Le samedi, 1 avril 1932, samedi 23 avril 1932
[" 23 AVRIL 1932 Vol.XLIII, No 47 Lisez notre leullleton: L\u2019AMOUR SAUVEUR LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS %mm Tableau de S.Torrance, de Montreal DANSEUSE exécuté pour \u201cLe Samedi' \u2022 \\U N, ' } ¦ § mm ** 0.5p< \u2019^PS **» -V' V- w#i$ \" %:»* f $1 '^1 Xyifîÿ .ü \u201e* pys^.v S' \u2022-,>; POUR LES ROIS DE LA CAMPAGNE Il n'y a pas de doute que vous projetez d\u2019aller en Europe un jour.Vous pouvez être attiré par l'attrait de sites enchanteurs\u2014par la magie de points historiques, des gloires de l\u2019art ou par le plaisir des gaies capitales.Quoique ce soit, vous ne serez probablement pas désappointé.Vous devez cependant être prêt à éprouver une désillusion.Vous avez lu les histoires intéressantes du passé avec leurs charmantes descriptions de la pompe royale, de la grandeur des palais, de la magnificence des trônes, de l\u2019extrava-\u2022 gance et du faste d\u2019un luxe insurpassable.Préparez-vous cependant à découvrir que les rois ne connurent pas la jouis-f-ance d\u2019un grand nombre de choses que nous considérons comme de simple nécessités.Prenez par exemple les palais royaux.Jusqu\u2019à nos jours, pratiquement, ils n\u2019avaient d\u2019autre moyen de chauffage que les foyers ou cheminées dans le mur.La plomberie n\u2019était pas connue comme aujourd\u2019hui et ils devaient se contenter de la lumière des chandelles et des lampes à l\u2019huile.Les monarques ne connurent jamais un luxe comparable à celui de nos automobiles, quand ils voyageaient.Il fut un temps, même après l\u2019avènement de l\u2019automobile, où seulement les plus fortunés connaissaient le confort du transport automobile.Mais aujourd\u2019hui, tout auto canadien offre de nombreuses commodités et une bonne mesure de confort.La Fisher Body Corporation fut la première à travailler dans cette direction.Elle a établi des standards qui se trouvent aujourd'hui dans les autos les moins dispendieux.Nous avons l\u2019idée américaine.Nous croyons que la jouissance du confort et du luxe constitue une partie importante du bonheur humain et que par conséquent, il devrait être mis à la portée du plus humble des citoyens.Cet objectif n\u2019est pas toujours facile à atteindre.Il exige des ressources considérables au point de réduire le coût des matériaux.Il demande des méthodes de fabrication propres à épargner dans la plus grande mesure possible.Et enfin, il faut une demande populaire pour maintenir de telles ressources et facilités.Heureusement, les carrosseries Fisher jouissent d'une telle popularité, elles ont à leur disposition de telles ressources et peuvent utiliser de telles facilités.Comme résultat, le moins cher des autos à posséder la Carrosserie par Fisher offre aujourd'hui un confort, un luxe, une sûreté et une main-d\u2019oeuvre dont la qualité éclipse tout ce que pouvaient offrir les autos les plus dispendieux d\u2019il y a dix ans.u v smi m&é&si ¦ \u201cManx de tète.mauvaise haleine, déperdition d'énergie, manque d|appétit .sont causés par l'autointoxication\u201d \u2014 par \u201cdes déchets d\u2019aliments qui demeurent trop longtemps dans les intestins\u201d, déclare le Dr Pouchet.Pour corriger la constipation et recouvrer la vitalité, il recommande la levure fraîche.ies poisons de cette reeion pénètrent dans le sang et réduisent la vitalité / \\ L Ih explique le DR.POUCHET, autorité médicale d'une célébrité universelle LE moindre excès vous fatigue-t-il?Manquez-vous d\u2019une réserve normale de force?S\u2019il en est ainsi \u2014 et si vous désirez jouir d\u2019une santé et d\u2019une énergie vraiment brillantes, écoutez .\u201cDe nos jours, à cause des occupations stationnaires et du manque d\u2019exercice physique, on devient facilement une proie pour la constipation et ses conséquences inévitables.Les poisons pénètrent dans le sang si on néglige cette indisposition .Ces poisons réduisent la vitalité.\u201d C\u2019est le Dr Gabriel Pouchet qui parle .un membre de la célèbre Académie de Médecine de \u201cCe que disent les médecins est vrai\u201d \u201cMon expérience concorde certai nement avec ce que les fameux mé decins disent au sujet de la levure\u201d écrit John Beaven, d\u2019Ottawa, Ont \u201cJ\u2019avais travaillé dur et j\u2019étais de venu épuisé.J\u2019avais aussi mauvaise mine.Il me fallait changer cet état \u201cLe médecin de ma mère lui avait conseillé la levure.Je l\u2019essayai moi aussi.Et maintenant je me demande pourquoi je n\u2019y avais pas pensé plus tôt.Je n\u2019ai jamais été en aussi bonne santé.\u201d Parts .une des plus grandes autorités médicales actuelles! Le Dr Pouchet ajoute: \u2014 \u201cPour .éviter la constipation .il faut un régulateur naturel de l\u2019intestin, tel que la levure fraîche.\u201cLa levure fraîche agit doucement.Au contraire des cathartiques et des laxatifs elle ne fait pas contracter l\u2019habitude.C\u2019est le plus sûr traitement pour la constipation.\u201d C\u2019est certainement un conseil précieux.Pour ceux qui sont épuisés.Et \u2014 surtout \u2014 il est si facile à suivre! En effet, la Levure Fleischmann n\u2019est pas '*\u2022\tun remède.C\u2019est une nourriture contenant une force étonnante pour stimuler les intestins paresseux.pour purifier.pour redonner la santé d'une façon naturelle! Regagnez l\u2019appétit, l\u2019entrain, la gaîté.Ayez plaisir à vivre.Mangez régulièrement chaque jour 3 gâteaux de Levure fraîche Fleischmann.Mangez-les avant les repas, ou entre les repas et au coucher \u2014 tels quels ou dissous dans l\u2019eau (environ le tiers d\u2019un verre).Vous pouvez vous procurer la Levure Fleischmann dans les épiceries, les pharmacies, les restaurants et les comptoirs de rafraîchissements.Procurez-vous-en aujourd\u2019hui! Le DR KAL1SCHER, célèbre physiologiste expert c Berlin, dit: \u201cLa constipation est le plus grand ennemi c la vitalité.Heureusement nous avons.une nourriture, qui la corrigera.la levure fraîche.\u201d Le Dr Hynck f; rneux auteur de \u201cRoentgenelogy of Stomach and intest nés , affirme: Pour.fatigue exceptionnelle, je conseil de manger de la levure fraîche.\u201d important La Levure Fleischmann pour la st té n'est présentée qu'en gàtet enveloppés de papier d'étain.C la levure sous la forme fraîche efficace \u2014 celle que les médecins les plus meux recommandentI Chaque g&teau est che en vitamines hygiéniques B et G et vitamine \"soleil\" D.Demandez la brochuri Standard Brands Limited, Dominion Squi Building, Montréal, P.Q.Achetez les produits fabriqués au Canada 23 avril 1932 5 Volume XLIII No 47 ABONNEMENT Canada Tel.: LAncaster 5819-6002 «S&Sa/msdi/ (Fondé en 1889) Un an - -8ix mois -Trois mois Etats-Unis Un an - -81x mois -Trois mois -\t- $3.50 -\t- 2.00 - - 1.00 et Europe -\t- $5.00 -\t- 2.50 -\t- 1.25 Le magazine national des canadiens POIRIER, BESSETTE & CIE, LTEE, Prop.975, rue de Bullion MONTREAL\t-\t-\tCANADA HEURES DE BUREAU 9 h.a.m.à 5 h.p.m Le samedi, 9 h, à midi Entered at the Post Office of S.Albans, Vt.as second class matter under Act o/ March 1879 Montréal, 23 avril 1932 AVIS AUX ABONNES Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de huit Jours, l\u2019empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq Jours avant de les livrer.Tarif d\u2019annonces fourni sur demande.Carnet Editorial Colinettc et la Logique A dernière fois que j\u2019ai rencontré Colinette, j\u2019ai vu tout de suite qu\u2019il y avait, comme on dit, quelque chose qui n\u2019allait pas.Avant que j\u2019aie eu le temps de l\u2019interroger elle m'a, d\u2019elle-même confié le sujet de ses soucis.\u2014 Dites-moi donc, a-t-il commencé, les mots ont-ils véritablement la signification qu'on leur prête ou ne sont-ils simplement qu\u2019un trompe-l\u2019oeil?\u2014\tExplique-toi, Colinette, je ne vois pas très bien .\u2014- Bon! voilà que vous non plus vous ne comprenez pas le sens exact des mots; c\u2019est pourtant très clair ce que je dis! \u2014\tSans doute, mais précise quand même, veux-tu?Donne-moi un exemple pour me faire mieux comprendre ce que tu veux dire?\u2014\tUn exemple?Ab, justement j\u2019en ai un beau, un fameux à vous servir, mais avant ça, je vais vous demander une chose: si une personne veut engraisser doit-elle suivre un régime qui engraisse ou manger n'importe quelle sorte de ratatouille?\u2014\tUn régime qui fasse engraisser me semble le seul qui soit de circonstance.\u2014\tVous croyez ça, vous?Eh bien, voilà justement où je vous attendais! je vais vous le servir maintenant, l\u2019exemple, et vous m\u2019en direz des nouvelles! Figurez-vous que je suis allée voir un vieil oncle à la campagne; il a une grande ferme avec des quantités de choses dedans, des poules, des moissonneuses, des chevaux, du sirop d'érable et puis tout un régiment de gros, de petits et de moyens cochons; j\u2019ai eu bien du plaisir à voir tout ça et l\u2019idée m\u2019est venue ensuite de me rendre un peu utile .Mon oncle ne voulait pas; il disait que ça me salirait les pattes et puis, d\u2019-abord, que je n\u2019y connaissais rien.Me salir les pattes, c\u2019était peut-être un bon argument qui m\u2019aurait fait renoncer à mon projet, mais quand il m\u2019a dit que je n\u2019y connaissais rien, ça m\u2019a vexée! \u2014\tEt tu as voulu faire voir à ton oncle que tu étais bonne à quelque chose.\u2014\tNaturellement.On a son petit amour-propre, vous savez! Seulement, après la réflexion de mon oncle j\u2019étais trop fière pour lui demander un ouvrage quelconque, et puis je me suis dit qu'il était préférable de lui faire une surprise.Je savais bien laquelle, moi.Il n\u2019y a pas besoin d\u2019être de la campagne pour savoir qu\u2019on élève des cochons pour les engraisser le plus possible afin qu\u2019ils se vendent bien.Je suis allée chez un marchand leur acheter quelque chose de bon et je leur ai donné.Vous ne savez pas ce qui est arrivé?\u2014\tNon, Colinette, mais je suis anxieux de le savoir.\u2014\tEh bien, tous les cochons ont claqué comme un seul homme! .\u2014\tHein?comme un seul homme! en voilà une comparaison .\u2014\tCe n\u2019est pas une comparaison, c\u2019est une manière de dire, tout simplement.Enfin, le lendemain matin, quand mon oncle est venu pour les voir, ils étaient tous sur le dos, les pattes en l\u2019air .tous claqués, je vous dis .Alors ça été une belle révolution dans la ferme! mon oncle a dit tout de suite que c\u2019était ma faute, ma tante braillait, les voisins faisaient des têtes longues comme ça, et le pire de toute l'affaire, c\u2019est que je n\u2019y comprenais rien moi-même! .je les avais pourtant si bien soignés la veille au soir?c\u2019est ce que je dis à mon oncle.\u2014\tJe m\u2019en doutais que c\u2019était toi qui avais fait ce coup-là! hurla mon oncle; qu\u2019est-ce que tu leur as donné?__Bien, que je lui ai dit, de l\u2019engrais pour les faire engraisser, du bel engrais chimique même, que je suis allée acheter exprès pour eux .Là-dessus mon oncle a jeté les hauts cris et dit des choses.oh! des choses que je ne vous répéterai pas; d\u2019abord, je ne les ai pas bien comprises et puis il a continué à mener le diable toute la journée dans la mai- SS®' son.Quand j\u2019ai vu ça, je suis revenue à Montréal et je n\u2019ai pas encore compris, depuis mon retour pourquoi l'engrais avait fait périr les petits cochons.Est-ce qu\u2019il les avait fait engraisser trop vite et qu'ils sont morts étouffés dans leur peau devenue trop courte?Ou bien, et c\u2019est ce que je voulais vous demander, est-ce que les mots n\u2019ont pas du tout la signification qu\u2019on leur accorde et qu\u2019il n\u2019est pas possible de se fier à eux?Enfin, de l\u2019engrais, est-ce pour faire engraisser, oui ou non?\u2014\tColinette, tu es aussi extraordinaire que jolie fille, et ce n\u2019est pas peu dire! Mais, petite malheureuse, il y a des engrais de bien des façons et celui-là était pour les champs, pour fumer la terre, si tu veux! \u2014\tFumer la terre! en voilà bien d\u2019une autre maintenant, qu\u2019est-ce que c\u2019est encore, ça?Et quand vous fumez votre pipe, comment appelez-vous ça?\u2014\tEcoute, Colinette; tu es une bonne petite fille, mais tu es bien trop pointilleuse en ce qui concerne la qualité ou même la signification des mots; crois-tu, par hasard, qu\u2019ils signifient toujours la chose dont ils ont l\u2019air et qu\u2019ils servent toujours à dire ce qu\u2019on pense?\u2014\tIl me semble pourtant qu\u2019il devrait en être ainsi.\u2014\tOui.mais ce serait bien trop beau; à l\u2019origine il en était peut-être ainsi, mais l\u2019habitude, le laisser-aller, la tendance naturelle de l\u2019homme à déformer tout ce qui existe, et bien d'autres motifs encore, ont tellement transformé les mots que ceux qui les ont inventés ne les reconnaîtraient plus; ils ont, si tu veux, pour la plupart deux significations, l\u2019une théorique et l\u2019autre pratique .\u2014\tEt dans tout ça que devient la logique?\u2014\tOh! Colinette, ne demande pas l'impossible, ne cours pas après des chimères; la logique n\u2019existe ni dans les pensées, ni dans l\u2019orthographe, ni dans, les mots; c\u2019est une chose dans le genre de la paix universelle, on en parle souvent, mais c\u2019est destiné à demeurer toujours à l\u2019état de projet.C'est en vertu de ce principe qu\u2019on dit d'un enfant perdu que c\u2019est un enfant trouvé, ou d\u2019une personne qu\u2019elle est d\u2019un certain âge précisément parce que son âge est incertain.Dans le domaine des actes, c\u2019est toujours en vertu du même principe qu\u2019il est défendu de se promener avec des armes dangereuses mais qu\u2019on en permet la fabrication; je pourrais t\u2019en dire bien long sur le même sujet, alors il ne faut plus t\u2019étonner si tu as fait claquer des petits cochons en croyant les angraisser; c\u2019était même dans l\u2019ordre admis des choses.