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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 22 janvier 1916
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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  • Nouveau samedi
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Le samedi, 1916-01, Collections de BAnQ.

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[" 40 PAGES Lire: Pages 8 et 9, L\u2019Anabiose, nouvelle futuriste, par Louis Roland.40 PAGES VOL.XXVII, NUMERO 33 MONTREAL, 22 JANVIER 1916 Journal Illustre Hebdomadaire 5 Cts Le Numéro LA JOIE DU FOYER.mw&wimP®- .n- LE SAMEDI Vol.27, No 3.3.Montréal, 22 Janvier 1916 FOURRURES Vente de Janvier escompte variant de 20% à 35% MANTEAU MoutondePerse VALEUR DE $175 à $300.\u2014 pour \u2014 $115 à $240 VOYEZ NOS PRIX ET COMPAREZ NOS MARCHANDISES Normandin, Turcotte Ltd.\u2014 Successeurs de \u2014- 0.Normandin,stëciilineo (En face de chez Almy) Vin St-Michel Si vous êtes faible, anémique, épuisé, abattu, il vous faut des forces nouvelles\u2014un sang nouveau.Le Vin St-Michel est un tonique, un reconstituant, un créateur de sang et un aliment des nerfs.C\u2019est un vin généreux et délicieux, possédant des qualités reconstituantes sans égales.micHti r\u2018~ NSM! OA**2 Le Vin St-Michel doit se prendre à la dose d\u2019un verre à vin avant les repas et chaque fois que le besoin s\u2019en fait sentir.Faites-en l\u2019essai dès aujourd'hui, vous serez agréablement surpris de la vie nouvelle qu\u2019il vous donnera.En Vente Partout Boi vin, Wilson & Cie Limitée, Seuls Agents, Montréal Entera Drag Co., Bolton, Ms».Agents pour lesE.-U.RESERVEZ DES MAINTENANT VOTRE NO DE LA REVUE POPULAIRE DE FEVRIER CHEZ LES DEPOSITAIRES I CHAQUE MOIS LA VENTE UE CETTE INTERESSANTE REVUE EST TRES ACTIVE ET LES RETARDATAIRES NE PEUVENT SE LA PROCURER.10c LE NUMERO.9001 aonoi aoi aoBcaaoi 301 O a e> D O O D O Pourquoi ne pas installer un Réservoir a eau ehaude Ce qui signifie le confort et l\u2019économie d\u2019argent et de temps.De l\u2019eau chaude pour tous les usages après quelques D minutes d\u2019attente.Venez nous voir AUJOURD\u2019HUI et nous vous ferons une démonstration ou téléphonez à Main 4040 et un de nos représentants ira vous voir.VOUS POUVEZ L'OBTENIR EN DONNANT $6 COMPTANT La balance $1.par mois pendant 14 mois Au comptant le prix est de $17.50 INSTALLATION GRATUITE THE MONTREAL LIGHT, HEAT & POWER GO.ion o D O O a 0E3OI Rues Crvtig et Stlrliain.35K Ste-Catheriiw O.x:îl ru- Ste Catherine, Maisonneuve 55 rue Notre-Dame, Lachine.1007 Ave.Mont-Royal K.Jf!-g'tt=ioiaioi\u2014iLaj.;:=iQE=ioi\u2014 - miimnc 1\tinr-grtr.\u2014 O D O AVIS A NOS LECTEURS o B D O O D o o D o Noua informons notre clientèle que l\u2019Edition de L\u2019ALMANACH DU \u201cSAMEDI\u201d pour 1916 EST COMPLETEMENT EPUISEE en ce qui concerne le stock que nous possédions à nos Bureaux o D o aOBO Eu conséquence, ceux qui voudront se procurer cet intéresse ut petit livre devront S adresser aux Dépositaires et non à nos Bureaux on les commandes ne pourraient être remplies.! SR I i I I i 1 if I Vol.27, No 33, Montréal, 22 Janvier 1016 LÉ SAMEPt 3 ABONNEMENT (Payable d\u2019avance) Canada et\tMontréal Etats-Unis\tet Europe Un an .$2.50\tUn an .$3.50 Six mois .1.25\tSix mois .1.75 Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de 8 jours, l\u2019empaquetage de nos sacs de malle commençant 6 jours avant de les livrer à la poste.D o O n o Fondé en 1889 LE SAMEDI JOURNAL ILLUSTRE HEBDOMADAIRE Organe du Foyer Domestique PRIX DU NUMERO : 5 Cts Entered March 23rd 1908 at the Post Office of St.Albans, Vt., as second class matter under Act of March 3rd 1879.O 0 o o 0 o HEURES DE BUREAU : De 8.30 a.m., à 5.46 p.m., tous les jours, excepté le samedi, de 8.30 a.m., à midi.Tarif d'annonce fourni sur demande.POIRIER, BESSETTE & CIE, Têl.Main 2680,\tPropriétaires.200, Boul.St-Laurent,\tMontréal.sab* Carnet Editorial Haute Morale ï Ceux qui suivent régulièrement cette chronique se souviennent des critiques que j'ai formulées, à diverses reprises contre les tableaux dénués de sens et d\u2019intérêt dont Certaines compagnies cinématographiques nous inondent.\u2022 Te regrettais, en même temps, qu\u2019on ne se servit pas du cinématographe comme moyen d\u2019instruction, de moralisation et, en-tre temps, de délassement spirituel.Cela ne signifiait nullement que j'étais un adversaire de la mécanique à manivelle car, au contraire, j\u2019avoue carrément que je passe volontiers mes rares instants de loisirs dans une salle de vues quelconque, en recherchant de préférence celles où .le programme mérite d\u2019être vu.J\u2019ai donc, avant de fixer mon choix, visité à peu près tous les établissements de ee genre qui existent dans notre bonne ville de Montréal.Ce n'était pas toujours drôle mais, pour parler en connaissance de cause, il fallait bien en passer par lia.Aujourd\u2019hui mon choix est fait et mes fréquentes visites se bornent à un très petit nombre de théâtres qui seront certainement forcés d'agrandir lent salie pourtant déjà vaste s\u2019ils arrivent là la prospérité qu\u2019ils méritent et que je leur souhaite de grand coeur.Cue chronique comme celle-eu près de cinquante mille dollars.C\u2019EST l'affaire des garçons d\u2019embrasser les filles dans deux occasions : quand ils les connaissent poux entretenir l\u2019amitié, et quand ils ne les connaissent pas, afin de faire connaissance.UNE JEÛNÉ FILLE ne devrait jamais être jalouse car elle paraît douter ainsi de ses propres charmes et craindre ceux de sa rivale.A noter que ceci s'applique fort bien aux jeunes gens.LE TIRE-BOUCHON est l\u2019outil de ceux qui ont davantage confiance en leur bonne étoile qu\u2019en leur travail.LE MEILLEUR moyen d\u2019apprendre beaucoup ; c\u2019est de ne rien dire soi-même et d\u2019écouter ceux qui parlent trop.UN BEBE parle plus ou moins tôt; tout dépend de l\u2019imagination de sa maman.FEMME rit quand elle peut, Et pleure quand elle veut C'EST seulement celui qui gagne l\u2019argent qui en connaît toute la valeur.APRES LES FETES \u2014G\u2019Veffra/yant, c'qu\u2019il tient de boisson ce verre-là.jamais j\u2019serai capable de tout avaler.me* 'liilH'pHfi km vais point à l\u2019auteur du mot d\u2019esprit car je tiens à faire plaisir à ma correspondante mais ce qui sera moins drôle, c\u2019est que je devrai en faire autant pour l\u2019Académie française qui admet l'expression et la classe même dans les traités de littérature, comme figure de mots sous le nom de \u201cMétonymie\u201d.\tI\t! r I De l\u2019Echo d'Alger : Coiffeur à vendre, étant seul dans une jolie vile du littoral.Jusqu'ici on croyait que, seuls, les hommes politiques se vendaient \u201e De la Gazette de Lausanne : Anatole France qui fit paraître à 8 ans son ouvrage en 50 volumes.Bigre! c\u2019était un véritable enfant prodige! Du Petit méridional : Une bombe de 70 kilos, contenant 150 kilos d'explosifs, est tombée sur le hangar principal.La charge de cette bombe dépassait certainement le maximum.De l\u2019Express de Lyon: .Les mains de celles qui \"cachettent cette lettre semblent vous envoyer une douce main ù baiser.Ces femmes-là doivent Être au moins quadrumanes.De Sur le vif : A Ohâteau-Thierry, après le départ des Allemands, notre génie établit, avec des péniches, une passerelle pour passer l\u2019Aisne.Nous arions cru que c\u2019était la Marne qui passait à Château-Thierry mais si notre confrère a pris l\u2019Aisne \u201csur le vif\u201d, C\u2019est que nous nous trompions, sans doute.DEMOCR1TB. 6 LE SAMEDI roi.27, No 33, Montréal, 22 Janvier 1913 CHARLIE DEVIENT RH RENOLOQISTE 1 Charlie s'umUse en voyage.Vouant un polie man qui s\u2019est en- 2 Je prends alors le sifflet, dit-il, et je commence à siffler \u201cTip-dormi, une idée lui passe alors par la tête et au même moment, il perary\", une foule de personnes est renne m'acclamer et en même aperçoit le sifflet du policeman.\ttemps, ayant fait la quête, j\u2019en ai retiré: une jolie petite somme.* \u2018¦eue ZD, s\\\\f (TtôWïëT \\ \u2022?/ Z wmm 3 Et alors, voyez-vous, j\u2019ai pu acheter un petit commerce.J'ai donc acheté l\u2019atelier d'un phrénologiste qui me l'a rendu à un prix avantageux.0 Ainsi je lui ai donné un gentil petit coup de maillet sur le crâne, et une grosse bosse ne tanta pas à faire son apparition, Vous arez enfin une bosse, lui dix-je ! Et c'est inutile de vous répéter ce qu\u2019il m'a répondu c'était volumineux! effrayant! terrible! 4 Et me voici installé.Le même jour, un rieux millionnaire est venu me consulter sur cette science.Je le fais asseoir immédiatement.en lui.disant que je ferais mon possible pour tout découvrir.7 Eh bien! voilà monsieur.Vous ne pourrez /ms dire à présent ijne vous n\u2019avez pus une, belle grosse bosse de science.Et bon marché pour le prix.Les termes sont \u201ccash\".Oh! c'est en effet une magnifique bosse! lui dis-je de nouveau.5 Oh! pas beaucoup de bosses, monsieur ; votre crâne est semblable à un gros morceau de lard salé.Mais quoi, dit le millionnaire, n'avez-vous pas encore découvert la bosse d'esprit.¦S Et l'étranger avait un regard terrible que je n'aimais pas.Aussi, je m'empressai de disparaître et me saurai à toutes jambes tout en jonglant encore ù un autre tour que je roulais jouer le plus tôt possible.LES EGOÏSTES LE PLUS PETIT PERROQUET DU MONDE La marquise du Deffand, qui vivait au XYIIIe siècle, était la personne la plus égoïste que l\u2019on connût.Elle avait une maladie qui l'obligeait à passer dans son lit plus de la moitié de sa vie, ce qui ne l\u2019empêchait pas de recevoir beaucoup de monde.Un jour, plusieurs visites arrivèrent à la fois chez elle; elle était couchée.On se plaignait en entrant de la fraîcheur de la chambre: \u2014'Comment, dit-elle, il fait done bien froid! On l\u2019assure qu\u2019il gelait à pierre fendre; alors tdle sonna précipitamment.On était charmé, on crut qu\u2019elle allait demander du bois ; point du tout.\u2014Apportez-moi, dit-elle, un chaud couvre-pied.Après avoir donné cet ordre, elle parla d\u2019autre chose.Une expédition britannique qui a exploré le massif inconnu des montagnes Neigeuses, au coeur de la Nouvelle-Guinée, a fait parvenir au Muséum d\u2019histoire naturelle de South-Kensington, 14,000 peaux d\u2019oiseaux et 300 de mammifères, parmi lesquelles se trouvent des pièces de grande valeur.On cite un perroquet adulte, «au plumage vert sombre, dont la longueur, du bout de la queue à la pointe du bec, n\u2019est que de 3 pouces, dimension qui fait de lui la plus petite espèee de perroquet connue 'à ce jour.On cite encore deux nouvelles espèces d\u2019oiseaux de paradis dont le plumage est d\u2019un éclat et d\u2019une variété extraordinaires, VERTE REPLIQUE UNE MOLLE AISANCE \u2014Mais dites donc mon bon, vous gaspillez votre argent d\u2019une manière effrayante! \u2014Oh! Je suis jeune encore, j\u2019ai le temps de mûrir! \u2014Oui, comme le font les poires.sur la paille.Un particulier se présenta un jour à Ferney et s\u2019annonça à Voltaire pour un homme de lettres.\u2014J\u2019ai l\u2019honneur, dit-il, d\u2019être de l\u2019Académie de Ghâlons- elle est, comme vous savez, monsieur, fille de l\u2019Académie française.\u2014Oh! oui.monsieur, reprit Voltaire, et une brave fille qui n\u2019a jamais fait parler d\u2019elle. Toi.Tî, No 33, Montréal, 22 Janvier Ï9ÏCI LE SAMEDI T DEUX AMIS CONVERSENT ENSEMBLE \u2014Suis mon avis et marie-toi.\u2014J\u2019ai en horreur le perpétuel esclavage.\u2014Ah, mon cher garçon, si tu pouvais trouver une femme comme la mienne, aussi bonne, aussi tendre, aussi affectueuse, aussi dévouée.\u2014E'h bien, alors, je vais attendre qu\u2019elle soit veuve.BONHEUR DES CHAMPS \u2014Tiens! retour de la campagne?\u2014Mais oui.\u2014Vous vous plaisiez là-bas?\u2014Je suis enchanté de ma villégiature.\u2014Vous aviez des distractions?\u2014Dame ! je venais chaque jour passer l\u2019après-midi à Montréal.-o- La lumière prend 3 minutes et 30 secondes pour faire le trajet du soleil à la terre.LES a KAN DES SENSATIONS âHi mwmmez Sufiitoez une personne à qui Von a fait prendre lu position ht plus malcommode en lui ordonnant d'avoir quand même le sourin'.supposez encore devant cette personne un appareil barbare, obusicr où canon \u2014on ne sait pas au juste\u2014qui braque sou oeil terrible en plein visage de T infortuné et vous vous direz qu\u2019il s'agit sans doute (l\u2019un supplice terrible destiné aux grands criminels:\u2019 Erreur! rappelez-vous si ce ne sont pas vos impressions à rou s-même chez le photographe.IMPOSSIBLE DE NE PAS REUSSIR Lu.\u2014Je voudrais bien savoir ce que votre père dira lorsque je lui demanderai votre main ! Elle.'\u2014Oh, ne te tourmente pas à cause de cela, cher.Il s'e.st exercé ce matin avec moi.et il a fait cela admirablement.TANT PIS Le patron.\u2014- Eh bien, jeune homme, vous êtes dans ce bureau depuis une semaine seulement, et vous avez déjà cassé trois chaises! Le nouveau garçon.\u2014¦ Bien, monsieur, n\u2019avez-vous pas demandé dans votre annonce un garçon fort et vigoureux?HONNETETE PERSONNIFIEE Marguerite.\u2014 Mademoiselle Lucienne est une gentille jeune tille et surtout très honnête.Marcelle.\u2014'Oui, elle ne veut même pas accompagner un jeune homme au piano sans chaperon.EQUIVOQUE ÇA SE FAIT A DEUX SEULEMENT! \u2014 Ce garçon a un nom terriblement dur.à pronon-\tLui.\u2014Que ferais-tu si j'essayais de t\u2019embrasser?cer.\tElle.\u2014J\u2019appellerais à l\u2019aide.\u2014Qu\u2019est-ee que e\u2019est done que ce nom?\tLui.\u2014Ce ne sera pas du tout nécessaire.Je pourrais le faire \u2014C \u2019est.Pierre.\tseul ! ! BIEN REPONDU La femme.\u2014Et ton bel ami, le maquignon, connaissant mes principes sur la tempérance, a-t-il poussé l\u2019insulte jusqu\u2019à t\u2019offrir un verre de boisson.Le mari.\u2014C\u2019est ce qu\u2019il a fait.La femme.\u2014Et toi?.Le mari.\u2014Ah! pauvre moi, j\u2019ai avalé l'insulte.PAS A COMPARER L'avocat\u2014\u20ac\u2019était un terrible essai pour moi de faire ce discours ce soir.L\u2019auditeur.\u2014Oh! n\u2019en parle pas, mon cher ami; pense donc seulement à tout ce que nous avons souffert, nous! INFLUENCE PATERNELLE Maud.\u2014Jamais nous ne pourrons nous marier sans le consentement de papa.Charles\u2014Je ne pense pas, à moins qu\u2019on ne nous fasse crédit.MADAME S\u2019INQUIETE POUR UN MOTIF SERIEUX, CETTE FOIS 1 Madame.Oh ! cher\u2014oli ! ch\t.r! Manieur.\u2014Mais.Qu\u2019est-ce qu'il a a donc?(Sêï\\ TROP DE CEREMONIE POUR SI PEU! A la table d'hôte d\u2019un petit hôtel de province, où l\u2019on fait maigre chère.\u2014Quel piteux dîner! soupire un convive .\u2014En effet, riposte un autre, point n\u2019était besoin de l\u2019annoncer par une cloche, un grelot aurait suffi.AUTANT DE VOIX QUI MANQUAIENT Le Médecin (au candidat député).\u2014Je vous ai donné onze voix ! Le Candidat.\u2014 Comment, onze voix ! Mais je n\u2019en ai eu que cinq?Le Médecin.\u2014\u2018Oui, mais j\u2019ai retenu au lit six de vos adversaires ! -o- Six mille européens seulement sont compris dans la population de l\u2019île de Cey-lan, qui compte bien au-dessus de quatre milllions d\u2019habitants.¦%____£1 iLJt» ÏRi - 2\u2014Il va nous falloir remettre ce dîner à un autre jour, chéri.\u2014Pourquoi donc, Lucie?3 Monsieur (à part).\u2014 Je crois qu'elle est folle ma femme.Madame.\u2014Tout va mal, cher.Je ne pourrai pas mettre ma robe neuve et les Mailloux ne pourront pas venir et la dinde sera cuite en charpie et.¦4 Monsieur.\u2014 Sois calme, Lucie.Contrôle-toi un peu.Tu te tourmentes toujours trop d'avance.\"i Madame.\u2014Mais, comment peux-tu t\u2019attendre à ce que je sois calme, lorsque la maison est en feu ?hein, chéri. LE SAMEDI Vol.27, No 33, Montréal, 22 Janvier 1916 8 fv\\0 NTREAL J TA T/O/V \"a .par Louis Roland Nouvelle Futuriste ym S*>»bSî 5*; j «5 Ce sont des animaux féroces dont d\u2019espèce a été détruite partout ailleurs que là où ils sont inexpugnables.¦\u2018.Pour en revenir à ce qui te concerne, on va faire une enquête sur ton compte, cela noircira d\u2019innombrables feuilles de papier car la routine administrative en est toujours restée au vieux système, et cela fera quelques centaines de feuilles de papier de plus pour les archives.\u201d Dans un merveilleux aérocar, Jean La-jeunesse a franchi en trois heures la distance qui sépare Montréal de Winnipeg.Il est accompagné du vieux docteur Matheux et d'autres docteurs qui expliquent à Jean les progrès immenses réalisés sur le globe, car nous sommes en Van 2900.Est-ce illusion ou réaütéî C\u2019est ce que nous saurons plus tard.LE TOUR DU GLOBE No 4\t(Suite) L\u2019arrivée à Winnipeg avait été un nouveau sujet de surprise pour Jean.Cette belle ville qu\u2019il avait connue jadis était profondément changée et merveilleusement embellie encore.____Winaiipg est aujourd\u2019hui, dit le docteur Mathéus, un \u201ccentre scientifique\u201d.Cette ville possède des universités estimées dans le monde entier, un observatoire météorologique et astronomique considéré comme le mieux outillé qui soit et un institut central de médecine qui réunit les hommes les plus savants du globe.\u201cC\u2019est à cet Institut que nous allons pour enregistrer officiellement ton retour à la vie et régulariser ton état-civil.Ces messieurs ont été prévenus de ton réveil là l\u2019heure exacte où il a eu lieu et immédiatement une discussion s\u2019est élevés pour déterminer ton âge.\u2014Mais j\u2019ai trente ans, tu sais bien! \u2014Tu as trois âges.Tu avais trente ans quand je t\u2019ai endormi; tu as usé environ dx années de vie pendant ton sommeil, ce qui te ferait quarante en tout mais puisque tu es né en l\u2019an 1870 cela te donne en l\u2019an 2900 où nous sommes, mille trente ans.Tu vois, la chose n\u2019est pas aussi simple que tu le crois.\u2014Mais c\u2019est une question insignifiante que celle-ci! L\u2019essentiel c\u2019est que je suis là, que je vis et que je me sens jeune.A quoi bon cette discussion d\u2019ordre secondaire à laquelle s\u2019occupent de graves savants?\u2014Mon cher, c\u2019est par ordre de l\u2019Ad-mi-nis-tra-tion ! ! \u2014Hein! Qu\u2019est-ce que l\u2019administration peut bien avoir à faire là-dedans?\u2014'Hélas ! Tu sais bien qu\u2019elle met son nez partout, surtout dans ce qui ne la regarde pas.Ah ! sans doute on a réalisé bien des progrès en l\u2019an 2900, on a vaincu le choléra, supprimé le typhus, aboli la guerre, conquis l\u2019espace, dompté les belles-mères et l\u2019électricité, on a presque fait des miracles mais on a dû reconnaître que le mot impossible existait toujours quand on a voulu améliorer l\u2019Administration.\u201cTu as dû remarquer déjà peut-être cette odeur vague de papier moisi qui flotte continuellement dans l\u2019atmosphère.eh bien, c\u2019est celle de tous les documents, toutes les paperasses qui s\u2019accumulent sans trêve depuis des siècles dans d\u2019immenses galeries consacrées à cet usage.Ce qu\u2019il y a là-dedans, personne au juste ne le sait.de courageux explorateurs ont parfois tenté une excursion dans ce labyrinthe mais ils n\u2019en sont jamais revenus.Ils ont sans doute été dévorés par des bêtes au pelage sombre et aux dents longues qui peuplent ces régions et que l\u2019on appelle des rats.Commencé dans le No du 1er jan vier 1916.Tout se passa, en somme, assez rapidement, Jean Lajeunesse fut mesuré, pesé, ausculté, manipulé, interrogé, tourné et retourné de toutes les façons par un comité de savants, puis enfin, on lui donna sa liberté.