Le samedi, 1 juillet 1932, samedi 16 juillet 1932
[" LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS i Vol.XLIV, No 7\tLisez notre feuilleton: L\u2019AMOUR SAUVEUR\tMontréal, 16 Juillet 1932 \u2022ftCïîWSlii .3 iü-v \u2022 * \u2022i ¦ 11 üii HI : Ül HH HINM 1 WARNER BAXTER ' : mm mm ¦ ÜÜ La dégustation de chaque bouteille de Bière Carling's Amber fait revivre les innombrables souvenirs de sa s a v eu, r toujour s r a f r a i c b i s santé.D épustez Amber entre amis Montréal, 16 juillet 1932 Se&cmeài 3 Volume XLIV No T ABONNEMENT Canada Un an.$3.50 Six mois-2.00 Trois mois - - - - 1.00 Etats-Unis et Europe Un an - - - - $5.00 Six mois-2.50 Trois mois - - - - 1.25 HEURES DE BUREAU 9 h.a.m.à 5 h.p.m.Le samedi, 9 h.à midi Tél.: LAncaster 5819-6002 Sa/m&ü/ Montréal, 16 juillet 1932 AVIS AUX ABONNES (Fondé en 1889) Le magazine national des canadiens POIRIER, BESSETTE & CIE, LTEE, Prop.975, rue de Bullion MONTREAL\t-\t-\tCANADA Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de huit jours, l\u2019empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq Jours avant de les livrer.Entered at the Post Office of S.Albans, Vt\u201e as second class matter under Act of March 1879 Tarif d\u2019annonces fourni sur demande.Carnet Editorial Colinettc fait de la boxe L Y AVAIT un certain temps déjà que je n'avais vu Colinette quand, enfin, j'ai rencontré la charmante espiègle qui me parut tout excitée.Avant que j'aie pu lui poser une question, elle me déclara tout net: \u2014 Vous savez, la boxe .eh bien, c\u2019esit de la blague! \u2014 Allons, je vois ça.Colinette, tu avais parié sur un boxeur et tu as perdu?\u2014\tOh, c'est bien pire que ça! d\u2019abord je ne parie jamais, alors je n\u2019ai pas peur de perdre.Je veux dire que les hommes sont des fous, là! .\u2014\tEh, Colinette, j'en peux prendre pour mon, grade, dans ce que tu dis! \u2014\tMais non, vous n\u2019êtes pas un homme, vous! vous êtes un copain, ce n\u2019est pas pareil, et puis il y en a aussi des autres que je ne mets pas dans le tiroir aux détraqués, il y en a même pas mal à tout bien compter, mais le reste, oh là là! .\u2014\tVoyons, un peu de clarté dans ce que tu dis, Colinecte, ça ne fera pas de mal; tu dis que la boxe est de la blague et que les hommes sont des fous; quel est le rapport?\u2014\tLe rapport, mais il est visible, le rapport! il saute aux yeux comme la misère au nez du monde! il est clair comme le bouillon du restaurant .\u2014\tPas de réclame spéciale, Colinette, et vas-y de ton histoire.\u2014\tEh bien, voilà.Vous savez que nous sommes à l\u2019époque de la grande culture; chacun en fait à sa manière, les uns cultivent les microbes dans les laboratoires, les autres dans leur chevelure, d\u2019autres encore cultivent les naïfs et c\u2019est ceux-là qui font les meilleures récoltes, enfin on fait aussi de la culture physique; il n'y a guère que la culture des champs qui est réservée à un petit nombre de spécialistes.Moi, je fais de la culture physique .\u2014\tVrai, Colinette, et comment ça?\u2014\tPlusieurs fois par jour je me mets de la poudre de riz de première qualité, du rouge, du parfum, enfin je soigne mon physique et je ne réussis pas trop mal, dites?\u2014\tColinette, tu réussis admirablement, tu es délicieuse, mais la vraie culture physique ce n\u2019est pas tout à fait ça .Ce sont les exercices corporels depuis la simple marche jusqu\u2019à la natation, en passant par l\u2019équitation, y compris les jeux sportifs, ballon, tennis, crosse, course à pied et les assouplissements de grande envergure tels que sauts en hauteur et en longueur, lutte gréco-romaine, déboîtement d\u2019orteils, froissements de colonnes vertébrales, etc., enfin tout le tremblement du tra-la-la d\u2019après l\u2019antique tradition de® xystiques, pancrastiates et autres athlètes qui pratiquaient déjà, il y a deux mille ans et plus, l\u2019art de se mettre les oreilles en choux-fleurs et les côtes en points de suspension .\u2014\tJ\u2019en suis tout ahurie! qu\u2019est-ce que vous me racontez là?\u2014\tLes grandes choses du passé, Colinette; d\u2019un passé riche en épisodes pugilistiques, gymnastiques et casse-dc-gueulistiques, ainsi qu'en procédés pour engraisser les étiques et faire maigrir le apoplectiques; d\u2019un passé où les helianodices présidaient les yeux olympiques et couronnaient les hiéroniques ou vainqueurs des jeux sacrés .\u2014\tDites donc, vous m\u2019embêtez, vous, avec toutes ces choses en \u201cique\u201d qui sont claires comme du jus de chique.Tiens, voilà que ça me gagne aussi.c\u2019est de votre faute! Laissez-moi plutôt achever de vous dire ce que j\u2019avais commencé.Donc je fais de la culture physique, comme je vous ai expliqué, mais j\u2019en ai fait aussi de celle que vous dites, j'ai fait de la boxe .___Toi, Colinette?voilà quelque chose de nouveau! Raconte, ça doit être intéressant.___ Voilà: j\u2019avais lu.oh, par hasard, dans des journaux des récits de boxe; ceux qui se tapochaicnt ainsi gagnaient beaucoup d'argent, et puis on parlait d\u2019eux dans le monde entier, on les traitait de surhommes, choses qu\u2019on ne fait pas pour bien des grands savants qu\u2019on laisse crever de faim; les tapochards étaient fêtés, adulés et devenaient millionnaires le temps de dire \u201cOuf!\u201d J\u2019en ai conclu, bien logiquement que lorsqu\u2019un grand savant posait le point final à un livre qui lui avait demandé des mm années de travail, il avait beaucoup moins de mérite qu\u2019un tapoebard ignorant qui pose le sien, de poing, sur le museau d un de ses semblables et l\u2019assomme tout net.Ce qui m\u2019a confimée dans cette idée-là, c\u2019est qu\u2019il faut payer, et même assez cher, pour voir les tapochards se tapocher, alors qu au concours agricole on peut aller voir les veaux gras pour rien du tout.Alors, comme un veau gras est bien estimé, je me suis dit naturellement qu un tapochard l\u2019était encore bien davantage, et j\u2019ai décidé d être tapocharde, moi aussi.\u2014\tÇa vaut mieux peut-être que d\u2019être simple pocharde, Colinette.\u2014\tVous croyez?Aux \u201cEtats\u201d il y en a qui prétendent que ça se vaut; quand les tapochards ont fini, ce sont les pochards qui commencent .ou qui continuent.Bref, j\u2019ai été tapocharde, oh! pas longtemps, rien qu\u2019un soir à une réception où il y avait une grosse dame qui m'embêtait avec ses réflexions; je ne suis pas grosse, moi.mais je me suis dit: \u201cPoids plume contre poids lourd, si je gagne je n\u2019en aurai que plus de mérite, on ne me donnera peut-être pas une bourse mais on applaudira certainement très fort.\u201d Alors, je lui ai emmanché une claque! oh, mais une claque! .Eh bien, ça n\u2019a pas été du tout ce que je pensais; j\u2019ai failli causer une révolution dans toute la maison tellement les gens ont été choqués de mon geste; les uns ont voulu me calmer, les autres m\u2019ont blâmée, la grosse dame m\u2019a traitée de toutes sortes de petits noms d\u2019oiseaux, et enfin tout le monde m\u2019a donné tort.Est-ce que c'est logique, ça, voyons?.J\u2019ai cherché à m\u2019expliquer, j\u2019ai voulu parler de culture physique, de boxeurs, de célébrité, mais un vieux monsieur m\u2019a cloué le bec tout net en me disant: \u201cJeux des mains, jeux de vilains!\u201d Là-dessus je lui ai répondu qu\u2019ils étaient tous fous, et ça c'est vrai, non seulement que je leur ai dit ça mais qu\u2019ils le sont .En effet, pour une pauvre petite claque que je donne à une grosse toutoune avec des gants bien propres et bien parfumés, on me dit des bêtises, seulement quand un homme en assomme un autre à grands coups de gants qui pèsent autant qu\u2019une patte d\u2019éléphant, on lui donne cent mille dollars et on le porte en triomphe.S\u2019il est défendu de donner des claques aux autres, qu'on ne nous donne pas envie de le faire en enrichissant des gens qui s'assomment.Tenez, on défend les combats de coqs parce que c'est barbare, et on permet ceux d'hommes; un homme est donc un peu moins qu\u2019une volaille?Qu\u2019est-ce que vous avez à répondre à ça?\u2014\tMoi, Colinette?mais rien du tout! \u2014\tVous faites mieux, car vous seriez bien embêté de trouver une bonne raison! Eh bien, je vous dis, moi, que tous ces tapochards-là ne sont peut-être pas les plus bêtes, puisqu\u2019en fin de compte ils s'enrichissent, mais que ceux qui les font battre sont des toqués qu\u2019on devrait enfermer; ou bien, si on les laisse faire leur petit commerce, qu\u2019on enferme alors comme fous ceux qui prêchent la paix universelle et qui sont quelquefois les premiers à aller voir les autres se tapocher.Et puis, ça coûte gros, tout ça! qui paye les frais?\u2014\tLe public, Colinette, comme dans toutes les tapochades, petites et grandes, et il n\u2019en a jamais pour son argent. 4 rnedl Montréal, 16 jaillet 1932 % gEm \u2022i* , V 7 kj.% r Wm&i ^fS.1 >30.!vK1 ! is^i '¦sâr: fc > I y RK^ LeP nx de la Gl Ol oire Par Gilbert Jérianne OLETTE Nadiard a obtenu depuis deux ans déjà son premier prix de piano au Conservatoire de Paris.Elle en est fière comme il convient, sans être pour cela une grande artiste; car si son travail, bien dirigé, assure l\u2019exécution technique des morceaux qu'elle joue; en revanche son âme reste, semble-t-il, insensible aux sentiments des oeuvres des maîtres qu\u2019elle interprète.C\u2019est que Colette est demeurée une grande enfant, un peu frivole, et se satisfaisant facilement des succès faits par les amis qu\u2019elle prie aux concerts où elle doit se produire.Tout à l\u2019heure, Colette affrontera le public: elle va donner à intervalle de huitaine, deux récitals dont le premier a lieu aujourd\u2019hui.Elle soigne sa toilette, regardant avec complaisance l\u2019image que lui renvoie son miroir; un doigt de poudre sur le nez qui a de grandes prétentions à luire; un peu de raisin pour aviver sa bouche.Sa longue robe verte lui donne déjà l\u2019apparence d\u2019une artiste arrivée: ce qu\u2019elle ne saura manquer d'être après ces deux concerts.Un taxi est devant la porte; elle y monte accompagnée par sa mar-maine avec laquelle elle vit depuis sa prime jeunesse.Son papa, administrateur colonial, a confié sa fille à la veuve de l\u2019un de ses meilleurs amis, Madame Ancelen, et cette dernière veille depuis sur l\u2019enfant privée de sa maman disparue.Colette ne parle jamais de sa mère dont elle ne se souvient pas.Nul trac n\u2019effleure la sérénité de la jeune fille escomptant son succès tout proche.?La voilà sur la scène où elle salue avec grâce, puis elle s'assied devant son piano.Avant de commencer son regard erre dans la salle brillante: elle situe sa marraine, tout près, dans une avant-scène et puis, au premier rang de fauteuil d\u2019orchestre, Jacques Cauchois, le danseur le plus assidu de Colette.Ce jeune homme appartient à une famille austère dont il a accepté toutes les traditions que beaucoup de ses amis qualifient de ré-tragrades.Colette s\u2019en accommode, car elle a été élevée à l\u2019ancienne mode par Madame Ancelen qui ne lui a pas ménagé ses bons conseils.Le regard des deux jeunes gens se croise; mais la jeune pianiste s arrache au charme qui se dégage des yeux de Jacques et, se devant maintenant au public, frappe scs premiers accords.Scs doigts courent, légers, sur 1 ivoire et l\u2019ébène en en tirant des sons cristallins, charmant sans émouvoir.\u2014 C'est délicieux, dit-on dans lauditoire.Jacques Cauchois, lui, est enthousiasmé; il n'écoute guère; il (Suite à la page 36j Montréal, 16 juillet 1932 ^Samedi b EORGES Vincenot sortit de son bureau quinze minutes au moins après l'heure habituelle.Aussi, bien que s'étant hâté le long des rues encombrées, fut-il en retard pour rentrer chez lui.Thérèse, déjà inquiète, l'attendait dans le vestibule, l'oreille tendue aux bruits coutumiers de la maison, guettant le pas de son ami sur les marches.Quand elle le reconnut, elle ouvrit la porte et courut vers lui, l\u2019interrogeant.Il la rassura.Les bras liés, ils rentrèrent dans l\u2019appartement et là, dans l\u2019ombre descendante du soir, ils s\u2019embrassèrent.Ils s\u2019embrassèrent, ma foi! comme on s\u2019embrasse quand on est marié depuis un an à peine, quand on s'aime autant qu\u2019au premier jour.Ils s\u2019embrassèrent avec la fougue de leur jeunesse et de leur amour toujours insatisfait.Ils s\u2019embrassèrent longuement, si longuement qu'ils ne remarquèrent pas, derrière eux une porte ouverte et, dans l\u2019entrebâillement, une tête effarée qui les regardait.Brusquement, une voix les arracha à leur extase: \u2014 Madame me dira quand il sera temps de mettre le couvert! Thérèse fit volte-face et balbutia: \u2014 Retournez à la cuisine! J\u2019irai vous aider.\u2014 Sacrée Yvonne! fit Georges quand la petite bonne eut disparu.Elle trouve toujours le moyen de nous surprendre au bon moment! Yvonne était une petite Bretonne de dix-huit ans.fraîche et rose, candide et rêveuse, que les Vincenot avaient découverte au cours de leurs vacances près de Quimper et qu'ils avaient ramenée avec eux à Paris.Leur permière bonne! Us n\u2019en étaient pas peu fiers.Ils veillaient sur elle comme sur un trésor.Us la ménageaient et la cajolaient.A cette époque de difficultés domestiques, ils n'éprouvaient qu\u2019une crainte, voir Yvonne les quitter pour une place mieux rétribuée.Cette seule crainte suffisait à empoisonner parfois la satisfaction ressentie, chaque jour, à posséder, objet rare entre tous, une bonne travailleuse et dévouée et qui n\u2019obérait pas trop les faibles ressources du ménage.Pour la conserver près d\u2019eux, ils se sentaient capable des plus grands sacrifices.Aussi, le soir même, quand ils se retrouvèrent seuls dans leur chambre, Georges ne s\u2019étonna pas d\u2019entendre Thérèse revenir sur ce sujet: \u2014 Figure-toi! fit-elle qu\u2019Yvon-ne vient de me dire quelque chose qui me fait trembler.\u2014 Cela lui déplaît de nous voir nous embrasser ?\u2014 Au contraire! -111-^^,.g l|§|i La Petite Bretonne Par Roger Régis -\u2014 Comment: au contraire?\u2014 U ne faut pas oublier qu\u2019elle a dix-huit ans.cette petite, et le coeur sensible.De constater sans cesse comme nous nous aimons, cela la trouble, la fait rêver à des choses .qui sont de son âge.Songe aussi qu\u2019elle est assez jolie! Dans son pays, elle avait déjà un amoureux.Ici, elle risque d\u2019en rencontrer beaucoup d'autres.Tout à l'heure, en desservant la table, cille a soupiré tout à coup: \u201cAh! que je voudrais, comme Madame, trouver un gentil petit mari!