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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 16 novembre 1946
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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Le samedi, 1946-11, Collections de BAnQ.

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[" 58e année, No 26 Montréal, 16 novembre 1946 LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS Uouclas tailbanks R K O 2 Le Samedi, Montréal 16 novembre 1946 SÛRETÉ ABSOLUE et très longue durée BATTERIES WILLARD\u2014pour Autos,^ Camions et Autobus, Radios, Moto- /\u201c \u2022 y** m»Fw.mlm.cyclettes.Tracteurs, Avions, Moteurs Marins, Diesel et Stationnaires\u2014 vendues et entretenues partout par les Marchands Willard.Sûreté \u2022 Rendement \u2022 Longue Durée BATTERIES À REMPLISSAGE DESÛRETÉ WILLARD STORAGE BATTÊrŸIÔ.OF CANADA, LTD,, TORONTO, ONTARIO | EVOLUTION COLONIALE L\u2019AVENIR DE L\u2019ANCIEN COMBATTANT Plus que durant la première Grande Guerre même, la participation active des peuples coloniaux à la défense contre l\u2019agression et a la victoire des forces de la liberté contre celles de la tyrannie a conduit a des changements ess n tiels dans les pays coloniaux.Dans chaque partie du monde, ces peuples ont envoyé des hommes qui, en qualité de soldats, ont acquis une experience précieuse dont ils ont pu tirer parti à leur retour chez eux\t______.Bien avant la fin du conflit déjà, les gouvernements coloniaux de 1 Empire britannique ont mis au premier plan de leurs preoccupations 1 elaboration de programmes à l\u2019intention des anciens combattants.On se fera une idee du succès de ces programmes si l\u2019on examine les ressources mises a la disposi 10 des ex-militaires à leur retour dans leurs foyers d\u2019Afrique et certains exemples Afrique que dans les Antilles.\tj 1\t/- Avant la défaite définitive de l\u2019Axe, les troupes coloniales de la Grande-Bretagne atteignaient au total un demi-million d\u2019hommes.Plus de 350,000 venaient de territoires africains : environ 228,000 de l\u2019Afrique Orientale et Centrale, et près de 150,000 de l\u2019Afrique Occidentale.La démobilisation s est effectuée harmonieusement et l\u2019on compte qu\u2019à la fin de 1 année ou même p us tôt es forces locales tomberont à l\u2019effectif arrêté pour la période de transition, i mi mai, on avait démobilisé 163,000 hommes de l\u2019Afrique Orientale et Centrale et 67,000 de l\u2019Afrique Occidentale.Les Antilles ont surtout participé au conflit grâce aux 8,000 volontaires, hommes et femmes, de la R A F.et de la W.A.A.F.(Corps d\u2019aviation des Antilles).Environ 1,000 volontaires des Indes occidentales (Antilles) et des Bermudes ont servi en Italie.En juin, 4,000 d\u2019entre eux étaient libérés.LE RETABLISSEMENT EN AFRIQUE Les anciens combattants africains ont un rôle de premier plan à jouer dans leurs territoires où prédomine l\u2019agriculture.Afin qu\u2019ils continuent à tirer parti de l\u2019expérience acquise à l\u2019armée et qu\u2019ils contribuent au progrès économique, à l\u2019instruction, au bien-être social et aux autres aspects de la vie rurale d'Afrique, on a établi des centres d\u2019instruction technique et professionnelle qui les mettront en mesure, qu\u2019ils soient physiquement aptes ou invalides, à prendre la place qui leur revient dans la vie de la collectivité.On fournit des cours supérieurs à ceux qui ont appris un métier dans 1 armée et 1 on fait en sorte que ce supplément de formation s\u2019adapte autant que possible à leurs aptitudes et inclinations, ainsi qu\u2019aux circonstances et aux besoins du lieu.Les soldats africains invalidés au cours de la guerre ou placés à la libération dans une catégorie médicale inférieure sont dirigés, en Afrique Orientale, vers le centre de rétablissement de l\u2019armée dans le Kenya où l\u2019on soigne les malades des autres territoires de l\u2019Afrique Orientale où on leur procure la mobilisation articulatoire.L\u2019invalide apte au travail reçoit une formation professionnelle appropriée en un centre territorial d\u2019instruction des anciens combattants.En Afrique Occidentale, on a établi des centres de rétablissement dans la Nigérie, la Côte de l\u2019Or et le Sierra Leone : les deux premières de ces colonies possèdent des services qui ajustent et entretiennent les instruments de prothèse.Dans toutes les dépendances africaines de la Grande-Bretagne, se trouvent des Bureaux de conseillers et des Agences de placement qui aident les anciens combattants à se placer.Par exemple, l\u2019an dernier, la Nigérie avait établi 85 agences de placement.Des textes législatifs de cette colonie exigent qu\u2019une certaine proportion des postes vacants aillent aux anciens combattants ; ceux-ci, comme dans plusieurs colonies, ont la priorité dans l\u2019embauchage du personnel de l\u2019Etat, tandis qu\u2019on incite les employeurs particuliers à la leur accorder.FORMATION En Afrique Occidentale, l\u2019invalide a la priorité à l\u2019Ecole technique du gouvernement nigérien, ou bien on l\u2019aide dans l\u2019achat d\u2019outils, dans l\u2019établissement en qualité d\u2019artisan ou de cultivateur.En Afrique Orientale, il peut recevoir une certaine formation au Centre principal de formation technique et professionnelle pour Africains au Dépôt de formation industrielle des indigènes, dans le Kenya ; ou bien il peut apprendre à devenir adjoint d\u2019ingénieur ou d\u2019arpenteur en Ouganda.On accorde des bourses d\u2019étude dans les universités d\u2019outremer aux anciens combattants possédant les aptitudes voulues, sans égard à la race : les invalides peuvent également en obtenir.En juillet, on avait accordé 38 de ces bourses.Le soldat qui rentre en Jamaïque peut recevoir une allocation d\u2019enseignement qui lui permet de suivre les cours de l\u2019Ecole normale ou de l\u2019Ecole technique de l\u2019Etat.On fournit aussi des octrois en vue de l\u2019établissement sur la terre ou dans le commerce.Il existe des régimes semblables dans les colonies antillaises.Outre l\u2019aide que l\u2019ancien combattant peut ainsi recevoir dans son pays, le gouvernement du Royaume-Uni a pris des dispositions en vue de donner un enseignement technique ou professionnel approprié en Grande-Bretagne, aux ex-militaires masculins ou féminins des colonies ayant les aptitudes voulues.Dans ce cas, on tient compte des possibilités d\u2019emploi dans la colonie du candidat.La formation est gratuite et l\u2019on accorde une allocation de subsistance.Ce ne sont là que des exemples de la grande variété de modes de formation et d\u2019aide mis à la disposition des anciens combattants par le gouvernement du Royaume-Uni et maints gouvernements coloniaux de l\u2019Empire britannique, afin de reconnaître de quelque façon l\u2019apport magnifique des troupes coloniales à l\u2019œuvre accomplie de 1939 à 1945.NOTRE COUVERTURE Enrichi de cette formidable expérience qu\u2019est la guerre, le grand artiste de cinema, DOUGLAS FAIRBANKS, nous est revenu à l\u2019écran avec un élan nouveau, une force de caractère nouvelle qu\u2019on a pu remarquer dans uSinbad the Sailor\u201d.\tPhoto RKO Radio Pictures. Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 3 Je voudrais bien transporter mon lit au bureau \u2014gémit le pauvre Gérard.Il aurait volontiers travaillé au lit, aujourd\u2019hui, tant il se sent mal-en-train et migraineux depuis son réveil.Et il en sera probablement ainsi toute la journée car le laxatif qu\u2019il prît ne s\u2019attaqua qu\u2019à une des causes de son malaise.Il n\u2019obtint donc pas le soulagement désiré.Il oublia que, souvent Vaction laxative seule ne suffit pas.\u201cLa vie est belle, belle \u2014chantonne Henri a son arrivée au bureau.Lui aussi se sentait mal-en-train ce matin mais il agit intelligemment.Il savait qu\u2019il devait s\u2019attaquer aux deux causes de son malaise.Il prit donc un verre de pétillant Sal Hepatica\u2014le laxatif doux, salin et inoffensif qui combat aussi l\u2019excès d\u2019acidité gastrique.Résultat: il est plein d\u2019entrain et prêt à entreprendre une bonne journée de travail\u2014grâce à l\u2019action rapide et intégrale de Sal Hepatica.\u201cSal Hepatica s\u2019emploie avantageusement dans bon nombre de malaises.\u201d C\u2019est le laxatif '\u201cVous réalisez une économie appréciable en achetant le format de famille.\u2019 \u2018Sal Hepatica agit rapidement\u2014ordinairement en moins d\u2019une heure.\u201d \u201cAgréable â prendre \u2014 n\u2019entraîne pas de colique ni d\u2019effet désagréable.\u201d mbat aussi l\u2019acidité gastrique iKlïf mm à\u2014I Sal Hepatica C'est un laxatif salin rapide et inoffensif \u2014 Il combat aussi l'excès d\u2019acité gastrique Un produit Bristol-Myers \u2014 Fabriqué au Canada. 4 Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 *£ia ' v_-:: / ( \\ I , (\\.-,?\u2022 wwm Calvert ?1622 JlOMMES ClA/RVOYAJVTS Simpson \u2022 1821 Il y a Trois Siècles Au temps où les territoires de Rupert s\u2019étendaient de l\u2019Ontario au Pacifique et au nord de l\u2019Arctique, un seul homme dirigeait leurs destinées.Durant près d\u2019un demi siècle, comme gouverneur-en-chef de ces vastes territoires, Sir George Simpson coordonna les efforts des pionniers, trafiquants de fourrures.En fusionnant la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson et celles du Nord-Ouest, en 1821, Simpson contribua largement à la prospérité du Canada au moment où les fourrures constituaient la richesse du pays.CALVERT Dirigeait Ces Esprits Clairs Demandent.un Canada Uni les Destinées du Nouveau Monde DÉS LE 17ième siècle, Calvert disait à ses colons du Nouveau Monde: \"Soyez des promoteurs d\u2019industrie et de bien public.\u201d Homme d\u2019Etat célèbre et Secrétaire d\u2019Etat sous Jacques 1er, Calvert fonda des colonies historiques à Terreneuve et dans le Maryland dès le 17ième siècle.\"Respectez les lois qui assurent l\u2019unité,\u201d conseillait Calvert à ses colons.Les idéals d\u2019unité de Calvert ont été partagés par tous les hommes clairvoyants qui lui succédèrent depuis 300 ans.Soyons tous des hommes clairvoyants .et contribuons aux destinées du Canada.\u2022 \u2022 \u2022 Notre pleine mesure comme nation dépend de l\u2019unité d\u2019intention.Pour tout Canadien de jugement, il n'y a qu\u2019un Canada.CALVERT DISTILLERS EN VUE DE y a un Siècle SIMPSON Dirigeait les Pionniers Canadiens EDITORIAL LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITÉE Membres de PA.B.C., et de l'Association des éditeurs de Magazines du Canada Le Samedi La Revue Populaire Le Film 975-985.RUE DE BULLION MONTREAL \u2014 CANADA \u2022 Tél : PLateau 9638 * Président :\tFRED POIRIER Vice-prés.:\tGEO.POIRIER Directeur :\tJEAN CHAUVIN Rédacteur en chef : GERALD DANIS Chef de publicité : CHARLES SAURIOL Directeur artistique : HECTOR BRAULT Chroniqueur sportif : OSCAR MAJOR Chef du tirage : ODILON RIENDEAU NOS REPRESENTANTS : WILFRID DAOUST 20, Onzième Avenue, Lachine (Ottawa, Hull, Sherbrooke, Drummondvilie, Saint-Hyacinthe, Sore), Granby, Farnham, Saint-Jérôme, Joliette et les environs.) \u2022 ADELARD PARE 6, rue du Pont, Québec ( Québec et Lévis ) \u2022 PAUL LARIVIERE 1710, rue St-Philippe, Trois-Rivières ( Trois-Rivières et Cap-de-la-Madeleine ) Autorisé comme envol postal de ta deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa.Entered at the Post Office of St.Albans, Vt., as second class matter under Act of March 1879 ABONNEMENT CANADA Un an.* $3.50 Six mois.2.00 ETATS-UNIS Un an.$5.00 Six mois -\t2.50 \u2022 AU NUMERO: 10 cents a HEURES DE BUREAU : 9 h.a.m.à 5 h.p.m.du lundi au vendredi.e AVIS AUX ABONNES \u2014 Les abonnés changeant de localité sont priés de nous don-ner un avis de huit jours, l'empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq jours avant leur expédition.58e année, No 26 \u2014 Montréal, 16 novembre 1946 Réflexions sur le onze novembre Les cloches carillonnaient gaiement ! Leur son grêle transperçait l'atmosphère ! Au sifflement des bombes, à l'éclatement des obus, au halètement des mitrailleuses, avaient suc-rédé d'autres voix d'airain, des voix de paix celles-là.La guerre était finie ! Le 11 novembre 1918, l'heure de l'armistice était venue.C'était splendide après tant d'heures-H ! Et dans toutes les tranchées, comme à l'arrière, la joie, l'allégresse, le sentiment d'un profond soulagement, avaient remplacé l'angoisse des jours les plus durs.Et ceux gui avaient survécu à l'hécatombe rendaient grâce à leur protecteur ! De les avoir épargnés, et de leur avoir donné la victoire, tant ils croyaient gue jamais les peuples ne se replongeraient à nouveau dans une aventure pareille.Vingt-sept ans plus tard, à leurs postes de combat, en Hollande et en Allemagne, une nouvelle génération de soldats canadiens connaissait à son tour l'émotion de l'Armistice.Comme leurs pères, ces soldats avaient enduré la faim, la pluie, le froid, la neige, la boue, le sang.Et ils savaient avoir combattu pour une juste cause ! Mais, dans la nuit, avant la fin des hostilités, la nuit du 4 au 5 mai 1945, au lieu d'éprouver un sentiment de confiance en l'avenir, ils se demandaient plutôt ce gue cet avenir leur réservait.Le souvenir s'est estompé ! A peine, dix-huit mois plus tard, se rappelle-t-on la majesté des derniers coups de canon suivis de ce silence si complet gu'il semblait presque insolite, après tant d'années d'un vacarme infernal.A peine se souvient-on des quelques heures où, dans ce Poste de Commandement, au sud d'Emden, par exemple, les images d'une guerre plus cruelle encore que la précédente s'étaient déroulées comme une bande cinématographique sans fin.D'esprit et de cœur, cette nuit-là, on était avec ceux qui, bien loin, n'auraient plus à s'inquiéter du §ort des leurs.On pensait aux parents, aux femmes et aux enfants, et pas peu aux camarades fauchés sur le champ de bataille, surtout à ceux dont le sacrifice ne remontait qu'à quelques jours ou quelques heures et qui, eux non plus, n'avaient plus guère d'inquiétudes.On pensait à ce bon vieux X, coulé dans l'Atlantique, à Y perdu \u201cen plein ciel de gloire\" au-dessus de l'Europe, à Z tué tandis qu'il montait à l'assaut avec sa compagnie en vue de réduire un des derniers points de la résistance allemande.Et, graduellement, les confidences faites à la faveur des longues soirées loin du pays et loin de leurs familles prenaient une ampleur particulière.Car tous avaient des projets d'avenir, et tous avaient derrière eux quelques années d'un bonheur auxquels ils s'étaient arrachés, tout simplement pour faire leur devoir.Le 11 novembre, maintenant, n'est plus le Jour de l'Armistice.Il est devenu, à juste titre, le Jour du Souvenir.Mais est-ce assez, une fois par année, que de nous recueillir et d'avoir une pieuse pensée pour les morts des deux guerres ?Ne devrions-nous pas plutôt méditer, à l'année longue, la leçon qui se dégage de leur sacrifice, tant il est vrai que ce n'est qu'en se remémorant les horreurs de la guerre, ses misères, ses angoisses, qu'on s'écartera de l'égoïsme, de l'appât insensé du gain, du mépris des valeurs et des libertés humaines qui en sont la cause.A l'heure présente, à New-York, les plus grands hommes d'Etat de l'univers continuent de rechercher, avec persistance, une formule de paix acceptable.Avant New-York, c'est à Paris, à San Francisco, qu'ils se sont efforcés de poser les bases d'un monde \u201cplus généreux envers les humbles.\" Mais, chaque jour, en les écoutant, on se demande, en vérité, quelle est l'étendue de leur sincérité ?Leurs manœuvres sont subtiles, leurs luttes sont sourdes et dangereuses.Et ils oublient, dirait-on, que le seul moyen d'éviter que le monde ne soit plus jamais troublé par la guerre, c'est de respecter à la fois la justice, l'équité et les principes élémentaires de la charité chrétienne.Si, ils se payent de ces trois mots à la face du monde, mais pour recourir en arrière à une politique de pressions et de menaces.Tous, ils font l'étalage de leurs bonnes intentions, mais celles-ci sont subordonnées à leur désir de conserver dans le monde une place qu'ils se sont acquise honnêtement ou non.Ceux dont nous évoquons et chérissons aujourd'hui la mémoire sont morts pourtant au nom des principes qui condamnent l'esclavage, l'impérialisme politique, économique ou social.Ils ont le droit de souhaiter, après leur sacrifice, qu'on ne retombe plus dans les erreurs qui ont coûté à plusieurs générations, leur tranquillité et le bonheur auxquels elles avaient droit.Ils dorment en paix, dans les Flandres, en Normandie, en Sicile, en Italie, en Belgique et en Hollande.\"Ils sont morts pour que vivent leurs frères et que vive l'humanité\", lit-on souvent.Eh bien ! aujourd'hui, ils ont un autre droit : celui d'exiger que leur sacrifice ne soit pas vain.Car vivre, ce n'est pas simplement exister d'un jour à l'autre, comme on le fait en temps de guerre, parce qu'on ne sait jamais ce que le lendemain nous réserve.Vivre, c'est se rendre utile à ses semblables, aux siens, à la patrie.C'est reconnaître que tous les humains sont égaux et qu'ils constituent une fraternité d'où le meurtre, le vol, tous les crimes doivent être exclus.Nos morts ont connu la guerre, se sauvagerie inconcevable.Ils ont tué avant de mourir eux-mêmes ! Ils ont vu périr des criminels et des innocents sous les mêmes coups.Aussi ne veulent-ils plus que d'autres soient écrasés par suite de l'aveuglement ou des appétits sans limites de ceux qui conduisent certains peuples.Quant aux vivants, anciens combattants d'hier, il ne faut pas qu'ils continuent de se demander pourquoi ils ont fait la guerre.La solution qu'ils ont su trouver sur le champ de bataille a été radicale ! Celle que recherchent les hommes d'Etat ne doit pas l'être moins.Deux fois, en l'espace de vingt-cinq ans, nous avons abattu des régimes qui niaient les plus essentiels des droits de l'homme.Deux fois, en l'espace de vingt-cinq ans, nous nous sommes trouvés confrontés, les hostilités terminées, par des bouleversements qui ne connaissaient plus de frontières.Il ne faut pas qu'en prétendant nous protéger contre une nouvelle guerre nous allions en semer les germes.L'œuvre accomplie était nécessaire ! La tâche qu'il nous reste encore à abattre l'est autant si 1 on ne veut pas que nos enfants connaissent ce que notre génération, une génération perdue, a connu.C'est l'insécurité du lendemain qu'il faut corriger parce que, sur le front national, elle est génératrice d'égoïsmes qui ne tardent pas à se traduire sur le plain international et à conduire à la catastrophe.Marcel OUIMET Chef du service des conférences et affaires publiques de Radio-Canada et ancien correspondant de guerre qui nous envoie, à la toute dernière minute, de Flushing Meadows, N.Y., où se tient l\u2019Assemblée générale des Nations-Unies, cet article en marge du 11 novembre. 6 Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 , \t\t ON TOURNE A ST-HYACINTHE Nicole Germain, vedette de cinéma Par Gaspard St-Onge Comme dans la plupart des initiatives scéniques de chez nous, c\u2019est le nom de M.Paul L\u2019Anglais qui figure en tête de cette organisation.La corporation a bénéficié de l\u2019appui du Conseil municipal et de la Chambre de Commerce de St-Hyacinthe qui mirent à la disposition de la nouvelle compagnie un immeuble militaire désaffecté et acheté, à leur intention, du gouvernement fédéral.a une physionomie de Hollywood ou de Joinville-le-Pont.L\u2019entreprise est belle et digne de toutes les promesses.Nous nous en réjouissons d\u2019autant qu\u2019elle donne à nos artistes locaux la merveilleuse opportunité d\u2019épanouir leurs talents dans cette grande, dans cette vertigineuse voie qu\u2019est celle du cinéma.Mais le cinéma n\u2019est pas qu\u2019une entreprise artistique ; il a aussi son caractère d\u2019industrie.Ci-contre, à gauche.NICOLE GERMAIN qui a été choisie\tCi-dessous, JOYCE LAFLEUR et HELMUT DAN- pour interpréter le premier rôle féminin de \"La Forte-\tTINE, deux des principaux interprètes de la resse\", premier film tourné par la Quebec Productions\tversion anglaise du même film qui, dans cette Corporation, à St-Hyacinthe.\u2014 Ci-dessous, la même aux\tlangue, a titre : \"The Stronghold\".Le rôle de côtés de HENRI POITRAS, jeune premier sympathique\tMiss Lafleur, dans la version française, est in- bien connu de notre scène et de notre radio locale.\tterprété par l'artiste bien connue, MIMI D'ESTE.\u201e-c .J Ci-dessus, au premier plan, de gauche à droite.DOUGLAS BAGIER et FEDOR OZEP discutant certains détails d'une scène à venir.Arrière plan, toujours de gauche à droite, JEAN VEZINA, assistant directeur de la production, GUY ROE, cameraman, antérieurement au service des studios Paramount, et CHARLIE QUICK, assistant-cameraman.ON se souvient qu\u2019en Allemagne d\u2019abord et plus tard en France, les cinéastes avaient employé le procédé suivant : tourner le même film en deux, et parfois même en trois langues différentes.Ce procédé est extrêmement pratique : on parvient ainsi à réduire, de façon très appréciable, le coût de la production, puisqu\u2019on utilise les mêmes décors et, si la taille des artistes le permet, les mêmes costumes.Il n\u2019en va pas de même pour les vedettes, bien que l\u2019on ait vu un jour la délicieuse Lilian Harvey interpréter le même rôle en français, en anglais et en allemand.Ainsi, à Montréal, l\u2019an passé, nous entendions Charles Boyer qui était sa propre doublure dans le Ciel et toi qu\u2019il avait d\u2019abord joué en anglais : All this and Heaven Too.Bien entendu, ces cas sont tout à fait exceptionnels, et les artistes qui tournent en ce moment à St-Hyacinthe, le feront soit en français, soit en anglais, selon la langue de chacun.C\u2019est ainsi que les choses se passent en ce moment à St-Hyacinthe où l\u2019on est en train de filmer la première production bilingue canadienne : The Stronghold, La Forteresse.Ci-contre, au bas de la page, MARY ANDERSON, vedette féminine de la version anglaise, venue des Etats-Unis, à cette occasion pour tourner son premier film à la Quebec Productions Corporation.Les cinéphiles montréalais, bilingues pour la plupart, seront particulièrement heureux de faire un parallèle entre les deux vedettes féminines.La Forteresse est une adaptation de Whispering City par Michael Lennox et George Zuckerman.Le scénario est de Rian James, avec adaptation française de Henri Letondal.L\u2019action se déroule dans la ville de Québec.Elle s\u2019apparente par certains côtés à des romans d\u2019aventures ou thrillers, dont on connaît assez la popularité, sans pour cela laisser dans l\u2019ombre le côté psychologique basé sur la mentalité et les coutumes de chez nous.Un concerto en trois mouvements, œuvre du jeune compositeur et pianiste, André Mathieu, fournira le thème principal de la trame musicale du film.Les principaux interprètes de la version anglaise, à savoir : Mary Anderson, Paul Lukas et Helmut Dantine ont été empruntés aux studios de Hollywood, tandis que ceux de la version française sont Canadiens.Ce sont, dans les principaux rôles : Nicole Germain, Jacques Auger et Paul Dupuis.La distribution comprend aussi : Henri Poitras, Jean Lajeunesse, René Lecavalier et autres.Et c\u2019est ainsi qu\u2019actuellement, St-Hyacin-the, à quelque trente-cinq milles de Montréal, Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 7 FRANCE-ANGLETERRE COURSE DE PIGEONS Par GAETAN LEBLANC Les amateurs de courses aux pigeons, en Angleterre, ont appris avec enthousiasme, l\u2019été dernier, que ce sport, interrompu par la guerre, allait reprendre.Voilà pourquoi, en juillet dernier, on pouvait voir à Bordeaux, sur le quai de Chartres, déambuler Tom King qui surveillait de l\u2019œil les paniers d\u2019osier de ses pensionnaires ailés.Il semblait satisfait de son examen et, à cinq heures et demie précises, il se mit à couper les ficelles qui attachaient les captifs.La course de $20,000, organisée par le National Flying Club, allait commencer.Les concurrents devaient traverser la Manche et rentrer à leur pigeonnier respectif.Mais les propriétaires anglais eurent beau garder les yeux fixés sur leurs pigeonniers, la plupart restaient vides et silencieux.Lorsque le temps de la course se fut écoulé, soit deux jours et cinq heures après le départ des pigeons, 32 oiseaux seulement sur 2,380 concurrents avaient atteint leur but.Des centaines d\u2019autres firent leur rentrée le lendemain, trop tard pour être qnalifiés dans cette course mémorable et qui apporta aux amateurs de sport un tel désappointement.A quoi peut-on attribuer cette défection d\u2019oiseaux qui avaient fait leurs preuves dans le passé ?On devine que cette question a été retournée sous toutes ses faces.Il semble d\u2019abord évident que la température ait eu sa grosse part de responsabilité dans cet échec à peu près collectif.Quand Tom King avait fait route pour Bordeaux sur le Corncrake, les prévisions atmosphériques avaient été : \u201cTemps propice au vol avec vent léger du nord-ouest, cependant la brume pourrait retarder les oiseaux.\u201d Malgré cela, King et Davidson, son assistant, étaient confiants.Ils calculaient que les pigeons suivraient la côte française pendant une centaine de milles et traverseraient la Manche de manière à arriver en Angleterre, de bonne heure le lendemain.Leurs prévisions optimistes ne se réalisèrent pas parce que le vent tourna au sud-est et que le brouillard, s\u2019épaississant d\u2019heure en heure, rendit le vol à peu près impossible.On a aussi mis de l\u2019avant l\u2019explication suivante : Comme il n\u2019y a pas eu de courses de pigeons, depuis plusieurs années, ces oiseaux n\u2019ont pas eu d\u2019entraînement suffisant.Ainsi, ils n\u2019avaient pas l\u2019habitude d\u2019aussi longue randonnée et n\u2019avaient jamais survolé la Manche.Ils s\u2019étaient jusqu\u2019alors contentés de voler le long de la côte anglaise, allant ainsi d\u2019un port à l\u2019autre, sans jamais se hasarder sur le continent.C\u2019était donc bien ambitieux de leur demander d\u2019entreprendre, sans autre préparation, un voyage de 500 à 800 milles.Il faut aussi tenir compte des caprices des pigeons et de leurs instincts domestiques.Bon nombre d\u2019entre eux ont dû s\u2019arrêter en route pour se nicher en quelque endroit de leur choix, quittes à rentrer dans leur pigeonnier, leur villégiature une fois terminée.\t* Le propriétaire du pigeon gagnant est M.Leslie Gilbert, de Forest Hill, en Angleterre.L\u2019oiseau, nommé Eddie, arriva au but à 4 heures 28 de l'après-midi, le lendemain de son départ de Bordeaux.Il a non seulement remporté le Trophée du Roi, mais encore celui du Trophy Club, d\u2019une valeur de 100 guinées.On compte, en Grande-Bretagne, un quart de million d\u2019amateurs de pigeons.Quand les oiseaux ont huit ou dix jours, on leur attache à la patte un anneau de métal afin de les identifier.Ci-dessous, vue prise sur le quai de Chartres, à Bordeaux, en France, point de départ de la célèbre course de pigeons qui a lieu annuellement entre l\u2019Angleterre et la France.Par l\u2019enjeu qui est de 5 milles livres (plus de $20,000) on conçoit tout l\u2019intérêt qu\u2019il suscite.L\u2019instrument que l\u2019on voit ci-dessus peut paraître compliqué mais il n\u2019étonne pas le moins du monde les propriétaires de pigeons anglais qui participent au concours : cet instrument sert à appliquer sans douleur, le numéro d\u2019identification.' ' Ci-dessus, le numéro matricule de tout pigeon voyageur destiné au grand concours qui ont lieu en Angleterre tous les ans, doit être vérifié en moins d une heure après son arrivée.Le pigeon que l\u2019on voit subissant cette formalité vient d\u2019arriver de Bordeaux, en France.i.fl-  S ^ 0 W \" fW»»:, Cs jeune garçon conduit à leur nouvelle ferme des bestiaux achetés au Marché de Richmond, bourg du comté d\u2019York.En Angleterre comme chez nous, le jour du Marché constitue un événement social hebdomadaire au cours duquel des visages amis se rencontrent, traitent d\u2019affaires et bavardent de tout : y compris température et politique.Le Marché, en somme, c\u2019est le week-end du paysan.8 Sitwîi Mi.¦ J : 'Jfktsxi Voici la boutique rudimentaire d\u2019une marchande de fruits dans le patelin de Richmond, comté d\u2019York.Vers dix heures du matin, le Marché bat son plein.La circulation routière est peu animée, à part l\u2019arrivée intempestive de l\u2019autobus local.Le paysan venu pour vendre en profite aussi pour acheter.C\u2019est ainsi que va doucement la vie, dans les belles rues paisibles des villages heureux.WEEK-END DANS UN BOURG ANGLAIS UN EVENEMENT SOCIAL: LE MARCHE Par F.G.THOMAS (Exclusif au \u201cSamedi\u201d) Le jour de marché, de bon matin on voit sur les routes et les chemins de nombreux véhicules : automobiles, autobus, cabriolets, tracteurs et camionnettes qui, de toutes les directions, convergent sur la ville où se tient le marché.Dans l\u2019autobus qui dessert la localité, on échange le bonjour et on bavarde avec animation.Dans la lande, le fermier en route pour le marché encourage de la voix son poney.Les chemins ruraux retentissent des mugissements plaintifs des bestiaux inquiets qu\u2019on transporte en camion pour être vendus aux enchères.Sur la place du marché, les boutiques en plein vent sont monté:s avec bruit.On s\u2019active dans les magasins dont les vitrines ont été refaites.Un jet de vapeur sort en sifflant de la fontaine à thé et monte jusqu\u2019au toit élevé de la halle couverte tandis que la vieille marchande en tablier blanc prépare sur son comptoir petits pains et gâteaux.Il y a une atmosphère d\u2019attente : c\u2019est aujourd\u2019hui jour de marché, la cause première de l\u2019existence du bourg.Le marché va bientôt battre son plein.Le marché est le centre nerveux de la vie rurale.La guerre peut ravager les continents, l\u2019épidémie peut détruire les récoltes dans les pays les plus lointains, les politiciens peuvent ourdir leurs machinations pour faire triompher leurs idées politiques, les grosses 9 iSEpï ¦ zisr»; pluies peuvent inonder les champs des terres basses d alentour : c est à ce marché que le fermier en connaîtra les effets.Il connaîtra les effets de ces divers événements sans en comprendre ni en savoir les causes, et ce qu\u2019il fera sera déterminé par les prix du jour au marché en fonction des commérages locaux.Les bulletins météorologiques radiodiffusés, les cotes des marchés aux bestiaux, les nouvelles des bourses étrangères ont de l\u2019importance pour le fermier, mais sont sans signification jusqu\u2019à ce qu\u2019ils soient traduits dans la valeur marchande de la place du marché.Le fermier continue à veiller au grain, à se fier aux offres des vendeurs, aux enchères des acheteurs, au dernier mot du commissaire-priseur, aux renseignements qui sont échangés et passés au crible du jugement personnel pendant que se tient le marché.Tout cela réduit les impondérables du métier d\u2019agriculteur aux réalités des affaires courantes et des tendances locales.Sa prospérité ou sa pauvreté apparaîtra à cette bourse primitive et traditionnelle des agriculteurs.L#e bourg anglais est 1 endroit où se concentre cet échange de marchandises et de documentation.Il s\u2019est développé dans les conditions ordinaires les plus favorables à cet échange.Il se trouve au croisement des routes, des chemins vicinaux et des sentiers de campagne : là où ils convergent sur le bourg, la grand\u2019route s\u2019élargit suffisamment pour y tenir des deux côtes des boutiques en plein vent, et mener au marché ouvert.La grand\u2019route est même souvent assez large pour former la place du marché avec tout autour les éventaires des marchands et, serrés les uns contre les autres, les automobiles, les charrettes, les camions et les autobus en stationnement.Tout près, dans les bourgs plus \u201cmodernes\u201d, sont les enclos où les bestiaux attendent d\u2019être vendus ; dans les bourgs plus anciens, le bombement de la chaussée en sa partie la plus large est plus raide là où l\u2019on parque le bétail.