¦Comme il franchissait les portes de l\u2019Institut avec le vieux Mathéus, celui-ci prit dans sa poche un petit appareil bizarre sur lequel il pressa deux ou trois boutons.Immédiatement, la face antérieure de l\u2019appareil s\u2019illumina et comme dans un miroir apparut le visage ravissant d\u2019une jeune fille en même temps qu\u2019une voix pleine de fraîcheur sé faisait entendre; \u2014'Bonjour mon grand oncle ! \u2014Bonjour, petite Juliette, répondit le vieux docteur.Ya immédiatement au poste No 10 de la Compagnie Bolide; j\u2019y vais également avec mon ami Jean dont je t\u2019ai souvent parlé et qui s\u2019est réveillé aujourd\u2019hui même.Nous allons faire ensemble une promenade au Parc Intemationnal.Cela te plaît-il?\u2014Beaucoup, grand oncle.Dans quelques secondes je serai près de vous.Jean stupéfait avait écouté cet étrange dialogue et son regard interrogeait le savant.Mathéus se mit là rire: \u2014Eh oui.Cela vaut mieux même que le téléjhone de jadis; le nom est presque le même mais l\u2019appareil diffère beaucoup.Ceci est un \"téléphote\u201d portatif\u2014sans fil naturellement\u2014et grâce auquel il est possible non seulement de.se parler, mais de se voir, même à longue distance.\u2014\u20ac \u2019est merveilleux ! 'Et, surtout très pratique mais ce n\u2019est pas nouveau ; cela date d\u2019au moins deux cents ans.\u201cJe viens de prévenir cette petite nièce dont je t\u2019ai parlé et qui ressemble tant a ma soeur; nous allons faire un voyage d\u2019agrément dans un des plus beaux aérocars que l\u2019on ait construit jusqu ici.Je t ai dit que certains de ces appareils marchaient facilement ^y\t\t rnence à dre goût besogne.com-pren-à la 0 \u2014 J\u2019créyais même pas avoir tant de fun à pelleter.7\u2014 Eh !.j'ai ben idée qu\u2019on vient de m\u2019appeler ! 8\u2014Mo v'ia Ju-lot, j\u2019ai assez trav a i lié, j < vais jouer un peu asteurt. Vol.27, No 23, Montréal, 22 Janvier I9l(î LE SAMEDI n 'MÆP.fïf/MM mmm tWsm mm mt® SACRIFICE D'AMOUR GRAND ROMAN INEDIT Par PAUL BERTNAY Q130K\u2014 IOBO RESUME DES PRECEDENTS CHAPITRES\t^ Juliette Tblbaudier était mariée avec Robert d\u2019Harxnont, de ce mariage était née une fille qu'ils avalent nommé Marcelle, cependant un jour.Robert ayant obtenu un divorce, se maria dans la suite avec Arabella Sullivan et ce fut la cause de la mort de Juliette ; la petite Marcelle fut sauvée parle colonel de Croixmaure qui la remit ensuite à son grand'père, où elle devait être élevée; ce dernier ava l une servante qui prit eu aversion Marcelle et qui la maltraita terriblement; il n\u2019.v avait que son oncle Alexandre qui pouvait lui rendre la vie plus douce, ayant cependant fait un mauvais coup, il fut obligé de s'enfuir.Pendant ce tenqw.Robert d'IIarmont qui avait lu sur les journaux la mort de Juliette, souffrait d'une maladie terrible causée par cette affreuse nouvelle.Un jour, Marcelle eut la visite de Mme de Croix maure qui s'aperçut immédiatement qu'elle était bien maltraitée; la comtesse l\u2019emmena alors chez elle où elle fut élevée comme l'enfant de la maison.Plus tard, une petite soeur depuis longtemps désirée, vint encore réjouir le foyer et ces deux enfnnts furent élevées comme deux soeurs.XV A CROIXMAURE No 5\t(Suite) \u2014 Mais, vous ne pouvez donc pas délivrer ma pauvre femme de tous ces bobos, de tous ces malaises, de cette débilité surtout.Car enfin, ce n\u2019est pas grave, tout cela n\u2019est-ce pas, docteur ?.Malgré la confiance qu\u2019il affectait, il y avait vraiment de l\u2019inquiétude dans ses yeux qui interrogeaient.\u2014 Non, répondit le docteur avec un peu d\u2019hésitation.J\u2019espère encore que ce no sera pas grave.Mais, je ne dois plus vous le cacher, il faut maintenant veiller.et de très près.à ce que cela ne devienne pas dangereux.Et comme il parlait très sérieusement, le général se levant de la table où il écrivait, alla vivement à lui.\u2014 Quelle qu\u2019elle soit.dites-moi la vérité, docteur !.\u2014 Eh bien, mon général.sans que cela doive vous effrayer plus que de raison .\u2014 De grâce, mon ami, pas tant de précautions.Elles m\u2019épouvantent plutôt.\u2014 Mais non.Je ne veux dire que ce que je dis.En auscultant Mme de Croix-maure, j\u2019ai trouvé quelque chose dans le poumon gauche.à la partie supérieure.\u2014 Ah ! fit en pâlissant' le général.\u2014 Je vous le répète.Ce n \u2019est pas Commencé dans le No du 25 Déc.1915.Publié en vertu d\u2019un traité avec la Société des gens de lettres.d\u2019une gravité immédiate.Pris à temps, cela peut fort bien se guérir.et nous ne sommes pas encore, il s\u2019en faut, à la période où nous resterions désarmés contre le mal.\u2014 C\u2019est vrai, au moins cela.fit le général d\u2019une voix altérée.\u2014 Je vous en donne ma parole.non pas de médecin.le médecin a le droit de tromper ceux qu\u2019il désespérerait inutilement.Je vous en donne ma parole de galant homme.Si Mme de Croix-maure n\u2019était pas dans cet état de dépérissement, d\u2019anémie, de délabrement physiologique., je vous aurais pas même prévenu.A moi tout seul, j\u2019aurais pris la tâche et la responsabilité de sa guérison.\u2014 Que puis-je donc faire, moi ?.Dites vite, docteur.\u2014 Vous pouvez persuader à Mme de Croixmaure.je sais qu\u2019elle se résignera difficilement.mais cela devient nécessaire.\u2014 Quoi donc \u2014 De se séparer pendant quelque temps de vous mon général.\u2014 Pour aller dans le Midi.Mais certainement.Je ferai tout, d\u2019ailleurs, pour que cela n\u2019amène pas cette séparation dont vous pensez qu \u2019elle serait attristée.\u2014 Là-dessus, pas d\u2019illusion à se faire.Elle en sera profondément désolée, et je m inquiète déjà un peu de ce chagrin qui réagira sur l\u2019état général de notre malade.\u2014 Eh bien ! s\u2019il le faut, je solliciterai une permutation.En attendant, je vais demander un congé.un congé de tout l\u2019hiver.\u2014 Dans ces conditions, rien de plus simple.Et puisqu\u2019il en est ainsi, je vous conseille de partir tout de suite.\u2014 Faites votre ordonnance, mon cher ami moi je suis ici pour l\u2019exécuter.militairement.Où faut-il que je fasse hiverner Mme de Croixmaure ?.\u2014 Sur la côte de la Méditerranée, naturellement.Pas a Nice, ou elle ne pourrait que difficilement mener la vie végétative et un peu rustique, qui, j\u2019en suis sfir, lui rendra bien vite la santé.\u2014 Alors.chez nous.53 14 LE SAMEDI Vol.27, No 38, Montréal, Û2 Janvier 1Ô18 Le médecin, un pen étonné, regarda le général de Croixmaure.\u2014 Chez vous !.J\u2019ignorais.\u2014 Dans l\u2019Estérel, mon cher docteur.J\u2019ai là une espèce de vieux manoir féodal .pas trop habitable.Car, depuis que j\u2019ai pris du service je n\u2019y habite (plus.Mais enfin dont j\u2019entretiens pieu-sement les mura et les toits.de façon à ce qu\u2019ils aient à peu près toutes leurs pierres et toutes leurs tuiles.\u2014 Près de la mer ?.\u2014 Au milieu de bois de pins qui vont jusqu\u2019aux récifs de porphyre rouge battus par la vague.\u2014 Et cela se trouve exactement ?.\u2014 Dans une petite anse, entre Saiut-Raphaël et Cannes.,.l\u2019anse d\u2019Antéor, le chemin de fer passe par là, sur un immense viaduc.Il n\u2019y a pas de village, rien que mon vieux château, qui domine la baie, où parfois, si île vent d\u2019est souffle, les tartanes, \u2014 coanime de grands oiseaux blancs, \u2014 viennent se réfugier.\u2014 Mais c\u2019est merveilleusement ce qui convient.ce qui est indispensable à Mme de Croixmaure.Et il faut qu\u2019elle parte tout de suite.' Vous entendez, mon général, tout de suite.\u2014 Elle y sera dans huit jours.\u2014 Votre fillette se trouvera, d\u2019ailleurs, on ne peut mieux de ce séjour au bord de l\u2019eau.\u2014 Marcelle également.\u2014 Oh ! elle a pris le dessus, celle-là.Elle se porte à souhait.Elle fera courir sur les galets sa petite amie.\u2014 Prenez donc l\u2019habitude, mon cher ami, de dire comme nous : sa petite soeur.\u2014 Et sa petite soeur a besoin aussi d\u2019aller au grand air et au soleil.Elle tient de sa mère elle est délicate.Comment se nomme-t-il, votre château, mon général ?.\u2014 Croixmaure.C\u2019est là que je suis né.\u2014 Eh bien allez vite à Croixmaure guérir Mme la comtesse.et confier aussi votre fillette aux soins du docteur soleil.C\u2019est encore lui, voyez-vous, le plus habile praticien de la Faculté de mêdeci ne.Huit jours après, ils étaient en Provence.Le vieux manoir était bien un peu délabré, mais beaucoup plus habitable que n\u2019ava't dit le général.Au milieu des pins centenaires dont le vent d\u2019est qui, là-bas, souffle à la fin de l\u2019été, avait tordu les troncs noueux, il s\u2019élevait, fruste et carré, sur des terrasses contournées en angles aux vives arêtes, des terrasses qui étaient aussi des remparts.Les fossés avaient été comblés, mais les murailles des anciens bastions conser- vaient toujours leur allure héroïque.C\u2019était la vieille forteresse qui, jadis, avait abrité les gens du pays contre les invasions si fréquentes sur la côte.Par derrière, aux murailles du vieux jardin, on distinguait encore \u2014 et trè-bien \u2014 les crénaux comblés par une ma çonnerie plus récente.Et contre tous ces murs, dans tous ces angles, avaient poussé en liberté de grands figuiers de Barbarie mêlés à dee agaves gigantesques.De toutes ces terrasses tombaient, \u2014 comme une opulente et verte parure, \u2014 des touffes, des tapis de mésemibiryanthè-mes.Et à quelques pas, contre les rochers rouges qui font à cette côte merveilleuse une ceinture de pourpre, la mer bleue poussait ses vagues molles que le moindre souffle d\u2019orage déchaînaient-bientôt en un ressac éeumeux.C\u2019est là qu\u2019ils étaient tous arrivés, procédant maintenant à une installation con fortable, dans ces vastes salles aux fenêtres étroites et aux murailles peintes à fresque, \u2014 plutôt disposées pour se défendre contre les ardeurs du soleil que contre les frimas inconnus aux heureux habitants de ees régions bénies.Et comme-le mal dont souffrait la comtesse n\u2019était pas de ceux qui cèdent rapidement aux puissants remèdes de la vivifiante nature, le général avait résolument organisé dans son vieux château, \u2014 et pour de longues années, pour toujours,\u2014¦ les quartiers d\u2019hiver de tous les siens.Ç\u2019avait été un complet établissement.Le personnel tout entier, \u2014 les chevaux, les voitures, \u2014 avait pris avec les maîtres le chemin de Croixmaure.Quand le 'général, après l\u2019expiration du congé de semestre qu\u2019il avait obtenu, retournerait à son poste, il s\u2019y installerait en garçon, pendant que la comtesse, \u2014 maintenant habituée à cette vie nou veille, à ce rivage qu\u2019on ne quitte plus qu\u2019avec un soupir de regret,\u2014 attendrait patiemment, entre ses deux enfants, les jours de liberté, les jours de vacances, les jours de joie, que le cher absent rendrait le plus fréquents possible.Et puis, l\u2019été, pendant les beaux mois de l\u2019année, c\u2019est elle qui viendrait, soit à Paris \u2014 où il était encore pour quelque temps, \u2014 soit dans la ville de province où il espérait bien obtenir un commandement qui le rapprocherait de Croix-maure.A Nice.à Toulon peut-être.Alors, ce siérait parfait.Mais, désormais, c\u2019est le vieux château baigné de soleil et fouetté d\u2019effluves salins que la comtesse allait habiter.C ast là que les enfants allaient.grandir et se fortifier.C\u2019est là que Dominique, qui avait passé tout à fait au service de ces dames, resterait à poste fixe, et, saris doute, trouverait plus tard ses invalides.C\u2019est là enfin, que, dans une quinzaine u aunées, le général prendrait aussi sa retraite.Il en avait toujours eu le projet.Il aimait cette maison pleine des souvenirs de ceux dont- il était le dernier à porter le nom.Il l\u2019avait quittée bien jeune.et il se la rappelait à peine.Son père, soldat comme lui, n\u2019y demeurait pas.C\u2019est presque par hasard qu\u2019il y était né ; et, depuis, le roulement des garnisons l\u2019en avait toujours tenu éloigné.Son enfance s\u2019était passée dans le nord de la France.C\u2019est là que, grand collégien déjà, il avait joué avec cette bambine aux cheveux blonds qui se nommait Hélène de Marsae.C\u2019est à son retour d\u2019une rude campagne en Afrique qu\u2019il l\u2019avait revue, grande file.qu\u2019il l\u2019avait passionnément aimée et que, malgré la différence de leur âge, il s\u2019était fait aimer d\u2019elle.Mais toujours il songeait à ce vieux manoir aux murailles brûlées par le so leil, qui s\u2019élevait, entre les fourrés de pins sur ce promontoire de porphyre rouge.Là, était le pays natal.là, le tombeau des aïeux.là, il voulait, lui aussi, mourir en regardant la mer bleue.Eh bien, quoi ?.On s\u2019y installerait quelques années plus tôt, voilà tout.Avant de devenir leur paisible retraite, ce serait pour sa chère malade le réconfort et la guérison, \u2014 une assurance de plus qu\u2019elle se plairait dans le pays et dans la maison qui lui aurait, avec la santé, rendu la joie de vivre.Et c\u2019est ainsi que commença leur nouvelle existence.Le général s\u2019était aussitôt inquiété d\u2019une institutrice, pour Marcelle d\u2019abord qui allait sur ses dix ans et dont jusqu\u2019à présent, la comtesse avait pris plaisir à commencer l\u2019éducation elle-même.Maintenant il ne fallait plus songer à ce plaisir qui était aussi une fatigue.Et puis, Lucienne avait cinq ans.Le moment arrivait de s\u2019occuper également de cette gamine blonde.M.de Croixmaure eut la main heureuse.Il trouva une vieille fille, \u2014 une Alsacienne appartenant à une excellente fa mille lamentablement ruinée par la guerre de 1870 et dont le chef \u2014 un officier de mérite \u2014 avait l\u2019enhhoutsôasme opté pour la nationalité française.Mis à la réforme pour ses blessures, il vivait pauvrement de sa maigre pension.pendant que sa fille contrefaite et délicate,\u2014 elle était boiteuse -\u2014 prenait courageusement son parti d\u2019une misère décente qui la faisait souffrir pour .son père plus encore que pour elle-même.Et cependant quel était son avenir î.Quand le capitaine Keller ne serait llllili 54 Vol.2?, No 33, Montréal, 22 janvier 191G LE SAMEDI 16 plus de ce monde.de quoi.comment vivrait-elle ?Ellle avait reçu une forte et solide instruction.Mais, en ce temps de brevets supérieurs et de lycées de jeunes filles, elles courent les rues et elles encombrent les bureaux de placement, celles qui pré tendent vivre en enseignant à d\u2019autres ce qu \u2019on leur a appris.C\u2019est son père, douloureusement inquiet, lui aussi, du sort de la pauvre enfant, qui s\u2019en ouvrit un jour au général de Croixmaure.\u2014 Ah ! disait-il tristement, si je pouvais la caser.Je mourrais au moins délivré du souci qui me ronge.Mais je ne connais personne.Je ne sais où m\u2019adresser .Et puis, l\u2019envoyer chez des inconnue.Ah ! pauvre enfant.pauvre enfant !.\u2014 Elle est instruite, Mlle Keller ?\u2014 Laurence ?.Elle parle l\u2019anglais.l\u2019allemand, cela va sans dire.elle est excellente musicienne, elle dessine.Nous étions dans une belle situation de fortu ne, mon général, et ma fille, qui ne pouvait aller beaucoup dans le monde à cause de son infirmité, s\u2019était passionnée pour toutes les études qui jetaient de l\u2019intérêt dans sa vie de pauvre petite re-dgse.\u2014 Eh bien ! attendez donc !.Ça lui ferait-il peur, deux élèves, à Mlle Laurence !.\u2014 Ah ! mon général, ce serait plus qu'elle n\u2019oserait l\u2019espérer.\u2014 Une, de dix ans, qui sait déjà quelques petites choses.pas beaucoup.attendu que ma femme n\u2019a pas un bagage comme celui de votre fille.Mais qui est d\u2019une intelligence rare.très appliquée, très sérieuse.Une nature d\u2019élite.Et puis une autre de cinq ans.Ah ! ignorante comme une petite carpe, eelledà.mais un amour d\u2019enfant., aimante, rieuse.un peu nonchalante peut-être.Mais c\u2019est parce qu\u2019elle est délicate et frêle.\u2014 Mais.vous parlez de vos deux filles, mon général ?\u2014 Tout juste : mon enfant d\u2019adoption, Marcelle et ma chère mignonne, Lucienne.\u2014 Et vous consentiriez à ce que ma fille.\u2014 Je lui serai très reconnaissant de faire l\u2019éducation complète de mes deux gamines.et chez moi.dans le Midi -.dans le plus bean pays du monde.j\u2019ee père que vous De serez plus inquiet sur l\u2019avenir de votre enfant, mon cher capitaine .\u2014 Ah ! mon général.mon général.Le pauvre homme n\u2019en put dire davantage, mais l\u2019instant d\u2019après tout était réglé et Mlle Laurence Keller fit désormais partie intégrante de la maison.Elle était douce et bonne.Bien vite elle s\u2019attacha à ses petites élèves et se fit aimer d\u2019elles.Les progrès de Marcelle étaient surprenants.Cette petite fille silencieuse, attentive, dont les grands yeux noirs semblaient la dévorer quand elle lui donnait sa Icçod, l\u2019effrayait presque par son application et son ardeur au travail.Et quand Mlle Laurence disait à l\u2019enfant : \u2014 Allons, rPrésor, c\u2019était décidément son nom), allons, Trésor, vous avez assez travaillé.la fillette répondait gravement : \u2014 Il faut bien devenir savante comme vous, mademoiselle, puisque marraine veut que je sois aussi la petite maman de Lucienne.Et ce n\u2019est que lorsque marraine lui disait en l\u2019embrassant : \u2014 Va jouer, Trésor, qu\u2019elle s\u2019envolait, \u2014\tlégère et jolie comme une fauvette à tête noire.XVI UNE PECHE AUX OURSINS C\u2019est ainsi que se passèrent plusieurs années.Mme de Croixmaure n\u2019allait pas plus mal.Elle restait cependant toujours languissante, toujours souffreteuse, \u2014 tou jours, au moindre froid, reprise de cette petite toux sèche, de cette toux nerveuse que le climat de ee beau pays ne parvenait pas à faire complètement disparaître, \u2014 et qui, à tout moment, revenait, insidieuse, persistante, \u2014 inguérissable.Cependant, là-bas, elle avait repris quel ques forces.Parfois même elle se sentait très bien, \u2014\tpresque forte, pre|que vaillante, \u2014 et c\u2019était alors, dans la maison, une grande joie de la voir aller et venir comme autrefois, \u2014 comme avant cette désespérante atteinte.Mais la pauvre femme était la première à dire en soupirant : \u2014 Ça ne durera pas.Enfin, profitons de ce moment de répit pendant que le bon Dieu me l\u2019aeeorde.Par contre, les enfants étaient tout simplement superbes, Marcelle, à présent grande fille d\u2019une douzaine d\u2019années, s\u2019était admirablement développée.Non seulement grandie, mais surtout affinée en une beauté chaque jour plus remarquable.Plus m mce et plus svelte que sa pauvre mère, \u2014 à qui pourtant elle ressemblait d\u2018une ressemblance criante, \u2014 elle avait hérité de son père l\u2019exquise élégance, la finesse de race qui le rendaient si séduisant.Et en la voyant passer \u2014 encore gamine \u2014 déjà fennme par Sa grâce et l\u2019harmonie des mouvements et des atti- \u2014 85 \u2014 tudes, \u2014 le général disait d\u2019elle : \u2014 Cette mâtine-là devient trop jolie.