\" Un de ces quatre matins, elle va nous annoncer son mariage .et nous n\u2019aurons plus de bonne! Non, il ne faut pas qu\u2019elle se marie, ou, du moins, pas encore! \u2014 Mais je ne vois pas comment nous pourrions l\u2019empêcher.(Suite à la page 39) 6 ^Samedi Montréal, 16 juillet 1932 /r n KÉf 3f% ES échappées de soleil font sur l\u2019horizon les moires les plus artistiques sur lesquelles l\u2019oeil se fixe ravi.Et les vaporeux nuages roses allant jusqu\u2019au rouge violent font dans le lointain le simulacre de dolmens dans um désert de feu.La dégradation lente des nuages .tout mauves qu\u2019ils sont devenus ont maintenant l\u2019apparence d'ailes déployées: pour sombrer ensuite dans un sillage de poussière d\u2019or aux profondeurs inconnus du zénith.Puis le tout se fond dans les ombres du soir qui montant de la terre s\u2019épandent par tout le ciel où s'allume une petite étoile d\u2019or qui semble soutire aux deux formes féminines perdues sur la grande terrasse dominant ce pic de verdure.\u2014 Eh bien! murmure Myrza regardant sa compagne dont la sil- houette élégante se profile sur l\u2019horizon en lignes harmonieuses.La pâleur mate de son teint semble accentuée davantage le sombre éclat des prunelles grises.Au son de cette voix la bouche sérieuse au repos avait frémi.Aussi après une pause elle réplique sans empressement (un observateur averti eut souligné une légère lassitude) : \u2014 Que puis-je, moi, hélas! .ta situation quoique compliquée à volonté n\u2019est sans doute pas sans issue?\u2014 Tu es bien certaine que tous tes efforts ont tendu à éviter cet écueil dressé maintenant entre notre bonheur et tous deux.\u2014 Mais si.tu ne prétends pas, je suppose, à ce que j\u2019aille auprès de mon mari me faire pardonner les torts qu\u2019il a.Nouvelle SUBLIME Pat Marguerite \u2014 Certes non.lance Rhéjane dans un demi-sourire, seulement quoique convaincue de ton innocence personnelle je suis positive que les erreurs balancent également.Procédons d\u2019abord: ton mari t\u2019adore, cela saute aux yeux, ton fils est le plus beau bambin que je connaisse.ta villa un vrai bijou écrin merveilleux qui semble fait pour n\u2019enebasser que la plus cordiale entente, les soucis pécuniers te sont évités par ton mari avec une vigi-lence digne d\u2019éloges.Enseigne-moi, si tu veux, un autre genre de bonheur qui prévaudrait le tien?\u2014 Oui, je sais, conclut pensivement la jeune femme; Jean est exquis pour moi, mais ce qui me taquine c\u2019est précisément cette manière de me tenir à l\u2019écart de ses affaires, il semble me croire trop superficielle pour me faire partager ses soucis qui semblent plus lourds depuis ces derniers mois où il arrive du bureau le front barré d\u2019un pli soucieux.Comme je lui en faisais un soir la remarque, il s\u2019est borné à me prier de les effacer sous mes baisers, se sentant très bien auprès de ses deux chéris.\u201cQuoi, n\u2019aimes-tu plus ton rôle de petite luciole dans ma vie laborieuse, tous deux qui êtes ma joie, ma seule raison d\u2019être?\u201d \u201cSomme toute, je suis pour lui l'objet de luxe, un bibelot sur lequel se pose avec complaisance ses prunelles indulgentes.Si tu savais ce qu\u2019il devient insipide mon rôle de momie en action.Ce disant, elle faisait songer sous la mousse d'or pâle de ses cheveux à une fillette à qui on vient de refuser un jouet.\u201cEn effet, quelle belle poupée d\u2019amour\u201d, songeait Rhéjane qui, pour la première fois peut-être, la détaillait aussi attentivement.Sous la blondeur de ses cheveux sa carnation veloutée de pêche retenait le regard par son étrangeté, la nuance des yeux semblait indéfinissable: tantôt violets pour se nuancer ensuite jusqu'au bleu nuit, les lèvres délicatement rosées au modelé attirant s\u2019ouvrait sur deux rangées de fines dents nacrées.Ni petite, ni grande, d\u2019une grâce vaporeuse sous la fine mousseline pastellisée de sa robe qui flottait autour d'elle comme des ailes frémissantes.\u2014 Vous faites une petite madame peut-être trop exigeante, conclut enfin la jeune fille .Enfin, je crois que de la part de ton mari il n\u2019y a pas de parti pris.Je t\u2019en prie, ne va pas, obstinée, gâcher ton bonheur pour une aussi minime question d\u2019amour-propre \u2014 c\u2019est un peu la manie des êtres à qui le bonheur sourit toujours que de vouloir le compliquer par ces mille petits riens qui sont, si je puis m\u2019exprimer ainsi, les vagues petits nuages que le triomphant soleil d\u2019avril chasse de toute l\u2019ardeur de ses rayons.\u2014 Pour connaître le prix du bonheur, continua-t-elle rêveuse, faut-il à l\u2019encontre des privilégiées l\u2019avoir conquis pas à pas, tremper de frêles joies dans l\u2019amère coupe des larmes; être arrivé enfin au port après de longs jours d\u2019orage.Quelque chose d\u2019infiniment triste dans son accent avait frappé la jeune femme, et le pressentiment d\u2019un chagrin vrai, effrayant d\u2019inconnu la fit frissonner, puis embarrassée.saisie de ce qu\u2019elle pressentait sans qu\u2019il aie été exprimé elle n'ose interroger, sachant sa compagne assez tour d\u2019ivoire, alors pour toute réponse elle se borne à l\u2019envelopper dans sa plus affectueuse étreinte.\u2014 Ce que je dois te sembler affreusement égoïste que de me plaindre à toi à qui la vie a mesuré si parcimonieusement ses munificences.Orpheline très jeune tu as manqué la tendresse maternelle, les délicieuses gâteries d\u2019un trop indulgent papa aux caprices enfantins.Maintenant encore tu vas seule dans la vie, gravitant autour de ces pâles petites figures à qui tu distribue les merveilleuses parcelles de ton coeur.Pourtant!!! ton oeuvre de rayonnement doit être terminée; c\u2019est ton tour à boire à la coupe du bonheur, je te voudrais si heureuse, pourtant si tu savais, heureuse autant que tu le mérites, ma chérie.\u2014 Ne n\u2019exhalte pas ainsi interrompt Rhéjane souriant franchement au panagérique de son amie.Je t assure que vous avez fait en sorte de suppléer aux chers absents, en m offrant une bien large place à la douceur de votre foyer.Seule la perspective de ton départ a jeté Montréal, 16 juillet 1932 &&a/ïMdi 7 Canadienne VOCATION K-Jfïl I* S Gita une ombre à la quiétude que je goûtais au milieu de votre cher trio.Et ensuite c\u2019est librement que j\u2019ai choisi cette carrière d\u2019infirmière à l\u2019hôpital des tout petits.Tu ne sais pas, fit-elle s'animant, quelle douceur il y a à voir renaître ces petits êtres qu\u2019on dispute aux griffes de la mort; pour les remettre ensuite entre les bras des parents, tout rayonnants des joies de la résurrection.Contribuer au bonheur d'autrui, quelle ivresse digne des dieux!!!! C'est pour nous vois-tu, un autre genre de maternité qui contient elle aussi des joies d\u2019autant plus merveilleuses qu\u2019elles sont faites du divin qui est en nous.\u2014 Et malgré ta vocation toute tissée d\u2019idéal tu ne vas pas pour tout cela renoncer au bonheur pour toi-même?interrogea Myrza haletante.\u2014 Mon bonheur à moi est fait de celui des autres, je l\u2019ai compris déjà alors que tel un enfant à la poursuite d\u2019un papillon, je tendais comme lui mes doigts avides du désir de possession: le petit insecte voletait toujours, puis lorsque le voyant posé dans le calice d\u2019une fleur, avec des précautions, entre le feuillage mes doigts ont tenté de le saisir, preste il s\u2019est envolé me laissant aux doigts la fine poussière diaprée de ses ailerons.Après de nombreux échecs analogues semblant me narguer il s\u2019en est allé sur l\u2019autre rive se reposer de cette poursuite.Voilà le symbole de ma vie.\u2014 Là, tu ne vas pas me tenir rancune de renoncer à la conquête du trop fuyant bonheur, et de faite halte après la fatigante chevauchée.Ne me regarde plus comme si je personnifiais quelqu\u2019insecte ar-tédiluvien: ainsi que tu le fais depuis le début de cette causerie qui dégénère en confession, nous menant ainsi très loin du grave sujet à traiter.Sans répondre à la taquinerie la jeune femme conclut d\u2019un ton étrange: \u201cque sous le voile il devait y avoir la gravité sublime d\u2019un geste d\u2019héroïque abnégation.\u201d Dans l\u2019ombre protectrice Rhé-jane avait rougi, seulement tout naturellement elle qualifie Myrza d\u2019enfant romanesque, trop impressionable.Malgré tout celle-ci demeure vaguement inquiète, redoutant la souffrance d\u2019une brisure dans la vie de son amie.Maintenant elles cheminent silencieusement par les sentes et au lieu de diminuer l\u2019impression se précise davantage dans son esprit, allant jusqu\u2019au coeur, y faisant naître une irraisonnée souffrance.Souffrance faite de cette inconnu dans lequel elle sombrait.\u2014 Nous voilà arrivées, ma gentille rêveuse qui construit des châteaux d\u2019Espagne sous le clair d\u2019étoile inspirateur, prend garde: la triomphante aurore aura tôt fait de les réduire en fumée nacrée, menace Rhéjane de son doigt rose.Bonne nuit, une bonne caresse à ton petit André et à ton ami mon plus amical souvenir.?Cette nuit-là Rhéjane fut très longue à trouver le sommeil qui obstinément fuyait ses paupières largement ouvertes sur certaines reminiscences .Elle se revit alors presqu\u2019heu-reuse dans sa famille adoptive, partageant étroitement la même vie que Myrza sa soeur de prédilection.Quoiqu\u2019une seule année ne les séparait Rhéjane semblait au moral de beaucoup l\u2019aînée à cause de cette pondération qui contrastait avec l\u2019exubérance de l\u2019autre.Autant l\u2019une était gaie, autant mélancolique était Rhéjane non pas cette mélancolie qui porte l\u2019ennui autour de soi mais voilée sous la grâce du sourire: leur entourage s\u2019accordait à trouver irrésistibles ces jeunes filles se complétant l\u2019une par l\u2019autre .Cette villégiature à Bellerive orientée par les circonstances avait marqué d\u2019un point décisif l\u2019avenir des deux amies.A la campagne les relations se nouent promptement, elles ont ce charme particulier de cette absolue liberté, qui permet les rencontres, les visites à toutes heures, ce laisser-aller en marge du protocole exaspérant qu'on laisse avec plaisir quelque part à la ville.Au nombre des habitués de la Villa Bon Accueil, Jean Darville se faisait le chevalier servant des deux soeurettes.Sa rare distinction, sa parfaite courtoisie, son optimisme souriant, sa promptitude à organiser de nouvelles distractions faisait de lui le compagnon le plus recherché.Cette vie de repos et de plaisirs tout à la fois à notre insu provoque les intimités, c\u2019est ainsi que se devinent les affinités .et qu\u2019un jour du haut de sa tour le petit dieu de l\u2019amour a lancé ses flèches dans notre petit groupe.A l'époque de l'arrière saison où s\u2019effeuille dans l\u2019air encore tiède la nonchalance des rêveries, par contre les soirées frissonnent sous les baisers automnals et les siestes au coin du feu se font plus nombreuses, sous la coutumière animation.Etait-ce déjà la lassitude de la vie facile .Quoi donc?Puis comme à regret Jean parla de retour à la vie sérieuse, cherchant sur les figures une impression quelconque .Myrza et Rhéjane gardaient sur leur compagnon un prudent silence.La première encore toute étonnée des récentes découvertes, vaguement troublée de ce nouveau, n'osant le révéler même à sa petite amie cela dans son incompréhensible fierté.La deuxième gardait jalousement son secret, ayant la prescience du partage chez Myrza.(Suite à la page 39) 8 Se&cmtdL Montréal, 16 juillet 1932 P JR RICOCHET I îlSS 1 : mutL T l\u2019on tua le veau gras.Fâcheuse histoire pour le veau gras, mais fameuse, pour moi, que toute la famille tenait à fêter, non pas pour être rentré dans son giron, mais pour avoir passé ma thèse, ce qui me permettait, désormais, de faire graver la mention \u201cAvocat\u201d sur mes cartes et mon papier à lettres.Seulement, dame, le veau, même gras, cela ne nourrit qu\u2019une fois, et le \u201ctitre\u201d d\u2019avocat ne nourrissant pas du tout, quand le client vous boude, ce fut, bientôt, l\u2019ère des vaches maigres .d\u2019autant plus maigre que vous avez un appartement trop grand et une bonne à-ne-rien-faire, qui mange comme quatre, pour se consoler de son inaction.Mais tout cela n\u2019aurait rien été \u2014 on a vu des avocats gagner leur vie comme gratte-papier dans un bureau et ne pas s\u2019en porter plus mal - si je n\u2019avais été amoureux fou d\u2019une jeune fille ravissante, dont le seul tort était d\u2019avoir un père ridiculement riche .Il se peut que je vous paraisse fort arriéré, pas à \u201cla page\u201d, diraient les jeunes gens qui sont, eux, en marge Par Marcel Idlers de cette page, pas toujours claire; mais je n\u2019aurais pas consenti pour un empire à aller demander à ce monsieur si riche, la main de sa fille charmante, avant que de pouvoir lui dire: je gagne tant .Une sotte idée, peut-être, mais une idée arrêtée .J\u2019en étais là, quand, un beau matin, un monsieur que je ne connaissais pas, s\u2019en vint sonner à mon huis.Tout d\u2019abord je crus, si incroyable que ce fut, à l\u2019entrée en scène de mon premier client, et j\u2019accueillis ce visiteur avec toutes les marques du plus profond intérêt.Mais.bi:n entendu je me trompais, ce n\u2019était pas un client .C\u2019était mieux, beaucoup mieux, c\u2019était la fortune elle-même, sans bandeau et le nez chevauché d\u2019un pince-nez en doublé or .\u2014 Monsieur, me dit cet homme à l\u2019aspect respectable, c\u2019est, je pense.à M.Albert Laprévotte que j\u2019ai l\u2019honneur de parler?\u2014r- Je m\u2019inclinai et lui assurai qu\u2019il avait devant lui le nommé Albert Laprévotte, en chair et en os, entièrement dévoué à ses ordres.J\u2019aurais dû me rappeler que la plaque, gravée, elle aussi, qui \u201cornait\" ma porte d\u2019entrée, n\u2019était peut-être pas étrangère à cette érudition spontanée; mais ce sont des choses à quoi on ne pense pas toujours .\u2014 Vous avez des parents qui vivent à l'étranger, continua le visiteur en me regardant fixement.\u2014 Des parents?Vous voulez sans doute parler de mon oncle Bernard?questionnai-je.