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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 30 août 1952
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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Le samedi, 1952-08, Collections de BAnQ.

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[" 64e année, No 16 Montréal, 30 août 1952 S-^Oü mGAZINE national des canadiens 10 cents DANS CE NUMERO : \u2022\tMARIE-LAURE CABANA ET J.PELLETIER \u2022\tJOLIETTE, UNE GRANDE VILLE ® LES MEDECINS VOUS DISENT.\u2022\tLE ROI DE LA DROGUE Roman policier par MAURICE DE MOULINS Danielle W j % Darrieux Le nouveau Parker \"21\u201d a vec poi n te e n Oc ta n i u m.Réservoir en Pli-glass.Dispositif de débit pour l9encre.4 couleurs\u2014 Noir, bleu, vert, rouge.Stylo $5.75; crayon $4.25 ; ensemble $10.00.il L Y A UN CHOIX TRES VARIÉ DE STYLOS PARKER CHEZ VOTRE MARCHAND.CES STYLOS, LES PREFERES DES CANADIENS, AJOUTENT UNE NOUVELLE SATISFACTION AU PLAISIR D\u2019ÉCRIRE.IL Y A UN PARKER, À PRIX RAISONNABLE, QUI CONVIENT POUR L\u2019ÉCOLE, LE BUREAU OU LA MAISON.LES STYLOS PARKER NE COÛTENT PAS PLUS CHER AU CANADA Le nouveau Parker Duofold.Performance assurée, convient à tontes tes bourses.Elégance impeccable, capuchon coulissant, pointe No 2 en or 14K .4 couleurs- - Gris, romlle bleu, noir.Choix de plumes.Stylo $3.75 ; porte-mine $2.00 ; ensemble $5.75.le nouveau Parker \"51\u201d avec capuchon \u201cLustra-toy\u201d et pointe en Plalhe-nium.Débit d\u2019encre uniforme.Réserve d\u2019encre visible.7 couleurs \u2014 Vert feuille, bleu sarcelle, noir, gris manne, bleu minuit, rouge vin, brun.Stylo $15.00 ; crayon $7.50 ; ensemble $22.50.Le temps des vacances achève .Remplacez dès maintenant votre vieux stylo; épargnez-vous des ennuis.L\u2019avant-première des modèles Parker pour l\u2019automne, chez lis marchands du Canada tout entier, met en vedette le plus grand choix de nouveaux stylos Parker que vous ayez jamais vu, dans une grande variété de prix, de couleurs et de pointes.Tous modèles munis de capuchons coulissants avec bague-agrafe à l\u2019extrémité (idéal pour les uniformes militaires).La beauté et la souplesse de Parker, son choix de pointes à votre main vous feront réaliser un achat que vous ne regretterez point.Pour une satisfaction complète à l\u2019école, au bureau, à la maison, choisissez votre stylo parmi les modèles d\u2019automne en montre chez votre marchand.P.S.Les stylos Parker \"51\u201d et \"21\u201d écrivent \"sec\u201d grâce à l\u2019encre Parker \"Superchrome\u201d.Pas besoin de buvard.Note: Vous pouvez employer les encres ordinaires.51 nouveau Parker .modèle élancé ordinaire .ou plus, délicat pour dames.7 couleurs .vert, Ibleu sarcelle, gris marine, bleu minuit, (noir, rouge vin et brun.Capuchons doublés or.Ensemble $27.50; stylo $18.00, port-mine $9.50.Le seul stylo avec système Ae'O-metric Il aspire, retient, protège et laisse écouler l'encre d'une nouvelle façon.Le réservoir en Fli-glac.s (sans pièce de caoutchouc) dure plus longtemps, contient plus d'encre et permet de voir à l'intérieur.Il se remplir plus facilement.Plume en or 1 4K avec pointe en Plathenium.Débit d'encre uniforme.Pour ce nouveau stylo \"51\", vous laisserez volontiers les autres de côté.LE STYLO LE PLUS RECHERCHÉ DU MONDE! \t\t\t Le Samedi, Montréal, 30 août 1952 3 «Albums de Claude» (Editions Variétés) vous le diront.Quant à son mari, il savait fort bien qu\u2019entre le décor de théâtre et le dessin commercial existait la même marge qu\u2019entre le risque et la fortune, mais il choisit selon ses goûts.Un succès immédiat rendit leurs débuts faciles, car la Société d\u2019Opérette leur commanda, alors qu\u2019ils étaient encore étudiants, les décors et costumes de onze sur douze de leurs spectacles de l\u2019année.Ils firent, pour André Audet ( qui, à dix-sept ans, était l\u2019enfant génial du théâtre avec le Songe d\u2019une nuit d\u2019été, L\u2019Annonce faite à Marie et ses marionnettes \u2014 caricatures de nos célébrités, à l\u2019île Sainte-Hélène ) les décors de son théâtre pour enfants : Madeleine et Pierre, qui attirait également les parents au Monument National Ils travaillèrent à huit revues Fridolinons et à la première version de Tit-Coq, avec Gratien Gélinas.Toutes les femmes comprendront ce qu\u2019était le travail d\u2019une créatrice, pendant les années de restrictions de guerre, pour trouver de la tarlatane, des broderies et du clinquant.Marie fouillait les boutiques de fond en comble et nous signalait, quelquefois, la découverte d\u2019une pièce de chiffon ( de la vraie mousseline de soie, ma chère ! ) dont nous nous partagions les restes en écharpes ou en simples mouchoirs selon notre hâte à arriver chez le marchand.Pierre Dagenais leur confia les décors de l\u2019Equipe et Robert Gadouas, ceux de Poil de carotte, l\u2019an dernier.Jacques Pelletier fut même architecte paysagiste pour créer, dans le parc des Sulpiciens, la forêt de Songe de nuit d\u2019été ; les fêtes du centenaire de la Baie Saint-Paul, Le diable s\u2019en mêle, légende adaptée par Pierre Dagenais, il couvrit une plate-forme de soixante-quinze pieds de mousse, de rochers et d\u2019arbres.Entre-temps, les Pelletier avaient passé un été à l\u2019université Fordham pour y suivre les cours de scénographie donnés par les plus grands décorateurs de New-York : Jo Mielziner ( qui étudia lui-même avec Gordon Craig ) McGowan, William Riva qui, avec sa femme Maria Menton ( fille de Marlene Dietrich ) est rendu, comme Pelletier, à la télévision.On leur confia la présentation de Richard III, de Shakespeare, à laquelle ils travaillèrent pendant trois semaines ; ils purent, avec leurs professeurs, voir l\u2019envers du décor et la création de celui-ci pour la saison suivante ; et Jacques Pelletier se paya le luxe mutile ( mais combien flatteur pour sa réputation ) de passer les examens qui l\u2019auraient admis à la Guild américaine des scénographes.Cette occasion lui permit aussi d\u2019apprécier la générosité de deux camarades ( l\u2019un riche, et l\u2019autre pauvre : l\u2019abibé Fleming ) qui lui prêtèrent les cinq cents dollars nécessaires à l\u2019examen, qu\u2019il passa brillamment et dont il remit la somme à ses amis plutôt que de travailler aux E.-U.A Montréal, il est le seul décorateur\t[ Lire la suite page 31 ] MARIE LAURE CABANA .et JACQUES PELLETIER PANS L\u2019INTIMITE DE NOS VEDETTES MARIE LAURE CABANA Ceux que j\u2019ai le plaisir d\u2019appeler amicalement « Jacques et Marie » ( trahissant la galanterie pour cites exactement le titre du roman acadien de Napoléon Bourassa ) ont toujours été à l\u2019avant-garde du théâtre canadien.Il était tout naturel que leurs réalisations ( de décors pour Jacques et de costumes pour Marie ) du théâtre et du cinéma s\u2019accomplissent aujourd'hui à la télévision, où Jacques Pelletier est directeur du Service de scénographie et Marie Laure Cabana, costumière et maquilleuse.Gens de théâtre dans le sens le plus complet, ils avaient étudié ( lui ) la musique et ( elle ) la danse, avant de se rencontrer à l\u2019Ecole des Beaux-Arts, de Montréal, il y a vingt ans, et à l\u2019église Saint-Dominique de Québec, il y a dix ans, pour une union de coeur et d\u2019esprit.La famille de Jacques Pelletier est illustre dans le monde de la musique depuis trois générations.A l\u2019âge de cinq ans, U montait dans le tramway Saint-Hubert-Duluth qui le conduisait alors directement près de la Cathédrale, dont son grand-père, Romain-Octave Pelletier était alors l\u2019organiste, et à la maison ancestrale de la rue Mansfield, dont chaque étage avait une chambre de musique : l\u2019orgue, au sous-sol ; deux pianos, au premier, et l\u2019atelier de l\u2019oncle violoncelliste, au deuxième.Son père, Frédéric Pelletier, musicographe renommé et chargé de cours sur l\u2019histoire de cet art à l\u2019Académie de musique, avait épousé Hélène Bernard, comédienne des Soirées de famille au Monument National.Les leçons de musique et de chant ne détournèrent pas Jacques Pelletier de son but ultime, et sa dernière apparition sur la scène fut dans une représentation de Mignon au Mont-Saint-Louis où le jeune écolier de douze ans, coiffé d\u2019une perruque blonde, était embrassé sur le front par le critique musical, Eugène Lapierre.Depuis cette époque, il laisse à son frère, Romain-Octave Pelletier, le soin de perpétuer l\u2019apostolat musical de la famille.Marie Laure Cabana suivit les cours de danse de Mary Beetles pendant quelque temps, puis entra aux Beaux-Arts.Si elle s\u2019applique aujourd\u2019hui à composer des natures vivantes au lieu de natures mortes, ce n\u2019est pas faute de succès comme peintre, et tous ceux qui ont vu ses illustrations des JACQUES PELLETIER (Photo Jac-Guy) f V- WMMÊÈÈm 4 Le Samedi, Montréal, 30 août 1952 §11 Ss '\tv agfp; i Md s » Ml ifWw*' **1» ;.3»w' «.^ K2»^i! ndèJN* «*\u2022«\u2022 »i '***' \u2019V *.\u201e>*, Vue à vol d'oiseau d'un des beaux quartiers de Joliette.La terrasse du parc Renaud et le pont Chevalier sur la rivière L'Assomption.JOLIETTE par GERARD VIOT PREND L'ALLURE D'UNE GRANDE VILLE E T CEPENDANT, si nous sommes accueillis dans la riche cité par une magnifique avenue moderne, que bordent de confortables résidences abondamment ceintes de verdure, nous ne tardons pas à constater que Joliette a su conserver et marier, le plus heureusement du monde, les deux caractères qui ont fait sa richesse : industrie et agriculture.Hérissée d'une couronne de cheminées, la ville conserve jalousement son marché central et son quartier commercial où, en fin de semaine, le vendredi particulièrement, les cultivateurs d'alentour viennent vendre leurs produits et acheter tout ce dont ils ont besoin.La terre est riche du côté de Joliette et les fermes en profitent.Tous ont su introduire, judicieusement, la machine dans leurs travaux pour un meilleur rendement.On plante beaucoup de tabac : du jaune pour alimenter les fabriques locales de cigares et du brun qui est revendu aux grandes compagnies de cigarettes.On fait aussi de la culture maraîchère, pour les besoins de la région, pour les Laurentides et pour Montréal.Les facilités offertes par la ville ont su attirer des usines, dont la liste va s'allongeant.Le centre industriel est largement desservi par les deux compagnies de chemin de fer, par les autobus et par nombre de transporteurs routiers.L'énergie électrique, en provenance de Shawinigan, est proposée à bon compte aux usagers.De plus, les industriels n'ont pas tardé non plus à apprécier grandement la qualité de la main-d'oeuvre locale qui s'affirme par un sens profond des traditions canadiennes, et un grand attachement à son sol natal ou d'adoption.Fondé, en 1823 par l'hon.Barthélemy Joliette, le petit mais prospère village, de 1850, portait le nom d'industrie et présentait déjà tous les avantages qui devaient assurer son avenir.Le Séminaire de Joliette, un des foyers éducationnels les plus réputés au Cana-de, était créé dès 1848 et se consacrait à l'enseignement classique.C'est en Le noviciat des Clercs de St-Viateur.(Clichés \"Etoile du Nord\") 1863 que Joliette fut constitué en ville, puis en chef-lieu de comté, en chef-lieu d'une région judiciaire et en évêché.Aujourd'hui, ce centre, qui a connu, tout récemment, les fièvres d'une campagne électorale particulièrement animée, a vu sa population passer de 14,302 citoyens en 1944 à 18,006 au premier juillet dernier.Cet accroissement rapide, plus que toute autre démonstration, montre bien qu'il offre du travail pour tous.Parmi les nombreuses industries, citons celles du bois qui comptent plusieurs scieries et papeteries, des fonderies d'acier, des manufactures de bonbons, de biscuits, de gants, de machines aratoires et une usine à chaux qui compte parmi les plus importantes du continent.Toutes les branches du commerce sont représentées et desservies par trois banques.Joliette est largement pourvue en écoles pour l'instruction primaire ou secondaire.Il y a maintenant un Centre Technique et un Centre d'Apprentissage ultra-modernes.L'élément anglais, peu nombreux, possède cependant un temple et un \" High School \".Représentée à la Législature par 1 Hon.Antonio Barrette, ministre du Travail ; administrée du point de vue civil, par le maire, M.Alexandre Boisvert et du point de vue religieux, par Mgr Joseph Arthur Papineau, lui-même assisté de son coadjuteur, Mgr Edouard Jetté, la ville va de l'avant.Et notre panorama ne serait pas complet si nous ne mentionnions pas les activités artistiques qui se déroulent à Joliette.Longtemps, un groupe d'amateurs locaux a donne des comedies et opérettes particulièrement appréciées.Fondée voilà huit ans par le R.Père Wilfrid Corbeil, l'Association des Amis du Séminaire organise des spectacles et concerts, grâce à plus de 1,000 souscripteurs.Ainsi, dans le cadre de la belle Salle Académique, t Lire la wite î>nge 31 ] Claude Dauphin raconte.par LOUISE G I L B E R T - S A U V A G E Correspondante du Samedi, de La Revue Populaire et du Film, à Hollywood.A Warner Brothers, il est une salle à manger, destinée aux étoiles et aux directeurs de ce studio.On l\u2019appelle : The Green Room.C\u2019est là, tout en lunchant, que j\u2019ai renoué connaissance avec Claude Dauphin.H venait de terminer son dernier film à Hollywood, April in Paris.Ce titre est charmant comme le printemps lui-même et toutes les promesses qu\u2019il renferme.Dès le cocktail je lui dis : «Voulez-vous me raconter toute votre vie depuis notre première entrevue à Universal-International, il y a trois ans ?Vous y tourniez Deported à ce moment-là.» \u2014 Oui, je me souviens même de quelques fragments de notre conversation ; n\u2019y avons-nous pas parlé de langue française ?\u2014 Parfaitement, vous avez une excellente mémoire.\u2014 Beaucoup de choses se sont passées en ces trois années.Tout d'abord je fus à Broadway, New-York, où je jouai dans Happy Time pendant un an.Happy Time, vous le savez, est une charmante histoire qui se passe au Canada français.\u2014 Oui, l\u2019histoire vient d\u2019être filmée à Hollywood même, aux studios Columbia, où Charles Boyer tient le premier rôle.«Je suis allé le voir tourner, il y est parfait, comme toujours.Nous nous entretenons de la trame du film, et nous formulons l\u2019idée de le voir tourner, ou de voir jouer la pièce à Paris même, avec des Canadiens-français.Le premier rôle est déjà tout trouvé.\u2014Chez nous, à Paris, j\u2019ai fait le film Mr Roberts, que je considère un «flop » comme on dit ici.Le peuple français en ayant trop vu de la guerre, et ne se souciant plus d\u2019aller voir ou entendre des histoires de ce genre.« Aussitôt après, je me suis dirigé vers l\u2019Afrique-Nord où avec une troupe de copains, nous avons présenté : L\u2019Amour vient en jouant.De retour à Paris, ce fut Le Rayon des Jouets, puis je me suis empressé de revenir à New-York où Deux scènes de \"APRIL IN PARIS\", le dernier film de CLAUDE DAUPHIN tourné à Hollywood.Ses partenaires sont DORIS DAY et RAY BOLGER.«I Y»\u2019 \u2018-Il W/ Le Samedi, Montréal, 30 août 1952 13 LE ROI DE LA DROGUE\t[ Suite de la page 9 ] Il n'en tient qu'à vous.REVER D'UN BEL AMOUR OU LE VIVRE ?fc'j ItVvv - suadé que si j\u2019avais voulu insister, ces rascals m\u2019eussent transformé en écumoire, et ma mort n\u2019eût absolument rien changé à la situation.Je suis brave, Gardner !.\u2014 Permettez, rectifia l\u2019inspecteur, votre bravoure ne se trouve pas un instant en question.Je sais que vous ne bronchez jamais en présence du danger.Je vous reproche seulement de vous être affolé au point de ne pas alerter tout de suite, comme vous l\u2019auriez dû, dès votre débarquement, les polices de Tolédo et de Leamington.Car, ne l\u2019oubliez pas, l\u2019attaque s\u2019est produite dans les eaux canadiennes, c\u2019est donc à nos collègues de là-bas qu\u2019il incombe d\u2019engager les premières investigations.Avertis deux heures après l\u2019incident, ils n\u2019ont pu évidemment obtenir de résultat positif.Vous vous imaginez parfaitement que deux heures constituent un laps de temps amplement suffisant pour permettre à des gaillards de l\u2019envergure de vos voleurs de bijoux de s\u2019esquiver et de se mettre hors d\u2019atteinte !.Si encore vous aviez repéré et retenu le numéro du canot.\u2014 L\u2019embarcation ne portait pas de numéro, je vous l\u2019ai déjà dit, fit le détective que ces objections de Gardner agaçaient au plus haut point.\u2014 Elle avait bien un nom ?\u2014 Ni Seller, ni Merton, ni moi n\u2019avons remarqué de nom sur la coque !.\u2014 Selon toutes probabilités, nos gentlemen auront herché refuge dans l\u2019île de la Pointe-Pelée.\u2014 A moins qu\u2019ils ne soient revenus en territoire américain, le littoral du lac Erié offre de nombreux refuges entre Buffalo et Tolédo.Et comme on n\u2019a découvert personne sur l\u2019île en question.\u2014 Je persiste à penser que les voleurs ne sont pas revenus en territoire américain, coupa Elias Gardner.Ils savent bien en effet qu\u2019ils conservent plus de facilité de manoeuvre au Canada où la police n\u2019est pas aussi importante que la nôtre.\t\u2022 \u2014 Alors, inspecteur, ne trouvez-vous pas que c\u2019est épouvantable ?Gallagher sautait à son tour à bord de VAurora ; il venait de subir une véritable mitraillade de la part des journalistes et des photographes ; il est juste de dire que le bijoutier s\u2019était prêté avec complaisance aux interviews.Gardner haussa lentement les épaules : \u2014 L\u2019affaire me paraît beaucoup plus troublante qu\u2019épouvantable, à vrai dire, monsieur Gallagher, répondit-il.J\u2019ai examiné longuement les feuilles de transfert que vous m\u2019aviez communiquées tout à l\u2019heure.Un détail m\u2019a surtout frappé, c\u2019est le peu de valeur des bijoux qui étaient enfermés dans les trois caisses volées ! Vous aviez fait une déclaration de vingt mille dollars exactement ?\u2014 Vingt mille dollars, en effet !.\u2014 Et parfois, il vous arrive d\u2019adresser au Canada des colis qui atteignent et dépassent même une valeur de un million de dollars ?_____All right ! Cela dépend évidemment de la nature de la marchandise ; quand j\u2019expédie des perles rares, des diamants, des opales, et des saphirs, je dois prendre toutes les précautions nécessaires.Ainsi, la semaine dernière, j\u2019avais à envoyer des «échantillons » que m\u2019avait fait parvenir un diamantaire de Rotterdam.__Et les trois caisses volées ?Que contenaient-*lles au juste ?\u2014 Des bracelets de cuivre ouvragé ou d\u2019or, vous savez que c\u2019est très à la mode, cette année, des fermoirs, des colliers de perles en imitation.L\u2019inspecteur eut un claquement de langue significatif : \u2014 Vos voleurs sont habiles, Gallagher, déclara-t-il, mais j\u2019estime qu\u2019ils n\u2019ont pas vraiment de flair !.Ils ont été certainement informés du départ de vos trois caisses à bord du canot automobile, et, à ce sujet, je ne saurais assez vous recommander de vous méfier, vous devez avoir des espions parmi votre personnel.Les circonstances dans lesquelles l\u2019attaque s\u2019est produite, démontrent de lumineuse façon que tout avait été préparé avec minutie.Mais je m\u2019étonne qu\u2019il n\u2019en ait pas été de même pour votre colis d\u2019échantillons la semaine dernière.\u2014 Je l\u2019avais expédié par la voie des airs, et Simons l\u2019accompagnait, reprit le bijoutier.\u2014 Vous me permettrez de m\u2019étonner que tout se soit accompli normalement et qu\u2019on ait laissé passer un million de bijoux, alors que votre envoi suivant de vingt mille dollars a été subtilisé.\u2014 C\u2019est cm simple effet du hasard, les bandits n\u2019auront été avertis que trop tard !.\u2014 A moins que la brebis galeuse à laquelle je faisais allusion tout à l\u2019heure, ne se soit faufilée parmi votre équipe que depuis la semaine dernière.Cherchez bien !.Vous ne voyez personne qui puisse être suspecté dans vos magasins.Gallagher s\u2019immobilisa, les sourcils froncés, comme pour rassembler ses souvenirs.L\u2019inspecteur continuait de le considérer avec attention, comme s\u2019il espérait découvrir une piste grâce aux indications que lui apporterait son interlocuteur.Mais le bijoutier secoua négativement la tête \u2014 Tous le personnel que j\u2019occupe travaille chez moi de vieille date, as-sura-t-il.J\u2019ai beau chercher, je ne vois personne qui puisse être suspecté.Pendant que cette discussion se prolongeait entre Gardner et Gallagher, Simons attendait, immobile.Il paraissait encore sous l\u2019impression fâcheuse que venaient de provoquer chez lui les observations de son collègue, mais, pour l\u2019instant, l\u2019inspecteur semblait assez peu se soucier du détective.\u2014 Vos pertes sont-elles couvertes par une assurance ?demanda-t-il au bijoutier après s\u2019être arrêté pendant quelques secondes.\u2014 Je suis assuré à plusieurs compagnies contre le vol, répondit ce dernier.Comme tout incite à croire qu\u2019aucune responsabilité ne sera découverte parmi mon personnel, je crois que je serai intégralement remboursé ! \u2014 Et où vous trouviez-vous exactement, Simons, quand s\u2019est produit l\u2019attaque des bandits ?Elias Gardner se tournait brusquement vers le détective.Ce dernier s\u2019empressa de fournir à son collègue les nouvelles explications qu\u2019il lui demandait.\u2014 J\u2019étais là, exactement, en train de fumer une cigarette.D\u2019ailleurs, vous voyez à cet endroit les traces de trois balles qui se sont enfoncées dans le bordage du canot.La quatrième m\u2019a atteint au bras droit !.\u2014 Diable ! A ce train-là vous pouviez être transformé en écumoire !.\u2014 Si j\u2019avais voulu résister, il est certain que le tir des coquins eût été mieux dirigé.Ils m\u2019ont blessé intentionnellement pour m\u2019impressionner et pour intimider mes deux compagnons.Nous étions pour eux des cibles si faciles ! Gardner s\u2019agenouille^ interrompant momentanément son interrogatoire, il Parfois quelque détail de la personnalité, la mine ou la mise, peut bouleverser la vie d\u2019une jeune fille .ou en faire un modèle de joie et de beauté.Prenez Marie, par exemple.Marie réussit à merveille dans les affaires, elle est toujours élégante et pleine de charme.Mais, quoi qu\u2019il en soit, elle n\u2019accroche pas, avec les hommes.Plus que toute autre, elle aimerait se marier ; mais, dans ce domaine, elle n\u2019a aucun succès.Un jour par chance, une simple conversation lui révéla la vérité et elle en tint compte immédiatement.Aujourd\u2019hui son élégant mari pense qu\u2019elle est la plus douce et charmante femme au monde .et, de fait, elle l\u2019est.maintenant ! Enrayez la mauvaise haleine pendant des heures Ne badinez pas avec l\u2019halitosis (mauvaise haleine).N\u2019écartez pas les prétendants inutilement.Votre meilleur ami, celui qui vous assure une haleine pure, est l\u2019Antiseptique Listerine, cette très sage précaution à laquelle ne manquent pas d\u2019avoir recours des millions de gens à succès.Rincez-vous tout simplement la bouche avec l\u2019Antiseptique Listerine et la mauvaise haleine s\u2019arrête net.Pendant des heures, elle fait place à un souffle délicieux ! 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Fabrication canadienne 14 Le Samedi, Montréal, 30 août 1952 se mit à examiner minutieusement le fond du canot.Au premier coup d\u2019oeil, à peu de distance des trous causés par les projectiles de la mitrailleuse, il aperçut quelques gouttes de sang.C\u2019était là en effet que se tenait Simons.Immobiles, le bijoutier et le détective regardaient l\u2019inspecteur poursuivre ses recherches.Sur le môle c\u2019était toujours la bousculade de la foule curieuse, les photographes s\u2019en donnaient à coeur-joie, à plusieurs reprises Gardner fut pris, mais il demeurait si affairé qu\u2019il ne prêta pas la moindre attention aux reporters.Tout à coup, il se redressa et laissa échapper une sourde exclamation.\u2014 Auriez-vous découvert quelque chose ?interrogea alors Gallagher en s\u2019approchant, intrigué.Gardner ne répondit pas tout d\u2019abord, il se baissa, puis étendant la main, il prit entre le pouce et l\u2019index un peu de poudre blanche qui s\u2019étalait au centre du canot automobile.\u2014 By Jove ! grommela-t-il, voilà qui paraît tout au moins singulier ! Gallagher se penchait avec plus d\u2019insistance encore, mais, avant de lui fournir la moindre explication, l\u2019inspecteur se contenta de lui demander : \u2014 C\u2019est à cette place que se trouvaient déposées les caisses ?\u2014 A cette place même ! assura Simons en s\u2019avançant à son tour.Le détective expliqua exactement la position occupée par les trois caisses pendant le court laps de temps où elles étaient demeurées à bord de l\u2019Aurora.Alors, Gardner poussa un bref grognement, puis se plantant en face de son collègue : \u2014 Dites-moi, Simons, demanda-t-il, vous adonneriez-vous aux stupéfiants ?L\u2019interpellé eut un rapide sursaut.\u2014 Que signifie cette plaisanterie, Gardner ?protesta-t-il.A aucun moment je n\u2019ai prêté le moindre intérêt à la drogue !.\u2014 Si ce n\u2019est évidemment, pour rechercher ceux qui la trafiquent, n\u2019est-ce pas ?.\u2014 A franchement parler, mon rôle de détective privé ne me permet guère de me mesurer avec ces gentlemen.Ma mission consiste plutôt à exercer une active surveillance.Et je n\u2019ai jamais espéré démasquer et surprendre le trop fameux Roi de la Drogue !.\u2014 C\u2019est un tort, Simons, vous n\u2019âtes pas ambitieux.Quel dommage ! Vous n\u2019ignorez pourtant pas que la fortune appartient aux ambitieux !.Pour ma part, bien que j\u2019aie changé, depuis un certain temps, de service, je n\u2019ai jamais abandonné l\u2019espoir d\u2019appréhender un jour ou l\u2019autre ce dangereux et habile malfaiteur qui a réussi jusqu\u2019ici à passer entre les mailles du filet que lui tend la police ! Mais revenons à nos moutons.Si vous ne prisez pas la poudre blanche, les deux hommes qui se trouvaient avec vous au cours de l\u2019attaque devaient apprécier un tantinet la coco !.Un éclat de rire poussé par Gallagher ponctua cette nouvelle question.\u2014 On voit bien que vous ne connaissez ni Merton, ni Seller, assura le bijoutier.Ce sont des employés modèles dont j\u2019ai toujours su apprécier la sobriété et le dévouement !.Mais pourquoi hasardez-vous une question que je considérerais presque comme saugrenue?.\u2014 Tout simplement parce que je viens de découvrir cette minuscule pincée de poudre blanche à la place même où se trouvaient les caisses au moment du vol !.Pendant des années, j\u2019ai appartenu à la brigade des stupéfiants, monsieur Gallagher, et je reconnais aussi facilement une drogue que vous identifiez un saphir d\u2019un béryl.Or, je puis vous affirmer, sans crainte de me tromper, que cette poudre n\u2019est autre que de la cocaïne ! L\u2019inspecteur s\u2019exprimait avec une telle conviction que le bijoutier n\u2019osa plus insister.Il se baissa et flaira la poudre que Gardner lui exhibait toujours entre le pouce et l\u2019index : \u2014 Sentez-vous un peu, monsieur Gallagher !.Le bijoutier fit la grimace : \u2014 Pouah!.Quelle drôle d\u2019odeur!.Et vous êtes sûr qu\u2019il s\u2019agit bien là de cocaïne ?.\u2014 Faut-il vous le répéter encore !.\u2014 C\u2019est bien la première fois que j\u2019en vois.God Almighty ! Je ne comprends pas comment des gens pourraient se toquer pour une pareille marchandise ! \u2014 Il en est pourtant qui commettent des crimes pour pouvoir s\u2019adonner à cette funeste passion, un des plus grands fléaux de l\u2019humanité ! \u2014 Je ne m\u2019explique pas la présence de cette poudre ! objecta le détective.Peut-être se trouvait-elle là depuis longtemps.Un amateur sera sans doute monté dans le canot amarré au môle pour aspirer une pincée.