Le samedi, 1 juin 1947, samedi 7 juin 1947
[" \u2022 > h h Ï»*V /, y*/U', \u2022'/ uf-\\ f.¦nu', ', Wi?-® '¦jri/, ¦tu -, ¦ II).'-' « i ¦-> ¦agi' *'¦\"\t:.v .v ¦*:\t\u2022' 1 >, : : \u2022 % \u2022 \u2018 ¦ * \u2022* V \u2022\u2022-\t**%%**{** \u2022\t*' *»^4 ÿ \u2018 r! v * & ï$\t' ' *\\ \u2018f&ïtih **ufei** h*.**\\S\t4 \u2018** tfi\u2019tffj'* > tTV*üfc:'4 4 .* ry.?*?#%S- s \u2018 ' bonne qualité et utilisées avec autant d'ingéniosité et d'imagination.Photo prise LE SILEX ET LA BRIQUE A L'HONNEUR à Little Walsingham, dans le Norfolk.L'architecture de l'Est Anglie mfaV:i % f.v C2B39J Par JOHN SUMMfRSON IMembre associé de l'Institut des Architectes britanniques! Ci-contre, l'église paroissiale de Wymenelham, dans le Norfolk, construite comme tant d'autres, de silex adroitement cimenté.Ce type d'église contient généralement à l'intérieur des jubés de bois sculpté et peint, des plafonds de bois et des bancs aux formes raffinés et parfaites.On y trouve des baptistères d'un dessin admirable dont les sculptures rivalisent avec tout ce que les musées de Londres peuvent offrir.pierres d\u2019angle de la structure.Parfois, particulièrement dans le Suffolk, on s\u2019est passé complètement de pierre, et les tours, faites avec du silex, ont une forme circulaire sans arêtes.Cette construction de silex est souvent fort belle.Dans les types les plus simples, le silex est employé sous sa forme naturelle ; dans les églises aux lignes plus recherchées, il est taillé pour obtenir une surface unie formant un carré de % de pouce de côté.Ce travail qui ressemble un peu à une mosaïque, est quelquefois employée en forme d\u2019incrustation d\u2019un dessin extrêmement délicat à l\u2019intérieur d\u2019un motif de pierre, le tout constituant une bande qui entoure l\u2019église à sa base et qui reproduit des signes héraldiques ou des monogrammes sacrés.La taille du silex est un art du 15ième siècle qui a survécu presque jusqu\u2019à nos jours, mais sous une forme plus grossière.Ces églises du Norfolk sont pleines de lumière, les fenêtres occupant plus de surface que les murs.Beaucoup ont à peine changé depuis leur construction car la région échappa aux rigueurs des troubles religieux des 16e et 17e siècles.Elles contiennent des jubés de bois sculpté et peint, des plafonds de bois et des bancs d\u2019oeuvre aux formes raffinées et parfaites.Parfois, dans la plus humble église on trouve un baptistère d\u2019un dessin admirable dont les sculptures rivalisent avec tout ce que les musées de Londres peuvent offrir.Chaque église s\u2019élève dans un cimetière et chaque cimetière est un trésor d\u2019art local.Ses stèles funéraires, dalles de pierre posées verticalement, à la tête de chaque tombe, portent d\u2019élégantes inscriptions et de petits panneaux\t[ Lire la suite page 42 ] presque dénué d\u2019arbres.Chaque village possède son église, et chaque église a sa tour.Ces hautes tours forment les traits les plus mémorables de cette partie de l\u2019Angleterre.Elles furent, pour la plupart, construites ou rebâties au 15ième siècle.Elles s\u2019élèvent d\u2019un jet au-dessus de la plaine.Des cloches pendent à leurs étages supérieurs et le dimanche leur musique qui s\u2019égrène de village en village, pénètre toute la campagne.Il y a peu de pierre dans l\u2019Est-Anglie ; aussi les églises et les tours sont-elles construites de silex adroitement cimenté.La pierre (importée des comtés des Midlands par voie d\u2019eau) sert seulement pour les \u2014I i!»£ *V, N, ¦i, ; Ca et là par l\u2019image Ci-dessus, une voiture de course de 480 c.v.construite par des experts nazis et achetée par l'industriel Thomas Lee.On croit qu'il l'a payée entre $25 000 et $30,000 et qu'il se propose de l'entrer dans la fameuse course qui a lieu à Indianapolis.\u2014 Ci-dessous, des adorateurs du soleil, venus de toutes les parties du monde, s'assemblent, au matin de Pâques, dans le fameux Hollywood Bowl, pour attendre le lever de l'astre roi.\"'T*'1\u201d **\"' sss* ** OP 3JSSS.® »* *«i*îr*s I %** 4* V - '\t* ** m *64.1^ %t \"S- Ci-dessus, l'Amiral BYRD présente au secrétaire de la marine.JAMES FOR^STAL.un pingouin impérial qu'il a rapporté des régions antarct.ques - C.