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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 31 décembre 1938
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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  • Nouveau samedi
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Le samedi, 1938-12, Collections de BAnQ.

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[" Morrtréal, 31 décembre 1938 LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS 50e année, No 31 te Samedi Vous en avez DANIELLE DARRIEUX t pour votre argent TRES rares sont,\u2014dans quelque pays ou quelque langue que ce soit, \u2014 les revues qui contiennent autant de texte que En janvier : LA REVUE POPULAIRE de JANVIER offre à ses nombreux et sympathiques lecteurs et lectrices un très beau roman d'amour qu'on lira avec émotion : Le Triomphe de l\u2019Or par LEO DARTEY En plus de ce roman dont l'auteur est un des plus populaires auprès de nos lecteurs et lectrices, la livraison de janvier contiendra une foule d'articles et de chroniques abondamment illustrés de photos et de dessins par des artistes de chez nous.On lira avec un intérêt tout particulier l'article de Fernand de Verneuil sur les prédictions des plus grands astrologues du monde pour I année 1939; ceux de MM.Aimé Plamondon et Roland Prévost sur le Séminaire de Québec et aussi sur la nouvelle chaire de Coopération à l'Ecole des Sciences sociales, politiques et économiques de l'Université Laval; un article de Mme Pierre Casgrain sur le féminisme; une étude sur l'adolescence et la jeunesse de Louis Hémon, avec des révélations intéressantes, etc., etc.De plus, de nombreuses pages illustrées en couleurs et une foule d'articles pour la femme, sa toilette et son foyer.LA REVUE POPULAIRE ON peut compter sur les cinq doigts de la main celles qui font cadeau à leurs lecteurs et lectrices, POUR UN PRIX AUSSI MODIQUE, d'un roman complet d'un dollar au moins, en plus de nombreux articles illustrés.Alors que la plupart des revues aussi bien françaises qu'anglaises et américaines diminuent graduellement de volume depuis un an, nous maintenons LA REVUE POPULAIRE à 60 pages au moins et n'épargnons rien pour en améliorer constamment le texte et la présentation.Coupon d'abonnement : LA REVUE POPULAIRE Ci-inclus $1.50 pour 1 an ou $2.00 pour 2 ans (Etats-Unis : $1.75 pour 1 an ou $2.50 pour 2 ans) d'abonnement à LA REVUE POPULAIRE.Nom Adresse Ville\tProv.POIRIER, BESSETTE & Cie, Ltée, 975, rue de Bullion, Montréal, Can. 50e année.No 31 \u2014 31 décembre 1938 3 CARNET EDITORIAL Année du Cinquantenaire du \" Samedi \" NOTRE COOVERTURE : GABY MORLAY.la grande actrice française qui jouera toute cette semaine à Montréal.LES PUBLICATIONS POIRIER.BESSETTE & CIE.LIMITEE 975.RUE DE BULLION MONTREAL - CANADA \u2022 Tél.: PLateau 9638* \u2022 Entered at the Post Office of St.Albans.Vf., as seçond class matter under Act ot March 1879 \u2022 ABONNEMENT CANADA Ü- an,.*3.50 Trois mois.-.1 \u2022 ETATS-UNIS ET EUROPE Un an.,.- *l°g Trois mois.1 \u2022 Heures de bureau : 9 h.a.m.à 5 h.p.m.Le samedi, 9 h.a.m.à midi \u2022 AVIS AUX ABONNES \u2014 Les abonnés chanqeant de localité sont priés de nous donner un avis de huit lours l'empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq jours avant leur expédition.PRÉFACE D\u2019ANNÉE PLUSIEURS fois, à cette même date c'est-à-dire au commencement d'une nouvelle année, je me suis amusé à jouer au prophète.Un tout petit prophète, pas très sérieux et moins encore calamiteux.Bref, je ne veux pas être ce qu'on appelle un prophète de malheur mais cela ne m'empêche aucunement d'éplucher un peu les hauts faits et méfaits de monsieur Progrès et de madame Civilisation; après quoi j'essaie de tirer les conclusions de leur inconduite.\t.C'est un petit jeu comme un autre et que je trouve plus intéressant que la politique toute crue, car la politique est souvent crue si les politiciens ne le sont pas toujours.Seulement, elle est crue à sa manière, en ce sens qu elle est souvent mal cuite.Et cela lui arrive en moyenne dix fois sur dix quand elle est cuisinée dans la marmite mondiale.Voyons donc ce qu'on a mis dans cette marmite au cours de 1938 et cela nous donnera quelque idée du ragoût préparé pour 1939.Otons le couvercle de la marmite .Pouah ! ça ne sent pas très bon ! Que peut-il bien y avoir là-dedans ?Au hasard de la fourchette je pique un morceau; il est coriace.Un os, peut-être ?\t, \u2014 C'est de la dictature, m'apprend un marmiton; ce n est ni chair ni poisson, ni lard ni cochon; ce n'est pas du cuir, ni de la bidoche; dans le répertoire de la mangeaille on appelle ça du \"tirant\".Ça tient de la place et ça parait bien dans une assiette, surtout une assiette au beurre.Pourtant, l'estomac n'y trouve que très rarement son compte; un jour ou l'autre on jette le tirant par la fenêtre.\u2014 Et ceci ?dis-je en piquant un autre morceau; on dirait de l'éponge .\t.__Ce n'en est pas, c'est de la démocratie.Comme vous le voyez, c'est assez flasque parce que ça manque un peu de fraîcheur.Il ne faudrait pas croire, pourtant, que c est tout à fait pourri; ça n'a pas été suffisamment trime , voilà tout.En cuisant bien ça peut s'améliorer._____Mais la sauce dans quoi tout ça mijote me paraît bizarre; de quoi l'a-t-on faite ?\u2014 C'est très compliqué.Même, à vrai dire, je ne sais pas au juste ce qu'il y a dedans.On y a mis du gâchis espagnol, de la farce bolchéviste, de la maîtrise maritime, de la rivalité commerciale et de l'affront populaire.Pour corser le bouillon, on a saupoudré d'un produit colonial appelé revendication et dosé fortement de racisme.J'avoue que ça ne sent pas très bon; de simples animaux n en voudraient pas mais c'est pour les hommes et ils ont avale déjà tant de choses pas propres au cours des siècles qu ils ne crèveront pas encore de ce ragoût-là.Notez bien, mes chers amis, que ce n'est pas moi qui parle, c'est le marmiton.Me voici, pourtant, pas mal indécis pour augurer de l'état de santé d'une humanité soumise à tel régime, ou plutôt de son état de maladie car, entre nous elle n'est pas bien d'aplomb sur ses pattes.Elle a bougrement mal à ses caboches.Je dis \" ses \" car c'est une bête à plusieurs têtes.Cette humanité se compose, en principe, de gouvernants et de gouvernés; ajoutons à cela les indociles, les indécis et les imbéciles.Un bon nombre de canailles aussi car on en trouve dans toutes les catégories et dans tous les temps.Si l'on cherche bien, on finit même par y trouver quelques honnêtes gens.En tenant compte de ces éléments, de la marche du progrès, du grain de folie qui joue trop fréquemment, dans la machine sociale, le rôle du grain de sable dans un engrenage délicat; en admettant aussi que nous ne sommes qu'une sorte de jouet dans l'immense univers et que nous subissons des influences lointaines dont la nature n'est pas bien définie, en faisant tableau de tout cela, nous pouvons un peu prévoir, dans les grandes lignes, de quoi demain sera fait.L'homme est affligé d'un défaut majeur qui s'appelle l'orgueil; chez les uns ça se borne à cette puérile allure spéciale aux dindons faisant la roue et c'est alors de la vanité; un tour de clef de plus et c'est de la fatuité mais, à mesure qu'on remonte la mécanique, on obtient de la prétention, de la morgue et, finalement, de l'outrecuidance.Ces termes s'appliquent au \" profanum vulgus \", au commun des mortels, bref à ceux qui n'en sont pas encore au point de croire que la terre cesse de tourner quand ils onr mal au ventre.Quand il s'agit de manitous de premiere grandeur, cela change de nom et s'appelle du prestige.C'est alors un mal très grave et de nature à causer les pires catastrophes quand on l'irrite un peu.Comme la \" dope \", ce mal demande à être entretenu, même au prix des plus grands sacrifices; les sacrifices des autres, bien entendu.En fin de compte, et régulièrement, le malade en claque.Or, il y a quelques dangereux dopés par le prestige à la surface de la boule terrestre; ils deviennent de plus en plus exigeants car ils savent que c'est, pour eux, une question de vie ou de mort; et puis, la veule insouciance des autres leur a singulièrement aiguisé l'appétit.C'est pourquoi la marmite de la cuisine mondiale sent si mauvais quand on lève le couvercle; il y a trop de combinaisons malpropres qui cuisent là-dedans.Il faut dater de l'époque du corset, de la crinoline ou du diplodocus pour ignorer qu'aujourd'hui la colombe, dite de la poix, n'est qu'un vulgaire vautour et que le bon droit se range invariablement aux côtés du diplomate le plus rosse et du général le plus fort.Quelques grands naïfs^ont ignoré longtemps cette vérité première et ce n est qu en voyant les hommes à prestige la pratiquer qu'ils en ont reconnu toute l'importance.Encore émus d'avoir découvert une chose qui s'étalait au grand jour, ils se sont également mis à la besogne.Ils ont ajouté quelques ingrédients de plus à la marmite.Celle-ci va donc puer de plus en plus, au risque d'asphyxier les cuisiniers, ce qui serait peut-être un bien.Ce qui, toutefois, est un mal, c'est qu'à trop pousser le feu de la cuisson, il y a risque grandissant de faire sauter la marmite.Il y a cinquante chances pour cent pour que la chose arrive en 1939 et quatre-vingt-dix au moins pour que ça soit en 1940.Plus ça tardera et plus il y aura d'éclaboussures.Entre temps, plusieurs marmitons-manitous auront des exigences croissantes; l'un d'eux demandera la Chine entière, toute l'Asie et la Russie par-dessus le marché pour commencer.L'autre voudra être \" apaisé \" avec une bonne tranche d'Europe, puis une large tarte africaine comme dessert.Il s'estimera ensuite satisfait.pour six mois.Un troisième voudra également des morceaux d'Europe et des étendues d'océan avec ce qui pourra rester de l'Afrique.En supposant qu'il y ait de l'Afrique assez.Tous trois auront ensuite une petite conférence préparatoire à d'autres réclamations dont ils établiront la liste comme suit : les trois-quarts de la France, de l'Angleterre, les Indes, l'Espagne, l'Australie, la Terre de Feu pour y fabriquer des briquets et le pôle nord pour en faire une grande glacière; la Société des nations pour y loger les vieux décrépits et toute l'Amérique du sud pour faire en-diabler Roosevelt.Seulement, tout ça n'ira pas tout seul.Quand deux chiens veulent gruger le même os il y a de la chicane mais s'il y en a trois c'est la bataille et les marmitons-manitous en feront l'expérience.Il en résultera que l'os leur passera devant le nez, comme ça s'est déjà fait plus d'une fois dans l'histoire des peuples.C'est idiot mais c'est comme ça.La conclusion de tout ceci, c'est que nous aurions tort de nous faire trop de bile au sujet d'un état de choses qui n'est pas nouveau sur la planète.Après ce temps-là, comme dit le bon paysan, on en verra de l'autre; ne attendant, vivons le plus sagement possible dans un pays qui a la chance d'être assez loin de la marmite et tâchons d'y connaître, avec le calme et la tranquillité, cette chose de plus en plus rare aujourd'hui qui s'appelle le bonheur.C'est le souhait le meilleur et le plus sincère que je fais pour tous ceux qui me lisent. 4 LE SAMEDI /;*'¦ *.,.îl \u2019v»?r >¦* I fifflfll % /A Les Meilleurs Voiliers de l'Air Chronique documentaire ar Louis Roland CES beaux et puissants voiliers, ce sont les pigeons que les hommes savent, depuis bien longtemps, apprécier selon leurs mérites.On sait qu'ils sont doués de la faculté merveilleuse de s\u2019orienter dans l'espace et de retrouver le chemin de leur pigeonnier même à d\u2019énormes distances.A vrai dire, d\u2019autres animaux et beaucoup d\u2019insectes jouissent du même privilège, mais c'est le pigeon qui a toujours rendu les plus grands services à l'homme sous ce rapport.En retour, l\u2019homme l'aime beaucoup .surtout avec une sauce convenable réussie.Le sens de l\u2019orientation des pigeons a fait discuter bien des savants, mais tous n\u2019ont pas la franchise de Maurice Maeterlinck ; le célèbre écrivain belge écrivit ceci dans une revue de Bruxelles : « Comment expliquer ce sens de l\u2019orientation, que le pigeon partage du reste avec les oiseaux migrateurs et un certain nombre d\u2019insectes, notamment les abeilles et les fourmis ?Avouons tout de suite qu'on n\u2019en sait absolument rien.» Or, Maurice Maeterlinck est un grand éleveur de pigeons, il les a étudiés de près et consciencieusement, il a essayé de reconnaître la valeur de toutes les théories que d\u2019autres ont avancées, il a donc une grande compétence en la question.Si cette compétence se borne à dire qu\u2019il ne sait rien, que peuvent affirmer les autres ?On invoque généralement l'instinct de l'oiseau, mais c\u2019est parler pour ne rien dire, cette formule, très commode à la vérité, n'explique rien du tout.M.Thomas Ross, grand expert \u2014 ou du moins qui se croit tel ¦\u2014 en matière de pigeons voyageurs, prétend que le sens d\u2019orientation de ces oiseaux n\u2019est que le résultat d\u2019un entraînement patient et convenable.Selon lui, le pigeon s\u2019habitue graduellement à retrouver son pigeonnier où il trouve sa nourriture favorite avec un abri commode.Il dit aussi que cet oiseau, étant un excellent père de famille, s\u2019attache de plus en plus à l'endroit où il élève ses petits.Tout cela ne signifie pas grand chose.D\u2019une part, le pigeon n\u2019est pas doué d\u2019une très grande intelligence et, par conséquent, il ne semble pas possible d'invoquer ses qualités de mémoire ; d\u2019autre part, si l'entraînement seul justifiait tout, il serait possible d'habituer d'autres De haut en bas : Pigeons voyageurs, pigeons dit \" jacobins \" et pigeons culbutants.» ' 31 décembre 1938 5 ; y*' * \t\t * f 'A v vitfT volatiles à 1 accomplissement des mêmes exploits que le pigeon voyageur, et tel n'est pas le cas.Le professeur Stetson donne une autre explication.« Le pigeon voyageur, dit-il, est sans doute une sorte de boussole vivante, ou plus pré- \u2022 cisément un inducteur tellurique.» Le pigeon se comporterait, dans ces conditions, comme la fameuse boussole d'induction dont se servit Lindbergh lors de son voyage de New-York à Paris.Cette boussole, influencée par les courants terrestres, enregistrait les moindres déviations de route et permettait ainsi de les rectifier immédiatement.Le pigeon enregistrerait, lui, le chemin parcouru à l'aller et n'aurait qu'à suivre la même direction, en sens inverse, lors du retour.C\u2019est peut-être subtil comme explication mais impossible à prouver.Ensuite, il s'agirait de savoir au moyen de quels organes le pigeon peut faire cet enregistrement ; bref, c'est une explication qui en demanderait cent autres auxquelles il serait impossible de répondre et qu'il serait toujours facile de réduire à néant.La précieuse faculté des pigeons de retrouver leur gîte à grandes distances est connue depuis très longtemps.On dit que le roi Salomon en avait connaissance, et Aristote, que l\u2019on peut regarder comme le premier des encyclopédistes, en fait mention.Quelques pigeons voyageurs ont réussi de remarquables exploits ; l\u2019un des plus beaux est certainement le voyage accompli, par un de ces oiseaux, de Saigon à Arras, soit une distance de près de sept mille milles.Il partit de Saigon le 15 août et arriva à destination le 9 septembre suivant.Il battit ainsi tous les records précédemment établis, avec une moyenne de deux cent quatre vingt milles par jour pendant vingt-cinq jours de suite.Les plus grands parcours effectués auparavant se chiffraient entre deux et trois mille milles.Un peu avant la guerre une course de vitesse eut lieu, en Belgique, entre un motocycliste et un pigeon voyageur.La distance à parcourir était d'une trentaine de milles, et ce fut 1 homme qui gagna ; il arriva au but une minute et trois secondes avant l'oiseau.Les plus grandes vitesses enregistrées pour les pigeons voyageurs atteignent quatre-vingt-dix milles à lheure, ce qui est assez joli ; toutefois, la machine les dépasse facilement aujourd'hui.Il s'en faut, d'ailleurs, de beaucoup que cette vitesse de 90 milles soit ordinaire, le vol des pigeons est grandement affecté par le vent, la brume ou les orages ; leur vol, alors, varie de vingt à quarante milles à l'heure.Le progrès des hommes leur cause aussi parfois quelques troubles ; ainsi les ondes hertzien- nes semblent avoir le pouvoir de leur causer de multiples ennuis.De nombreuses expériences tendent à le prouver ; dans l'autres cas, cette influence a été nulle.Alors, que conclure ! Un homme, qu'on a toutes raisons de croire compétent en ces choses, M.Louis Palliez, président général des sociétés colombophiles de France, dit que la sensibilité magnétique du pigeon voyageur est indéniable.Il possède certainement, selon lui, un organe extrêmement soumis aux influences magnétiques.Maintenant, quel est cet organe ?on l'ignore.Tout est donc comme je le dis en commençant ,et c'est Maeterlinck, en définitive, qui a raison : le pigeon voyageur se déplace, ou bien on le déplace, il revient à son point de départ sans se tromper, et la seule chose à faire, c est d\u2019admettre le fait sans le comprendre.Cela ne veut pas dire : sans chercher à le comprendre, mais il faudra peut-être encore que bien des années passent avant que nous ne sachions le fin mot de la chose.Et quand nous le saurons, nous ne serons pas plus avancés.