Le samedi, 1 juillet 1909, samedi 10 juillet 1909
[" ILVilO NUMÉRIQUE Première(s) page(s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES ES ES ES 10 Juillet 1D00 LESAMEDI 11 Vol.NX1, No 5.T m Feuilleton du \"SAMEDI Maffia HL' Grand Roman Sensationnel et d\u2019Actualite 4Gr- ï»e Fa.ci.37e m No 5 1.: \\ \u2022 .\tXII DU SINGULIER MOYEN QU\u2019AVAIT TROUVE SANTA CAPELLA POUR AVANCER SES AFFAIRES MATRIMONIALES 1.__ ,\t.'y , i\t(Suite) I En un quart d\u2019heure, il arriva à l\u2019avenue qui conduisait à l\u2019habitation Smi-ther.En un quart-d\u2019heure, il venait de faire près de deux lieues! L\u2019avenue était encombrée do bestiaux qui fuyaient, de chevaux qui galopaient, à moitié asphyxiés par les tourbillons de fumée que la brise rabattait contre terre.Aux animaux, bientôt, se mêlèrent des des hommes et des femmes, presque tous nègres, que l\u2019incendie épouvantait et qui sauvaient leur peau, sans songer un instant que leur concours pouvait enrayer le sinistre, et épargner peut-être une plus grande catastrophe.Enfin, après s\u2019être, bien difficilement il est vrai, frayé un chemin à travers cette cohue de bêtes et de gens, que les coups de cravache, à.défaut des paroles, ne suffisaient même pas à écarter, le marquis parvint à la grille d\u2019entrée qu\u2019il franchit.Là, le spectacle était terrible et sublime à la fois.Le corps d\u2019habitation n\u2019était plus qu\u2019un brasier : bâtis presque entièrement en bois, les deux étages offraient à l\u2019incen-d:e une proie facile, et les flammes qui avaient déjà dévoré presque complètement le rez-de-chaussée, léchaient maintenant le premier étage, faisant tout autour une barrière de feu par la galerie circulaire, qui flambait, envoyant dans l\u2019espace des torrents de fumée et des fusées d\u2019étincelles.Les écuries étaient on feu, les étables et les communs également et une chaleur intense régnait dans la cour.(Santa Capella sauta à bas de son cheval et se précipita vers' l\u2019habitation, criant d\u2019une voix haletante: (1) Commencé dans le No du 12 juin 1909 et publié en vertu d'un traité avec la Société des gens de lettres.\u2014Miss Mary! miss Mary!., Un individu auquel il se heurta, et qu\u2019il reconnut pour l\u2019un des serviteurs de la ferme, répondit en passant: Perdue!.brûlée vive!.Le marquis poussa un rugissement de fureur et l\u2019empoigna par le bras: \u2014Que dis-tu ?fit-il, qu\u2019est devenue miss Mary.?L\u2019autre semblait frappé de folie; il é-tendit le bras vers le brasier et balbutia: \u2014Là-dedans ! Et d\u2019un vigoureux effort', se dégageant, il s\u2019enfuit dans la direction de l\u2019avenue.Santa Capella, lui, poursuivit sa course vers l\u2019habitation, criant comme un fou.\u2014Bersaglione.Bersaglione ! Mais nul ne répondit.Soud,ain, au milieu des flammes qui s\u2019élevaient de la vérandah, une silhouette humaine apparut et une voix, dominant les cris de terreur, le sifflement de la bise et le crépitement de l\u2019incendie, appela: \u2014Une échelle!.une échelle!.Le marquis reconnut Bersaglione et il s\u2019élança.L\u2019échelle qu\u2019il avait commandé à l\u2019Italien de préparer contre la maison, était à la place indiquée; il la saisit, la dressa et l\u2019appuya contre une poutre à moitié calcinée, dont l\u2019extrémité flambait encore.Bersaglione, enveloppé de flammes, perdu p,ar instants dans un nuage de fumée, s\u2019avancait avec précaution vers le haut de l\u2019échelle, ayant toutes les peines du monde à se tenir en équilibre sur le bord de la galerie qui grésillait sous ses pieds.Vivement, sans songer au danger, sans penser que l\u2019éclièlle courait grand risque de s\u2019effondrer dans le brasier, appuyée qu\u2019elle était à la galerie que le feu minait d\u2019instant en instant, Santa Capella s\u2019élança sur les échelons, qu\u2019il gravit pour arriver au sommet, au même instant précisément où Bersaglione arrivait.L\u2019Italien portait dans ses bras, Mme Smither, en peignoir de nuit, inerte, à moitié asphyxiée.