Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 24 mai 1947
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Nouveau samedi
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (5)

Références

Le samedi, 1947-05, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" O LA CÔTE DE I A ^\u2019SîliQUE.à Québec e^ame M» wrnm 59e année, No 1 Montréal, 24 mai 1947 PER S-MôO CON Le Samedi, Montréal, 24 mai 1947 (6 5?e su le ni o us désiré du monde Considérez toutes les sphères de l\u2019activité humaine et vous trouverez que le stylo Parker \"51\u201d jouit partout d\u2019une préférence marquée.Nul autre stylo n'est si désiré d\u2019un si grand nombre.Le Parker \"51\u201d est de fait plus désiré que toutes les autres grandes marques ensemble.Prenez-en un\u2014 écrivez une ligne ou deux \u2014 et vous comprendrez pourquoi ! C\u2019est qu\u2019il n\u2019y a jamais eu de stylo d\u2019une telle beauté \u2014 d\u2019une telle docilité.Le Parker \u201d51\u201d glisse sur le papier avec une facilité inouïe .sans le moindre effort, sans la moindre pression.Quand vous serez fier possesseur d\u2019un \"51\u201d, vous comprendrez facilement pourquoi il ne peut pas être fait à la hâte.Protégée contre l\u2019air, la saleté et le dommage, la pointe tubulaire unique écrit dès quelle touche le papier.Le bout de la pointe du \"51\u201d est une sphère d\u2019osmiridium microdoux et résistant à l\u2019usure .fusé sur de l'or 14 carats.Le chapeau de précision glisse sur le baril \u2014 et s\u2019y fixe sûrement sans tourner.Le dispositif de remplissage breveté du \"51\u201d est caché à l\u2019intérieur du baril de lucite.Le \u201d51\u201d est le seul stylo conçu pour l\u2019usage satisfaisant de l\u2019encre Parker \"51\" qui sèche à mesure que vous écrivez! (Il va sans dire qu\u2019il écrit aussi avec de l\u2019encre ordinaire.) Voyez le Parker \"51\u201d de votre choix aujourd\u2019hui.Couleurs: noir, cèdre bleu, gris colombe, avec chapeaux or doublé ou \u2019\u2019lustraloy\u201d.PARKER PEN CO., LTD., TORONTO, CANADA A LA MAIN DE WALTER HUSTON Personnalité internationale de la scène, de l\u2019écran et du micro.mm AKT2YBASHEFF 702F Le Samedi, Montréal, 24 mai 1947 3 msriâjfe Pareilles galopedes au grand air aident Suzie et Pinkie à conserver leur santé rayonnante.Mais c\u2019est à leur maman qu\u2019elles doivent leur sourire captivant.Mary Brewer sait que notre régime alimentaire moderne prive les gencives de l\u2019exercice nécessaire à leur santé.Elle sait aussi que l'emploi d'Ipana, suivi du massage, stimule les gencives flasques.r - il Premiers P3S vers un joli sourire.\"Pour beauté\u2014beau sourire\u201d\u2014telle est la devise de la famille Brewer.Un sourire radieux relève de dents blanches et la santé des gencives détermine l\u2019éclat des dents.Voilà pourquoi Suzie, après s\u2019être brossé les dents, masse ses gencives avec un peu d'Ipana.Ceci avive la circulation, les empêche de devenir sensibles.: ¦ Bon nombre d\u2019adultes pourraient profiter de la leçon en cours ci-haut.Aujourd\u2019hui, on enseigne l\u2019hygiène dentaire dans des milliers d\u2019écoles canadiennes.Une enquête récente démontre que 7 dentistes canadiens sur 10 préconisent le massage régulier des gencives.Brosser les dents deux fois par jour et masser, les gencives à l'aide de la pâte dentifrice Ipana\u2014voilà un bon conseil.Un \u201cmodèle\u201d fait-elle une bonne mère?La santé rayonnante de Suzie Brewer témoigne de la sollicitude de sa mère \u201cmodèle\u201d.: -¦ v -V ; M WÊH * , ¦ IES \"modèles\u201d font-elles de bonnes j mères?Dans le cas de la ravissante Mary Brewer, de Beverly Hills, la réponse est tm \"oui\u201d retentissant.On a qu\u2019à regarder Suzie, âgée de 4 ans, et la petite Pinkie de 2 printemps pour s\u2019en rendre compte.Leur teint hâle et leur santé robuste en font foi.Les soins qu\u2019elles reçoivent aux mains de leur mère \"modèle\u201d comprennent aussi l\u2019entretien des dents et des gencives.Car Mary Brewer a appris ce que tout modèle qui réussit connaît bien: qu\u2019un sourire captivant est un atout précieux.Voilà pourquoi ce mannequin bien connu entraîne ses enfants dans l\u2019observation des règles de l\u2019hygiène dentaire qui sont à la base de son sourire radieux : brossage régulier des dents\u2014suivi du massage des gencives\u2014avec de la pâte dentifrice Ipana.Mary Brewer, californienne d\u2019origine, met en pratique ce que des milliers de dentistes et d\u2019écoles enseignent aujour-d hui\u2014qu\u2019un sourire captivant relève de dents blanches\u2014et que l\u2019éclat des dents repose sur des gencives fermes et saines.Un produit Bristol-Myers Fabriqué au Canada Des gencives plus fermes\u2014 des dents plus blanches avec Ipana et le Massage \u201cQue je voudrais pouvoir en faire autant\u201d semble penser Suzie qui aimerait \"faire des pointes\u201d aussi bien qu\u2019elle sait brosser ses dents et masser ses gencives.Des gencives négligées-et la \"teinte rosâtre\u201d révélatrice qui s\u2019ensuit souvent-sont un signe qu\u2019l/ est temps de consulter votre dentiste.Comme bien d autres, il vous suggérera probablement de stimuler vos gencives à l'aide d\u2019Ipana et du massage.Achetez en un tube, dès aujourd'hui.I IV Vi A | (J 4 Le Samedi, Montréal, 24 mai 1947 Battu la 7ïl aïcli CINQUANTE ANS et RESTENT EN TETE! A chaque foyer il faut des appareils TVèstinohouse X.J\tISO M JO) Jamais de toute l'histoire de l'électricité, la supériorité de Westinghouse ne s\u2019est mieux affirmée.Dans le domaine des appareils électriques portant le nom de Westinghouse, vous trouverez des perfectionnements de fabrication, qui sont le résultat de cinquante ans d\u2019expérience dans la production d\u2019outillage électrique.Fiez-vous au nom Westinghouse quand vous achetez des appareils électriques pour le foyer.Voyez les derniers modèles à l\u2019étalage chez votre marchand Westinghouse.CANADIAN WESTINGHOUSE COMPANY LIMITED \u2014 MONTREAL HAMILTON, CANADA LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE Membres de l'A.B.C\u201e et de l'Association des Editeurs de Magasines du Canada Le Samedi La Revue Populaire Le Film 975-985.RUE DE BULLION MONTREAL \u2014 CANADA \u2022 Tét : PLateau 9638 * FRED POIRIER GEO.POIRIER Présidents conjoints JEAN CHAUVIN Directeur Rédacteur en chef : GERALD DANIS Chef de publicité : CHARLES SAURIOL Directeur artistique : HECTOR BRAULT Chroniqueur sportif : OSCAR MAJOR Chef du tirage : ODILON RIENDEAU NOS REPRESENTANTS : WILFRID DAOUST 20, Onzième Avenue, Lachine (Ottawa, Hull, Sherbrooke, Drummondville, Saint-Hyacinthe, Sorel, Granby, Farnham, Saint-Jérôme, Joliette et les environs.) \u2022 ADELARD PARE 6, rue du Pont, Québee (Québec et Lévis) \u2022 PAUL LARIVIERE 1710, rue St-Philippe, Trois-Rivières (Trois-Rivières et Cap-de-la-Madeleine ) Autorisé comme envol postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa, Entered at the Post Office of St.Albans, Vt., as second class matter under Act of March 1879 \tABONNEMENT\t\t Un\ton -\tCANADA\t$3.50 Six\tmois\t\t2.00 Un\tan -\tETATS-UNIS\t$5.00 Six\tmois\t\t2.50 AU NUMERO: 10 cents \u2022 HEURES DE BUREAU: 9 h.a.m.à 5 h.p.m.du lundi au vendredi.# AVIS AUX ABONNES \u2014 Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de huit jours, l'empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq jours avant leur expédition.59e année, No 1 \u2014 Montréal, 24 mai 1947 EDITORIAL VA'T'ON CRÉER DES LE plan général de la future organisation des Nations Unies, tel que le conçoivent ses dirigeants, prévoit l'aménagement de deux « quartiers généraux » de la paix : Genève pour l'Europe, Nankin pour l'Asie.L'ONU travaille à l'organisation de la paix, mais ne nourrit pas, comme on le voit, un optimisme excessif sur la possibilité d'abréger le délai au delà duquel le monde pourra considérer cette paix comme définitivement acquise.Parallèlement à ce projet, un mouvement se dessine, en Suisse et ailleurs, pour créer sur la surface de la planète des zones de sécurité où pourraient être soignés les blessés et recueillies dans une certaine mesure, les populations sans abri.On donne déjà à ces zones le nom d'« oasis d'humanité.».Le conseiller national suisse Anderegg annonçait, l'an dernier, son intention de porter, d'accord avec la Croix-Rouge, cette question à la session du Conseil, afin que celui-ci en saisît les conférences internationales.