\tM Derrière les boutiques en plein vent sont les ma-gasms, quelques maisons, quelques bureaux de la municipalité et, probablement, deux ou trois auberges.A 1 arriéré plan, on aperçoit le clocher de l\u2019église.Ce plan genera1 a, bien entendu, des variantes, mais elles modifient dans le détail seulement le plan original d amenagement du marché mis au point au cours 6S anS\u2019\t[ Lire la suite page 38 ] ytnci uic ae Marche a Richmond.Sur la place pavée en caillou-t.s, les boutiques en plein vent sont fort achalandées ; a place est flanquée de maisons au style bien carac-terist.que du bourg anglais.Notons la tour carrée de leg!,se et le vieux monument, appelé Croix du Marché. Aspect d'un cimetière typique du Québec où sèchent en ce morn e n t les fleurs déposées le 2 novembre.\u2014 Ci-dessous, un moine de la Trappe de Mistassini au cours d'une émouvante cérémonie.Photos A.Landry.^\tTl £ I m K \"««* \u2022 r \"TUBA M1RUM SPARGET SONUM.\" EN PENSANT À NOS MORTS + Ion ;i f U-ELL ¦ , * \"P PMMÉii Le culte des morts i imonte à la plus lointaine antiquité.Chez les anciens Grecs, il n\u2019y avait pas d\u2019injure comparable à celle de refuser la sépulture à un ennemi et la famille d\u2019un mort considérait comme un devoir sacré d\u2019aller chercher son cadavre, même au prix des plus grands périls.Chez les chrétiens, c\u2019est surtout dans les Catacombes que se manifesta ce pieux souvenir à la mémoire des disparus.Là aussi, il y a risque à courir pour mettre en lieu sûr le corps des martyrs.C\u2019est la nuit qu\u2019on les y transporte et souvent leur pierre tombale sert d\u2019autel au prêtre qui célèbre, en secret et malgré la persécution, le sacrifice de la messe.Tous les peuples civilisés ont le respect de la mort et le plus ancien témoignage de ce fait n\u2019est-il pas la construction des fameuses pyramides d\u2019Egypte ?Ce qui diffère, c\u2019est la manière dont ce respect se manifeste.Chez les musulmans, par exemple, Loti nous montre les femmes turques venant, un jour par semaine, non pas prier sur les tombes, mais y passer l\u2019après-midi à causer, tout en dégustant des friandises.Chez les peuples latins, les _ cimetières sont beaucoup plus ornés que chez ceux qui appartiennent à la religion protestante.En Italie, les.fleurs ^abondent et aussi les couronnes en filigrane.On les trouve également sur les tombes françaises et c\u2019est un spectacle émouvant que de voir le peuple de France se presser dans les cimetières la veille ou le jour même\t[ Lire la suite page 38 ] Grinchard partit pour aller dîner au buffet de la gare, avant de monter dans le ra Première Nuit de Millionnaire Le sentiment qu\u2019éprouvait Grinchard, en sortant du Pavillon de Flore, les poches bourrées de billets de banque, était bien différent de ce qu\u2019il avait imaginé lorsqu\u2019il caressait vaguement le rêve, aujourd\u2019hui réalisé, de gagner un gros lot à la Loterie nationale ! Certes, il était heureux, mais plus encore inquiet, tant il redoutait d\u2019être volé.On l\u2019eût pris aisément lui-même pour un voleur jetant des regards de côté comme s\u2019il craignait 'd\u2019être filé.Ce qui gâchait davantage sa joie, c\u2019était de réintégrer sur-le-champ sa province, toujours pour éviter de se faire subtiliser sa nouvelle fortune, au lieu d\u2019en profiter tout de suite, sans contrainte, en s\u2019accordant quelques jours de distraction dans la Capitale.Bah ! Ce serait pour plus tard, puisque toute une vie de bonheur allait s\u2019ouvrir devant lui, \u2014 à la condition, toutefois, qu\u2019il rapportât sans encombre le million qu\u2019il avait convenu avec sa femme de placer dans les trois banques de la grande cité méridionale où il exerçait un commerce que la crise des affaires avait rendu déficitaire.Il avait pu échapper aux journalistes et à la foule des curieux.Pour éviter les pickpockets, il se promena dans le jardin des Tuileries, ne s\u2019asseyant, par moments, que sur des bancs vides qu\u2019il s\u2019empressait de quitter dès que d\u2019autres promeneurs venaient s\u2019installer à ses côtés.Il n\u2019en partit que pour aller dîner au buffet de la gare de Lyon avant de monter dans le rapide.Il ne voulut pas prendre un taxi, de crainte d\u2019être emmené, par quelque bandit ayant l\u2019apparence d\u2019un honnête chauffeur, dans une banlieue déserte où il serait dévalisé.Il préféra le souterrain du Métropolitain, mais il eut soin de ne pas se trouver parmi l\u2019affluence.Il était à peine installé dans un wagon de première classe, qu\u2019il vit, sur une autre banquette, un homme dont la physionomie ne lui était pas inconnue et qui attirait son attention par sa façon bizarre de le regar- NOUVELLE Par BATTIGNY ?Dessin de JEAN MILLET der à la dérobée.Parbleu ! il avait vu cette tête-là en sortant du ministère des Finances.C\u2019était le même visage hypocrite et sournois, les mêmes yeux fuyants qui l\u2019avaient inquiété.Il avait dû se garer de l\u2019homme qui l\u2019avait presque heurté.Le retrouver là constituait, en venté, une coïncidence étrange ! Le quidam, si c était un filou, avait fort bien pu, sans se faire voir, le surveiller de loin tout le temps qu\u2019il était dans le jardin des Tuileries.Grinchard allait bien voir s\u2019il descendrait à la même station que lui.L\u2019autre n\u2019y manqua pas.En sortant du Métropolitain, Grinchard réussit à laisser passer devant lui l\u2019inquiétant voyageur, après quoi, revenant rapidement sur ses pas, il emprunta un chemin opposé, et, faisant, pour plus de sûreté un detour, se rendit au buffet.Il absorbait sa troisième cuillerée de potage, lorsque le même individu entra et alla s\u2019asseoir devant une table très éloignée de la sienne, probablement pour se faire moins remarquer sans toutefois le perdre de vue.Grinchard, en proie a une vive agitation, fit hâter le service, régla avant le dessert et sortit alors que le fameux dîneur en était encore au plat de résistance.Il hésita entre deux solutions : quitter la gare et se promener aux alentours pour revenir s\u2019engouffrer dans le train à la dernière minute, ou monter immédiatement et se dissimuler le plus possible dans le compartiment où il avait retenu une couchette.C\u2019est cette seconde solu-tion qu\u2019il adopta.Le garde-place le conduisit à son compartiment à deux couchettes.La joie puérile de voyager confor-tablement en première classe, ce qui lui était arrivé pour la première fois à l\u2019aller, lui fit oublier un instant son inquiétude.Néanmoins, il se hissa tout de suite dans la couchette supérieure, se disant qu\u2019il y serait plus dissimulé si 1 individu douteux qui semblait s être attaché à ses pas le recherchait.Il surveillait sa montre avec impatience tout en se réjouissant de n entendre monter personne dans le wagon.Plus qu\u2019une minute !.Trente secondes !.Des voix s\u2019élevèrent du quai : \u2014 En voiture! En voiture! , br,uit d\u2019une portière qui s\u2019ouvre, des pas rapides dans le couloir et Grinchard n\u2019a que le temps de s aplatir le plus qu\u2019il peut dans sa couchette, contre a cloison du compartiment : l\u2019homme du Métropo-îtain et du buffet vient de surgir et s\u2019est jeté, tout habille, sur la couchette inférieure ! sueur rroiae 1 inonde.Il retient sa respiration, dans le fol espoir que son terrifiant compagnon de voyage est entre la par hasard et ne s\u2019est pas aperçu de sa présence.Il craint qu\u2019il n\u2019entende les battements précipites de son coeur.Allons donc ! lorsque Grinchard avait parcouru le couloir derrière le garde-place, il avau constate que tous les compartiments étaient ides et il n avait entendu monter personne, jusqu\u2019au dernier moment.Si le sinistre personnage était un voyageur quelconque, il ne serait pas venu s\u2019installer juste au-dessous de lui ! cnara essaya de remuer, sans faire le moindre bruit bougeant par faibles secousses qui le déplaçaient peut-etre chacune d un centimètre et après lesquelles^ se tenait immobile dans la crainte que l\u2019autre, en descouchette! ^\t^ au bird de sa L Lire la suite page 42 ] Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 11 Dans le Monde Sportif PAR OSCAR MAJOR LES PRINCIPALES CAUSES DE LA DEFAILLANCE DE TED WILLIAMS Un joueur de baseball professionnel, qu\u2019il soit des ligues majeures ou de calibre inférieur, ne peut pas rester au summum de sa forme, du commencement de la saison à la fin.Il arrive un moment où, surentraîné ou simplement fatigué, il est victime d\u2019une défaillance temporaire, d\u2019un \u201cslump\u201d, comme disent les Américains.Alors, en dépit de sa volonté, cette défaillance peut se prolonger indéfiniment.Au cours de ce temps, il frappe la balle, mais toujours dans les mains de l\u2019adversaire.Et fait curieux, lorsqu\u2019un membre d\u2019une forte équipe subit les effets de la mauvaise forme, de la deveine, comme une épidémie, ce mal se propage chez une ou deux autres étoiles de la même équipe.Ce fut, certes, le cas du fameux Ted Williams, du Boston, lors de la dernière série mondiale.A notre avis, cependant, la défaillance de Williams fut plutôt causée par la direction du Boston qui, pendant les joutes classiques, ont annoncé la vente de Williams à un autre club.Ce ne fut pas un tonique, à coup sûr ! Et le gras gauche du lanceur Brecheen fut, à n\u2019en pas douter, le principal facteur de la défaillance du grand enfant qu\u2019est Ted Williams.Tout joueur de baseball bien trempé sort de cet engourdissement passager, en changeant de bâton, en pratiquant avec plus de vie avant les joutes, en se faisant moins de mauvais sang, en se couchant plus de bonne heure, le soir, puis, en dernier lieu, en se livrant aux desseins de la Providence.La chance lui sourira.Tout vient à poin» à qui sait attendre .Malheureusement, la série mondiale a pris fin avant que Williams pût se tirer de cet embarras ! Nous irons plus loin.Cette défaillance affecte parfois à l\u2019extrême certains joueurs de baseball, précisément parce qu\u2019ils sont un peu trop facilement touchés par les applaudissements du public, quand tout va bien.Si tout va mal, les partisans les dorlotent un peu moins.Et la majorité des athlètes professionnels, les uns plus chatouilleux que les autres, n\u2019aiment pas à se faire lancer des épithètes peu parlementaires, quoiqu\u2019ils gagnent de $10,000 à $50,000 par saison.Ce sont, pour la plupart, de grands enfants.On peut poser en principe qu\u2019on ne doit jamais trop louer les enfants de ce qui n\u2019a pas dépendu de leur volonté, de ce qui ne leur a pas coûté un sacrifice.Si vous louez trop certaines étoiles de quelques dons naturels, vous les accoutumez à mettre un grand prix à leur adresse sur le losange.Conséquemment, leur amour-propre prend une direction dangereuse.C\u2019est pourquoi certaines vedettes du losange majeur ne peuvent pas affronter les critiques et les quolibets, parfois peu catholiques, d\u2019un groupe de spectateurs payants, à qui tout est permis, croient-ils.Nous allions oublier de dire que le gérant Joe Cronin, du Boston, a conduit son équipe comme un pied.Il ne sut profiter de toutes les chances qui lui furent offertes.Si Clay Hopper, gérant du Montréal, avait eu la direction du Red Sox, le Boston serait sorti victorieux de cette classique de 1946.CHOSES ET AUTRES B Léo Dandurand et Lew Hayman, les deux mogols du club de football Alouettes, veulent à tout prix engager deux excellents joueurs de rugby franco-américains, pour la saison prochaine.Nous ne pouvons présentement dévoiler les noms de ces deux étoiles du gridiron américain.A tout événement, Dandurand et Hayman sont heureux que les Canadiens français prisent ce sport violent qu\u2019est le football, un sport d\u2019équipe s\u2019il en est un.L\u2019un des lieutenants des directeurs du club, Marc Pilon, doublement piqué du football, s\u2019évertue à mettre de l\u2019avant son sport favori.Il voit, pour un avenir rapproché, des assistances de 25,000 à 30,000 personnes.Aura-t-il raison ?.Marc se prétendra l\u2019homme le plus heureux du monde, si les Alouettes décrochent le championnat du Big Four et les honneurs des joutes éliminatoires de fin de saison.Entre nous, dans ce cas, Marc ne sera-1-il pas plutôt un homme comme les autres, avec ses joies et ses soucis quotidiens ?I Dans l\u2019armée américaine, une enquête a été faite sur la conduite des soldats noirs pendant la dernière guerre.17% des officiers questionnés et 9% des hommes ont affirmé que les noirs étaient meilleurs soldats que les blancs.69% des officiers et 83% des G.I.ont trouvé que blancs et noirs avaient la même valeur.5% des officiers et 4 % des soldats, seulement, ont prêté aux noirs des qualités moindres.Voici une constatation curieuse : les soldats noirs se sont battus mieux quand on les a mélangés sans distinction avec des blancs, que lorsqu\u2019ils furent formés en unités homogènes .C\u2019est, sans doute, pour cette dernière raison que le sage Branch Rickey, président des Dodgers de Brooklyn, tient tant à ce que les joueurs de baseball de couleur fassent partie des ligues organisées, s\u2019ils sont de taille à tenir le coup, bien entendu .Incidemment, nous ne voyons pas comment Jackie Robinson, du Montréal, pourra se tailler une place régulière au troisième but, dans l\u2019alignement des Dodgers de Brooklyn, la saison prochaine.¦ Les voleurs ont, récemment, dérobé plusieurs articles au foyer de Madame Pratt, ex-épouse du fameux Howie Morenz.Entre autres choses, ils ont emporté, comme souvenir, le cahier de découpures de journaux dans lesquelles étaient décrites les prouesses de l\u2019ancienne étoile du Canadien.Howie Morenz, junior, tou particulièrement, tenait à cet album sportif.Nous sommes surpris que le poste de Radio-Canada CBF ait, de nouveau, choisi des nullités ou presque pour radiodiffuser en français la récente série mondiale du baseball .Il paraît que le champion du monde des boxeurs poids lourds Jœ Louis réalisera, cette année, des profits de plus d\u2019un demi million de dollars dans l\u2019exploitation d\u2019une compagnie de liqueurs deuces.Avec ses poings, il ne peut pas rencontrer les deux bouts, puisque un groupe de requins lui enlèvent son avoir à mesure.Et le promoteur Mike Jacobs n\u2019est pas le dernier à se servir ! Heureusement qu\u2019il n\u2019a rien à faire dans la direction de la nouvelle compagnie d\u2019eaux gazeuses du Bombardier Noir ! L'ancien lutteur mastodonte Man Mountain Dean, de son vrai nom FRANK S.LEAVITT, enseiane à des policiers américains certains trucs de lutte qu\u2019il pratiqua pendant 37 ans.différents matelots.Ils ont l\u2019air anxieux d\u2019appliquer ces prises sur l\u2019anatomie des malandrins qu\u2019ils rencontreront ! S\u2019ils les pincent, ils passeront un mauvais quart d\u2019heure ! * ¦ Aux Etats-Unis, les courses de chevaux sont suivies, de la part des officiels, le plus religieusement possible, afin que tout se passe dans l\u2019ordre le plus parfait.A la piste de Rockingham Park, on a écrit une page d\u2019histoire, car l\u2019officiel en charge Torn Shehan suivit cette course en hélicoptère.Peut-être verrons nous, un jour, l\u2019adoption de ce procédé des plus pratiques et efficaces, à la magnifique piste de Blue Bonnets.Il y a bien des années que l\u2019humanité rêve d\u2019atteindre la perfection.A Kenosha, Wisconsin, existe une école d\u2019aviation pour missionnaires destinés à prêcher l\u2019évangile à tous les points du globe.Pour se transporter d\u2019un endroit à un autre, ces futurs missionnaires doivent employer l\u2019avion.On voit, ici, l\u2019instructeur TOM HOWLETT enseignant à BETTY JUNE SHACKLETON la technique du vol, qui l\u2019aidera grandement à convertir, dans quelques années, un tas de voleurs .MS 12 Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 ./ # \u2022.¦SC*' .&\u2022 .La comtesie, dont l\u2018*«prit d\u2019intrigue» et l\u2019audace ne connaiiiaient pat de borne», l\u2019introduiiait dan» le» milieux le» plu» «elect».Detiln de JEAN MILLET L OEIL DE VERRE RÉCIT POLICIER Par L.-R.PELOUSSAT L\u2019automobile de la comtesse Laetitia Di Alcaldo stoppa à l\u2019angle d\u2019une des rues les plus sordides de Whitechapel.Une jeune femme élégante en descendit et s\u2019approcha du chauffeur.\u2014 Jerry, allez m\u2019attendre à Spendly Square, je vous rejoins dans une demi-heure.La voiture s\u2019éloigna tandis que la comtesse poussait la porte d\u2019un magasin de dernier ordre sur la vitre duquel se lisait le mot : Antiquités.Une odeur écœurante planait dans la boutique ; elle porta avec affectation un mouchoir parfumé aux narines et fixa d\u2019un œil indifférent le vieillard crasseux qui s\u2019avançait vers elle en contournant les piles de vieux meubles au bois vermoulu, aux panneaux couverts de poussière et de taches graisseuses.\u2014 Je suis flatté que madame la comtesse veuille bien m\u2019honorer de sa visite.mon magasin ne possède évidemment pas le confort et le luxe des palais du West-End mais les affaires qu\u2019on y traite .\u2014 Assez, Bucket! interrompit la jeune femme : je vous ai toujours dit que vos discours me fatiguaient, gardez votre faconde pour des clients plus naïfs.\u2014 A vos ordres, comtesse .Quel heureux événement vaut le plaisir de vous voir ?\u2014 Combien m\u2019offrez-vous de ceci ?Elle tira de son réticule un sachet brun dont elle déversa le contenu sur une table.Deux diamants et un rubis scintillèrent en s\u2019échappant de l\u2019objet.\u2014 Je ne peux vous renseigner avant d\u2019avoir sérieusement examiné ces pierres, jeta le vieillard en lissant une barbe de patriarche jaunie par le tabac et l\u2019alcool.\u2014 Faites vite, je suis pressée.L\u2019homme s\u2019éloigna pour revenir avec une loupe de joaillier rivée à l\u2019œil droit.Il saisit les bijoux entre les branches d\u2019une pincette et les examina longuement l\u2019un après l\u2019autre.La comtesse attendait le résultat de cette expertise avec une impatience visible.Soudain, Joe Bucket ôta la calotte brune recouvrant son crâne chauve et se mit à caresser sa calvitie d\u2019un geste lent et réfléchi.\u2014 De ces trois pierres, laissa-t-il tomber avec mépris, seul le rubis est vrai.les deux diamants sont faux.On ne trompe pas Joe Bucket, même lorsque l\u2019on est comtesse.\u2014 Que décidez-vous ?\u2014 Je vous offre cent livres du rubis et c\u2019est une bonne affaire.\u2014 Pour vous mais non pour moi.Un souvenir de famille auquel je tiens beaucoup .Un rire ironique l\u2019interrompit.\u2014\tEt que vous vendez au plus grand receleur de Londres au lieu de le porter à un bijoutier du Strand ! C\u2019est une singulière façon de se débarrasser de ses souvenirs de famille ; je suppose que vos aïeux possédaient une remarquable collection de pierres précieuses car c\u2019est la dixième fois en un an que vous me vendez des diamants .\u2014\tQue vous importe ! Chaque fois vous réalisez une excellente affaire.\u2014\tJe ne me plains pas de nos bonnes relations .D\u2019autres cependant seraient heureux de les connaître mais pour des motifs différents des nôtres.\u2014\tDe qui parlez-vous ?\u2014\tDe lady Hallenshaw, par exemple, qui possédait encore ce rubis la semaine précédente.\u2014\tComment pouvez-vous savoir ?.\u2014\tLe vieux Bucket connaît toutes les pierres précieuses de Londres ainsi que les noms de leurs possesseurs.Un instant de silence ponctua cette déclaration.\u2014\tIl sait même que lord Cecil Haven-moore possède un diamant de 90 carats qu\u2019il nomme le Stormeye.La jeune femme sursauta.¦\u2014Pourquoi me parlez-vous de ce joyau ?demanda-t-elle vivement.Un sourire rusé se joua sur les lèvres violettes du vieux receleur.\u2014\tParce que je sais que vous passez des vacances très agréables à Roverland non loin du château de Cecil Havenmoore.Je suppose donc qu\u2019il existe un étroit rapport entre votre séjour là-bas et le Stormeye.\u2014\tVous êtes bien renseigné! \u2014\tMon métier l\u2019exige.De toute façon, si le succès couronnait un jour vos efforts, soyez certaine que vous trouverez toujours un serviteur dévoué dans la personne du vieux Bucket.\u2014\tVous êtes un fieffé coquin! \u2014\tNous sommes faits pour nous entendre .Voici votre chèque, comtesse Laetitia Di Alcaldo, et reprenez vos deux pierres fausses.La jeune femme fit disparaître le papier et les joyaux sans valeur.\u2014 Assurez Jerry Osterwell, votre complice, de ma haute considération, ajouta le vieillard en la reconduisant avec des gestes obséquieux.Au moment de fermer la porte, il se pencha vers elle.\u2014 Dix mille livres sterling pour vous lorsque vous m\u2019apporterez le Stormeye, souffla-t-il.Le chiffre résonnait encore aux oreilles de la comtesse lorsqu\u2019elle rejoignit son automobile arrêtée dans un lieu discret de Spendly Square.Laetitia Di Alcaldo Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 13 était belle.Grande, élancée, le corps gainé par des toilettes seyantes mettant en relief ses lignes impeccables, elle possédait au suprême degré la séduction des femmes de sa race.Son visage au dessin délicat et pur s\u2019encadrait d\u2019une chevelure brune contrastant avec la pâleur des yeux bleus.La bouche aux lèvres pourpres plaçait une note de sensualité dans cette physionomie déjà troublante.Elle était née dans une ville lointaine de la Calabre.Séduite bientôt par les attraits de la vie facile que sa beauté lui permettait, elle avait échangé son véritable nom de Thérésia Précienti contre le titre imaginaire de comtesse Di Alcaldo.Douée d\u2019une faculté d adaptation étonnante, elle entreprit de parcourir le monde en usant d\u2019expédients pour accroître la fortune que la vie galante de sa première jeunesse lui avait procurée.Un jour, au Caire, après avoir pérégriné sur tous les continents et exercé les pires métiers, elle rencontra Jerry Osterwell, gentleman sans profession et sans ressources avouables qui tirait le plus clair de ses revenus du jeu et de l\u2019escroquerie.Un tel couple était fait pour s entendre a merveille.Us formèrent une association dont les affaires prospérèrent puis, le séjour en Egypte devenant dangereux, ils vinrent s\u2019installer à Londres où ils se spécialisèrent dans le vol des bijoux.La comtesse dont l\u2019esprit d\u2019intrigues et l\u2019audace ne connaissaient pas de bornes s\u2019introduisait dans les milieux les plus selects de la ville et Osterwell dans les clubs les plus fermés du West-End.Une fois dans la place, c était un jeu pour des coquins de cette envergure de s\u2019approprier les joyaux qu\u2019ils convoitaient.Telles étaient dans la capitale de l\u2019Angleterre, les occupations de la comtesse Laetitia Di Alcaldo et de son comparse Jerry Osterwell.L\u2019aventurière ouvrit la portière de l\u2019automobile et prit place au côté de Jerry qui embraya immédiatement.\u2014\tQu\u2019a dit le vieux Bucket ?demanda ce dernier.\u2014\tIl a refusé les deux faux diamants et a donné cent livres du rubis.cottage confortable à un demi-mille de l\u2019agglomération.\u2014 Nous voici chez nous, annonça Jerry en ouvrant la portière à sa compagne.N\u2019oubliez pas de rendre visite à Grace Havenmoore demain.Plus que jamais, il est utile que vous demeuriez en bons termes avec cette aimable jeune fille.Un rire ironique ponctua cette déclaration et Osterwell sauta à terre.C\u2019était un homme d\u2019une trentaine d\u2019années, à la carrure imposante, au visage glabre non dépourvu d\u2019attrait.Il inspirait au premier abord la sympathie : un plus grand examen laissait cependant une fâcheuse impression.L\u2019homme ne pouvait dérober l\u2019expression inquiétante de l\u2019ensemble de sa physionomie ni dissimuler aux regards perspicaces l\u2019hypocrisie de ses yeux gris.Dans l\u2019affaire du Stormeye, Jerry Osterwell demeurait prudemment dans l\u2019ombre, attendant le moment favorable pour entrer en scène.Pour l\u2019heure, sa complice agissait seule, préparait le terrain avec une habileté consommée.Après avoir ouvert les grilles du cottage et remisé l\u2019automobile dans le garage, le couple disparut dans la maison silencieuse qu\u2019aucun domestique n\u2019habitait.Jerry avait lui-même choisi cette demeure isolée dans la campagne à un mille environ du château des Havenmoore.Des bouquets de pins torturés par le vent, des haies vives de plusieurs pieds de hauteur, la dissimulaient aux yeux des rares promeneurs utilisant la route secondaire passant à proximité.En un mot, elle constituait une retraite idéale pour des gens VAGUES c\\ L'aventure est injuste à travers les sanglots.A bâbord, rien n'est plus qui ne chante l'oracle Aussitôt qu'à tribord ondoie un pur obstacle.Vogue, beau marinier.Le rêve est sur les flots.jou vous portez ce soir ! De ma vie je n ai contemple une telle merveille.\u2014 C\u2019est le fameux Stormeye des Havenmoore : mon père m\u2019a permis de le porter ce soir.Une histoire fabuleuse se rattache à cette pierre qui provient de l\u2019Inde ; je vous la conterai un jour.Venez que je vous présente les personnes que vous ne connaissez pas encore.Elle entraîna la jeune femme vers différents groupes puis s\u2019immobilisa brusquement.\u2014 Au fait, lui dit-elle, ne deviez-vous pas amener ce soir un certain docteur, célébrité d\u2019Amérique, de passage en Angleterre ?-\u2014Je vous remercie de vous souvenir de ce détail : le docteur Osterwell ne tardera guère, il m\u2019a promis de me rejoindre ici.\u2014 Très bien !.Je vous présente Patrick Stafford, un des plus brillants ingénieurs de l\u2019aéronautique britannique.Séjournant depuis quelques jours dans la région, il a eu la délicate attention de rendre visite à mon père qui l\u2019a invité à cette soirée.Le jeune homme sur lequel s\u2019était fixée l\u2019attention de la pseudo-comtesse à son arrivée dans le salon, s\u2019inclina galamment devant les deux femmes.\u2014 Il est regrettable, aj outa Grace que sir Stafford ne soit que de passage ici : c\u2019est un hôte charmant.A cet instant, le maître du château de Roverland s\u2019approche du groupe.C\u2019était un vieillard d\u2019une taille supérieure à la moyenne, au port noble et hautain à la physionomie expressive et mâle.Ses yeux gris au reflet métallique se posaient avec une étrange fixité sur ses interlocuteurs, jusqu\u2019à causer une sorte de gêne.Le regard de lord Cecil Havenmoore était un de ceux que l\u2019on ne peut oublier.Il baisa la main de la comtesse et tendit une feuille de papier soigneusement pliée au jeune homme : \u2014 Ce que vous m\u2019aviez demandé, mon cher Stafford.Il s\u2019éloigna sans ajouter un mot.L\u2019interpellé fit disparaître le papier dans une poche de son habit tandis que Grace s\u2019excusait brièvement pour aller au devant \u2014\tCent livres ! Il en valait le double.\u2014\tPeut-être, mais Bucket profite de la situation.Il connaît la provenance de ces pierres et paraît bien documenté sur notre compte .Savez-vous ce qu\u2019il m\u2019a proposé ?\u2014\tJe n\u2019en ai aucune idée.\u2014\tIl nous offre dix mille livres sterling du Stormeye.\t\u2022 \u2014\tComment sait-il que nous sommes sur cette affaire ?\u2014\tJe suppose qu\u2019un receleur digne de ce nom et grand amateur de diamants par surcroît, dispose de moyens d\u2019information encore plus perfectionnés que ceux de la police.\taua Osterwell demeura un instant sans répondre, dirigeant sa voiture avec maîtrise à travers les artères de la grande cité.\u2014 Lorsque nous serons en possession du diamant, prononça-t-il soudain, nous ne serons pas assez sots pour le remettre à Bucket.Je connais un homme dans une ville de.la Sicile qui nous payera cette pierre au moins 50% de plus que le vieux Joe.\u2014 Nous verrons cela plus tard.Pour l\u2019instant, le plus difficile est de réussir.\u2014 Il me semble que, depuis deux mois, nous avons fait du bon travail.Vous avez vos entrées dans le château de lord Havenmoore et êtes devenue l\u2019amie intime de sa fille Grace.La partie la plus délicate de notre plan est accomplie.La jeune femme haussa les épaules sans grande conviction.Pourtant, elle savait que c\u2019était l\u2019aboutissement d\u2019un travail considérable et de longue haleine.\u2014 Je ne sais pas encore où le châtelain cache le Stormeye.J\u2019ai visité son coffre et les divers meubles de la maison sans succès.Je risque beaucoup à jouer un jeu aussi dangereux.\u2014 Après-demain, une grande fête est donnée en l\u2019honneur des vingt ans de Grace Havenmoore.Le Stormeye sortira de sa cachette pour orner un bracelet de platine que portera la jeune fille.J\u2019espère que vous mettrez à profit cette occasion unique.\u2014 Je m\u2019efforcerai d\u2019utiliser les circonstances.La voiture filait rapidement sur la route de Plymouth, se dirigeant vers l\u2019extrémité de l\u2019île.A huit heures du soir elle dépassait cette ville et continuait sa course vers les montagnes sauvages des Cornouailles.La nuit était complète lorsqu\u2019elle traversa une bourgade d\u2019apparence pauvre et stoppa devant un L'horizon se colora au delà des hublots De ses feux pleins d'espoir accrochés au spectacle Et, regorgeant d'azur, l'appel fait le miracle.Le monde est-il plus grand ?Passent les matelots .La fièvre de partir n'est jamais assouvie.Après un port, d'autres destins .Toute la vie .Les départs souvenus seuls ont pu s'évader.Mais le remous s'agite en vain parmi l'orage.Il n'est plus de fatigue en qui venir céder.L'extase qui fait mal remplace le naufrage .Extrait de \u201cNuages\u201d aux éditions Serge à paraître Brousseau.Léopold HEBERT occupés à des besognes dangereuses du genre de celle qu\u2019entreprenaient Osterwell et sa compagne.L CHAPITRE II es premiers invités arrivaient au château de Roverland où lord Cecil Havenmoore célébrait le vingtième anniversaire de sa fille.Une file de voitures stationnait déjà dans l\u2019allée centrale du parc précédant la somptueuse demeure.Grace Havenmoore vêtue d\u2019une toilette vaporeuse, resplendissante de jeunesse et de beauté, les accueillait avec une simplicité naturelle et un sourire d\u2019une exquise fraîcheur.Un bracelet de platine ornait son poignet, sertissant en son centre le fameux diamant de 90 carats.Le joyau étincelait de mille feux au cœur d\u2019une rose épanouie artistement ciselée dans le métal et dont chaque pétale portait un éclat de rubis.Un valet annonça la comtesse Laetitia Di Alcaldo et Grace abandonna un groupe d\u2019admirateurs pour se porter au devant de la nouvelle venue.Ce soir-là, l\u2019aventurière semblait plus belle que jamais.Une séduction troublante émanait d\u2019elle.Ses yeux pâles effleuraient d\u2019un regard pénétrant chacun des invités de Roverland.Ils s\u2019arrêtèrent sur un jeune homme de vingt-huit ans environ vêtu avec une élégance discrète mais dont l\u2019attitude exprimait une distinction racée.Le sourire de la jeune femme se figea sur ses lèvres.\u2014 Ma chère Laetitia, vous êtes ravissante ce soir.Pour un peu, je serais jalouse de votre succès.\u2014 Il me manque la fraîcheur de vos vingt ans, répliqua gaîment l\u2019interpellée .Quel admirable bi- d\u2019un nouveau groupe d\u2019invités qu\u2019annonçait le valet.Patrick Statford et Laetitia demeurèrent seuls.A cet instant, l\u2019orchestre attaqua les premières mesures d\u2019un tango ; des couples se formèrent évoluant gracieusement à travers l\u2019immense salle des réceptions.\u2014 M\u2019accorderez-vous cette danse, comtesse ?