Ça va être dangereux.\u2014 Laissez donc, Raymond, une jeune fille n\u2019est jamais trop jolie.\u2014 Oh ! que si, ma chère !.Lorsque cela dépasse un certain degré, on ne peut plus les marier.\u2014 Quelle plaisanterie 1 \u2014 Je vous assure.Les candidats prennent peur.Ils savent qu\u2019ils courent à une vie de perpétuelle bataille : la bataille du mari tout seul contre l\u2019armée des godelureaux qui convoitent son bien.et dont les escadrons se succèdent.sans répit.sans trêve.Je vous dis qu \u2019il ne faut pas être si jolie que ça.\u2014 Eh bien ! si nous marions pas si vite notre Trésor, nous la garderons plus longtemps-.Croyez-v-ous que cette perspective m\u2019effraye beaucoup Y \u2014 Elle aurait plutôt l\u2019air de vous enchanter.\u2014 Ah ! mon ami, je seTai si désolée quand il faudra me séparer de ma chère, de ma bonne petite Marcelle ! \u2014 Comme vous l\u2019aimez, cette enfant d'adoption !.\u2014 Et comme elle nous la rend bien, cette affection.\u2014 Oui, à moi d\u2019aboffd.et j\u2019en ai une joie infinie, parce que je suis sûre que Marcelle ne perdra jamais le souvenir de celle qui a été bonne pour elle.qu\u2019elle m\u2019en gardera une grande reconnaissance.et qu\u2019elle nous la témoignera un jour ou l\u2019autre.(¦\u2014 Comment /le pourra-t-elle, pauvre petite ?.\u2014 Je n\u2019en sais rien.mais l\u2019occasion se présentera.et alors.elle paiera sa dette.Vous verrez, Raymond.voue verrez.\u2014 En l\u2019état, elle la paie déjà en vous donnant son bon petit coeur.\u2014 A moi.à vous.à Lucienne.Et voyez, dans la maison elle prend les allures d\u2019une grande fille.presque sérieuse .\u2014 Trop sérieuse, même .\u2014 Oh ! que non pas.Avec Lucienne elle joue comme un petit diable.Mais, en même temps, c\u2019est avec un soin jaloux qu \u2019elle veille sur sa soeur, \u2014 qu \u2019elle fait, comme elle dit, sa petite maman .et c\u2018 est eette sollicitude incessante.eette protection 'de thus les instants, c\u2019est cela qui m\u2019enchante.\u2022 ¦ ¦ Oui, j\u2019aime Marcelle de tant aimer Lucienne.et de 'l\u2019aimer ainsi à cause de l\u2019immense affection qu\u2019elle a pour moi.Et puis, Raymond, rappelez-vous ce que je vous ai dit un jour.\u2014 Quand donc cela ?.\u2014 Le jour où je revenais de Brunoy.\u2014 Dans votre voiture ?\u2014 Avec Dominique sur le siège.Dominique avec son uniforme de sa- LE SAMEDI Vol.2Ÿ, No 33, Montréal, 22 Janvier 1916 16 peur.Ce qui faisait même un singulier effet.\u2014 Ah ! brave garçon, c\u2019est lui qui avait eu l\u2019idée.\u2014 Qui vous avait emmenée.\u2014 C'est lui qui, là-bas, au fond du jardin de ce vieux Thibaudier.\u2014 Avait retrouvé ce pauvre Trésor dans son cabanon.\u2014 A côté de cette bête féroce.\u2014 A laquelle il a dû livrer bataille.\u2014\tEh bien, ce jour-là, en ramenant cette pauvre petite blessée qui avait la tête toute ensanglantée.\u2014\t.Qui \"était, Dieu me pardonne, à moitié évanouie quand Dominique, en ouvrant la portière du landau, l\u2019a prise dans vos bras pour la monter au premier étage.\u2014 Oui, ce jour-là, je vous ai dit.Oh ! je m\u2019en souviens bien, allez.Il eut un sourire attendri \u2014 Je crois bien que je m\u2019en souviendrai aussi, en cherchant un peu.Et, fermant à demi 'les yeux, comme pour mieux lire au fond de sa mémoire: \u2014Vous étiez très émue.Vous m\u2019avez dit d\u2019une voix qui tremblait un peu : \u201cVoilà deux fois que la Providence nous apporte cette enfant qui nous tend les bras.Cette enfant qui serait ma joie.\u201d \u2014 Et vous m\u2019avez répondu, mon cher Raymond : \u201cIl ne faut pas- 'repousser le bonheur quand, pour la seconde fois, il frappe à notre porte.Et vous l\u2019avez bien vu.vous l\u2019avez vu tout de suite.Et elle répétait avec une conviction presque passionnée \u2014 Quand je vous demandais de me donner cette pauvre petite orpheline ; j\u2019'étais sûre qu\u2019avec elle le bonheur entrerait dans la maison.Eh bien, il y e®t entré.et je m\u2019imagine fermement qu\u2019avec elle il 'doit y rester.Et comme, à ce moment, \u2019es enfants arrivaient en courant, la conversation du général et de Mme de Croixmaure fut brusquement interrompue.Elle était bien jolie la petite Lucienne qui allait sur ses sept am ; toute blonde, toute rose, avec des yeux d\u2019un bleu violacé que Trésor appelait \u201cmes- pervenches\u201d, \u2014 avec sa belle humeur de fillette bien portante et ses coquetteries d\u2019enfant gâtée.Car dans ce petit monde, Lucienne 'était le gentil \u201ctyran qui n\u2019en fait qu\u2019à sa tête, \u2014 à qui tout cède, tout obéit, \u2014 et qui sait bien la puissance de ses eâli-neries et de ses- caresses.Le général adorait sa fille et Lucienne en profitait pour le mener à la baguette, comme elle menait toute la maison.\u2014On dit que papa est sévère, déclarait elle audacieusement, c\u2019est possible avec ses militaires.mais je sais bien qu\u2019avec moi il n\u2019ose pas.Et comme, en disant cette joyeuse énormité, elle ronronnait comme un tout petit chat joueur eutre les jambes du général, il se contentait de lever désespéré-1 ment les mains au ciel en gémissant : \u2014 Cette enfant est un monstre épouvantable !.Au fond, il était radieux, et la petite futée le voyait bien.Mais quoi ! il approchait maintenant de la vieillesse ; il aurait bientôt cinquante-cinq ans.et ees dernières années pour lui avaient compté double.li était comme tous ces pères déjà arrivés à ce qu\u2019on peut appeler l\u2019âge critique de 1 homme et qui voient grandir, \u2014 encore si jeune, encorè si frêle, \u2014 la petite créature en qui ils revivent; contre cette faiblesse, il restait sans défense.Et voilà pourquoi Lucienne avait mille fois raison quand elle affirmait audacieusement que papa n\u2019osait pas être sévère avec elle.En ce moment c\u2019est élis qui arrivait b première, galopant comme un petit chevreau.Et elle était gentille.elle était drôle avec ses cheveux blonds qu\u2019on laissait flotter sur ses épaules et qui se relevaient., comme une crinière d\u2019or, dans le sillage de son galop enragé.\u2014 Pas si vite, petite malheureuse, tu vas tomber !.Oui, elle était déjà tombée.mais dans les bras de son père.\u2014 Bonjour, papa.bonjour, mère.la leçon est finie.\u2014 Et tu as été appliquée ?.\u2014 J\u2019ai été exemplaire.Demande plutôt à Trésor.Trésor arrivait aussi, toute rouge d\u2019avoir couru.\u2014 C\u2019est vrai qu\u2019elle a été exemplaire, cette gamine ?.\u2014 Mais certainement, général.\u2014 Oh ! toi ,si je me fiais à ton cahier de rapport !.Je vais demander ça à Mlle Laurence.Elle me dit la vérité !.toute la vérité, Mlle Laurence.Il paraît que, \u2014 cette fois, \u2014 Lucienne ne méritait que des félicitations, car, lorsque, un grand moment après, Mlle Relier arriva en boitant avec sa canne à bout caoutchouté, son témoignage confirma eelui de Marcelle.\u2014 Alors, papa, fit Lucienne, il faut une récompense.tout de suite.\u2014 Ah ! c\u2019est une justice à te rendre, avec toi, l\u2019action d\u2019éclat, \u2014 la récompense, \u2014 il ne faut pas que ça traîne.\u2014 Mais, certainement.Quand tu gagnes une bataille, on te donne la croix d'honneur tout de suite.\u2014 Ce raisonnement me semble irréfutable : Alors, qu\u2019est-ce que ça va êt,r\\ la récompense d\u2019aujourd\u2019hui ?.\u2014 Oh ! papa.mon petit papa, fai- sait la gamine avec des yeux de prière et de convuitise.\u2014 Hélène, dit en riant le général, j\u2019ai comme une idée que ça va être quelque chose d\u2019effrayant .\u2014 J\u2019en ai peur aussi.\u2014 Mais non.mais non, insistait calmement Lucienne.\u2014 Alors, présente la requête.-\u2014 J\u2019ose pas.\u2014 Oh ! Lucienne, s\u2019écria douloureusement Mlle Roller.Vous me faites mourir de honte en parlant ainsi : J\u2019ose pas! Et la brave demoiselle répétait consciencieusement : \u2014 On dit : Je n\u2019ose pas.je vous l\u2019ai cent fois fait observer.\u2014\tOh ! mais papa comprend tout de même.Et puis, quand ce n\u2019est plus la leçon.on peut bien parler un petit peu comme ça vous vient, pas vrai, dis, mon petit papa adoré ?\u2022.\u2014\tDécidément tu vas me demander la lune.\u2014 Oh ! non, papa, pas tant.\u2014 Je respire.Mais quoi ?.\u2014\tDis, toi, Trésor, fit Lucienne, en se tournant vers Marcelle.\u2014 Ah ! Trésor sait ?.C\u2019est un complot alors.\u2014 Eh bien, voilà, général : Nous voudrions aller pêcher des oursins avec Dominique.\u2014 Oh ! oh !.e\u2019est grave, ça.\u2014 La mer est basse.basse.Il n\u2019y a point de vague du tout.Voyez comme il fait beau temps !.\u2014 Mais.je ne sais pas si Dominique pourra vous accompagner.Il a sa besogne, Dominique.\u2014 Non, papa ; il vient de dire qu\u2019il n\u2019avait rien à faire.rien du tout.Et j\u2019en ai tant envie.Maintenant, pour se ménager une puissante alliance, e\u2019est à mère que la petite diablesse faisait des câlineries.\u2014 Dis.dis aussi, mère chérie, n\u2019est-ce pas que tu veux que papa permette î Le général regardait le ciel : \u2014 Mon Dieu.le temps me paraît en effet assez sûr.\u2014 Et avec Marcelle qui est une fille sérieuse, continua la comtesse.\u2014 Et sous la surveillance de Dominique, conclut M.de Croixmaure.\u2014 C\u2019est oui, dis, papa ?.\u2014 Mais n y restez pas trop longtemps.Une heure les pieds dans l\u2019eau, c\u2019est bien assez.Tu entends, Marcelle ?.\u2014 Une heure, pas plus.C'est promis, général.\u2014 Tu es un amour de pèro.Elle l\u2019avait embrassé une douzaine de fois.autant de fois la comtesse, à qui elle avait eu le temps de dire tout bas entre deux baisers : \u2014 Et toi, je t\u2019adore.Et elle se sauvait déjà en criant : 56 Vol.27, No S3, Montréal, 22 Janvier 1916 LS SAMEDI 17 \u2014 Dominique !.Dominique !.\u2022 \u2022\u2022 Pendant que Dlle Trésor, radieuse aussi, ajoutait triomphalement en montant quatre à quatre les marches du perron : \u2014 Moi, je vais chercher les espadrilles.1 ¦\u2022'Méà*\u20ac I Et en effet, quand la mer est basse, qu\u2019y a-t-il de plus amusant que d\u2019aller pêcher des oursins ?D\u2019abord, c\u2019est toujours drôfle de barboter dans l\u2019eau jusqu\u2019aux genoux.d\u2019avoir peur, à tout moment, de mettre le pied dans quelque trou d\u2019où on sortira mouillée comme une éponge et ruisselante comme une fontaine.Et puis, comme on se passionne à cette pêche qui est aussi une chasse ! C\u2019est surtout dans les fonds plats, sablonneux, tout tapissés de varechs et d\u2019orties de mer que les oursins se cachent, \u2014\tgrosses châtaignes d\u2018un rouge pourpre \u2014\tpresque noir, \u2014 que, par les eaux basses seulement, et quand la vague n\u2019est qu\u2019une ride transparente, on voit paraître et disparaître, successivement découvertes et masquées par les longues herbes de la prairie marine.\u2014 les herbes qui toujours vont et viennent suivant le remous du flot.Il faut les guetter, ces oursins noirs, et pendant que les longs rubans verts des varechs les laissent visibles, les pêcher vivement avec une grande canne de roseau fendue en quatre, à son extrémité, \u2014\tcomme un cueilloir.Par les épine® dont elle est tout hérissée, la châtaigne de mer reste attachée au roseau \u2014 et voilà une nouvelle capture que Dominique mettra dans son grand panier après l\u2019avoir détachée lui-même du bâton que lui tend Lucienne ou Marcelle .Car ça pique les doigts, les oursins.Ça fait même très mal.et pour les manier impunément il faut les grosses pattes de Dominique.Et comme cet exercice de pêche et de baignade devient un sport par la noble émulation des concurrentes.comme cet exercice se poursuit au milieu de ces cris d\u2019effroi qui sont aussi des éclats de rire.comme il est fertile en incidents inattendus.coanime il offre même la délicieuse terreur de ce poulpe aux tentacules roses qui peut surgir de tou® les rochers autour desquels on barbote \u2014 le poulpe qui se colle aux jambes.qui, si on était seule, vous emporterait avec lui au fond de quelque trou d'eau.Voyons.en bonne vérité, n 'est-ce pas «là un plaisir des dieux ?.Et, à entendre le vacarme de ces deux fillettes qui trottaient maintenant sur les rochers plats, \u2014 ceux qui ne se découvrent qu\u2019à la mer basse et que le varech enfeore mouillé enveloppe d on tapis vert et luisant, \u2014 il fallait bien reconnaître que c\u2019était pour cilles une joie infinie de courir avec leurs jupes repliées en pantalons, leurs bérets blancs, leurs espadrille®.jambes et bras nus, comme il convient à des pêcheuses de la Côte d\u2019Azur.Dominique, avec son panier, suivait de près, s\u2019évertuant à crier : \u2014 Pas si vite, mam\u2019selle Lucienne.pas de ce côté, mam\u2019sertie Marcelle.Méfiez-vous, par là, il y a un trou, vous en urez jusqu\u2019aux oreilles.Par là.par là.e \u2019en est plein.Et la pêche allait.elle alliait même très bien, lorsque les trois pêcheurs relevèrent en même temps la tête.On entendait ce signal plus creux et plus hululant que le sifflet d\u2019une loco.tmotive, le signal qui, sur la côte, annonce l\u2019approche d\u2019un bâtiment à vapeur.Et, en effet, décrivant une courbe gracieuse, un grand yacht tout blanc entrait dans la petite baie d\u2019Antéor et, arrivé au milieu, y jetait son ancre dont la chaîne se déroulait par l\u2019écubier avec ce bruit de ferraille qui grince.ce bruit qu\u2019on entend si bien et de si loin.\u2014 Oh ! le joli bateau ! s\u2019écria Lucienne.\u2014 Un yacht ! fit Marcelle.\u2014 Et qui marche sous pavillon américain, remarqua Dominique.Ça doit aller à Cannes pour les régates.et, pour un chouette bateau, il n\u2019y a pas à dire le contraire : c\u2019est un chouette bateau.Le yacht se présentait en ce moment par le travers.Et, en effet, avec sa coupe allongée, avec l\u2019indlination très accentuée de sa cheminée courte et trapue, avec l\u2019inclinaison sysmétrique de son mât de misaine et de son mât d\u2019artimon, avec l\u2019éclat de se«s quatre grandes conques d\u2019appel d\u2019air dont le cuivre étincelait, au soleil.avec sa blancheur immaculée qui se prolongeait, dans la mer bleue, en longs reflets argentés, \u2014 il était d\u2019une rare élégance.\u2014 Oui, insista Dominique, c\u2019est américain, ça ; voyez toutes le® étoiles blanches dans le coin bleu du pavillon.\u2014 Mais, fit Marcelle, en haut du mât, il y a une flamme tricolore.\u2014 Je vois bien aussi.Il faut croire qu\u2019il y en a pour tous les pays et pour tous les goûts dans ce bateau-là.Mais c\u2019est à l\u2019Amérique qu\u2019il fait politesse en ce moment, puisqu\u2019il navigue sous pavillon américain : on reconnaît ça au drapeau qui flotte à l\u2019arrière.Et, continuant à regarder : \u2014 Il y a bien, sur le bondage : un nom écrit en lettres d\u2019or.seulement je n\u2019ai pas d\u2019assez bons yeux.\u2014 Attendez donc, fit Marcelle en se faisant de ses mains repliées comme une sorte de lunette.A.ra.Arabella.C\u2019est le yacht \u201cArabella.\u201d \u2014 Je vous disais bien, un nom de sauvage.\u2014 Mais non, Dominique, il est très joli, ce nomJà.En Angleterre, comme en Amérique, on le donne aux demoiselles.et il est très recherché.\u2014 Possible.Moi, il ne me dit rien.Chacun son goût, pas vrai ?.Mais, sur l\u2019atrière du bateau il y avait un brouhaha de manoeuvre.Presque aussitôt ,les palans de la baleinière suspendue au flanc du yacht tour nèrent sur leurs pivots et la légère embarcation était mise à T eau.puis conduite jusqu\u2019à la coupée d\u2019où s\u2019abaisse l\u2019esealier d\u2019honneur.\u2014 Oh ! quelle chance, s\u2019écria Lucienne, ils vont aborder ! \u2014 Et il y a des messieurs, des dames, des petits enfants.\u2014 De dame, il n\u2019y en a qu\u2019une.\u2014 Mais je distingue parfaitement trois enfants.un petit garçon et deux petites filles.\u2014 Ils embarquent.\u2014 Avec la dame.\u2014 Et un monsieur.\u2014 Et les voilà partis.Il y a quatre matelots qui rament.\u2014 Et puis qui s\u2019en chargent, fit avec admiration Dominique.Et en effet, la longue embarcation, \u2014 blanche comme tout ce qui faisait partie du gréement de 1\u2019Arabella \u2014 semblait voler sur l\u2019eau paisible où les quatre avi.rons tombaient avee une précision mathématique \u2014 où ils ne perdaient pas un atom© de leur surface utile \u2014 d\u2019où ils sortaient, avec la même régularité, frangés de gouttes d\u2018cau, \u2014 pendant qu\u2019au loin derrière l\u2019étroit bateau s\u2019allongeait et s élargissait un sillage triangulaire.\u2014 De ce traindà, ils ne mettront pas longtemps pour atterrir.\u2014 Et voyez, ils ne débarqueront pas loin d\u2019ici.\u2014 Pardi, c\u2019est la meilleure plage de la baie.Maintenant les trois pêcheurs, oublieux de leur pêche, restaient là, les pieds dans l\u2019eau, Lucienne et Marcelle avec leurs roseaux à da main, Dominique avec son panier au bras : ils avaient oublié les oursins pour admirer ces yacht-men .La baleinière se rapprochait rapidement.A présent, on commençait, à distinguer ceux qui la montaient.1> abord un monsieur.un monsieur de très élégante tournure.avec une barbe grisonnante.un homme encore jeune cependant.qui était à la barre.U avait, comme tous les gentlemen qui se livrent à ce sport, une casquette marine.mais celle-ci était de couleur claire et on n\u2019y voyait pas les galons ou in- 57 18 LE SAMEDI Vol.27, No 33, Montréal, 22 Janvier 1916 signes que s\u2019attribuent volontiers les propriétaires de yachts.La femime qui était avec lui et qui, sur ses cheveux d\u2019un blond ardent portait une casquette semblable, \u2014 la femme paraissait jeune aussi.et très élégante dans son complet de drap clair.Les enfants avaient des vêtements blancs, sur lesquels tranchaient les co\u2019s bleus de leurs chemises à la marinière.\u2014 Es sont comme nous, remarqua Lucienne, ils ont des bérets.\u2014 Et les voiilè qui abordent, fit Marcelle dont les yeux noirs ne quittaient pas ces Américains arrivés par hasard.ces inconnus.ces étrangers qui allaient rester là quelques instants et que jamais plus on ne les reverrait.En effet, d\u2019un vigoureux coup d\u2019avirons, la beleinière venait d\u2019enfoncer sa quille tranchante dans le sable humide où, maintenant la petite embarcation restait engravée.Un des matelots, profitant du recul de la vague, sauta lestement sur la grève, \u2014 puis un autre.Par un cable qu\u2019on leur jeta ils tirèrent le bateau encore plus avant sur la plage et, comme de petits personnages habitués à cet exercice, les trois enfants \u2014 le garçon et les deux fillettes \u2014 dégringolèrent à la queue leu-leu, \u2014 courant déjà sur les galets et les rochers.Ce fut ensuite le tour du gentleman, qui sortit le premier de la baleinière, pour offrir sia main à la dame vêtue d« beige.Un des matelots leur passa un petit appareil de photographie., et, regardant autour d\u2019eux, ils eurent l\u2019air de s\u2019orienter.