-dessous^ MILTON REYNOLDS de Chicago et ses deux pilotes, quitten MiLiun\t____li.\tnutour du monde.Ci-dessous, des prisonniers libérés du camp d'horreur de Buchenwald, revêtus de leur livrée nazie, célèbrent à Paris le deuxième anniversaire de leur délivrance.rfj Ci-dessus, une scène prise sur un ranch de Californie.On jugera de sa prospérité, si l'on considère que cette photo nous présente deux frères jumeaux : CARY et GARY, avec deux veaux jumeaux et deux petits chiens également de la même portée.De ces trois coincidences, le phénomène le plus rare est celui des veaux., iff Ci-dessus, Sa Sainteté PIE XII s'entretient familièrement avec un groupe de jeunes cyclistes qui viennent de prendre part à la course classique de 244 kilomètres : Giro del Lazio.Le vanqueur de cette course a été Michele Motto Pie XII distribue ici des médailles à plusieurs des champions-cyclistes de ce groupe.m y.I Ci-dessus, au Basutoland, on confère à des soldats indigènes les décorations O.B.E., c'est-à-dire de l'Ordre de l\u2019Empire Britannique.\u2014 Ci-contre, à gauche, ce colosse pèse 450,000 livres, coûte $20,000,000, est muni de huit moteurs géants et d'un générateur d'une capacité de 28,000 chevaux.On assure que l'Hercule, un nom bien mérité, pourra transporter 750 soldats équipés de pied en cape.\u2014 Ci-contre, à droite, l'un des numéros les plus applaudis d'un grand cirque américain : un Français, nommé MARC NATAL, costumé en singe de haute taille, provoque les rires et les applaudissements de la foule, en exécutant des tours d'adresse et des gamineries.r ' * Ci-contre, photo de gauche.BOGART en 1924.A.centre, trois ans plus tard, sur la scène, le caractèr.,e précise, la personnalité devient plus volontair.Ci-dessus, en 1928.toujours sur Broadway, on le retrouve un tantinet \"sophistiqué\".\u2014 Ci-dessous, en 1929, la \"manière\" d'HUMPHREY BOGART évo*u* considérablement avant d'entrer au cinéma 10 k» te BIOGRAPHIE EN PHOTOS Ci-contre.HUMPHREY BOGART tel qu'il est aujourd'hui.Revolver au poing, parlant péremptoirement au téléphone sur un ton saccadé.Il est prêt à faire feu sur le premier adversaire qui se présentera.En un mot.c'est le \"mauvais garçon\" de l'écran, au caractère indomptable.Ce dernier genre semble connaître une vogue toujours croissante, parce que le type accompli du \"mauvais garçon\", comme dit la chanson, \"sait vous donner le grand frisson\".Au demeurant.Bogart, dans la vie courante, est un homme du monde chez lequel l'aménité fait un aimable contraste avec sa personnalité si dy-namiaue.\tPhotos White Studio et Warner.Non, crovez-nous-en, il n\u2019est vraiment pas si méchant que nous le voyons à l\u2019écran Il y a même des gens qui le connaissent bien et qui affirment qu\u2019il a un caractère fort agréable, mais ces gens-là n\u2019étaient pas au nombre des journalistes qui se sont risqués à critiquer la façon de jouer, ou plus exactement de ne pas jouer, de sa femme.Lauren Bacall, dang Confidential Agent.Bogart, un nouveau marié qui n\u2019est pas un jeune marié, a très mal pris la chose et il a protesté que si Lauren Bacall n\u2019avait pas mieux réussi c\u2019est que le rôle qu\u2019on lui avait donné ne lui convenait pas du tout.Depuis cette mésaventure, il paraît que Bogart insiste pour que sa femme ne joue qu\u2019à ses côtés.On peut se demander si cette condition sans réplique lui portera bonheur.On a connu bien des ménages d\u2019acteurs qui ne se séparaient pas.Dans le cas de Charles Laughton et d\u2019Eisa Lanchester, ce fut un succès.Dans celui de Sir Martin Harvey, c\u2019était moins avantageux, mais il était bien difficile de refuser quelque chose au remarquable interprète de Dickens.