-\u2014Bien volontiers, j\u2019attendais cette invitation.Ils s\u2019enlacèrent pour se mêler aux autres danseurs.Insensiblement Laetitia entraîna son cavalier vers une salle de verdure adjacente au salon.Celui-ci favorisa la manœuvre et bientôt ils se trouvèrent isolés de la foule bruyante.\u2014 Mes félicitations, Statford ! Vous voici ingénieur de l\u2019aéronautique.\u2014 Il faut bien être quelque chose !.Je suppose que vous, vous n\u2019avez pas changé de profession.\u2014 Que faites-vous ici ?¦\u2014Je passe un congé à Roverland.\u2014 Vraiment ! \u2014 Vous n\u2019avez aucune raison d\u2019en douter! Un temps de silence suivit ce dialogue.Laetitia s\u2019approcha du jeune homme et le fixa intensivement.Patrick Statford était grand, bien découplé ; sa carrure, la souplesse de son maintien révélaient l\u2019homme rompu aux exercices physiques, entraîné aux sports les plus rudes.Son visage exprimait le courage et l\u2019audace, le franc éclat de ses yeux bleus inspirait d\u2019emblée la sympathie._\u2014Je m\u2019étonne de vous trouver si calme en ma présence, murmura la comtesse.\u2014 Il ne servirait à rien de perdre mon sang-froid.\u2014 Vous souvenez-vous.à Rangoon, il y a cinq an; ?\u2014 Je ne me souviens que trop ! d\u2019honnête homme, je suis devenu scélérat.\u2014 Vous étiez officier dans l\u2019armée des Indes! \u2014 Et vous une espionne.J\u2019ai trahi mon pays, mes compagnons d\u2019armes, pour vous ! \u2014 C\u2019est le plus beau succès de ma carrière.J\u2019ai eu votre amour et les renseignements qu\u2019il me fallait \u2014 Il ne convient pas de nommer amour la triste comédie que vous jouâtes à Rangoon.\u2014 Erreur! Je vous ai aimé sincèrement, Patrick Statford.et même maintenant_____ \u2014 Je vous en prie!.Il est préférable d\u2019abandonner ce sujet. 14 \u2014 Encore un mot : qu\u2019avez-vous fait après votre trahison ?\u2014 J\u2019ai d\u2019abord tenté de me suicider.Je me suis raté et n\u2019ai réussi qu\u2019à traîner de longs mois sur un lit d\u2019hôpital.Ensuite, certaines personnes, mes camarades, qui connaissaient mon secret m\u2019ont réconforté .J\u2019ai démissionné car j\u2019étais indigne de porter l\u2019uniforme : je suis revenu en Angleterre où je me suis recréé une situation, un honneur, dans l\u2019aéronautique .C\u2019est tout ! -\u2014 Ramenez-moi dans le salon ; la danse se termine et notre absence pourrait être remarquée.Ils s\u2019éloignèrent au rythme langoureux des derniers accents de l\u2019orchestre.\u2014 Songez-vous à la vengeance ?de-manda-t-elle ironiquement avant de se séparer de lui.\u2014 Mais naturellement ! répondit-il d\u2019une voix suave .Elle lui lança un regard étincelant de fureur et s\u2019éloigna.Patrick se dirigea vers une porte vitrée ouverte sur le parc et se mit à marcher lentement sur le gazon.Il s\u2019approcha d\u2019un réverbère électrique à l\u2019angle d\u2019une allée et plongea la main dans sa poche droite.Une exclamation de rage lui échappa : le papier que lui avait remis lord Havenmoore n\u2019y était plus.\u2014 Laetitia s\u2019en est emparé au cours de la danse, songea-t-il en regagnant le château.Lorsqu\u2019il parut dans le salon, un domestique annonçait le docteur Oster-well de Boston.La comtesse se précipita vers le nouveau venu pour l\u2019entraîner vers Grace Havenmoore et son père.\u2014 J\u2019ai vu le Stormeye, souffla Jerry.Quelle merveille ! \u2014 Dommage que nous ne sachions où il sera déposé ce soir.\u2014 Il faudra nous renseigner avant de partir ! \u2014 Facile à dire, plus difficile à exécuter !.Il y a un flic dans la salle.\u2014 Comment le savez-vous ?\u2014 Avant votre arrivée, Havenmoore remit un papier à l\u2019un de ses invités : je fus assez heureuse pour me l\u2019approprier ; c\u2019était la liste de tous les gens qui se trouvent ici avec leur adresse et leur qualité.Que pensez-vous d\u2019un homme qui exige de son hôte l\u2019énumération complète de ses convives ?\u2014 Qu\u2019il appartient à la police ; c\u2019est clair ! \u2014 Voici notre homme: il se nomme Patrick Statford, c\u2019est une vieille connaissance ! \u2014 Faites-vous inviter pour la prochaine danse et replacez la feuille dans sa poche qu\u2019il ne s\u2019aperçoive de rien.Jerry et sa complice se séparèrent.L\u2019homme se dirigea vers le bar tandis que Laetitia s\u2019approchait de Statford.\u2014 Vous aviez disparu, Patrick.Où étiez-vous donc ?\u2014 Je m\u2019assurais si vos manières d\u2019agir n\u2019avaient point changé.\u2014 Et alors ?\u2014 Je me suis rendu compte que vous êtes toujours l\u2019aventurière que je connus jadis.Inutile de vous préparer à me restituer la liste des invités de Roverland, j\u2019ai découvert sa disparition depuis longtemps.J\u2019espère que vous vous doutez maintenant de mes occupations réelles.La jeune femme comprit qu\u2019il ne servirait à rien de mentir.\u2014 En effet, répondit-elle! Joli métier que le vôtre ! Policier ! Quelle déchéance pour un officier de l\u2019armée des Indes.\u2014 C\u2019est une façon comme une autre de servir son pays.\u2014 Pourrais-je connaître le motif de votre présence parmi cette société choisie ?\u2014 Nous sommes là pour des raisons identiques tout en poursuivant des buts différents.C\u2019est le Stormeye qui m\u2019attire.-\u2014Vous êtes sans doute chargé de sa protection ?\u2014 Exactement ! et je saurai m\u2019acquitter de cette tâche.\u2014 C\u2019était afin de trier les suspects que vous vous étiez fait remettre cette liste ?\u2014 En effet ! Heureusement elle est maintenant inutile, mon choix est fait.¦\u2014 Parlez-vous pour moi ?\u2014 On ne peut rien vous cacher.\u2014 J\u2019accepte ce duel.Je suis avantagée dès le début car vous ne pouvez rien contre ma personne, Patrick Statford.Si vous tentez de me faire arrêter, je dévoile la vérité sur l\u2019affaire de Rangoon et vous m\u2019accompagnez en prison.Vos camarades qui ont eu la bonté de vous couvrir ; vos chefs qui ont étouffé le retentissement de votre trahison seraient également compromis .Vous voyez ! Je possède des armes terribles contre le petit détective que vous êtes.\u2014 Vous ne m\u2019apprenez rien de nouveau ; je vous sais capable d\u2019exécuter ces menaces mais je m\u2019efforcerai de vous mettre hors d\u2019état de nuire sans susciter un tel scandale.\u2014 Nous verrons.Bonne chance, Statford ! Elle lui tourna brusquement le dos pour se perdre dans la foule bruyante des danseurs.Il était environ deux heures de la nuit lorsque la soirée se termina.Les invités prirent congé les uns après les autres ; Osterwell et la comtesse s\u2019en furent les derniers.Dans le salon désert, il ne resta bientôt plus que lord Havenmoore, sa fille et le détective.\u2014 Monsieur Statford, je crois que votre mission est terminée, prononça le châtelain en attirant le jeune homme à l\u2019écart.Je suis heureux qu\u2019il ne se soit rien passé et que le Stormeye ne m'ait attiré aucun désagrément.Je saurai vanter à vos chefs le tact et la discrétion déployés au cours de votre délicate surveillance.Vous êtes un veritable gentleman.\u2014 Je suis très sensible à cette appréciation, répartit le jeune homme ; cependant, le diamant n\u2019a pas encore réintégré sa cachette et je vous demanderais l\u2019autorisation de demeurer ici jusqu\u2019à ce qu\u2019il soit en sûreté.Le châtelain sourit et laissa peser sur le policier l\u2019étrange éclat de son regard insoutenable.\u2014 Rassurez-vous, Statford, le Stormeye possède une cachette introuvable que je suis seul à connaître.Votre présence ici n\u2019est plus nécessaire.\u2014 Je ne mets pas en doute vos paroles mais, êtes-vous bien sûr de toutes les personnes présentes à votre reception ?\u2014 Qu\u2019importe ! Mon diamant ne court de danger que lorsqu\u2019il est au bras de ma fille.Dès qu\u2019il revient en ma possession, personne ne peut plus s\u2019en emparer.\u2014 Il serait de mauvais ton d\u2019insister .Permettez-moi de me retirer, lord Havenmoore.Patrick salua le châtelain et sa fille puis sortit.Il traversa le parc pour gagner son automobile garée sur une pelouse près de l\u2019entrée.Deux minutes plus tard, il filait sur la route de Roverland.CHAPITRE III Après le départ du jeune homme, lord Cecil Havenmoore regagna ses appartements après avoir embrassé sa fille et détaché de son bras le bracelet de platine supportant le Stormeye.Il poussa les verrous de sa chambre à coucher et se mit en devoir de dessertir le joyau.Les plis d\u2019un épais rideau masquant une fenêtre remuèrent imperceptiblement.Le vieillard auquel ce détail avait échappé se leva pour gagner son cabinet de toilette.Il tenait le Stormeye dans la main droite et le bracelet dans l\u2019autre.Soudain, il tressaillit : deux coups de feu venaient d\u2019être tirés dans le parc du château.Lord Havenmoore Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 disparut vivement dans le cabinet de toilette pour en sortir vingt secondes plus tard sans le Stormeye ni le bracelet.Se précipitant vers la porte il l\u2019ouvrit pour gagner le couloir en appelant les domestiques et sa fille.Dès qu\u2019il eut quitté la chambre, Jerry Osterwell écarta entièrement le rideau qui le dissimulait puis, après avoir jeté un bref coup d\u2019œil autour de lui, s\u2019engouffra dans le cabinet de toilette.Il sourit en apercevant le bracelet de platine sur une tablette de marbre et songea que dans sa hâte, le châtelain l\u2019avait déposé là avec le diamant.Le bandit se trompait lourdement.Le diamant n\u2019était nulle part : en vain il fouilla le réduit dans ses moindres recoins, inspectant les tiroirs, déplaçant chaque objet ; il lui fut impossible de découvrir la fameuse pierre.Dépité, entendant des pas nombreux à l\u2019extérieur, il gagna la baie vitrée qu\u2019il entr\u2019ouvrit ; puis, utilisant une corniche et un tuyau de descente, il se laissa tomber sur le gazon du parc et se perdit dans les ténèbres.Il était temps, lord Havenmoore suivi de son intendant et de sa fille réintégrait ses appartements.\u2014\tEnfin, Ralph, vous avez entendu également ces deux coups de feu ?Le domestique affirma énergiquement et Grace vint ajouter qu\u2019ils avaient été tirés non loin de sa fenêtre en un endroit où le parc se trouve être particulièrement touffu.\u2014\tIl est vraiment étrange que nos investigations n\u2019aient produit aucun résultat.Impossible de découvrir le mystérieux tireur ni la victime s\u2019il y en a une.Tout en parlant, il s\u2019état approché du cabinet de toilette.Il s\u2019immobilisa sur le seuil, frappé de stupeur.\u2014\tQuelqu\u2019un s\u2019est introduit ici pendant mon absence, conclut-il devant le désordre du réduit.\u2014\tLa fenêtre est ouverte ! prononça l\u2019intendant en se dirigeant vers la baie vitrée.Lord Havenmoore se laissa tomber dans un fauteuil.\u2014\tJe comprends pourquoi nous n\u2019avons trouvé personne dans le parc.Les deux coups de feu n\u2019étaient destinés qu\u2019à nous attirer hors du château.Je me suis laissé prendre au piège et, pendant que nous explorions les fourrés, un inconnu s\u2019introduisait ici pour visiter mon appartement en toute tranquillité .Mais dans quel but ?intervint Grace.\u2014 Sans doute pour voler le Stormeye.Heureusement, le diamant est en sûreté.Un silence impressionnant suivit cette déclaration.Le châtelain le rompit le premier.Ralph, vous allez prendre la Bentley et partir à la recherche de Patrick Statford.Il ne doit pas être loin : vous ie\u201e trouverez sans doute dans l\u2019unique hôtel de Roverland, car il ne doit repartir pour Londres que dans la matinée de demain.Le domestique disparut.Peu après, le père et la fille entendirent la puissante voiture traverser le parc avant de se lancer sur la route de Roverland.\u2014 Pourquoi appelez-vous Patrick Statford ?questionna Grace avant de se retirer.Je ne vois pas ce que peut faire un ingénieur de l\u2019aéronautique dans de telles circonstances.Lord Heavenmoore hésita quelques secondes puis prit une résolution.r Patrick Statford n\u2019est pas un ingénieur mais un détective de Scot-land-Yard.Je l\u2019avais fait venir ce soir dans le but de surveiller discrètement le diamant que vous portiez.J\u2019ai eu tort de le congédier trop tôt.L\u2019HOROSCOPE DU \"SAMEDI\" (Nouvelle série) 3\t7\t2\t6\t8\t4\t7\t3\t6\t2\t8\t5\t8\t3\t6\t4 V\tU\tU\tA\tU\tU\tN\tI\tR\tN\tN\tU\tB\tS\tR\tN 4\t8\t3\t5\t6\t2\t7\t4\t6\t3\t5\t2\t8\t4\t7\t3 E\tI\tI\tN\tA\tE\tE\tN\tN\tT\tC\tP\tL\tO\tA\tE 7\t4\t6\t2\t5\t7\t3\t6\t2\t5\t7\t3\t6\t4\t2\t5 M\tU\tG\tE\tA\tI\tU\tE\tR\tD\tT\tR\tM\tV\tT\tE 8\t4\t7\t5\t6\t2\t7\t4\t3\t5\t4\t6\t2\t7\t5\t3 L\tE\tI\tA\tE\tE\tE\tL\tI\tU\tL\tN\tD\tS\tT\tN 7\tZ\t5\t2\t6\t4\t8\t3\t5\t6\t2\t7\t4\t6\t3\t5 I\tA\tR\tA\tT\tE\tE\tT\tE\tA\tR\tN\tC\tL\tT\tS 6\t4\t5\t3\t6\t2\t7\t4\t5\t3\t6\t2\t7\t6\t4\t5 A\tO\tU\tE\tM\tG\tC\tN\tT\tN\tI\tE\tE\tA\tQ\tI 4\t7\t5\t4\t6\t2\t8\t6\t3\t7\t4\t6\t5\t2\t4\t3 U\tR\tL\tE\tB\tN\tT\tL\tD\tE\tT\tE\tE\tT\tE\tU Comptez les lettres de votre prénom.Si le nombre de lettres est de 6 ou plus, soustrayez 4.Si le nombre est moins de 6, ajoutez 3.Vous aurez alors votre chiffre-clef.En commençant au haut du rectangle pointez chaque chiffre-clef, de gauche à droite.Ceci fait, vous n\u2019aurez qu\u2019à lire votre horoscope donné par les mots que forme le pointage de votre chiffre-clef.Ainsi, si votre prénom est Joseph, vous soustrayez 4 et vous aurez comme clef le chiffre 2.Tous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représentent votre horoscope.Droits réservés 1945, par William J.Miller.King Features, Inc. Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 15 Jerry Osterwell rejoignit sa complice à un demi-mille environ du château de Roverland.\u2014 Tout s\u2019est bien passé ?demanda Laetitia.\u2014 A merveille ! Vos coups de feu ont attiré Havenmoore et toute sa domesticité dans le parc : j\u2019ai pu travailler à Taise mais malheureusement il m\u2019a été impossible de découvrir le Stormeye.L\u2019aventurier fit ensuite à sa compagne le récit détaillé de la scène qu\u2019il avait vécue.Elle demeura un instant songeuse puis parla avec assurance.\u2014 J\u2019ai visité à plusieurs reprises le coffre et les meubles du châtelain.Vous-même avez effectué une reconnaissance dans des conditions particulièrement favorables et nous n\u2019avons rien découvert.La conclusion est simple et logique : Cecil Havenmoore dissimule le diamant sur lui.\u2014 S\u2019il en est ainsi, notre tâche ne sera pas aisée.\u2014 Au contraire, votre qualité de docteur nous sera d\u2019un grand secours.\u2014 Je comprends mal.\u2014 Je vous expliquerai plus tard .Nous sommes invités après-demain par Grace.La réunion doit avoir lieu dans la stricte intimité, nous en profiterons pour nous renseigner sur l\u2019exactitude de mon hypothèse.\u2014 Je vous obéis.Ne craignez-vous pas une nouvelle intervention de ce Statford ?\u2014 Celui-là m\u2019inquiète peu ! Je suis suffisamment au courant de ses secrets pour l\u2019écarter de notre route lorsqu\u2019il deviendra gênant.Les deux coquins gagnèrent leur automobile dissimulée par un groupe d\u2019arbustes et prirent la direction du cottage tous phares éteints.Depuis deux jours, Patrick Statford fréquentait le château de lord Havenmoore.Sur sa prière, la tentative de vol avait été gardée secrète et il avait même obtenu de Grace la promesse qu\u2019elle n\u2019en parlerait pas à la comtesse Di Alcado.Les traces de pas relevées sur le gazon du parc l\u2019avaient pleinement renseigné sur l\u2019identité des cambrioleurs.Il était maintenant certain du but poursuivi par l\u2019ancienne espionne et son complice le mystérieux docteur américain.En dépit de ces preuves, il ne lui était pas possible d\u2019arrêter les deux personnages sans risquer de soulever un scandale qui non seulement le perdrait mais atteindrait encore une quantité de personnalités irréprochables qui jadis lui avaient rendu d\u2019inestimables services au moment de sa trahison.Persuadé que le couple ne s\u2019en tiendrait pas à cette malheureuse tentative, il résolut d\u2019attendre l\u2019occasion favorable de le réduire à l\u2019impuissance, sans danger.Cette après-midi-là, Grace Havenmoore avait prié Laetitia d\u2019amener le docteur Osterwell de Boston.Les deux invités arrivèrent à l\u2019heure dite et Statford fut frappé de l\u2019aisance avec laquelle Laetitia acceptait l\u2019hospitalité de ceux qu\u2019elle tentait de voler de la plus basse façon.-\u2014 Quelle comédienne ! songeait-il en répondant aux phrases aimables de son adversaire.A un certain moment, le jeune homme s\u2019éloigna en compagnie d\u2019Osterwell et de Grace qui les conviait à une promenade dans le parc.Le trio disparut, laissant lord Havenmoore seul avec la belle aventurière.\u2014 Charmant ce Patrick Statford ! je-ta-t-elle négligemment.\u2014 Je suis de votre avis, c\u2019est un jeune homme plein de tact et de savoir-vivre.\u2014 Il paraît très bien s\u2019accorder avec Grace.Le châtelain la dévisagea curieusement de son étrange regard.Elle parut ignorer cet examen, tira un porte-cigarettes d\u2019argent de son réticule et choisit soigneusement un cylindre blanc.Elle fit le geste de le porter à ses lèvres mais son bras heurta le dossier de son siège et il chuta sur le tapis.La comtesse en choisit un second puis, profitant d\u2019un instant d\u2019inattention de son compagnon, elle broya de la pointe de sa chaussure la première cigarette de tabac blond tombée aux pieds du maître de céans.Un jet de liquide incolore fusa de l\u2019objet.La comtesse se leva d\u2019un mouvement naturel et gagna la baie vitrée ouverte sur le parc.Tout en tirant des volutes de fumée bleue de sa cigarette, elle ne perdait pas un geste de son hôte.Celui-ci passa à plusieurs reprises la main sur son visage comme s\u2019il se trouvait la proie d\u2019une grande lassitude.Il répondit avec difficulté à une question de Lætitia, puis fit des efforts manifestes pour se lever de son siège.\u2014 Vous semblez souffrant, prononça hypocritement l\u2019aventurière sans cesser de respirer l\u2019air pur entrant par la fenêtre.Lord Havenmoore ne répondit pas.Sa tête s\u2019inclina sur sa poitrine et il perdit connaissance.La jeune femme le considéra ironiquement ; s\u2019appliquant une pochette parfumée sous les narines, elle alla ramasser la cigarette écrasée gisant sur le tapis pour la précipiter dans un buisson à quelques pas de l\u2019entrée.Elle revint alors vers le corps pour fouiller les vêtements et leurs doublures avec une habileté consommée.Pas un des objets que portait son hôte ne lui échappa : elle recommença sa besogne par deux fois avant de s\u2019éloigner rageusement.\u2014 Rien, gronda-t-elle ! Le Stormeye n\u2019est pas là.Entendant un bruit de conversation éloigné, elle se précipita au-devant de Grace et de ses compagnons en simulant le plus complet désarroi.\u2014 Docteur Osterwell, s\u2019écria-t-elle ! Venez vite, lord Havenmoore vient de se trouver mal.Le trio s\u2019élança dans le salon du rez-de-chaussée.Grace demeura atterrée devant la face exsangue de son père ; la comtesse la prit affectueusement dans ses bras tandis qu\u2019Osterwell et Statford se penchaient sur le châtelain.\u2014 Ce n\u2019est rien, conclut le faux docteur.Une syncope sans gravité.Veuillez appeler deux domestiques pour transporter le malade dans son appartement ; je serai plus à Taise pour l\u2019examiner lorsqu\u2019il sera étendu.Le détective intervint.\u2014 Inutile, docteur ! Il y a un divan dans cette pièce et vous serez très bien pour prodiguer vos soins à votre malade .Ne trouvez-vous pas qu\u2019il règne ici une étrange odeur ?\u2014 Je fumais des cigarettes d\u2019Orient avant que lord Havenmoore ne tombe en syncope, expliqua Lætitia.Le jeune homme ne répondit pas.Empoignant le châtelain sous les aisselles il le transporta sur le canapé avec l\u2019aide d\u2019Osterwell.Lætitia, Grace et Statford reculèrent ensuite de quelques pas pendant que le pseudo-médecin jouait la comédie de l\u2019examen sérieux.Celui-ci, tirant un flacon de sels de sa poche le déposa sur un guéridon bas près de lui.Collant ensuite l\u2019oreille contre la poitrine de l\u2019inconscient, il fit le simulacre de compter les pulsations du cœur.Il se redressa et souleva la paupière gauche : le globe de l\u2019œil apparut, révulsé dans son orbite.Il sou- G& soihj et tous tes aAÂPies sotfis, dcuns des'mtKtete de, fotjete où lorî app^tecic te, elta/wviô magique des pkotos prises à turtésimw, it se ptend/ia des instantancs.It suffit dan, Fillîl Kodak et clWic ou dewc fampes poaA^pkolbgteipkic, VWmenf facile, ! Un sujet pour lampe Photoflood Un excellent sujet pour lampe Photoflash Vo^vdüie, Marchand Kodak aujoaAdiati pouft, des Films Kodak (Kodak Sope^-XX avec ternipe Plxotoflood, Kodak Ve/uok/iomc avec toinpe Pkotoflash).pou/i des (Wipes.pou/h le nouveau dépliant Kodak qui Vous peteiètt/ia de/faite, un,déW'supe/ite.ec dépliant est Cltiîuîî/ CANADIAN KODAK CO., LIMITED TORONTO 9, ONTARIO 16 leva alors la paupière droite et faillit pousser un eri de stupeur : l\u2019œil apparaissait dans sa position normale avec sa pupille et son iris d\u2019une transparence et d\u2019une netteté absolues.Osterwell dut renouveler sa tentative pour se convaincre qu\u2019il ne rêvait pas : le résultat demeura le même, l\u2019œil droit de lord Havenmoore fixait sur le coquin un regard étrangement net alors que le gauche demeurait terne et sans vie.Jerry déboucha en tremblant le flacon de sels et plaça son orifice sous les narines du châtelain.Il demanda de l\u2019eau fraîche que le policier se hâta de lui apporter et en baigna le visage.Quelques frictions vigoureuses achevèrent de ranimer le père de Grace.\u2014 Quelle frayeur vous nous avez causée ! s\u2019exclama la comtesse au moment où il reprenait ses sens.\u2014 Mon Dieu! balbutia-t-il, je ne comprends pas ce qui vient de se produire !.M\u2019évanouir comme une fillette : c\u2019est inconcevable ! \u2014 Il fait très chaud dans ce salon, expliqua Laetitia : et le parfum des fleurs qui le parent ne doit pas être étranger à ce malaise .Qu\u2019en pensez-vous, monsieur l\u2019ingénieur ?\u2014 Je pense que l\u2019arome des cigarettes d\u2019Orient de Mme la comtesse a également influé sur le sensibilité de lord Havenmoore .N\u2019est-ce pas, docteur ?\u2014 Peut-être, approuva l\u2019interpellé, sans prendre garde à sa réponse.Patrick constata avec étonnement qu\u2019Osterwell était la proie d\u2019une vive agitation.Son visage était pâle, ses gestes trahissaient une nervosité inexplicable.\u2014 Seriez-vous fatigué, docteur ?insista Statford.\u2014 Nullement ! Je suis seulement heureux de constater le peu de gravité de l\u2019état de lord Havenmoore.\u2014 C\u2019est fort aimable de votre part, remercia le châtelain, cependant je ne me sens pas remis entièrement et je vais prendre congé de votre compagnie pour me retirer chez moi.Lord Cecil s\u2019éloigna et l\u2019après-midi se termina sans grand entrain.A six heures, le docteur Osterwell quitta le château.Un quart d\u2019heure plus tard la comtesse l\u2019imitait.Laissant Grace seule avec Statford, elle rejoignit son complice dans leur cottage isolé de Roverland.\u2014 Aucun résultat, Jerry ! jeta-t-elle en entrant.J\u2019ai endormi le vieux ; j\u2019ai fouillé jusqu\u2019à la doublure de ses vêtements sans rien trouver.Le Storm-eye n\u2019est ni chez lui ni sur lui : je ne comprends plus ! cette comédie ne peut durer davantage, nous jouons un jeu dangereux qui peut nous coûter notre liberté.Il faut prendre une résolution immédiate ou partir !.Entendez-vous, Jerry ?Partir ! Laisser là quinze mille livres sterling : de quoi vivre tranquilles dans mon merveilleux pays ou sur un point ignoré de la côte méditerranéenne française ! \u2014 Vous songez déjà à la retraite, gouailla Osterwell ! \u2014 Pas de plaisanteries! Votre indifférence m\u2019exaspère .Vous paraissez heureux !.\u2014 Je le suis en effet ! \u2014 Vous êtes facile à contenter.Ce sont sans doute vos nouveaux titres de docteur en médecine qui vous mettent de la joie au cœur ! \u2014 Précisément ! \u2014 De mieux en mieux! Vous vous imaginez être d\u2019une essence supérieure et vous commettez bêtise sur bêtise.Tout à l\u2019heure, vous avez failli tout gâcher en manifestant une sensibilité stupide devant l\u2019évanouissement de lord Havenmoore.Tout le monde a remarqué votre trouble ; en particulier ce policier qui surveille nos agissements.\u2014\tSi je n\u2019ai pu maîtriser ma nervosité c\u2019est sans doute que j\u2019avais fait une découverte qui la justifiait.-\u2014 Quelle découverte ?\u2014\tJe sais où se trouve le Stormeye.\u2014 Que dites-vous ?\u2014 Ne me faites pas répéter ; vous avez bien compris.\u2014 Jerry, je vous en prie, expliquez -moi.\u2014 Tiens ! Vous changez de ton à présent.\u2014 Ne soyez pas stupide, parlez.\u2014 J\u2019ai imaginé un plan qui nous permettra de voler le diamant sans courir le moindre risque.\u2014 Même pas de la part de Statford ?\u2014 Pas plus que de celle d\u2019un autre.Je compte beaucoup sur vous pour m\u2019aider.\u2014 Vous savez que je vous suis dévouée.\u2014 Parfait ! Le bandit disparut dans un réduit voisin de la pièce commune et revint avec une valise en cuir jaune.\u2014 Que faites-vous, Jerry?\u2014 Ne soyez donc pas si impatiente ! Il ouvrit la valise et fit jouer un mécanisme permettant de découvrir un compartiment secret.Les lumières du lustre firent étinceler tout un attirail de cambrioleur ainsi que des pistolets de fort calibre.Jerry dédaigna ces objets pour s\u2019emparer d\u2019une vulgaire boîte de carton d\u2019où il tira un flacon empli d\u2019un liquide incolore.S\u2019approchant de sa compagne, il fit miroiter la bouteille devant ses yeux.\u2014 Vous connaissez ceci, Laetitia ?La jeune femme articula une réponse inintelligible en pâlissant.\u2014 Votre trouble me renseigne suffisamment, ricana l\u2019autre .Vous vous souvenez de ce poison que vous vendit un jour une vieille Juive dans un ghetto sordide de la Palestine .\u2014 Où voulez-vous en venir ?\u2014 Très intéressant ce liquide, il produit son effet vingt-quatre heures après son absorption et cause artificiellement une embolie en agissant sur le sang.Il possède encore la qualité de s\u2019éliminer rapidement par les pores et de ne laisser ainsi aucune trace.En un mot, il provoque une mort naturelle.\u2014\tPourquoi me rappeler ces détails ?\u2014\tParce qu\u2019il faut tuer Cecil Havenmoore ! CHAPITRE IV Le dîner intime que donnait lord Havenmoore en l\u2019honneur du départ de Patrick Statford s\u2019achevait dans une atmosphère cordiale.Les convives n\u2019étaient qu\u2019au nombre de cinq.Outre Grace et son père, Osterwell, la comtesse et le détective y assistaient.La veille, le châtelain avait signifié son congé à Statford avec une extrême courtoisie.En vain le jeune homme avait-il tenté de faire revenir son hôte sur sa décision ; celui-ci avait souri de ses craintes et l\u2019avait assuré que maintenant aucun danger ne menaçait le Stormeye.En désespoir de cause, Patrick avait prudemment hasardé quelques phrases sur la comtesse et Osterwell mais on l\u2019avait fermement prié de s\u2019abstenir de toute calomnie stupide sur ces deux invités de marque.Le repas achevé, les cinq convives allèrent s\u2019installer dans le parc où régnait une agréable fraîcheur nocturne.\u2014 Ainsi, lança Laetitia, M.Statford quitte Roverland demain ?\u2014 En effet ! Les nécessités de ma situation m\u2019obligent à regagner Londres.\u2014 Je vous comprends fort bien !.Nous allons perdre un délicieux compagnon.\u2014 Trop aimable, comtesse ! La conversation roula encore quelque temps sur des sujets divers puis, Grace Havenmoore pria Patrick de l\u2019accompagner à travers le parc enté-nébré.Le couple s\u2019éloigna suivi des yeux par lord Havenmoore et ses deux compagnons.\u2014 Sir Statford et votre fille sont devenus une paire d\u2019amis, insinua Laetitia.\u2014 Même trop amis ! \u2014 Je n\u2019ose vous comprendre.\u2014 C\u2019est cependant la vérité.Je remarque depuis quelque temps que ma fille et le jeune homme passent de longs moments l\u2019un près de l\u2019autre.C\u2019est pour cela que j\u2019ai laissé entendre à celui-ci que l\u2019heure était arrivée de regagner ses usines.QUI EST-IL, QUI ESTELLE?C\u2019est aujourd\u2019hui une tragédienne de premier plan.Dès l\u2019époque où cette photo fut prise, ses parents, artistes eux-mêmes, l\u2019orientaient déjà vers cette brillante carrière qu\u2019elle occupe en ce moment.Son père fut l\u2019un des plus grands artistes lyriques que connut notre monde musical pendant plusieurs décades.Il fit également école par son enseignement chez nous de l\u2019art dramatique et du chant.Les sœurs de notre tragédienne sont aussi de brillantes artistes : chant, théâtre, radio.Cette délicieuse petite fille d\u2019hier, connue aujourd\u2019hui de tous les radiophiles et amateurs de théâtre, dirige en ce moment des classes de phonétique qui sont très fidèlement suivies.Elle est lauréate du Conservatoire de Paris.Elle a fait aussi du cinéma avec Pierre Richard-Willm.C\u2019est notre grande dame de la radio et du théâtre.On l\u2019a admirée ici dans Athalie, l\u2019Aiglon.On souhaite la voir dans Cina.Qui est-elle ?La reconnaissez-vous ?Un effort d\u2019imagination et dans le doute, qu\u2019on se reporte à la page 32 du présent numéro du Samedi où l\u2019on trouvera la réponse, de même que la photo actuelle de cette sympathique artiste.Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 \u2014 Evidemment, intervint Osterwell, Miss Grace Havenmoore ne peut se compromettre avec un simple ingénieur .fût-il le plus célèbre du royaume.\u2014 C\u2019est exactement ma pensée, repartit le châtelain.Sa gêne était visible, il se hâta de détourner la conversation.\u2014 Excusez-moi, mes chers amis, si j\u2019omets de vous offrir des rafraîchissements.Le temps d\u2019appeler un domestique et cette faute sera réparée.¦\u2014 Epargnez-vous cette peine, intervint la jeune femme.Votre domestique ignore la façon de préparer convenablement un mélange des plus agréables dont je connais le secret.Permet-tez-moi de tenir moi-même le rôle de bar-maid.La comtesse disparut pour gagner le bar où elle confectionna à la hâte un cocktail de couleur brune.Elle en versa une dose dans cinq verres différents, ajouta de la glace pilée, puis jeta un coup d\u2019œil circonspect sur les issues de la pièce.Certaine de ne pas être vue, elle tira de son corsage le mystérieux flacon que lui avait confié Jerry et vida son contenu dans l\u2019un des verres.Elle revint ensuite vers les deux hommes pour poser devant lord Cecil le breuvage empoisonné et les quatre autres verres devant les places occupées par les convives.\u2014 Vous avez raison, comtesse: ce cocktail est exquis, annonça le châtelain après avoir bu.Il faudra en donner la composition à Grace afin qu\u2019elle m\u2019en confectionne lorsque vous ne serez plus là.Patrick et sa compagne marchèrent jusqu\u2019à la rive d\u2019un petit lac s\u2019étendant à l\u2019extrémité du parc de Roverland.Les deux jeunes gens n\u2019avaient pas encore échangé une seule parole depuis qu\u2019ils avaient quitté leurs compagnons.\u2014\tMiss Havenmoore, vous paraissez triste ce soir ! \u2014 Je le suis en effet, car je songe que demain vous ne serez plus des nôtres.\u2014\tVraiment! Vous regretteriez la présence d\u2019un policier à vos côtés .Habituellement, cette profession est considérée comme vile par les personnes de votre rang.\u2014 N\u2019aggravez pas ma peine par de tels propos.J\u2019admire au contraire des hommes comme vous dont le risque constitue le facteur essentiel de la vie et dont le courage est la qualité dominante.\u2014 Je vous remercie de ces éloges, sourit le jeune homme, mais je ne les mérite pas.A Roverland, vous ne m\u2019avez vu risquer aucun danger ni faire preuve d\u2019aucun courage.