« Le moment est venu, disait-il, de reprendre un projet déjà envisagé par le fondateur de la Croix-Rouge et qui consistait à atténuer les souffrances causées par la guerre grâce à la neutralisation des villes.Ce projet, si on sait l'adapter aux exigences de l'époque, ouvre des perspectives salvatrices.Il ne s'agit plus aujourd'hui seulement de villes, mais de districts, voire de pays entiers ».L'aménagement de ces lieux de refuge en Suisse servirait de modèle à des installations analogues dans les continents.C'est là un très vieux souci, qui emprunte à l'évolution de la guerre moderne une actualité tragique.Il soulève des problèmes juridiques et techniques difficiles à régler, mais non insolubles.Le Moyen-Age les avait entrevus, mais il avait cherché la protection des populations sur le plan du temps plutôt que de l'espace, en instituant des .trêves » ou paix de Dieu, c'est-à-dire en interdisant le recours à la guerre pendant certaines périodes de l'année.En développant la notion de souveraineté, le droit moderne a plutôt fait reculer que progresser les possibilités offertes aux individus pour assurer leur protection.Le principe de la guerre totale, en effaçant plus ou moins la distinction entre combattants et non-combattants, a encore diminué la zone de sécurité dans laquelle la population pacifique pouvait se mouvoir.Et le perfectionnement de l'aviation de bombardement, surclassée à son tour par la bombe atomique.OASIS D'HUMANITÉ \"?fait peser sur toutes les surfaces émergées du globe la même menace de destruction.On a envisagé à part le problème de la sauvegarde des œuvres d'art parce que c'était celui qui se laissait le plus aisément circonscrire.La Conférence de La Haye 1922-1923 stipula l'établissement d'une aire de protection autour des monuments d'art et d'histoire situés sur le territoire des Etats belligérants.La Conférence du désarmement de 1932 est allée plus loin en condamnant les bombardements aériens : condamnation qu'hélas ! aucun Etat n'a prise au sérieux.En fait, depuis la première guerre mondiale, le sort des populations civiles n'a fait qu'empirer et les règles de droit ou d'humanité, qui étaient regardées comme les formes élémentaires du progrès, ont été transgressées avec un cynisme révoltant.Bien mieux : il serait impossible aujourd'hui de les faire renaître, parce que la guerre a pris des aspects qui déjouent leur efficacité.Les moyens de destruction sont plus aveugles qu'ils ne l'ont jamais été.Malgré la précision des appareils de bord, les bombardements par avion prennent un objectif pour un autre : Strasbourg a été bombardé à la place de Carlsruhe et la Suisse romande a été l'objet d'attaques qui ne lui étaient pas destinées.Avec les VI et les V2, dont le tir s'allonge indéfiniment, aucune garantie ne saurait exister pour les populations échelonnées le long de leur trajectoire.Et le rayon de destruction de la bombe atomique n'est pas plus aisé à circonscrire.On en vient à se demander si, au cas d'une guerre généralisée, hormis des régions désertiques ou des îles inaccessibles, les habitants du globe pourraient trouver des refuges dont l'inviolabilité soit assurée.D'autre part, la déclaration de guerre et la mobilisation laissaient jadis (jadis, c'est il y a huit ans 1) aux populations le temps d'essayer de fuir les centres menacés.Désormais, cette phase d'alerte n'est plus à escompter : les moyens d'agression sont si rapides et si puissants que nul ne donnera à l'adversaire l'occasion de le devancer et que la guerre prendra, dès le début, une allure apocalyptique.Chaque progrès du bombardement à distance fail disparaître de nouveaux moyens d'humaniser la guerre.La création d'* oasis d'humanité » n'est certes pas à décourager.C'est une expérience qui mérite d'être tentée.Mais le monde civilisé doit savoir aujourd'hui que l'avenir se résoud pour lui à ce dilemme : éviter la guerre ou disparaître.Albert MOUSSET 6 Le Samedi, Montréal, 24 mai 1947 n fi ?I Ï3 * f.-% ./mm é ' ^ * « ¦ w,*» » ^ O Sim i#.f Les anémones de mer.comme le profane pourrait croirene on pas des fleurs sous-marines mais bien des an.maux.ressemblant tellement à des fleurs que les anciens qui les conna.ssa.ent m« ¦ les groupaient sous la dénomination de zoophytes cest-a^d.re \"animaux plantes\".Ce n\u2019est qu\u2019en 1727 qu\u2019un savant naturaliste français démontra la nature uniquement animale de I anemone mer ^ L'article ci-dessous sera donc une révélation pour plusieurs de nos nombreux lecteurs qui s\u2019intéressent à l'histoire naturel e.Photo Institut de biologie, Université de Montreal.senter un pétale.Ces animaux ressemblent tellement a des fleurs que les anciens, qui les connaissaient mal, les ont groupes, sous a dénomination de zoophytes, c\u2019est-à-dire \u201canimaux-plantes \u2022 Ce n\u2019est qu\u2019en 1727, grâce aux études d un Marseillais, J.-Andre Peyssonnel, que la nature véritablement et uniquement animale des anémones fut démontrée péremptoirement.Pratiquement immobiles, elles vivent sur les rivages maritimes, dans la zone intercotidale, c\u2019est-à-dire, l\u2019espace des plages que la mer découvre lorsqu\u2019elle baisse, fixées aux rochers, a des débris, à des coquillages, ou même à la carapace de certains crustacés vivants.Le pagure ou Bernard l\u2019Ermite, un crustacé, qui passe sa vie au fond d\u2019une coquille de mollusque, qu il a d abord délogée, porte sur son antre une espèce d\u2019anémone qui en masque l\u2019ouverture, la camoufle, protégeant ainsi l\u2019astucieux petit anima qui la brandit, en se déplaçant comme un somptueux panache.Il la paie de retour, en la promenant dans des lieux où les proies sont plus abondantes.L\u2019anémone de mer se compose d\u2019un corps cylindrique charnu, étalé, à sa partie supérieure, en une sorte de plateau circulaire percé d\u2019une ouverture centrale, la bouche, entourée de plusieurs couronnes de tentacules creux, qui ont le pouvoir de se contracter et de s\u2019étendre à volonté.L\u2019extrémite basale, lisse et visqueuse, forme un disque adhésif qui attache l\u2019animal si solidement au substrat, c\u2019est-à-dire à l\u2019objet sur lequel il s\u2019est fixé, qu\u2019on le déchire en voulant l\u2019y arracher.Sur ce pied, l\u2019anémone peut se déplacer légèrement en glissant.On a déjà observé des anémones qui se sont déplacées d\u2019un pied et demi en vingt-quatre heures^ L\u2019anémone de mer appartient à un groupe d\u2019animaux, appelés Coelentérés, essentiellement caractérisés par l\u2019absence de cavité générale, de milieu intérieur.Ainsi, chez l\u2019homme, l\u2019appareil digestif constitue un réseau fermé, soit une cavité gastrique ouverte aux deux extrémités, par la bouche et l\u2019anus, incluse comme les autres organes, coeur et poumons, dans une cavité, un milieu intérieur.Chez l\u2019anémone, seule la cavité gastrique existe et remplit tout le corps de l\u2019animal.Elle communique avec l\u2019extérieur uniquement par la bouche qui se prolonge, du côté interne, par un gosier ou un oesophage s\u2019ouvrant librement à l\u2019extrémité opposée.La cavité gastrique, libre en son centre, est divisée latéralement en des sortes de chambres verticales, cloisonnées, dont les tentacules sont les prolongements.Ces chambres sont divisées encore chacune deux, trois et même quatre fois, par des cloisons de moins en moins complètes.Les glandes sécrétant les sucs digestifs sont placées sur les bords libres, épaissis et convolutés de ces sortes de loges qui servent à accroître