\t\u2022 S'il est, un jour, incontestablement prouvé que les courants terrestres ont une influence directrice sur le vol des pigeons, cela pourra satisfaire les demi-curieux mais ça n\u2019apprendra rien du tout à ceux qui le sont davantage.En effet, nous savons aujourd\u2019hui, sans l\u2019ombre d un doute, que ce sont ces mêmes courants magnétiques qui dirigent l\u2019aiguille de la boussole vers le nord mais c'est ce qu'on pourrait appeler, sinon une vérité, du moins une affirmation de la Palisse.On serait tout aussi bien renseigné en retournant la phrase et en disant que c\u2019est l\u2019aiguille de la boussole qui suit la direction des courants magnétiques.On n\u2019en saurait ni plus ni moins.Que sont, en effet, ces courants ?De quelle manière et en vertu de quel pouvoir agissent-ils ?On aura beau se lancer dans des définitions d ondes et remonter jusqu\u2019à l'atome, ce sera peine perdue pour savoir le secret de leur action.De toute façon, si les courants telluriques sont en cause, il y a encore autre chose : le pigeon devrait les suivre continuellement alors qu il s arrête au lieu exact de son pigeonnier.Je dis « au lieu », car il n'est pas nécessaire que le pigeonnier y soit encore ; on en a fait disparaître après le départ des pigeons et ceux-ci sont revenus se poser à l\u2019endroit exact de la construction disparue.Tant de mystères dans la petite tête d\u2019un oiseau ! Ne nous étonnons donc pas qu\u2019il y en ait parfois davantage dans celle d\u2019une jolie femme .Et là aussi, il est souvent inutile de chercher à comprendre.De haut en bai : Pauter-pygmée, Router écosiais, pigeons-chouettes et pigeons-pies. 6 LE SAMEDI Monsieur Barmelin jeune avait soixante-dix ans, ce qui est un fort bel âge pour un joaillier.Sa barbe irréprochablement blanche, taillée en éventail, lui donnait l'air d'un professeur de l'ancienne époque, tout à fait honnête et conformiste.Riche célibataire, il travaillait beaucoup pour son plaisir et un peu pour celui des autres.Ce n'était pas un mauvais patron.Il avait sous ses ordres deux commis et une caissière.C\u2019était très suffisant, car la clientèle de la maison était plus importante que nombreuse.On n\u2019entre pas marchander un diamant rue de la Paix comme une montre-bracelet sur les Grands Boulevards.DEUX RICHES CLIENTES Pour l'instant, M.Marmelin fils jeune surveillait de loin l'activité commerciale de M.Gasnier, son premier vendeur.Et M.Gasnier présentait des bagues à deux Brésiliennes qui les critiquaient avec des voix de perroquet, dans cette langue portugaise qui, Camœns mis à part, a découragé les poètes les plus résolus.L\u2019aînée des deux femmes était Mme Saltazar, une cafetera que la baisse du café ne parvenait pas à ruiner, tant elle possédait de millions.L autre était sa demoiselle de compagnie.Elles habitaient le Ritz, et on les connaissait chez Barmelin, où elles avaient précédemment acheté un collier de perles et un bracelet d\u2019émeraudes.M.Gasnier se rapprocha soudain de M.Barmelin et lui dit avec émotion : \u2014 Monsieur, il manque une bague !.Les sourcils de M.Barmelin fils jeune se haussèrent de deux pouces : \u2014 Comment, il manque une bague ?.\u2014 Oui, Monsieur.J'en ai présenté quatre, et il n\u2019y en a plus que trois sur le plateau.Le brillant blanc-bleu de sept carats a disparu.\u2014 Vous ne supposez pourtant pas que ces dames ?.\u2014'Je vous répète que le brillant a disparu .\u2014 Il est peut-être tombé ?.D\u2019un geste, M.Gasnier désigna le tapis : ___ Voyez vous-même, Monsieur .Que faut-il faire ?.Cela, M.Barmelin fils jeune ne le savait pas plus que son commis.M.Gasnier était si ému que la sueur perlait sur son front et que ses mains tremblaient.C\u2019était un garçon de vingt-cinq ans environ, très élégant, sûrement intelligent, et d\u2019une ambition qui semblait justifiée.Il se chargeait des ventes difficiles et les réussissait presque toutes.Mme Saltazar, dont la patience n'était pas la qualité principale, se détourna brusquement : \u2014 Eh bien ! vendeur ?.Un salut professionnel cassa l'échine de M.Gasnier.\u2014 Tout de suite, Madame .Du regard, il guettait la décision de M.Barmelin fils jeune, mais celui-ci hésitait encore.\u2014 Allez .dit-il enfin.Gagnez du temps .retenez\u2014les .?M.Gasnier rejoignit ses clientes et M.Barmelin fils jeune alla mettre la caissière au courant de la situation.La caissière jugea indispensable de prendre l\u2019avis du second vendeur, M.Latour, qui fit aussitôt remarquer que pareille aventure ne lui était jamais arrivée.Cette observation n était d ailleurs d'aucune utilité.On entendit la voix aigre de la cliente : \u2014 C\u2019est bien .je vais réfléchir .Les deux femmes se levaient, il fallait agir immédiatement.M.Barmelin fils jeune fit un pas vers elles : \u2014 Mesdames .je vous demande infiniment pardon .Il resta coi devant elles, qui attendaient la suite.\u2014 Pardon de quoi ?.fit avec hauteur Mme Saltazar.M.Barmelin fils jeune chercha vainement un secours auprès de ses employés.Le regard lointain, ils paraissaient tous trois complètement détachés dse événements de ce monde.L\u2019inspecteur chargé de l'enquête se nommait Auguste Lappe.C\u2019était un policier de l\u2019espèce timide Bredouillant, reniflant, il faisait sempiternellement tourner la poignée d\u2019un antique parapluie qu'il n'abandonnait jamais sous aucun prétexte.Il écouta longuement les dépositions successives et concordantes de M.Barmelin fils jeune, de M.Gasnier, de M.Latour et de la caissière.Puis, pour bien prouver qu\u2019il avait compris, il conclut : \u2014 Je vois ce que c\u2019est.En somme, on vous a volé une bague ?Le joaillier contemplait le policier avec un sombre désespoir.On lui avait annoncé un des plus fins limiers de la préfecture et il se trouvait en présence de ce petit fonctionnaire étriqué, qu\u2019un enfant de dix ans eût sans doute berné sans la moindre difficulté.M.Auguste Lappe se promena dans le magasin, admira les vitrines, s'extasia sur la beauté des bi- joux et multiplia les questions oiseuses.Il s'adressait de préférence à M.Gasnier, qui l'intimidait probablement moins que les autres.En une demi-heure, le premier vendeur fut obli- Eé de raconter quatre fois la même histoire.M.,appe voulait surtout savoir à quel moment, exactement, la disparition du « blanc-bleu » avait été constatée.\u2014 Que faisait Mme Saltazar ?\u2014 Elle examinait les autres bagues.Monsieur \u2014 Où avait-elle les mains ?.\u2014 Mais .sur la table .\u2014 Vous êtes certain de cela ?.\u2014 Oui .enfin, je crois .\u2014 Ses gestes étaient-ils normaux ?.M.Barmelin fils jeune, exaspéré, intervint \u2014 Mais oui, Monsieur, ses gestes étaient normaux !.Elle ne jonglait pas avec les bagues ! .M.Auguste Lappe roula des yeux inquiets : \u2014 Ne vous énervez pas, Monsieur .Je ne songe pas à un numéro de jongleur .c\u2019est plutôt de la prestidigitation !.Son rire n\u2019ayant pas d'écho, il continua : \u2014 Je cherche à reconstituer la scène .pour ne rien laisser au hasard .car je déteste le hasard dans les enquêtes .Voyons .la cliente était là 11 s assit à la même place que Mme Saltazar.\u2014 .La dame de compagnie était là .monsieur le vendeur était debout, en face .Voici le tableau, n\u2019est-ce pas ?.Et après !.s exclama M.Barmelin fils jeune.Après, reprit naïvement le policier, la baque s est volatilisée .Reste à savoir comment ?~ C est ce que je vous demande !.cria presque le joaillier.M.Auguste Lappe hocha la tête : Difficile !.très difficile !.Je n'ai pas de cinânce on me confie toujours les affaires les plus difficiles !.Alors M.Barmelin fils jeune dut s\u2019expliquer.Il se lança dans un discours entortillé, bourré de restrictions prudentes et d\u2019excuses obséquieuses, si bien que ses auditrices ne comprirent d\u2019abord pas.Mais la dame de compagnie glapit tout à coup quelques mots portugais, qui firent sursauter Mme Saltazar : \u2014 Quoi ?.quoi ?Vous osez m\u2019accuser du vol de votre bague ?.M.Barmelin fils jeune protesta vivement.Il n'accusait pas, il suggérait que par inadvertance .peut-être .le bijou pourrait avoir glissé .Mme Saltazar avait une prodigieuse facilité d\u2019élocution.Avec une véhémence redoutable, en deux langues, elle accumula les protestations et les menaces, prit à témoin le Ciel et l\u2019ambassadeur du Brésil, énuméra ses ancêtres et ses amis de Paris, annonça qu'elle porterait plainte et déclara qu\u2019elle ne quitterait la boutique qu\u2019après avoir été fouillé de la tête aux pieds.Cette opération délicate, faite par la caissière, se déroula dans un petit salon et manqua de cordialité.Le résultat fut négatif : le brillant blanc-bleu de sept carats n'avait été escamoté ni par Mme Saltazar, ni par sa dame de compagnie.Les deux femmes sortirent comme des reines outragées, sous les yeux atterrés de M.Barmelin fils jeune et de son personnel.M.Latour fit de nouveau remarquer que pareille aventure ne lui était jamais arrivée.M.Gasnier, accablé, s\u2019épongeait le front sans songer à protester.Un client entra.M.Gasnier se raidit ; la vie continuait, il ne fallait pas perdre la face.Le client s'enquit d\u2019un étui à cigarettes en argent .M.Gasnier, héroïque, parvint à lui en vendre un en platine.le Coup du Chewing-Gum 31 décembre 1938 7 par Elle n\u2019est devenue sociable qu'en apprenant que je venais pour assurer le diamant.\u2014 Du chewing-gum ! On vous a fait le coup classique du chewing-gum !.\u2014 Qu\u2019appelez-vous le coup classique ?.M.Auguste Lappe, exultant, frémissant, expliqua d\u2019un trait : ,\u2014 Pendant que Mme Saltazar discute avec votre vendeur, la dame de compagnie fixe sournoi-' sement son chewing-gum sous la table, comme ça.Puis elle chipe la bague et la plaque dans le chewing-gum qui la retient et l\u2019empêche de choir .Dès lors, vous pouvez fouiller les deux femmes, elles n\u2019ont pas le bijou sur elles !.Elles s'en vont en protestant.Un instant plus tard, un de leurs complices vient faire une emplette quelconque.Il prend la bague où elle est et 1 emporte tranquillement.Le truc est bien connu !.Il réussit presque toujours .Quel a été votre premier client, après Mme Saltazar ?.\u2014 Un monsieur, dit M.Gasnier.Il a acheté un étui à cigarettes, en platine.Il caressa le tapis de table : \u2014\tLa solution du problème est là .elle ne peut pas être ailleurs .Ah ! si cette table pouvait parler ! La caissière ricana, assez fort pour être entendue : \u2014\tAllons, bon !.il veut faire parler les tables ! UNE INDICATION PRECIEUSE M.Auguste Lappe se contenta de faire tourner plus vite la poignée de son parapluie.\u2014 Monsieur le vendeur, dit-il, réfléchissez rappelez-vous tous les gestes de ces dames- .Evoquez surtout leurs mains .M.Gasnier, sourcils froncés, lèvres serrées, s efforçait à revivre quelques minutes du proche passé.\u2014\tIl me semble que .hésita-t-il.\u2014\tAchevez, monsieur .parlez !.\u2014 Il me semble que la dame de compagnie avait les mains sur les genoux .,\u2014 Indication précieuse !.s exclama le bizarre inspecteur.Sans lâcher son parapluie, il s\u2019agenouilla pour examiner le dessous de la table.La caissière profita de ce mouvement pour se tapoter la tempe, indiquant ainsi qu\u2019elle avait des doutes sur l\u2019état mental de M.Auguste Lappe.Mais le policier surgit comme un diable de sa \u2014 Voilà !.triomphe M.Auguste Lappe.Rien ne manque à la comédie, le troisième artiste a fait son entrée !.Il se frottait les mains avec vigueur, comme les sauvages de Polynésie frottent des bouts de bois pour faire du feu.M.Latour proféra, sentencieusement : \u2014\tDepuis le début de ma carrière, jamais pareille aventure ne m'est arrivée .Mais M.Barmelin fils jeune recherchait avant tout les conclusions pratiques : \u2014\tComment récupérerai-je mon diamant ?.\u2014\tJamais ! .dit placidement l'inspecteur.Il est à Londres.\u2014\tA Londres ?.\u2014\tOu à Amsterdam .quelque part !.Vous n'avez pas la ressource pourtant toute platonique, d'accuser Mme Saltazar .elle vous attaquerait en diffamation et gagnerait sûrement son procès .Tout à coup, il changea d\u2019expression, devint très grave, leva verticalement l\u2019index et cligna de l'œil : \u2014 Tout de même !.murmura-t-il avec mystère.M.Gasnier prit congé, comme d\u2019habitude, de M.Barmelin fils jeune, en lui souhaitant bon appétit.Puis il se dirigea vers la place des Pyramides où il prenait toujours son métro.Et il s\u2019en alla, sans oublier son précieux et ridicule parapluie.LE TIMIDE POLICIER boîte : _ Eurêka !.dit-il.Monsieur le vendeur a trouvé la clef de l'énigme !.\u2014\tMoi ?.C\u2019est clair comme de l\u2019eau de roche.Regardez-moi ça !.Il montrait quelque chose qu\u2019il venait de détacher du plateau de la table, un petit tas de matière blanchâtre qui collait aux doigts.\u2014\tQu\u2019est-ce que c'est ?.demanda M.Barmelin fils jeune.Midi.En trois minutes, la rue de la Paix s emplit d\u2019agréables jeunes filles gaies et bavardes, sur-gies en désordre des maisons de couture.Il atteignait la place Vendôme quand quelqu'un lui frappa doucement sur l'épaule.Il se retourna avec promptitude et se trouva en face de M.Auguste Lappe qui lui dit en souriant : \u2014 Je ne vous croyais pas si nerveux, monsieur le vendeur.RENÉ PUJOL \u2014\tVous m\u2019avez surpris, répondit M.Gaspier.Je ne m\u2019attendais pas à vous rencontrer.Avez-vous du nouveau ?Tout en taquinant la poignée de son parapluie, l'inspecteur hocha affirmativement la tête : ,\u2014 Vous avez retrouvé le voleur ?demanda avec intérêt M.Gasnier.M.Auguste Lappe glissa son bras sous celui du jeune homme : \u2014\tJe vais vous raconter tout si vous le permettez.M.Gasnier parut un peu ennuyé : \u2014\tC\u2019est que j\u2019ai juste le temps d'aller déjeuner.Mais le policier ne le lâcha pas : .\u2014 Vous déjeunerez plus tard, dit-il.Cela n a aucune importance.?Ils firent quelques pas sur le trottoir qui entoure la vaste place.M.Gasnier attendait le récit promis et M.Auguste Lappe n\u2019était pas pressé de le commencer.\u2014 Vous avez une amie charmante, dit-il enfin.Sans tenir compte du haut-le-corps de son compagnon, il poursuivit : \u2014\tElle s\u2019appelle Marguerite Chardon et elle habite rue du Ranelagh.\u2014 Comment le savez-vous ?interrogea M.Gasnier mécontent.\u2014 Parce que je vous ai suivi hier soir.Vous êtes allé droit chez elle.\u2014 Et pourquoi donc m\u2019avez-vous suivi ?\u2014 Parce que je m\u2019intéresse beaucoup à la jeunesse, dit ironiquement l'inspecteur.En vous quittant, j\u2019étais allé au Ritz et à l'ambassade du Brésil.Je voulais des renseignements sur Mme Saltazar.Une femme délicieuse .un peu vive et bavarde, mais charmante .grosse fortune .bijoux magnifiques .¦ .Jamais l idée de voler un diamant n a pu hanter cette honorable millionnaire.\u2014 Mais, objecta M.Gasnier, Mme Saltazar n est pas seule en cause ?\u2014 D\u2019accord, concéda M.Lappe.Il y a aussi sa dame de compagnie.Mais avec votre permission, nous la laisserons hors de cause.Voulez-vous maintenant le compte rendu de ma matinée ?M.Gasnier ne sourcilla pas.\u2014 Si vous jugez que cela m intéressera .