Le samedi, 1 mars 1910, samedi 12 mars 1910
[" ILVilO NUMÉRIQUE Première(s) page(s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES ES ES ES Vol.XXI, No 40.iû Mars 1010.LE SAMEDI n LA DAME EN BLEU imiM Far \"William Le Queuzs No 3 Traduit de l\u2019Anglais par Armand Le Gay y ni LA VOIX suite Je me tas un instant, me demandant si je devais dire ce que j\u2019avais sur le bout de la langue.Enfin la curiosité il\u2019emporta et je lâchai étourdiment cette question: \u2014J\u2019ai découvert une tête de femme décapitée, avec des cheveux blonds.Y a-t-il là un rapport quelconque avec la femme aux cheveux bruns?Ma question était de celles qu\u2019on posait aux sorcières dans les temps passés.Vous le verrez, fit la voix pour toute réponse.Et pourtant c\u2019était là une promesse : restait à savoïr si elle s\u2019accomplirait?Cet échange de confidences avec l\u2019inconnu était, bien le plus étrange événement de toute ma vie.La voix chevrotante et cassée était celle de quelque personne d\u2019un grand âge, mais appartenait-elle à un homme ou à une femme, voilà ce dont je ne pus arriver à me rendre compte.\u2014Que dois-je faire pour apprendre la vérité sur cette tragédie où la femme aux cheveux blonds a trouvé la mort 1 demandai-je hardiment, car j\u2019avais per-du maintenant toute ma timidité première.^Soyez patient, constamment sur le qui-vive, et! surtout ne perdez pas de vue Publie en vertu d\u2019un traité avec la Société des gens de lettres.Commencé dans No du 26 février 1910.la femme aux cheveux bruns, fut la réponse évasive et très vague que me donna 'la voix.Maintenant, brûlez la couronne de laurier et ne parlez à personne de ce que vous avez entendu ici.Dans la nuift du 21 juin, couronnez le buste de la Fiametta comme vous l\u2019avez fait aujourd\u2019hui, en signe que vous êtes seul et que je puis vous parler sans être entendu de personne.Alors vous apprendrez le secret.Mais, par-dessus tout, tenez-vous bien sur vc|s gardes, car vous êtes en danger, en danger de mort, je vous le répète.Au revoir.Alqrs, sous mes yeux que je ne pouvais en croire, le buste de la gracieuse héroïne du \u201c Décaméron,\u201d couronnée de laurier, se tourna vers moi! avec le sourire moqueur et énigmatique de ses lèvres enhr \u2019ouvertes.J\u2019enlevai la couronne et, après l\u2019avoir jeté dans le feu, je restai un moment absorbé dans mes pensées à regarder les flammes lécher en crépitant les feuilles vertes jusqu\u2019à ce qu\u2019elles fussent entièrement consumées et réduites en cendres.Alors seulement je rallumai les bougies qu\u2019avait apportées Burton, j\u2019éteignis les autres dans les grands chandeliers d\u2019argent, et je fls rentrer à sa place dans la muraille le contrevent d\u2019acier capitonné que j\u2019avais rabattu contre la porte et qui empêchait si bien tout bruit de pénétrer au dehors, dans le corridor.Il tourna sur ses gonds, sans autre bruit que le déclin sec du bouton à ressort, et, une fois formé, l\u2019oieil le plus exercé aurait été incapable de distinguer le moindre artifice dans la boiserie.Enfin, je quittai avec un soulagement facile à comprendre cette chambre mys- térieuse et m\u2019en allai à petits pas, en traversant la grande salle silencieuse où descendaient du plafond les énormes lustres de cristal qu\u2019on n\u2019avait pas allumés depuis plus de cinquante ans, et où, au-dessus île la cheminée gigantesque, étaient sculptées dans la pierre les armes de sir l\u2019eter et de lady Ilewerdine, au temps du roi liai.Une lumière solitaire brûlait tristement a 1 extrémité de la salle, mais sa clarté était suffisante pour laisser voir que le parquet était encore ciré, tout prêt pour la gavotte ou le menuet, ou pour quelque danse plus moderne, comme la valse, tandis qu \u2019au-dessus un balcon vide attendait les musiciens de l\u2019orchestre.Je m arrêtai un moment à rêver aux gais souvenirs qu\u2019éveillait cette vieille saille morose, aux brillantes fêtes de Noël ensevelies maintenant dans les poussières du passé, aux mariages célébrés avec tant d\u2019éclat, à tant île joyeuses scènes dont les acteurs sont maintenant dans la tombe.Ces hautes murailles aux tentures sombres semblaient raconter avec l\u2019éloquence muette des choses les brillantes scènes dont elles avaient été témoins, et les lourdes dorures du haut plafond clmrgé de peintures, semblaient encore lutter contre le temps pour lui disputer avec désespoir les restes fanés de leur antique fraîcheur.Mes pas éveitllèrent un échoi mélancolique en traversant cette magnifique pièce, la même où l\u2019infortunée Anne Boüeyn avait séduit le roi par les grâces et sa danse, et ce fut avec un sentiment de malaise indéfinissable que je fermai derrière moi la porte, tout pensif, en m\u2019en allant.Cette voix! Elle résonnait encore âmes oreilles.Chacune de ses paroles s\u2019était, 12 LE SAMEDI gravée profondément dans ma mémoire.Elle ne m\u2019avait demandé qu'au peu de patience et je saurais tout.Mais ce qu\u2019elle avait ajouté sur le danger qui me menaçait, me causait une vive appréhension, bien justifiée.J\u2019étais en danger à cause de la découverte que j\u2019avais fuite de fla tragédie de Montague street; en danger parce que les assassins, quels qu\u2019ils fussent, voulaient me fermer la bouche en m\u2019envoyant emporter mon témoignage menaçant dans la tombe.Je m\u2019attardai à liûner ncore dans le grand hall d\u2019entrée, avec ses hautes fenêtres aux vitraux pleins d\u2019emblèmes héraldiques et les nombreux trophées de chasse qui couraient le long des murs.Sur une grande console chargée de dorures, il y avait un énorme hanap, un de ces pots à bière en cuir comme on s\u2019en servait à ces époques de grandes beuveries\u201d, où l\u2019hospitalité du château s\u2019étendait à tous ceux qui venaient frapper à sa porte.Sur le vente rebon li de cette grosse chope, on pouvait voir la couronne royale et la date 16G4 en caractères dorés.Dans l\u2019énorme cheminée brûlait un clair feu de bois et je m\u2019arrêtai devant a regarder le plafond en voûte ogivale et, tout autour de moi, les curieuses collections d\u2019armures et les panoplies d\u2019armes ayant appartenu aux Cavaliers et aux Têtes Rondes du temps du Protecteur.De parquet était recouvert d\u2019épais tapis qui étouffaient le bruit des pas, avec çà et là jetés dans un désordre pittoresque, der peaux d\u2019ours, trophées de cliaase du colonel, quand il avait servi a 1 armée, dans sa jeuuesse, aux colonies.Oui, sans doute, cette demeure était magnifique, mais son silence impressionnant me faisait passer le froid de la petite mort dans le dos.Cette voix caverneuse, qui venait de je ne sais où.m avait déchue que j\u2019étais l\u2019homme désigné au couteau des assassins et m\u2019avait recommande par-dessus tout de me défier de l\u2019épée de Damoclès .invisible suspendu sur ma tête.Bien plus, elle m\u2019avait dit de fuir comme la peste la femme aux cheveux bruns.Voulait-elle faire allusion à cette femme que j\u2019avais vue apparaître à la fenêtre de la saille à manger de la maison de Montague street, et dont les magnifiques yeux-noirs m\u2019avaient si fortement impressionné?Cela devait être, je le sentais instinc-tflvom.cnt.car il me semblait impossible que la mystérieuse dame en bleu n\u2019eût pas un rapport plus ou moins lointain avec la malheureuse jeune femme dont nous avions trouvé la jolie tête blonde dans ce lugubre carton à chapeau.Mais que pouvait bien signifier to,ut cela?Que 1 inconnue de Montagne street, filée d\u2019une façon si énigmatique entre nos doigts, ne fût pas elle-même coupable de meurtre, cefla j\u2019en étais bien convaincu, quoique la victime eût crié que c\u2019était une femme qui lui a-vait tendu ce piège mortel.Je rentrai dans la bibliothèque, où Burton était en train de tirer les lourds rideaux de vieux reps rouges, après avoir fermé les volets.\u2014 Le dîner est pour sept heures, dit le vieil intendant.Cela convient-il à mon- sieur?Je répondis p*ur l\u2019affirmatif*, «ur quoi, après m\u2019avoir faiit son salut habituel, il sortit pendant' que assis à la table de travail de mon onde, je me mettais en devoir d\u2019ouvrir les quelques lettres arrivées par le courrier de l\u2019après-midi, eu l\u2019absence de M.Norreys.Quelques-unes étaient adressées au \u2018\u2018colonel Joseph Hewerdine, J.P.\u201d dans l\u2019ignorance où se trouvaient de sa mort ceux qui les avait écrites.D\u2019autres portaient pour suscription: \u2018\u2018Aux héritiers du colonel Hewerdine\u201d: celles-là contenaient, pour la pflupart, des factures.Une enfin, dans une enveloppe de deuil, m\u2019était a-dressée à moi-même.Je la décachetai et trouvai qu\u2019elle venait d\u2019une maisop de charbons en gros dont les patrons n\u2019avaient pas perdu de temps à solliciter ma pratique., Norreys revint une demi-heure avant le diner plus obséquieux que jamais et tout plein d\u2019excuses cérémonieuses.Sous ces dehors de politesse exagérée, il laissait percer, malgré son âge, l\u2019homme de manières brusques et tranchantes qu\u2019il était pu fond vif, alerte et dur envers ses inférieurs.Pendant que assis en face de moi dans le cabinet de travail il me racontait une discussion qu\u2019il avait eue le matin avec un certain M.Wins worth, le régisseur, m\u2019expliqua-t-il, d\u2019une de mes propriétés, j\u2019étudiais attentivement sa physionomie sans paraître m\u2019apercevoir que, lui, de son côté, étudiât la mienne avec une égale curiosité.Quoi qu\u2019il en soit, j\u2019en étlais arrivé à me réjouir de sa compagnie, car cette étrange voix avait mis mes nerfs à une rude épreuve.Quelle machination diabolique était en train je l\u2019ignorais.En tout cas ce dont j\u2019étais bien certain e\u2019est qu\u2019il ne pouvait en résulter que du mal pour moi XIV LE NOM DE TESLOPF Le mois de décembre était passé; ou ne pensait déjà plus aux fêtes de Noël, et lia nouvelle année, avec son bagage de voeux et de bénédictions, s\u2019avançait lentement, sans amener rien de bien extraordinaire .J\u2019avais gardé ma chambre chez Mme Pearson, ear il me coûtait vraiment trop de renoncer à l\u2019hospitalité si confortable qu\u2019dlle m\u2019avait prêtée pendant tant d\u2019années.J\u2019en avais donc fait mon pied-à-ter-re pour tout le temps que je passais a Londres; du moins, je crois que e\u2019est là l\u2019expression usitée en pareil cas pour une chambre à coucher.Je passai1 tout le mois de décembre à essayer d\u2019éclaircir le mystère de Montagne street ; malheureusement, le seul moyen qui eût pu me donner une pista sérieuse, c\u2019est-à-dire le secret de 3.\u2019identité de la femme décapitée, était jalousement gardé par les autorités supérieures de la police, qui ne laissait transpirer .ucune indication de nature à me mettre sur la trace.Pour Page aussi bien que pour Court-land, l\u2019affaire atteignait un dé gré d\u2019étrangeté extraordinaire, et encore, bien entendu, se trouvaient-ils dans l\u2019ignorance la plus complète de ce fait que le petit vieux au paletot râpé de Montague street ou uu homme qui lui ressemblait s\u2019y méprendre était mon sécrètaire.De son côté, la voix avec ses avertissements énigmatiques, jetait sur mes perplexités une confusion inexplicable.Ceux qui tenaient-les fils de cette ténébreuse affaire avaient su si bien les emmêler que c\u2019était à désespérer jamais de pouvoir les débrouiller.Les de x détectives savaient que cette tragique situation m\u2019intéressait à un tel point que je \u2019misais dos enquêtes pour mon propre compte et j\u2019aii de bonnes raisons de croire qu\u2019ils tournaient en ridicule mes incursions maladroites d\u2019amateur sur le terrain policier.Pourtant la Voix m\u2019avait promis le succès au bout de ihes efforts et recommandé d\u2019avoi de la patience, e\u2019est pourquoi je poursuivais ma tâche tranquillement et avec une ardeur infatigable.J\u2019étais parvenu d\u2019ailleurs à établir sur les locataires de la maison du crime quelques faits curieux qui n\u2019étaient pas sans intérêt.C\u2019est ainsi que je découvris que dix-huit mois avant le drame, cette même maison avait été louée par un M.Vessel, qui avait donné comme référence à l\u2019agence de location du Bedford Estate le nom d\u2019un banquier, et dent il était fait mention dans le bail sous la qualification de \u201cnégociant, 117, Winchester House\u201d.Le ferme avait toujours été pavé très régulièrement, et suivant toute apparence, ce M.Vessel et sa femme étai nt des gens très respectables.Cependant une enquête que je fis à Winchester House établi1- que les magasins étaient1 occupés par la même maison depuis de longues années, et on ne put trouver trace du nom de Vessel sur aucun des livres.Néanmoins je poursuivis mon enquête avec une sorte de fureur sans me rebuter de rien.J,e me remis à interroger les laitiers, les facteurs, les balayeurs de la rue, et j\u2019appris d\u2019eux qu\u2019on n\u2019avait pas vu M.Vessel depuis plus d\u2019un an.11 résultait de cette constation que la maison avait dû être propablement sous-louée à l\u2019insu de ses propriétaires, qui recevaient régulièrement l\u2019argent de leur terme par lettre de M.Vessel.Je trouvai moyen de délier la langue de l\u2019un des facteurs en lui donnant une pièce d\u2019or d\u2019un deiuî-souverain.Il me raconta alors que dans l\u2019espace de» neuf morts il n\u2019était venu que trois lettres par la,poste, toutes les trois adressées à M.Vessel Le bon facteur trouvait cela bien étrange, quoique après tout;, il y ait beaucoup de maisons dans la capitale où les facteurs n\u2019aient guère l\u2019occasion d\u2019ailler que pour pcjrler des prospectus vaguement adressés au locataire\u201d.Ce que je pus apprendre sur les locataires était bien peu de chose, mais ne faisait qu\u2019augmenter encore mes perplexités.Le laitier tout luisant avec sa casquette 2 LE SAMEDI 13 Pt sou tablier de cuir, me déclara que la maison dont ül avait' la pratique était habitée par un jeune ménage, une dame blonde et un monsieur brun, mince, toujours rasé de frais, des étrangers à n\u2019en pas douter.Pourtant en contradiction avec cette déclaration, le marchand de charbon ambulant qui lui aussi avait la pratique de la maison m\u2019affirma avoir toujours vu u-ne vieille dame élégamment mise, avec un bonnet de dentelles, et qui était extraordi-namement généreuse sur la question des pourboires.Vous n\u2019avez jamais vu d\u2019homme?demandai-je avec étonnement.' Jamais, monsieur.Je crois que la \\ cille dame vivait là toute seule, sans autre compagnie que celle de la bonne, une grosse fille rougeaude dont je vois encore la figure ronde comme une pomme.Mais fout est fermé dans la maison, maintenant-, monsieur.Les deux femmes doivent être parties.C\u2019est ce que je pense, répondis-je.Ainsi, le publie n\u2019avait pas la moindre idée de la sanglante tragédie qui s\u2019était passée entre les quatre murs de cette maison aux airs tranquilles.Ces dépositions contradictoires devinrent encore plus énigmatiques par la déclaration du fruitier, qui jura ses grands dieux que l\u2019homme était vieux et la dame jeune.C\u2019étaient à ne plus savoir qui croi-r;'- d\u2019autant pins qu\u2019aucune des descriptions si différentes que j\u2019avais recueillies ne répondait soil au signalement du jeune homme que nous avions trouvé assassin soit à celui de la daine que j\u2019avais vue à la fenêtre de la salle à manger.D\u2019où je conclus que l\u2019un et l\u2019autre n\u2019étaient venus là qu\u2019en visite.Le petit vieux, qui ressemblait si é-trangement à Norreys par ses habits, sa physionomie, cette ressemblance pour les faire passer l\u2019un pour l\u2019autre, n\u2019avait pas été identifié et avait été enterré aux frais de 1 assistance public.Sa photographie, prise avant sa mort, était encore sur la née du bureau des détectives,, au poste de police, parmi des centaines d\u2019autres de gens également inconnus on recherchés.Chaque fois que j\u2019entrai's ien passant pour causer avec Courland, il me semblait voir les yeux clos de cette photographie qui ne pouvait être que celle de Norreys se moquer de moi, et j\u2019aurais dénoncé sur l\u2019heure mon secrétaire comme un personnage traitre et suspect, n\u2019étai\u2019tl que je craignais, en agissant ainsi, de nie couper toute chance de succès (bans mes enquêtes personnelles.Où donc pouvait être ce Lionel du Devonshire Club?Ali ! si j\u2019avais pu seulement savoir son petit nom! Si faiible qu\u2019eût été I\u2019indicattioji, encore aurait-elle été bien précieuse et j\u2019aurais donné cher pour la posséder.Dans la liste des membres du club, je trouvai une douzaine de Lionels, et pourtant 5e portier à qui1 je montrai la photographie faite à l\u2019autopsie du jeune homme assassiné dans la maison de Montague street, déclara formellement ne pas le reconnaître.