leur surface de digestion.Sur les cloisons de ces loges des muscles longitudinaux, disposés par bandes, sont responsables, par leurs contractions, du retrait de la bouche et des tentacules à l\u2019extérieur.Un muscle circulaire entourant la bouche peut la fermer à la façon d\u2019un sac dans le bord duquel on aurait passé une corde qu\u2019on tire.Les glandes génitales, mâles ou femelles, selon les cas, les sexes, étant séparés, sont aussi attachées sur les parois des chambres gastriques.Mais comment mange, respire et se reproduit notre bizarre petit animal ?Voici : pour attaquer sa proie, il utilise ses tentacules.Ceux-ci sont, en plus d\u2019être dotés de la faculté de préhension, munis de petits instruments fort perfectionnés, semés sur leur épiderme, les cnidoblastes, qui sont aussi dispersés sur le corps entier de l\u2019ani- UN PEU D'HISTOIRE NATURELLE LES ANÉMONES DE MER Par MARCELLE LEPAGE-THIBAUDEAU Les anémones de mer sont-elles, comme les anémones qui éclosent sur la terre, de délicates fleurs en forme de coupe, s\u2019épanouissant au bout de hampes fragiles garnies de feuilles finement découpées et dont leur joli nom viendrait d\u2019un mot grec qui signifie \u201cvent\u201d ?Non, les anémones de mer ne sont pas des fleurs, mais des animaux, cependant des animaux splendides comme des fleurs auxquelles ils empruntent leurs appellations et qui étalent des simulacres de corolles, aux tons vifs, formées par une couronne d\u2019organes spécialisés appelés tentacules qui peuvent, chacun, repré- mal.Ces cnidoblastes sont des cellules qui contiennent un appareil \u201cexplosif\u201d formé d\u2019un long filament porteur d\u2019un crochet et d'une ampoule qui contient un venin, l\u2019actinocongestine, qui paralyse les proies.A l\u2019état de repos, l\u2019appareil est enroulé sur lui-même dans la cellule spécialisée.Un corps étranger vient-il en contact avec cette cellule, ou avec un petit appendice tactile dont elle est souvent garnie, le long filament se déroule avec la rapidité d\u2019une flèche, s\u2019accroche à la proie qui est dans le voisinage, un petit poisson, peut-etre, déjà emprisonné par les tentacules, et le liquide nocif est inoculé.\t[ Lire la suite page 56 | an *xj|iS J ' «w * mmm ' ^ ,'£* - WÊW*?' x.¦ :, .- OJLOI! (ftp f* L\u2019ambiance de Piccadilly est à l'heure actuelle celle qu\u2019elle a toujours été.Le nom même a un je ne sais quoi de désinvolte, d\u2019ultra-chic.La rue est large, affairée, belle et débonnaire.C\u2019est avec juste raison ,une des rues les .plus célèbres du monde, où se trouvent des clubs, des hôtels, de grandes associations, d\u2019imposantes maisons de rapport.Ses magasins sont de luxe, ses passants ont de l\u2019urbanité, on y cultive le bonnes manières traditionnelles.C\u2019est une rue caractéristique du \u201cWest End\u201d (le quartier chic de Londres) dont, historiquement, elle fait partie ; son nom même vous le donnait à penser.\t[ Lire la suite page 56 ] Photo, du haut, vue de Burlington Arcade, le passage couvert que Lord Georges Cavendish a fait bâtir à Londres en 1815.On y fait ses emplettes à l\u2019aise par temps de pluie.\u2014 Au centre, Hyde Parie Corner d\u2019où l\u2019on voit l\u2019extrémité ouest de Piccadilly.\u2014 Ci-contre, l\u2019église bombardée de St-James, l\u2019une des nombreuses constructions de Sir Christopher Wren, architecte anglais réputé à travers le monde.Le Samedi, Montréal, 24 mai 1947 PICCADILLY UNE RUE CÉLÈBRE Par CHARLES CORDON f Exclusif au \" SAMEDI \" I Du temps de la reine Elizabeth (1558-1603), alors que les courtisans, les soldats et les poètes fusionnèrent leurs vertus en un code général, aux multiples facettes, de bon ton, un tailleur à la mode exerçait sa profession dans le Strand.Ce tailleur s\u2019appelait Robert Baker.Il était réputé, notamment, pour les superbes collerettes joliment empesées de toile et de dentelle fines que portaient les gentilhommes de la cour.On appelait ces fameuses collerettes des \u201cpickadels\u201d, et l\u2019avisé maître tailleur avait donné le nom de Pickadelly Hall à la maison de campagne qu\u2019il s\u2019était fait bâtir auprès de Londres.C\u2019est ainsi, dit-on, que la route alors raboteuse qui passait devant le magasin du tailleur : la route de Reading, devint Piccadilly.Cette explication de l\u2019origine du nom de Piccadilly n\u2019est pas moins plausible que d\u2019autres : par exemple, celles d\u2019après lesquelles ce nom rappellerait l\u2019habitude de cueillir les fleurs du chemin (to pick \u201cdilly-flowers\u201d) ou bien le vieux mot hollandais : \u201cPickedellekens\u201d (signifiant : la fin de tout) ; en tout cas, le nom est maintenant célèbre dans le monde entier.Si Piccadilly a jamais été \u201cla fin de tout\u201d, le terme de tout voyage, ni la gaîté ni le chic ne lui manquèrent ; ce fut la rue des dandys et des jolies femmes, faisant étalage de leur luxe sur toute sa longueur jusqu\u2019aux terrains embroussaillés et infertés de voleurs qui, aux dix-septième et dix-huitième siècles, la séparait du village rustique de Kensington.C\u2019était peut-être \u201cla fin de tout\u201d, si l\u2019on entendait alors par \u201ctout\u201d la ville de Londres.Car la barrière de péage à Hyde Park Corner marquait la limite de la capitale et, précisément à cet endroit, vers la fin du dix-huitième siècle Lord Apsley chargea les frères Adam, grands architectes de l\u2019époque, de lui bâtir une maison qui, plus tard la résidence du duc de Wellington, est encore connue aujourd\u2019hui comme le \u201cnuméro un, Londres\u201d. s Le Samedi, Montréal.24 mai 1941 \\ \\ I , A LE SECRET DE LA BELLE CHÂTELAINE I \u2014 JOURS DE DETRESSE ¦ M onsieub le comte Adrien de Maury ignorait abso-M lument où et comment il dînerait.Depuis le IVI matin, ses moyens lui avaient permis de prendre un croissant arrosé d\u2019un café-crème.Pourtant, à vingt-quatre ans, bâti en athlète, habitué à une existence confortable, les tiraillements d\u2019estomac lui étaient particulièrement désagréables.N\u2019importe quel travail, la situation la plus modeste, Adrien l\u2019aurait acceptée pour manger, pour payer la chambre qu\u2019il occupait dans cet hôtel de troisième ordre.Il lui suffisait d\u2019écrire à son oncle, et se soumettre aux volontés du vieux maniaque pour rentrer en grâces et retrouver toute l\u2019affection de ce parent original qui avait élevé son neveu, orphelin de père et de mère et sans fortune.L\u2019oncle, M.Gérard de Maury, possédait des richesses fabuleuses ; Adrien, unique héritier, devait irn jour avoir le château, les fermes et les forêts ainsi que les importants capitaux solidement placés en bonnes valeurs, lorsqu\u2019un désaccord fit que tout cassa.Le vieux monsieur avait depuis de longues années une amie qu\u2019il logeait dans une villa voisine de son domaine ; il ne laissait cette dame manquer de rien, mais n\u2019aurait jamais consenti à donner son nom à cette personne dont il méprisait les origines.Ce ménage irrégulier avait une fille, la grande Amédée, vingt-huit ans, osseuse, sans grâce et sans charme, aussi flatteuse et fausse que sa mère.Le châtelain Gérard adorait sa fille et pour lui assurer fortune et bonheur, le vieux monsieur eut l\u2019idée de marier son neveu Adrien à la longue Amédée.Elle ne demandait pas mieux ; ce beau garçon, plus jeune qu\u2019elle, lui plaisait beaucoup.Lui, cependant, ne voulut rien savoir.Furieux, l\u2019oncle chassa son neveu.Rupture définitive.Adrien préférait subir toutes les misères plutôt que de s\u2019enchaîner à une épouse qu\u2019il ne pouvait ni estimer, ni aimer.Le jeune homme ne savait donc plus à quel saint se vouer lorsqu\u2019une lettre arriva.Adrien, au début du mois, avait écrit à un ami de son oncle, un colonel retraité, qui, tous les ans, venait pendant la chasse passer quelques semaines sur les Récit sentimental par J.LEMERCIER terres de Gérard de Maury.Toujours ce vieux soldat avait montré