\t_\t,\t.Pour en revenir à Humphrey Bogart, disons que son désir a été realise, tout dernièrement, par les studios Warner Bros.Lauren Bacall et lui sont les vedettes du film policier, The Big Sleep.Les deux époux s\u2019embrassent longuement, et cela dans des conditions qui »e prêtent mal aux démonstrations.Bogart est en bras de chemise mouillée de sueur ligoté et assis par terre.Il vient d\u2019être à demi assommé et il a du sang aux commissures des lèvres.C\u2019est le moment que Lauren Bacall choisit pour ôter la cigarette à son partenaire et baiser ses lèvres tuméfiées.Si aujourd\u2019hui Bogart est le type accompli du gangster ou du vilain, si l\u2019on préfère, il n\u2019en fut pas toujours ainsi.Il a débuté dans des rôles assez anodins.C\u2019est à partir du jour où, dans The Petrified Forest, il incarna un tueur professionnel qu\u2019il s\u2019est spécialisé dans ce genre Ses films les plus importants furent : High Sierra, They Drive by Night, The Maltese Falcon, Conflict qui, du moins, avait un côté psychologique, et trois films se rapportant à la lutte entre les gens de Vichy et les forces de la résistance : Casablanca, Passage to Marseille, To Have and Have Not, ce demier basé sur le célèbre roman de Hemmingway HUMPHREY BOGART Histoire d\u2019artistes # Nouvelle par MARIE MISSIR-SAPET Dessin de JEAN MILLET Il épaula son violon, leva son archet et ce fut un enchantement ! Il Les chanteurs albanais au costume blanc rehaussé de broderies d\u2019or, achevaient une mélopée aux notes suraiguës qui, rythmée par les sons de la guzla, et à certains instants par les coups sourds du daoul, (tambourin), faisait crisser les nerfs des auditeurs, leur donnait une impression bizarre tragique .Et quand le silence se fit, il sembla qu\u2019on se trouvait soudain transporté dans un désert.Tahir Pacha se retourna alors vers ses invités, et leur dit, dans un français impeccable : \u2014 J\u2019ai tenu à vous donner, mes chers amis, un échantillon de notre musique orientale, musique à laquelle nous sommes habitués, nous autres Turcs, mais qui a dû certainement, heurter les oreilles de plusieurs d\u2019entre vous.Des protestations polies, quelques-unes sincères, s\u2019élevèrent : \u2014 Mais quelle idée ! \u2014 C\u2019est une musique au charme spécial.\u2014 Nous sommes enchantés de l\u2019avoir entendue.\u2014 Très correct dans sa longue redingote noire, et le fez rouge qu\u2019il était d\u2019usage, à cette époque-là, de porter même chez soi, le Pacha s\u2019inclina : \u2014 Je vous remercie de vos aimables paroles.Vous allez entendre, maintenant, un violoniste polonais, qui se trouve de passage à Constantinople et possède, à mon avis, beaucoup de talent.Après avoir salué gravement d\u2019un temelah, (salut turc qui consistait à porter la main à terre, puis à la bouche et au front), un à un, les musiciens albanais s\u2019étaient retirés, et on vit apparaître, à leur place, sur la partie légèrement surélevée, qui formait une espèce de scène, dans le vaste salon du sélamlik, un jeune homme élancé, maigre et pâle, aux cheveux embroussaillés, aux yeux verts, fiévreux, aux gestes un peu saccadés.Il épaula son violon, leva son archet et ce fut un enchantement.L\u2019instrument chantait, riait, pleurait, évoquait les steppes lointaines, des amours farouches, des joies ardentes, des souffrances cruelles .\u2014 N\u2019avais-je pas raison ?demanda Tahir Pacha, lorsque le morceau fut terminé.\u2014 C\u2019est un génie ! s\u2019exclama une dame.\u2014 Un nouveau Paganini, répliqua une autre.\u2014 Un futur maître de la musique, ponctua un grave diplomate.Habillée d\u2019une robe de velours ponceau, une fillette brune, d\u2019une huitaine d\u2019années s\u2019élança vers le musicien en pleurant à chaudes larmes.\u2014 C\u2019est beau ! fit-elle.Joue encore.\u2014 Voilà le plus touchant hommage pour un artiste, déclara un général étranger.Le jeune Polonais s\u2019était penché et caressait les boucles d\u2019ébène.\u2014 Vraiment, cela vous a plu, mignonne ?\u2014 Ma fille est une sensitive, dit le Pacha en s\u2019avançant.\u2014 C\u2019était beau! Joue encore, répétait la fillette extasiée.\u2014 Pour aimer autant la musique à cet âge, elle esl certainement douée.Ne négligez pas son talent, Excellence, conseilla le violoniste.Tahir Pacha avait pris un air froid.\u2014 Oh ! chez nous, vous savez, dans les harems ça n\u2019a pas grande importance.Tout de même, je lui ferai donner des leçons.Cela l\u2019occupera, quand elle aura pris le Tchartchaff.