\u2014 Je ne parle pas de cette stupide affaire du diamant qui vous importune certainement.\u2014 C\u2019est une erreur ! coupa Patrick, elle m\u2019intéresse au contraire beaucoup.\u2014 Alors ! Pourquoi ne restez-vous pas ?\u2014 Votre père trouve, avec juste raison, que maintenant je suis inutile.Un temps de silence suivit ces mots.Les deux jeunes gens se mirent à marcher cote a cote le long de la rive du lac.\u2014 J\u2019emporterai néanmoins de Roverland des souvenirs exquis, reprit-il tristement.Les paroles que vous avez prononcées ce soir demeureront toujours présentes à ma mémoire.Votre image également ne me quittera pas .Il se tut brusquement, effrayé de son audace. SEUL KLEENEX4 VOUS DONNE TOUS CES AVANTAGES (Premier choix de 9 Canadiens sur 10) Plus doux\u2014Kleenex est fait de ^Cellucotton\"\u2014la substance moelleuse qui est effectivement 5 fois {dus absorbante que le coton .douce pour es nez sensibles et la peau la plus délicate.?Marque déposée au bur.can.des brev.Plus fort\u2014Chaque feuille simple de Kleenex est plus forte que les tissus ordinaires.Chaque application ou tissu est double, donnant une force et une absorption supérieure.fÆu/ÆIffffià.Variété\u2014Un tissu Kleenex choir, 9\" x 10\"\u2014200 tissus \\ \u2014300 tissus; format pour nommes i- x *\u201c 9 Canadiens sur 10 préfèrent le Kleenex double super «\\ ' Plus blanc\u2014Kleenex est traité pour le rendre tout blanc dans un nouveau moulin canadien ultra-moderne; son paquet cacheté, breveté, vous assure des tissus absolument hygiéniques.m WÈ.y, Economique\u2014Des épargnes ont résulté de la grande production de Kleenex et vous en bénéficiez.{Il ne vous coûte que le J/3 du prix que nous payiez il y a quelques années.) 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Je vous demande au contraire de feindre une ignorance complète de ces choses et d\u2019agir discrètement en continuant vos bons rapports avec la comtesse.R importe de ne pas lui donner l\u2019éveil.\u2014 Ce que vous me demandez est au-dessus de mes forces.\u2014 Il le faut.Je vous en supplie, écoutez mes conseils.\u2014 Je ne pourrai pas maintenant que je connais la vérité sur cette femme.C\u2019est trop exiger de moi.\u2014 Alors, je suis perdu ! \u2014 Vous, Patrick Statford ! \u2014 Oui, moi.\u2014 Je ne comprends plus.\u2014 Vous comprendrez lorsque je vous aurai dévoilé la vérité.Malheureusement, je vais me condamner irrémédiablement à vos yeux : je vais détruire votre amour, vous n\u2019éprouverez plus que de la haine et de la répulsion à mon égard.\u2014 Mon Dieu ! Calmez-vous, ne prononcez plus de telles paroles ! -\u2014 Elles vous paraîtront naturelles lorsque vous pourrez me juger.Il y a cinq ans, j\u2019étais lieutenant dans l\u2019armée des Indes à Rangoon.J\u2019occupais un poste de première importance, j\u2019étais estimé pour ma droiture et ma loyauté.Ce fut alors que je fis la connaissance d\u2019une aventurière du nom de Lætitia Di Alcado.Cette femme, sous le couvert d\u2019un faux titre, espionnait pour le compte d\u2019une nation étrangère qui désirait provoquer des soulèvements dans nos possessions du Nord afin de se les approprier ensuite.« En qualité d\u2019attaché à l\u2019état-major, j\u2019étais en possession de renseignements secrets sur les emplacements et l\u2019importance de nos effectifs en Inde Occidentale.Grâce à l\u2019ascendant qu\u2019elle prit sur moi et au sentiment aveugle qui me poussait vers elle, Lætitia Di Alcado parvint à se documenter d\u2019une façon très complète et à communiquer aux services étrangers qui l\u2019employaient de précieuses indications qu\u2019on lui paya fort cher.« Son infâme mission terminée, elle disparut de Rangoon le jour même où je découvrais sa trahison.« Je fis l\u2019impossible pour réparer ma faute.Le jour où la révolte éclata, j\u2019obtins d\u2019aller combattre sur notre front.Une fois ce soulèvement réprimé, je revins à Rangoon, décidé à me constituer prisonnier.Des camarades auxquels je me confiai me prirent en pitié.Mes supérieurs, par égard pour mes services passés, me dissuadèrent de ce projet, me conseillant seulement de remettre ma démission.« C\u2019est ce que je fis.« Je revins en Angleterre où après quelques mois d\u2019inaction, je parvins à entrer au service de Scotland-Yard.Je me consacre avec passion à ce nouveau métier qui me permet d\u2019être utile à mon pays et de racheter ainsi mes erreurs de jadis.« Depuis Rangoon, je n\u2019avais jamais revu la comtesse Di Alcado ; l\u2019autre soir, je l\u2019ai rencontrée ici et j\u2019ai facilement trouvé les raisons de sa présence : elle convoite le Stormeye.« Une explication qu\u2019elle me demanda immédiatement me permit de comprendre qu\u2019elle était décidée à dévoiler la vérité sur ma trahison de jadis si je la faisais arrêter.Elle provoquerait ainsi un véritable scandale dont je ne serais pas le seul à souffrir.Ceux qui me protégèrent et étouffèrent cette affaire par bienveillance, seraient atteints et salis.Cela, je ne le veux pas !.Voilà pourquoi je suis perdu si la comtesse se doute que je vous ai dévoilé sa véritable personnalité.« J\u2019imagine en outre que vous n\u2019éprouvez plus la moindre sympathie à l\u2019égard d\u2019un homme tel que je me suis décrit.La jeune fille se serra contre lui : elle était pâle, deux larmes lourdes ruisselaient sur son visage.\u2014 Patrick, murmura-t-elle .je vous aime.Quelques minutes plus tard, ils rejoignaient lord Havenmoore et le couple d\u2019aventuriers.Devant le châtelain, un verre entièrement vide reposait.Le crime de Lætitia Di Alcado était accompli.\u2014 Enfin, vous voici! s\u2019exclama la comtesse.J\u2019imagine que les rives du lac doivent être attrayantes sous le ciel nocturne pour nous oublier ainsi ! -\u2014 En effet ! répondit aimablement Grace ; c\u2019est une promenade exquise.Rien dans le ton de la jeune fille ne trahissait l\u2019aversion qu\u2019elle éprouvait à l\u2019égard de cette femme.Statford la remercia d\u2019un regard éloquent.\u2014 Comme vous serez seule demain, continua Lætitia, et si lord Havenmoore le permet, je viendrai vous enlever de bonne heure pour vous conduire au Cap Land\u2019s End.On signale de fortes tempêtes de ce côté et j\u2019adore contempler l\u2019Océan lorsqu\u2019il est en furie.Quelle délicieuse journée en perspective ! Acceptez-vous de m\u2019accompagner ?Statford adressa un signe discret à la jeune fille.\u2014 Mais certainement, se hâta-t-elle de répondre : à condition toutefois que mon père m\u2019y autorise.\u2014 Vous avez mon consentement, Grace : vous ne sauriez trouver de meilleure compagnie que celle de la comtesse Alcado.Une heure plus tard, après avoir pris congé de leurs hôtes, Osterwell et sa complice se retrouvaient seuls.\u2014 Tout s\u2019arrange, Lætitia : ce maudit détective disparaît de la scène au bon moment et Grace sera absente lorsque le malheur arrivera.Les deux bandits se livrèrent alors à une étrange besogne.Osterwell alla quérir la valise jaune et fit jouer le mécanisme découvrant le double fond.Il retira tout l\u2019arsenal et les outils de cambrioleur qui s\u2019y trouvaient pour aller les jeter dans un puits profond dissimulé derrière un bosquet à l\u2019extrémité du jardin d\u2019agrément.Il revint ensuite dans la pièce et plaça dans le compartiment secret des liasses de papiers sans importance.\u2014 Maintenant, dit-il, je vais m\u2019installer au rez-de-chaussée avec mes bagages.En prévision d'événements qui peuvent se produire, il est plus décent de faire chambre à part.\u2014 Jerry, il faut vous méfier du médecin de Roverland.\u2014 N\u2019ayez aucune crainte à ce sujet : je me charge de lui.Mes connaissances médicales, quoique sommaires, sont suffisantes pour me tirer d\u2019embarras le cas échéant.CHAPITRE V A l\u2019heure dite, Lætitia conduisant elle-même son automobile vint chercher Grace Havenmoore.La jeune fille dissimulait mal encore la peine que lui causait le départ de Patrick : elle dut se forcer pour répondre aimablement à sa compagne.Elles atteignirent le cap au bout de deux heures environ et entreprirent une longue randonnée le long du littoral.Après avoir déjeuné dans une auberge de campagne, elles achevèrent l\u2019après-midi en flânant le long de la côte dont l\u2019Océan déchaîné attaquait furieusement les falaises.A six heures, la comtesse fut prise d\u2019un inexplicable malaise.Elle dut louer une chambre dans un hôtel pour s\u2019octroyer quelques heures de repos.-\u2014Je suis navrée, Grace, de retarder si sottement l\u2019heure de notre départ.La jeune fille dissimula sa déception sous une réponse aimable et s\u2019en fut dîner seule.Deux heures plus tard, elle allait reprendre des nouvelles de sa compagne, espérant que celle-ci serait remise.La comtesse lui confia alors que son état n\u2019avait cessé d\u2019empirer et elle demanda comme une faveur d\u2019attendre le lendemain pour regagner Roverland.\u2014 Dictez au groom un télégramme à l\u2019adresse de votre père afin qu\u2019il ne soit pas inquiet en ne vous voyant pas rentrer.La jeune fille ne put moins faire que de satisfaire les désirs de Lætitia.La rage au cœur, elle rédigea une dépêche puis s\u2019enferma dans une chambre adjacmte à celle de l\u2019aventurière.\u2022 Le même soir, à huit heures trente, lord Cecil Havenmoore s\u2019abattait sur les dalles du hall de son château, foudroyé par une embolie.Ce fut un désordre indescriptible parmi la domesticité.Deux valets étendirent leur maître sur un divan tandis qu\u2019un autre s\u2019efforçait d\u2019entrer en communication téléphonique avec le docteur William Square de Roverland.On lui répondit que le médecin était en visite mais qu\u2019on allait faire l\u2019impossible pour le prévenir.Soudain, une automobile pénétra dans le parc et Jerry Osterwell en descendit.L\u2019intendant du château se précipita à ses devants.\u2014 Docteur Osterwell ! Quelle chance de vous trouver là !.Il vient d\u2019arriver un accident à lord Havenmoore.Le bandit affecta la plus vive agitation et suivit le serviteur.Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 Son examen fut rapide : il ouvrit le plastron de lord Havenmoore et colla son oreille contre la poitrine.\u2014 Rien à faire, prononça-t-il en se redressant : votre maître a cessé de vivre ! Un silence tragique suivit cette conclusion.Les domestiques se recueillirent, quelques-uns quittèrent la salle, incapables de maîtriser leur émotion.Osterwell se tourna vers l\u2019intendant.\u2014 Il faut prévenir le médecin de la localité : je suis sujet américain et ne suis pas qualifié pour établir une constatation légale de décès sur le territoire de la Grande-Bretagne.\u2014 C\u2019est fait, docteur! Je suppose que Mr.William Square ne tardera guère.Le médecin de Roverland arriva en effet une demi-heure plus tard.C\u2019était un homme d\u2019une soixantaine d\u2019années, à la physionomie douce mais aux gestes rudes et sans distinction.Au demeurant, un excellent médecin de campagne qui connaissait parfaitement les hôtes de Roverland et les soignait à la satisfaction de tous depuis des années.Jerry s\u2019avança vers lui dès qu\u2019il parut.\u2014 Docteur Osterwell, de Boston, murmura-t-il ! \u2014 Enchanté, cher collègue, répondit le vieillard sans s\u2019émouvoir.\u2014 Il est arrivé un effroyable malheur : mon ami, lord Cecil, vient de mourir subitement.\u2014 Ma domestique m\u2019a prévenu.C\u2019est vraiment étrange car cet homme possédait une santé de fer.A quoi attribuez-vous le décès ?\u2014 A une obstruction de l\u2019artère pulmonaire .embolie foudroyante comme vous pourrez le constater.\u2014 Voulez-vous nous laisser seuls?lança-t-il d\u2019un ton péremptoire.\u2014 Pourquoi éloignez-vous ces braves gens ?demanda Square lorsque le dernier serviteur eût disparu.\u2014 Parce que je désire vous causer confidentiellement avant l\u2019examen du corps.\u2014 Nous sommes seuls, je vous écoute.\u2014\tVous êtes le médecin de la famille : vous avez déjà eu l\u2019occasion de soigner lord Havenmoore en personne ?\u2014\tJe vous avouerai que non! Depuis quinze ans que je suis à Roverland, jamais le maître de céans n\u2019a fait une heure de maladie grave.Il n\u2019en fut pas de même pour son épouse qui succomba malgré mes soins il y a une dizaine d'années, non plus que pour sa fille qui, durant son jeune âge, dut être l\u2019objet d\u2019une surveillance attentive.\u2014\tEn fréquentant lord Havenmoore, en vous entretenant avec lui, n\u2019avez-vous jamais rien remarqué d\u2019anormal dans sa physionomie ?\u2014\tRien, sinon que cet homme avait un regard étrangement pénétrant et froid .mais pourquoi ces questions ?\u2014 Parce que, scanda Jerry, en examinant le corps, j\u2019ai fait une découverte troublante que vous auriez faite vous-même si vous aviez été le premier sur les lieux.J\u2019ai relevé un détail dont personne ici ne soupçonne 1 existence : ni sa fille, ni ses amis, ni même moi qui suis un familier.Lord Cecil Havenmoore était borgne.\u2014 Que dites-vous ?J\u2019affirme que l\u2019œil droit du châtelain est un oeil de verre extrêmement bien fait, impossible à différencier d\u2019un globe réel.Venez ! Il entraîna le vieillard abasourdi vers le cadavre et souleva la paupière gauche : l\u2019œil apparut à demi-révulsé, terne, vitreux.Par contre, la paupière droite laissa voir un globe d\u2019une pureté absolue, empreint d\u2019une vitalité factice surprenante.William Square se rendit alors compte de la justesse des affirmations d\u2019Os-terwell. Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 19 \u2014 C\u2019est inouï, murmura-t-il; j\u2019ai fréquenté lord Havenmoore pendant quinze ans sans jamais soupçonner cette infirmité.Cette prothèse est un véritable chef-d\u2019œuvre, elle donne une impression très nette de la vie.\u2014 Docteur William Square, tout le monde ici ignore ce détail, même la fille du défunt et ses vieux domestiques : ne croyez-vous pas qu\u2019il serait préférable de ne mettre personne au courant de ces constatations ?Laissons ensevelir lord Cecil sans divulguer ce secret ! Grace éprouvera un chagrin immense en apprenant la mort de son père, il serait cruel de jeter le trouble en elle en révélant cette infirmité que le châtelain cachait à tous .N\u2019êtes-vous pas de mon avis ?\u2014 Tout à fait, mon cher collègue ! Gardons ceci pour nous, considérons-le au même titre que le secret professionnel.\u2014 Je vous remercie sincèrement en qualité d\u2019ami de miss Havenmoore et vous laisse à vos constatations.Osterwell s\u2019éloigna courtoisement afin de ne pas assister à l\u2019examen du médecin.\u2014 Et voilà! songea-t-il avec satisfaction.Personne ne connaîtra le mystère de l\u2019œil de verre et rien ne me gênera dans l\u2019accomplissement de la dernière partie de mon plan.Dix minutes plus tard, Square le rappelait.\u2014 Il s\u2019agit bien d\u2019une embolie, lui dit-il.Aucune autre interprétation du décès n\u2019est possible : mon diagnostic est identique au vôtre : obstruction de l\u2019artère pulmonaire par un caillot.\u2014 Je vais appeler l\u2019intendant et un domestique comme témoins, afin que vous dressiez la constatation du décès et l\u2019autorisation d\u2019inhumer.Il faut à tout prix épargner ces tristes besognes à Grace.\u2014 Mais où se trouve-t-elle donc ?\u2014 Elle est partie ce matin pour le cap Land\u2019s End en compagnie de la comtesse Di Alcado.Je suppose qu\u2019elle va rentrer d\u2019un instant à l\u2019autre.A cet instant, le timbre avertisseur de l\u2019entrée vibra.Les deux hommes sortirent sur le perron et virent un té^ légraphiste traverser le parc pour se diriger vers eux.\u2014 Pour lord Havenmoore, dit-il en tendant un message.Osterwell le prit, le décacheta et lut le télégramme de Grace informant son père qu\u2019elle ne rentrerait que le lendemain.Les deux hommes décidèrent alors de lui répondre sur-le-champ en l\u2019informant du terrible malheur qui la frappait.Ils revinrent ensuite dans la sinistre chambre et s\u2019occupèrent à préparer la couche mortuaire du châtelain de Ro-verland.\u2014 J\u2019espère Mr.Square que vous aurez l\u2019amabilité de me tenir compagnie jusqu\u2019à l\u2019arrivée de Grace ?\u2014 Bien volontiers! Je n\u2019ai pas de malade à voir cette nuit.Il était trois heures du matin lorsqu\u2019une automobile stoppa devant 1 entrée.Grace affolée surgit de la voiture pour se précipiter dans la pièce ou brillait une faible lumière.Le docteur Square lui barra le passage.\u2014 Miss Havenmoore, ayez du courage, lui dit-il.Elle repoussa le praticien et marcha vers le corps.Elle avança droite, le visage exsangue ruisselant de larmes et s\u2019immobilisa devant le cadavre.\u2014 Mon père ! gémit-elle.Ses forces l\u2019abandonnant, elle tomba à genoux au pied du sinistre lit de repos.Dans la lugubre salle on n\u2019entendit plus que des sanglots déchirants mêlés à des phrases désespérées.La comtesse Di Alcado, demeurée à l\u2019écart, s\u2019approcha d\u2019elle pour l\u2019entraîner et mettre fin à cette scène pénible.Grace se laissa d\u2019abord emmener comme une inconsciente puis soudain, elle parut réaliser que Laetitia se trouvait à ses côtés.\u2014 Vous! lança-t-elle âprement.Lais-sez-moi ! Ne me touchez pas ! Son visage s\u2019était transformé, ses yeux lançaient des éclairs.Il y avait tant de haine dans ces quelques mots, que la comtesse pâlit et recula de quelques pas.\u2014 Docteur Square, continua la jeune fille en s\u2019adressant au médecin : vous qui connaissiez mon père, vous savez qu\u2019il ne pouvait pas mourir ainsi !.Ce n\u2019était pas possible !.On l\u2019a tué, docteur !.On l\u2019a assassiné ! \u2014 Je vous en prie, miss Havenmoore, maîtrisez vos nerfs.Lord Cecil jouissait d\u2019une excellente santé mais nul n\u2019est à l\u2019abri d\u2019une embolie.C\u2019est un accident qui peut nous arriver, à nous, à l\u2019instant même.Dailleurs, qu\u2019allez-vous imaginer : lord Havenmoore était la bonté même, il n\u2019avait aucun ennemi.\u2014 Si, interrompit farouchement la jeune fille : il en avait à son insu, mais je saurai les démasquer.Elle revint vers le mort pour s\u2019agenouiller près de lui.Elle ne pleurait plus mais fixait les traits du cadavre avec une expression lointaine et indifférente.Elle se redressa brusquement.\u2014 Ü faut prévenir Patrick ! lança-t-elle .Puis, sans ajouter un mot, elle s\u2019effondra sans connaissance.Le praticien et ses compagnons s\u2019empressèrent alors de la transporter dans sa chambre où ils lui prodiguèrent des soins énergiques.Quand elle revint à elle une heure plus tard, ce fut pour entrer dans une crise de délire entrecoupée de longues prostrations qui inquiéta fort le vieux médecin de campagne.\u2014 Je crains une fièvre cérébrale, confia-t-il à Osterwell.Je vous demanderai de vous occuper des formalités avec l\u2019intendant pendant que je reste au chevet de cette pauvre jeune fille.Le couple profita de cette diversion pour disparaître.\u2014 Nous l\u2019avons échappée belle! souffla Laetitia.Grace en sait long, il faut nous presser d\u2019agir sinon tout est perdu.Le lendemain, l\u2019état de la fille du défunt ne s\u2019était pas amélioré.Osterwell et la fausse comtesse, secondés par l\u2019intendant dressèrent les listes des amis du châtelain à prévenir des funérailles.Dans l\u2019une d\u2019elles, figurait le nom de Patrick Statford.Laetitia fit disparaître l\u2019enveloppe noire qui lui était destinée.\u2014 Il est inutile de convoquer ce détective, songea-t-elle : sa présence ne pourrait que créer de nouvelles complications.Lorsque Grace Havenmoore reprit contact avec la vie normale, tout danger était écarté.Le docteur Square lui apprit avec des précautions infinies que lord Cecil avait été inhumé le matin même.DEUXIEME PARTIE CHAPITRE I atrick Statford déjeunait à Londres dans un restaurant du Strand lors-qu\u2019en parcourant son journal, il tomba en arrêt devant l\u2019annonce des funérailles de lord Havenmoore.\u2014 Comment se fait-il que Grace ne m\u2019ait pas prévenu ?songea-t-il.La disparition du maître de Rover-land qu\u2019il avait laissé en parfaite san-tp quelques jours plus tôt, le surprenait au plus haut point.R devinait un drame où la pseudo-comtesse et son complice jouaient un rôle de premier plan.A trois heures de l\u2019après-midi, il se rendait à Scotland-Yard et obtenait un congé de deux semaines.A huit heures il se présentait devant l\u2019intendant du château de Roverland.Celui-ci lui apprit que les funérailles de lord Havenmoore avaient eu lieu le matin même et s\u2019offrit à le conduire auprès de Grace qui se remettait à peine du terrible coup qui l\u2019avait frappée.\u2014 Un instant, lui dit-il.voulez-vous me raconter en détail la mort de votre maître.Le serviteur lui fit un récit fidèle de tout ce qui s\u2019était passé.\u2014 Ainsi, conclut le jeune homme, la comtesse Di Alcaldo et sir Osterwell n'avaient pas approché le défunt depuis vingt-quatre heures lorsque l\u2019accident s\u2019est produit.Savez-vous si ces deux personnages ont pénétré dans l\u2019appartement du châtelain après la mort ?\u2014 Non! Ils sont constamment demeurés au rez-de-chaussée.\u2014 Le docteur Square a formellement conclu à une mort naturelle ?\u2014 Mais certainement, Monsieur !.A quoi songez-vous donc ?\u2014 Peu vous importe ! Je me rends auprès de miss Havenmoore .ne vous dérangez pas, j\u2019irai seul.Le détective frappa à la porte de l\u2019appartement de la jeune fille.\u2014 Entrez ! répondit une voix à peine perceptible.Grace était étendue sur un divan près de la fenêtre.Le jeune homme fut bouleversé en constatant la pâleur de son visage émacié et l\u2019immense douleur empreinte sur sa physionomie.\u2014 Patrick, s\u2019écria-t-elle en se levant ; ils l\u2019ont tué ! Le jeune homme laissa passer la crise de sanglots puis prit place à ses côtés.\u2014 Votre accusation est peut-être juste, commença-t-il.Quel fait vous permet de la porter ?¦\u2014 Aucun : c\u2019est une intuition.Le docteur Square conclut à une mort naturelle mais je suis certaine qu\u2019il se trompe.On a tué lord Cecil ; je ne reculerai devant rien pour le prouver ; je consentirais même à une autopsie s\u2019il le fallait.\u2022\u2014 Cette formalité est très délicate à accomplir, le permis d\u2019inhumer et l\u2019acte de décès ayant été dressés régulièrement : il faudrait un fait matériel indubitable pour permettre l\u2019exhumation.\u2014 Comment en découvrir un, gémit la jeune fille.\u2014 Je suis venu dans cette intention.Si Laetitia et son complice ont tué votre père c\u2019est pour s\u2019emparer du Storm-eye.Nous allons chercher le diamant dans tout le château : si nous ne le trouvons nulle part c\u2019est qu\u2019il aura déjà été volé.Une perquisition chez la comtesse risquera d\u2019être fructueuse et me permettra de découvrir les criminels .Pouvez-vous m\u2019accompagner dans les appartements de votre père afin d\u2019assister à mes investigations ?\u2014 Je vous suis.\u2014 Ne possédez-vous aucun indice sur la cachette du Stormeye ?\u2014 Aucun.Chaque fois que j\u2019ai questionné mon père à ce sujet, il m\u2019a répondu que le diamant était bien gardé et que personne ne pouvait s\u2019en emparer.Les appartements, les coffres, les cachettes secrètes de la maison furent l\u2019objet d\u2019un examen attentif.Statford sonda les murs et les cloisons, fouilla les vêtements, examina chaque objet.A l\u2019aube, il avait terminé ses recherches mais n\u2019avait rien trouvé.\u2022 A dix heures du matin, Patrick sonna à la porte du cottage de Laetitia.Ce fut Osterwell qui ouvrit.Ii\u2019épreuue du Temps Le Samedi La Revue Populaire Le Film sont les trois magazines auxquels tout foyer devrait s\u2019abonner, plus particulièrement à cette époque de l\u2019année où les sorties sont moins nombreuses, où la vie intérieure semble reprendre ses droits.Pour toute la famille, la lecture du SAMEDI, de LA REVUE POPULAIRE et du FILM constitue une saine distraction, une source inépuisable de renseignements de tous genres, un moyen de toujours être bien informé.Le moyen de s\u2019abonner est simple, pratique : on n\u2019a qu\u2019à remplir de coupon d\u2019abonnement ci-dessous.La somme est des plus modiques : $5 pour les trois publications.COUPON D'ABONNEMENT____________ LE SAMEDI LA REVUE POPULAIRE LE FILM Ci-inclus veuillez trouver la somme de $5.00 (Canada seulement) pour un a^onne^pnt aux TROIS magazines : LE SAMEDI, LA REVUE POPULAIRE et LE FILM.\u2014 Important : Veuillez indiquer d\u2019une croix O s\u2019il s\u2019agit d\u2019un renouvellement.Nom ___________________________ Adresse________________________ Ville ______________ Prov.__ POIRIER, BESSETTE & CIE, LTEE 975-985, rue de Bullion, Montréal 18 20 Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 DIX PRIX A GAGNER CHAQUE SEMAINE LES 10 GAGNANTS DU PROBLEME No 776\tSolution du Problème No 777 10 JEUX DE CARTES M.Bernard Jobinson, 61 \u2014 1ère Avenue, Lâimoilou, P.Q.; M.J.-C.Ouellet, 112, rue St-Georges, Lévis, P.Q.; Mme R.Arsenault, 162 \u2014 3e Avenue, Limoilou, P.Q.; Mlle Adrienne Cloutier, 5512, rue Bellingham, Montréal, P.Q.; Mme Lucien Gau-lier, 4362, rue Delanaudière, Montréal, P.Q.; Mme Eno Reneault, 5899, rue St-Denis, Montréal, P.Q.; Mlle Irène Caya, 15, rue Aberdeen, Sherbrooke, P.Q.; Mlle Aline Maltais, Grandes Bergeronnes, Co.Saguenay, P.Q.; Mme Laurent Raymond, Case Postale 92, Rivière du Loup, P.Q.; Mme Roland Goyette, 63 \u2014 4e Rue, Case Postale 103, Iberville, P.Q.LES MOTS CROISES DU \" SAMEDI \"* \u2014 Problème No 778 lü 11\t12\t13\t14\t15 'EDF T* ¦ i i L L ! :9g Nom Adresse Ville ou Village .Province Adressez : LES MOTS CROISES, Le Samedi, 975-985, rue de Bullion, Montréal, P.Q.HORIZONTALEMENT \\1.Monstre fabuleux.\u2014 Os situé derrière l\u2019oreille.2.\tBassin riche en minerai, près de Nancy.\u2014 Insoumis.3.\tPossessif.\u2014 Point cardinal.\u2014 Succomber.\u2014 A lui 4.\tEtat physiologique des animaux.\u2014 Remédier.\u2014 Juridiction.5.\tVille de la Turquie.\u2014 Principes.\u2014 Maintien habitueL 6.\tEnsemencée.\u2014 Article.\u2014 Saison.7.\tVaisseau de bois.\u2014 Garçon d\u2019écurie.8.\tDébarrassé des nœuds.\u2014 Nez court et plat.9.\tEpoque.\u2014 Long siège à dossier.10.\tMonceau.\u2014 Evénement fortuit \u2014 Sorte de peigne qui sert à partager le chanvre.11.\tJoindre.\u2014 Port de la Lituanie.\u2014 Destinée.12.\tPartie d\u2019une voile.\u2014 Frère aîné de Moïse.\u2014 Pronom personnel.13.\tNégation.\u2014 Rivière de l\u2019ancienne Italie.\u2014 Claie.\u2014 Lui.14.\tTroisième.\u2014 Le Fils de Dieu.15.\tFouler avec les pieds.\u2014 Ce qui rend une action digne d\u2019éloge.VERTICALEMENT 1.\tAngoisse.\u2014 Variété de chou-rave.2.\tComposée inulée, à fleurs jaunes.\u2014 Habitude bizarre.3.\tPréfixe1 d\u2019abstraction.\u2014 Sépulcre.\u2014 Situé.\u2014 Pronom.4.\tVolonté.\u2014 Fleuve de France.\u2014 Application.5.\tRivière de France.\u2014 Fleuve côtier de France.\u2014 Titre légal de l\u2019or.6.\tExempt de charges.\u2014 Du verbe avoir.\u2014 Satirique.7.\tPieu.\u2014 Fruit.8.\tCompartiments d\u2019un meuble.\u2014 Archipel de la Polynésie.9.\tIrritantes.\u2014 Monnaie japonaise.10.\tRaboteux.\u2014 On le trouve dans nos Laurentides.\u2014 Fils de Noé.11.\tDissiper.\u2014 Assemblage confus d\u2019objets.\u2014 Boue qui se dépose au fond des eaux.12.\tArt de lancer.\u2014 Amas de sable.\u2014 Indubitable.13.\tPréfixe.\u2014 Auteur de \u201cRobinson Crusoé\u201d.\u2014 Période des éclipses.\u2014 Tellement.14.\tFaçon.\u2014 Muraille.15.\tDétourné.\u2014 Légumineuse papi-lionacée.\u2014 Monsieur Statford ! Quel heureux hasard.\u2014 Ne faites pas d\u2019efforts pour bien m\u2019accueillir, trancha sèchement le détective.La comtesse est-elle visible ?\u2014 Mon Dieu ! A cette heure matinale .\u2014 Je vous demande si Laetitia Di Alcaldo est ici ?\u2014 Je .je ne peux vous renseigner exactement étant donné que j\u2019habite le rez-de-chaussée et elle le premier étage .\u2014 Et chaque soir vous vous rejoignez à l\u2019entresol, ricana Patrick : je connais cette façon de procéder.C\u2019est bien ! je monte seul.Tâchez de ne pas bouger d\u2019ici sinon il pourrait vous en coûter.Il escalada lestement les escaliers, suivit un couloir et se dirigea vers une porte derrière laquelle résonnaient des pas.Poussant le battant sans avertir, il se trouva dans la chambre à coucher de Laetitia.Devant une psyché, la comtesse enveloppée d\u2019un déshabillé de soie moulant son corps aux lignes impeccables, achevait sa toilette matinale.\u2014 En voilà une façon de pénétrer chez les gens ! s\u2019exclama-t-elle en reconnaissant l\u2019intrus.\u2014 Entre nous, railla Patrick, il est inutile de mettre des formes à nos visites : vous n\u2019étiez pas si farouche il y a cinq ans .\u2014 Assez ! Que voulez-vous ?Statford ne répondit pas, il alluma une cigarette et se carra confortablement dans un fauteuil.\u2014 Vous travaillez bien, Laetitia! Mes félicitations ! Je vous savais voleuse, espionne, trafiquante de stupéfiants, fille publique mais j\u2019ignorais encore qu\u2019à l\u2019occasion vous pouviez être criminelle ! \u2014 Mon cher, vous déraisonnez ! Je ne comprends pas un traitre mot à votre éloquent discours.\u2014 Je vous accuse d\u2019avoir tué lord Cecil Havenmoore.\u2014 Et pour quel motif ?ricana la jeune femme sans se départir de son calme.\u2014 Pour vous emparer du Stormeye.\u2014 J\u2019espère que vous possédez les preuves irréfutables de ce que vous avancez.\u2014 Je1 vais les posséder.Regardez plutôt par cette fenêtre.\u2014 C\u2019est inutile ! je sais ce qu\u2019il y a dans mon parc : des fleurs, des arbres, du gazon et une douzaine de policemen qui montent la garde aux issues : je les ai vus arriver tout à l\u2019heure.\u2014 Ces policemen vont entrer pour m\u2019aider à perquisitionner ici.Cette habitation sera fouillée de fond en comble.\u2014 Mon cher Patrick, les cinq années passées loin de moi n\u2019ont pas contribué à vous rendre' intelligent ! Ecou-tez-moi bien : je n\u2019ai pas tué Havenmoore, je n\u2019ai pas volé le diamant.Il vous reste encore une chance de ne pas paraître ridicule ; c\u2019est de faire faire demi-tour à vos troupes et de retourner consoler votre belle amie Grace Havenmoore.\u2014 La parole d\u2019une femme de votre trempe ne me suffit pas ; mes hommes vont entrer et accomplir leur besogne quoiqu\u2019il vous en déplaise.\u2014 Faites donc mais vous me payerez cher cette intrusion.\u2014 Je me moque de vos menaces.Vous pourrez me salir, ressusciter le passé, peu importe !\u2019 Un homme a été tué, il faut que j\u2019arrête les criminels.Il s\u2019approcha de la fenêtre et fit un signe : un policeman galonné le rejoignit au premier étage.\u2014 Sergent Scragg ! Visitez méthodiquement cette maison de la cave au grenier.Avez-vous amené la concierge du commissariat.\t* \u2014 Oui, inspecteur, comme vous me l\u2019aviez ordonné.\u2014 Dites-lui de monter fouiller bette dame .Surtout, n\u2019oubliez pas le docteur Osterwell non plus que les diffé-^ rentes cachettes qui peuvent se trouver dans le parc.Ne laissez pas un pouce carré de ce cottage inexploré, sondez les murs, les boiseries, les parquets : ouvrez les coussins, les fauteuils, décousez les doublures de vêtements : je compte sur vous pour retrouver le diamant de lord Havenmoore.\u2014 Mes hommes excellent dans ce genre de travail, inspecteur ! Le sergent disparu, Statford s\u2019éloigna quelques instants pour permettre à une vieille femme amenée par un policeman de fouiller Laetitia, puis, il revint surveiller cette dernière.