grande amitié au jeune Adrien.C\u2019est pourquoi celui-ci, prenant son courage à deux mains écrivit sa mésaventure et dépeignit ses embarras.Il n\u2019espérait plus de réponse quand il ouvrit cette bienheureuse lettre, un billet laconique : Viens me voir demain, huit heures.Inutile de dire qu\u2019Adrien fut exact au rendez-vous.Le colonel accueillit le pauvre garçon avec cordialité : \u2014 Mon petit, lui dit-il, ton oncle est un dingo, et quand je le verrai, je ne lui cacherai pas la vérité.Toi, tu as raison de ne pas marcher et d\u2019envoyer au diable et ton oncle et ses poules.Mais cela ne fait pas bouillir ta marmite et ce ne sont pas les petites sommes que je pourrais t\u2019avancer qui peuvent te tirer d\u2019affaire.Il te faut une situation.Je connais une veuve, madame Vernon, qui vit avec ses deux filles dans un château moyennâgeux du sud-ouest de la France.Quel est le mystère qui retient ces trois personnes cultivées et riches dans ce coin sauvage, je l\u2019ignore et cela ne nous regarde pas.Elles ne sont entourées que de rustres ; isolées, abandonnées, souvent elles ont peur.Elles désirent un intendant ; la présence d\u2019un homme dissiperait leurs alarmes.Tu as appris chez ton oncle à administrer un domaine ; bon forestier, tu connais l\u2019élevage et la culture.Tu empêcheras fermiers et métayers de trop voler leur propriétaire.La comptabilité de madame Vernon doit aussi avoir besoin d\u2019un comptable.Tu es discret, tu ne chercheras plus à savoir ce que l\u2019on ne veut pas te dire : tu ne seras pas assez sot pour jouer au galantin.Madame Vemon a toujours hésité à engager un intendant ; mais j\u2019ai plaidé ta cause avec tant de chaleur que tu peux te présenter.La place est bonne, les appointements raisonnables et ton travail sera en rapport avec tes goûts.Comme tu es fauché, je vais te faire une petite avance pour t\u2019acheter l\u2019indispensable et payer ton voyage.Tu as aussi quelques dettes ?\u2014 Non, je ne dois qu\u2019une semaine à mon hôtel.\u2014 C\u2019est égal, dit le colonel, voici quinze cents francs ; tu me les rendras comme tu pourras.Voici l\u2019adresse de madame Vemon.A l\u2019instant même je vais écrire pour annoncer ton arrivée.Il \u2014 LA MAISON DES TEMPLIERS Quittant la grande ligne, Adrien se fit cahoter pendant deux heures sur un petit tortillard avant d\u2019arriver à une halte où il fut le seul voyageur à descendre.Un paysan l\u2019attendait avec une carriole attelée de deux mulets.Le muletier s\u2019avança vers le voyageur et lui adressa la parole en patois, langage qu\u2019Adrien ignorait ; il comprit pourtant que ce rustre s\u2019informait des bagages du monsieur.A part une petite valise, il n\u2019y en avait point.Son hôtel payé et le prix du voyage enlevé il restait peu des 1,500 francs du colonel et Adrien, pour une raison majeure avait ignoré le wagon-restaurant accroché à son train.Malgré les appels désespérés d\u2019un estomac bien maltraité depuis quelque temps, le futur intendant d\u2019un riche domaine n'en admirait pas moins les sauvages beautés du paysage : montagnes, rochers, torrents, rien ne manquait.La piste rocailleuse, des vignes suspendues è flanc de coteau, des vallées où les cultures et les herbages irrigués témoignaient de l\u2019activité de la population montagnarde, tout enchantait ce jeune homme heureux de s\u2019évader de la grande ville bruyante, plus hostile à ceux qui sont pauvres que le désert et que la jungle.Le muletier allongea le bras et du bout du fouei montra l\u2019horizon : au sommet de la montagne, une antique bâtisse s\u2019étalait, une forteresse moyenâgeuse, des remparts, des crémaux et, dominant le tout, un donjon formidable.C\u2019est le château, la maison des Templiers La voiture roula sur un pont-levis et se trouve dans la cour d\u2019honneur ; au fond, des hâtiments res- Le Samedi, Montréal, 24 mai 1947 9 taurés, encadrés à droite et à gauche par les ruines qui dataient du temps des croisades.Comme Adrien se retournait pour admirer la vue grandiose, car cette ancienne citadelle dominait la campagne à dix lieues à la ronde, le muletier le héla : \u2014 V\u2019ià la dame Julie qui vient vous recevoir.Une femme aux cheveux grisonnants, au visage anguleux, au regard dur, s\u2019approchait, grande, l\u2019air dominasse ; elle dit à une vieille servante qui la suivait : \u2014 Martine, allez dire à ces dames qu\u2019il est arrivé et lemandez-leur ce que je dois en faire.Puis elle s\u2019éloigna sans plus s\u2019occuper de l\u2019étranger.Le muletier partit avec son équipage et, seul sa modeste valise à la main, Adrien se comparait à un naufragé abordant une côte inhospitalière.Martine, la vieille, réapparut en compagnie d\u2019une leune servante : \u2014 Thérèse, dit la doyenne, conduis le monsieur à ia chambre, puis tu l\u2019amèneras.On t\u2019attend pour la \u2022loupe.La brune Thérèse s\u2019empara du léger bagage et gui-la le jeune homme vers une tour à droite des bâtiments, à l\u2019opposé du donjon.Un escalier en pierres tournait à l\u2019intérieur de cette antique construction ; les marches inégales conduisaient à un palier sur lequel d\u2019un côté, la chambre du monsieur, grande salle ronde dans laquelle un vaste lit campagnard, une table où une douzaine de convives pouvaient festoyer à l\u2019aise, des bancs, des escabeaux ; tout ce mobilier semblait fort petit dans cette salle immense.Sur le même palier, en face de la chambre à coucher, me ouverture menait à un escalier extérieur qui permettait d\u2019atteindre le sommet de la tour, la plate-forme, terrasse idéale pour les amateurs de grand air et 4e belle vue.Adrien fit une rapide toilette et, quand il sortit, il trouva la jeune Thérèse assise sur la première marche.La jeune servante lui coula un regard inquiet : \u2014 Vous n\u2019aurez pas peur de dormir dans cette cour du diable ?Sainte Vierge ! Moi, j\u2019aimerais mieux me sauver dans les bois.Je crains moins les loups que les démons et les fantômes qui font leur sabat là-dedans.Adrien se contenta de sourire, car il ne comprenait que vaguement le patois de cette paysanne.Thérèse, souple comme une jeune bique, précédait e monsieur et le conduisit droit à la cuisine qui, par son étendue, sa cheminée d\u2019une dimension suffisante pour rôtir un bœuf, ses alignements de marmites et de casseroles de cuivre, évoquait l\u2019image de la cuisine 4\u2019une riche abbaye des temps lointains.Les domestiques étaient déjà à table.Adrien reconnut l\u2019infirmière assjpe près d'un co-.osse barbu ; il y avait quelques hommes, cochers et jardiniers.Tous se levèrent et Mme Julie s\u2019écria en apostrophant Thérèse : \u2014 Sotte ! c\u2019est au salon qu\u2019il fallait conduire mon-¦neur.S\u2019adressant au grand barbu, elle dit encore : \u2014 C\u2019est le nouvel intendant.Et elle présenta : Thomas, mon mari.Nous sommes au service de madame depuis bien longtemps et nous lui sommes dévoués, elle est si bonne ! Excusez cette pécore de Thérèse.Je vais moi-même vous montrer le chemin.Qui dois-je annoncer ?Adrien mit particule et son titre de comte dans sa poche et ne donna que son prénom.Mme Julie ouvrit une porte et cria : \u2014 Monsieur l\u2019intendant.En ce salon garni de meubles très beaux et très vieux datant des siècles passés, trois lames étaient assises, la mère et ses deux filles, l\u2019automne, l\u2019été et le printemps.Mme Vernon, grande dame aux bandeaux blancs, salua Adrien d\u2019une légère inclination le tête, puis désigna un siège.