ton père se nomme Morestac, petite Lola.Il est très riche.mais très malheureux.C\u2019est un infirme séparé du monde par une double affection : il a perdu la vue et l\u2019ouïe.La jeune fille écouta, pensive, cette description d'un père auquel, depuis longtemps, elle ne croyait plus.Or, non seulement il existait, mais encore il l\u2019appelait à lui ! C\u2019était presque trop beau, tant d\u2019espoir tombant sur sa solitude !.Aux derniers mots prononcés par sa mère, elle s\u2019écria avec élan : \u2014 Ah ! comme je vais l\u2019aimer, pour lui faire oublier toutes ses souffrances ! Dis, ma petite maman, quand me conduiras-tu auprès de lui ?\u2014 Bientôt, répondit gravement Suavita.Mais il est nécessaire, Lola, que tu saches auparavant l\u2019attitude que tu devras avoir vis-à-vis de lui et que tu te pénètres bien des souvenirs de tes premières années \u2014 que vous pourriez peut-être bien évoquer ensemble.Emue, Lola répéta docilement, en interrogeant sa mère du regard : \u2014\tMes premiers souvenirs?.\u2014 Ceux qu\u2019il lui plaira de rappeler et dont tu ne te rappelles peut-être pas très bien.Lola, écoute-moi et essaie de comprendre ce que je vais te demander.« Tu es née dans un petit pays situé près de Montréjeau.La, dans une grande et vieille maison, Castel-Gris tu as passé ton enfance.Ton père était un ours, un toqué.je veux dire un original.Il ne s\u2019occupait guère de toi.Toujours en proie à quelque chimère, il demeurait des jours entiers dans son laboratoire.Seule, une vieille servante \u2014 toute pareille à Annette \u2014 prenait soin de la petite Liliane Morestac.Tu as grandi au foyer d\u2019un savant, presque sans le connaître, ignorant tout de lui comme il ignorait tout de toi.» Etonnée, inquiète, soudain la jeune fille interrompit Suavita : \u2014 Mais, maman ! Ce n\u2019est pas de moi qu\u2019il s\u2019agit?Je n\u2019ai jamais passé mon enfance là où tu dis ! Je n\u2019ai pas de tels souvenirs !.Le regard magnétique de l\u2019aventurière pénétra plus profondément dans le regard de Lola.Tant de naïveté s\u2019y lisait, tant d\u2019étonnement douloureux aussi, qu\u2019elle se contint et reprit avec indulgence.\u2014 Mais si ! tu n\u2019as qu\u2019à le vouloir.Cette Liliane Morestac \u2014 dont je viens de te parler \u2014 a naguère été abandonnée par son père, qui la recherche aujourd\u2019hui.Car, pour des raisons que tu sauras, elle s\u2019était enfuie elle-même.Comprends-tu ?Tout cela me semble clair comme du cristal et facile à retenir comme une leçon d\u2019enfant de cinq ans.Je te le répète : il suffit de vouloir ! Le papa est avepgle et sourd.Il ne voit pas et n\u2019entend presque rien.Je t\u2019amène à lui comme étant sa fille retrouvée par miracle.Il te serre dans ses bras, se répand en bénédictions.et le tour est joué ! Le visage franc de la fille de Suavita s\u2019était terni, tout à coup.Sous l\u2019empire du blâme, ses yeux, ses grands yeux noirs, si souvent empreints d\u2019une calme douceur, brillaient, à présent, d\u2019indignation.Elle frémit toute pour répondre, la voix tremblante : \u2014 Non, maman, je ne comprends plus.et ne veux pas comprendre ! Tu t\u2019es trompée, si tu as cru pouvoir me faire remplir un rôle que la plus stricte honnêteté m\u2019interdit.Comment as-tu pu penser, un seul instant, que je me prêterais à cette comédie abominable ?Abuser d\u2019un tel infirme à seule fin de devenir riche et de me faire un nom ; passer pour sa fille, jamais ! Entends-tu ?Jamais !.Elle vibrait d\u2019indignation.