\u2014 Non, Simons, je ne puis me tromper, cette poudre est toute fraîchement tombée.Je conçois sans peine que ni vous, ni Seller, ni Merton n\u2019appréciez cette drogue, mais puisqu\u2019il faut raisonnablement écarter de vous tout soupçon, il convient d\u2019examiner une autre supposition, qui pourrait, celle là, devenir la vraie !.Et, tandis que ses deux interlocuteurs le considéraient encore avec attention, Gardner déclara tranquillement : \u2014 Vous m\u2019avez déclaré que deux de ces gentlemen au visage voilé étaient venus à bord de 1 'Aurora pour assurer le transfert des trois caisses de bijoux.\u2014 C\u2019est parfaitement exact, fit le détective.Les deux autres, dont le chef, n\u2019ont point bougé de la seconde embarcation.\u2014 Dans ces conditions, un des deux acolytes, au moins, se livre au trafic de la drogue !.Et j\u2019en viendrai presque à penser que cette affaire intéresse plutôt la brigade des stupéfiants que votre serviteur ! \u2014 Je ne vois pas ce que les stupéfiants auraient a faire dans cette galère, objecta Gallagher avec un sourire incrédule.Il s\u2019agit là d un vol de bijoux et non point d\u2019une affaire de fraude ou de contrebande.\u2014 Pour un peu, appuya Simons avec une certaine ironie, vous iriez insinuer que nous sommes en présence d un nouvel exploit du Roi de la Drogue ?\u2014 Je n\u2019insinue rien du tout, je constate ! Mais trêve de discussion, je crains bien que nous n\u2019ayons pas d\u2019autre constatation à faire.Je vais rester en relations, par téléphone au Bureau Central, avec les autorités canadiennes.Si d\u2019un instant à l\u2019autre on m\u2019avertissait que vos voleurs sont découverts ou repérés, je m\u2019empresserais de vous en aviser, monsieur Gallagher.Pour l\u2019instant, laissons là notre enquête.Et il ne me restera plus qu\u2019une faveur à vous demander.\u2014 Parlez, repartit le bijoutier pendant que l\u2019inspecteur déposait délicatement la petite pincée de poudre blanche dans son mouchoir, qu\u2019il enfouissait ensuite dans sa poche.\u2014 Quand effectuez-vous un nouveau transfert de bijoux ?Gallagher sembla quelque peu interloqué par cette question.\u2014 Après-demain, répondit-il enfin.Mais la leçon a été satisfaisante.Les caisses seront transférées cette fois à bord d\u2019un avion.D'ailleurs, Simons assurera la garde vigilante de cette expédition.\u2014 Plus on est de fous, plus l\u2019on rit, repartit Gardner, verriez-vous un inconvénient à ce que j\u2019accompagne, moi aussi, cet aimable Simons ?.\u2014 Mon Dieu, je n\u2019y vois pas d\u2019inconvénient, se décida enfin à déclarer le bijoutier.L'avion décollera à sept heures du matin.\u2014 O.K.! J'ai l\u2019habitude d\u2019être matinal ! _ Et vous n'avez-pas peur d etre descendu, si par hasard ces bandits s'avisaient de nous assaillir dans le ciel comme ils nous ont attaqués sur le lac Erié ?objecta Simons.Elias Gardner sourit et se contenta de déclarer : ____J\u2019aime à croire que vous me munirez d\u2019un excellent parachute.Avec un appareil de cette sorte, je n\u2019aurai certainement rien à craindre ! Ill \u2014 Bataille dans l\u2019azur ello, Gardner!.Une tasse de café bien chaud avant l\u2019envol !.\u2014 Volontiers !.Simons et l\u2019inspecteur se trouvaient attablés à côté l\u2019un de l\u2019autre dans le bar du champ d\u2019aviation de Tolédo.Au-dehors, par la grande baie vitrée, les deux hommes pouvaient voir l\u2019équipage de mécaniciens qui sortait du hangar l\u2019énorme Travel-air qui, dans quelques minutes, allait s\u2019envoler et les emporter 1 un et 1 autre à destination de Toronto.Tandis que les rayons du soleil venaient se refléter sur la carlingue et sur les hélices, une auto attendait à proximité.Elle apportait les colis destinés à l\u2019avion de la North Line et en particulier les deux caisses de diamants et de bijoux que Gallagher expédiait à sa principale succursale du Canada.\u2014 Nous aurons un temps splendide !.\u2014 Je le crois!.Gardner jeta un coup d\u2019oeil rapide sur le ciel sans nuage ; pendant ce temps le détective s\u2019empressait d'approcher de lui la tasse de café que le barman venait de remplir.\u2014 Buvez pendant qu\u2019il est encore chaud ! conseilla-t-il.L'inspecteur étendit la main gauche et, montrant à son interlocuteur un point qui apparaissait dans le ciel : \u2014 Hello! fit-il.Voici un autre Tra-velair qui s\u2019apprête à atterrir.\u2014 Ce doit être l\u2019avion de nuit qui assure le service entre Québec, Ottawa et Tolédo, repartit Simons en regardant pendant quelques instants l\u2019appareil que lui désignait son voisin Quand le détective se retourna.Gardner remettait dans la soucoupe la tasse vide.\u2014 Un peu amer le café ! opina l\u2019inspecteur.Ne trouvez-vous pas ?\u2014 Sans doute s\u2019agissait-il là de café qu\u2019ils conservent depuis hier soir et qu\u2019ils ont fait réchauffer.Nous n\u2019avions pas le temps de prendre un café-filtre !.Les deux hommes ne s\u2019attardèrent plus dans le bar, ils réglèrent les consommations qu\u2019ils venaient de prendre, et partirent pour se rendre sur le champ d\u2019aviation.Plusieurs appareils étaient déjà sortis des hangars, mais c\u2019était surtout autour du Travel-air 66 que l\u2019équipe de la base de Tolédo s\u2019affairait avec le plus de hâte.Il était en effet le premier à partir.Fébrilement, les employés chargeaient à l\u2019intérieur de l\u2019avion les bagages et les deux précieuses caisses de la maison Gallagher.Merton et Seller surveillaient attentivement le transfert.Ils devaient être du voyage, eux aussi, et ils se promettaient bien de faire bonne garde afin d'échapper, cette fois, à une nouvelle attaque de la part des bandits.Des quatre hommes qui l\u2019avant-veille, avaient si audacieusement assailli l\u2019Aurora sur le lac Erié, la police n avait plus de nouvelles ; les investigations et l\u2019enquête engagées par les autorités canadiennes dans les parages de 1 île de la Pointe Pelée étaient demeurées sans effet.Malgré tout, Gardner n\u2019abandonnait point l\u2019espoir de L\u2019HOROSCOPE DU \"SAMEDI\u2019\u2019 ( Nouvelle série) 7\t3\t6\t2\t8\t4\t5\t3\t6\t2\t4\t7\t5\t8\t2\t4 V\tT\tU\tU\tE\tD\tJ\t0\tN\tN\tE\t0\t0\tC\tE\tS 7\t2\t8\t4\t7\t2\t6\t3\t8\t4\t7\t2\t5\t6\t3\t4 T\tG\t0\tC\tR\tR\tE\tU\tN\tH\tE\tA\tI\tP\tT\tA 6\t4\t2\t7\t5\t3\t6\t4\t2\t8\t5\t3\t6\t2\t4\t7 E\tN\tN\tE\tE\tV\tR\tG\tD\t0\tE\t0\tI\tE\tE\tT 6\t7\t3\t4\t6\t2\t5\t7\t3\t4\t8\t2\t5\t6\t4\t7 0\t0\tU\tM\tD\tE\tT\tI\tS\tE\tM\tN\tF\tE\tN\tL 8\t4\t2\t6\t5\t3\t7\t5\t2\t4\t8\t3\t6\t2\t4\t7 I\tT\tT\tI\t0\tS\tE\tR\tR\tS\tS\t0\tN\tE\tE\tB 7\t4\t6\t5\t2\t7\t3\t8\t4\t6\t2\t5\t7\t3\t4\t6 R\tN\tA\tT\tP\tI\tU\tE\tM\tC\tR\tU\tL\tR\tI\tT 4\t8\t2\t6\t5\t3\t7\t4\t2\t6\t3\t7\t5\t2\t4\t6 E\tZ\tI\tI\tN\tI\tL\tU\tS\tV\tT\tE\tE\tE\tX\tE Comptez les lettres de votre prénom.Si le nombre de lettres est de 6 ou plus, soustrayez 4.Si le nombre est moins de 6, ajoutez 3.Vous aurez alors votre chiffre-clef.En commençant au haut du rectangle pointez chaque chiffre-clef, de gauche à droite.Ceci fait, vous n\u2019aurez qu\u2019à lire votre horoscope donné par les mots que forme le pointage de votre chiffre-clef.Ainsi, si votre prénom est Joseph, vous soustrayez 4 et vous aurez comme clef le chiffre 2.Tous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représentent votre horoscope.Droits réservés 1945, par William J.Miller, King Features, Inc. Le Samedi, Montréal.30 août 1952 15 trouver une solution a breve échéance Il paraissait même d\u2019excellente humeur ce matin.Le Travelair venu de Québec et d'Ottawa reprit contact avec le sol à la place habituelle, des employés s\u2019empressèrent d\u2019enlever l\u2019escalier mobile de l Air Mail, car l\u2019appareil devait décoller, cinq minutes plus tard, et reprendre son vol en direction de Chicago.Mais déjà le pilote et l\u2019observateur du Travelair 66 se trouvaient à leurs postes, les passagers commençaient de prendre place à l\u2019intérieur de 1 appareil.Le vrombissement sonore des moteurs emplissait maintenant l\u2019atmosphère, les quatre hélices tournaient à une vitesse vertigineuse.L\u2019appareil frémissait tout entier avant de s\u2019élancer au-dessus du lac tout proche.Enfin les passagers entendirent un commandement bref à l\u2019intérieur de l\u2019appareil.Le Travelair se mit à rouler sur ses roues caoutchoutées puis, après avoir franchi ainsi une centaine de mètres, il abandonna le sol et s\u2019éleva peu à peu dans le ciel.Un silence absolu régnait à l\u2019intérieur de l\u2019avion.Les yeux mi-clos, 1 inspecteur semblait n\u2019apporter qu\u2019une attention assez médiocre au décor qui filait maintenant au-dessous de l\u2019appareil avec une vertigineuse rapidité.Simons s\u2019aperçut de sa torpeur : \u2014 Hello, Gardner ! hasarda-t-il en lui posant la main sur le bras.Vous avez sommeil ?L\u2019interpellé poussa un sourd grognement : \u2014-J\u2019ai, une fichue migraine, grommela-t-il.Espérons que cela passera !.\u2014 J\u2019ai des cachets sur moi, si vous vouliez.\u2014 Inutile !.Je vais m'assoupir un peu.Quand nous aurons traversé le lac, cela ira certainement beaucoup mieux ! Merton et Seller qui se trouvaient respectivement devant Gardner et Simons se retournèrent, et considérèrent pendant quelques instants l\u2019inspecteur qui se penchait légèrement, puis ils échangèrent un furtif sourire, sans doute se gaussaient-ils de l\u2019inertie de ce policier qui avait tenu à tout prix à accompagner leur petit groupe jusqu\u2019à Toronto et qui allait passer invraisemblablement la majeure partie de la traversée à somnoler ! Le Travelair survolait toujours le lac Erié ; en se penchant aux hublots, Simons et ses deux acolytes pouvaient parfaitement contempler l\u2019immense nappe azurée des flots que faisaient miroiter les rayons d\u2019un gai soleil.Bientôt même ils repérèrent l\u2019île de la Pointe Pelée.C\u2019était tout près de là que s\u2019était produit le récent attentat dont ils avaient été victimes.De rares embarcations passaient sur cette partie de l\u2019Erié.Le ronronnement régulier des moteurs assourdissait les passagers qui lisaient ou regardaient.Gardner demeurait les yeux mi-clos, les deux mains dans ses poches, sa tête s\u2019était appuyée contre le dossier du fauteuil et sa casquette penchait légèrement sur son oreille droite.Mais Simons, Seller et Merton ne prêtaient plus aucune attention à leur compagnon de voyage.Dédaignant la vue grandiose du lac, ils considéraient attentivement le ciel bleu.Et voilà que, tout d'un coup, ils se redressèrent.Ils venaient en effet d\u2019apercevoir un point brillant qui apparaissait dans le ciel.Un autre avion arrivait et se rapprochait rapidement du Travelair 66 qui poursuivait régulièrement son vol.Le pilote, l\u2019observateur et les passagers de l\u2019avion de transport constatèrent bien vite qu\u2019il ne s\u2019agissait pas là d\u2019un des Travelair géants de la North Line, mais d\u2019un monoplan de combat Faucon-Curtiss, absolument semblable aux appareils en usage dans l\u2019armée.Ils repérèrent même bientôt une mitrailleuse qui se profilait, montée sur son pivot à proximité de l\u2019aviateur.La présence d\u2019un avion de chasse militaire dans ces parages n\u2019avait pas de quoi surprendre les voyageurs aériens, ils savaient en effet que, depuis les récents exploits des contrebandiers de la drogue, la surveillance se faisait plus active au-dessus de la région des grands lacs.Sans doute devait-il s\u2019agir là de quelque patrouilleur.Et déjà l\u2019attention se détournait de l\u2019appareil, quand, tout à coup, des exclamations se firent entendre à bord du Travelair 66.Loin de filer à peu de distance de l\u2019avion de transport, le Faucon-Curtiss piquait droit sur lui, puis, parvenu à cinq cents pieds environ, au moment même où les voyageurs, subitement affolés par cette inquiétante manoeuvre, se demandaient si un horrible choc n\u2019allait pas se produire entre les deux appareils, le monoplace se cabra, exécuta un impressionnant retournement, puis se mit à survoler le Travelair, tel un rapace qui se prépare à fondre sur sa proie.\u2014 By Jove! grommela Simons, qui s\u2019était levé tout droit.On dirait qu\u2019il J veut nous attaquer !.L\u2019inspecteur secoua Gardner, mais ce dernier demeurait assoupi et ne lui répondit que par un faible gro- [ gnement.Quant à Seller et Merton, ils se dressaient, eux aussi, et semblaient s\u2019inquiéter tout particulièrement des évolutions de l\u2019intempestif appareil.L\u2019affolement des passagers et de l\u2019équipage s\u2019accrût encore, quand un bref « tacataca » se mêla au ronflement des moteurs.Des balles sifflèrent dans les haubans quelles commencèrent de labourer dangereusement.\u2014 Damn !.Il nous faut atterrir ou nous sommes perdus !.Le coquin va nous « descendre » ! L\u2019énorme Travelair constituait, en J effet, une cible facile pour le mitrail- J leur infatigable qui continuait ses acrobaties dans le ciel, tournant au-dessus de sa proie.Le visage tout ruisselant de sueur, le pilote comprit qu\u2019il ne pourrait éviter la catastrophe qu\u2019en atterrissant au plus vite.La rive canadienne était là, à moins de deux milles, il se disposait à la rejoindre, toujours serré de près par le bandit aérien, quand, soudain, de nouvelles exclamations retentirent à bord, joyeuses celles-là.Gardner mis à part, tous les occu- i pants du Travelair 66 se penchaient aux hublots.Ils venaient de constater en effet que le Faucon-Curtiss.loin de poursuivre ses attaques, se dérobait brusquement et, après un dernier looping, s\u2019écartait et obliquait délibérément sur la droite.\u2014 Il voulait nous faire une mauvaise plaisanterie grommela un des passagers.Je la trouve de fort mauvais goût.Je déposerai une plainte à la police à notre arrivée à Toronto !.Les autres ne répondirent pas.Ils constataient en effet qu\u2019il ne s\u2019agissait pas là d\u2019une plaisanterie de la part du pilote du Faucon-Curtiss.Plusieurs points brillants apparaissaient en effet dans le ciel et piquaient rapidement vers le monoplace.D\u2019assaillant, le mitrailleur mystérieux devenait fugitif.\u2014 Hurrah ! hurla une voix.C\u2019est une escadrille de la Border Patrol.Nous sommes sauvés !.Tandis que le Travelair reprenait son vol régulier, ses occupants purent alors assister à une scène aussi dramatique que sensationnelle, les nouveaux appareils, des monoplaces de Haviland, qui se trouvaient au nombre de six, fonçaient délibérément en direction du NOUS PRÉFÉRONS \u2018WHITE HORSE'! Quel Excellent Scotch Moelleux et Corsé , Quel Whisky.Epatant! Fondée en 1742 SCOTCH WHISKY Ne Dites pas Simplement OU SCOTCH' Demandez du .W-3I2F En bouteilles de différentes grosseurs 16 Le Samedi, Montréal, 30 août 1952 Faucon-Curtiss.Il apparaissait évident que leurs pilotes cherchaient à couper la retraite à l\u2019audacieux mitrailleur.Alors, de leurs sièges, les passagers purent assister à un combat aérien aussi rapide qu\u2019acharné.Le monoplace prenait de la hauteur, mais ses adversaires poursuivaient habilement leur manoeuvre.En moins de cinq minutes, le Faucon-Curt'ss se vit entouré de toutes parts par les de Haviland qui exécutaient maintenant autour de lui de larges cercles, renouvelant à son détriment la tactique qu\u2019il avait exécutée tout à l\u2019heure quand il avait commencé d'attaquer l\u2019avion de transport.Se voyant traqué, le mitrailleur fit face, bravement.Exécutant de folles cabrioles, multipliant les retournements, il tenta d\u2019esquiver le tir des gens de la Border Patrol ; pourtant, si grande que fût la virtuosité du pilote, elle ne lui permit pas d\u2019échapper à son implacable destin.Au moment même où il exécutait un nouveau looping, le moteur du Faucon-Curtiss fut atteint.Une colonne de fumée noire s\u2019éleva, puis une minuscule silhouette apparut, exécutant un plongeon dans l\u2019espace.Le mitrailleur venait de sauter en parachute, pendant que, son appareil détruit par les rafales de ses adversaires inopinés venait exécuter un plongeon dans le lac, l\u2019aviateur poursuivit sa descente et, tout d\u2019un coup, on aperçut un point blanc.Le parachute venait de fonctionner !.Le bandit allait échouer, sain et sauf, à la surface des flots.Un silence lourd d\u2019angoisse régnait maintenant à bord du Travelair 66 ; on apercevait une demi-douzaine de canots automobiles qui arrivaient sur le lac et qui semblaient se diriger vers l\u2019endroit où allait tomber le parachute.\u2014 C\u2019est la police ! cria l\u2019observateur.Le coquin qui voulut nous descendre ne pourra plus échapper désormais.\u2014 Stop !.Atterrissez tout de suite à Ridgetown, la ville la plus proche en territoire canadien.Cet appel lancé par l'appareil de T.S.F.interrompit l\u2019aviateur.Il se fit alors dans la cabine un mouvement de stupeur et d\u2019étonnement.\u2014 Comment ! protesta Simons, qui sous le coup de l\u2019émotion était devenu très pâle.On nous attend à Toronto.Notre arrivée là-bas ne saurait souffrir aucun retard.L\u2019observateur eut un geste résigné : \u2014 L\u2019ordre nous vient de la Compagnie et de la police, répondit-il.Nous devons nous incliner.Il faut croire qu\u2019il y a des raisons très sérieuses pour qu\u2019on contraigne le courrier postal à subir un retard !.\u2014 Vous avez raison, my boy !.Il faut pour cela un motif des plus impérieux !.Faites ce que vous a commandé ce message.Atterrissez dans le plus bref délai à Ridgetown !.Les passagers se retournèrent.C\u2019était Gardner qui venait de prononcer ces mots, Gardner, qui depuis le départ de Tolédo était demeuré coi, affalé sur son siège.L\u2019inspecteur paraissait maintenant avoir reconquis son habituelle maîtrise de soi.Et comme Simons, Seller et Merton se retournaient interloqués par cette intervention à laquelle ils semblaient loin de s\u2019attendre, Gardner leur répondit calmement : \u2014 Il est indispensable que nous descendions, car notre avion emporte à son bord trois dangereux bandits qui sont, de plus, les lieutenants les plus habiles du trop célèbre Roi de la Drogue !.Un murmure effaré suivit ces déclarations de l\u2019inspecteur, mais ce dernier n\u2019en parut pas autrement affecté ; avec une extraordinaire rapidité, il sortit les mains de ses poches, et Simons et ses deux acolytes virent dirigés contre eux les canons de deux revolvers automatiques.\u2014 Vous êtes fou, Gardner, protesta le détective, qu\u2019est-ce que cela signifie ?\u2014 Cela signifie tout simplement que je vous arrête, vous et vos deux complices ; si vous esquissez le moindre mouvement jusqu\u2019au moment ou nous aurons atterri en territoire canadien, je vous préviens charitablement que je n\u2019hésiterai pas à vous brûler la cervelle ! !V \u2014 Bas les masques ! Instinctivement, les trois hommes levèrent les mains, ils comprenaient à l\u2019attitude fermement résolue d e l\u2019inspecteur que ce dernier était décidé à mettre sa menace à exécution au moindre mouvement de résistance de leur part.Les autres voyageurs pouvaient maintenant lire l\u2019affolement le plus grand sur leurs masques contractés.Docile à l\u2019ordre qu\u2019il avait reçu par radio, le pilote dirigeait rapidement le Travelair vers la rive canadienne.La petite ville de Ridgetown se dressait là entre la rive de l\u2019Erié et la ligne du Canadian Pacific ; avisant un vaste terrain plat, l\u2019aviateur se mit en devoir d\u2019atterrir, il apercevait des gens qui, munis de drapeaux blancs, couraient éperdument et lui désignaient l\u2019endroit où il pourrait se poser ; quelques voitures arrivaient sur la route voisine.Une brusque secousse agita le Travelair quand ses roues reprirent contact avec le sol ; toujours adossé à la cloison métallique de la cabine, Gardner maintenait le trio sous la menace de ses armes.Quand l\u2019avion stoppa, des appels se firent entendre, la porte de la cabine s\u2019ouvrit, livrant passage à quatre constables : \u2014 Voici le gibier, déclara simplement l\u2019inspecteur en désignant Simons et ses deux acolytes aux nouveaux venus.Vous pouvez leur passer les menottes.Les trois hommes n\u2019osèrent pas opposer la moindre résistance aux policiers, et deux minutes plus tard, suivis de Gardner, ils quittaient le Travelair 66, qui, une fois les deux colis de Gallagher enlevés par la police, décollait de nouveau et reprenait son vol en direction de Toronto.Des policiers et des curieux accouraient de plus en plus nombreux vers le petit groupe qui venait de descendre de l\u2019appareil, mais Gardner ne s\u2019attarda pas ; avisant une auto qui venait de stopper à une trentaine de pas de là, sur la route voisine, il y entraîna ses prisonniers et les fit monter sous bonne garde.Cinq minutes plus tard, le groupe pénétrait dans la station de police de Ridgetown et était introduit auprès du shérif.\u2014\u2022 C\u2019est une indignité ! protesta Simons, quand il fut mis en présence du représentant de l\u2019autorité.Je suis détective, je proteste contre les traitements indignes dont nous sommes victimes et contre les accusations de cet énergumène !.Simons désignait Gardner ; Seller et Merton firent chorus, mais ces protestations furieuses ne firent pas départir un instant l\u2019inspecteur de son calme.Et ce fut de sa voix la plus tranquille qu\u2019il déclara : \u2014 Oui, Simons, je ne nie pas que vous êtes un détective, mais un détective marron, prêt à accomplir les plus sales besognes et à défendre les intérêts les plus louches !.D ailleurs, je vais calmer votre indignation, si le shérif le permet, je vais adresser un coup de téléphone au Bureau Central de Tolédo.\u2014 C\u2019est inutile, coupa aussitôt le shérif.On vient de me téléphoner de là-bas.L\u2019opération de police engagée a été couronnée d\u2019un plein succès.Le Roi de la Drogue, arrêté, est maintenant sous les verrous !.Cette simple nouvelle fit sur le trio l\u2019effet d\u2019une véritable douche glacée.Ils se considérèrent quelques instants avec effarement.Alors Gardner, toujours aussi calme, déclara : __Croyez-moi, il est inutile de chei cher à jouer plus longtemps la comédie.Mieux vaut entrer dans la voie des aveux, le jury vous en tiendra compte quand vous passerez prochainement en jugement !.Et, sans attendre que les trois hommes ' lui eussent répondu, l'inspecteur ajouta : __La nouvelle que le shérif vient de me transmettre vient opportunément couper court à toutes vos dénégations.Le Roi de la Drogue est arrêté ; grace à certaines indications recueillies tout récemment, et en particuliei à la pincée de poudre blanche que j avais découverte a bord du canot automobile, nous sommes arrivés à le démasquer.Et je puis vous dire actuellement son nom !.Il s\u2019appelle Gallagher et accomplissait ses criminelles entreprises sous les apparences d\u2019un négociant honnête et scrupuleux.\u2014 Ce n\u2019est pas vrai, voulut protester Simons.Vous mentez ! \u2014 Vous seriez bien en peine de nous fournir des preuves de vos dénégations, Simons, coupa le shérif en se tournant vers le prisonnier ; Gallagher vient d\u2019avouer lui-même le rôle qu\u2019il tint ces temps derniers, et l\u2019appui que vous lui avez prêté, moyennant finance naturellement !.Cette verte réplique suffit, cette fois, à convaincre définitivement le détective de l\u2019inanité de ses protestations ; pourtant, montrant le bras qu\u2019il portait encore en écharpe, il hasarda : \u2014 Et cette blessure reçue dans l\u2019accomplissement de mon devoir.\u2014 Cette blessure vous a été chèrement payée, Simons, interrompit de nouveau Gardner.Vos «assaillants» ont bien pris soin de ne pas vous atteindre trop gravement !.Puisque vous manifestez une certaine absence de mémoire, laissez-moi vous rafraîchir un peu les idées.Voici à peu près exactement comment les choses se sont passées.L\u2019inspecteur commença son récit.Tout autour de lui personne ne cherchait plus à lui couper la parole : \u2014 Le Roi de la Drogue constatait depuis un certain temps que son coupable trafic subissait un fâcheux temps d\u2019arrêt à la suite de la surveillance particulièrement vigilante effectuée par la Border Patrol et la Brigade des Stupéfiants.Alors, pour mieux exercer sa contrebande et écarter plus facilement les soupçons, il eut recours à un stratagème que je puis qualifier d\u2019ingénieux.La poudre blanche fut introduite à l\u2019intérieur de bracelets, colliers, bagues et autres bijoux creusés à l\u2019intérieur.Ce trafic empruntait donc de ce fait l\u2019apparence d\u2019envois parfaitement normaux.Tout aurait pu se poursuivre pendant un certain temps, si Gallagher n\u2019avait cherché à jouer sur deux tableaux, c'est-à-dire à faire chanter les compagnies d\u2019assurances tout en passant sa marchandise en contrebande.Et, pour arriver à son but, rien n\u2019était plus facile que d\u2019organiser une ingénieuse comédie.On simulait un vol, une attaque à main armée soit dans les airs, soit sur le lac.Gallagher faisait aussitôt figure de victime et il ne manquait pas de porter plainte, mais il savait que la drogue se trouvait désormais en lieu sûr et il s\u2019arrangeait toujours de façon que la police intervînt toujours trop tard pour pincer ses voleurs qui demeuraient aussi ses acolytes.« Quand Gallagher me vit entrer en scène et découvrir la poudre blanche qui était malencontreusement tombée d\u2019une des caisses soi-disant volées, mais emportées quelque part en territoire canadien par ses habiles auxiliaires, le coquin commença à redouter des complications ! Ce fut bien pis quand je COUPABLE OU NON-COUPABLE ?CHRONIQUE JUDICIAIRE par ROBERT MILLET.B.A.L\u2019individu qui en provoque un autre et qui, son défi relevé et son adversaire en garde, remporte la victoire après avoir blessé légèrement Vautre combattant, peut-il pour cela être accusé et convaincu de voies de fait simples devant un Tribunal de juridiction criminelle ?C\u2019est une histoire de tous les jours.Certaines tavernes en comptent des centaines de répétitions.Après avoir ingurgité quelques verres de bière, deux compagnons de table discutent.Les arguments succèdent aux arguments.On s\u2019obstine de plus en plus.On s\u2019entête mordicus.Et, finalement, on se fâche pour de bon.C\u2019est alors que les arguments frappants entreront en scène.\u2014 J\u2019m'en vas te casser la g.! s\u2019exclame tout à coup l\u2019un des deux individus.__J\u2019ai pas peur de toi ! rétorque l\u2019autre, menaçant à son tour.__Tu dis ça, parce qu\u2019on ne peut se battre icitte.Mais t\u2019as peur de venir dans la ruelle régler ça aux poings.__T\u2019as menti : j\u2019ai pas peur d\u2019une chenille à poils comme toi ! Arrive dehors.On sort.On gagne la ruelle.On se bat.Le premier qui a parlé de bataille était sûr de son affaire.Il couche son adversaire sur le sol.Ce dernier, plus blessé dans sa vanité que par les éraflures qui lui font surgir quelques gouttes vermeilles sur la figure, veut absolument se venger.Il obtient un mandat d\u2019arrestation et traduit son heureux adversaire devant le Tribunal, l\u2019accusant de voies de fait simples.COUPABLE ou NON-COUPABLE?NON-COUPABLE ! Le fait d\u2019avoir consenti à la bataille prive la victime de recours criminel.Principe appliqué dans la cause no 742 des dossiers de la Cour du Banc du Roi, pour le district de Montréal. Le Samedi, Montréal, 30 août 1952 17 lui fis part de mon intention d\u2019accompagner les caisses destinées à son correspondant de Toronto.Ces caisses vous pouvez les voir, elles viennent d\u2019être apportées !.Gardner désignait les deux colis qui avaient été déposés par les constables.Sur un ordre du shérif, les agents brisèrent les cachets et tranchèrent les fils qui entouraient le paquet les enveloppant.Alors, sous les regards interdits des trois prisonniers, Gardner défit le minutieux emballage.Le premier objet qu\u2019il retira fut un lourd bracelet de cuivre ouvragé.