\u2014 C\u2019est cela, de votre oncle Bernard .de votre excellent oncle Bernard.Et sans me laisser le temps de placer un mot, l\u2019inconnu m\u2019annonça, en frappant du plat de la main sur une impressionnante serviette de cuir: \u2014 Vous êtes son héritier.Je fus, je l\u2019avoue, un peu interloqué .\u2014 Je ne savais pas, bredouillai-je, que mon oncle Bernard était.Le monsieur prit une mine apitoyée.\u2014 Il est mort subitement, dit-il.On l\u2019a trouvé inanimé dans son fauteuil.Je comprends votre chagrin, mais je suis dans 1 obligation d\u2019accomplir ma mission.je suis notaire et M.votre oncle, ayant déshérité ses enfants .\u2014 Ses enfants! objectai-je .Mais mon oncle n était pas marié .\u2014 Pas marié .Attendez .Vous dites qu\u2019il n\u2019était pas marié?\u2014 Oui .Le monsieur fouillait dans sa serviette et en retira un papier couvert d\u2019une écriture menue qu\u2019il déchiffra en faisant une horrible grimace.\u2014 Exact, dit-il .Sans enfant, parfaitement.Excusez-moi, je confondais avec un autre client.M.Bernard était célibataire .Vous êtes son unique héritier.Je croyais, aussi, mon oncle sans argent, mais je n\u2019osais pas en faire la remarque, dans la crainte d'impatienter mon interlocuteur par mes continuelles objections.Comme s\u2019il m\u2019avait deviné, le monsieur m\u2019affirma: \u2014 Il était très riche .l\u2019après-guerre, les changes, une série d\u2019opérations fructueuses sur les terrains pétrolifères .Il sortit un deuxième papier de la fameuse serviette, et se livra, sous mes yeux, à une série d\u2019opérations arithmétiques, plus embrouillées les unes que les autres.\u2014 Vous héritez de seize cent mille francs, au cours du dollar, fit-il.Un joli denier .Il dut lire dans mes yeux effarés.que c\u2019était aussi mon avis et il n\u2019insista pas davantage sur l\u2019énormité de cet héritage qui me tombait du ciel.Prenant, dans sa serviette magique, un troisième papier agrémenté de timbres, il me tendit son stylo et me dit, le plus tranquillement du monde: \u2014 Veuillez signer, monsieur.L argent qu\u2019on touche, assure don César de Bazan au deuxième acte de Ruy Bias, est toujours clair.Néanmoins, j'hésitais .\u2014 C\u2019est pour me donner décharge, expliqua le monsieur notaire.Je signai pour lui faire plaisir, n\u2019osant croire à tant de bonheur.J étais persuadé que tout cela n était qu un rêve et que.dans la même minute où j\u2019apposerais mon nom sur ce papier, le visiteur et sa serviette-surprise allaient s\u2019évanouir, comme dans les songes trop beaux, que l'on fait les jours où 1 on a trop bien mangé.Mais le monsieur, de plus en plus réel, se contenta de plier mon papier et le replaça soigneusement dans sa serviette .(Suite à la page 36) Montréal, 16 juillet 1932 «^Samedi 9 ENERALEMENT on n aime pas vieillir, mais cela n\u2019empêche pas d\u2019aimer les vieilles choses; pas toutes pourtant, bien que la nomenclature de celles qu\u2019on recherche soit tout de même assez longue.Par exemple, on aime le vin vieux, les anciens vases et les vieux oncles à héritage.Il y a aussi des gens qui aiment les vieux livres.On fait d\u2019ailleurs quelquefois d'assez belles trouvailles parmi les vieux livres ou vieux \u201cbouquins\", surtout s\u2019ils ont été imprimés à l\u2019époque où le trisaïeul de notre grand-père avait encore ses dents de lait; on a vu des gens acheter pour quelques sous des livres, pas toujours en très bon état, pas très intéressants non plus' au point de vue du contenu, mais qui avaient le grand mérite de porter une date d'impression beaucoup plus lointaine encore que celle des crinolines pourtant de fabuleuse mémoire.Ces gens-là emportaient leur vieux bouquin comme un trésor qu\u2019ils pressaient amoureusement sur leur coeur, puis ils le rangeaient avec sollicitude dans une bibliothèque où trônaient déjà d\u2019autres antiquités du même genre valant ensemble une petite et même parfois une grosse fortune.L\u2019heureux propriétaire de ces merveilles les montrait ensuite avec orgueil à ses amis, leur en expliquait les beautés connues ou soupçonnées, jouissait de leur jalousie poliment masquée sous une admiration de gens bien élevés et, la nuit suivante, dans le béat sommeil d\u2019un mortel gâté par la fortune, il rêvait qu\u2019il avait le bonheur de mettre sa patte de collectionneur sur le manuscrit des jugements de feu Salomon ou sur les mémoires paradisiaques du père Adam.Les collectionneurs un peu fanatiques de ce genre sont de très braves gens; ils se donnent un mal énorme avec leur chasse aux vieux bouquins, ils se font quelquefois \u201cemplir\" gentiment, mais la plupart du temps ils ont un flair spécial dont ils font bon emploi.S'ils ont beaucoup d\u2019argent à leur disposition cela va bien, s'ils en ont peu ils se privent volontiers du nécessaire pour augmenter leur collée- kSÇjjt' »! isp* if* .\\vsy\\\"'v eït'\" \u2022 i §»v \t\tW i WM '\t\tir.r 4 \t wp:\tmk/É Il y eut de grandes quantités de livres brûlés au moyen âge; dans la quantité il y avait sans doute bien des non valeurs mais certainement aussi des ouvrages dont s\u2019enorgueilliraient bien des bibliothèques modernes.Vleux Bouquins, livres précieux tion.Ce sont des héros à leur manière.Ils vivent dans une perpétuelle extase où flottent des senteurs de vieilles reliures en veau et des odeurs de papier moisi: ils ne savent pas toujours ce qu\u2019il y a dans leurs vieux bouquins, mais ils en connaissent par coeur les titres, da- Çhtomque \u2018Documentaire Par Louis Roland tes d\u2019édition et lieux d\u2019impression; ils vont jusqu\u2019à savoir le chiffre du tirage et ce qu il en est resté au ha- sard des événements.Ils pourront ainsi vous dire: \u201cCette histoire de Tartempion n\u2019existe plus qu\u2019à dix exemplaires, et j\u2019en ai un de ceux-là.le plus précieux de tous parce qu\u2019il porte en marge de la page trente-six une annotation de l\u2019auteur lui-même; je n\u2019ai jamais pu la (Suite à la page 34) 10 & Samedi Montréal, 16 juillet 1932 L\u2019ylctualité à travers le c%Üonde m.é.mmiH JafPi» 'mm mm W m LES JOLIES VILLEGIATURES LAURENTIENNES Le Lac Rond, vu de l\u2019hôtel \"Round Lake Inn\u201d, à Weir.(Photo C.N.R.) FRANCE M.Louis Piérard.qui fait tant en Belgique pour les artistes, vient de consacrer à la situation de ceux-ci devant la crise, un important article dans Le Populaire.Détachons-cn ces lignes judicieuses : \u201cOn a dit qu\u2019il y a trop de peintres et sculpteurs.Est-ce que dans ce domaine comme dans d\u2019autres, nous assistons au fameux drame dont parlait Ferrero avant la guerre déjà, conflit de la qualité et de la quantité?Est-ce que Degas avait raison quand il disait: Il faut décourager les peintres?\u201cJe crois à une nécessité d\u2019une réforme radicale de l'enseignement du dessin et des beaux arts.Il faudrait diriger davantage les jeunes artistes vers les applications à l\u2019industrie.Des pays comme l\u2019Allemagne et la Suède, à cet égard, nous ont donné de précieuses indications.En France, des peintres comme Renoir et Dufy ne se sont pas cru déshonorés en travaillant pour des fabricants de porcelaine et de tissus.Il y a autant de mérite à décorer une belle assiette qu\u2019à faire un tableau de chevalet destiné à moisir au fond d\u2019un grenier ministériel ou dans un musée de province que personne ne visite.\u201cNe laissons pas dire par certains bourgeois que les artistes sont des bohèmes habitués à manger de la vache enragée, qu\u2019il ne faut rien faire pour eux.Souvenons- nous de la parole de Bernard Palissy: Pauvreté empêche les bons esprits de parvenir.\u201d sortait par le hublot et qui appelait à l\u2019aide.\u201cC\u2019était, je l\u2019ai su depuis, M.Albert Londres.Je lui lançai un de ces longs tuyaux de toile qui servent chaque matin au lavage du pont et doivent être utilisés en cas d'incendie pour lutter contre le feu.M.Albert Londres le saisit et se glissa hors de la cabine, à la force des bras, pour atteindre le pont des embarcations.\u201cLe considérant comme en sûreté, j\u2019allai au secours des enfants et des femmes, rassemblés sur le pont supérieur.La manche à eau à laquelle se cramponnait M.Albert Londres s\u2019est rompue, probablement atteinte déjà par les flammes qui venaient du pont des premières, et il a dû tomber à l\u2019eau.\" T Autre vue du Lac Rond, dans les Laurentides.(Photo C.N.R.) Une grande nouvelle ! On annonce qu'un touriste a trouvé dans la région de Lorach un trèfle à huit feuilles et plusieurs trèfles à cinq feuilles.* * * Un des officiers du Georges-Philippar, M.Sadorge, deuxième mécanicien, a fait des déclarations très précises.Il en ressort que notre confrère Albert Londres, dont La Revue Populaire a reproduit plusieurs livres, ne serait pas mort brûlé, mais noyé.Voici le témoignage de M.Sadorge: \u201cJ\u2019étais sur le pont des embarcations, quand j\u2019entendis des appels provenant d\u2019une cabine de luxe.Je vis alors un passager qui ALLEMAGNE Une intensité subite de l\u2019activité politique de la part des monarchistes allemands, et des demandes réitérées de la part des fascistes pour la suppression péremptoire du parti communiste à compliqué davantage les troubles intérieurs, aujourd\u2019hui, à la suite d\u2019une fin de semaine de violences et de batailles dans plusieurs villes.Les rapports que le Kaiser Wilhelm exilé avait eu une entrevue avec l\u2019ancien prince couronné et les banquiers allemands en Hollande, a fortement attiré l\u2019attention à Wuerzburg comme laissant entendre un mouvement en faveur du retour de la dynastie Wittelsbach.L\u2019ancien prince Rupprecht, qui voyage actuellement en Franconia, a touché les troubles politiques récents au sujet des uniformes des fascistes, au cours d\u2019un discours devant une société patriotique qui lui a donné une ovation.RUSSIE Il y a encore des îles inconnues ! L'Institut arctique de Pétro-grad annonce que d\u2019après une communication radioélectrique reçue de la station météorologique de l\u2019île Hooker, dans la baie de Tichaya, une expédition partie de ce poste, sous la direction du météorologiste Teplouchoff et du géologue Ivantchouq, a découvert quatre nouvelles îles absolument inconnues à dix milles au nord de l\u2019île de Hayes.(La Presse étrangère) Les courts de tennis du 'Round Lake Inn\u201d, à Weir, P.Q, (Photo C.N, R.) Montréal, 16 juillet 1932 3b$ameài u £feuilleton du \u201cSamedi\u201d L\u2019Amour Sauveur \u2018Par £Jacques \u2018Brienne No 13\t(Suite) RESUME DES CHAPITRES PRECEDENTS Les époux Blanchon habitent, arec «fie jeune fille malade, une maison isolée: la Maison Blanche.Blanchon, pour le compte d\u2019un Anglais inconnu, fait mourir doucement la jeune fille.Les Blanchon sont chassés de leur demeure par une inondation; ils abandonnent la jeune fille, qu'ils croient morte.Henri Mouthon cambriole la Maison Blanche.L'un de ses complices, Raymond Vertheuil, devient amoureux de la jeune fille inanimée.Il l'enlève.Il est décidé, pour se faire aimer de Mildred, à poursuivre les études quil avait abandonnées.Quelques jours plus tard, Mildred surprend une conversation où Raymond confesse à un ami la part qu'il a prise au cambriolage.Déçue dans son amour, elle s'enfuit.Mildred ignore quelle est co-héritière d'un lord anglais.Le frère de celui-ci, aidé des époux Blanchon, veut la faire disparaître afin d'être seul héritier.Le pseudo-vicomte de Grisolles et l'exmari de Fédora, Monirelet dit Coup-de Tampont recherchent aussi Mildred afin d'obtenir de lord Loris une rançon.Les deux partis s'espionnent mutuellement.Mildred obtient un emploi de dame de compagnie chez la comtesse de Cha-telux.Elle découvre que la mère et la soeur de Raymond demeurent près du chateau.Raymond Vertheuil, sous le pseudonyme de François Yvon, gagne une course aérienne, grâce aux perfectionnements qu\u2019il a apportés aux moteurs d'avion.Cela lui permet de continuer ses travaux.Le jeune homme apprend que Mildred est au château du Plessis-la-Grange.Lord Loris rencontre, par hasard, Tancrè-de, le neveu de la comtesse de Chate-lux.Celui-ci l\u2019amène au château.IX \u2014 Vous dites des folies, ma chère miss.Est-ce que rien existe et existera jamais pour moi en dehors de mon amour?\u2014 Je n\u2019irai pas jusqu\u2019à nier la sincérité de votre sentiment.\u2014 Ce serait nier à l\u2019évidence! \u2014 Mais ces amours si ardents et si aveugles ne sont généralement pas durables.\u2014 Le mien est immortel.\u2014 Vous le croyez.L\u2019amour est comme une montagne.Il semble tout remplir.Plus d\u2019horizon derrière.Eh bien, traversez la montagne et l\u2019amour, et vous retrouverez la même immensité qu\u2019avant.Publié en vertu d'un traité avec la Société des Gens de Lettres Commencé dans le numéro du 23 avril 1932.\u2022\u2014 Vous me jugez mal.Elle dit avec un peu d\u2019agacement: \u2014 D\u2019ailleurs que m\u2019importe.Je ne puis pas être votre femme.\u2014 Vous ne pouvez pas?Pourquoi?\u2014 Je n\u2019épouserai qu\u2019un homme que j\u2019aimerai.\u2014 Et qui vous dit que vous ne m\u2019aimerez pas?Il me semble que mon amour ne peut pas ne pas obtenir le vôtre.Je vous demande seulement votre main.\u201cQuant à votre amour, je suis bien certain de le conqurir à force de dévouement, de persévérance et de tendresse.Elle secoua la tête.Lord Loris reprit: \u2014 Vous dites non.Permet-tez-moi d\u2019essayer.Le mouvement de tête continua de refuser.Edouard Loris ne put retenir un geste d\u2019irritation.\u2014 Votre cœur est déjà pris sans doute?Elle le regarda avec une émotion douloureuse.Mais elle ne répondit ni par des paroles ni par un geste.\u2014Croyez-vous, insista-t-il, que ma passion ne mérite pas au moins une grande sincérité de votre part?Je souffre tellement en attendant une promesse.Elle eut un mouvement un peu hautain et elle répliqua: \u2014Il ne saurait y avoir de promesse; je vous ai dit non.C\u2019est non.\u2014 Vous êtes cruelle! \u2014 Je suis franche.\u2014 Ça revient souvent au même.\u2014Est-ce ma faute?\u2014Mais pourquoi ne voulez-vous pas de mon amour?Répon-dez-moi sincèrement, je vous en supplie.\u201cSi votre cœur est pris, si vous aimez un aure homme, je vous promets de ne plus insister.\u201cMais dites-moi, dites-moi le vérité.\u2014 Vous ne devez conserver aucun espoir.Que vous importe la raison pour laquelle je suis forcée de vous refuser! \u2014 Comment?Que m\u2019importe?Mais si vous n\u2019aimez pas autre part, vous vous trompez vous-même.Vos répugnances ne tarderont pas à disparaître.