\u2014 Décidément, mon cher Patrick, le désir d\u2019être agréable à Grace Havenmoore vous rend complètement stupide.L\u2019amour vous est néfaste, mon garçon, vous devriez y renoncer.Le jeune homme prit une revue quelconque sur un guéridon et se mit à la feuilleter négligemment.\u2014 Me croiriez-vous assez niaise, continua-t-elle pour demeurer ici, à votre merci si je possédais le Stormeye et si j\u2019avais tué le châtelain ?\u2014 Je vous serais reconnaissant de me laisser lire en paix ! L\u2019aventurière se leva, pourpre de fureur.Elle arracha la revue des mains de son compagnon et la piétina rageusement.\u2014 Vos façons m\u2019exaspèrent f explosa-t-elle.Vous jouez l\u2019homme intègre et vous n\u2019êtes qu\u2019un traître.Vous ne valez pas plus que moi.Je vous ai battu, berné, déjà une fois, je continuerai .Vous avez affaire avec forte partie : vous n\u2019êtes pas au bout de vos peines, monsieur le policier.\u2014 Continuez !.Votre conversation m\u2019intéresse prodigieusement.Elle se tut, son attitude se transforma du tout au tout et soudain elle se laissa tomber à genoux aux pieds du jeune homme.\u2014 Patrick, sanglota-t-elle, pardonnez-moi !.votre indifférence est la seule cause de mon emportement.Je souffre d\u2019être soupçonnée injustement par vous : je souffre de vous savoir épris de Grace Havenmoore .Vous êtes le seul homme que j\u2019ai aimé et je vous aime encore.Le vêtement de soie, largement échancré sur la gorge avait glissé le long du corps, découvrant ainsi l\u2019épaule merveilleuse de l\u2019aventurière.Un parfum capiteux s\u2019exhalait d\u2019elle : elle leva vers le jeune homme un visage pathétique ruisselant de larmes.Statford poussa un soupir d\u2019ennui et l\u2019écarta avec fermeté.\u2014\tNe perdez donc pas de temps à jouer la séductrice .Allez-vous asseoir et ne bougez plus.Elle se redressa, les yeux étincelants de fureur.\u2014\tGoujat ! lança-t-elle au comble de l\u2019indignation.\u2014\tDans votre bouche, ce mot prend une saveur particulière, railla le poli-tier.La comtesse, à bout d\u2019arguments, se renferma dans un mutisme haineux.A deux heures de l\u2019après-midi, le sergent Scragg vint rendre compte des résultats de la fouille.\u2014\tNous n\u2019avons rien négligé, décla-ra-t-il : nous avons découvert une valise à compartiment secret ne contenant que des objets sans importance mais nous avons retiré d\u2019un puits qui se trouve au fond du parc un trousseau de passe-partout et deux pistolets. Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 J\u2019ajoute que la visite du garage et de l\u2019automobile ne fut pas négligée.\u2014 Et le diamant ?\u2014 Aucune trace.Patrick dissimula son dépit sous un masque de froideur.\u2014 C\u2019est bien, Scragg ; rappelez vos hommes, nous n\u2019avons plus rien à faire ici.\u2014 J\u2019espère, Mr.Stafford que nous pourrons regagner Londres aujourd\u2019hui, Mr.Osterwell et moi.\u2014 Vous êtes libres, grommela le détective.\u2014 Je compte sur votre visite dès votre retour dans la capitale.Je reçois le mardi et le vendredi de trois à six, 174, Scorbury Road.Vous viendrez prendre le thé et me faire des excuses puisque vous semblez très pressé aujourd\u2019hui.Le jeune homme n\u2019entendit pas toute la phrase, il était déjà dehors et se dirigeait à grands pas vers Roverland et son hôtel.Lorsqu\u2019il se fut enfermé dans sa chambre, il se jeta tout habillé sur son lit et se prit à songer avec amertume aux tristes résultats de cette journée.\u2014 C\u2019est étrange, monologua-t-il, le diamant n\u2019est ni au château ni entre les mains de Laetitia .Qu\u2019a-t-il pu devenir ?Peu à peu, la fatigue s\u2019empara de lui, une douce torpeur l\u2019envahit : .il s\u2019abandonna au sommeil sans réagir.La nuit était complète lorsqu\u2019il s\u2019éveilla.Un coup d\u2019œil jeté sur le cadran de sa montre lumineuse lui apprit qu\u2019il était onze heures.\u2014 Neuf heures de sommeil ! voilà qui rattrape mon retard de la nuit précédente.Il se leva et sortit sur son balcon : la brise était tiède, aucun bruit ne s\u2019élevait de la ville endormie.Ce calme reposant le réconforta.S\u2019accoudant à la balustrade de pierre, il se prit à songer à la mystérieuse affaire qui l\u2019occupait.Soudain, il tressaillit : une pensée fulgurante venait de lui traverser l\u2019esprit.\u2014 Laetitia a très bien pu se débar-# rasser du Stormeye en l\u2019expédiant à Londres ou ailleurs sous forme de colis postal.Il est encore temps de vérifier ce détail : le service postal de Roverland possède une permanence de nuit ; c\u2019est une chance ! Un quart d\u2019heure plus tard, il entrait dans le central de Roverland.Après avoir fait connaître son identité, il demanda s\u2019il n\u2019y avait eu aucune expédition de colis faite durant la semaine par la comtesse Di Alcaldo ou le docteur Osterwell.Un employé se prêta complaisamment à ces recherches et entreprit de fouiller les liasses de récépissés des derniers jours.\u2014 Aucune expédition de colis, vint-il rendre compte au jeune homme, mais un télégramme adressé ce matin même à un certain Joe Bucket à Londres.\u2014 Bucket ! s\u2019exclama le policier .le vieux Joël ! Le receleur de Whitechapel !.Que] en est le texte ?\u2014 « Affaire manquée par suite décès, rentrerons bientôt ».C\u2019est tout.\u2014 Je vous remercie, prononça le détective déçu.Il sortit pour gagner la campagne environnant la petite ville.Patrick ' considérait la marche dans la fraîcheur nocturne comme un stimulant primordial des facultés mentales.\u2014 Lætitia serait-elle innocente?monologuait-il.Le télégramme laisse supposer que les deux coquins étaient bien là pour le Stormeye mais que la disparition du châtelain a bouleversé leurs plans.Dans ce cas, cette mort serait bien naturelle.Il s\u2019interrompit.Ses pas l\u2019avaient conduit près du cimetière de Roverland, à un demi-mille environ de la bourgade.Stafford examina un instant les longs murs blancs puis le rectangle noir formé par la grille d\u2019entrée près de la maisonnette du gardien.Soudain il tressaillit et se jeta vivement derrière un buisson croissant au bord de la route.CHAPITRE II CE même soir à huit heures, Jérôme Barclay, gardien du cimetière de Roverland achevait de nettoyer une des allées du champ de repos.Il rangea ses outils au pied d\u2019un if et se mit à circuler à travers l\u2019alignement des tombes, arrachant çà et là une mauvaise herbe, rectifiant la position d\u2019une couronne de perles ou d\u2019une palme ornant les sinistres tertres.Barclay était un homme de cinquante ans qui vivait seul dans une maison adjacente au large portail du cimetière.Il était presque neuf heures lorsqu\u2019il rentra chez lui.La nuit qui succédait au crépuscule obscurcissait tragiquement la campagne environnante et les allées bordées de monuments funéraires.Le gardien accoutumé de longue date à ce spectacle demeurait insensible à l\u2019emprise angoissante qui s\u2019en dégageait.Comme chaque jour après son travail, il se mit à préparer son repas du soir.Le crissement du gravier devant le seuil de sa porte attira soudain son attention.Intrigué, il sortit et vit deux silhouettes immobiles dans l\u2019obscurité.\u2014\tMr.Jérôme Barclay?interrogea l\u2019une.\u2014\tOui ! Que voulez-vous ?\u2014-Nous désirons être conduits près du tombeau de lord Cecil Havenmoore.\u2014 Je regrette .Ce n\u2019est pas l\u2019heure de rendre visite à un mort.retirez-vous ! \u2014 Veuillez nous conduire immédiatement sur la tombe eç question.Le ton était devenu menaçant.L\u2019individu fit un pas en avant et braqua un pistolet de fort calibre, muni d\u2019un dispositif silencieux, sur le gardien épouvanté.\u2014 Pas un mot ou je vous tue.Passez devant, nous suivons.Comprenant l\u2019inutilité de toute résistance, Barclay obtempéra et conduisit ces inquiétants visiteurs au tombeau de lord Havenmoore.Celui-ci se composait d\u2019une large dalle au pied d\u2019un monument en marbre finement sculpté.L\u2019inhumation du châtelain ne datant que du matin, la pierre tombale avait été seulement posée sur le caveau sans être cimentée.Jerry Osterwell, car c\u2019était lui, tira une lampe électrique de sa poche et tendit son browning à Lætitia qui continua de le tenir braqué sur le gardien.\u2014 Barclay, ordonna le bandit, aidez-moi à faire glisser cette dalle.A la VOUS BRODEZ, MADAME?De gais papillons et des fleurs tardives de l\u2019été ont inspiré à notre dessinatrice la création de cette charmante parure pour coiffeuse.Nous avons en plus un chemin de table assorti qtli n\u2019est pas illustré ci-contre.Les papillons se brodent en deux nuances de bleu et les fleurs en rose corail.Ce modèle peut aussi se broder en tout blanc.La parure pour coiffeuse se compose d\u2019un napperon de centre de 10 pouces par 18 et de deux napperons de bout de 8 pouces de diamètre.Le chemin de table assorti est -de 15 pouces par 36.Nous sommes en mesure de vous fournir ces modèles étampés sur coton blanc fini toile.Tableau des couleurs inclus.Mme L.DE BELLEFEUILLE, 61, Bord du Lac, Valois, P.Q.LISTE DES PRIX \u2014 Patron No 2035 Veuillez m\u2019envoyer les articles suivants : ?\t2035 \u2014 Parure pour coiffeuse, trois morceaux ?\tCoton à broder blanc ?ou de couleur ?\t2035A \u2014 Chemin de table ?\tCoton à broder blanc ?ou de couleur ?\t2035B \u2014 Patron des quatre morceaux, étampé sur papier ?\tPapier carbone, bleu ou jaune, pour tracer Prière à mes lectrices d\u2019inclure le prix du patron, plus la taxe de 4% ou 2%, selon le cas, sous jorme de bon postal, mandat d\u2019express ou argent sous pli recommandé.Nom .Adresse .Localité .Province .Le nouveau catalogue 1946 de Mme L.de Bellefeuille, contenant de nombreux patrons de broderie, tapis et pièces murales, vient de paraître.Vous vous le procurerez, au prix de 15 cents, en écrivant à Mme L.de Bellefeuille, 61, Bord du Lac, Valois, P.Q.Le Samedi \u2014 16 novembre 1946 35 cents 30 cents 65 cents 40 cents 25 cents 10 cents 21 moindre tentative de révolte vous recevrez une balle dans le crâne.Tenez-vous-le pour dit et obéissez.Au bout d\u2019une demi-heure d\u2019efforts le caveau se trouvait à demi ouvert.\u2014 L\u2019orifice est suffisant, conclut Jerry .descendez le premier.\u2014 Mais enfin, que voulez-vous donc faire au fond de ce tombeau ?\u2014 Descendez, vous dis-je ! Le gardien s\u2019exécuta en tremblant.Derrière lui, Osterwell s\u2019engagea sur les saillies en ciment ménagées le long des cloisons pour supporter les cercueils.Le caveau contenait déjà trois coffres mortuaires : celui de lord Havenmoore occupait la place la plus haute.Jerry tira deux tournevis de sa poche et en tendit un à son compagnon.\u2014\tNous allons dévisser le couvercle.Le ton n\u2019admettait pas de réplique : la sinistre besogne commença à la lueur de la torche électrique dont Lætitia, du bord supérieur de la fosse, dirigeait le faisceau sur les deux hommes.Le couvercle ne tarda pas à céder, découvrant le cadavre du châtelain de Roverland.Osterwell se pencha sur lui et appliqua sans répugnance ses deux mains sur la chair violacée du visage : il pressa de part et d\u2019autre de l\u2019orbite droit et Barclay horrifié vit jaillir un œil d\u2019une netteté absolue hors de la cavité.Le profanateur enveloppa le macabre objet dans un rectangle d\u2019étoffe qu\u2019il fit disparaître dans une poche de son habit.\u2014\tMaintenant, remontons ! Quand ils furent réunis à la surface du sol, Jerry prit le pistolet et la lampe des mains de Lætitia : d\u2019un geste brusque il projeta le faisceau de lumière sur la face blême du gardien.\u2014\tJérôme Barclay, vous en savez maintenant trop long pour rester en vie.Mon habitude est de supprimer les témoins gênants.Le vieillard tomba à genoux.\u2014\tGrâce ! implora-t-il.Je jure de ne rien dire .laissez-moi.Une détonation étouffée par le dispositif silencieux du pistolet l\u2019interrompit.Il poussa un râle d\u2019agonie et tomba face contre terre.\u2014\tNe perdons plus de temps, lança le criminel à sa complice.Nous avons le Stormeye, il s\u2019agit de disparaître avant que ce nouveau meurtre soit découvert.-\u2014 Cette découverte n\u2019aura lieu que dans la matinée de demain, nous aurons douze heures d\u2019avance.\u2014 En douze heures nous irons loin, ricana le bandit.Ils passèrent devant la maisonnette du gardien au moment où une pendule sonnait minuit.Sortant du sinistre champ de repos, ils gagnèrent leur automobile dissimulée sous le couvert d\u2019un groupe d\u2019arbustes.Trente secondes plus tard, la voiture lancée tel un bolide passait près d\u2019un buisson d\u2019aubépines bordant la route.Le détective Patrick Stafford surgit de cette cachette.\u2014 Mais c\u2019est l\u2019automobile de la comtesse ! s\u2019exclama-t-il.Que faisait-elle près du cimetière ?Il s\u2019élança vers l\u2019entrée de la cité des morts : une lumière brillait dans la loge du gardien mais il eut beau chercher, il ne trouva celui-ci nulle part.Il revint sur le seuil et prêta l\u2019oreille : un gémissement à peine perceptible s\u2019élevait dans le fond du cimetière.Surmontant son trouble, il se dirigea en courant dans la direction des plaintes.Devant le caveau ouvert des Havenmoore, il vit un homme qui se traînait sur le sol caillouteux.La veste bleu sombre à boutons de cuivre lui apprit aussitôt qu\u2019il s\u2019agissait du gardien.Il se pencha sur lui et vit qu\u2019il portait une profonde blessure à la tête.La 22 balle de revolver avait labouré le cuir chevelu et les chairs du cou, ne causant heureusement aucune lésion mortelle.\u2014 Rien de grave, mon vieux, prononça le policier en soulevant légèrement le blessé : dans un mois tu seras remis .Que s\u2019est-il passé ?\u2014 L\u2019œil, bégaya l\u2019autre.il a prit l\u2019œil de verre de lord Havenmoore.Le policier s\u2019approcha de la tombe et dirigea sur le fond le rayon de sa torche électrique.Une exclamation d\u2019horreur lui échappa en constatant la profanation de sépulture.Surmontant son dégoût, il descendit au fond du tombeau d\u2019où s\u2019exhalait une odeur fade et écœurante : le visage du cadavre apparut en pleine lumière.L\u2019attention du policier se fixa aussitôt sur l\u2019orbite droit dont les paupières écartées découvraient un orifice béant et noir.Statford remarqua que les chairs attaquées déjà par la putréfaction demeuraient lisses ; aucune lésion ne justifiait l\u2019arrachement du globe qu\u2019elles renfermaient.\u2014 Jérôme Barclay a prononcé «l\u2019œil de verre ».Alors ?Lord Havenmoore était borgne et personne ne le savait.Puisqu\u2019Osterwell n\u2019a pas reculé devant*la profanation de sépulture et le crime pour s\u2019en emparer, c\u2019est que cette prothèse possédait un prix exceptionnel pour lui.Evoquant la forme et les dimensions du Stormeye, il fut bientôt convaincu de la réalité.\u2014 C\u2019était donc là que lord Havenmoore dissimulait son fameux diamant ! Il remonta rapidement à la surface du sol puis, soulevant le gardien dans ses bras le transporta jusqu\u2019à sa maisonnette et l\u2019étendit sur le lit.Se dirigeant ensuite vers la cabine vitrée contenant l\u2019appareil téléphonique, il se mit en communication avec le bureau de police de Roverland.Dix minutes plus tard, une voiture contenant deux inspecteurs et trois policemen, arrivait sur les lieux suivie d\u2019un motocycliste.\u2014 Envoyez immédiatement un message à tous les postes de la région ordonnant d\u2019arrêter par n\u2019importe quel moyen une Bentley bleu-sombre, trente chevaux, numéro 37412.Un homme et une femme se trouvent à l\u2019intérieur : les mettre hors d\u2019état de nuire, fouiller leilrs vêtements et la voiture, s\u2019efforcer de découvrir un œil de verre de même forme et de même éclat qu\u2019un œil humain.Le motocycliste qui avait sténographié ces paroles partit aussitôt pour faire exécuter cet ordre.Statford prescrivit à deux policemen de s\u2019occuper de Jérôme Barclay puis gagna l\u2019automobile avec les deux autres.\u2014 Quel est ce tacot ?exposa-t-il devant la voiture de faible puissance et d\u2019ancienne fabrication.\u2014 Une Fairless, modèle 1930, répondit un inspecteur.\u2014 A quelle vitesse maximum arrivez-vous ?\u2014 Soixante milles à l\u2019heure.\u2014 Tout à fait insuffisant !.Con-duisez-moi au château de Roverland.Grace Havenmoore fut très surprise lorsqu\u2019au milieu de la nuit sa femme de chambre vint lui annoncer l\u2019arrivée de Patrick Statford.Elle se vêtit à la hâte et rejoignit le jeune homme dans le hall du rez-de-chaussée.\u2014 Grace, la comtesse et Osterwell viennent de s\u2019enfuir avec le Stormeye.Ils ont une demi-heure d\u2019avance : prêtez-moi la plus puissante de vos voitures et je les rejoins.\u2014 Je pars avec vous, annonça fermement la jeune fille.Allez au garage et prenez le cabriolet Scarbank.Le détective suivit cette indication sans hésiter.Deux minutes plus tard, il repassait devant le perron du châ- teau.Grace Havenmoore qui s\u2019était munie d\u2019un manteau de voyage sauta légèrement à ses côtés., \u2014 Suivez-nous si vous le pouvez avec votre Fairless, lança-t-il aux policiers qui l\u2019accompagnaient.\u2022 La puissante automobile de Laetitia Di Alcaldo filait à toute allure sur la route du littoral remontant vers le Nord.Osterwell la pilotait avec habileté et maîtrise mais, quoiqu\u2019il ne perdit pas une minute, il ne se pressait pas outre mesure tant sa confiance dans le succès de son entreprise était certaine.Soudain, à soixante milles environ de Roverland, ils aperçurent devant eux le cordon sombre d\u2019un barrage de police avec les casques d\u2019acier luisant sous le ciel étoilé.Osterwell laissa échapper un juron de rage.\u2014 Que signifie ceci !.Il n\u2019est pas possible que l\u2019alerte soit déjà donnée.\u2014 Espérons que ce barrage n\u2019est pas dressé à notre intention, répondit la comtesse d\u2019une voix mal assurée.\u2014 Je vais ralentir en arrivant près d\u2019eux, annonça le criminel.S\u2019ils manifestent l\u2019intention de nous arrêter, j\u2019embraye brutalement et nous leur faussons compagnie.Prenez votre browning et tenez-vous prête à m\u2019aider.Ils arrivaient sur le barrage.Une dizaine de policiers en uniforme s\u2019étaient massés sur la route, carabine au poing.Deux autres s\u2019avancèrent au devant de la voiture et firent signe au conducteur de stopper.Jerry ralentit.Les deux hommes sautèrent sur les marchepieds de part et d\u2019autre de l\u2019automobile.\u2014 Une Bentley bleue, 37412, lança l\u2019un d\u2019eux : c\u2019est bien cela !.Au nom de la loi.Il ne put achever sa phrase, Laetitia venait de lui faire sauter la cervelle d\u2019un coup de pistolet.Sans perdre une seconde elle tourna son arme contre l\u2019homme qui menaçait son complice et fit feu à bout portant.Simultanément, Osterwell embrayait en enfonçant l\u2019accélérateur à fond.L\u2019automobile se rua sur le groupe des policemen, renversant, écrasant des corps.Une salve de détonations salua cette fuite : les tôles de la carrosserie vibrèrent autour de Jerry et de Lætitia courbés en deux pour éviter les projectiles : le pare-brise vola en éclats, une balle frôla la tête de la jeune femme.Osterwell accélérait toujours ; bientôt, lancée comme un bolide, la voiture se trouva hors de danger.\u2014 Nous l\u2019avons échappée belle! conclut le bandit le visage inondé d\u2019une sueur froide.\u2014 Je ne comprends pas comment la police peut déjà se trouver au courant de l\u2019affaire Barclay.\u2014 Eh bien, ne cherchons pas à comprendre ! Prenons plutôt nos dispositions pour lui échapper.Il doit exister d\u2019autres barrages avant Blunter-field, préparez ce qu\u2019il faut pour passer au travers.\u2014 Nous risquons gros en adoptant une telle conduite.\u2014 L\u2019enjeu en vaut la peine.En ou- .tre, nous ne sommes qu\u2019à cinquante milles de Blunterfield et je préfère attraper une balle que de renoncer si près du but.Lætitia fit jouer un mécanisme permettant d\u2019enlever une entre-toise recouvrant les tôles d\u2019une paroi de la carrosserie.Elle tira de cette singulière cachette une mitraillette et des chargeurs emplis de cartouches.Armant le terrible engin, elle appuya le canon au bord inférieur du cadre du pare-brise détruit et attendit.\u2014\tCette fois, nous changeons de tactique, annonça Jerry : le prochain barrage doit être prévenu que nous tirons sans hésiter : nous serons donc accueillis par des coups de fusils dès notre apparition.\u2014\tJe ne donne pas cher de nos deux vies ! \u2014\tJ\u2019estime au contraire que nous avons des chances de nous en tirer.Il est très difficile de toucher une automobile lancée à pleine vitesse dans la nuit.Ce fut au pied d\u2019une descente en ligne droite que les deux coquins aperçurent le second barrage.Les hommes répartis de part et d\u2019autre de la route ouvrirent le feu dès que parut la voiture.Jerry se lança sur la déclivité à la vitesse effrayante de 110 milles à l\u2019heure.A cinq cent mètres des policiers, il alluma brusquement ses phares, éblouissant les tireurs.Lætitia pressa la détente de son arme, une salve de balles fit voler la poussière autour des inspecteurs.L\u2019automobile passa en trombe, essuyant à peine quelques coups de feu mal dirigés.La comtesse se retourna et aperçut deux ombres sillonnant la route enté-nébrée.\u2014 Ils ont lancé des motocyclistes à notre poursuite, conclut-elle.\u2014 Peu importe ! Nous les distancerons facilement.D\u2019ailleurs, nous ne sommes plus qu\u2019à quinze milles de notre objectif.Dix minutes plus tard, ils parvenaient en vue des hangars de l\u2019aérodrome civil de Blunterfield.Jerry tourna brusquement dans un chemin à peine carrossable mais bordé de haies vives.Il arrêta son véhicule à l\u2019abri d\u2019un buisson puis avec sa compagne, prit rapidement la direction des bâtiments administratifs du camp d\u2019aviation.\u2014 Le temps qu\u2019emploieront nos poursuivants à découvrir la voiture, nous permettra de prendre le large : nous approchons du but, Lætitia.\u2014 Jerry, secouez la poussière de vos vêtements et coiffez-vous convenablement, il ne faut pas susciter la défiance des fonctionnaires de Blunterfield par une tenue négligée.Ce furent deux personnages d\u2019apparence correcte et calme qui se présentèrent devant le directeur de l\u2019aérodrome civil.\u2014 Comtesse Di Alcaldo, annonça Lætitia avec hauteur ; je vous ai téléphoné cette après-midi de me faire préparer un appareil pour me conduire en Italie .Vous êtes-vous conformé à ces prescriptions ?\u2014 Comtesse, vous aviez fixé l\u2019heure du départ à trois heures quinze et il est trois heures vingt : l\u2019appareil et le pilote vous attendent depuis cinq minutes.\u2014 Très bien! Voici le chèque constituant la garantie et le prix de la course.\u2014 Mes remerciements, comtesse Di Alcaldo : veuillez vous rendre devant le hangar numéro 6, on vous y attend.Voulez-vous un homme d\u2019équipe pour transporter cette valise ?\u2014 Inutile, elle n\u2019est pas lourde.Ils trouvèrent facilement l\u2019appareil et le jeune pilote chargé de les emmener.\u2014 Pouvons-nous partir immédiatement ?demanda Lætitia avec flegme.\u2014 A l\u2019instant si vous le désirez.\u2014 Eh bien, en route ! Bientôt, l\u2019avion s\u2019enlevait gracieusement dans les airs, décrivait une large courbe au-dessus du terrain et s\u2019orientait vers le Sud-Est.A cet instant, les pinceaux lumineux d\u2019une quantité de phares d\u2019automobiles et de motocyclettes balayèrent le gazon du camp d\u2019aviation.Aux quatre coins du terrain des signaux d\u2019optique se mirent à fonctionner simultanément.Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 Le pilote suivit avec attention les jeux de lumière puis fit virer son appareil pour retourner à son point de départ.Osterwell, debout dans la cabine fer-mée contenant les trois personnages s\u2019approcha de lui.\u2014\tQue faites-vous ?\u2014\tJe retourne au camp, on me transmet Tordre d\u2019atterrir par signaux lumineux.\u2014 Continuez votre route sans vous préoccuper de ces avertissements.\u2014\tImpossible ! Le règlement est formel.\u2014 Lætitia, venez prendre les commandes, nous nous passerons de ce jeune imbécile.La jeune femme obéit tandis que son complice, tirant un browning de sa poche, brûlait la cervelle du pilote à bout portant.Entr\u2019ouvrant ensuite la porte de la cabine, il fit basculer le corps dans le vide.\u2014 Je crois que maintenant, nous n\u2019avons plus rien à craindre.Assise sur le siège du poste de pilotage, la jeune femme sourit à son sinistre compagnon puis orienta l\u2019appareil en direction de la haute mer.CHAPITRE III Patrick Statford et sa compagne, arrivés cinq minutes trop tard sur le terrain de Blunterfield, assistaient impuissants à la fuite de leurs adversaires.Le jeune homme prit une résolution énergique.\u2014 Avez-vous un appareil rapide et un pilote à mettre à ma disposition, demanda-t-il au directeur de l\u2019aérodrome ?\u2014 Je possède un biplan qui atteint trois cents milles à l\u2019heure et un excellent pilote du nom de Kenneth Brown.\u2014 Prévenez Mr.Brown que nous partirons à la poursuite de ces deux criminels sitôt son appareil en état.Il fallut irn quart d\u2019heure pour amener l\u2019avion sur Taire de départ.Statford boucla les courroies du parachute qu\u2019on lui avait fait endosser et se prépara à partir.\u2014 Grace, dit-il, avant d\u2019escalader la carlingue.Retournez sagement m\u2019attendre au château de Roverland : je vous rejoindrai là-bas.Il se tourna ensuite vers les policiers qui envahissaient le camp.\u2014 Alertez nos gardes-côtes par radio et transmettez le signalement des fugitifs à toutes les autorités maritimes d\u2019Europe.Le moteur vrombit : Patrick ajusta son casque de cuir et prit place sur le siège du passager derrière le poste de pilotage.Il adressa un dernier signe d\u2019adieu à Grace et s\u2019envola.Kenneth Brown pointa en direction du Sud-Est, direction suivie par les fuyards.L\u2019aube se leva puis le soleil surgit à l\u2019orient, illuminant l\u2019immense nappe liquide de l\u2019Atlantique que survolaient les deux hommes.Une heure après son départ, le pilote qui se tenait à grande altitude découvrit la minuscule silhouette d\u2019un avion à quelques milles de lui.Il se retourna pour le désigner d\u2019un geste à son compagnon.Ce dernier, tirant un bloc-note de sa poche lui fit passer un billet portant Tordre d\u2019aller survoler de près l\u2019appareil découvert.Brown rejoignit l\u2019avion et, par une manœuvre audacieuse, passa à quelques pieds seulement au-dessus de lui.Peu apres, Statford lui tendait un billet. Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 23 « Ce sont eux, écrivait-il, contentez-vous de les suivre jusqu\u2019au point où ils atterriront.» Brown prit alors de la hauteur et poursuivit son vol parallèlement à l\u2019axe de marche de ses adversaires.Il écrivit au détective ces quelques lignes rassurantes.« Ils ne peuvent nous échapper, leur appareil est beaucoup moins rapide que le nôtre.» L\u2019étrange course continua ainsi durant une demi-heure puis, Statford qui ne perdait pas cm des gestes des deux bandits en raison de sa position volu- | mineuse, s\u2019approcha des glaces de la cabine.Jerry Osterwell qui s\u2019était placé aux commandes, prit alors brusquement de la hauteur et fonça sur l\u2019appareil du détective.Kenneth se demandait quelle pouvait être la signification de cette manœuvre lorsqu\u2019une salve de coups de feu se mêla cm instant au vrombissement du moteur.Les balles déchiquetèrent les toiles des ailes et perforèrent la coque en tous sens.Statford se souvint que Laetitia avait déjà utilisé une mitraillette contre les policemen qui tentaient de lui barrer la route et comprit qu\u2019elle avait con-¦ servé ce précieux engin.Il regretta amèrement de ne posséder que son browning.« Ils attaquent, écrivit-il à son compagnon : tâchez de vous tenir hors de portée sans toutefois les perdre de vue.» Jerry Osterwell qui s\u2019était élevé, fonçait de nouveau sur sa proie.Une nouvelle rafale, plus nourrie que la première vint frapper les organes de l\u2019avion.Patrick Statford poussa cm juron de rage en se dressant sur son siège.Il venait de voir le corps de Kenneth Brown s\u2019affaisser lourdement contre une paroi de la cabine.Un flot pourpre coulait des narines et de la bouche : une balle l\u2019avait frappé en pleine face.Il fit cm geste pour indiquer à son compagnon qu\u2019il fallait sauter puis ses membres se crispèrent dans un dernier spasme.L\u2019aéroplane continuait de se maintenir en ligne droite.Celui d\u2019Osterwell, après avoir piqué, revenait à la charge, montant à la verticale sous son ennemi.Ce fut à cet instant que l\u2019appareil de Brown perdit sa stabilité pour plonger dans le vide et que Patrick Statford sauta par-dessus la carlingue.Jerry Osterwell, surpris, amorça une manœuvre audacieuse pour éviter le gigantesque oiseau désemparé.Il n\u2019y parvint qu\u2019à demi et, l\u2019une des ailes accrocha la coque, tordant la charpente puis vint sectionner les haubans du plan de droite.La violence du choc désempara l\u2019avion de Jerry qui s\u2019abattit en vrille vers la surface des flots.Les deux appareils passèrent à trente pieds de Patrick Statford dont le parachute s\u2019était ouvert quelques secondes après le saut.Suspendu entre le ciel et l\u2019eau, il vit deux immenses gerbes d\u2019écume marquer les points où les deux aéroplanes venaient d entrer en contact avec la surface de l\u2019océan.L\u2019atmosphère était calme et la mer unie comme un miroir.Loin dans le Sud on apercevait une ligne sombre dont Patrick pensa qu\u2019elle représentait la côte d\u2019Espagne.L\u2019appareil de Kenneth Brown s\u2019engloutit immédiatement tandis que celui des bandits heurtant la masse liquide en oblique, se brisait sur la surface.L\u2019avant coula avec le moteur mais la cabine des passagers à laquelle adhéraient encore des fragments d\u2019ailes, continua de flotter.En raison du calme de l\u2019air, Patrick manœuvra les câbles de son parachute de façon à amerrir non loin de l\u2019épave.Dès qu\u2019il eut pris contact avec l\u2019élément liquide, il se mit à nager vigoureusement vers les débris de l\u2019avion après s\u2019être débarrassé des liens qui le gênaient.Dans les restes de la cabine, gisaient deux corps affreusement déchiquetés.Au moment du choc, Osterwell avait eu le crâne perforé par une tige d\u2019acier jaillie de la carlingue et les membres rompus par le resserrement des tôles.Lætitia Di Alcaldo râlait encore, la poitrine broyée entre le plancher et les supports d\u2019un siège.Statford pénétra avec difficulté dans l\u2019étroit réduit et la dégagea avec d\u2019infinie^ précautions.Elle ouvrit des yeux déjà voilés par les ombres de la mort et parut reconnaître celui qui se penchait sur elle.\u2014 Un bon mouvement Lætitia : di-tes-moi, si vous le pouvez, où se trouve le Stormeye.La jeune femme réunit ses dernières forces pour tendre faiblement le bras vers le cadavre de son complice.