\u2014 Qui se douterait que cette parure constitue le plus sûr des récipients ! déclara-t-il.Pendant quelques instants, l\u2019inspecteur tourna et retourna l\u2019objet entre ses doigts sous les yeux du shérif, puis il appuya le doigt sur une minuscule perle qui se trouvait incrustée contre le bijou, aussitôt une légère fente se démasqua.Gardner se pencha alors au-dessus du bureau du shérif, puis, au moyen de petites secousses, il fit tomber peu à peu la poudre blanche qui se trouvait dissimulée à l\u2019intérieur.\u2014 Il n\u2019y a plus de doute possible, s\u2019exclama le représentant de l\u2019autorité, interdit.Il s\u2019agit bien là de cocaïne !.\u2014 Vous pouvez inventorier les autres bijoux, chacun renferme une quantité plus ou moins considérable de poudre blanche ! By Jove, le Roi de la Drogue était un habile homme.Mais, pour son malheur, il avait recours à des acolytes beaucoup plus maladroits !.Tout en prononçant ces mots, Gardner se tournait vers Simons, effondré à deux pas de là sur une chaise : \u2014 Je pensais bien que Gallagher, rendu inquiet par ma découverte à bord de 1\u2019Aurora, imaginerait quelque nouvelle machination pour tenter de détourner les soupçons.Il ne fallait pas que les deux colis à destination de Toronto parvinssent à leur destinataire ; tout d\u2019abord, parce que le Roi de la Drogue redoutait des investigations à l\u2019arrivée qui eussent fait découvrir son stratagème.Il convenait donc d\u2019enlever les deux caisses comme on avait subtilisé les trois autres récemment, après un simulacre de combat sur le lac Erié.Et Gallagher conçut l\u2019idée audacieuse de faire attaquer le Travelair par un homme à lui.Toutefois j\u2019avais pris place à bord de l\u2019appareil menacé, et comme je pouvais agir à l\u2019intérieur de l\u2019avion attaqué, le bandit essaya de me mettre hors d\u2019état de nuire.«Voilà pourquoi, Simons, vous avez versé un somnifère dans le café que vous m\u2019offriez si obligeamment avant notre envol du champ d\u2019aviation de Tolédo.Vous n\u2019avez pas soupçonné, alors, que je pouvais surprendre votre geste dans la glace qui se trouvait en face de nous.Passant heureusement à la riposte, je parvins à détourner vo- tre attention en vous montrant un appareil qui arrivait ; pendant que vous regardiez le Travelair venu de Québec, je m\u2019empressai de jeter le café sous la table, et quand votre attention se fixa de nouveau sur moi, vous eûtes la conviction bien établie que j\u2019avais absorbé le breuvage qui devait me mettre hors d\u2019état de nuire au cours de l\u2019attaque aérienne si machiavélique -ment préméditée^.Je dois ajouter que je fis de mon mieux pour vous convaincre que vous aviez réussi dans votre tâche, je simulais un assoupissement de plus en plus profond, toutefois, si vous n\u2019aviez pas eu en vous une telle confiance, vous auriez pu vous apercevoir que, de temps à autre, j\u2019entrouvrais les paupières pour vous observer avec vos deux complices.« La police avait pris, elle aussi, ses précautions, Simons ! Comme j\u2019avais fait part au Bureau Central de mes soupçons concernant une attaque aérienne probable du Travelair 66, la Border Patrol fut alertée, une de ses escadrilles devait surveiller l\u2019avion de Tolédo.Vous savez la suite, au moment même où votre complice engageait une attaque des plus audacieuses à la mitrailleuse afin de contraindre l\u2019appareil à atterrir dans un lieu désert et à lui enlever les deux caisses, sous vos regards complaisants, les de Haviland se portaient à notre rencontre.Actuellement, le mitrailleur trop zélé, après avoir pris un bain forcé dans le lac Erié, aura été recueilli par les canots de la police.Il ira grossir le nombre des prisonniers, car l\u2019affaire va certainement avoir d\u2019autres rebondissements.Mais maintenant le Roi de la Drogue est démasqué.J\u2019ai l\u2019impression très nette que le rideau tombera rapidement sur le drame !.Simons ne chercha plus à nier.D\u2019ailleurs les opérations menées de chaque côté de la frontière, grâce à la subtile énergie de Gardner, aboutirent à des résultats décisifs.Une dizaine d\u2019employés de Gallagher, appréhendés, firent des aveux complets.De nouvelles arrestations furent opérées, en particulier celle d\u2019un avocat fameux de Tolédo.Les quatre hommes qui avaient « attaqué s> l\u2019Aurora furent repérés et arrêtés à Cleveland, désormais l\u2019organisation tout entière se trouvait hors d\u2019état de nuire.Tandis que Gallagher, Simons et leurs nombreux acolytes expiaient en prison leurs criminels exploits, Gardner reçut une prime importante qui pouvait lui permettre de se retirer bien tranquillement dans quelque coin ensoleillé de Floride, mais l\u2019inspecteur n\u2019était point de ceux qui apprécient le repos et le farniente.Pendant longtemps encore, il fit parler avantageusement de lui sur les bords du lac Erié en livrant une lutte aussi heureuse qu\u2019implacable aux malfaiteurs.Maurice de Moulins.DANS LE MONDE SPORTIF [Suite de la page 11] Les deux clubs cognèrent un total de 51 coups sûrs.Les Cubs comptèrent 14 points à la quatrième manche.Marty Callaghan, du Chicago, vint trois fois au bâton, dans cette manche.Il réussit deux coups sûrs et mordit la poussière sur trois prises, la dernière fois.En 1906, les Cubs de Chicago remportèrent 116 victoires, subirent 36 défaites pour une moyenne de .763, au cours de la saison, un autre record inégalé dans les ligues majeures.I Le vingtième siècle est fertile en nouveautés de toutes sortes.Il y a des rédacteurs sportifs canadiens, qui se font de la liberté une conception très curieuse.Elle consiste, en somme, à se croire tout permis.Des journaux orangistes ont voulu faire entrer, prématurément, sous la tente notre étoile du hockey majeur, Maurice Richard.Ils lancent des canards, de temps à autre, avec une désinvolture déconcertante, au détriment des athlètes cana-diens-français, comme si l\u2019habileté était l'apanage des gens qui parlent la langue de Shakespeare.Fanatisme, folie même !.On souhaiterait que chacun s\u2019occupât de ce qui le regarde, la mère, de ses enfants, le menuisier, de son bois, le cuisinier de son rôti et de son ragoût de pattes de cochon.Oscar Major mm tmÆ PMV Un bain au \"Skip\" ?D'accord.Mais oui, c\u2019est une bonne nouvelle pour tous, le chien et son maître ! 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De l\u2019autre côté tu seras ton maître, et tu feras ce qu\u2019il te plaira.Il s\u2019approcha, câlin et souple.\u2014 Mais je t\u2019adore, ma Zizie, ne sois pas méchante.« Je ne veux pas te quitter.« Je t\u2019aime exclusivement, unique -ment ; en doutes-tu donc ?Les yeux doux de la jeune femme étincelèrent et-elle eut un éclair terrible, un éclair qu\u2019il ne lui avait jamais vu ; ses lèvres s\u2019entrouvrirent, on eût dit qu\u2019elle allait parler.Mais, tout à coup, l\u2019arc fin de ses sourcils, après s\u2019être violemment contracté, se détendit.Son pur visage s\u2019apaisa, se rasséréna et ce fut de sa même voix tranquille qu\u2019elle murmura : \u2014 C\u2019est très bien tout cela, c\u2019est dans tous les cas d\u2019un bon mari.Mais dormir séparément n\u2019empêche pas la tendresse.On dit au contraire que ça l\u2019avive.« Toi, tu retrouveras une liberté qui t\u2019est chère et moi, je vivrai beaucoup plus tranquille.« Je le désire.Gaultier, devant cette volonté implacable et inouïe, s\u2019exaspérait.Il sentait qu\u2019il perdait tout empire sur elle, qu\u2019elle lui échappait, que désormais elle lui échapperait bien davantage encore, que c\u2019était, en un mot, s'il était vaincu sur ce point-là, le commencement de la fin.Que savait donc Cécile ?Qu\u2019avait-elle appris ?Que lui avait-on dit ?Et où s\u2019arrêterait la décision immuable de cette silencieuse sur la douceur de laquelle il s\u2019était absolument mépris, mais chez laquelle maintenant il commençait à pressentir une volonté de fer.Or, Gaultier avait pu souvent la menacer de la quitter, de partir, de s\u2019en aller si loin qu\u2019on ne le retrouverait jamais.Mais tout cela, c\u2019étaient des mots, rien que des mots.Comme l\u2019avait dit Bernard, il n\u2019était guère disposé à abandonner la riche auberge, dont le luxe, le confortable extraordinaire, la bonne chère, les équipages et le nombreux personnel plaisaient et à sa sensualité et à son orgueil.\u2014 Oh ! Zizie, murmura-t-il, ma Zizie adorée, pardonne-moi ! « Oui, c\u2019est vrai, j\u2019eusse dû te prévenir.Mais là-bas, devant les complications de la maison de commerce, j\u2019ai perdu la tête.Comme il mentait toujours, comme elle le méprisait maintenant, comme elle se détachait de lui !.Mais avant d\u2019éclater, de dire tout ce qu\u2019elle avait sur le coeur, de faire appel à la haute autorité de son père, Commencé dans l'édition du 7 juin 1952.Publié en vertu d'un traité avec la Société des Gens de Lettres.\u2014 Les noms des person* nages et de lieux de nos romans, feuilletons, contes et nouvelles sont fictifs et choisis au hasard.elle voulait être fixée sur le présent, surtout sur le passé.Elle eut l\u2019extraordinaire courage de se contenir et de lui répondre : \u2014 Je n\u2019ai rien à te pardonner, je ne t\u2019en veux pas.Mais j\u2019ai décidé que je coucherai ici, toi de l\u2019autre côté ; je ne reviendrai pas sur ma décision.-\u2014 Et si je ne veux pas m\u2019en aller, si je veux rester ici, moi ; ne suis-je pas le maître ?\u2014 Je ne le crois pas, mais comme je ne veux pas me disputer, c\u2019est moi alors qui irai m\u2019installer dans la chambre voisine et, demain matin, je demanderai à mon père si tout ce qui est ici, les meubles que j'aime, les tentures qui me plaisent, les portraits qui me font déjà des souvenirs ont été installés pour toi et pour moi.Ah ! oui, le père !.le père qui n\u2019aimait pas Gaultier, et qui, le lendemain matin devait lui verser les fameux cinquante mille francs dont Albert ne pouvait plus se passer.Celui-là aussi, il fallait le ménager.Cette raison le détermina aussitôt.\u2014 Bien, dit-il, je t\u2019obéis, mais si l\u2019indifférence d'aberd, la désunion ensuite se mettent entre nous, ne t\u2019en prends qu\u2019à toi.Et il s\u2019en alla en faisant claquer la porte derrière lui, comme il le faisait dans ses grandes colères.Sur le palier, il s\u2019arrêta, l\u2019oreille tendue, écoutant attentivement ce qui se passait derrière lui.Cécile n\u2019allait-elle pas le rappeler, se jeter dans ses bras, le couvrir de caresses et de baisers, comme elle en avait l\u2019habitude jadis.Non, elle ne le rappela pas.Il entendit même le bruit du minuscule, mais solide verrou, qu\u2019implacablement elle poussa.Et les yeux arrondis, les bras ballants, il murmura : \u2014 Mais alors, que sait-elle ?Que veut-elle ?Que va-t-il arriver ?Le lendemain, après une nuit des plus désagréables et alors que les perspectives les plus ennuyeuses s\u2019étaient présentées à son esprit, épouvanté, Albert se rendit chez son beau-père.Brésilia l\u2019attendait, seul dans son cabinet.Des livres de comptes, des factures étaient épars, devant lui.Gaultier fut un peu effrayé de tout l\u2019apparat qu\u2019il voyait autour de Dominique.Pour lui donner les bienheureux cinquante mille francs qu\u2019il attendait, comme jadis les Hébreux attendaient la manne dans le désert, fallait-il donc autre chose qu\u2019une simple enveloppe comme la première fois ?.Déjà dans un état d\u2019esprit assez angoissé, il sentit ses inquiétudes augmenter encore.Décidément, l\u2019atmosphère était orageuse pour lui dans la maison.Brésilia commença : \u2014 Par votre contrat de mariage, mon gendre, vous avez désiré que tout fût commun entre votre femme et vous, n\u2019est-ee pas ?.\u2014 Mais oui ! bredouilla l\u2019autre, l\u2019esprit en éveil.\u2014 Cécile, qui est d\u2019une rigidité presque ridicule, désire tenir au pied de la lettre le tacite engagement qu\u2019elle a pris alors.Décidément, il y avait trop de circonlocutions dans cette affaire-là.Gaultier, de plus en plus inquiet, s'attendait à recevoir quelque coup très désagréable.Brésilia continua : \u2014 Il y a six mois, j\u2019ai donné à ma fille cinquante mille francs.\u2014 Ce qui représentait le semestre de la rente que vous vous engagiez à lui faire, répondit aussitôt Albert.\u2014 Engagé ?Non, vous confondez, je n\u2019ai pris aucun engagement.J\u2019avais le désir de la voir très riche, très heureuse, vous avec elle.Je prenais mes mesures pour cela, pas pour autre chose.\u2014 Ah ! veuilllez vous expliquer.\u2014 Je vais y arriver, donnez-moi le temps.« J\u2019ai donc remis à cette époque cinquante mille francs à ma fille, qui vous les a aussitôt donnés, parce que je ne connais pas de créature aussi bonne, aussi dévouée, aussi exquise, ne cherchant jamais qu\u2019à être agréable à tout ce qui l\u2019entoure.Gaultier laissa passer l\u2019éloge et vivement il dit :\t« \u2014 Cécile pouvait-elle faire autrement que de me remettre les fonds que vous lui donniez ; car enfin, c\u2019est moi le chef de la communauté!.\u2014 C\u2019est à voir dans l\u2019espèce.Mais passons.Le chef de la communauté, en général, s\u2019il a des droits, a des devoirs aussi.Mais en même temps un devoir lui est imposé : c'est celui de pourvoir aux besoins de sa femme, de veiller à ce que rien ne lui manque, de l\u2019entretenir suivant ses moyens.Or, une femme qui a cent mille francs de rente doit être habillée d\u2019une certaine façon : il lui faut des toilettes, de l\u2019argent pour ses menus plaisirs ; lui en avez-vous donné ?Qu\u2019avez-vous fait pour elle ?\u2014\tAlors elle s\u2019est plainte ?demanda Albert, blême de l'humiliation reçue et surtout du résultat qu\u2019il entrevoyait.\u2014\tNon ! dit Dominique, Cécile ne s\u2019est pas plainte, c\u2019est un ange qui est capable de tout endurer, sans que jamais un mot ne sorte de ses lèvres.« Mais j\u2019ai des yeux pour voir, un esprit qui me permet d\u2019observer et de me rendre compte.« Or, je sais qui a payé les toilettes de ma fille, tout, depuis les bottines jusqu\u2019aux gants.« Je sais où est passé l\u2019argent dont je remplissais sa bourse pour ses charités ou ses fantaisies.« Or, je n\u2019ai pas habité pour rien la libre Amérique.Au contact de ces gens-là, mon esprit est devenu des plus pratiques, alors j\u2019ai réfléchi, j\u2019ai vu qu\u2019avec vous nous faisions tous un métier de dupe, et qu\u2019il fallait prendre un autre système.\u2014 Monsieur, s\u2019écria Gaultier furieux, en se dressant et en appliquant un fort coup de poing sur la table, vous m\u2019insultez et je vous préviens que je ne suis pas d\u2019humeur à le supporter.\u2014 Là.là.un peu de calme, s\u2019il vous plaît.« Je ne vous insulte pas.Je vous dis la vérité, mais je vous laisse libre de la discuter et de me prouver que je me trompe.Le ton de suprême autorité avec lequel Dominique venait de répondre, en imposa immédiatement au sous-direc-teur de Pierre-Pointue, et le rendit instantanément très souple, très humble.Il ne voulait pas briser.\u2014 Monsieur, dit-il, vous avez en apparence raison, mais il n'est pas généreux à vous de me retourner ainsi le couteau dans la plaie.« J'ai fait ma confession à votre fille qui, elle, m'a pardonné.«Je me suis laissé entraîner à jouer, c\u2019est là que j\u2019ai employé tout l\u2019argent que j\u2019avais, non seulement celui que je tenais de votre générosité, mais encore les économies de toute ma vie.« J\u2019ai failli en devenir fou.« Cela ne m\u2019arrivera plus, je vous le jure.Brésilia, avec un dédain suprême, leva les épaules.\u2014 Je sais, c\u2019est grâce à cette petite histoire que vous m\u2019avez encore fait soutirer cinquante mille francs par votre femme.« Mais je vous avertis, que si je me suis laissé attendrir par ma fille, qui est et sera toujours souveraine sur mon coeur, je n\u2019ai pas cru le premier mot de votre faible.\u2014 Monsieur!.Oh! comme vous me jugez.Ma perte au jeu est malheureusement trop vraie et trop réelle.\u2014 Je suis convaincu que tout cela est faux.Mais brisons là.Admettons-le. Le Samedi, Montréal, 30 août 1952 19 Je veux bien.Alors, raison de plus pour que je vous résiste et que je mette un frein à vos folies.La main sur la conscience, croyez-vous que je supporterai l\u2019idée de voir ma fortune passer ainsi à vos stupidités, c'est-à-dire à vous faire jouer.à encourager cette passion chez vous, la plus terrible de toutes, dit-on.Jamais.\u2014 J\u2019ai l\u2019âge de raison, balbutia Albert, repris de sa colère.\u2014 Vous ne l\u2019avez pas prouvé.Récapitulons un peu ce que vous prétendez avoir perdu.« D\u2019abord les sommes que vous aviez quand vous vous êtes marié, cela je ne le compte pas, c\u2019était à vous, mais les cent soixante mille francs que je vous ai donnés, puis les cinquante du semestre de Cécile, trente que je lui ai remis comme argent de poche, cinquante pour rembourser à votre caisse.En tout, j\u2019en suis pour trois cent mille francs en moins d\u2019un an.«Franchement, je serais fou moi-même, si je n\u2019enrayais pas cette débâcle.Je vous préviens en conséquence : à partir d\u2019aujourd\u2019hui, voici ce que j\u2019ai résolu : Cécile, dans sa délicatesse extravagante, veut tenir la promesse que tacitement elle vous a faite.« Elle veut partager avec vous tout ce qu\u2019elle possédera.« J'ai fini par le lui accorder, mais elle n\u2019obtiendra rien de moi en dehors de cette concession-là.« Ainsi, elle est nourrie chez moi, vous l'êtes aussi.« La maison, le personnel, les équipages sont à sa disposition, à la vôtre également \u2014 Bien, et après ?\u2014 Comment après?.\u2014 Les rentes que vous avez promises, vous allez alors les partager entre nous ?\u2014 Non.Je n\u2019ai rien promis, d\u2019abord, je vous l\u2019ai déjà dit.Ensuite, comme je veux que ma fille soit vêtue ainsi que sa fortune l\u2019exige, comme je veux que rien ne lui manque, je paierai moi-même toutes ses dépenses, ainsi que je le fais depuis six mois.De cela, j\u2019ai tenu, je tiendrai encore un compte scrupuleux, et vous recevrez, à la fin du semestre, une somme égale à cell# que Cécile aura dépensée.«C\u2019est de cette façon que la volonté de ma fille sera exécutée, pas autrement.« Ainsi.\u2014 et Brésilia ouvrit un des livres étalés devant lui, \u2014 ainsi, dans ce semestre-ci, ma fille a dépensé dix-sept mille huit cent soixante-quinze francs.Voici un chèque de semblable somme que vous pouvez aller toucher chez mon banquier.Albert était pâle comme un mort.\u2014 Je n\u2019admets pas cette manière de faire, dit-il, et j\u2019estime que vous manquez à votre parole, d\u2019abord, que vous me lésez profondément, ensuite.\u2014 En premier lieu, on ne peut pas manquer à une parole qui n\u2019a pas été donnée.Ensuite, comment pouvez-vous être lésé, quand vous vous êtes marié avec une jeune fille que vous croyiez sans aucune espèce de ressources ?Vous ne comptiez pas, par conséquent, vous ne pouviez compter sur rien d\u2019elle au moins d\u2019après ce que vous dites.« Par le plus grand des hasards et à votre grande stupéfaction, probablement, cette jeune fille, au lieu d être pour vous la charge que vous avez acceptée et voulue, est très riche.Non seulement elle ne vous coûte rien, mais elle vous procure une existence luxueuse ; elle vous a donné trois cent mille francs en quelques mois ; et maintenant avec la même existence somptueuse, vous aurez, cette année, toujours par elle, trente-cinq mille francs, bien nets, bien liquides bien assurés.« Je ne vous vois pas si dupé que cela dans cette affaire, mon cher monsieur , et il me semble qu\u2019au milieu de «ous tous, vous n\u2019êtes pas celui qui avez le plus à vous plaindre.« Maintenant, voulez-vous de ce chèque, oui ou non.Déjà Dominique étendait la main vers le petit papier, tout prêt à le reprendre ; mais Albert ne lui en laissa pas le temps.Il le saisit et le mit dans la poche de son gilet, estimant qu\u2019après tout, c\u2019était mieux que rien.Cependant l\u2019humiliation avait été trop forte ; son orgueil se cabrait, tandis que la volonté nettement exprimée du prospecteur lui faisait éprouver une déception profonde, poignante, horrible.Comment allait-il s\u2019en tirer avec la Tourterelle, si l\u2019argent de Cécile lui manquait ?Et voulant rendre à Dominique une partie des coups qu\u2019ü venait de recevoir, il essaya de le frapper en plein coeur.\u2014 C\u2019est bien, monsieur, lui dit-il.J\u2019accepte votre décision, parce que je ne puis pas faire autrement, mais je vous avertis qu\u2019en présence de vos suspicions, de vos méfiances, de la manière déplorable dont vous me jugez, je ne saurai continuer la vie commune avec vous.Donc, je quitterai votre maison.A ces mots, le visage de l\u2019ancien prospecteur eut une expression de joie profonde, impossible à contenir.On serait débarrassé de lui.de lui, la plaie vivante de ces braves gens qui eussent été heureux s\u2019ils ne l\u2019avaient pas connu.Est-ce que c\u2019était possible ?Mais Gaultier se rendit vite compte des pensées de son beau-père.Lui laisser cette joie ?Ah ! non, par exemple.Et, tandis que Dominique répondait : \u2014 Vous avez peut-être raison.H vaut mieux nous séparer, catégoriquement, nettement.H répliqua : \u2014 C\u2019est entendu, je m\u2019en irai, mais pas seul, vous savez.L\u2019autre sursauta : \u2014 Comment, pas seul, interrogea-t-il, pas seul, que voulez-vous dire ?\u2014\tMais j\u2019emmènerai ma femme, parbleu.Les yeux de Dominique lancèrent des flammes.Subitement, son bon visage de brave homme eut une expression de volonté, d\u2019énergie, impossible à dire.Il étendit la main dans un geste énergique et catégoriquement il dit : \u2014\tOh ! pour cela, mon petit, n\u2019y comptez pas.Jamais vous ne me séparerez de ma fille.\u2014¦ C\u2019est ce que nous verrons.\u2014 C\u2019est tout vu.\u2014 Le Code est pour moi ; il dit : la femme suivra son mari.¦\u2014 Parfait, c\u2019est la loi du mariage, cela.Mais à côté de la loi du mariage, vous paraissez ignorer qu\u2019il y a celle du divorce qui rend à une femme mal mariée, outragée, insultée, sa liberté.« Je prouverai tout cela et je me fais fort d\u2019obtenir le divorce de ma fille.\u2014 Elle ne vous écoutera pas.Elle m\u2019aime, elle ne se prêtera pas à vos combinaisons.\u2014 C\u2019est ce que nous verrons.Elle vous a aimé, oui, beaucoup ; mais vous l\u2019avez lassée, vous ne la connaissez pas.Allez donc lui demander si entre vous et moi, aujourd\u2019hui, elle hésitera seulement l\u2019espace d\u2019une minute.Albert frémit.Dominique disait vrai.Cécile depuis la veille ne le lui avait-elle pas donné à entendre ?Alors, subitement, il comprit la maladresse qu\u2019il venait de commettre en amenant de si dangereuses paroles.Et comme la souplesse était en lui innée et basse, il s\u2019humilia aussitôt, disant : \u2014 Pardonnez-moi, père.La triste opinion que vous avez de moi, de moi qui vous aime tant, qui vous suis si dévoué, m\u2019a fait perdre la tête.Mais je rachèterai ma faute, je vous le jure.J\u2019accepte vos décisions et je vous forcerai à me rendre votre estime.Dominique était trop loyal, trop honnête pour soupçonner dans ces pa- roles hypocrites, mais prononcées avec l\u2019accent de vérité et de sincérité, la comédie que jouait Gaultier.\u2014\tBien, dit-il, fort ému; je ne demande pas mieux que de vous rendre mon estime.Faites ce qu\u2019il faut pour cela et certainement, il me sera très doux d\u2019encourager vos efforts.Gaultier essuya une larme qui n\u2019existait pas et très humble, très confus, en apparence accablé sous le poids de sa faute, il s\u2019éloigna.Mais dans le large corridor qui longeait l\u2019appartement des deux amis, au bout d\u2019un moment, il s\u2019arrêta tout à coup.Il regarda autour de lui.R était seul.Alors, son visage changea du tout au tout.Ses traits subitement se creusèrent, se transformèrent et prirent une expression épouvantable, de haine, d\u2019énergie, de décision.\u2014\tAh ! fit-il, en tendant le poing vers la pièce qu\u2019il venait de quitter, \u2014 vieux bandit.tu me refuses ce qui est à moi, légitimement à moi, l\u2019argent que j\u2019ai promis à ma Tourterelle.Eh bien ! tant pis pour toi, tant pis pour tous, je me le procurerai quand même.Mais ne t\u2019en prends qu\u2019à toi de ce qui arrivera ! XVII \u2014 Le triomphe d'un travailleur I \u2019usine de Pierre-Pointue est en fête.La joie la plus profonde règne 1 partout.Des arcs de triomphe ornés du monogramme de la République jalonnent la route nationale depuis la gare, indiquant un itinéraire que suit le pays tout entier.De tous côtés, au faîte de la moindre chaumière, comme aux fenêtres des maisons les plus belles, aux haies de clôture, aux branches des arbres, les drapeaux aux trois couleurs flottent à la brise du matin.Des moindres chemins, des plus petits sentiers débouche une foule endimanchée, heureuse et gaie.Elle va toute vers le même but : vers l\u2019usine des Monastier, qui depuis tant d\u2019années a été la nourricière du pays, la fée bienfaisante et protectrice de tous, celle qui, par le travail donné, a permis de réparer les ruines qu\u2019avait laissées derrière elle la guerre maudite ; celle qui a relevé, épuré, enrichi ; grâce à laquelle les hommes ont donné du pain à leurs petits, les enfants ont été élevés, les familles ont vécu dans l\u2019aisance, les vieux se sont endormis tranquilles, paisibles, le sourire aux lèvres après la tâche accomplie.Et c\u2019est vers la chère maison avec ses constructions innombrables, ses toits d\u2019ardoises bleuâtres, ses vitres qui étincellent au soleil, ses hautes cheminées sveltes et solides, c\u2019est vers elle, aujourd\u2019hui, fleurie, drapée, pa-voisée comme une triomphatrice, que tous dirigent leurs pas.Et les conversations s\u2019animent.Les paysans, leurs souliers à la main, écoutent, bouche bée, les ouvriers plus cossus, plus farauds, plus bavards, qui racontent ce qui se passe.\u2014 C\u2019est inouï.C\u2019est superbe.C\u2019est une gloire pour le cher pays des Vosges, ce pauvre pays qui de si près touche à l\u2019Alsace tant regrettée, à la Lorraine, toujours saignante, arrachées toutes les deux au coeur de la mère patrie.Tout de suite après la guerre, le patron Jean-Jacques Monastier a recueilli un enfant sans père ni mère.Il Ta élevé comme si c\u2019était le sien.Il en a fait, comme lui, un homme de devoir et de bonté d\u2019abord, un ingénieur des plus remarquables, ensuite, enfin son successeur, c\u2019est-à-dire le directeur et le maître de Tusine.QUE\t9 Q.\t\u2014 Que signifie attacher le grelot ?R.\t\u2014C\u2019est faire une démarche difficile, dont personne ne veut se charger.\u2022 Q.\u2014 Qu\u2019est-ce que faire la grasse matinée ?r __C\u2019est rester tard au lit.On disait autrefois « grans matinée », pour « grande matinée », puis le féminin devint « gransse », puis « grasse ».\u2022 Q.\u2014 Crier haro sur quelqu\u2019un ?r __S\u2019élever avec indignation contre quelqu\u2019un.« A ces mots, on cria haro sur le baudet ».Dans La Fontaine : « Les animaux malades de la peste ».\u2022 Q.\t\u2014 Combien j\u2019en ai vu des plus huppés?R,\t_On trouve cette phrase dans les « Plaideurs », de Racine.La houppe est une touffe de plumes que portent les oiseaux; certains hommes en portent à leur chapeau.Plus elle est grosse, plus on est riche.q.\u2014 Qu\u2019est-ce qu\u2019un lit de Procuste ?R.\u2014C\u2019est une règle tyrannique.Le bandit Procuste coupait les jambes ou étiraient les membres des prisonniers trop longs ou trop courts pour être placés sur un lit qui leur était destiné.q \u2014 Qu\u2019est-ce qu\u2019un mariage de la main gauche ?r __C\u2019est le mariage d\u2019un prince avec une princesse d\u2019un rang inférieur ou d\u2019une naissance inférieure.Au mariage, on donnait la main gauche au lieu de la droite.On dit aussi mariage morganatique, épouse morganatique.