\u2014 Je suis certain que je n\u2019ai jamais vu cette figure-là parmi les membres du club, affirma-t-il.Voilà p|!mj île vingt ans que- je suis ici, et je puis me vanter que j\u2019ai bien connu tous ces Messieurs.Devant l\u2019insuccès complet de mes tentatives d\u2019enquête à Londres,, après des semaines d\u2019activité fébrile dépensée en Pure perte, je me résolus à partir sur une autre piste et à essayer d\u2019établir l\u2019identité de la femme à qui les lettres d\u2019amour étaient! adressées, de lafemme qui courait i!e monde sùus le nom de Miss N.Tealoff.il y ava.k deux endroits sur le continent où je pourrais apprendre la vérité, pour peu que la chance voulût bien me favoriser; à 1 hôtel de Par .b et à la pension de famille de Florence.Ténériffe se trouvait trop loin pour y songer à présent, mais si cela devenait nécessaire par la suite, j\u2019étais bien décidé à pousser jusque-là, car je scuta's plus que jamais que cette tragique affaire de Bloomsbury devait c-tre Déc intimement avec mon propre avoid r.C\u2019est une chose étrange qu\u2019à certains moments de notre existence nous soyons doués de double vue pour Iles événements de 1\u2019.avenir, grâce à ces pressentiments ins-t.'nctifsi qui nous viennent d\u2019un péril imminent.Tout d\u2019abord j\u2019avais été porté à ne pas tenir compte de cette voix étrange de 1 inconnu que j\u2019attribuais à un phonographe, pourtant, a mesure que les jours se passaient, après avoir lu et relu les instructions du vieux colonel touchant le s¦>-eret des Hewerdines, j\u2019eus la conviction complète que mon propre avenir avait en jeu et qu\u2019il me fallait absolument éclairer 1 affaire de Montague street pour déchirer Je voile de mystère qui avait, si soudainement enveloppé ma vie.Je pris le bateau pour Paris, où j\u2019avais déjà passé une fois un congé de quinze jours, du temps que j\u2019étais dam* ma maison de draperie.Sitôt arrivé, je nie fis conduire directement à l\u2019hôtel indiqué par les lettres trouvées sur le cadavre de Montague street et j\u2019eus une entrevue a-vec le directeur, un homme à la barbe brune taillée en pointe et aux manières doucereuses.Lorsque je lui eus expcjsé l\u2019objet de mai visite, il pressa un bouton électrique et après avoir écrit le nom de Tesloff sur une feuille de papier, ill.la donna à un Déployé, avec ordre de faire des recherches immédiatement.\u2014 Sü monsieur veut bien se donner la peine de repasser dans une heure environ, il trouvera la réponse toute prête au bureau, ajouta-t-il en se levant pour prendre congé de moi.Je passai anxieusement une bonne heure dans un bar américain, situé non loin de là et lien de rendez-vous clés Anglais et des Américains dans la capitale française.Tout en buvant à petits coups mon \u2022\u2018Manhattan\u201d je tuai* le temps cle mon mieux à bavarder avec Johnnie le garçon de bar.un petit Italien vif et remuant, aux fines moustaches noires dont la figure est si populaire parmi les habitués de ce bar.Enfin, fatigué d\u2019attendre, je m\u2019en retournai à l\u2019hôte! chercher ma réponse.Mais comme je m\u2019y attendais bien les gens de l\u2019hôtel avaient été avertis par Slade, l'homme de Scotland Yard, de n« donner aucun renseignement, car l\u2019employé de service au bureau me répondit : \u2014 Nous avons l\u2019ait des recherches, mou-sieur.mais nous n'avons jamais eu de voyageur du nom de Tesloff.Et pourtant nous avons feuilleté la table de nus livres d entrées pendant les cinq dernières années, mais eu pure pert'e.Croyez que nous regrettons infin nient, de ne pouvoir vous satisfaire.Je remerciai cet homme si poli, tout en le taxant intérieurement de mensonge, et apres avoir traversé d\u2019un pas découragé lu grande cour d\u2019entrée je me retrouvai sur les boulevards.11 me restait Florence comme second point sur lequel devaient porter mes investigations, Florence la merveilleuse cite des arts dont j'avais tant entendu parler, mais que je n\u2019avais jamais vue.Si préoccupé que fût mon esprit de lu ténébreuse tragédie dont le mystère s\u2019épaississait autour de moi chaque jour davantage, je ne pus m\u2019empêcher de trouver extrêmement agréable ma nouvelle situation de fortune qui me permettait de jouir ent.ii renient cle ma liberté et de voyager au gré de ma fantaisie.11 y avait encore pas mal de formallités à accomplir avant que je pusse entrer en possession complète de I win chain ; néanmoins les exécuteurs testamentaires sur la suggestion d,e M.Brooks, mon avoué, m\u2019avaient fait remettre une avance de cinq mille livres avec laquelle j avais ouvert un compte en banque qui devait largement suffire à mes dépenses courantes.Ce même soir., après mon entrevue avec le directeur cle l\u2019hôtel, je pris à la gare du Nord l\u2019express pour l\u2019Italie, via Mo-ilnne.Je voyageai en wagon-lit jusqu\u2019à Bise, là ville de la Tour penchée et là je changeai detrain pour Florence, l\u2019express continuant directement jusqu\u2019à Rome.L\u2019aube pâle cl\u2019un jour d\u2019hiver se levait pendant que le train filait à toute vitesse, avec un halètement de vapeur saccadé, à travers 'la magnifique vallée de 1\u2019Arno.Déjà on apercevait nu loin la vieille cité avec scs toits rouges ses coupoles et scs tours, ot chaque fois que train traversait un des ponts jetés ça et là sur le flieuve, c\u2019étlait tin nouveau panorama de collines et cle caillées, de vignobles et de plants d\u2019obviera qui se découvrait à l\u2019oeil émerveivlGe de contempler ce même paysage que l\u2019immortel Dante avait tant aimé.Enfin, le train entra en gare et je me .jetai clans un omnibus d'un hôtel cle pre-m fer ordre bien connu.B était de trop de bonne heure pour commencer à procéder à une enquête dès mon arrivée.Je me mis doue au lit et je dois avcâier que malgré mon impatience.je goûtaii quelques heures d\u2019un sommeil bien gagné.A nom réveil,, je courus à la fenêtre dont j\u2019ouvris tous grands fos longs volets verts et je restai là à regarder la piazza Vittoria où la vie active et la circulation animée de la vieille cité italienne avaient déjà commencé.L\u2019hôtel un des plus modernes de Florence est fréquenté en majeure partie par des Anglais titrés, des riojbles russes et français de richissimes Américains, des di- 20 14 LE SAMEDI plumât:1,s et des million uni res, En un mot, c\u2019est un hôtel, où, pendant la saison, en hiver, chaque voyageur représente quelqu\u2019un de marque prince marquis, comte ou ambassadeur.C\u2019est ce dont je pus me rendre compte en parcourant la liste des nobles hôtes de passage affichée dans un eu, vue dans le grand hall d\u2019entrée au magnifique pavage de mosaïque.Presque toutes les chambres étaient! occupées, car la saison venait de c(./annoncer, et j\u2019allais me rendre au bureau de fl\u2019hôtel, lorsque tout à coup un nom me sauta aux yeux à moitié de la liste, un nom dont la vue me coupa La respiration, comme si j\u2019avais reçu un coup en pleine poitrine.Ce nom était celui de miss N.Tesloff, accolé au chiffre .18 comme numéro de chambre.Enfin, je l\u2019avais donc trouvée! Toutes les précautions du ministère de l\u2019intérieur pour empêcher d\u2019établir son .identité et faire disparaître toute trace du rôle é-trange qu\u2019elle avait joué dans cette é-nigmatique affaire de Bloomsbury, se trouvaient vaines maintenant.Je me rencontrerais fatalement avec elle face il face dans l\u2019hôtel à ta U'fi d\u2019hôtfe, dans le salon public ou ailleurs, si je voulais seulement, prendre sur moii d\u2019avoir un peu de patience.11 n\u2019était que neuf heures du matin.Par conséquent, elle n\u2019était pas encore descendue.Je pris un journal, j\u2019allumai une cigarette, et je passai ainsi une honni- demi-heure dans la grande salle d\u2019entrée à tuer le Hemps de mon mieux, lorsqu\u2019il me vint à l\u2019idée qu\u2019elle pourrait bien soirtér sans que je m\u2019en aperçusse.J\u2019allai donc trouver le portier, tout chamarré d\u2019or, dans sa cage vitrée et je lui demandai en anglais: \u2014 Avez-vous vu descendre ce matin miss Tesloff no 38?\u2014 La signorina Tesloff, me répondit l\u2019homme en mauvais anglais est partie pour Rome hier soir par l\u2019expjress.Ah! je comprends! J\u2019ai unibliié d\u2019enlever son nom de la liste des voyageurs.Excusez-moi, signor.Partie! Elle était partie! \u2014 Elle vient souvent ici n\u2019est-ce pas?\u2014 Très souvent, signor.Elle fait généralement un ou deux séjours ici chaque hiver avec sa femme de chambre.\u2014 Elle voyage incognito', ajoutai-je Sauriez-vous par hasard son véritable nom ?L\u2019homme me regarda avec hésitation dans les yeux.Je compris qu\u2019il savait le nom, mais qu\u2019il ne voulait pas le dire.Je lui tendis un billet de vingt francs, mais il le refusa tranquillement en d:sant: \u2014 Je regrette infiniment, signor, mais le nom de la dame est un secret pour tout le monde.Vous le donner serait me fai-:ra renvoyer d\u2019ici.Il n'y a que le propriétaire de l\u2019hôtel et moi qui le oonnaisai-pus.Sa véritablo identité n'est aonnue de personne autre et on la cache soigneuse» jnent, ¦\u2014 Mais au moins pouvez-vous me dire dans quel hôtel ello est descendue à Ro» pie?\u2014 Certainement, signor \u2022- au Grand-îIÔ- \\'*v' A tel.C\u2019est toujours là qu\u2019elle descend, et j\u2019ai même un petit' paquet à lui envoyer a cette adresse.Le Grand-Hôtel à Rome! Deux heures après cette conversation, je roulais dans l\u2019exprès vers la Ville Eternelle, où j\u2019arrivai une heure après la fin du diner.Oui.Elle était là.Sur la longue liste de gens riches et titrés je vis son nom; miss N at ica Tesloff.Sans perdre une minute, je montai a ma chambre et, après avoir passé mon habit, je descendis pour me mettre à la recherche de mon inconnue.Je lis un tour en flânant à travers le magnifiques salles de marbre blanc du Grand-Hôtel, fond- .lant de l\u2019oeil sans on avoir l\u2019air le moindre de ces coins si confortablement arrangés où les hôtes s\u2019étaient retirés après, diner pour se livrer au plaisir de la cigarette et d\u2019une causerie intime.Il y avait partout de peti s groupes d\u2019hommes et de femmes élégamment vêtus à la dernière mode- une foule cosmopolite qui parlait Ùmtes les langues, car le Grand Hôtel est certainement l\u2019hôtel le plus polyglotte de tout Rome.J\u2019avain monté le grand escalier qui conduit au premier étage, lorsqu\u2019à une table délicieusement installée èans un coin, je vis, à moitié caché par un palmier qui é-tendait sut lui ses larges feuilles on e-vontail, un homme d\u2019un certain âge, en habit, confortablement renversé dans un long faute-il de bambou.A ses côtés é-tait assise une femme (-n ravissante toilette grise rehaussée de denteïï\u2019es, le coude appuyé sur la table, et (pii lui causait a voix basse sur un ton très animé.En un instant je reconnus la figure de cette femme.C\u2019était bien la même que j\u2019avais vue a la fenêtre de la salle à manger dans Montagne street! XV LH GENERAL ME DIT QUELQUE CHOSE Je tournai vivement la tête de façon à ee qu\u2019elle ne pût me voir, et.par un couloir, dont lies épais tapis étouffaient le bruit de mes pas.je gagnai un autre escalier qui me ramena dans la grande salle d\u2019entrée.Se pouvait-il donc que cette même femme que j\u2019avais vue paraître à la fenêtre dans une agonie de désespoir et de terreur fut actuellement la grande dame qui cachait son identité sous le nom de Tesloff?Pour tenter la chance encore une foia on essayant d\u2019obtenir une indication quelconque je m'adressai au portier allemand de garde à la lourde porte libre au mouvement do va-etvvient incessant, Il me leva sa casquette galonnée comme il faisait à tous les entrants ou aux sortants, et je lui demandai en anglais s\u2019il connaissait m'Jss TeBf.off.\u2014( Certainement monsieur, me répon- dit cet homme poliment.Elle est descendue ici et n\u2019est pas pour la première fois, car elle vient souvent à Rome.\u2014\tEst-elle brune ou blonde?\u2014\tPlutôt brune, monsieur, répondit le portier, surpris de ma question.Elle vient de passer par ici il n\u2019y a pas une demi-heure en sortant de la salle à manger.Elle portait une toilette grise et avait à diner ^, un monsieur d\u2019un certain âge.\u2014 Un homme avec une barbe grise, épaisse et «n-iipée très court et, des cheveux gris taillés en brosse, raides comme des crins?\u2014 C\u2019est cela, monsieur.\u2014 Est-ce un Anglais, savez-vous?\u2014 Non, un Russe, je crois.Mais je ne suis pas sûr.En tout cas, c\u2019est un étranger et il n\u2019est pas descendu ici.\u2014 La dame voyage incognito.Tesloff n\u2019est pas son véritable nom, n\u2019est-ce pas?\u2014 Non, Monsieur.Je ne crois pas.