\u2014 Toi! toi, ma mère, que je respectais ! que je vénérais !.Oh ! comment as-tu pu concevoir une aussi triste ruse ?Comment as-tu pu songer un seul instant que je consentirais d\u2019y être mêlée ?Tu m\u2019ignores donc à ce point ?L\u2019aventurière avait tout d\u2019abord tressailli et s\u2019était cabrée sous les justes reproches de sa fille.Son premier mouvement fut de la foudroyer du regard et de lui crier en face : \u2014 Tu es une petite bête ! un être ridicule ! une malheureuse enfant entortillée dans tes préjugés.Reste honnête, ma fille ! Reste honnête tant qu\u2019il te plaira ! Etais-je sotte de penser que tu allais me comprendre, me seconder ! Petite oie tu es, petite oie tu restera !.Mais, ceci pensé, \u2014 et par cela même soulagée dans sa colère, \u2014 Suavita se contint.Le rouge de ses pommettes et les éclairs fulgurants de son regard trahirent seuls la violence de l\u2019orage intérieur.Elle sut s\u2019imposer la volonté nécessaire pour dissimuler et ne pas augmenter maladroitement, par une trop visible déception, la révolte de sa fille.Elle fronça les sourcils.Ainsi, grâce à l\u2019incompréhension de cette enfant, trop pétrie de scrupules, tout son plan, son plan merveilleux allait se trouver en faillite ! S\u2019être donné le mal de ramasser un Carlo Misère au bord du précipice, le combler de largesses afin de l\u2019empêcher de poursuivre sa mission et de ramener à son père la vraie Liliane Morestac, accourir pour annoncer à Lola le rôle peu délicat \u2014 mais très intéressant \u2022\u2014 qu\u2019elle lui réservait généreusement dans cette comédie.et se heurter à cette réaction inimaginable !.C\u2019était un rude coup porté aux espoirs sans vergogne de l\u2019aventurière.( Lire la suite dans le prochain numéro) SAMEDI-EXPRESS l\u2019on a environ 50% de chances de gagner, si l\u2019on a à l\u2019avance fixé son choix sur un lot, ce qui est imprudent.Les rapports d\u2019équilibre moral, social, entre les deux sexes, évoluent de façon surprenante à notre époque : une des raisons du déplaisir des pères à la naissance d\u2019une fille était certainement hier encore de ne pouvoir perpétuer en elle leurs ambitions.Voilà au moins une appréhension dissipée.Votre fille, Monsieur le magistrat, sera peut-être au train où vont les choses, Premier Président de la Cour de Cassation.Votre fille, Monsieur le Professeur en Sorbonne, se fera peut-être un nom plus fameux que le vôtre en votre propre chaire.Votre fille, Monsieur l\u2019aviateur, battra peut-être vos plus brillants records.Et votre fille, Monsieur le littérateur, vous surprendra peut-être en gagnant une immense fortune avec la gloire, dès son premier roman d\u2019adolescente.Dans le commerce, dans l\u2019industrie, les femmes prouvent amplement qu\u2019elles sont ! capables de ne pas laisser les affaires paternelles.tomber en quenouille.Quant aux arts du spectacle, dix, vingt, cent vedettes féminines atteignent à la notoriété mondiale pour une masculine.Ne nous tracassons donc pas.Mais, surtout, ne tracassons pas nos filles, et c\u2019est là où je voulais en venir.Nous avons jusqu\u2019ici évoqué la conjugaison harmonieuse du verbe « avoir », sous-entendu une fille.Apprenons à cette enfant a conjuguer aussi harmonieusement le verbe « être ».S\u2019il demeure une trace du préjugé anti-féministe c\u2019est peut-être en matière d\u2019éducation.A notre époque de bouillonnantes transitions on voit encore trop de petites filles abaissées au rôle de ser-| vantes de leurs frères, et sans contre- üfier l\u2019accordéon de genre mineur.Il a à son tour contribué à donner à l\u2019accordéon ses lettres de noblesse grâce à son éblouissante virtuosité, à un jeu sensible, à sa verve, à son bon goût qui bannit toute vulgarité : enfin, grâce à sa fraîcheur d\u2019inspiration de compositeur habile et imaginatif.De parents d\u2019origine belge, il est né dans l\u2019Oise.Son père virtuose de musette décide que son fils suivra ses traces.Ce n\u2019est pas l\u2019avis d\u2019André, qui à l\u2019âge de sept ans aurait