\u2022 Q.\t__Où trouve-t-on « Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage » ?R.\t\u2014 C\u2019est un vers de « l\u2019Art poétique » de Boileau. 20 Le Samedi, Montréal, 30 août 1952 Ce jeune homme s\u2019appelle Claude Lambert ; au milieu du travail acharné qui a été le sien pour garder à son établissement industriel sa suprématie sur ses concurrents, il a fait une découverte extraordinaire, stupéfiante, magnifique.En cherchant pour les ustensiles de ménage, qui sont l\u2019industrie des Mo-nastier, un enduit étamé, capable de résister à l\u2019usure journalière, il a trouvé une composition serrée, homogène, inattaquable qui peut servir d\u2019enveloppe à la mélinite, décupler sa solidité, par conséquent sa puissance, et devenir entre les mains de la nation qui la possédera un engin de guerre redoutable et unique.Au milieu des dangers de toutes sortes, le jeune directeur a poursuivi ses recherches.Au sortir même de l\u2019école Centrale, il les avait commencées.Il y a consacré six ans de sa jeune vie, faisant seul ses expériences les plus périlleuses, travaillant, combinant, passant devant ses fourneaux une partie de ses jours et de ses nuits.Car Claude Lambert est un travailleur, un de ces austères, tout de devoir et de labeur, pour lesquels les plaisirs, les fêtes, les satisfactions que donne la fortune, n\u2019existent pas.Et la plus extraordinaire des réussites a fini par couronner ses efforts.Dernièrement, il est allé à Paris.Des expériences ont été faites par lui en présence des généraux.Une nouvelle mélinite à la force détonante, terrible et foudroyante n\u2019avait pu être utilisée jusqu\u2019ici parce qu\u2019elle fondait l\u2019étain lui-même, et qu'il n\u2019y avait pas moyen de l\u2019envelopper.Avec la découverte de Claude, le problème a été résolu, et non seulement sa composition résiste à l\u2019action corrosive du produit terrible, mais les appareils qu\u2019il a trouvés pour l\u2019introduire dans les nouveaux obus qu\u2019il fabrique sont aussi simples que solides, et présentent une sécurité de manipulation qui émerveilla, tout d\u2019abord, tous ceux devant lesquels les expériences de Claude furent faites.Aussitôt une commande des plus importantes lui fut consentie et, aujourd\u2019hui, une commission spéciale désignée par le ministre de la Guerre, devait arriver à Pierre-Pointue pour prendre livraison des obus de Claude.Et c\u2019est pour cela que l\u2019usine est pavoisée : c\u2019est Jacqueline qui a tout ordonné, tout commandé, tout voulu.C\u2019est elle qui a fait donner à la vieille maison, le nid de tous les siens, l\u2019aspect de fête sous lequel on la voit actuellement.N\u2019est-ce pas en réalité la fête et l\u2019apothéose de Claude qu\u2019elle a désirées ?C\u2019est non seulement son fiancé, son unique amour qu\u2019elle met sur cm piédestal, mais c\u2019est en même temps l\u2019enfant sans nom, sans famille, que Jean-Jacques à la fois a tant aimé et tant fait souffrir ; c\u2019est celui qui, à force d\u2019honnêteté et de travail, a parcouru seul les dures étapes d\u2019une existence particulièrement douloureuse ; c\u2019est lui que la vaillante fille a voulu auréoler, aux yeux de tous, des rayons de la pure gloire qu\u2019il a su conquérir.Jean-Jacques Monastier n\u2019a pas résisté à sa fille.Il lui a laissé organiser cette grande fête comme elle l\u2019a rêvée.Pour la première fois depuis la mort de sa femme, il éprouve une joie complète, absolue et profonde.Il regarde Claude avec des prunelles de tendresse et d\u2019amour, il n\u2019y a plus de place en lui pour le désespoir et la haine ; Jean-Jacques est fier de son fils adoptif.Janvier, le plus grand ami de Claude, partage cette joie.Autant que le jeune homme, il est émotionné, inquiet, impressionné.C\u2019est qu\u2019il sait qu\u2019aujourd\u2019hui va se décider la vie de Claude, il sait que c\u2019est le bonheur du jeune homme enfin conquis, le dernier obstacle mis par Jean-Jacques à la réalisation de sa promesse dont le jeune ingénieur a eu raison, c\u2019est son amour, son pur amour enfin heureux, c\u2019est Jacqueline à lui pour toujours.Comme une fiancée, presque comme une épousée, la jeune fille est toute vêtue de blanc.Une robe en crêpe de Chine, aux broderies plus fines que des dentelles, moule son corps si beau, long, svelte et souple.Sous son front à l\u2019intelligence souveraine, ses yeux de diamant noir étincellent comme des étoiles.Ses cheveux sombres sont couronnés d\u2019une aigrette faite avec les oeillets blancs, les petits oeillets sauvages de la montagne que Claude, avant le lever du jour, est allé lui cueillir, comme il l\u2019a fait toujours depuis les plus lointaines années de leur enfance.Mais à côté de la fleur préférée, on voit toujours une large cocarde aux trois couleurs, la cocarde vénérée, qui semble affirmer à tous qu\u2019en conquérant son amour, sa fiancée, sa femme, Claude a également conquis la patrie adorée que Jacqueline représente et qu\u2019elle symbolise.Et son bonheur est sans limites.En se jetant la veille au soir dans les bras de Bernard, il le lui a dit en termes émus et brûlants.Le jeune marquis de Mirecourt, en effet, a voulu assister Claude dans l\u2019inoubliable journée qui se prépare, et il est arrivé avec Cécile et son père.Gaultier ne les a pas accompagnés.On dirait que, se rendant justice une fois entre toutes, il ne veut pas troubler de sa présence la joie de ceux pour lesquels il est une si dure charge.C\u2019est au moins ce qu\u2019a cru Bernard, comme si cet être méchant, mauvais, créé pour le mal, était capable d\u2019une seule pensée de délicatesse et de générosité !.Tandis qu\u2019après avoir passé une soirée charmante aux côtés de Jacqueline épanouie et heureuse, Cécile allait s\u2019enfermer avec son père dans la jolie petite maison du bois, Bernard restait aux cotés de Jean-Jacques, causant avec lui, usant de la grande influence qu\u2019il avait sur son ancien tuteur, pour l\u2019encourager encore dans ses idées de tendresse et d\u2019amour vis-à-vis de Claude.Ce dernier, énervé, plus fatigué par le but tout proche que par la lutte des dernières années, était allé se coucher.Jacqueline, qui voulait être reposée et vaillante pour la journée du lendemain, en avait fait autant.Tard, dans la nuit, Jean-Jacques et Bernard causèrent.\u2014 C\u2019est en partie à tes instances que Claude devra son bonheur, avait dit Jean-Jacques à son préféré.Et celui-ci, heureux, fier du résultat obtenu, avait quitté son tuteur, sentant qu\u2019il n\u2019avait plus besoin d\u2019insister et que, désormais, l\u2019industriel, oubliant ses tourments et ses rancunes, ne verrait plus dans l\u2019être parfait qu\u2019il avait à la fois tant maudit et tant adoré que le plus exquis, le plus admirable des fils.On était au commencement du printemps.La température, en avance sur le climat ordinaire des Vosges, était cette année-là particulièrement clémente et douce.La nuit était claire, tiède et paisible.Une grande lueur bleue enveloppait d\u2019une teinte adorable, confuse et douce, les massifs du parc, les échappées sur l\u2019horizon familier, le village silencieux.Bernard, impressionné jusqu aux moelles, ne pouvait dormir.Il pensait à tant de choses !.Comme sa vie s\u2019était curieusement orientée !.Après avoir ete si indifférent, si sceptique, se demandant même s il avait un coeur dans la poitrine, voilà qu\u2019aujourd\u2019hui il vivait d une pensée unique, ne respirant, ne luttant, ne souffrant que pour une femme qui n\u2019était pas libre, qui ne l\u2019aimerait peut-être jamais, mais qu en tout cas, il avait, lui, le devoir et la volonté stricts de respecter parce quelle était la fille de son ami.Ce pur bonheur que Claude allait goûter, il ne l\u2019aurait pas.Presser sur son coeur, sentir sienne pour toujours, la compagne idéale qui résume l\u2019espérance éperdue du passé, les joies sans nom de l\u2019avenir, le bonheur du ciel sans cesse nouveau, il ne le connaîtrait jamais.Et comme les fleurs du parc embaumaient, comme les senteurs plus fortes des sapinières arrivaient à lui, apportées par le faible vent de la nuit, Bernard, au souvenir de son enfance, sentit s\u2019amollir encore tout ce qui vivait, tressaillait, se brisait au fond de son être.Alors, il veut parcourir ce pays où, les plus belles années de sa vie s\u2019étaient écoulées, où dans la chère maison qui l\u2019abritait maintenant, il avait été si heureux, si aimé autant par les vivants que par les morts.Il descendit.Ce fut d\u2019abord vers la petite maison où dormaient Cécile et Brésilia qu\u2019il dirigea ses pas.Au premier étage, à travers les persiennes closes, la faible lueur d\u2019une veilleuse perçait.Mais, peu à peu, les idées que la présence si proche de sa petite amie lui inspirait l\u2019absorbèrent tout entier.Il n\u2019avait pas voulu lui donner des preuves de l\u2019infamie de Gaultier.La rigide délicatesse de Bernard s\u2019y était refusée.Malgré cela, Cécile paraissait maintenant être fixée ; elle semblait ne rien ignorer de la conduite du triste sire.Mais alors plus tard, lui, Bernard, il pourrait être heureux comme Claude.Et il tomba dans des méditations plus profondes encore.Une horloge de Landrouzies, égrenant dans l\u2019air pur de la nuit le son d\u2019une heure quelconque, l\u2019arracha aux songes de son rêve enchanteur.« Et si n\u2019importe qui me voyait ici, ici où Cécile ne me sait pas, où je me contente de penser à elle, en regardant sa fenêtre comme le faisaient les amoureux d\u2019autrefois, est-ce que je ne la compromettrais pas ?» pensa-t-il tout à coup.« Allons, grand fou, sois raisonnable et sache une fois de plus faire taire ton coeur.» Il se leva et se dirigea aussitôt vers le château.Mais, sentant qu\u2019il ne pourrait pas dormir encore, il voulut se fatiguer un peu, espérant qu\u2019après sa marche, il pourrait trouver quelques heures de sommeil et de repos.Il prit donc par la montagne où le moindre sentier lui était familier, puis il contourna l\u2019usine et s\u2019apprêta à descendre vers le village pour revenir par le chemin perdu, que jadis le pauvre Georges affectionnait.A peine était-il engagé à côté d\u2019un grand mur contre lequel s\u2019abritait un hangar, qu il lui sembla entendre un certain craquement se produire à côté de lui.Bernard n avait pas mené en Amérique la vie d explorateur qui avait été la sienne, sans en garder les habitudes, surtout les méfiances.L oreille au guet, il s\u2019accota dans un endroit où 1 ombre était épaisse, et il attendit.LA VIE COURANTE .Par Georges Clark \u2014 Il est toujours plein d\u2019ambitions dévorantes, mais en attendant il est à la recherche de l\u2019appartement le moins cher à Montréal. Le Samedi, Montréal, 3U août 11)52 21 Au bout de quelques instants, le craquement se renouvela et il lui parut que des pas prudents et assourdis se faisaient entendre à une très faible distance.« C\u2019est quelque veilleur de nuit qui fait sa ronde, » pensa-t-il en même temps.« Il n\u2019y a pas autre chose à supposer.» Néanmoins, il resta aux aguets, silencieux, l\u2019oreille tendue, l\u2019oeil fixé vers l\u2019endroit où, par deux fois, il avait perçu un bruit insolite.Ce bruit maintenant, augmentait, et tout à coup, sous la lumière blanche de la lune, qui venait d\u2019émerger sur les coteaux voisins, la silhouette d\u2019un homme apparut.Bernard la distingua comme il l'eût fait en plein jour.Il porta les deux mains à son coeur, étouffa un cri et balbutia : \u2014 Lui, lui ici, se cachant et rôdant, qu\u2019est-ce que cela veut dire ?Allait-il donc rejoindre Cécile ?La soupçonnait-il ?La surveillait-il ?Cependant, Gaultier ne paraissait pas s'occuper de sa femme.Il sortait de l\u2019usine à trois heures du matin, en se cachant comme un voleur, alors que par ses fonctions la porte lui en était toujours ouverte dans le jour.Il ne paraissait pas venir de la petite maison du bois, et Bernard, qui le suivit silencieusement, adroitement, vit qu\u2019il ne se retournait pas davantage de ce côté.Maintenant, en évitant la lumière blanche de la lune, en marchant vite comme un cambrioleur, en s\u2019abritant derrière chaque buisson, chaque masure, le moindre tronçon de haie, le contremaître se dirigeait vers le village.Il avait abaissé sur ses yeux les bords très larges d\u2019un feutre mou, un grand macfarlane l\u2019enveloppait, cachant sa tournure ; de temps à autre il tournait la tête et, inquiet, il regardait autour de lui.Mais Bernard ne perdait pas un de ses mouvements de vue.\t\u2022 Silencieux, il glissait sur ses pas, plus léger qu\u2019une ombre, prévoyant chacun de ses mouvements, devinant ses pensées, s\u2019aplatissant sur le sol ou se rendant invisible chaque fois qu il le fallait.Ils arrivèrent ainsi tous les deux dans la grande rue du village.Là, aux premières maisons, une porte discrètement s\u2019entrouvrit.La massive silhouette d une femme apparut, tandis que la voix allemande de Lisbeth Klein, bien familière aux oreilles de Bernard, disait : \u2014 Enfin, mon petit ! c\u2019est toi.Ce que j\u2019ai été inquiète! je croyais qu il t\u2019était arrivé quelque chose.\tj La porte se referma, le marquis n en entendit pas davantage.En vain, Bernard attendit-il longtemps et longtemps.Bientôt, dans la maisonnette, maintenant silencieuse, la lumière dont il avait vu le reflet par l\u2019imposte de la rue s\u2019éteignit elle-même.«Ils dorment, pensa Mirecourt.Je ne saurai plus rien, je vais en faire autant.» Il regagna Pierre-Pointue ; son but était atteint: il était fatigué, harassé, ayant besoin de repos, mais horriblement préoccupé de ce qu\u2019il venait de voir et se disant : « Demain matin, je m\u2019arrangerai pour voir ce que le bandit est venu faire ici.» XVIII \u2014 Ils ont rêvé Mais il dormit tard, tandis, au contraire, que Claude, reposé par un bon sommeil, était éveillé longtemps avant le jour.Il sortit, sa première pensée étant pour Jacqueline, et voulant une fois de plus cueillir les fleurs dont elle se parerait sûrement dans cette journée de fête.Comme l\u2019avait fait Bernard lui-même, il contourna le pavillon dans lequel dormaient Brésilia et sa fille.Le pays était enveloppé d\u2019ombre et de silence.La lueur bleuâtre qui avait tant impressionné Bernard persistait.De loin en loin, le reflet d\u2019une maison ou d\u2019un massif faisait des coins plus obscurs ; mais à quelques pas, la lune appuyait ses rayons blancs sur un massif, sur un toit d\u2019ardoise, sur un mur et y mettait ses reflets d\u2019argent lumineux et doux.Maintenant Claude était dans la forêt.Le monde minuscule qui vit dans les buissons, sous les branches, au milieu des bourgeons qui naissent ou des feuilles qui poussent, s\u2019agitait, bruissait, tandis qu\u2019aux approches du jour, l\u2019air s\u2019imprégnait de toutes les odeurs exquises qui parfument les bois.Il marchait toujours.Bientôt, il arriva dans une clairière plus abritée que les autres, et dans laquelle les fleurs sauvages, les sauges, surtout les oeillets, avaient depuis longtemps, aux premiers souffles tièdes d\u2019avril, percé l\u2019herbe des gazons.H ramassa sa moisson embaumée et repartit.Il refit le même chemin en sens inverse.Maintenant le pays s\u2019éveillait.Aux fenêtres des maisonnettes, les lumières tremblaient.De petites fumées légères s\u2019élevaient au-dessus des toits, semblables à de légers duvets que la brise de l\u2019aube dissipait et emportait.En effet, les ménagères vigilantes se levaient et commençaient à préparer le premier repas du matin.Dans les fermes, les coqs se répondaient, et les chiens, pris dans leurs niches par les frissons plus froids qui annonçent le jour, aboyaient à la petite lueur pâle qui, au loin, éclaircissait l\u2019horizon.Claude arriva devant la fenêtre du salon de Jacqueline qu il connaissait bien.Dans ce pays de confiance, les portes, la nuit, sont rarement verrouillées.Il la poussa légèrement, appuya ses lèvres sur les fleurs couvertes de rosée, et les déposa sur le guéridon où Jacqueline devait les trouver, entre son livre favori, et le travail qui occupait ses heures de solitude et de meditation.Puis, il sortit de nouveau.C\u2019était dans la journée que la première livraison de ses obus devait etre faite.Il s\u2019était engagé, en même temps, a donner des formules simples et pratiques pour l\u2019introduction de la mélinite dans le récipient qui la devait contenir.Il avait trouvé un système d\u2019une simplicité merveilleuse, et qui, avec un peu d\u2019attention, supprimait tout danger.Il avait, à mesure de ses expériences et de ses découvertes, consigné le tout dans des cahiers qu\u2019il avait précieusement serrés et enfermés à l\u2019abri de tous regards indiscrets.Dans ces cahiers, il voulait seul, à tête reposée, revoir ses diverses notes, compulser soigneusement ses dernières observations, en résumer ce qui était le plus net, le plus clair.Car, lui, il connaissait non seulement ses formules par le menu, mais il avait en plus le tour de main qui, du premier coup, amenait l\u2019opération à la plus entière perfection.Tout était éteint, muet, comme mort.Seul', le garçon de g^rde, dont le lit provisoire était place à cote du cabinet de Claude, entre son laboratoire et les pièces réservées à la comptabilité, seul faitejen fejjai THÉ SAIAM Mes Recettes Par Mme ROSE LACROIX Directrice de l'Institut Ménager de LA REVUE POPULAIRE et du SAMEDI Soupe aux pommes de terre 5 ou 6 pommes de terre 3 c.à tb.de beurre 4 tasses d\u2019eau bouillante 1 oignon 4 tasses de lait 3 c.à tb.de farine Sel, poivre et persil Cuire les pommes de terre et l\u2019oignon à l\u2019eau bouillante salee.Passer a la passoire fine.Faire un roux avec le beurre et la farine, ajouter le lait, puis les pommes de terre et leur eau de cuisson.Laisser bouillir 10 minutes.Servir avec persil finement haché et croûtons.Saucisses à (\u2019Alsacienne (Compter 1 livre de saucisses pour 4 personnes) 1 livre de saucisses 1 demi-chou 2 oignons moyens ou 1 gros Hacher le chou et les oignons et faire cuire dans 1 eau bouillante salée 10 minutes environ.Egoutter soigneusement et mettre dans un plat de service.Con-server au chaud.D\u2019autre part, faire revenir les saucisses dans une poêle avec 1 c.à tb.de gras, beurre ou saindoux.Quand les saucisses ont bien dorees, les disposer sur le chou.Verser le gras qui reste dans la poêle sur les saucisses.Servir avec pommes de terre bouillies.Blanc-manger au sucre à la crème 2 tasses de lait\tVé de tasse de sucre 4 c.à tb.rases d\u2019amidon de maïs (cornstarch) Bien mêler le sucre à l\u2019amidon et délayer avec le lait froid.Mettre cuire à feu doux d\u2019abord et brasser presque continuellement jusqu à épaississement.Laisser jeter quelques bouillons.Faire prendre dans des moules individuels ou des tasses.Démouler et servir avec sucre à la crème.Sucre à la crème i/2 tasse de cassonade\tV2 tasse de sucre % tasse de lait\t1 c à tb.de beurre Le beurre peut être supprimé si l\u2019on emploie de la crème de table au lieu du lait.Cuire à 230° F.1/4 de tasse de mélasse 1/2 tasse de végétaline 2 c.à tb.d\u2019eau 1 c.à thé de vanille Biscuits à la gelée 1 oeuf 14 de tasse de sucre 1/2 c.à thé de bicarbonate de soude 3 à 4 tasses de farine Tamiser le bicarbonate de soude avec 2 tasses de farine.Défaire la végétaline en crème, ajouter le sucre, l\u2019oeuf battu, la mélasse et la vanille.Incorporer la farine tamisée avec le bicarbonate de soude et en ajouter au besoin pour obtenir une pâte qui puisse se rouler très mince.Cuire à 400° F., 4 à 5 minutes environ.Quand les biscuits sont refroidis, les coller 2 à 2 avec de la gelée.Autre méthode : Assécher la pâte et en faire un rouleau de 2 pouces de diamètre.Envelopper dans du papier paraffiné et laisser reposer au froid durant quelques heures.Tailler en rondelles très minces.Cuire à four chaud.Cette méthode permet d\u2019utiliser moins de farine et donne des biscuits plus croquants.Soufflé au fromage 1\tc.à tb.de beurre\t2 c.à tb.de farine 1/3 de tasse de lait\tVs c.à thé de sel, poivre 2 c.à tb.de fromage râpé ou coupé fin 2\tjaunes d\u2019oeufs\t2 blancs d oeufs Préparer une béchamelle, c\u2019est-à-dire fondre le beurre, ajouter la farine, puis le lait.Lorsque la sauce a fait un bouillon, ajouter le fromage, laisser fondre.Joindre les oeufs (jaunes) défaits.Refroidir.Incorporer les blancs montés en neige.Mettre dans un plat à gratin beurré.Cuire V2 heure dans un four de 350° F.Préparer le soufflé pour qu\u2019il puisse être servi dès que la cuisson est terminée ; autrement il tombe. 22 Le Samedi, Montréal, 30 août 1952 caissier ; et j\u2019ai fini par m\u2019endormir, oui, c\u2019est vrai.\u2014 Alors, vous n\u2019avez vu rien de suspect depuis hier soir ?\u2014 Non, patron, sur mon âme.\u2014 Personne ne s\u2019est introduit dans l\u2019usine à votre connaissance ?\u2014 Personne, je vous en donne ma parole.Claude regarda l\u2019individu qui paraissait sincère.Maintenant, entre la fenêtre entrouverte et la porte entrebâillée, l\u2019odeur s\u2019en allait.Peut-être était-ce simplement quelque composition chimique qui laissait derrière elle cette bizarre et pénétrante émanation.Dans tous les cas, Grégoire Girette, le veilleur de nuit, ne mentait pas.Il n\u2019avait rien vu, rien entendu.Si quelqu\u2019un, depuis la veille, était entré dans le bureau de Claude, cela avait été à l\u2019insu du gardien, en déjouant sa surveillance et probablement pendant son sommeil.Il était inutile d\u2019insister, Girette ne savait rien.\u2014 Bien, dit Claude, laissez-moi.Il s\u2019approcha de son bureau, très grand, très large, néanmoins dans un ordre parfait, et au milieu duquel se voyait étalé un buvard ouvert.Là, le bizarre parfum que commençait à chasser de la pièce l\u2019air frais du matin, persistait et de nouveau frappa Claude.On eût juré maintenant que c\u2019était l\u2019endroit même où d\u2019ordinaire écrivait et travaillait le jeune directeur qui en était imprégné.\u2014 Mais je n\u2019ai pas rêvé, murmura-t-il, je n\u2019ai pas rêvé.Voilà cette infection qui recommence ici.Ses sourcils se froncèrent de nouveau ; une inquiétude plus poignante, plus profonde couvrait ses traits intelligents et décidés.Mais Claude n\u2019était pas là pour perdre son temps en réflexions inutiles.H ouvrit une grande armoire qui paraissait solide, accotée ainsi qu\u2019elle l\u2019était entre l\u2019immense coffre-fort et le mur.Il y puisa des liasses de papiers, de documents, de notes de toutes sortes et les porta sur son bureau.Puis il s\u2019assit, les feuilleta et les compulsa.Maintenant, il copiait rapidement certaines notes ; il faisait des croquis, se servant à peine de la règle linéaire tant sa main était sûre, et son coup d\u2019oeil parfait.Mais, tout à coup, en prenant un dernier cahier, celui dans lequel était ré- LES MEDECINS NOUS DISENT Suite de la page S ] cet employé, par conséquent, devait être à son poste.Claude, un peu étonné de ne pas l\u2019avoir vu accourir au bruit qu\u2019il avait fait en entrant, regarda.Ne serait-il pas là, par hasard, et avait-il déserté sa surveillance ?Le lit n\u2019était pas défait et l\u2019employé ne se voyait nulle part.Mais, bientôt, un ronflement sonore vint prévenir le jeune homme que le veilleur de nuit n\u2019était pas loin.En effet, affalé sur le fauteuil du caissier, il dormait à poings fermés, le corps jeté en travers sur le bureau.Claude ne l\u2019éveilla pas.La veille au soir, il y avait eu une retraite aux flambeaux ; la petite musique de Pierre-Pointue avait promené son enthousiasme et ses bannières dans le pays tout entier.Quelques libations, peut-être trop prolongées, expliquaient chez le gardien de nuit le sommeil pas du tout réglementaire auquel le directeur le trouvait en proie.Mais Claude, par nature, était indulgent et bon.Le grand bonheur, dont ce jour-là son coeur était plein, augmentait encore cette indulgence, avivait cette bonté.H laissa dormir l\u2019individu et entra dans son cabinet.Les premières lueurs du matin pénétraient par les grandes fenêtres dont les persiennes n\u2019étaient jamais closes.Mais, dès l\u2019entrée, le jeune directeur fronça violemment les sourcils.En effet, un parfum subtil, indéfinissable, remplissait la pièce.Il fit quelques pas.\u2014 C\u2019est singulier, murmura-t-il, cette odeur ne m\u2019est pas inconnue.« Qui donc a pénétré ici ?La veille au soir, Bernard était resté dans ce même bureau longtemps en conférence avec son ami d\u2019enfance.Mais Mirecourt avait horreur de toutes ces odeurs frelatées, dont le musc est toujours la base, et il n'en portait jamais sur hii.Donc, ce parfum à la fois fin et violent, dont Claude saisissait maintenant les subtiles émanations, ce n\u2019était pas son ami qui l\u2019avait laissé dans le cabinet.Mais qui, alors ?Le jeune directeur fit deux ou trois pas, ouvrit la porte qui communiquait dans le bureau du caissier et violemment, il appela : \u2014 Grégoire.Le veilleur de nuit se réveilla en sursaut, et se frotta les yeux.Mais Claude ayant répété son appel, il se trouva debout, ahuri et épouvanté.\u2014\u2022 Monsieur le directeur, balbutia-t-il, en se dirigeant vers le bureau du jeune homme.« Eh bien ! c\u2019est un beau coup que j\u2019ai fait là, de m'endormir comme un imbécile.«Voilà, patron! voilà.dit-il, plus haut.\u2014 Qui est entré ici depuis hier au soir ?demanda Claude avec le ton énergique et net qu\u2019il employait dans les grandes circonstances et auquel nul ne résistait jamais d\u2019ordinaire.\u2014 Personne, patron, répondit l\u2019autre, personne je vous en donne ma parole sacrée.\u2014 Comment le savez-vous, puisque vous vous êtes endormi ?\u2014 Oh ! il n\u2019y a pas longtemps, j'ai entendu sonner toutes les heures à l\u2019horloge de l\u2019usine, même comme j\u2019étais un peu fatigué, rapport à la retraite que j\u2019ai suivie derrière la musique, hier au soir, je n\u2019ai pas voulu me coucher en prenant ma garde.Monsieur le directeur peut voir que le pliant n\u2019est même pas défait.