\u2014\tDites donc, vous bouleversez toutes mes idées! \u2014\tNon; je les mets au point.Je veux simplement te faire comprendre que la vie pratique est nettement différente de l\u2019idée théorique qu\u2019on peut s\u2019en faire, et surtout qu\u2019il ne faut jamais se fier aux étiquettes des marchandises ou des opinions que l\u2019on nous sert.\u2014\tAlors on peut empoisonner les gens avec de beaux discours comme j ai empoisonné les petits cochons avec de l\u2019engrais?\u2014\tColinette, ce que tu dis est la meilleure conclusion de ton aventure de la ferme. é 23 avril 1932 L yJctualité à travers le cftConde ALLEMAGNE Aux yeux de toutes les nations, autres que la France, Aristide Briand, \u201capôtre de la paix\u2019', était bien plus un grand Français qu'un grand Européen.Voici ce qu\u2019en écrivait le Lokal Anzeiger de Berlin au lendemain de la mort récente du célèbre homme d\u2019Etat: \u201cBriand fut essentiellement un opportuniste.Quand l\u2019occasion se présenta à lui d\u2019entrer, pour la première fois, dans un ministère bourgeois, il n\u2019hésita pas.Les bulles d\u2019excommunication les plus solennelles lancées par le parti socialiste dont il était, à ce moment, l\u2019un des chefs, ne l\u2019arrêtèrent point: il préféra délibérément s'engager dans la carrière ministérielle et le pouvoir.Il accepta de même, vingt-cinq ans plus tard, d\u2019entrer en qualité de ministre des affaires étrangères dans le cabinet de M.Poincaré qui l\u2019avait désavoué et renversé de la façon la plus brutale pendant les fameuses négociations de Cannes.Soldat de la paix.française! Les amis de Briand ont souvent prétendu \u2014 et il aimait à le répéter lui-même \u2014 qu\u2019il fut un soldat de la paix.Cette affirmation pourrait être pleinement justifiée, si l\u2019on voulait ajouter: de la paix française.Car, malgré cet humanitarisme, qui a été l\u2019un des traits dominants de Briand, il a été toujours et avant tout un Français! La tendance à adopter une attitude internationaliste telle que la manifestent, si souvent, d\u2019une façon pénible et néfaste, les social-démocra- tes et les démocrates allemands, lui était étrangère.Lorsque, à la première conférence de Londres, le Dr Simons proclama de la façon la plus objective son point de vue sur la question de la culpabilité, Briand réagit violemment.Ce soldat de la paix entendant le délégué allemand parler de l\u2019histoire qui seule jugera ceux dont la conscience porte la responsabilité de ce grand crime: la guerre, abattit sur la table ses longues mains nerveuses, tremblantes de colère.Cette phrase dépassait ce qu'il pouvait endurer! Si tu veux la guerre, parle de paix .Briand a choisi une fois pour toutes une tactique qui consistait à parler constamment de la paix.Ayant pu constater maintes fois lui-même la force de suggestion que dégageaient ses propres discours, il eut foi en la valeur d\u2019un mot.Mais il se garda bien d\u2019accorder les actes aux discours.Sous les lourdes paupières, son clair regard savait encore charmer, malgré son âge avancé.Sa profonde lassitude, son prestige et sa politesse ont été plus dangereux et plus néfastes pour l'Allemagne que ne l\u2019eût été une politique française plus active et plus franche.Deux opportunistes se sont rencontrés à Locarno: le ministre allemand des Affaires étrangères, Stresemann devint trop facilement et trop complaisamment la dupe de ce vieillard aimable, fatigué et habile.Briand, plus dangereux que Clemenceau! La France vient de perdre un de ses enfants les plus remarquables, qui a su, à des instants décisifs, rendre d\u2019inestimables services à son pays.En ce qui concerne l\u2019Allemagne, cette disparition de Briand de l\u2019arène politique ne peut que contribuer à rendre la situation plus claire.Un personnage comme Briand, le mot de paix à la bouche, le scepticisme absolu dans le coeur, s\u2019adaptant à toutes les circonstances et servant par tous les moyens l\u2019hégémonie française, est, en dernière analyse, plus dangereux que le fossoyeur de l\u2019Europe, Clé-menceau.Briand a pratiqué envers l\u2019Allemagne la même politique que Tardieu, mais en utilisant une méthode différente.Avec sa mort, c\u2019est un grand Français qui vient de disparaître, non un grand Européen, comme ne manqueront pas de l\u2019écrire tous ceux qui méconnaissent et calomnient son coeur de Français.\tR.BRANDT ¦ ¦ ¦ ETATS-UNIS La chambre des représentants des Etats-Unis vient de favoriser les aspirations nationales de 13 millions de Philippins, en votant par 306 voix contre 47 la loi Hare en vertu de laquelle les îles du Pacifique seraient déclarées indépendantes d\u2019ici environ 10 ans.Cette écrasante majorité est d'autant plus surprenante que l'administration Hoover était catégorique- ment opposée à la loi Hare, et la décision a étonné même les plus optimistes.La mesure doit maintenant être approuvée par le sénat, où le projet de loi accorderait l\u2019indépendance aux Philippines d\u2019ici environ dix-sept ans.La loi votée par les représentants, a été rédigée par M.Hare, un démocrate de la Caroline du sud.président du comité insulaire.Elle autorise premièrement la réunion d\u2019un congrès constitutionnel aux Philippines afin qu\u2019une constitution soit choisie pour les Philippines et que certains avantages stratégiques, bases navales et militaires, soient conservés aux Etats-Unis.Cette constitution, d\u2019ailleurs, devra être soumise à l\u2019approbation du président des Etats-Unis et des Philippines.Mais que deviendraient les Philippines?Voilà la question.La domination des îles Philippines \u201cserait un aussi lourd fardeau pour le Japon qu'il l\u2019a été jusqu'à présent pour les Etats-Unis\u2019\u2019, a dit un porte-parole du Japon, commentant la déclaration du secrétaire d\u2019Etat Stimson que, si les Etats-Unis renonçaient à leur souveraineté sur les Philippines, le Japon ou peut-être même la Chine s\u2019en emparerait.Le porte-parole japonais a ajoute que le Japon conclurait très volontiers avec Washington un traité garantissant l\u2019indépendance perpétuelle des îles Philippines.¦ ¦ ¦ CANADA Au cours de 1 assemblée régulière des gouverneurs de l\u2019université McGill tenue le 4 avril dernier dans 1 immeuble du Pacifique Canadien, il a été décidé que les salaires de tous les membres du personnel seraient réduits de 3 pour cent à 11 pour cent.La nouvelle échelle des salaires entrera en vigueur le 1er juin prochain et le restera le moins long temps possible , a-t-on annoncé.Tous les membres du personnel seront affectés par la réduction de salaire, depuis sir Arthur Currie, principal, jusqu\u2019au plus modeste employé.Les nouveaux taux de salaires ont été soigneusement étudiés et déterminées de façon à ce que les salaires les plus élevés soient plus considérablement diminués.Un grand vapeur de la Canada Steamship Lines passant sous le pont de Québec.Ce pont, l\u2019un des plus célèbres du monde, a coûté plus de vingt millions de dollars.\tPhoto Canada Steamship Lines *J.4 ifif- OakV 23 avril 1932 Sb&amedl 7 Si* par Marcel Idiers J\\^a Petite Cousine\u2019 AI une petite cousine.On a toujours une petite cousine dans quelque coin de province .et du coeur.Ma petite cousine, à moi, est charmante, \u2014 naturellement.\u2014 et jolie, et fine .curieuse .Oh! mais curieuse, comme toutes les filles d\u2019Eve ensemble.Même que cela devient terriblement difficile, pour ne pas dire impossible, de converser cinq minutes avec elle sans s\u2019égarer au beau milieu d\u2019une foule de sujets, tous plus glissants les uns que les autres, dont on ne se dépêtre qu assez piteusement, au risque de se faire traiter de jésuite, de cachottier, ou, ce qui est pire, d\u2019ignorant.Imaginez-vous un petit bout de femme haute comme trois pommes, que vous avez quittée en jupes longues, les cheveux sur le dos et le museau enfariné de pâte à gâteau et que vous retrouvez, deux ans après, court vêtue, lisant Colette et fleurant bon la poudre de riz de sa maman.Dites-vous maintenant que ce phénomène aura tout juste dix-sept ans à Pâques et représentez-vous une brave femme de mère qui vous la confierait en s\u2019excusant: \u2014 Pourvu qu\u2019elle ne vous fatigue pas trop, mon bon Philippe! Elle est tellement enfant, la chère petite, elle ne pense qu\u2019à jouer.Et qui, devant vos protestations, ajouterait: \u2014 Et puis, ne vous gênez pas, n\u2019est-ce pas?Si elle vous ennuie trop, envoyez-la promener ou donnez-lui des images à regarder.Elle adore ça! .Supposez-vous maintenant en tête à tête avec la demoiselle, et proposez-lui, par exemple, de jouer une partie de dames.J\u2019ai essayé ça, le premier jour, avec ma petite cousine, et immédiatement ses jolies lèvres se sont plissées dédaigneusement pour m\u2019annoncer: \u2014 Ah! non, par exemple, je ne connais pas de jeu plus idiot.\u2014 Alors, à quoi veux-tu jouer?Au jacquet, au jeu de la tour, aux dominos .au .Mais j\u2019ai bien vite terminé mon énumération sans paraître remarquer l\u2019immense regard de commi- sération qui jaillissait du fond de ses grands yeux pervenches.Gentiment moqueuse, elle m\u2019a fait: \u2014 Vous tenez donc tellement à jouer, mon cousin?Je ne vous comprends pas.Non, vraiment, pas du tout.C\u2019était la première fois qu\u2019elle me disait \u201cvous\u201d et j\u2019ai aussitôt bredouillé une vague explication pour essayer de lui faire comprendre que mes diverses propositions n\u2019avaient d\u2019autre but que de la distraire quelques instants.\u2014 Et vous avez tout de suite pensé aux dames, soupira-t-elle en haussant ses minuscules épaules.\u201cÇa m\u2019étonne de vous, mon pauvre Phillippe.Je vous croyais plus .plus \u201cdessalé\u201d, quoi .moins godiche, si vous aimez mieux.Je me disais que vous, qui habitez Paris, qui avez trente ans.qui êtes journaliste .vous seriez Elle n\u2019a pas hésité, elle m\u2019a répondu tout à trac: \u2014 Je lis .\u2014 Et peut-on savoir ce que tu lis, de préférence?\u2014 Claudine à l\u2019école .J\u2019étais suffoqué.\u2014 Tu as lu ça?\u2014 Oui, et les autres aussi.J adore Colette .Je lis aussi Maupassant, Bourget .j\u2019ai commencé Madame Bovary .Pour une pauvre petite, que sa mère disait si enfant, on voudra bien admettre que ma cousine Jeannette ne choisissait pas trop mal ses lectures.\u2014 Et ta mère te .\u2014 Qu\u2019est-ce qui te parle de ma mère?fit-elle, très simplement.Tu vas peut-être me dire que ma mère me défendrait ces livres si elle savait que je les lis.La belle malice .C\u2019est évident, et c\u2019est d\u2019ailleurs pour cela que j\u2019ai toujours eu soin de ne pas en souffler mot.De mieux en mieux! .ma petite cousine est décidément impitoyable, déconcertante .Ça te parait inouï ce que je dis là, fait-elle gentiment.C\u2019est pourtant tout naturel.Puisque c est fait, maintenant, à quoi bon (Suite à la page 48) fstf peut-être autrement que les autres .\u201cHélas! .\u2014 Que quels autres?fis-je, un peu vexé.Je ne vous .je ne te comprends plus du tout, Jeannette.\u2014 Et c\u2019est bien ce qui m'afflige, protesta l\u2019espiègle Jeannette, en se campant devant moi, ses deux petites mains sur mes épaules.\u201cOn ne se comprend plus .Tu en es resté aux vieux principes, aux vénérables méthodes de nos grand\u2019mères.Tu es navrant, mon pauvre Philippe.On est seuls, on a deux grandes heures à passer avant de dîner et tu me proposes de jouer aux dominos, à la tour.Pourquoi pas au jeu de l\u2019oie, tant que tu y es, ou à la corde .\u201cC\u2019est peut-être cela, après tout; tu as envie de jouer au cerceau ou au volant et tu n\u2019osais pas le dire.,.Tu sais, ne te gêne pas pour moi, je saurai très bien m\u2019amuser seule.J\u2019ai entrevu une transition.J\u2019ai pris mon air le plus sévère et je lui ai demandé: \u2014 Qu'est-ce que tu fais quand tu désires t'amuser seule? 8 &3amêdi 23 avril 1932 fi.' IIS#\" 5ît^ m a* ¦* m -5 Kv!* J il-J*.J.¦ Jüh I S 3-:.L \"\\%g KpT f, >'; IH ïà*%}- - \"f^wk ' SRU v » r Ji ^ gl r, ¦ ; l La l eune FM e aux Viol ettes | UAND les derniers rayons de soleil atteignirent l\u2019étroit sentier perdu au pied d\u2019une montagne abrupte, à travers les groupes secs d\u2019arbrisseaux découverts, Jacqueline Brien vint s\u2019accouder à la balustrade de la petite terrasse rustique qui surplombe un bel étang, tout à proximité du domaine de la Houssaie, un peu à l\u2019écart de la route sinueuse unissant Roberval à Chowon-chouan, dans la région pittoresque et forestière du lac St-Jean.Cette année-là, le printemps hâtif peuplait les bois d\u2019oiseaux chanteurs, amoureux éveillés d\u2019une trop longue somnolence, au sortir des nids qui les gardent des rigueurs de l\u2019hiver canadien.Et l\u2019étang s\u2019imprégnait de fraîcheur; l\u2019eau limpide débordante de la fonte des neiges, réfletait comme un beau matin dans l\u2019azur, un coin de ciel magnifique; les grands sapins aux aiguilles reluisantes, profitant leurs silhouettes parmi tout ce peuple de melèzes, d\u2019érables, de pins à la sombre chevelure; des frê- NOUVELLE CANADIENNE pat Guy Nemer nés, des merisiers aux longs bras nus, encore dépouillés de feuilles, mais dont les bourgeons éclos, enduits d\u2019une sève forte, généreuse, mûrissaient tout doucement, avec la chaleur pure et bonne du renouveau.La terre ferme encore, avait conservé sous le dégel, l\u2019herbe roussi du dernier automne, en bordure du chemin durci, presque sans boue.C\u2019était le retour du printemps.Chaudement vêtue, avec cette élégance provenant d\u2019un goût sobre, raffiné, Jacqueline Brien penchait son fin visage sur le miroir de l\u2019onde, distraite, un moment du rêve qui semblait la fasciner.Elle reconnut parfaitement une petite poudre, des lèvres rouges, un nez aux ailes arrondies, des yeux pers brillant en leur vivacité coutumière, sous la cloche de paille qui laissait voir à peine, des ondulations de cheveux châtains.Elle sourit, encore perdue dans le vague de son image, puis d\u2019une main nerveuse, caressa le bouquet de violettes attaché à l\u2019ouverture de son manteau.On l\u2019appelait ainsi: la jeune fille aux violettes, parce qu\u2019elle portait sans cesse, en toute saison, de ces brins de petites fleurs au parfum discret, qu\u2019elle préférait entre toutes; et celui qui le lui en avait fait l\u2019envoi, ce matin même, comprenait mieux qu\u2019elles célébreraient plus encore au coeur de la jeune fille, Pâques fleuries, la résurrection de l\u2019éternel amour, au sein des bois heureux.Son âme altière de dilettante s\u2019était éprise du beau, de l\u2019infini, et semblable à une petite chose qui se grise au contact du mystérieux inconnu qui la frôle au passage, elle s\u2019ingénia à faire revivre le souvenir d\u2019un autre printemps \u2014 il y avait de cela une année déjà, lequel lui apportait l\u2019ombre d\u2019un bonheur bien fragile encore incertain, entrevu dans un décor romantique qu\u2019elle aimait, parce que c\u2019était à la fois le prélude d\u2019une épilogue amoureuse et chevaleresque, dont elle en ignorait pour l\u2019instant l\u2019énigmatique et troublant dénouement.C\u2019était le secret du Hasard, il lui appartenait, et parfois il faut croire à la magie du Hasard, quel qu\u2019il soit.Toute songeuse au bord du bel étang duquel on aurait pu dire qu elle en était 1 ondine éphémère, elle avait vu venir dans le sentier, un jeune aviateur qui s\u2019amenait difficilement, la main droite enveloppée d un mouchoir maculé de sang.