\u2014 Jamais.Lord Loris avait l\u2019air déçu et malheureux.Mildred qui souffrait depuis longtemps d\u2019une douleur aussi profonde que mystérieuse, Mildred qui était obligé de tendre sa volonté pour contenir ses larmes, aperçut pourtant la souffrance de son compagnon.Et elle dit, s\u2019efforçant de la calmer : \u2014 Ne soyez pas jaloux.Depuis longtemps, je n\u2019aime plus.\u2014 Eh bien, alors?\u2014 Mais mon premier, mon seul amour, fut une si atroce déception que mon coeur est mort pour toujours.\u2014 S\u2019il en est ainsi, je puis encore espérer.\u2014 Non, aucun espoir ne vous est permis.\u2014 Ah! je le vois bien, vous l\u2019aimez encore! \u2014 Et quand cela serait?¦\u2014 Je comprends maintenant.\u2014 Vraiment?\u2014 J\u2019ai un rival, un rival que je ne connais pas.Mais je le découvrirai et je vous jure qu\u2019il aura de mes nouvelles.Toute la violence du grand seigneur habitué à voir tout plier devant lui se réveillait en lord Edouard.Jamais l\u2019Américaine ne l\u2019avait vu dans cet état.Ses yeux lançaient des éclairs pendant qu\u2019il criait: \u2014 Tremblez pour lui, Mildred, je me vengerai! Mais ces paroles violentes n\u2019effrayèrent nullement la jeune fille.\u2014 Trembler ?dit-elle.Pour qui me prenez-vous ?Sachez, mylord, que je n\u2019ai jamais eu peur.Elle se leva, et d\u2019un ton sec, elle ajouta, belle de fierté irritée et méprisante: \u2014 Brisons là, mylord, allez-vous-en, je vous prie; notre entretien n\u2019a que trop duré.Déjà, lord Loris, qui n\u2019avait pu maîtriser un premier mouvement de colère s\u2019était resaisi.Il crut prudent de battre en retraite et de ne pas exaspérer la jeune fille.Il se leva à son tour.\u2014 Je vous obéis, dit-il.JL,a colère est mauvaise conseillère.J\u2019ai eu tort, je l\u2019avoue.Mais je vous laisse.Je vous demanderai pardon quand vous-même vous aurez recouvré votre calme.Et il se retira après un grand salut aristocratique.Mildred le suivit du regard comme si elle craignait un retour offensif.Puis, quand il fut assez loin, elle se laissa retomber sur le banc de pierre et elle plongea son visage dans ses mains.Elle était enfoncée dans une méditation si profonde qu\u2019Y-vonne crut pouvoir changer de place sans être entendue.Elle se glissa doucement, prudemment jusqu\u2019à une distance suffisante, regagna le sentier et alors, tranquillement, ouvertement, elle se dirigea vers Mildred et vers le château.Longtemps, le bruit de ses pas ne parut point frapper l\u2019attention de la jeune Américaine.C\u2019est seulement quand elle fut tout près, à deux mètres, que l\u2019étrangère releva brusquement la tête.Son visage était couvert de larmes.Quand elle se rendit compte que son chagrin avait un témoin, elle détourna rapidement la tête.Mais Yvonne vint s\u2019asseoir auprès d\u2019elle.Et elle dit doucement, en anglais : \u2014 Vous permettez, mademoiselle? 3&$>cmedi 12 Mildred regarda celle qui lui adressait la parole dans sa langue maternelle.Elle la reconnut.C\u2019était la sœur de Raymond.La sœur de l\u2019homme dont le souvenir la faisait rougir de honte et d\u2019amour.qui obsédait ses pensées, et qu\u2019elle méprisait sans pouvoir l\u2019oublier.Elle n\u2019avait jamais parlé à Yvonne, mais elle l\u2019avait vue plusieurs fois, de loin.Son premier mouvement fut de la repousser ou de la fuir.Mais elle n\u2019osa pas.Elle resta assise sur le banc, sans dire un mot.Yvonne reprit: \u2014 Vous paraissez être malade, mademoiselle, ou avoir du chagrin.Ces simples paroles furent dites avec tant de bonté, et le visage de la jeune fille était empreint d\u2019une telle loyauté que l\u2019Américaine en fut impressionnée.Elle ne pensa plus à fuir.Elle répondit doucement: \u2014 Je ne suis pas malade.Quant au chagrin, une exilée en a toujours.Yvonne répliqua: \u2014 C\u2019est sans doùte que vous avez laissé votre cœur dans votre pays?Car il me semble que la patrie d\u2019une femme, c\u2019est son amour.Mildred eut un sursaut.\u2014 Mon cœur est mort et je n\u2019ai pas d\u2019amour.\u2014\u2022 Vous vous trompez, mademoiselle.\u2014 Qu\u2019en savez-vous?\u2014 Quand le cœur est mort, on ne pleure plus.Quand la source est tarie, d\u2019où viendrait encore le fleuve?La jeune Américaine laissa reposer sur son interlocutrice un regard étonné.La douceur et la profondeur des paroles d\u2019Yvonne la touchaient étrangement.Elle dit: \u2014 Vous êtes de mon âge.Et vous parlez avec la sagesse d\u2019une grand\u2019mère.Un doux sourire fut la seule réponse de la sœur de Raymond.Il y eut entre les deux jeunes filles un silence plein de pensées.Miller\u2019s Worm Powders nettoieront l'estomac et les intestins des vers de sorte que l\u2019enfant nie sera plus troublé par leurs ravages.Les poudres sont douces au goût et aucun enfant ne s\u2019objuctcra à les prendre.Elles nie sont pas nuisible» dans leur composition et si dans quelques cas elles causent des vomissement», ce n\u2019est pas parce qu'elles sont vomitives mais c\u2019est une indication de leur travail effectif.Une détente se faisait dans l\u2019esprit de Mildred.Elle demanda: \u2014 Auriez-vous souffert vous aussi ?\u2014 Qui n\u2019a pas souffert?\u2014 Vous avez cependant une mère, des parents.Moi, je n\u2019ai que des ennemis.\u2014 Votre beauté doit pourtant vous valoir des amis?\u2014 L\u2019homme qui nous désire est le pire de nos ennemis.\u2014 Mais celui qui nous aime.\u2014 Ah! celui-là, c\u2019est le bonheur même, pourvu qu\u2019il soit digne de nous!.Mais s\u2019il se révèle indigne.Le cœur d\u2019Yvonne battait à se rompre.Et, en ce moment précis, il lui sembla qu\u2019elle n\u2019avait pas le droit de faire ce qu\u2019elle faisait.Elle prit une main de l\u2019Américaine.Et elle déclara: \u2014 Je ne voudrais pas surprendre vos confidences.J\u2019accomplis donc un acte de stricte loyauté en vous disant mon nom.Elle fit une pause.Mais Mildred eut un pâle sourire et ne répondit rien.Son nom, ne le connaissait-elle pas?\u2014¦ Je m\u2019appelle Yvonne Ver-theuil.\u2014 Vertheuil?répéta Mildred comme un écho.Elle ferma les yeux, et porta la main à sa poitrine.La sœur de Raymond crut qu\u2019elle allait défaillir.Elle allait se porter à son secours, mais d\u2019un geste, l\u2019Américaine la repoussa.\u2014 Vertheuil?murmura-t-elle de nouveau, comme en un rêve.N\u2019avait-elle pas promis, un jour, de ne jamais oublier le nom de son sauveur?N\u2019avait-elle pas dit: \u2014 Toujours Raymond Vertheuil sera mon ami.Elle y songeait en ce moment.\u2014- Ah! les instants délicieux qu\u2019elle avait passés dans la chambrette du quai d\u2019Orléans, alors qu\u2019elle renaissait à la vie, alors qu\u2019elle parait Raymond de toutes les qualités, de toutes les vertus ! Et maintenant, que restait-il des beaux rêves qu\u2019elle avait formés ?Elle dit: \u2014 Alors, vous êtes sa sœur ?Loyalement, se refusant à toute ruse, Yvonne répondit simplement : \u2014 Je suis sa sœur.\u2014 Et c\u2019est lui qui vous envoie ?\u2014 Non, non, ce n\u2019est pas lui.Je vous le jure.\u201cJe lui ai arraché la confidence de son amour, de sa douleur, de son désespoir.\u201cMais il m\u2019a défendu de vous parler de lui.\u2014 Ah! \u2014 Si je brave sa défense, c\u2019est que je crois qu\u2019un malentendu vous sépare.\u2014 Un malentendu!.- \u2014 Je crois que vous vous aimez toujours et que vous êtes destinés l\u2019un à l\u2019autre.\u2014 Taisez-vous, Yvonne.\u2014 Laissez-moi parler au contraire.\u201cLaissez-moi vous dire ce que nul sans doute ne vous a dit, ce que nul ne pourrait vous dire.\u201cRaymond a eu des torts.\u2014 Taisez-vous, Yvonne, taisez-vous, au nom du ciel ! L\u2019accent était si âpre, et les traits convulsés de l\u2019Américaine dénotaient une telle émotion que la sœur du coupable n\u2019osa continuer.Et ce fut de nouveau entre les deux jeunes filles un silence long et embarrassé.La sœur de Raymond se tenait immobile.La jeune Américaine au contraire secouait la tête.Tout à coup des larmes crevèrent ses yeux.Yvonne s\u2019écria: \u2014 Vous pleurez?.Ah! je le savais bien que vous l\u2019aimiez encore, et que vous lui pardonneriez un jour ! \u2014 Non, Yvonne, non.\u201cJe voudrais que mes larmes eussent la signification que vous leur donnez.\u201cHélas ! elles veulent dire tout autre chose, le contraire de ce que vous croyez.\u201cJe pleure, Yvonne, mon bonheur à jamais perdu.\u2014 Non, Mildred.\u201cVos larmes signifient seulement un trouble obscur.\u201cMildred, je vous assure que vous aimez encore Raymond.\u2014 Peut-être, s'écria - t -elle.Mais.\u2014 Il n\u2019y a pas de mais contre l\u2019amour.\u2014 Il y a l\u2019honneur, Yvonne, qui est plus que l\u2019amour.\u201cQuand l\u2019honneur l\u2019exige, on s\u2019efforce de ne plus aimer.\u2014 On n\u2019y réussit pas.\u2014 Si on aime encore, on cache son amour.\u2014 On n\u2019en souffre que davantage.Montréal, 16 juillet 1932 \u2014 On cache sa souffrance et on agit comme si on n\u2019aimait plus, comme si on ne souffrait plus.Yvonne Vertheuil restait très surprise de tout ce qu\u2019il y avait de force de volonté chez cette enfant, si blonde et si délicate.Elle admirait cette énergie.Et elle s\u2019inquiétait.L\u2019œuvre de rapprochement qu\u2019elle avait entreprise lui semblait plus difficile.Impossible peut-être ! Mais il y avait chez mademoiselle Vertheuil autant de persévérance que de ténacité chez Mildred.La sœur de Raymond réfléchit un instant.Puis elle reprit: \u2014 Oui, Mildred, vous avez raison.Le devoir et l\u2019honneur doivent passer avant tout, même avant l\u2019amour.\u201cMais lorsque, par malheur, notre conscience et notre cœur ne sont point d\u2019accord, quel désert de désolation doit devenir la vie d\u2019une femme! \u2014 Hélas! soupira la ferme, mais tendre Américaine.\u2014 Je vous plains d\u2019autant plus, ma pauvre Mildred, que, pour ma part, je suis plus heureuse.Et, comme dans un souvenir soudain, elle ajouta: \u2014 Mais vous connaissez probablement mon fiancé?\u2014 Vous croyez ?fit Mildred avec un peu d\u2019étonnement et avec beaucoup de politesse indifférente.\u2014 Je crois savoir que c\u2019est lui qui vous a soignée, que vous a guérie chez Raymond.Cettg simple phrase rappelait à la jeune exilée, tant d\u2019heures diversement émues, qu\u2019elle pâlit étrangement.Elle interrogea avec intérêt: \u2014 Serait-ce monsieur François Girard?\u2014 C\u2019est lui-même.\u2014 Ah! je vous félicite.Je suis persuadée qu\u2019il vous rendra parfaitement heureuse; c\u2019est un noble cœur.Elle prononça la fin de la phrase à voix basse, comme accablée.Non pas qu\u2019elle fût jalouse du bonheur d\u2019autrui.Mais en présence de la sœur de Raymond, elle ne pouvait détacher sa pensée des souvenirs qui l\u2019assaillaient en foule à chaque instant.Yvonne Vertheuil ressemblait beaucoup à son frère. Montréal, 16 juillet 1932 &&cm£di 13 Tout chez elle lui rappelait celui qu\u2019elle avait tant aimé, et qu\u2019elle aimait encore dans le fond de son cœur.Néanmoins la froideur de Mildred blessa Yvonne.Elle se dit: \u2014 François qui l\u2019a soignée avec tant de dévouement! Elle pourrait vraiment lui témoigner un peu plus d\u2019intérêt.Mais elle ne laissa rien paraître de ce sentiment, et tout entière à l\u2019œuvre qu\u2019elle avait entreprise, elle ajouta: \u2014 Oui, je serai heureuse et je le rendrai heureux.François est un garçon honnête et un cœur d\u2019or.\u201cNos deux natures paisibles et droites se conviennent admirablement.\u201cEt pourtant, parfois, je suis un peu jalouse de celles qui aiment des natures inégales et vertigineusement puissantes.\u2018Elles ont la joie maternelle de protéger un caractère d\u2019enfant, de guider quelqu\u2019un qui, sur les sentiers ordinaires, ne sait pas se conduire.\u201cEt elles ont le bonheur enivrant d\u2019assister à des découvertes et à des inventions géniales.Les caractères faibles sont fréquents, remarqua Mildred, mais les grands cerveaux sont rares.Comme si elle n\u2019avait pas entendu, Yvonne continua: \u2014 Je regrette parfois d\u2019être la sœur de Raymond.J\u2019aurais su l\u2019aimer, moi, avec le mélange d\u2019indulgence et d\u2019admiration qu\u2019il mérite et dont il a si grand besoin.Mildred hocha la tête et ne répondit rien.Yvonne reprit: \u2014 Il faudrait une femme qui l\u2019aime et le comprenne pour contenir les écarts de cet enfant terrible, pour soutenir ce chercheur dans ses déceptions et pour exalter ce cerveau admirable jusqu\u2019à lui faire donner tout ce qu\u2019il peut donner.\u2014 Je ne connais pas votre frère sous le jour que vous me présentez.\u201cJe connais un être d\u2019un charme, hélas! trop pénétrant.\u201cEt je connais une nature généreuse et aimante.\u201cMais je connais aussi un être corrompu par la vie et qui est descendu trop bas.\u2014 Croyez-vous que j\u2019ignore ses fautes et que je n\u2019en aie pas souffert avant vous ?et peut-être plus que vous?\"Mais si l\u2019amitié d\u2019une sœur avait la force de relèvement que la nature n\u2019a donnée qu\u2019à l\u2019amour, je n\u2019aurais pas la lâcheté ou, si vous voulez, le triste courage de jeter le manche après la cognée.\u201cEt je vous jure que j\u2019aurais bien su lui épargner la plupart de ses fautes.Mildred s\u2019était dressée devant ce reproche direct.Yvonne se leva en même temps qu\u2019elle.Elle essaya de prendre la main de l\u2019Américaine.Mais Mildred se déroba à cette effusion.\u2014 Alors, dit-elle d\u201dune voix frémissante, vous me conseilleriez de l\u2019épouser?\u2014 Oui, Mildred, et cela non seulement dans son intérêt, mais aussi dans le vôtre.\u2014 Vous ne pensez pas un mot de ce que vous dites, je suppose.\u2014 Ne l\u2019aimez-vous donc pas?\u2014 Qu\u2019importe si je l\u2019aime ! \u2014 Comment, qu\u2019importe?\u2014 Ecoutez-moi, Yvonne, s\u2019écria l\u2019Américaine avec désespoir, en se dégageant brusquement.Et cette fois elle s\u2019enfuit tandis que la sœur de Raymond, le visage dans les mains, les yeux pleins de larmes, se laissait retomber sur le banc de pierre.