joué de n\u2019importe quel instrument, mais surtout pas de l\u2019accordéon, pour lequel il avait une aversion certaine.Mais il doit se soumettre à la volonté d\u2019une père tenace, qui lui enseigne l\u2019accordéon à la cadence de onze heures d\u2019études par jour.A huit ans, soit un an plus tard, il donne son premier bal, en corn- ( Suite de la page 7 | partie.Ce n\u2019est pas que je voie un inconvénient à ce que Jeannette recouse un bouton à la veste de Jean-not ; il se faut s\u2019entraider.Mais encore faut-il que Jeannot à son tour mette ses talents de jeune bricoleur au service de Jeannette.Et je ne vois absolument aucune raison pour que Jeannette fasse par exemple le lit de Jeannot, tous les matins, en plus du sien.Je n\u2019en vois pas davantage à ce qu\u2019on lui dise à l\u2019un qu\u2019il est un garçon et a l\u2019autre qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019une fille.Vous voyez la nuance ?Ce sont là propos désobligeants, et la pauvre petite, avec ce sens inné de la justice qu\u2019ont les enfants et que la vie n\u2019érode en général que trop vite, se sent obscurément ou coupable d\u2019une faute à laquelle elle est pourtant bien étrangère, ou révoltée.Mais la révolte d\u2019une fille est moins bien tolérée que celle d\u2019un fils : de là peut-être ce penchant à la ruse, à l\u2019hypocrisie, à la rouerie, que l\u2019on attribue aux femmes.Il serait certes ridicule d\u2019aller d\u2019un extrême à l\u2019autre et d\u2019élever les demoiselles dans la conviction de la supériorité de leur sexe.Mais aussi pourquoi vouloir à tout prix établir une supériorité ?Quand les hommes et les femmes seront convaincus, réciproquement, de leur valeur égale dans la diversité de leurs missions, quand ils auront d\u2019autre part admis sans restriction que ces missions ne sont pas aussi étroitement délimitées qu\u2019on le croyait naguère, et comportent de multiples intergérences ; quand ils se mettront d\u2019accord pour élever leurs fils et leurs filles dans la croyance que le progrès de l\u2019humanité dépend de leurs efforts communs, ce progrès aura fait un pas capital.Marthe Desbuissons.[ Suite de la page 37 \\ pagnie de son père dans l\u2019Oise.11 touche son premier cachet : 1 fr.50.A 10 ans il donne lui-même des leçons, continue d\u2019étudier autant, et joue dans les hais le dimanche.Il finit par aimer l\u2019accordéon et joue sa première « oeuvre » : Perles de roses qui est devenu un classique du genre.Verchuren avait alors 14 ans.11 a accumulé diplômes et concours et est « champion du monde » en 1936.La guerre lui fait abandonner cet instrument qu\u2019il reprendra pour gagner encore des prix, des concours.André Verchuren, compositeur, recherche avant tout l\u2019originalité dans ses compositions dont la plupart sont devenues des classiques de l'accordéon.Il a tourné dans de nombreux films et il doit être bientôt la vedette d\u2019un grand film.COMME LES VEDETTES. 56 Le Samedi.Montréal, 9 mai 1959 SUR TOUTES LES SCENES créé au Darcy McGee pur Jacques Letourneau, qui entend se consacrer uniquement à la mise en scène.Devant l\u2019insistance des spectateurs à vouloir rire tout leur saoul, la Comédie-Canadienne mettra à l\u2019affiche une comédie de Houssin « La Mamma ».Lucie de Vienne Blanc, Lucile Gauthier, Henri Norbert, Georges Groulx, François Cartier et Gérard Poirier seront de la distribution.Sujet scabreux, répliques salées, rythme échevelé, tout en somme pour détendre, amuser, scandaliser un brin.Pourquoi pas ?La série « Rndisson » (mauvaise entre toutes) a été vendue aux Etats-Unis et en Australie.Tous les comédiens, figurants, indiens, bons et méchants qui ont participé à construire ce chef-d\u2019oeuvre ru- [ Suite de la page 22 ] çoivent des ristournes fort intéressantes.Bénis soient nos bons et braves colons qui, sans le savoir, contribuent à mettre du beurre sur le pain de leurs descendants.Hubert Loiselle, anéanti il y a quelques semaines par une dépression nerveuse, est parti se reposer en Europe .pour une période de temps indéfinie.Le veinard ! Jean Letarte, méconnu ici, a du succès en France.