\u2014 Jeune fille aux violettes, fit-il en la saluant, me donnerez-vous 1 hospitalité?Un accident d\u2019avion m\u2019a contraint d\u2019attérir à faible distance de votre domaine; je souffre d une blessure à une jambe, un bras, de plus, le mécanicien, moins veinard, le pauvre, devra être transporté si possible.Je ne m\u2019expli- 23 avril 1932 &>£km£di 9 que pas encore la grièveté de ses lésions douloureuses.\u2014 Certes, venez à la Houssaie, vous y trouverez ma mère à laquelle exprimerez votre désir.Sur-le-champ, guidé par cette gracieuse vision de printemps, le jeune homme pénétra dans la petite propriété qui lui ouvrit grandes ses portes, lui offrant la bienvenue ainsi qu'au mutilé, son camarade.L\u2019aviateur se nommait Jeannot Vanelle, c\u2019était un attaché de la garde-forestière, au service propre d\u2019une compagnie de bois de pulpe, sise dans les régions lointaines du lac St-Jean.Donc ce jour-là enfin, il faisait une température superbe; de concert avec le mécanicien Launier, il survolait l\u2019espace Chicoutimi-Ro-berval, se dirigeant vers le nord, lorsque tout à coup, sans raison apparente, le moteur s\u2019arrête, s\u2019enraye subito \u2014 du moins voilà la version des deux aviateurs qui l\u2019expliquèrent sans trop savoir au juste à quoi attribuer la cause directe de l\u2019accident.De là, la descente vertigineuse, sans même pouvoir mettre un frein au bolide qui refuse obstinément de ralentir.Les commandes ne fonctionnent plus, c\u2019est la chute mortelle, redoutable, à deux mille pieds dans les airs.Le vent s\u2019est élevé, et l\u2019avion baisse rapidement, attiré vers le sol.Par bonheur, un champ labouré s\u2019offre à l\u2019attérissage .et quand un peu revenu de la commotion éprouvée à la suite de cette terrible secousse, il constate avec la certitude exacte de n\u2019avoir rien de fractu-rité, Jeannot Vanelle se dégage au milieu des débris de toile et de métal, afin de porter secours au camarade qu\u2019un paysan, témoin de l\u2019accident, retire de la carlingue, et propose de conduire à la Houssaie.dont on distingue précisément la grille blanchie.Jacqueline s\u2019est constituée infirmière, et le jeune pilote bientôt rétabli, quittait la Houssaie.en emportant au fond de son coeur attendri, l\u2019image délicieuse de la jeune fille aux violettes.Il revint plusieurs fois, la comblant délicatement de fleurs préférées, parfois lui adressant de petits billets dans lesquels il se plaisait à l\u2019appeler: ses yeux pers inoubliables, et qu\u2019elle savourait tout au bord de l\u2019étang, avec cette foi inexprimable en l\u2019Avenir qui dirige les plus beaux rêves, comme les événement sles mieux extraordinaires que l\u2019on ne comprend pas.Déjà sur ce fait, douze mois s\u2019étaient écoulés, et femme, elle en gardait la souvenance ainsi qu\u2019au premier jour.A l\u2019heure présente, sa pensée lui était toute consacrée, elle l\u2019évoquait avec un tremblement sur les lèvres, le désirait de toute son âme ardente, impulsive, ayant maintenant la ferme conviction de son amour qu\u2019elle savait être éternel.Indubitablement Vanelle pouvait venir lui demander sa jeune vie palpitante de volupté, de promesse .elle le lui accorderait d\u2019emblée, tant l\u2019offrande est douce, pour peu qu\u2019il comprenne ce dont elle lui céderait sans réticence.Le frémissement de la bouche mûre sur ses doigts roses, est demeuré intact, et rien que d\u2019y penser, lui donnait une sensation de vertige délicieux qu\u2019elle redoute et souhaite tout ensemble.Le désir était né dans son coeur, aucune entrave s\u2019opposait à son amour, il n\u2019y voyait point d\u2019obstacle, si lui- |t V # >, H «ssw même répondait au sentiment qu\u2019elle éprouvait avec tant d\u2019élan, d\u2019abandon.Oh! combien à cet instant, voudrait-elle voir planer entre les vaporeux bancs d\u2019ouate, l\u2019oiseau magique traçant dans l\u2019azur un sillon de fumée blanche! Une silhouette de femme, se précisa auprès d\u2019elle, et Jacqueline reconnut Madame Brien qui s\u2019en revenait de visiter une famille du village.\u2014 Ne pas rêver ainsi, quelle solitude, ma Jacqueline?\u2014 Oh! je l\u2019adore, mère.\u2014 Je ne le vois que trop, mignonne, laissa tomber la bonne dame, s\u2019acheminant vers la demeure ensoleillée.On devinait ces deux femmes étroitement unies par un lien sacré; elles savaient que rien ici-bas ne pouvait les séparer, sauf le rêve qui accaparait seule la jeune fille, parce que plus positive, madame Brien ne lui prêtait que de courts instants; cependant elles vivaient l\u2019une pour l\u2019autre, heureuses du bonheur qui les entourait en toute sereine simplicité.A peine le calme avait-il reprit son cours habituel, que soudain une orfraie lança un cri aigu, haut perchée sur la branche voisine d\u2019un frêne qui abritait un angle de la terrasse, et la jeune fille sentit au coeur l\u2019émoi involontaire qui empoigne et donne à songer à l\u2019un de ces présages de malheur, souvent inévitable.Il était tard, une vague d\u2019humi-ditc refroidissait l\u2019atmosphère, car le soleil s'était dérobé de l\u2019autre côté de la montagne, d\u2019où le ciel semble vouloir se confondre avec la terre.D'un pas nonchalant, la jeune rêveuse a repris le sentier de la maison.Sur le seuil, Perrine la vieille domestique l\u2019aborde avec des gestes; \u2014 Mam\u2019zelle ne sait pas l\u2019accident d\u2019avion sur la rivière Péri-bonka?Deux morts, paraît-il.L\u2019aviateur de Mamzelle est .\u2014 Que dites-vous.Perrine?coupa court la jeune fille, qui réunissait ses forces, se hâtait d'atteindre le vestibule.Une sueur froide emperlait son front, elle sentait battre ses tempes, tandis qu\u2019une faiblesse extrême l'envahissait graduellement.Son coeur alarme avait des pulsations précipités, et là, immobile, tout son être ne parvenait pas à combattre cette défaillance morale qui brisait (Suite à la page 59) 10 ^Samedi 23 avril 1932 LA REVANCHE OC! toc! toc! \u2014 Entrez.Sur cette invitation faite d\u2019une voix revêche, la porte s\u2019ouvrit et la dactylo timide et blonde, s\u2019avança sur la pointe des pieds.Paul Grimaud releva la tête, prit les copies, les parcourut d\u2019un oeil dur, grogna quelques observations et, d\u2019un geste, congédia la jeune fille apeurée.Toujours sur la pointe des pieds, elle s\u2019éloigna, puis au moment de sortir du bureau, sourit à un jeune secrétaire qui, assis devant une petite table, dans l\u2019embrasure d\u2019une fenêtre, la regardait.Paul Grimaud surprit ce regard et ce sourire.D\u2019un coup de poing rageur, il frappa sur ses paperasses qui s\u2019éparpillèrent.\u2014 Je ne veux pas d\u2019intrigue dans mon bureau, dit-il rudement.C\u2019est à prendre ou à laisser.\u2014 Quelles intrigues.Monsieur?demanda Roger Dupin, le secrétaire.\u2014 Vous le demandez?Vous osez le demander?Croyez-vous que je n\u2019ai pas vu vos manigances avec la dactylo, vos sourires, vos coups d\u2019oeil?Sachez, une fois pour toutes, que je ne les tolérerai pas.\u2014 Suis-je au cachot, Monsieur?n\u2019ai-je pas le droit de sourire, ni de regarder les personnes qui entrent dans le bureau?par Eveline Le Maire \u2014 Non.Monsieur; et vous n\u2019avez pas le droit, non plus, de me tenir tête.Vous n\u2019avez qu\u2019un seul droit ici.Monsieur, celui de travailler.\u2014 Je travaille, il me semble .\u2014 Assez! Ce mot fut ponctué d\u2019un formidable coup de poing qui ébranla la table massive et fit s\u2019écrouler une pile de papiers entassés.Paul Grimaud ne les releva pas, Roger Dupin non plus, \u2014 et pendant quelques minutes, il n\u2019y eut d\u2019autre bruit, dans la pièce, que le grincement rageur d\u2019une plume, à la table massive.Derrière les fenêtres, la journée était belle.Un ciel léger d\u2019estampe japonaise, des toits ensoleillés, la rumeur du printemps; dans le bureau, une atmosphère épaisse, enfumée de tabac, des casiers, des car-tonniers pleins à craquer, des paperasses écroulées.Roger, à sa petite table, oublia une minute la laideur de son entourage pour regarder, à travers les vitres la joie du dehors.Une voix irritée le tira bien vivement de sa contemplation.\u2014- Vous appelez cela travailler, vous?\u2014 Vraiment, Monsieur!.\u2014 Il n\u2019y a pas de \u201cvraiment Monsieur\u201d.Avez-vous terminé les comptes récapitulatifs du mois de mars?Avez-vous vérifié ceux du troisième bureau?Vous n'ignorez pas que c\u2019est mon bureau qui vérifie les comptes du troisième, et que je suis responsable de toutes leurs erreurs.Avez-vous classé les fiches de la section B ?Avez-vous relevé les adresses des entrepreneurs de maçonnerie?\u2014 La semaine n\u2019est pas terminée, Monsieur, la journée non plus, riposte Roger Dupin.Je ne suppose pas que tout cela doive être fait aujourd\u2019hui.\u2014 Oh! vous, mon garçon, vous n\u2019avez jamais tort.Je vous préviens que dans ces conditions-là, nous aurons du mal à nous entendre.Et la plume de grincer, avec une rage renouvelée.Roger, crayon en main, fit des additions, se croyant revenu aux jours sinistres du collège, quand un pion impitoyable le bombardait de pensums pour avoir écouté le chant d\u2019un oiseau dans la cour, ou suivi du regard le vol d\u2019un papillon.A la dérobée, sans interrompre ses calculs, il observait Grimaud, \u2014 un être chétif, au teint plombé, aux traits disgracieux, aux rudes cheveux d\u2019un brun terne.Sa jeunesse n\u2019avait point asile sur son visage, ni dans ses gestes à la fois brusques et étriqué.Le sourire semblait im- possible à ses lèvrts rageusement serrées sur une cigarette.De toute évidence, Grimaud était un mécontent.\u2014 Et il y a de quoi! conclut in petto Roger Dupin.Avec une tête comme la sienne, et son fichu de caractère! .Une heure passa sans accroc.Roger prononçait à mi-voix: \u201c5 et 4, 9 et 8, 17 et 3, 20\u201d, écrivait un chiffre et reprenait son addition, sans se soucier de Grimaud qui le regardait.Un beau garçon, ce Dupin \u2014 yeux gais, teint clair, chevelure abondante, sourire facile, \u2014 un être sympathique, au premier chef.Et c\u2019était justement cette sympathie émanant de sa personne qui déplaisait tant à son chef de service.Celui-ci, un mécontent, en voulait à son subordonné d\u2019attirer à lui tous les sourires, toutes les mains tendues.Et il voyait une malice du destin dans la présence quotidienne de Roger à ses côtés.Mais Grimaud n otait pas le maître, dans la maison Benoît-Durand et Cie, \u2014 tuiles, briques et autres matériaux de construction, \u2014 une grosse affaire où, grâce à son oncle Du- ^Samedi 23 avril 1932 rocher, il avait pu obtenir une place honorable.Obligé de subir son secrétaire, il s\u2019efforça, du moins, d\u2019en tirer toute la jouissance possible en exerçant sur lui le maximum de l\u2019autorité dont il pouvait se prévaloir.A vrai dire, ce maximum était largement dépassé, car le grand patron lui-même n'eût jamais interdit à son personnel de regarder le printemps par la fenêtre, ni de répondre au sourire d\u2019une dactylo.Mais Paul Grimaud avait pris en grippe le joli garçon qui opposait un calme imperturbable à ses taquineries \u2014 et son sentiment pour lui allait parfois jusqu\u2019à la haine.Vers cinq heures, Grimaud sortit.Roger, habitué à ce genre d\u2019absence, siffla joyeusement la chanson à la mode, jusqu\u2019au moment où la porte du vestibule, lancée par une main nerveuse, annonça le retour du chef de service.\u201c3 fois 7, 21, 3 fois 4, 12 et 2, 14\u201d, marmonna-t-il.Grimaud rebâtit la pile de papiers dispersés et, après s\u2019être assuré que Dupin ne le regardait pas, étala un journal sur son buvard, entre les casiers et les fichiers, bien à l\u2019abri de tout regard curieux.Dupin, qui connaissait le manège.se mordit les lèvres pour ne pas rire.Vraiment, ce Grimaud était par trop naïf de croire que son acolyte ignorait ce qui se passait tous les jours à cinq heures.Supposait-il qu\u2019on ne savait pas le titre du journal subrepticement étalé devant lui?L\u2019Echo des Courses, tout simplement.Dupin n\u2019avait pas attendu deux jours pour s\u2019en rendre compte.Persuadé que son secret n\u2019avait pas été découvert, Grimaud commença sa passionnante lecture, pendant laquelle son visage s\u2019assombrit encore.Un coup à la porte, et le garçon de bureau pénètre chez Paul Grimaud.