\u2014 Vous voûtez dire que vous êtes bien sûr que non.L\u2019homme me regarda avec défiance et haussa imperceptiblement les épaules.Comme son confrère le portier de l'hôtel Savoy à Florence, il devait être grassement payé pour garder le secret de l\u2019identité de la belle voyageuse.La première difficulté à surmonter était de ne pas perdre de vue un seul des gestes Je la prétendue M.ss Tesloff et de la surveiller étroitement sans risquer de me faire reconnaître moi-même.Je pouvais me flatter d\u2019avoir fait là une découverte où Scotland Yard malgré l\u2019habileté de ses agents avait échoué complètement.Pour-tant je ne pouvais m\u2019empêcher de convenir qu\u2019il était bien extraordinaire que ces lettres d\u2019amour adressées à elle-même eussent été trouvées en la possession du jeune assassiné.Se,n amant, Lionel, quel qu\u2019il p;ût être, l\u2019avait aimée passionnément et leur séparation n\u2019avait pu se faire sans un déchirement dont leur coeur avait cruellement saigné.Je me rappelais ces étranges paroles que j\u2019avais entendues pendant la pluie derrière cette porte et je me souvenais aussi de la disparation presque miraculeuse des hôtes de la maison mystérieu- se.Quoi qu\u2019il en soit, son attitude envers le vieux monsieur avec lequel je l\u2019avais vue dans le salon me parut celle de la confiance la plus intime, et il me sembla deviner qu\u2019elle le pressait de lui accorder quelque grande faveur.Elle l\u2019avait, invité à diner et emmené ensuite dans ce petit coin tranquille pour discuter avec lui quelque sujet d\u2019une suprême importance.Mais pourquoi là, p\u2019lutôt que sans son salon privé où ils auraient été mieux à l\u2019abri des regards curieux et des oreilles indiserè-j tes?Et puis, qu\u2019était-ce que cette Natical Tesloff?Une Russe?Son nom semblait' Pindiquaf c\u2019est vrai,mais elle-même ne re, Sa figure d'une beauté vraiment re» marquable, offrait d\u2019une façon trop frap» pante pour s\u2019y méprendre le type anglais dans toute sa pureté.J\u2019allumai négligemment1 une cigarette \\ 30 et, affectant des airs e nonchalance étudiée et détachée de tout, je m\u2019allongeai à mon tour sur un fauteuil de rotin et je commandai du café.J\u2019espérais qu\u2019elle ne tarderait pas à passer devant moi et qu\u2019étant là aux premières places, je pourrais l\u2019observer plus à mon aise.Tout, près de moi était assis un général anglais en retraite, que ses allures cosmopolites désignaient clairement pour un de ces Anglais aux migrations pér' \u201d es, qui quittent Plead illy avec les hirondelles et s\u2019en vont comme elles chercher le soleil dans le Sud.Nous liâmes immédiatement connaissance et j\u2019appris que mon nouvel ami était un des plus vieux habitués de l\u2019hôtel, et que comme tel il connaissait tout ce qui portait un nom présentable dans la colonie étrangère de la capitale italienne.C\u2019était ma première visite dans la Ville Eternelle et je n\u2019en avais encore rien vu, ' sauf deux ou trois belles rues brillamment éclairées a l\u2019électricité et encore n\u2019avais-je fait que les apercevoir, emporté que j\u2019étais au galop de l\u2019omnibus qui m\u2019emmenait à l\u2019hôtel.\u2014 Quoique nous ne soyons pas encore à Noël, la saison ici bat déjà son plein, remarqua le général! entvp deux bouffées de son cigare.Rome regorge de monde, et Dubois, le directeur, me disait, il n\u2019y a pas plus d\u2019une heure que l\u2019hôtel était bondé.Puis, nous en vînmes, de fil en aiguille, par une transition toute naturelle, à parler de l\u2019Angleterre et de la vie anglaise comparée à la joyeuse vie d\u2019un hiver passé dans ces pays de soleil.Le général me dit ses répugnances d\u2019Anglais cosmopolite pour la Riviera, qu\u2019il prétendait ê-tre un pays malsain et de réputation surfaite dont le succès se maintenait encore, grâce à une réclame effrénée et aux articles menteurs de journalistes achetés à prix cl\u2019or.\ti \u2014 Tenez! L\u2019année dernière, à Nice, s\u2019écria le vieil officier, une dangereuse épidémie de petite vérole a éclaté, dont le foyer était à Riquier, et notez bien que le foyer était à Riquier, et notez bien que les journaux ont eu grand soin de n\u2019en pas dire un mot.Pourtant, il y eu des niqrts par centaines et le danger était devenu si menaçant, qu\u2019on avait envoyé des soldats pour détruire les logements insalubres.Vous n\u2019irez pas me dire après ça que les Anglais ne sont pas fous de quitter leurs maisons saines et confortables pour venir habiter là au péril de leur vie et se faire voler par les plus rapaces proplritaires d\u2019hôtels qui so;ent au monde.La Riviera est bien la plus grande fumisterie de l\u2019Europe; on commence à s\u2019en apercevoir et il n\u2019y a rien d\u2019étonnant à ce que l\u2019T-talie y gagne une popularité qui s\u2019accroît d\u2019année en année.Tej au moins on sait se conduire avec l\u2019étranger.Le vieux général était lancé, et il continua de parler longtemps sur le même sujet avec une verve intarissable.Evidemment.je lui avais procuré l\u2019occasion d\u2019enfourcher son dada favori, et il était si! satisfait qu\u2019i'l ne me fit grâce d\u2019aucune des vexations que lui avaient fait souffrir ces \u201ccanailles de voleurs de Nice\u201d- LE SAMEDI comme il lès appelait, et qu\u2019il désignait fmpit'oyabilemeut avec tous les autres liô-telieTs de Sa Riviera à la vindicte publique.Pour mettre à l\u2019épreuve les connaissances mondaines dont s\u2019était vanté mon nouvel ami, je lui posai, sans avoir l'air d\u2019y attacher autrement d\u2019importance, quelques questions sur les gens qui nous entouraient.Le grand monsieur mince avec des lunettes d\u2019or était sir Henry Curtis, le même qui avait donné tout dernièrement un quart de million aux hôpitaux de Londres.La grosse dame qui lui causait en ce moment était la comtesse de Bexhill.Plus loin, là-bas, en train de polder sa tasse de café à scs lèvres, se trouvait le vieux lord Whitewater, qui fut ministre de la marine dans les derniers temps du cabinet Gladstone.Près de lui était Batson, le député radical de Dewsbury, et ees deux daines assises à une table voisine avec un jeune homme n'étaient autres que Mmes Payne-Morris, la femme et la fille du grand raffineur qui possède un hôtel dans Park Lane et qui a vu s\u2019ouvrir devant lui toutes les portes de la haute société grâce au généreux appui que son père, le vieux Payne-Morris, avait prêté \u2018\"il parti conservateur.\u2014Mon cher monsieur, continua le général, tenez-vous le pour dit : vous trouverez toujours ici, pendant la saison, nn nombre de membres du Carlton Club suffisant pour faire une majorité.Tl achevait à peine ces paroles que le grand vieux monsieur aux airs distingués et à la courte barbe grise, qui avait tenu compagnie à miss Tesloft' pendant le dîner, passa devant nous, tout seul, en s\u2019en allant.\u2014Sauriez-veps par hasard quel est ce monsieur?déniandai-jc vivement.Je inc figure l\u2019avoir déjà vu quelque part, mais je ne me souviens ni où ni quand, ajoutai-je aussitôt pour détruire les soupçons qu\u2019aurait pu faire naître ma question.\u2014Cet homme! s\u2019écria- le vieux général en ajustant son monocle.Ma foi, il n\u2019est, pas difficile de vous satisfaire.C\u2019est un Russe nommé Jakovski ou quelque chose chose comme cela.Je l\u2019ai déjà rencontré à Aix l\u2019année dernière et auparavant à.Florence et dans nombre d\u2019autres villes.Il semble connaître tout ce qu\u2019il y a de mieux dans la haute société russe, et pouurtant cette même société a l'air de le mépriser quelque peu.\u2014Comment le savez-vous?demandai-je.\u2014Eh! bien, voilà: un jour, à Erisa, j\u2019étais en train de causer à une dame russe lorsque notre homme vint à passer.Il salua profondément la dame, qui lui répondit à peine par une froide et sèche inclinaison de la tête, et quand, très étonné, je lui en demanda» la raison, elle me fit '\u2019etto réponse vague et évasive: \u201cIl y a des gens dont on n\u2019aüme pas à être connu.\u201d Et ce fut tout.J\u2019en conclus que le personnage en question n\u2019était pas exempt d\u2019une certaine distinction native, mais qu\u2019il devait y avoir une tare dans sa position sociale, comme i'1 arrive pour beaucoup de gens qui sont fo'reés de passer leur vie à l\u2019étranger.31 15 \u2014Il y a aussi une jeune personne du nom de miss Teslofif, ici, dis-je.La connaîtriez-vous, par hasard?\u2014(Comment, niais je ne connais qu\u2019ol-le! Une très jolie personne brune, anglaise malgré son nom étranger.Elle n\u2019a d\u2019habitude qu\u2019une femme de chambre avec elle, mais elle se donne du plaisir pour quatre et elle s\u2019amuse surtout énormément aux bals de l\u2019hôtel.11 n\u2019y a pas de sauterie sans elle, et la moitié des jeunes gens d\u2019ici en sont amoureux fous.Pourtant les plus méchantes langues ne lui connaissent pas le moindre flirt.Elle est immensément riche aussi, à ce que l\u2019on dit.Du moins on a parlé plusieurs fois de donations princières qu\u2019elle aurait faites aux oeuvres de charité de Rome, il est assez étrange toutefois qu\u2019on ne lui connaisse pas d\u2019autres amiis hommes qu\u2019une ospèeo d\u2019étranger d\u2019aspect vulgaire et île basse extraction probablement, un individu aux dents ja»uies et aux regards fuyants qui vient et disparaît sans faire de bruit.Cet homme-là est une énigme.\u2014Se trouve-t-il ici en ce moment?\u2014Je ne l\u2019ai pas encore vu, répondit mon compagnon.Mais Tien d\u2019étonnant à.cela, car il se tient toujours dans l\u2019ombre.11 »»\u2019est jamais descendu à l\u2019hôtel, quoique les mauvaises langues prétendent qu\u2019il soit le frère de la jeune miss.En tout cas, il a toujours soin d\u2019éviter ses amies, mais on affirme qu\u2019il a avec elle de longues conversations secrètes dans le silence de son salon particulier.\u2014Est-ce un de ces individus, sales, mal mis, pas présentables?demandai-je.\u2014Oh ! pas du tout.Il est au contraire tirés bien mis, soigneux de sa personne, toujours tiré à quatre épingles, et, je ne serais pas du tout étonné q»ie ce fût quelque officier étranger.D\u2019ailleurs, si vous restez ici assez longtemps, vous le verrez sûrement.Je donnerais ma tête à couper qu\u2019im n\u2019aurait pas bien loin à chercher pour trouver l\u2019endroit où il se cache, lit le général en riant et il ajouta: l\u2019année dernière des jeunes gens avaient déclaré qu\u2019ils étaient retenus de faire leur cour à b», jolie miss autant qu\u2019ils 1\u2019{«iraient voulu par la crainte de recevoir quelque', nuit un bon coup de poignard de la main de son chevallier ténébreux.Vous voyez l\u2019idée qu\u2019on se fait de l\u2019individu.\u2014Vous ne savez pas son nom?\u2014Humbert, je crois, mais je n\u2019en suis pas absolument, certain.Les paroles du général me replongeaient dans un abîme de perplexités.Lu?, sans s\u2019en apercevoir, continuait de me dire que partout où il s\u2019agissait de plaisirs mondains on était sûV de trouver Natiea Tesloff au premier rang des organisateurs, qu\u2019elle se faisait remarquer entre toutes les femmes pour la plus intelligente et la plus gaie,' qu\u2019elle dansait à ravir et qu\u2019elle aimait tous les jeux à la folie.J\u2019écoutais parler mon inte>rloeuteur avec un étonnement croissant, plus indécis que jamais sur la .conduite que je devais tenir.La beauté de miss Tesloff était si remarquable qu\u2019il lui serait très diffi- 6 10 eile de cacher longtemps son identité, mais, enfin, qui donc pouvait-elle bien être pour que le ministre de l\u2019intérieur lui-même c'eut, devoir prendre tant de peine pour empêcher de connaître son véritable nom?C\u2019était une chose inouïe jusque-là dans les annales de la police de Londres qu\u2019une enquête à huis-clos, sur ordre express du ministère, et cette façon de procéder dans le plus grand secret ne permettait1 pas de mettre en doute qu\u2019il y eût là-dessous quelque puissante raifeon d\u2019Etat qui nous échappait.T\u2019entendais toujours résonner à mon cireillo ces paroles et ces cris de terreur poussés dans le hall de la maison de Montague street; je me rappelais ce terrible regard d\u2019angoisse et.de désespoir que m\u2019avait jeté l\u2019inconnue en m\u2019apercevant debout sur la porte d\u2019entrée en train de l\u2019observer.Et cet homme, qui ressemblait si.étrangement à M.Norreys, cet homme, qui était mort empoisonné avec de l\u2019antimoine ' es heures après, quel rôle avait-il joué dans la sanglante tragédie?Ma tête se perdait.Le vieux général loquace, qui vivait au régime de la \u201cpension\u201d, rebouchait soigneusement la bouteille de Saint-Julien entamée après chaque repas et griffonnait le numéro de sa chambre sur l\u2019étiquette, en continuant de bavarder sûr le même sujet, sans se douter des étranges pensées qui me traversaient l\u2019esprit.Pourquoi cette conversation si animée de miss Tesloff avec ce Russe entre deux âges que les gens comme il faut rougissaient de connaître?Il sautait aux yeux que son attitude avait, été celle d\u2019une femme qui demande une faveur, tandis que lui, avec ses airs distingués, à demi allongé sur son fauteuil de rotin, l\u2019écoutait en fumant sans se laisser fléchir.Il l\u2019avait quittée sans lui avoir accordé ce qu\u2019elle demandait, tirés probablement.Autant que je pus en juger par sa face mince et étroite, le coeur de cet homme devait être un coeur de pierre, que, la supplication la plus émouvante d\u2019une femme ne saurait, jamais toucher.Je me levai et je flânai pendant plus d\u2019iine heure dans les différentes pièces de l\u2019hôtel, mais sans rien voir davantage de mon inconnue.Tl devenait évident qu\u2019elle avait dû se retirer dans le magnifique appartement qu\u2019elle occupait.Le lendemain, comme je l\u2019attendais avec une impatience fébrile, je la vis, élégamment vêtue de noir, descendre, vers onze heures, avec sa femme de chambre, sauter dans un fiacre et se faire conduire dans la direction du Corso.Je la suivis, et j\u2019arrivai juste à 1emps pour la voir entrer dans un grand palais fort ancien, aux airs sombres et majestueux, près de la porte del Popolo.Un porticT chamarré d\u2019or sur toutes les coutures de sa somptueuse livrée bleu ciel se précipita pour ouvrir la porte à deux battants devant elle, en même temps qu\u2019il saluait! jusqu\u2019à terre.Evidemment, ces marques de respect ne s\u2019adressaient pas à une inconnue.LE SAMEDI \u2014Qui habite ce palais! demandaij-je à mon cocher de fiacre, qui s\u2019était aibrêtê prudemment à une raisonnable distance.