«Toute la nuit j\u2019ai fait les cent pas dans tous les bâtiments, j\u2019ai inspecté le moindre recoin.Il n\u2019y a pas plus d\u2019une heure que je suis remonté ici et que je me suis assis dans le bureau du que leur interdit la lourdeur ou le manque de souffle.L\u2019obésité peut également provenir d\u2019une malformation osseuse qui limite les mouvements et donne naissance à une ankylosé qui ne tarde pas à se communiquer à tout le corps.Dans ce cas, on a grand-peine à la traiter car la cause est souvent permanente.On doit se méfier de toutes les maladies qui sont presque inhérentes à l\u2019obésité : maladies de coeur, des reins, diabète, sans parler de l\u2019essoufflement qui devient parfois douloureux.Le risque de mortalité précoce, est tel, chez les gens de cette catégorie que les compagnies se refusent souvent à prendre pour eux, un contrat sur la vie aux conditions normales.Une autre forme d\u2019embonpoint excessif est parfois due à un mauvais fonctionnement des glandes à sécrétion interne.Peut-on retrouver l'équilibre ?Certainement, mais dans l\u2019un et l\u2019autre cas, le patient doit s\u2019astreindre à un régime qui lui est souvent pénible.A tous l\u2019exercice physique doit être profitable s\u2019il est intelligemment pratiqué ; il excite l\u2019appétit ou élimine les graisses.Pour reprendre du poids On ne peut compter sur un miracle.Le premier point indispensable est de s\u2019organiser une vie régulière, de prendre le sommeil nécessaire, de supprimer les collations si elles risquent d\u2019ôter de l\u2019appétit aux heures normales des repas, de limiter raisonnablement l\u2019exercice physique, se reposer un peu après les repas pris lentement, afin que l'estomac en tire la nutrition maximum.Enfin, s\u2019organiser un régime alimentaire riche en vitamines.Au cas où la maigreur persisterait et entraînerait la fatigue, consulter un médecin.Pour retrouver la ligne Combien en a-t-on vu laisser leur santé dans l\u2019observance de prétendus traitements amaigrissants qui ne peuvent que contenir des ingrédients nocifs.Les jeunes filles, surtout, doivent s\u2019en méfier.Le plus sûr moyen reste de subir, premièrement, un examen médical complet, avant d\u2019entreprendre tout traitement.On doit savoir la cau- se de l\u2019embonpoint et s\u2019assurer si l\u2019obésité n\u2019est pas accompagnée de quelque autre maladie grave, tel que, le diabète, maladie du coeur ou des reins, insuffisance glandulaire.Il faut ensuite déterminer combien de livres il convient de perdre et ne pas se laisser séduire par un programme trop sévère, une livre et demie par semaine reste la moyenne la plus sûre ; établir un régime qui favorise cet amaigrissement sans compromettre l\u2019état général de santé ; manger à des heures régulières et ne pas toujours grignoter quelque chose ; faire des exercices adaptés à son propre cas.Tous ceux qui suivent un traitement, de quelque ordre qu\u2019il soit, doivent se peser régulièrement, afin de juger des résultats.Et vous qui êtes en bonne santé, ne badinez pas avec la balance, elle pourra vous être bien utile ne serait-ce que pour constater que tout va bien.Le poids est un baromètre précieux car, il vous est facile d\u2019y recourir par vous-même.Au fond, s\u2019il faut conclure, constatons plutôt que tous les conseils que nous vous donnons, ne sont que naturels.Ils tendent, le plus souvent, à compenser les inconvénients d\u2019une vie déséquilibrée, dans laquelle le travail cérébral, le travail physique et l\u2019alimentation ne sont pas harmonieusement répartis.Chacun de vous, j\u2019en suis sûr, s\u2019il fait appel à son bon sens et étudie quelque peu son cas, ne manquera pas de trouver, par lui-même, le traitement qui lui convient \u2014 s\u2019il n\u2019est pas trop tard.L\u2019homme, autrefois, disposait d\u2019un instinct qui lui permettait de choisir la nourriture dont il avait besoin, avec autant de discernement que le chien le fait, chaque jour devant nous.L\u2019appel à la raison, nous a bien souvent induits en erreur en émoussant cet instinct.Faisons-le revivre et tout ira mieux.R.LAURENT ( Les tableaux et nombres de conseils ici donnés, ont été établis par les spécialistes de la Métropolitan Life Assurance Co.) sumé, en des notes explicites et claires, l\u2019ensemble de toute la découverte, Claude devint plus blanc qu\u2019un linceul.Au milieu du cahier, à un endroit qui s\u2019ouvrit de lui-même, il y avait une tache d\u2019encre ; on avait essayé de l\u2019enlever avec un papier buvard, puis de la gratter, de faire disparaître toute trace de l\u2019accident : mais on n\u2019y était pas parvenu.La tache se voyait toujours et, chose plus grave, elle était toute fraîche.« Oh ! oh ! pensa le jeune homme, voici qui me paraît particulièrement grave.» Un nom, immédiatement et malgré lui, se présenta à son esprit, flamba devant ses yeux.Qui donc était capable de lui voler sa découverte ?Qui donc, en étant capable comme gredinerie, avait matériellement le pouvoir de le faire comme intelligence et aptitudes spéciales ?.Gaultier, Gaultier seul.Mais Gaultier n\u2019était pas dans le pays.Brésilia et Cécile d\u2019abord, Bernard ensuite lui avaient affirmé, la veille, qu\u2019il était resté à Paris.Cécile avait dit : \u2014 Retenu par des complications à la maison de commerce.Bernard avait ajouté : \u2014 C\u2019est un prétexte.Il est trop envieux, trop bas, trop jaloux, pour vouloir assister à ton triomphe.Claude prit dans son tiroir spécial une lettre reçue la veille au matin.Elle était de Gaultier.Dans cette lettre, il y avait les lignes suivantes : « A mon grand regret, monsieur le directeur et cher patron, votre plus fidèle employé, votre humble ami, à coup sûr le plus attaché, le plus dévoué de tous ceux qui vous entourent, ne pourra venir, en ce grand jour, se réjouir de votre réussite et de votre triomphe.« Après-demain, au matin, un de nos clients les plus considérables de l\u2019Amérique du Sud, Esteban Pereira, m\u2019a donné rendez-vous pour ses achats annuels.« Il importe que je le reçoive.Un retard dans notre entrevue serait des plus préjudiciables à nos communs intérêts.M.Esteban Pereira serait, à coup sûr, harponné par un de nos concurrents, et adieu le demi-million d'affaires que nous faisons avec lui ; car vous n ignorez pas que dans sa maison, des plus considérables, est concentré tout le commerce concernant notre partie, que fait l\u2019Amérique du Sud.«Je ne serai libre que tard dans la soirée, mais dès que je le pourrai, je m échapperai pour aller me joindre à ceux qui vous aiment, et vous dire une fois de plus, monsieur le directeur et cher patron, la joie sincère qui emplit mon coeur à votre endroit ».La lettre continuait longtemps ainsi ; Claude la posa ouverte sur le bureau et se mit à réfléchir.Albert mentait-il ?Disait-il vrai ?Avait-il eu véritablement un rendez-vous avec M.Esteban Pereira ?Ou bien, n'était-ce là qu\u2019un prétexte trouvé pour ne pas assister à la gloire de Claude ?S\u2019il était sincère, il n\u2019avait pu se trouver à Pierre-Pointue dans la nuit qui venait de s\u2019écouler.Dans tous les cas, le premier courrier, en arrivant, allait fixer Claude là-dessus.Ou bien Esteban Pereira avait fait une commande.Ou bien Albert dirait qu\u2019ils n\u2019avaient pu s\u2019entendre tous les deux, et que 1 affaire était manquée.Plein d anxiété, le coeur battant à etouffer, le jeune directeur, néanmoins. Le Samedi, Montréal, 30 août 1952 23 résolut d'attendre, sans rien préjuger.Après le courrier seulement, il prendrait une résolution.En effet, ou il avait rêvé.Ou bien il allait se trouver en présence d\u2019un danger réel, et ce danger était Gaultier.Mais Claude était un homme.Il sut se contenir, attendre, vaquer à ses occupations comme si rien ne s'était passé.Il avait mis en ordre ses notes et ses papiers.Il alla dans les salles fermées à clef, où étaient rangés les divers obus, ceux qu\u2019il avait remplis lui-même, ceux qui étaient prêts à recevoir la nouvelle mélinite, à la force cent fois plus explosible que l\u2019autre.Ces derniers, Claude devait les compléter lui-même, en présence de la commission, avec les appareils spéciaux qui étaient encore une de ses inventions.Après cela, on les porterait sur un champ de tir que Claude avait fait organiser à ses frais, dans un endroit désert.Un canon rayé lui avait été fourni par le ministère de la Guerre et là, comme il l\u2019avait fait à Vincennes, lors de ses premières expériences, il montrerait l\u2019incomparable supériorité de sa découverte.Il fit sa tournée minutieusement, soigneusement, comme il faisait toutes choses, avec ce clairvoyant coup d\u2019oeil du maître qui n\u2019appartenait qu\u2019à lui, et qui se rendait compte du plus petit détail, comme de la question la plus importante.Tout était à sa place.Tout, depuis le champ de tir soigneusement établi, avec les buts placés à la distance et à la hauteur réglementaires, jusqu\u2019à la prolonge d\u2019artillerie qui devait, avec les précautions spéciales, transporter les obus de l\u2019usine à l'emplacement sur lequel on allait les expérimenter.Quand il revint dans son cabinet, après sa tournée, le premier courrier du matin était déjà déposé sur le coin de son bureau, l\u2019attendant.Au milieu du formidable entassement de lettres, de circulaires, de prospec* tus ou de journaux, Claude fébrilement chercha.Enfin, l'écriture correcte de Gaultier happa ses regards.Il s\u2019empara de l\u2019enveloppe, timbrée d\u2019un en-tête sur lequel on voyait : Jean-Jacques Monastier, Pierre-Pointue (Vosges) Avant de l'ouvrir, il examina le timbre de départ, il portait : « Paris, huitième distribution ».Une pensée rapide naquit dans le cerveau du jeune directeur : « Gaultier n\u2019avait-il pas pu, la veille au soir, alors même qu\u2019il eût été absent de Paris, donner des ordres pour que cette lettre fût mise à la poste par un de ses employés ?» Mais ce fut plus prompt qu\u2019un éclair.Gaultier, en effet, était bien prudent, et en qui donc eût-il eu assez de confiance pour accomplir un acte qui, en cas d\u2019enquête, se fût tourné contre lui ?Claude, pour faire ce raisonnement, ignorait et Arnold et le rôle qu\u2019il jouait dans la vie de son fils adoptif.Il ouvrit la lettre et lut ceci : « M.Esteban Pereira a été exact ce matin au rendez-vous qu\u2019il m\u2019avait donné, mais j\u2019ai eu affaire à forte partie.Nos concurrents l\u2019avaient travaillé pour avoir sa clientèle, si importante, lui avaient consenti des rabais extravagants.« J\u2019ai dû discuter toute la matinée, pour lui prouver que l\u2019incomparable supériorité de nos produits justifiait la légère hausse de prix qu\u2019il ne voulait pas admettre.«Voyant que j\u2019allais peut-être échouer avec ce client si important, il m\u2019est venu une idée qui, je crois, nous attachera la maison Pereira pour toujours.« Cette idée, la voici : « J\u2019ai demandé à notre Américain un second rendez-vous pour trois heures de l\u2019après-midi.« Il Ta accepté, mais toutefois est arrivé avec un énorme retard.« J\u2019étais très inquiet, pensant qu\u2019il nous avait échappé, et que ma malheureuse idée ne verrait pas le jour.«Je me trompais.« A quatre heures et demie, il est arrivé plus hostile, plus buté que jamais.« Alors, j\u2019ai immédiatement mis à exécution ce que j\u2019avais combiné.« C\u2019était ceci : « Je m\u2019étais procuré divers ustensiles de ménage sortant de chez les concurrents qui avaient travaillé M.Esteban Pereira, et portant bien ostensiblement et leurs noms et leur marque de fabrique.« Je lui ai fait constater et reconnaître la chose.Puis, j\u2019ai pris plusieurs de nos ustensiles à nous, bien exactement pareils comme dimensions, poids et force.« J\u2019ai soumis les uns et les autres à une température extrêmement élevée, mais égale pour tous les modèles.« Les ustensiles de nos concurrents se sont troués, gondolés, fondus.« Les nôtres, au contraire, sont restés aussi intacts et aussi beaux que s\u2019ils n\u2019avaient pas servi.« L\u2019expérience était concluante, et Esteban était émerveillé.« Malgré cela, j\u2019ai consenti à la minime réduction qu\u2019il me demandait ; mais c\u2019est terminé, nous aurons en lui un client fidèle qui ne nous abandonnera jamais.« Malheureusement, ma démonstration a fini, il y a quelques instants seulement.« J\u2019avais mis dans mes projets de prendre le train ce soir pour aller vous féliciter et me trouver auprès de vous demain.« L'heure du dernier express était passée quand M.Pereira a quitté notre maison.De plus, comme il doit revenir demain matin pour la commande qu\u2019il n\u2019a pu faire aujourd\u2019hui, il ne serait peut-être pas prudent de ma part de ne pas m\u2019occuper personnellement d\u2019une affaire aussi importante.« Donc, monsieur le directeur et cher patron, je vous demande de m\u2019excuser si je manque à votre fête de famille.« Le courrier de demain, en vous apportant le double de Tordre donné par M.Pereira, sera pour moi, je l\u2019espère, une raison qui m\u2019obtiendra votre indulgence ».Suivent deux pages de protestations et de voeux.Claude n\u2019y croyait pas.Mais quel poids de moins dans son cerveau et dans son coeur ! Gaultier, matériellement, n\u2019avait pu venir à Pierre-Pointue.La tache d\u2019encre que Claude avait trouvée au milieu de ses notes, il fallait en chercher la cause ailleurs.Quelque employé était peut-être entré dans le bureau pendant me absence du jeune directeur, alors que le cahier était étalé sur le buvard ; par maladresse, en cherchant quelque chose, il avait probablement fait rouler la plume humide sur le papier.Puis, pour ne pas être grondé, il avait voulu réparer sa sottise et l\u2019avait aggravée.C\u2019était possible.Après tout, les choses les plus simples ne sont-elles pas celles qui, quelquefois, montent le plus l\u2019imagination, paraissent les plus invraisemblables, les plus compliquées ?Quant au parfum, ne pouvait-il venir, en effet, de quelque combinaison chimi- que faite de divers agents se rencontrant par hasard ?Mais Claude ne resta pas longtemps à méditer ces choses.Les heures passaient.Maintenant qu\u2019il croyait être sûr de l\u2019impossibilité où avait été Gaultier de venir, il ne se préoccupait plus de ce qui l\u2019avait d\u2019abord si profondément impressionné et frappé.Le pays s\u2019éveillait.De tous les côtés, on entendait des cris de joie, des coups de fusil ; le bourdonnement fou de la population en marche, heureuse et enthousiaste, éclatait de toutes parts.Le train arrivait à neuf heures.Des landaus, à la gare de Vineuil, devaient recevoir la commission.Claude/ qui voulait se trouver à ce débarquement, n\u2019avait que le temps d\u2019aller au château se préparer pour partir.C\u2019est ce qu\u2019il fit, l\u2019esprit libre, tranquille, rasséréné.Au château, il trouva Jacqueline déjà vêtue de blanc, fière, rayonnante, heureuse.\u2014 Père est on ne peut mieux disposé, ait-elle.« Il a, ce matin, sa figure des meilleurs jours.« Au baiser qu\u2019il m\u2019a donné, à la façon dont il m\u2019a serrée dans ses bras, j\u2019ai compris son bonheur.«Attends-toi, mon Claude, à quelque grande surprise de sa part.Et surtout que ta reconnaissance pour Bernard augmente, car c\u2019est certainement lui, qui en causant tard, hier soir, avec père, a achevé l\u2019oeuvre que ton intelligence, ton travail, tes efforts et ta volonté avaient mise en si bon chemin.Le jeune directeur suffoquait d\u2019émotion.Il regardait sa fiancée avec les yeux d\u2019extase et d\u2019amour qu\u2019il avait toujours eus peur elle.Cette surprise de Jean-Jacques, il la devinait.Fidèle à son serment, comme l\u2019avaient été ceux de sa race et de sa famille, le dernier des Monastier allait tenir sa promesse et faire le bonheur de Claude.Simplement, avec le respect infini qui était en lui pour sa petite amie d\u2019enfance, le jeune directeur appuya ses lèvres sur les mains de Jacqueline.\u2014 Ma vie est à toi, dit-il.« Dans le bonheur comme dans la tristesse, dans la paix comme dans la lutte, mon coeur t\u2019appartiendra jusqu\u2019à mon dernier souffle.Jacqueline avait fermé les yeux.Ces paroles, qu\u2019elle savait si sincères, la pénétraient, lui donnaient un recueillement profond, une extase de bonheur incomparable.\u2014 Je pense de même, dit-elle, rien ne nous détachera jamais l\u2019un de l\u2019autre.Plus bas, elle ajouta : \u2014 Ah ! pourquoi, pourquoi ?celle qui a mis ce sentiment béni dans nos coeurs, qui a préparé et voulu notre amour, pourquoi notre mère Angèle, notre sainte et bien-aimée providence, n\u2019est-elle pas là pour voir son oeuvre en ce jour d\u2019élection et de triomphe ?.De son côté, Bernard, à son réveil s\u2019était senti horriblement impressionné par la rencontre fortuite qu\u2019il avait faite de Gaultier la nuit précédente.Maintenant, il se reprochait amèrement de ne pas être resté en faction à la porte de Lisbeth Klein.Est-ce qu\u2019il n\u2019aurait pas dû s\u2019asseoir sur une borne et demeurer là, invisible et muet jusqu\u2019au jour s\u2019il avait fallu ?.Mais non, en voyant s\u2019éteindre la petite lumière aperçue à travers l\u2019imposte, il avait pensé que rien ne bougerait plus dans la maisonnette jusqu\u2019à l\u2019aurore, et il était parti.A ce moment du réveil, alors que les pensées ont une lucidité très grande, un Fortifiez votre Santé : Les Pilules MYRRIAM DUBREUIL Toutes les femmes doivent être \u2022n santé, belles et vigoureuses.D'emploi facile, économique et à la portée de toutes : Les Pilules Myrriam Dubreuil sont un reconstituant et un excellent tonique qui améliore le sang, stimule l\u2019appétit, soulage l\u2019épuisement nerveux quand celui-ci s\u2019insinue dans l\u2019organisme et, conséquemment, aide à reprendre le poids perdu.Les Pilules Myr-riam Dubreuil constituent un produit médicinal qui produit d\u2019heureux résultats.Sa formule j I pharmaceutique a été établie, il y a de nombreuses années, après des recherches sérieuses, par des chimistes qualifiés.vous adresseront gratis notre brochure illustrée, avec échantillon.CORRESPONDANCE CONFIDENTIELLE : Les jours de bureau sont : Jeedl et Samedi, de 2 h.à 5 h.p.m.REMPLISSEZ CE COUPON Ipour le Canada seulementI Mme MYRRIAM DUBREUIL 6880, rue Bordeaux Case Postale, 2353, Place d\u2019Armes, Montréal, P.Q.Ci-Inclus 5 cents pour échantillon des Pilules Myrriam Dubreuil avec brochure ÜWOffi! 3oûMO, mi» ™ Provlnc# 24 instinct sûr lui disait qu\u2019il avait commis une faute.H sauta par terre, vaqua aux soins de sa toilette, et, peu à peu, ses idées se modifièrent.L\u2019impression première non seulement s\u2019effaça, mais il en vint à se demander si, par hasard, il n\u2019avait pas rêvé ; si cette silhouette entrevue si rapidement la nuit passée, aux rayons de la lune, était bien celle de Gaultier.Il était à ce moment-là horriblement énervé, et par la longue conversation qu\u2019il avait eue avec Jean-Jacques, et par la station qu\u2019il avait faite devant la fenêtre de Cécile endormie.Toutes ces choses spéciales ne l\u2019a-vaient-elles pas mis dans un état particulier, où le fantôme maudit qui hantait sa pensée s\u2019était présenté à lui comme une sorte d\u2019hallucination ?.Il y avait peut-être cependant une façon pour Bernard de savoir s\u2019il n\u2019avait pas rêvé.C\u2019était, d\u2019abord, d\u2019interroger Lisbeth Klein, de lui offrir pour parler une somme considérable ; on la disait cupide, elle ne résisterait pas à la proposition de Mirecourt.Puis, après l\u2019Allemande, il y avait encore Brésilia et sa fille.Etait-il possible que Gaultier fût venu dans le pays sans faire une apparition quelconque à la petite maison du bois ?Ce fut par l\u2019Allemande qu\u2019il résolut de commencer.La maisonnette située au bout du village était ouverte.Elle se distinguait des petites habitations voisines par un pavoisement plus considérable, plus soigné.Non seulement les drapeaux montaient jusqu\u2019au faîte du toit, mais des guirlandes de sapin et de buis la contournaient depuis le bas jusqu\u2019au sommet.La porte, les fenêtres du rez-de-chaussée étaient ouvertes et, dans l\u2019intérieur tout reluisant de propreté, on voyait les pots de fleurs précieusement consei-vés pendant l\u2019hiver, et pour lesquels, comme en Suisse et en Allemagne, Lisbeth éprouvait une passion jalouse.Eile aperçut Bernard, qui était au plein jour de la rue, avant que celui-ci n\u2019ait pu lui-même la distinguer au fond de la pièce relativement obscure.\u2014 Tiens, cria-t-elle, en s\u2019approchant avec une exubérance de gestes qui lui était familière : « Monsieur le marquis.En voilà une joie de vous voir parmi nous.Bernard, sans façon, et comme s\u2019il n\u2019avait pas prémédité sa visite, entra simplement, ainsi qu\u2019il le faisait du reste dans toutes les maisons du pays.\u2014 Vous ne saviez pas que j\u2019étais arrivé, ma bonne Lisbeth ?demanda-t-il.\u2014 Comment l\u2019aurais-je su, et qui est-ce qui mirait pu me le dire ?« Je n\u2019ai pas de grandes relations avec le château, vous savez bien, monsieur le marquis.\u2014 Je pensais que Gaultier vous l\u2019aurait appris, dit Mirecourt, à brûle-pourpoint.La vieille ouvrit démesurément ses petits yeux roublards et bleuâtres, auxquels elle arriva à donner une expression de naïveté et d\u2019étonnement absolument vraisemblable.\u2014 Gaultier ?répéta-t-elle, mais il aurait fallu le voir, et vous savez, monsieur le marquis, il n\u2019est pas comme vous, celui-là : il est devenu très fier, depuis qu\u2019il est riche.On voit bien qu\u2019il n\u2019a plus besoin de la pauvre vieille Lisbeth.« Il ne vient pas souvent dans le pays, mais quand il y vient, il ne connaît plus le petit chemin de la maison où cependant, jadis, il a été tant soigné, tant aimé.C\u2019était dit avec l\u2019animosité amère qui paraissait admirablement vraie et sincère, si vraie que Bernard, cependant sceptique et peu facile à mettre dedans, se sentit fortement ébranlé.\u2014 Mais, cependant, Gaultier est venu hier soir, fit-il, voulant, malgré son doute, aller jusqu\u2019au bout de son enquête.\u2014 A Pierre-Pointue ?fit l\u2019Allemande, en interrogeant à son tour.\u2014 Non, pas à Pierre-Pointue, mais ici.\u2014 Ici, mein Gott ! celui qui vous l\u2019a dit s\u2019est moqué de vous, malgré le respect que je vous dois, monsieur le marquis.« Gaultier chez moi ?Eh bien ! il y a longtemps que cette porte ne l\u2019a pas vu passer.\u2014 Personne ne me l\u2019a dit, Lisbeth.\u2014 Alors, ce que vous faites là, monsieur le marquis, est très mal ; vous savez que la vieille a du chagrin rapport à l\u2019ingratitude de celui qu\u2019elle a élevé, et vous lui retournez le couteau dans la plaie.Cela ne vous ressemble pas.\u2014 Lisbeth, j\u2019ai vu Gaultier entrer chez vous, cette nuit -\u2014Chez moi, Vierge sainte! vous l\u2019avez rêvé, monsieur le marquis.Le ton était si naturel, la physionomie si simple et si vraisemblable, que Bernard, en effet, se crut le jouet de quelque hallucination.Cependant, il avait bien vu la porte s\u2019ouvrir, il avait bien entendu la vieille Allemande parler à celui qui entrait Elle alla elle-même au-devant de sa pensée, en lui disant : .\u2014 Ah ! je vois ce que c\u2019est ; depuis quelque temps, je loge, en effet, un de mes parents, que je soigne comme je l\u2019ai fait jadis pour Gaultier.« Il est rentré tard cette nuit, rapport à la retraite aux flambeaux.«Je l\u2019attendais très inquiète et, lorsqu\u2019il est arrivé, je ne me suis pas gênée pour lui dire que je n\u2019admettais pas cette conduite-là.Mirecourt n\u2019insista pas, il était à peu près convaincu.Cependant, il ajouta sérieusement, gravement : .\u2014.Ecoutez, Lisbeth, j\u2019ai un intérêt à savoir si Albert est venu dans le pays cette nuit.Vous seule pouvez me donner le renseignement.Mais je ne vous le demande pas pour rien.Dites-moi ce que je veux connaître, et je vous donne mille francs.Les yeux de la vieille s\u2019allumèrent de convoitise, mais elle ne répondit pas.Bernard vit son hésitation.\u2014 Mettons vingt mille, et parlez.Elle leva ses grosses mains en l\u2019air.\u2014 Vingt mille francs, dit-elle dans son baragouin.Et vous croyez, mein Gott, que pour cette fortune quelque ohose au monde m\u2019empêcherait de parler ?.« Mais je ne peux pas mentir, n\u2019est-ce pas ?même pour acheter la paix de mes vieux jours.Non, non, monsieur le marquis, malheureusement, je n\u2019ai pas vu Gaultier.Ah ! pourquoi, pourquoi, n\u2019est-il pas venu ?.ILIU POURQUOI UN SENS EN FRANCE, ET UN AUTRE AU CANADA Pourquoi le même mot français aurait-il deux sens, l\u2019un en France et l\u2019autre ici ?Pourquoi un sens en deçà et un autre au-delà des mers ?N\u2019est-ce pas là diminuer les forces de notre langue et l\u2019effriter comme le temps fait des quartiers de rocher ?Ne dépassons-nous pas nos droits en donnant ici aux mots un sens qu\u2019ils n\u2019ont pas ou qu\u2019ils n\u2019ont plus, et en faisant ainsi des doublets inutiles d\u2019autres mots qui existent déjà par ailleurs ?Avons-nous le droit d\u2019exercer envers nos mots le rôle du brigand Procuste ?La mythologie nous apprend qu\u2019il y avait dans l\u2019Attique un brigand célèbre qui, non content de dépouiller les voyageurs, les faisait étendre sur un lit de fer, leur coupait les pieds lorsqu\u2019ils dépassaient le lit, ou les faisait tirer au moyen de cordages jusqu\u2019à ce qu\u2019ils en atteignent la longueur.C\u2019était le brigand Procuste, et son nom est resté dans l\u2019histoire.N\u2019est-ce pas jouer un rôle semblable à celui de ce brigand que de prendre les mots français consacrés par l\u2019usage en France, de leur donner ici un sens qu\u2019ils n\u2019ont pas ou qu\u2019ils n\u2019ont plus, de leur imposer une signification vieillie, d\u2019en étirer ou d\u2019en rétrécir le sens et de les revêtir de la camisole de force les obligeant à subir le sens qu\u2019on exige d\u2019eux ?Ne faisons pas des mots français des esclaves ; la signification qu\u2019ils ont dans leur pays d\u2019origine, qu\u2019ils l\u2019emportent et la gardent ici.Autrement, c\u2019est la confusion et l\u2019obscurité du discours qui par là cesse d\u2019être français, car, comme le dit le poète, tout ce qui n\u2019est pas clair n\u2019est pas français.L'anglais et le calembour L\u2019anglais est du français mal prononcé, disait un humoriste.Si l\u2019anglais est mal prononcé, il se rapproche du français et prête le flanc aux équivoques.Un hammerless est un fusil sans chien.\u2014 Si je n\u2019ai pas le merle, j\u2019ai au moins la merîesse, disait un chasseur résigné, revenant bredouille de la chasse.\u2014Ce même chasseur, dans une meublerie, demande un jour une chaise berçante.\u2014 Aimeriez-vous un rocking chair ?interroge le meublier.\u2014 J\u2019aimerais bien un rocking, mais pas cher, répond l\u2019autre.Les bogheis à roues caoutchoutés s\u2019appellent rubber tire.On donne au tout le nom de la partie.\u2014 Je viens d\u2019acheter une belle petite robitaille à mon garçon, disait un jour un brave fermier.L\u2019été dernier, à Saint-Hyacinthe, je demande à un citoyen où demeure M.Dubois.\u2014 M.Dubois, me répond-il, demeure près de la Palestine.Les bras me tombèrent.Je croyais connaître Saint-Hyacinthe.Je savais qu\u2019il y avait un marché à foin, mais je n\u2019avais jamais entendu parler de quartier juif.\u2014 Où est la Palestine ?demandai-je.\u2014 Là-bas, où que ça boucane.Je compris : il s\u2019agissait d\u2019une pelle à steam.Le Samedi, Montreal, 30 août 1952 Les derniers doutes s\u2019évanouirent dans l\u2019esprit de Mirecourt.Décidément, il avait pris la silhouette du neveu de Lisbeth pour celle de l\u2019homme qu\u2019il haïssait mortellement, et qui, peut-être, pour cette raison, hantait constamment sa pensée.Il quitta l\u2019Allemande.S\u2019il avait vu l\u2019éclair des yeux de la vieille quand il s\u2019éloigna, il eût peut-être pensé autrement.Plus tranquille, il se dirigea vers la maison du bois, voulant confier a Dominique le reste des préoccupations qui, néanmoins, le troublaient encore.Mais, dès qu\u2019il eut achevé sa confidence, Brésilia, carrément, lui dit : \u2014 Tu t\u2019es trompé, Lauris ; ce n\u2019est pas mon gredin de gendre que tu as vu ici cette nuit, et pour cause.L\u2019ancien prospecteur attira à lui une dépêche, déposée ouverte sur un coin de son bureau, et la tendit à Bernard.H le était adressée à Cécile et contenait ces mots : « De Paris à Landrouzies, neuf heures du matin.« Madame Albert Gaultier, « Impossible me rendre à Pierre-Pointue comme le désirais.«Acheteur important resté à la maison de commerce jusqu\u2019à huit heures, revient demain matin à neuf heures pour très grosse commande.Regrets et tendresse ».\u2014 Crois-tu que tout cela soit vrai ?demanda Bernard à son ami.\u2014 Avec un semblable individu, on ne sait jamais, répondit l\u2019autre.« Cependant, il connaît notre caractère ; toi surtout, il te craint eomme le feu ; il n\u2019oserait pas mettre en avant une chose, dont la plus simple enquête démontrerait la fausseté.«Du reste, Claude ou M.Monastier doit avoir trace de cette affaire-là dans son courrier.\u2014 J'aimerais mieux ne pas parler à Claude de mon angoisse, dit Bernard, surtout aujourd\u2019hui.A quoi bon lui empoisonner sa joie ?\u2014 Tu as raison, le vrai bonheur est si rare ! « Mais M.Monastier sera peut-être au courant.