\u2014 Pauvre petite Cremzigul, murmura une langoureuse Italienne à l\u2019oreille d\u2019une flegmatique Anglaise, si elle possède une âme passionnée, elle aura à souffrir plus tard avec la vie cloitree qui lui est réservée Rubalié Hanoum, la grand-mère de Cremzigul.qui avait suivi toute la scène par un trou adroitement pratiqué dans la boiserie qui séparait le sélamlik du haremlik, bouillonnait de colère.\u2014 Cette enfant me donnera un coup de sang, ho-queta-t-elle.Se faire caresser les cheveux par un giaour, un chien de chrétien, quelle horreur ! Ah ! qu\u2019il me tarde de la voir tchartaffée, loin du monde qui l\u2019attire, de la musique qui la fait trembler.A quoi bon lui donner des leçons, je me le demande ?Si mon fils tient absolument, elle aura pour professeur une religieuse ou personne.Là, par exemple, je serai inflexible ! Ah ! voilà le giaour qui recommence à jouer.Il a obéi à notre petit monstre.Je ne sais vraiment quelle idée a Tahir Pacha de donner des fêtes, en invitant les membres des colonies étrangères Elle se retourna furieuse, s\u2019empêtra dans son chal-var, (pantalon bouffant), [ Lire la suite page 37 ] Dessin de JEAN MILLET Maintenant, mademoiselle, reposez-vous ! Tout danger a disparu ! TRISTE AFFAIRE Par groupes nombreux, les voyageurs se hâtaient le long du quai de la gare de Lyon.Dans quelques instants, le train de 18 h.35 à destination de Melun, Fontainebleau et Moret partirait.Déjà les compartiments étaient aux trois quarts pleins.Penchée à la .portière d'un wagon de première classe, Simone Dorville, une jolie blonde de vingt ans, surveillait attentivement l\u2019entrée des quais.Soudain, son visage s\u2019éclaira.Là-bas, un jeune homme apparaissait, en courant, et Mlle Dorville agita son mouchoir afin d\u2019attirer ses regards.Le survenant l\u2019aperçut et en quelques élans, il fut devant elle, escaladant le marche-pied.\u2014 Ah ! Simone, j\u2019arrive à temps ! Je craignais de vous manquer ! Tout à l\u2019heure en arrivant chez moi, au sortir du bureau, j\u2019ai trouvé votre petit mot ; ainsi, vous êtes obligée de vous rendre à Barbizon ?.expliqua-t-il, un peu haletant.-\u2014Oui; j\u2019ai reçu en fin d\u2019après-midi un coup de téléphone de ma belle-mère !.Mon père est, paraît-il, gravement malade et me réclame d\u2019urgence ! \u2014 En ce cas, vous auriez dû venir me trouver !.Je vous aurais conduite là-bas avec ma voiture ! \u2014 D\u2019abord, je ne voulais pas vous déranger durant vos heures de travail ! Enfin, ma belle-mère me priait de prendre ce train de 18 h.35 !.Une auto m\u2019attendra à la gare de Melun !.Charles Tixier approuva d\u2019un signe de tête.C\u2019était un grand jeune homme, approchant de la trentaine, à la physionomie intelligente, aux cheveux châtains foncés, aux grands yeux noirs qui devenaient singulièrement doux lorsque ceux-ci se fixaient sur Simone.Rien qu\u2019à les voir ainsi, en face l\u2019un de l\u2019autre, on comprenait qu\u2019ils s\u2019aimaient tendrement et que cette séparation leur coûtait infiniment.\u2014 Pensez-vous rester longtemps à Barbizon ?.s\u2019enquit encore Charles.\u2014 Je l\u2019ignore !.Tout cela dépendra de l\u2019état de santé de mon père ! En tout cas, je vous tiendrai au courant, soit par lettre, soit par téléphone ! \u2014 Entendu ! Mais un coup de sifflet prolongé retentissait, annonçant le départ du convoi et, la seconde suivante, celui-ci s\u2019ébranlait lentement.En un geste charmant, Simone tendit à Tixier ses petites mains dégantées, qu\u2019il porta à ses lèvres ; après Récit policier par PAUL DARGENS quoi, sur une prière de la jeune fille, il sauta lestement sur le quai.Longtemps, il demeura là, suivant des yeux la tache blanche que formait le mouchoir de Mlle Dorville.Enfin, tout se brouilla, disparut dans la nuit et, relevant le col de son pardessus par cette soirée de novembre singulièrement fraîche, Charles Tixier quitta la gare à pas lents, afin de rentrer chez lui, rue du Sommerard.Il avait justement un travail à terminer, l\u2019épure d\u2019une machine hydraulique qu\u2019il lui fallait mettre au point pour le compte de l\u2019usine d\u2019Issy-les-Moulineaux, où il était employé en qualité d\u2019ingénieur ; ceci l\u2019aiderait à passer le temps.Cependant, blottie dans l\u2019angle