« Nul n\u2019est prophète en son pays » dit le proverbe .Pour Jean comme pour plusieurs autres, le célèbre dicton s\u2019impose.J\u2019ai enfin vu sur mon écran ce fameux chanteur Michel Louvain dont on me disait tant de bien.Je n\u2019ai pas été déçue.Il possède un physique plus qu\u2019agréable, une voix étoffée, et, qualité que j\u2019apprécie par-dessus tout, il se présente bien et se tient de même.Cela nous repose de ces jeunes déguin-gandés qui nous apparaissent en bleu de travail, en chemise sport et en perruque fournie.Vous me pardonnerez, chers lecteurs, l\u2019emploi d\u2019anglicismes dans les titres de cette chronique .La tentation était forte et je n\u2019ai pu y résister.Ces termes, tous techniques, font partie du vocabulaire courant de la télévision.Bien des réalisateurs prennent un temps infini à les apprendre à en juger par la qualité de leurs émissions ! Sur ce, je fais le « noir ».F RA NC IN E M O N T 1*ETIT- P O IRI Elî.Line encjnctc pittoresejn e Je CJ, \u2022an h jfelJman n LES EVASIONS CELEBRES Suite et Fin du dernier Samedi Il avait été minutieusement fouillé et n\u2019avait donc pu dissimuler aucun instrument.Les cuillers à soupe, seuls objets île métal à leur portée étaient scrupuleusement comptées et récupérées après chaque repas.Qu\u2019à cela ne tienne : il trouverait autre chose, il n\u2019avait rien à perdre et sa vie à sauver.Collectionneur de .désinfectants Sous le soleil pâle qui éclaire le petit matin des évasions, il n'y a rien de bien nouveau.Depuis Benvenuto Cellini s\u2019échappant du Château Saint-Ange, ou Casanova s\u2019envolant des Piombi à Venise, les amoureux de la « Belle » n\u2019ont rien inventé.Pour être juste, il faut faire remarquer également que les gardiens de prison n\u2019ont pas non plus fait de progrès pour se défaire de leur candeur.Tout récemment, dans une prison anglaise, un gardien observait en secret un prisonnier qui ramassait de vieux morceaux de fil de téléphone et tentait d\u2019en faire un poste de radio ; et le gardien de rire sous cape à l\u2019idée que le pauvre type se donnait tant de mal pour obtenir \u2014 à la rigueur \u2014 les émissions de la BBC.Il faisait preuve d\u2019une vue un peu courte, car pour pouvoir attraper la BBC avec de vieux fils de téléphone, il faut être capable de n\u2019importe quoi.Quoi qu\u2019il en soit, ce n\u2019est pas du fil électrique que Gallago entreprit de collectionner, mais du désinfectant.Deux fois par semaine, l\u2019homme de confiance de l\u2019étage en apportait dans les cellules pour que les prisonniers nettoient leurs tinettes.C\u2019était un dérivé de l\u2019acide chlorhydrique et il fallait éviter avec soin d\u2019en faire tomber une goutte sur sa peau car cela rongeait affreusement.Plus d'une fois Gallego sentant le liquide lui brûler la peau autour des ongles grognait d\u2019affreux jurons et se promettait d\u2019en jeter un plein bol à la tête de son geôlier.Le tabouret se détache Celui-ci, un nommé Landrum, habitait avec sa famille, un logement à l\u2019étage des condamnés à mort.Tous les vendredis, son assistant avait congé.Inutile de dire que c\u2019est ce jour-là que Gallago choisit comme jour J.Mais, même s\u2019il arrivait à se cacher dans le couloir jusqu\u2019à ce que Landrum arrive avec le plateau du café, comment et avec quoi frapperait-il ?C\u2019est alors qu\u2019il eut un éclair.Mais, parbleu, l\u2019acide ! La voilà l\u2019arme « idéale ».Ce qu\u2019il