\u201cL\u2019aimerais-je encore plus, que jamais je ne serai la femme d\u2019un cambrioleur ! IX L\u2019été qui décline dore les arbres et les bords de la Marne sont exquis par les lumineuses après-midi qui précèdent l\u2019automne aux fruits ambrés.Sur les eaux miroitantes, un petit canot glisse lentement, mené par un enfant de douze ans; il lève en cadence les rames légères, fait jaillir l\u2019eau en perles liquides et la frêle embarcation laisse derrière elle un sillon éphémère.Le petit garçon s\u2019appelle Olaf ; c\u2019est le fils de Mouthon.A l\u2019arrière du bateau, une petite femme très brune est assise.C\u2019est une de nbs anciennes connaissances, c\u2019est la môme Chichi, qui, nerveusement et le visage à l\u2019envers, déchire sauvagement un bouquet de coquelicots que son gentil compagnon vient de lui cueillir.L\u2019aimable enfant d\u2019Ida, aux grands yeux couleur de mer et de rêve, s\u2019évertue à distraire la fantasque créature, mais il ne trouve rien qui l\u2019amuse et l\u2019intéresse.C\u2019est que Grisolles l\u2019a quittée, prétendant aller taper une vieille tante en personne et il l\u2019a laissée, pour la seconde fois, à la garde de madame Mouthon.Et la môme s\u2019ennuie à mourir près de la douce et mélancolique femme de l\u2019indicateur des mauvais coups à faire.En réalité, Grisolles, qui n\u2019a plus d\u2019argent, a été retrouver sa princesse russe à Bagnères-de-Luchon.Il compte lui arracher la forte somme ou lui refaire ses bijoux.Cela ennuyait fort le pseudo vicomte de quitter la singulière petite femme qui l\u2019amuse décidément pour quelque temps encore, mais les affaires sont les affaires et l\u2019histoire de Mildred, qui rapportera gros, dure bien longtemps.Impossible, en effet, de savoir où cette pécore peut nicher.Toutes les recherches non interrompues de la bande sont restées sans résultat.Toutes les investigations n\u2019ont servi à rien.Pourtant, Gri-Gri vient d\u2019avoir une idée, une idée qu\u2019il qualifie lui-même d\u2019heureuse et dont il s\u2019inspirera dès son retour.En attendant il est parti et il a annoncé lui-même que son absence durerait de huit à dix jours.Le petit Olaf rame et fixe ses yeux pensifs et souriants sur la jeune femme.La môme Chichi s\u2019étire, bâille, jette à l\u2019eau un à un les coquelicots.\u2014 Ah ! mon petit Olaf, tu es bien gentil et tu feras un rudement beau garçon dans cinq ou six ans d\u2019ici ; tu seras un fameux canotier, mais vois-tu, mon gosse, ce que je me fais des cheveux, moi, ici!.\u2014 C\u2019est pourtant bien joli chez nous, réfléchit le gamin aux yeux tendres, et si papa ne grondait pas si souvent et si maman ne pleurait jamais, je serais bien heureux.\u2014 Pauvre môme! \u2014 Vous n\u2019aimez donc pas la rivière La petite brune fait un signe négatif, plein de mélancolie.\u2014- Pourtant, elle est si fraîche par ce grand soleil et l\u2019on est si bien dans l\u2019ombre des saules.La môme Chichi hausse les épaules.\u2014 J\u2019aime ça deux fois par an, Olaf, en partie avec des cano- tiers qui chantent ; alors on descend, on fait des folies, on casse des bouteilles, on mange de la friture, on rit, on danse, on fait la bombe, quoi! Olaf soupire et regarde sa compagne avec de grands yeux effarés.Puis il dit gentiment: \u2014 On voit bien que les bords de la Marne, ça n\u2019est pas.votre pays! \u2014Ah! non alors! T\u2019imagines-tu, potée de souris, que je suis née dans un village ou dans un pays comme tu dis?La môme Chichi avait un air extraordinairement méprisant et elle toisait de tout son haut le gosse intimidé.\u2014 Dame, vous êtes toujours bien née quelque part?\u2014 Je suis née à la Villette, au cœur de la capitale, apprends cela, mon petit glaçon.\u2014 Je n\u2019y ai jamais été, avoua naïvement le petit.\u2014 Ça, c\u2019est un chic patelin, affirma la môme avec une conviction attendrie.\u2014 C\u2019est si beau que ça?\u2014 Ah ! tu m\u2019en diras des nouvelles quand je t\u2019y mènerai.\u2014 Vraiment, vous m\u2019y conduirez?\u2014 Demain, si tu veux.\u2014 Ah! oui, je veux bien.\u2014 Tu verras ça si ça grouille! Ça sent les pommes frites.On n\u2019y fait pas de manières.On se parle dans la rue comme si on s\u2019était connu en nourrice.Les hommes sont tous costauds et les femmes ont des beautés dans mon genre; plutôt moins bien en général.Enfin, c\u2019est une patrie épatante.Pendant cette description, le bateau filait au ras des berges toutes blanches de grosses pâquerettes.\u2014 Oh ! dit le petit Olaf, il y a là des fleurs que maman aime; si vous voulez on va lui en faire un bouquet.\u2014 Allons-y.Aussi bien, j\u2019ai les jambes engourdies dans ta bagnole de bateau.L\u2019enfant aborda, tira à lui le canot et l\u2019amarra comme aurait fait un vieux canotier.La môme Chichi sauta à terre d\u2019un bond de sauterelle.Elle n\u2019avait point regardé devant elle et elle fut toute surprise d\u2019entendre un juron sortir des hautes herbes tandis qu\u2019un homme se redressait en frottant ses yeux gonflés par l\u2019ivresse et le sommeil. ^Samedi 14 \u2014 Aïe, aïe, cria-t-il, tu m\u2019as marché sur l\u2019abatis, espèce de corneille, va! Il regarda la femme et il remarqua : \u2014 Une brune, ça ne m\u2019étonne pas.Les brunes je ne les aime guère, et elles me rendent la pareille; il faut bien le dire, j\u2019ai jamais eu de chance avec elles! L\u2019homme ronchonnait tout en faisant des efforts comiques pour se mettre debout.Enfin, après quelques culbutes maladroites, il y parvint et, dès qu\u2019il fut sur ses jambes, il regarda plus attentivement la môme Chichi.De son côté, la jeune femme le reluquait.\u2014 Espèce de malappris, fit-elle la lèvre retroussée.Où diable est-ce que j\u2019ai vu ta stupide binette de poivrot?L\u2019ivrogne se balançait avec la grâce d\u2019un ours, simulant un tangage qui paraissait l\u2019amuser.Il regardait la jeune femme avec des yeux rieurs et malicieux où se dissipaient les âcres fumées de l\u2019alcool.\u2014J\u2019vas vous le dire, ma petite dame, j\u2019vas vous le dire.Je vous reconnais.\u2014Comment vous appelez-vous donc?questionna la môme Chichi qui commençait elle aussi à rire et à s\u2019amuser.Le poivrot répondit: \u2014 Je devrais m\u2019appeler Is-maël, vu que j\u2019ai toujours soif.\u2014 Votre mère a manqué à tous ses devoirs, alors, en vous donnant un autre nom.\u2014 On ne pense pas à tout.Pendant ce temps-là, la môme Chichi réfléchissait.\u2014 Sûr que je vous ai vu quelque part et il n\u2019y a pas très longtemps encore.\u2014Pardi, fit l\u2019ivrogne attendri, même qu\u2019on a déjeuné ensemble.\u2014 Tiens! \u2014 Faudrait même que je sois bien ingrat pour ne pas m\u2019en souvenir.La jeune femme éclata de rire.-\u2014 Ah! j\u2019y suis ; c\u2019est vous qu\u2019on nomme Maboulik.L'ASTHME APPORTE LA MISERE.\u2014 Mais le remède pour l\u2019asthme du Dr.J.D.Kellogg remplace cette misère par un soulagement bienvenu.Respiré comme fumée ou vapeur il atteint les points les plus éloignés des bronches et les adoucit.L'étranglement passe et la respiration facile revient.Si vous saviez, aussi bien que des milliers de ceux qui l\u2019ont employé et en sont reconnaissants, combien oe remède peut vous soulager, il y en aurait un paquet dans votre maison ce soir.Essayez-le.\u2014 Pour vous servir, riposta le marinier avec une révérence cocasse.L\u2019amie de Grisolles devina qu\u2019elle allait s\u2019amuser un brin.Elle jeta les yeux autour d\u2019elle.Un cabaret modeste s\u2019offrait à droite sous des peupliers.Elle offrit: \u2014 Si on allait renouveler connaissance ?On boirait du vin blanc en mangeant quelques tranches de cervelas.\u2014 Accepté, ma princesse.\u2014 Viens avec nous, Olaf, on va goûter.Le petit disparaissait derrière une haute gerbe de pâquerettes.Il fut, lui aussi, enchanté de l\u2019aventure, et bientôt le trio disparate se trouva installé devant un casse-croûte fleurant le saucisson à l\u2019ail et le fromage.Taquine, la môme Chichi lança malicieusement au marinier: \u2014 Alors, on les déteste toujours les brunes?\u2014 Sauf vous, madame, fit le bon garçon, aussi galant que son aversion invétérée le lui permettait, sauf vous, j\u2019y tiens pas beaucoup, ça c\u2019est vrai.\u2014 Enchantée de l\u2019exception, gouailla l\u2019enfant de la Villette.\u201cEt vos blondes amours, Maboulik, donnez-m\u2019en donc des nouvelles.Je ne suis pas jalouse, moi, je vous assure.Le visage de Maboulik, qui ressemblait à une lune passée au vermillon s\u2019assombrit un peu au souvenir évoqué par la don-zelle.Un gros nuage l\u2019enténébra.Et il hocha la tête, avant de répondre : \u2014 Je sais bien que ça n\u2019est pas pour moi, mazette, la belle blonde que j\u2019ai vue un soir pendant l\u2019inondation; c\u2019est un morceau trop fin, trop délicat.\u201cC\u2019est, comme disait mon père en mangeant de la truite, un morceau de roi.Mais Maboulik a des yeux comme un autre pour regarder ce qui est beau.\u2014 D\u2019accord, mais vous ne l\u2019avez vue qu\u2019une fois et pas longtemps encore.\u2014 Ça, fit l\u2019ivrogne d\u2019un air mystérieux, c\u2019est ce que vous ne savez pas.Et qu\u2019est-ce que vous diriez si je l\u2019avais revue?.La môme Chichi frémit.Soudain, elle devint grave, tout en essayant de conserver son air badin.Si c\u2019était possible! Si cet imbécile avait découvert ce que Grisolles, Coup-de-Tampon et Mouthon cherchaient en vain.Mais ce n\u2019était qu\u2019une parole en l\u2019air, sans doute! Un espoir qui se dissiperait aux premiers mots d\u2019explication.Une blague d\u2019ivrogne qui voulait la faire marcher.Elle prit son air le plus indifférent et le plus canaille.\u2014 Mince de veine, mon vieux ! Alors elle est revenue trouver son étudiant?La môme se mordit les lèvres.N\u2019était-il pas inutile, dangereux peut-être de parler de Raymond?Mais Maboulik ne broncha pas.Il savait juger son monde.La jolie blonde avait l\u2019air trop pudique et trop fin pour ressembler à ce provoquant petit bout de femme.\u2014 Non, déclara-t-il, elle n\u2019est pas revenue quai d\u2019Orléans.\u2014 Alors, vous l\u2019avez vue en rêve, fit avec agacement la môme, peu patiente de sa nature.Maboulik se mit à rire à pleine bouche.\u2014 Voudriez-vous me croire, si je vous disais que c\u2019est moi qui suis allé la retrouver?\u2014 Comment cela?\u2014 Oh! sans le vouloir bien sûr.\u2014 Expliquez-vous, Maboulik.\u2014 Voilà, moi, je me doutais de rien.Et puis, crac! \u2014 Qu\u2019est-il arrivé?Mais au lieu de répondre, l\u2019ivrogne, tout en balançant lourdement la tête, donna un coup de poing sur la table qui fit valser les verres, solides heureusement.Et il proclama: \u2014 Y en a-t-il des hasards extraordinaires dans la vie de ce monde ! La môme était tout à fait de son avis.N\u2019en était-ce pas un bien étrange qui l\u2019avait fait débarquer juste à l\u2019endroit où Maboulik cuvait son vin?Mais appuyée sur son coude, les yeux aigus sous ses paupières à demi-baissées, elle attendait la suite du passionnant récit, et elle se souciait peu des réflexions philosophiques du vieux poivrot.Son cœur battait bien fort.Quelle reconnaissance n\u2019aurait pas son Gri-Gri si, à elle seule, elle retrouvait la piste de Mildred, c\u2019est-à-dire la fortune! Elle crut bon de presser un peu l\u2019ivrogne: \u2014 Si vous croyez que c\u2019est clair ce que vous racontez là, vous vous trompez.Montréal, 16 juillet 1932 \u201cFaudrait voir d\u2019allumer un peu votre lanterne, mon bonhomme.Maboulik haussa les épaules.\u2014 Les femmes, c\u2019est toujours pressé, et ça veut y voir plus clair que les autres.surtout les brunes.\u201cAh! dame, c\u2019en est une histoire et qui ne se dit pas en trois paroles.\u2014 Allez-y donc, ordonna la môme crispée par l\u2019attente, en brandissant sa petite main sèche sous le nez du marinier.\u2014 Figurez-vous que j\u2019étions trois enfants dans notre familles: deux filles et un garçon.Le garçon, c\u2019est moi.\u2014 Parbleu, et après?\u2014 L\u2019une des filles est morte à trente ans.\u2014 Passons, je ne vois pas bien.\u2014 Ce fut un grand malheur pour toute la famille.\u2014 C\u2019est possible.\u2014 C\u2019est possible, vous dites I Non ce n\u2019est pas possible, c\u2019est archi sûr.\u2014 Mais encore une fois cette mort n\u2019a rien à voir avec votre histoire.La môme s\u2019était levée en proie à un trépignement nerveux qui agitait ses membres comme un pantin.\u2014 Vous avez le sang bouillant, remarqua avec flegme Maboulik; pour lors ma dernière sœur est mariée à un garde, là-bas, dans la forêt de Fontainebleau, du côté de Marlotte.\u201cIl y avait plus de dix ans qu\u2019on ne s\u2019était pas vu.\u201cUn beau dimanche, je me dis: Maboulik, t\u2019as encore une sœur sur la terre, il faut aller la voir.Je me décide et me voilà parti.La petite brune s\u2019était rassise et elle écoutait avec une profonde attention comprenant que cette fois le dénouement approchait.\u2014 Je trouve ma sœur et son homme dans une jolie maison à l\u2019entrée de la forêt, une maison où rien ne manque, ma foi.On fait un bon déjeuner, puis après on va se promener sous les grands arbres.\u201cPassaient des promeneurs et des automobiles et des équipages, en veux-tu, en voilà.Ah ! les riches ne manquent pas dans ce pays-là! \u201cTout à coup, dans une belle voiture toute basse, avec deux jolis chevaux, qu\u2019est-ce que je vois?Ma jolie blondel Montréal, 16 juillet 1932 Sè^cmnôJk 15 SUR LE PONT D\u2019AVIGNON f'ifi) H) rfî \u2022'T-'.-m Hans toute réunion, cette charmante chanson de folklore de la vieille France et du Canada français: \u201cSur le Pont d\u2019Avignon\u201d, est toujours très populaire.Et maintenant.où pouvez-vous trouver une cigarette plus populaire que la Turret.la cigarette favorite de millions de fumeurs canadiens.Elle est fraîche, douce et odorante .et la qualité ne varie jamais.Offre Spéciale: Nous tenons à votre disposition des disques à double face et à double grandeur reproduisant, en pots-pourris, des chansons favorites de folklore canadiennes-françaises.Envoyez votre nom et votre adresse avec douze timbres de poste de 3 cents chacun (36c.) au Département \u201cD\u201d, Imperial Tobacco Company of Canada, Limited, Case postale 1320, Montréal, P.Q.12 pour 15c.20 pour 25c.et en boîtes plates métalliques de cinquante et de cent.___ Qualité et Douceur ËF* CIGARETTES lurret IMPERIAL TOBACCO COMPANY OF CANADA, LIMITED \u2014 Cette offre se limite exclusivement aux gens qui habitent le Canada \u2014 16 3&$cmedi Montreal, 16 juillet 1932 Un flot de sang empourpra le visage de la môme et la joie gonfla sa popitrine.Ah! elle le tenait le moyen de faire revenir Grisolles! Pourtant elle dit: \u2014 Oh ! vous savez, la forêt de Fontainebleau regorge d\u2019Anglais et par conséquent de femmes blondes; vous avez dû vous tromper ! \u2014 Jamais de la vie, protesta Maboulik, jamais de la vie, je la reconnaîtrais entre mille, ma blonde à moi, et au clair de lune encore.