de son compartiment où trois autres voyageurs, deux messieurs et une vieille dame, avaient pris place, Simone se laissait aller à une douce rêverie.Ses voisins lisaient des journaux, la vieille dame croquait des bonbons, nul ne s\u2019occupait de la jeune fille.Par la pensée, elle suivait Charles, son fiancé, à travers les rues de Paris.Leur amour datait de près de deux années et s\u2019il ne s\u2019était jamais démenti, en revanche, il leur avait valu déjà nombre de mécomptes, de complications.Tixier était sans fortune, si bien que M.Dorville, le père de Simone, un riche financier, avait déclaré qu\u2019il ne consentirait jamais à cette union.Sa seconde femme, Suzanne, laquelle n\u2019avait jamais pu souffrir sa belle-fille dont elle jalousait la joliesse, l\u2019encourageait sournoisement en cette résistance.Mais Simone était une de ces jeunes filles modernes qui savent vouloir ce qu\u2019elles désirent.A la mort de sa mère, survenue alors qu\u2019elle n\u2019était qu'une enfant, Albert Dorville s\u2019était débarrassé d\u2019elle en la plaçant dans un pensionnat dont elle n\u2019était sortie qu'à l\u2019âge de dix-huit ans.Au reste, il ne s\u2019était jamais soucié d\u2019elle, si bien que leurs rapports étaient dénués de tendresse.Certes, Simone n\u2019aurait pas mieux demandé que de Chérir son père mais celui-ci ne semblait point le désirer.Pris par ses affaires, par la vie mondaine qu\u2019il menait pour faire plaisir à sa seconde femme, il n\u2019avait jamais répondu que par une froideur indifférente aux timides avances de la jeune fille.L\u2019amour que cette dernière éprouvait pour Charles Tixier avait achevé de tendre les rapports existant entre eux.Après une scène violente, Simone avait quitté le logis paternel où il n\u2019y avait point de place pour elle, et était venue s\u2019installer à Paris, dans une pension de famille du quartier Latin, rue Saint-Jacques.Elle voulait poursuivre ses études, préparer sa médecine.Albert Dorville avait accueilli cette décision avec un haussement d\u2019épaules.\u2014 Fais donc à ta guise !.Après tout, cela te regarde ! avait-il déclaré.Simone ne l\u2019avait point revu depuis plusieurs mois.Il fallait que le financier se sentît gravement malade pour se, souvenir qu\u2019il avait une fille; aussi l\u2019étudiante s\u2019etait-elle hâtée d\u2019accourir à son appel.Cependant, le convoi, poursuivant sa course rapide, approchait de Melun.Bientôt, un coup de sifflet annonça qu\u2019on arrivait en vue de la station, et le train s\u2019était à peine immobilisé que Simone sautait lestement sur le quai.Au sortir de la gare, elle aperçut Valentin, le chauffeur de son père, qui semblait la guetter.Vivement, elle marcha a sa rencontre et ses premières paroles furent une interrogation : Bonsoir, Valentin !.Comment va mon père ?, \u2014Hum!.Mademoiselle.Pas trop mal! répliqua le chauffeur qui avait mis sa casquette à la main.Monsieur a une petite bronchite !.Pour moi, j appellerais cela un gros rhume ! Monsieur est solide et il aura tôt fait de se rétablir !.\u2014 Vraiment ?murmura Simone, sans cacher sa surprise.Je croyais son état plus grave ! Enfin cela vaut mieux ainsi ! Le Samedi, Montréal, 7 juin 1947 13 \u2014 Oh! vous savez, mademoiselle, Monsieur est douillet !.Et puis Madame s\u2019est inquiétée tout de suite.Tout en parlant de la sorte, le chauffeur avait ouvert la portière de sa voiture, une puissante auto de marque, au capot démesuré.Sans répondre, Simone y monta et Valentin, ayant refermé la portière, s\u2019installait au volant.L\u2019instant d\u2019après on démarrait, filant rapidement en direction de Barbizon, où était située Les Roches, la luxueuse propriété des Dorville.On ne mit que quelques minutes à.l\u2019atteindre.Valentin marchait grand train, en homme qui connaît parfaitement la route.Laissant l\u2019agglomération sur la gauche, le chauffeur prit un chemin circulant entre les villas et, peu après, il arrêtait sa voiture au seuil d\u2019un perron de quelques marches précédant une vaste construction de pierres blanches.C\u2019était Les Roches.En arrière se développait un petit parc planté de beaux arbres et clos d\u2019une haie.Une venelle peu fréquentée le séparait de la forêt de Fontainebleau.Simone ayant mis pied à terre pénétra dans un vestibule et tendant sa petite valise à une femme de chambre accourue, elle s\u2019enquit : \u2014 Mon père ?.