\u2014 M.Benoît vous demande, lui dit-il.Une chiquenaude à la cravate, deux petits coups au veston qui fait des plis du côté des poches, et Paul, assez ému, sort de la pièce enfumée.Roger, souriant, allume une cigarette et se laisse aller aux douceurs du farniente.\u2014 Faut-il être tombé sur un type comme celui-ci, songe-t-il, \u2014 un autre que moi n\u2019y résisterait pas.Mais les fins de mois sont intéressantes, et je ne resterai pas toujours dans cet affreux bureau.Patience, mon petit Roger, ton tour viendra si tu sais l\u2019attendre.Mais qu\u2019est-ce que le patron peut bien raconter à ce cher Popaul?S il pouvait donc le nommer directeur général des fabrications! Je suis trop piètre personnage pour le suivre jusque-là, alors quelle chance pour moi.Ce ne fut pas le visage glorieux d\u2019un directeur général des fabrications qui surgit devant Roger, un quart d\u2019heure plus tard, mais le masque effroyable de la Méduse elle-même, -\u2014 on y retrouvait, convulsés et grimaçants, les traits de Paul Grimaud, et ce fut bien la voix de celui-ci qui glapit aux oreilles de Roger: \u2014 Vous en faites de belles, vous, galopin! Je le savais moi, qu\u2019avec vous, je n\u2019aurais que des misères! Mon instinct ne me trompe pas, moi! Evidemment, une catastrophe venait de se produire, et Roger en était la cause, \u2014 inconsciente, à coup sûr, car il n\u2019avait aucune négligence à se reprocher.\u2014 Je ne saisis pas .balbutia-t-il, affolé à son tour.-\u2014\u2022 Les Etablissements Belmot vous ont-ils téléphoné cette semaine?\u2014 Non, Monsieur.\u2014 Non?.-r\u2014 et un ricane-^gpnt, comme seul Paul pouvait en émettre, souligna ce mot, \u2014 eh bien, ils ont téléphoné, mon petit monsieur.-\u2014 Ce n\u2019est pas moi qui ai reçu la communication.\u2014 Je le sais, parbleu, que ce n\u2019est pas vous, puisque personne n\u2019a répondu! Le patron, étonné de n\u2019avoir pas de leurs nouvelles, est passé chez eux, aujourd\u2019hui.Savez-vous ce qu\u2019on lui a dit, monsieur Dupin?___t.\u2014 On lui a dit que n\u2019ayant pu passer ici leur commande, archi-pressée, ils ont fait affaire avec un concurrent qui est allé chez eux ce jour-là.Une affaire de 150,000 francs, Monsieur, que vous faites perdre ici.\u2014 Je n\u2019y comprends rien! bégaya Dupin.S\u2019ils avaient téléphoné, je l'aurais su .\u2014 Vous n\u2019étiez sans doute pas là, Monsieur.\u2014 Je suis toujours là.D\u2019ailleurs, vous aussi, vous auriez entendu.\u2014 Moi.Monsieur, j\u2019ai le droit de n\u2019être pas toujours là.Si on me donne un secrétaire, c\u2019est pour m\u2019aider, me suppléer, \u2014 c\u2019est pour que mon bureau soit gardé.C\u2019est vous, M.Dupin qui avez la charge de garder mon bureau, \u2014 vous êtes donc entièrement, et seul, responsable de ce qui arrive.Je l\u2019ai dit au patron.Attendez-vous à des félicitations! Roger, sûr de n\u2019avoir jamais déserté son poste, continuait à ne pas comprendre.Avec tout son calme retrouvé, \u2014 bien que l\u2019attitude de son chef l\u2019exaspérât, \u2014 il demanda des précisions.\u2014 C\u2019était vendredi.Monsieur, vociféra Grimaud, vendredi après-midi.Alors, le visage du subordonné s'épanouit en un large sourire: \u2014 Vous disiez \u201ccette semaine\u201d, riposta-t-il, vendredi est la semaine dernière.Or, ce jour-là, s\u2019il vous en souvient, j\u2019étais à un enterrement en province, avec la permission de M.Durand.Ce n\u2019était donc pas à moi, mais à vous, Monsieur, que la garde du bureau était confiée.\u2014 Que voulez-vous dire?Que voulez-vous insinuer?fit Grimaud, blême de rage.\u2014 Ceci, que les Etablissements Belmot ont dû téléphoner vers cinq heures, pendant que vous étiez allé acheter VEcho des Courses et que, par conséquent.\u2014 Misérable! vipère! glapit le vrai coupable.Retirez cette calomnie, retirez-la immédiatement, ou je dépose une plainte en diffamation.\u2014 Ce n\u2019est point diffamer, que de dire son fait à quelqu\u2019un, tête à tête comme nous sommes en ce moment.\u2014 Oh! vous, vous .petite canaille .Les mots manquaient à Grimaud.Rouge à faire peur, il suffoquait.Dupin taillait son crayon avec un superbe sang-froid.Fort heureusement pour son adversaire, la fermeture des bureaux fut annoncée, \u2014 deux minutes plus tard, le jeune secrétaire pouvait, hors de sa prison, écouter à loisir les rumeurs du printemps.Le lendemain, il attendit, en vain, la mercuriale du patron, et en fut marri, car son excuse l\u2019eût vengé de Paul Grimaud.Celui-ci, de ce jour, feignit d\u2019ignorer la présence de Dupin, chargeant la dactylo.ahurie, de lui transmettre les ordres qui le concernaient.Une semaine passa.Puis, un soir, Grimaud dit d\u2019un ton négligent: \u2014 A propos, monsieur Dupin, vous voudrez bien chercher une place ailleurs.Votre remplaçant arrive dans huit jours, le 1er mai.\u2014 Mon remplaçant! .Je ne comprends pas ce que vous voulez dire .\u2014 C\u2019est pourtant bien clair! A partir du 1er mai, vous ne faites plus partie du personnel de la maison.\u2014 Puis-je vous demander.Monsieur, le motif de mon renvoi?11 dit Roger frémissant.Qu\u2019a-t-on à me reprocher?\u2014 Vous vous croyez probablement sans reproche, monsieur Dupin?\u2014 Oui, Monsieur.\u2014 Eh bien \u201cVous vous trompez .voilà tout.\u2014 Monsieur, je n\u2019accepte pas ce congé.Je demanderai des explications à ces messieurs.\u2014 Comme vous voudrez, Monsieur.Il était trop tard, ce soir-là, pour tenter de voir ces messieurs, \u2014 mais le premier soin de Roger, le lendemain, qui était un samedi, fut de demander à Henri, le garçon de service, de l\u2019introduire auprès de M.Benoît.\u2014 Absent, répondit laconiquement Henri.\u2014 Pour longtemps?\u2014 Trois mois.En Amérique.\u2014 Quand est-il parti?\u2014 Jeudi matin.\u2014 M.Durand, alors?\u2014 Savez pas?M.Durand malade.Repos absolu.Roger s\u2019expliquait la désinvolture de son bourreau quand il l\u2019avait menacé de s\u2019expliquer avec ces messieurs.En leur absence, personne ne pouvait revenir sur une décision prise par l\u2019un d\u2019eux.Il n\u2019y avait donc rien à faire: c\u2019était le congé définitif.Le dernier jour d\u2019avril, au moment de son départ, Roger dit à Grimaud: \u2014 Monsieur, vous avez commis une mauvaise action.Je suis pauvre, j\u2019ai ma mère à ma charge, ma mère à qui je voudrais épargner tout chagrin.Un mois sans place, je reste à peu près sans ressources Si ma mère souffre, vous en serez la cause responsable.Vous êtes méchant, Monsieur, et cela ne vous portera pas bonheur.Adieu, Monsieur.Quelque chose s\u2019alluma dans les yeux ternes de Paul, \u2014 regret?remords?Mais Roger Dupin était déjà parti.Pendant quelque temps, M.Grimaud se crut parfaitement heureux.Son nouveau secrétaire lui témoignait un respect de courtisan.Avec ce garçon sans envergure, sans charme et sans malice, il se sentait maître chez lui.Alors, les absences quotidiennes de cinq heures, prirent dans son programme de vie, une place sans cesse grandissante.Il arriva même que, désireux de voir par ses yeux, ce que lui racontait son mystérieux journal, il manqua le bureau des après-midi entières, et.comme son acolyte n\u2019était pas bon à grand\u2019chose, le travail du deuxième bureau s\u2019en ressentit.(Suite à la page 42) 12 Sb'&cm&dL 23 avril 1932 OTRE élève fait-il des progrès, M.Pierre?\u201d demanda la jeune fille au répétiteur de son père.La figure sombre et énergique de Pierre Mayeu s\u2019éclaira soudain, tandis qu\u2019il se levait pour saluer celle qui le surprenait à l\u2019impro-viste.Consciente de la puissance de son charme, celle-ci découvrit dans un sourire l'émail de ses jolies dents et lui tendit une enveloppe.\u2014 Tenez, ma mère m'a chargée de vous remettre ceci, fit-elle, à très bientôt après votre examen dont je souhaite le succès.Et elle disparut aussitôt avec la grâce innée et l'élégance toute naturelle de sa race.\u2014 Oh oui.je réussirai, articula lentement l\u2019étudiant d'une voix sourde dès qu\u2019il fut sorti.Dehors il aspira largement l'air humide de la rue, une petite pluie fine lui serrait les tempes.\u2014 Pourquoi Pauline observe-t-elle cette attitude à mon égard, est-ce un jeu, une coquetterie, ou éprouve-t-elle une attirance sincère?.Mais non, c'est fou, impossible! Il se regarda vivement dans la glace d\u2019une devanture avec son chapeau mou usagé, son pardessus râpé et ses gros souliers déjà maculés de boue.A cette vue, il haussa tristement les épaules.Non, elle serait toujours pour lui inaccessible, elle s'enfuirait à la poursuite de sa destinée; inflexible, la route les séparait dans une irrémédiable bifurcation.Ne venait-elle pas de lui glisser dans la main avec un sourire dédaigneux.son cachet, presqu\u2019un pourboire.La mort dans l'âme, il regagna sa pauvre chambre, alluma quelques brins de coke dans la cheminée et s\u2019assit à sa table, la tête dans ses mains.Son enfance maussade repassait toute devant ses yeux.Il se retrouvait dans son village d'Auvergne aux collines arides, conduisant le courrier des voyageurs.A ses heures de solitude, sur son siège, il laissait flotter les rênes sur l'encolure du vieux cheval gris qui trottinait d'un pas tranquille sur la route.Il dévorait alors les livres qu\u2019il pouvait se procurer, avide d\u2019apprendre.Combien avait-il.comme un misanthrope, passé de nuits blanches, éclairés par une simple bougie, à concentrer sa pensée, à persévérer malgré les tracasseries continuelles, hostiles de son entourage.& mim Il avait ainsi gagné ses premiers grades universitaires.Dans quelques jours, il allait affronter la faculté de droit.\u2014 Oui! songea-t-il.je ne serai jamais pour elle qu\u2019un besogneux.Un sentiment de révolu , lui fit relever la tête.Tant mieux, après tem, s'il n'était que cela.Dévorante, l\u2019ambition le stimulait ce soir, il voulait s'élever au-dessus de ses origines modestes, dépasser ceux qui ne s\u2019étaient donnés que la peine de naître; prouver sa Supériorité à celle qu'il aimerait toujours sans peut-être jamais oser le lui avouer.Fougueusement, négligant même d'aller dîner, il repassa les matières de sôn examen.\u2014 Voilà M.Pierre qui vient sans doute nous annoncer une bonne nouvelle, s\u2019écria la voix claire de Pauline; nous savons déjà vos succès par Jacques Dormère.Le nouveau licencié s'inclina sans répondre, son grade allait-il rehausser son prestige aux yeux de la jeune fille?\u2014 Lui, a été moins heureux, continua-t-elle, mais il est déjà consolé, car je dois vous annoncer aussi une autre nouvelle, nous nous marions dans six semaines, Jacques et moi! Atterré, le malheureux eût à peine la force d'accepter la main que lui tendait son camarade de faculté, avec lequel il ne sympathisait déjà pas.Ce dernier déguisa son dépit par une phrase vipérine: \u2014 J\u2019espère mon vieux, fit-il, que maintenant tu vas lâcher ton taxi?La mort dans l'âme, Pierre encaissa l\u2019affront.C\u2019en était trop, la vie était pour lui par trop injuste.Devant le triomphe insolent de cet incapable qui le supplantait, il se retira les poings serrés, tandis que Dormère.dédaigneux, murmurait à sa fiancée.assez pour être entendu: \u2014 Mais oui! entre deux cours, il fait le chauffeur! Pauvre type! ¦ 1 ¦ \u2014 Allons, poussa Pierre, souriant au rayon de soleil printanier qui égayait Paris, c'est la dernière fois que je tiens le volant! Quelques plaidoiries l\u2019avaient déjà mis en vedette, et un groupe politique découvrant sa nature le poussait à fond.Demain, il aborderait sa première conférence.De toute la journée, il ne chargea pas un client.\u2014 Décidément, se dit-il, je vais terminer ma carrière de chauffeur par un choux blanc.Soudain, le coeur frémissant sous cette bouffée de renouveau, il songea à Pauline perdue pour lui.Mariée sans doute?A cette pensée il ressentit une brûlure au coeur, une morsure de haine.Hélas! il l'aimait toujours, sa passion endormie se réveillait plus intense que jamais.Mariée avec ce crétin .songea-t-il, quel sabottage?La main fébrile, il reprit son volant, et poussé par une puissante occulte, sans savoir pourquoi, il s\u2019engagea dans la direction du faubourg Saint-Germain.Ce quartier gardait toujours sa dignité calme, s'endormant avec Y*-'- ~w 13 tout en retournant la carte dont il relit le nom.Pauline Dotmere Que lui veut-elle?Solliciter son appui, sans doute, on ne vient pas rendre visite aux puissants de la terre, sans présenter une requête.C'est elle aujourd\u2019hui, la hautaine Pauline, qui fait antichambre.Pierre laisse à son chef de cabinet, le soin d\u2019expédier les affaires courantes; il presse sur son timbre et aperçoit ses doigts agités par un tremblement imperceptible.Un rideau foncé vient de s\u2019écarter devant la jeune femme, qui incline la tête.Le ministre se lève, va à sa rencontre, lui tend les deux mains et la fait asseoir.Elle paraît atrocement gênée, sans mot dire elle lui présente une demande de Jacques qui sollicite pour un poste lointain l\u2019appui du gouvernement.Silencieux et grave.Pierre signe, et comme la profondeur de son regard perçant, un peu inquisiteur pèse sur Pauline.Celle-ci avoue la vérité, les déboires de sa vie.leur fortune engloutie par la légèreté de son mari.Dans sa détresse, elle a pensé à celui qui naguère l\u2019avait remarquée sans oser le déclarer.Bien souvent elle a songé à ce travailleur tenace, sorti du peuple, qui s\u2019est élevé par ses propres moyens, et l\u2019admiration a remplacé chez elle ce sentiment de fatuité naturelle qui jadis lui faussait l\u2019esprit.Comprimant son émotion, le ministre ne répond pas.Il voudrait pourtant lui crier de toutes ses forces.