\u2014 Monsieur, soyez le bienvenu.Avant toute chose, nous irons à table ; ensuite, si le voyage ne vous a pas fatigué, nous bavarderons un peu.La fille aînée, grande et mince comme ja mère, avait sans doute à peine trente ans et pourtant ses cheveux grisonnaient déjà.En deuil, ses vêtements sombres augmentaient encore la pâleur d\u2019un visage ravagé par la douleur et l\u2019expression de tristesse des yeux brûlés par les larmes.Mme Vemon la présenta : \u2014 Madame la baronne de Lodève.Adrien songea : \u2014 Elle est veuve et de fraîche date ; une veuve inconsolable, hélas ! Il faut que le désespoir d\u2019une femme soit bien grand pour qu\u2019elle néglige sa beauté et sa coiffure ; pas un grain de pelure de riz ! Il se garda bien de dire un mot et se contenta de s\u2019incliner profondément.Madame Vernon présenta sa cadette : \u2014 Mademoiselle Denise Vemon, ma seconde fille, un rayon de soleil dans cette triste demeure.Adrien le croyait sans peine.Denise avait les charmes de la jeunesse et cet attrait que donnent l\u2019innocence et la bonne éducation.La baronne de Lodève, il y a quelques années à peine montrait certainement les mêmes beaux yeux noirs, étincelants d\u2019intelligence, le même teint diaphane.Mais les épreuves de la vie, ce sont lès orages qui anéantissent tout.A table, le nouveau venu se trouva placé entre madame Vemon et Denise, en face de la baronne de Lodève.Deux servantes assuraient le service.Thérèse apporta la soupière ventrue et la vieille Martine coupait le pain et débouchait le vin.L\u2019odeur fortifiante de la soupe grasse et le parfum de cette grosse boule de pain bis et frais, Adrien les aspirait et cela réveilla son appétit féroce, la fringale, avec tant de violence qu\u2019il eut peur de défaillir ; il se raidit pour ne pas montrer sa faiblesse et il ferma les yeux.\u2014 Mais mangez donc, lui dit Mme Vemon.Alors il attaqua cette potée délicieuse, pommes de terre, haricots cuits en compagnie de toutes sortes de légumes avec du porc fumé.Le convive se maîtrisait pour ne pas aller plus vite que ses voisines ; un homme du monde ne doit pas montrer de la voracité.Madame Vemon devinait ce garçon très pâle qu\u2019une première assiettée ranimait.La châtelaine, sans rien demander, servit elle-même une seconde portion plus copieuse que la première et elle dit : \u2014 Ce potage campagnard ne vous plaît pas ?Vous mangez du bout des dents.Adrien absorba ce viatique réparateur ; un verre de vin suivit : \u2014 Le coup du médecin, disait la souriante Denise.Et, ranimé, réchauffé, envahi d\u2019un immense bien-être, capable de reprendre la bataille, le jeune homme se répétait : \u2014 Attention, prudence, surveille-toi.Tu es l\u2019étranger.Certainement, tu n\u2019as pas que des sympathies parmi ces personnes.Thérèse venait de poser cm énorme dindon sur la table et la vieille Martine découpait ce magnifique rôti, elle exécutait ce travail avec une habileté qui témoignait d\u2019une longue expérience, et dans ce pays où les truffes sont abondantes on en avait abondamment farci ce maître dindon.Adrien se promettait d\u2019y toucher à peine.Droit sur son siège, les coudes au corps, tenant le moins de place possible, il espérait, par sa modestie, désarmer son ennemie, cette jeune femme en deuil qui le fixait avec insistance, regards sévères, presque haineux.Denise, la jeune fille railleuse, semblait fort disposée à rire des prouesses gastronomiques.Il n\u2019y avait réellement que la mère, bienveillante et douce, qui inspirait confiance au naufragé.Et puis, après tout, que m\u2019importe l\u2019opinion de ces heureuses de la terre ! Après de si dures privations, puisque le destin m\u2019amène au pays de Cocagne, je serais bien sot si je n\u2019en profitais pas ! Il dévora une cuisse de la superbe volaille, il la rongea jusqu\u2019à l\u2019os, il en reprit.Il trouva encore de la place pour la salade qui accompagnait le pâté de foie gras, et Denise s\u2019écria : \u2014 Ah ! monsieur, c\u2019est plaisir de vous avoir à table.Votre appétit est communicatif.Madame ma mère qui mange si peu et ma sœur encore moins, ont eu ce soir un fameux coup de fourchette.Je ne parle pas L\u2019HEURE DU BAIN Ayant emprisonné l\u2019abondance dorée De ses cheveux bouclés dans un bonnet étroit, Un indiscret maillot serrant son buste droit, La baigneuse descend vers la basse marée.C\u2019est l\u2019instant du couchant.L\u2019atmosphère est nacrée ; Sable d'or, ciel de pourpre, océan bleu de roi.,.Et l\u2019indolente va se livrer sans effroi Aux tièdes baisers de la vague moirée.Oh ! l\u2019ivresse de l\u2019eau ! L\u2019heure du bain lui plait.Elle avance, évitant coquillage ou galet, Jusqu\u2019au bord où le flot sur le sable s\u2019irrite.Et bientôt l\u2019Infini penché sur sa beauté, Qui se laisse bercer dans les bras d\u2019Amphitrite, Croit voir naitre à nouveau Vénus Aphrodité.de moi, je suis une ogresse.Ah ! si cela pouvait continuer ! Ma sœur se tue avec son jeûne perpétuel.Si vous pouviez la guérir ! Ah ! Jeanne, si c était vrai, te voir retrouver tes fraîches couleurs et ton embonpoint ! Bien entendu je ne te souhaite pas l\u2019obésité du gros marchand du village, mais entre un tonneau et un manche à balai, il y a de la marge.Sur les lèvres de la baronne il y eut un semblant de sourire et madame Vernon en fut émue, elle dit : \u2014 Ah ! Jeanne, ma chère mignonne, si c\u2019était vrai ) La mère alla embrasser sa fille : \u2014 Non, non, ma chérie, ne pleure pas, espère, on ne peut toujours souffrir ! La baronne se leva, elle se dirigea vers le salon ; Denise rejoignit sa sœur.Mme Vemon revint près d\u2019Adrien et elle lui dit : \u2014 Monsieur, ce n\u2019est pas le travail qui manque ici.Un vieil et fidèle ami de notre famille, le colonel Hen-riot, vous a chaudement recommandé.Je sais que vous êtes d\u2019une bonne famille, instruit, vous n\u2019ignorez rien de l\u2019économie d\u2019un domaine ; vous êtes capable de remettre un peu d\u2019ordre dans mes affaires.Depuis plus d\u2019un an, je n\u2019inscris plus rien, ni recettes, ni dépenses ; mes fermiers, métayers et locataires me payent ou ne me payent pas, je l\u2019ignore.Ma fille Denise vous guidera pour vous présenter aux paysans, à mes gardes forestiers, ainsi qu\u2019aux notaires chez lesquels j\u2019ai des intérêts.Vous vérifierez également mes comptes en banque.Je vais aller vous chercher livres et paperasses, débrouillez-vous pour installer un bureau dans votre logis, dans la tour.Les domestiques vous apporteront les meubles qui vous sont nécessaires ; les greniers en sont pleins.Vous êtes le maître.Je vous demande une seule chose, c\u2019est de vous approcher le moins possible du donjon, de n\u2019y pénétrer jamais, cette antique bâtisse peut s\u2019écrouler d\u2019un moment à l\u2019autre Allez, maintenant, rejoindre mes filles qui sont au salon.Quand je vous aurai remis les papiers, vous irez prendre un repos nécessaire après les fatigues d\u2019un long voyage.Adrien poussa la porte, mais il s\u2019arrêta sur le seuil Les deux sœurs, debout Tune en face de l\u2019autre, parlaient avec vivacité.L\u2019oreille fine, le jeune homme entendit bien malgré lui, la baronne qui disait : \u2014 Pourquoi recevoir cet inconnu ?L\u2019installer à notre foyer ?Maman a-t-elle l\u2019intention de révéler notre secret à tout le monde ?\u2014 Jeanne, cria Denise, n\u2019est-il pas indispensable d\u2019avoir un comptable ?et un intendant ?Les métayers nous trompent ; savons-nous comment les gardes opèrent pour vendre les coupes de bois ?Je ne dis pas que nous marchons à la ruine, mais il est grand temps d\u2019ouvrir les yeux.Ensuite, voulons-nous mourir de neurasthénie dans ces ruines où nous vivons comme des prisonnières ?Et puis, je t\u2019avoue, j\u2019ai peur.La présence de ce jeune homme me rassure.il peul nous défendre.Adrien jugea bon de sortir, de refermer la porte, puis il frappa fortement.Mme Vemon revenait déjà, apportant une pile de dossiers qu\u2019elle remit au nouvel arrivant.C\u2019était l\u2019heure de la séparation.Thérèse, avec une lanterne, devait éclairer poui la traversée de la cour.