\u2014 Beaucoup, répliqua M.Lappe.Je me suis présenté un peu tôt chez votre amie.Mme Chardon.Elle n\u2019était pas encore habillée.J'ai fait parler la femme de chambre .mon métier me force à des indiscrétions que je suis le premier à déplorer « J\u2019ai su de la sorte que Mme Chardon est une veuve très coquette.Elle s'imagine que vous avez une superbe situation dans la joaillerie .cela la flatte et vous aussi.Vous lui avez laissé entendre qu'à la mort de M.Barmelin fils jeune, la boutique de la rue de la Paix vous écherrait en héritage.C'est là un petit mensonge dont je ne vous fais pas grief.Les mirages sont utiles quelquefois .« Mme Chardon s'est enfin montrée à moi dans toute la splendeur d'un pyjama de soie.Mon humble personne ne lui a pas inspiré beaucoup de respect.Elle n\u2019est devenue réellement sociable qu\u2019en apprenant que je venais pour assurer le diamant dont vous lui aviez fait cadeau la veille .» A ces mots, M.Gasnier voulut instinctivement dégager son bras, mais malgré son apparence chétive, M.Lappe avait une poigne de fer.Il se remit à parler : \u2014 Madame Chardon m a montré alors un diamant blanc-bleu de sept carats.Je l\u2019ai confisqué, elle a poussé des cris qui me fendaient le cœur, et quand j\u2019ai exhibé ma carte d\u2019inspecteur de police, elle a jugé convenable de s'évanouir, ce qui a simplifié la cérémonie des adieux .LA FIN D'UNE AVENTURE Les deux hommes, ayant accompli le tour de la place, arrivaient à hauteur du faubourg Saint-Honoré-\t(Lire la suite page 17) 8 LE SAMEDI UNE GRANDE VEDETTE AMERICAINE Davis 10^0 mm.mm ¦$&,.ÿÊËÈ % ' I MP -s >* * fl \\Æ:* : Nous avions, il y a quelques années, remarqué Bette Davis dans un de ses tout premiers films : elle donnait, au personnage de l amie du gangster qui allait mourir, une force étonnante de simplicité dramatique, un accent naturellement juste : petite, mince, blonde aux yeux noirs, d\u2019une silhouette de femme assez peu marquée, elle avait su tirer le meilleur parti ; nous l\u2019avions trouvée adroite et digne d\u2019attention ! L\u2019avenir confirma cette impression-là.Peu d\u2019années ont suffi à Bette Davis pour arriver au premier plan : depuis son premier film nous l\u2019avons souvent revue ; peu à peu elle est devenue une des jeunes les plus en vedette à Hollywood ; doit-elle cette chance à la pluie qui tombait le jour de sa naissance, ainsi qu\u2019elle aime à le raconter ?Elle ajoute que rien ne lui est arrivé de bon qu il ne pleuve .D\u2019ailleurs, il n\u2019y avait pas que la pluie qui sévissait, ce soir-là, dans la petite ville de Lowell, en plein Massachusetts de février 1906 .C\u2019était aussi le Carnaval : peut-être fut-ce cette atmosphère qui contribua à rendre l\u2019enfant, puis la fillette, résolument gaie, hardie et courageuse, à travers toutes les difficultés d\u2019une vie cahotique : ses parents, ne s'entendant pas, divorcèrent assez rapidement et Bette connut les partages, les séjours chez l\u2019un et chez l\u2019autre, les mille complications d\u2019une vie de famille brisée.Par sa mère, elle a du sang français dans les veines ; sa grand-mère maternelle, en effet, s\u2019appelait Le Favre et était venue de France avec ses parents, comédiens en tournée.Par son père, avocat d'affaires, Bette appartenait à une famille « du Sud » ; mais ni l'un ni l'autre de ses parents ne s\u2019interposèrent lorsqu'elle décida de faire du théâtre sa carrière.Toute jeune, elle se remit au travail, prit des leçons, se présenta à de nombreuses auditions et obtint un engagement dans la Compagnie des Acteurs Provinciaux, troupe des plus réputée aux Etats-Unis ; ce fut dans cette compagnie qu'elle rencontra Frank Conroi, depuis à Hollywood.Cet acteur, perspicace, lui prédit une belle réussite, un jour, au cinéma .Mais ce fut pour New-York qu'elle délaissa la Compagnie, pour New-York où elle joua à Broadway, auprès de Richard Bennett, acteur célèbre et père de ces actrices fameuses que sont Joan et Constance Bennett.Un soir que Bette Davis jouait, un soir comme les autres, un des dirigeants d\u2019un studio de Hollywood se trouva dans la salle ; il la remarqua, et ce fut l'histoire classique : contrat offert, bout d'essai, voyage payé à Hollywood, avec retour assuré en cas d\u2019échec .Bette Davis débuta à l'Universal, dans de vagues petits rôles, d\u2019où il n\u2019y avait vraiment rien à tirer.Un jour, Georges Arlis la remarqua : il exigea qu elle fût engagée pour tenir, à ses côtés, un des rôles de jeune fille dans The Man ivho played God; ce furent ses véritables débuts.Enfin, un grand rôle qui peut la faire tout à fait « sortir » ; celui de Mildred dans Of Human Bondage, film d après le roman de Somerset Maugham De ce personnage de petite serveuse, vulgaire, sotte, prétentieuse et mauvaise, elle fit une création étonnante de vérité, avec sa froideur et sa morgue exaspérantes, son humilité menteuse, so ncharme chlorotique de sous-alimentée, son raffinement prétentieux, sa bassesse d âme, sa progressive déchéance , mais, au lieu de lui apporter la gloire, le rôle manqua la perdre .Hollywood ne plaisante pas sur la «moralité» et le puritanisme américain; il déclara la « girl » offensante pour les bonnes moeurs.our avoir été trop réaliste et trop bonne comédienne, pour avoir créé une fille mauvaise et trompeuse Bette Davis se vit refuser la médaille d\u2019or que Académie américaine de Cinématographie décerne, chaque année, pour la meilleure interpréta-tion, et qui est une récompense très prisée.Depuis dans Special Agent, dans Front Page Woman.Petrified Forest et Dangerous, elle ne joua plus les « petits poisons » ; elle a évolué vers d\u2019autres personnages, laissant un peu dans l\u2019ombre les rosses les chipies qu'elle s'entendait si bien à animer , elle a été tour à tour journaliste, secrétaire de gangster femme moderne volontaire et tenace: deux qualités qui la définissent, d'ailleurs, parfaitement bien. 31 décembre 1938 9 DANS LE MONDE SPORTIF UNE SUGGESTION POUR COMBATTRE LE JEU BRUTAL.AU HOCKEY De plus en plus les sports tendent vers la brutalité.Nous venons de lire le bilan de la saison du rugby, aux Etats-Unis.On ne peut que frémir en passant à ces chiffres : 20 morts et 600 blessés gravement.Les parents de ces malheureux joueurs ne doivent pas trouver que la compréhension actuelle du rugby donne de brillants résultats, sinon pour les pompes funèbres et les hôpitaux.Les organisateurs qui font des recettes avec le rugby trouvent cela très utile à leur porte-monnaie.Avec le hockey professionnel, nous n'en sommes pas encore rendus à ce point, quoique les dirigeants de la N.H.L.aient élevé le championnat à la hauteur d'une religion et que tous les moyens soient mis en oeuvre pour triompher.A notre avis, toutefois, le jeu brutal n\u2019est pas sanctionné impitoyablement par le président Frank Calder.Dans les ligues majeures et mineures professionnelles, tout joueur coupable d'un acte de brutalité est passible d\u2019une punition de cinq minutes.Les arbitres ont même le droit d'imposer une suspension pour le restant de la joute, sans encourir d\u2019autre pénalité.Ils n\u2019ont pas le pouvoir de suspendre pour quinze jours ou un mois les joueurs qui blessent gravement leurs adversaires.C\u2019est au président qu\u2019incombe la tâche de sévir très sévèrement contre tout joueur coupable de brutalité, sans s\u2019occuper de déplaire à tel ou tel propriétaire de club.Le hockey est joué \u2014 nous ne l'oublions pas \u2014 par des jeunes gens en excellente condition physique qui, dans le feu de l'action, peuvent avoir un moment d'oubli, mais le regrettent.Cela ne suffit point.Ils doivent être punis, car leur conduite a été anti-sportive.Il y a des clubs réputés pour leur jeu brutal.Il y a des joueurs qui, pendant les joutes qu\u2019ils disputent, envoient souvent leurs adversaires à l'infirmerie, quand ce n\u2019est pas à l'hôpital.Pour empêcher ces athlètes d'opérer, il faudrait que le joueur qui en blesse gravement un autre, ne pût jouer de nouveau avant que l'homme qu\u2019il a blessé ne soit complètement rétabli.Cela leur donnerait à réfléchir.La punition de cinq minutes, imposée par l'arbitre au joueur coupable de brutalité, est une plaisanterie.Cela ne rend pas à son équipe le joueur gravement blessé, tandis que l'autre club a un gros avantage, puisque le joueur coupable revient au jeu, après avoir expié sa faute au pénitencier.C'est, à vrai, dire, un encouragement à recommencer de plus belle à taper sur la tête d\u2019une autre étoile, du club ennemi.Le président Frank Calder devrait punir aussi bien le club que le joueur, et cela donnerait à réfléchir à tout le monde.On verrait moins de gérants conseiller à certains de leurs joueurs l'emploi de tactiques barbares.SAVAIT-ON QUE .,.Al Brown, l'ancien champion mondial des boxeurs poids coq, est professeur de boxe à Toulouse.Le pugiliste de couleur forme des jeunes Toulousains Par Oscar Major et leur apprend l'essentiel de ce qu il sait dans le sport des poings gantés .Billy Boucher, ancien ailier du Canadien, gérant du club de hockey Tigers de Brighton, de la Ligue d Angleterre, est de retour à son foyer, où il se repose depuis deux semaines.Au milieu de novembre, il décida de prendre part à une joute de ligue.Manquant de forme, il n\u2019était pas apte à pratiquer le hockey, à l\u2019âge de 39 ans.Après cette joute, il dut s\u2019aliter pour une période de trois semaines.« Peu s\u2019en fallut, nous dit-il, qu une crise cardiaque m'emportât.» L ancienne étoile du Canadien, qui retournera à Londres au début de la prochaine année, est d\u2019avis qu un médecin devrait être attaché à chacun des clubs amateurs de hockey.Ce médecin aurait le devoir de faire subir aux joueurs un contrôle médical périodique, comme cela se fait au sein des clubs professionnels de la Ligue de Hockey Nationale .Torchy Peden, le fameux cycliste des courses de Six Jours, boit une moyenne de six pintes de lait par jour, pendant la compétition des 144 heures.Roland Gladu, l\u2019habile joueur du club de baseball Québec, de la Ligue Provinciale, à l'emploi du gouvernement provincial durant la saison d'hiver, suit des cours de comptabilité, le soir, à Québec .Walter Lindrum.champion du monde au jeu de billard anglais, a établi le record fantaisiste suivant : en 48 heures de jeu, il a compté 36,356 points, dont 4,815 dans les premières quatre heures, soit une moyenne de 262 points par coup pour les 48 heures .John Strickland, de Blackpool, Angleterre, a joué du piano pendant 122% heures, sans arrêt.Tom Morris, de Melbourne, Australie, le champion mondial de la danse à la corde, a franchi la distance de 590 milles en 28 jours, au cours desquels il fit 472,000 sauts.Ne vous mettez pas en frais de tenter de briser ce record stupide .L'hiver prochain, les villes des Trois-Rivières et St-Hyacinthe posséderont de magnifiques Arénas à glace artificielle.On peut donc prédire, sans chance de se tromper, que ces deux villes sportives feront partie de la Ligue Provinciale de Hockey, au cours de la saison 1939-40 .Le capitaine Jimmy Jamison, le champion mondial des plongeurs professionnels, exécute actuellement des plongeons de la mort, deux fois par jour, en Floride : le record de plongée de cet homme est de 158 pieds.De cette hauteur, il plonge la tête première dans une cuve qui n\u2019a que 16 pieds de diamètre.6 pieds de profondeur.Voici, en résumé, comme il procède : Tout d'abord, de lourds câbles maintiennent l\u2019échelle immobile, car la moindre oscillation dévierait la trajectoire de Jamison.Quand il arrive sur l'eau, il lève ses bras et projette ses jambes devant lui, ce qui l'empêche de descendre verticalement dans l'eau, le fait glisser et lui permet de remonter aussitôt à la surface de l\u2019eau .Les bonnes actions de Léo Dandurand, ancien co-propriétaire du Canadien, ne se comptent plus.Tout récemment, il fit parvenir à un père de neuf enfants un chèque de quinze dollars.UN PEU DE TOUT Vous entendez souvent parler du fameux truc de la casquette ou tour du chapeau.Quand verrons-nous un joueur du Canadien réussir cet exploit envié par tous les athlètes ?Les professionnels du hockey, du football et du soccer anglais visent tous à l\u2019honneur de réussir le « hat trick ».En quoi consiste-t-il ?C\u2019est le nom donné à un geste d autrefois, sur les terrains de jeux d'Angleterre.Jadis, les joueurs de football du Royaume-Uni portaient tous une casquette semblable à celle qu Aurèle Jo-liat portait, iL y a plusieurs années.Elle faisait partie de leur équipement.Lorsqu\u2019un joueur réussissait à compter trois buts consécutifs au cours du match \u2014 remarquez bien, c\u2019est trois buts de suite qu\u2019il faut \u2014 il allait se découvrir devant le gardien de buts malheureux du club adversaire.Ce salut, ironique, amusait les foules du temps .Tout récemment, le gouvernement finlandais a proposé un crédit de $7,000,000 pour les travaux publics en vue des Jeaux Olympiques de 1940, qui se dérouleront à Helsinki, Finlande .Le gouvernement de France vient de créer officier de la Légion d honneur Jean Borotra, l\u2019excellent joueur de tennis basque.Le cycliste anglais Sid Ferris, de Londres, vient de briser le record du monde sur route de 24 heures, qui appartenait au cycliste australien Hubert Opperman, ayant réalisé 461% milles durant une journée entière.Ferris réussit une meilleure performance en terminant les 24 heures avec 464% .\u2022 Les amateurs de la boxe, il y a 50 ans et plus, prenaient un plaisir extrême à voir deux boxeurs s'écorcher vivants.Les fervents de la boxe d\u2019Angleterre auraient alors fait, au besoin, le tour du monde pour voir couler le sang sur le visage de leurs boxeurs.En feuilletant un vieux journal de Londres, nous avons lu un compte rendu d un combat de boxe, qui fut disputé le 28 février 1888, sur les bords de la Tamise.Le voici, en résumé : « Nu» jusqu\u2019à la ceinture, ces deux boxeurs anglais se sont élancés l\u2019un sur l'autre.Les coups de poing de pleuvoir, drus, formidables, assénés sur le nez, sur là face et la tête, dans la poitrine.Le sang coule, il aveugle les combattants.Un œil sort de l'orbite, une mâchoire est fracassée, les dents cassées tombent de la bouche, les plaies saignantes se multiplient.L\u2019enthousiasme des 500 spectateurs féroce» grandit.L\u2019un des boxeurs perd l'équilibde.entraîne l'autre dans sa chute, et se sentant vaincu, mord à la cuisse le vainqueur qui pousse un hurlement de douleur.A l\u2019issue de l'horrible combat, les parieurs se sont mis à boxer les uns les autres.A l'arrivée des agents de police, ces derniers ramassèrent sur le théâtre de la lutte trois dents, un morceau de cartilage, une poignée de cheveux et huit lambeaux de chair fumante.» Nos Florian Lebras-seur, Castilloux et autres font, certes, figure de premiers communiants assez timides à les comparer avec ce s terribles boxeurs de l'ancien temps ! Nos Cy Williams et nos Wagner sont des anges aux côtés de ces deux dogues de combat d\u2019il y a 50 ans ! Les quatre petits frères A.B.C.D.Perrieones n'ont pas tardé à s'adonner au baseball.Voici, de gauche à droite : Anthony.Bernard.Cari et Donald, au cours d'une joute de baseball, disputée à Beaumont, dans le Texas, entre deux jeunes clubs d'écoles primaires.Ces jeunes se développent, dès l'âge de 7 ou 8 ans, sous l'oeil d\u2019instructeurs compétents, intelligents.Vous vous demanderez d'où vient cette puissance sportive ?Pourquoi les Américains sont-ils si nettement supérieurs, au baseball ?Cette photo vous le dit.C'est dans les écoles, les colllèges et chez les clubs amateurs que l'on doit former les joueurs de baseball.Ces jeunes ont plus besoin d'un bon instructeur que les professionnels des ligues organisées.C'est là que les jeunes doivent être mis au courant des notions essentielles du baseball.Les défauts d'une personne ne se corrigent pas à 21 ans.Il est w» t trop tard.Avec un excellent instructeur à l'école, au collège ou dans les clubs amateurs, les jeunes apprennent ce qu'il faut faire et ne pas faire pour réussir au baseball.Ils sont, de plus, renseignés au sujet du régime de vie à suivre pour avoir une bonne santé.Dans notre province, beaucoup d'enfants ont, dès leur jeune âge, des programmes d'études tellement chargés qu'ils n'en arrivent pas à trouver les heures de promenades nécessaires à leur santé.Dans notre province, on place les clubs amateurs sous la direction des premiers venus.Ces derniers, la majorité du temps, ne possèdent même pas l'A B C du baseball, et avec eux on espère développer des joueurs de calibre international.Quelle fantaisie ! Vous vouliez savoir pourquoi les Canadiens-Français brillaient par leur absence dans les ligues organisées du baseball, cette photo vous le dit. 10 LE SAMEDI y> '\"i mSL infa \\ fQ\\ ¦¦ Nous deux achève Monique, nous reprenons notre vie où elle était ce matin, à la page heureuse .