\u201cD\u2019abord elle avait le même chapeau et un petit collier de pierres roses que je lui avais vu l\u2019autre fois; et puis y avait pas d\u2019erreur possible.La môme avait entendu parler de ce collier qui faisait partie du signalement de la jeune Américaine, elle fut enfin convaincue.Aussi, s\u2019écria-t-elle avec un accent sincère : \u2014 Ça me fait rudement plaisir, ce que tu me dis-là, mon vieux copain! Tiens, je paie encore une connette.\u2014 Ça n\u2019est pas de refus, la môme, mais laissez-moi finir mon histoire.Une dame grosse comme une pièce de vin était assise près d\u2019elle.Ah! c\u2019en était un tas ! Pour galoper avec ça fallait deux bons chevaux! La rotonde, pardon, je veux dire la grosse dame, était emplumée et harnachée comme une princesse.\u2014\u2022 C\u2019en était peut-être une?\u2014 Non, une comtesse seulement, m\u2019a dit mon beau-frère en les voyant passer.\u2014 Son nom?\u2014 Ah ! je ne sais pas, on me l\u2019a dit pourtant.Ça finit par lux, je crois; à dire vrai, je ne m\u2019en rappelle plus.Mais ma sœur connaît la grosse dame et la demoiselle passe souvent avec elle; c\u2019est une dame de la haute, vous comprenez, avec larbins, équipage et tout le tremblement.\u2014 Alors, vous vous êtes rincé l\u2019œil?\u2014 Une dernière fois, oui.Ah ! pour être jolie, elle est jolie.Tellement que mon beau-frère, POUR LES RRIJLURES.\u2014 L\u2019Huile Eclectrique du Dr Thomas est un remède modèle pour le prompt traitement des brûlures.Son pouvoir guérisseur adoucit rapidement la douleur et facilite le prompt rétablissement de la blessure.C'est aussi un excellent remède pour toutes sortes de coupures, contusions et foulures aussi bien que pour soulager les douleurs provenant d\u2019inflammations de causes variées.Une bouteille à la maison et à l\u2019écurie épargne bien des dépenses de médecin et de vétérinaire.qu\u2019a toujours été froid pour les jupons a dit en secouant la tête: \u201cCette blonde, cristi, quelle femme !\u201d La môme Chichi fit la môue.Et sèchement elle demanda: \u2014 Et vous n\u2019en avez pas su davantage ?\u2014 Ma foi non.Des belles demoiselles comme ça, c\u2019est pas pour les gueux.Pour lors, que voulez-vous, j\u2019ai pris une bonne cuite pour me faire une raison.\u2014 Et vous ne l\u2019avez pas revue?-\u2014 Non, je me suis carapaté ; d\u2019abord j\u2019avais bu toute la fine de mon beau-frère et j\u2019avais ben trop envie de manger une friture, foi de Maboulik! La môme Chichi était triomphante.Elle tira de son porte-monnaie une pièce de cinq francs et la tendit au marinier.\u2014 Voilà pour en manger une autre et pour l\u2019arroser! Et se levant, elle entraîna le gosse qui s\u2019était endormi sous la tonnelle.L\u2019enfant prit sur la tête sa grosse gerbe de fleurs pendant que Maboulik, la main sur son cœur, faisait de grands sa-luts de son côté, en disant : \u2014 Ah! pour une brune, y a pas à dire, c\u2019est une chic brune! Mais la môme était déjà loin; elle avait des ailes aux pieds.Elle allait écrire à son ami la grande nouvelle et elle ne dirait rien à Mouthon qu\u2019elle ne pouvait souffrir et moins encore à sa dinde de femme.Même si Coup-de-Tampon venait, elle saurait se taire.Et contente d\u2019elle-même, elle se disait: \u2014 Après ça, on aura l\u2019audace de dire que les femmes sont bavardes! On ne verra bien avec moi.Une joie insolite brillait en ses perçants yeux noirs et elle brandissait, d\u2019un air de défi, ses boucles fausses qui dansaient autour de sa petite figure vicieuse et rusée de gavroche déguisé en femme.Ainsi le mauvais sort s\u2019acharnait à jeter les ennemis de Mildred sur ses traces! Chaque jour, la jeune fille qui n\u2019avait aucun soupçon s\u2019entretenait amicalement avec lord Loris, avec l\u2019homme qui avait soudoyé le couple Blanchon, avec l\u2019homme qui voulait le plus résolument sa perte.La comtesse avait remarqué l\u2019intérêt que le noble lord portait à la demoiselle de compa- gnie et comme elle s\u2019était prise d\u2019une affection très réelle pour la jeune fille, elle s\u2019en était réjouie.\u2014 S\u2019il pouvait l\u2019épouser, songeait-elle.Elle est si jolie, si distinguée ! Souvent elle faisait part de ses bons sentiments à Tancrède qui, jaloux et irrité, haussait nerveusement les épaules.\u2014 Vous êtes vraiment emballée, ma tante.On ne voit plus les rois épouser des bergères.Lord Loris, qui sera pair un jour et qui a une immense fortune.ne tient pas à s\u2019embarrasser d\u2019une petite sotte, hautaine et revêche à plaisir, croyez-moi.Le jeune hobereau eût vite changé d\u2019avis sur la jolie Américaine si elle avait répondu autrement que par des dédains à ses galanteries fatigantes; mais il avait dû renoncer à l\u2019intéresser à sa personne et il voyait avec dépit une sorte d\u2019intimité naître entre la demoiselle de compagnie et son hôte.Qu\u2019eût-il dit s\u2019il avait pu savoir que le noble lord avait déjà mis son nom et sa fortune aux pieds de l\u2019enchanteresse, qu\u2019il avait été repoussé et que le flegmatique grand seigneur s\u2019était proposé de l\u2019épouser ou de la faire mourir?Mais pendant qu\u2019Edouard Loris, en lutte avec son cœur et son ambition ne pensait qu'à faire triompher ses obscurs desseins, la belle Mary Anderson, son amie, s\u2019étonnait de la brièveté des billets qu\u2019elle recevait de son ami et s\u2019indignait de la durée de son absence.Son irritation allait grandissant de jour en jour.Que voulait dire une telle conduite?Quelles étaient ces affaires mystérieuses dont Edouard l\u2019entretenait à mots couverts?N\u2019était-il pas plutôt en train de satisfaire un de ces caprices foudroyants comme on lui en avait tant connus dans le monde des viveurs londoniens?Chaque jour, elle s\u2019affermissait dans cette pensée que le jeune homme était pris aux rêts de quelque célèbre demi-mondaine et elle devenait plus nerveuse, plus irritable que jamais.Elle le haïssait de tout ce qu\u2019elle souffrait pour lui et pourtant, par une de ces contradictions inexplicables qui hantent le cerveau des amis, jamais cette liaison ne lui avait semblé aussi pré- cieuse que depuis qu\u2019elle craignait sérieusement de perdre son ami.L\u2019amour-propre blessé, la haine et la jalousie se partageaient son cœur, ce coeur de coquette, habituée aux adulations et au despotisme absolu sur l\u2019âme faible des hommes.Elle faisait durement payer ses rancunes à ses soupirants, jeunes désœuvrés ne sachant quel usage faire de leur temps et de leurs billets de banque.Enfin un mot laconique d\u2019Edouard mit le feu aux poudres.Il annonçait à l\u2019actrice qu\u2019il demeurerait en France pendant toute la saison de la chasse et il lui donnait son adresse chez la comtesse de Chatelux.Mary Anderson fut prise d\u2019une colère farouche.Une haine implacable s\u2019alluma dans ses yeux d\u2019acier.Pourtant ce fut le sourire aux lèvres qu\u2019elle vint demander un congé à son directeur.\u2014 Une affaire grave, dit-elle, m\u2019appelle sur le continent.\u2014 Si grave que ça?\u2014 Oui, mon cher directeur.\u2014 Alors?\u2014 Alors, j\u2019ai besoin d\u2019un congé de quinze jours.\u2014 Peste, comme vous y allez! \u2014 Il me le faut absolument.\u2014 Mais c\u2019est impossible en ce moment, ma chère amie.\u2014 Pourquoi?\u2014 Vous le demandez?En pleine saison.\u2014 D\u2019abord la saison est calme, et puis.\u2014 Et puis?.\u2014 Ma camarade, la charmante Violette Alving, me double d\u2019une manière très convenable.\u201cVous ne pouvez donc pas me refuser ça.L\u2019impresario hocha la tête.Il hésita un instant.Que signifiait ce nouveau caprice?Ah! les femmes, les femmes! Certes, il était fort mécontent, mais il lui paraissait bien difficile de refuser une faveur à la grande actrice.\u2014 Puisqu'il le faut, dit-il, en cachant son mécontentement sous un air de galanterie, partez donc! \u201cVous emporterez bien d\u2019autres regrets que lqs miens, et vous briserez le cœur de vos fidèles.\u2014 En amour, dit-elle en riant, l\u2019absence est une épreuve salutaire.A bientôt, mon cher directeur. Montréal, 16 juillet 1932 tfotikmedi 17 NUTRITION COMPLETE Tous les êtres vivants ont besoin des ENZYMES ] ÿu Stock-Aï.; mm SES \"ENZYMES\" FAVORISENT LA SANTE LA BELLE \"DOW\" \u2014la santé mêmel Bière Le procédé de brassage Dow est un procédé distinct qui a été développé dans le but d'obtenir plein rendement des ?ENZYMES dans la Bière Dow \"Old Stock\".Ce procédé Dow permet aux ?ENZYMES de fonctionner pleinement et de transformer les ingrédients de la bière en éléments complètement digestibles et nourrissants.C'est pourquoi la Bière Dow \"Old Stock\" possède des propriétés vraiment nutritives et reconstituantes, en même temps qu\u2019une saveur délicieuse et satisfaisante.Pour votre agrément comme pour le bien de votre santé, buvez donc de cette excellente Bière Dow \"Old Stock\".Qu\u2019est-ce que les ?ENZYMES?Ce sont des substances, naturellement présentes dans la levure et l'orge maltée (la base du moût), qui transforment les aliments de façon à les rendre digestibles.Sans leur aide, la plupart des êtres vivants ne trouveraient pas dans leurs aliments la nutrition nécessaire à leur subsistance. 13 ^ Samedi Montréal, 16 juillet 1932 Sa main blanche tomba dans celle de l\u2019imprésario, \u2014 Bon voyage, pas de mal de mer surtout, et bonnes vacances, souhaita-t-il.\u2014 Merci, répondit l\u2019étoile, avec un accent léger et un délicieux sourire; je devenais neurasthénique, depuis quelque temps.\u201cUn peu de repos me fera grand bien.Encore une fois merci et à bientôt, mon cher directeur.Il n\u2019y avait aucune émotion dans son accent enjoué.Mais, tandis qu\u2019elle s\u2019éloignait avec des mouvements harmonieux et des balancements de cygne, ses yeux, que nul ne voyait plus, lançaient des flammes rouges et un nid de vipères se tordait dans son sein.Elle se jeta, distraite, dans son équipage où la dévotion du public entretenait des fleurs rares comme dans la chapelle d\u2019une madone et voulut elle-même retenir son passage à la compagnie, puis elle rentra chez elle.En quelques heures, les grandes malles aux tiroirs distincts, pareilles à des meubles ambulants, furent remplis de lingeries précieuses, de robes de ville et de cheval et de ces mille riens sans lesquels aucune de ces femmes futiles ne croirait pouvoir vivre- Edouard Loris, en effet, avait presque oublié l\u2019actrice.Tout l\u2019intérêt de sa vie était concentré sur Mildred.Mildred qu\u2019il devrait tuer s\u2019il ne pouvait s\u2019en faire aimer!.Mildred dont la résistance hautaine activait sa passion comme le vent active les flammes d\u2019une meule de paille.Dquble passion exaspérée dan3 ce cœur d\u2019homme avide et conquérant, car c\u2019était l\u2019argent et l\u2019amour coalisés qui le faisaient agir! \u2014 Etrange destinée, se disait-il.Voilà que je suis fou d\u2019amour pour celle que je dois faire périr ! Ah! prendre la proie vivante et toute chaude, l\u2019étreindre entre ses bras pour la caresse et si elle refuse les baisers l\u2019étreindre dans un transport de haine jusqu\u2019à la mort! Tel était le rêve qui hantait les nuits du misérable et qui troublait le repos de ses jours, comme un cauchemar qu\u2019on ne peut écarter.Mary Anderson existait-elle encore pour le don Juan aristo- cratique?Oui, mais vaguement, comme les fantômes qu\u2019on repousse et sur lesquels on tire volontairement un voile d\u2019oubli de plus en plus profond.Certes il savait\u2014ou il croyait \u2014 que l\u2019actrice se vengerait bruyamment de sa défection en s\u2019entourant d\u2019une cour de plus en plus nombreuse.Il pensait que parmi toute l\u2019élite de la jeune aristocratie d\u2019Angleterre, elle choisirait un nouveau favori.Sans doute le nom du nouvel ami de la divine actrice lui serait murmuré un jour au milieu des éclats de rire, parmi les coupes heurtées de quelque insouciante fête; mais il s\u2019affirmait que rien en lui ne frémirait.Et du reste, il y était bien décidé, il ne reverrait pas la sirène.Aussitôt en possession de Mildred et de son or, il liquiderait cette affaire par un cadeau princier accompagné d\u2019une de ces lettres jolies et insolentes dont il possédait l\u2019art au suprême degré.Il en avait même presque déterminé les termes, en fumant son cigare sous les arbres séculaires du grand parc.Il y pensait encore quand Tancrède vint le trouver.Il s\u2019agissait d\u2019organiser une grande chasse, la première de l\u2019année, qui devait avoir lieu le lendemain.La comtesse de Chatelux, joyeuse de voir une vie nouvelle animer la maison, donnait des ordres de son fauteuil pour la réception de ses hôtes et pour lé déjèuner froid des chasseurs en pleine forêt.Le soir serait servi un grand dîner de gala donné dans l\u2019immense salle à manger aux tapisseries Henri II, muette et abandonnée depuis la mort du comte.Armande désignait les nappes aux blancheurs damassées et les surtouts d\u2019argent et les précieuses porcelaines et les cristaux, authentiques aux domestiques honorés de sa confiance.Mildred l\u2019aidait, transmettait les ordres, allait et venait à travers le château.Tout à coup, interrompant la longue kyrielle des ordres et des recommandations, la comtesse demanda à la jeune fille.\u2014 A propos, ma chérie, vous avez reçu votre amazone, n\u2019est-ce pas?La jeune Américaine sourit et rougit.\u2014 Oui, madame.\u2014 Et vous êtes contente?Elle se força pour dire: \u2014 Mais oui, je vous remercie bien; vraiment, madame, vous me comblez.\u2014 Vous serez délicieuse, ma mignonne, affirma la grosse Armande.La jeune fille détourna la tête.Que lui importait cette beauté dont elle ne savait plus que faire ! Armande avait voulu, dès le début, qu\u2019elle montât à cheval.Elle avait obéi.Elle avait même affecté d\u2019y prendre un plaisir qu\u2019elle n\u2019éprouvait pas.Maintenant encore, elle voulut remercier sa bienfaitrice, et cependant elle aurait désiré être dispensée d\u2019assister à cette chasse.Elle dit, les yeux baissés : \u2014 Madame, je suis touchée plus que je ne puis le dire de vos bontés.