\u2014 Non, disait la jeune servante, j\u2019ai trop peur, il faudra que je revienne toute seule.Alors, Adrien prit la lanterne, grimpa l\u2019escalier de pierres, atteignit la grande salle de la tour qui devait lui servir de chambre à coucher et de bureau.Les fantômes qui effrayaient tant Thérèse, le nouvel intendant s\u2019en moquait, il poussa pourtant les verrous ____ de la lourde porte et, tout habillé, il se jeta - sur son lit.La fatigue, le repas copieux surtout pour quelqu\u2019un qui, depuis des semaines vivait comme un anachorète, et puis cette foule d\u2019impressions : \u2014 Ferais-je affaire ?Est-ce une situation ?Si je pouvais économiser assez pour rembourser d\u2019abord le colonel et puis épargner un peu d\u2019argent pour partir en Afrique, m\u2019engager.J\u2019ai le grade de sous-lieutenant, mais j\u2019aurais honte d\u2019arriver à l\u2019escadron comme un va-nu-pieds.La châtelaine, quelle dame aimable ! Sa fille aînée, la baronne, me plaît moins ; elle est malade certainement.Sans doute les médecins ont ordonné le repos, le calme, le silence, le grand air.Mais mademoiselle Denise, quelle ravissante apparition, tous les charmes, toutes les grâces, et spirituelle ! C\u2019est en rêvant aux grands yeux sombres de la jeune fille que le jeune homme s\u2019endormit.Le festin plantureux qu\u2019il digérait avait sa part de responsabilité dans le sommeil de plomb qui écrasait le dormeur.Pourtant, il [ Lire la suite page 14 ] teams feglttS V' : .'V- * ! v.; r% ip \\fU*! * fcgBsr,;-. « .Au ____\u201e\t.Rœuf \u2022 Bœuf et All CHOIX \u2022 Asperges \u2022 Fèves avec *\tcombos \u2022 Poulet AU Bouülo'n \u2022 Céleri \u2022 Poulet * P° champignons \u2022 Queue cïam Chowder * pCQ\u2014Essais ° * Tomates \u2022 Tournes \u2022 pepper Pot \u2022 Potag Légumes à la Végétarienne.Légumes et Bœui MSP je suis belle et j'ai des frou-lrous Ma poche est tout' pleine de sous .Grâce â Campbell\u2019s et à ses soupes je puis choisir parmi ce groupe D'une à 19 selon mes goûts I PRÉPARÉE PAR CAMPBELE'S AÇ^NAP» - 3ÜÜ 12 Le Samedi, Montréal, 24 mai 1947 Pères et fils travaillent côte à côte aux usines Studebaker.Ces équipes, perpétuant une tradition qui date de la fondation de la maison Studebaker, il y a plus de 95 ans, sont le gage d\u2019une main-d\u2019œuvre rigoureusement uniforme, d\u2019une année à l\u2019autre.Ci-dessus, un vieil employé, Stanley Lipowski, et son fils, Stanley Frank.»*ate-ç î» Chaque nouvelle Studebaker d\u2019après-guerre incorpore une main-d\u2019oeuvre digne de votre confiance | Modèle hors-polr qui vous séduira I Quelle Joie quand vous devenez le fier possesseur de ce coupé à 5 places\u2014ou de toute autre Studebaker 1947 si distinctive\u2014Champion ou Commander I Studebaker est, de loin, la première auto d'après-guerre à plus d'un autre point de vue.La première a avoir des freins à réglage automatique et la lumière rbrcure\u201d sur le tableau de bord\u2014la première, également, à offrir une maniabilité nouvelle et un roulement d\u2019un confort nouveau genre.Vous ne payez pas plus pour la valeur supplémentaire due a la méticulosité Studebaker PRESQUE tout automobiliste saisirait avec empressement l\u2019occasion d\u2019être le fier possesseur d\u2019une nouvelle Studebaker d'après-guerre, d\u2019un style si distinctif.Mais les gens les plus fiers de cette auto 1947 ultra-moderne, et pour cause, sont les artisans qui la construisent.Leur maîtrise exceptionnelle et leur coopération en ont permis la réalisation.La plupart des bons citoyens travaillant aux ateliers et aux lignes de montage Studebaker sont des vieux employés de la compagnie.Beaucoup d\u2019entre eux font partie d\u2019équipes uniques \u201cpère-et-fils.\u201d Ce sont des gens qui ont leur propre maison, qui y sont profondément attachés et qui, en tant qu\u2019excellents citoyens, savent assumer leurs responsabilités.Pour cette raison, les effectifs ouvriers de la Stude- baker constituent une force permanente et stable, et la confiance qu\u2019ils inspirent se reflète dans l\u2019exécution magistrale des moindres détails de construction de la Studebaker.Cette observation, par la main-d\u2019oeuvre Studebaker, de rigoureux prototypes de qualité établis de longue date, assure aux autos et aux camions Studebaker un rendement exceptionnel qui vous permet de rouler économiquement et sans ennuis pendant des milliers de milles.Tout cela sauvegarde votre placement jusqu\u2019au jour où, échangeant votre Studebaker, vous obtiendrez le taux maximum de reprise.Studebaker De loin, la première auto d\u2019après-guerre the Studebaker Corporation of Canada, Limited, Hamilton, Ontario Le Samedi, Montréal, 24 mai 1947 13 DANS LE MONDE SPORTIF PAR OSCAR MAJOR LES ATHLETES PROFESSIONNELS DE JADIS ETAIENT- ILS MEILLEURS QUE CEUX D'AUJOURD'HUI ?A l\u2019occasion du récent retour au baseball du célèbre Babe Ruth, l\u2019ancien sultan des coups de circuit des ligues majeures, à l\u2019occasion de la nomination au Panthéon du Hockey de l\u2019incomparable Aurèle Joliat, la querelle des joueurs anciens et des jeunes de nos jours est en passe de devenir d\u2019actualité.Les vieux partisans du baseball et du hockey mettent une certaine malice et beaucoup d\u2019orgueil à prétendre que les As de leur temps étaient supérieurs en qualité à leurs successeurs, étoiles de nos jours.Dernièrement, on a ébauché des comparaisons entre le champ extérieur des Red Sox de Boston de 1910 à 1915, composé de Harry Hooper, Tris Speaker et Duffy Lewis, et le meilleur champ extérieur de nos jours.On a fait de même pour le hockey : les lignes Gagnon-Morenz-Joliat, Bill Cook-Frank Boucher-Bun Cook, Jackson-Primeau-Conacher contre les meilleurs de nos jours : Richard-Lach-Blake, Schmidt-Bauer-Dumart, etc.Un grand nombre d\u2019experts en baseball ont déclaré que le trio Hooper-Speaker-Lewis était d\u2019une classe supérieure aux voltigeurs actuels Joe DiMaggio, Slaughter, Dixie Walker.Nous épousons leur façon de voir sous ce rapport.Il en est de même aussi au sujet de l\u2019incomparable Ty Cobb et du Sultan des coups de circuit Babe Ruth, dont les records sont apparemment insurpassables.Cependant, nous ne faisons pas partie de la classe des gens qui s\u2019écrient à tout instant : « Ah ! de mon temps ! c\u2019était bien mieux ! » En voici les principales raisons : Il n\u2019y a aucun motif pour que les joueurs de baseball professionnels vaillent moins que leurs prédécesseurs \u2014 Ty Cobb, Babe Ruth, Speaker, Lewis et Hooper sont des exceptions.Nous pourrions mettre peut-être, à l\u2019actif des anciens athlètes, un peu plus de zèle, de conviction, de foi sportive, d\u2019enthousiasme, un peu plus, sans doute, de ce que nous pourrions appeler de feu sacré.Au point de vue physiologique général, l\u2019humanité n\u2019accuse aucune regression Les athlètes actuels ne sont pas plus mal fichus que leurs ancêtres.En revanche, que rie supériorité n\u2019ont-ils pas sur ceux qui vinrent avant eux ?L\u2019âge moyen de la vie est en progression, grâce à l\u2019hygiène, au régime alimentaire.Le modèle de nos jeunes générations est en net perfectionnement.Les malingres d\u2019autrefois sont de moins en moins nombreux.Et les athlètes de 18 à 30 ans ont encore pour eux le perfectionnement des méthodes, des préparations, de l\u2019entraînement.Dans aucun sport athlétique, la majorité des records mondiaux ne sont restés stationnaires.Nous ajoutons qu\u2019avec les moyens meilleurs d\u2019aujourd\u2019hui, bon nombre d\u2019anciennes gloires du sport auraient réalisé des performances supérieures à celles qu\u2019elles réalisèrent.Oui, de tous temps, on s\u2019est plu à comparer les athlètes anciens aux nouveaux.Les vieux piqués du sport prônent la supériorité des anciennes étoiles.Les plus jeunes partisans défendent leurs contemporains avec une chaleur enthousiaste, comme il se doit, d\u2019ailleurs.Vous vous rappelez, lorsque Dick Irvin déclara que le club de hockey Canadien des saisons 1945-1946-47 était supérieur aux fameux Canadiens de 1929-30-31, un certain nombre de vieux partisans du hockey de jadis fuirent prêts à fumer les ongles du gérant Irvin, à tel point qu\u2019ils ne lui parlent plus, depuis près QU'A-T-ON FAIT DU STYLE