\u2014Mais c\u2019est l\u2019ambassade de Russie, signor, me répondit-il.XVI LA DAME EN BLEU L\u2019ambassade de Russie! Je devais m\u2019y attendre, Tesloff était un nom russe destiné à cacher quelque autre nom connu.Il no m\u2019en fallait, pas davantage pour reconnaître tout do suite que la raison pour laquelle le ministre avait interdit la publicité des débats dans cette passionnante affaire de Montague street était ni plus ni moins une raison diplomatique.La femme de chambre entra après sa maîtresse en saluant d\u2019un petit coup de tête familier le magnifique portier qui no paraissait pas lui en imposer, beaucoup malgré scs grands a à-s et ses dolrures.Puis 'a porte se referma sur les deux femmes et le fiacre qui les avait amenées s\u2019éloigna lentement comme s\u2019il ne pouvait se décider à s\u2019en aller.Bien décidé que j\u2019étais à attendre la sortie de la dame et à ne pas perdre de vue un seul de ses mouvements, je renvoyai mon fiacre ajîrès l\u2019avoir payé et j\u2019entrai dans une petite boutique de pâtisserie presque en face de l\u2019ambassade.C\u2019était eu même temps une petit salon de thé Irès fréquenté sur les quatre heures par les élégants de Rome qui y menaient joyeuse vie.Mais à cette heure de la journée le salon était encore entièrement vide, ce qui' ne m\u2019empêcha pas de m\u2019asseoir et de me faire servir un vermouth.Tout! en buvant à petits coups, je liai conversation avec le garecta sans quitter dos yeux'l\u2019entrée de ce liant, bâtiment aux airs de prison qui fut autrefois le palais d\u2019un prince romain et, sert maintenant de résidence à ce noble vieillard aux cheveux blancs qui est l\u2019ambassadeur du tsar au Qui'rinal.Une heure entière s\u2019écoula sans que je visse reparaître lia belle visiteuse.Le coup de canon qui annonce midi avait déjà éveillé les échos de la ville et les centaines de cloches de la vieille cité s\u2019étaient mises en brani'e pour lui» répondre à l\u2019unisson, comme ce],a se passe dans toutes les villes d\u2019Italie à la même heure.Mais la prétendue m'ss Tesloff ne sortait toujours pas.Il y avait bien des allées et venues fréquentes de jeunes gens très élégants, des secrétaires ou des attachés évidemment; seule, la personne que j\u2019attendais s\u2019obstinait.à rester invisible.Je flânai à droite et à gauche pour tuer le temps dans les étroites rues environnantes; j\u2019espérais ainsi tromper à la fois mon impatience et ma faim, mais, comme il devenait trop évident que mon inconnue allait rester à déjeûner, je pris mon parti de rentrer chez le pâtissier où je ni \u2019offris un bon pâté de viande que je dévorai' à belles dents malgré mon énervement.Ce ne fut qu\u2019à deux heures et demi* passées que la portte de l\u2019ambassade se rouvrit enfin pour livret passage aux deux femmes que j\u2019attendais.Le gros portier en livrée bleu et or venait de leur hâler un fiacre où il fit monter là maîtresse et la suivante en saluant plié en deux jusqu\u2019à tetre, et elles s\u2019éloignèrent rapidement dans la direction de l\u2019hôtel m grand trojt do leur attelage.Jusqu\u2019à présent, je n\u2019avaife pas été vu.C\u2019était un avantage que je désirais conserver.Je voulais épier tous les mouvements de mon inconnue sans courir la chance qu\u2019elle pût me découvrir.Elle remonta à sa chambre, changea rapidement sa toilette de visite pour une jolie robe d\u2019après-midi, et toute emmitouflée de riches fourrures, elle redescendit avec une dame d\u2019un certain âge qui me parut devoir lui servir de chaperon.Une victoria de maître les attendait à la porte de l\u2019hôtel'.; elles y montèrent et se firent conduire au Pineio.qui est, sur les quatre heures, la promenade à la mode de la Ville éternelle.Pour ne pas attirer l\u2019attention de la hello promeneuse, en passant près d\u2019elle dans un fiacre, je me fis descendre sur le \u201cpassezzio\u201d et je m\u2019arrêtai à flâner dans les contre-allées sous les grands chênes verts, amusé au joyeux babil de toutle la haute société de Rome, qui semblait s\u2019être dufnné rendez-vous là.C\u2019était un des spectacles des plus pittoresques de toute l\u2019Europe que cette brillante réunion par un bel après-midi d\u2019hiver des représentants Tes plus distingués du monde cosmopolite.Du haut des jardins magnifiques qui couronnent la colline jusqu\u2019à l\u2019endroit où je me trouvais se déroulait un immense panorama de la vieille cité où le Tibre serpente entre des ruines éternelles avec la grosse tour ronde de Saint-Angelo et le dôme superbe de Saint-Pierre, dont le dessin s\u2019accusait en vigueur sur la gloire pourpre du soleil couchant.Tout autour de moi ce n\u2019étaient que femmes plus élégantes et mieux mises les unes que les autres, hommes aux allures distinguées et tirées à quatre épingles, officiers italiens en brillants uniformes, diplomates, hommes d\u2019Etat, députés et princes en un mot, tout ce qui ne semblait vivre que pour la joi\u2019e lumineuse de ce splendide coucher de soleil d\u2019hiver, tandis que, sur la chaussée, c\u2019était un défilé lent et ininterrompu de magnifiques équipages, presque aussi beau que celui de Hyde-Park chez nous.L\u2019énigmatique beauté que j\u2019étais en train de surveiller avec tant de patience connaissait évidemment beaucoup de monde, car je ne saurais dire le nombre de dames et de messieurs au salut desquels elle répondit par une gracieuse inclination de la tête.Je vis aussi plus d\u2019un officier la sailuer et recevoir d\u2019elle un aimable sourire on signe de reconnaissance.Quant à la dame âgée qui s\u2019étaüt assise à ses côtés, elle restait immobile, d\u2019une raideur glacée, les mains jointes sur la couverture verte de la voiture et le nez en l\u2019air, comme si son rang dans le monde était bien trop élevé pour daigner s\u2019apereevoür des humbles marques de déférence de ses in- 0 I férieurs.J\u2019étais bien décidé à épier la fausse miss Tesloff pendant toute la journée sans en être vu; puis, le soir, à l\u2019hôtel, jo brusquerais la rencontre en me présentant à elle au moment où elle s\u2019y attendrait le moins, et je me ferais reconnaître.Je comptais beaucoup sur les effets de ce coup de théâtre imprévu pour juger par moi-même si c\u2019était là vraiment la femme qui avait trahi le malheureux jeune homme de Montague street ou celle qui avait essayé de le sauver.Les deux femmes avaient déjà fait plusieurs fois le tour des jardins publics du Pineio et leur voiture descendait lentement la edlline, au tintement des grelots de ses chevaux, pour revenir à l\u2019hôtel, tandis que jo la regardais du haut de la terrasse qui domine la ville.Ah! elle était vraiment belle, cette femme mystérieuse et inquiétante, d\u2019une beauté ensorcelante qui dépassait, de beaucoup celle de toutes ces femmes, si jolies pourtant, réunies là sous mes yeux, et d\u2019une grâce qui trahissait clairement son origine patricienne, malgré l\u2019incognito.Mais qui donc dans cette foule brillante et heureuse de vivre, grisée de propos joyeux et pétillants d\u2019esprit, qui donc aurait pu se douter, en voyant cette figure angélique et ces yeux rieurs, que la même femme venait de passer, il n\u2019y avait pas encore bien longtemps, par toutes les angoisses de la tefireur en assistant\u2014en prêtant les mains, peut-être\u2014à un crime secret et abominable resté impuni ?Ce soir-là mon espoir fut déçu, car, au lieu de dîner à table d\u2019hôte, comme j\u2019y a\u2019-ais compté, miss Tesloff se fit servir chez elle.Il ne me restait plus que cette chance qu\u2019elle sortit de son appartement à l\u2019heure du café pour venir passer la soirée à causer avec d\u2019autres pensionnaires de l\u2019hôtel, ce qui était dans ses habitudes, comme je l\u2019avais appris.Mon ami delà veille, le vieux général, m\u2019accapara après le dessert et je dus me résigner à m\u2019asseoir et à fumer près de lui, tandis qu\u2019il m\u2019entretenait sur son chapitre favori qui pouvait nous mener loin, je le savais par expérience.Heureusement, au bout d\u2019une demi-heure je trouvai un prétexte honnête pour échapper à ce bavardage à jet continu, et je partis à la recherche de ma mystérieuse Russe.En arrivant devant la pende vitrée du petit salon, le coeur ne me fit qu\u2019un saut dans la poitrine, car je l\u2019aperçus assise à un petit bureau dans une toilette de soirée norre qui faisait ressortir la blancheur et la perfection de sou cou et de ses bras.Heureusement il ne se trouvait personne à ce moment-là dans la pièce, et ne voulant, à aucun prix, perdre une pareille occasion, je poussai vivement la porte et .j\u2019entrai.Lorsque je fus tout près d\u2019elle, elle leva les yeux de dessus la lettre qu\u2019elle était en train d\u2019écrire, mails dès que ses yeux eurent rencontré les miens, ses lèvres s\u2019agitèrent convulsivement et sa figure subit une étrange transformation.Une pâleur livide se répandit sur ses joues, ses yeux semblèrent! prêts à sortir LE SAMEDI de leures orbites, et la plume qu\u2019elle tenait luv tomba des mains.\u2014Miss Tesloff! dis-je on mettant dans ma voix autant de respectueuse politesse que je pus, mais en même temps avec une gravité solennelle, miss Tesloff, nous ncïis sommes déjà (rencontrés.Vous souvenez-vous dans quelles circonstances?Elle se souleva à demi avec une expression de terreur qu\u2019elle ne parvint pas à cacher.\u2014Alors vous me reconnaissez?répondis-je.Aussi bien que je vous reconnais moi-même ?Elle s\u2019était levée tout à fait et se tenait toute tremblante devant moi.Elle avait au poignet un bracelet d\u2019dr avec une clochette qui rendait' un teintement argentin à chacun de ses mouvements.Je reconnus ce tintement pour le même bruit que je n\u2019avais pu m\u2019expliquer en l\u2019entendant pour la première fois derrière la porte, dans le hall d\u2019entrée de la maison de Bloomsbury.\u2014Que voulez-vous?demanda-t-elle d\u2019une voix rauque.Vous m\u2019avez poursuivie jusqu\u2019ici, traquée ccjmme une bête fauve.Quelles sont vos intentions?Dites-le-moi.\u2014En tout (\u2018as, répondis-je vivement, mon intention n\u2019a jamais été de faire un scandale publiquement dans les salons de l\u2019hôtel.Vous pouvez m\u2019en croire sur parole.Ce que je désirerais seulement, et cela dans votre intérêt, je vous le jure, ce serait que vous me fissiez l\u2019honneur de m\u2019accorder une entrevue chez vous, où nous puissions causer sans crainte d\u2019être entendus de personne.\u2014Et pourquoi faire?demanda-t-elle.Que voulez-vous de moi?\u2014Je veux vous offrir toute l\u2019aide dont je suis capable, répliquai-je.Je ne suis pas venu à vous en ennemi, bien au contraire je veux être votre ami, si toutefois vous voulez bien le permettre1.\u2014Mon ami! répéta-t-elle en écho,d\u2019une voix blanche où perçait le doute et l\u2019étonnement.Mon ami ! Pensez-vous réellement ce que vous dites?.Vous! Je répétai résolument mem affirmation, quoique ses craintes m\u2019eussent à moitié convaincu qu\u2019il n\u2019y avait guère de doute possible, qu\u2019elle était bien l,a même femme que la victime avait dénoncée en mourn nt.A ce moment deux jeunes filles en toilettes bleues, les fill'es d\u2019une grosse baronne française, entrèrent dans le salon à la recherche de ma compagne, mais elle s\u2019excusa auprès d\u2019elles en prétextant qu\u2019une violente migraine l\u2019obligeait à se retirer dans son appartement.\u2014Venez me trouver dans cinq minutes, înurmmyi-t-ei'Je à voix basse quand nous fûmes sortis dans le couloir.Et, sur ces mots, elle nie quitta pour monter le grand escalier.Cinq minutes après, je frappai à sa porte, et s,a femme de chambre me fit entrer dans son salon particulier, un petit salon luxueusement meublé blanc et or où elle m\u2019attendait.\u2014Vous pouvez nous .'laisser, Mitchell, dit-(die à sa femme de confiance.Et, lorsque les grandes portes blanches se furent fermées sur la suivante et que 33 17 nous fûmes seuls, elle se tourna vivement vers moi en disant: \u2014Je n\u2019ai pas encore le plaisir de connaître votre nom, monsieur.\u2014llewerdinc, Georges Hewerdine, répond h-je.\u2014Hewerdine! répéta-t-elle sur un ton pensif.Hewerdine ! Curieux, très curieux.\u2014Pourquoi curieux?\u2014Ah! tout simplement parce que c\u2019est un nom p'utôt rare.Voilà tout.Mais prenez donc la peine de vous asseoir, ajouta-t-elle poliment.Je me laissai! tomber sur un petit fauteuil bas, près du feu, tandis qu\u2019elle-même s\u2019asseyait sur une chaise en face do moi et me regardait fixement dans les yeux, comme pour y deviner mes pensées.Je l'ai déjà dit.sa beauté était ensorcelante, mais elle était encore augmentée en ce moment par la pâleur de ses joues et l\u2019éclat' fiévreux de ses yeux noirs.Son corps état d\u2019une perfection de formes achetée, et.quoique sa robe noire la.fit peut-être paraître un peu plus vieille qu\u2019elle n\u2019était en réalité, elle la moulait à ravir.\u2014Vous venez de dire que vous n\u2019êt.es pa.s venu à moi en ennemi, balbutia-t-elle après un silence sur un Ion de voix très lent, les yeux fixés sur moi avec un regard d\u2019appréhension indéfinissable et les main* agitées d\u2019un tremblement convulsif.FREDDY \u2014 C\u2019est vrai, répondis-je.Je pense d\u2019ailleurs, miss Tesloff, que je puis parler à oeur ouvert sans rien vous cacher.Me le permettez-vous?\u2014 Certainement, fit-elle d\u2019une voix rauque et haletante.Parlez,.je vous écoute.\u2014 Bien, continuai-je.Alors, je n\u2019ai pas besoin de vous rappeler les étranges cir-eenstanees dans lesquelles nous nous sommes rencontrés.Elle sont du reste suffisamment présentes à la mémoire de chacun de nous.Mon seul but en cherchant a vous retrouver était de vous supplier de m ce.airc:r le mystère de cette horrible tragédie, car .je ne doute pa.s que vous n\u2019en possédiez la clef.Elle secou,a lentement la tête en même temps qu\u2019une indéfinissable expression de dureté passait sur ses traits.\u2019 Votre ('(induite n a rien do très nature], monsieur Hewerdine, répondit-elle d une voix ^discute et mécanique, comme celle d\u2019un automate dont elle avait tonie étrangeté, car la vie semblait soudainement s être retiree d\u2019elle.Ce que vous avez entendu et ce que vous avez vu était bien suffisant pour éveiller votre curiosité.Mais quo vous dire de plus?Il est mort; ils l\u2019ont tué.\u2014 Qui ?Maiis sa ligure, toujours tournée vers moi, restait énigmatique comme celle du sphinx antique.Ses lèvres pâles et tremblantes ne laissèrent point passer de réponse.b*a terreur, lorsque nous nous étions rencontrés, m\u2019avait convaincu qu\u2019elle devait, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, avoir trempé dans le crime.Au lieu de donner une réponse directe à ma question, elle dit évasivement': 18 LE SAMEDI \u2014 J\u2019ai suivi les journaux au jour le jour, mais ils u\u2019ont pas dit un mot de l\u2019affaire.Est-ee que la police ne sait toujours rien ?- Détrompez-vous.La police, au contraire est au courant de la vérité dans ses moindres détails.Seulement, l\u2019instruction a été menée très secrètement et il y a eu un verdict du coroner.Quant aux lettres, elles sont tombées entre les mains des gens de Scotland Yard.\u2014 Quelles lettres?Mais, répondis-je, avec une certaine hésitation, les lettres qui vous étaient adressées par un homme, nommé Lionel, les lettres qu\u2019em a trouvées sur l\u2019assassiné.\u2014 Mes lettres?.Trouvées sur lui ?.répéta-t-elle d\u2019une voix naletaute.Non, j\u2019ai mal entendu.Ce n\u2019est pas cela que vous avez voulu dire?Je suis sure cpi il ne 'les possédait pas.\u2014 Tout ce que je sais, c\u2019est que j\u2019étais présent lorsque les lettres ont été trouvées sur ce malheureux jeune homme, répondis-je.Je les ai même tenues dans mes propres mains et je les ai lues.\u2014 Les lettres de Lionel! s\u2019écria-t-elle.C\u2019est impossible.Comment aurait-il pu se les procurer?