\u2014 Je t\u2019ai adoré! oui! et à l\u2019heure présente je t\u2019aime encore! Tu as été malgré toi,, à ton insue.la force de ma vie.Celle dont la silhouette chérie et détestée tout à la fois, m a fait surmonter tous les obstacles pour te conquérir.Je t\u2019ai ardemment désirée comme compagne.Aujourd hui.tu me reviens blessée par la vie! Tu n\u2019as pas su me comprendre .je te voulais toute! Il sonne 1 huissier, mais avant de reconduire Pauline, il prend sur son bureau dans un vase de cristal, une rose toute semblable à celle de naguère.\u2014 Acceptez-la, madame, lui dit-il simplement, qu elle aussi vous porte bonheur! Rougissante, la jeune femme épingla la fleur à son corsage, et dans un sourire de reconnaissance, murmure pour la première fois, et sans doute la dernière: \u2014 Merci, Excellence! 23 avril 1932 3& Samedi l\u2019insouciance d\u2019une châtelaine dans l\u2019ombre attiédie du soir.Le taxi ralentit son allure, flânant comme à la maraude.Un appel bref, autoritaire, le fit tressaillir.\u2014 Chauffeur! Gare de Lyon! Il s\u2019arrêta net comme réveillé en sursaut.Tandis que ses clients rangeaient leurs valises dans l\u2019intérieur du taxi, il reconnut en eux Pauline et Jacques qui, mariés du matin, partaient en voyage de noce.Cette fois la fatalité dépassait les bornes de la cruauté.Pierre rabattit vivement sur ses yeux les bords de son chapeau mou.toujours le même, et partit comme un automate, n\u2019osant tourner la tête de peur d\u2019apercevoir un geste d\u2019abandon.Il parvint le front moite de sueur au terme de son calvaire.Devant la grosse horloge de la gare de Lyon, qui l\u2019avait accueilli à son arrivée dans ce grand Paris si déconcertant pour les faibles, il aspira comme une bouffée vivifiante d\u2019air natal, chargé d\u2019un parfum lointain de bruyères sauvages.A cette heure, il buvait les dernières gouttes de son calice d\u2019amertume.Demain serait peut-être la revanche, absolue, implacable, du petit paysan ignoré la veille.Descendu avec sa jeune femme.Jacques lui tendit un billet.\u2014 Quoi?s'écria Dormier stupéfait, c\u2019est toi qui nous as conduits.C\u2019est trop drôle .Garde tout! .Nous, nous partons pour 1 Italie.Pauline, plus jolie encore ce soir, baissa les yeux, n\u2019osant prononcer une parole, mais dans un geste de grâce infinie, elle détacha une rose de sa gerbe et la lui tendit avec un sourire attristé.\u2014 Acceptez-la! Monsieur Pierre, elle vous portera bonheur.Puis rapide, elle disparut, entraînée par Jacques qui lui parlait sur un ton déjà autoritaire, le ton de propriétaire que prennent dès le premier jour certains maris blasés d'avance.\u2014 C\u2019est une dame qui demande audience à M.le Président, fait l'huissier en tendant une carte.Le temps a marché favorisant Pierre dans la fortune de sa rapide carrière.La roue en tournant a conjuré le destin, qui s'est montré clément à l\u2019égard de ce travailleur acharné, installé dans le luxueux cabinet de la place Beauvau.\u2014 Dites à cette dame que je vais la recevoir, répond le ministre, par Arnaud de Laporte Une Fo r ce 14 Sbfikmedi 23 avril 1932 K '\u2022 \u2022 u »\u2022 W-X.'4 «C enorme statue qui, selon l\u2019ancienne croyance, parlait et chantait aux rayons du soleil Uvant.Un des colosses de Memnon, i! iHimnniinnniiiiiimnimtnu niHHunumiimiH SS R urnes ^4.erveill erveiiieuscs CHRONIQUE DOCUMENTAIRE ^Fat Louis Roland UL pays au monde n\u2019est plus riche en antiquités admirables, dont quelques-unes sont colossales, que l\u2019Egypte où exista, il y a plusieurs milliers d\u2019années, une civilisation très avancée.La gravure, les photographies, les récits des touristes et les relations des savants ont popularisé les principales de ces merveilles, telles que les pyramides, le Sphinx, les statues énormes de Memnon, les tombeaux des anciens Pharaons, etc.et les musées de bien des pays sont maintenant riches en vestiges de cette époque disparue.Telle est en effet la destinée des plus grandes choses ici-bas; après avoir imposé le respect pendant leur période de splendeur, elles n\u2019excitent plus que la curiosité quand elles ont eu la patine suffisante du temps.Une remarque en passant.Je ne veux pas blâmer directement les archéologues qui vont fouiller avec passion le sol de l\u2019Egypte pour y découvrir les témoignages de sa grandeur évanouie; leurs travaux nous renseignent sur l\u2019histoire du monde, ce qui est mieux qu\u2019une excuse, mais c\u2019est à la logique humaine que je m\u2019en prends.Qu\u2019un homme aujourd\u2019hui, aille fouiller le tombeau d\u2019un riche particulier enterré depuis dix ans ou même cinquante, si vous voulez; qu'il s\u2019empare des bijoux qu\u2019on lui avait laissés et du corps par dessus le marché, qu'il transporte tout cela chez lui à titre de propriétaire de ce qu\u2019il appellera une trouvaille, et ce sera un beau concert d imprécations! De plus, l\u2019amateur de trouvailles sera bien certain de faire connaissance avec la paille humide des cachots ou ce qui en tient lieu dans nos modernes geôles.Tout le monde sera d\u2019accord pour dire qu\u2019il ne Ta pas volé.Ce n\u2019est pas autre chose que cela que font les archéologues et, pour la peine, au lieu de les emprison- ner, on les décore, on leur décerne des honneurs et on les appelle de grands savants.Ce qui motive ce changement d\u2019idées, cette appréciation différente des mêmes choses, c\u2019est que leurs trouvailles à eux, sont enterrées depuis trois ou quatre mille ans au lieu de 1 etre depuis cinquante.Ce qui prouve de deux choses 1 une: ou le temps suffit à changer une action criminelle en bonne action, ou la logique humaine n\u2019existe pas.Je penche plutôt pour cette dernière appréciation.Voyons donc les choses du point de vue archéologique.Sous ce rapport, l\u2019Egypte est bien en effet le pays des merveilles antiques et des ruines d'un immense intérêt.Aux abords de Thèbes, ville célèbre qui fut l\u2019ancienne capitale de (Suite à la page 52) 999999 NOUVEAU PNEU IRESTONE vous offre maintenant un pneu 1\"\u201c1 renforcé de deux épaisseurs supplémentaires, sans la moindre augmentation de prix ! Pensez-y \u2014 plus de force, de sécurité et de millage pour le simple prix des pneus ordinaires.Aucun autre pneu ne peut vous assurer cet avantage qui augmente de 26% votre protection contre crevaisons et éclatements de pneus et vous permet de rouler sans danger à n'importe quelle vitesse.En outre, seuls les Pneus Firestone sont coussinés à la gomme pour accroître de 58% la flexibilité des cordes et rendre le corps du pneu plus robuste et plus résistant.Seuls encore les Pneus Firestone ont une bande de conception vraiment scientifique, antidérapante et à roulement silencieux, prolongeant leur durée de 26% et augmentant leur traction et leur sécurité.Ces trois avantages\u2014 exclusifs aux Firestone \u2014-prolongent de 25 à 40% la durée des pneus \u2014 sans qu'ils coûtent plus cher.Les matériaux et l'exécution de chaque Pneu \u201cGrande Vitesse\u201d sont garantis pour toute la durée du pneu.Vous trouverez un dépositaire Firestone près de chez vous.Expérimentez vous-même, dès aujourd'hui, les avantages addition-ncls des Pneus Firestone.Ôcoutez \\.\\v \\ DEUX PLIS de CORDE SUPPLÉMENTAIRES SOUS IA SEMELLE SANS COÛT ADDITIONNEL MATERIEL ET MAIN-D\u2019OEUVRE fcrarantis pour toute la durée du pneu imm mmz A\u2019Mnplûh/jur icà pluù pmù cJiauùùureù S888É: .m '\t-\u2018'/y trr Sk'ttsH -3«f i : ¦¦ 23 avril 1932 17 LISEZ NOTRE NOUVEAU FEUILLETON feuilleton du Samedi ' L\u2019AMOUR SAUVEUR \u2018Par facques ^Brienne PREMIERE PARTIE I Quand on va de Nogent à Bry, en suivant la route qui longe la rive droite de la Marne, on l\u2019encontre, avant d\u2019arriver au pont de Bry, une maison en pierres blanches d\u2019aspect singulier, qui retient toujours un instant l\u2019attention du passant.Cette construction, qui a certainement plus d\u2019un siècle d\u2019existence, est séparée de la route par une haie vive et par un jardin, vestige d\u2019un parc qui a dû être très beau.A travers les grands arbres qui la masquent en partie, la maison apparaît calme et silencieuse et même un peu mélancolique.Un large escalier formant terrasse conduit au premier et unique étage, qui contient à la fois le salon, la salle à manger et les chambres à coucher.La cuisine et la salle de bains sont au rez-de-chaussée sur le devant; sur le derrière se trouvent de vastes hangars.Pendant longtemps, la Maison Blanche, comme on l\u2019appelle dans le pays, est restée inhabitée, faisant songer, avec sa forme basse et ses volets hermétiquement dos, à une tombe.Puis, un jour, au milieu de l\u2019été, une équipe d\u2019ouvriers s\u2019est abattue sur elle, et, en moins d\u2019une semaine, la maison a perdu son aspect funèbre.Le jardin s\u2019est embelli de fleurs; de grands vases garnis de plantes vei\u2019tes ont été placés sur les marches du perron ; des oiseaux des îles au plumage multicolore ont été lâchés dans la volière.Les nouveaux locataires n\u2019ont pas tardé à s\u2019installer sur les bords de la Marne.Publié en vertu d'un truité avec la Société des Gens de Lettres.Qui sont-ils?D\u2019où viennent-ils?Personne ne le sait.De leur passé on ne connaît rien, ou mieux on ne connaît que ce qu\u2019ils en disent eux-mêmes.Ils avouent sans honte que les débuts de leur existence ont été pénibles, qu\u2019ils ont fait bien des métiers et vu bien des pays, avant de gagner un peu d\u2019argent.Las de végéter dans une boutique à Paris, ils ont eu l\u2019heureuse idée de s\u2019expatrier.Ils sont allés en Amérique, aux Etats-Unis, et ils y ont fait fortune.Fortune, entendons-nous, lis ont amassé de quoi vivre largement, en bons bourgeois de France qui aiment l\u2019aisance et le luxe, mais sans excès.Et dès qu\u2019ils ont eu ce qu\u2019ils souhaitaient, ils sont revenus dans leur pays d\u2019origine avec l\u2019idee bien arrêtée de s\u2019installer dans la banlieue de Paris, pour y couler des jours paisibles et sans souci.Au Ferreux comme à Bry, oü madame Blanchon va a la messe tous les dimanches, les nouveaux venus ont produit une bonne impression.Madame Blanchon est une femme de trente-cinq ans peut-être, fine et élégante, une vraie Parisienne, qui n\u2019a rien perdu de sa grâce native aux pays d\u2019outre-mer et qui semble mieux faite pour se pavaner dans un salon que pour trôner derrière un comptoir.Elle se promène quelquefois sur les bords de la rivière avec son mari.Celui-ci est un homme dans toute la force de l\u2019âge, l\u2019air jovial et bon garçon.Quoi qu\u2019il sorte peu et ne frequente pas beaucoup dans le quartier, il n\u2019est pas lier pour un sou.Quand il va pêcher à la ligne, il s\u2019arrêtte quelquefois pour causer un instant avec le père Moreau, un vieux bonhomme qui manœuvre un bac en amont de l\u2019île des Loups, non loin de la Maison Blanche.Le passeur ne tarit pas d\u2019éloges sur le compte des nouveaux venus.Il vante leurs mérites à tous ceux qui le questionnent.Un matin, alors qu\u2019il était en train d\u2019embarquer pour conduire sur i\u2019autre rive, madame Palliard, la fruitière du Ferreux, qui approvisionne une partie de la region, M.Blanchon vint à passer et le salua d\u2019un joyeux: \u2014 Bonjour, père Moreau.Ça va toujours comme vous voulez?\u2014 Mais ça ne va pas mal, monsieur Blanchon.et vous?\u2014 Moi, ça va bien; je vais pêcher un peu plus haut, près du pont.Il faut bien se distraire un peu, n\u2019est-ce pas?\u2014 Eh oui ! monsieur Blanchon.Allons, bonne chance! Pendant que le pêcheur s\u2019éloignait, sa ligne sur l\u2019épaule, la marchande questionna le passeur : \u2014 C\u2019est bien le nouveau locataire de la Maison Blanche?\u2014 Lui-même, madame Pal-liard.\u2014 Qu\u2019est-ce que c\u2019est que ces gens-là?\u2014 De très braves gens, bon comme le bon pain.Et rudement riches, allez.On ne voisine pas beaucoup dans ce quartier.Cependant, je n\u2019en entends dire que du bien.\u2014 Ünt-iis des enfants?\u2014 Oui et non.\u2014 Comment cela ?\u2014C\u2019est-à-dire qu\u2019ils ont chez eux une jeune fille, mais elle n\u2019est pas a eux.\u201cC\u2019est une orpheline dont ils ont connu les parents, là-bas, dans le pays d\u2019Amérique, où ils ont fait fortune et qu\u2019ils ont adoptée parce que la pauvre créature était sans famille.\u2014Vous avez raison, père Moreau, c\u2019est du bon monde.\u2014 Plus encore que vous ne croyez, madame Palliard.\u2014 Que voulez-vous dire?\u2014 Cette jeune fille.Elle a un drôle de nom, vous savez.Figu-rez-vous qu\u2019elle s\u2019appelle Mildred.\u2014 C\u2019est un nom de son pays?\u2014 Sans doute.\u2014 Mildred, Mildred, répéta deux ou trois fois à voix basse la fruitière.Puis, tout haut: \u2014 Savez-vous, moi, je le trouve joli, ce nom-là.Alors, vous dites que cette pauvre rtille.\u2014Est toujours malade.Elle s\u2019en va on ne sait pas de quoi.\u2014 De la poitrine, peut-être?\u2014 Les médecins ne peuvent pas dire.Et il en est venu, des médecins ! Ah ! monsieur et madame Blanchon ne regardent pas a la dépense quand il s\u2019agit de leur Mildred.\u201cIls ont consulté les plus grands docteurs de Paris, ceux qui se font payer le plus cher.Tenez, il en est venu un avant-hier qui ne se dérange pas a moins de cinq cents francs.\u2014 Cinq cents francs! Est-ce possible?\u2014On me 1 a affirmé, madame Palliard.Et tant d\u2019argent dépensé pour quoi?\u2014 Pour rien.Ah! c\u2019est triste! D autant plus qu elle est jolie comme un cœur.\u2014 Vpus l'avez vue?\u2014Quelquefois, au début, quand elle sortait encore.\u2014Elle est si jolie que ça?\u2014Belle comme un ange, oui, madame Palliard.\u2014Quel âge a-t-elle ?\u2014Dix-huit ans peut-être. 13 23 avril 1932 \u2014Brune ou blonde?