\u2014Morte?s\u2019exclama le marquis.\u2014Tranquilisez-vous, répondit l\u2019autre, évanouie seulement.Alors, Santa Capella s\u2019empara de la 53 vieille dame et, lentement, à reculons, descendit l\u2019échelle.Quand il toucha terre avec son précieux fardeaux, il fut entouré de suite par les serviteurs de la ferme (pii, revenus de leur premier moment d\u2019épouvante et ralliés par l\u2019un d\u2019entre eux, moins impressionnable, étaient revenus sur leurs pas pour organiser les secours.Le marquis déposa la vieille dame à terre, reprenant haleine avec effort, avec exagération même, comme si la fumée l\u2019eût étouffé déjà.Il avait perdu son chapeau, et ses cheveux en désordre, ainsi que sa moustache, étaient roussis ; quant à ses vêtements.les flammes les avaient en partie dévorés.Il en était de même pour Bersaglione, dont l\u2019état était plus lamentable encore que celui de son complice.Mme Smither, cependant, revenait à «die; on lui jetait de l\u2019eau au visage et cela suffisait pour la tirer de l\u2019anéantissement où l\u2019avait plongée l\u2019asphyxie.Soudain, elle se dressa comme une folle, \u2014Mary ! cria-t-elle d\u2019une voix étranglée et en tendant désespérément les bras vers l\u2019habitation.Ce nom, jeté ainsi qu\u2019un cri de bête (pii voit mourir ses petits, fit courir un frisson parmi tous ceux qui étaient là.Nul plans h* souci de sa préoccupation personnelle, n\u2019avait songé à la jeune fille, et maintenant tous, immobilisés dans l\u2019épouvante, tenaient leurs regards attachés sur ee brasier que la brise activait.\u2014Mary! répéta Mme Smither.Et d\u2019un bond, échappant aux gens empressés auprès d\u2019elle, elle s\u2019élança en a-vant.Ce fut un cri de terreur.\u2014Lâchez-moi ! lâchez-moi ! hurla-t-elle, se débattant, semblable à une folle, au milieu de ceux qui avaient, couru auprès d\u2019elle et l\u2019immobilisaient à une quinzaine de mètres de l\u2019habitation en flammes.Et.' elle ajouta, sanglotant : \u2022\u2014Je veux mourir, aussi.Je veux mourir.\u2014C\u2019est le moment! souffla Santa Capella à l\u2019oreille de Bersaglione.Et il courut à la vieille dame.\u2014Ne désespérez pas, madame Smither, LE SAMEDI 12 courba un peu, la tête appuyée au tronc de l\u2019arbre, le marquis s\u2019élança sur sou dos, grimpa su)1 ses épaules et Bersaglii ne se dressant tout à fait, il ont atteindre la plus basse branche de l\u2019arbre.Avec une force qui ne le cédait en rien à celle d\u2019Ilereulc.il s\u2019enleva avec les poignets, se trouva bientôt à califourchon et disparut au milieu de l\u2019épais feuillage, criant à Bersaglione: \u2014L\u2019échelle.l\u2019échelle.Bersaglione comprit, courut à l\u2019endroit oû, après l\u2019écroulement de la galerie, l\u2019échelle était demeurée à terre, la traîna jusqu\u2019au figuier, s'en servit pour atteindre la branche sur laquelle il avait hissé Santa Capella et, une fois arrivé là, tira l\u2019échelle à lui, pour disparaître à son tour avec elle, dans les feuilles.Fendant ce temps-là, Hercule avait agi.Avec une