\" TOI SEULE AU MONDE tout À l'heure, Mio ! .\u2014 A tout à l'heure, ma Reine ! Il est monté dans l'auto qui l'attendait là, sagement; c'est Monique qui, d'un geste doux, très doux, referme la portière.On n'entend qu'un léger déclic.« Tout à l'heure », pense la jeune femme, tandis que ses mains à lui s'emparent du volant, « tout à l'heure, ce ne sera pas avant une heure de l'après-midi .Cela fait presque une demi-journée ! » \u2014 Allons, sois raisonnable, chérie ! Mais oui, elle est raisonnable ! Elle sait très bien qu'on ne peut, après deux mois de mariage, continuer à « se regarder des journées entières dans le blanc des yeux », selon la propre expression de Mio.L'Amour \u2014 même l'Amour ! \u2014 vient après la lutte pour la vie !.Elle sait tout cela, Monique Bernoux, elle le sait trop, et d\u2019entendre son Mio y faire une nouvelle allusion l'énerve un peu.Elle répète machinalement, avec une imperceptible crispation aux deux coins de sa jolie bouche : \u2014 Au revoir ! A tout à l'heure ! Par la portière, dont la vitre est baissée, il lui fait un signe tendre, du bout des doigts.C'est fini.Il est parti, comme chaque matin depuis le début de la semaine.Et Monique, en s'en retournant à pas lents vers la claire villa, \u2014 leur nid tout fraîchement construit.\u2014 Monique se sent étreinte, au fond de la gorge, par une sorte d'angoisse et de détresse mêlées.C'est la même sensation qu elle éprouve à chacune de ces séparations du matin : un arrachement, une amputation .La comparaison lui manque pour lui expliquer avec exactitude cet état douloureux, lorsqu\u2019ils se retrouvent, le soir .\u2014\tTu comprends, mon Mio, il me semble que je ne pourrai jamais vivre ces longues, ces interminables heures, sans toi.Et toi.toi, il, me semble qu'il va t'arriver quelque chose, au loin, un accident, je ne sais pas quoi ! \u2014\tChérie ! murmure-t-il alors, en penchant vers le beau visage de l'aimée son visage ému.La vie est bête, vois-tu, qui ne nous permet pas d'être ensemble nuit et jour .Mais tu verras .Cette longue croisière que nous n\u2019avons pu faire tout au début de notre union, je te promets que nous la ferons, bientôt, le plus tôt possible ! \u2014\tCrois-tu, Mio ?Tu n\u2019es pas près d'obtenir un pareil congé .\u2014\tPeut-être si ! Je trouverai au patron un homme de confiance pour me remplacer .Elle rit en jetant ses deux bras fermes et ronds autour de son cou.\u2014\tNe fais pas de bêtises, ne risque pas ta situation .Je te promets d'être raisonnable .Puis, peut-être, à la longue, je m'habituerai.Elle ne s'habituera pas, elle en a la certitude.C\u2019est désolant, mais c'est ainsi.Elle l\u2019aime trop, voilà ! Et lui, l\u2019aime-t-il autant ?Jamais encore elle ne s'était posé la question et celle-ci l'absorbe tant qu'elle s'arrête pensive, devant un massif de lilas près d'éclore.Pourquoi ne lui parle-t-il pas, lui, de ce qu'il éprouve en la quittant pour aller vers ses affaires ?Pourquoi est-ce toujours lui qui doive l\u2019inviter à « être raisonnable » ?.Un peu pâle, Monique arrache une branchette qu elle dépouille, non sans brutalité, de son maigre feuillage.Un long temps de réflexion, puis cette brusque conclusion : -\u2014 Bah ! les hommes ont plus que nous la pudeur de leurs sentiments.Et aussi ils possèdent une volonté plus forte, ils se maitrisent davantage.Bien sûr, qu\u2019il m\u2019aime autant que je l'aime ! Je n'ai pas le droit d\u2019en douter .Seulement, il m'aime en homme, toute la différence est là, s\u2019il en existe une ! Elle se remet à marcher vers la petite maison neuve, riante sous ses peintures claires que le timide soleil d'avril n\u2019a pas encore défraîchies.Au seuil du vestibule, elle crie ; \u2014 Marianne ! Je vais vous aider à étendre votre lessive, dans la cour.Vous êtes prête ?Elle fronce ses sourcils, \u2014 de fins sourcils en arc très net \u2014 et sa bouche, un peu grande mais joliment dessinée esquisse une moue volontaire.\u20141 Marianne, insiste-t-elle, il fait très beau, nous allons étendre dehors ! Sur les pas de la bonne femme qui la sert, elle se dirige vers l\u2019autre extrémité du vestibule et franchit la porte qui donne sur l\u2019étroite cour-jardin, où sont tendus des fils de fer galvanisé.\u2014 Vous avez les épingles de bois ?Voici la corbeille, Madame.Mais Madame va s'abîmer les mains ! Laissez.Marianne.Occupez-vous des grosses pièces .Grande, élancée dans sa robe de maison toute simple, avec ses bras nus dressés, sa fine tête couronnée d un souple rouleau d or pâle et, dans le gracieux visage d enfant appliquée, les yeux d un étrange vert-bleu perdus dans une douce rêverie, Monique est tout à fait charmante.Et si son Mio la voyait ainsi.Son Mio ! C est encore à lui qu elle pense, malgré énergique résolution qu'elle a prise l'instant d avant.' 31 décembre 1938 11 Cette croisière vers l\u2019Adriatique, pourront-ils vraiment la faire, cette année ?11 ne faut pas se leurrer de vains espoirs.Pierre vient d'être nommé directeur des Halls Parisiens du « Bolide », la célèbre marque nouvelle d\u2019autos à deux places pour gens d'affaires .Malgré la crise politique et financière, le succès de la firme a dépassé les prévisions les plus optimistes.« Ça marche et ça marchera de mieux en mieux, le Bolide, mon petit ! affirme Mio, car il répond parfaitement aux besoins des hommes d aujourd\u2019hui, toujours pressés, forcés d aller plus vite que la concurrence ».Alors, si « ça marche » de la sorte, Pierre \u2014 qui, indépendamment de ses appointements mensuels, a droit à un pourcentage sur la vente \u2014 pourra aisément « se débrouiller ».L'argent ne favorise-t-il pas toutes choses, n'aplanit-il pas toutes difficultés ?« Une chance, tout de même, pense Monique en examinant attentivement sans la voir une combinaison de fine batiste ruisselante d eau, une chance qu'il ait pu obtenir cette situation, à un moment où tant de ses camarades de la Faculté meurent de faim sur le pavé de Paris ! » Car son Mio n'est pas du tout un homme* daf-faires-né ! Non.Il a fait son droit et 1 a même « fait » fort brillamment.Il pourrait être avocat; la robe conviendrait merveilleusement à sa haute taille et à sa carrure d athlète et il ne déplairait pas à sa femme qu'on dise de lui : « le maître », « maître-Bernoux ».Seulement, pour exercer la profession d avocat, il faut avoir de l'argent, pouvoir attendre la clientèle.Et Pierre n'avait pas d'argent.Ses parents avaient été presque totalement ruinés par la crise.Alors, voilà .Maintenant, il vend des autos.Et, comme il est intelligent et pas mal débrouillard, il a pris son parti de la situation et l'a fait tourner à son avantage.\u2014 Madame, on vient de sonner ! declare Marianne, l'oreille tendue.\u2014 Vous croyez ?\u2014 J'en suis sûre ! C'est à la porte d entree.Je vais aller voir.Et, tandis que la bonne femme pénètre dans ia maison, Monique tend l\u2019oreille à son tour.A la grille d'entrée ?A cette heure matinale ?Qui ça peut-il bien être ?Elle n\u2019attend personne.Son coeur se serre, tout à coup.Et voici que « la boule », la fameuse boule nerveuse qui emplit sa gorge à chacune de ses séparations d\u2019avec son Mio, cette boule remonte, du fond de sa poitrine, enfle, l'incommode si fort qu elle entr\u2019ouvre les lèvres pour mieux respirer, et demeure ainsi jusqu\u2019au retour de Marianne.Celle-ci apparaît enfin et jette d'un ton indifférent.\u2014 Madame, c'est une dame qui demande après Monsieur.Je l'ai fait entrer au salon.\u2014 J'y vais, articule sourdement Monique.Elle ne sait pas encore ce qui lui arrive.Mais elle est certaine qu\u2019il lui arrive quelque chose .quel-que chose de mauvais .II A l'entrée de Monique, l'inconnue, plongée dans les profondeurs d'un confortable fauteuil, s'est levée en un souple mouvement de sportive.Elle est moyenne de taille et d'une incroyable minceur.Un ensemble en lainage sombre épouse étroitement ses formes.Un béret de feutre confond teinte foncée avec les cheveux bruns lisses et courts.Le regard de la maîtresse de maison a détaillé tout cela en beaucoup moins de temps qu il n en faut pour le décrire et maintenant chargé d une féminité inconsciemment hostile, il se fie sur le visage menu, mat de peau aux traits réguliers, va de la petite bouche discrètement hardie aux yeux longs et étroits où luisent des prunelles noires entre des cils brillants eux aussi.\u2014 Qui êtes-vous, Madame, et que désirez-vous ?demande tout à coup Monique, d'un petit ton sec, péremptoire.___Je suis .une amie de Pierre Bernoux et je désire lui parler.Il n'est pas ici ?Monique rougit légèrement, puis pâlit.Elle fait un effort pour avaler sa salive, et dit, très vite : __Je suis la femme de Pierre Bernoux.Il .il est absent.\t.\t, Une expression d\u2019intense contrariété, de protond découragement se lit aussitôt dans le regard de la visiteuse.\u2014 Ah ! balbutie-t-elle, visiblement dépitée.\u2014 Il rentrera probablement pour déjeuner .Mais assez tard .Et ses affaires le rappelleront à Paris tout l'après-midi.\u2014\tA Paris ?Il est à Paris, en ce moment ?\u2014\tOui.Les traits de l'inconnue se sont éclairés.\u2014\tIl a son cabinet d avocat à Paris ?insiste-t-elle.\u2014 Non, madame ! réplique Monique avec une impatience mal contenue.Mon mari n est pas avocat.Il est directeur d'une maison de vente d automobiles.Et si vous aimez à la voir immédiatement.vous le trouverez à son bureau, 43 avenue des Champs-Elysées.Monique ne s\u2019était pas assise.Elle ponctue son explication d'un bref signe de tête qui donne congé.\u2014 Je .je vous remercie, murmure l'autre en se dirigeant vers la porte, mais une question prononcée derrière elle d'une bizarre voix frémissante l'arrête net.\u2014 Vous êtes venue au Vésinet par le train?.\u2014 Oui \u2014 Mon mari vous avait donc donné son adresse ici ?\u2014 Oui .C'est-à-dire, non .Pas lui.Je 1 ai apprise autrement .La voix de la blonde jeune femme devient soudain plus vibrante encore pour ordonner presque rudement : \u2014 Attendez mon mari ici ! Puisque vous prenez le train, vous ne pouvez regagner Paris avant une heure ou une heure et demie.Vous pourriez manquer celui que vous cherchez ! Au seuil du salon, l'inconnue reste hésitante, si absorbée par ses propres pensées qu'elle semble ne pas remarquer l\u2019étrange attitude de son hôtesse.\u2014 En effet, finit-elle par convenir.Il vaut mieux que je l'attende ici, si vous êtes sûre qu'il rentrera pour déjeuner.Roman complet par M.de Morthone Elle soulève les paupières et, pour la première fois depuis le début de l'entretien, prononce des paroles de politesse : \u2014\tJe ne veux tout de même pas vous importuner par cette attente .un peu longue, madame .Je vais me promener dans le pays et reviendrai.A quel moment est-il préférable que je revienne ?\u2014\tEntre treize et quatorze heures, affirme précipitamment Monique.\u2014\tC'est bien.Au revoir, madame ! \u2014\tAu revoir ! .Elle est partie ! La main nerveuse de Monique a jeté violemment sur elle la grande porte d'entrée.C'est comme un soufflet qu'elle lui aurait donné pour se venger du mal qu elle vient de lui faire.Du mal ?Quel mal ?Elle ne sait pas.Elle a mal, voilà tout ! Oh ! très mal.\u2014\tMarianne, je monte dans ma chambre.Là.elle sera tranquille pour voir clair en tout ceci.« Que veut cette femme à Mio et, d abord, qui est-elle ?» Elle réentend la voix de l'inconnue prononcer d\u2019un ton contraint : \u2014 Je suis .une amie de Pierre Bernoux.Elle a dit ; « Pierre Bernoux » et non pas « M.Bernoux ».Une amie .Et comme elle s'est troublée en déclarant qu'elle avait appris « autrement que par lui» qu'il était installé au Vésinet depuis son mariage.Savait-elle seulement, cette « amie » \u2014 étrange amie, en vérité ! \u2014 savait-elle que Bernoux était marié ?« Elle n'a pas bronché, pense Monique, lorsque je lui ai appris que j\u2019étais la femme de Mio.Elle n'a pas bronché, mais peut-être a-t-elle fait appel à sa volonté, pour ne point paraître surprise?» Les sourcils haut levés, la jeune femme s\u2019approche de la large baie, soulève un coin de tulle qui la voile, laisse retomber le rideau, ouvre tout grands les deux battants et se penche vers le jardin ensoleillé.Elle est partie .De quel côté s'est-elle di- n9Ün geste d'agacement, un haussement d'épaules et, aussi mécontente d\u2019elle que de cette fâcheuse vsite :\t, .\t.\u2014 Qu'est-ce que tout cela peut me taire, apres tout ?Quand Mio sera rentré, qu il 1 aura vue, il m'expliquera .\t.Laissant la baie ouverte.Monique va s installer, l'air affaré, devant son petit secrétaire.Elle a des lettres à écrire .Elle s'est promis de profiter des absences de son mari pour répondre à tous ceux qui lui ont adressé à l'occasion de son mariage mieux que les voeux d'usage, qui sont toujours d\u2019une écoeurante banalité.Hier, justement, à une sienne cousine de province qui 1 aime bien, elle a écrit six longs feuillets dont une simple petite phrase pourrait merveilleusement résumer le sens ;\t« Je suis heureuse, heureuse .» Aujourd'hui, ce sera le tour dune amie de pension.cette chère Etiennette qui habite Alger où son père vient d obtenir un poste important dans 1 in-dustrie fruitière.La main de Monique attire devant elle le bloc de correspondance, dévisse le capuchon de son stylo et commence à tracer d une haute écriture nette et régulière : « Ma chère petite Etiennette.« J'avais hâte de te donner de nos nouvelles, mais si tu savais comme les jours passent avec rapidité quand on s\u2019installe dans une existence nouvelle si différente de celle qu'on a vécu jusqu'alors .» Les doigts de la jeune femme s'immobilisent tout à coup.\u2014 Ce n'est pas tout à fait vrai, juge-t-elle, avec son habituel souci de l'exactitude.Le temps ne passe vite que lorsqu\u2019il est là ! Elle relit les quelques lignes qu elle vient d écrire, demeure un moment immobile et pensive, le stylo en l'air, et puis ajoute lentement, en s appliquant à bien former ses jambages : « Je suis fort heureuse, car Mio est bien gentil.avec moi.» Elle relit encore, hausse les épaules et s écrie à mi-voix : \u2014 C'est bête, et froid, et banal.Hier, elle aurait été incapable de trouver des.mots aussi insipides.Hier, de toute son âme débordante de passion, de joie et de confiance, elle s é-criait : « Je suis heureuse, cousine Jeanne ! Mio et moi, nous nous aimons à en perdre la raison ! Et songez que cela va durer toute la vie, toute la vie !.» Monique froisse brusquement le feuillet commencé et le jette dans la corbeille.Décidément, elle n'écrira pas à Etiennette ce matin.Elle n'est pas en train .Mais que va-t-elle faire ?Elle avise, posé sur le grand divan d angle, un livre dont Mio lui a, ce matin même, tout en s\u2019habillant, montré un passage spirituel et amusant.\u2014 Je vais lire, décide-t-elle.Lire jusqu'à son re- tour.Elle s'assied à croupetons, sur le divan, feuillette le livre, distraitement.Ses yeux ne s'arrêtent pas.Son doigt tourne les pages, les tourne sans cesse.Et tout à coup, à voix haute, Monique s'entend prononcer ; \u2014 Qu'est-ce que c\u2019est donc que cette femme, et que peut-elle vouloir à Mio ?III Il est rentré, son Mio, un peu après midi, en avance sur l\u2019heure habituelle et, tout de suite, avec une fébrilité dont elle ne pouvait se défendre, elle l'a mis au courant.Il l'a interrompue dès les premières paroles : \u2014 Tu ne lui as pas demandé son nom ?¦\u2014 Naturellement que si.Mais elle a feint de ne pas entendre.\u2014 Comment est-elle ?Le portrait est aussi rapidement que sévèrement brossé : \u2014 Brune, petite, masculine d\u2019allure et de mise.\u2014 Jolie, quand même ?