SCIENTIFIQUE.EN BOXE ?La boxe n\u2019échappe pas à cette discussion.L\u2019on se plaît à mettre en parallèle, par la pensée, les Sullivan, Corbett, Fitzsimmons, Jeffries, Jack Johnson, Jack Dempsey, Stanley Ketchell, Dixon, Benny Leonard, A1 Brown, etc., avec les meilleurs boxeurs d\u2019aujourd\u2019hui, Joe Louis en tête.La qualité primordiale d'un pêcheur est la persévérance.A bien examiner cette photo, on peut constater que M.EDMOND CLOUTIER.imprimeur du roi, à Ottawa, n'en manque pas.Pour ce pécheur endurci, aucun endroit n'est accessbile ! Photo Armour Landry.de deux ans.Entre nous, ces gens poussent le chauvinisme un peu trop loin ! Pour pouvoir discuter en toute indépendance, il faut être également distant du point de vue des grands-pères, trop enclins à louer le passé, comme de l\u2019opinion des jeunes, amoureux du présent.En un mot, il faut examiner la question de la manière la plus objective possible.Pour ce faire, il semble nécessaire de tracer un bref historique de la boxe moderne.Aux débuts de la boxe, celle des combats à poings nus, il n\u2019était aucunement question d\u2019éviter les coups.La puissance de frapper, la faculté d\u2019encaisser les coups et la résistance assuraient la victoire.Pendant une trentaine d\u2019années, l\u2019art de l\u2019esquive plut aux spectateurs et fit école jusqu'au commencement de la Grande Guerre de 1914.Au contraire, la période d\u2019après-guerre fut marquée par l\u2019éclosion d\u2019un genre nouveau, fait de moins de finesse et de plus d\u2019ardeur.On se bat brutalement, aveuglément, sans souci des accessoires.On voit encore des boxeurs scientifiques, en très petit nombre, mais ils font figure d\u2019ancêtres.On dit d\u2019eux qu\u2019ils ont peur des coups de poing, parce qu\u2019ils ne les prennent pas tous sur la figure.Quelles sont donc les raisons de la disparition du style scientifique, dans la majorité des cas ?Notre époque actuelle est placée sous le signe de la vitesse.Il faut réaliser, en toutes choses, dans le minimum de temps, franchir un continent en une dizaine d\u2019heures, faire un champion en quelques mois.Pour cela, il ne faut pas s\u2019embarrasser de détails.On n\u2019a pas le temps d\u2019apprendre à boxer.La sélection se fait par l\u2019ardeur brutale et la force aveugle, afin que les gérants des boxeurs et les promoteurs fassent le plus d\u2019argent possible, dans le plus court espace de temps, à l\u2019aide de journalistes- peu scrupuleux.Alors que, pour faire un boxeur scientifique, il faut un enseignement patient donné par des experts, il n\u2019est que de lâcher bride au tempérament des jeunes boxeurs pour en faire des batailleurs.Au renouvellement, toutefois, du genre pugilisti-que il y a une raison de psychologie.La boxe fut l\u2019objet de révolutions successives, depuis cent ans : le combat brutal à poings nus, jusqu\u2019en 1892 ; l\u2019esquive, le jeu de pieds ou de jambes, la science jusqu\u2019en 1930 ; la bagarre jusqu\u2019à aujourd\u2019hui, où le public sanguinaire aime le sang et les mises hors de combat.En vertu des lois d\u2019alternance, nous escomptons qu\u2019après la prochaine guerre les pugilistes feront un retour à la boxe scientifique, le jour où l\u2019on aura mis à la raison la plus grande partie des profiteurs et tous les exploiteurs.De tout ce qui précède, on voit combien il est difficile de vouloir comparer les champions d\u2019hier à ceux de nos jours.liirî s 14 Le Samedi, Montréal, 24 mai 1947 LE SECRET DE LA BELLE CHATELAINE [ Suite de la page 9 ] fut réveillé : galopade dans l\u2019escalier, le bruit d\u2019une chaîne râclée sur les marches de pierre, un choc violent contre la porte, puis la voix énergique d\u2019un homme, quelques jurons auxquels répondaient des grondements de bête .un belluaire aux prises avec un fauve.Puis, plus rien.le silence sépulcral ! Cela ne dura pas une minute.Adrien se leva, fit de la lumière, courut à la porte, ouvrit, appela.On ne répondit pas.Alors Adrien se dit : \u2014 C\u2019est un cauchemar, digestion laborieuse.Il se déshabilla, se coucha et ne fit qu\u2019un somme jusqu\u2019au matin.Ill \u2014 DENISE Le lendemain matin jusqu\u2019à midi, Adrien travailla, classant les factures, alignant des chiffres.Un expert comptable ne pouvait mieux faire.La vieille Martine vint le chercher pour le déjeuner.Mme Vernon et Denise étaient seules à table, la baronne ne parut point.\u2014 Avez-vous bien dormi ?demanda la châtelaine.La voix tremblait un peu et, dans les yeux de Denise, se lisait une curiosité anxieuse.\u2014 Madame, répondit le jeune homme, je vous remercie, j\u2019ai passé une nuit excellente.\u2014 Rien ne troubla votre sommeil ?\u2014 Non.J\u2019ai bien eu un semblant de cauchemar.Il me sembla que Ton ébranla ma porte, mais quand j\u2019ouvris, je ne vis rien.Je dois cette hallucination à l\u2019excellent pâté dont j\u2019ai sans doute abusé hier soir.Juste punition de ma gourmandise.Très pâle, Denise se rapprocha : \u2014 Il ne fallait pas ouvrir votre porte.\u2014 Tais-toi, murmura Mme Vernon sur un ton de prière.La jeune fille s\u2019écria : \u2014 Il faut pourtant avertir monsieur ; il doit se tenir sur ses gardes.\u2014 Oui, dit la mère.Le mari de dame Julie doit garder une bête dangereuse, un loup probablement, et cette nuit cette bête trompa la vigilance de ses gardiens.Cela doit finir, oui, oui, il le faut ! Ah ! que Dieu nous aide ! Mais nos ennuis intimes ne doivent pas vous intéresser.Je suis d\u2019accord avec ma fille Jeanne de ne pas vous mêler à cette histoire.Donc, monsieur, je crois que vous avez bien employé votre matinée, vous avez maintenant un aperçu de l\u2019écheveau que vous aurez à démêler, je ne suis pas en état momentanément de m\u2019occuper de ces questions.Mais Denise me remplacera.Votre collaboration sera utile.Bien entendu, votre rôle consistera à défendre mes intérêts matériels, révision du bail de chacune de mes fermes, faire une liste de toutes les sommes qui me sont dues, surveiller mes forestiers.Mais ici, dans cette maison, rien ne doit vous regarder, c\u2019est une question indispensable pour assurer et affermir votre situation d\u2019intendant.Après ce pressant appel que je viens de faire à votre discrétion, je pense que vous m\u2019avez comprise .allons déjeuner.Mme Vernon, souffrante, se retira presque aussitôt, et c\u2019est en tête à tête avec Denise que le nouvel intendant prit son repas.Adrien allait journellement côtoyer et travailler avec cette jeune fille, tantôt énergique et pratique, puis hésitante et timide ; des instants de confiante familiarité auxquels succédaient toutes les méfiances d\u2019une personne orgueilleuse et distante.Les jolies femmes sont capricieuses.Adrien s\u2019en aperçut.\u2014 Monsieur, lui dit Denise, dans cette pièce immense que nous baptisons le salon, je ne sais trop pourquoi, et qui ne sert à rien, nous allons choisir un coin, là-bas, devant cette fenêtre par exemple, et nous installerons notre bu- reau, une table, quelques tiroirs et casiers pour le classement des dossiers, et vous serez très bien.Cela est préférable à votre pigeonnier dans la tour où du reste, les convenances m\u2019empêcheraient de monter.Remarquez, monsieur, que je suis une ignorante en comptabilité ; mais je connais le domaine, je vous dirai ce que je pense de chacun des fermiers et aussi des gardes-chasse.On vole madame ma mère avec désinvolture ; il faudra mettre de l\u2019ordre dans tout cela.Les fortunes les plus importantes ne résistent pas a ce gri-gnotement continu.Savez-vous monter à cheval ?