hardiesse effrayante, il avait, toujours cramponné de ses doigts musculeux au rebord du toit, imprimé à son corps un balancement, faible d\u2019abord, mais qui devint bientôt assez fort pour que ses deux pieds, venant tout a coup frapper avec violence la fenêtre devant laquelle il était suspendu, cette fenêtre, presque arrachée de ses gonds, s\u2019ouvrit.Cette fenêtre ouverte, tous ceux qui regardaient comprirent alors l\u2019intention du courageux sauveteur.Ne pouvant parvenir à Mlle Smither par le bas de l\u2019habitation, il avait résolu d\u2019y parvenir par le haut, espérant que l\u2019incendie n\u2019avait pas fait suffisamment de progrès à l\u2019intérieur pour l\u2019empêcher de se servir de l\u2019escalier de communication.Mais cette fenêtre ouverte, comment Hercule allait-il pénétrer dans la chambre?De légers volets, destinés à clore la fenêtre, étaient rabattus contre la muraille; le nègre y posa ses pieds et au risque de s\u2019abattre vingt fois dans le vide avec son frêle appui, se mit à descendre, se cramponnant des deux mains à un tuyau de gouttière servant à l\u2019écoulement des eaux.Ce fut miracle que ce corps pesant n\u2019arrachât pas et gouttière et volets; mais la Providence veillait sans doute sur le hardi sauveteur de miss Mary.D\u2019un bond, il s\u2019élança dans la chambre et ceux qui le suivaient des yeux dans son héroïque tentative, le virent disparaître.Puis, au bout de quelques instants, on crut apercevoir, à travers l\u2019écran de fumée et de flamme qui allait maintenant s\u2019épaississant devant l\u2019habitation, sa silhouette noire à côté de la forme blanche de la jeune fille à la fenêtre de sa chambre.Puis, silhouette noire et forme blanche s\u2019évanouirent, et une anxiété épouvantable écrasa toutes les poitrines.Et pendant ce temps-là, tout brûlait, écuries, étables, communs, nul ne songeait à organiser les secours pour sauver la propriété, alors que miss Mary allait mourir.Au-dessus de ce merveilleux mais lugubre tableau, la cloche d\u2019alarme, sonnait à toute volée, envoyant ses appels désespérés aux habitations voisines.Et cette cloche avait, par instants, des tintements semblables au glas des morts.Tout à coup, des cris de joie éclatèrent.A la fenêtre du deuxième étage, à cette même fenêtre par laquelle il avait pénétré dans l\u2019habitation, Hercule venait d\u2019apparaître, portant juiss Mary dans ses bras.Cette apparition tira la grand\u2019mère de son anéantissement.54 LE SAMEDI Elle tendit les bras désespérément et cria, : \u2014Mary!.Mary!.Mais le ronflement de l\u2019incendie couvrait sa voix.Cependant, la joie première n\u2019avait pas tardé à disparaître: Ilercnle n\u2019avait, réussi à .arracher la jeune fille qu\u2019au danser immédiat : mais déjà les flammes léchaient le rebord de la fenêtre à laquelle il se trouvait, et nul doute que l\u2019incendie ne réussit bientôt à gagner l\u2019intérieur de l\u2019habitation, et à envahir la chambre qui lui servait de refuge.A moins qu\u2019il ne trouvât un moyen de s\u2019échapper! mas comment?par où?Penché à la fenêtre, on vit Hercule regarder de tous côtés, mesurer l.a distance qui le séparait du sol et secouer la tête ; puis regarder en l\u2019air pour bien se convaincre de l\u2019impossibilité qu\u2019il y avait à prendre, pour s\u2019en aller, le même chemin qu\u2019il avait pris pour venir.Avec son fardeau vivant, il ne fallait pas songer à tenter l\u2019escalade du toit par le volet et la gouttière.Alors, quoi?Etaient-ils donc condamnés tous les deux, miss Mary