\u2014 C\u2019est bien, murmura Patrick; j\u2019ai compris.Il trempa un lambeau d\u2019étoffe dans l\u2019eau fraîche de l\u2019Océan et l\u2019appliqua sur le front brûlant de la moribonde.Un sourire à peine perceptible détendit les traits de celle-ci : en même temps, le policier sentit la faible pression d\u2019une main sur son poignet et ce fut tout.Thérésa Précienti, dite comtesse Di Alcaldo, mourut les yeux fixés sur le visage de celui qu\u2019elle avait trahi, expiant ainsi par une fin horrible les forfaits et les crimes qu\u2019elle avait commis.Statford dut faire un effort pour se soustraire à l\u2019emprise de ces yeux étranges qui demeuraient rivés aux siens.S\u2019approchant de Jerry Osterwell, il fouilla les poches des vêtements : comme il le présageait, il découvrit l\u2019œil de verre de' lord Cecil Haven-moore.Après l\u2019avoir examiné attentivement, il s\u2019aperçut qu\u2019il se composait de deux hémisphères dont les bords s\u2019emboîtaient exactement l\u2019un dans l\u2019autre.Il eut tôt fait de les séparer et de découvrir à l\u2019intérieur le fameux diamant qui par sa forme et ses dimensions occupait la totalité de l\u2019évidement.Telle était la cachette du Stormeye que le châtelain de Roverland considérait à juste titre comme inviolable.Patrick enfouit le précieux objet dans la poche de sa vareuse puis fit disparaître les cadavres du sinistre couple.Lorsque les flots de l\u2019Atlantique se furent refermés sur eux, il se prit alors à envisager le tragique de sa situation.Pour l\u2019heure, tout danger semblait écarté car l\u2019épave, allégée par l\u2019immersion des deux corps flottait avec une légèreté suffisante pour soutenir le jeune homme tant que l\u2019Océan demeurerait calme.\u2014 Les côtes de l\u2019Espagne sont éloignées d\u2019au moins quarante milles, songea-t-il ; il ne faut donc pas penser à les rejoindre à la nage .Je n\u2019ai qu\u2019à demeurer là et attendre .Le soleil déclinait sur l\u2019horizon lorsqu\u2019un ronronnement régulier vint tirer le jeune homme de la prostration où la fatigue et les privations l\u2019avaient plongé.Un point noir, surgit dans le ciel, tourna un instant à des centaines de mètres au-dessus de Patrick qui agitait désespérément un lambeau de toile pour signaler sa présence puis, s\u2019abaissa graduellement vers lui.Statford vit une silhouette, penchée sur la carlingue, répondre à son signal : l\u2019appareil prit ensuite de la hauteur et disparut dans la direction des côtes d\u2019Espagne.Une heure s\u2019écoula.Le crépuscule assombrit l\u2019éclat métallique de l\u2019Océan.Le policier voyait avec angoisse une houle naissante secouer tragiquement le frêle esquif qui le supportait.Soudain, l\u2019avion reparut et vint tournoyer au-dessus de sa tête.Peu après, un canot-automobile surgissait à l\u2019horizon, se dirigeant en droite ligne sur le naufragé dont la position devenait de plus en plus critique.Lorsque Patrick sauta à bord, il était temps ; les toiles imbibées d\u2019eau, submergées par la houle, entraînaient peu à peu les restes de l\u2019appareil sous les flots.Le jeune homme tendit cordialement la main au personnage assis aux commandes du canot.\u2014 Vous me sauvez la vie, vous et l\u2019aviateur qui tourne là-haut.Je ne saurai jamais vous manifester assez ma reconnaissance.L\u2019homme répondit en riant dans un langage inconnu du détective.\u2014 Excusez-moi, riposta gaîment l\u2019Anglais, je ne comprends pas un traître mot d\u2019espagnol.L\u2019embarcation vira pour reprendre la direction de la côte.L\u2019aéroplane s\u2019engagea aussitôt dans le même sens.Le détective le vit atterrir sur une plage de sable bordant le rivage d\u2019une vaste crique.Une silhouette vêtue d\u2019une combinaison de vol escalada lestement le fuselage pour accourir au-devant des occupants du canot qui prenaient pied sur la terre ferme.\u2014 Grace ! s\u2019exclama le jeune homme au comble de la stupéfaction.Comment êtes-vous venue là ?\u2014 Par la voie des airs !.Après votre départ, je suis restée constamment au poste de la radio de Blunterfield.Le signalement des deux avions avait été transmis à toutes les stations côtières de l\u2019Europe.Toute la journée je suis demeurée à l\u2019écoute, espérant vainement le message qui m\u2019aurait signalé votre passage.Un seul renseignement me parvint : un homme de la garde côtière espagnole, déclarait avoir A NOS LECTEURS ET LECTRICES Pour pouvoir donner ou plus vite à nos lecteurs un plus grand nombre de photos et de textes dans chacun des numéros du SAMEDI, nous avons augmenté depuis quelques semaines le nombre de ses pages, en alternant le papier de luxe et le papier-journal.Dès que le papier-magazine se fera moins rare, tout LE SAMEDI sera imprimé, comme avant la guerre, sur papier glacé.Nous espérons que nos amis lecteurs et lectrices se réjouiront de cette bonne nouvelle.Malgré cette augmentation, LE SAMEDI reste toujours à 10 sous alors que plusieurs autres publications majorent leur prix.vu tomber deux avions à cinquante milles au large de Bilbao : quelques vagues recherches entreprises dans cette direction n\u2019avaient donné aucun résultat.« Je résolus alors de louer un appareil pour partir moi-même à votre recherche .Je vous ai découvert après quatre heures de vol ininterrompues ; je suis venue là où j\u2019ai trouvé cet homme possesseur d\u2019un canot-automobile.Je lui ai fait comprendre par gestes qu\u2019il devait suivre en mer la direction indiquée par mon avion .C\u2019est ainsi que je l\u2019ai conduit jusqu\u2019à vous.\u2014 Grace, murmura le jeune homme ému, je vous dois la vie.en retour, je n\u2019ai qu\u2019une faible compensation à vous offrir : le Stormeye.\u2014 Vous êtes parvenu à le reprendre ?\u2014 J\u2019ai rempli ma mission : je rapporte le diamant.En outre, je ne risque plus d\u2019être trahi par Lætitia Di Alcaldo car elle repose au fond de l\u2019Océan avec son complice Osterwell.Un silence pénible ponctua cette déclaration.Patrick le rompit le premier, chassant ces tristes souvenirs de son esprit.\u2014 Qu\u2019allons-nous faire, maintenant ?\u2014 Reprendre le chemin de Roverland sur mon appareil.Nous y parviendrons dans quelques heures.\u2014 Excellente idée! Je ne suis heureux qu\u2019en Angleterre et.à vos côtés.\u2014 Dans ce cas, j\u2019espère que vous demeurerez le plus de temps possible auprès de moi.\u2014 Il ne tient qu\u2019à vous de fixer cette durée.La jeune fille sourit à son compagnon.Après avoir remercié chaleureusement l\u2019Espagnol qui avait participé au sauvetage, ils gagnèrent, côte à côte, l\u2019avion qui avait amené Grace Haven-moore.Peu après, le gigantesque oiseau emportait vers les cieux brumeux de l\u2019Angleterre, le couple de jeunes gens qu\u2019un tragique destin avait failli séparer.L.-R.Pelloussat LE MOT DE LA FIN La grève de la Westinghouse Electric Company s\u2019est terminée le 9 mai, après avoir duré 115 jours.C\u2019est la grève la plus longue et la plus coûteuse depuis la fin de la guerre.Les 65,000 employés de la compagnie, travaillant dans les succursales de onze états, ont perdu en salaires $55,000,000 et la compagnie calcule avoir perdu pendant ce laps de temps des ventes au montant de $100,000,000.\u2022 Le prince Gustave-Adolphe, petit-fils du roi Gustave V de Suède, et la princesse Sybille ont annoncé la naissance d\u2019un fils.Une salve de quatre-vingt-quatre coups tirés par les canons de la marine ont salué la venue au monde du premier héritier direct de la couronne depuis quarante ans.Le prince Gustave-Adolphe était déjà père de quatre filles.Le major Hans Hornbustel, âgé de 65 ans et survivant de la marche de Bataam, annonce qu\u2019il va se soumettre à la loi qui le sépare de la femme qu\u2019il épousa il y a 32 ans.Les autorités ont décrété que, malgré sa volonté, il doit vivre en dehors de la colonie de lépreux où Mrs.Hornbustel est confinée.Il l\u2019a toutefois accompagnée et a élu domicile aux environs, soit à Carville, ce que lui permet de voir sa femme douze heures par jour. 24 Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 NOTRE FEUILLETON VENGEANCE MATERNELLE Par JULES MARY Non, Martial, je vous aime comme par le passé.Rien en moi n\u2019a changé de ce que je ressentais pour vous.\u2014 Alors, en me parlant, pourquoi fuyez-vous mon regard ?Pourquoi pâlissez-vous et rougissez-vous tour à tour ?.Est-ce que vous croyez qu\u2019il est possible de me cacher votre trouble ?.Tenez, Jeannine, voici des larmes qui vous montent aux yeux, et que vous faites tous vos efforts pour refouler .Pourquoi pleurez-vous ?\u2014 Je ne sais, dit-elle, je suis nerveuse .Ne faites pas attention, Martial, c\u2019est de l\u2019enfantillage.Il la considérait, préoccupé, attristé.Que croire ?.Que penser ?.Il ne savait.Il continua, voulant à tout prix savoir le motif de ses larmes et de sa pâleur : \u2014 Est-ce l\u2019approche de notre mariage qui vous rend peureuse ?.Ne savez-vous plus combien je vous aime et craignez-vous que je ne vous donne pas assez de bonheur ?.Il la pressait ainsi, et elle regardait autour d\u2019elle comme pour se sauver .Et tout à coup lui vint de nouveau la pensée du suicide.Ah ! si elle avait pu mourir tout de suite, échapper ainsi aux hontes d\u2019un aveu pareil, car il lui faudrait bien avouer, un jour ! Comme elle ne répondait pas, la figure de Martial, de douce et tendre qu\u2019elle était, devint sérieuse ; ce fut avec une sorte de gravité, presque de sévérité qu\u2019il dit : \u2014 Jeannine, voulez-vous fixer vous-même l\u2019époque de notre mariage ?\u2014 Non, dit-elle.\u2014 Pourquoi ?dit Navarre, aussi pâle que l\u2019enfant, et dont le cœur battait avec violence.\u2014 Je ne peux pas .je ne peux pas.\u2014 Pour la dernière fois, Jeannine, parlez ! Mais elle n\u2019eut pas la force de prononcer un mot et ce fut en secouant la tête qu\u2019elle répondit à deux reprises : \u2014 Non !.non ! Elle était prête à défaillir.et s\u2019abandonnait déjà.Lui, continuait, réunissant tout son courage : \u2014 Que faut-il croire ?\u2014 Ce qu\u2019il vous plaira, Martial ! \u2014 Vous ne m\u2019aimez plus?.Vous vous êtes aperçue que vous n\u2019aviez jamais eu d\u2019amour pour moi ?.Vous en aimez un autre ?Elle, demi-morte : \u2014 Oui ! Et elle roula, évanouie.Martial appela Laurence, qui la fit revenir à elle.Elle se souvint tout de suite de son dernier mot, de ce qui l\u2019avait amené.Une pensée rapide lui venait : « Oui, se disait-elle, si je lui afirme que j\u2019en aime un autre, il ne m\u2019inter- NOTRE FEUILLETON \u2014 No 3 Publié en vertu d'un traité ovec la Société dec Gens de Lettres.\u2014 Les noms de person-noqes et de lieu» de nos romans, feuilletons, contes et nouvelles sont fictifs et choisis au hasard.rogera plus.Il sera malheureux, c\u2019est vrai, mais je ne serai pas pour lui un objet d\u2019horreur.» Martial, abîmé, restait auprès de la jeune fille.Quand elle fut remise complètement et que Laurence fut partie, il dit à Jeannine : Est-ce vrai ?Il y avait tant de tristesse dans sa voix, qu\u2019elle sentit tout son courage se fondre.Pourtant il fallait mentir, mentir toujours, pour l\u2019empêcher d\u2019avoir des soupçons.\u2014 Oui, c\u2019est \u2018 la vérité ! Il eut une explosion de colère.Elle ne l\u2019avait jamais vu ainsi, et elle eut peur.\u2014 Qui aimez-vous ?Je veux savoir son nom .Répondez ! \u2014 Non, je ne vous le dirai pas.\u2014 Je le veux ! \u2014 Non.\u2014 Ah ! je l\u2019apprendrai malgré vous .et je le tuerai.car il faudra bien que je le connaisse ! Il n\u2019acheva pas.et tout à coup, calmé : \u2014 Mais vous avez dû vous confier à votre père : une fille de votre rang et de votre caractère n'a pas d\u2019amours secrètes .Quand elle aime, elle aime au grand jour .Pourquoi Vilmorin ne m\u2019a-t-il rien dit de votre résolution ?.et pourquoi faut-il que ce soit de votre bouche que j\u2019apprenne cette nouvelle ?Et, soupçonneux, il essayait de lire dans les yeux de Jeannine, se rapprochait d\u2019elle, voulait lui prendre de nouveau les mains .Mais elle se reculait .\u2014 Mon père ne sait rien encore.\u2014 Eh bien, je vais tout lui révéler.\u2014 Martial, de grâce, pas un mot !.Vous le tuerez !.Ne savez-vous combien il est faible et que la moindre émotion serait mortelle.Elle se débattait, impuissante, en cette atroce situation, harcelée par ses terreurs.Et, Navarre, froidement : \u2014 Vilmorin veut, avant tout, que vous soyez heureuse et serait désespéré de vous voir la femme d\u2019un homme que vous n\u2019aimez pas .Puisque vous n\u2019avez pas le courage de tout lui avouer, moi je ne lui cacherai rien \u2014 Martial, par pitié !.Elle tomba à genoux les moins jointes, se traînant vers lui, les bras tendus pour l\u2019empêcher de partir.\u2014 Non, non, dit-il presque durement, vous me cachez un secret que je veux connaître .j\u2019en ai le droit.\u2014 Martial ! Martial ! vous allez me faire mourir de honte ! Mais il ne l\u2019entendait plus.Il était parti.Il trouva Vilmorin chez lui.Aux premiers mots du jeune homme, le peintre se leva, murmura : \u2014 Mon Dieu ! que s\u2019est-il passé ?Qu\u2019y a-t-il ?Qu\u2019est-ce donc qu\u2019elle nous cache ?.\u2014 Un autre amour, sans doute, qu\u2019elle n\u2019osait avouer ?.Tout le prouve, son épouvante lorsque je l\u2019ai menacée de vous en parler et l\u2019appro- che de notre mariage, qui ne peut plus être reculé cette fois.\u2014 Tu te trompes, Martial, dit l\u2019infirme, Jeannine a un cœur chaste, droit.elle est incapable d\u2019une fourberie .Si elle aimait un autre que toi, je suis sûr que son amour serait, quand même, digne d'elle.Qui» l\u2019empêcherait de me l\u2019avouer ?.Elle t\u2019aime toujours.Mais il y a autre chose .depuis longtemps je le devine ; c\u2019est ailleurs qu\u2019il faut chercher .\u2014 Quoi donc ?Que soupçonnez-vous ?\u2014 Rien, dit le vieillard d\u2019une voix altérée.Vilmorin reprit : \u2014 Je parlerai à Jeannine, tout à l'heure.J\u2019irai, je te le promets, jusque dans le fond de son âme, et demain je te dirai la cause du changement que tu as remarqué chez elle .Ah ! si je pouvais la voir.ne rien perdre de ses traits .ne pas quitter son regard.comme je devinerais vite sa pensée intime !.Ne crains rien pourtant, ce qu\u2019elle dira sera la vérité, Jeannine n\u2019a jamais menti.Martial se retira, un peu consolé.Le soir, après dîner, lorsque, les domestiques partis, Vilmorin et sa fille passèrent au salon, le vieillard s\u2019assit dans son fauteuil et appela Jeannine.\u2014 Viens auprès de moi, dit-il, j\u2019ai à te parler.Elle s\u2019attendait depuis des heures à cet entretien ; eh bien ! malgré cela, un tremblement nerveux, la prenant de la tête aux pieds, l\u2019empêcha d\u2019obéir et la cloua où elle était, hébétée.\u2014 Où es-tu donc, Jeannine?Je croyais que tu m\u2019avais suivi au salon ?Elle s\u2019approcha, et, si bas, que ce fut à peine s\u2019il entendit : \u2014 Me voici, mon père, je vous écoute.Il l\u2019attira dans ses bras, la força de s\u2019asseoir sur un de ses genoux, comme lorsqu\u2019elle était toute petite, et, doucement, avec un reproche qu\u2019atténuait la tendresse de ses paroles : \u2014 Pourquoi, mademoiselle, avez-vous désespéré votre ami Martial ?.Quel est le motif inexplicable de votre conduite ?.Ne songez-vous point au mal que vous me faites ?.Elle ne put résister à l\u2019émotion qui l\u2019envahissait, et tout de suite éclata en sanglots .Des cris sortaient, rauques, de sa poitrine, et des conduisions la secouaient.\u2014 Ah ! put-elle dire enfin, je vous en prie, ne m\u2019interrogez pas ! Cette explosion de douleur fut si violente, éclata si soudainement, que Vilmorin en fut frappé.\u2014 Jeannine, dit-il, je ne puis croire que j\u2019aie quelque chose à te pardonner .pourtant, quel que soit ce que tu vas m\u2019apprendre, souviens-toi que je suis ton père .et que jamais, dans ta vie, fût-ce chez ton mari, fût-ce chez tes enfants, tu ne trouveras d\u2019affection plus profonde, plu^large, plus indulgente que la mienne .Et, après un nouveau silence, gravement : \u2014 Parle! Je ne t\u2019interromprai pas.Ce qu\u2019il avait dit avait frappé en plein la jeune fille dans sa fierté.Elle releva la tête.Que croyait-il donc ?.Qu\u2019elle avait failli, en un moment de faiblesse ! Elle eut un grand cri de colère : \u2014 Mon père, mon père, dit-elle, se mettant à genoux, saisissant les deux mains du vieillard et les joignant sur sa tête comme -si elle eût voulu qu\u2019il la bénît, mon père, mon père, ce n\u2019est pas de votre pardon que j\u2019ai besoin, c\u2019est votre pitié seulement qu\u2019il me faut.Pensez-vous donc que j\u2019ai commis une faute, et croyez-vous que je ne suis plus digne d\u2019etre votre fille ?Il ne répondit pas, attendant toujours.Elle reprit avec une sorte de découragement : \u2014 Allons, j\u2019avais espéré qu\u2019à vous, comme à Martial, je pourrais tout cacher .je m\u2019étais trompée, je le vois maintenant.Que votre volonté soit faite !.Elle se releva, les deux mains pressant son cœur dont les battements la faisaient souffrir.\u2014 Je ne puis plus être la femme de Martial ! \u2014 Pourquoi ?\u2014 Parce que vous-même vous allez me le défendre.Martial croirait épouser une jeune fille pure, dont le passé fût restée candide, dont le cœur n\u2019eût été pénétré d\u2019aucune pensée mauvaise .Eh bien ! je ne suis plus cette femme-là .\u2014 Que dis-tu, malheureuse ?\u2014 Ne m\u2019accablez pas.écoutez-moi!.Ne vous ai-je pas dit que je ne méritais que votre pitié ?.\u2014 Parle ! parle ! \u2014 Si vous voulez offrir à Martial une jeune fille contaminée, souillée, dites-moi toujours d\u2019être sa femme ! \u2014 Séduite !.Tu t\u2019es donnée, misérable !.\u2014 Non.J\u2019aime Martial, et je vous le jure, mon père, jamais la pensée d\u2019aucun autre amour n\u2019est venue en moi .jamais le moindre encouragement n\u2019a conseillé les entreprises d\u2019un homme .jamais la moindre coquetterie n\u2019a pu inspirer de doutes sur moi.\u2014 Alors .Achève !.A quelle séduction as-tu obéi ?.Quelle est cette infamie que tu n\u2019oses avouer ?\u2014 L\u2019infamie n\u2019est pas de moi.Et la nuit où elle s\u2019est commise, le cri que vous avez entendu a failli vous avertir.\u2014 Un crime ?.Un attentat ?.\u2014 Oui, oui, oui !.\u2014Ah ! malheur ! toi, ma fille, Jeannine^ mon ange, toi.mon enfant .et j étais là .et j\u2019ai entendu .oui, je ne dormais pas .je me rappelle .des pas sourds.le craquement des planches de l\u2019escalier.auparavant des bruits de pas dans le jardin .je voulais appeler .mais plus rien j ai cru que je me trompais.Toi, Jeannine, toi, ma pauvre âme .Où sont tes mains .Viens près de moi.viens plus près encore .Où est ton visage .ton front.que je t\u2019embrasse .et tes yeux, tes beaux yeux Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 25 que je n\u2019ai pas vus depuis si longtemps .Toi, Jeannine .Et moi, j\u2019étais là.Ah ! c\u2019est trop, vraiment, c\u2019est trop !.Tout à coup un cri strident : \u2014 Mais l\u2019homme !.l\u2019homme !.Tu l\u2019as vu, n\u2019est-ce pas ?.tu l\u2019as reconnu ?.Ah ! la haine a du bon, quelquefois .Son nom ?\u2014 Je l\u2019ignore .\u2014 Son nom, te dis-je !.Tu ne me comprends donc pas ?.Cet homme a trop vécu depuis ce jour-là, il faut qu\u2019il meure .Et moi, qui suis aveugle, je ne puis me battre avec lui, mais je saurai le rejoindre quand même .et ma main, pour le plonger un couteau dans le cœur, retrouvera un peu de forces .oui, je l\u2019assassinerai .et je serai traîné devant les tribunaux, soit ! mais, ne crains rien .je dirai aux juges: «J\u2019avais une fille, une enfant, un ange, à laquelle le mal était inconnu ; un homme est venu qui, de cette innocente, a fait un jouet qui, de force, sur ce front candide, a mis l'ignominie d\u2019une scène hideuse ; dans cette âme ouverte à toutes les bontés, des souvenirs honteux et une tristesse étemelle .Cet homme avait commis un crime plus horrible qu\u2019un assassinat.Je l\u2019ai tué.Jugez-moi !.» Voilà ce que je dirai aux juges, et ils m\u2019acquitteront.Dis-moi son nom, Jeannine, son nom ! Et Jeannine, avec un cri déchirant : \u2014 Je l\u2019ignore, vous dis-je !.f.Ah ! si je l\u2019avais su, je me serais vengée depuis longtemps ! \u2014 Tu l\u2019ignores, fit-il, comme s\u2019il eût cherché à comprendre .comme si ses idées s\u2019égaraient et qu\u2019il devint fou.Mais l\u2019as-tu vu ?.\u2014 Non! \u2014 Tu ne connais pas son nom ?.tu ne l\u2019as même pas vu ?.c\u2019est bien ce que tu viens de me dire, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Hélas! \u2014 Voyons, je ne comprends plus, moi, je ne saisis plus bien le sens de tes paroles .Réponds .il me faut son nom.tu ne peux pas hésiter .ou alors tu seras complice de son crime.\u2014 Je ne l\u2019ai pas vu.L\u2019aveugle resta silencieux.De* choses confuses tourbillonnaient en sa tête .la fièvre le prenait.oui, c\u2019était bien la folie .\u2014 Alors, tu étais endormie ?\u2014- D\u2019un sommeil de plomb ! \u2014 On t\u2019a fait boire un narcotique .chez toi, sans doute.Laurence, peut-être .je n\u2019ai jamais eu confiance en cette fille.\u2014 Chez moi, je n\u2019ai rien bu .\u2014 Chez Mme de Villemereux ?.qu\u2019as-tu pris ?\u2014 Deux glaces.\u2014 Avec qui étais-tu ?\u2014 Avec Mme de Villemereux elle-même .J\u2019ai bu encore un verre d\u2019eau sucrée, avec de l\u2019éther, au moment où Laurence m\u2019a piquée violemment .\u2014 Et tu n\u2019as rien ressenti ?\u2014 Un peu de malaise.\u2014 Ah !.Et qui t\u2019a donné ce verre d\u2019eau ?\u2014 Laurence.\u2014 Encore cette fille.Et c\u2019est elle sans doute qui l\u2019a prépare ?\u2014 Je ne le pense pas .Laurence ne m\u2019a pas quittée.\u2014 De qui l\u2019a-t-elle reçu ?\u2014 De Mme de Villemereux, elle me l\u2019a dit.\u2014 Alors, ce n\u2019est pas là qu\u2019il faut chercher.A ces glaces que tu as prises, tu n\u2019as pas remarqué de goût particulier?.acide?.écœurant?\u2014 Je venais de danser.j\u2019avais très soif.je n\u2019ai pas fait attention.\u2014 Impossible de savoir.Tu n\u2019as aucun soupçon ?\u2014 Aucun.\u2014\tComme tu réponds avec calme ! N\u2019aurais-tu pas le désir de te venger ?\u2014\tAh ! dit-elle avec un accent farouche, je serais morte de honte si je n\u2019avais l\u2019espérance de rendre le mal pour le mal ! \u2014 C\u2019est bien.A nous deux nous trouverons.Il n\u2019avait pas quitté les mains de Jeannine, les serrait dans les siennes, que l\u2019émotion d\u2019un si épouvantable aveu rendait tremblantes.\u2014 Viens dans mes bras, ma fille, tu es toujours aussi pure que dans le passé !.Il a fallu un pareil malheur pour me faire comprendre que mon amour pour toi, si profond qu\u2019il fût, pouvait grandir encore .Chère enfant ! que cette nuit soit comme un cauchemar en ta vie.ne te la rappelle que comme un rêve .Aie confiance dans l\u2019avenir et dans l\u2019honnêteté de ton âme, ne désespère pas d\u2019être heureuse .Elle ne pleurait pas, restait là, inerte et sans mouvement, pétrifiée, dans un anéantissement si complet, qu\u2019elle n\u2019entendait même plus les paroles de son père.Du reste, désormais, les protestations les plus tendres ne devaient-elles pas la trouver froide ?Son cœur n\u2019était-il pas fermé ?Une désillusion ne remplacerait-elle pas ses plus chères espérances ?Elle eut seulement un mot qu\u2019elle prononça à voix basse, comme si elle se fût parlé à elle-même, comme si son père n\u2019eût pas été là pour l\u2019écouter.Alors, d\u2019une voix ferme, décidée à ne pas s\u2019arrêter dans son triste récit, elle raconta ce qui s\u2019était passé .1 Et Martial la regardait avec des yeux hagards, épouvantés, ne voulant pas croire ce qu\u2019elle racontait là .Et quand elle eut fini.\u2014 Je ne suis pas folle, ajouta-t-elle, je me possède entièrement.j\u2019ai toute ma raison .J\u2019ai été malade, mais la fièvre a cessé depuis longtemps .Ce que je viens de dire est la vérité .Maintenant que vous savez tout, vous le voyez, Martial, bien que je sois toujours digne de vous, bien que je mérite plus que jamais votre respect et votre estime, en même temps que votre pitié, je ne puis plus être votre femme .Martial, hébété, ne trouvait rien.Toute sa vie s\u2019écroulait dans un effondrement de ses rêves, de ses projets, de son bonheur.Il eut un sanglot .Ce fut le seul signe de faiblesse chez cet homme.Et Jeannine en fut toute remuée.\u2014 Le nom de l\u2019infâme ?dit-il ; car sa première pensée, comme chez Vilmorin, avait été la vengeance.Et il fallut qu\u2019elle fit la même réponse.\u2014 Quoi ?balbutia-t-il.pas un nom .pas un indice .Elle secoua la tête.\u2014 Rien.En répondant ainsi à son père et à son fiancé, en leur laissant croire RESUME DES CHAPITRES PRECEDENTS Josépha, une petite fille abandonnée dans des bizarres circonstances, était l\u2019épouse du riche baron Nertann, qu\u2019elle soignait, au début, avec un dévouement sublime.Elle avait sacrifié les plus belles années de sa vie, 'celles où sa beauté resplendissais où toutes les grâces de sa personne exerçaient autour d\u2019elle une sorte de domination.Mais le vent tourna du mauvais côté.La belle Josépha, la fière et hautaine baronne qui avait jusque-là repoussé toutes les avances, s\u2019éprit de Martial Navarre.L\u2019autextr fait passer ses lecteurs par des transes bouleversantes.\u2014 Et Martial ?Martial ?\u2014 Oui, dit l\u2019aveugle, comment lui apprendre ?Et tous deux, le père et la fille, courbèrent la tête, accablés par cette effroyable infortune.Et Vilmorin murmurait : \u2014 Non, je ne pourrai pas ; il me semble que je ne pourrai jamais.Elle eut un geste de fierté.\u2014 Je vais lui écrire, dit-elle, je lui dirai tout.\u2014 Pauvre enfant ! Tout de suite elle écrivit.Elle priait Navarre de venir à Neuilly dans la journée.Elle n\u2019ajoutait rien de plus.Au reçu de la lettre, Martial partit.Assise dans sa chambre, auprès d\u2019une fenêtre, pour apercevoir de plus loin son fiancé, elle descendit lorsqu\u2019il franchit la grille.Elle était pâle, ses grands yeux étaient entourés d\u2019un large cercle bleu, et tous ses traits étaient fatigués comme par des veilles.Cependant elle était calme.Aucun trouble ne l\u2019agitait.Il semblait qu\u2019elle allât au martyre, insensible à toutes les souffrances, et qu\u2019elle n\u2019eût plus rien d\u2019humain.Elle tendit la main à Martial, bouleversé.\u2014 Jeannine, qu\u2019y a-t-il, que me voulez-vous ?Après ce que vous m\u2019avez dit.ai-je donc encore quelque chose à apprendre ?\u2014 Venez ! dit-elle simplement.Elle l\u2019entrâ%ia chez elle, dans sa chambre de jeune fille, et, pendant qu\u2019il s\u2019asseyait, resta debout devant lui.qu\u2019elle n\u2019avait aucune espérance de retrouver le criminel, elle les trompait.Mais c\u2019est qu\u2019elle craignait de les voir jouer leur vie avec un homme qui avait prouvé qu\u2019il ne reculerait devant aucun forfait, pour lequel tous les moyens seraient bons, si Vilmorin et Martial le gênaient et s\u2019il voulait se débarrasser d\u2019eux.Le sacrifice de sa vie, à elle, était fait, et la mort n'eût été qu\u2019un soulagement.Elle se réservait de trouver le coupable et de le punir.Mais avant tout il fallait éloigner les soupçons de Navarre et du peintre, pour empêcher une nouvelle catastrophe.C\u2019est à quoi elle tendait.Martial était sorti de chez Vilmorin la tête en feu ; il erra longtemps dans Paris, comme un insensé, ne sachant même point où se dirigeaient ses pas.Son esprit, machinalement, sans qu\u2019il pût se débarrasser de ces obsessions, évoquait l\u2019image de Jeannine dans sa lutte contre ces tentatives ignobles, et il avait d\u2019impuissantes rages et des colères qui retiraient tout le sang de ses veines.Il rentra chez lui, se jeta sur un canapé, poursuivi par les mêmes souvenirs, hanté par les mêmes tableaux.Et peu à peu, cependant, une sorte de tranquillité, d\u2019apaisement plutôt, entra dans son âme.Il réfléchissait.Jeannine était-elle donc coupable de cet attentat ?.Est-ce que sa volonté n\u2019avait pas succombé à une force plus grande ?.Est-ce qu\u2019il n\u2019avait pas fallu la ruse pour triompher d\u2019elle ?.Est-ce qu\u2019il y avait eu dans cet acte odieux le consentement de la jeune fille ?.Est-ce qu\u2019il y avait eu, de sa part, un abandon d\u2019un moment ?Est-ce qu\u2019on ne l\u2019avait pas réduite à l\u2019impuissance absolue ?.Est-ce qu\u2019il n\u2019y avait pas eu révolte de ce corps et de ce sang chaste ?.Est-ce qu\u2019il n\u2019y avait pas eu réprobation de cette honnêteté, de cette âme candide, de ce cœur droit ?.La Jeannine d\u2019aujourd\u2019hui, après ce crime, n\u2019était-elle donc plus la Jeannine d\u2019autrefois ?.Comment avait-elle démérité .et pourquoi ne serait-elle plus sa femme ?Dans ces réflexions, c\u2019était son cœur qui parlait.Mais d\u2019autres idées lui venaient aussitôt : \u2014 Et Jeannine souillée, Jeannine salie par un homme, serait sa femme ?Je pourrais vivre à côté d\u2019elle avec le souvenir de cette nuit ?Quand je la presserais dans mes bras, je pourrais oublier qu\u2019un autre que moi lui a donné les premières caresses ?.Al-lonc donc ! Est-ce que c\u2019est possible ?Il hésita ainsi deux jours.Ce fut le cœur qui l\u2019emporta.\u2014 Elle m\u2019aime plus que jamais, se dit-il, et moi, je le sens bien, je l\u2019aime encore.Une seule chose le retenait, l\u2019ignorance où il était du nom de l\u2019homme .\u2014 Le jour où il sera mort, où je l\u2019aurai tué, se dit-il, rien ne m\u2019empêchera plus d\u2019aimer Jeannine comme par le passé.Il vint retrouver la jeune fille : \u2014¦ Chère enfant, dit-il, tout tremblant, inquiet sans savoir pourquoi, comme à son premier aveu, voulez-vous toujours être ma femme ?.Elle crut n\u2019avoir pas compris .Ses yeux dilatés le regardaient avec terreur .\u2014 Moi, votre femme, Martial, y songez-vous ?\u2014 Oui, Jeannine, ne me refusez pas.Alors, avec violence, avec colère : \u2014 Non, non, jamais, jamais! Puis, adoucie tout à coup, comprenant ce qui s\u2019était passé dans l\u2019esprit de Martial et la lutte douloureuse de ce cœur d\u2019homme.elle fut prise d\u2019une reconnaissance qui lui fit jaillir les larmes des yeux : \u2014 Je vous comprends, Martial.et je vous aime plus que je ne vous ai jamais aimé, et toute ma vie je me souviendrai de ce que vous venez de faire là .Elle lui tendit les mains qu\u2019il couvrit de baisers passionnés.et elle reprit : \u2014 Mais non, je ne serai pas à vous .Dans la grandeur de votre âme, l\u2019oubli vous viendrait peut-être .mais moi je me souviendrai toujours.Ma vie est brisée.Regardez, j\u2019ai pris le deuil.je ne le quitterai jamais.En effet, elle était vêtue d\u2019une robe noire qui faisait encore ressortir la pâleur profonde de son visage.Elle laissait ses mains dans celles de Martial et lui se sentait envahi par une immense pitié.Cette résolution était-elle donc inébranlable ?.Il ne le pensait pas.Non, ce crime infâme n avait pas tari la seve de cette exubérante jeunesse.Jeannine résisterait quelque temps peut-être, mais Martial saurait être éloquent, finirait par la persuader.Il le pensait.Pendant les jours qui suivirent, il vint matin et soir à Neuilly.Et, un jour, il put croire qu\u2019il avait vaincu ses dernières hésitations ; elle faiblissait, sans force devant l\u2019affection qu\u2019elle éprouvait pour lui, devant 1 immensité de l\u2019amour qui inspirait la générosité du jeune homme.\u2014 Oui avait-elle dit, peut-être y aurait-il encore des jours heureux.\u2014 Eh bien! Jeannine, revenez sur votre décision.\u2014 Demain, demain.\u2014 Pourquoi pas aujourd\u2019hui, tout de suite ?.Laissez-moi partir avec ce 26 mot sorti de vos lèvres, qui sera comme le prélude d\u2019une vie nouvelle pour vous et qui, pour moi, sera le signal de devoirs nouveaux.Craignez-vous donc que je me repente ?.Avez-vous à ce point si peu de confiance en moi ?.Redoutez-vous qu\u2019un jour une allusion .\u2014 Non, non, dit-elle vivement.Pauvre Martial, je sais combien votre cœur est bon.et que d\u2019une pareille cruauté vous êtes incapable .