\u2014Blonde comme les blés mûrs.Et.avec ça, frêle, délicate, de grands yeux bleus, de longs cheveux bouclés.\u2014Une mijaurée, quoi, riposta madame Palliard, vieille femme maigre et anguleuse, qui n\u2019aimait pas entendre vanter des charmes qu\u2019elle n\u2019avait jamais eus.Le passeur haussa les épaules et ne répondit rien.D\u2019ailleurs le bac accostait et déjà la fruitière s'éloignait rapidement \u2014 car elle était en retard ce matin-là\u2014après un sec: \u2014Au revoir, père Moreau.Le bonhomme garda pour lui la fin de son histoire.Justement, Blanchon lui avait raconté la veille comment il avait connu et adopté Mildred.Le passeur, excellent homme, qui cachait sous une rude écorce un cœur capable de comprendre toutes les délicatesses, en était encore tout attendri.On l\u2019aurait été à moins.Car jamais on n\u2019avait entendu une histoire plus naïve et plus touchante.Et puis Blanchon la racontait avec une telle sincérité! Sa voix tremblait presque et son accent coloré et chaud, qui trahissait, bien qu\u2019il eût couru le monde, l\u2019homme du Midi, donnait une saveur toute particulière au récit.A l\u2019en croire, Blanchon avait connu à New-York les parents de Mildred.Le père de la jeune fille était sous-ingénieur dans une usine à gaz.Il avait une jolie situation, mais aucune fortune et lorsqu\u2019il était mort, jeune encore, il avait laissé sa femme et son enfant dans la misère.La mère de Mildred, minée depuis longtemps par la tuberculose, avait été emportée quelques années après.Et l\u2019on ne sait ce que serait devenue l\u2019orpheline si madame Blanchon n\u2019avait eu l\u2019idée de l\u2019adopter.Elle était seule, sans famille et sans aucune espèce de ressources.Sans douleur et parfailes dans leur action, Miller\u2019s Worm Powders sont toujours un certain et convenable remède pour les enfants qui présentent des symptômes de vers.Ces symptômes sont facilement reconnaissables à de la fatigue fiévreuse se terminant fréquemment en convulsions.Un point de notable importance c\u2019est qu\u2019après que Miller\u2019s Worm Powders ont expulsé les vers, l\u2019estomae et les intestins sont remis ea très bonne condition de santé.Modestement, dans son réeit, le mari laissait à sa femme tout l\u2019honneur de la bonne action qu\u2019ils avaient accomplie en adoptant la jeune fille.\u2014 Que voulez-vous, disait-il, ma femme se désespérait de ne pas avoir d\u2019enfants.Elle ne pouvait voir une mère caresser son bébé sans verser des larmes.\u2014 Comme je comprends ça, répliquait le passeur.La femme est faite pour devenir mère.Une femme sans enfants, c\u2019est quelque chose comme qui dirait un rosier sans fleurs.\u2014 C\u2019est très vrai ce que vous dites là, père Moreau.\u2014 Aujourd\u2019hui les femmes veulent être savantes; elles veulent écrire, pérorer, tout comme les hommes.\u201cQu\u2019elles se contentent donc d\u2019être mères, et elles seront plus heureuses ! \u2014C\u2019est ce qu\u2019a compris ma femme.Et elle a adopté Mildred.\u2014 Elle a bien fait, monsieur Blanchon, et cette bonne action vous portera bonheur.\u2014 Bonheur?Je n\u2019en sais rien.\u2014 Pourquoi douteriez-vous de l\u2019avenir?\u2014 La pauvre petite est bien malade ! \u2014 Bah! la jeunesse aura raison de la maladie.Il ne faut pas se désespérer à l\u2019avance.C\u2019est une crise à passer.\u2014Puissiez-vous dire vrai ! Car, si nous devions la perdre un jour, quel chagrin ma femme aurait! \u201cElle aime sa fille adoptive comme jamais mère n\u2019a aimé l\u2019enfant née de sa chair et de son sang.\u201cLa fillette est d\u2019ailleurs si gentille, si affectueuse, si caressante ! \u201cElle appelle ma femme maman Blanchette.\u201cAh ! il faut les voir ensemble, l\u2019une embrassant l\u2019autre ! \u201cTenez rien que d\u2019y penser j\u2019en ai les larmes aux yeux.\u2014 C\u2019est que vous êtes aussi bon que votre femme, monsieur Blanchon.\u2014 Je ne sais pas si je suis bon, mais je sais bien que je donnerais toute ma fortune pour lui rendre la santé.\u201cEt, malheureusement, j\u2019ai bien peur quelle soit perdue, quoi que nous fassions.\u201cHier encore, il est venu un médecin.Blanchon haussa les épaules et d\u2019un ton désespéré, il prononça : \u2014 Il ne nous a donné aucun espoir.La science est impuissante à combattre ce mal ! Que voulez-vous, du moins nous n\u2019aurons rien à nous reprocher.\u2014 Ça, vous peuvez le dire.Moi, qui vois tout ce que vous faites, je le répète à tout le quartier, et je vous assure que tout le monde vous plaint.\u2014 Nous sommes bien à plaindre, en effet, car nous avons tenté l\u2019impossible pour la sauver et nous n\u2019avons plus d\u2019espoir qu\u2019en un miracle! L\u2019automne est venu, les arbres ont perdu leurs feuilles, et la Maison Blanche où se meurt Mildred, paraît plus triste, plus mélancolique que jamais.La blonde enfant ne se lève plus, et dans sa chambre surchauffée nuit et jour il fait une chaleur étouffante.\u2014 Elle est si frileuse, la pauvre petite, expliquent à la bonne les parents adoptifs de la malade.La servante hoche la tête.Evidemment, la chaleur est une bonne chose; elle est nécessaire, aux malades surtout.Mais tout de même à son avis les Blanchon ont tort.Il fait une telle chaleur dans la chambre de la pauvre orpheline qu\u2019on croirait entrer dans un four.Les journées passent, tristes et monotones.Le soir, quand l\u2019unique bonne est couchée, les Blanchon restent en tête-à-tête, dans la salle voisine.La femme pousse un soupir et, dans un mouvement de mauvaise humeur, elle murmure à l\u2019oreille de son mari quelques mots dans une langue inconnue.L\u2019homme hausse les épaules et il répond: \u2014 Un peu de patience, ma fille.Tout viendra à son heure.Paris n\u2019a pas été bâti en un jour.Justement j\u2019irai demain à Paris.\u2014C\u2019est ça, et moi je resterai seule toute la journée! \u2014 Non, car je n\u2019irai que l\u2019après-midi.Tu sais bien que je n\u2019ai rendez-vous avec lui qu\u2019as-sez tard dans la soirée.\u2014 Au diable tes rendez-vous! Ce que je commence à en avoir assez !.\u2014 Tu parles comme une enfant, Fédora.Tu sais bien cependant.\u2014 Oui, oui, je sais.fit-elle, impatientée.Et un long silence succéda à ce court dialogue.Blanchon et celle qu\u2019il avait appelée Fédora demeurèrent plongés dans une profonde et lointaine rêverie.Le lendemain, comme il l\u2019avait annoncé, Blanchon se rendit à Paris.Il prit le métro à la porte de Vincennes, descendit au Palais-Royal et, sans se presser, gagna les grands boulevards par l\u2019avenue de l\u2019Opéra.Il avait sans doute du temps devant lui car il s\u2019arrêtait aux devantures des magasins, s\u2019attardait aux rassemblements, écoutait les boniments des camelots.Il se laissait, avec nonchalance, entraîner ou arrêter par la foule.Arrivé devant le café de Madrid, il eut une seconde d\u2019hésitation, puis il entra.Il alla vers le fond de la salle, cherchant un coin solitaire, en bourgeois qui veut prendre son apéritif en paix, en rêvant à ses affaires, en lisant un journal, ou en regardant des illustrations.\t.\t* Et, comme le garçon, après le classique \u201ccoup de foulard\u201d, attendait la commande, il dit d\u2019un ton indifférent: \u2014 Donnez-moi un vermouth-citron et les illustrés.Bientôt le garçon revint avec cinq ou six journaux illustrés et le verseur avec ses deux bouteilles.Blanchon surveilla le verseur, se faisant donner beaucoup de vermouth et peu de citron.Il but lentement en feuilletant les publications et en regardant les gravures.A un moment, il tira sa montre, eut un sourire et, du coin de l\u2019oeil guetta vers l\u2019entrée.Justement, la porte s\u2019ouvrait et un grand jeune homme blond, au type anglais et aux manières aristocratiques, pénétrait dans la salle.Désireux de tranquillité, lui aussi, il se dirigea aussitôt vers le coin que Blanchon avait choisi.Le locataire de la Maison Blanche se leva, jeta une pièce blanche sur la table, et, sans attendre la monnaie, il sortit, pendant que le jeune homme blond s\u2019asseyait à la place même qu\u2019il abandonnait.Le nouveau venu posa une main négligente sur les journaux illustrés et commanda une consommation quelconque. 23 avril 1932 ^Samedi 19 Pendant que le garçon s\u2019éloignait pour transmettre la commande, l\u2019Anglais, n\u2019ayant rien de mieux à faire, se mit à parcourir les publications qui se trouvaient devant lui.Il jeta un coup d\u2019œil distrait sur le Sourire et sur la Vie au Grand Air.Mais quand il les eut parcourus et qu\u2019il eut en mains la Vie parisienne, il s\u2019assura, avant de l\u2019ouvrir, que personne ne le regardait.Cela fait, il ouvrât le journal et.entre la seconde et la troisième page, il trouva une enveloppe blanche, cachetée, qui ne portait aucune adresse.Très habilement, sans que nul pût le remarquer, il fit glisser cette enveloppe dans l\u2019une de ses poches.Puis, sans se presser, il regarda les images d\u2019actualité et, à petits coups, il Dut son apéritif.Bientôt il paya, se leva et se dirigea sans hâte vers la porte, 11 monta dans une automobile qui l\u2019attendait et qui le ramena à l\u2019hôtel Bristol, place Vendôme.Seul dans son appartement, l\u2019étranger s\u2019empressa de décacheter l\u2019enveloppe sans adresse qu\u2019il avait trouvée dans le journal que Blanchon avait abandonné sur la table du café.L\u2019enveloppe renfermait une lettre très courte, sans signature et sans aucune formule de politesse.La lettre ne contenait que ces quelques mots, écrits en caractères majuscules: \u201cTout marche bien; avant quinze jours, elle sera morte.\u201d L\u2019aristocratique Anglais eut sur ses lèvres fines l\u2019éclair d\u2019un sourire.Deux fois, il relut ces mots mystérieux.Puis, craquant une allumette, il brûla le papier.Pendant quelques minutes il marcha en silence sur l\u2019épais tapis de sa chambre, plongé dans une profonde méditation.Enfin, il descenuif dîner.Il mangea de bon appétit, en homme qui est content de sa journée.Il s\u2019attarda au café et aux liqueurs.Puis, il sortit à pied, marcha lentement en savourant un fin cigare de la Havane et en rêvant.Sa rêverie était joyeuse.Il ne cessait de sourire.Par instant, des mots, des lambeaux de phrases s\u2019échappaient de ses lèvres.Il éprouvait le besoin d\u2019exprimer a demi-voix les sentiments qui agitaient son ame.\u2014 Comme j\u2019ai eu raison de ne pas douter de la Fortune! \u201cLe hasard avait placé sur ma route un dernier obstacle: une frêle enfant de seize ans! \u201c Fallait-il renoncer à tous mes espoirs?\u201cFallait-il naïvement me résigner?\u201cC\u2019aurait été absurde.\u201cJ\u2019ai su briser l'obstacle, écarter l\u2019enfant.\u201cJ\u2019ai su forcer le destin.\u201cL\u2019avenir est à moi ! Bientôt il fut sur les boulevards.11 continua au hasard, pendant une heure, sa promenade.Puis, passant devant l\u2019Olympia, il s\u2019arrêta pour examiner le programme, affiché à la porte, et, après quelques secondes d\u2019hésitation, il pénétra dans le music-hall.Il paya son entrée, mais il ne prit ni un fauteuil ni une loge.Il resta dans le promenoir.Rencontre singulière ! \u2014Blanchon s\u2019y trouvait aussi ! Les deux hommes eurent plusieurs fois l\u2019occasion de passer très près l'un de l\u2019autre, mais ils ne se regardèrent point.Ils ne semblaient préoccupés que du spectacle.Les numéros se succédaient, de valeur très inégale, les uns enthousiasmant la foule, les autres la laissant indifférente.Mais le jeune Anglais et le locataire de la Maison Blanche étaient, comme on dit, très bon public.Tout paraissait les intéresser également: romances et chansons grivoises, tours de force et danses.Malgré l'inégalité du programme, nul ne quittait la place.Tous les spectateurs attendaient le dernier numéro, le grand succès du jour.C\u2019était une série de ces danses lumineuses qui, pendant quelque temps, à plusieurs reprise, firent fureur à Paris.Une Espagnole, la belle Rosi-ta, y mêlait, en une originale harmonie, les grâces flottantes de la Loïe Füller et les poses savantes dTsadora Duncan .Pour donner toute sa valeur aux flammes qui entouraient de spirales multicolores le vol élégant de la danseuse, on faisait l\u2019obscurité dans la salle.Hasard singulier! Au moment même où les lumières venaient de s\u2019éteindre, au moment même où tous les promeneurs s\u2019étaient arrêtés, les yeux fixés sur lu belle Rosita, Blanchon et le jeune Anglais se trouvaient à côté l\u2019un de l\u2019autre ! Tous deux manifestaient un véritable enthousiasme pour la jolie danseuse.Ils avançaient la tête et ils tendaient le cou pour ne rien perdre du gracieux spectacle qui terminait la soirée.De temps à autre, le père adoptif de Mildred laissait échapper un mot, comme s\u2019il n\u2019avait pu contenir son admiration : \u2014 C\u2019est superbe, murmurait-il.Ou bien: \u2014 Je n\u2019ai jamais rien vu d\u2019aussi beau ! Il était si près de l\u2019Anglais qu\u2019il arriva ceci : obligé de se pencher pour bien voir la danseuse, il s\u2019appuya sur le jeune homme à plusieurs reprises ; s\u2019apercevant enfin qu\u2019il gênait son voisin, il s\u2019excusa: \u2014 Pardon, monsieur, excu-sez-moi.\u2014 Il n\u2019y a pas de quoi, monsieur, s\u2019empressa de répondre l\u2019Anglais, qui n\u2019était pas homme à s\u2019offusquer pour si peu.Et le spectacle continuait.Maintenant, la belle Rosita dansait une danse célèbre : le Pas de la Sabotière, et à l\u2019orchestre les cuivres faisaient rage.L\u2019Anglais et le locataire de la Maison Blanche s\u2019étaient encore rapprochés l\u2019un de l\u2019autre, si l\u2019on peut dire, à tel point que leurs visages se touchaient presque.Et des lèvres de l\u2019aristocratique jeune homme sortirent comme un souffle ces mots que le père adoptif de Mildred pouvait seul entendre: \u2014 Je suis content de toi, Blanchon; achève ton œuvre et ta fortune est faite! 