\u2014J\u2019en sa;)s encore moins que vous là-dessus.Tout ce que je puis vous dire c\u2019est que ce sont ces lettres qui m\u2019ont donné la piste qui m\u2019a amené ici.\u2014\u2022 Mais alors la police sait aussi que je me trouvais dans cette maison maudite a l\u2019heure du drame?demanda-t-elle en se levant vivement de dessus sa chaise, dans une agitation extrême, èt son beau visage envahi de nouveau par une pilleur mortelle.\u2014 Je le crois, répondis-je.En tout cas, je ne suis venu ici que pour vous offrir toute l\u2019aide dont je suis capable, à la on-dition toutefois que vous vouliez bien inc le permettre.\u2014 Ah! M.llewerdine.répliqua-t-elle, avec désespoir, vous êtes mille fois trop bon de m\u2019offrir si généreusement votre aide, mais j\u2019ai bien peur que votre appui no puisse servir à rien dans la circonstance.\u2014 Pourquoi?demandai-je.Je sais que vous vous débattez cruellement dans une détresse qui n\u2019a pas de nom.Je> l\u2019ai compris du moment où je vous ai vue paraître à 'la fenêtre, ajoutai-je avec l\u2019espoir de la convaincre de ma sincérité.\u2014 Non!.Non!.s\u2019écria-t-elle en sanglotant et en se couvrant la figure de ses deux mains.Non! ne me rappelez pas cette heure terrible! L\u2019horreur en est toujours présente à mes yeux à toute heure du jour.Jamais ce hideux souvenir ne s\u2019effacera de ma mémoire! Elle releva, sa tête aux traits si fins et si doux, mais scs yeux restèrent fixés sur le feu dans une méditation profonde.Sa figure crispée en ee moment par la souffrance était celle d\u2019une femme que ronge un secret inavouable, le secret de quelque faute terrible.\u2014 Les lettres! reprit-elle enfin, puis se tournant vers moi, elle demanda anxieusement : \u2014Croyez-vous qu\u2019il me soit possible, au prix de 11 \u2019importe quel moyen, de ravoir mes lettres?\u2014 Je crains bien que non, répondis-je.Elles sont entre les mains de 'l'a police, qui les conserve comme pièces à convic-tion en cas d\u2019une arrestation.\u2014 Lue arrestation! s\u2019écria-t-elle d\u2019une voix rauque en sursautant.Arrêter qui?Et puis, qu\u2019est-ec qu\u2019ils peuvent savoir?\u2014 Je n\u2019ai aucune idée de ce que la police sait ou 11e sait pas.Tout ce que je puis vous dire c\u2019est que l\u2019instruction a été pi lussée à fond.\u2014< Pour me trouver?\u2014C\u2019est très probable.\u2014 Et, s\u2019ils me découvrent, qu\u2019arrivera-t-ci'le?\u2014 Dame! ils vous questionneront, tout comme j\u2019essaye de le faire en ee moment.Ils vous demanderont de leur dire toute la vérité.\u2014 Oui, fit-elle d\u2019une voix coupée par l\u2019émotion, vous avez raison.Ils ont mes lef\u2019res.Le secret de mon amour est entre leurs mains; ils peuvent causer un terrible scandale.\u2014 Mais que! rapport cela peut-il bien avoir avec cette horrible affaire de Montagne street?\t, \u2014 Quel rapport?.répéta-t-elle en é-cho.Hélas! plus étroit, malheureusement.J\u2019ai commis la folie, comme ils disent1 d\u2019aimer quoiqu\u2019un, et c\u2019est mon imprudence qui a amené cette abominable tragédie.Comment ncurrai-.je jamais me le pardonner?Ah! monsieur llewerdine, ajouta-t-elle en sc tordant les mains de désespoir, si je pouvais seulement vous dire la vérité! Vous ne voudriez pas m\u2019en croire.Et, rejetant, eu arrière su'r son front enfiévré la.lourde masse brune de sa ma-gnifi que chevelure, elle se mit à marcher de long en large dans la chambre, à grands pas agités, eu se causant à elle-même : 1! est mort!.disait-elle.Mort!.Ils l\u2019avaient bien juré qu\u2019ils trouveraient moyen d\u2019empêcher la vérité de se faire connaître.Jamais lâche trahison, j\u2019en prends Dieu à témoin, ne fut plus cruelle, plus impitoyable ni plus complète! XVII COUPABLE OU NON COUPABLE?L\u2019éclatante fruîeheulr de sa jeunesse s\u2019c'siit enfuie de ses joues, laissant licjs traits de sa figure tirés et hagards, tandis qu\u2019elle continuait de traverser de long en large, à pas fiévreux et saccadés, le salon blanc et or.Et en vérité elle était si! agitée que j\u2019en vins à me demander s\u2019il n\u2019y avait pas ouelque conséquence plus grave cachée derrière la perte de ses lettres.Elle craignait le scandale, c\u2019était certain.Mais je crus deviner, à plusieurs (reprises, land's que je la regardais se débattre sous mes yeux contre ses atroces perplexités, qu\u2019ellle avait quelque vague soupçon que je n\u2019étais venu là que pour exercer sur elle un chantage quelconque et' abuser 34 de sa position.En effet, n\u2019étais-je pas étranger et le seul témoin qu\u2019il y eût contre elle?Ce fut un trait de lumière.Je me rappelai tout d\u2019un coup qu\u2019il y allait de ses intérêt^ les plus chers d\u2019obtenir mon silence le plus absolu.Et pourtant, son attitude découragée et l\u2019horreur qu\u2019elle gardait du souvenir de cette fatale apjrès-midi grise de novembre, montraient clairement que c\u2019était bien elle qui avait essayé de sauver l\u2019h cm me tombé sous les coups de sœ lâches assassins, î\">rès s\u2019être 'laissé prendre au piège mortel qu\u2019une femme lui avait tendu.Quand elle se fut un peu calmée, elle s\u2019arrêta devant moi, toute haletante encore.Sa b'ianche poitrine, dont on voyait la naissance, se soulevait tumultueusement, ses mains tremblaient, et elle me demanda : \u2014 Enfin, qu\u2019est-ce qu\u2019ils ont découvert en faisant leur enquête?Qu\u2019est-ce que sait la police au juste?Je lui racontai tout ce qui s\u2019était passé dans la «aile du premier étage du poste de police, comme je l\u2019ai fait dans un précédent chapitre.\u2014.Et alors ils sont part s en campagne pour me chercher, je suppose?Ces malheureuses lettres, naturellement, les auront miss sur ma piste.Ah ! quelle folle j\u2019ai été de ne pas les détruire! \u2014 Cela aurait mieux valu, je suis de votre avis répondis-je.\u2014 Pourtant, il est bien permis à une pauvre femme de garder préoieusement de si doux souvenirs ! fit-elle machinalement.Vous autres hommes vous jetez votre amour au rebut! sans plus de rembrds qu\u2019un enfant fait d\u2019un vieux jouet qui ne lui plait plus, mais une femme qui.une fois dans sa vie, a aimé sincèrement, ne peut jamais complètement oublier, n\u2019importe quels changements soient survenus dans sa position sociale, et n\u2019importe le nombre des années écoulées.Puis elle ajouta avec un soupir : \u2014 Ah! monsieur llewerdine, vous n\u2019ê-tes pas femme et vous ne pourrez jamais comprendre ce que souffre une femme quand elle aime et qu\u2019il lqi est interdit d\u2019aimer.Faisait-elle allusion à cette différence de classes qui mettait une barrière infranchissable entre elle et,son amant?Je me rappelai l\u2019amertume tragique de ces lettres où son amant, le coeur déchiré, acceptait l\u2019inévitable, après avoir appris qui elle était réellement.L\u2019aventure contée par ces lignes écrites, la mort dans l\u2019âme, était cruelle, et ces apparences gaies et brillantes de femme mondaine, à qui tout sourit dans la vie ne servaient qu\u2019à mieux cacher un coeur brisé.Ses yeux pleins de larmes m\u2019en faisaient le triste aveu.Elle essaya de parler, mais sa gnrge se serra sous l\u2019action d\u2019una émotion si intense que pas un mot n\u2019en put sortir.Quelle fût d\u2019origine patricienne, la descendante de quelque noble et vieille maison, cela je n\u2019en pouvais douter.Autrement le ministre ne se serait assurément pas donné la peine d\u2019exiger le secret de tous ceux qui avaient pris une part quelconque à 'la découverte de cette LE SAMEDI étrange affaire de Bloomsbury.\u2014 Quand je vcms ai vue à la fenêtre, dis-je vous étiez en toilette de soirée, et pourtant c\u2019était l\u2019après-midi.Pourquoi étiez-vous habillée ainsi?demandai-je, plutôt pour dire quelque chose que pour tout autre motif.\u2014 Oui, je me rappelle répondit-elle lentement.Cela a dû vous paraître étrange.Pour moi, c'était gênant, car j\u2019ai dû changer de costume en quelques secondes pour vous échapper.\u2014 C\u2019est vrai, et même la façon dont vous avez quitté la maison nous a tous mystifiés, déclarai-je.Votre disparition subite tenait du miracle.Elle sounit très tristement,, mais sans m\u2019expliquer davantage comment elle é-tait sortie de cette maison silencieuse.\u2014 Et l\u2019homme qui vous a donné l\u2019éveil, ajoutai-je, le petit vieux qu\" se tenait sur le trottoir en face, de l\u2019autre côté de la rue, et vous faisait signe de la main, qui était-il?\u2014 Un bon ami, un envers qui j\u2019ai contracté une grosse dette de reconnaissance.A ce moment-là il m\u2019a averti du danger et empêché de tomber entre les mains de la police.Sans lui j\u2019aurais pu être arrêté car j\u2019avais lu sur votre figure vos intentions avec la conviction que j\u2019étais coupable.\u2014 Pardonnez-moi, mais je regardais, et je regarde encore votre présence dans cette maison comme un fait très suspect, répondis-je hardiment.Je parlais à coeur ouvert et je vis qu\u2019elle me savait gré de ma franchise.\u2014¦ Je le reconnais, avoaia-t-elile.C\u2019était suspect.Ah! que n\u2019aurais-je pas donné pour être avertie de ce qui devait se passer?Un mot de moi aurait empêché cette horrible tragédie; un mot de moi aurait fait avorter ce traquenard infernal.Et vous affirmez qu\u2019il avait bien sur lui ces 'lettres de moi, ces lettres qui disent toute la vérité! Cela me semble, impossible.Non, je ne peux pas y croire.Je me croyais pourtant, ajouta-t-elle, je me croyais bien à l\u2019abri de tout scandale; mais ce que vous me dites me montre quel sérieux danger je cours maintenant.Et cependant, vous prétendez que vous voulez êttre mon ami ?\u2014 Du moins, j\u2019ai le plus sincère désir de vous aider de toutes mes forces et par tous les moyens en mon pouvoir, je vous le jure, dis-je avec l\u2019ardeur juvénile de la conviction non feinte que je puisais dans mon coeur, car je voyais bien maintenant qu\u2019ei\u2019jle était sous le poids d\u2019une affliction écrasante et imméritée malgré toutes les apparences contre elle et les exigences de sa haute position dans le monde qui la forçaient à voyager incognito.L\u2019amour ne connaît pas nos distinctions de classe, il met tous les hommes sur le même rang.Toute femme éprouve au moins une fois dans sa vie, une grande passion pour un homme, et que la destinée l\u2019ait fait naître cuisinière ou comtesse, demoiselle de magasin ou duchesse, son coeur n\u2019en bat pas avec mioins de tendresse ni d\u2019ardeur.Cette fomme, dont mes yeux ne pouvaient se lasse'r d\u2019admirer l\u2019éclatante beauté, cette femme, plus belle encore dans ses alternatives tragiques de tdrreur et d\u2019angoisse, avec son visage convulsé au souvenir de l\u2019heure maudite tremblant d\u2019épouvante à l\u2019idée que ces lettres ne vinssent causer un scandale en livrant son secret! à la publicité, cette femme, à laquelle un homme avait avoué une adoration passionnée, et par laquelle un autre homme était mort, se tenait devant moi immobile, ses deux mains blanches jointes et crispées, sa tête affaissée sur sa poitrine.Elle avait l\u2019air de désirer ardemment se confesser à moi et en même temps, elle hésitait parce que j\u2019étais un étranger et un inconnu.Elucider le mystère, ce serait chasser à tout jamais le nu,age épais qui avait si soudainement obscurci ma vie, ca.r cette voix surnaturelle et inexplicable de Twi-noham ne m\u2019avait-elle pas promis le succès si je prenais seulement sur moi d\u2019avoir assez de patience?Mais l\u2019avertissement que cette même voix m\u2019avait donné?Ne m\u2019avüt-e.He pas recommandé, en effet, de me défier de la femme aux cheveux bruns?Or, la femme que j\u2019avais devant moi avait justement les cheveux bruns?La voix mystérieuse de l\u2019inconnu avait-elle donc fait allusion à elle?Et pourtant, plus j\u2019y réfléchissais de sang-froid, pl\u2019tus j\u2019en venais à douter de moi-même et à me demander si cette voix extraordinaire n\u2019était pas après tout une pure chimère de mon imagination.Je m\u2019absorbais dans la contemplation de cette figure d\u2019un ovale si doux et si parfait et je me laissais, malgré moi, gagner à une rêverie dont il me semblait que je ne pourrais jamais m\u2019arracher.Tout à coup, comme elle était toujours là.devant moi, les yeiix attachés sur le feu, un autre souvenir me revint à ilia mémoire et je lui dis lentement et distinctement: \u2014 On a fait une seconde découverte dans cette maison.Savez-vous ce qu\u2019on y a- encore trouvé de caché?\u2014 Non.Quoi?demanda-t-elle piquée au v.'f par la curiosité.Je lui expliquai en quelques mots la lugubre pièce à conviction d\u2019un second crime.\u2014 Horrible! répondit-elle d\u2019une vo'ix haletante.Mais cette tête coupée, l\u2019avez-vous vue vous-même?\u2014 Oui, répliquail-je.Mieux que cela ; j\u2019en ai sur moi une photographie prise par la police dans le but d\u2019essayer d\u2019établir li\u2019identité do la mdrte.Et je tirai de ma poche une enveloppe contenant la photographie collée sur un carton que Courland m\u2019avait donnée.Mais à peine les regards de miss Tes-loff furent-ils tombés dessus qu\u2019elle me l\u2019arraclm des mains: \u2014 Mon Dieu! s\u2019écria-t-elle en lia dévorant des yeux avec une expression de terreur, c\u2019est elle!.C\u2019est Hélène!.Quel crime épouvante!.Elle aussi, ils l\u2019ont donc tuée !.Et instinctivement elle porta la main à so'n coeur, comme pour en comprimer les battements et T\u2019empêcher de se rompre dans sa poitrine.\u2014 Monsieur Ilewerdine, reprit-elle a- l \u2022\u201d \"T\u201d\t19 près un silence pendant lequel elle essaya de Toprend.ro pflsjessiqn d\u2019eUe-mê-me, dites-moi exactement dans quelles circonstances on a fait cette découverte, car c\u2019est là pour moi un nouveau coup dont je n\u2019avais pas la moindre idée et auquel j\u2019étais bien loin de m\u2019attendre.Je lui racontai alors en détail de quelle façon on avait fait cette lugubre trouvaille, tandis qu\u2019elle tenait toujours à la main la photographie sur laquelle elle jetait un coup d\u2019oeil souvent, comme si les yeux clos et les traitfc tirés et sans expression de cette face cadavérique eussent excorcé sur elle une étrange fascination.Ils l\u2019ont fait tomber dans un guet-apens où ils l\u2019ont tuée, dit mon interlocutrice.Elle a été victime, tout comme lui, d\u2019un meurtre lâche et cruel! La police soupçonne-t-elle son identité?Dites-le-moi franchement, parce que c\u2019est pour mol de la plus haute importance.Non.répliquai-je; autant que je puis savoir, la police n\u2019est toujours pas fixée sur ce point.Mais ajoutai-je, puisque vous la reconnaissez, vous cette femme, qui est-elle ?.Hélène qui?Elle hésita, jeta encore un regard sur la lugubre photographie et répondit vaguement : \u2014 Hélène.rien de plus.\u2014 Alors vous refusez de ne me dire son autre nom?remarquai-je déconcerté et avec un dépit» que je ne me donnai pas la peine de cacher.