et lui, à périr là et tout son courage, toute son habileté n\u2019auraient-ils donc réussi qu\u2019à reculer de quelques instants la mort?11 avait déposé à ses pieds le corps do la jeune fille, et.dressé sur l\u2019entablement de la fenêtre, il apparaissait', vêtu simplement d\u2019un caleçon de toile, ayant quitté ses habits pour donner moins de prise aux flammes: son torse nu, ruisselant de sueur, rougeoyait des reflets de l\u2019incendie et sa face noire s\u2019empourprait d\u2019une lueur sanglante, tellement bien é-elairée que l\u2019on y pouvait lire l\u2019angoisse terrible (pii l\u2019étreignait.Plusieurs fois déjà, ses regards s\u2019étaient portés vers la branche de figuier qui se balançait à quelques pieds de la fenêtre; il semblait qu\u2019il n\u2019y eût qu\u2019à étendre la main pour la saisir.Certainement, l\u2019idée avait dû lui venir de s\u2019enfuir par là! Mais en admettant qu\u2019il eût assez de souplesse et d\u2019énergie pour profiter de cette voie aérienne de salut, pouvait-il se risquer avec le fardeau précieux qu\u2019il devait emporter avec; lui?.Et pendant qu\u2019il'hésitait ainsi, se demandant avec anxiété de quel côté la mort le guettait moins sûrement, l\u2019incendie augmentait d\u2019intensité et les flammes dépassaient déjà l\u2019entablement de la croisée.Soudain, d\u2019entre le feuillage du figuier, juste en face de lui, Hercule vit apparaître un homme qui se mit à avancer vers l\u2019habitation, à califourchon sur la branche que ses regards uo quittaient pas.Cet homme, c\u2019était Santa C'apella.\u2014Hercule! en a-t-il.faites ce que je vais vous dire, et miss Mary est sauvée! Cnc vive surprise se peignit sur le visage du nègre; on eût dit qu\u2019il était plus étonné d\u2019entendre le marquis parler de la sort/e que de le voir là, à quelques pieds de lui.\u2022 il s, il se pencha en avant pour mieux saisir ce que l\u2019autre allait lui dire faisant de la tête un signe affirmatif pour montrer qu'il était prêt à faire ce qui allait lui être commandé.Prenez un drap de lit, fit alors Santa Capella, et attachez solidement sur votre dos miss Mary, de manière à avoir l\u2019usage de vos mains libre.Devant l\u2019assurance avec laquelle ces mots venaient d\u2019être prononcés, Hercule n\u2019eut pas une hésitation ; en dépit de l\u2019instinctive répulsion qui l\u2019éloignait du marquis, il comprit que celui-ci avait un plan infaillible pour sauver sa jeune maîtresse et, résolu à obéir, il rentra dans la chambre.Durant ce temps, le marquis rebroussa chemin à reculons, de manière à se rapprocher du tronc de l\u2019arbre, le long duquel Bersaglione se hissait, tirant après lui péniblement l\u2019échelle.\u2014Eh ! rondement, donc ! bougonna Santa Ci \"a, pour activer son ascension, penses-tu que les flammes attendent.\u2014Je voudrais vous y voir, grogna Bersaglione ; si vous croyez que c\u2019est commode.Néanmoins, il arriva à se mettre, lui aussi, à califourchon sur la même branche que le marquis, et alors, tous les deux, tenant dans leur main droite l\u2019échelle, se mirent à avancer vers l\u2019extrémité de la branche.\u2014C\u2019a plie, dit tout à coup Bersaglione eu s\u2019arrêtant.Et, de fait, sous ce double fardeau, la branche quittait la position horizontale pour s\u2019incliner un peu vers le sol.Santa Capella mesura de l\u2019oeil la distance qui séparait la fenêtre du point où ils étaient.