\u2014 Oui, faisait le gentleman, nous sommes dans la petite baie d\u2019Antéor.Ou la distingue très bien des calanque# environnantes, d\u2019abord parce qu\u2019eille est d\u2019un plus facile accès, plus profonde et plus sûre en cas de mauvais temps, et ensuite parce qu\u2019elle est dominée par ce vieux château, qui ta tant d\u2019allure, avec sa masse carrée, imposante et fruste.U parlait en français et sans le moindre accent étranger.Il pariait d\u2019une voix laissée, indifférente, comme s\u2019il ne prenait lui-même que peu d\u2019intérêt à toutes ces choses.\u2014 D\u2019ici, répondit la jeune femme avec un accent américain très prononcé, ______ l\u2019accent des provinces de l\u2019Ouest,\u2014 j\u2019aurai un très joli premier plan de rochers pour prendre la vue de cette ruine.Elle disait cela fort haut, avec sa voix qui résonnait, un peu sèche et très nette.\u2014 Prenez garde, Arabella, fit le gentleman en lui montrant discrètement leg.petites Mes et Dominique installés sur les rochers bas, à une faible distance.\u2014 A quoi ?demanda-t-elle sur un ton moins élevé.\u2014 Ce château n\u2019est pas une ruine.On voit même d\u2019ici qu\u2019il est habité.et ces gens qui sont là et qui doivent entendre tout oejjue nous disons.quand nous haussons la voix.ces gens sont peut-être ceux qui l\u2019habitent.¦\u2014- Nous allons bien savoir, répondit l\u2019Américaine.Et, faisant quelques pas vers li groupe des pêcheurs d\u2019oursins, qui, un peu honteux maintenant de leur curiosité, recommençaient à pêcher avec ardeur : \u2014 Mademoiselle ?demanda-t-elle assez cavalièrement à Marcelle, qui était à ce moment la plus rapprochée.La fillette, très occupée, avec son grand roseau, à fouiller jous des algues, releva sa tête brune.\u2014 Mademoiselle, je vous serais infiniment obligée de me dire le nom de ce vieux château.Qui est.vraiment fort pittoresque, ajouta-t-elle aussitôt, pour réparer sans doute le petit manque de tact que le gentleman dont elle était accompagnée venait de lui faire remarquer.\u2014 C\u2019est le château de Croixmaure, madame, répondit Marcelle de sa voix déjà bien timbrée.Et comme en se relevant, elle s© détachait sur son rocher, en pleine lumière, mince, élégante, jolie, avec son béret blanc qui lui faisait des cheveux et des yeux encore plus noirs.\u2014 Oh ! mademoiselle.je vous en prie.Jamais je ne pourrais retrouver un aussi ravissant instantané.Je vous en prie, restez comme vous êtes.Elle avait rapidement retiré son appareil de l\u2019étui.Elle visa.appuya sur un bouton de déclanchement.\u2014 C \u2019est fait ; je vous remercie de tout mon coeur, mademoiselle.Et comme la fillette, un peu intimidée par ces façons \u2014 étrangères sinon étranges \u2014 saluait silencieusement.\u2014 Quel nom, demanda l\u2019Américaine avec le sans façon qui, chez elle, n\u2019était pas sans grâce, quel nom devrai-je mettre au bas de cette jolie.de cette jolie photographie ?.Mais c\u2019est alors Dominique qui répondit, \u2014 peut-être parce qu\u2019il s\u2019aperçut de l\u2019embarras de Marcelle.\u2014 C\u2019est la photographie des demoiselles du château de Croixmaure que vous venez de prendre, madame.Et, comme il se faisait tard : \u2014 Il faut rentrer, mesdemoiselles, mon panier est plein.\u2014 Voilà longtemps que l\u2019heure est passée, j\u2019en suis sûre, ajouta Marcelle.\u2014 Oh ! plus qu\u2019un moment, plus qu\u2019un tout petit moment.suppliait Lucienne qui venait justement de tomber sur un véritable nid d\u2019oursins .\u2014 Non.c\u2019est tard.le général gron-\u2014< 58 \u2014 dera.Vous ne voulez donc pas être aussi raisonnable que Mlle Marcelle ?.\u2014 Marcelle.répéta une voix altérée.Depuis le commencement de cette petite scène, aucun des acteurs n\u2019avait pris garde à ce gentleman resté à quelques pas en arrière.Mais.dès que la jeune fille en se relevant s\u2019était montrée, toute baignée de lumière, dans la transparence de ce jour ensoleillé, on aurait pu le voir pâlir.pâlir étrangement.Et, depuis ce moment, son regard ardent, \u2014 presque douloureux, \u2014 s\u2019était attaché à ce jeune visage dont il pouvait déjà, à cette faible distance, détailler les traits les moins accusés.Quel autre visage y retrouvait-il donc?Quel souvenir renaissait à l\u2019aspect de ces grands yeux ?.de ces lèvres toujours restées un peu pâles.à peine rosées seulement.de ces cheveux noirs qui, au-dessous du béret blanc, flottaient en liberté, faisant à la fillette comme un sombre et somptueux manteau d\u2019un tissu aux reflets bleuâtres.Oui, l\u2019enfant qu\u2019il voyait là, debout sur ce rocher.cette enfant.qu\u2019on venait de désigner ainsi\u2019 : la demoiselle du château.elle était le portrait vivant de l\u2019abandonnée., de la désespérée dont le souvenir \u2014 remords mal effacé \u2014 le hantait so^^vent encore.aux heures de spleen.d\u2019enuui pesant.d\u2019invincible insomnie.Une telle ressemblance !.C\u2019était étrange.C\u2019était invraisemblable.Et voilà qu\u2019en L'appelant par son nom, cet homme qui l\u2019accompagnait venait de dire : Marcelle.Marcelle.le nom qu\u2019ils avaient donné à l\u2019enfant.à l\u2019enfant qui aurait à présent l\u2019âge de cette fillette.à l\u2019enfant qui promettait autrefois de ressembler à sa mère, \u2014 comme celle-ci ressemblait à présent à la morte, à Juliette Thibaudier.Et il n\u2019avait pu retenir ce cri involontaire, ce cri étouffé qui, aussitôt, avait fait se retourner l\u2019Américaine.\u2014 Oui, répondit-elle, c\u2019est bien Mancel, le que cet homme a dit.Nous savons ainsi le nom de Mlle de Croixmaure, dont j\u2019aurai le portrait en pêcheuse de coquillages.Mais qu\u2019avez-vous, Robert, jamais je ne vous ai vu si pâle ?.\u2014 Rien.ce n\u2019est rien.\u2014 Etes-vous souffrant ?.Nous allons vite regagner le yacht.\u2014 Non.non, vous dis-je.Il se reprenait peu à peu.\u2014 Je pense, fit-il, que c\u2019est le soleil, là, sur ces relais de meir qui étincellent.Oui, c\u2019est cela qui m\u2019a causé comme un étourdissement.mais c\u2019est passé.Prenez vos vues, ma chère Arabella.je suis complètement remis. Vol.27, No 33, Montréal, 22 Janvier 1916 LE SAMEDI 19 Oh ! non, il c'aurait pas, pour tout au monde, voulu quitter cette place.Les petites pêcheuses qui avaient fini leur pêche et qui détachaient, déjà leurs jupes relevées, allaient venir là.tout près.C\u2019était leur seul chemin.et de la, il verrait au moins à son aise., presque à la touchqr \u2022.cette fillette brune qui ressemblait si étrangement, si cruellement à Juliette.qui avait, l\u2019âge de 1 enfant de Juliette et qui s\u2019appelait comme cette enfant \u2014 Marcelle.Et cette fois au moins Arabella ne serait, pas là.instinctivement méfiante.Elle venait de s\u2019éloigner à quelques pas.Elle gravissait une roche où elle serait mieux placée pour composer, dans la chambre noire, son paysage d\u2019ensemble.Et leurs trois petits enfants étaient loin, déjà fort loin.cherchant des coquillages et des plantes de mer dans les anfractuosités de la calanque.-Pendant ce temps, suivies de Dominique chargé de son panier plein d\u2019oursins, les dieux fillettes s\u2019approchaient.Plus présentables, maintenant, avec les chaussettes de fil et les souliers blancs qui avaient remplacé les espadrilles où les pieds nus pataugent si délicieusement dans l\u2019eau, elles s\u2019avançaient comme de fort raisonnables petites personnes.Et, dans la tête, dans le coeur de ce Robert, il y avait à présent un choc tumultueux de sensations, de sentiments.de raisonn ements même.Ah ! qu\u2019il est donc rapide et soudain.Ce mystérieux travail de la pensée et de la mémoire !.et qu \u2019en une minute on peut entasser, élever et renverser de souvenirs.d\u2019espoirs., de découragement! Où était-elle, en ce moment, cette Marcelle dont il avait eu la lâcheté de ne jamais se préoccuper lui-même ?.Chez ce vieux Thibaudier, sans doute, à Brunoy.\u2014 Cette enfant vit chez son grand-père.Elle ne saurait être mieux plaieée.et le moment n\u2019est venu ni de te montrer ni de t\u2019occuper d\u2019elle.Avec sa nonchalance \u2014 sa paresse, sa faiblesse de volonté \u2014 il avait fait alors comme toujours.Il avait subi l\u2019impérieux ascendant de sa, mère.Et les années avaient succédé aux années,apportant, sinon l\u2019indifférence, du moins l\u2019habitude d\u2019un fait acquis, d\u2019une situation bien étaiblie.Que ferait-il, en effet, pour cette petite Marcelle pendant qu\u2019elle était encore gamine et qu\u2019elle avait surtout besoin de ce qu\u2019il ne pourrait pas lui donner : les soins de la famille ?.Là-ibas, à Brunoy, elle les avait.Dans cette maison, demeurant avec ce vieillard à peu près solitaire (car Robert d\u2019Harmout savait bien que le frère de Ju- liette vivait d\u2019une vie assez irrégulière et vagabonde), cette enfant, certainement avait dû prendre son grand-père par tontes les attaches du coeur.Elle était déjà si gentille, si délicieuse quand elle n\u2019avait que trois ans.Depuis, elle avait dû devenir plus charmante encore.Et d\u2019ailleurs a-\u2019ii s\u2019était passé quelque événement modifiant cet état de choses, la marquise d\u2019Harmont l\u2019aurait su, \u2014 et elle le lui aurait certainement appris.Récemment encore\u2014à.son dernier voyage en Dauphiné, \u2014 il lui avait demandé des nouvelles de l\u2019enfant.\u2014 Qu'e veux-tu qu\u2019il soit arrivé à ta tille ?lui avait-elle répondu.Elle est chez son grand-père.et le vieux bonhomme est enchanté d\u2019administrer sa petite fortune.Je le sais par mon homme d\u2019affaires.Ne t\u2019inquiète donc pas d\u2019elle.Et il ne s\u2019était pas inquiété.Et voilà que, tout à coup, cette enfant, où une antre elle-même.lui apparaissait dans ce coin perdu du littoral de la Provence.Elle avait l\u2019âge qu\u2019aurait la fille de Juliette, elle ressemblait à Juliette comme jamais enfant n\u2019a ressemblé à sa mère.El Le s\u2019appelait Marcelle.Ah ! C\u2019était à confondre la raison.Et puis, maintenant, un autre souvenir s\u2019éveillait en lui.Croixmaiure !.Ce nom ne lui était pas inconnu.H l\u2019avait certainement déjà entendu prou oncer.Mais où ?.Quand ?.Ah ! voilà que la mémoire lui revenait : Croixmaure.c\u2019était le nom de cet officier.de ce colonel qui demeurait dans la maison de la rue Pierre-Charron.Dans la maison de Juliette !.A ce souvenir qui se précisait, il eut comme un éblouissement.Que croire !.Que penser !.Et comme, à ce moment, les fillettes arrivaient vers lui, suivies de Dominique il ne put s\u2019empêcher de demander à cette enfant ou, maintenant, il retrouvait, avec son regard anxieux, nou seulement tous les traits,.mais jusqu'aux moindres particularités du vis-age de la morte.jusqu à cette fossette.là.placée un peu bas, sur une des joues.jusqu\u2019à cette oreille rose dont le lobe au lieu d\u2019être détaché s implantait directement.\u2014 Pardon, mademoiselle.La personne qui vous accompagne a prononcé le nom de Cro xmaure.C\u2019est celui du propriétaire de ce château ?.Oui, monsieur, répondit singulièrement.étrangement impressionnée par le son de cette voix où elle retrouvait peut-être quelque chose de familier.quelque chose de déjà entendu.\u2014 Ce M.de Croixmaure n\u2019est-il pas officier.\u2014 Oui, monsieur, il est général commandant la 2e brigade de la 29e division d\u2019infanterie à Nice.\u2014 C\u2019est bien lui, alors, insistait Robert d\u2019une voix un peu tremblante, c\u2019est bien lui qui était, il y a.il y a.huit ans.colonel d\u2019un régiment de la garnison de Paris.\u2014 Oui, monsieur.\u2014 Et si je me souviens bien, qui demeurait rue Pierre-Charron.\u2014 Oui.monsieur.\u2014¦ C\u2019eist elle à présent, qui répondait avec une voix altérée.Pourquoi cette émotion soudaine ?.Pourquoi cette angoisse inconnue qui lui étreignait le coeur ?.Cet étranger qui parlait de la rue Pier-re-Oharron, elle ne l\u2019avait certainement jamais vu.Et cependant, quand il parlait, quand elle subissait l\u2019impression captivante de cette voix.Oh ! cette voix surtout !.elle se sentait attirée vers eet homme au visasre déjà fatigué par la vie.\u2022 à la barbe deià grisonnante.\u2022 ¦ .Vers cet homme qui la regardait si obstinément.si ardemment.Mais voilà qu\u2019arrivait l\u2019Américaine qui avait pris son cliché et qui entendant les dernières paroles prononcées par Robert lui demandait, : \u2014 Vraiment, cher, vous connaissez le père de Mademoiselle ?.\u2014 Le général de Croixmaure n\u2019est pas mon père, madame, répondit Marcelle avec sa voix grave.\u2014 Ah !.balbutia Robert.Mais sous le regard de sa femme il parvint \\ retrouver le sang-froid qui avait failli l\u2019abandonner.\u2014 Je ne le connaissais pas, d'ailleurs personnellement.Nous étions voisins.Et il s\u2019inclina silencieusement pendant que Marcelle.après une hésitation.instinctive.involontaire.reprenait, en saluant, le chemin de Croixmaure.\u2014 Qu\u2019as-tu donc, Trésor ?lui demandait Lucienne.tu étais gaie comme tout.et voilà que tu ne dis plus rien.et tu prends' des yeux sombres.sombres.comme lorsque tu restes dans un coin à ne rien faire.et à regarder des choses que personne ne voit.Mais Trésor, cette fois encore, resta sans parler.avec ses yeux qui regardaient bien plus loin que les choses autour d'olle.Cette voix.cette voix où il y avait comme la sensation d\u2019une caresse dont le charme n\u2019est pas entièrement disparu.Cette voix qui l\u2019avait prise.prise dans son souvenir confus.prise dans le profond de son coeur !.Où donlc l\u2019avait-elle entendue ?O\u2019est alors que, dans sa mémoire hési- ¦9 20 LE SAMEDI Vol.27, No 33, Montréal, 22 Janvier 1916 tante surnagea une vague image.Quand die était toute petite.elle avait éprouvé de grands malheurs.Sa maman était morte, \u2014 morte d\u2019une mort terrible, foudroyante.Marraine le lui avait raconté.Et puis elUe avait été conduite chez son grand-père.qui dait très vieux.qui laissait une méchante femme faire, chez lui, tout ce qu\u2019elle voulait.et qui l\u2019avait abandonnée aux mauvais traitements 'de cette abominable créature.Si abominable.qu\u2019elle avait failli la faire mourir.et qu\u2019elle serait morte, la pauvre Marcelle, si marraine n\u2019était pas venue.si elle ne l\u2019avait pas prise.emportée.et si elle ne l\u2019avait pais gardée avec elle pour la renldre la plus heureuse .la plus aimée des enfants qui ont le bonheur de se réfugier dans les bras d\u2019une mère adorée.Pliais quand Marcelle avait voulu en savoir encore davantage, quand elle avait interrogé marraine sur cette maman, sitôt perdue et dont Le souvenir, hélas ! allait chaque jour en s\u2019effaçant dans les brumes de l\u2019oubli.Quand surtout, elle avait parlé de papa.car enfin toutes les petites filles ont un papa.marraine l\u2019avait serrée bien fort sur son coeur et elle lui avait dit avec sa bonne.sa tendre voix : i \u2014 Ecoute, mon trésor, il y a des choses qu\u2019on ne confie pas aux petites filles.Il y a des choses qu\u2019elles ne doivent par conséquent jamais demander.Quand tu seras grande nous reparlerons de tout cela.Mais à présent, tu me fais de la pei.ne en me demandant ce que tu ne dois savoir que plus tard.Et, plus doucement, elle lui avait demandé : \u2014 Tu ne veux pas me faire de la peine, à moi qui t\u2019aime tant ?.\u2014 Non.Oh ! non, marraine.\u2014 Alors', ma chérie, ne parlons plus de ces choses.\u2014 Nous n\u2019en parlerons plus, marraine.Et en effet, jamais plus Marcelle n\u2019en avait parlé.Mais que de fois sa pensée était allée vers ce passé mystérieux !.C\u2019est alors que ses yeux noirs devenaient plus noirs encore.C\u2019est alors qu\u2019elle regardait, dans le vide, ces choses que personne autre qu\u2019elle ne pouvait voir.Et ce sont ecs visions fugitives qui revenaient à présent, évoquées par cette vo;>x captivante, cette voix déjà entendue.Et celui dont on Oui avatt demandé \u2014 comme si on la suppliait \u2014 de ne plus jamais parler., ])e père, le père des premiers jours heureux.le père qu\u2019on appelait Robert.le.père dont le nom plutôt que l\u2019image restait vivace en son coeur d\u2019enfant, \u2014 le père apparaissait tout à coup.\u2014 Ah ! fit-elle en jetant un cri et en se retournant éperdument !.Mais déjà les étrangers étaient remontés dans la baleinière qui fendait l\u2019eau sous les avirons des quatre rameurs.En même temps, \u2014 à un signal, sans doute donné par les gens de la petite embarcation, \u2014 le cabestan à vapeur remontait l\u2019ancre du yacht.La baleinière accostait.On relevait horizontalement l\u2019escalier mobile.On hissait le bateau sur ses palans recourbés.Le sifflet.le mugissement plutôt de la machine se faisait entendre.Et Récrivant une courbe élégante, l\u2019A-ra'bella s\u2019enfuyait vers la haute mer.bientôt tache blanche dans l\u2019azur de la Méditerranée.avec un léger panache de fumée noire s\u2019allongeant dans le ciel.Et Marcelle, avée des yeux de rêve, regardait toujours cette tache blanche.Dette tache blanche qui diminuait et qui allait bientôt disparaître, emportant peut-être le secret de sa rie ! XVII LE VOEU D\u2019UNE MOURANTE üet automne-là, Mme de Oroixmaure fut reprise de s>a mauvaise toux.Jamais elle ne s\u2019était bien rétablie.Jamais elle n\u2019avait vraiment recouvré sa santé avec ses forces perdues.On avait enrayé le mal, on ne l\u2019avait pas guéri.A la première imprudence, au premier prétexte il reparaissait, \u2014 comme guettant une proie assurée.En ce mois de novembre, il s\u2019abattit sur la pauvre femme, \u2014 cette fois plus cruel encore.Un jour de mistral, elle avait voulu sortir, malgré loR avertissements, malgré les prières de Marcelle qui commençait aussi à jou.er le rôlp idc petite maman auprès de sa ehère marraine, quand marraine était imprudente et, ne prenait pas assez garde à cette santé si fragile.Ki précieuse.Elle était rentrée avec du frisson et un peu de fièvre.\u2014 Mon Dieu, mon Dieu ! soupirait-elle, que je suis donc une pauvre créature pari aque et sans ressort.pour quelques pas que je fais au soleil, je prends froid.Et maintenant j cm *i jusqu\u2019au printemps à tousser et à grelotter.Mais c\u2019était autrement grave qu\u2019elle De se le figurait.\t* Le soir même, la fièvre semblait augmenter ; et Marcelle, pendant un violent accès de cette toux si vite reparue, vov-ait avec terreur la comtesse retirer \u2014 tout taché de sang \u2014 le mouchoir qu\u2019elle venait de porter à sa bouche.C\u2019était le début des hémoptysies.Insid.cusement, la phtisie avait suivi son cours, envahissant peu à peu de ses tubercules le tissu du poumon maintenant infesté.Au moindre accident,.\u2014 sous la plus légère influence, \u2014 ce serait l\u2019inflamima-tion soudaine et la prompte désorganisation de toute cette poussée morbide.aujourd'hui latente et comme endormie, \u2014 demain foudroyante, par la rapidité de ses dévastations.Et justement le général n\u2019était pas à (Jroixmaure !.Mais c\u2019est-alors qu\u2019elle n\u2019avait pas perdu la tête, la petite Mareelle.Sans même en parler à marraine, elle était allée trouver Dominique.