\u2014 Je vais essayer de voir mon onde et de le faire adroitement parler sans me livrer ; car, à part toi, mon cher vieux, je ne veux confier mes pensées à personne.Et Bernard, en effet, sans se laisser aller à la tentation de voir Cécile et de serrer sa petite main, se dirigea vers le cabinet de Jean-Jacques Monastier.\u2014 Est-ce que nous allons être privés du bonheur de voir aujourd\u2019hui l\u2019adorable Albert Gaultier ?demanda-t-il à son ancien tuteur.Jean-Jacques connaissait l\u2019antipathie profonde que Bernard éprouvait pour le mari de Cécile, et il n\u2019était même pas très sûr qu\u2019au fond de lui-même l\u2019industriel n\u2019eût pas, en ces derniers temps, deviné les causes de cette antipathie.\u2014 Réjouis-toi, méchant garnement, dit-il, ton bonheur d\u2019assister au brillant succès de Claude ne sera pas troublé ; ta bête noiie ne paraîtra pas ici.\u2014 Certainement, mon oncle, je suis enchanté d\u2019être débarrassé de l\u2019individu, mais cependant avouez que le monsieur a une drôle de manière de comprendre la vie, et certains devoirs.« Est-ce qu\u2019il n\u2019eût pas dû, à tout prix, se rendre libre pour la fête, et se trouver à la tête des employés de l\u2019usine dont il est, e» fait, et toujours, le contremaître?.Comme l\u2019avait fait Brésilia quelques instants auparavant, Jean-Jacques tendit à Bernard une lettre qui était ouverte à côté de lui.\u2014 Lis cela, dit-il, et après tu comprendras qu\u2019il est prudent de ne jamais juger n importe qui ou n\u2019importe quoi sur les apparences. Le Samedi, Montréal, 30 août 1952 25 C\u2019était, en d\u2019autres termes, mais avec plus d\u2019emphase et en accentuant encore l\u2019importance de l\u2019affaire et celle de la commande qui allait être consentie, la même lettre qu\u2019Albert avait écrite à Claude.Cette fois, Bernard était tout à fait convaincu.Il rendit la lettre à son ancien tuteur, et se leva en disant : \u2014 Claude désire que j\u2019aille avec lui à la gare de Vineuil, pour recevoir ces messieurs ; c\u2019est un service que je ne puis pas lui refuser.A tout à l\u2019heure, père, au revoir.Mais, au lieu de gagner la porte, il se retourna spontanément, se jeta au cou de Jean-Jacques, l\u2019embrassa ardemment comme Jacqueline elle-même eût pu le faire, et il murmura.Claude mérite d\u2019être heureux.Monastier envoya un inexprimable regard à un grand cadre, dans lequel étaient les photographies assemblées de tous ceux qu\u2019il avait aimés, les morts, comme les vivants.Il y avait son père, sa mère, tante Ursule, Colette, Perrotin, Angèle, Jacqueline, Claude et Bernard.Et, tous bas, l\u2019accent singulièrement ferme et convaincu, il dit : \u2014 Avant ce soir, tu verras que la parole d\u2019un Monastier a toujours sa même valeur.« Tu seras content ! XIX \u2014 Un vrai Français N sifflet aigu a déchiré l\u2019air.Une trépidation générale ébranle le sol, un nuage de fumée blanche et légère ternit l\u2019azur clair du ciel.Une locomotive ornée de drapeaux apparaît bientôt, au détour de la voie, se dirigeant vers la gare de Vineuil.La population tout entière est massée aux alentours.La petite ville qui, une des dernières, en attendant que soit payée la rançon de la France, a subi le terrible joug des Prussiens, elle qui en a tant souffert, qui l\u2019a tant maudit, est heureuse aujourd\u2019hui, elle palpite d\u2019espérance et d\u2019orgueil parce que c\u2019est un de ses fils qui, par son travail, aidera peut-êtr», sinon à la revanche, du moins à la réhabilitation de la chère France.Les abords de la station sont noirs de monde.Les privilégiés encombrent les trottoirs.Le train s\u2019arrête.Les membres de la commission descendent de leur compartiment.C\u2019est d\u2019abord le général directeur de l\u2019artillerie, dont les feuilles de chêne entourent le képi rouge.Puis, un colonel de la même arme, dont les inventions et les découvertes sont fameuses et portent son nom.Un capitaine l\u2019escorte, également un officier d\u2019état-major.De toutes parts, à leur vue, un cri formidable retentit : \u2014 Vive la France !.Toutes les têtes se découvrent, toutes les mains s\u2019agitent et se tendent.Claude, impassible, mais blanc comme un cierge ; Bernard, plus nerveux, plus bouleversé en apparence, s avancent tous les deux.Les présentations ont lieu, les mains se serrent.Puis les six personnes se dirigent vers les landaus.Mirecourt se ressaisit un peu.Claude, au contraire, n\u2019y voit plus ; sa pâleur a encore augmenté, il n entend pas ce qu\u2019on lui dit, ses jambes vacillent sous lui comme celles d\u2019un homme pris d\u2019ivresse.Alors Bernard, qui devine le formidable bouleversement de son ami, reprend sa grande aisance d\u2019homme du monde.\t, Dans la première voiture, il fait monter le général, le colonel et Claude.Il s\u2019installe dans la seconde avec les deux autres officiers.Et les acclamations reprennent, elles deviennent du délire.De tous les côtés, on n\u2019entend que : « Vive la France !.Vive la République !.Les officiers, émus eux aussi, sourient et saluent.L\u2019enthousiasme est indescriptible.Les cochers ne peuvent pas faire avancer leurs chevaux.Enfin, le petit cortège finit par se mettre en marche.La foule suit.-\u2014 Ces populations de l\u2019Est ont un bien grand amour pour la patrie, fait observer le général.Le colonel, qui a du sang lorrain dans les veines, répond : \u2014 Elles ont été les premières envahies, les dernières libérées.Elles sont les gardiennes vigilantes et dévouées de nos frontières ; plus que tous les autres Français peut-être, ceux-ci ont la France dans la peau et dans le sang.Claude, lui, ne peut dire un mot.En vain le général lui parle-t-il de sa merveilleuse découverte.En vain le félicite-t-il sur le travail, la persévérance et l\u2019effort acharnés qu\u2019il a dû déployer pour mener son idée à bien.Le fils adoptif de Jean-Jacques ne peut desserrer ses lèvres, crochetées ainsi qu\u2019elles le sont par la plus poignante, la plus intense des émotions.C\u2019est en effet Jacqueline conquise, c\u2019est son but atteint, c\u2019est sa patrie, celle que Claude a choisie et voulue, qui va le proclamer un de ses fils dévoués, capable de l\u2019aimer, de la défendre !.Et tout cela fait naître en lui une émotion capable de le tuer.Mais, depuis un instant, les mâts de pavoisement qui jalonnent la route se font plus nombreux, les drapeaux qui flottent semblent avoir un clapotement plus joyeux, on dirait que dans leur indistinct langage, ils murmurent : \u2014 Gloire à celui que demain la France acclamera ! Dans le lointain, la masse imposante du vieux château de Pierre-Pointue se détaohe avec ses massives silhouettes, ses tours carrées, ses nombreuses tourelles élancées, coiffées en éteignoir, que les vieux lierres couronnent et enguirlandent.Plus bas, à ses pieds, se voit Tusine, avec ses hautes cheminées noires et travailleuses, des bâtisses dont les toits bleuâtres rayonnent au bon soleil printanier, ses innombrables bâtiments dont l\u2019importance raconte l\u2019effort extraordinaire qui, depuis près d\u2019un siècle, a été accompli là par les Monastier, l\u2019une des gloires du pays.La route de Landrouzies est traversée.Les enfants rient et jettent des fleurs dans les voitures, les femmes adressent à Claude, à celui qu\u2019elles ont vu grandir, des sourires de tendresse, des regards de bénédiction et d amour.Les acclamations redoublent.__Comme on vous aime, murmurent les deux officiers attendris.Enfin la petite côte est gravie.Les landaus s\u2019arrêtent dans la grande cour de l\u2019usine.Jean-Jacques est là, sa haute taille redressée, un sourire de fierté et de joie sur les lèvres.Son oeuvre, celle d\u2019Angèle est accomplie.L'enfant qu\u2019il a tant aimé, et tant haï, a laissé les scories de son origine aux épines du chemin parcouru.Il est devenu un être utile dont sa patrie d\u2019adoption bénira le nom.A ses côtés, on voit Jacqueline, belle comme elle ne 1 a jamais ete, sous son aigrette d\u2019oeillets sauvages, avec sa cocarde aux trois couleurs, ainsi que dans les estampes naïves on voit 'a chère Lorraine à la couronne de tours démantelées, au coeur blesse et saignant., mais portant toujours, envers et contre tous, les trois couleurs bien-aimées, comme un souvenir du passé, comme un espoir pour l\u2019avenir !.Elle redresse la tête aujourd\u2019hui, elle semble dire : \u2014 Celui que j\u2019aime est un être de devoir, d\u2019intelligence et d\u2019élection ; mais c\u2019est mon amour fidèle qui, en le soutenant, lui a donné la force d\u2019accomplir son oeuvre, de la mener à bien ! Brésilia, heureux, est à côté de ses amis.Cécile se fait toute petite derrière Jacqueline ; cependant, ses beaux yeux doux, ses yeux de myosotis pâle, sont pleins, eux aussi, de bonheur et de joie.Janvier, les ingénieurs, les contremaîtres, les ouvriers sont tous groupés derrière Jean-Jacques, ils sont ses amis et sa famille.Ils composent, eux aussi, en effet, les humbles amis de toujours, la famille du travail, de l\u2019effort, du but à atteindre ; ce sont eux qui donnent à une branche essentielle de l\u2019industrie nationale la suprématie qu\u2019elle a acquise et que les pays voisins sont impuissants à lui prendre.Et pendant que le général presse les mains de Jean-Jacques en le félicitant, pendant que l\u2019industriel présente son personnel, Jacqueline se glisse contre Claude et, devant sa pâleur, murmure : \u2014 Un peu de calme.C\u2019est le moment.Prends courage.L\u2019instant est proche.Redresse-toi, haut la tête comme est le coeur.Je suis là.\u2014 C\u2019est bien pour cela que mon bouleversement est si grand, finit-il par dire.Je t\u2019aime trop.J\u2019ai peur d\u2019en mourir.Elle lui serre la main, heureuse, fiè-re, amoureuse et éperdue.Enfin, on pénètre dans l\u2019usine.Jacqueline ne veut pas quitter Claude.\u2014 Je vais leur montrer la première opération, qui consiste à remplir les obus avec les instruments spéciaux que j\u2019ai inventés, dit Claude à la jeune fille.« Il n\u2019y a pas le moindre danger, mais je serais tout de même plus content si tu restais dehors avec Cécile et M.Brésilia.Et elle, avec son doux sourire grave et décidé, répond : \u2014 Non! je ne veux pas me séparer de toi.N\u2019insiste pas.Je ne te quitterai jamais.Et elle le suit.Et le général, ébloui de sa beauté, de son profil si doux et si ferme, de ses grands yeux de velours à la fois tendres et mutins, de son corps long, souple et beau comme celui de quelque statue adorable et parfaite, lui dit : \u2014 Et s\u2019il arrivait malheur, mademoiselle ?Pour ma part, je ne me pardonnerais jamais de vous avoir autorisée à nous suivre.Il vous faut demeurer dehors avec votre soeur.Il prenait Cécile, si différente pourtant, mais si suprêmement élégante dans sa robe exquise, pour la soeur de Jacqueline.Celle-ci secoua la tête.\u2014 Non, dit-elle, n\u2019insistez pas, général.Claude Lambert est mon fiancé, un fiancé que j\u2019aime éperdument depuis toujours ; le danger qu\u2019il court sera constamment partagé et voulu par moi.\u2014 Aussi vaillante que belle, alors.Une vraie Française, de celles qui relèveront toujours la patrie, lui garderont sa suprématie et sa pure gloire, qui dans tous les siècles l\u2019ont rendue l\u2019invincible, l\u2019unique pays du monde, qui lui ont, envers et contre tout, conservé sa noblesse, sa force, ou les lui ont retrouvées et reconquises quand, On vient à ?de partout pour apprécier le confort et les nombreux avantages que vous otfre SUR LA 55e RUE.A BROADWAY Splendidement aménagé pour 800 hôtes Salles de bains, douches et radios.Télévision ! 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Quelle gloire, quelle joie pour tous !.Pour arriver sur le plateau où Claude avait fait installer son champ de tir, il fallut traverser tout le parc.Il était magnifique, ce matin-là le parc Les grands sapins bleuâtres, les cèdres aux tiges élancées comme des flèches de cathédrales, les cyprès étalés, lui conservaient son aspect seigneurial splendidement sombre, vert et beau ; tandis que les chênes aux bourgeons violets, les bouleaux, les ormes et les frênes y mettaient, avec leur verdure naissante, si pâle, un incomparable aspect de printemps et de jeunesse.Les boules-de-neige commençaient a montrer leurs premières fleurs blanches comme des bouquets de mariée, pendant que dans les massifs les plus abrités, les lilas ouvraient leurs grappes déjà embaumées, et qu\u2019à terre les simples petites violettes des bois parfumaient l\u2019air comme autant de frêles et précieuses cassolettes.L\u2019heure était solennelle pour tous, surtout pour ces soldats qui, haletants d\u2019émotion, espéraient que l\u2019intelligence merveilleuse de ce jeune homme allait leur donner le pouvoir de rendre invincible et puissante la patrie à laquelle, si généreusement, ils consacraient leurs forces et leur vie.Enfin le champ de tir fut atteint.Claude, ayant toujours Jacqueline à ses côtés, y était arrivé le premier, suivant pas à pas la prolonge d\u2019artillerie qui portait ses obus.L\u2019endroit était merveilleusement choisi.Il dominait le pays tout entier.En bas, dans les gorges profondes, tout était désert.Les cépées enchevêtrées et épaisses y avaient formé peu à peu un inextricable fouillis, dans lequel les braconniers eux-mêmes ne pouvaient pas pénétrer.Si les obus lancés sur le rocher servant de cible qui faisait vis-à-vis au plateau, déviaient et tombaient dans le ravin, aucun accident ne pouvait se produire.Et, en se retournant, au loin, les Vosges tout entières apparaissaient, tandis que plus loin encore, le cher pays d\u2019Alsace si amèrement regretté, si sincèrement pleuré se voyait avec ses larges plaines fécondes que commençaient déjà à colorer, à verdir les futures récoltes naissantes.Tout un côté du champ de tir était occupé par une butte épaisse, formée par les terrassements considérables que Claude avait fait faire en ces derniers temps.Sous cette butte de plus de cinq mètres d\u2019élévation, une cabane de feuillage était établie, devant servir d\u2019abri aux personnes désireuses d\u2019assister sans danger à l\u2019expérience.Tout le monde, même Bernard et Jean-Jacques, y était déjà installé, à l\u2019exception toutefois de Claude, des officiers et des servants.Cependant, une autre personne encore restait debout à côté du jeune directeur, ressemblant, sous le chaud soleil des Vosges, blanche, pure et belle, au milieu de la verdure sombre des sapins séculaires, à la plus belle statue de la grâce, de la pitié, de la protection et de la sauvegarde.C\u2019était Jacqueline.Tout bas, Claude lui dit : \u2014\tNe reste pas là, mon amour, je t\u2019en conjure, va dans la cabane avec père, Bernard et tous les nôtres.\u2014 Ma place est à tes côtés, répondit-elle sur le même ton, pas aux leurs.\u2014\tEt s\u2019il arrive quelque chose ?-\u2014 Tu me prendras dans tes bras, et mourir sur ton coeur, ce sera encore le paradis !.Il se tut, il la comprenait si bien ! Il n\u2019eût peut-être pas admis qu\u2019elle parlât, qu\u2019elle pensât autrement !.L\u2019expérience commença.De formidables claquements de fouet, nets, éclatants, terribles se firent entendre.Claude, impassible, ne bronchait pas, ne tressaillait même pas, et Jacqueline, debout, les yeux fixés sur lui, faisait de même.Enfin, les coups indiqués à l\u2019avance comme nombre, furent terminés.Les servants coururent vers le but, assez lointain, pour ramasser les éclats qui allaient devenir la preuve de la valeur du produit.Claude avait fait tracer, les joins précédents, un sentier qui, du plateau, descendait dans le ravin pour remonter ensuite vers le rocher qui avait servi de cible.Il demanda aux officiers s\u2019ils ne voulaient pas aller, avec lui, examiner de près les éclats d\u2019obus qui devaient se trouver là-bas en quantité.Ils ne demandaient pas mieux.Alors, le petit cortège s\u2019ébranla, grossi, cette fois-ci, de tous ceux qui, dans la cabane, avaient assisté, invisibles, au fameux tir.Janvier exultait, tandis que Jean-Jacques, heureux, causait avec Dominique.Mirecourt, lui, marchait à côté de Cécile.Devant eux, à une très faible distance, étaient Claude et Jacqueline.Ils étaient silencieux, mais l\u2019intense bonheur répandu sur leur physionomie, cependant, frappait tout le monde.\u2014 Comme ils sont heureux ! fit tout à coup remarquer le jeune marquis à sa compagne, comme leur joie va être absolue et profonde !.Il n\u2019en dit pas davantage, mais le soupir dont il accompagna ces paroles, et surtout le regard de désolation, presque de désespoir, dont il enveloppa la fille de Dominique, frappèrent la jeune fille en plein coeur.Pour la première fois, quelque chose en elle frémit et palpita.Elle trouva injuste, souverainement injuste même, que Bernard, cet être loyal et bon entre tous, qui si généreusement se dévouait à son père et à elle, fût malheureux par son fait.Alors, elle s\u2019arrêta net au milieu du chemin, et appuyant sur Bernard ses douces prunelles honnêtes et claires, elle lui dit : \u2014\tOui, c\u2019est vrai, Claude et Jacqueline éprouvent aujourd\u2019hui, dans leur amour enfin récompensé et béni, une joie de paradis.« Mais avant de voir l\u2019heure qui sonne, par quelles douleurs, par quelles luttes, par quelles angoisses n'ont-ils pas passé, eux aussi.Jusqu\u2019au fond des moelles Bernard tressaillit.Ne venait-elle pas de dire : .Eux aussi !.Elle continua, de sa même petite voix semblable à un chant d\u2019oiseau : \u2014 A des souffrances semblables, il faut opposer un courage, une persévérance, une honnêteté comme la fleur, et qui sait si la même joie, plus tard, ne récompensera pas ceux qui, comme eux, auront su s\u2019aimer fidèlement, loyalement, silencieusement, dans la lutte et la douleur ?Bernard eut envie de s\u2019agenouiller aux pieds de Cécile, mais il y avait du monde devant eux, derrière eux ; il se contint, et l\u2019enveloppant d\u2019un rayonnement éperdu de ses grands yeux si sincères et si droits, il murmura simplement.\u2014\tMerci !.Enfin, on arriva devant le rocher contre lequel se voyaient, au milieu d\u2019un entassemènt fou de pierres, de gravats, de débris de toutes sortes, les débris des projectiles envoyés du plateau.Les officiers se baissèrent et examinèrent tous les fragments qu\u2019ils purent trouver.Quelques-uns étaient presque impalpables, réduits en miettes ; d\u2019autres présentaient des morceaux à surface plus considérable, mais aucun n\u2019était fondu et, par conséquent, tout cela donnait la preuve que le métal trouvé par Claude résistait à cette mélinite extraordinaire, et avait une inestimable valeur.Alors, ce furent des félicitations sincères, attendries, profondes.Un engin de guerre formidable, une force, une puissance irrésistibles, un incontestable élément de succès, étaient avec cela dans les mains de la France.Et on exalta 1 intelligence remarquable du jeune savant.Et on lui dit à quel point son oeuvre était utile et belle.Tout à coup, le général s\u2019approcha de lui.Il tenait quelque chose à la main, quelque chose qui brillait au soleil, flamboyait, étincelait.\u2014 Monsieur, dit-il à Claude, le ministre tient à vous donner une marque spéciale de sa reconnaissance et de son admiration.« Il vous fait dire, par ma voix, que vous êtes un grand, un vrai Français, dont la nation entière connaîtra bientôt le nom et bénira le travail et l'effort.LA VIE COURANTE .Par Georges Clark \u2014 Puisque tu me dis que ta robe est démodée, ressors celle que tu avais il y a deux ans, c\u2019est tout ce qui se fera de chic l\u2019hiver prochain.et garde bien celle-là, on ne sait pas ce qui se passera dans deux ans. Le Samedi, Montréal, 30 août 1952 27 «Et pour éterniser l\u2019énorme service que vous venez de rendre à votre patrie, il m\u2019a chargé d\u2019attacher sur votre poitrine la croix de la Légion d\u2019honneur, ce que je suis heureux de faire.Et ouvrant ses bras, il lui donna l\u2019accolade qui se donne, en effet, à tout nouveau chevalier.Alors, Claude se retourna vers Jean-Jacques, debout à ses côtés.\u2014 Oh! père, dit-il, laisse-moi reporter sur toi le grand, l\u2019immense bonheur qui m\u2019est fait, sur toi qui en recueillant, en adoptant jadis l\u2019enfant perdu, abandonné, en as fait ce qu\u2019il est devenu ! \u2014 Et aussi, répondit Monastier, d\u2019une voix éclatante, ferme, d\u2019une voix qui ne tremblait pas, ce qu'il sera demain, c\u2019est-à-dire non plus mon fils adoptif, mais mon vrai fils, le mari de ma fille.Alors, prenant devant tous la main de Jacqueline, il la mit dans celle de Claude, disant encore : \u2014 Que tous les gens de vaillance, de devoir et de loyauté qui t\u2019entourent apprennent de ma bouche que nul plus que toi n\u2019est digne d\u2019estime, de tendresse et d\u2019admiration.« La récompense que je t\u2019ai promise, la voilà.« Le général, en déclarant que tu étais un bon, «un vrai Français», vient de signer ton acte de mariage.Et le général, en effet, après avoir murmuré à l\u2019oreille de ses camarades : « Voilà des êtres destinés à être heureux, car, sur mon âme, ils se valent.», s\u2019approcha des deux fiancés et, chaleureusement, les félicita.La journée passa comme un rêve.Un grand déjeuner avait réuni les membres de la commission, la famille, les employés, les ouvriers de Jean-Jacques.On était heureux.On but à Claude, à son bonheur, à la récompense si bien méritée par lui.Le soir vint.Tandis que les officiers reprenaient le chemin de la gare, la fête populaire, la fête du pays redoubla.Il semblait à tous ces braves gens que c\u2019était la contrée tout entière avait été décorée, honorée, félicitée, dans la personne du jeune directeur.Et, tandis que les coups de fusil se multipliaient, que la cour du château se remplissait de fleurs, de guirlandes, de branches coupées, de transparents sur lesquels la joie naïve et populaire écrivait ses voeux et ses félicitations, Claude, aux pieds de Jacqueline, disait : \u2014 Ah ! que me font la gloire et 1 orgueil satisfait, et la récompense si belle que les autres m\u2019ont donnée.et tout.tu es à moi.à moi pour toujours, est-ce que le reste compte ?.Et comme ils étaient allés promener leur extraordinaire bonheur au fond du parc, à l\u2019abri de tout regard indiscret, comme, la main dans le main, ils marchaient enlacés, n\u2019ayant même pas besoin d\u2019ouvrir leurs lèvres pour entendre ce qui remplissait leur coeur, ils se trouvèrent tout à coup dans un endroit désert, silencieux, mais point triste.Les blancs rayons de la lune inondaient des massifs de jeunes arbres, ou des buissons verts et épais.Au loin, on entendait la vieille chanson de la Bavette écumante et furieuse se butant contre les obstacles, toujours les mêmes, que sa course folle n\u2019entamait pas.Plus près, les allées étaient faites de sable plus fin, soigneusement entretenues, nettoyées avec un soin jaloux.A terre, l\u2019enchevêtrement fou des gazons et des pervenches commençait à s\u2019étoiler de quelques fleurs.Les jeunes gens s\u2019arrêtèrent, impressionnés, mais point mélancoliques.Et cependant, ils étaient à quelques pas d\u2019un endroit à jamais consacré.Ils se trouvaient, en effet, à la place même où tante Ursule était tombée, jadis, et dont Jean-Jacques, depuis, avait fait le cimetière où reposaient tous ses morts.Là, il y avait Georges, le frère, le confident, le soutien de Monastier, le grand ami, le protecteur, presque le père de Claude.Là, il y avait surtout Angèle, Angèle qui avait tant aimé Claude, qui l\u2019avait adoré à l\u2019égal de Jacqueline, et qui, certainement, par-delà la tombe, veillait encore sur ce bonheur qu\u2019elle avait tant désiré et voulu.Poussés par la même pensée, les deux jeunes gens firent quelques pas.N\u2019était-ce pas leur mère, leur ami, qui, en ce jour d\u2019extase et de joie, les avait appelés, attirés vers eux, pour recevoir la confidence de leur amour et les bénir ?Oui, ils devaient s\u2019agenouiller sur ces tombes, que Jacqueline, du reste, d\u2019un bout de l\u2019année à l\u2019autre, couvrait de bouquets et de fleurs.Mais, tout à coup, ils s\u2019arrêtèrent, hypnotisés, droits, tremblants.En effet, en travers de la tombe d\u2019Angèle, il y avait un grand corps affalé, immobile, ne bougeant pas.Dieu du ciel ! c\u2019était Jean-Jacques, et il paraissait mort !.Jacqueline avait abandonné la main de Claude ; elle allait se précipiter, éperdue d\u2019épouvante, vers son père, quand un sanglot profond, terrible, presque un hurlement, lui dit que celui qui était là vivait toujours, mais probablement pour se désespérer et souffrir plus que jamais.Clouée au sol, elle n\u2019osait faire un pas, et voici ce qu\u2019elle entendit : \u2014 Oh! mes amours, disait Jean-Jacques, au milieu de ses larmes et de ses sanglots.« O mon Angèle ! ô ma Colette ! êtes-vous contentes ?.Ai-je tenu à votre gré le serment que je vous ai fait à toutes les deux ?.Et, à travers toutes les révoltes, tous les déchirements de mon coeur brisé, n\u2019ai-je pas rempli le suprême voeu de vos âmes, en faisant de Claude, du fils de votre sang ou de votre amour, mon vrai fils aussi ?.A ces mots, le jeune directeur porta les deux mains à sa poitrine.Et les lèvres blanches, les yeux plus brillants que les étoiles au ciel, il murmura, les mains jointes : \u2014 Colette.Colette.Ah ! mon Dieu, c\u2019était Colette !.Il chancela.Deux bras l\u2019entourèrent, le soutinrent, tandis qu\u2019une voix adorée, celle de Jacqueline, murmurait tout bas à son oreille : \u2014 Il y a bien longtemps que j\u2019avais deviné ce nom, moi, et c\u2019est pour cela que je t\u2019ai tant aimé, toujours, toi, le fils de la victime.victime toi-même.Oh ! mon cher amour, mon fiancé, mon mari voulu entre tous !.Et, pour la première fois, leurs lèvres se joignirent.Jean-Jacques, entendant parler autour de lui, s\u2019était relevé.A la clarté qui tombait de la lune, blanche et pure comme une neige, il reconnut ses enfants.Il s approcha.Aussitôt, Claude abandonna sa fiancée et tomba à genoux.\u2014 Je viens, par les paroles que tu as prononcées, de tout apprendre, de tout deviner, ô père bien-aimé ! murmura-t-il, veux-tu me pardonner les souffrances que je t\u2019ai, bien inconsciemment, bien involontairement, hélas ! imposées depuis que je suis auprès de toi ?Jean-Jacques le releva.\u2014 Viens, lui dit-il.Aujourd\u2019hui que mon coeur, tout ce qui n\u2019est pas tendresse et amour, pour toi, son fils, est \u2019¦mm.wkw!-& issSt; ' «5^ rc.I*,.¦>' % MÊ0- * Truites et saumons canadiens profitent bien dans les rivières de France DÉJÀ avant la guerre ces poissons se faisaient plus rares dans les rivières et torrents de France.L\u2019occupation et le rationnement ont été le prétexte d\u2019un véritable pillage de la faune aquatique, au point que certaines espèces menaçaient de disparaître pour le plus grand malheur des pêcheurs.Afin de remédier à ce triste état de chose, les pisciculteurs Français ont fait appel au Canada qui a volé au secours de sa grande soeur.et c\u2019est le mot juste, car depuis 1945 d\u2019importantes quantités d\u2019oeufs de truites et de saumons ont gagné la France par la voie des airs.Cette assistance a permis le repeuplement de gaves où la pêche est passionnante.De toutes les rivières de France, les gaves pyrénéens sont ceux qui sont les plus riches en saumons.Le Béarn est la terre bénie des pêcheurs, car, il a l\u2019heureux privilège de posséder trois cours d\u2019eau encore très fréquentés par le « Roi des poissons », qui est en même temps le « Poisson des Rois » : ce sont le gave de Pau, le gave d\u2019Oloron et la Nive, tous trois affluents ou tributaires de l\u2019Adour.Le gave de Pau a des eaux claires et vives, torrentueuses par endroits avec des gouffres profonds de plusieurs mètres et des « pools », sorte de plages que l\u2019on rencontre au point où la rivière s\u2019élargit.Ceux-ci hébergent quantité de poissons, notamment des truites de toutes tailles et de superbes saumons, qui remontent malgré les barrages jusqu\u2019en amont d\u2019Argelès Gazost.On trouve d\u2019excellents lieux de pêche dans la région voisine de Pau et également à Masbacq, Lendresse, Aragnon et Orthez dont le barrage jouit d\u2019une réputation universelle.Le gave d\u2019Oloron, affluent du gave de Pau, est certainement la rivière la plus riche en saumons de l\u2019Europe continentale.D\u2019aucuns assurent même qu\u2019il égale sous ce rapport les rivières d\u2019Ecosse, dont on sait la réputation.Malheureusement ses bords sont escarpés, d\u2019accès malaisé et il faut parfois entrer dans l\u2019eau jusqu\u2019à la ceinture.La saison de pêche dans les gaves se divise en deux parties bien distinctes : celle qui part de l\u2019ouverture de janvier pour se terminer en mai et qui s\u2019applique aux « montées » d\u2019hiver favorisées par les grandes crues, celle qui va de mai à mi-juillet, et comprend la « montée » d\u2019été, favorisée par la fonte des neiges.