\u2014Attention, cria-t-il à Hercule, qui réapparaissait, avec le drap nécessaire ; nous allons te lancer l\u2019échelle; fais ton possible pour la saisir.Et alors, lentement, Santa Capella et Bersaglione après avoir dressé l\u2019échelle tout debout sur la branche, la laissèrent s\u2019incliner vers l\u2019habitation, au risque d\u2019être entraînés dans le vide, si par malheur leurs forces eussent faibli une seconde.Mais le marquis eut heureusement dans le poignet autant d\u2019énergie qu\u2019il avait eu de justesse dans l\u2019oeil et l\u2019extrémité de l\u2019échelle vint se reposer doucement sur l\u2019entablement de la croisée.C\u2019était un pont volant \u2014 périlleux, c\u2019est vrai \u2014 mais par lequel il était possible à Hercule de fuir, en sauvant Miss Mary.Et déjà d s\u2019apprêtait, à envelopper la jeune fille dans le drap, pour se l\u2019attacher sur le dos, lorsque Santa Capella s\u2019écria : \u2014Attends un moment!.je vais à toi.Et, hardiment, il s\u2019élança sur l\u2019échelle sans souci du brasier vers lequel il s\u2019avançait, ni de l\u2019abîme de fumée qui s\u2019étendait au-dessous de lui.Bersaglione.assis sur l\u2019extrémité de l\u2019échelle, la maintenait en équdibre, de tout le poids de son corps.En quelques secondes, le marquis eut franchi l\u2019abîme et, en mettant le pied sur l'entablement de la croisée, il dit rapidement : \u2014Basse-moi Miss Mary, je vais l\u2019emporter; car tu pèses plus lourd que moi et l\u2019échelle ne serait peut-être pas assez for l e pour vous supporter tous les deux.Le nègre eut un moment d\u2019hésitation; son regard s\u2019attacha inquiet et inquisiteur sur Santa Capella.Mais, derrière lui, l\u2019incendie ronflait terriblement, faisant claquer les cloisons avec des bruits semblables à des détonations d\u2019armes à feu, et poussant dans la chambre des longues flammes et des tourbillons de fumée.il se baissa, prit la jeune f ile évanouie et ha plaça sur les bras de Sauta Capella.en disant d'une voix émue: \u2014Sauvez-la.\u2014N\u2019aie crainte, répondit le marquis avec une émotion \u2014 réelle cette fois \u2014 je porte le bonheur de ma vie, j\u2019aurai le pied sûr.Il ajouta, en enjambant l\u2019entablement de la croisée.1\u2014Tu viendras aussitôt (pie miss Mary sera en sûreté dans l\u2019arbre.Et il s\u2019engagea, avec son précieux fardeau, sur l\u2019échelle Certes, cet homme \u2014 au cours de sa vie d\u2019aventurier \u2014 s\u2019était trouvé dans bon nombre de situations critiques et où son coeur \u2014 quelque bronzé qu'il tût* \u2014 .avait dû battre plus fort que d\u2019habitude.Certes, il avait risqué sa peau bien souvent, sans plus se soucier de la mort que si la v.e c\u2019eût été chose vaine et méprisable.-Ma s, jamais, en aucune circonstance, uii-\u2018 angoisse semblable n\u2019avait étreint sa poitrine.Jamais le désir d\u2019échapper au danger n\u2019avait été plus violent.Jamais plus forte en lui n\u2019avait été la volonté de vivre.Et, en quelques secondes, il se fit dans son cerveau une grande lumière.S\u2019 1 souhaitait vivre, ce n\u2019était pas seulement parce que miss Smither représentait, par sa fortune colossale, l\u2019une des operations les plus considérables que la Mal lia se fut promis de mener à bien.C était aussi parce qu\u2019un sentiment bizarre était subitement né en lui.Etait-eo de l\u2019amour?Etait-ce simplement du désir?Cela, il ne le savait pas et, au fond, il s\u2019en préoccupait peu.Mais ce qu\u2019il savait c\u2019est que miss Mary lui paraissait, depuis quelque temps, l\u2019être le plus charmant et le plus captivant avec lequel les hasards de la vie l'eussent fait se rencontrer