\u2014 Et vous ne vous trompez pas, Jeannine.En remettant votre vie entre mes mains, vous me dites: «Vous avez vu combien j\u2019ai souffert, c\u2019est à vous de me faire oublier le passé.» Et vous l\u2019oublierez, Jeannine, ce passé douloureux .La joie renaîtra sur votre visage, la douceur effacera la haine de vos yeux, votre front redeviendra blanc et pur et les arrière-pensées de tristesse s\u2019évanouiront de votre esprit .C\u2019est à moi d\u2019opérer ce prodige .Mais je ne suis pas effrayé .j\u2019aurai pour vous tant de soins, de sollicitude, de tendresses, que je réussirai.Ne me repoussez pas, Jeannine .Entre une vie heureuse quand même, heureuse grâce à moi, et une vie désorientée, inquiète, passée dans les larmes et les éternels regrets, il faut choisir maintenant.Choisissez, Jeannine ! Elle se laissait bercer par le son de sa voix, mollement, doucement, comme le soir, quand la nature repose et que pas un brin d\u2019herbe ne bouge, on se laisse endormir par une musique lointaine dont les ondes de l\u2019air calme vous apportent les harmonies .C\u2019était, à son oreille, comme le murmure doux d\u2019une prière d\u2019enfant ; elle fermait les yeux, un vague et incertain sourire errait sur ses lèvres et son cœur s\u2019alanguissait.\u2014 Jeannine, disait-il très bas, soyez ma femme .Jeannine, soyez à moi ! Elle répondit, comme en rêve : \u2014 Oui, Martial.Soyez béni pour tout le bonheur que vous me donnez .Soyez béni pour la vie que vous me rendez .pour le respect que vous avez de moi-même.Ma vie, je vous la consacre, Martial.elle est à vous .elle vous appartient.et vous en disposerez .et si jamais un regret vous vient de ce que vous aurez fait, Dieu me pardonnera, mais je ne resterai pas phis longtemps auprès de vous .je me tuerai.Il la serra dans ses bras comme pour la protéger contre cette résolution.Il la sentait, toute palpitante, vibrer contre son cœur .Elle avait trop de joie, d\u2019un coup, après tant de cruelles souffrances .Elle pleura .Mais il sentait que dans ses larmes, il n\u2019y avait point d\u2019amertume .Il la laissa pleurer .Quand elle fut redevenue un peu plus calme : \u2014 Permettez-moi, mon ami, de consulter mon père et de lui annoncer moi-même votre résolution.J\u2019ai hâte qu\u2019il apprenne, et par moi, combien vous êtes noble et bon ; mais, lui, éprouvera peut-être quelque hésitation ; il a plus que vous, plus que rdoi surtout, l\u2019expérience de la vie ; il me dira si je ne dois pas considérer votre projet comme un sacrifice que vous dicte l\u2019élan de votre générosité et dont vous vous repentirez peut-être, et alors je devrais refuser, \u2014 ou bien si je dois accepter.\u2014 Allez, chère Jeannine, dites tout à votre père.dites-lui enfin que, puisqu\u2019il s\u2019agit de votre bonheur, il n\u2019a point le droit de refuser.\u2014 Adieu, Martial, bon espoir, ami! \u2014 Adieu, aimée, à demain! Il était déjà parti.Tout à coup il retourna sur ses pas.la oressa de nouveau sur son cœur.et, cette fois, partit.Mais, dans son esprit, brusquement, était entrée une inquiétude mortelle.Pourquoi ?Il ne savait.Deux ou trois fois, en remontant l\u2019avenue plantée d\u2019arbres, il tourna le regard vers la petite maison, comme s\u2019il fût parti pour longtemps, qu\u2019il fût éloigné de Jeannine et de ceux qui habitaient là pour toujours et qu\u2019il n\u2019eût pas promis de revenir le lendemain.Il haussa les épaules.Qu\u2019avait-il donc à craindre, à présent ?Il oublia bientôt ce pressentiment ; ce fut plus tard seulement qu\u2019il se souvint.Chapitre XI Le lendemain, la journée fut longue.Il avait promis de revenir à Neuilly le soir seulement.Vers cinq heures, il fit atteler sa voiture, qui gagna tout de suite les Champs-Elysées, les remonta, tourna l\u2019Arc de Triomphe, descendit l\u2019avenue de la Grande-Armée, traversa la porte de Neuilly et prit à gauche.Quelques minutes après, il était arrivé.\u2014 Retournez avenue Montaigne, dit-il au cocher, je rentrerai à pied.La voiture repartit.Martial s\u2019avança vers la grille, et, bien qu\u2019elle fût entr\u2019ouverte, sonna .Personne ne vint ouvrir.Il sonna de nouveau un peu plus fort.Il attendit encore vainement.Cette maison, qu\u2019il savait habitée pourtant, où étaient ceux qu\u2019il aimait le plus au monde, où il venait tous les jours depuis longtemps, cette maison semblait déserte.Il sonna une troisième fois.Et sa main tremblait.H lui sembla que la clochette avait un tintement grêle et triste comme un glas de mort.Il poussa la grille et entra .La porte du perron, donnant sur le parterre, était fermée .Il y avait un timbre, il sonna encore.Il respira.Il avait entendu du bruit.Des pas s\u2019approchaient, en effet, résonnant dans la maison comme sous une voûte.La porte s\u2019ouvrit et Ned parut, son honnête figure toute décomposée.Quand il vit Martial, il joignit les mains : \u2014 Ah ! monsieur Navarre, monsieur Navarre ! .\u2014 Qu\u2019y a-t-il ?\u2014 Ah ! monsieur, quel malheur ! \u2014 Pour Dieu, Ned, parlez !.Où est Vilmorin ?.Où est Jeannine ?.Pourquoi cette maison a-t-elle l\u2019air d\u2019un tombeau ?.Il avait pris le bras du valet de chambre et le secouait de toutes ses forces.\u2014 Non, monsieur Navarre, vous raconter ces choses-là, cela ne m\u2019est pas possible.Venez, suivez-moi, d\u2019un seul coup d\u2019œil vous saurez tout.En tremblant, Martial obéit Ned le conduisait au premier étage, ouvrait la porte d\u2019un petit salon d\u2019été, dont les fenêtres donnaient sur les arbres du jardin, et s\u2019effaça pour laisser passer le jeune homme.Navarre entra, fit deux pas dans la chambre et recula d\u2019horreur en poussant un cri.Vilmorin, la tête hideusement ensanglantée, fracassée, méconnaissable, gisait sans mouvement sur un canapé-lit, au fond de la pièce.On avait fermé les persiennes pour ménager là un peu d\u2019ombre, par un pieux respect pour la mort, dans les jointures filtrait un rayon de soleil, qui divisait la chambre en deux et dans la poussière duquel semblaient se jouer des myriades d\u2019atomes insaisissables.Dans les arbres, tout près des fenêtres, voltigeaient des froufrous Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 d\u2019oiseaux hardis.Et deux fauvettes, cachées sous les feuilles des hauts marronniers, avaient, dans leur babil gracieux, des notes mélancoliques qui semblaient, au logis lugubre, parler de la félicité des soirs d\u2019autrefois.Navarre prit la main de 1 aveugle.Elle était froide ; les membres avaient déjà une raideur cadavérique.Le jeune homme, horriblement pâle, interrogea Ned : \u2014\tQue s\u2019est-il passé ?\u2014\tM.Vilmorin s\u2019est suicidé; il s\u2019est fait sauter la cervelle ; c\u2019est tout ce que nous savons ! \u2014\tQuoi, rien de plus ?\u2014\tNon.\u2014\tRacontez-moi tous les détails .J\u2019ai besoin de tout connaître, rappelez vos souvenirs, Ned.Le valet de chambre haussa les épaules d\u2019un air attristé : \u2014\tCe que je dirai à monsieur ne le satisfera point, j\u2019en suis sûr, fit-il ; enfin, puisque monsieur paraît le désirer .Monsieur n\u2019ignore pas que mon maître était assez triste depuis son accident, depuis le jour où un homme s\u2019est introduit dans la maison pour voler ; ses deux bras étaient guéris, soit, et il pouvait même s\u2019en servir déjà sans crainte de rechute, mais il semblait que son imagination eût été frappée .Il n\u2019était plus le même homme .il avait des tristesses noires.des moments d\u2019abattement et moi, je le dis à monsieur, je commençais à avoir peur pour sa raison.Ce matin, mon maître s\u2019est levé comme d\u2019habitude, à neuf heures, et il n\u2019était ni plus gai, ni plus triste que les autres jours.je lui dis que mademoiselle était levée, elle aussi, qu\u2019elle se trouvait sous la charmille, dans le fond du jardin, et m\u2019avait prié de la prévenir dès que son père serait réveillé et pourrait la recevoir.« Tu me conduiras auprès d\u2019elle, me dit monsieur aussitôt.« Ce que je fis quelques minutes après.Je laissai le père et la fille en train de causer amicalement.Ils se promenèrent une bonne heure sous les arbres ; même mon maître fuma deux ou trois cigarettes, ce qui ne lui était pas arrivé depuis longtemps .« \u2014 Bon ! que je me disais, il paraît que monsieur est aujourd\u2019hui un peu plus gai.« Ce n\u2019était pas trop tôt.Je ne sais pas si monsieur Navarre l\u2019avait remarqué comme moi, mais ça devenait sinistre ici.« Comme ils se promenaient toujours de long en large dans le jardin, je réussis à passer auprès d\u2019eux pour voir si je ne me trompais pas et s\u2019il était bien vrai qu\u2019il y aurait désormais un peu plus de soleil dans la maison .C\u2019est l\u2019intérêt que je portais à mon maître et à sa fille qui me poussait.je les aimais bien, personne n\u2019en doute.J\u2019ai vu Mlle Jeannine qui essuyait ses larmes et qui souriait tout en même temps.Quand on pleure et qu\u2019on rit ensemble, c\u2019est qu\u2019on n\u2019a pas de gros chagrins .« \u2014 Allons, que je me disais, ça va, ça va.« Mademoiselle est rentrée dans sa chambre et monsieur chez lui.« Presque aussitôt, \u2014 je le tiens de Laurence \u2014 mademoiselle a été prise d\u2019éblouissements, de faiblesses et de vomissements ; pourtant, elle n\u2019avait rien mangé depuis la veille ; elle a bu tout de suite avant de déjeuner deux ou trois tasses de thé très fort, mais l\u2019indisposition ne passait pas .« Au lieu de se mettre au lit, ce que nous aurions tous fait à sa place, mademoiselle a fait atteler la voiture et elle est partie pour Paris, seule .ce qui est de plus en plus extraordinaire et ce qui ne lui est jamais arrivé .LA VIE COURANTE .par George Clark «§4 \u2014 Et toi, comment as-tu dépensé ton billet de deux ?\u2014 J'avais tout d'abord envie de m'acheter une ravissante petite anthologie des classiques français.Puis après, j'ai pensé être plus pratique en me procurant un manuel sur l\u2019éducation de la volonté et, finalement, je n'ai pu résister devant une paire de bas de nylon. Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 27 «Une heure après, elle était de retour ; je me trouvais justement près de la grille et elle est passée devant moi.« Eh bien, monsieur Navarre peut être sûr que de ma vie je n\u2019oublierai la figure qu\u2019avait mademoiselle.Non, quand je vivrais des milliers d\u2019années.Elle était plus pâle qu\u2019un linge blanc, ses yeux étaient comme ceux d\u2019une morte, sans regard, et elle paraissait avoir cinquante ans, tellement elle se tenait courbée, tellement elle avait la respiration pénible.Elle se retint d\u2019une main à la grille et se reprit à trois fois pour me demander : « \u2014 Mon père est-il chez lui ?« \u2014 Oui, répondis-je, il a même témoigné un peu d\u2019inquiétude quand je lui ai dit que mademoiselle était partie.il n\u2019a pas voulu se mettre à table avant le retour de mademoiselle .«Mais je crois qu\u2019elle ne m\u2019entendait pas.« Elle traversa le parterre et entra .Je la voyais chanceler et, dans la crainte qu\u2019elle n\u2019eût pas la force de monter l\u2019escalier, je m\u2019avançai derrière elle.« Elle appuya une main sur mon épaule sans me regarder, et maintenant, quand j\u2019y réfléchis, je suis persuadé qu\u2019elle ne me voyait même pas et qu\u2019elle ne savait pas ce qu\u2019elle faisait.« Je la laissai entrer chez son père.« \u2014 Encore une mauvaise nouvelle, probablement, me disais-je à part moi.« La gaieté du matin s\u2019en était allée ; elle n\u2019avait pas duré longtemps, celle-là ; quand la tristesse est acclimatée quelque part, c\u2019est le diable pour la faire partir.Monsieur Navarre a-t-il remarqué cela ?» \u2014Après ?après ?fit Martial, haletant.\u2014 Après ?Ah ! c\u2019est que c\u2019est justement là que tout s\u2019embrouille pour moi.Il me paraît que la conversation entre le père et la fille n\u2019a pas duré longtemps, car, comme je descendais à la cuisine pour déjeuner, j\u2019ai entendu se fermer la porte de la chambre de mademoiselle .et j\u2019entendais en même temps, dans la chambre de# monsieur, comme un bruit de meubles heurtés.J\u2019ai écouté si monsieur sonnait, s\u2019il appelait, s\u2019il avait besoin de quelque chose, mais rien.le silence .« Alors, je descendis .« On se mettait à table à l\u2019office ; je pris ma place ; je n\u2019étais pas plutôt assis que je me levais, effaré.« On aurait dit que la maison s\u2019effondrait .« Deux détonations, parties de la chambre de monsieur, avaient fait trembler toutes les vitres.« Nous nous précipitâmes .mais il était trop tard.«Nous arrivâmes juste à temps pour voir notre pauvre maître tout couvert de sang, se tordre dans des convulsions atroces.Bientôt, il resta immobile .Il était mort ! » \u2014 Et Jeannine .Jeannine ?.\u2014 Mademoiselle avait entendu comme nous, et, comme nous, était accourue .En voyant son père, elle est tombée raide, évanouie.Il a fallu l\u2019emporter.« J\u2019ai envoyé chercher le médecin de Neuilly, mais que pouvait-il faire ?Constater la mort de monsieur.Il n\u2019y avait guère besoin de lui pour cela.Les gens de police aussi sont venus, ont fouillé partout pour savoir si monsieur n\u2019avait pas écrit quelque part les motifs de sa détermination fatale, mais leurs recherches ont été infructueuses ; monsieur n\u2019a rien laissé, n\u2019a rien écrit avant de mourir.Us ont alors dressé leur procès-verbal et se sont retirés.» Et Ned ajouta, après un silence : \u2014 Voilà tout ce que je puis dire à monsieur.Martial, anéanti, s\u2019était laissé tomber sur une chaise, la tête sur la poitrine.Et il murmura : \u2014 Quel est donc ce mystère ?.Pourquoi Vilmorin s\u2019est-il tué ?.Ah ! Jeannine, sans doute, Jeannine me dira tout.Ned avait entendu.\u2014 Je n\u2019ai pas vu mademoiselle depuis la visite des hommes de la police, dit le valet de chambre ; mademoiselle doit être dans sa chambre, et Laurence est sans doute auprès d\u2019elle .car la laisser seule n\u2019eût pas été prudent .un accès de fièvre chaude, un moment d\u2019exaltation pouvait causer un malheur irréparable.\u2014 Je voudrais la voir.\u2014 Monsieur peut entr\u2019ouvrir la porte de la chambre où mademoiselle repose.Laurence lui dira s\u2019il peut entrer.Martial suivit ce conseil.La porte ouverte montra la chambre vide ; le lit était défait ; ni Jeannine ni la soubrette n\u2019étaient là .Ned, interdit, regarda le jeune homme .Tous deux n\u2019osèrent parler.Us entrèrent.Us avaient bien vu.Le lit était défait, des tiroirs entr\u2019ouverts, des chiffons traînaient, tout accusait la présence récente de Jeannine, mais Jeannine avait disparu.Ned sortit sur le carré : \u2014 Laurence ! Laurence ! cria-t-il de toutes ses forces, bien que sa voix tremblât.La soubrette descendit en toute hâte.\u2014 Où est mademoiselle ?L\u2019étonnement de Laurence ne fut pas joué : \u2014 Chez elle ; mademoiselle m\u2019a renvoyée tout à l\u2019heure, en me disant qu\u2019elle n\u2019était plus malade et n\u2019avait plus besoin de mes services .J\u2019attendais qu\u2019elle me sonnât.Cette fois, Martial se sentait devenir fou.On parcourut toute la maison sans découvrir Jeannine.Elle n\u2019était pas non plus dans le jardin.On s\u2019informa aux environs, dans les maisons où elle était connue ; personne ne l\u2019avait vue ; personne ne put donner de renseignements.\u2014 Elle reviendra sans doute, dit Ned ; elle ne peut être loin ; elle est partie à pied, car je vois là-bas le cocher Antoine qui se promène sur la route.\u2014 S\u2019il pouvait nous dire où elle est allée ce matin ?fit Martial.\u2014 Monsieur n\u2019a qu\u2019à l\u2019interroger.Navarre appela Antoine, qui accourut.Quand le cocher sut de quoi il s\u2019agissait, il secoua la tête : \u2014 Vous voulez savoir où mademoiselle est allée ce matin?Mademoiselle m\u2019a dit d\u2019atteler.Nous sommes partis.J\u2019ai remonté l\u2019avenue, je suis allé jusqu\u2019à la place de la Concorde, j\u2019ai pris la rue Royale, et là mademoiselle m\u2019a ordonné d\u2019attendre, près de la Madeleine ; mademoiselle est entrée à l\u2019église, mais n\u2019y est pas restée très longtemps ; je l\u2019en ai vue ressortir presque aussitôt ; elle a pris le boulevard des Capucines, et, comme j\u2019allais la suivre avec la voiture, elle m\u2019a fait signe de rester où j\u2019étais .Alors, je l\u2019ai perdue de vue .Mademoiselle n\u2019est revenue qu\u2019environ une heure après .toute malade.si faible et si chancelante qu\u2019elle attirait les regards de tous ceux qui passaient.Elle remonta en voiture et, sans que même elle m\u2019eût dit un mot, je la ramenai à Neuilly.Voilà tout ce que je sais.\u2014 Et cet après-midi, depuis le suicide de M.Vilmorin, l\u2019avez-vous vue sortir de la maison ?\u2014 Je n\u2019ai pas quitté ma chambre.Je viens de descendre seulement.Je n\u2019ai rien vu.Xfi T r c ~T\u2014r J» ¦ , ,fCLO* Les Westclox Electriques sont en route .en modèles élégants, pour répondre à tous les besoins, dans toutes les pièces de le maison! Il se peut qu\u2019il s\u2019écoule encore quelque temps avant qu\u2019il y ait abondance de ces pendules électriques renommées.Mais il y en aura bientôt.Et elles valent la peine d\u2019être attendues! WESTCLOX SB «cw 28 Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 1 're à expulser es de fatigue aYec Les muscles sensibles et endoloris l»°rbingji sont souvent un avertissement que la nature vous donne, lorsque vous avez fait un surcroît d\u2019exercice.Des acides de fatigue peuvent s\u2019être déposés dans vos muscles, y causant des douleurs.Mais vous pouvez soulager ces douleurs en vous frictionnant les muscles avec l\u2019Absorbine Jr.Vous activerez alors la circulation dans vos muscles endoloris et ce sang frais emportera les acides en même temps que la raideur.Vous éprouverez un bienfaisant soulagement.Ayez toujours de l\u2019Absorbine Jr.à portée.$1.25 la bouteille, aux pharmacies, w.F.Yourg, Inc., Lyman House, Montréal , Absorbine Jr.Il fallait attendre.L\u2019anxiété de Martial s\u2019augmentait d\u2019heure en heure.Le soir arriva, puis la nuit, longue, interminable, éternelle.Jeannine ne revint pas.Le matin, puis l\u2019après-midi, puis la nuit se passèrent encore .Pas de nouvelles de Jeannine.Les obsèques de Vilmorin avaient eu lieu, au milieu d\u2019une affluence considérable.Cette triste fin n\u2019avait éloigné ni ses amis ni ses admirateurs.On la mit, non pas sur le compte d\u2019un drame intime, mais sur le compte de l\u2019ennui mortel de cette vie que la cécité rendait inutile.On plaignait Jeannine ; quelques-uns demandèrent à la voir ; mais Martial avait donné des ordres et il fut toujours répondu que la jeune fille, malade, alitée, ne pouvait recevoir.Rien ne transpira tout d\u2019abord.Martial continuait d\u2019attendre et d\u2019espérer.A la fin, il fallut perdre les dernières illusions ; alors, il avertit la Préfecture de police, qui lança de tous les côtés ses plus habiles limiers.Pendant quinze jours, ils cherchèrent les traces, croyant à plusieurs reprises avoir découvert la bonne piste, s\u2019apercevant aussitôt qu\u2019ils s\u2019étaient trompés et que la piste était fausse.Jeannine était introuvable.La nouvelle fut bientôt connue dans tout Paris ; les journaux s\u2019étaient apitoyés sur le sort de Vilmorin, que le désespoir d\u2019être aveugle, disaient-ils, avait conduit tout doucement au suicide.Maintenant, c\u2019était le tour de Jeannine.La presse entière s\u2019occupa d\u2019elle et chacun voulait pénétrer le mystère de sa disparition.La Patrie, le Constitutionnel, le Siècle, la Presse, la Gazette des Tribunaux servaient tous les matins à leurs lecteurs des détails nouveaux, chaque jour plus romanesques ; d\u2019autres s\u2019emparaient simplement du fait comme d\u2019un thème à chronique et l\u2019ornaient de commentaires.Des articles parurent, intitulés : MORTE OU VIVANTE ?L\u2019un le prenait sur un ton de reproche : « Il faut revenir à ce sombre et mystérieux drame autour duquel se sont déjà produites et se produisent encore tant de versions diverses et d\u2019informations risquées.On en a parlé, jusqu\u2019à ce jour, d\u2019une façon bien légère.Le besoin de faire croire au public que Ton sait tout avant les autres et mieux que les autres, et que, par une grâce spéciale, on est instruit de première main, pousse parfois à de graves inconséquences, dont on ne paraît pas très bien peser toute la portée.» Un autre : «Les renseignements parvenus jusqu\u2019à hier soir à la Préfecture de police ne sont que négatifs, malgré toute l\u2019habileté et le dévouement avec lesquels on agit en haut lieu pour obtenir l\u2019éclaircissement du mystère profond qui entoure l\u2019affaire Vilmorin.Le préfet de police a donné des ordres pour que les investigations fussent poussées avec activité.Malheureusement, tout porte à croire que Mlle Vilmorin s\u2019est suicidée, comme son père, et, d\u2019un jour à l\u2019autre, on peut en être sûr, le cadavre de la pauvre jeune fille sera découvert dans quelque terrain vague, ou roulant dans les eaux de la Seine.» Un troisième : « Jusqu\u2019ici, nous n\u2019avons pas cru devoir insister sur les diverses péripéties de ce drame au sujet duquel on n\u2019a su faire que des conjectures ; et, cependant, sans avoir une certitude absolue, nous disposons de renseignements incontestablement très complets, nous dirons même aussi complets que possible, comme d\u2019ailleurs on va le voir.» Un quatrième : « Suivant une version qui s\u2019est à peu près accréditée pendant quelques jours, Mlle Jeannine Vilmorin ne serait pas morte ; l\u2019histoire du suicide ne serait qu\u2019une fable, et enfin, si le mystère n\u2019était pas dévoilé pour le public, c\u2019est que, pour une raison ou pour une autre, on avait quelque part intérêt à cacher le dénouement.Voilà ce qui s\u2019est dit, sans malveillance préconçue, je veux bien le croire, et sans la moindre intention de pousser le public à greffer sur ce drame une histoire scandaleuse qui lui servirait de prologue et expliquerait tout, à la plus grande satisfaction des impatients .» Un cinquième avait des détails précis : «.C\u2019est alors, et ces détails sont absolument certains, qu\u2019elle se fait conduire sur les bords de la Seine, se donnant, pour écarter les soupçons du cocher qui la conduit, comme une étrangère désireuse de visiter les quais.Au pont de Grenelle, elle descend et reste quelques instants sur le bord du fleuve .C\u2019est de là qu\u2019elle se précipitera, qu\u2019elle emportera son secret, sous cette eau bouillonnante et jaunâtre qui la garde encore.Alors, elle remonte, s\u2019informe à son cocher, lui demande le nom du pont.puis le nom de la rue qui se trouve en face et en forme le prolongement.« A cette heure, son plan est fait, et plus tard à la nuit, elle est assurément venue et s\u2019est jetée à la Seine, au pont de Grenelle, après s\u2019être fait conduire quelque part dans cette rue dont elle avait demandé le nom, pour que Ton n\u2019eût point l\u2019intention de la suivre ni le projet de s\u2019opposer à son dessein.Pour nous, le drame s\u2019arrête là, fatalement.Qui en pénétrera jamais les ténèbres ?.Nous en sommes émus, nous qui jouissons à Paris de la triste réputation de ne nous émouvoir jamais de ces tragédies parisiennes ! » La vérité, c\u2019est que ni le monde, ni le préfet de police, ni les agents, ni les journaux ne purent savoir ce qu\u2019était devenue Jeannine.Nulle part on ne découvrit de piste.La ville entière fut fouillée ; on chercha sur les rives de la Seine, dans un parcours de plusieurs lieues, les indices qui pouvaient faire croire que la jeune fille s\u2019était noyée.Toutes les recherches furent inutiles.Ce fut l\u2019inanité même de ces tentatives qui, finalement, amena chez les agents la conviction, presque la certitude, qu\u2019elle était morte.\u2014 Nous l\u2019eussions retrouvée sans cela, dirent-ils à Martial.Un mort, ça reste dans un coin, ça ne bouge pas, on passe à côté sans le voir, sans se douter même qu\u2019il est là.tandis qu\u2019un vivant ça marche, ça se promène, ça respire, ça boit et ça mange .et alors, ça se fait voir .Si votre fiancée était vivante, nous saurions, à l\u2019heure qu\u2019il est, où elle se tient.Donc, elle est morte.Martial, désespéré, dans une effrayante prostration ne se tenait pas cependant pour battu.Il continua longtemps les recherches, seul, avec une espérance machinale.Mais il fallut qu\u2019il se rendit à ce qui était évident : l\u2019impossibilité d\u2019approfondir ce cruel mystère .Dès lors, il ne fit plus aucune tentative.Seulement, la vie, à Paris, lui était odieuse.Il résolut de quitter la France et fit ses malles.Où allait-il diriger ses pas ?-\u2014¦ En Afrique ! se dit-il ; il me faut des dangers pour me faire oublier Paris.Le jour qu\u2019il avait fixé pour partir, Philippe annonça la baronne Josépha Nertann.Comme toujours, elle entra aussitôt, sans qu\u2019il eût le temps de défendre sa porte.Elle était violemment émue.\u2014-Je comprends tout ce que vous avez souffert, dit-elle, je vous plains.On m\u2019a dit que vous vouliez quitter la France .Est-ce pour longtemps ?\u2014 Qui sait ?Pour la vie, peut-être ! ___Vous reviendrez, dit-elle, non pas quand vous aurez oublié, mais quand le temps aura adouci vos souvenirs \u2014 quand vous serez consolé .Et elle ajouta, plus bas, presque timidement : \u2014\tJe vous aime encore, maigre vous-même, et lorsque vous reviendrez, je vous aimerai toujours.Elle lui serrait les mains de force a les broyer.Ses yeux brûlaient.Son cœur battait.\u2014\tNe partez pas ! dit-elle.Il secoua la tête douloureusement.Elle ne voulut pas insister.Le soir, il avait quitté Paris.DEUXIEME PARTIE LE PARALYTIQUE Chapitre I Bonjour, marne Talbert comment que ça va, ce matin ?Et la petite, tou-j ours diablesse ?\u2014 Je vais bien, monsieur Frédéric, merci pour votre visite matinale ; Diane aussi se porte à merveille, comme toujours .Mais c\u2019est à vous qu il faut demander des nouvelles de votre santé.\u2014Oh ! moi, marne Talbert, je vais comme le Pont-Neuf et comme Henri IV qui est sur le pont, et ça, grâce à vous, quoi que vous en disiez ! \u2014 Encore des histoires, monsieur Frédéric.\u2014 Non, foi de Dieu!.si vous n\u2019aviez pas été là, voyez-vous, comme une bonne petite fée qui arrive à propos, au moment voulu, dans les pièces que nous allons voir au Châtelet, eh bien ! je suis sûr que je n\u2019aurais pas, à l\u2019heure qu\u2019il est, celui de vous serrer la main.\u2014 J\u2019ai fait ce que j\u2019ai pu, monsieur Frédéric.\u2014 Plus, marne Talbert, plus ! Aussi, dans toute la rue Cardinet, n\u2019y a pas un homme qui ne vous connaisse, pas un ouvrier auquel, sans en avoir l\u2019air, vous n\u2019ayez trouvé le moyen de rendre service.C\u2019est une bénédiction qu\u2019une femme comme vous.Moi, ça me touche au coeur .Depuis longtemps, je vous admire, et, puisque ce matin j\u2019ai la chance de vous rencontrer, je vous dirai même .\u2014 Quoi donc, monsieur Frédéric ?.\u2014 Que .ma foi, écoutez, c\u2019est drôle, j\u2019étais venu avec l\u2019idée de tout vous dire, et puis, voilà, les mots n\u2019arrivent plus .Ça n\u2019est pourtant pas une mauvaise chose .Seulement, ce qui me retient, c\u2019est que, malgré votre pauvreté, malgré votre vie qui est la même que la mienne, que celle des vieux parents, qui vous aiment, malgré la misère de tout ce que je vois ici, il me semble que vous êtes d\u2019une condition supérieure à la nôtre.\u2014 Mon pauvre Frédéric .\u2014 Oh ! je ne veux pas dire que vous jouez à la grande dame, ni à celle qui est incomprise, non, mais dans toute votre allure, dans vos paroles, dans vos gestes, il y a quelque chose qui me déroute et qui justement arrête ce que je voudrais vous confier .\u2014 Quoi donc ?Parlez ! \u2014 Certainement, certainement, je vais parler .je ne suis qu\u2019un ouvrier ajusteur, mais quand je veux, je sais encore ajuster un compliment.\u2014 Un compliment à moi, Frédéric ?\u2014 Oh! je sais encore ce que vous allez dire .que vous êtes laide .depuis cet horrible accident.que vous nous avez raconté .cet incendie dont on vous a retirée le visage brûlé.avec des plaies atroces .Mais ce n\u2019est l\u2019avis de personne .On vous trouve plaisante quand même .c\u2019est les yeux qui sont superbes .Marie Talbert se mit à rire à son tour.\u2014 Et les dents ! fit Frédéric ; c\u2019est dommage que vous ne les montriez pas Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 29 plus souvent.Avec un brin de gaieté dans les yeux et un joli sourire qui découvre vos trente-deux perles, je défie bien la rue Cardinet de vous trouver laide.\u2014 Merci, monsieur Frédéric.mais est-ce que c\u2019est vraiment pour me dire tout cela que vous êtes venu ce matin ?\u2014 Oh! que non, j\u2019ai deux grosses raisons.\u2014 Lesquelles ?\u2014 La première, c\u2019est que c\u2019est aujourd\u2019hui la Sainte-Marie et que je viens vous la souhaiter.Tout à l\u2019heure, ma mère apportera le bouquet.Ça va-t-il ?\u2014 Ça va .Et la seconde ?.\u2014 La seconde .c\u2019est la plus importante.\u2014 Je le devine bien à vos hésitations .Voulez-vous que je vous aide?.que je vous confesse ?.\u2014 Moi ?dit l\u2019ouvrier, stupéfait, mais, pour cela, il faut au moins que vous vous doutiez ! Marie Talbert était devenue sérieuse.Elle tendit les mains à Frédéric et eut pour lui un bon regard complaisant.C\u2019était un homme d\u2019une quarantaine d\u2019années, à la taille haute et robuste, aux épaules larges, légèrement bombées, au visage brun, très expressif.Sa barbe blonde, courte, était bien soignée ; ses cheveux étaient coupés ras, laissant voir les attaches solides de la nuque.C\u2019était un des principaux ajusteurs de l\u2019usine Cail, et il faisait vivre de son travail son père et sa mère, impotents, qui habitaient auprès de lui, dans la maison où demeurait Marie Talbert.Veuf après deux ou trois ans de mariage, n\u2019ayant pas d\u2019enfant, il n\u2019avait pas voulu se remarier.Il regardait, étonné, Marie Talbert.Celle-ci, après un silence, avec une intention : \u2014 Eh bien ! non, mon ami, ce que vous pensez n\u2019est pas réalisable.L\u2019autre balbutia : \u2014 Quoi donc que je pense, marne Talbert ?.\u2014 Vous êtes un bon fils, on m\u2019a dit que vous aviez été un bon mari et que vous aviez tendrement soigné, jusqu\u2019à la mort, votre femme malade ; j\u2019ai pour vous la plus sincère affection, mais.#.\u2014 Mais ?.Achevez, marne Talbert, n\u2019ayez pas peur ! Vous pouvez m\u2019assommer du coup .j\u2019ai la tête dure .\u2014 Mais je ne veux pas me marier .\u2014 Vous aviez deviné ?dit l\u2019homme gêné.Ou peut-être bien que c\u2019est le père et la mère qui vous ont tout dit ! \u2014 Ne les accusez pas, j\u2019ai deviné.\u2014 Et vous me refusez ?\u2014 Oui.Ne me demandez pas les raisons de mon refus .ne me les demandez que si vous entendiez dire un jour que je vais me marier avec un autre.Et restons amis, monsieur Frédéric.\u2014-Amis, oui, marne Talbert, fit l\u2019ajusteur, décontenancé.Ah! j\u2019avais cru, pourtant, j\u2019avais espéré .que c\u2019est bête tout de même, les hommes ! N est-ce pas, marne Talbert ?.et que c est vaniteux ! Il éclata d\u2019un gros rire, pour déguiser son embarras.\u2014 Puisque c\u2019est ma fête, dit-elle, et puisque vous avez pensé à moi, dites à votre père et à votre mère de venir partager mon déjeuner.et accom-pagnez-les.Acceptez-vous ?\u2014 Je ne sais si je dois, marne Talbert .\u2014 Alors, vous m\u2019en voulez ?\u2014 Moi, marne Talbert, mais je mettrais un doigt dans l\u2019engrenage d\u2019une machine pour vous, et tout le monde sait que lorsque le doigt est pris, tout le corps y passe.\u2014 Alors, c\u2019est convenu ?A tout à l\u2019heure ! \u2014 A tout à l\u2019heure.je vous demande pardon, marne Talbert.Que c\u2019est bête, les hommes, n\u2019est-ce pas ?Ne vous moquez point trop de moi ! Et le grand garçon sortit, les yeux un peu troublés, embrouillant la clef dans la serrure.Certes, Marie Talbert était connue de toute la rue Cardinet, aux Batignolles.Lorsqu\u2019il y avait un malade, c\u2019était elle qu\u2019on venait trouver, et elle était toujours prête.