\u2014 Monsieur et Madame attendent Mademoiselle dans le boudoir bleu, au premier étage ! \u2014 Merci ! Maintenant, la jeune fille escaladait un large escalier aux marches recouvertes d\u2019un épais tapis.Comme elle débouchait sur le palier, une porte s\u2019ouvrit et une jeune femme de trente-cinq ans environ, très jolie, très fine, se montra.C\u2019était Mme Suzanne Dorville.Elle était vêtue d\u2019une élégante robe d\u2019intérieur de soie bleu-nuit qui contrastait singulièrement avec la mise sombre, presque simple de sa belle-fille.\u2014 Ah ! vous voici, Simone ! articula-t-elle avec un sourire de commande.J\u2019espère que vous avez fait bon voyage ?\u2014 Excellent, madame ! Au reste, Melun est si près de Paris .Ces répliques banales s\u2019échangeaient sur un ton de froideur glacée.Sur les pas de sa belle-mère, Simone pénétra dans le salon bleu, un exquis boudoir dépendant de l\u2019appartement de celle-ci.Son père était là, installé dans un fauteuil, des piles de journaux à portée de sa main.Il se drapait dans une robe de chambre de couleur brune et montrait cm visage dolent.Au physique, c\u2019était un homme de cinquante-cinq ans, à la carrure puissante, au regard dur, autoritaire.Comme Simone s\u2019approchait, il se souleva péniblement et, ayant effleuré d\u2019un baiser rapidfe la joue de la jeune fille, il se laissa retomber sur son siège, en proie à une quinte de toux.\u2014 Ah ! ma pauvre petite, cela ne va pas du tout ! entreprit-il d\u2019expliquer une fois l\u2019accès calmé.J\u2019ai pris froid l\u2019autre semaine et depuis je n\u2019arrive pas à me remettre ! « J\u2019avais un gros désir de te voir ; c\u2019est pour cela que je t\u2019ai fait téléphoner !.J\u2019espère ne pas t\u2019avoir trop dérangée !.\u2014 Mais non, père, coupa Simone.Vous avez bien fait ! Tout en parlant, elle examinait le malade.Valentin avait raison, il ne semblait point aussi souffrant qu il le prétendait.\u2014 Vous avez vu le docteur?s\u2019enquit-elle.\u2014 Assurément! riposta Suzanne en haussant imperceptiblement les épaules afin de marquer combien cette question lui semblait saugrenue.Il vient tous les deux jours .Il a prescrit à votre père des cachets, une potion calmante, suspendant toute sortie jusqu\u2019à nouvel ordre.\u2014 Très bien ! Sous peu, il sera rétabli ! affirma la jeune fille avec un sourire.\u2014 J\u2019y compte bien ! Néanmoins, cela m aura rudement secoué, soupira le financier.Ah ! ma pauvre Simone, je vieillis, vois-tu !.Jadis, je ne me serais point soucié d\u2019une chose pareille ! \u2014 Et vous auriez eu tort, père !.Il ne faut jamais négliger une bronchite.\u2014.C\u2019est ce que le docteur Duvivier nous a dit, jeta Suzanne qui s\u2019était assise, non loin de là, et avait repris son ouvrage de broderie.A son tour, Simone prenait une chaise sur un signe de Dorville, et celui-ci, après une nouvelle quinte de toux quelque peu forcée, reprit, bonhomme : \u2014 Tu as un air de prospérité qui fait plaisir à voir, ma fille ! \u2014 En effet, je me porte bien ! \u2014 Et tes études ?.__Cela marche ! répondit la jeune fille, un peu surprise de tant de sollicitude.\u2014 La médecine te plaît toujours autant ?\u2014 Toujours!.Je trouve cela une chose passionnante ! \u2014 Tant mieux ! Dans l\u2019avenir, quand je serai malade, je compte sur toi pour me soigner ! Entre ces trois personnages si différents les uns des autres, il y eut une minute de silence gêné.I! semblait qu\u2019Albert Dorville ne sût plus quoi dire.A la fin, il reprit cependant : \u2014 J\u2019espère que tu es bien dans ta pension de famille ?\u2014 Oui, tout le monde est très gentil pour moi ! \u2014 Comment passes-tu tes soirées ?\u2014 Souvent je travaille !.Je prépare mes leçons pour le lendemain ! Puis, je vais au théâtre, au cinéma ! Je me suis fait des camarades à la Faculté.