< * v:T! Mais pour le pêcheur qui vient de loin et pour quelques jours, l\u2019époque la plus intéressante est le mois de juin.A ce moment les eaux sont toujours fortes, la température agréable et les « montées » successives de saumons comprennent des sujets de douze livres à vingt livres tout frais émoulus de la mer et extrêmement vig< i -reux.\tîr- BMW 28 Le Samedi, Montréal, 30 août 1952 parti, je te dois ma confession.Mais ce n\u2019est pas ici que je puis la faire.Suivez-moi l\u2019un et l\u2019autre.XX \u2014 Amour et haine Ex, silencieusement, tous les trois, ils traversèrent le parc solitaire et beau, muet, sans un bruit, alors que tout le pays en fête, aux environs, chantait, riait, dansait.Enfin, ils arrivèrent au château, dans le cabinet de Jean-Jacques, cette pièce immense où, depuis la mort d\u2019Angèle, surtout celle de Georges, son confident, l\u2019ami de sa vie, il avait tant lutté contre son pauvre coeur, tant souffert, tant maudit !.Ils s\u2019assirent et Claude, bouleversé par ce qu\u2019il venait seulement de pressentir en l\u2019apprenant, jetait des regards éperdus vers ce portrait de Colette jeune, placé à côté de celui d\u2019Angèle, en pleine lumière, qu\u2019il avait vu depuis qu\u2019il était au monde sans l\u2019avoir jamais remarqué.Comme elle ressemblait à Jacqueline, avec les mêmes yeux, les mêmes traits, la même expression douce, fière, tendre et mutine.Et, troublé à en mourir, comprenant combien, en effet, Jean-Jacques avait dû l\u2019adorer, combien le drame dont il avait été la victime avait dû le déchirer, poignarder le tendre coeur de Monastier, il répéta en le regardant : \u2014 Pardon, père.O ! pardon pour ma naissance, à moi, pour sa mort, à elle !.Mais Jean-Jacques, indulgent, bon, plus semblable à lui-même, répondit : \u2014 Je n\u2019ai rien à te pardonner, mon pauvre petit.rien que la mort de celle qui t\u2019a donné le jour, et que j\u2019avais tant adorée, tant vénérée, que pendant si longtemps elle a été le seul but de ma vie.pour laquelle uniquement j\u2019avais travaillé, espéré, lutté.que j\u2019aimais bien plus encore comme un père très jeune, que comme un frère déjà âgé.« Et un jour, tandis que, de mon côté, je remplissais un devoir sacré, celui de défendre notre pays envahi, un misérable est venu, me l\u2019a volé.« Et elle, si pure, si blanche, il me l\u2019a souillée, déshonorée et emportée !.« Longtemps je l\u2019ai pleurée avec des larmes de sang, la croyant morte, massacrée avec toutes les autres, les femmes, les mères, les filles de Landrou-zies, les soeurs de charité, les infirmières qui soignaient les blessés et fermaient les yeux des mourants.« J\u2019ai cru devenir fou de désespoir et de douleur.« Hélas !.Hélas !.je ne savais pas encore ce qu\u2019était la souffrance.« Un jour, une femme, une Italienne, arriva, venant me chercher.«Pour qui et pourquoi?.«Je l\u2019ignorais.Je ne comprenais pas sa présence.«Je devais vite être fixé.« Mon Dieu !.Ah ! Seigneur Dieu des étoiles !.Colette n\u2019était pas morte, elle nous l\u2019annonçait, à Georges et à moi, Georges son fiancé, qui l\u2019aimait comme tu adores Jacqueline.« Après avoir pensé mourir de douleur, je faillis succomber à ma joie.« Ma soeur vivait encore.Dieu me l\u2019avait laissée !.«Avais-je pleuré?.Avais-je souffert ?.« Je ne m\u2019en souvenais plus.« J\u2019allais la revoir, elle, ma douce, ma pure tendresse, elle que j\u2019avais reçue des mains de ma mère mourante, que j\u2019avais élevée, vu grandir, adorée.« On ne me raconta rien.« On ne me dit rien.«Elle était malade et me voulait.Moi seul !.Pas Georges !.« Malade ?.« Je la guérirais.« Dieu ne me la faisait pas retrouver pour me la reprendre.« Ce n\u2019était pas possible.« Georges n\u2019était pas alors à Pierre-Pointue.« Je lui laissai un mot pour lui expliquer tant bien que mal mon absence, le prier de me remplacer à l\u2019usine, et je partis avec l\u2019étrangère qui soignait ma soeur et s\u2019était attachée à elle.« En arrivant, l\u2019àme en joie, je faillis de nouveau mourir de désespoir.«Ma Colette, ma soeur, mon amour, ma sainte, celle que j\u2019avais élevée avec un soin jaloux, avait été souillée, profanée, et de ce crime, de cette profanation, de cette violence abominable, un enfant allait naître ! « Mais je dus me contenir, elle-même était blessée à mort.«Il fallait me taire, rugir en silence, boire mes larmes, avaler sans les prononcer les paroles de malédiction et de rage qui, de mon cœur, montaient à mes lèvres.«Le jour, en effet, où l\u2019ambulance de Pierre-Pointue avait été bousculée, saccagée, détruite, le jour où ces monstres avaient tué tante Ursule et les autres femmes, qui, anges saintes, se consacraient aux blessés et aux mourants, aux leurs comme aux nôtres, Colette avait été rencontrée par des uhlans dans la campagne.«Tante Ursule avait prévu le danger et, prudente entre toutes, elle avait exigé que Colette partît pour une ferme éloignée, cachée dans la montagne, où, sous les habits de paysanne, partageant les travaux des fermiers, elle serait à l'abri.« Les fermiers, de père en fils, étaient nos serviteurs dévoués.« Pour protéger une fille de notre race, Os eussent donné leur vie.« Et l\u2019un d\u2019eux se trouvant au château, tante Ursule ayant appris la présence des Prussiens tout près de Pierre-Pointue, après avoir béni Colette, la lui confia et la fit partir sur l\u2019heure.« Ma soeur et celui qui l\u2019accompagnait n\u2019eurent pas le temps d\u2019arriver dans la montagne.« Us étaient déjà, cependant, très loin de Pierre-Pointue, et devaient se croire sauvés, quand ils furent rejoints par quelques uhlans qui battaient le pays des éclaireurs.« L\u2019homme fut massacré et Colette emportée.« On la croyait, à cause de ses habits, une füle de basse extraction.Mais, néanmoins, sa beauté souveraine impressionna les soldats, qui la conduisirent à leur capitaine.« Celui-là, le monstre, fut ébloui dès qu\u2019il la vit.« Et, proie facile, \u2014 une pauvre petite de dix-sept ans, \u2014 il l\u2019endormit avec un narcotique habilement mêlé à son repas.« Quand elle se réveilla, douze heures après, elle avait subi les derniers outrages.« Et, chose heureuse dans son abominable malheur, elle n\u2019en eut ni la perception, ni même le souvenir.« Dès que l\u2019armistice fut proclamé, le misérable la conduisit dans son pays à lui, sous prétexte que les routes, très peu sûres, ne permettaient pas à une jeune femme de les traverser.« En Allemagne, paraît-il, dans la famille même de son ravisseur, Colette fut entourée de soins et de respect.«Mais, un jour, elle sut échapper à son vainqueur et, me raconta-t-elle, à force de courage, d\u2019intelligence et d\u2019énergie, elle parvint à déjouer sa surveillance et à s\u2019enfuir.«Elle parlait de ces choses le moins possible.« Elle disait avec une grande conviction, néanmoins, que l\u2019enfant qu\u2019elle portait dans son sein, et qu\u2019elle aimait déjà, quoique le fils du crime, à aucun prix ne serait Allemand™.« Et c\u2019était à moi, son unique ami, son protecteur et son soutien, à moi qu\u2019elle avait appelé à son secours dès qu\u2019elle avait été libre, à moi qu\u2019elle confiait ce qui lui restait de vie.car elle avait trop souffert, elle sentait bien qu elle ne survivrait pas à la naissance de 1 être qu\u2019elle adorait déjà et que, pour ma part, hélas !.je me sentais si près de maudire, de haïr.quoique son fils !.A ce moment, un gémissement profond arrêta Jean-Jacques.Claude, une main crispée sur sa poitrine, déchirait sa chair vive et pleurait toutes ses larmes.__Pardon ! murmura l\u2019industriel.Pardon à mon tour !.Si tu savais, mon pauvre petit, ce que j\u2019ai souffert alors, tu aurais pitié de moi !.\u2014 Ah ! je te pardonne.je te pardonne, balbutia Claude.Mais moi aussi, je souffre bien- Jacqueline, de nouveau, appuya ses lèvres aux siennes et murmura : __Courage.je suis là.Et moi, moi qui suis presque elle.je t\u2019adore et je te dis qu\u2019elle est heureuse de ce qui arrive !.Jean-Jacques continua : \u2014 Et je restais seul avec elle dans un pays infiniment beau, mais où je la voyais chaque jour mourir.« Georges, qui eût pu me soutenir, me fortifier, me redonner du courage, ne venait pas.« Colette n\u2019avait pas voulu le voir.« J\u2019avais dû écrire à mon pauvre ami, sans lui donner d\u2019explication, mais pour lui dire de retarder son voyage.«En effet, Georges était le fiancé de ma soeur.« Après la guerre terrible, leur mariage devait avoir lieu.« Colette n\u2019éprouvait pas pour lui une extraordinaire passion, \u2014 elle était si jeune, \u2014 mais elle l\u2019aimait d\u2019une affection loyale, tendre et honnête.« Oh ! oui, surtout honnête.«Elle savait quelle adoration ardente Georges avait pour elle, et elle avait juré de le rendre heureux.« Mon cousin, en effet, en était fou.« Ce n\u2019était pas seulement la tendresse éperdue du plus épris des fiancés qui était en son coeur pour Colette, mais il éprouvait, à son endroit, un vrai culte, une adoration, un fétichisme.« Et Colette, dont l\u2019âme était si délicate, si droite, ne pouvait 6jupporter l\u2019idée des souffrances que Georges endurerait, quand il connaîtrait toute 1 é-tendue de son malheur.« Et nous restions seuls tous les deux.«Nous demeurions aux environs de Milan, au bord d\u2019un de ces lacs de la Haute Italie, si splendidement tranquilles, clairs et bleus.« Nous vivions dans les fleurs, dans le soleil, dans les parfums, dans les arbres.« Et je retrouvais de nouveau mon adorable petite compagne d\u2019enfance, ma fille bien-aimée, dont j\u2019avais dirigé les premiers pas, formé le coeur, fait naître l\u2019intelligence, développé les instincts.« Déjà, à cette époque, j\u2019étais fiancé à la fille de mon ami tombé à mes côtés au champ d\u2019honneur, à Angèle de Mont-lure.« J\u2019avais raconté à Colette tout cet épisode de mon existence, mais je lui avais dit aussi que, pour elle, pour mieux me consacrer à son existence désormais brisée, je reprendrais ma liberté vis-à-vis de ma fiancée, qui, avec son incontestable noblesse, me comprendrait.« Et j\u2019écrivis même dans ce sens à Georges ; et, pour la première fois, je lui parlai du malheur de Colette, lui disant que désormais un devoir sacré m\u2019était imposé, le chargeant d\u2019aller au château de Mirecourt en aviser celle que vous avez connue tous les deux, et qui, avec son grand coeur, sa générosité, son dévouement, était capable de si bien me soutenir.«Et lorsque ma soeur connut la démarche que j\u2019avais faite, elle ne l\u2019admit pas, elle se révolta et elle me dit : LA VIE COURANTE .Par Georges Clark >1 fÆi __Les psychiatres peuvent bien dire que les fessées sont mauvaises pour le- enfants, mais, moi, en père de famille, je dis que c\u2019est encore le mei!de>r moyen de se faire obéir.: / Le Samedi, Montréal, 30 août 1953 29 « \u2014 Je ne vivrai pas, j\u2019en suis sûre, je ne peux pas vivre.mais je veux que mon enfant ait un père, une mère.«Le père, ce sera toi, Jean-Jacques.Tu aimeras l\u2019orphelin, tu oublieras qui est son père ; tu ne penseras qu\u2019à moi, je le veux.Tu m\u2019obéiras, n\u2019est-ce pas ?» «Je le jurai.« Que pouvais-je lui refuser ?«Je la voyais si pâle, si malheureuse, et quand elle attachait sur moi ses grands yeux que j\u2019avais tant aimés, les tiens, Jacqueline, il m\u2019était impossible de la contrarier par un seul mot.«Et heureuse de mes serments, elle ajoutait : « \u2014 Quant à la mère admirable, dévouée, dans laquelle mon enfant trouvera aide et protection, je veux que ce soit Angèle, celle qui t\u2019aime, Jean-Jacques, celle qui, par son dévouement, donnera dans son âme une place encore plus large à l\u2019orphelin seul au monde.«Et, à mon insu, sentant que peu à peu la vie se retirait d\u2019elle, Colette écrivit à Angèle une lettre dont elles ne m\u2019ont jamais parlé ni l\u2019une, ni l\u2019autre, mais que j\u2019ai retrouvée plus tard, dans les reliques de ma chère femme morte.Jean-Jacques prit, dans l\u2019un des tiroirs de son bureau, un papier jauni, froissé, qui avait dû être lu, relu, peut-être baisé à bien des reprises, et dont il fit la lecture d\u2019une voix que les larmes, plus d\u2019une fois, arrêtèrent : « Colico, septembre 1871 « A toi qu\u2019au moment de mourir je veux pour soeur, à toi que je n ai^ jamais vue, mais que je connais néanmoins par les récits de Jean-Jacques, ce coeur ardent, tendre et loyal qui t\u2019appartient, je te donne 1 enfant qui va me coûter la vie.« En même temps, je te donne mes sentiments, mon amour, mon infinie sollicitude pour lui.\t( « Je veux que tu l\u2019aimes comme j\u2019eusse aimé, moi, celui de Jean-Jacques, si mon frère était mort en me le confiant, je veux que tu sois sa mère, sa vraie mère, le protégeant, l'adorant, le faisant supporter et admettre par mon frère, qui ne lui pardonnera peut-être pas, plus tard, le père dont il est issu.^ * « Et pour mener cette tâche à bien, quand je serai morte, tu iras trouver Jean-Jacques, tu essaieras de le consoler.«Ce sera difficile.« Mais il t\u2019aime, tu entends, il t aime.« Je n\u2019ai pas besoin d insister, tu dois savoir ce que ces mots signifient, dans une âme ardente, absolue et loyale comme la sienne.«Tu lui feras, de son mariage avec toi, une obligation d\u2019honneur ; tu forceras les portes de son désespoir par la sincérité de ta pure tendresse, par a force de ton amour -profond et vrai.«Alors, tu deviendras la mere de l\u2019orphelin, la protectrice de la petite victime, celle qui fera à la fois le bonheur et de l\u2019abandonné et de la morte.«C\u2019est une tâche sacrée, cela, une tâche que je te donne, et pour laquelle, sans te connaître, je t\u2019adore et te bénis ».La voix de Jean-Jacques se brisa tout à fait dans les larmes.Alors, ardemmen , avec tout son coeur, Claude dit._ Elle a bien rempli son devoir ; elle a eu pour moi un coeur et des \u20acI^ral, es de mère, cette Angèle qui m\u2019a adopte et aimé.Et si, aujourd\u2019hui, toutes les deux, celle qui m\u2019a porté dans son sein, celle qui a entouré mon enfance de soins et de tendresses, peuvent nous voir, de a mystérieuse retraite où elles son^, e es doivent se dire que leur noble tache a été bien remplie.\t, __Tu y as aidé, mon fils, répondit Jean-Jacques, et tu as réalisé l\u2019espoir de l\u2019une en facilitant singulièrement la tâche de l\u2019autre.\t, «.Lorsque Colette sentit, au de-clin de ses forces, que le moment terrible était proche, elle exigea 1 arrivée immédiate de Georges.« Alors, la chose tant redoutée se produisit.« Quand Georges connut la vérité, son désespoir fut celui d\u2019un fou.\u2014 Pauvre Georges! murmura Jacqueline, en voilà un qui a dû souffrir aussi !.Et Claude, en pensant que jamais ces souffrances-là ne s\u2019étaient traduites, elles, ni par un blasphème, ni par une malédiction à son endroit, en pensant, au contraire, combien Georges l\u2019avait aimé, protégé, défendu, Claude répéta : -\u2014 Pauvre Georges !.Ame de diamant !.Et il songea que celui auquel il gardait un culte si ardent, une tendresse si profonde, était vraiment un héros.Après quelques minutes de silence, Monastier reprit : \u2014 Une nuit, Colette mit un fils au monde.« Ses forces étaient, en effet, parties, et sa vie s\u2019éteignait.« Malgré la science de Georges, malgré les soins éperdus dont il l\u2019entoura, nous comprîmes vite, tous les deux, que son pressentiment allait se réaliser, et qu\u2019elle ne survivrait pas à la maternité.« Mais sa connaissance restait entière, avec l\u2019énergie qui était le fond même de .son caractère.Elle voulut alors tout réaliser de ce qui pouvait l\u2019être, et nous ordonna à tous les deux de minutieuses instructions.« Georges voulait déclarer comme sien l\u2019enfant qui venait de naître.« Colette, quoique mourante, s\u2019y opposa énergiquement en disant : «\u2014Il ne faut jamais mentir, dans la vie.et cette déclaration, pour notre malheur à tous, hélas ! serait un mensonge.« Mon fils s\u2019appellera Claude, un nom que tante Ursule vénérait, car il était celui de son père ; on y ajoutera celui de Lambert, qui est le saint du jour.Il n\u2019en aura pas d\u2019autre, je ne le veux pas.«A lui, plus tard, de les rendre sinon glorieux, du moins honorables, dignes de l\u2019estime de tous.« Sa fortune sera celle qui devait me revenir, je n\u2019ai aucune crainte à cet égard, car je connais la loyauté de mon frère.« Je veux que Claude ne te quitte jamais, Jean-Jacques.«Je veux qu\u2019Angèle soit sa mère, et si tu lui fais porter quelquefois, pauvre ange innocent et irresponsable, la peine et de mes souffrances et de ma mort, Georges, avec ta bonté si exquise, si profonde, si grande que je n\u2019ai jamais vu la pareille, Georges, c est toi qui protégeras et aimeras mon pauvre petit Claude.» « Et elle exigea que l\u2019acte de naissance fût rédigé à la mairie de Colico, comme tu l\u2019as vu plus tard, Claude ; et elle remit à Georges, pour toi, ce qu\u2019elle avait de précieux.«Et en donnant tout cela à Georges, elle lui dit encore : «___Tu souffriras, en pensant à moi, à mon malheur, mais tu as une âme à nulle autre pareille.Tu reporteras sur Claude l\u2019amour que tu avais pour moi.Ton coeur sera pour lui l\u2019asile sûr où toujours il pourra se réfugier, se retremper, se consoler.Et, plus tard, quand tu croiras mon fils devenu un homme capable de me juger, tu lui diras que le curé de Castaguarra, un prêtre jeune, intelligent et honnête, possède de moi des confidences suprêmes qu\u2019il a la charge de lui re mettre.» «Et elle mourut, les yeux sur Geor ges, une main sur toi, Claude, sur toi qu\u2019elle avait voulu garder sur son lit, tout près d\u2019elle, l\u2019autre dans la mienne.«Et, une fois de plus, dans cette catastrophe, ma raison a failli sombrer.Les Mots Croisés du Samedi I.2.3.4.\t5.\t6.\t7.\t8, 9, iQ, II, 12.13, 14, 15, Problème No 1079 HORIZONTALEMENT (Lire la suite au prochain numéro) 1\u2014\tDiscerner les saveurs.\u2014 Séparer d\u2019une substance médicamenteuse les petits fragments inutilisables.2\u2014\tD\u2019un verbe gai.\u2014 Qui produit l\u2019érosion.3\u2014\tSulfate double d\u2019alumine et de potasse.\u2014 Pièce de métal cannelée en spirale.\u2014 Qualification de dignité.4\u2014\tPossessif.\u2014 Flotter.\u2014 Voir, en anglais.5\u2014\tPronom.\u2014 Battre à coups de poing.\u2014 Chemin de halage.6\u2014\tRongeur à queue annelée.\u2014 Observer secrètement.\u2014 Peigne qui garnit le métier de tisserand.7\u2014\tDestiné à l\u2019usage.\u2014 Femme d\u2019A-thamas.\u2014 Jeune baliveau en réserve.8\u2014\tMêler d\u2019iode.\u2014 Saison.\u2014 Lépreux.9\u2014\tJoindre.\u2014 Grain du chapelet.\u2014 Petit plat dans lequel on sert des radis.10\u2014\tArticle.\u2014 Faire cuire dans du beurre.\u2014 Possessif.11\u2014\tEn les.\u2014 Fixer Taxe central d\u2019une pièce.\u2014 Démonstratif.12\u2014\tMaison de campagne.\u2014 Royaux.\u2014 Préfixe.13\u2014\tSon faux et discordant.\u2014 La plus vile populace.\u2014 Déclamer, exprimer.14\u2014\tMélange par tiers de froment, de seigle et d\u2019orge.\u2014 Oeuvre d\u2019imagination.15\u2014\tInflammation des intestins.\u2014 Mélange d\u2019argiles et de calcaires durs.VERTICALEMENT 1\u2014\tPotelé.\u2014 Moi.2\u2014\tHéros grec, roi des Locriens.\u2014 Fils fins et brillants.\u2014 Préfixe.3\u2014\tAurochs.\u2014 Bassins naturels où les navires peuvent mouiller.\u2014 Vin doux.4\u2014\tEcorce du chêne réduite en poudre.\u2014 Parier, engager.\u2014 Manque, pénurie.5\u2014\tEn les.\u2014 Remarquer.\u2014 Salé et séché à la fumée.6\u2014\tSixième lettre de 1 alphabet hébreu.\u2014 Portion d\u2019une courbe quelconque.\u2014 Voix propre à chaque animal.7\u2014\tQuadrupère carnassier.\u2014 Petit canal par lequel s\u2019écoulent les eaux d\u2019une cuisine.\u2014 Conjonction.8\u2014\tQui dure toujours.9\u2014\tIle de l\u2019Atlantique.\u2014 La plus belle.\u2014 Métal blanc moins pesant que le plomb.10\u2014\tAdresse.\u2014 Marque d\u2019automobile.\u2014 Chemin de ville.11\u2014\tCornes des bêtes fauves.\u2014 Suc propre des végétaux.\u2014 D\u2019un verbe gai.12\u2014\tIntenter.\u2014 Nettoyer.\u2014 Titre donné à certains religieux.13\u2014\tUnité monétaire italienne.\u2014 Espèce de petite rave.\u2014 Sommet d\u2019une montagne.14\u2014\tPremière mère.\u2014 Fleuve le plus long de France.\u2014 Livre sacré des musulmans.15\u2014\t.Dans la gamme.\u2014 Contrainte, état qui empêche l\u2019expansion.-o-o-o- Solution du problème No 1078 H fl V 30 Le Samedi, Montréal, 30 août 1952 nouvelle LE MENTEUR Suite de la page 10 Ils débarquèrent dans un petit port blanc, que quittait un vapeur.Des paysannes, en costumes de différentes tribus, y descendaient, conduisant des ânes de bât.Plusieurs Monténégrins en toque, culotte bleue brodée et gilet rouge, mettaient dans ce coin de Dalma-tie une note exotique très pittoresque.\u2014 Voilà l\u2019idéal.N\u2019êtes-vous pas de mon avis, mademoiselle ?\u2014 Expliquez-vous.\u2014 Vivre sans besoins, comme moi, et en possédant tout son temps pour soi.Non pas être bohème ! mais le poète dans le soleil.De mauvais jours, parfois.On finit toujours par retomber sur ses pieds.Elle ne répondit pas.Chacune de ses paroles lui faisaient mal.Elle fut sur le point de refuser une autre promenade, elle essaya de lui faire de la morale, de lui montrer la nécessité du travail, l\u2019euphorie qu\u2019apporte la prévoyance.Il ne se gêna pas pour se moquer d\u2019elle, avec mesure et tact, du reste.Il ne comprenait ni l\u2019effort, ni le plaisir qu\u2019on retire du travail.Laissant ce sujet pénible, il conversa ensuite agréablement, en artiste, presque en érudit, avec une simplicité qui charmait.Sa voix était belle, un peu grave.Il avait une façon imprévue de dire des choses décevantes.\u2014 Moi qui serai toujours un gueux.de temps à autre, vêtu comme un gentleman.les jours de veine.Micheline ne se méfiait pas encore.Sa mère fut la première en éveil, et lorsque sa fille lui eut raconté ce que disait Delcombe, ce qu\u2019il valait et, comment il vivait, la bonne dame s\u2019écria : \u2014 C\u2019est entendu.Il t\u2019a sauvé la vie, car la « bora » s\u2019est justement levée cette nuit-là, et elle t\u2019aurait engloutie.De plus, c\u2019est le seul Français de Ra-guse, et comme je ne parle ni l\u2019allemand ni le croate.Mais tu entends, Micheline, plus de partie de barque, puisque je ne supporte pas la mer.Ce pauvre sire surprendrait peut-être ta naïveté et te demanderait ta main.Nous irons à la plage de Lapad, hors de la ville.Cette harangue ouvrit les yeux de la jeune fille.Elle interrogea son coeur, et celui-ci, très franc, lui apprit qu\u2019elle commençait à aimer.Elle eut certes raison de vouloir tuer cet amour qui ne pouvait mener qu\u2019au désastre, mais elle se trompa sur les moyens à employer.Alors qu\u2019elle devait fuir, entraîner sa mère plus loin, en Albanie, à Corfou, ou tout simplement retourner à Venise, elle décida que, pour oublier Delcombe, le mieux était de le voir, d\u2019entendre ses théories méprisables.Le dédain le condamnerait.D\u2019ailleurs, elle se sentait trop honteuse de son amour naissant pour l\u2019avouer à sa mère, ce qui était indispensable si elle refusait de se rendre à la plage de Lapad.Or, Mlle Le Dorrec s\u2019abusait sur ses qualités de chaperon.L\u2019heure de la sieste, le soleil sur le sable, la réverbération du flot bleu lui étaient tour à tour néfastes.Au bout d\u2019un quart d\u2019heure elle dormait, et Delcombe conservait tout loisir d\u2019approfondir, par son art de la parole, la chaleur de ses yeux et toute sa séduction personnelle, la blessure qu\u2019il avait faite.Au lieu de l\u2019oublier, Micheline ne pensa plus qu\u2019à lui et \u2014 ceci était pitoyable \u2014 se tenait des raisonnements tels que ceux-ci : « Je suis riche pour deux.Après le mariage, j\u2019aurai de l\u2019influence sur son caractère.Je l\u2019amènerai à aimer le travail, au moins à aimer son art.Il fera des expositions.Il deviendra célèbre.» Et autres balivernes trop usées pour mériter même une place au magasin des accessoires.Elle vécut dans un rêve.Elle oubliait que, logiquement, elle marchait au malheur.Au bout de deux semaines, lorsque sa mère parla de retourner en France, la pauvre Micheline avait donné son coeur, et pour toujours.La veille, Mme Le Dorrec avait annoncé à Delcombe ses projets de départ, et le lendemain, elle s\u2019abstint d\u2019aller à la plage, pour s\u2019occuper de ses impédiments, besogne qu\u2019elle seule \u2014 à son sens \u2014 était capable de mener à bien.Delcombe attendait sur le sable.\u2014 Allons, plus loin, demanda-t-il à la jeune fille.C\u2019est la dernière fois que je vous vois, mademoiselle, et il me semble que ceux qui, par hasard, comprendraient notre langue, n\u2019ont pas besoin d\u2019entendre ce que je vous dirai.Elle était toute rose, prête à offrir sa fortune à cet inconnu.Inconséquence de l\u2019amour.Ils s\u2019arrêtèrent au bout de la petite plage.\u2014 Voici, fit-il brièvement.Je n\u2019ai ni situation ni courage.Je vous aime.C\u2019est idiot de vous le dire.Mais je n\u2019aurais pas pu vous laisser partir sans que vous le sachiez.\u2014\tPourquoi ne travaillez-vous pas ?demanda-t-elle doucement.Il baissa la tête.\u2014\tA quoi bon les promesses?.La vérité vaut qu\u2019on ait le courage de la dire : je ne pourrais travailler.Ce n\u2019est pas dans ma nature.Un groupe de messieurs se dirigeait de leur côté en discutant.Micheline parla, poussée par une force inconnue qu\u2019elle ne contrôlait pas.\u2014 Ma mère m\u2019avait prévenue du danger.Il tressaillit de joie.\u2014 Quel danger ?.Que voulez-vous dire ?.\u2014 Celui de vous aimer malgré tout.Sachant ce que vous êtes.Et en conservant si peu d\u2019espoir de vous mener au bien, c\u2019est-à-dire au travail, pour lequel chacun sur terre est créé.\u2014 Et malgré cela, dites-vous ?Oh ! il avait bien mené l\u2019affaire.Le résultat était complet.Il se mit à sourire.Vraiment, il n\u2019avait pu espérer mieux.\u2014 Vous m\u2019acceptez?.Vous m\u2019acceptez ?.tel que je suis, murmura-t-il.Ils devaient se hâter d\u2019en finir.Le groupe de messieurs n\u2019était plus qu\u2019à vingt pas.\u2014 Oui, je vous accepte, répondit-elle.Peut-être n\u2019êtes-vous pas responsable de votre paresse.de votre inutilité.\u2014 Mais je suis pauvre, mademoiselle.Tout à fait pauvre.\u2014\tQu\u2019importe.S\u2019il le faut, nous vivrons modestement.Vous aimez les sports, la mer.Moi aussi.\u2014\tJe vous aime, Micheline.Je ne savais pas qu\u2019il fût possible de tant aimer, prononça-t-il tout bas.