11 Les riverains de la Marne, les habitants de Nogent et du Per-reux n\u2019oublieront jamais les inondations de 1910 et les heures cruelles qu\u2019ils ont vécues durant cet hiver, qui a fait tant de victimes.Sous un ciel gris, lourd de nuages qui pesaient sur la cime des arbres, la pluie ne cessait de tomber, continue et interminable.Nul ne sortait que pour ses affaires; les rares passants se hâtaient sous leur parapluie par les chemins changes en fondrières.Personne n\u2019avait l\u2019idée de canoter sur la rivière, qui ne cessait de grossir, et dont les eaux sales et menaçantes, se heurtant aux piles des ponts, tourbillonnaient comme des tas de feuilles sèches.Les riverains commençaient à suivre d\u2019un œil inquiet le cours de la rivière.Quelques-uns allaient planter des pieux sur la rive pour constater les progrès de la crue.L\u2019eau montait avec une lenteur continue et implacable.Pourtant, on n\u2019éprouvait encore qu\u2019une curiosité plus amusée qu\u2019alarmée.Personne n\u2019avait peur, personne n\u2019abandonnait sa maison, ou ne se préoccupait d\u2019un prochain refuge.Bah! cette inondation serait semblable à tant d\u2019autres.La colère des eaux est inévitable de temps en temps.Mais elle ne tarde pas à s\u2019apaiser, et elle se maintient dans des limites assez étroites.Les journaux, il est vrai, donnaient l\u2019alarme, multipliaient les avertissements et les conseils.Mais il ne manquait pas de gens pour faire remarquer que les \u201cjournaux\u201d brodent et exagèrent toujours.Seul le passeur du bac de l\u2019Ile des Loups hochait la tête quand, au café, il entendait blaguer les journaux.Il sortait un instant pour regarder la rivière.Puis il revenait et il disait: \u2014 Tout de même, l\u2019eau monte toujours! \u2014 Eh bien ! père Moreau, répondait un loustic, quand elle aura assez monté, elle descendra.\u2014 Pourtant si le Petit Parisien disait vrai ! Mais les sceptiques ricanaient : \u2014 Vous êtes un vrai marin d\u2019eau douce, père Moreau.Il en faut peu pour vous effrayer.On commença à s\u2019inquiéter sérieusement quand la rivière, poussant ses flots lourds et envahissants, pénétra dans les jardins, de l\u2019autre côté de la route, entièrement submergée.Alors ce fut un revirement complet.Ceux qui étaient les plus rassurés la veille se montrèrent les plus alarmistes.Ce fut désormais avec inquiétude, puis avec angoisse qu\u2019ils consultèrent les journaux ordinairement méprisés.Ils suivaient avec une anxiété croissante les fluctuations des 20 ^Samedi 23 avril 1932 affluents de la Marne, celles surtout du Grand-Morin.On racontait des accidents.La rivière, disait-on, venait d\u2019emporter un pauvre vieux surpris dans son jardin.Parmi les tourbillons de l'eau sale qui chariait de la paille, des poutres, des tonneaux, on voyait passer quelquefois un chien, un mouton, le ventre gonflé, les pattes raides.Maintenant l\u2019eau pénétrait dans les maisons, et les habitants, fuyant les uns après les autres, allaient chercher un refuge chez des parents, chez des amis ou à l\u2019hôtel.On commençait à accueillir les pauvres dans les mairies.L\u2019inondation devenait une catastrophe.Et les ménagères se lamentaient : \u2014 Ce que ça sera dur à nettoyer et ce qu\u2019il en faudra du chauffage pour sécher les murs, lorsque l\u2019eau se sera retirée ! A la Maison Blanche l\u2019angoisse était plus vive qu\u2019ailleurs.On avait conseillé aux Blan-chon de suivre l\u2019exemple donné par leurs voisins, qui tous avaient fui.Mais ils s\u2019obstinaient à rester.Leur bonne, moins courageuse, s\u2019était retirée chez des parents, au Tremblay.Ils l\u2019avaient laissée partir.Et ils avaient déclaré: \u2014 On ne peut pas songer à transporter Mildred dans l\u2019état où elle est et par le temps qu\u2019il fait.La servante avait hoché la tête; elle n\u2019avait pas osé dire toute sa pensée.Si elle avait eu le courage de parler, elle aurait dit: \u2014 Vous êtes de bien braves gens et j\u2019admire votre dévouement à l\u2019orpheline.\u201cMais ne voyez-vous donc pas que de toute façon, cette eiifant sera morte dans quelques jours.Votre bonté vous aveugle et vous poussez l\u2019esprit de sacrifice jusqu'à la folie.Et la bonne songeait aussi: \u2014 Je ne me crois pas plus mauvaise qu\u2019une autre, mais je trouve vraiment trop absurde de risquer sa vie pour quelqu\u2019un qui est perdu.SOULAGE DE L\u2019ASTHME.\u2014Qui peut décrire le soulagement complet qui suit les souffrances après usage du remède pour l'asthme du Dr J.D.Kellogg?Qui peut exprimer la sensation de joie qui vient quand sa douce et délicate influence soulage les bronches obstruées?Il a fait de l\u2019asthme une chose du passé puur des milliers de gens.11 ne manque jamais, Les bons pharmaciens le vendeut partout depuis des années.La bonne partie, la femme de Blanchon qui, devant elle, s\u2019était efforcée de faire bonne contenance, changea d\u2019attitude.# \u2014 Tu sais, dit-elle à son mari, je ne me sens pas le courage de passer la nuit ici.J\u2019ai peur.Blanchon haussa les épaules.\u2014 Peur de quoi ?La maison est solide, et l\u2019eau n\u2019arrivera jamais jusqu\u2019au premier étage.\u2014 Qu\u2019est-ce que tu en sais?\u2014 Evidemment, je n\u2019en sais rien.\u2014 Alors?\u2014 Alors, nous avons du temps devant nous, puisqu\u2019il n\u2019y a guère plus de cinquante centimètres d\u2019eau au rez-de-chaussée.\u2014 Moi, c\u2019est le bruit de la rivière, la nuit, qui m\u2019effraie.\u2014 Je ne te savais pas si poltronne.\u2014- Et puis si Mildred doit mourir dans la soirée comme tu l\u2019affirmes, je ne me vois pas dans cette maison isolée, entourée d\u2019eau, seule à veiller un cadavre.L\u2019homme ricana: \u2014 Un cadavre qui nous rapportera gros, Fédora.\u2014 Je l\u2019espère bien, car, Dieu de Dieu, tu m\u2019en as fait faire une sale besogne, et je n\u2019aurais jamais cru que cet argent qu\u2019on t\u2019a promis serait si dur à gagner ! L\u2019homme haussa les épaules : \u2014 Dame, on n\u2019a rien pour rien.\u2014 Je le sais.Tout de même.\u2014Dis donc, je croyais que tu avais renoncé depuis longtemps à concourir pour les prix de vertu ! \u2014 Je te conseille de parler ! Et puis ne m\u2019agace pas.Je ne suis pas d\u2019humeur à supporter tes plaisanteries.A ce moment un coup de sifflet se fit entendre.Blanchon et sa femme se précipitèrent à la fenêtre.Le jour finissait.Néanmoins, à travers les arbres, ils distinguèrent une barque qui suivait le cours de l\u2019eau, et dans la barque un homme qui maniait une rame.C\u2019était le père Moreau, le passeur de Tile des Loups.Le vieux marinier cria \u2014 Vous avez tort de vous obstiner.Je viens de l\u2019écluse.On annonce une forte crue pour la nuit.Et puis, le niveau de la Seine est si élevé que l\u2019eau de la Marne ne peut plus s'écouler.\u201cFaites comme tout le monde, fuyez.Fédora poussa un grand cri : \u2014 Je ne veux plus rester ici! Père Moreau, venez nous prendre.Au secours, au secours! Mais le passeur n\u2019entendit pas son appel.Déjà sa barque avait disparu.La nuit arriva, sinistre.Penchée à la fenêtre Fédora affolée, tantôt regardait l\u2019eau monter, tantôt sondait l\u2019horizon, guettant la barque qui la délivrerait, qui l\u2019emporterait loin de ce cauchemar.C\u2019est en vain que Blanchon essayait de la rassurer.La peur ne se raisonne pas.D\u2019ailleurs, lui-même devenait de plus en plus soucieux.L\u2019eau montait avec une rapidité effrayante et l\u2019angoisse qui torturait sa femme finissait par le gagner.Deux fois il pénétra dans la chambre où Mildred agonisait.Deux fois il activa le poêle qui maintenait dans la chambre de la malheureuse orpheline une chaleur étouffante et meurtrière.une chaleur qui hâtait la mort.Car le misérable lui versait, depuis des mois, goutte à goutte, un poison subtil, rapporté des Indes où il avait longtemps vécu, un de ces poisons qui ne laissent aucune trace dans l\u2019organisme, mais qui n\u2019agissent qu\u2019à une haute température.Or, il craignait maintenant que l\u2019eau en envahissant la chambre de sa victime n\u2019éteignit le feu et ne sauvât Mildred.Avec une avidité cruelle, il se penchait au chevet de la jeune fille, et il éprouvait une joie infâme en remarquant qu\u2019elle avait déjà perdu connaissance et que son râle s\u2019entendait à peine.Il lui prit le poignet.\u2014 Le pouls est d\u2019une faiblesse extrême, murmura-t-il.Encore une heure tout au plus et la flamme de vie sera éteinte dans ce corps.Il ajouta dans un rire diabolique; \u2014 Et moi, je serai riche! \u201cRiche à ne savoir que faire de l\u2019or! Un instant encore, tout entier à ses abominables pensées, il resta au chevet de sa victime, sans remords, sans pitié pour l\u2019imiocente dont le visage pale, tout entouré de boucles blondes, ressemblait à ces figures de cire que l\u2019on voit sous verre, dans certaines églises.Ce fut Fedora qui mit lin usa rêverie.\u2014Eh bien! que fais-tu là?dit-elle.Elle regarda Mildred, et elle demeura un instant interloquée.\u2014 Ah ! elle est morte, murmura-t-elle.Elle eut un soupir de pitié.Elle mâchonna: \u2014 Pauvre petite! Mais ce sentiment ne dur» qu\u2019une seconde.\u2014 Puisque c\u2019est fini, dit-elle, viens vite.Et, avec l\u2019autorité que donne la peur, elle ajouta, en le prenant par le bras: \u2014 Allons, dépêchons-nous; il n\u2019y a pas une minute à perdre ; l\u2019eau monte, monte toujours.J\u2019ai aperçu des sauveteurs.Viens.Je les ai appelés.Us sont là.\u2014 Attendons encore, implora l\u2019homme.\u2014 Pour risquer d\u2019être noyés nous-mêmes, n\u2019est-ce pas?Non, non.\u201cEt puis, à quoi bon, puisqu\u2019elle est morte?Mildred était-elle morte?Sans doute.En tout cas, si un reste de vie demeurait en elle, il était bien certain que la pauvre enfant ne tarderait pas à passer du sommeil profond qui l\u2019immobilisait depuis plusieurs heures au sommeil éternel, au sommeil dont on ne se reveille jamais.Au dehors, les sauveteurs s'impatientaient.\u2014 Eh bien, criaient-ils, vous décidez-vous enfin?Blanchon jeta un dernier regard autour de lui, et comme dans un cauchemar, il s\u2019enfuit en murmurant: \u2014 Je puis partir.Le poison a fait son œuvre! Sa femme était déjà dans la barque.11 bondit à sa suite et bientôt la frêle embarcation, emportée par le courant, fila avec la rapidité d\u2019une flèche.Les grandes calamités publiques ont le double don de faire jaillir les plus sublimes dévouements et de produire les crimes les plus infâmes.11 y a dans ces heures tragiques et singulières des hommes qui ont peur et qui ne songent qu'à fuir comme les bêtes; il y a des héros qui courent au danger pour sauver leurs semblables; il y a aussi des aventuriers qui profitent de l\u2019occasion pour voler et pour piller.Les inondations de 1910 provoquèrent, comme tous les cataclysmes, de ces magnifiques 23 avril 1932 ^Samedi zi .v - - ' Wgglj ï i ¦ * -a SS3 S?\u2019;Lfc ®'?Æm mm1 [**»?\u2019V ¦rt* 3\u2014Pendant ce temps, 1e* bandits étaient en routa vers leur repaire.Ils avaient placé l\u2019enfant sur un cheval.6\u2014En ce moment, l\u2019avion portant le Capitaine Jolicoeur survolait déjà les montagnes à 1a recherche des ravisseurs.9\u2014Il commanda aussitôt an pilote de s\u2019enfuir avec l\u2019avion.Le Capitaine se cacha rapidement dans le bois voisin.mÆ mm 12 Ils se dirigèrent ensuite vers leur caban'1 afin de faire rapport à leur chef.Le Capitaine Jolicoeur les suivit.- / t.v v ' : étains no aj-J Magic baking LIVRE DE RECETTES MAGIC STANDARD BRANOS UNITED \u201cNE CONTIENT PAS D'ALUN\u201d.Cette déclaration sur chaque boite est votre garantie que la Poudre a Pâte \"Magic ne contient ni alun ni ingrédient nuisible.Fabriquée au Canada C\u2019est aussi pourquoi la \u201cMagic\u201d est la poudre préférée des ménagères canadiennes.Il s\u2019en vend plus au pays que de toutes les autres poudres réunies.?Pour obtenir les meilleurs résultats possibles lorsque vous employez de la farine à pain, remplacez chaque tasse de farine à pâtisserie spécifiée dans la recette cl-dessus par ~/% de tasse de farine à pain.Si vous cuisez à la maison, vous trouverez très utiles les dou-zainesde délicieuses recettes contenues dans le nouveau Livre de Cuisine \u201cMagic\u201d.Envoyez au jour d'hui le coupon pour obtenir votre exemplaire GRATUIT.y^Tested and Approved by 7tir\tscPiAi 0\u2014arNO Chatelaine Institute La POUDRE A PATE \"MAGIC\" est la seule qui ait été éprouvée et approuvée par Chatelaine Institute, maintenu par The Chatelaine Magazine.1k Chatelaine Magazine STANDARD BRANDS LIMITED la 4 Fraser Ave.& Liberty St., Toronto, Ontario Veuillez m envoyer un exemplaire gratuit de votre Livre de Cuisine \u201cMagic\u201d.Nom.Adresse.Ville.\tPruv.:v ¦, \u2022 . 23 avril 1932 Skfikmedl Ties MOTS OSÉS IL Y A CINQ ANS Elle veut savoir mais elle déteste s\u2019informer .signe de fausse modestie chez certaines femmes.zA\\ UJOURD\u2019HUI les femmes doivent affronter un nouveau problème.La causerie est plus sincère.La discussion est plus libre.De nos jours, les femmes sont peut-être plus éclairées.Et pourtant la situation actuelle est troublante.On pourrait croire que l\u2019état de mystère des années passées était moins dangereux que la confusion et l'erreur actuelles.Comment expliquer que toutes ces causeries ne rendent pas plus clairs certains faits?Que les femmes soient aussi incertaines et inquiètes que jamais?Qu\u2019est-ce qui peut causer, au sujet de l'hygiène féminine, tant de trouble et de discussion?Certaines femmes emploient du poison Quel que soit le point de départ de la conversation on finit toujours par parler d\u2019antiseptiques.Evidemment, il faut un antiseptique, et un antiseptique puissant.Autrefois, tous les antiseptiques-germicides assez puissants n\u2019étaient que des poisons caustiques et bien des femmes croient qu\u2019il en est encore ainsi.Elles vont jusqu\u2019à enseigner cette fausse théorie à d\u2019autres et à donner des conseils sur un sujet qu\u2019elles connaissent mal.L\u2019intention est bonne, mais la doctrine qu\u2019elles répandent est dangereuse.Zonite est sût Le temps est passé où l\u2019on doutait de l'à propos de l\u2019hygiène féminine.Les femmes savent qu\u2019il ne leur faut rien autre chose qu\u2019une propreté de chirurgien.La réputation du chirurgien est depuis longtemps établie.Personne mieux que lui comprend que les femmes savent choisir leurs modèles.Il peut juger, plus que les femmes elles-mêmes, de l\u2019importance et de la nécessité de cette habitude.Mais le médecin vous mettra en garde contre les poisons.