\u2014 Dominique, marraine, cette fois, va être plus malade.je le sens.j\u2019en suis sûre ; il faut, sans l\u2019en prévenir, envoyer cette dépêche à Nice, pour que le général arrive sans retard.En même temps, vous enverrez cette autre dépêche au docteur, à Cannes, pour qu\u2019il vienne tout de suite.tout de suite.Et, cela fait, elle rentra dans la chambre où la malade, encore inconsciente de la gravité de son état, haletait dans son grand fauteuil, comme si déjà elle manquait de eet air.de ce bon air qui donne la vie.\u2014 D\u2019où viens-tu, Trésor, demanda-t-elle doucement à la jeune fille ?.\u2014 De faire prévenir le médecin, marraine.\u2014 Mais.c\u2019était inutile.U va me dire ce qu\u2019il me dit toujours.Une nouvelle hémoptysie l\u2019arrêta.abondante, cette fois.effrayante.\u2014 Allons.munmura-t-elle, tu as bien fait.D\u2019ailleurs, au milieu de tout ce monde qui perdait la tête.au milieu de ces femmes de chambre affoléees, de Mlle Keller terrorisée par la vue du sang.de Lmcienne qui pleurait, pauvre enfant, \u2014 il n\u2019y avait que cette petite Marcelle pour garder sa présence d\u2019esprit.Ah ! voir sa pauvre marraine dans cette prostration d\u2019abattement.avec, à tous moments, ces hoquets qui rejetaient dans cette cuvette des éclaboussures rouges, un peu écumeuses.c\u2019était une douleur sans nom.une crucifiante torture.Mais il ne fallait pas que la malade la devinât.il ne fallait pas quelle la soupçonnât, cette torture d\u2019épouvante.U fallait souffr-r en dedans.et surtout il fallait se rendre utile.Et voilà pourquoi, au milieu de ces femmes qui se lamentaient, la petite Marcelle passait silencieuse.active.toujours, comme par hasard, placée là où on a\\a:t besoin d elle .ne s\u2019interrompant Vol.27, No 33, Montréal, 22 Janvier 1916 LE SAMEDI 21 que pour encourager.pour réconforter marraine d une muette caresse de ses yeux noirs envahis maintenant par leur coutumière bleuissure de fatigue et d\u2019anxiété.Et puis, de temps en temps, quand elle sentait que le courage allait lui manquer, elle se sauvait au fond du jardin.pour y pleurer, pour y sangloter éperdument, tout à son aise.Et eûe revena t bientôt, après s\u2019être lavé le visage.de nouveau calme, silencieuse, attentive à tout.mais avec ses grands yeux encore plus cerné?et plus sombres.Enfin le général arrivait.et, par le même train, le médecin., \u2014 Je crois, murmura la malade, je crois, mon pauvre docteur, que je vais pendre tout mon sang.\u2014 Nous l\u2019arrêterons, cette hémorragie.madame la comtesse.Et, en effet, avec les astringents, la glace et le percblorure de fer, il en venait assez rapidement à bout.Et alors, il recommençait une longue, une pénible auscultation de la malade, qu\u2019il fallait soulever pour qu\u2019elle restât assise.Elle était about de forces.Et c\u2019était ensuite entre le médecin et le général un cruel entretien.Les lèvres serrées.se raidissant pour ne pas crier de douleur, le comte de Crolxmaure écoutait prononcer l\u2019arrêt de mort de celle qui avait été la compagne, le seul grand amour de 6a vie.\u2014 Soyez courageux, mon général.E répondit par un geste égaré.Sa gorge était trop serrée d\u2019angoisse pour qu\u2019une parole en pût sortir.\u2014 La congestion, continuait le docteur a envahi les deux côtés de la poitrine.Ct n\u2019est pas l\u2019hémoptysie qui est à redouter.Elle s\u2019arrêtera., elle est peut-être déjà tout à fait arrêtée.Mais la désorganisation du poumon est imminente.Le mal fait, à chaque heure.à chaque minute.des progrès qu\u2019on ne peut plus même combattre.Résignez-vous.soyez brave, mon général.C\u2019est la fin.Le malheureux eut un hoquet., qui était aussi un sanglot.\u2014 Il y aura demain de l\u2019apaisement.La fièvre disparaîtra .La malade se sentira beaucoup mieux.C\u2019est à ee moment, mon général, qu\u2019il faudra être là.pour l\u2019assister.Fiévreusement, M.de Crodxmaure lui serra la main.et sans mot dire, ils se séparèrent, le docteur retournant vers sa malade, le igénéral tombant accablé.anéanti.à sa table de travail où il se cacha la- tête dans ses mains.Si accablé.si désespéré qu'il n\u2019entendit pas qu\u2019on entrait dans son cabinet et qu\u2019on arrivait jusqu\u2019à lui.\u2014 Général, fit une voix anxieuse.\u2014 C\u2019est toi !.Marcelle!.Ah! ma pauvre petite.ma pauvre petite, nous sommes bien malheureux !.Et c\u2019est eu embrassant la jeune fille qu\u2019il eut les premières larmes dont son coeur fut un peu soulagé.Ah ! en l\u2019entendant ainsi parler.en le voyant pleurer surtout.elle crut qu\u2019elle allait devenir folle.Non.elle voulait savoir.savoir toute l\u2019étendue de leur malheur.\u2014 Dites-moi, supplia-t-elle.ce que le docteur redoute.Avec un rauque sanglot il balbutia : \u2014 Elle est perdue.elle via mourir ! \u2014 Ah ! Elle ferma les yeux, comme frappée d\u2019un coup qui pénétrait jusqu\u2019au coeur.Allait-elle tomber.s\u2019évanouir.Non, mille fois non.Quand on aime on ne se lamente pas, on se dévoue.Après.lorsque le malheur est achevé.on a bien le temps de pleurer.de pleurer toutes ses larmes.de crier tout son désespoir.Mais le devoir était à présent au lit de marraine.Il fallait que la mourante partit doucement résignée.tranquillisée au moins sur l\u2019avenir de la petite fille.encore si jeune., encore -i frêle.encore si faible.qu\u2019elle laissait ici-bas.Et Marcelle allait tout faire pour lui rendre moins redoutable et mo n» douloureux ce mysbéiieux voyage au pays d\u2019où on ne revient plus.A la fin de cette longue.de cette désespérante nuit de fièvre et d'étouffe ments, la malade s\u2019était un peu assoupie.Et Marcelle, qui avait passé toutes ees longues heures- à ce chevet d\u2019où il aurait été impossible de l\u2019arracher, Marcelle, à.cette heure indécise où la clarté du pre.mier mat:n lutte contre la lueur des lampes, regardait passionnément ce cher visage dont bientôt \u2014 demain peut-être \u2014 il ne resterait plus qu\u2019un souvenir.Oh ! le plus précieux, le plus impérissable de tous.Comme, en si peu de temps, elle avait déjà changé, sa b.en-a'mée marraine !.Comme ses pauvres yeux fermés semblaient s\u2019enfoncer dans un orbite qui s» creusait réellement.qui se creusait visiblement de plus en plus.Comme son nez se pinçait déjà aux narines.Comme à se?-tempes, sur son front, couraient déjà des transparences jaunâtres.comme celles des cierges qui brûlent au fond des vieilles chapelles.Comme sa respiration haletante.pénible.courte.soulevait chaque fois cette poitrine angoissée en u,n appel désespéré de l\u2019air qui n\u2019y pénétrait presque plus !.Mais voilà que la malade avait fait un mouvement.Ses yeux déjà flottants s\u2019étaient rouverts.Ils s\u2019étalent arrêtés sur la jeune fille, aussitôt debout et demandait bien doucement : \u2014 C\u2019est moi, marraine.Voulez-vous que j\u2019appelle ?.\u2014 Non, murmura la comtesse.tu es seule ?.\u2014 Oui, marraiue.Mais le général est là à côté.il s\u2019est mis quelques instants sur uu fauteuil.J\u2019ai aussi renvoyé la femme de chambre.pour que vous reposiez plus tranquillement.\u2014 Et c \u2019est toi qui veilles.pauvre Trésor.\u2014 Oh ! marraine.je n\u2019ai pas sommeil.Et puis, moi.0n sait bien que je ne fais pas de bruit.On m\u2019a permis de rester.mais si vous avez besoin., Elle montra du geste la chambre voisine où elle n\u2019avait qu\u2019à appeler.\u2014 Non.laisse-les.Aussi bien.ma pet.te Marcelle, c\u2019est à toi que je veux parler.à toi seule.\u2014 Marraine.il ne faut pas faire d effort.vous savez.le médecin l\u2019a bien recommandé.\u2014 Alors.approche-toi.plus près.tout près.Et, d\u2018une voix qui n\u2019était plus qu\u2019un souffle entrecoupé, la malade reprit : \u2014 Ma chérie.je m\u2019en vais.Je sens que c\u2019est fini.\u2014 Non !.non !.marraine, sup-plait la pauvre enfant.il faut espérer.il faut avoir courage .\u2014 Il faut avoir de la résdgnat'on.murmura la comtesse.j\u2019en ai.mais si tu veux que je parte rassurée.confiante.il faut., me faire une promesse.\u2014 Oh ! dites, marraine.dites.et quoi que ce soit.\u2014 Tu es une bonne petite fille.tu ni'aimes bien, n\u2019est-ee pas ?.\u2014 Si je vous aime !.Et en dépit de sa volonté elle eut dans ses yeux noirs deux larmes qui jaillirent, deux lourdes larmes qui roulèrent sur ses joues pâles.\u2014 Eh bien.ma Marcelle.à toi qui e\u201e déjà à l\u2019âge où on a toute sa raison.toute sa volonté.à toi qui' seras demain une jeune fille.bientôt une femme.à toi que je sais bonne., attentive.dévouée., à toi qui m\u2019aimes.\u2014 Que faut-il que je fasse, marraine ?Comment fant-il que je vous donne un témoignage ?.Jamais il ne sera assez grand.de ma reconnaissance.de ma tendresse infinie.\u2014 A toi, 'continua la malade dont la voix s\u2019éleva dans le silence de cette chambre d\u2019agonie avec une solennité étrange, à toi je confie ma pauvre petite Lucienne.\u2014 Si ice n\u2019est que le dévouement de toute ma vie.*.Oh ! comme j\u2019aurai peu de peine à accomplir votre voeu ! 01 \u2014 22 LE SAMEDI Vol.27, No 33, Montréal, 22 Janvier 1916 \u2014 C\u2019est une enfant qui aura besoin pendant longtemps encore d\u2019aide et de protection.Son père ne pourra pas veiller sur elle comme une mère aurait veillé.C\u2019est toi ,n\u2019eet-ce pas, ma Marcelle, qui seras sa petite maman.C\u2019est toi qui feras pour elle ce que j\u2019ai été heureuse de faire pour toi.Marcelle.idans notre maison, tu as été la bonne petite fée qui apporte le bonheur.Pour Lucienne, tu seras le bon ange.le bon ange gardien.Et, plongeant ses yeux déjà voilés des nuages du suprême sommeil dans les yeux désespérés qui roulaient maintenant deux ruisseaux de larmes.plongeant au fond, tout au fond, comme pour pénétrer jusque dans le plus intime secret de cette âme d\u2019enfant.\u2014 Pour que je m\u2019en aille en paix, fais-moi oette promesse.Et, baisant pieusement, éperdument ee front déjà glacé par les froides sueurs de la dernière heure, Marcelle s\u2019écria en sanglotant : \u2014 Marraine.ma marraine chérie.soyez en paix.je vous jure d\u2019accomplir votre voeu.La malade eut alors un profond soupir, \u2014 non plus de souffrance, mais de soulagement.et de sa voix redevenue faible et haletante.\u2014 Est-ce le jour ?\u2014 Oui, marraine.voici le soleil qui se lève.\u2014 Je ne le vois déjà plus.l\u2019heure s avance.C\u2019est la fin.Appelle.appelle, mon enfant.Je veux mourir au milieu de tous ceux que j\u2019ai aimés.Au cri déchirant de la pauvre petite, ils accouraient.Le général, hébété.écrasé par cette nuit d\u2019angoisse.cette nuit d\u2019insomnie dont, à la fin, la fatigue l\u2019avait jeté, harassé, sur ce fauteuil où il avait eu un moment d\u2019inconscient repos.A l\u2019appel de Marcelle, il se hâtait, trébuchant comme un homme ivre.En même temps que lui s'empressaient les femmes de chambre.On courait prévenir le médecin qui s\u2019é tait assoupi dans une pièce voisiné.Et, dans l\u2019embrasure de la porte, on aurait pu voir Dominique tendant la tête, sa bonne grosse tête effarée dont les yeux tout gonflés disaient éloquemment le profond chagrin du pauvre garçon.\u2014 Hellène.ma chère Hélène ! sanglotait le général qui prit en tremblant la main.la main froide de l\u2019agonisante.Elle le regarda ardemment.comme pour retrouver ses traits à travers cette brome flottante.\u2014 Lucienne aussi.Je veux la voir, murmura-t-ele.On était déjà allé chercher la petite fil- le qu\u2019on amenait piesque aussitôt, à moi.tié vêtue.à peine éveillée.\u2014 Maman.maman, s\u2019écria en pleurant l\u2019enfant qui subissait, presque inconsciente l'impression cruelle de cette sicène d^ mort qu\u2019elle ne pouvait cependant tout à fait comprendre.\u2014 Tous.fit doucement la comtesse, tous.\u2022.vous voillà tous.Et, serrant avec tout ce que lui restait de force la main de l\u2019ami fidèle, du cher compagnon de sa vie.de celui qui avait eu tout son coeur de fidèle épouse : \u2014 Raymond.je vous confie ces enfants.ces deux enfants.Elle chercha, de sa main restée libre, la tête brune de Marcelle, qui étouffait ses sanglots, agenouillée à son chevet : \u2014 Trésor.rappellc-toi ta promesse.Et elle eut un faible soupir \u2014 qui fut le dernier.Dans cette grande chambre du château de Croixmaure \u2014 cette chambre ornée maintenant pour la mort .la comtesse Hélène reposait \u2014 toute blanche \u2014 presque souriante \u2014 sur le lit de parade où elle dormait ce dernier sommeil qui précède celui du tombeau.La nuit avait de nouveau succédé à cet-t * journée de douleurs et de larmes., La lumière du soleil ne faisait plus pâli)' la lueur rougeâtre de-s cierges qui se consumaient dans cette atmosphère lour-de où le parfum des fleurs se mêle aux premières et vagues senteurs de la çiort.H y avait un prêtre qui priait silen.cieusement.Des femmes agenouillées qui se succédaient pieusement pour faire la veillée funèbre.H y avait là aussi la petite Marcelle, qui, dans toute la ferveur de son âme.élevait sa prière à Dieu.Et, comme l\u2019autre nuit, scs pauvres yeux désolés semblaient devenir plus grands et plus sombres quand elle les attachait sur ce visage calme \u2014 presque souriant \u2014 dont elle voulait graver à jamais le souvenir dans sou coeur.Depuis le matin, ils étaient tous venus, tontes ees femmes.le général.Dominique.lui dire tout bas : \u2014 11 ne faut pas rester là.il faut prendre un peu de repos.Sans répondre, elfe avait secoué la tête.et elle s\u2019était, plus fervente, réfugiée dans sa prière et dans sou infinie contemplation.Mais voici qu\u2019à la première heure du matin, pendant qu\u2019ils étaient, encore tous là, à s\u2018hypnotiser dans cette torpeur qui finit, par engourdir les douleur® les pins désespérée®, \u2014 voilà, qu\u2019on avait entendu un bruit de pas confus.de pas lourds.Lt tout aussitôt, Dominique avait accouru vers M.de Croixmaure : \u2014 Mon général, il ne faut plus rester ici.Venez je vous en prie.Il avait compris.® Les vulgaires.les horribles besognes de la mort allaient commencer.ce® besognes qui sont presque une profanation.Et, docilement.après avoir enicore une fois embrassé ees main® blanches où s\u2019enroulait un chapelet bénit : \u2014 Adieu !.adieu !.avait-il balbutié.Et, de son pas chancelant, cassé, il avait suivi le brave serviteur qui voulait lui épargner une dernière souffrance.Maintenant ,èes homme®, restés jusqu\u2019à son départ dans la pièce voisine, venaient d\u2019entrer.Ils apporta:ent le grand cercueil de chêne capitonné de blanc.Quand la comtesse eut été placée.Quand sa tête émaciée reposa sur l\u2019oreiller pieusement disposé par Marcelle.il y eut un moment de profond silence.Pour la dernière fois apparaissait oe visage que la mort avait à peine altéré.Dans quelques minutes.ee serait fini.fini à jamais.On ne le reverrait plus, ce doux sourire qui semblait plus doux, plus tendre encore dans la calme immobilité de ce sommeil de marine.Et alors, dans ce grand silence s\u2019éleva la voix grave de Marcelle, qui ne pleurait plus.\u2014 Dormez en paix, marraine, fit-elle doucement.Je tiendrai ma promesse ! Fin de la Première Partie.DEUXIEME PARTIE LE PECHE DE LUCIENNE y RETOUR DE BAL \u2014 Eh bien! chérie, j'espère que tu t\u2019es amusée.\u2014 Je suis encore folle de tout ce mouvement.de tout ce brouhaha.Mon Dieu que c\u2019est donc drôle de ®e bousculer comme ça.\u2014 Et tu as e(u ton petit succès, ru sais.\u2014 Vrai, j\u2019étais gentille ?.\u2014 Avec ça que tu ne l\u2019as pas entendu dire.J\u2019entendais' partout, moi, faire la même question : Quelle est donc cette jolie blonde avec cas plissés accordéon rose pile ?.elle est divine.Et on répondait : C\u2019est la fille du général de Croix-maure, le directeur de l\u2019infanterie au Mi-msteie de la Cuerre.\t\u2014 U a une si charmante filile que ça ?\u2014 Son unique 62 \u2014 Vol.27, No 33, Montréal, 22 Janvier 1916 LE SAMEDI 23 enfant, oui, mon cher.\u2014 Un beau nom.\u2014 Une belle fortune.\u2014 Elle est toute jeunette,\u2014 Elle fait sen entrée dans le monde.Et, patati et patata.J\u2019en avais les oreilles pie nés.\u2014 Si pleines que tu m\u2019entendais pas le reste .\u2014 Quel reste ?\u2014 Eh bien, eeei, par exemple, que j\u2019entendais fort bien aussi, moi : \u2014 Quelle est donc -cette birune exquise qui l\u2019accompagne ?.\u2014 Une jeune fille une orpheline qu 'a élevée le général de Croixmau-re.\u2014 Je la trouve encore plus- jolie que la blonde, cette brune aux yeux merveilleux.A-t-elle de la fortune ?.\u2014 Ah ! cette fois, ma Lucienne, la réponse devait refroidir l\u2019enthousiasme de mes admirateurs.\u2014 Mais non, je t\u2019assure.Il y en avait justement un qui disait : \u201cJe la prendrais bien avec la dot réglementaire.\u2014 Ça devait être un lieutenant, celui- là.\u2014 Non, mon pauvre Trésor, pas même: il n\u2019avait qu\u2019un gallon.\u2014 I- n sous-lieutenant.Innocent jeune homme !.Quand il sera capitaine et qu il aura de la barbe au menton.Parce qu\u2019il n\u2019en avait point, je parie.\u2014 Pas beaucoup.\u2022\u2014 Je l\u2019aurais juré.Eh bien, quand il en aura, ses idées changeront.\u2014 Mails enfin, tu as une fortune à toi, Trésor, elle est entre les mains de ton grand-père.\u2014 Seulement, reprit Marcelle avec un peu d'impatience, il l\u2019administre à sa fantaisie, et ce n\u2019est pas moi qui veux le tracasser pour qu\u2019il m\u2019en remette le capital Et, comme si elle voulait chasser une pensée attristante, elle se hâta d\u2019ajouter en riant.peut-être un peu nerveusement : \u2014 Et puis, j\u2019ai le temps aussi de penser â moi, ma chérie.Il faut d\u2019abord que je marie ma fille.\u2014 Oh ! petite maman Déjà ?.\u2014 Non, mon mignon, pas encore.A seize ans ce serait trop tôt.\u2014 Alors.toi, après ?.\u2014 Oui, fit Marcelle avec une nuance d\u2019hésitation, moi après.\u2014 Deux officiers, hein ?.\u2014 Naturellement.\u2014 Le tien blond, le mien brun.\u2014 Ça va sans dire.\u2014 Beaux.comme le lieutenant quir m\u2019a fait danser deux fois.\u2014 Je t\u2019avoue que je ne l\u2019ad pas remarqué.\u2014 Oh ! si c \u2019est perm is !.Un officier d\u2019état-major un grand.brun., avec des moustaches retroussées comme.\u2014 .Comme un chat-tigre !.