\u2014 Et pourtant, lui répondit-elle en lui offrant son clair regard, je vous aime mieux que cela, moi.Les messieurs étaient à deux mètres.Soudain, l\u2019un d\u2019eux s\u2019écria : \u2014 Par exemple!.Delcombe !.Nous vous croyions à Paris ! Le visage de René changea.Ce Yougoslave qui venait de s\u2019adresser-à lui, en français mâtiné d\u2019accent slave, lui était suprêmement désagréable.C\u2019était une rencontre qu\u2019il maudissait.Mais l\u2019autre tendait la main, saluait la jeune fille respectueusement.\u2014 Je comprends, prononçait-il.Vous n\u2019avez pas pu trop vous éloigner de votre affaire d\u2019armateur.Micheline intervint : \u2014 Pardon, monsieur, que dites-vous ?Affaire d\u2019armateur ?.\u2014 Mais oui, mademoiselle.Vous savez bien que notre ami Delcombe a monté à Spalato, il y a sept ans, la plus grosse affaire de cabotage de toute la Dalma-tie ! Et qu\u2019il la mène de main de maître.Elle était très rouge.Elle regardait Delcombe, qui semblait gêné.Il comprit le péril et, sans perdre le nord, \u2014 chose toujours fâcheuse pour qui dirige des affaires de bateaux, \u2014 il présenta les arrivants ; ceci fait, il ajouta tout de go : \u2014 Mademoiselle est Française.Elle s\u2019appelle Le Dorrec, de Paris.Et elle veut bien m\u2019accepter pour fiancé.Lorsque ses amis se furent éloignés, il s\u2019adressa à Micheline, d\u2019un air faussement contrit.\u2014 M\u2019en voulez-vous ?.Vous avez vécu dans la persuasion que vous alliez ccmmettre une folie.En réalité, vous connaissiez l\u2019amour vrai celui qui n\u2019a pas d\u2019arrière-pensée, et qui, au contraire, se fait une joie de se dévouer.Moi, je voulais être certain d\u2019être aimé comme je le désirais.Et je suis très difficile.Elle souriait.\u2014 Je vous montrerai que je suis plus difficile que vous.Ce sera votre châtiment.\u2014 J\u2019accepte d\u2019avance, répondit-il en lui baisant les mains.Le mieux était de retourner à l\u2019hôtel, annoncer à Mme Le Dorrec qu\u2019il ne fallait plus partir pour la France, mais pour Spalato, plus au nord sur les côtes de Dalmatie.La bonne dame fut suffoquée, mais accepta la nouvelle avec une grande présence d\u2019esprit.\u2014 Se faire passer pour un paresseux et un pauvre hère ! fit-elle avec compassion.Comment en avez-vous eu le courage ?\u2014 On les aurait tous lorsqu\u2019on espère que le bonheur sera au bout, répliqua-t-il.Bref, il fut agréé, invité à dîner le soir même.Tandis qu\u2019il retournait se changer, Mme Le Dorrec dit à sa fille : \u2014 Tout cela est très bien, Micheline.Je reconnais que c\u2019est un charmant garçon, et tu dois avouer que j\u2019avais deviné en lui, tout de suite, un être au-dessus de la moyenne.Mais prends garde.Le subterfuge qu\u2019il a employé démontre que c\u2019est un menteur.\u2014 Maman !.\u2014 Un menteur.Dans le mariage, je te conseille d\u2019ouvrir l\u2019oeil.Celui qui est capable de se dire pauvre lorsqu\u2019il est riche, est un monomane.Il est capable de bien autre chose.Ouvre l\u2019oeil.Et elle se retira sur ce dernier conseil, sans voir le sourire qui égayait Micheline.Edouard de Keyser.REMPLISSEZ CE COUPON D\u2019ABONNEMENT SELON VOTRE CHOIX Q LES TROIS MAGAZINES LE SAMEDI - LA REVUE POPULAIRE - LE FILM 1 an .(Canada seulement) $5.50 OU Can.E.-U.Q LE SAMEDI .-.$3.50\t$5.00 pour 1 an ?\tLA REVUE POPULAIRE .1.50\t2.00 \" \" \" ?\tLE FILM .1.00\t1.00 .Veuillez trouver ci-inclus, la somme de $.pour l'abonnement Indiqué d'un (X) D IMPORTANT : \u2014 Indiquez d\u2019une croix s'il s'agit d'un renouvellement Localité.Prov.POIRIER.BESSETTE & CIE.LIMITEE \u2014\t975-985, rue de Bullion, Montréal 18 Le Samedi, Montréal, 30 août 1952 31 RIEN DE Un duel étant reconnu inévitable entre Vertplumeau et un de ses anciens amis, on va sur le terrain.Il pleut à torrents.Soudain, pendant que l\u2019arbitre mesure la distance et prépare les armes, un des témoins, homme conciliant : \u2014 Est-ce qu\u2019on ne pourrait pas s\u2019en tenir là, puisque maintenant les deux adversaires sont traversés ?Le jeune Toto, apercevant un dindon qui fait la roue, vient se jeter épouvanté dans les jupes de sa mère.\u2014\tNigaud, lui dit celle-ci, tu as peur d\u2019un dindon, quand tu en vois si souvent sur la table et que tu en manges ! \u2014\tC\u2019est vrai, répond le marmot, mais celui-là n\u2019est pas assez cuit ! \u2022 L\u2019anthropophage fait la grimace en mangeant le rôti que sa femme vient de lui servir : \u2014 Jamais rien vu de si coriace, grom-melle-t-il.\u2014 Je savais bien, dit la maîtresse de maison, je savais bien que tu trouverais quelque chose de désagréable à dire.Rien que parce que c\u2019est maman ! MARIE LAURE CABANA ET JACQUES PELLETIER [ Suite de la page 3 ] qualifié par l\u2019Union qui exige un minimum de trois films.Jacques Pelletier et Marie Laure Cabana ont participé aux plus connus de nos films canadiens comme à de courts métrages ( avec les chanteuses : Gisèle LaFlèche MacKenzie, Andrée Lescot et Jane f Mallet) faits par l\u2019Office National du Film aux studios Renaissance.Si Marie n\u2019eut pas souvent l\u2019occasion d\u2019exercer son imagination pour les robes de Donalda, dans Un homme et son péché, elle se reprenait les soirs de générale en étant une des femmes les plus élégantes à la réception sur le plateau.Ils ont fait, ce printemps, un voyage d\u2019études à New-York, pendant lequel ils ont pu suivre les répétitions de programmes télévisés de la N.B.C.et de CJ3.S.Depuis leur retour, plusieurs petits programmes ont été réalisés, dont quelques-uns ont été montré au Palais du Commerce et d\u2019autres, dans les studios de Radio-Canada.Marie se sent un pouvoir magique lorsqu\u2019il s\u2019agit de transfermer un visage, comme celui de Dalmain, pour Le chant du cygne.Avec ses pinceaux, ses pots et ses postiches : faux sourcils, barbe posée par petites touches, paupières refaites, nez transformé, elle est, de nouveau, l\u2019artiste qui peint et qui sculpte.De son bureau de directeur, Jacques Pelletier dirige l\u2019équipe de dessinateurs, de décorateurs, de menuisiers, d\u2019accessoiristes et de machinistes qui travaillent sous ses ordres.Les applications et les demandes lui amènent, quelquefois, d\u2019anciens grands noms du théâtre allemand ou russe qui voudraient refaire une carrière au Canada.Pendant que Jacques se délasse en lisant des livres de sciences, pendant l\u2019hiver, et en allant à la pêche, pendant l\u2019été, Marie lit tout ce qui paraît, promène ses nièces ( puisqu\u2019elle n\u2019a pas d\u2019enfants ) et tricote, d\u2019adorables chapeaux où sa fantaisie attache des coquillages ou des pompons de laine suivant la saison.SÉRIEUX En Ecosse, comme chacun sait, le vieux costume national est toujours de mise et comporte le «kil-t» ou jupon quadrillé, pour l\u2019ordinaire de la vie comme pour les grandes circonstances.C\u2019est là une tradition et qui résiste victorieusement au modernisme, même quand la raillerie s\u2019en mêle.Justement, un petit Ecossais se chamaillait avec un jeune Anglais qui tournait sa jupe en dérision.Et les deux enfants, 'las de se dire des sottises, en étaient venus aux coups.La mère du premier intervient enfin et, non sans peine, réussit à les séparer.\u2014 N\u2019es-tu pas honteux de faire le coup de poing comme un charretier ?dit-elle à son fougueux rejeton.\u2014 Non! répond le jeune Highlander.Et je recommencerai si cet English prétend encore que les Ecossais portent le kilt parce qu\u2019ils ont les pieds trop grands pour enfiler un pantalon.\u2014\tMaman, est-ce que ça fait bien mal d\u2019être nègre ?\u2014\tPourquoi me demandes-tu cela ?\u2014 C\u2019est qu\u2019hier je me suis fait un noir tout petit au genou, en tombant, et que je souffre beaucoup.Un gros industriel de Puteaux a recueilli chez lui un neveu qui n\u2019aimant pas à s\u2019embêter et menant une existence fastueuse, vient souvent le taper.Un jour, le neveu se présente à la caisse en l\u2019absence de son oncle, qui voyage.Le caissier n\u2019ose prendre sur lui de lui remettre la somme assez considérable qu\u2019il veut se faire verser et, pour demander des instructions, il télégraphie à l\u2019oncle : « M.Gaston vient pour emprunter.Puis-je marcher ?» A quoi l\u2019oncle répond, également par télégramme : « Oui, mais sur la pointe des pieds.\u2022 X .revient de la chasse et rapporte un lièvre.\u2014 J\u2019en ai eu du mal à l\u2019avoir ! Ce qu\u2019il m\u2019a fait faire de chemin ! Alors, belle-maman, pincée : \u2014 Toutes les boutiques étaient donc fermées ?\u2022 \u2014 Madame, y a vot\u2019 mari qu\u2019a tombé avec des bouteilles dans l\u2019escalier de la cave et qui s\u2019a fait mal.\u2014 Ciel !.Est-ce en montant ou en descendant ?\u2014 En descendant.\u2014 Ah ! Dieu soit loué ! les bouteilles étaient vides ! La Vie Courante par Georges Clark \u2014 J\u2019ai pris un somnifère la nuit dernière et 11 commence tout juste à taire son effet.\u2014\tNotre benjamin est né musicien, vous dis-je, madame.Il chante et joue avec ses doigts de pied.\u2014\tAvec les doigts de pied, mais c\u2019est merveilleux, madame ! Quel âge a-t-il donc, cet amour ?\u2014 Huit mois.LE FROID [ Suite de la page 7 ] de travail pour la ménagère.En effet, cette méthode n\u2019exige que la moitié ou le tiers du temps de la mise en conserve puisqu\u2019il n\u2019y a pas de longue stérilisation à faire.La préparation des repas est moins longue puisque la cuisson est faite au préalable.Le citadin peut facilement réaliser des économies en utilisant la congélation.H peut se procurer de la viande et des produits de ferme dans le gros à moins de frais.Amateurs de chasse et pêche La congélation offre des avantages spéciaux aux amateurs de chasse et de pêche.Le gibier et le poisson pris en saison favorable, et mis immédiatement dans les casiers frigorifiques sont une aubaine pour les familles nombreuses pour qui l\u2019exclusif deviendra facilement un luxe courant sans obérer le budget familial.Mais le domaine des «Casiers Frigorifiques ï>, est surtout celui des amateurs de chasse et de pêche.Voyez-vous la différence des deux chasseurs qui reviennent l\u2019un et l\u2019autre les épaules chargées d\u2019un bel animal de 200 livres, et dont l\u2019un a loué un Casier Frigorifique, tandis que l\u2019autre n\u2019en a pas ?Le premier n\u2019a qu\u2019à entreposer le fruit de sa chasse, ce qui peut lui coûter une somme minime, et pendant des semaines il aura de la viande de premier choix pour les membres de sa famille et pour les amis qu\u2019il invitera ; quant au second, il devra se contenter d\u2019un régal copieux qui pourra se répéter plusieurs jours peut-être, mais qui ne pourra se prolonger autant que durera l\u2019entre- posage du premier.Il en est de même de l\u2019amateur de pèche H pourra fort bien revenir d\u2019une partie de pêche chargé et embarrassé en même temps, parce que, ne sachant quoi faire de son butin S\u2019il n\u2019a pas de « Casier Frigorifique » il pourra faire quelques heureux, en distribuant parmi les « amis » les douzaines de belles truites qui ont trop flirté avec son hameçon.Mais s\u2019il est lui-même friand de poisson, il ne sera que fort aise d\u2019entreposer le fruit de sa prise qui pourra régaler ses invités et sa famlile pendant bien des semaines.Visite d'un établissement Il ne nous est pas permis dans un article comme celui-ci de faire de la publicité pour tel ou tel maison de commerce.Les magasins qui tiennent des « Casiers Frigorifiques » ont, comme tous les établissements de provisions, un magasin général de viandes, poissons, légumes et fruits, mais en plus ils ont comme spécialité un département de « chambres froides ».C\u2019est là qu\u2019ils préparent et entreposent ce que leur confient les clients de leurs « Casiers Frigorifiques ».Disons qu\u2019un de ces établissements a entreposé l\u2019an dernier, 45,000 livres de viande de gibier.Le gibier est apporté par le chasseur, il est dépecé par des experts, gardé en fou-randage, empaqueté par morceau et mis en « Casier Frigorifique » et gardé pendant des semaines et des mois, jusqu\u2019à ce que le propriétaire du « casier » vienne le redemander.JOLIETTE [ Suite de la page 4 ] a-t-on vu défiler ces derniers temps des artistes comme Jobin, les Compagnons de la Chanson, les Disciples de Massenet, les Choeurs Russes, etc.A ces manifestations s\u2019ajoutent les concerts donnés, sous l\u2019aubédience des Jeunesses Musicales Canadiennes qui sont, à Joliette, très actives.Nous ne ferons pas faute de citer également, que M.Yoland Guérard, le chanteur de basse, ' que les Canadiens connaissent aussi bien que les Parisiens, un de ceux qui vont de par le monde faire connaître la haute qualité de nos artistes, est originaire de Joliette où il revient bien souvent.Trois hebdomadaires viennent souligner les activités de la ville et de la région.Ce sont L\u2019Etoile du Nord, L\u2019Action Populaire, un journal d\u2019action catholique et Joliette Journal, organe du parti Libéral.Dans le domaine sportif, la ville ne manque pas aussi de se signaler par ses équipes qui, sur l\u2019arène de Joliette, s\u2019affrontent entre elles ou avec des équipes invitées.On compte plusieurs patinoires, un golf, des tennis, enfin tout ce qu\u2019il faut pour satisfaire les besoins d\u2019une jeunesse active.Et, est-il besoin de rappeler, en terminant, que Joliette se trouve à deux pas des Laurentides qui lui offrent tous les avantages de ses pentes de ski, de ses lacs pour la pêche et la natation, de ses territoires de chasse.On vit donc bien à Joliette, puisqu\u2019il y a, pour tous, du travail et des loisirs, puisque le cadre est gai et l\u2019accès facile.G.V.Fernande Bourdeau.Celui qui ne peut pas trouver la voie vers son idéal, vit d\u2019une manière plus frivole et plus impudente que celui qui n\u2019a pas d\u2019idéal.Nietzsche Le silence dans les moments de souffrance est ce qui convient le mieux.Dryden 20,000 LIEUES SOÜSLËSlWËRS \u2022\t.r\tTrente et unième épisode Conte illustré du \"Samedi\" par JULES VERNE COURAGE MONSiEUC SOMMES CONSEIL MON DIEU, FAITES QUE LA GLACE CE DE OU SINON ?MEURS M0JI000* ghi ope'o rrund ' ' vM ?l?T ,;t ¦ Awwi1 Voyant que ses hommes sont à bout de forces, le capitaine Nemo donne l\u2019ordre à tout le monde de rentrer à bord.Le maître de la mer va jouer sa dernière carte, car aucun être humain ne saurait vivre 30 minutes de plus dans l\u2019atmosphère qui subsiste.\u2014 Incapable de bouger, le professeur Aronnax étendu sur le tapis du salon, comprend aux mouvements du Nautilus, l\u2019ultime manoeuvre que va tenter Nemo.S\u2019enfonçant dans l\u2019étroite alvéole creusée par les pionniers, le sous-marin va essayer de briser sa gangue de glace par son seul poids.Ouverts en grand d\u2019un seul coup, les ballasts s\u2019emplissent d\u2019eau.Le Nautilus s\u2019enfonce en grinçant dans la glace.Tout d\u2019abord, rien ne se produit, puis quelques craquements secs se font entendre et tout à coup, la muraille de glace cede et le sous-marin s\u2019enfonce comme une pierre ! \u2014 Mais, tout n est pas fini, car il reste encore quelques milles à parcourir.De toute la puissance de ses hélices, le Nautilus fait route vers le Nord, mais l\u2019air est tellement rare que, si dans quelques minutes, le sous-marin ne fait pas surface, cette magnifique victoire sur la glace n\u2019aura servi à rien.VOUS TENEZ TOUJOURS VOTQE IDEE D'ÉVASION, MAÎTCE MAÎTRE LAND VA BEAU COUP MIEUX! DIEU QUE \\EH BIEN,JE C'EST BON \\ M'EN sèuVIEN-PE RESPiBEC!) DOAl DE MON VOYAGE AU PÔLE SUD' h JAMAIS ! m ê ope'a Comprenant qu\u2019il n\u2019y a pas une minute à perdre, le capitaine Nemo imprime au sous-marin un rapide mouvement ascentionnel, et l\u2019étrave du Nautilus vient mordre la banquise par en dessous.Il faut passer ou mourir.\u2014 Heureusement, l\u2019épaisseur de glace n\u2019est pas suffisante pour résister à la poussée du sous-marin, et, il s\u2019est à peine immobilisé que déjà dix bras ont soulevé les panneaux du pont, et l\u2019air vivifiant se répand dans le monstre d\u2019acier.\u2014 Goulûment, nos amis respirent à pleins poumons.Oublieux du danger passé, Ned Land retrouve avec la vie, son caractère irascible et déclare que cette dernière expérience n\u2019est pas faite pour lui faire aimer le Nautilus.\u2014 Cependant, dès le lendemain, il enregistre avec satisfaction que le sous-marin poursuivant sa course vers le Nord, longe la côte d\u2019Amérique à partir du cap Horn.Il serait bien étonnant qu\u2019il n\u2019y ait pas un jour une occasion d\u2019évasion à proximité d\u2019un pays civilisé.SI MES CALCULS SONT/ APRÈS LE EXACTS, CETTE / ?Ô LE SUD, CÔTE EST CELLE / VOUS ALLEZ VOU2 DE LA TEPCE / QUE NEMO VA NOUS UN PHYcmiSJ GENCE DES PHYOTALUNES, FAMILLE DES ACTINIDIENS ! DE FEU ! ENTRAÎNER AU PÔLE NORD! fi Æ De sa randonnée au pôle Sud, Ned Land n\u2019a gardé que le souvenir de l'accident qui a failli causer la destruction du Nautilus.Aussi, surveille-t-il avec une attention particulière la navigation du sous-marin qui, remontant vers le Nord, longe les côtes de l\u2019Amérique du Sud.\u2014 Comme toujours, lorsqu\u2019un événement important ne justifie pas sa présence sur le pont ou au grand salon, le capitaine demeure invisible.Cependant, on sent que, de sa retraite, il continue à régner sur le Nautilus car, se mettant en plongée, le sous-marin poursuit sa course A CETTE VITESSE- / OUI, A CONDITION LA,NOUS SERONS/QUE LE CAPITAINE PR0TEXTA ! N'AIT PAS UNE AUTRE IDÉE EN TÊTE*.BIENTÔT AU CANADA ivi »\\SIH ht opera mund NOUS VOICI \\ HUM \u2022SES DEVANT LE EAUX NE plus grand sont pas FLEUVE DU/ ENGA-MONDE ! J GEANTES1 C'EST BIEN DOMMAGE CAC LA miNE entre deux eaux.\u2014 Pendant deux jours, nos amis n\u2019ont rien d\u2019autre à faire que de contempler par les grands panneaux du salon le spectacle merveilleux, et sans cesse changeant de la faune et de la flore sous-marine qui peuple ces eaux tropicales.\u2014 Le troisième jour, c\u2019est-à-dire le 11 avril, le Nautilus fait surface.Ned songe aussitôt à la proximité de la Guyane française, mais les eaux tumultueuses du grand fleuve, entraînées par la force du courant à plusieurs kilomètres en mer, suffisent à le décourager d\u2019entreprendre une évasion.CE N'EST PAS UNE TCE UNE RAIE ! PAIE, C'EST.% i op* ' o ATTENTION, CONSEIL ! N'Y TOUCHE; PAS ! .OU ! AU SE COUPS !.A _ MOI! CLASSE DES CAC-/ IL EST UN TILAGINEUX , / Peu TACD POUfi OCDCE DES ( t £N APEBCEVOIP CMONDOPTÉPY- ) MON PAUVBC GlENS.FAMILLE DES GAIES.GENRE DES, TORPILLES! \u2014' A proximité des côtes du Brésil, le capitaine Nemo a decide de mettre les filets à la traîne pour renouveler les provisions de vivres du Nautilus.Le professeur Aronnax et Conseil esperent toujours voir remonter un specimen d une espèce inconnue, tandis que Ned sent vibrer en lui la fibre du harponneur.\u2014 A un moment donné, le filet ramène, entre autres poissons, une sorte de raie très aplatie.Déposé sur le pont, l\u2019animal se débat avec une vigueur peu commune, et de soubresauts en soubresauts, se rapproche du bord de la plate-forme.\u2014 I2M Sans méfiance, Conseil qui, pour être habile classificateur, n\u2019en est pas moins imprudent, se précipite et saisit le poisson à pleines mains.Aussitôt, il pousse un hurlement de douleur, et tout son corps se tord dans un spasme de souffrance.Aronnax a poussé un cri d\u2019avertissement, mais trop tard.\u2014 A moitié paralysé, Conseil vigoureusement frictionné par ses amis, reprend ses esprits.Il s\u2019agit d\u2019une torpille dont le corps renferme une puissance électrique telle quelle a suffi à électrocuter le pauvre Conseil.\t(à suivre) Le Samedi, Montréal, 30 août 1952 33 LA MAGIE DE L'OUEST 1.Nos jeunes amis avaient donc attelé la mule à la roche et quand ce fut fait ils aidèrent l\u2019animal.Lentement, l\u2019énorme bloc se souleva et le vieillard put se dégager.Heureusement il était indemne.ma 2.Dan Magee, tel était le nom de l\u2019homme qu\u2019ils venaient de sauver, leur expliqua qu il possédait une petite cabane non loin de là et les y invita cordialement à s\u2019abriter et à manger.Ils acceptèrent.3.Ils se rendirent en peu de temps à la modeste demeure et, tandis que Françoise et Li préparaient le repas, Max expliquait leur aventure au vieillard qui s\u2019exclama :\t« Pine Creek ?Mais c est très loin ! » 4.Us s\u2019installèrent ensuite devant un bon repas et Max expliqua encore comment ils avaient de-couvert que le cousin de leur oncle était un chef de bande et raconta ce qu\u2019ils avaient dû faire pour lui échapper.\t\u2022 5.«Mais pourquoi ne veut-il pas que vous rejoigniez votre oncle ?» demanda le vieux.« C est le mystère que nous ne sommes pas encore parvenus à élucider » répondit Françoise.Là-dessus ils allèrent se coucher.CONTE ILLUSTRE DU \"SAMEDI' TREIZIEME EPISODE 6.Nos trois amis étaient bien contents de pouvoir enfin se reposer et ils sombrèrent tôt en un sommeil si profond qu\u2019ils ne virent pas un homme à la mine mauvaise qui les regardait par la fenêtre.7.Voyant que tout était calme, l\u2019homme ouvrit la fenêtre en silence et s\u2019infiltra sans bruit dans la maison.A coup sûr, ses intentions n\u2019étaient pas louables.Mais tous dormaient profondément.8.Tout à coup Pedro, c\u2019était son nom, marcha sur une latte de plancher qui résonna comme un coup de feu.Dan s\u2019éveilla et vit l\u2019étranger qui s\u2019avançait sur lui.Il voulut prendre un revolver.9.mais l\u2019autre bondit pour lui porter un coup qui fit voler le revolver hors de sa main.Ensuite, le bandit lui appliqua un solide crochet à la mâchoire.Le pauvre vieillard sombra dans l\u2019in- tendait plus que des pas sur le plancher.10 Ce fut le cri de Dan qui réveilla les deux jeunes garçons: «Qu\u2019est-ce que c\u2019estT» dit Max, «on dirait la voix du vieux Dan».Mais on nentendait plus que des pas sur le plancher.11.Les deux compagnons se levèrent sans bruit et s\u2019approchèrent de la porte ouverte pour voir un spectacle désolant : Dan gisait inconscient sur sa couchette tandis que le voleur tirait un sac d\u2019une cachette sous le plancher, le trésor de Dan ! 12.Un moment interdits et figés par la surprise, ils bondirent ensemble vers le milieu de la pièce, sans la moindre peur.Pedro tira son arme et fit feu sur la lampe, les plongeant dans l\u2019obscurité.(à suivre dans le prochain numéro) ii i'l ii.iriüniPim rm 34 Le Samedi, Montréal, 30 août 1952 LE FANTÔME s .m K3 mmm ÜK 1.Le Fantôme rit de nouveau sous cape.Il a tenu parole, et, maintenant que les deux limiers étaient impuissants à intervenir, le diamant Bourks était à sa merci.Il fouilla d\u2019abord dans le coffre-fort, pour constater qu\u2019il n\u2019était pas là.Mais il ne devait pas faillir.2.Il était venu chercher le diamant, et n\u2019avait pas l\u2019intention de partir sans lui.Pendant une demi-heure il examina les moindres recoins de la pièce, vidant même la bibliothèque.Mais nulle trace du diamant, et alors \u2014 il remarqua l\u2019horloge.3.«Elle s\u2019est arrêtée juste avant onze heures et demie ! » marmotta-t-il.« Maintenant il est minuit ! Je me demande pourquoi elle s\u2019est arrêtée ! » Déposant l\u2019horloge sur la table il l\u2019ouvrit par-derrière \u2014 le diamant Bourks se trouvait là où Stéfan l\u2019avait caché pensant qu\u2019il serait en sûreté ! rninirm wO/hW ¦Wr 4.« Le Fantôme finit toujours par triompher ! » dit l\u2019intrus d\u2019une voix triomphante.Il éleva le diamant devant les deux limiers encore sous l\u2019effet du rayon paralysant.Soudain la porte fut poussée et Brutus entra.5.C\u2019était la dernière chose que le Fantôme prévoyait, et le chien flaira aussitôt que quelque chose clochait.Il fit entendre un grognement sourd et sauvage, puis bondit à travers la pièce sur l\u2019intrus, qui, avec un sursaut, alla s\u2019affaler sur le plancher.TTCT 6.Brutus fut vite sur lui, les griffes sur la poitrine du Fantôme, la tête penchée au point que le coquin pouvait sentir sa chaude haleine.Mais Stéfan et Charles pouvaient seulement regarder, impuissants à intervenir.CONTE ILLUSTRE DU \"SAMEDI' TREIZIEME EPISODE 7.Pendant quelques instants, le silence régna dans la chambre, interrompu seulement par les grognements menaçants de l\u2019animal faisant la garde au-dessus du Fantôme.Il semblait aussi impuissant que Stéfan et Charles, paralysés par le rayon meurtrier.Alors, il tenta sa chance.8.Saisissant Brutus à la gorge d\u2019une étreinte vicieuse, il retint l\u2019animal quelques instants, puis, d\u2019une poussée formidable, le lança loin de lui à travers la pièce.Comme Brutus s\u2019écrasait au plancher le Fantôme sauta vite sur ses jambes \u2014 id= i.,iW If \u2022~mr 9.Et bondit vers la fenêtre ouverte.Dehors pendait le câble qui lui avait servi pour entrer, et son dessein maintenant était de s\u2019échapper par la même voie.Mais Brutus n\u2019était pas encore fini.Il bondit à son tour à travers la chambre, et saisit à pleines mâchoires le bas du paletot du Fantôme.10.Les pattes de devant tendus ferme, le chien chercha à retenir le filou ! Le Fantôme gronda de rage, et se tortillant convulsivement il glissa net de son pardessus.Et cela si vite, que Brutus tomba à la renverse le vêtement entre ses crocs.¦ A.V\u2014 11.Avant qu\u2019il ne puisse rattraper l\u2019homme, le Fantôme glissait le long du câble.Mais il fut aperçu par un constable debout sur le coin, et à peine ses pieds touchèrent-ils le pavé, que l\u2019officier lança un cri et se mit à courir vers lui.unc^gr 12.Durant ces quelques minutes l\u2019effet du rayon sur Stéfan et Charles avait disparu.Et le premier mouvement de Stéfan fut d\u2019enlever le diamant Bourks de la poche du pardessus du Fantôme.Puis lui et Charles regardèrent par la fenêtre.(d niivre) s i lK*!Sai£>'; ÇA LES CONNAiT ! Après la traditionnelle course des garçons de café, voici celle des tonneliers qui font une compétition originale pour le plus grand plaisir des Parisiens.Ils en profitent tant que les tonneaux sont encore vides.car la nouvelle récolte n\u2019est pas loin.Tout ce qui touche, de près ou de loin, au vin intéresse passionnément les Français.Dès le mois de juin on scrute le ciel et l\u2019on appelle le soleil en renfort pour s\u2019assurer une récolte de qualité.Mais la vigne n\u2019est pas tout : un bon vin doit être soigné et chéri jusqu\u2019au moment de le porter à ses lèvres, selon les règles de l\u2019art.Le tonneau, par exemple a une importance capitale.H ne doit à aucun prix prendre une odeur de moisi ou se laisser gagner par la pourriture.Il est fait dans un bois qui donnera au vin une bonne part de son bouquet.Le vin, une fois fermenté est mis dans un premier tonneau et le vigneron suivra jalousement son évolution pour être prêt à le soutirer dès qu\u2019il en manifestera le besoin.Souvent il faut le soutirer, c\u2019est-à-dire le passer d\u2019un récipient dans l\u2019autre, plusieurs fois au cours de l\u2019hiver.Puis, au mois de mars, quand la lune est favorable, on mettra le vin en bouteilles.\t^ La corporation des tonneliers est donc particulièrement florissante en France.Chaque village compte son artiste qui travaille selon des méthodes séculaires, amoureusement.Aujourd\u2019hui, la machine est venue les dégager d\u2019une des tâches les plus délicates, puisque les lattes de bois sont faites mécaniquement.Il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019il faut avoir l\u2019oeil exercé pour trier le bois et cercler la barrique de manière qu\u2019elle n\u2019ait aucune voie.de vin.Voici une branche de l\u2019artisanat français qui n\u2019est pas prête de disparaître.LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LTEE Membres de l'A.B.C., et de l'Association des Magazines du Canada LE SAMEDI \u2014 LA REVUE POPULAIRE \u2014 LE FILM 975-985, rue de Bullion, Montréal 18, P.
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