\u201cVous devez certainement pratiquer l\u2019hygicre féminine, vous dira-t-il, mais n\u2019employez pas des antiseptiques à base de »WWWmWVV»WW r\t- m ^ jf -, ffifà !**% -¦ ® L* *\t« *-'fl ' %, *** Vo, ous vous reprocherez un jour de n\u2019avoir pas un plus grand nombre de précieuses photographies que le temps ne peut altérer.Un simple instantané comme celui-ci peut maintenant être naturel, grâce à une nouvelle pellicule qui ne nécessite pas l\u2019exposition du sujet à la lumière forte.Pour avoir des photos claires, bien détaillées, même à l\u2019ombre, servez-vous de la pellicule Kodak VERICHROME.L\u2019illustration ci-haut est un agrandissement d\u2019un négatif Verichrome 3!4 x 4%.Demandez Verichrome à votre marchand.Canadian Kodak Co., Limited, Toronto, Ont.m % Bbi ms s 'i g«Ba»6B« 56 3&£kmzdi 23 avril 1932 ig$2 nous apporte de Magnifiques Nouveautés 4204 4 189 4 199 Mi 4 252 4 204 \u2014 Voici un nouveau décolleté très simple.Pour 36 de buste, ( gr.18), 5 verges de taffetas de 39; lVs v.de contrastant de 39.Pour gr.14 à 20; 32 3 38 de buste.\t50 cents.4 199 \u2014 Ce modèle de buste est très moderne.Cet ornement d'étoffe tordue est tout à fait parisien.Pour 36 de buste (gr.18), 5*4 v.de satin de 39.Pour gr.H 3 1 8; 32 à 40 de buste.50 cents.4189 \u2014 La boucle à la ceinture et la dentelle sont très chic.Pour 36 de buste, 436 v.de taffetas de 39;\tde den- telle de 64 pouces.Pour 32 à 40 de buste.\t50 cents 4 252 \u2014 Remarquez le décolleté accentué de cette charmante robe.Pour 3 6 de buste.64 v.de crêpe de soie de 39.Pour 32 à 44 de buste.\t5 0 cents.PATRONS BBITTERICK \u2014 Si votre marchand ne peut vous les procurer, écrivez à: THE BUTTERICK COMPANY.468 Wellington St.West, Toronto, Ont. 23 avril 1932 Sk&a/m&ii 57 Paris nous envoie ses modèles de costumes prmtanmers i -S3 1 6 43 07 4314 42 72 REDINGOTE DE LAINE GRIS FONCE RAYEE, ET ROBE DE CREPE ROSE 4316 t\u2014 Remarquez la largeur de l'ouverture des manches, qui semble élargir les épaules.Pour 3 6 de buste ( gr.18), 4*4 verges de laine à rayures de 54; % verge d\u2019uni de 54.Pour gr.14 à 20; 32 à 40 de buste.\t50 cents.BLEU MILITAIRE POUR MANTEAU ET CHAPEAU, ECHARPE ROUGE ET BLANCHE 4307 et 4272 \u2014 Costume très simple pour le printemps.Pour 36 de buste (gr.18), 2 % v.de grosse laine.Corsage pour gr.14 à 20; 32 à 44 de buste.40c.Jupe pour gr.14 à 1 8; 35 à 4 7^ de hanches.\t35 cents.4298 COSTUME ET CHAPEAU VERT PERSE, BLOUSE BLANCHE.GANTS ET SOULIERS BRUNS 4314 \u2014 Le gilet est un peu plus long que la blouse.Pour 36 de buste ( gr.18), 2% verges de laine de 54; 1)4 verge de soie de 39.Pour gr.14 à 20; 32 à 44 de buste.\t50 cents.MANTEAU DE LAINE BEIGE ET LE RESTE EN BRUN: CHAPEAU, GANTS, ETC.4298 \u2014 L\u2019écharpe peut être portée négligemment telle qu\u2019illustrée ou passée dans l\u2019entaille du collet.Pour 36 de buste (gr.18), 3v.de laine de 54.Pour gr.14 à 20; 32 à 44 de buste.50 cents.¦ ¦ ¦ PATRONS BUTTERICK Si votre marchand ne peut vous le» procurer, écrivez à : THE BUTTERICK COMPANY, 468 Wellington St.West, Toronto, Ont.¦ ¦ ¦ \u201cMargot, j\u2019ai demandé à Mme Breton, au salon de beauté, comment soigner mes mains irritées par la vaisselle.\u201cEt que t\u2019a-t-elle conseillé?Devine ! De me servir de Lux au lieu de savon ordinaire! Elle prétend qu\u2019il constitue un véritable soin de beauté dans le plat à vaisselle!\u201d Un conseil de 305 fameux salons de beauté Voici commen* transformer en véritable soin de beauté le lavage de la vaisselle! Les experts de 305 fameux salons de beauté disent à ce propos : \u201cNous ne pouvons distinguer les mains d\u2019une femme qui lave sa vaisselle au Lux de celles d\u2019une dont tout le travail est fait par des servantes.Le Lux est si doux pour les mains\u201d.Et ce soin est si peu coûteux! Moins d\u2019un sou par jour \u2014 car la grande boîte de Lux fait la vaisselle de 6 semaines! Lever Brothers Limited, Fabricants de savon brevetés de leurs Excellences le Gouverneur-Général et la comtesse de Bessborough. 58 23 avril 1932 Ch asse la saleté! La Lessive Gillett enlève la graisse, la saleté et les taches les plus tenaces .sans frottage POURQUOI vous fatiguer à frotter et ST J gratter les saletés et les taches ?Chaque fois que vous avez un dur nettoyage à faire \u2014 celui de la maison, des cabinets de toilette ou des tuyaux d\u2019égouttement bouchés \u2014 employez la Lessive pure en ffocons Gillett.Ce puissant nettoyeur ne manque pas d\u2019enlever la saleté.La graisse et les barbouillages sont aussitôt dissous.Les marques et les taches difficiles à enlever disparaissent.* * » Gardez-en une solution à portée de la main dans votre cuisine.Une cuillerée de Lessive Gillett dissoute dans une chopine d\u2019eau tiède ou froide*, constitue un nettoyeur économique qui épargne des heures de travail.Demandez à votre épicier de vous donner la Lessive pure en Flocons Gillett.BROCHURE GRATUITE : La brochure de la Lessive Gillett est remplie d'utiles suggestions sur certains nettoyages spéciaux Demandez-eU un exemplaire.Standard Brands Limited, Fraser Ave & Liberty St., Toronto, Ont.\u2022Ne Jamais faire d 1 s -soudre 1 a lessive dans l\u2019eau chaude.L'action de la lessive elle-même r é -chaut-te l'eau.LA LESSIVE G T T T D TT MANGE LA 1LLC 1 1 SALETE ¦SüftS»» p'aiwiS p's, ^ DANS LES SABLES par Maurice-Ch.Renard OUS avions projeté, Ca-horel et moi, de gagner le Mont Saint-Michel par les grèves.Une idée en l'air, sottement lancée en bavardant, sous l\u2019ombre d'une fraîche tonnelle.Mon compagnon l\u2019avait saisie au vol et il s'y était attaché avec un tel entêtement, ce Breton, que je n a-vais pas tardé à regretter une parole jetée à la légère.Il court tant de mauvaises histoires sur les enlisements de la baie .\u2014 D'abord, argumentait Caho-rel, mon devoir de peintre m impose cette traversée à pied sec.C\u2019est bien le diable si de Genêts au Mont, je ne trouve pas matière à une pochade originale.Et puis, pense donc, nous verrons de près Tom-belaine, dont les touristes ne connaissent guère que la lointaine silhouette de lion trapu, couché à même les sables.Tiens, plus j\u2019y songe .\u2014 Très joli, mon vieux, qu\u2019est-ce que tu fais des risques de l'expédition?Avec ces sacrés sables mouvants, sait-on jamais?Mais pendant notre halte d\u2019un jour, dans l\u2019auberge de Genêts où nous étions arrêtés, Cahorel avait eu le temps de mettre au point notre excursion : \u2014 Ne t\u2019inquiète pas de ça, tran-cha-t-il.Les sables mouvants?Des histoires inventées par les gens du secteur.Il faut bien qu\u2019on croie au danger, sinon, les guides feraient faillite.Du reste, j\u2019ai déniché cet après-midi, en rôdant dans le pays, un convoyeur qui nous prendra demain matin et dont tu me diras des nouvelles .A l\u2019aube, l\u2019homme fut exact au rendez-vous.Un grand gaillard rasé, correct et froid, le regard énergique et clair, avec je ne sais quoi dans l\u2019allure ou dans le costume qui rappelait le Sammy en campagne.Le grand feutre peut-être, qui lui coupait le front au ras des sourcils.Cahorel ne manqua point de sourire de mon étonnement.\u2014 Ce n\u2019est pas un guide comme celui-là que tu attendais?Viens un peu que je te le présente: William Burnes, plus connu au cinéma sous le nom de Will, le cow-boy.Mais celui-là même dont tu as admiré à l'écran la froide audace.Will, le roi du ranch .Le roi du ranch me tendit gravement la main et, sans autres explications, donna le signal du départ.Ce ne fut pas long, je vous prie de le croire, et je n\u2019avais pas eu le temps de me remettre de ma surprise, ni de mesurer la gravité de notre commune folie que déjà nos pieds, chaussés d\u2019espadrilles, imprimaient leurs pointures sur le sable blond de la grève.Pour se dérober à mes récriminations, Charel avait pris la tête du groupe, et marchait en direction de Tombelaine, tout en sifflotant.C\u2019était trop bête aussi, de partir en expédition, au travers d\u2019une baie dont les gens du Mont eux-mêmes ne possèdent pas tous les dangers, sous l'unique conduite d\u2019une vedette de cinéma.Pourtant.Will-le-cow-boy paraissait connaître la route.Au bout de cinq minutes, il desserra les dents, et, sans hésiter: \u2014 A gauche, commanda-t-il à Cahorel.Puis, comme je paraissais manquer d\u2019enthousiasme, il me rassura, dans un français excellent: \u2014 Ne craignez rien, fit-il.Votre ami vous fait joliment marcher depuis notre départ.Je suis du pays.Je respirai: \u2014 Parbleu! Je savais bien que c\u2019était une blague.Vous n'êtes pas William Burnes.Notre guide alluma une cigarette, avala la fumée, puis tranquillement: \u2014 Si fait.Je suis exactement l\u2019homme que vous a dit votre ami.Mais, ce qu'il ne vous a pas confié, c\u2019est que, de mon vrai nom, je me nomme Quinette, et que je suis originaire de Genêts, où je passe en ce mQment mes vacances .C\u2019est drôle, hein?Simple histoire, d\u2019ailleurs.Parti à quinze ans en Amérique pour y faire fortune, j\u2019ai débuté dans le Far-West, en qualité de cow-boy, et puis, parce que j\u2019étais bon cavalier et bon tireur, je suis tout naturellement venu au cinéma.Ça vaut aussi bien, je vous le promets, que de prospecter de problématiques mines d\u2019or dans le Klondyke ou de cirer des chaussures à Frisco.Le côté original de l\u2019aventure m\u2019avait immédiatement séduit.Cette fois, j\u2019éclatai franchement de rire: \u2014 Si je vous disais qu\u2019il y a une demi-heure j\u2019étais tout disposé à prendre bravement la fuite et à vous fausser compagnie.Je veux bien que le ranch n\u2019ait pas de secret pour vous, mais accordez-moi que j\u2019étais fondé à me méfier de vos connaissances en matière de sables mouvants .Entre nous, d'ail-(Suite à la page 59) tfAUS 'HICKÉ* BROïtf.é _f^)élici£MAe, ç^crujie aiL^Joulet POUR le lunch, le dîner, les invalides, rien d\u2019aussi délicieux et appétissant que la Soupe au Poulet Concentrée Halls.La Soupe au Poulet Halls a ce goût savoureux et délicieux qui aiguise l\u2019appétit le plus rebelle.L\u2019essayer c\u2019est l'adopter! 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Les grains de Blé et de Riz soufflés sont le choix unanime des enfants.\u201cParce qu\u2019ils ont meilleur goût.\u201d Voilà pourquoi les petits, sans exception, préfèrent tout d\u2019abord les Grains Soufflés.Voilà pourquoi ils les ont choisis parmi 1 1 espèces de céréales du même genre comme étant \u201ccelles qu\u2019ils aiment le mieux.\u201d Ces grains sont aujourd'hui plus savoureux et plus appétissants que jamais.Il n\u2019y a pas d\u2019autre céréale qui convienne mieux aux enfants.Il n\u2019y a pas d\u2019autre céréale, dont chaque cellule soit éclatée à la vapeur pour la rendre plus digestible et qui soit plus nourrissante et plus appétissante que le riz et le blé.Procurez-vous, aujourd\u2019hui même, chez votre épicier, ces nouveaux grains de Blé et de Riz soufflés.Vous verrez que les membres de votre famille s\u2019intéresseront davantage au déjeuner.* * * Un autre produit Quaker .les Flocons de Maïs Quaker (Corn Flakes) .plus croustillants, plus délicieux que jamais, grâce à leur enveloppe de papier ciré triplement cachetée.Les seuls Flocons de Maïs à contenir la Vitamine solaire D.Préparés au Canada par The Quaker Oats Company.Quaker Puffed Wheat and Puffed Rice ' COLD SEAL GUARANTEE SATISFACTION CÜABANTEED OR YD UR MONEY BACK - UMDVC SIAL WTT» * * fc Ci-dessous: Carpette Congoleum \u201cGloria\u201d, No 636 \u2014 Lea prix du Congoléum sont actuellement très bas .très avantageux, et dans tous les magasins, des occasions exceptionnelles vous sont offertes en fait de Carpettes Congoléum Sceau d\u2019Or authentiques.Mais n\u2019oubliez pas qu\u2019il y a occasions et occasions! Le marché est en ce moment inondé de marchandises de toutes sortes, offertes à prix inférieurs justement parce qu\u2019elles sont de qualité inférieure.Soyez donc sur vos gardes quand vous entendez quelqu\u2019un vous dire \u201caussi bon que le Congoléum\u201d.Ne vous exposez pas aux désappointements.Ouvrez vos yeux tout grands et gardez votre bourse bien fermée \u2014 au moins jusqu\u2019à ce que vous ayez vu le gros Sceau d\u2019Or collé en plein sur la carpette.Vous pourrez alors acheter en toute confiance, car vous achèterez une véritable Carpette Congoléum .et vous vous assurerez beauté, durée et satisfaction, c\u2019est-à-dire valeur maximum pour votre argent.CONGOLEUM CANADA LIMITED MONTREAL Fabriqué au Canada \u2014 par des Canadiens \u2014 pour les Canadiens.\u201cEpatant\u201d, dit Jules, le garçon livreur.Il sait que s\u2019il laisse des traces de pas sur cette carpette, la ménagère pourra facilement les enlever à la vadrouille.Même lui peut apprécier la différence que peut faire une carpette.Ce patron est le \u201cLucerne\u201d, No 633.Carpettes Congoléum Sceau d\u2019Or Ci-dessus: Carpette Congoléum AVALON.No 628 ouvrez vos yeux avant d\u2019ouvrir votre bourse "]
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