\u2014 Quoi, jolie ?Qu'est-ce que ca te fait ?Stupéfaite et choquée tout à la fois par l'interrogation goguenarde de Pierre, Monique le dévisage, presque agressive.Il rit.\u2014 Oh rien, cela ne me fait rien .C'est pour essayer de deviner le nom de cette mystérieuse amie qui vient me relancer jusqu\u2019ici.Il rit derechef, mais son visage à elle reste fermé.Même une petite flamme dure vient de s'allumer dans ses beaux yeux clairs.Elle n'a rien répliqué, cette fois, et, repoussant sa chaise, s'apprête à quitter la salle à manger.(Lire la suite page 13J 12 LE SAMEDI L'Actualité à travers le Monde LES ETATS-UNIS, PAYS HEUREUX?.Rayonnant dans l\u2019orbite de la grande république américaine, le Canada profite de ses progrès et de sa paix.\u2014 Les Etats-Unis songent-ils à s'annexer notre pays ?A vrai dire, l\u2019histoire des Etats-Unis commence en 1776, lorsque treize colonies américaines se déclarèrent indépendantes de l\u2019Angleterre.Le nouveau pays s\u2019agrandit peu à peu de toutes les « colonies » environnantes et même réussit à enlever au Mexique le Texas, le Nouveau-Mexique et la Californie.Ce fut alors une ère de prospérité sans cesse croissante, grâce aux immenses ressources, si variées, du territoire, grâce aussi à l\u2019immigration et au machinisme naissant.Mais cette prospérité subit un temps d'arrêt en 1861 : les Etats du Sud tentèrent de se séparer des Etats du Nord qui voulaient l'abolition de l'esclavage.Ce fut alors une guerre civile de cinq années qui se termina par la victoire des Etats du Nord.Les Etats-Unis reprirent bien vite le temps perdu.Bien que manquant de numéraire, ils réussirent à déplacer sur plusieurs marchés du monde les vieux pays européens.A la veille de 1914, ils étaient débiteurs de l\u2019Angleterre et de la France pour des sommes formidables.La guerre de 1914-1918 renversa nettement la situation : fournisseurs, pour une bonne partie, des belligérants, les Etats-Unis devinrent les créanciers de l'Europe et presque du monde entier.Pendant cinq ou six ans, jusqu'en 1929, les Etats-Unis connurent une prospérité sans précédent, qui semblait devoir durer éternellement ; c\u2019est du moins ce qu'en pensaient les spéculateurs en Bourse .Malgré la crise économique de ces dernières années, nos voisins du Sud sont probablement le peuple le plus heureux du monde, si le bonheur consiste en un confort matériel et même intellectuel basé sur les découvertes modernes.Voici quelques faits qui aident à la démonstration de cette assertion.Aux Etats-Unis : .le taux de la mortalité infantile est plus bas qu\u2019en Russie et que dans la plupart des pays européens ; .il y a une auto par quatre personnes tandis qu'en Russie il y en a une par 200 personnes ; .il y a un lit d'hôpital par 118 personnes ; en Russie, un lit d hôpital par 400 personnes ; .il y a six mille bibliothèques publiques contenant plus de 100,000,000 de volumes ; à elles seules, les bibliothèques dans les institutions renferment 58,000,000 de volumes ; .les dépôts bancaires sont en moyenne de $425 par personne, comparativement à $9 en Russie.On pourrait continuer longtemps cette énumération.Cependant, malgré leur richesse, leur immense population, leurs industries, les Etats-Unis auraient-ils intérêt à s\u2019annexer le Canada ?Leurs hommes politiques croient-ils que c\u2019est là une possibilité prochainement réalisable ?Il serait bien difficile de répondre nettement à ces questions.Mais on ne peut nier que la canalisation du Saint-Laurent, les besoins de la défense du continent ne poussent bientôt les par le GLOBE-TROTTER ( Spécial au \" Samedi ) Etats-Unis à prendre une décision de cette importance, d\u2019accord sans doute avec l\u2019Angleterre.?L'ALLEMAGNE VEUT SES COLONIES EN AFRIQUE Hitler exige le retour des anciennes colonies allemandes en Afrique : le Togo, le Cameroun, le Tanganyika et le Sud-Ouest Africain.Dans la bible des nazis, Mein Kampf, Hitler affirme que l'Allemagne ne doit pas s\u2019attacher à développer des colonies.Tout ce qu\u2019il lui faut, dit-il, c\u2019est une expansion en Europe même.Mais, en homme avisé, il sait changer d'opinion quand les circonstances l'exigent.Depuis quelques mois, surtout, il parle avec lyrisme des anciennes colonies allemandes en Afrique ; mais il se garde bien d\u2019ajouter qu'avant la guerre, ces colonies étaient plutôt un embarras pour son pays, et que les Allemands préféraient émigrer dans les deux Amériques plutôt qu'en Afrique.En tout cas, Hitler ne se contente pas de parler.Il a créé plusieurs écoles de coloniaux qui seront prêts à diriger les territoires rétrocédés à l\u2019Allemagne, si toutefois les pays mandataires y consentent.On peut en douter ; l'Angleterre, la France, l\u2019Afrique du Sud et les autres n'entendent pas se laisser déposséder des vastes régions africaines qu\u2019ils ont su développer.Les principales écoles coloniales allemandes sont celles de Witzenhau-sen et de Rendsburg.La première existait avant la guerre mais Hitler l\u2019a complètement modernisée ; on n\u2019y reçoit que des jeunes garçons bien doués.A Rendsburg, la Kolonial Frauen Schule est pour les jeunes filles et les femmes.Les instructeurs sont des Allemands de grande expérience : ingénieurs, médecins, etc.Une fois les études terminées, ces jeunes gens iront se perfectionner en Amérique du Sud et ailleurs.Comme on le voit, 1 Allemagne sait se préparer scientifiquement.Elle sera d\u2019autant plus prête à reprendre ses colonies africaines que celles-ci sont encore, en très grande partie, colonisées par des Allemands ; industries, plantations et le reste appartiennent surtout à des Allemands qui entretiennent des relations suivies avec leur pays d'origine.T L'AMBASSADE FRANÇAISE A ROME Après plus de deux ans, la France et l'Italie reprennent leurs relations diplomatiques interrompues par Blum.\u2014 Bref historique du merveilleux palais Farnèse, siège de l'ambassade française à Rome.Situé sur la rive gauche du Tibre, sur l\u2019emplacement de la première enceinte de Romulus, fondateur de Rome, le palais Farnèse est l'un des plus beaux et des plus vastes de la Ville Eternelle.Commencé en 1530 pour le cardinal Alexandre Farnèse, qui devint pape quatre ans plus tard sous le nom de Paul III, il eut quatre architectes successifs : Antonio Picconi da San Gallo qui construisit en seize années le rez-de-chaussée et le premier étage ; Michel-Ange, qui, peintre et sculpteur illustre, entreprit à soixante douze ans le second étage et mourut presque nonagénaire sans avoir pu terminer la bâtisse ; Giacomo Baroz-zj da Vignola qui la continua jusqu\u2019à sa mort en 1757 ; et enfin Giacoma della Porta qui, lui, eut la chance de POUR LE CONFORT DES VOYAGEURS Intérieur du nouveau wagon-restaurant climatisé que le Canadien National mettra prochainement en service entre Montréal et Halifax et entre Montréal et Toronto.La décoration, de couleur claire, a été conçue par les architectes du Réseau.Il y a place pour quarante convives.-T \u2014^ ; I > \u2019 M.CAMILLIEN HOUDE élu maire de Montréal pour la quatrième fois.Il avait comme adversaires M.Charles-Auguste Gascon et M.Candide Rochefort.vivre assez longtemps pour pouvoir l'achever en 1589.Le palais Farnèse appartenait en 1861 à l\u2019ancien roi détrôné des Deux-Siciles, François II, qui le revendit bientôt.Lorsque Victor-Emmanuel II eut créé en 1870 le royaume d\u2019Italie et choisi Rome pour capitale, le gouvernement \u2019 français acheta l'immeuble et y établit son ambassade.Le premier ambassadeur français fut émerveillé des trésors d\u2019art que ce palais contenait, et en particulier des vingt-trois fresques mythologiques ornant la grande galerie.La plupart sont d'Annibal Carrache, le meilleur maître de l\u2019école bolonaise du XVIe siècle.Annibal Carrache mit huit ans à exécuter ces fresques qui devaient lui assurer la gloire .mais pas la fortune ! Son client, le cardinal Agucchi, le paya très peu.Mais il faut ajouter au Annibal Carrache.artiste désintéressé, insouciant et content de peu.n'était pas un homme d\u2019affaires.Les récents incidents au sujet de la Tunisie et de la Corse ont naturellement refroidi les relations italo-françaises.Espérons qu\u2019un accord réglera bientôt cet épineux problème \u2022 LE CENTENAIRE DE LA PHOTOGRAPHIE Le 7 janvier 1839, le célèbre savant Arago annonça à l'Académie des Sciences la découverte du daguerréotype, marquant ainsi les débuts de la photographie dans le monde.A 1 occasion du centenaire de ce grand événement, la Société française de Photographie donnera le 7 janvier prochain une soirée dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne.En même temps que des cérémonies auront lieu aux monuments élevés à Niepce et à Daguerre, une exposition se tiendra à Paris montrant le développement de la photographie depuis sa création. I 31 décembre 1938 13 I i oir fO li- ft I! lie »\u2022 jt »! ce les ies ail * /I' is ell li le ito ii- iet ie le If III in If if le « is « Ï n i ( i (Suite de la page 11 ) Mais, voici qu'un bras caressant la saisit aux épaules; elle veut se défendre contre la tendre pression qui fait ployer son buste.\u2014 Serais-tu encline à la jalousie, par hasard ?demande-t-il en plantant dans les siennes ses prunelles d\u2019un marron très doux.\u2014 Peut-être ben qu'oui ! plaisante-t-elle.Elle rit enfin à son tour, d'un rire de gorge dont il ne veut pas déceler la nervosité.\u2014 Dis donc, tu as entendu ?s'écrie-t-il.On a sonné !! Si c'est ta bonne femme, nous allons être tout de suite fixés.C'est elle.Marianne vient d\u2019entrer pour l'annoncer.\u2014 Attends.Mio, prie doucement Monique.\u2014 Qu\u2019y a-t-il, petite chérie ?\u2014 Attends ! Une chose très importante .Elle écoute décroître dans le couloir le pas de la domestique et c'est elle maintenant qui enserre de ses deux bras frais et potelés le cou de son mari.\u2014 Mio .dis ?.Tu m'aimes ?\u2014 Folle ! Petite folle aimée ! \u2014 Réponds-moi ! Tu m'aimes vraiment ?Tu m\u2019aimes .uniquement ?Sur les fins cheveux blonds dont il respire avec délices le léger parfum de menthe sauvage il pose dévotement ses lèvres, strictement rasées.Tout bas, en un souffle, il murmure : \u2014 Je n'aime que toi au monde .Tu es tout mon univers .Toi seule au monde, entends-tu ?Toi seule au monde .Monique a clos ses paupières afin de se mieux laisser pénétrer par la musique de la chère voix.Quand elle les rouvre, c\u2019est pour envelopper d'un de ces regards d\u2019amoureuse où toute l'âme vient se mirer, le visage adoré, le visage de son Mio : un large front d intelligence et de noblesse; des yeux pleins de franchise et de loyauté, un nez droit, une bouche spirituelle, un menton volontaire et, répan 'u sur tout cela, un air de courage d'énergie qui gagne toutes les confiances, toutes les sympathies.\u2014 Mio .je suis heureuse .Que tu m\u2019aimes autant que je t\u2019aime, c est la seule chose qui compte pour moi ! Elle a déjà oublié ses angoisses imprécises de la matinée, cette vague et sourde inquiétude assez semblable à un noir pressentiment.A peine entend-elle cette même voix s'exclamer joyeusement au seuil du petit salon où Mio est allée rejoindre la jeune femme inconnue ; \u2014 C\u2019était donc vous ?Par exemple ! Quelle bonne surprise !.\u2022 Monique, en attendant que Mio en ait fini avec « la bonne surprise », est allée s\u2019installer au jardin, emportant les journaux du matin.Les minutes coulent; une demi-heure passe, elle est passée .C\u2019est long ! La jeune femme soupire, se lève, revient vers la maison.« C'est tout de même assommant, songe-t-elle, qu'on vienne harceler Mio à son domicile privé.Il a un bureau pour recevoir et s occuper d affaires.» C\u2019est égal ! N\u2019avoir à soi que ces deux pauvres heures du déjeuner, ces deux heures absolument indispensables pour faire supporter le poids de la journée, n'avoir que ces deux heures-là et les voir rognées par des inconnus, des indifférents ?.Mais, derrière Monique, voici qu un pas rapide fait grincer le gravier.Une voix retentit, angoissée, suppliante.\u2014 Madame, je viens chercher .du secours .Ma maîtresse vient d'avoir une syncope et .je suis toute seule, je n'ose la quitter pour appeler le médecin ! La jeune femme s\u2019est retournée.Elle a vite fait de reconnaître la petite bonne de leur voisine de propriété; une vieille rentière avec qui ils ont, Mio et elle, échangé quelques paroles de politesse.\u2014 Attendez-moi ! Je viens .Elle pousse la porte du vestibule, entre la cuisine, en coup de vent : \u2014 Marianne ! Courez prévenir le docteur Loronne que notre voisine vient de tomber en syncope.Pendant ce temps, je vais, moi, assister cette gamine qui perd la tête ! Deux heures ont passé, durant lesquelles la charité a presque complètement fait oublier à Monique ses préoccupations intimes.Quand elle revient vers sa claire villa, suivie d'une Marianne qui se lamente sur le sort de la vieille dame d\u2019à côté, elle est toute surprise de ne plus voir l\u2019automobile de son mari sagement rangée devant la grille.Dans la maison, un silence de mort règne.La porte du salon est grande ouverte.Et la pièce est vide.\u2014 Marianne, Marianne, vous n'avez donc pas expliqué à Monsieur ?\u2014 Si Madame, mais il m'a à peine écoutée.Il conversait en grande animation avec la dame de ce matin et il s\u2019en est allé avec elle, vers Paris, probablement.\u2014 Il s\u2019en est allé ?.Ce n'est pas possible ! C'est vrai, pourtant.Sur la petite table du salon, bien en évidence, il y a un billet, avec ces mots, griffonnés à la hâte : « Je ne peux attendre ton retour.Monique.Jacqueline Marchand, une ancienne camarade du Quartier Latin, vient de m\u2019apprendre une chose très grave, très pénible .concernant un bon copain que j'aime bien.Je pars avec Jacqueline pour tenter une démarche qui ne peut souffrir aucun retard.» Et cette stupéfiante communication est signée Mio, tout simplement, tout sèchement.Qu\u2019est-ce que ça veut dire ?Une douleur aiguë, lancinante, s\u2019empare de l\u2019âme de Monique.« Mio ! Mio ! gémit-elle en tordant ses petites mains pâles.Mio ! C est abominable ce que tu viens de faire là ! » IV Voyons, il faut qu elle le relise, ce billet.Mais où est-il ?Elle ne sait plus.Elle a mal à la tête .Ses paupières sont rouges et gonflées.C est qu elle a tant pleuré, aussi ! Qu'a-t-il écrit ?Qu'a-t-il écrit ?.Il a parlé d'un « bon copain qu'il aimait bien » et à qui une chose ennuyeuse serait arrivée, en faveur de qui il allait tenter une démarche urgente en compagnie de cette Jacqueline Marchand .Jacqueline Marchand ! Ce nom.par exemple, elle ne l\u2019a pas oublié, la pauvre Monique ! Il s est gravé en lettres brûlantes dans son cerveau.« Jacqueline Marchand, une camarade du Quartier Latin .» Quelque étudiante qui, peut-être, a flirté avec Mio, autrefois .Une violente rougeur empourpre le visage de la jeune femme.Elle incline brusquement le front, comme si, par cette seule pensée, elle venait de se rendre coupable d'une faute.Ah ! c'est que son Mio lui a si souvent affirmé, de sa belle voix chaude et grave, si bouleversante à certaines minutes, qu\u2019il avait le flirt en horreur et n'avait, pour sa part, jamais flirté.Mettre en doute la parole de Mio.c\u2019est démolir d'un coup les assises mêmes de leur bonheur.Alors .qui est cette femme ?Quels liens .d\u2019amitié ou de sympathie l'unissent à elle pour que, se retrouvant en sa présence après des mois, peut-être des années d'éloignement, il n\u2019ait pas craint de lui sacrifier le repos, la joie et la confiance de « sa petite Reine » ?.Car, c'en est fait de tout cela, elle le sent bien ! Tant qu\u2019il n'aura pas donné à sa fugue de raison acceptable, malgré les protestations véhémentes de son coeur si rempli de lui.elle suspectera sa bonne foi .Ah ! qu'il vienne, vite, vite, qu'il la prenne entre ses bras, et, de sa voix berceuse, lui redise à l'oreille ces paroles qui l'ont si délicieusement émue : « Toi seule au monde .Toi seule .» Après qu'il les aura répétées, ces paroles, elle pourra croire tout ce qu'il lui racontera au sujet du « bon copain » et même de Jacqueline Marchand.Elle pourra .Maintenant, elle ne peut, par ses réflexions, de plus en plus sombres, de plus en plus douloureuses, que s'enfoncer davantage, s enfoncer jusqu\u2019à l\u2019enlisement, dans le cauchemar de cette journée.Mais il ne faut pas quelle reste ainsi ! Cinq heures et demie .L'heure du courrier ! Il doit être maintenant, il est certainement à son bureau car la « démarche urgente ».si démarche il y a, doit être accompli.Si elle lui téléphonait ?Son orgueil se cabre.Ce n est pas à elle à faire des avances.Il s'est mis dans son tort en profitant de son absence pour filer vers Paris avec cette inconnue.Il aurait dû .Qu'aurait-il dû faire ?Oh ! Monique le sait très bien ! « A sa place, moi, j\u2019aurais couru vers le salon et crié à la camarade du Quartier Latin :\t« Reprenez votre train ! Ma femme, ma petite Reine chérie passe avant les démarches urgentes que nous devions faire ensemble ! Je n'ai jamais encore quitté ma femme depuis notre mariage, sans la serrer tendrement dans mes bras et sans que nous ayons échangé une multitude d\u2019au-revoir.Nous sommes des nouveaux mariés heureux et insouciants, nous ! Et nous nous moquons bien de tout ce qui peut se passer hors des murs de cette maison.» Au lieu de cela, ce billet glacé qui a voulu être explicite et n'a fait que désoler la pauvrette.En manteau, coiffée d'un chapeau printanier, elle est sur le chemin qui mène au centre de la petite ville; et elle entre au bureau de poste.