\u2014 Sous-lieutenant de cavalerie, répondit Adrien en souriant.Denise éclata de rire : \u2014 Excusez-moi, je le savais, mais je suis si distraite.Nous visiterons donc l\u2019écurie, il y a une demi-douzaine de chevaux de selle qui seront utiles pour parcourir le domaine.Je pense aussi vous équiper.J\u2019en ai déjà parlé à ma sœur, elle a bottes, housseaux et vêtements de cavalier qu\u2019elle vous donnera ; cela vient de son mari.Adrien profita de l\u2019occasion et il demanda : \u2014 Madame la baronne est veuve ?Il regretta sa question indiscrète.Denise le foudroya d\u2019un regard où il y avait de la surprise, de la colère et aussi un peu de mépris.Ce monsieur ne devait-il pas observer une réserve totale ?Ne s\u2019immiscer en rien dans la vie intime de ses maîtres ?Car enfin, un intendant n\u2019est-il pas un salarié ?Cet accès de mauvaise humeur ne dura pas, Denise retrouva son sourire et elle dit : \u2014 Vous êtes certainement chasseur, monsieur Maury, et bon tireur.Moi aussi, j\u2019aime à battre bois et guérets et bien rarement je reviens bredouille.Nous avons ici une jolie collection d\u2019ar- mes, c\u2019est par elle que nous commencerons.Au premier étage, une vaste piece, meublée sommairement d\u2019une table et de chaises ; tout autour de la salle d\u2019armes, des vitrines à portes vitrées.Denise en ouvrit une et sortit un léger fusil de dame : \u2014 C\u2019est le mien, fit-elle, un calibre vingt, il est excellent.Je vous conseille plutôt ce calibre douze.Si vous attaquez la grosse bête, cerfs ou sangliers, il vous faut quelque chose de sérieux.Emportez-le, monsieur Maury, gardez-le dans votre chambre ; prenez aussi une cartouchière.En ce désert, il est bon d\u2019avoir toujours de quoi se défendre à portée de la main.Regardez ce gentil revolver, le voulez-vous?Mais, monsieur, vous ne pouvez pas toujours sortir votre fusil en bandoulière ! \u2014 Mademoiselle, répartit Adrien en riant, je suis un sportif et un homme ne me fit jamais peur.Denise se hérissa et frappa du pied : ___Prenez des précautions.Malheureux, cette nuit, si par hasard,( les verrous de votre porte avaient cédé, vous étiez perdu.Si cette visite nocturne se renouvelle, ce petit joujou nickelé vous permettra d\u2019abattre l\u2019indésirable visiteur comme un chien enrage.Je ne peux rien ajouter, ne discutez pas, obeissez-moi aveuglément.Gardez ce revolver en poche, portez fusil et munitions dans votre chambre et venez me rejoindre aux écuries.J\u2019ai déjà envoyé Martine porter un paquet où vous trouverez une tenue de cavalier qui sera peut-être un peu grande mais à la guerre comme à la guerre.Adrien se hâta d\u2019endosser l\u2019élégante tenue qui semblait avoir été faite sur mesure, même le feutre de bonne marque le coiffait bien.Devant les écuries, Adrien trouva Denise en compagnie de sa mère et sa sœur.La jeune fille portait le costume des cavalières modernes, culottes, guêtres qui permettent aux dames de monter comme les hommes.La baronne, fidèle à l\u2019équitation classique, avait la longue jupe des amazones, Mme Ver-non dit au jeune homme : __Nous avons décidé Jeanne à vous accompagner dans votre première sortie et nous en sommes bien heureuses ; elle a tant besoin de distractions ! La baronne regardait fixement Adrien et soudain, elle fondit en larmes.Dans les bras de sa sœur, elle sanglotait ; son pauvre corps amaigri secoué par d affreuses souffrances.Denise, angoissée, criait : \u2014 Pardonne-moi, c\u2019est ma faute, j\u2019aurais dû penser à toi, ma pauvre chérie.Mme Vernon courut à ses filles et, baisers, caresses, douces paroles, calmèrent la baronne.Elle voulut renoncer à sa promenade ; les supplications de Mme Vemon lui firent changer d\u2019avis.Le bonhomme, celui, qui avec une carriole était venu attendre Adrien à la gare, remplissait également les fonctions de garçon d\u2019écurie ; il avait sellé trois chevaux, des tarbais aux jambes fines, montures nerveuses.Adrien salua la baronne et, la soulevant comme une plume, il l\u2019installa sur sa selle d\u2019amazone.Denise, sans se servir des étriers, sauta sur le dos de son cheval, le jeune homme enfourcha sa bête et suivit les cavalières déjà en route.Mme Vernon saluait de la main et .criait : \u2014 Bonne promenade, mes mignonnes, pas d\u2019imprudence.Monsieur Maury, veillez sur elles.Après cinq minutes de trot allongé qui tempéra l\u2019ardeur que les chevaux montrent toujours en sortant de l\u2019écurie, une montée permit de reprendre le pas, et marchant de front Adrien, entre les deux sœurs, fit tout son possible pour plaire ; gentilhomme parfait, causeur spirituel, il se dépensa sans compter.La baronne s\u2019animait, elle s\u2019intéressait aux histoires de ce charmant jeune homme.Les joues de la jeune dame étaient moins pâles, la tristesse disparaissait des pauvres yeux et, parfois un sourire apparaissait sur les lèvres blanches.A la maison forestière, résidence des gardes-chasse du domaine, l\u2019épouse du forestier offrit une collation.Denise prit Adrien à part et elle lui dit : \u2014 A demain les affaires sérieuses.Nous reviendrons tous deux examiner les livres et les comptes du garde chef et nous jugerons si la gestion est satisfaisante.Aujourd\u2019hui, ne nous occupons que de ma sœur.Pour la première fois depuis longtemps, j\u2019ai revu Jeanne s\u2019égayer, son morne regard s\u2019éclairer.Va-t-elle enfin surmonter les coups du destin ?Vous serez l\u2019artisan de ce miracle.Ma mère autant que moi nous vous en serons reconnaissantes.Mais faites attention, une parole imprudente peut tout compromettre.Assez perplexe, Adrien se faisait l\u2019effet d\u2019un pauvre type auquel on bande les yeux avant de le lâcher dans un magasin de porcelaine.Cette Denise, quelle créature fascinante ! Tantôt avec des yeux sombres comme un ciel menaçant, ou s\u2019éclairant de tous les rayons d\u2019un soleil prin-tannier.Et la voix enchanteresse de cette jolie fille ! Chaque parole vibrait comme une cloche d\u2019argent et résonnait jusqu\u2019au fond du cœur de l\u2019impressionnable Adrien.Le retour à la maison fut une agréable chevauchée, le repas du soir presque gai, et c\u2019est de ses deux mains que Mme Vernon pressa celle du jeune homme au moment de la séparation.Dans sa chambre de la tour, Adrien ferma sa porte, puis il s\u2019accouda à sa \tL'HOROSCOPE\t\t\t\t\t\t\tDU \" SAMEDI \"\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t(Nouvelle série)\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t 8\t4\t6\t2\t7\t5\t8\t3\t7\t4\t6\t2\t8\t5\t7\t3 O\tU\tP\tG\tU\tA\tN\tP\tN\tN\tR\tE\tV\tM\tE\tR 4\t8\t3\t7\t6\t2\t5\t8\t3\t7\t2\t6\t5\t4\t7\t2 E\t0\t0\tA\t0\tN\tI\tU\tB\tU\tT\tF\tT\tG\tB\tI 4\t7\t2\t6\tS\t3\t8\t6\t2\t4\t7\t3\t8\t2\t7\t4 R\tA\tL\tI\tI\tL\tS\tT\tB\tA\tI\tE\tC\tI\tN\tN 7\t4\t6\t3\t7\t2\t8\t5\t4\t7\t2\t6\t8\t3\t7\t4 E\tD\tS\tM\tF\tL\tR\tE\tE\tI\tL\tA\tI\tE\tN\tD 8\t2\t7\t4\t3\t6\t5\t8\t2\t7\t4\t6\t3\t7\t5\t8 T\tE\tA\tE\tD\tU\tR\tI\tT\tN\tC\tG\tI\tC\tE\tQ 6\t4\t7\t3\t8\t5\t2\t7\t4\t6\t3\t8\t7\t2\t5\t6 M\tI\tI\tM\tU\tN\tB\tE\tS\tE\tP\tE\tR\tL\t0\tN 6\t4\t8\t2\t5\t4\t6\t3\t5\t7\t4\t6\t3\t8\t5\t2 T\tI\tR\tE\tU\tO\tE\t0\tE\tE\tN\tS\tT\tA\tE\tU \tComptez les lettres de votre prénom.\t\t\t\t\t\t\t\tSi le nombre de lettres est de 6\t\t\t\t\t\t OU\tplus,\tsoustrayez 4.Si le nombre est moins de 6,\t\t\t\t\t\t\t\t\tajoutez 3.Vous aurez\t\t\t\t alors votre chiffre-clef.\t\t\t\t\tEn\tcommençant au\t\t\t\thaut\tdu\trectangle\t\tpointez\t chaque chiffre-clef, de gauche à\t\t\t\t\t\t\tdroite.\t\tCeci fait,\t\tvous\tn\u2019aurez\t\tqu\u2019à\tlire votre horoscope donné par les mots que forme le pointage de votre chiffre-\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t clef.Ainsi, si\t\t\tvotre prénom\t\t\test Joseph,\t\t\tVOUS\tsoustrayez 4 et vous aurez\t\t\t\t\t comme clef le chiffre 2.\t\t\t\t\tTous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représen-\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t tent votre horoscope.\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \tDroits réservés\t\t\t1945, par William J.\t\t\t\t\tMiller.King\t\t\tFeatures,\t\tInc.\t 15 Le Samedi, Montréal, 24 mai 1947 Merritt \u2022 1855 JfoMMfS Clairvoyants \u2014Xftesgasssssrr?vzkW'''* -à®»*- 'rr*Æâv«^.,J- **#¦ \u2022is^3^ SsSr8|i S^s-.Y^fâ^A::/^k :
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.