fallait, c\u2019était s\u2019en procurer suffisamment, car \u2014 une fois lancé, l\u2019esprit de Gallago travaillait vite \u2014 le désinfectant pourrait aussi servir à desceller le tabouret de fer de son cachot, une arme de plus pour la suite des événements, car il ne se voyait pas dévalant les cinq étages qui le séparaient de la sortie, avec un bol d\u2019acide à la main ! Il fallait savoir si ce produit attaquait le métal.La première fois où il en reçut pour des fins de nettoyage, il en versa quelques gouttes sur son quart.Au bout de quelques heures, le liquide coulait à travers l\u2019aluminium.Gallego réclama un autre quart.Celui qu\u2019on lui donna \u2014 une chance \u2014 était en métal beaucoup plus résistant.Il put donc, semaine après semaine, stocker du fameux corrosif.Puis il en versa plusieurs fois par jour quelques gouttes sur un des chaînons qui fixaient le tabouret au mur.A l\u2019aide d\u2019une vieille lame rouillée il accélérait l\u2019usure du métal.Assez vite, il se rendit compte que le tabouret était juste à point pour être arraché d\u2019un bon coup quand il le faudrait.\"Debout là-dedans ! Voilà le jus !\" De ce moment, les événements allèrent vite.Le vendredi suivant, les condamnés furent avisés qu\u2019il y aurait distribution de cigarettes et de sucreries.Belle occasion de se rapprocher de Sorber et de lui parler : « Le coup est pour vendredi prochain.» Il put aussi échanger quelques mots avec les prisonniers de l\u2019étage en dessous ; il leur demanda de s\u2019agiter pour faire une diversion qui distrairait les gardiens de ce qui se passerait à l\u2019étage supérieur.Le jeudi soir ils furent envoyés à la douche.Le bruit de l\u2019eau permit à Gallego de donner ses dernières instructions à Sorber.Puis ils sortirent en sous-vêtements et pieds nus.Un gardien se tenait sur une plateforme centrale.Quand les prisonniers avaient regagné leurs cellules, il actionnait un levier qui fermait toutes les portes à la fois.Les cinq condamnés se dirigèrent vers leurs cellules.Quatre réintégrèrent la leur, tandis que Gallego se plaquait contre le mur du corridor.Le gardien ferma toutes les portes sans avoir pu voir que l'un des prisonniers était resté dehors.La dernière nuit du pauvre Landrum qu\u2019un sort affreux attendait le lendemain fut paisible ; il n\u2019en fut pas de même de celle de Gallego.Toute la nuit, il veilla, debout ou accroupi le long de sa cellule, cramponné aux barreaux, luttant contre les crampes et comptant les heures.Enfin, le brouhaha d'une cité qui s'éveille l\u2019avertit que Landrum ne tarderait pas à apparaître.11 fit passer à travers les barreaux, d\u2019abord le tabouret puis le bol d\u2019acide ; il avait pensé à placer les deux objets tout près de la porte quand il était parti à la douche.Lorsqu\u2019il entendit le pas du gardien se rapprocher, il glissa rapidement jusqu\u2019à l\u2019angle du corridor où celui-ci allait apparaître d\u2019une seconde à l\u2019autre.« Debout là-dedans! voilà le jus !» L\u2019antienne habituelle s\u2019acheva en hurlement de douleur.Gallego venait de lui jeter en pleine face la moitié du bol d\u2019acide.Brandissant son tabouret, il lui en asséna un coup qui l'assomma.Une sauvage équipée Il se précipita alors sur le trousseau de clefs qui pendait à sa ceinture.Il décrocha celle à trois clenches qui ouvrait la porte du quartier des condamnés à mort.Il l\u2019ouvrit, manoeuvra le levier qui commandait toutes les cellules.« Allez, Sorber en vitesse ! » Il lui tendit le tabouret et lui montrant Landrum qui se tordait de douleur : « Achève-le, c\u2019est pas fini ! » Il leur restait en effet à ouvrir la porte principale.Les trois condamnés à mort, à la porte de leurs cachots regardaient irrésolus.