-,\u2014 Je 11e vois pas à quoi cela pourrait bien servir de vous le faire connaître, répondit-elle machinalement, iris l\u2019ont tuée et pour quelque raison qui m\u2019échappe jusqu\u2019à présent, ils ont cru devoir conserver la pièce à conviction de leur crime.Dans quel but, c\u2019est ce que je ne peux pas arriver à comprendre à moins que la Providence n\u2019ait permis cela pour les faire retouver et' condamner un jour.-\tAlors il y a plus d\u2019un assassin et vous les connaissez bien?remarqua -je vivement.Vous pourriez les dénoncer à la police si vous le vouliez?\u2014 Et risquer ma vie à ce jeu-là, n\u2019est-ce pas?Non, non reprit-elle sur un ton décidé, vous n\u2019auriez pas le coeur d\u2019exiger cela de moi?\u2014 Mais enfin il serait bien juste que les assassins soient punis! m\u2019écrirai-je cato je brûla is d\u2019apprendre la vérité sur cette affreuse tragédie, et quel rôle avait pu y jouer le petit vieux qui offrait une resemblance si extraordinaire avec M.Thomas Norreys.-\tAh! je suis tout à fait de votre avis, dit-elle d\u2019un ton plus calme.11 y a eu line lâche machination par suito de la-queêle un homme et une femme ont perdu la vie Pourtant, après tout, il n\u2019y a rien , là de vraiment si extraordinaire, ajouta-t-elle comme en se parlant à elle-iueme.Us sont implacables dans leurs vengeances.- Vous avez donc bien peur d\u2019eux?demandai-je.\u2014 Non, déclara-t-elle franchement, pas d\u2019eux mais du scandale.Voyons, en-encore une fois, ces lettres qui Sont encore une fois, ces lettres qui sont entre les mains de la police, ne puis-je les ravoir au prix de n\u2019importe quel moyen?35 20\tVi > % \u2014 Hélas! j\u2019ai de fortes raisons d\u2019en douter, répondis-je.Mais je ne vois pas pourquoi' vous craignez tant qu\u2019elles ne soient livrées à la publicité, car sûrement la police 11e les fera jamais connaître.\u2014 Ah monsieur llewcrdine, cria-t-elle en se tordant les mains de désespoir, vous ne comprenez rien à la position où je me trouve.Je ne puis risquer de laisser découvrir au grand jour que j\u2019ài trempé, même innocemment dans cette affaire.Quant à dénoncer les coupables, je ne le puis pas non plus.J\u2019ai les mains liées.Je suis désarmée.,\u2014 Mais pourquoi ne pas me confesser la vérité en vous en remettant à ma discrétion qui 11e vous trahirait pas.je vous le jure, et me laisser vous prêter mon appui ?Les deux officiers de police qui ont.pris l\u2019affaire en main et se sont chargés de l\u2019instruction, sont mes amis.Nous pourrions très probablement arranger les choses ensemble.\u2014 Peut-être répondit-elle avec un soupir.Mais, même alors, votre aide, avec les meilleures intentions du monde ne pourrait me servir à rien.\u2014 Dans ce cas, mes regrets n\u2019en sont que plus vifs, miss Tesloff, répliquai-je.Je sais que vous êtes dans la peine la plus profonde, que certains détails de cette affaire vous sont cruellement douloureux, et je n\u2019avais d\u2019autre but que de vous rendre service.Pt d\u2019apprendre le secret en même temps ?ajouta-t-elle.\u2014 Oui, j\u2019en conviens.Je voudrais savoir qui était le petit vieux qui vous a donné l\u2019éveil.\u2014 Pourquoi?\u2014 Parce que une heure plus tard ou à peu près, il est mort, d\u2019une mort qui n\u2019était; pas naturelle.\u2014 Quoi! s\u2019écria-t-elle.Allez-vous di!ro maintenant qu\u2019ils l\u2019ont tué, lui aussi?\u2014 11 est mort, répétai-je et enterré On l\u2019a trouvé agonisant dans Oxford street, et.l\u2019autopsie a démontré que sa moift était due à un empoisonnement par l\u2019antimoine.Alors ils l\u2019ont tué pour faire mourir leur secret avec lui, cria-t-elle d\u2019une voix rauque.Oh! c\u2019est par trop affreux Je n\u2019attirais jamais cru qu\u2019ils auraient 1 audace de mettre ainsi toutes leurs menaces à exécution.Que leur ruse fût é-gale à celle du diable en personne, cela je le savais, car j\u2019avnih fait pour ma part l\u2019expérience de leur fausseté et de leur bassesse, mais que pour assurer leur impunité I\u2019* dussent, en venir à tuer secrètement le seul homme qui connût la vérité, non, cela je ne l\u2019aurais jamais cru.J\u2019avais toujours pensé qu\u2019ils étaient trop ses amis pour cela.Dites-moi où et comment on l\u2019a trouvé si malade?Je lui racontai tout ce qu\u2019elle voulait savoir et elle écouta mon récit, jusqu\u2019au bout avec anxiété.Lorsque j\u2019eus terminé, elle dit : \u2014 Alors l\u2019affaire reste toujours aussi mystérieuse pour la police?\u2014 Absolument.\u2014 Les recherches des détectives n\u2019ont amené aucun résultat?Aucun, sauf que vous vous trouvez LE SAMEDI mêlée à cette affaire comme le prouvent les lettres qu\u2019on a trouvées sur le mort.Et'le se mordit les lèvres.La crainte de voir ses lettres livrées au grand jour de la publicité semblait être sa seule préoccupation.\u2014 Oui, répondit-elle.Ces lettres, ç\u2019a été une folie, une grande folie de ma part de ne pas les détruire.Mais toute autre femme en eût fait autant à ma place et c\u2019est la source de tous nos mailleurs de nous laisser dominer par nas sentiments.Elle leva sur moi sas beaux yeux et me dévisagea anxieusement.\u2014 Mais repris-je en faisant une nouvelle tentative pour la convaincre, si vous hésitez à me confier la vérité sur cette affaire, miss Tesloff du moins voudrez-vous bien satisfaire ma curiosité en me disant le nom du petit vieux qui faisait le guet dans la rue?\u2014 Ah! Je vous le dirais très volontiers si je le savais, mais je l\u2019ignore absolument.\u2014 Comment?Mais vous venez de me dire que c\u2019était un ami! m\u2019écriai-je, ramené à tous mes doutes par ce que cette réponse avait d\u2019étrangement évasif.\u2014 Sans doute, c\u2019était un ami, et je le répète.Mais il n\u2019en ast, pas moins vrai que je le connaissais que comme l\u2019associé des autres et que je n\u2019ai jamais su son vrai nom.Ils l\u2019appelaient MAVilliams, je ne peux pas en dire davantage.Vous êtes bien sûre que son nom 11\u2019étlait pas Norrcys et qu\u2019il n\u2019habitait pas à Twineham, dans lie Norfolk?demandai-je gravement en la regardant dans les yeux.Elle tressaillit malgré elle quand je prononçai le nom de mon secrétaire, mais elle se ressaisit et m\u2019affirma avec un calme sourire n\u2019avoir jamais entendu ce nom-là auparavant.XVIII CE QUI ARRIVA AU TROCADERO.Il était, près de minuit quand je quittai le joli salon blanc et or de cette charmante femme qui abritait son incognito sous un nom aux consonnances étrangères.Je me séparai1 d\u2019elle avec cette impression fortement gravée dans mon esprit que c\u2019était bien là la femme la plus intelligente et, contre toutes les apparences, la plus franche et la plus sincère de toutes celle que j\u2019avais rencontrées jusque-là.Mon expérience des femmes des hautes classes était certainement très restreinte pour 11e pas dire moins, mais je suis bien sûr que les femmes des classes moyennes, en tant qu\u2019il s\u2019agit, de ruse et de diplomatie, n\u2019ont rien à envier à leurs soeurs plus fortunées, et qu\u2019elles Qur sont certainement supérieures au point de vue île l,a stricte moralité.Mais ceci n\u2019est qu\u2019un simple récit qui doit se borner à raconter les faits, sans avoir la prétention d\u2019entrer dans des considérations philosophiques sur les défauts de ce qu\u2019on est convenu d\u2019appeler \u201cle 30 monde chic\u201d.Natiea était une gpan-; de dame de naissance et d\u2019éducation.Cela se sentait et j\u2019en étais convaincu pour ma part.Maintenant, quel rôle avait-elle joué dans l\u2019assassinat de ce jeune homme à Londres, voilà ce que je ne pouvais arriver à comprendre.Qu\u2019elle m\u2019eût menti de parti pris en m\u2019affirmant son ignorance complète du nom de Norrcys, cela j\u2019en avais la certitude, et pourtant, à ,\u2019a réflexion, je sentais bien qu\u2019il était absurde et impossible que l\u2019homme mort mans la cellule?^ du poste de police fût Norrcys lui-même.Pour moi la chose ne faisait pas de doute, il y avait là deux hommes distincts, choisis à cause de leur extrême ressemblance l\u2019un avec l\u2019autre.L\u2019un était mort, l'autre vivait toujours.Norrcys faisait en cachette de fréquents voyages à Londres.Pourquoi?Si c\u2019eût été dans un but honnête il ne se serait certainement; pas entouré de tant de mystère.Je montai à ma chambre et restai longtemps assis à réfléchir, la tête dans mes deux mains, avant de me décider à aller me coucher.Mitchell, la femme de chambre avait) sans doute été très intriguée par ma visite car à onze heures elle était venue frapper à la porte du salon un coup timide et discret, pour demander si sa maîtresse n\u2019avait pas d\u2019autres ordres à lui donner mais elle en avait été pour ses peines et, congédiée aussitôt.Je me demandais s\u2019il ne me serait pas possible d\u2019obtenir d\u2019elle qu\u2019elle voulût bien me dire qui était réellement sa mai-tresse.N\u2019était-elle pas cette femme aux cheveux bruns contre laquelle la mystérieuse voix m\u2019avait mis en garde d\u2019une façon si étrange.Plus je réfléchissais sur cette affaire extraordinaire, avec ses différentes phases de tragédie et de mystère, plus l'énigme s\u2019embrouillait et me semblait devenir indéchiffrable.Il n\u2019y avait qu\u2019un point sur lequel je fusse fixé, c\u2019est que miss Tesloff m\u2019avait menti,et cela m\u2019avait souverainement déplu.Maintenant je la tenais fortement en suspicion, plus à cause de son refus d\u2019admettre qu\u2019elle connaissait No ire.y s qu\u2019à cause de toutes les autres charges accablantes dressées contre elle, et .je résolus, pour cette unique raison, de prendre sur moi d\u2019avoir de la patience et l\u2019épier tous ses mouvements.Si elle était vraiment complètement innocente du crime, pourquoi alors ce petit vieux aux habits râpés qui faisait' sentinelle dans la rue, s\u2019était-il escrimé derrière mon dos à lui donner l\u2019éveil par des gestes si énergiques et si significatifs?Il y a un vieux provmrbe bien connu à Scotland Yard, qui dit que dlà où il y a un crime il y a aussi un témoin.N\u2019était-ce pas la Providence elle-même qui avait envoyé cette averse pour me forcer à me réfugier sous cett\u2019e porte d\u2019entrée aux airs bien tranquilles, la Providence qnil avait décidé de me faire découvrir ce crime?J\u2019avais mis toute mon énergie à pousser seul ma petite enquête, je sentais qu\u2019il y allait de la paix do iba vie et je n\u2019enten- 1 LE SAMEDI O 1 A i dais pas être tenu en échec, même par une femme dont la haute position sociai'e faisait une loi au ministre de cacher la vérité au public et \u2019e la mettre ainsi à l\u2019abri de tout soupçon.Le lendemain matin, je m\u2019attardai à flâner à droite et à gauche dans l\u2019hôtel avec l\u2019espoir de la rencontrer, mais elle ne parut pas.Ce fut mon ami le vieux général en retraite que .je trouvai, plus prêt que jamais à m\u2019entreprendre sur un de ses fameux thèmes favoris qui traînaient par trop en longeur, mais je réussis à lui échapper, et, après le déjeuner, je montai au premier et j\u2019allai frapper discrètement à la porte de miss Tesloff.Mitchell vint m\u2019ouvrir presque aussitôt, mais en réponse à ma question, elle me dit : \u2014 Ma maîtresse a quitté Rome ce matin de très bonne heure.\u2014\u2022 Partie! m\u2019écriai-je.Où est-elle allée?\u2014 A Lonl'res je crois monsieur.Elle a dit seulement qu\u2019elle serait de retour dans une dizaine de jours et m\u2019a recommandé de rester ici à attendre ses ordres.\u2014 Alors, elle a dû partir par le train de luxe pour Calais, à huit heures du matin, je suppose?\u2014 Oui, monsieur.\u2014 Et) la dame, cette clame entre deux âges, qui l\u2019accompagnait à la promenade vous savez bien?Elle est partie avec elle.J\u2019hésitai un instant, puis je lui dis à demi-voix, cotaime quelqu\u2019un qui a une confidence à faire : \u2014 Mitchell, je voudrais vous parler en particulier.En même temps, ma main cherchait une pièce d\u2019or d\u2019un souverain dans la poche de mon gilet.\u2014 Le fait est que je suis très curieux d\u2019apprendre le véritable nom de votre mai très se.Eigurez-vous que j\u2019ai' fait un pari que je trouverais moyen de le savoir.Un pari de dix livres, ajoutai-je en riant.\u2014 Très bien, monsieur, répondit-elle, ma h ce ne sera toujours pas de moi que vous l\u2019apprendre^.Le nom de ma mai-tresse ne regarde personne autre qu\u2019elpe.\u2014 Vous êtes un modèle de discrétion.Mais, dites-nîoi.depuis combien de temps êtes-vous à son service?me rilsquai-jc à demander, pour cacher mon désappointement.\u2014- Depuis dix ans, monsieur.\u2014 Et vous refusez de me dire qui elle est réellement?repris-je en tenant tou-joui\u2019s la pièce d\u2019or entre mes doigts.\u2014 Je refuse, répondit-elle sur un ton qui n\u2019admettait pas de réplique.Elle a toujours été trop bonne maitresse pour moi pour que je la trahisse.\u2014 La trahir! oh! le vilain mot! Vous exagérez, on ne saurai! trahir que ceux qui ont quelque chose de mal à se reprocher.Or, quel mal a-t-elle fait, je vous le demande?\u2014 Aucun, que je sache, répondit la fille en riant.Mais j\u2019eus beau essayer de tous les moyens pour lut arracher le nom véritable de Natica Tesloff, elle se refusa, obstinément à me dire et à, accepter le souverain que je lui tendais.Ainsi la femme qui avait causé avec moi-d\u2019une façon si affable, la femme qui n\u2019avait pu me cacher scs angoisses au seul souvenir de cette terrible affaire de Montagne street, avail brusquement! quitté Rome et filé entre mes doigts.C\u2019était une fuite, à \u201d \u2019en pas douter.Le portier me confirma les dires de Mitchell.Elle s\u2019était fait conduire à la gare en compagnie de cette dame âgée que j\u2019avais déjà vue avec elle, et Pietro le cocher de l\u2019omnibus de l\u2019hôtel, leur avait retenu deux places pour le train de luxe, le train qui fait le service direct pour Paris doux fois par semaine.Elle était retournée précipitamment à Londres.Mais pourquoi?Je me résolus immédiatement à en trouver la raison.Il n\u2019.v .avait pas de temps à perdre: aussi le soir même, à onze heures, sans attendre un jour de plus montais-je dans un wagon-lit du traiu- malle à destination de Paris, où sur mon étoile petite couchette, je ne tardai pas à m\u2019endormir au bercement et au ronflement du.train lancé à toute vapeur à travers les marais pestilentiels de.Maremna, an nord de Pise.Quatre jours après je foulais le.pavé de Shaftesbury avenue à l\u2019heure du déjeuner.et j\u2019entrai à tout, hasard >au restaurant du Troeadéro attiré et séduit par son installation luxouse et sa musique.Je m\u2019étais a.-,siis à une table dans la grande salle bondée de monde, j\u2019avais commandé une côtelette et je l\u2019attendais a-vcc patience, pendant que l\u2019orchestre é-ta.it en train de louer la dernière valse a la mode, lorsqu\u2019un homme tirés grand, d\u2019une puissante carrure, qui passait en a-yarat l\u2019air de chercher une place, se tourna tout à coup de mon côté, mit la niaitn sur une chaise vacante à ma table et me dit avec un accent étranger prononcé: \u2014 Voulez-vous me permettre?