\u2014 Tu m\u2019ennuies.Tu ne peux pas être sérieuse cinq minutes seulement.Et elles se prirent toutes les deux à rire comme des fotlle3.Oela se passait dans un coupé qui ramenait, vers quatre heures du matin, la fille du général de Croixmaure et sa soeur d\u2019adoption, de leur premier grand bal au Ministère de la Guerre.Comme il avait envie de fumer un cigare et d\u2019allonger ses jambes qui commençaient à s\u2019ankyloser, le général, pour revenir, avait abandonné le coupé aux deux jeunes filles.A l\u2019aller, il avait trop souffert blotti entre les deux robes qu\u2019il s\u2019agissait de De froisser sous aucun prétexte.Et, faisant quelques pas, pour le plaisir, il était allé jusqu\u2019à la station voisine premdre une voiture de place.Alors, ouvrant toutes les glaces, il avait relevé le -collet de son pardessus, enfoncé carrément son bicorne sur ses deux oreilles, allumé son cigare et dit au cocher : \u2014 Rue de la Pompe, 9 bis.C\u2019est là qu\u2019il demeurait, dans un petit hôtel, tout près de la Muette.Huit ans s\u2019étaient écoulés depuis les événements de la première partie de ce récit.Huit ans qui avaient amené bien des changements dans sa vie.qui l\u2019avaient cassé et vieilli.mais qui avaient aussi permis au temps de jouer «on rôle -de consolateur.ou plutôt de messager de paix \u2014 sinon d\u2019oubli.Car jamais le général de Croixmaure ne s\u2019était consolé de la mort de la comtesse Hélène.Ce malheur l\u2019avait frappé d\u2019un coup dont il ne devait plus se relever.Du jour au lendemain, ce beau soldat dont l\u2019aspect n\u2019éveillait que les idées de force et d\u2019énergie, était devenu un vieillard incapable de résister aux fatigues physiques de son commandement militaire.Comme disait Dominique qui commençait à grisonner au service des Oroixmau-re : \u2014 La tête y est bien.aussi solide que jamais.C\u2019est les bras et les jambes qui fichent le camp.Et le général l\u2019avait compris lui-même en demandant un poste plus sédentaire.H l\u2019avait bientôt obtenu.On l\u2019avait-placé à la direction de l\u2019in, fant-erîe au Ministère de la Guerre.Son travail, \u2014 d\u2019une importance capitale, n\u2019était plus maintenant qu\u2019un travail de bureau ; et là.il pourrait, mieux qu\u2019à la tête de sa brigade, donner sa mesure et rendre de signalés services.Et, pour chasser le ehagrin qui lui rongeait le coeur, il s\u2019était mis avec acharnement, avec passion à la besogne gi compliquée, si laborieuse dont la fatigue \u2014 \u2014 06 \u2014 le surmenage parfois \u2014 lui faisaient au moins ouJMier les heures désolées.pendant lesquelles il avait vu, sur les ailes de la mort, s\u2019enfuir à jamais 1-a joie de sa vieille maison.A jamais, non.Sinon pour lui, n\u2019était-elle pas revenue pour Lucienne la joie d\u2019être jeune, d\u2019être jolie, d\u2019être aimée, \u2014 1-a joie de vivre enfin ?N\u2019est-ce pas une des mystérieuses lois de la nature, cet inconscient égoïsme des enfants qui oublient vite.parce qu\u2019ils 'ont, à leur tour, à créer \u2014 tandis que les vieux \u2014 ceux qui ont accompli leur oeuvre \u2014 ne perdent plus jamais le souvenir de la chère créature qui les accompagna longtemps pour supporter avec eux les fatigues de leur rude chemin ?.Et peu à peu, comme une volière où sont des oiseaux jaseurs, le petit hôtel de la rue de la Pompe s\u2019était rempli de bruit, de chansons, de rires.Car il y avjait là non pas une, mais deux jeunes filles.Cependant si l\u2019une des deux \u2014 la blonde \u2014 avait toutes- les impulsion®, tous les jolis caprices, tous les bruyants éclats de joie d\u2019une enfant de seize ans, gamine hier encore, \u2014 l\u2019autre, la brune, montrait moins d\u2019exuberance.Elle avait ses heures de songerie silencieuse, de souvenirs tristes.\t* U y avait même des moments où elle devenait tout à fait sérieuse, Mlle Tré.sor.Par exemple : quand elle s\u2019occupait des choses de la maison doit elle était devenue la ménagère en chef, par délégation spéciale du général qui estimait que régler des notes de fournisseurs ou recevoir des comptes de cuisinière c\u2019est un de ces supplices que le Dante a oubliés dans son Enfer.Ensuite, quand il s\u2019agissait de Lucienne.Oh ! alors, les grands yeux noirs cessaient de regarder comme regardent volontiers les yeux rieurs d\u2019une jolie fille qui se trouve bien, dans une chaude atmosphère d\u2019affection, \u2014 et qui prend la vie par son bon côté.Us devenaient attentifs, ils étaient pleins de sollicitude.de sévérité quelquefois.lorsque Lucienne mécontentait celle qu\u2019elle appelait volontiers \u201cpetite maman\u201d \u2014 pleins de tendresse toujours.C\u2019est qu\u2019ele était souvent obligée de gronder, cette petite maman-là.Depuis quelque temps Mlle Laurence Keller était partie.Son père, très vieux, devenu de pluB en plu® impotent, allait avoir.avait déjà un absolu besoin de ses soins.Aussi l\u2019éducation de Lucienne achevée était-elle allée trouver le général de Croixmaure. 24 LE SAMEDI Vol.27, No 33, Montréal, 22 Janvier 1916 \u2014 Ma petite élève en sait maintenant aussi long que moi.D\u2019ailleurs Marcella est là pour m-e continuer et me remplacer.,.et moi j\u2019ai hâte de partir., \u2014 Pour rendre, grâce à vous, général, Ses derniers jours moins rudes.pour qu \u2019il ne s \u2019em aille pas dans la tristesse d e son isolement.Pauvre cher père.Ce n\u2019est pas pendant bien longtemps que je lui aurai donné cette grande joie de m\u2019avoir près de lui.jusqu\u2019à la fin.\u2014 Et.après ?.fit le général tout apitoyé \u2014 car il aimait sincèrement cette vieille fille disgraciée de lia nature.déshéritée de la bonne chance.et qui se résignait \u2014 toujours douce, toujours bonne \u2014 toujours fidèle à remplir son devoir.\u2014 Après.Vous savez que j\u2019ai de très jolies économies.Elles me permettront d'attendre.d\u2019attendre vos petits enfants, mon général.Us me sont réservés, je suppose, et je leur apprendrai à lire et à écrire comme je l\u2019aurai appris à leur maman.\u2014 Eh h'en, c\u2019est dit.mademoiselle Laurence.,Te m\u2019y engage au nom de Lucienne.Et si vous avez le moindre ennui.la plus petite contrariété.vows savez que vous pouvez compter sur moi.n\u2019est-ce pas ?¦.D\u2019ailleurs, j\u2019aâ nue idée à votre sniet.et les bureaux de tabac ne sont pas faits uniquement pour les veuves de sous-préfets.J\u2019ai mon idée.\u2014 Comment vous remercier mon géné-ral 7.\u2014 Allons done ! C\u2019est moi oui vous suis tréç reconnaissant d\u2019avoir fait de ma fillette une ienue filte charmante qui sera Pu jour, grâce à vous, une femme aceom.plie.\ti\t\u2019 f Et Mlle Keller, après des adieux où, de part et d\u2019autre on avait eu le coeur gros, après des promesses exigées et faite® de venir souvent la voir dans son petit cottage de Saint-Mandé, Mile Keller avait quitté ses chères petites.Désormais c\u2019est Marcelle qui allait remplacer auprès de Lucienne la vielle institutrice.Le général s\u2019était, au premier moment, demande s\u2019il prendrait pour les jeunes filles quelque vieille demoiselle de compagnie, quelque imposant porte-respect.¦¦fsr\t.Dame ! ce n\u2019est pas dan® l\u2019armée qu\u2019elles manquent ces pauvres femmes qui ont eu, par leur mari ou par leur père, un moment de luxe, une heure de splendeur.et puis qu\u2019un accident, une mort.fait tomber, du jour au lendemain, dans cette misère décente.cette misère qui se gante et fait de® visites de cérémonie.la pire de toute®.Parmi les malchanceuses, il aurait trouvé dix fois, cent fois ce qu\u2019il eût cher «hé.et le chaperon de M#e de Croix-maure, si le général s\u2019en était donné la peine, aurait pu porter un nom aussi beau que celui de la jeune fille confiée à ses soins.Mai® introduire un nouveau visage dans la maison.y commencer une intimité avec une inconnue.faire un apprentissage d\u2019habitudes.Cette perspective effraya M.de Croix-maure.Et puis, d\u2019ailleurs, n\u2019avait-il pas Marcelle ?.Marcelle, si sérieuse quand elle voulait.Marcelle, qui depuis des années l\u2019avait ®i gentiment, si discrètement débarrassée de tous les ennuis de ce que le général appelait \u201cla popote\u201d.Marcelle qui.sur ce ebapitre-là, lui faisait même faire, bon an mai! an.des économies très appréciables., Car elle avait l\u2019oeil à tout, cette petite mâtine, aussi bien aux comptes de® fournisseurs qu\u2019au coulage de l\u2019office.Avec cette fille de tête et de coeur, Lucienne serait bien plus en sécurité qu\u2019avec une imposante personne.\u2014 très dévouée et très bien intentionnée c\u2019est possible, \u2014 mais qui ne saurait pas gagner la confiance de cette enfant, qui ne la connaîtrait que fort peu et qui ne prendrait sur elle ni autorité ni influence.Marcelle avait tout cela.Et le général.\u2014 très aise au fond de ne pas voir à la place de la borne petite figure ridée de Mlle Laurence Keller, un visage nonveau one.sans le connaître, il ava;t déjà en giippe, \u2014 le g'néral emmena Marcelle avec lui dans son cabinet.\u2014 Ecoute.Trésor te voilà seule dans cette maison avec Lucienne.\u2014 Eh bien ! général, nous tâcherons de ne pas y avoir trop peur.\u2014 Je sais bien que tu n\u2019es pas poltronne.et je t\u2019aime aussi pour ta jolie pe.tite bravoure qui n\u2019est pas de la fanfaronnade.\u2014 Oh 1 que voilà des compliments !.Général, vous tournez autour de la position.vous avez envie que je fasse quelque chose.Dites-le donc vite.Je suis heureuse quand vous avez besoin de moi.\u2014 Eli bien, puisque tu y vois si clair, voilà : je pourrais.je devrais peut-être vous remplacer Mlle Laurence par une autre tête à perruque.Mais d\u2019une part, ça ne m\u2019irait guère.et, de l\u2019autre, je m\u2019imagine que ça ne vous réjoui rait pas.\u2014 Dame, une personne qu\u2019on n\u2019a jamais vue et qui, tout à coup, se mêle à vous.du matin au soir.avant même qu\u2019om ait eu le temps de faire connaissance .\u2014 Oui, je me suis dit tout cela.Et c\u2019est justement pour vous éviter l\u2019avènement de cette respectable dame.et à moi aussi.que je veux savoir si ,ie puis comjpter sur toi.\u2014 Four ?.demanda-t-elle un peu étonnée, car vraiment elle ne comprenait pas bien où voulait en venir le général.\u2014 Pour être à Lucienne un joli petit mentor.une conseillère en même temps qu\u2019une compagne.et aussi une gardienne dévouée.\u2014 Mai® ce que vous me demandez, général, c\u2019est ce que je suis heureuse de faire.\u2014 Je le sais parfaitement.\u2014¦ Eh bi en alors ?.\u2014 Seulement je voudrais te le voir continuer jusqu\u2019à ee que nous ayons marié Lucienne.\u2014 Vous vous imaginez donc que je vais partir un beau matin.m\u2019en aller sane crier gare.Oh ! général, ee n\u2019est pas gentil.Je ne croyais pas vous avoir donné le droit d\u2019envisager seulement cette mauvaise pensée.\u2014 Mais ma chère petite tu peux avoir envie de te marier.C\u2019est tout naturel, cela.C\u2019est même moi qui suis un vieil égoïste, quand je te demande de retarder encore d\u2019un an ou deux.juisqu\u2019à ce que nous ayons établi notre Lucienne.Elle eut au front une fugitive rougeur, mais résolument : \u2014 Disons franchement les choses.Les filles comme moi trouvent malaisément à se marier.\u2014 Pourquoi?demanda-t-il en hésitant.Mais sans répondre directement, elle continuait : \u2014\t.A moins qu\u2019elles ne se contentent d\u2019en viager le mariage comme une simple affaire, \u2014 soit avec un triste sire qui les prendra à cause de leur petite dot, soit avec le premier venu qui s\u2019éprendra d\u2019eliles et leur fera l\u2019honneur de les épouser parce qu\u2019elles sont jolies.Moi.l\u2019ai plus d\u2019ambition.Je chercherai mieux.Tant pis si je ne trouve pas.\u2014 Jamais, balbutia le général, jamais tu ne m\u2019avais parlé ainsi.Tu sais donc ?.\u2014 Jamais je ne vous ai parlé de ces choses parce que l\u2019occasion ne s\u2019en est pas encore présentée.Et puis, fit-elle avec un profond soupir, il faut du courage pour aborder.certains sujets de conversation.\u2014 Pauvre enfant.C \u2019est justement pour t\u2019épargner une peine.comme celle où je te vois.que j\u2019ai toujours voulu retarder certaines confidence®.\u2014 Vous avez été bon, comme vous l\u2019êtes depuis que vous m\u2019avez recueillie.\u2014 Et que tu es devenue aussi notre enfant.\u2014\tUne enfant, général, qui venait de perdre sa mère et qui avait encore plus besoin, de votre assistance.puisqu'elle me connaissait pas son père.et qu\u2019elle n ' le connaîtra jamais. Vol.2ï, No 33, Montréal, 22 Janvier 1916 Et, comme le général restait tout interdit.\u2014 Vous voyez, ajouta-t-elle, que je sais ma triste histoire.Je ne suis pas arrivée à mon âge sans- songer beaucoup à ce mystère que dans votre charité à tous deux, ma pauvre marraine et vous aviez laissé flotter sur les premières années de ma vie.J\u2019ai voulu en avoir le coeur net.\u2014 Mais qui a pu te dire ?.\u2014 Je l\u2019ai demandé à Dominique \u2014 Et cet indiscret t\u2019a raconté ?.\u2014 N'a-t-il pas eu raison.et ne vaut-il pas mieux qu\u2019il vous ait épargné le chagrin de me causer une profonde.une cruelle peine ?.\u2014 Pauvre petite.\u2014 Oui.j'ai éprouvé une souffrance aiguë quand ce brave garçon.oh ! après bien des hésitations.a fini par m\u2019avouer ce que, seul avec vous et moi, il sait sur ma première enfance.J\u2019ai eu une grande révolte d\u2019orgueil.Je me croyais line petite fille de modeste condition, .une orpheline qui vivait malheureuse avec un grand-père trop vieux pour s'opposer à des mauvais traitement® exercés sur elle par une servante.mais j3 me figurais avoir.comme tout le monde.un nom.une famille.Je n\u2019a-vais rien dé cela.et c\u2019est peut-être parce qu\u2019elle ne s\u2019en consolait pas que ma pauvre mère était morte désespérée.et avait tenté de m\u2019emmener avec elle.\u2014 Oh ! cela.il n\u2019aurait pas dû te le dire !.\u2014 Il valait mieux ne me faire souffrir qu\u2019une fois.il a bien fait.je l\u2019en ai remercié.J\u2019ai beaucoup pleuré toute seule.pendant une nuit tout entière.et puis j\u2019ai prié pour ma pauvre mère qui m\u2019aimait mal.e\u2019est vrai.mais qui pourtant.je le vens.m\u2019aimait bien fort.Vous voyez, général, que je sais toute ma triste histoire.Et c\u2019est à toutes ces choses d\u2019autrefois et d\u2019à présent que pensait M.de Croixmaure en regagnant, en fiacre, l\u2019hôtel de la rue de la Pompe, pendant que dans le coupé, Lucienne et Marcelle revenaient du bal du Ministère de la Guerre.H arriva enfin.Le petit hôtel élevé seulement d\u2019un étage sur un rez-de-chaussée auquel on accédait par quelques marches, se cachait dans un grand fouillis de verdures et de plantes grimpantes qui tapissaient, d\u2019an mur de feuillage, toute la grille donnant sur la rue.Le jardin, assez vaste, s\u2019étendait derrière la maison, jusqu\u2019à une ruelle aboutissant à l\u2019avenue de la Petite Muette, et dos, de ce côté, par une muraille assez élevée.LE SAMEDI Dan* un angle, avec une entré* indépendante, les écuries et remise».C\u2019était à la fois confortable et discret.Au rez-de-chaussée, le salon, la salle à manger, une grande pièce servant de cabinet au général et une autre pièce plue petite dont les jeunes filles avaient fait leur domaine à élle\u2014 moitié atelier, moitié salon : le coin préféré où elles se tenaient toujours.Au premier, quatre chambres à coucher, dont une, maintenant, inoccupée; ¦celle de Mlle Laurence Keller.Puisqu\u2019à présent l\u2019installation de M.de Croixmaure à Paris était complète, il y avait /ouilu que ces jeunes filles y retrouvassent un peu du grand air et de la libre vie qu\u2019elles avaient laissé® en Provence.Dans ce quartier paisible, dans ce petit hôtel au jardin ombragé et discrètement Clos, elles pourraient encore se croire un peu à la campagne.et c\u2019est là qu\u2019il voulait demeurer jusqu\u2019au moment où, \u201cl\u2019oreille fendue\u2019\u2019 comme il disait lui-mêane, il irait retrouver, lui, le souvenir de sa chère Hélène à Croixmaure, \u2014 en attendant que la même tombe les réunit à son tour.\u2014 Comment, tu n\u2019es pas encore couché ?C\u2019est à Dominique qu\u2019en entrant dans le vestibule formant antichambre M.de Cro xmaure s\u2019adressait ainsi.\u2014 Mais non, mon générai, je vous attendais.\u2014 A quatre heures du matin, c\u2019est ridicule .\u2014 Oh ! pour une fois que ça vous arrive de rentrer un peu tard.\u2014 Je t\u2019avais dit que je n\u2019aurais pas besoin de toi.Va te coucher.\u2014 Oh ! maintenant que mon général est revenu.ça ne serait pas à faire.Et pu:s, vous savez bien que vous ne pouvez pas vous passer de moi.\u2014 Ha quand même un peu raison, le vieil entêté, fit moitié riant, moitié grognant M.de Croixmaure.Et, entendant du bruit : \u2014 Ces demoiselles ne sont donc pas encore montées ehez elles ?.H y a déjà un grand moment qu\u2019elles doivent être revenues.\u2014 Un quart d\u2019heure, mon général \u2014 Eh bien, qu attendent-elles donc ?.Ce qu elles attenda.ent, il le sut aussitôt.Encore vêtues de leurs robes de bal, les deux jeunes filles faisaient irruption : \u2014 Bonjour, père chéri.\u2014 Bonjour général.\u2014 Ce n\u2019est pas bonjour, c\u2019est adieu qu\u2019il faut se dire.\u2014 Oh ! non, pète, pas encore.\u2014 Mais je suis éreinté.\u2014 Nous aussi, ça n\u2019empêche pas que ¦\u2014 68 \u2014 25 c\u2019«t inpoesible de se eoaeher, tout de suite comme les poulet , .\u2014\tElle dit \u201ccomme les poules\u201d, la petite malheureuse, soupira le général ; mais c\u2019est le moment où elles se lèvent les poules ! \u2014 C\u2019est le moment où, quand on revient d\u2019un bal.¦\u2014 oh ! papa, quel bal \u2014 quand on s\u2019est fatigué à revenir dans une mauvaise voiture, pendant qu\u2019on laissait à ses enfants son bon coupé.on se réconforte avec quelque chose de tonique, de chaud.tiens, du thé bien léger que je vais te faire moi-même.avec dedans, une toute petite goutte de rhum, oh ! une goutte seulement.pour faire croire qu\u2019il y en a.Et puis, en se réchauffant avec ce bon thé, servi.j\u2019ose le dire.par la main des grâces, on échange ses impressions avec les jeunes personnes qu\u2019on a menées faire leurs débuts dans le monde.Et comme, en babillant, elle lui avait enlevé son pardessus, son chapeau à plumes noires, son épée.tout ce qui le saD-g.ait dans son grand uniforme, il se trouva, presque sans s\u2019en douter, emporté et installé dans le petit salon \u2014 devant une table où déjà le thé était préparé.\u2014 Ah !.bien !.d.t-il en riant, c\u2019était une conspiration ?\u2014\tEt il s\u2019agissait de te faire prisonnier.voilà tout.\u2014 Alors, mes mignonnes, ne prolongez pas trop longtemps ma captivité !.je ne me Cens plus sur mes vieilles jambes.\u2014 Qu\u2019est-ee que ce serait donc si tu avais dansé comme nous.Comme moi surtout.Pas une, père, je n\u2019en ai pas manqué une !.\u2014 Et ça t\u2019amusait tant que ça, de te faire bouse nier dans cette cohue !.\u2014 Marcelle, il demande si c\u2019est amusant ! Maie c\u2019est adorable, papa.\u2014 Le fait est.Quand je sortais de Saint-Cyr je trouvais ça drôle aussi.Seulement, il y a bientôt quarante ans.\u2014 Et tu sais, père, on nous a trouvées très jolies.\u2014 J\u2019espère bien qu\u2019on ne s\u2019est pas1 permis de vous le dire ?.Et en répondant ces mots, il avait eu tout à coup, dans son oeil, comme un« lueur d acier.Ce bonhomme dorloté par ces deux fillettes, devait avoir à certains moments des réveils de lion.\u2014\tOh ! général, s\u2019empressait de protester Marcelle, vous savez mieux que nous-qu\u2019il n\u2019y avait au Ministère que de« gens bien élevés.