« Alors vous venez ?» Mais Gallego avait autre chose à faire qu\u2019attendre leur réponse.Ayant repris le tabouret do fer, il s\u2019en servit pour forcer le lourd loquet qui verrouillait l'étage.Ils bondirent dans l\u2019ascenseur, mais ne purent le faire démarrer.« Malheur à celui qui se trouvera dans les escaliers ! » gronda férocement Gallego.Sa chance voulut que les gardiens procédant a la relève du matin, n\u2019entendirent pas les cris de Madame Landrum ni la silencieuse cavalcade des prisonniers toujours en chaussettes.Une fois en bas, le portier chargé de surveiller la petite porte de côté vit passer en trombe les deux énergu-mènes que leur- élan jeta presque sous les roues d\u2019une Pontiac qui passait.Les freins hurlèrent et le conducteur se retrouva sur le trottoir avant d\u2019avoir compris ce qui lui arrivait, pendant que sa voiture disparaissait au coin de la rue.Alors se déroula une équipée sauvage à travers la ville qui commençait à s\u2019éveiller.Ayant démoli la Pontiac contre un mur, ils sautèrent dans une autre après en avoir assommé le conducteur, mais ne tardèrent pas à la jeter contre un arbre.Ils perdirent alors de précieuses minutes à trouver un autre moyen de transport.Finalement ils prirent d\u2019assaut un camion rouge, ce qui se révéla un très mauvais choix.Ils tentèrent de fuir la ville, mais déjà, la police, la troupe, les gendarmes, les autos et les avions de patrouilles routières étaient alertés et établissaient des barrages.Les bandits en forcèrent deux, puis se rendirent compte qu\u2019ils ne continueraient pas longtemps ainsi ; ils abandonnèrent donc-leur beau camion trop visible et se réfugièrent dans les marais.Les policiers ou les crocodiles?Privés de nourriture, de sommeil, grelottant la nuit, rôtissant le jour, ils tournèrent en rond jusqu\u2019au mardi.Ce jour-là, Sorber, qui semblait l\u2019image même de la souffrance et de la peur, déclara qu\u2019il préférait griller sur la chaise électrique que d\u2019être mangé pâlies alligators.Pour dire vrai, aucun ne s\u2019était montré, mais ils savaient qu\u2019il y en avait dans ces marécages.Ils firent alors une erreur fatale : terrassés par la fatigue, ils s\u2019endormirent dans une petite clairière où ils furent facilement repérés par un hélicoptère de la police fédérale.Le mercredi matin, ils étaient cernés, et, menottes aux mains, reprenaient le chemin de la prison, ayant fait à peine cent cinquante milles.Quand on dit à Gallego que le pauvre Landrum était mort dans d\u2019horribles souffrances, il ricana méchamment : « Et puis alors ?On me fera griller ! On l\u2019aurait fait de toutes façons, pas ?» Les citoyens de Jackson purent de nouveau respirer.Mais il arrive parfois que les policiers et gardiens de prison de la vallée du Mississipi évoquent, non sans frayeur, les jours sanglants de 1954 .Simplement peut-être parce qu\u2019ils ont flairé une odeur de désinfectant. Le Samedi.Montréal, 9 mai 1959 57 ARSENE LUPIN t aentleman-ccimlviolevir d'après l'oeuvre de MAURICE LEBLANC CONTE ILLUSTRE DU \"SAMEDI\" \u2014 CENT-QUINZIEME EPISODE COMMENT ?~TU TE révoltes ?.NE T'AI'JE PAS DONNÉ GENEVIÈVE?VOUS AVEZ RAISON, ) MAÎTRE.ELLE VAUT BIEN TOUS LES TRÉSORS DE LA TERRE JE SUIS A' VOS ORDRES., GENEVIÈVE?BRAVO PETIT! ARSENE É %.mé 'N / Leblanc iCmpyright opefo mundi - Hachette Je t'attendais.lupin.0E ME PRÉSENTE-BARON altenheim.M .JE SUIS TON iw^L RIVAL DANS L'AFFAIRE KESSEL-BACH.APRES?.NE PENSES-TU PAS QUE NOUS AVONS BESOIN DE NOUS VOIR?JE ME SUIS DÉBARRASSÉ DE LENORMAND, LE CHEF DE LA SÛRETÉ, ET DE L' INSPECTEUR GOUREL.NOUS RESTONS TOUS LES DEUX FACE A ET J'AI À TE PARLER SOIT .DÉJEUNONS ENSEMBLE DEMAIN.opyrighi opero mundi - Hacheff - Claude L«blont A SUIVRt I 3lEN.NOUS DÉJEUNONS DONC DEMAIN CHEZ MOI A UNE HEURE 2
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