\u2014 Certainement, répondis-je, car aussitôt je me rappelai avoir vu cette figure caT,aetérisque.avec ses cheveux raides en brosse et sa barbe courte, il n\u2019y avait pas plus-de six jours au Grand Hôtel à Rome.C\u2019ééja't ce Russe aux manières distinguées que Xntioa Tesloff avait eu à diner, l\u2019homme que le vieux général m\u2019avait désigné sous le nom de Jakovsld.Il me lança un rapide regard de ses yeux gris, perçants comme ceux \u2019d\u2019un oiseau de proie, et sourit légèrement.\u2014 Ah! je vois avec plaisir, monsieur, que nous nous reconnaissons mutuellement fit-il d\u2019un air dégagé et mon enfant en dépliant sa.serviette et en l\u2019étendent sur scs genoux.Je remarquai qu\u2019il était très bien mis et qu\u2019il portait au petit doigt de sa main gauche une bague on or avec un magnifique saphir.Ses cheveux, taillés en brosses comme je l\u2019ai déjà dit, et la coupe de ses habits qui lui donnaient un ca-ehet d\u2019étranger tout à fait prononcé.\u2014 Nous nous sommes rencontrés à Rome il y a quelques jours, déclarai-je.\u2014 C\u2019est vrai, répondit l\u2019homme, qui, suivant mon ami le général, promenait sa vie errante à travers toutes les villes d'eaux à la.mode du continent et qui m\u2019avait tout l'air d\u2019être un parfait aven- -\t:$7 turner.Et j\u2019ajouterai que c'est un li\u2019ès heureux hasard qui a amené notre rencontre d\u2019aujourd\u2019hui.Je voudrais vous parler.\u2014.Dites plutôt que le hasard n\u2019a rien à voir avec notre rencontre et que vous m\u2019avez suivi jusqu\u2019ici, déclarai-je, fermement convaincu que l\u2019homme m\u2019avait filé jusqu\u2019à Londres dans quelque but bien arrêté.\u2014 Rencontrer accidentellement, quelqu\u2019un n\u2019est pas le suivre répondit-il doucement sur un ton de reproche plutôt bienveillant.Vous me permettrez de vous dire monsieur, que vous êtes un peu trop prompt à former des jugements téméraires.Je regardai l\u2019homme encore une fois et je me souvins qu\u2019il était l\u2019ami intime et.le confident de cette jolie femme que je ne connaissais que sons le nom do Tesloff.\u2014 Soit répliquai-je.Pourquoi voulez-vous me parler?Il se pencha sur la table vers moi comme pour me faite une confidence, et a-près avoir jeté autour de lui un regard inquisiteur pour s\u2019assurer que personne ne pouvait l\u2019entendre, il me dit à demi-voix : \u2014 Je suis venu vous trouver pour vous donner un bon conseil de sa part \u2014 à elle \u2014 vous savez bien de qui je veux pprler, n\u2019est-ce pas?\u2014 Miss Tesloff ?\u2014 Oui, c\u2019est elle-même qui m\u2019envoie pour vous prier instamment d\u2019abandonner dès maintenant toutes ces recherches vaines auxquelles vous vous livrez depuis quelque temps.Croyez-moi vous ne parviendrez jamais à* savoir la vérité et je vous avertis charitablement que si vous vous entêtez à persister, ce sera au péril de votre vie.\u2014 Au péril de ma vie! répétai-je en écho.Comment cela?\u2014 Rappelez-vous que vous êtes le seul témoin, poursuivit le Russe d\u2019un air plein de mystère, en fixant froidement sur moi scs yeux gris et perçants.Eh! bien, supposons que vous veniez à mourir, ce serait un grand.soulagement pour certaines personnes.Comprenez-vous, maintenant?\u2014.Je comprends, monsieur, m\u2019écriai-je avec la rougeur de la colère qui me montait aux joues, je comprends que vous me menaçcz de mort si je continue de faire tous mes efforts poulr livrer à la justice la ou les personnes coupables! Et je vous jure que c\u2019est un jeu dangereux que vous jouez là en essayant de me forcer à me taire par des menaces! \u2014 Pas la moitié aussi dangereux que votre propre position, fit-il en ricanant et en froissant ses gants sur la table.Pe'r-mettez-moi de vous dire, monsieur, sauf votre respect que vous parlez en insensé.Vous avez déjà la tête prise dans le noeud coulant et la main invisible de certaines personnes n\u2019attend plus que la moindre imprudence de votre part pour serrer la corde autour de votre cou, comme ça.et il fit avec ses mains le geste significatif de tirer une corde de toutes scs forces.\u2014 Ali! vraiment, ils m\u2019étrangleraient.comme ea?Et je ne pus m\u2019empêcher d\u2019e-d\u2019iatdr de rire nerveusement, car à ce mo- / 22 ment là j\u2019étais tout disposé à regarder les menaces du Russe connue une mauvaise plaisanterie.Eh! bien, qu\u2019ils essay ut! Tant pis pour celui qui tentera de porter la main sur moi, je vous en donne ma parole.Nous sommes en Angleterre ici, et non en Russie, ajoutai-je, pour bien lui faire voir que .je u\u2019ignoteais pas sa nationalité.\u2014 Ah! s\u2019écria-t-il au comble de l\u2019impatience, vous êtes insensé je le répète, compi\u2019etembnt insensé.Ne voyez-vous donc pas, aveugle que vous êtes, qu\u2019il y a des raisons, des raisonjs impérijo lises (pii exigent que cette dame soit protégée et non traquée comme une bêtie fauve, ainsi que vous vous obstinez à le faire?\u2014 Mais je ne la traque pas, interrompis-je vivement.Bien loin de là.J\u2019essaye seulement de découvrir la vérité.Voilà tout.\u2014 C\u2019est peine perdue.Vous n\u2019y arriverez jamais, déclara-t-il.Je le regardai encore une fois et, do ce moment je ne pus m\u2019empêcher de le haïr, \u2014 Pourquoi ?\u2014 Je vous l\u2019ai déjà dit, répondit-il.Vous êtes en danger de mort.- Pareeque qu\u2019elle a résolu qu\u2019il taillait que le secret fût gardé à tout prix, remarquai-je en souriant.\u2014 Sans toute.Dans son intérêt personnel il est absolument nécessaire que la vérité ne soit jamais découverte.Elle m\u2019a prié de vous dire qu\u2019elle compte sur votre générosité, sur vi s sentiments chevaleresques pour ne pas compromettre une pauvre femme sans défense.\u2014 Je lui ai déjà offert mes services, mais elle les a refusés, répondis-je, pii qtié au vif.Elle m\u2019a même nié ce que je sais pertinemment être la vérité.\u2014 Quelles que soient les négations qu\u2019elle ait pu vous opposer ça été dans votre propre intérêt, n\u2019en doutez pas, répondit-il plus doucement.Avouez d\u2019ailleurs que vous ne la connaissez pas assez pour pouvoir juger ses motifs.Restez tranquille enfin, je vous cm conjure, de sa pa'rt.Ne cherchez pas à déchirer le voiile qui cache la vérité, car vous ne pourriez que lui faire du mal à elle, et à vous en même temps.Par pitié pour elle, écoutez-inoi, monsieur, ajouta-t-il \u2019\u2019une voix suppliante, sans même toucher au plat qu\u2019on lui avait servi.\u2014 Mais cette affaire de Montagne street, déclarai-je, ne regarde fias qu\u2019elle; elle me touche aussi de très près.\u2014 Raison de plus.N\u2019est-il pas mille fois préférable pour vous de rester bien tranquille à jouir en | aix de votre héritage \u2014 vous voyez que je suis au courant de vos affaires \u2014 que de chercher à amene'r le malheur sur celle d'une pauvre innocente?\u2014 Innocente! m\u2019écriai-je.Qu\u2019elle le prouve donc! X\u2019est-ce pas elle qui a attiré ce malheureux jeune homme dans la maison où il a trouvé la mort sous les coups de lâches assassins?\t> Puis, au bout! d\u2019un silence de quelques secondes .\u2019'\u2019idée me vint de déconcerter mon adversaire par une attaque imprévue et j\u2019ajoutai : \u2014i Difes-moi, n'était-ce pas Norreys LE SAMEDI l\u2019homme qui faisait le guet dans la rue pour donner l\u2019éveil à la première alarme?Ma question produisit sur le mystérieux Russe l\u2019effeti d\u2019une décharge électrique.11 se troubla et changea de coulent- en voyant que je connaissais l\u2019identité d\u2019au moins un des assassins.Il avait cru quo j\u2019étais dans l\u2019ignorance la plus complète à cet égard et ce que je venais de lui dire le confondait évidemment.Sa figure pâle s\u2019illumina d\u2019un regard mauvais et sinistre de ses yeux gris comme s' ill eût voulu m\u2019en fou\u2019royer.mais tel était son empire sur lui-même qu\u2019il so ressaisit immédiatement et que ses traits, d\u2019une dureté étrange, se détendirent en un calme sourire, qui disait clairement qu\u2019il avait toute confiance en son pouvoir occulte pour me tenir en échec et m\u2019écraser au besoin.Mais le mauvais regard de cet homme ne m\u2019avait point échappé, malgré tout le soin qu\u2019il avait pris de le cacher, sinon de l\u2019atténuer sous lies dehors de sa politesse affectée.Je compris instinctivement que le confident de Natica Tesloff, ce Russe aux manières menaçantes enveloppés d\u2019une douceur hypocrite, m\u2019avait voué une haine mortelle et que .je ne tarderais pas à en ressent 'r les effets.XIX ROSEMARY Jakovski mangea deux ou trois bouchées et but un verre do vin pour sauver! les apparences, paya le garçon, et, après m\u2019a-oir salué avec sa politesse exaspérante.partit en se frayant un passage à travel's les salles encombrées de monde.Son hostilité à mon égard était manifeste, il ne s\u2019ét,ait même pas donné la peine de la cacher.Je m\u2019en étais bien aperçu tout de suite, et sur cette réflexion consolante, malgré tout, qu\u2019une inimitié déclaré0 vaut mieux qu\u2019une haine secrète, j\u2019achevai1 mon déjeuner, assez intrigué en même temps par la curiosité avec laquelle n\u2019observaient un monsieur d\u2019un certain âge et une jolie jeune fille blonde d\u2019un vingtaine d\u2019années, en train de manger en face de moi, à une table voisine, sans me quitter une minute des yeux.Tls avaient dû s\u2019asseoir là pendant que j\u2019étais trop absorbé dans ma conversation avec le Russe pour m\u2019apercevoir de leur présence.l'n peu gêné par cette insistance à me fixer je regardai à mon tour l\u2019élégante jeune fille dans les yeux, mais le rouge de l'a confusion lui monta aux joues et elle se cacha aussitôt la figure derrière la carte du menu qu\u2019elle fit semblant de lire.Ce pet.it manège n\u2019avait p,as laissé que de m\u2019étonner, mais, pour le moment, je me bornai à le trouver\tcurieux et voilà tout, car j\u2019avais bien d\u2019autres idées en tête pour prêter que,'que importance à des détails de ce genre.Qui étlait cette Hélène?La femme aux cheveux blonds?us Son nom avait échappé à la belle inconnue malgré elle, tant avait été grande sa stupéfaction et son horreur à la vue de la photographie que je lui avais mise à l\u2019improviste sous h-s yeux.Le nom qu\u2019-eiric avait prononcé était un nom anglais, pourtant la figure de la morte et.la façon dont ses cheveux étaient coiffés décelaient une origine étrangère.J\u2019avais acquis la preuve aussi, par l\u2019effet qu\u2019avait produit ma déclaration sur le Russe que Norreys devait avoir joué un rôle quelconque dans cette émouvante af-i'are.Mais quel rôle, voilà ce dont je n\u2019avais pas les moyens de m\u2019assurer.I,! était évident que Jakovski avait un but bien arrêté en me filant jusqu\u2019à Londres.Natica Tesloff craignant d\u2019être découverte, et elle l\u2019avait envoyé pour essayer de m\u2019empêcher de pousser plus loin mes recherches qui devenaient gênantes.Elle aussi se trouvait à Londres, cela ne faisait lias de doute.Peut-être même a-vait-elle voyagé dans le même train que moi à mon insu.Mais que pouvait donc ê-tre cet ho'mme pour ou\u2019elle en fût réduite à- le supplier et à l\u2019implorer comme je l\u2019avais vue faire un soir à Rome dans l\u2019un des salons de l\u2019Hôtel?Ce louche individu lui-même était un mystère vivant aussi sinistre et aussi obscur que les motifs qui le faisaient agir.Malgré tout, ses menaces et son vague a-vertïssement que j\u2019étais en danger de mort ne m\u2019avaient aucunement détourné de la tâche que j\u2019avais entreprise.Norreys, le secrétaire de mon vieil oncle, l\u2019ho'mme de confiance dont il se défiait par-dessus tout, était certainement un de ceux qui avaient machiné, sinon exécuté le icrime.Aussi mon instinct m\u2019avait-il donné la conviction dès le début que cette, affaire de Montagne street amènerait des suites menaçantes pour mon avenir.Je courais un grand danger, un danger de mort.Il était manifeste que j\u2019avails attiré sur m,a tête la haine de certaines personnes qui m\u2019étaient parfaitement inconnues; mais, d\u2019un autre côté, je connais assez mon Londres pour jamais m\u2019y laisser prendre à quelque chose de louche.On pouVrait bien me tendre les pièges et les guetta pens les plus habilement dissimulés, il faudrait des gens doublement malins pour me faire tomber dans leurs filets.D\u2019ailleurs, un homme averti en vaut deux.\u2014 Et pourtant ils avaient bien tué ce malheureux jeune homme en plein jour dans Bloomsbury.Norreys.ou celui qui lui ressemblait si étrangement, avait fait le guet dans la 'rue et donné l\u2019éveil aux habitants de cette maison de mystère.Et je n\u2019exagère pas en l\u2019appelant une maison de mystère, car la manière dont les assassins avalent' disparu était encore une énigme qui confondait Courtland et ses hommes Ils n'étaient 'certainement pas sortis par la rue et ils n\u2019avaient pas pu sortir non plus par les derrières de là maison puisqu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019issue.Mars ce qui m\u2019intéressait en ce moment plus que l\u2019identité des victimes c\u2019était le mystèï'e qui enveloppait cette femme dont on ne connaissait que le nom de Tesloff.Elle était unie par je ne sais quels i 4 LE SAMEDI 23 liens inavouables à ce Russe maudit, Peut-être même était-eîle sa complice.Je me rappelai ce que le vieux général au cours de ses bavardages sans fin m\u2019avait raconté de ce jeune homme mince et élégant aux allures suspectes qui rendait secrètement de fréquentes v sites à la belle inconnue et) avait toujours soin de rester dans l\u2019ombre à l\u2019arrière plan.Dans l\u2019existence de cet individu je flairais a ne m\u2019y pas tromper quelque chose de louche.Le fait même qu\u2019on ne le voyait jannaiis en public avec la femme qu\u2019il semblait poursuivre en secret de ses assiduités et dont lies admirateurs le craignaient comme un homme jaloux et vindicatif, montrait qu\u2019il devait jouer auprès d\u2019elle un t ut autre rôle que celui d\u2019amoureux et que leur amitié devait servir de paravent à quelque machination cachée.\t.