\u2014\tMais, sans qu\u2019on vous le dise, c\u2019est très facile à constater, cela.Tiens, père rien qu à la façon dont ces messieurs ®e reculent quand on passe au -bras d\u2019un cavalier .Us ont un petit air compassé et gourmand en même temps.Oh ! que c \u2019est drôle !.\u201cA SUIVRE\u201d 26 LE SAMEDI Vol.27, No 33, Montréal, 22 Janvier 1916 Se méfier des imitations ou substitu tions que leur grand succès a engendrées.Les diverses phases de la vie de la femme sont la source fréquente d\u2019affections graves que les Pilules Rouges bien employées peuvent prévenir ou guérir.D\u2019abord, de 12 à 18 ans, le développement physique qui s\u2019opère chez la jeune fille est généralement la cause d\u2019affaiblissement et de maladies qui, négligées, compromettent grandement sa santé future.C\u2019est alors d\u2019un sang riche, abondant et de beaucoup de forces qu\u2019il lui faut s\u2019approvisionner pour faire face à toutes les obligations qui l\u2019attendent.La première, très grande, qui pourra s\u2019imposer, est celle de ia maternité avec toutes ses fatigues.L\u2019anémie, des troubles internes en sont souvent les conséquences, mais une bonne médication administrée dès le début, aura raison de ce triste état avec lequel la joie du foyer ne saurait exister.Plus tard, la dernière époque, celle du retour de l\u2019âge, n\u2019offrira pas moins de dangers, n\u2019apportera pas moins de souffrances à la femme peu soucieuse; mais la femme qui saura être prévoyante les évitera toujours et pourra encore avoir de bonnes années d\u2019une santé robuste.Dans toutes ces circonstances ce sont les Pilules Rouges que nous recommandons à la femme parce que c\u2019est le meilleur remède qui fasse du sang rapidement, qui donne des forces et qui entretienne les organes en bon état.Les Pilules Rouges, contrairement à bien d\u2019autres préparations, ne fatiguent pas l\u2019estomac.C\u2019est à ce remède qu\u2019ont eu recours les femmes maintenant guéries et dont nous publions les certificats, chaque semaine.CONSULTATIONS GRATUITES.\u2014Le Dr E.Simard, qui a passé près de trois années en Europe à étudier les maladies des femmes sous la direction des célèbres docteurs spécialistes Capelle et De Vos, maintenant de retour, continue de donner des consultations au No 274 rue St-Denis.Comme par le passé, ces consultations se donnent tous les jours, dimanche excepté, de 9 heures du matin à 8 heures du soir, et sont absolument gratuites.L\u2019expérience acquise par le Dr Simard, durant son séjour prolongé en Europe, est une sérieuse garantie de succès; nous espérons donc que toutes les femmes qui souffrent sauront profiter des avantages que nous mettons à leur disposition en venant le consulter; celles qui en seraient empêchées, peuvent lui écrire en lui donnant une description complète de leur maladie et elles recevront des conseils qui leur seront d\u2019une grande utilité.AVIS IMPORTANT Les Pilules Rouges pour Femmes Pâles et Faibles sont en vente chez tous les marchands de remèdes au prix de 50c la boîte, ou six boîtes pour $2.50; elles ne sont jamais vendues autrement qu\u2019en boîtes contenant 50 pilules, jamais au cent; elles portent à un bout de chaque boîte la signature de la CIE CHIMIQUE FRANCO - AMERICAINE et un numéro de contrôle.Lorsque vous demandez les Pilules Rouges n\u2019acceptez jamais un autre produit que l\u2019on vous recommanderait comme étant aussi bon.REFUSEZ CATEGORIQUEMENT.Défiez-vous des COLPORTEURS; les Pilules Rouges ne sont jamais vendues de porte en porte.Rappelez-vous que les PILULES ROUGES sont la grande SPECIALITE pour la femme, celle qui guérit tous les jours un grand nombre de personnes ET QUI VOUS GUERIRA AUSSI.Si vous ne pouvez vous procurer, dans votre localité, les véritables PILULES ROUGES pour Femmes Pâles et Faibles, ECRI-VEZ-NOUS, nous vous les ferons parvenir FRANCO.Adressez toute correspondance : COMPAGNIE CHIMIQUE FRANCO - AMERICAINE (Limitée), 274 rue Saint-Denis, Montréal.CAPSULES CRESOBENE CONSOMPTION Si fous souffrez de Phtisie ou Tuberculose, recou -«a avec confiance aux Capsulas Crésobène (pro luit Français) qui opèrent chaque jour des mil ! î«rs de guérisons merveilleuses chez les consomp-tifs.Rien ne résiste à leurs propriétés prodigieuses, elles guérissent les toux et les oppressions lei plus tenaces.Prix : 60 cts le fl aeon.Dépôt : Arm m Décary, Pharmacien, Bureau de Poste, Boîte 592, Montréal Canada.Noua envoyons gratuitement sur demande un livre: \u201cComment lutte» *ontre les maladies des poumons.\u201d N Vol.2?, Ko 33, Montréal, 22 Janvier 1916 LË SAMEDI 27 QWTëS&Ji ?ùs * Le Corbeau, Le Cadi, Et Les Deux Marchands Dans la ville de Smyrne aux étincelantes mosquées, habitaient autrefois deux marchands nommés Oman et Ali.Tous deux étaient également riches, puissants et considérés, et depuis de longues années, une étroite amitié les unissait.Ali possédait six vaisseaux qui s\u2019en allaient porter au loin les bois rares du Liban et les étoffes précieuses tissées par d\u2019habiles ouvriers.Oman vendait des essences et des parfums que de longues caravanes acheminaient vers tous les points de l\u2019empire.Mais bientôt, alors qu\u2019Oman voyait ses affaires prospérer et sa fortune grandir, le destin sembla s\u2019acharner sur Ali.Certaine année, quatre de ses navires sombrèrent dans une terrible tempête et ses magasins furent brûlés.M ne perdit pas courage, équipa les deux vaisseaux qui lui restaient et les envoya tenter un sort plus propice.Cette campagne fut encore plus malheureuse que la précédente : les deux bâtiments furent attaqués par des corsaire et eouiés après une héroïque résistance.L\u2019infortuné Ali était définitivement ruiné.De son ancienne splendeur il lui restait sa maison de Smyrne et quelques bijoux d\u2019une très grande valeur.Mais qu étaient ces épaves à l\u2019égard de l\u2019opulence dans laquelle 11 avait vécu jusqu\u2019alors ?.Ne pouvant se résigner à vivre de façon mesquine, il vendit son palais et résolut de s\u2019expatrier pour aller au loin essayer de reconquérir ses richesses perdues.Un matin donc, d se rendit chez son ami.\u2014 Tu sais, mon cher Oman, lui dit-il, que je suis devenu bien pauvre.( on-nlaissant, ta générosité, je pourrais avoir recours à ton obligeance ; mais je veux au moins une fois tenter à nouveau la fortune.Il existe, dit-on, loin vers l\u2019Orient, à Oolconde, dans l\u2019Inde mystérieuse, des mines inépuisables de diamants, et d autres plus lointaines encore dans l\u2019île de Xipaïugu.C\u2018est là que je vais essayer de retrouver ma fortune.\u201cJe te confie ce cachet où sont enfermés cinq émeraudes, quatre rubis et trois gros diamants.Garde-lo précieusement en te souvenant de moi.Si la fortune me sourit ou si le destin m\u2019est contraire, je reviendrai te demander le dépôt que je te donne aujourd\u2019hui.Mais si, au bout de dix ans, tu ignores ce que je suis devenu, c\u2019est que je serai mort.Et ce modeste trésor t\u2019appartiendra.Les deux amis s\u2019embrassèrent en pleurant.Ali partit le lendemain.Une année, deux années s\u2019écoulèrent.L\u2019exiLé ne donnait plus signe de vie.Et son souvenir commençait à s\u2019effacer du coeur de son ami.Elle demanda à son mari de lui permettre de porter les bijoux d\u2019Ali.Oman avait caché au fond d\u2019un de ses coffre® le sachet qui lui avait été remis.Et parfois il vérifiait si le précieux dépôt était toujours intact.Les diamants étaient d\u2019une eau et d\u2019une pureté merveilleuses, les ruibis flamboyaient comme des soleils et les émeraudes lançaient comme des1 reflets de ciel.La belle Djériane, femme du marchand de parfums, était coquette ; elle aimait la parure et l\u2019éclat des pierres.Elle demanda doue à son mari de lui permettre de porter les ln*err«ud( s, les diamants et les rubis d\u2019Al:.Oman' refusa (d\u2019abord ; puis, devant l\u2019obstination de son épouse, il finit par céder.La belle Djériane s\u2019habitua peu à peu à considérer comme sienne cette parure d\u2019emprunt, et Oman lui-même ne sut plus trop si' les pierres précieuses lui avaient été prêtées ou données par son malheureux ami.Les années s\u2019ajoutèrent aux années.On s\u2019accoutuma à tenir pour certaine la mort du voyageur.Il y avait déjà plus de neuf ans qu\u2019Ali était parti lorsqu\u2019un jour un étranger se présenta à la maison du marchand de parfums.Il avait l\u2019air douloureux et triste, ses vêtements étaient misérables et son corps amaigri et tanné par la bise disait éloquemment les longs jeûnes et les privations.Oman, qui l'aperçut, pensa que c\u2019était quelque infortuné pèlerin revenant de la Mecque et voulut lui faire l\u2019aumône d\u2019un scquin.Ma s l\u2019inconnu le retint par la manche et murmura : \u2014 Suis-je à ce point changé que tu ne reconnais plus ton ancien compagnon ?Oman haussa les épaules d\u2019un air hésitant et gêné.\u2014 Je suis1 Ali, reprit le voyageur.Au son de sa voix, Oman l\u2019avait reconnu ; mais pu le voyant si pauvre et fri malheureux, une pensée mauvaise lui traversa l\u2019esprit : \u201cVoilà Ali, s\u2019était-il dit, qui vient me redemander son trésor.Mais comme il a l\u2019air misérable ! Depuis dix années qu\u2019il est parti, qui' done à Smyrne se souvient encore de lui ?Pourquoi lui rendrais-je des diamants et des rubis dont ma femme est si fière et qui lui siéent si bien ?.U avait disparu.Tl m\u2019avait dit que s\u2019il n\u2019était pas de retour dans dix ans.non, dans neuf ans, son sachet de pierreries m\u2019appartiendrait.Or, dix ans, je veux dire neuf, se sont déjà écoulés.Le dépôt est maintenant ma propriété et je serais bien sot de le rendre.D\u2019ailleurs, Ali qui n\u2019a point fait fortune, se hâterait de perdre à nouveau le trésor que je lui abandonne rais si bénévolement Mieux vaut pour tout le monde que je le garde.Au moins il ne sera pas1 gaspillé.' Ayant relevé la tête, il demanda : \u2014 Que me veux-tu 1 L\u2019exilé baissa la tête et répondit : \u2014 Oman, mon seul ami', la fortune que j\u2019Bi cherchée avec acharnement n\u2019a pas voulu me sourire.Et je suis devenu près- 28 LE SAMEDI Vol.27, No 33, Montréal, 22 Janvier MG que un mendiant.Te souviens-tu du sachet que je t\u2019avais confié à mon départ?Je viens te prier de me le rendre.Avec l\u2019argent que j\u2019en retirerai, je vivrai paisir bile à l\u2019écart, dans une humble maison, et je vieilli.irai dans la médiocrité et la gêne.trop las pour tenter encore les aventures.\u2014 J\u2019approuve ce dessein; mais de quel sachet veux-tu parler ?Je ne me souviens de rien.\u2014 Est-il possible ?murmura Ali.Il est vrai qu\u2019il y a si longtemps' ! Voyons, rappel le-toi : c\u2019était une petite bourse de cuir fauve qui contenait trois gros diamants, cinq émerandes et quatre rubis.\u2014 Je ne m\u2019en souviens point.\u2014 Pourtant, devant moi, tu avais serré !e sac dans un compartiment de ce grand eoffie de cèdre.\u2014 Mon pauvre ami, les épreuves que tu as supportées t\u2019ont quelque peu troublé l\u2019esprit.Et tu crois m\u2019avoir confié un dépôt.Mais je te jure que je n\u2019ai rien reçu.\u2014 Oman, ta mauvaise foi est évidente.Une dernière fois veux-tu me rendre ce qui m\u2019appartient ?\u2014 Je veux bien, en souvenir de notre ancienne amitié, te donner quelques pièces d\u2019or.\u2014 L\u2019aumône à moi ?Non ! C\u2019est mon bien qu\u2019il me faut.\u2014 Je ne sais pas ce que tu veux d're.\u2014 C\u2019est bien, Oman, j\u2019avais trop compté sur ta loyauté ; mais sache que de ce pas je m\u2019en vais trouver le eadi qui saura bien te faire rendre ee que tu persistes à détenir indûment.\u2014 Va trouver le eadi.je ne crains pas le® accusations d\u2019un mendiant, d\u2019un coureur de routes.Ali s\u2019éloigna, les épaules p\u2019oyées, pleurant à grosses larmes sur l'ingratitude, la trahi on et la méchanceté des hommes, et alla porter devant le eadi une plainte contre son ancien ami.Le lendemain, le eadi fit mander Oman devant son tribunal].Le marchand de parfums' s\u2019avança l\u2019air rassuré.Comme au temps des anciens califes, la justice se rendait en plein air, sous une calomuade ouverte sur un jardin délicieux.Le® assistants s\u2019accroupissaient à terre sur des nattes tressées, et les plaideurs restaient debout face à face, pour exposer leur cause.Un jet d\u2019eau murmurait dans le jardin.Et parmi l\u2019assemblée, sauti lant sur ses pattes bancales, voletant parfois jusqu\u2019aux chapiteaux des colonnettes, un vieux corbeau plusieurs fois centenaire, bête philosophe et sacrée, semblait prendre un vif intérêt aux débats qui s\u2019engageaient devant lui.Il lui arrivait même de se poser sur l\u2019épaule du juge, qui le caressait et faisait mine parfois de lui demander conseil dans les cas litigieux ou difficiles.C est devant ce tribunal qu\u2019Ali exposa sa demande.Le eadi se retourna vers Oman : \u2014 Tu*as entendu ce dont on t\u2019accuse.Qu\u2019as tu à répondre ?\u2014 Cet homme, dit Oman en désignant du doigt son ancien ami cet homme se trompe : jamais il ne m\u2019a rien confié et je ne lui dois rien.\u2014 Il a donc menti en déclarant t\u2019avoir remis en dépôt trois diamants, cinq émeraudes et quatre ruMs ?\u2014 Je ne dis pas qu\u2019il ait menti mais je ne sais pas en vérité de quoi il veut parler.\u2014 Voyons, dit le juge en s\u2019adressant cette fois à A là, n\u2019as-tu aucune preuve de ce que tu avances ?\u2014 Hélas ! seigneur, rien, absolument rien.\u2014 Quoi ! pas même un papier, un reçu?\u2014 Oman était mon ami, j\u2019ai eu foi en sa loyauté, et je n\u2019ai pas cru devoir exiger aucune garantie.\u2014\tAinsi donc, tu ne peux pas prouver que tu lui as confié un trésor ?\u2014\tJe ne le peux pas.\u2022 /s* Le corbeau s\u2019empare du turban d\u2019Oman.\u2014 Et cependant tu persistes à lui réclamer ce trésor ?\u2014Oui, So.grwMir.Je suis sûr qu\u2019il le possède enaore et que c\u2019est par cupidité qu\u2019il ne veut pas me le restituer.Le front dans sa main, le eadi ee recueillit un moment, puis il releva la tête tt dit : \u2014 Cette affaire me paraît bien peu claire ; je ne puis une prononcer moi-même.Qui a tort, qui a raison ?Ali me semble parler avec franchise ; mais il ne peut prouver ses dires ; et d\u2019un autre côté, Oman ne une paraît pas moins sincère.Un seul mo.ven me reste de connaître la vérité.Gardes, apportez-moi le l'oran.On apporta le livre sacré que le juge ouvrit et qu\u2019il tint star sa poitrine.Puis, s\u2019adresant à Oman : \u2014 Jure par Allah que jamais Ali ne t\u2019a rien confié et je te tiendrai quitte.Le marchand s\u2019avança, de deux pas et leva la main droite.Mais comme il allait prononcer le serment consacré, le vieux corbeau, qui n\u2019avait cessé de voleter de- puis le commencement des débats, se jeta sur Lui et arracha son turban qu\u2019il emporta dans les aire.Oman devint soudain livide et se mit à crier : \u2014 Au voleur ! Mais le corbeau, n'ayant cure de ses cris, continua son envolée.Alors, se frappant la poitrine, s'arrachant la barbe, pleurant et gémissant, tendant le poing au ciel où s\u2019enfuyait le ravisseur, le marchand se lamenta : \u2014 Mon turban, hélas ! mon turban ! Voleur ! Bandit ! Son désespoir était si grand, si véhément, si exagéré en regard à la faible valeur de l\u2019objet dérobé, que le eadi le regarda avec étonnement en fronçant les sourcils, et se plongea dans1 de profondes réflexions.A ce moment, satisfait du bon tour qu\u2019il venait de jouer, et peut-être fatigué, le corbeau revenait à tire-d\u2019aile.U déposa, le turban sur les genoux du juge.Oman se précipita pour reprendre sa coiffure ; ma-ts le eadi l\u2019arrêta du.geste : \u2014 Un instant ! Je veux savoir pourquoi 1 oiseau a commis ce larcin ; je vais l\u2019interroger ; et s\u2019il ne me répond pas de façon satisfaisante, je le condamnerai comme un vulgaire malfaiteur.Il appela le corbeau qui vint se poser sur son épaule.\u2014 Pourquoi, lui dit-il avec un grand sérieux, as-tu pris le turban du riche négociant ?Est-ce pour t\u2019en couvrir la tête : ceci serait ridicuiie.Tu ne réponds pas?Bon.Tu as sans doute une autre raison?Serait-ce pariee quie tu croyais y trouver quelque richesse?.Ah ! Ah ! peut-être.Serait-ce encore parce que dans ee tuirban se trouve la preuve de ce qu\u2019AJli nous a exposé tout à d\u2019heure ?Le corbeau battit des ailes, poussa deux croassements enthousiastes et très affirma dis, et s\u2019envola.Oman était plus pâle qu\u2019un cadavre : scs dents s\u2019entre-càoquaient.Le eadi dép.ia le turban dans les plis duquel apparurent cinq émeraudes, quatre rub Is et trois gros diamants.C\u2019était là que 1-e rusé marchand les avait cachés, pensant bien que personne n\u2019irait les y découvrir.\u2014 Ces pierreries sont bien celles que tu réclamais ?demanda le juge à Ali.Oui, seigneur, c\u2019est bien le dépôt que j avais confié à mon ancien anù \u2014 Reprends ton bien et remercie Allah qui a permis la confusion du coupable et le triomphe de ta cause.Quant à toi, traître à l\u2019amitié, voleur et parjure, tu paieras dix mille sequins d\u2019amende'qui serviront à soulager les pauvres de Smyr-ne.Et esiime-toi heureux que, tout riche que tu sois, je t\u2019épargne la bastonnade.Les assistants se retirèrent, admirant la sagesse du eadi et la bonté d\u2019Allah.,\t-F I N- Vol.27, No 33, Montréal, 22 Janvier 1916 LE SAMEDI 2» AU FIL DE LA PLUME Du Moyen Age à l\u2019aurore des vérités scientifiques, les alchimistes se livrèrent à de vaines et formidables recherches, Le but de leurs travaux était colossalement disproportionné à leurs moyens.Ils croyaient au merveilleux et voulaient le faire intervenir dans leurs entreprises.Les trois énigmes qui cristallisèrent leur attention étaient la transmutation des métaux, l\u2019élixir de vie et la quadrature du cercle.L\u2019antiquité gréco-romaine avait déjà esquissé la théorie qui lança tant d\u2019intelligences sur le décourageant \u201cpuzzle \u201d de la pierre philosophale.C\u2019était cette fameuse pierre qui devait transformer un vil métal en or pur.L\u2019antiquité n\u2019aboutit pas, mais les hommes persistèrent à croire et à chercher.Djabar, chimiste arabe du huitième siècle, ne parvint pas à dissuader les entêtés, lorsqu'il affirmait: \u201cIl est aussi impossible de transformer les métaux les uns dans les autres que de changer un boeuf en chèvre.