\u2014 C\u2019est fort bien ! J\u2019imagine que tu sors avec des jeunes filles de ton âge ! \u2014 Fréquemment, en effet ! Parfois, c\u2019est M.Charles Tixier qui m\u2019accompagne ! répliqua bravement Simone, à qui l\u2019intention de son père n\u2019avait point échappé.Celui-ci fronça le sourcil, réprimant mal un geste d\u2019impatience.\u2014 Tu vois toujours ce monsieur?\u2014 Assurément, puisque nous sommes fiancés ! \u2014 Ah ! Simone, Simone ! Tu as donc juré de m\u2019exaspérer ?Tu sais bien que je ne veux point entendre parler de ce mariage ! \u2014 Pourtant, père, si mon bonheur en dépend ! \u2014 Le bonheur, le bonheur !.Tu le rencontreras aussi bien dans une autre union mieux assortie ! \u2014 J\u2019aime Charles Tixier et non un autre ! fit nettement la jeune fille.-\u2014 Ce garçon n\u2019est qu\u2019un intrigant qui vise ta fortune, je te l\u2019ai dit cent fois !.Si tu étais pauvre, il te laisserait tomber.\u2014 Je ne le crois pas ! \u2014 Tu es jeune !.Tu te laisses prendre aux belles déclarations de ce garçon.\u2014 Son amour est aussi sincère que le mien ! \u2014 Tu me fais hausser les épaules avec de pareils propos !.Tu verras, ma petite, nous en recauserons dans quelques années !.Et comme Simone tentait de placer un mot, Dorville poursuivit, avec une violence qui allait croissant : \u2014 Non, non, n\u2019insiste pas!.Jamais je ne consentirai à ce mariage ! Au reste, je te défends de prononcer devant moi le nom de ce monsieur.\u2014 Mais, père, c\u2019est vous qui m\u2019avez interrogée, et comme je ne veux point vous mentir.\u2014 Assez, te dis-je, assez ! Ma parole, es-tu donc venue ici pour me rendre plus malade ?.La voix du financier s\u2019enrouait, une quinte de toux le suffoqua et congestionné, les yeux humides, il porta son mouchoir à sa bouche.Désolée, Simone ne savait plus trop quelle contenance garder.L\u2019intervention de Suzanne mit un terme à cette crise pénible.\u2014 Si vous voulez venir avec moi, Simone, je vais vous installer dans votre chambre ! Ainsi, votre père pourra se remettre ! D\u2019un signe de tête, la jeune fille acquiesça et sur les pas de sa belle-mère gagna la porte en murmurant : \u2014 A tout à l\u2019heure, père ! Dorville ne répondit que par un grognement inintelligible.Une fois sur le palier, Simone se dirigea vers un couloir s\u2019amorçant à droite.Un mot de Suzanne l\u2019immobilisa : L\u2019absence \u2022 \u2022 \u2022 Je suis loin, et les monts dressés comme un rempart Déroulent entre nous les perspectives bleues ; Mais qu\u2019importent l\u2019espace et le nombre des lieues ! Les monts m\u2019éloignent moins de toi que ton regard.Le vent passe et fleurit : c\u2019est toi que je respire ; Il passe en m\u2019effleurant : c\u2019est toi qui me soutiens ; Les astres sont des yeux qui ressemblent aux tiens, Mais leur sourire a plus d\u2019amour que ton sourire.Quand mon exil bénit la main qui m\u2019exila, O chère âme, comment et pourquoi maudirais-je L\u2019absence qui rapproche et l'adieu qui protège : Je ne suis près de toi que quand tu n\u2019es plus là.EDMOND HARAUCOURT \u2014 J\u2019ai installé votre père dans la chambre que vous occupez habituellement ! De la sorte, il est plus près de moi .Les nuits sont parfois mauvaises, alors je laisse les portes ouvertes .\u2014 Oui, oui !.\u2014 Vous habiterez donc l\u2019ancienne chambre à coucher de votre père, au rez-de-chaussée ! continuait la jeune femme.On a dû y porter vos bagages.\u2014 Très bien! Ne vous dérangez donc pas! Je connais le chemin ! \u2014 Sans doute, Simone, sans doute ! A propos de votre père, je voudrais vous faire une recommandation ! articula Mme Dorville après un temps.Il n\u2019est vraiment pas bien !.Dans ces conditions, toute contrariété peut lui être préjudiciable .Evitez donc de l\u2019irriter, de le mettre en colère ! \u2014Croyez bien que je ne suis pas venue ici pour cela ! \u2014 Evidemment ! Seulement, vous voyez ce qui s\u2019est passé tout à l\u2019heure.Votre père a été pris d\u2019une suffocation .Il reposera mal cette nuit.