\t, Cet après-midi-là j\u2019allai voir Page, mais je me gardai bien de lui dire que j\u2019avais trouvé Miss Tesloff.De son côté il me déclara qu\u2019il ne savait rien de nouveau.Le science s\u2019était fait autour du mystère de Montagne street qui' restait plus que jamais insondable.Cet après-midi-là également j\u2019entrai en passant chez un brocanteur de Euston road et j\u2019achetai un bon revolver d\u2019occasion, car si ma vie devait être menacée, comme cela send lait être le cas, c\u2019était bien le moins que je ne sortisse jamais sans être armé.Je n\u2019avais jamais tiré un coup; de feu de ma vie, mais l\u2019idée que je portails une arme sur moi me donnait 'un semblant de sécurité.Je pris le 1lrnin de liu\u2019.'t heure-' du soir à la gare de Liverpool street et à minuit je me retrouvai assis dans la grande vieille bibliothèque de Twineham Hall.Je n\u2019éta'is pas arrivé à eo moment de la journée ou la ilettire posthume de mon oncle me prescrivait de passer une heure dans le boudoir bleu, mais en parcourant ees grandes salles, dont les hautes voûtes me renvoyaient 1 echo de mes pas je ne pus in\u2019empêcher de frissonner au souvenir impressionnant de cette voix é-tvange et inexplicable.Je me rappelai la moindre des paroles qu\u2019elle m\u2019avait dites avec son accent lugubre et surnaturel d\u2019outre-tombe.Nafcica Tesloff était-elle la femme aux cheveux bruns que je devais fuir?C\u2019était là la question qui m\u2019inquiétait le plus.Le vieux Burton, mon fidèle serviteur, s\u2019empressait à répondre à mes moindres désirs, allant et venant discrètement à mes côtés, sur l\u2019épais tapis qui étouffait le bruit de ses pas, et s\u2019informant de l\u2019état cle ma santé avec l\u2019espoir qu\u2019elle avait été bonne.\u2014 Il est venu plusieurs visites, monsieur, dit-il.Des gens qui désirent faire votre connaissance, Et il me présenta plusieurs cartes de visite, sur un plateau cle vieil argent, en ajoutant! \u2014 Ce sont tous des amis du colonel, monsieur, de la bonne noblesse du comté.Je jetai un coup d\u2019oeil 3ur les cartes, fl y avait ceMos de l\u2019évêque et de sa fem.me, celles d\u2019un comte de l\u2019endroit et de la comtesse celles d\u2019un ou deux curés et de quelques personnes aux noms lires aristocratiques, et enfin, toutes les cartes qu\u2019on dépense en pareille circonstance.J\u2019avais bien une vague idée que je devais rendre les visites de tons ces gens, mais je dois avouer que je eonnaissaiis mieux la qualité et les marques de fabrique des étoffes que les usages du beau monde.La seule société que j\u2019avais fréquentée jusque-là état celle de mes confrères., les commis de nouveautés, tous jeunes gens qui n\u2019ont pas l\u2019habitude des belles manières et ne se rendent guère de visites \u2014 quand ils s\u2019eu rendent \u2014, que le dimanche.En réponse à ma question, Burton me d t : \u2014M.Xorroys a été à Londres, je crois, monsieur: il n\u2019en est revenu que la nuit dernière.11 m\u2019avait raconté ((lie vous é-tiez parti à l\u2019étranger.Je fus d\u2019autant plus surpris del cos paroles q'ue personne, à part m'oi, ne eonnaissait ma courte escapade sur le continent.C\u2019était donc que mon secrétaire devait posséder une source secrète d\u2019information, ce qui ajoutait encore au mystère dont il était enveloppé.Je ne pus m\u2019empêcher de penser à ec que mon oncle m\u2019avait écrit de lui a-vant sa mort.11 fallait se défier de M.Norreys.Le lendemain matin, il vint me trouver après le petit déjeuner, avec force salutations plus obséquieuses que jamais, et se mit à passer en revue nombre de sujets qui avaient trait à mes propriétés et aux exécuteurs testamentaires d n colonel.Qu\u2019il fût un personnage minutieux et méthodique.doublé d\u2019un avare, cela ne faisait, pas le moindre doute; mais ses yeux caves, faux et fuyants vous donnaient immédiatement l'impression qüfotn avait affaire à un être singulièrement sournois et hypocrite, et je m\u2019étonnais de plus en plus que mon oncle qui était si bien fixé sur son caractère lui eût néanmoins gardé pendant si longtemps toute sa confiance.Cet après-midi-là, pendant que je m\u2019étais installé I ien à mon aise dans un coin de la bibliothèque à lire le journal, Burton m\u2019apporta deux cartes de visite en disant : \u2014 Ce monsieur et cette dame sont dans le grand saiton, Monsieur.J\u2019ai cru devoir les faire entrer.Si je ne me trompe vous m\u2019avez dit de récontrer rdst,a cm wfsrdl c vi us m\u2019avez dit de répondre aux visiteurs que vous receviez?\u2014 Et vous avez très bien fait, Burton, répliquai-je.Je jetai alors un coup d\u2019oeil sur les deux ea'rtes et je lus ces noms: Sir Edmund Earle.\u2014 Earlstone.Miss Rosemary Earle.\u2014\u2022 Les connaissez-vous?demandai-je, \u2014 Oh ! oui, Monsieur, Sir Edmund habite Earlstone Hall à environ sept milles d'ici, et Miss Rosemary sa fillo est une belle jeune fille très bonne pour les pauvres.Elle apprend aux petites filles de ?'école de 'TVineham ù faire dos travaux d\u2019aiguille tous les mercredis après-midi.\u2014 Etaient-ee des amis de mon on allé?\u2014 Dame! on ne peut pas dire qu\u2019ils se 39 voyaient beaucoup.Le colonel sortait si peu, vous savez.Ce n\u2019était pas qu ils ne l\u2019eussent invité bien des fuis mais il avait presque toujours refusé.Pourtant Sir Edmund était forcément en relations avec votre oncle puisqu'il était vice-président des mêmes comités et des mêmes cou'rs de justice que lui.Malgré tout, oui, on peut dire que c\u2019étaient de bons amis.\u2014 Et Miss Rosemary?Comment est-elle?Jeune ou vieille?Elle est née l'année même de mon mariage, Monsieur.Elle a doue ses vingt et un ans sonnés depuis la X'oèl dernière.Satisfait de ees renseignements je m\u2019en allai par le long corridor qui mène au grand salon, une pièce antique avec ses meubles d\u2019un autre âge, son Chippendale authentique et ses vieilles porcelaines de Delft, où m'attendaient le baronet et sa fille.l.o baronet appartenait à ee type mince et élancé de vieux gent ilhomines campagnards grisonnants, dont lies vêtements flottants semblent beaucoup trop larges pour leur corps émacié.Sa figure était longue et ses traits fortement accusés, sa voix un peu faible avait quelque chose de nasillard.Mais sa fille, la jeune personne qui 'répondait au nom naïf, évocateur d'une époque disparue, de Rose-Mary.possédait bien la plus jolie, la plus fraîche et la plus adorable figure que j\u2019aie jamais vue.Mon enthousiasme vous fera sourire sans doute, car vous vous direz que jusque-là je n\u2019avais guère été à même de voir beaucoup de jolies femmes de la liante société.l\u2019eu conviens, mais je vous répondrai (pi'il est un fait certain que chacun de nous est frappé d'une sorte d\u2019intuition secrète qui lui l\u2019ait reconnaître tout de suite celée dont le coeur doit battre à l\u2019unisson avec le sien.Que ce soit une femme ou que te soit un homme nous sentons toujours immédiatement, quand nous voyons une personne pour la première foi si nous lui sommes sympathique.Cet instinct d'attraction et de répulsion qui veille toujours au dedans de nous est comme l'instinct des aninnnix; on ne saurait l'expliquer qu\u2019en disant qu\u2019il est un don de ta nature, mais tout ce qu\u2019il y a de sûr c\u2019est qu\u2019il ne saurait nous tromper.\tl Se; yeux étaient brun foncé, d\u2019une eau profonde et limpide, ses traits d\u2019une symétrie parfaite ses joues arrondies a-vee des fossettes malicieuses.Ses dents, qu\u2019elle découvrit en me souriant gracieusement quand je lui (iris la main et que je la saluai, avaient la blancheur des perles.Avec une expression de timidité charmante, elle baissa les yeux sur le tapis, et je me tournai vers le baronet en lui adressant mes remerciements les plus sincères pour la peine qu\u2019il avait prise et le grand honneur qu\u2019il me faisait do venir me rendre visite afin de lier connaissance,\t« | (À Suivre.) LE SAMEDI L\u2019effet des PILULES ROUGES A été merveilleux pour moi, dit Mlle Claire Cyr.La maladie m\u2019avait anéantie lorsque j\u2019ai commencé leur emploi l'ouï- certaine» femmes en particulier, rien n\u2019est plus pénible que de se tenir constamment debout : tout le poids des organes exerce sur le système une traction doujouivii.se (pii »e traduit souvent par une affection permanente et provoque ce terrible mal des femmes cjue l\u2019on Appelle \u201cle beau mal.\u201d Combien de femmes jeunes encore, ne voyons-nous pus atteintes de ees terribles tortures intérieures qui leur enlèvent toute force et toute volonté, qui leur dc-iniit lu force de se remuer et d\u2019agir, ipiiles rend absolument impotentes et incapables d un travail suivi.Lorsque vous entendez ces malheureuses vous décrire les tortures airelles éprouvent ; lorsque vous regardez leurs truits hagards, leurs visages hâves et décomposes, lorsque vous observez leur démarche qui décèle l\u2019effort et lu souffrance, vous comprenez bien les affres que leur cause le nom seul de la maladie dont elles sout atteintes.il ne faut pas croire cependant que leur mal soit incurable; le beau iual peut «e guérir, la seule difficulté est que trop de femmes ne se donnent pas la peine de consulter dos médecins qui pourraient les soulager.Pour guérir le beau mal, il faut un spécialiste, tin homme ayant étudié la question, ayant I expérience de la maladie, ayant traité bien des cas.Ioui-qu0! doue ne s\u2019adressent-elles pas aux Médecins Spécialistes de la Compagnie Chimique r rauco-Américaiue?ils sont constamment â leur disposition, ils donnent des consultations verbales ou par écrit, et de plus, leurs consultations sont gratuites et ne content rien.Alors, cost pent-Otre il cause de cela que certaines personnes s\u2019abstiennent de recourir il leurs bons services?On raconte qu\u2019en France, au temps oft il existait encore de grands seigneurs, un des princes les plus distingués, paria un jour que, s\u2019étant déguisé, il se tiendrait doux heures consécutives sur le Pont Neuf de Paris, qui était alors la glande artere par laquelle passait toute la circulation et qu\u2019il installerait devant nu une petite table garnie d\u2019éeus de 0 francs tout neufs qu\u2019il offrirait aux pas-sants il -M sous pièce, sans pouvoir se débarrasser de sa marchandise.Kt, en effet, un ami tient le pari et le seigneur eut beau prendre place avec fracas au poste indiqué et crier de sa voix la plus retentissante: \u201c A vingt-quatre sous les éciis de six livres!\u201d personne n\u2019eut envie de profiter de son bon marché et ne s approcha de son étalage.C\u2019est quelquefois le cas avec les Pilules Rouges; ce remède est si simple, si efficace, si peu coûteux que beaucoup de gens préfèrent des traitements plus bruyants, faisant plus d\u2019éclat ; mais qui, s\u2019ils coûtent plus cher, présentent le grand désavantage de a avoir aucune efficacité.Pourtant, les témoignages qui arrivent il la Compagnie Chimique Franco-Améri-eame sont innombrables les guérisons sont nombreuses et il y aurait lieu pour elle de ne pas tenir eoinpte des femmes qui dédaignent ses services.Mais \" n en est rien.Tant qu\u2019il reste une femme malade il soigner, les Médecins Spécialistes de la Compagnie Chimique Franco-Américaine ne se déclarent pas satisfaits.Ce qui leur faut, cost soigner toutes les femmes qui souffrent, qui sont pAles, qui sont faibles.Leur methoKile est merveilleuse de précision et de justesse.L\u2019expérience leur a démontré que presque toutes les maladies des femmes, sinon toutes, dépendent de quelques vices du sang: faiblesse, impureté, irrégularité, et c\u2019est le sang qu\u2019ils traitent î Si la matrice est douloureuse, si le bas-ventre est endolori, c\u2019est oue les organes sont déplacés, tombent et qu\u2019il s\u2019est produit des tiraillements internes insolites; Les Tablettes ENVOI GRATIS D\u2019UN ECHANTILLON de quoi dépend cet affaissement-' Du maa musculaire, de l\u2019affaibli^ement nerveux.Lt quel est le moyen de remonter le «y les muscles'.' II faut leur donner un sang boigner le sang, tout est lû ! Dr.il n\u2019y a pas.pour le soin du »ang, ges, c est par excellence le régénérateur, Le nombre de femmes qu\u2019elles ont gué reuses et Mères de proclamer leur guéris sent du mérite de ces pilules.Celles qui dans ce traitement et qui demaudeut que de sagesse.et d\u2019amour du prochain.Les air compte à leurs devancières de ce bon (\u2022Hérissez-vous d\u2019abord et ensuite fait Voici im des derniers témoignages ree guéries : Messieurs, que d\u2019énergie du système, du relâchement sterne, de galvaniser les nerfs, de raidir rouge, actif, bouillant ! de meilleur remède aue les Pilules Roule régulateur du sane, ries est incalculable et toutes sont heu-on et de dire bien haut cc qu\u2019elles peu-ifhésitent pas il proclamer ainsi leur foi leur certificat soit oublié, font preuve femmes qui hésitent encore devraient te-mouvemeut et suivre leur exemple, es connaître ce qui vous a guéries, us des femmes que les Pilules Rouges ont Saint-André Avellin, 11 novembre 1909.J\u2019accomplis ce que je vos bons soins et de 1\u2019 bonnes Pilules Rouges.crois etre un devoir en vous remerciant publiquement de excellent traitement que vous m\u2019avez couseillé avec vos Je puis bien le dire maintenant; j\u2019hésitais en lisant si souvent des guérisons I l s a ces bonnes pilules et je ne croyais pas qu\u2019il fut possible de se guérir aussi facilement il un mal si persistant et si douloureux.Enfin, ie me suis décidée et aussitôt que j eus consulté vos médecins spécialistes et que je leur eus énoueé bien par vous lmrfaitemenl: eomPris que si je devais jamais être guérie, c\u2019était L effet (les Pilules Rouges a été merveilleux.Quand j\u2019ai commencé le traitement, jetais a bout deforce, absolument incapable de faire un pas.Le beau mal m avait anéantie.J avais employé tous les remèdes qu\u2019on m\u2019avaient indiqués pour me soulager, mais tout cela ne servait il rien.Je le vois bien maintenant, c\u2019était le saug \"qui était malade ! -v.ussitot que j ai pris les Pilules Rouges, la force m\u2019est revenue; le sang s\u2019est piirihc.S CSI épaissi, a gagné de la vie.Petit â petit, les douleurs se sont effa-< «¦! s, R*s tiraillements ont cessé, chaque chose a repris sa place et j\u2019ai pu marcher.courir, travailler.Aujoiml hui je suis rajeunie do vingt ans et je ne crains plus personne pour le îavuii.Je dois cela aux Pilules Rouges et je veux que tout le monde le sache, tant je sms itère.Votre dévouée, Mlle CLAIRE CYR.LIAI IONS O RA 1 l ITIOS par les Médecins de la Compagnie Chimi-qiie.braneo\u2014Américaine, tous les jours, excepté les dimanches, de 9 heures du matin a > heures du soir.Les dames malades qui ue peuvent venir voir nos médecins sont invitées â leur écrire.Les Pilules Rouges sont en vente chez tous les marchands de remèdes.Nous les envoyons aussi parla poste, mi Canada et aux Etats-Unis, sur réception du prix, P Vf'VTirpui\tl^Tl,(\u2019lx-eAl^v0I'rT^,les It>m\u2019es doivent être adressées: COM- .jtNIL CHIMIQUE L RANCO-AMER ICAINE, 274 rue Saint-Denis, Montréal.Guérissent la DYSPEPSIE Les I ablettes Pap Sag sont uniques au monde pour guérir infailliblement la Dyspepsie, les maladies de l\u2019Estomac, Gastrite, Dilatation, Pituite, Indigestion, Entérite.EN VENTE CHEZ TOUS LES MARCHANDS DE REMEDES DU ENVOYEES SUR RECEPTION DU PRIX.50c une Boite $2.50 six Boites.Adresser: COMPAGNIE PAP-SAG cc MONTREAL \\ Règles Hygiéniques à suivre pour prévenir et guérir les Maladies de Ea Peau attentivement aux soins de 'leur c°nps, se lavent souvent, toujours avec de l\u2019eau chaude et un savon antiseptique, comme le savon IiEL-PO.Le traitement des maladies de la peau diffère peu, malgré que ces -maladies soient variées.Comme tr aitement local il n\u2019v en a n«« «\u2022\u2022\u2022*\u201c,o,a\"\"
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