\u201cVous me traitez comme une égale, vous faites tout pour me faire oublier que je ne suis qu\u2019une pauvre orpheline sans fortune; votre amitié est ce que je possède de plus précieux, mais ne vaudrait-il pas mieux que je demeure près de vous?La comtesse hocha la tête en signe de dénégation.\u2014 Non, non, mille fois non ; vous êtes trop timide, vous osez à peine jouir d\u2019un pauvre plaisir.Moi, je ne suis pas égoïste, ma chère enfant et je pense à votre avenir.\u2014 Mon avenir! répéta la pauvre Mildred d\u2019une voix blanche.\u2014 Oui.Etes-vous donc aveugle au point de ne pas voir que lord Edouard est éperdument amoureux de vous?Lord Edouard, ma chère enfant, un grand seigneur, un futur pair d\u2019Angleterre!.Mildred pâlit et hocha une tête pensive.\u2014 Je le sais, laissa-t-elle tomber avec froideur.\u2014 Oh! comme vous dites ça, s\u2019exclama la comtesse.Il est si beau, si noble ! Toute autre, à votre place, en aurait la tête tournée.La bonne Armande se rappelait sa joie, son contentement quand le comte de Chatelux avait demandé sa main, trente ans auparavant.Mildred d\u2019une voix faible répondit : \u2014 C\u2019est exact, lord Loris n\u2019a qu\u2019à choisir.Et pourtant.La comtesse était abasourdie.\u2014 Que lui reprochez-vous?\u201cIl est princièrement riche, il est beau, distingué, intelligent, il porte avec honneur un grand nom.\u201cQuant à vous, vous êtes jeune, belle, vous avez de l\u2019imagination, et l\u2019on dirait qu\u2019en sa présence une gêne étrange voua saisit, oh! je l\u2019ai remarqué déjà plus d\u2019une fois.\u201cVous le fuyez ; sa présence vous oppresse.\u2014 C\u2019est vrai.\u2014 Et ce n\u2019est pourtant paa l\u2019amour, j\u2019en suis sûre, qui voua trouble ainsi.La jeune fille s\u2019écria vivement: \u2014 Oh! non, je ne l\u2019aime pas.Sa conversation m\u2019intéresse, il m\u2019arrive parfois d\u2019y trouver du plaisir, mais, alors même que je le voudrais, je ne saurais l\u2019aimer.\u2014 Oh! oh! fit la châtelaine, de plus en plus étonnée.Puis, en riant, Armande ajouta : \u2014 C\u2019est comme Rip alors .Lui ne l\u2019aime pas non plus.Et après un silence elle questionna : \u2014 Vous avez donc un secret, mon enfant ?Votre cœur, ce coeur charmant, s\u2019est donc déjà donné?Une expression de souffrance crispa les traits fins de la demoiselle de compagnie.Un soupir gonfla sa poitrine, une larme perla au bord des longs cils, mais elle se tut, n\u2019ayant jamais confié ses peines à la comtesse, dont pourtant elle devinait l\u2019affection presque maternelle.Il n\u2019en était pas besoin, d\u2019ailleurs ; madame de Chatelux avait deviné.Elle eut un geste de mauvaise humeur, non contre sa petite amie, mais contre la destinée qui arrangeait si mal les choses.Jamais, en effet, pareille occasion pourrait-elle se présenter pour une pauvre jeune fille comme sa demoiselle de compagnie?Ce premier amour qui lui barrait la route, elle s\u2019en guérirait assurément comme tant d\u2019autres, mais il serait trop tard.La comtesse se promit d\u2019arracher à la pudique réserve de Mildred des détails sur ce qu\u2019elle appelait déjà le pernicieux amour de la jeune fille.Pour l\u2019instant elle dit seulement, et comme pour elle-même : \u2014 C\u2019est dommage.Lord Loris est un homme charmant et qui Montréal, 16 juillet 1932 3fe&aim&di 19 fera le bonheur de la femme qu\u2019il aimera.L\u2019Américaine le pensait aussi.Et, malgré ses secrètes et inexplicables répugnances, elle tenait l\u2019Anglais pour un homme d\u2019honneur et un véritable gentleman.Parfois elle regrettait même de ne pouvoir l\u2019aimer pour se débarrasser à jamais du souvenir de Raymond.Donc, songeuse aux dernières paroles de sa bienfaitrice, elle s\u2019avança vers une fenêtre pour s\u2019isoler un instant, et se plonger dans ses pensées.En levant les yeux, elle aperçut devant elle une jeune femme au maintien fier, qui lui parut imposante comme une duchesse.Cette femme, c\u2019était Mary Anderson.Les actrices de talent possèdent un sens merveilleux pour imiter les façons des grandes dames ; elles se mettent tout naturellement à l\u2019unisson des manières du monde aristocratique.Celle qui s\u2019avançait avait su saisir les nuances presque insaisissables qui différencient les classes sociales.Elle s\u2019était approprié non seulement la grâce, mais la perfection des manières que devaient avoir les nobles héroïnes qu\u2019elle avait incarnées.Cette distinction acquise, elle B\u2019en servait dans la vie comme sur la scène pour jouer des rôles, ses rôles personnels, ses rôles de femme.Ces derniers n\u2019étaient pas les plus mal joués.Elle était arrivée le matin même à Fontainebleau où elle n\u2019avait pas tardé à savoir que son ami était l\u2019hôte, depuis longtemps déjà, de la comtesse de Chatelux, au château du Ples-sis-la-Grange.Elle avait pris des renseignements sur la châtelaine.\u2014 Est-elle jeune, cette comtesse?avait-elle demandé au postillon qui menait le landau de louage dans lequel elle était montée.Une hilarité muette avait été d\u2019abord la seule réponse du postillon, qui n\u2019avait pu s\u2019empêcher de murmurer: \u2014 Mince de taille, surtout.Puis craignant de déplaire à la personne qu\u2019il conduisait et de compromettre son pourboire, il avait ajouté, à voix haute: \u2014 C\u2019est une dame qui s\u2019est si tellement engraissée, qu\u2019elle en est quasiment infirme; elle n\u2019est pas jeune et d\u2019ailleurs cet embonpoint ne la rajeunit pas non plus.Un sourire fugitif parut sur les lèvres de la belle actrice ; puis soudain, d\u2019une voix inquiète, elle demanda: \u2014 Mais n\u2019a-t-elle pas une fille, cette comtesse de Chatelux?Le cocher affirma: \u2014 Pas d\u2019enfants.Ça désolait même rudement le comte qui est défunt.Mary Anderson se tut.Le problème s\u2019épaississait.Quel intérêt alors avait amené et retenait son ami en ce lieu?Après avoir quitté le landau et tandis qu\u2019elle s\u2019avançait à travers les allées du parc, vainement essayait-elle de deviner les projets de lord Loris.Et cette préoccupation lui était encore présente quand soudain elle leva les yeux à son tour et croisa son regard avec celui de Mildred.Alors, avec ce flair mystérieux qui remplace chez certaines femmes l\u2019instinct de divination attribué aux voyantes, elle se répondit avec certitude et aussi avec un atroce sentiment de jalousie: \u2014 Voilà la réponse.Mais sans reculer sous le choc de la douleur et de la colère, elle gravit d\u2019un pas léger le perron.Un valet s\u2019avançait sous la vérandah.L\u2019actrice l\u2019interrogea : \u2014 Madame la comtesse de Chatelux?\u2014 Vous désirez lui parler?\u2014 Oui, je veux la voir, répliqua Mary avec cette admirable assurance faite de toupet et d\u2019arrogance qui en impose aux plus récalcitrants serviteurs.\u2014 Madame la comtesse ne reçoit pas, affirma néanmoins le valet de chambre avec une expression de respect narquois, mais si madame veut voir quelqu\u2019un d\u2019autre.\u2014 Comment, quelqu\u2019un d\u2019autre! s\u2019exclama avec hauteur l'étrangère.Que voulez-vous dire?\u2014 La demoiselle de compagnie, par exemple.Mary Anderson se mordit les lèvres.Pourtant elle questionna : \u2014 La jeune personne que j\u2019ai vue tout à l\u2019heure à la fenêtre?\u2014 Mademoiselle Mildred, oui madame.\u2014 Mildred, songea l\u2019actrice, une Anglaise! L\u2019aurait-il amenée?.Ah! nous verrons bien.Je sais faire tête à l\u2019orage, moi.Cette fille est très bien, très jolie, plus jeune que moi.Oui, oui, je veux la voir.Instantanément, elle accepta.\u2014 Introduisez-moi près de cette personne, prononça-t-elle avec un calme hautain.\u2014 Qui annoncerai-je?\u2014 Miss Mary Anderson.Le valet s\u2019effaça et bientôt Mildred vit s\u2019avancer vers elle l\u2019élégante visiteuse dont un instant auparavant elle admirait l\u2019allure et la grâce.\u2014 Une enfant encore, se dit l\u2019amie de lord Loris, en toisant la jolie blonde, dix-huit ans peut-être, et l\u2019air timide.De son côté, l\u2019Américaine admirait, sans aucune arrière-pensée, la beauté de son interlocutrice et attendant, d\u2019un air aimable que la jeune femme voulût bien faire connaître le but de sa visite.L\u2019étrangère s\u2019y décida.\u2014 Miss, dit-elle,\u2014car je devine en vous une compatriote,\u2014 nous autres, Anglaises, nous avons comme nos frères et nos maris, la réputation d\u2019être originales, c\u2019est-à-dire, à mon sens, que nous sommes les plus spontanées et les plus libres des femmes et quand nous désirons vivement quelque chose, nous avons le courage de l\u2019avouer sans souci du qu\u2019en dira-t-on.\u201cJe ne sais si vous me connaissez de réputation, je suis pensionnaire du théâtre de Dru-ry-Lane et un peu l\u2019enfant gâtée du public.\u201cUne enfant gâtée, vous le savez, risque de devenir insupportable et, un beau jour, de vous demander la lune.Mildred s\u2019écria en battant joyeusement des mains: \u2014 Comment ne vous ai-je pas reconnue tout de suite?En Amérique déjà, je collectionnais vos portraits.Mais vous êtes plus belle qu\u2019aucun d\u2019eux.\u201cQue j\u2019aurais voulu vous voir jouer lady Macbeth ou Desde-mona! Ah! chère grande artiste, s\u2019il est en mon pouvoir de vous être agréable, croyez que je ferai ce que vous me demanderez avec grand plaisir! Devant cette admiration naïve toute une combinaison machiavélique s\u2019échauffauda en un instant dans l\u2019esprit fertile de la comédienne.Elle acquiesça: \u2014 Oh! oui, vous pouvez me faire plaisir.et si j\u2019osais.\u2014 Osez, je vous en supplie.\u2014 Eh bien, j\u2019ai su par mon postillon qu\u2019on chassait à courre ici demain.\u2014 C\u2019est exact.\u2014 Or, j\u2019ai le plus vif désir de voir une chasse à la française.Mildred commença: \u2014 Rien de plus simple, je vais vous présenter à la comtesse.L\u2019actrice secoua une tête mutine.\u2014 Non, non, non.\u2014 Alors.\u2014 Mais j\u2019ai appris encore autre chose.\u2014 Ah! \u2014 J\u2019ai appris que lord Loris était l\u2019hôte de la vénérable douairière de Chatelux.Ce fut d\u2019un air un peu surpris, mais prodigieusement désintéressé, que la jolie demoiselle de compagnie remarqua : \u2014 Ah ! vous le connaissez ?\u2014 Très bien.Ce disant, Mary Anderson plongeait son regard investigateur dans les yeux de Mildred, mais celle-ci restait insensible à ses paroles enjouées, sans fièvre ni émoi révélateur.\u2014 Si ce n\u2019est pas là de l\u2019indifférence, se dit joyeusement l\u2019actrice, je consens à donner mon prochain rôle à Violette Alving, mais persistons un peu, et prolongeons l\u2019épreuve.-Désirez-vous entretenir lord Loris, interrogea candidement la jeune fille.Je vais.\u2014 Non, non, répéta plus malicieusement encore l\u2019actrice.Puisque le destin n\u2019a pas voulu que je le rencontre tout de suite, je désirerais lui faire une joyeuse surprise.Joyeuse! J\u2019en suis sûre ! Mary Anderson éclata de rire, montra ses belles dents aiguës de jeune louve.Mildred regarda l\u2019actrice, et elle fut très surprise de voir ses yeux briller d\u2019un feu étrange.Elle resta un instant interdite, puis elle comprit que quelque chose allait survenir qui peut-être démasquerait cet étrange personnage.Vraiment, elle commençait à lui faire peur.L\u2019actrice poursuivait, elle le sentait bien, quelque dessein mystérieux auquel elle était mêlée.L\u2019Américaine s\u2019efforça cependant à sourire, et elle répliqua: \u2014 Je gage que lord Loris est un de vos plus fidèles admirateurs, et que vous voulez vous montrer tout d\u2019un coup à lui pour le faire sortir de son flegme. ^Samedi 20 \u2014 C\u2019est cela, vous avez deviné.Mais comment faire?La demoiselle de compagnie réfléchissait.\u2014 Avez-vous une amazone ?demanda-t-elle à l\u2019artiste.\u2014 J\u2019ai toujours des amazones de rechange, répondit la comédienne, car j\u2019adore le cheval, et où que j\u2019aille, je monte.\u2014 Reste donc à trouver un cheval; je ne puis vous en envoyer un des écuries.\u2014 Il ne le faut pas.X Eh bien, allez ce soir au manège Vidal, à Fontainebleau, ils ont en ce moment quelques très jolis chevaux.\u2014 Le cheval que je monte marche toujours, déclara Mary Anderson, en fendant l\u2019air d\u2019une invisible cravache.\u2014 Dans ce cas, vous n\u2019aurez qu\u2019à vous trouver demain, à huit heures, au carrefour du Hêtre pourpré, tout le monde vous indiquera cet endroit ; c\u2019est là que seront réunis les invités qui ne partiront pas d\u2019ici; je me charge des présentations.\u2014 Vous êtes un ange, miss, et si j\u2019osais encore.\u2014 Si vous osiez, répéta la jeune fille interdite.\u2014 Je vous demanderais.\u2014 Parlez, je vous en prie.\u2014 Ah! c\u2019est que c\u2019est très difficile à dire.\t\u2022 La comédienne avait baissé les yeux.Elle reprit: \u2014 Pour que vous me compreniez, il faudrait que vous vous disiez qu\u2019une actrice peut n\u2019être pas mariée et pourtant n\u2019être plus une vraie jeune fille.Mildred devint rouge comme une grenade.\u2014 Ah!.\u2014 Il faudrait, continua la séductrice, que vous vous disiez encore, que malgré cela, elle n\u2019est pourtant pas un être inférieur ou déchu.Mildred releva sa petite tête spirituelle et elle fit remarquer: \u2014 J\u2019ai été élevée dans la libre Amérique.\u2014 J\u2019aurais dû m\u2019en douter.\u2014 Est-ce une flatterie, demanda finement la jeune fille?\u2014 Oui.\u2014 Tant mieux.¦\u2014 Pourquoi?\u2014 Parce que vous me plaisez et que j\u2019aime vous plaire! \u2014 Vous êtes divine et je ne comprends pas que ce mauvais sujet de Loris ne soit pas à vos pieds.Avec une coquetterie hardie et naïve, l\u2019amie de Raymond se regarda un instant dans une glace.Puis se retournant vers l\u2019actrice : \u2014 Qui vous dit qu\u2019il n\u2019y est pas?Mary Anderson bondit.Une sombre fureur défigura sa beauté.Elle tendit tragiquement un bras vengeur.\u2014 Mon pressentiment ne m\u2019avait pas trompée! Mais l\u2019Américaine avait pris cet air hautain, le même avec lequel elle avait foudroyé Yvonne, cet air enfin qui lui donnait quelquefois une véritable ressemblance avec lord Edouard Loris.Un sourire sarcastique déchira sa jolie bouche aristocratique et avec un geste intraduisible, elle laissa tomber ces mots méprisants et fiers: \u2014 Mais je l\u2019y laisse! Mary Anderson fut cinglée par l\u2019outrage ; cependant, elle était trop heureuse pour en vouloir à cette belle créature.Elle dit donc d\u2019un ton humble qui ne lui était pas coutumier : \u2014 Vous avez raison, car il n\u2019est pas digne de vous! La colère de Mildred tomba.Au fond, elle s\u2019en voulait de cette démonstration d\u2019orgueil, qui avait été spontanée.Elle haussait intérieurement les épaules.