\u2014 Allô I monsieur le Directeur est-il là ?.Je vous demande si votre directeur .M.Bernoux, oui.Non.il n'est pas question d'autos ! C\u2019est personnel .Il n\u2019est pas là ?.Comment pas vu depuis midi ?.Et.il n'a pas téléphoné ?.Vous êtes sûre, mademoiselle ?.Bon !.Merci.Monique raccroche lentement le récepteur, sort de la cabine, se fait rappeler par l\u2019employée à qui elle oubliait de payer la communication, quitte la poste enfin d'un pas d'automate.Ainsi, il n'est pas rentré à son bureau .Où est-il ?\u2014 Où est-il ?crie la jeune femme tout haut.Au son de sa propre voix, elle se retourne, honteuse, avec la crainte d\u2019avoir été entendue.Mais les passants sont rares dans la paisible rue où le hasard l a fait s\u2019engager.Elle marche, marche, le cerveau vide soudain, attentive seulement à considérer le ciel si bleu tout à l'heure que de gros nuages parcourent à présent.\u2014 Il va pleuvoir, songe-t-elle mélancoliquement.Mon chapeau va être abîmé.Et, machinalement, elle reprend le chemin de la villa.De plus loin qu'elle l\u2019aperçoit, Marianne se précipite au-devant d\u2019elle : \u2014 Madame ! Madame ! Vous venez de la poste, n\u2019est-ce pas ?Vous en étiez à peine sortie, parait-il, que ce télégramme est arrivé pour vous I \u2014 Un télégramme ?Donnez ! Un télégramme ?Pourquoi un télégramme ?Un lonq frémissement parcourt Monique de la tête au* pieds.Ses doigts tremblent en décachetant le pli.Et voici ce qu\u2019elle lit : (Lire la suite page 15) RÉVEIL Le sommeil s'enfuit, telle une comète Qui m'entourerait d'ombre lumineuse, Une étoile au front dans la nuit complète, Au matin, nuée errante et peureuse.Il m'avait saisie en son beau silence, En sa paix rythmée, et je sens encore Le balancement, la souple cadence Dont il me berça du soir à l'aurore.Magique réseau, treillis impalpable, Retenant la vie aux confins du rêve Et dans son tamis de marchand de sable Ce qu'il faut garder du jour qui s'achève.Quand des yeux rouverts, du front qui s'éveille.Glisse son bandeau de pénombre douce, Le ciel nous surprend malgré sa merveille, Sa clarté nous vient dans une secousse; Ainsi que Lazare extrait de sa tombe, Ecartant le poids des voiles funèbres, Notre esprit surgit, s'élance et retombe : Rendez-moi l'oubli profond des ténèbres.Mme Alphonse DAUDET 14 LE SAMEDI Simplicity simplicity 2948 _____1939______ et ses élégances Simplicity 2945 U de Simplicity 2887 25 cents 44 2887 \u2014 Charmante toilette, gr.12 à 20.Pour un 12 : 6% v.de 35\", 5Ji v.de 39\" ou 5^ v.de 44\".2% v.de dentelle de l%\" ou 4Yl v.de %\" pour l\u2019encolure et les bouts de manches.2J4 v.de ruban de Yi\u201d ¦ 2 v.de ruban de 1 Yl\" pour le ceinturon.Fermeture-éclair 2945 \u2014 Robe et bouffants de fillette, gr.2 à 8 ans.Pour un 4 : 2% v.de 35\" ou 2 v.de 39\".\\Y de froncé de 1\".2 J/g v.de ruban de Yl' plié en biais.y.\\ v.de 35\" ou % v.de 39\" pour les bouffants.Fermeture-éclair de 2919 \u2014 Robe pour dame et jeune fille, gr.14 à 42.Pour un 18 : 3y2 v.de 35\", 3J^ v.de 39\" ou 2J4 v.de 54\".La boucle : % v.de ruban de %\".% v.de canevas de 24\", de taffetas de 39\" ou d\u2019organdi Fermeture-éclair de 2944 \u2014 Robe d'une belle simplicité, gr.12 à 20.Pour un 16 :_3J^ v.de 39\" ou 7% éclair de 9 Fermeture-25 cents.2948 gr.12 - Robe simple et distinguée, à 20.Pour un 14 : 3J/£ v.de 39\" ou 2J4 v.de 54\".1% v.de ruban Yl\"\u2022\tv- de taffetas de 39\" ou d'organdi de 44\" pour les manches.Ceinture de votre choix.Fermeture-éclair de 9\".\t20 cents.2944 Si vous ne pouvez trouver ces PATRONS SIMPLICITY chez le marchand de votre localité, commandez-les, avec le montant requis, à l'adresse suivante Patrons du \"Samedi\", Dominion Patterns, Ltd., 489 College Street, Toronto, Ont. 31 décembre 1938 13 (Suite de la page 13) Ne pourrai rentrer avant dix heures.Ne t'inquiète pas.ma chérie.Tendresse de ton Mio.Elle a lu.Elle relit et relit encore, comme si elle n\u2019arrivait pas à comprendre.Et, tout à coup, lui apparaît un nom de ville dont les lettres dansent sous ses yeux en une chevauchée éperdue : glanas magazines : ht Samedi La Revue Populaire et Le Film.REMPLISSEZ NOS COUPONS D'ABONNEMENT 24 LE SAMEDI Comme Me Siméon l\u2019avait dit à Joseph Rabiot, le juge de paix reparut à l'hôtel Joramie le lundi matin, à neuf heures, pour faire la levée des scellés.Le notaire, accompagné de deux de ses clercs et de deux experts, arriva quelques minutes après le juge de paix.Les héritiers étaient présents.Rabiot très anxieux, les autres de fort joyeuse humeur.Enfin, on allait en finir.Le notaire laissa le juge de paix procéder à l'enlèvement des cachets de cire et s'installa avec ses hommes dans le cabinet de M.Joramie.A dix heures et demie, ayant terminé son opération, le juge de paix se retira après avoir serré la main du notaire.Alors Me Siméon fît appeler Joseph Rabiot et les autres, puis tous les serviteurs de M.Joramie, y compris Henri Cordier.Sur l'ordre du notaire, le fidèle Clément avait fait porter des sièges dans le cabinet, de sorte que tout le monde put s'asseoir.\u2014 Cette fois, je n\u2019en peux plus douter, pensait Rabiot, il y a un testament.Il est capable d'avoir donné la moitié de sa fortune à des étrangers.L'aimable cousin était pâle et son coeur battait fort.Les Parizot et les Fourel attendaient tranquillement, le père souriant à sa fille, la femme à son mari.Le notaire et ses clercs étaient assis devant le grand bureau de bois d é-bène incrusté d'argent, ayant chacun sa serviette devant lui.Quand tout le monde eut fait silence, le notaire dressa la tête, promena son regard sur l'assemblée et dit, s'adressant au valet de chambre : \u2014 Est-ce vous, monsieur, qui avez les clefs du coffre-fort ?\u2014 Non, monsieur.\u2014 Où sont-elles ?\u2014 Probablement dans la poche de M.Joseph Rabiot.\u2014 Comment, fit le notaire avec surprise, de quel droit monsieur est-il en possession de ces clefs ?Qui les lui a remises ?N'est-ce pas vous, Clément Baudoin, qui en aviez la garde ?\u2014 Oui, monsieur, répondit Clément d\u2019un ton ironique; mais M.Rabiot me les a demandées d'une telle façon que je n\u2019ai pu les lui refuser.\u2014 Pourtant, c'est ce que vous deviez faire.\u2014 M.Cordier était présent quand la chose s\u2019est passée; il peut vous dire qu'il n\u2019a pas dépendu de moi qu'il en fût autrement.,\u2014 Ah ! fit M.Siméon en regardant le secrétaire.Si Rabiot avait tenu Clément sous ses pieds il l\u2019aurait écrasé.Un tremblement nerveux le secouait, en dépit des efforts qu\u2019il faisait pour paraître calme.Si le valet de chambre allait tout dire, comment, lui, héritier expliquerait-il ses violences ?Heureusement Me Siméon coupa court à l'incident se contentant d'envelopper le cousin d\u2019un regard singulier et de lui dire sèchement en tendant la main : \u2014 Donnez les clefs, monsieur Joseph Rabiot.Celui-ci, tout confus sous les regards soupçonneux de ses cousins, tira les clefs de sa poche et les mit dans la main du notaire.Celui-ci reprit : \u2014 Mesdames et messieurs, c'est pour me conformer à la volonté du défunt que nous allons d'abord ouvrir le coffre-fort, où des livres qui y sont enfermés nous feront connaître immédiatement le chiffre de la fortune de M.Joramie; c'est également en exécution de la volonté de M.Jora- mie que je me présente ici aujourd'hui, le douzième jour après son décès.Le notaire se leva et s'approcha du coffre-fort.\u2014 Ah ! fit-il, il y a un mot à connaître.Et du regard il interrogea Rabiot.\u2014 Je ne sais pas, répondit hardiment le cousin.\u2014 Oui donc ici connaît ce mot ?.\u2014 Moi, répondit le vieux valet de chambre.- Ah !.Et ce mot est ?\u2014 Claire .c, 1, a, i, r.e.Joseph Rabiot et Eugène Cordier échangèrent un regard rapide.En un instant le coffre-fort fut ouvert et l'on put voir sur les tablettes de métal, formant rayons d'énormes liasses de billets de banque, des sacs d\u2019or empilés, des valeurs mobilières entassées.Les héritiers écarquillaient les yeux.Immobiles, haletants, respirant à peine, ils avaient l\u2019air d\u2019autant de statues de la convoitise basse et cynique.Ah ! qu'il était loin déjà le souvenir du bienfaisant cousin Joramie ! Les misérables ne voyaient que l'or et les billets de banque; ils se sentaient attirés vers ce trésor comme les fauves sont attirés par la chair du voyageur perdu dans le désert.Me Siméon ne les perdait pas de vue; il eut un haussement d'épaules et un sourire de mépris.Il prit un livre dans le coffre-fort l\u2019ouvrit sur le bureau et lui.\u2014 Avez-vous pris les chiffres, monsieur ?demanda le notaire à son premier clerc.\u2014 Oui, monsieur.\u2014 Faites l\u2019addition.Ce ne fut pas long : l\u2019addition donna un total de trente-cinq millions deux cent dix mille francs.Les cousins se regardaient tout ahuris.Les cousines faisaient mine de se pâmer Trente-cinq millions ! Ce chiffre flamboyait à leurs yeux.C\u2019était un véritable éblouissement.Tous répétèrent : \u2014 Trente-cinq millions ! Si grandes qu'eussent été leurs espérances, si brillants qu eussent été leurs -eves, jamais ils n avaient été jusque-là.Ils tombaient dans la féerie, dans le fantastique.Après avoir joui un instant de leur ahurissement, Me Siméon leur dit : \u2014 Il est à remarquer que M.Joramie.en établissant lui-même le chiffre de sa fortune, a omis, peut-être volontairement, de faire mention de son riche mobilier dont la valeur, après estimation et inventaire, viendra s'ajouter au chiffre que nous avons déjà.Certes, ajouta-t-il, ayant 1 air de s adresser aux cousins, voilà une superbe fortune, un magnifique héritage \u2014 Oh ! notre pauvre cousin ! soupira Mme Parizot.Et elle fit semblant de pleurnicher Mlle Anastasie tira son mouchoir et voulut faire croire qu elle essuyait des larmes.Le notaire ouvrit sa serviette d où il tira une grande enveloppe dont le cachet de cire blanche avait été rompu par le président de la première chambre du tribunal civil de la Seine M.Siméon fit voir le pli à tout le monde, et, sur l'enveloppe, chacun put lire ces mots : Ceci est mon testament.Le tonnelier eut un haut-le-corps \u2014 Ah ben, fit Parizot, en voilà d une autre ! \u2014 Ainsi, il y a un testament, dit Fourel d\u2019une voix étranglée; pourtant, cousin, vous nous aviez assuré.\u2014 Laissez-moi donc tranquille, riposta Rabiot d'un ton bourru.Il y avait un testament; c'était un premier et rude coup porté aux convoitises des héritiers.Néanmoins, Joseph Rabiot fit bonne contenance; mais il y a eut au fond de son coeur un accès de rage d'autant plus grand qu'il lui fallait le dissimuler.Mais qu\u2019allait dire ce testament ?Quelle était la part de sa fortune faite par M.Joramie à ses parents ?Me Siméon reprit la parole.\u2014 Messieurs, dit-il, je vous prie de garder le silence, de rester chacun à votre place et d\u2019écouter la lecture que je vais faire du testament olographe de M.Joramie.Me Siméon jeta un rapide coup d'oeil sur l'assistance, s'assura que ses lunettes étaient d'aplomb sur son nez, sortit le testament de son enveloppe et débuta par un chut accentué Le silence devint solennel.On aurait entendu courir une mouche sur les vitres des croisées.\u2014 Mesdames et messieurs, reprit le notaire, veuillez écouter avec la plus grande attention.Je commence : \u2014 Allez-y, dit Parizot, qui se renversa sur son fauteuil et mit une de ses jambes à cheval sur l'autre.\u2014 Il n'en finira pas, ce notaire, pensait Fourel, on voit bien qu'on lui paye tant par heure Joseph Rabiot, très sanguin, desserrait sa cravate.VIII Le testament Aujourd'hui vingt-six février mil neuf cent vingt-trois, moi, Abel-Paul Joramie, malade de corps, mais sain d'esprit, et dans toute la plénitude de ma raison et de ma volonté j'écris mon testament, que Me Siméon, mon notaire, lira devant tous les intéressés, si faire se peut, le douzième jour après ma mort.» Cousins et cousines, les yeux étincelants, dressèrent la tête, allongeant le cou.« Article premier \u2014 J'institue pour ma légataire universelle .» Ici, Me Siméon s\u2019arrêta pour tousser et rajuster ses lunettes.Cela dura dix secondes, peut-être: mais ces dix secondes parurent bien longues aux héritiers.Le notaire reprit : « J'institue, pour ma légataire universelle.la nommée Claire Guérin.» Du côté des parents, il y eut une triple exclamation.* y*, Jp ^ - 1 .* | «S&CJËSBUUâ B||| ¦« ¦ «a\t> , ~\tm. 31 décembre 1938 25 e n e i- lP ie )n e- ié u- Ut rit la e !D- de on es- mil xl- lais im- ité.Si- DUS lt lu- ail itue «s- ii.B ni- ne \u2014 Claire Guérin ! dit Fourel, u'est-ce que c'est que Claire Guérin ?Où est-elle cette légataire universelle dont nous n\u2019avons jamais entendu parler ?\u2014 Ah ça, fît Parizot, on se moque de nous ici ! \u2014 Notre cousin Joramie n'avait plus sa tête à lui quand il a écrit cela, reprit Fourel; nous attaquerons, nous ferons casser ce testament inique.\u2014 Vous ferez ce qu\u2019il vous plaira, répliqua froidement le notaire; en attendant, je vous prie d\u2019écouter.\u2014 Pour entendre des absurdités ?\u2014 C'est une infamie ! prononça Mlle Anastasie, les mains jointes.\u2014 Nous n'avons plus rien à faire ici.dit Parizot en se levant; nous n\u2019avons plus qu'à nous en aller; mais on m\u2019a fait perdre mon temps; il faudra qu'on me le paye, mon temps; je réclamerai des dommages et intérêts.\u2014 V ous pouvez vous retirer si cela vous convient, monsieur, répondit le notaire; je vous conseille cependant de rester et d'écouter la teneur du testament, si vous voulez avoir connaissance, dès maintenant, de l'article qui vous concerne tous trois.\u2014 Ah ! il y a un article pour nous?fit Parizot retombant sur son siège.Jaseph Rabiot ne soufflait mot, il suffoquait.\u2014 Claire Guérin, Claire Guérin ! marmottait la fermière; mais je connais ce nom-là.Les dernières paroles de Me Si-méon produisirent instantanément leur effet.L apaisement se fit.Voyant le calme à peu près rétablit, le notaire reprit sa lecture.« Article premier.\u2014 J\u2019institue pour ma légataire universelle la nommée Claire Guérin, née au village de Bourgvoisin, près Bourgneuf (Charente-Inférieure), ou, dans le cas où Claire Guérin n'existerait plus, le fils ou la fille qui pourrait être né d'elle dans le courant de l\u2019année 1878 déclarant que Claire Guérin a été mon amie et reconnaissant que l'enfant qu'elle a mis au monde dans ladite année 1878 est le mien.\u2014 Claire Guérin ! répétait Mme Parizot dans sa pensée; ah ! il faut que je me souvienne ! Le notaire continua : « Claire Guérin ou ses ayants droit en ligne directe seront recherchés par tous les moyens possible, et, aussitôt retrouvés, mis en possession de tous mes biens, meubles, immeubles, valeurs de toute nature, et sans qu'il puisse y avoir contestation, sauf les dons et legs désignés ci-après, lesquels seront délivrés, dans les deux mois qui suivront mon décès, par les soins de mon exécuteur testamentaire, assisté de Me Siméon, mon notaire.« Art.II.