\u2019\u2019 L\u2019étrange théorie qui faisait croire à la réalisation probable de ce tour de force, enseignait que tous les métaux sont composés de deux éléments, soufre et mercure.L\u2019or, le cuivre, l\u2019étain, le plomb étaient faits de ces deux éléments, mélangés en proportions variables.La découverte de ces proportions devait donner aux alchimistes la façon de créer l\u2019or à volonté.Autant d\u2019or qu\u2019on en pouvait désirer, quel rêve!.Des hommes s'improvisent alchimistes et se courbent pendant des nuits et des jours sur des cornues pour atteindre ce prodigieux résultat.Ils n\u2019ont point de connaissances spéciales et aucun esprit scientifique.Et cela explique les efforts désordonnés et fous de la plupart des alchimistes et jusqu\u2019à leurs entreprises criminelles, car la tentation est grande de vouloir faire collaborer à leurs travaux une puissance surnaturelle, et tous, ils se livrent plus ou moins à la magie.Us vendent leur âme au démon; ils vont jusqu\u2019à sacrifier des victimes innocentes pour concilier le Malin.Fous, charlatans et dupes, ils sont tout à la fois.Us exercent sur les masses un véritable prestige.La croyance à la possibilité de produire l\u2019or est si accréditée que les alchimistes ne sont pas loin de passer pour des demi-dieux et ils en profitent pour faire de nombreuses escroqueries.Us sont innombrables et les noms de certains d\u2019entre eux sont passés à la postérité.Ce sont Albert le Grand, Raymond Lulle, maître Ortholain \u201c(pii enchante la matière\u201d et Nicolas Flamel, qui prétend avoir trouvé le secret, et que l\u2019on croit étonnamment riche.Puisque l\u2019on peut faire l\u2019or à volonté, pourquoi ne saurait-on, aussi, terrasser la mort et permettre à quelques initiés une jeunesse perpétuelle?Certains affirment qu\u2019ils ont pu se la procurer grâce à leur \u201célixir de longue vie.\u201d Les Arabes, ne prononçons ce mot qu\u2019avec respect, car ils sont les pères de la médecine, les Arabes se sont depuis longtemps attachés à cette recherche.Us n\u2019ont point abouti, sans doute, mais de leurs alambics est sorti l\u2019alcool, auquel ils attachent tant de vertu qu\u2019ils l\u2019ont surnommé \u201ceau-de-vie\u201d.De ce jour, ils abandonnent leurs rêves, assez désillusionnés.Mais la chrétienté, fiévreuse, relève le défi et l\u2019on continue à divaguer.Le vieux moine Bacon à qui les sciences ont tant de titres de reconnaissance, Bacon que l\u2019on pourrait, sans doute, appeler le père de la chimie, Bacon a cru lui-même à cette eau de Jouvence.Malgré son prodigieux savoir pour l\u2019époque, lui qui connaissait la formule de la poudre à canon, lui qui avait deviné, sans doute, l\u2019oxygène et l\u2019acide carbonique, qui savait l\u2019usage du télescope, il croyait à l\u2019or en bouteille.Et cet or, dissous dans l\u2019acide nitro-hydroehlorique, était, à l\u2019entendre, le fameux élixir de vie.Albert le Grand, comme Paracelse et Raymond Taille, chercha ¦cet élixir.Albert en battit monnaie.Il vendit des pilules de laudanum auxquelles il attribuait le pouvoir de prolonger les jours.Tous ces travaux, au reste, ne furent pas inutiles.Us mirent sur la voie de fécondes découvertes.C\u2019est ainsi que Basile Valentin trouva l\u2019antimoine; Lulle l\u2019acide nitrique; Ortho-lain des procédés de préparation des eaux-de-vie.L\u2019esprit humain, surtout, se réveilla peu à peu à cette vérité sévère qu\u2019il y avait une méthode scientifique, qu\u2019il fallait la découvrir lentement, au prix d\u2019un travail acharné, souvent sans gloire ni profits, et qu\u2019il faudrait ensuite se plier à ses lois, comme des esclaves.Certains grands esprits s\u2019y résignèrent et l\u2019alchimie, dépouillée de ses scories, de ses rêves, de son étincelante parure, devint la modeste chimie.Un autre \u201ccasse-tête\u201d, construire un carré dont la surface soit égale à celle d\u2019un cercle donné, hanta aussi nos ancêtres.Cette \u201cquadrature du cercle\u201d, dont on ne peut avoir qu\u2019une solution approximative, fut, comme le \u201cmouvement perpétuel\u201d, une des tortures auxquelles se soumit gratuitement l\u2019esprit humain.Aujourd\u2019hui, un homme qui connaît les éléments de la géométrie, ne perd plus son temps à cette recherche.Mais les Grecs, Anaxa-gore en tête, s\u2019en occupèrent et le bon sens d\u2019Aristophane, ridiculisant Méton, prometteur du cercle carré, parvint mal à dissuader les utopistes d\u2019une aussi folle entreprise.Il y a quatre- .vingt-dix ans, encore l\u2019Institut était accablé de mémoires sur la question.On entama des paris considérables et l\u2019on promit des prix princiers à qui réaliserait la quadrature.Les chercheurs se creusèrent le cerveau, et le problème, comme celui de la pierre philosophale et de l\u2019élixir de vie, n\u2019avança pas d\u2019un pas.Est-ce à dire que toutes ces tentatives étaient condamnables ?Assurément non.Pour folles qu\u2019elles aient été, nous n\u2019en avons pas moins recueilli quelques bénéfices, dont le moindre, sans doute, n\u2019est pas d\u2019avoir appris à limiter nos ambitions.rc.\"\t.¦ .\u2014r .FAITES GOMME MOI ! 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Vous êtes peut-être la seule femme du monde qui n\u2019avez pas, en fait d\u2019enfants, ce qu\u2019il y a \"de plus joli.de plus intelligent.de plus fin\u201d.etc., etc.\u2014Oh! quand ils étaient tout petits, monsieur, c\u2019était à croquer.\u2014Et maintenant on n\u2019a pas d\u2019autre envie que de les mordre! Savez-vous votre grand tort, madame?Savez-vous pourquoi vous n\u2019avez donné à notre société\u2014déjà si pauvre\u2014que de grands polissons et de grandes polissonnes.pardonnez! .le me sers de vos expressions.C\u2019est que vous trouviez vos enfants trop fins, quand ils étaient tout petits.Vous avez attendu trop tard pour les dompter.A trois ans.\u2014A trois ans?!!! Allons donc, l\u2019enfant n\u2019a pas de raison.\u2014fl a des instincts.Et.parmi ces instincts, il y en a de bons qu\u2019il faut développer et de mauvais qu\u2019il faut étouffer.(Voir suite page 31) Vol- 2T, No 33, Montréal, 22 Janvier 1918 LE SAMEDI n Deux Jolis Calendriers GRATIS D\u2019une différence marquée d\u2019avec lesautres calendriers et supérieurs au point de vue artistique.Les deux jeunes filles qui en constituent le su jet et prod u it du pinceau de W.Haskell Coffin, sont si habilement reproduites en huit couleurs qu\u2019il est difficile de les distinguer de l\u2019aquarelle originale.Veuillez bien nous permettre de vous en envoyer copie.Joignez 6c.à votre demande, pour couvrir les frais d\u2019emballage et de poste.Gouraud\u2019* Oriental Cream rend a la peau sa beauté, sa douceur et sa couleur blanche perle.^En usage depuis près de trois quarts de siecle.PERD.T.HOPKINS MONTREAL\u2014SHERBROOKE\u2014LENNOX- ^~?8-00, a-m- b4-16 b-1\"- a«.20 p m 1 T° 5 es i°nrs- bTous les Jours excepté le dimanche.cLe dimanche seulement * Bereaui ei Ville I2Î, rue St-Jacques, angle S*.François-Xavier\u2014Tél Main 6905 Hotel Windsor \u2022\u2022 Uptown H£J Gare Bonaveatura \u201c Main 8229 Ia*s Miller\u2019s Worm Powders détrui- ront les vers qui font tant souffrir les enfants, et qui sont la cause de tant de mortalités.C\u2019est une médecine agréable aux enfants qui débarrasse le canal digestif de ces parasites destructeurs et guérissent les surfaces enflammées.Elles sont un excellent remède pour tous ces maux. LE SAMEDI Vol.27, No 33, Montréal, 22 Janvier ÏSl® II Oh ! les beaux beignes que l\u2019on fait avec la farine \u201c FIVE ROSES \u201d vue Faite du beau blé de l\u2019Ouest Canadien, célèbre par tout l\u2019univers pour sa force et sa saveur délicieuse, moulue dans des moulins1 perfectionnés où l\u2019on sait la purifier sans lui enlever sa force, et produire une farine blanche mais sans la blanchir.La farine Five Roses est la meilleure et la plus économique dont on puisse se servir.La Farine Five Roses est en vente dans presque toutes les meilleures épiceries, etc.CANADA hve roses =**\\ OH ! OH ! MENAGERES NE MANQUEZ PAS L\u2019OCCASION DE VOUS PROCURER LES DELICIEUSES BETTERAVES et PICCALILLI de la fameuse marque KINS Nous les recommandons aux amateurs de bonnes choses EXIGEE LES DE VOTRE EPIGIER Libmp&Pellm, Manufacturiers, 111, St-Thimothée Les Petites choses Comptent Même dans une allumette vous devez considérer les \u201cpetites choses\u201d\u2014le bois, la composition; sa manière de s\u2019allumer, sa flamme.Ut Allumettes d\u2019Eddy sont faites avec des souches de pin bien sec, avec une secrète composition perfectionnée qui garantit que \u201cchaque allumette 8\u2019allume.\u201d Soixante-quatre années d\u2019expérience à présent\u2014en voici la raison.Tontes les fabrications d\u2019EDDY sont des produits sur lesquels on peut compter\u2014toujours.m & tp, m?LE MEILLEUR COCOANUT c\u2019est le \u201c WHITE MOSS\u201d de McLEAN en paquets de 5c, 10, 20 eARC LAFONTAINE Chambre A.\tMontréal.THEATRALE NATIONAL Bien que ne sachant pas encore ce que la direction du Théâtre National doit nous donner au cours de la semaine du 17 janvier, nous pouvons cependant vous dire qu\u2019elle saura encore choisir une pièce amusante et intéressante, et que tous les acteurs auront des rôles qu\u2019ils rempliront avec succès et qu\u2019ils mériteront de nouveau les applaudissements de tous les spectateurs; la musique et les décors seront comme toujours magnifiques, enfin, tout comme dans la semaine du 11 janvier, cette pièce obtiendra encore un énorme succès.Le spectacle du dimanche consistant en vues animées et chant, attirera encore, comme par le passé, une grande foule de spectateurs qui ne manquent jamais de revenir enchantés d\u2019avoir passé d'aussi agréables instants.PRINCESS Au Théâtre Princess, au cours de la semaine du 17 janvier on y donne une pièce superbe intitulée \u201cOmar, the Tentmaker\u201d, son auteur est Ricihard Walton Tally, romancier perse qui a basé son oeuvre sur la, vie réelle et qui a insisté fortement sur les épisodes d'amour d\u2019Omar Khayyam, ce joyeux (héros qui a tant fait parler de lui au début de sa vie.Plus de soixante-quinze personnes représenteront cette pièce, c\u2019est donc dire qu\u2019elle sera des plus intéressantes, les tableaux sont si magnifiques et la musique si.belle qu'il est impossible de douter un seul instant de son succès; il y aura certainement foule à toutes les représentations et personne ne regrettera les agréables instants passés (à entendre et à voir de si belles choses.MAJESTY\u2019S \u2018\u2018Thelma\u2019\u2019, le fameux drame de Marie Corelli, c\u2019est ce qui nous est, offert au cours de cette semaine par la direction du Théâtre Majesty's.Aucun ouvrage de Marie Corelli n\u2019a jamais obtenu le, moitié de la popularité que cette pièce a obtenue partout où elle a été jouée.Tous les actes sont intéressants et de plus cette pièce sera représentée telle qu\u2019elle est.écrite, on lie passera aucune partie, la musique sera en outre très variée, les décors et la mise en scène seront magnifiques, et les rôles si bien partagés entre les acteurs seront rendus avec succès.Qu'on se rende en foule pour applaudir cette pièce qui obtiendra.tout, le succès possible!.ORPHEUM Le programme du Théâtre Or-pheum pour cette semaine sera des plus intéressants, nous y verrons d'abord Lulu McConnell et Grant Simpson dans leur nouvelle comédie intitulée \"At Home\u201d Viennent ensuite Kittie et Fannie Watson dans des déclamations et des chansons tout à fait, spirituelles.Le grand Léon a une nouvelle magie plus intéressante que jamais; Lambeth et, Frederick ont une nouvelle danse; il y aura en outre deux joueurs de piano merveilleux dont les noms sont Denney et Boyle, et deux comédiens acrobates Myrl et.Del ma r Enfin la Gazette anglaise de Batin'* et MAGNETISME^ HYPNOTISME Four tout co qui concerne ocs Sciences.Instruction complète sur ces séances.Appre- Clnirvoyance, Transmission de Censée, etc.\tnez le secret Magnétisme à distance, par la pensée.DE CETTE MERVEILLEUSE PUISSANCE \u201cLe secret de la chance et du succès en all'alres et.eu relations.\u2019\u2019 Pour renseignements complets, écrire à\u2014inclure 5c timbres.Prof.VARDEC, 195 Ste-Catherine Est, Montréal, Can.km\tê m m - A Louer AU \u2014 Garage Laurier, Limitée 375 Est.rue Ontario, entre S.-Hubert et S.-Denis, plusieurs Autos de tourisme ainsi que Limousines pour baptêmes, mariages et parties de théâtres.Chauffeurs en uniforme.Têl.E.2480.plusieurs autres actes brillants compléteront ce programme.MIDWAY THEATRE Les vues animées sont devenues un réel besoin à notre époque mais dans la quantité d'établissements de ce genre ouverts au public, bien peu donnent dn réellement.digne d\u2019être vu.Le Midway Theatre, au coin de Ste-Catherine et st-Latirent, est un des meilleur'- sous tous rapports.Son gérant, M.Olivier McBrien, s\u2019assure toujours la primeur des films el son choix ne se porte que sur ce qui offre une valeur indiscutable.C\u2019est dire qu\u2019au Midway on est certain de trouver un spectacle qui plaît.GAYETY La Compagnie \u201cGolden Crook\u201d de Jacob et.Jermon, sera au théâtre Gayety au cours de cette semaine.Billy Arlington, le spirituel comédien, qui a toujours été à la tête de cette compagnie, occupera encore cette même position.La principale partie de cotte représentation sera une revue musicale, en deux actes, dans laquelle nous verrons avec Billy Arlington, les acteurs suivants : Frank Dobson, Eleanor Co,ch ran, Alva McGill, le Beau Trio Bmm-mel, Hite et Reflow.Plusieurs autre- actes brillants sont encore offt t- par M.Tommy Conway, populaire gérant de ce théâtre.CONCERNANT LES TACHES SUR LES GRAVURES I n pharmacien a imaginé un procédé nouveau pour l\u2019enlèvement de certaines taches tenaces sur les gravures, dentelles, linges.On plonge la gravure, la dentelle ou le linge à, nettoyer dans une masse d\u2019eau que l\u2019on a additionnée de 2 pour 100 de permanganate de potasse.On laisse quelques minutes, suivant que la tache est jtlus ou moins intense, puis on rince à, l'eau ; en second lieu, on trempe l\u2019objet à nettoyer dans une solution, d\u2019eau toujours, contenant 5 pour 100 environ d\u2019aei-dt* citrique.Finalement, on lavera soigneusement à l\u2019eau.Dans les premiers temps, un chef d orchestre battait la mesure avec son pied.La première baguette n\u2019a pas existé avant 1820.Dans 1 ancienne Médié, un homme qui avait moins de sept femme; était considéré comme un objet de mépris.La I erreur (Je l'Asthme vient comme ntt voleur jtemlmit la nuit, étranglant supprimant la respiration de sa vie-i me.Il semble au-dessus du pouvoir humain d soulager cela jusqn\u2019ft ee tin tm essai ait été fait de eette remarquable préparation le Remède pour I Asthme du Dr J.D.Kellogg.Alors le -ou agenietit revient brusquement.La vie vaut la peine d'être vécue et si 1 on emploie le remède en iteritianenee le mad est itiboLi.N'eniiployez aucun substitut.333974 No 33, Montréal, 22 Janvier 1010 LE SAMEDI 39 LES PILULES MORO POUR LES HOMMES soyez forts.La faiblesse chez les hommes 11\u2019attire que la pitié et ne peut amener que des désagréments.Si vous êtes débilités, si votre vigueur est épuisée, si votre ambition et votre courage vous laissent, si vous êtes de ces jeunes gens vieux avant l\u2019âge, ou des vieux minés par des abus, l\u2019intempérance et les mauvais soins, vous aurez dans les Pilules Moro un traitement qui n\u2019a jamais échoué, et qui donne des résultats rapides et durables.Ne faites pas l\u2019erreur de chercher du soulagement dans les boissons enivrantes, comme bière, vin, whisky, gin, etc.Les Pilules Moro sont le seul remède qui puisse vous remettre à la santé.Les Pilules Moro sont pour les hommes et les hommes qu\u2019elles ont guéris ne se comptent plus.Si votre digestion va mal, si vos vivres, au lieu de vous fortifier, sont pour vous une cause d\u2019ennuis et de malaises, prenez les Pilules Moro, elles vous donneront appétit, aideront votre digestion, chasseront les idées noires de v< >tre cerveau.Elles sont une sauvegarde contre le dépérissement et la décadence de la constitution amenés par un mauvais estomac.Rares sont les hommes qui 11e souffrent pas du mal de reins, de rognons; presque tous, de temps à autre, ont soit des douleurs de dos ou des troubles urinaires.Les Pilules Moro sont le remède spécial, unique et naturel qui guérit le mal de dos le plus bénin jusqu\u2019aux maladies urinaires les plus prononcées, comme inflammation de la vessie, envies fréquentes d\u2019uriner et toutes ces conditions inflammatoires et chroni- Dyspepsie Chez les Hommes Mal de Reins Chez les Hommes ques des reins et de la vessie.Le rhumatisme brise et vieillit un grand nombre d\u2019hommes dans la force de l\u2019âge et rayonnants de santé; il les rend impuissants comme des enfants.Il attaque la jeunesse et le vieillard; ses assauts sont fréquents et sévères.Le traitement du rhumatisme doit être interne; les Pilules Moro agissent promptement, sûrement et guérissent toutes les douleurs, depuis la névralgie la plus simple jusqu\u2019aux douleurs les plus prononcées; le rhumatisme d\u2019un jour, comme celui qui existe depuis longtemps.Les Pilules Moro sont aussi le remède par excellence contre les résultats des mauvaises habitudes des abus de jeunesse et des excès de l\u2019âge mûr.L\u2019affaiblissement sexuel produit chez l\u2019homme les effets les plus démoralisants, et le sentiment de la dégénérescence est la mort de l\u2019ambition.de l\u2019espérance; il fait surgir le désespoir et il a pour cortège les mauvais symptômes suivants: Maux de tête, éloignement des relations ordinaires, défaut de confiance aux amis, irritabilité, insomnie, difficulté d\u2019appliquer son esprit à un sujet ou à un travail.Quel que soit leur abattement, ceux qui souffrent trouveront dans les Pilules Moro un merveilleux secours, un remède puissant; ils seront guéris, et leur vie alors inutile redeviendra heureuse et profitable.Les Pilules Moro sont la nourriture par excellence des nerfs affaiblis; elles stimulent les forces latentes de la nature.Nerfs affaiblis par Abus Chez les Hommes Rhumatisme ! Chez les Hommes Tous les jours de la semaine, excepté le dimanche, les Médecins de la Compagnie Médicale Moro donnent des consultations gratuites au numéro 272 rue Saint-Denis, Montréal.C\u2019est là que vous recevrez, absolument pour rien, des conseils qui vous aideront à reconquérir votre santé et votre virilité, si vous les avez perdues.Si vous demeurez aux Etats-Unis ou à la campagne, ou si, pour toute autre raison, vous ne pouvez venir à nos bureaux, écrivez-nous.Les avis que nous vous donnons par lettre sont aussi avantageux que ceux que nous vous donnons de vive voix.Les Pilules Moro se vendent chez tous les marchands de remèdes.Nous les envoyons aussi, par la poste, sur réception du prix, 50c une boîte, ou six boîtes pour $2.50.Adressez vos lettres : COMPAGNIE MEDICALE MORO, 272 rue Saint-Denis, Montréal.Consultations Gratuites Pour les Hommes SIEOP\t0_A_Xj LÆ_A_ IUT T \u201c Quel bonheur, dit la jeune maman, grace au bon SIROP du Dr CODERRE j\u2019ai, bien des fois, soulagé mes enfants de douleurs d*estomac.de souffrances de la dentition, etc., je considère que c\u2019est le meilleur dont une mère puisse se servir.\u2019\u2019\u2014 Mme FELIX COMEAU, 165 avenue Gaulin, Woonsocket, R.-I.MERES, insistez auprès de votre marchand pour qu\u2019il vous donne le SIROP du Dr CODERRE et n\u2019en acceptez jamais d\u2019autre.Evitez les imitations.SIROP du Dr CODERRE est vendu par tous les marchands de remèdes.Prix 25c la bouteille.¦J 40 LE SAMEDI Vol.27, No 33, Montréal, 22 Janvier 1916 N\u2019ayez PLUS de BOUTONS AVANT\tAPRÈS ¦' ' ¦ NOTRE TRAITEMENT Un Bean Teint est nn des Secrets de la Beauté TRAITEMENT INTERNE TABLETTES DERMACUBÀ du Dr de Couagne (Forme améliorée et plus petite.) 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