\u2014 Une demoiselle de compagnie, une jeune fille comme moi, c\u2019est presque ridicule.Et le ridicule était bien ce que la jeune fille craignait le plus.Mary Anderson ne disait plus rien.Elle regardait l\u2019Américaine, et elle rêvait.Tout à coup, comme se parlant à elle-même, elle dit: \u2014 C\u2019est bien cela, et c\u2019est étrange.Oui, elle lui ressemble.Tout à l\u2019heure, c\u2019était frappant.Retournée vers Mildred, elle pria : \u2014 Pardonnez-moi, miss, mais je ne puis m'empêcher de remarquer que par un hasard, sans doute fortuit, vous ressemblez beaucoup, mais beaucoup à lord Loris.\u2014 Vous n\u2019êtes pas la première à le dire ; il paraît qu\u2019i\u2019l a eu une sœur qui était tout mon portrait.L\u2019actrice se cabra: \u2014 Qui vous a dit cela?\u2014 Lui-même.La comédienne haussa nerveusement les épaules.\u2014 Je ne comprends pas pourquoi il vous a dit ce mensonge, car lord Loris, entendez-vous, n\u2019a jamais eu de sœur! \u2014 J\u2019ai déjà pris lord Loris en flagrant délit de mensonge, observa Mildred avec mépris.Cela fait un de plus, voilà tout.Mary Anderson était si profondément plongée dans ses pensées, qu\u2019elle n\u2019entendit pas la réflexion, et ses pensées devaient être graves à en croire l\u2019expression de ses yeux.Elle semblait chercher la solution d\u2019un problème obscur.Sans abandonner sa visible préoccupation, elle se mit à parler doucement, lentement par lambeaux.\u2014 Oui.il est capable de mentir, je le sais, c\u2019est une âme basse assurément, comme il y en a tant dans le monde.\u201cMais d\u2019où vient que je suis inquiète?Qu\u2019est-ce que lord Loris est venu faire ici?Et s\u2019adressant à l\u2019Américaine, elle demanda: \u2014 Connaissait-il la comtesse avant son séjour ici?Mildred devenue rêveuse à son tour, répondit: \u2014 Pas du tout.\u2014 Etrange, en vérité! Il doit avoir un but, croyez-moi.\u2014 Vraiment?Lequel alors?\u2014 Si ce but n\u2019est pas vous, je ne comprends plus.Si c\u2019est vous, j\u2019en demande pardon à votre beauté et à votre grâce, quand Edouard est rebuté par une femme, il ne resterait pas quarante-huit heures près d\u2019elle, fut-ce une reine.\u201cSa vanité de mâle n\u2019a pas de rivale en ce monde.Montréal, 16 juillet 1932 L\u2019actrice sourit à la pensée de l\u2019avoir appelé Edouard tout court et elle ajouta posément: \u2014 Comme vous l\u2019avez sûrement deviné, lord Loris est mon ami.Je l\u2019aime à ma manière.qui ne m\u2019empêche pas de le juger.Le visage de la demoiselle de compagnie s\u2019éclaira tout à fait: \u2014 Oh ! quel bonheur.Alors j\u2019espère que vous allez l\u2019emmener.Ce cri du cœur ravit la comédienne.\u2014 Oh ! pour avoir dit cette phrase, je vous enverrai mon plus beau portrait, dans Ophé-lie, voulez-voüs?\u2014 Ce sera un second bonheur que je goûterai même après le premier.\u2014 Vous êtes aussi spirituelle que jolie; à demain, ma chère miss.Et posant un doigt sur ses lèvres Mary Anderson se sauva.Quand elle fut de nouveau installée dans la calèche qui l\u2019attendait au dehors, elle récapitula ses impressions.\u2014 D\u2019abord, se dit-elle, la jolie Mildred aime ailleurs puisqu\u2019E-douard n\u2019a pas réussi à la séduire.\u201cD\u2019autre part, je flaire quelque chose d\u2019important que mon cher ami veut à tout prix me dissimuler.Elle se dit encore: \u2014 Autrefois, il m\u2019avait bien conté une ténébreuse histoire d\u2019héritage, mais j\u2019avais la migraine.Ah! j\u2019y suis, il déplorait de n\u2019avoir pas eu toute la fortune de son frère, un original, un misanthrope, paraît-il, lequel aurait fait un legs important à une femme ou à une fille qu\u2019on ne peut découvrir.Est-ce cela?\u201cJe n\u2019en sais rien.Cela m\u2019intéressait peu alors.Les pensées de l\u2019actrice flottaient d\u2019un sujet à l\u2019autre.Il serait bien inquiétant s\u2019il n\u2019était pas si riche.et si beau.Et, à demi-voix, elle ajouta: \u2014 Pourquoi lui ressemble-t-elle ?Le lendemain un soleil radieux se leva sur les bois dont le vert puissant commençait à se strier d\u2019or.Au château, les invités, tôt levés, faisaient leurs préparatifs.La bonne comtesse, ravie, se croyait revenue aux beaux jours où vivait encore son époux.Un déjeuner à l\u2019anglaise était servi avant le joyeux départ : Nouvelle édition plus complète Son élevage, dressage du chien de garde, d'attaque, de défense et de police.Dressage du chien de traîneau.de ses maladies Traitement 175 ILLUSTRATIONS Prix: $1.25.En vente partout ou chez l'auteur ALBERT PLEAU Saint-Vincent de Paul (Co Laval).\tP.Q, Montréal, 16 juillet 1932 T3 læl 3\u2014Fatigués par cette longue course et par lets éino lions de la journée, ils s'endormirent aussitôt.Prm mmmm - - Wm ¦ïmmm MF W,Mté> WM V^âSSéL y\u2018™m kSÂài »! «S .«^gs 4\u2014Le lendemain matin, Georges fut réveillé de nouveau par la tempête qui recommençait.11 se leva et aperçut.5\u2014.un énorme tigre que La tempête poussait à cher-cher un refuge dans la caverne.Georges réveilla son ami Saleb.6\u2014Saleb sachant que les animaux sont plus féroces lorsqu'ils sont effrayés ne pouvait pas chasser le tigre.WWW mmm, \"\u2022 ; 7 , Tffii q AjKte»».rn J 1\u2014Il dit à Georges: \u201cJe ne pourrai certainement pas commander au tigre comme Sakya m'a enseigné.Sauvons-nous.\u201d 8\u2014Mais soudain le rocher s\u2019ébranla et des pierres tombèrent du plafond de la caverne.Le tigre s\u2019arrêta.9\u2014Bientôt, l\u2019entrée fut bloquée par l\u2019éboulis.Le tigre essayait en vain d'entrer lorsque Sakya arriva.(La suite de cette belle histoire dans LE SAMEDI de la semaine prochaineA &$wmedi.Montreal, 16 juillet 1932 DIFFICILE A SATISFAIRE \u2014Le drame d\u2019hier soir c\u2019était de la blague, après tout! -\u2014Comment cela?\u2014Tu te rappelles celui qui s\u2019est fait tuer sur la scène?\u2014Oui.Eh! bien?\u2014Je l\u2019ai rencontré sur la rue ce malin, irais et dispos.ENCOURAGEANT Un irlandais se trouve en pleine bataille entre deux anglais.Un de ses voisins reçoit un boulet de canon, qui lui enlève la tête.Quelques instants après, son autre voisin a l'un des doigts enlevé par un obus.Il pousse des cris lamentables et ne cesse de gémir.\u2014Voyons, lui dit Pat, tu fais du bruit mille fois plus que l'autre qui vient de perdre sa tête.QUELLE CHANCE SI.\u2014Quelle chance pour l'humanité, si le démon s\u2019était présenté à Eve en souris plutôt qu'en serpent! PENSEE PROFONDE Les deux plus profondes chutes du monde sont la chute Niagara et la chute d\u2019Adam.LES SACRIFICES \u2014Ma femme, les affaires sont horribles; il va nous falloir économiser.\u2014C\u2019est bien, chérie, je vais n'a-cheter que quatre robes par mois, et tu vas abandonner le tabac, n'est-ce pas?PAS L'EFFET VOULU \u2014Comment est votre malade ee matin?\u2014Votre médecine a fait son effet, docteur.\u2014Ne vous Lavais-je pas dit?\u2014Elle est morte.UNE LEGERE DIFFERENCE \u2014Je ne contredit jamais ma femme; elle fait toujours ce qu\u2019elle veut.\u2014Tout comme moi: je fais tout ce qu elle veut.TOUTES PRECAUTIONS PRISES Lui, «préparant un enlèvement».__Alors, à minuit juste, vous viendrez sans bruit me rejoindre, près du coin là-bas.Je n aurai pas de voiture, vu qu il nous faut économiser.\u2014Oh! papa m\u2019a promis qu\u2019il payerait le taxi.IL VOULAIT VOIR L\u2019AUTRE Il y a quelques jours, un farceur entre dans un magasin dont l'enseigne est: \u201cAux deux singes\u201d.Le farceur.\u2014 Puis-je voir votre associé, monsieur?Le marchand.\u2014 Je n'ai pas d\u2019associé, je suis seul.Le farceur.\u2014 Je me suis trompé, j\u2019espère, monsieur, que vous pardonnerez mon erreur.Le marchand.\u2014 Certainement.Mais qui vous a fait croire que j a-vais un associé?Le farceur.\u2014 Mais votre enseigne: \u201cLes deux singes\u201d.Ils sont encore à se poursuivre.PAS LA MEME SORTE \u2014Mon cher, tu serais étonné si tu voyais le vieux fauteuil que j\u2019ai trouvé à la salle des ventes la semaine dernière; il a au moins quatre cents ans.\u2014J'ai une petite table grecque dans mon bureau qui a au moins mille ans.\u2014Es-tu fou?\u2014Pas du tout! viens, je vais te la montrer.\u2014Eh bien! quoi! \u2014Tu vas voir ma table de multiplication.DESILLUSION \u2014J'ai chez moi un beau gros cochon, eu accepteriez-vous la moitié pour la petite somme que je vous dois?\u2014Pour vous faire plaisir, je veux bien.J'adore le porc frais.Quand me l\u2019enverrez-vous?\u2014Jeudi matin.Jeudi se passe, vendredi aussi et ce n\u2019est que le samedi soir que le petit garçon du client se montre chez le marchand.\u2014-C\u2019est papa qui m\u2019envoie vous dire que vous ne pouvez pas avoir la moitié du cochon.\u2014Pourquoi?\u2014Parce qu\u2019il est mieux.TOUT DEPEND DES CIRCONSTANCES Un charpentier et son fils travaillent à la construction d\u2019une maison.Le propriétaire se décide un jour à venir voir les travaux.Rendu sur les lieux, il ne vit que le fils.\u2014Où est ton père, dit-il, ne travaille-t-il pas aujourd\u2019hui?\u2014Papa est sorti afin de se trouver de l\u2019ouvrage.Si il en trouve nous finirons ici demain; s\u2019il n\u2019en trouve pas, je ne sais pas quand nous pourrons finir.\u2014Enfin, j\u2019ai découvert où mon mari passe ses soirées.\u2014Et comment avez-vous fait?\u2014Oh! je suis rentrée un soir de bonne heure et je l\u2019ai trouvé à la maison.A L\u2019ECOLE \u2014Dans quelle position se trouvait Job au dernier moment de sa vie?\u2014Mort! répond naïvement le petit Paul.\u2014A genoux! et demande-moi pardon.\u2014Mais, p\u2019pa.ça va abîmée la ligne do mon pantalon.\t\u2022 L\u2019ART DE PARVENIR \u2014Comment a donc fait ce jeune vaurien pour entrer dans les bonnes grâces de mademoiselle X?\u2014C\u2019est simple.Un jour qu\u2019elle était malade, il lui a dit qu\u2019elle avait la paralysie infantile.SIMPLE QUESTION \u2014Mais qn\u2019est-oe que tu as?\u2014Une auto.¦rUr.'Z'i \u2014Alors, j\u2019espère que nous nous entendrons bien.La nouvelle cuisinière.\u2014 Ha! hal Madame est optimiste! MOYEN FAVORABLE \u2014Je vois que vous avez déjà été condamné souvent?\u2014Oui, votre Honneur, mais n\u2019oubliez pas que j\u2019ai aussi souvent été acquitté.\u2014Le séjour à la plage a-t-il fait du bien à votre fille?\u2014Non: Elle n\u2019y a pas trouvé de mari! QUAND ON QUETE UN COMPLIMENT \u2014Ma chérie, il me semble que je ne suis pas digne de devenir votre époux?\u2014C\u2019est justement ce que maman me disait.\u2014A partir de maintenant, papa, il me faudra des pantalons longs.Une jeune fille est amoureuse de moi.\u2022 \u2022 \u2022 Kii 32 Sc&aimtdl Montréal, 16 juillet 1932 PATIENCE UNE PAROLE DE TROP\tPLUS DE SUPERSTITION .\u2014Ma tille apprend le banjo et ma femme le piano.\u2022\u2014Bien et toi?¦\u2014J\u2019apprends à les supporter! \u2014Il arrive souvent que les chiens aient bien plus d\u2019intelligence que leurs maîtres.-\u2014Ça c\u2019est vrai; j\u2019ai justement un chien de ce genre-là chez moi.DEMANDE DIPLOMATIQUE -\u2014Je ne te dois pas dix piastres, n\u2019est-ce pas?\u2014Mais, non, mon vieux! \u2014Ça n\u2019empêche pas que j\u2019aimerais bien te les devoir.UNE PERLE \u2014Que penses-tu de Victor?\u2014Victor, c\u2019est une perle! \u2014Comme ça se rapporte bien à ec qu\u2019il disait de toi hier.\u2014Que disait-il donc?\u2014Que tu étais une huître! Peu de temps après la conquête de l\u2019Alsace-Lorraine par les Allemands, un général prussien vient à passer en Alsace et s\u2019arrête dans un petit village où la seule chose curieuse à visiter est une vieille église en ruine.Le bedeau, vieux vétéran français, la lui fait visiter; et le général est tout étonné d\u2019y trouver suspendu au-dessus d'un autel latéral, un rat en argent.\u2014Pourquoi ce rat en argent?que fait-il ici?demande le général.\u2014Ceci a été placé, dit le bédeau, dans le temps que les gens étaient superstitieux et que les rats détruisaient toutes nos récoltes.On prétendait alors qu\u2019un rat suspendu dans l\u2019église avait la vertu de chasser tous les autres.-\u2014Par chance, dit le général, qu\u2019aujourd'hui on ne croit plus à toutes ces superstitions.\u2014Hélas, fait tristement le bédeau, non; sans cela il y a longtemps que nous aurions suspendu de la même manière un prussien en argent.PAS SI BETE \u2014Notre ami Jos l\u2019a échappé bel n\u2019est-ce pas?11 était pour épouser une jeune fille, quand il a appris qu\u2019elle avait dépensé deux mille dollars pour ses robes.\u2014Cependant il s\u2019est marié tout de même.\u2014C\u2019est vrai, mais pas avec celle-là.\u2014Avec qui donc?\u2014Avce la couturière de la jeune fille.FLAGRANT DELIT é\u2014Je suis certaine que tu as une lettre de femme dans ta poche.\u2014Mais, ma chère, tu sais bien que non; je ne reçois.\u2014Je le sais, c\u2019est moi qui te l\u2019ai donnée il y a trois jours, pour mettre à la poste.AVANT ET APRES Avant le mariage, le fiancé est généralement reçu par ces mots: \u201cEst-ce toi, chéri\u201d?Après le mariage, sa femme court vivement à lui en lui criant: \u201cEssuit tes pieds avant d\u2019entrer\u201d.UN BRAVE PEUT RECULER \u2014Comment! neuf heures, et tu es déjà de retour?T\u2019a-t-elle refusé?^-Non, je n\u2019ai pas fait ma demande.J\u2019ai remis cela à plus tard.\u2014Ecoute mon vieux, si tu manque cette fille-là, tu pourras dire par ta faute.Voyons! un homme qui est allé si bravement devant la gueule du canon, et tu recules devant une femme! \u2014Tu sais, le canon, n\u2019avait pas mangé d\u2019oignons.MOTS D\u2019ENFANTS \u2014De quoi se compose la terre?\u2014De terre et d\u2019eau.\u2022\u2014Bien: maintenant, à l\u2019inverse, que font l\u2019eau et la terre?\u2014De la boue.EN TEMPS DE CHALEUR Le patron.\u2014 Comment s\u2019appelle ce morceau que tu siffles depuis ce matin?Le commis.\u2014 C\u2019est l\u2019air des Deux Gendarmes.Le patron.\u2014 J\u2019ai toujours entendu dire qu\u2019un changement d\u2019air était bon pour la santé.&«*t>L\u2019c choix: *\u2018La bière que votre arrière grand-père buvait\u201d ETABLIE A MONTREAL EN 1786 ^Lt, Ckc.-eAiwaL amv\t-/nù^te- '*:mf W/&W&& àL r^mm s ïtf***T$l/,.*H >- > f */ v>.e> aptf a*' / ÜPÇ /<
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