\u2014 Je lègue à mes bons et fidèles serviteurs la somme de deux cent vingt-huit mille francs à partager entre eux, proportionnellement à leurs années de services près de moi, soit deux mille francs pour chaque année de service.« Ainsi, Clément Baudoin, mon vieux valet de chambre, à mon service depuis trente-cinq ans, recevra soixante-dix mille francs, tandis que Jules Biomain, le moins ancien de mes domestiques, à mon service depuis quatre ans, n'aura à recevoir que huit mille francs.« Art.III.\u2014 Je lègue à la ville de Paris la somme de deux millions pour les écoles communales des deux sexes.« Art.IV.\u2014 Je lègue à l\u2019Assistance publique : « 10 Cinq cent mille francs pour les pauvres.«2° Cinq cent mille francs pour les hôpitaux et hospices.«3° Un million pour l'oeuvre des enfants assistés.« Art.V.\u2014 Je lègue au lycée de Nevers, où j\u2019ai fait mes études, la somme de cent cinquante mille francs pour constituer une rente perpétuelle, qui sera effectée à trois bourses entières avec trousseaux.« Art.VI.-\u2014 Si au bout de dix années de recherches, à partir du jour de ma mort.Claire Guérin ou ses ayant droit en ligne directe n'étaient pas retrouvés, mon héritage, alors, reviendrait à mes petits-cousins : Joseph Rabiot, propriétaire à Paris; Ludovic Fourel, tonnelier à Beaugency; Auguste Parizot, cultivateur, actuellement fermier à la ferme de Grandval (Loir-et-Cher).« Art.VIII.\u2014 Si avant l'expiration des dix années de recherches il est constaté, sans qu'il puisse y avoir de doute à cet égard, que Claire Guérin et l\u2019enfant né d\u2019elle en 1878 sont décédés, celui-ci sans postérité, mes petits-cousins seraient mis immédiatement en possession de mon héritage.« Art.VIII.\u2014 Je nomme M.le comte Gaston de Soleure mon exécuteur testamentaire.« Paris, 26 février 1923.« Abel-Paul Joramie » Me Siméon avait lu le testament posément, appuyant sur les chiffres comme pour les faire pénétrer, ainsi que des aiguillons, jusqu\u2019au coeur des cousins.\u2014 Par exemple, voilà un drôle de testament, dit le tonnelier; j'ai bien entendu qu'il est parlé de nous : mais, vraiment, je ne comprends guère : nous ne sommes pas héritiers, nous le sommes.Eh bien, pour moi, tout cela n'est pas clair du tout.\u2014 Notre cousin Joramie, reprit Parizot, a eu, dans le temps, il y a quarante-cinq ou quarante-six ans, une amie.Un péché de jeunesse ! Je vous demande un peu s'il y avait là raison de faire un pareil testament.Il ne sait même pas si cette Claire Guérin ou l'autre est encore en vie.Eh bien, vrai, c'est drôle.Je suis de l'avis du cousin Fourel, je crois bien que la raison du pauvre homme déménageait.Dame, la vieillesse .Depuis que le notaire avait achevé la lecture du testament, Mme Parizot était restée pensive, la tête dans ses mains.Soudain elle se redressa brusquement, et un double éclair sillonna son regard.\u2014 Oui, oui, murmura-t-elle, c'est bien cela : je me rappelle maintenant.Le notaire se rapprocha du bureau et dit : \u2014 Mesdames et messieurs, la séance est levée.Je vais commencer l\u2019inventaire.Il est bien entendu que si j\u2019avais quelque chose à vous communiquer j\u2019aurais l'honneur de vous écrire.De votre côté, si, par hasard, vous appreniez quelque chose concernant la personne que M.Joramie désigne dans son testament, vous voudriez bien m\u2019en prévenir.Il ferma le coffre-fort, mit les clefs dans sa poche, puis, suivi de ses clercs et des experts, il descendit dans le grand salon du rez-de-chaussée.Les domestiques se retirèrent tous ensemble, et il ne resta plus dans le cabinet que les trois cousins, les deux cousines et le secrétaire.\u2014 Je monte dans ma chambre, dit Mme Parizot, je vais préparer notre malle.Mystérieusement, elle s'approcha de Ludovic Fourel et lui chuchota à l'oreille : \u2014 Je vous attends dans notre chambre avec la cousine .De Fourel elle passa à Joseph Rabiot en lui dit, également à voix basse: \u2014 Débarrassez-vous vite de ce M.Cordier et venez nous retrouver là-haut dans un instant.Puis à haute voix, s'adressant à son mari : \u2022\u2014 Viens, mon homme, viens; nous partirons ce soir.Ah ! j'en ai assez de Paris et de cette maison.Tous deux sortirent, puis, un instant après, le tonnelier et sa fille.Rabiot resta seul avec le secrétaire.\u2014 Eh bien, cher monsieur Cordier, dit-il, appuyant sa grosse main sur l'épaule du secrétaire, en voilà une déception .Ah ! pour ùne veste, c'est une belle veste ! Décidément, il ne faut jamais compter sur la peau de l\u2019ours avant de l'avoir tué.Ainsi finissent tous les beaux rêves.Hé, hé ! vous êtes plus heureux que nous, ma foi; vous aurez vos quatre mille francs, puisqu'il y a deux ans que vous êtes ici.\u2014 M.Joramie n\u2019a pensé qu'à ses domestiques, et je ne suis pas .\u2014 Il n'a point fait de distinction, il vous a compris dans le nombre .Est-ce que cela vous blesse, cher monsieur Cordier ?\u2014 Oh ! nullement.\u2014 Vous aurez vos quatre mille francs.-Ce n'est pas sûr.\u2014 Il y a une note annexée au testament sur laquelle plusieurs noms sont écrits; je n\u2019ai pu lire que le premier, en tête, celui de Clément Baudoin, mais, pour moi, vous y êtes.Du reste, le notaire saura bien vous le dire .\u2014 Dans tous les cas, monsieur Rabiot, ce ne serait qu'une indemnité; il me semble que je méritais mieux.\u2014 Sans doute, saus doute.\u2014 Monsieur Rabiot, je compte toujours sur votre bonne promesse.\u2014 Certainement, fit Rabiot en se grattant l'oreille; nous reparlerons de cela, cher monsieur Cordier; vous viendrez me voir chez moi.un de ces jours et.nous aviserons.Rien ne presse, n\u2019est-ce pas ?Mes cousins vont partir ce soir; moi, dans une heure, i'aurai décampé.A bientôt, monsieur Cordier, à bientôt ! Au revoir ! Sans attendre la réplique du secrétaire.Rabiot sortit du cabinet et s\u2019empressa de monter à l'étage supérieur.Henri Cordier resta penaud.En se conformant aux désirs, aux ordres même de Rabiot, le jeune et ambitieux secrétaire avait cru qu'il se concilierait les bonnes grâces de l'héritier; de plus, il s'était bercé de l'espoir qu'en assistant à ses tentati-es de vol il le tiendrait sous sa dépendance.Et voilà que M.Joseph Rabiot ne se préoccupait pas plus de lui que de n\u2019importe quel passant inconnu.C'était une déconvenue et en même temps une humiliation.\u2014 Toi, se dit Cordier avec colère, si jamais tu as besoin de moi, je te ferai payer cher ton ingratitude.Joseph Rabiot trouva les membres de sa famille réunis et l'attendant avec impatience, car Mme Parizot n\u2019avait point voulu parler sans que le cousin Joseph Rabiot fût présent.\u2014 Voyons, dit ce dernier, après avoir soigneusement fermé la porte, pourquoi tant de mystère ?Est-ce qu\u2019il s'agit d'une conspiration ?\u2014 Peut-être bien, cousin.-Ah! \u2014 Mais approchez-vous et prenez cette chaise tout près de nous; nous devons causer tout bas, car ce que nous allons dire ne doit pas être entendu par d\u2019autres oreilles.\u2014 Alors, le mystère continue ?\u2014 Oui, cousin, et la chose en vaut la peine : d\u2019ailleurs, vous en jugerez.LA BEAUTÉ PHYSIQUE C'EST LA JOIE DE VIVRE Etes-vous déprimée?Nerveuse?Sans énergie ?Délaissée ?La vie n\u2019a-t-elle pour vous que des désagréments?Souffrez-vous de maigreur ?De vertiges ?De migraines ?et votre teint a-t-il perdu sa fraîcheur ?C\u2019est alors que vous avez le sang trop lourd, chargé de toxines, et le travail de ce sang non purifié cause de pénibles désordres dans votre organisme.Faites alors votre cure de désintoxication naturelle.Les éléments concentrés qui constituent le merveilleux TRAITEMENT SANO \u201cA\u201d élimineront tous ces poisons.De jour en jour vos chairs se développeront et redeviendront plus fermes, votre teint s\u2019éclaircira, vous serez plus attrayante avec tout le charme de la jeunesse.Envoyez cinq sous pour échantillon de notre produit Sano «A» CORRESPONDANCE STRICTEMENT CONFIDENTIELLE HEURES DE BUREAU Le samedi, de 3 heures à 6 heures Mme CLAIRE LUCE LES PRODUITS SANO ENRG 5920 Ave Durocher Casier Postal, 2134 (Place d\u2019Armes) Montréal, P.Q.Ecrivez lisiblement ci-dessous Votre nom_______________________ Votre adresse Tout s offre comme étrennes au Jour de l\u2019An, les choses les plus frivoles ou passagères comme les plus pratiques et durables.Que diriez-vous, par exemple, d une belle couverture de laine ?Un pareil cadeau fera la joie de toutes celles qui le recevront.Choisissez de préférence les couvertures de laine Porritts & Spencer. 26 LE SAMEDI Souffrez-vous d\u2019indigestion ?Sentez-vous que vous ne pouvez rien manger sans éprouver des flatulences, des crampes d'estomac, des maux de coeur, des goûts surs ou des brûlements d'estomac ?Pourquoi endurer ces douleurs après chaque repas ?Mangez à votre aise avec les Tablettes digestives SANO (se vendent aussi en poudre) qui vous aideront à combattre l'acidité et adouciront votre estomac.Soulagement prompt et efficace.Prouvez-le avec votre prochain repas.EMPLOYEZ LES Tablettes digestives SANO et évitez une autre indigestion.Procurez-vous-les immédiatement, soit sous forme de tablettes en boîte économique de 120 pour $1.00 ou en poudre (boîte de 3 onces) pour 75 sous.Envoyez mandat-poste en écrivant à l\u2019adresse suivante : LES PRODUITS SANO ENRG.S920, Avenue Durocher Montréal, P.Ç.Heures de bureau : Le samedi, de 3 heures à 6 heures p.m.Casier Postal 2134 (Place d'Armes) Couponi cTabonnement LES TROIS MAGAZINES Ci-inclus veuillez trouver la somme de $5.00 (Canada seulement) pour un an d\u2019abonnement aux TROIS magazines : LE SAMEDI, LA REVUE POPULAIRE et LE FILM.Nom-\u2014 Adresse - Ville________________Prou._- POIRIER.BESSETTE & CIE, Ltée.975, rue de Bullion, Montréal, Can.Rabiot s\u2019assit, le groupe se resserra encore et tous les yeux se fixèrent sur le visage de la fermière.Ainsi groupés, les cousins et cousines ressemblaient assez à des malfaiteurs qui complotent une mauvaise action ou à des conspirateurs vulgaires qui attendent un mot d'ordre.\u2014 D'abord, dit Mme Parizot, il faut que vous sachiez qu\u2019il y a chez nous, à la ferme de Grandval, une femme étrange, vieille, dont les cheveux grisonnent, mais qui, à en juger par ce qu\u2019elle est encore, a dû être une très belle fille dans sa jeunesse.\u2014 Ah ! tu veux parler de Beau-Soupir, fit le fermier.\u2014 Cette femme s\u2019appelle Beau-Soupir ?Un drôle de nom, dit Fourel.\u2014 Laissez donc parler la cousine, grogna Rabiot.\u2014 Vous comprenez bien que Beau-Soupir n'est pas son vrai nom.reprit Mme Parizot : c'est un sobriquet qu'on lui a donné quand elle est entrée à la ferme, il y a de cela longtemps.Elle était jeune alors, guère plus de vingt ans, et maintenant elle a passé la soixantaine.Il paraît qu'en ce temps-là, à tout bout de champ, elle poussait de gros soupirs, \u2014 un chagrin, sans doute, ¦\u2014 et comme elle ne voulait dire à personne ni qui elle était, ni d\u2019où elle venait, ni même son nom, pour en finir on l'appela Beau-Soupir.Le sobriquet lui est si bien resté qu'on ne l'appelle jamais autrement à Grandval et qu\u2019elle n'est connue que sous ce nom dans le pays.Les cousins écoutaient de leur mieux, mais en se demandant à quoi tendaient tous ses détails.Seul, Rabiot sentait que la communication de la cousine Parizot avait une grand importance.Aussi, quand Mlle Anastasie crut devoir dire avec impatience : \u2014 Mais qu'est-ce que cela nous fait, à nous ?Il l'arrêta du geste et dit à la fermière : .\u2014 Continuez, cousine Gervaise.\u2014 Ah ! ça vous intéresse ?\u2014 Beaucoup.Allez ! La fermière poursuivit : \u2014 Nous l'avons trouvée à la ferme quand nous y sommes entrés, il y a six ans; elle n'avait pas voulu s'en aller, comme les autres domestiques, avec les fermiers d\u2019avant nous, ses maîtres, afin de chercher à se louer ailleurs.Il y a des gens qui, comme le chat, s'attachent moins à leur maître qu'à la maison où ils sont habitués.« \u2014 Madame, me dit-elle, vous êtes la nouvelle fermière; je suis ici depuis de longues années, j\u2019y suis entrée jeune et j'y ai vieilli; c'est vous dire que je connais la ferme et l'ouvrage qu'il y a à faire.Je n\u2019aime pas le changement et je me plais à Grandval; voulez-vous me garder comme servante ?« \u2014 On n\u2019a jamais trop de bons bras dans une ferme, répondis-je, et si vos conditions me conviennent .« Oh ! je ne suis pas bien exigeante : vous me laisserez ma petite chambre, vous me donnerez la nourriture et, quand i'en aurai besoin, vous m\u2019achèterez des effets, du linge.Je ne demande pas de gages, je n'ai nul besoin d'argent.A vrai dire, je fus très surprise.« \u2014 C\u2019est bien, lui dis-je, je vous garde; si je suis contente de vous, vous resterez à la ferme tout le temps que vous voudrez.Elle me remercia presque en pleurant.Alors je l\u2019interrogeai.« \u2014 Quel âge avez-vous ?«\u2014 Je ne saurais vous le dire au juste, mais je crois avoir plus de cinquante ans.« \u2014 Avez-vous été mariée ?« \u2014 Non.« \u2014 Comment vous appelez-vous ?« \u2014 J'ai oublié mon nom.A Nin-ville et aux alentours tout le monde m'appelle Beau-Soupir.« \u2014 Etes-vous de Loir-et-Cher .« \u2014 Je ne sais pas.Je lui fis encore d\u2019autres questions, mais je n'appris rien de plus.C était un parti pris, et je vis très bien qu il y avait quelque mystère dans sa vie, et qu\u2019elle ne voulait point dire qui elle était.Rabiot, qui s'était d'abord intéressé au récit de Mme Parizot, commençait à donner des marques d\u2019impatience.Il allait prendre, la parole quand Parizot se crut obligé de donner son opinion.\u2014 Quand Gervaise me raconta, le soir, que la servante restait avec nous et ne demandait pas de gages, dit-il, je me sentis en défiance.Bien sûr, pensai-je, cette femme ne nous rendra aucun service, ce sera une bouche inutile.Gervaise aurait mieux fait de lui dire tout de suite de faire son paquet.Mais nous verrons cela.Au bout de huit jours, j'avais complètement changé d'avis au sujet de Beau-Soupir.Ma femme avait eu la chance de trouver, presque pour rien, une servante qui n'a peut-être pas sa pareille.Toujours levée la première, allant, venant, l'oeil à tout, faisant le ménage, soignant les bêtes, c'était un cheval à la besogne.\u2014 Une servante modèle, dit aigrement Anastasie, que tout éloge décerné à une femme avait le don d'exaspérer.\u2014 Comme vous le dites, cousine, fit Parizot.\u2014 Je me disais; une si belle ardeur se passera.Mais point du tout : l\u2019activité, le travail, c\u2019est dans les habitudes de Beau-Soupir.Elle ne peut rester un instant sans rien faire; il faut qu'elle aille.Au champ comme à la maison, elle abat l\u2019ouvrage ainsi qu\u2019un homme.Mme Parizot fit un signe à son mari, qui se tut, en époux bien élevé, et elle reprit en ces termes : \u2014 Toute vieille qu'elle est, elle est forte et surtout courageuse, et, comme vient de vous le dire Parizot, elle est bonne à tout et ne recule devant rien.Très adroite de ses mains, maniant l\u2019aiguille comme une vraie couturière, c'est elle qui raccommode et reprise tout le linge de la ferme, les chaussettes, les culottes, lave, repasse, fait mes robes, les siennes et celles de de notre autre servante.\u2014 Tout cela est fort bien, dit Rabiot; mais enfin ou voulez-vous en venir ?Concluez.\u2014 Ne vous impatientez pas, cousin Rabiot : laissez-moi finir.\u2014 Oui, c\u2019est cela, cousine, finissez.\u2014 Par exemple, contnua la fermière, il ne faut pas parler à Beau-Soupir de son passé.D\u2019ailleurs, quoi qu\u2019on puisse lui dire ou lui demander, elle ne répond pas.Elle est quelquefois pendant des quinze jours sans qu'on entende une parole sortir de sa bouche.Avec cela elle a des allures bizarres, fuit les étrangers, ne prend part à aucun plaisir, n'est ni bien ni mal avec personne, à l'exception de la jeune servante que nous avons depuis deux ans et qu elle a prise en amitié.Tout le monde croit qu'elle a le cerveau un peu fêlé; elle en a l'air; mais elle n\u2019est ni idiote ni folle.C'est un genre qu\u2019elle s'est donné.Elle veut paraître étrange.Elle y réussit.Un vieux berger du pays, qui l'a connue lors de son entrée à la ferme, m'a dit qu\u2019il l\u2019avait toujours vue ainsi; que même, dans les premières années, elle ne parlait jamais, de sorte que beaucoup de gens la croyaient muette.,\u2014, Cousine, interrompit le tonnelier, votre histoire peut être fort intéressante, mais à quel propos nous racontez-vous cela ?,\u2014 Au fait, c est vrai, dit Parizot, à quel propos ?Qu'est-ce que ça fait aux cousins et à la cousine que Beau-Soupir soit comme ci ou comme ça .Je ne comprends pas.