« Mon Dieu, que tout cela est pénible ! conclut Suzanne, voyant que sa belle-fille se taisait, jugeant inutile de poursuivre cette conversation.Simone inclina la tête en signe d\u2019assentiment.Sur ce, Mme Dorville regagna le salon bleu, tandis que la jeune fille descendait au rez-de-chaussée, se dirigeant vers la chambre qui lui était assignée.C\u2019était une vaste pièce, flanquée d\u2019une salle de bain, et ayant jour par deux fenêtres sur l\u2019étroit parterre s\u2019étendant derrière la villa.Au delà de ce dernier, les arbres prenaient rang immédiatement.Comme Simone achevait de se laver les mains et de réparer le désordre de sa toilette, une sonnerie prolongée se fit entendre, annonçant le dîner.Très ennuyée, Simone prit le chemin de la salle à manger.Décidément, son séjour aux Roches s\u2019annonçait mal.Plus que jamais, son père était hostile à son mariage et sa maladie ne semblait point avoir entamé sa combativité habituelle.Il n\u2019avait rien perdu de cet autoritarisme qui faisait qu\u2019il ne pouvait supporter la moindre contradiction.\u2014 Il aurait mieux fait de me laisser à Paris ! songeait Simone, excédée.Au reste, je ne comprends pas très bien les alarmes de ma belle-mère.Père a un gros rhume, sans plus !.Il est vrai qu\u2019il est si douillet !.Chez lui, le moindre bobo prend des proportions extraordinaires !.Deux couverts avaient été disposés vis-à-vis l\u2019un de l\u2019autre sur la grande table de l\u2019immense salle à manger.Comme Simone y pénétrait, Suzanne faisait son entrée par une autre porte.\u2014 Votre père ne descendra pas, naturellement, expliqua-t-elle.Il vient de se mettre au lit, car il a eu un peu de fièvre.La contrariété, n\u2019est-ce pas !.Tout à l\u2019heure, s\u2019il y a lieu, on lui donnera un lait de poule, c\u2019est tout ce que lui permet le docteur ! Une femme de chambre survenait, apportant le potage et le repas commença.Simone ne répondait que par monosyllabes au verbiage de sa belle-mère, laquelle semblait la rendre responsable de l\u2019aggravation du malaise de Dorville.Certes, Suzanne ne formulait aucun reproche, mais son attitude, ses paroles pleines de sous-entendus le signifiaient clairement.Simone jugea inutile de se disculper.Par avance, elle était persuadée que ce n\u2019était pas la peine.Le dîner ne dura pas une demi-heure ; après quoi, sur la proposition de sa belle-mère, la jeune fille l\u2019accompagna jusqu\u2019à la chambre paternelle.Albert Dorville était couché, montrant un visage grognon.Il respirait avec difficulté, se plaignant d\u2019une gêne dans la poitrine.\u2014 Ah! je crois que je suis sérieusement touché, cette fois ! Heureusement que vous êtes là pour me soigner, ma chère Suzanne !.Si je ne vous avais pas !.Simone ne releva point ce reproche indirect.L\u2019injustice de son père la navrait.Et puis, dans cette maison qui aurait du etre sienne, elle avait l\u2019impression d\u2019être une étrangère ! La soirée ne se prolongea guère et vers neuf heures et demie, Simone prit congé, regagnant sa chambre.\u2014 Tâche de bien dormir! glissa Dorville.Pour moi, il est probable que je ne fermerai pas l\u2019oeil de la nuit ! Je suis si oppressé .Une fois rentrée chez elle, la jeune fille s\u2019assit, découragée.Décidément, son père ne désarmait point!.Son aversion pour Charles Tixier tournait à la haine, et de le constater désolait la pauvre Simone.Longtemps, elle demeura là, ressassant ses pensées.A la fin, elle eut un geste comme pour les chasser bien loin.Père n a pas le droit de s\u2019opposer à mon bonheur !.Il finira par le comprendre et me laissera 14 Le Samedi, Montréal, 7 juin 1947 me marier selon mon coeur.Charles et moi attendrons le temps qu\u2019il faudra !.Nous sommes sûrs l\u2019un de l\u2019autre !.Rien ne saurait altérer notre amour !.murmura-t-elle fermement.CHAPITRE II Assise devant le bureau occupant l\u2019un des angles de la vaste chambre à coucher, Simone Dorville écrivait d\u2019une plume rapide.Cette lettre était destinée à son fiancé ; demain, elle irait la jeter à la poste, à Barbizon, au cours de la matinée.De correspondre ainsi avec celui qu\u2019elle aimait lui causait une impression de soulagement, l\u2019aidait à calmer ses nerfs trop tendus.Sur un ton qu\u2019elle s\u2019efforçait de rendre enjoué, la jeune fille contait son arrivée au
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