\u2014 Je suis fleuriste, disait-elle, je ne suis pas garde-malade ; je reçois de l\u2019argent pour mes fleurs, mais je n\u2019en reçois pas pour les soins que je donne.Qu\u2019était-ce que Marie Talbert ?D\u2019où venait-elle ?On ne savait.Elle racontait qu\u2019elle était veuve, que son mari était mort deux ou trois jours après qu\u2019elle venait d\u2019accoucher, la laissant dans une misère atroce, et qu\u2019elle avait connu plus d\u2019une fois les jours sans pain ; elle était en province, alors, et aussitôt remise, elle vint demander de l\u2019ouvrage à Paris ; elle ne fut pas en peine d\u2019en trouver, heureusement, car elle était habile ouvrière.Le logis où elle demeurait était toujours aussi misérable ; une propreté minutieuse était son seul luxe ; mais la gêne n\u2019y habitait plus ; sa fille grandissait ; elle put l\u2019élever, lui donner des jouets, ne rien même lui refuser des premières coquetteries de l\u2019enfance, rubans aux couleurs criardes, bibelots, poupées, etc.Depuis quelques années, elle était dans le quartier des Batignolles, habitant toujours son petit appartement de la rue Cardinet, composé de deux chambres et d\u2019une cuisine.C\u2019est là qu\u2019elle avait fait la connaissance de la famille de Frédéric, les Corbier, auxquels elle avait rendu coup sur coup deux services.C\u2019était au temps où l\u2019ajusteur était gravement malade d\u2019une fièvre typhoïde qui le clouait sur son lit dans un délire continuel et mettait sa vie en danger.Marie Talbert s\u2019offrit pour le soigner et, plus d\u2019une fois, aida de ses petites économies ce pauvre ménage, dont le chef ne pouvait plus travailler.Le père et la mère Corbier, presque infirmes tous les deux, pleuraient de joie chaque fois que Marie Talbert entrait chez eux, et ce fut une fête lorsqu\u2019elle annonça, avec le médecin, que Frédéric allait entrer en convalescence.Mais les tracas de ces pauvres gens n\u2019étaient pas terminés.Un jour \u2014 c\u2019était la première fois que Frédéric se levait \u2014 Marie Talbert déjeunait avec les Corbier ; on avait un potage ; il y avait aussi une bouteille de vieux vin dont le prix avait fait évanouir quinze jours au moins d\u2019économies ; il y avait encore une tarte aux cerises, et Frédéric, dont l\u2019appétit commençait à revenir, s\u2019apprêtait à faire honneur à une cuisse de poulet, lorsque, tout à coup, on frappa deux ou trois coups à la porte.Ce fut la mère Corbier qui alla ouvrir.Une femme de trente à quarante ans, hâve, jaune, aux yeux fiévreux, maigre et se tenant à peine, entra, essoufflée, n\u2019en pouvant plus.Et, d\u2019une voix enrouée, s\u2019y reprenant à trois ou quatre reprises, tant elle suffoquait : \u2014 Pristi ! maman, que c\u2019est haut pour venir vous voir .surtout quand on n\u2019a pas pour deux sous de respiration .\u2014 Laurence ! ma fille ! dit la mère.Et, au lieu de s\u2019avancer, les bras tendus, elle reculait, toute pâle, ^ et dans ses yeux on lisait de la colère et du dégoût.Tous ceux qui étaient là se relevèrent ; Marie Talbert, seule, resta sur sa chaise.La femme s\u2019était assise, n\u2019en pouvant plus, et, courbée en deux, les mains sur la poitrine, respirait péniblement.t* \u2022 «, oJÎkMt dsu mxû/nfô nutüAk .et reine de ses deux pièces! Mariée en temps de guerre, elle n\u2019a pas d\u2019égal pour résoudre les problèmes qui nous occupent aujourd\u2019hui.L\u2019entretien de son home .le soin du bébé .la préparation des repas .et son mari, un vétéran, de retour .espérant retrouver la gaie compagne de ses souvenirs.Et ne l\u2019est-elle pas! Même quand le bébé pleure, les légumes brûlent, et son mari insiste à aller danser! Durant ses \u2018jours difficiles\u2019 elle trouve les serviettes Modess d\u2019une protection exceptionnelle.Elles lui procurent tout le confort et un peu de luxe .sans autre frais! 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En effet, elle n\u2019avait plus qu\u2019un souffle.Les Corbier la regardaient ; une pitié remplaçait peu à peu leur colère.Ils n\u2019avaient jamais pardonné à leur fille de les avoir quittés quinze ou vingt ans auparavant.Tout ce qui était humainement possible, ils l\u2019avaient fait, pour qu\u2019elle rentrât au logis paternel.Mais, après être restée deux ou trois ans en service, tout à coup, Laurence s\u2019était lancée dans la galanterie et avait roulé, de débauche en débauche, jusqu\u2019aux vices les plus ignobles.Maintenant, tout était fini ; la santé était épuisée ; la beauté avait disparu ; elle avait maigri, la fièvre avait remplacé l\u2019éclat limpide de ses yeux noirs, rieurs ; les coins de la bouche tombaient tristement, découvrant des dents malades ; une teinte jaune se répandait sur ses joues, aux pommettes saillantes, et, sur le front, étaient creusées des rides profondes que la poudre de riz n\u2019effaçait plus depuis longtemps.Laurence prit pour de l\u2019hésitation la compassion de ses parents.Elle se leva, avec un geste d\u2019indifférence : \u2014 Après tout, dit-elle, je ne veux pourtant pas vous forcer.Si je vous embête, faut pas le taire.\u2014 Reste ! dit la mère.En l\u2019état où tu es, nous ne pouvons pas te laisser partir.Nous ne sommes pas riches .ton frère vient d\u2019être longuement malade .cela a mangé nos ressources, et si nous n\u2019avions pas eu Mme Talbert, je ne sais vraiment pas comment nous en serions venus à bout.Heureusement, Frédéric est hors de danger.Dans quelques jours, il travaillera.Toi, quand tu seras guérie, est-ce que tu comptes reprendre ta vie d\u2019ignominies ?Laurence eut un accès de gaieté qui lui amena une horrible quinte de toux.\u2014 Moi, guérie ?Mais regardez-moi donc encore une fois !.J\u2019en ai pour huit jours, et si je les dépasse, je veux bien qu\u2019on m\u2019étrangle pour que ça aille plus vite .Le déjeuner se passa tristement ; on s\u2019était serré pour faire une place à la fille ; elle essaya de manger, mais ne le put.Elle se trouvait en face de Marie Talbert et ne détachait pas le regard de ce visage criblé de brûlures, où les yeux seuls, bruns, avec des lueurs d\u2019or, rappelaient sans doute une grande beauté, à coup sûr une distinction suprême, supérieure à la position de cette femme.Et, machinalement, Laurence murmura : \u2014 C\u2019est drôle, j\u2019ai vu ces yeux-là quelque part.Puis elle n\u2019y pensa plus.Elle eut une faiblesse dans l\u2019après-midi, et il fallut la coucher.Ce fut encore Marie Talbert, la dévouée, qui s\u2019offrit pour la soigner.D\u2019abord, Laurence s\u2019y était refusée.-\u2014 Elle me fait peur, cette femme .avec son visage .et puis, elle ne dit jamais rien, et je n\u2019aime pas les gens silencieux.A la fin, elle s\u2019y résigna.Le lendemain, comme elle allait un peu mieux, elle voulut se lever, se traîna près de la fenêtre, par où entrait un chaud rayon de soleil.Elle était seule avec Marie Talbert; Frédéric était allé se promener doucement le long du boulevard des Bati-gnolles ; les deux Corbier étaient chez le concierge ; Marie travaillait à ses fleurs, pendant que la malade, affaissée dans un vieux fauteuil de reps rouge, les lèvres largement ouvertes, sentait sa vie s\u2019en aller souffle , à souffle, et, comme une bête résignée, attendait la mort.Tout à coup, Laurence dit : \u2014 Vous avez dû être belle, madame Talbert.Marie sourit tristement et haussa les épaules.\u2014 Vous avez une fille ?.Je ne l\u2019ai pas encore aperçue.\u2014 Elle viendra tout à l\u2019heure.Je l\u2019attends pour aller reporter son ouvrage et le mien.\u2014\tJe la verrai volontiers.\u2014\tPourquoi ?\u2014\tUne idée .une idée bizarre .je vous la dirai.Marie Talbert regarda longuement Laurence, mais celle-ci avait détourné les yeux, essayait de dormir, parut même sommeiller un instant, et ne se réveilla que lorsque la porte s\u2019ouvrit.Grande, souple, déjà jeune fille, bien qu\u2019elle n\u2019eût guère que quinze ans, elle avait une de ces figures angéliques, inoubliables, les cheveux abondants et fins, massés sur le front, les yeux bruns comme ceux de sa mère, les lèvres ourlées, rouges comme une feuille de pivoine.Elle embrassa Marie et adressa un regard compatissant à Laurence, qui agonisait.Celle-ci semblait encore plus pâle depuis que la jeune fille était entrée.Une sorte de râle sortait de sa gorge.\u2014 Vous souffrez ?demanda Marie Talbert.Laurence fit un signe affirmatif, et ses yeux dilatés ne quittaient pas la jeune fille.\u2014\tA boire ! à boire ! dit-elle.Marie lui tendit un verre, qu\u2019elle vida d\u2019un trait ; alors, Laurence parut plus calme.\u2014 Dites à votre fille de s\u2019en aller.Marie Talbert crut n\u2019avoir pas compris, mais la malade répéta.Alors : \u2014 Diane, laisse-nous, mon enfant.Les deux femmes restèrent seules, et Marie interrogeait Laurence de son regard étonné.Celle-ci semblait en proie à une vive émotion.\u2014 J\u2019en étais sûre! j\u2019en étais sûre! disait-elle.\u2014 Qu\u2019avez-vous, pauvre femme ?La vue de mon enfant vous rappelle-t-elle quelque souvenir, quelque tristesse de votre passé ?\u2014 Ah ! un remords ! \u2014 Un remords ! Il y eut un silence .Tout à coup, Laurence se souleva sur son fauteuil, en réunissant toutes ses forces, et, d\u2019une voix basse, qui avait quelque chose d\u2019étrangement suppliant : \u2014 Regardez-moi donc bien, dit-elle, vous ne me reconnaissez pas ?.Marie Talbert la considérait.-\u2014 Non, dit-elle, je ne me rappelle pas.\u2014 Ah ! c\u2019est qu\u2019en effet je suis bien changée.Vous vous êtes versé du vitriol sur le visage pour qu\u2019on ne vous reconnaisse point, mais moi je n ai pas eu besoin de vitriol comme vous.la vie que j\u2019ai menée a fait ce qu\u2019ont fait vos brûlures .et vous le voyez, moi j\u2019ai mis tout de suite un nom sur votre physionomie .tandis que rien ne me rappelle à vos souvenirs.Marie Talbert s\u2019était levée.et brusquement : \u2014 Que voulez-vous dire ?Rien, sinon que votre fille vous ressemble, mademoiselle Jeannine.Marie eut un grand cri : 555555555555555555555555555555555555555555555555555555555555555555555555555555E555555555 050500100804020000090705020011000000100100000004010200000202015300 Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 31 Mes Recettes Par Mme ROSE LACROIX de l'Ecole Ménagère Provinciale et de l\u2019Institut Ménager de LA REVUE POPULAIRE, du SAMEDI et du FILM POUDING AUX POMMES 10 à 12 pommes\t14 de tasse de miel le jus et le zeste d\u2019un citron % tasse de biscuits soda écrasés\t1 tasse de farine 6 c.à tb.de beurre % tasse de cassonade\t1 pointe de cannelle Faire cuire les pommes dans le four en même temps que le gigot.Pour hâter la cuisson, on peut les couper en quartiers sans les peler et sans enlever le coeur.Il sera bon de beurrer légèrement le plat dans lequel on les fera cuire.Passer en purée.Ajouter le miel, le jus de citron et les miettes de biscuits.Mettre cette purée dans un plat à gratin bien beurré.L\u2019étendre uniformément.D\u2019autre part, émietter le beurre dans la farine et la cassonade.Aromatiser avec une pointe de cannelle au goût et étendre ce mélange qui doit rester sec sur le dessus des 6 pommes.Faire cuire à four chaud 400° F.jusqu\u2019à ce que ce soit gratiné.8 services.\u2022 CONFITURE DE CITRONNELLE Couper les citronnelles en tranches d\u2019un % pouce.Peler et couper en gros dés.Faire tremper toute la nuit dans une saumure légère : 1 c.à thé de sel par pinte d\u2019eau.Le lendemain, égoutter et faire cuire à feu doux avec de l\u2019eau à l\u2019égalité jusqu\u2019à ce que tendre.Ajouter 2 tasses de sucre, le jus et le zeste d\u2019un citron pour 6 tasses de citronnelle.Cuire jusqu'à transparence.Verser dans des bocaux stérilisés, paraffiner et conserver au frais.\u2022 POTAGE AUTOMNAL 4 tasses de bouillon ou d\u2019eau\t1 chou-fleur V2 tasse d\u2019oignon haché finement 1 tasse de céleri taillé en filets\t4 c.à tb.de farine 2 tasses de lait sel et poivre\tpersil frais Couper le chou-fleur de façon à ne prendre que le dessus des fleurettes.Faire cuire dans le bouillon ou l\u2019eau avec les oignons et le céleri, V2 heure.Délayer la farine avec un peu de lait froid et ajouter au potage en brassant jusqu\u2019à épaississement, puis y mettre le reste du lait.Faire jeter un bouillon.Bien assaisonner de sel et poivre et parsemer de persil frais haché.On peut au goût épaissir plus en ajoutant de la farine ou diluer en mettant plus de lait pour obtenir la consistance désirée.Excellent potage.On pourra utiliser le reste du chou-fleur le lendemain en le servant comme légume.6-8 services.\u2022 GIGOT D\u2019AGNEAU A LA MENTHE Parer un gigot d\u2019agneau, c\u2019est-à-dire le débarrasser des peaux et de l\u2019excès de graisse qui l\u2019entoure.Introduire sous la peau des filets d\u2019ail.Placer sur un gril dans une lèchefrite à 450° F.Sitôt que le gras commence à roussir, diminuer la chaleur à 300° F.et continuer la cuisson environ V2 heure par livre.Quand la viande est bien brune et que le fond de cuisson est également brun, on peut ajouter de l\u2019eau chaude pour faire la sauce.Mais ne pas arroser la viande avec cette sauce.Servir brûlant dans des assiettes bien ohaudes avec une sauce à la menthe.\u2022 SAUCE A LA MENTHE V2 verre de gelée de raisin 2 c.à tb.de menthe fraîche finement hachée 1 c.à tb.de zeste d\u2019orange râpé\t2 c.à tb.de vinaigre Couper la gelée de raisin qui doit être bien ferme, en cubes.Ajouter la menthe, le zeste d\u2019orange et le vinaigre.Mêler le tout sans s\u2019occuper de faire fondre la gelée et servir aussitôt avec l\u2019agneau.\u2022 POMMES DE TERRE RISSOLEES Faire cuire les pommes de terre avec la pelure dans un plat couvert avec un peu d\u2019eau dans le four pour profiter de la chaleur.Les mettre au four en même temps que le gigot.Quand elles sont tendres, les sortir du four, les peler et les mettre dans la lèchefrite autour du rôti.Les retourner souvent pour les faire rissoler.Succulent GÂTEAU êPICé ! Vous Pouvez le Réussir Léger et duveteux comme une plume .avec l\u2019atome d\u2019une cuisine de campagne .ce Gâteau Epicé fera sûrement dire au maître de la maison \"Je n\u2019ai jamais goûté à un gâteau aussi délicieux ! Et vous pouvez toujours escompter le même succès complet, si vous employez la Farine a Gateaux Swans Down.Que vous vous serviez d\u2019une recette ordinaire ou économique\u2014pour gâteau éponge ou gâteau au beurre\u2014la Swans Down fait des gâteaux délicieusement tendres et veloutés, fondants, moites et savoureux.Et les gâteaux à texture fine qui sont faits avec de la Swans Down se gardent frais plus longtemps.Faite avec du blé sélectionné pour ses qualités spéciales, son gluten tendre et léger, idéal pour la confection des gâteaux, la Swans Down est moulue d\u2019après un procédé exclusif, tamisée et retamisée à travers de la soie jusqu\u2019à ce qu\u2019elle soit 27 fois plus fine que la farine ordinaire.Débutante ou experte\u2014vous ferez un meilleur gâteau avec la Swans Down.GÂTEAU ÉPICÉ VIEILLE MODE 2V2 tasses de Farine à Gâteaux Swans Down tamisée 21/2 cuillerées à thé de Poudre à Pâte Calumet Vb cuillerée à thé de sel 1 cuillerée à thé de cannelle 1/2 cuillerée à thé de macis V4 cuillerée à thé de clous de girofle 1/2 tasse de shortening (avec une partie de beurre, de préférence) 1\ttasse de sucre 2\toeufs, non bcttus 1/3 tasse de mélasse 1 tasse de lait Tamisez la farine une fois, mesurez-la, ajoutez-y la poudre à pâte, le sel et les épices, et tamisez le tout trois fois.Crémez le shortening; ajoutez graduellement le sucre et crémez jusqu'à consistance légère.Ajoutez les oeufs, un à la fois, en battant bien apres chaque addition.Ajoutez la mélasse et mélangez.Ajoutez la farine, alternativement avec le lait, très peu à la fois, en battant bien après chaque addition jusqu\u2019à consistance lisse.Faites cuire dans deux moules à gâteau étagé de 9 pouces de diamètre, environ 25 minutes, à four modéré (37 5 ° F.).Délicieux si vous le garnissez et le recouvrez d\u2019un glaçage au caramel et le saupoudrez de noix hachées.Ou servez-vous de confiture pour la garniture et de votre glaçage préféré.Comment la Swans Down Diffère des Farines Ordinaires: PLUS FINE\u2014comme le sucre à glaçage est plus fin que le sucre granulé! PLUS UNIFORME\u2014comme les pois triés sont plus uniformes que ceux qui ne le sont pas! PLUS LEGERE\u2014comme les pommes de terre passées au tamis sont plus légères que les pommes de terre à l\u2019anglaise! BLÉ CHOISI POUR SON GLUTEN LÉGER\u2014comme vous choisissez les morceaux de viande les plus tendres! Si un gâteau vaut la peine d'être fait\u2014il vaut la peine de l'être avec de la FARINE À GATEAUX Swans Down MARQUE DEPOSE^ Un Produit de General Foods Recettes Essayées sur Chaque Boîte S-246MF 32 Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 LES CRAYONS VELVET SONT VENUS PENCIL CO.LTD.TORONTO ¦x \\o DE 14/'fy Cela signifie que la mine est en réalité liée au bois.Vous ne pouvez pas acheter de meilleurs crayons pour le bureau ! FRICTION Doux, non irritant, Meaihola tum soulage vite les enfants ayant un rhume de poitrine.La friction dissipe la douleur et la congestion, ou l\u2019argent est remboursé.Pots, tubes, 30c.MENTHOLATUM réconforte tous les jours \u2014 Mais qui êtes-vous ?\u2014 Eh ! Laurence, votre ancienne femme de chambre.Marie Talbert était en proie à une émotion si violente qu\u2019elle se trouvait mal.Et Laurence elle-même, tout affaiblie par les efforts qu\u2019elle venait de faire, râlait dans son fauteuil ; une chaleur brusque l\u2019étouffait ; dans une convulsion, elle se raidit.\u2014 Ah ! je vais mourir, dit-elle, c\u2019est fini.Elle ferma les yeux.La faiblesse la prenait.Par bonheur, les Corbier rentrèrent.Les deux femmes semblaient mortes.Un peu d\u2019eau fraîche fit revenir à elle Marie Talbert, mais pour Laurence, il fallut appeler un médecin.Il y en avait un dans la maison, heureusement .Il arriva aussitôt.Après un examen rapide, il tira sa montre : \u2014 Cette fille en a pour deux heures à vivre, dit-il.Elle est usée jusqu\u2019à la corde.\u2014 Reprendra-t-elle connaissance ?\u2014 Peut-être.Juste à temps pour se voir mourir.Au bout d\u2019une heure, Laurence s\u2019agita dans son lit, rouvrit les yeux, regarda ceux qui l\u2019entouraient.\u2014 Ah ! dit-elle, je vais .y .passer ! Elle reconnut son père, sa mère, chercha Frédéric, mais l\u2019ajusteur n\u2019était pas rentré.Son regard s\u2019arrêta sur Marie Talbert.Elle essaya encore de parler, ne le put ; elle étouffait toujours.Pourtant, elle parut réunir ses forces ; elle fit signe aux Corbier, qui s\u2019éloignèrent du lit, et, d\u2019une voix rauque, inintelligible : \u2014 Penchez-vous ! dit-ellq à Marie Talbert .autrement.vous .ne .m\u2019entendrez .pas .Marie Talbert obéit.\u2014 N\u2019est-ce pas ?.Je .ne .me .suis .pas .trompée ?.Vous êtes bien mademoiselle .Jeannine .Jeannine Vilmorin .C\u2019est inutile.à quoi bon nier ?Est-ce que .vous avez .peur .que je vous .fasse du mal ?Je vais trépasser .Je ne me .repens guère .de la .vie.que j\u2019ai menée .C\u2019est Paris .voyez-vous .c\u2019est Paris .Mais il y a quelque chose que je voudrais.que je voudrais bien vous confier .avant de mourir .parce que ça m\u2019est.resté .sur le cœur .comme un poids .depuis quinze .ans .Seulement.avant tout.il faut que je sois sûre .\u2014 Dites .Est-ce vous ?.mademoiselle Jeannine ?.Alors, Marie Talbert, si près de To-reille de la moribonde qu\u2019elle la touchait presque : \u2014 Oui, Jeannine, c\u2019est moi ! \u2014 Je le savais .je ne me .trompais pas .Et cette enfant.que vous appelez Diane .elle est à vous .et vous n\u2019êtes pas mariée .Donc .je suis sûre .oui, je suis sûre .que .c\u2019est la nuit.la nuit où Ton est venu.où vous étiez si profondément .endormie.que j\u2019ai été obligée .de vous porter .oui, c\u2019est cette nuit-là.Votre fille a quinze ans.et il y a quinze ans.de cela .\u2014Parlez ! parlez !.dit Marie Talbert, si émue que ses yeux se fermaient comme s\u2019ils ne pouvaient supporter plus longtemps la lumière, et qu\u2019elle fût obligée de s\u2019asseoir ; ses jambes se dérobaient sous elle.Parlez, Laurence .Que savez-vous ?-\u2014 Je sais tout.c\u2019est moi qui l\u2019ai introduit auprès de vous .la nuit.et c\u2019est moi aussi qui.lui ai donné les moyens .de s\u2019enfuir.sans être vu.\u2014 Ah ! malheureuse ! malheureuse ! \u2014 Oui, je ne suis qu\u2019une .misérable .je ne me fais pas d\u2019illusions là-dessus .Et ça ne m\u2019a guère profité .comme vous le voyez .Effrayante, Marie Talbert, penchée au-dessus d\u2019elle, les yeux dilatés, pleins d\u2019éclairs, semblait vouloir retenir ce souffle de vie qui s\u2019en allait.Ah ! si elle avait pu lui donner un peu de son sang pour la faire vivre une heure de plus ! \u2014 Cet homme, Laurence, vous allez me dire qui il est.vous le connaissez .vous savez ce qu\u2019il est devenu.J\u2019ai, depuis quinze ans, usé ma vie à le chercher.Il a bien fallu, à la fin, que le découragement vint ; je n\u2019avais qu\u2019un indice, et cet indice, m\u2019a été inutile.ce crime est resté impuni.et peut-être, à l\u2019heure qu\u2019il est, est-il même effacé de la mémoire de celui qui Ta commis.mais mon désir de vengeance est aussi vif.Ah ! Laurence, dites-moi son nom, et Dieu vous pardonnera, comme je vous pardonne le mal que vous m\u2019avez fait.Laurence essaya une seconde fois de parler, mais ne le put .Marie Talbert eut peur : \u2014 Reposez-vous, dit-elle, reposez-vous.Ne faites pas d\u2019efforts.Tenez, buvez.Attendez qu\u2019un peu de forces vous revienne .Et, toute tremblante de voir lui échapper cet espoir suprême qui, depuis quinze ans, la faisait vivre, elle continua : \u2014 Et c\u2019est pour être plus sûre de ma vengeance, pour être certaine que je ne serais pas reconnue, pour passer inaperçue au milieu de ceux qui me connaissaient, m\u2019avaient vue brillante et parée, que je me suis défigurée affreusement .Ah ! la perte de ma beauté n\u2019était rien.je ne m\u2019en sou- ciais guère.j\u2019aurais gaiement donné ma vie.en échange de ce nom que j\u2019ai demandé à tous les coins de Paris.vainement.Laurence se soulevait, péniblement : \u2014 Je vais vous le dire, moi.\u2014 Laurence ! Laurence ! fit Marie Talbert.Et ses mains se serraient convulsivement.Sa respiration s\u2019était arrêtée ; le sang était remonté au cœur ; les yeux de la moribonde et ceux de la vitriolée se croisèrent.\u2014 Vous rappelez-vous?.ah ! penchez-vous encore.plus près .je n\u2019en peux plus .\u2014\tParlez, Laurence, au nom de tout ce que vous avez aimé.de tout ce qui vous a été cher.parlez.\u2014\tVous rappelez-vous .la baronne Josépha Nertann ?.\u2014\tOui ! -\u2014Vous savez ce qu\u2019elle est devenue depuis quinze ans ?.Vous devinez à quoi je fais allusion ?\u2014\tOui, dit Marie Talbert d\u2019une voix altérée.la baronne est maintenant la préférée de Martial Navarre .\u2014\tVotre ancien fiancé.\u2014\tMais quel rapport ?\u2014\tUn rapport direct.Celui à la recherche duquel vous avez sacrifié votre vie .\u2014\tC'est ?La moribonde s\u2019arrêta encore.mais une rage passa dans ses yeux, une épouvante de mourir sans le soulagement suprême de cet aveu.Alors, elle eut un cri sourd, et par deux fois : \u2014\tC\u2019est.Nertann ! c\u2019est Nertann ! Une convulsion lui tordit les mem- ' bres .elle se retourna sur le ventre, raidit les bras.essaya de se lever, QUI EST-IL, QUI EST ELLE?SITA RIDDEZ.(voir page 16), considérée, à juste titre, comme la grande dame de notre radio et de notre théâtre.Lauréate du Conservatoire de Paris, elle a joué en France aux côtés du grand Pierre Richard-Willm.Mlle Riddex, qui est la fille de feu Jean Riddex de l'Opéra de Paris, est une Interprète spécialisée des classiques français.Elle dirige aussi des classes brillantes de phonétique. Le Samedi, Montréal, 16 novembre 1946 33 puis retomba, la tête pendante hors du lit.La bouche était toute grande ouverte .les yeux vitreux .L\u2019immobilité complète .elle était morte .Et près d\u2019elle, Marie Talbert, la tête dans ses mains, une folie au cerveau.Marie Talbert murmurait : \u2014 Nertann ! Nertann ! Les Corbier s\u2019étaient approchés du lit et agenouillés, devinant que Laurence avait trépassé.Mais Marie ne les voyait pas, ne faisait pas attention à eux.Elle était à cent lieues de là, et bien qu\u2019elle regardât la morte maintenant, son esprit était autre part.Elle évoquait ces quinze années de souffrances volontaires endurées pour fuir le monde, pour fuir la honte qui eût rejailli sur elle .après la naissance de l\u2019enfant.Elle évoquait, tout au bout de ces quinze années-là, l\u2019effroyable nuit d\u2019où ses misères étaient parties .\u2014 C\u2019est le baron Nertann !.Malheur ! malheur ! Elle rentra chez elle ; elle avait besoin de se recueillir.Diane était là, travaillant.\u2014 Cette pauvre femme semblait bien malade, dit la jeune fille.\u2014 Elle vient de mourir ! \u2014 Voulez-vous, ma mère, que j\u2019aille prier auprès d\u2019elle ?.Marie Talbert eut comme un rugissement : \u2014 Toi ! toi ! toi ! Une effroyable haine éclatait dans ses yeux, et Diane, effrayée, recula .\u2014 Mon Dieu! qu\u2019avez-vous ?.Qu\u2019ai-je dit, qu\u2019ai-je fait, mère?.Diane, sa fille, allant prier pour cette femme, dont le crime avait favorisé l\u2019ignoble débauche de Nertann, son père ! pour cette femme qui avait préparé à Nertann la nuit effroyable d\u2019où elle était née, elle, l\u2019innocente ! Cela lui paraissait une monstruosité.Elle, Jeannine, avait pu jeter son pardon sur le cadavre de Laurence, mais Diane, jamais !.\u2014 Non, ma fille, cette femme n\u2019a pas besoin de prières .Eloigne d\u2019elle ta pensée.Viens .accompagne-moi ! \u2014 Vous n\u2019êtes pas malade?\u2014 Non.un peu de fatigue seule-# ment.j\u2019étouffe et j\u2019ai besoin de prendre l\u2019air .Chapitre II Rapidement, en quelques lignes, nous devons dire quelle avait été la vie de Jeannine depuis le suicide de Vilmorin.Et d\u2019abord, pourquoi Vilmorin s\u2019était-il tué ?C\u2019est que Jeannine, qui, la veille encore, après avoir entendu les promesses de Martial, aimant quand même, aimant toujours, renaissait à l\u2019espérance, Jeannine avait eu une révélation terrible .Elle était enceinte .Elle avait voulu en avoir la certitude .avait couru chez un médecin .et elle en était revenue en se disant que, cette fois, c\u2019en était fait de son bonheur et de sa vie, et que c\u2019était la honte jusqu\u2019au dernier jour.Ce nouvel aveu, tombant sur Vilmorin au moment où la dernière conversation de Navarre, rapportée par sa fille, lui faisait croire encore à des jours plus calmes, enleva ce qui lai restait de courage .Il eut un accès de folie, pendant lequel il ne réfléchit point que sa fille allait se trouver dans un isolement affreux, déshonorée et abandonnée, et il se brûla la cervelle .Jeannine, après avoir vu son père sanglant, était restée une heure évanouie .Quand elle revint à elle .quand elle comprit quelle allait etre sa vie désormais.elle s\u2019enfuit, erra dans Paris plusieurs jours, soutenue par la fièvre, sans pensée fixe, et ce fut seu- lement lorsque la faiblesse la prit, et une immense fatigue, que sa surexcitation s\u2019apaisa et qu\u2019elle devint plus calme.D\u2019abord, la misère l\u2019effraya .Elle songea à retourner à Neuilly, dans cet intérieur confortable, au milieu de ce luxe auquel elle était habituée.Mais la honte fut la plus forte.Elle était courageuse ; elle avait une énergie mâle ; ce découragement ne dura guère.\u2014-Retourner à Neuilly, se dit-elle, retrouver là tous ces souvenirs vivants pour ainsi dire autour de moi.voir la pitié d\u2019abord, tant que mon déshonneur ne sera pas connu, l\u2019ironie ensuite et le délaissement lorsqu\u2019on saura tout.Non, c\u2019est plus fort que moi.je ne pourrais pas.je ne pourrais pas .Elle allait d\u2019hôtel garni en hôtel garni, vivant de la vente des bijoux qu\u2019elle avait emportés.Des mois s\u2019écoulèrent ; elle accoucha d\u2019une fille.Quand elle fut remise, ne craignant plus maintenant d\u2019être malade, elle se fit cette horrible opération qui l\u2019avait défigurée.Les souffrances furent atroces.On voulut l\u2019envoyer à l\u2019hôpital.Elle s\u2019y refusa.Un mois après elle était guérie.Elle changea de quartier, pour se faire oublier de ceux qui l\u2019avaient vue .Elle voulait recommencer une vie nouvelle, maintenant que, sur son pauvre visage déformé il n\u2019y avait plus rien de commun avec la Jeannine d\u2019autrefois.Elle voulait aussi, maintenant qu\u2019elle était à l\u2019abri de tout soupçon, remuer Paris pour trouver l\u2019infâme, faisant naître les occasions, attendant un hasard, avec la patience du sauvage.Habile de ses mains, elle trouva de l\u2019ouvrage .elle en trouva beaucoup .elle ne souffrit donc point et put élever la petite Diane, maladive et souffreteuse, qui demandait des soins constants .Ah ! le drame funèbre des premiers temps de cette enfance, qui le dira ?Quand la petite vint au monde, des idées sanglantes passaient dans la tête de la mère .la haine vouée au père inconnu retombait sur l\u2019enfant.et cela, d\u2019instinct.sans raisonnement.Quand le petit être cria, elle eut un soubresaut, et les mains sur les oreilles, presque debout sur son lit : \u2014 Emportez-le .emportez-le .Je ne le veux pas.Ce n\u2019est pas à moi.Et cette réflexion horrible : \u2014 S\u2019il pouvait mourir ! Les premiers temps, elle refusa toujours de voir sa fille.refusa même de lui donner à boire.Mais l\u2019enfant naît de la femme encore plus que de l\u2019homme; ses entrailles maternelles finirent par s\u2019émouvoir, et après bien des repulsions, des luttes douloureuses, le berceau de Diane, ce furent les bras de Jeannine .Ce ne fut pas le chaste embrassement où il semble que l\u2019enfant n\u2019a qu\u2019une seule âme, une seule chair avec la mère.ce ne furent pas les tendresses sans arrière-pensée, les sourires, les regards brillants d\u2019amour de toutes les mères.Ce fut comme une affection inquiète où il y avait une immense pitié pour cet être né d\u2019un crime, voué au malheur par sa naissance ; ce fut parfois aussi une affection dont les témoignages avaient quelque chose de farouche .Même dans ses épanchements, on devinait la haine, non pour la petite, mais pour celui que ses yeux ne pouvaient s\u2019empêcher de voir, derrière ce sourire d\u2019innocence s\u2019essayant aux premiers babils.L\u2019enfant grandit, au milieu des préoccupations de la mère, dans cette vie désolée, comme une fleur délicate au milieu de l\u2019aridité nue d\u2019un roc ; et souvent Jeannine se surprenait à chercher sur ce jeune visage la ressemblance qu\u2019elle attendait, espérant que La brosse ne chasse pas HOcteur De Denture J Porteurs! Trempez votre pont ou dentier dans Polident pour le garder inodore et hygiénique Laissez tremper votre dentier quinze minutes ou plus dans Polident .rincez-le ., .et il est prêt à servir.L\u2019odeur de denture est un sérieux problème social.Elle peut rendre votre contact désagréable pour vos amis ou vos proches et inspirer une \u201crépulsion\u201d à des indifférents qui autrement ignoreraient que vous portez un \u201crâtelier\u201d.L\u2019odeur de denture ne se dissipe pas au \u201cbrossage\u201d.C\u2019est que le brossage avec pâtes, poudres ou savons ordinaires risque d\u2019égratigner votre dentier, 60 fois plus délicate que les dents naturelles.Les particules d\u2019aliments et la pellicule qui s\u2019attachent à ces crevasses invisibles cause cette vilaine ODEUR DE DENTURE.Avec Polident, pas de brossage ni odeur de denture.Un simple bain quotidien le rend absolument inodore, propre, hygiénique.Essayez Polident aujourd\u2019hui.Revient à moins de 1
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