__Ni moi, mon cousin, appuya Mlle Anastasie d'un ton langoureux.\u2014 Voyons, cousine, dit Joseph Rabiot, nous voilà édifiés sur le compte de votre vieille servante Beau-Sou-pr; dites-nous donc maintenant où vous voulez en venir.\u2014 Ainsi, vous ne devinez pas ?Que diable voulez-vous que nous devinions ?\u2014 Cette vieille femme qui a été très jolie, qui cache son nom, son passé mystérieux, ne dit à personne qui elle est, où elle est née .\u2014 Eh bien ?\u2014 Cousin Rabiot, je vous croyais plus perspicace.\u2014 Ah çà ! cousine Gervaise, voudriez-vous nous faire croire que votre servante .\u2014 Achevez, cousin.\u2014 Que votre servante est l\u2019ancienne amie du cousin Joramie, cette Claire Guérin dont il a fait sa légataire universelle ?\u2014 Nous y voilà ! \u2014 Inouï, épatant ! exclama le tonnelier, se tenant à quatre pour ne pas pouffer de rire.\u2014 Femme, tu es folle ! dit Parizot d\u2019un ton superbe.Joseph Rabiot haussait les épaules.La dévote avait pris son attitude penchée et fermait béatement les yeux.Mme Parizot reprit : \u2014 Eh bien, oui, comme vous le dites, cousin Fourel, c\u2019est inouï, incroyable; mais je ne suis pas folle, comme le dit Parizot; et vous n\u2019avez pas à hausser les épaules, cousin Rabiot; l'héritière de M.Joramie est notre servante, la vieille Beau-Soupir n\u2019est autre que Claire Guérin.Malgré cette affirmation, les trois hommes restaient fort incrédules.IX Conciliabule T out le monde gardait le silence.' Rabiot était subitement devenu sérieux.Le coude sur les genoux et la tête dans sa main, il méditait.Parizot, un doigt sur sa bouche, regardait le tonnelier comme pour lui recommander de ne pas troubler les méditations de celui qu'ils considéraient tous comme une forte tête, c'est-à-dire le plus capable de tirer parti d\u2019une situation.Mlle Anastasie semblait plongée dans le recueillement.Quant à Gervaise, sa physionomie avait un petit air de triomphe qu'elle ne prenait pas la peine de dissimuler.Enfin, Joseph Rabiot reprit la parole.\u2014 Si la chose est, cousine, dit-il.il faut reconnaître qu'en cette circonstance le hasard a été un grand maître.Mais il serait bon, avant tout, de savoir sur qui, sur quoi vous basez votre affirmation.\u2014 Oui, oui, voilà ce qu\u2019il faut savoir, appuya Fourel.\u2014 Je vais vous le dire : Un jour, peu de temps après notre entrée à la ferme, en nettoyant un placard, je trouvai sur la planche du haut un tas de vieux papiers jaunis, sales de poussière et de toiles d'araignées, oubliés là depuis plus de trente ans, peut-être.Je jetai le tout au feu sauf un petit livre, une espèce de carnet que je retrouverai certainement dans quel- 3 1 décembre 1938 27 que coin, car je me souviens que je l'ai conservé.Sur ce petit livre, la fermière tenait un compte de ses petites dépenses personnelles : Achat d\u2019une broche en or, payé pour un mantelet, peigne en écaille, dépensé pour un voyage à la ville, etc., etc.Cela m\u2019amusa un instant de feuilleter le carnet.Sur une des pages, je lus ceci écrit de la main de la fermière.« Claire Guérin, âgée de vingt et un ans, est entrée chez nous le .» Je ne me rappelle pas la date inscrite sur le petit livre.On avait écouté avec un redoublement d\u2019attention.Tous les fronts se redressèrent.Toutes les figures rayonnèrent.\u2014 Oh ! oh I fit Rabiot dont les yeux pétillèrent, voilà qui devient sérieux.\u2014 Tout à fait sérieux, amplifia le tonnelier.Parizot était muet de stupéfaction.\u2014 Mais, cousine Gervaise, reprit Rabiot, c\u2019est par là qu\u2019il fallait commencer, dit Fourel.\u2014 Mais oui, mais oui, approuva le fermier.\u2014 Parizot, tais-toi, dit Gervaise.Mlle Anastasie, en extase, avait l\u2019air d\u2019écouter la voix des anges.La fermière poursuivit : \u2014 Le jour même ou le lendemain je dis à Beau-Soupir : « Vous m\u2019avez dit avoir oublié votre vrai nom : mais ne vous appelleriez-vous par Claire Guérin ?» Elle me regarda fixement, secoua la tête et continua son travail tranquillement.Assurément elle tenait à ne pas se faire connaître.\u2014 Peut-être aussi n\u2019est-elle pas Claire Guérin, opina Rabiot.Il n\u2019y a pas eu qu\u2019une servante à la ferme de Grandval.\u2014 C\u2019est vrai; mais je serai facilement fixée sur ce point : le vieux berger dont je vous ai parlé a une excellente mémoire et, à un mois près, il se rappellera l\u2019époque où Beau-Soupir est entrée à la ferme.\u2014 Quoi qu\u2019il en soit, il est certain, d\u2019après ce que vous venez de nous dire, que la demoiselle Claire Guérin a demeuré à la ferme de Grandval.\u2014 Je ne pensais plus à la découverte que j\u2019avais faite, par hasard; le chose m\u2019intéressait médiocrement alors, et j\u2019avais complètement oublié le nom de Claire Guérin lorsque le notaire me le remit en mémoire en lisant le testament.Jugez de ma surprise.D\u2019abord je ne pensai point au petit livre de la fermière; ce ne fut qu après un bon moment, et quand j\u2019eus interrogé mes souvenirs, que la mémoire me revint tout à fait.Si.comme j\u2019en suis convaincue, moi, Beau-Soupir n est autre que Claire Guérin, la légataire universelle, convenez que la chose est drôle.\u2014 Très drôle, cousine, dit Fourel.\u2014 Drôle, drôle ! murmura Joseph Rabiot en faisant une grimace énigmatique.\u2014 Hein, vous ne trouvez pas que c\u2019est drôle ?fit Fourel.\u2014 Singulier plutôt.\u2014 Oh ! drôle, singulier, pour moi c est la même chose.\u2014 Si vous voulez, cousin; mais laissez-moi réfléchir un peu.\u2014 Vous ne faites que cela, cousin Rabiot.\u2014 Vous, c\u2019est le contraire, riposta la fermière; tournez donc votre langue sept fois avant de parler.\u2014 Ma femme a raison, cousin Fourel.Rabiot, le front plissé, réfléchissait profondément.Au bout d'un instant il laissa tomber de ses lèvres ces mots peu compromettants : \u2014 Hum, hum, faudra voir ! \u2014 Qu'est-ce qu\u2019il faudra voir, cousin ?demanda Mme Parizot.\u2014 Je vous dirai cela quand le moment sera venu.Jusqu'à présent nous nous trouvons en face d\u2019une hypothèse seulement; or, il nous faut une certitude.\u2014 Enfin, vous ne voulez pas croire .\u2014 Je ne dis pas cela.\u2014 Vous n\u2019avez pas confiance en moi.\u2014 Si, cousine, si; mais nous devons être sûrs.On ne se jette pas en pleine mer, dans une barque, sans savoir où l'on va.Votre premier soin, en arrivant à votre ferme, sera d\u2019éclaircir cette affaire.Surtout, de la prudence, beaucoup de prudence.\u2014 Là-dessus, cousin Rabiot, vous pouvez être tranquille.\u2014 Il ne faut rien dire ni rien faire qui puisse nous gêner plus tard, car si votre servante est réellement Claire Guérin, nous n'aurons pas à rester les bras croisés.Je ne vous dis pas ce que nous ferons, je ne le sais pas encore; mais nous devrons être les maîtres de la situation.Les millions de M.Joramie ne sont pas perdus pour nous; nous serions des imbéciles si nous ne faisions rien pour mettre la main sur l'héritage.Allons donc, est-ce qu'on doit jamais jeter le manche après la cognée ?Il ne faut pas que nous songions à attaquer le testament; ce serait la pire des sottises, car nous en serions pour nos frais.Nous aurons mieux à faire, je crois.L\u2019héritage de notre cousin Joramie mérite bien qu\u2019on se donne un peu de mal pour qu\u2019il n\u2019aille point je ne sais où ; n\u2019est-ce pas votre avis?\u2014 Certainement.\u2014 Donc, il n\u2019y a pas à s\u2019endormir, mais à se tenir prêts à profiter des circonstances qui se présenteront.Il nous faut les millions et nous les aurons.Tous écoutaient Rabiot attentivement, avec une sorte d\u2019admiration, comme s\u2019il eût été un oracle et les visages bilieux exprimaient tour à tour la convoitise, la vénalité, l\u2019espoir et le doute.« Il nous faut les millions, et nous les aurons ! » Ces mots, prononcés par Rabiot, avaient fait tressaillir les cousins et les cousines.\u2014 Oui, oui, il nous faut les millions, grommela Parizot.\u2014 Et nous les aurons, dit la fermière.\u2014 Coûte que coûte, ajouta le tonnelier.\u2014 Que le ciel nous aide ! marmotta dévotement Anastasie.\u2014 Calculons, continua le superbe cousin: la fortune de Joramie se monte à trente-cinq millions; il faut d'abord en déduire ce qu\u2019il a donné à tort et à travers par son testament.Disons cinq millions.Quand les domaines, l'enregistrement, le notaire, ceux-ci et ceux-là, enfin toute la clique à papiers timbrés aura mis la main dans le sac, il y aura bien encore cinq ou six millions en moins.Dame, vous savez, nous ne sommes que des petits-cousins; on paye à l'enregistrement suivant le degré de parenté.\u2014 C\u2019est un vol qu\u2019on fait aux héritiers, c'est une infamie ! s\u2019écria Parizot; n\u2019est-ce pas, ma femme ?\u2014 Oui, cousin, vous avez raison et je proteste, dit Fourel.\u2014 Et après ?répliqua Rabiot en haussant les épaules.Le fisc se moque pas mal qu\u2019on proteste ou non.\u2014 Mais .\u2014 Mais taisez-vous donc, cousin Fourel, vous nous faites perdre un temps précieux.Continuez, cousin Rabiot, nous vous écoutons.\u2014 Qui de trente-cinq paye onze, reste vingt-quatre.C\u2019est donc, les immeubles, compris, vingt-quatre beaux millions que nous aurons à partager, soit chacun huit millions.\u2014 Tout juste, cousin, tout juste dit Parizot.\u2014 Le cousin Joseph Rabot cause très bien, fit le tonnelier, on peut dire qu'il parle d\u2019or : mais voilà, le testament est là et .\u2014 Quoi ! \u2014 Nous ne sommes pas absolument déshérités, mais c'est tout comme.\u2014 Sans doute le testament est là, reprit Rabiot; mais vous savez ce qu'il dit, puisque comme moi vous en avez entendu la lecture.Nous somme héritiers si, au bout de dix années, Claire Guérin n\u2019a pas été retrouvée.\u2014 Oui, si elle n\u2019est pas retrouvée; seulement, d'après ce que vient de nous dire la cousine Gervaise .\u2014 Eh ! quand même la vieille servante serait Claire Guérin, elle a le temps de mourir avant que l\u2019exécuteur testamentaire et le notaire songent à l'aller chercher à la ferme de Grandval.\u2014 D\u2019ici dix ans, cousin, nous avons le temps, nous aussi, de tourner de l\u2019oeil.\u2014 Le testament dit encore qu\u2019au cas où l\u2019on aurait la certitude du décès de la légataire universelle, nous serions mis immédiatement en possession de l'héritage.\u2014 Seulement, dit Parizot, si Beau-Soupir est Claire Guérin, elle ne songe pas du tout à s\u2019en aller dans 1 autre monde.Joseph Rabiot jeta autour de lui un coup d'oeil rapide, puis d une voix sourde, basse : \u2014 On peut l'y aider, murmura-t-il.Ces terribles paroles furent comprises, car pendant un instant tous restèrent silencieux, se regardant.Aucun ne protesta, même intérieurement.La convoitise les dominait tellement que, sans éveiller au fond de leur conscience le moindre scrupule, la pensée d'un crime leur était venue à tous.Rabiot comprit bien vite qu'il n'avait pas d\u2019opposition sérieuse à redouter.Baissant de plus en plus la voix, il reprit : .\u2014 Le testament est contre nous, eh bien, il faut nous arranger de façon à le faire tourner en notre faveur.Mais songez-y donc, il s\u2019agit de vingt-quatre millions, huit millions pour chacun de nous.Nous laisser frustrer, jamais ! Est-ce que nous connaissons Claire Guérin, nous ?Si elle nous gêne, tant pis pour elle ! Et il eut un geste farouche.Fourel, agité, se tapotait le menton.Gervaise n'était pas précisément effrayée par l\u2019idée du crime, mais elle songeait aux conséquences qu'il pouvait avoir; et puis elle voulait montrer un semblant de scrupule.\u2014 Je sais bien, dit-elle, que ce serait dur de nous voir enlever cette merveilleuse fortune, et, comme le dit le cousin Rabiot, nous ne devons pas nous tenir les bras croisés.Claire Guérin, \u2014 toujours si c\u2019est Beau-soupir, \u2014 ne songe nullement à devenir riche, elle n'aime pas l'argent, et la preuve en est que, servante, elle ne demande pas de gages.Elle est héritière, mais nous pourrions l\u2019obliger à renoncer à l'héritage.\u2014 Non, non, pas de ça, répliqua vivement Rabiot; il y a l'exécuteur testamentaire et le notaire, et même dans le cas où la femme renoncerait, \u2014 ce qui n\u2019est pas sûr du tout,\u2014 il Paresse du Foie \\ i/ Teint biëme, biliositô.indigestion, irritabilité résultent de l\u2019action paresseuse du foie.Vous pouvez stimuler cet organe avec les Pilules du Dr.Chase pour les Reins et le Foie.Elles vous remettront vite sur pied, en vous procurant bonne digestion, teint clair et joyeux entrain.Les Pilules ¦' \u2019 .POUR UNE NATION FORTE LEÇONS DE CULTURE PHYSIQUE par JACQUES LANGEVIN Le plus célèbre athlète du Canada HUITIEME LEÇON PREMIER EXERCICE IPaur dames et messieursI Asseyez-vous, les jambes bien allongées, tel que le montre la photo ci-dessous.Relevez-vous lentement, tenant toujours les jambes bien droites.En arquant le corps le plus possible, vous fortifiez les muscles de l'abdomen des épaules et des bras.Excellent exercice pour les personnes ayant les épaules trop osseuses.Il est préférable, les premières fois, de ne faire cet exercice que quelques fois.SAVOIR RESPIRER EST LE COMMENCEMENT DE LA SANTÉ Bien respirer est nécessaire si vous voulez une santé solide, des poumons forts.Ne dormez jamais dans une pièce hermétiquement fermée.Evitez les réunions dans des salles surchauffées, remplies de fumée où l'air est vicié et très malsain.Quand vous êtes au grand air, exercez-vous à faire des respirations profondes tel que respirer profondément par le nez en passant l'air jusqu'à l'abdomen.Ensuite, gonflez la poitrine et finissez en expirant l\u2019air par la bouche.Tenez à cette bonne habitude et mettez-vous dans la tête de le faire plusieurs fois par jour.Ces inspirations d'air pur sont un vrai tonique qui purifie fe sang, élimine l'acide carbonique, donne un massage bienfaisant aux organes abdominaux, stimule le foie, les intestins et les reins.Dans toute séance de culture physique ou dans un sport la fonction respiratoire ne doit jamais être oubliée.Chaque exercice doit être accompagné d'un rythme respiratoire.Il faut toujours éviter de procéder trop vite.Il est nécessaire de donner à sa respiration une cadence régulière et un souffle profond.Alors, la respiration rythme toujours chaque mouvement : vous inspirez par le nez et aux flexions du tronc vous expirez par la bouche.Faites de même entre chaque mouvement : quelques instants de repos et quelques respirations profondes.A l'exercice, le poumon demande un surplus d oxygène.C\u2019est pourquoi il est important de donner une surespiration plus accélérée nécessaire à l\u2019élimination de l'acide carbonique et pour vous reposer.Voici un très bon et très facile exercice inspiratoire Debout, les pieds joints, les bras de chaque côté.Vous vous levez sur la pointe des pieds en allongeant vos bras au-dessus de la tête.Vous inspirez en même temps par le nez ; gardez l'air un instant.Ramenez vos bras en bas à vos côtés, et expirez l'air par la bouche.Dans les villages ou les petites villes, où les piscines et les stades sont inconnus, le culturiste doit se contenter d'exercices individuels, ce qui exige plus de volonté et de persévérance.C\u2019est pour rendre service aux culturistes isolés que notre magazine publie chaque semaine ces leçons de culture physique.M.JACQUES LANGEVIN DEUXIEME EXERCICE IPour dames et messieursI Talons joints, les bras tenus horizontalement de côté, vous pliez lentement les genoux, vous baissant le plus possible.Vous revenez ensuite lentement à la position première.Ce mouvement fortifie les muscles des jambes et des cuisses, en même temps qu'il raffermit les muscles des pieds.Comme pour les autres exercices, faites celui-ci sans mollesse, en tenant le tronc bien droit et ferme.I II \u2022 gfjfe : * >* Photos La Photographie La Rose, Montréal i **\u2022\" ' 31 décembre 1938 31 ÊwQrna:
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