jusqu\u2019à ce jour.Ce qu\u2019il savait aussi, c\u2019est que, pour peu que cela continuât, il serait bientôt d sposé à prendre miss -Mary sans dot.ainsi qu'il l\u2019avait déclaré à la vieille dame Smither h* soir où, pour la première fois, il s\u2019était ouvert à elle.Il savait bien que chez lui de semblables dispositions éta'ent platoniques et ne pouvaient l\u2019engager eu rien.Car.si par instants, il se faisait illu- 11 14 LE SAMEDI sion et s imaginait être vraiment martinis \u2022le Santa Capella, il ne pouvait oublier tpi il était surtout Luiggi Merelli, chef île la bande redoutée et redoutable de la Muffia.Il savait très bien tpi\u2019il ne s\u2019appartenait pas, tpi'il était entre les mains tin ces aventuriers et que, tout en leur commandant, il était leur esclave.Voilà ce qu\u2019il se disait en franchissant lentement le pont périlleux qui représentait le salut pour Miss Mary et son coeur battait à coups précipités, sentant l\u2019échelle ployer sous ce double poids à chaque pas tpi\u2019il faisait en avant.I\tn moment, il crut qu\u2019ils étaient perdus, elle et lui.La brise avait soufflé sur eux un tourbillon tie fumée, et asphyxié, aveuglé, il ne voyait plus rien, ni l\u2019échelle, ni l\u2019arbre; le moindre mouvement, une seconde d\u2019oubli, il mettait le pied à côté de l\u2019é-clielotn au lieu de le mettre dessus, et il s\u2019écrasait avec son précieux fardeau sur le sol.II\teut.heureusement, la présence d\u2019esprit île demeurer immobile, retenant son souffle pour conserver l\u2019équilibre et, la fumée une fois dissipée, il reprit sa route.Enfin, il atteignit la branche sur laquelle reposait l\u2019extrémité de l\u2019échelle, et un soupir énorme s\u2019échappa de su poitrine.Miss Mary était sauvée! Le but tpi\u2019il s\u2019était proposé, en incendiant l\u2019habitation, était atteint.Eu dépit du souvenir qu\u2019avait pu laisser René d\u2019Etrillac au fond du coeur île la jeune fille, celle-ci ne.pourrait désormais s\u2019empêcher île regarder d\u2019un oeil complaisant celui qui était venu l\u2019arracher au milieu des flammes! \u2014Faut-il laisser se sauver le nègre ?grommela Bersaglione.Santa Capella le regarda et, sans doute dans ce regard il y avait un ordre muet que l\u2019Italien comprit, ear, au moment où Hercule se dressait sur l\u2019entablement de ha croisée pour mettre le pied sur l\u2019échelon, celle-ci glissa de la branche sur laquelle elle s\u2019appuyait et tomba dans le vide.D\u2019un brusque mouvement, Hercule se rejeta en arrière.\u2014Imprudent! murmura Sauta Capella.Bersaglione haussa les épaules.\u201411 nous aurait gênés, un jour ou l\u2019autre.ricana-t-il; autant valait s\u2019en débarrasser tout de suite!.Puis se penchant, il cria aux gens qui entouraient le figuier.\u2014Ramassez l\u2019échelle et appuyez-la contre le tronc, pour que nous puissions descendre la demoiselle.Et tous les deux, Bersaglione et le marquis, tenant d\u2019une main, le premier les pieds, le second le buste de miss Mary, se mirent à suivre la branche sur laquelle ils étaient à califourchon, de manière à gagner la ramure principale du figuier.Quelques instants plus tard, Mlle Smi-ther, transportée dans une buanderie que l\u2019incendie avait épargnée, reprenait ses sens sous les soins empressés de sa grand\u2019 mère et de Santa Capella.Sou premier cri.lorsqu\u2019elle fut revenue à elle, fut: \u2014Hercule ! Dans la joie de voir leur jeune maîtresse sauvée, tous avaient oublié celui qui s\u2019était dévoué pour elle.Et comme personne ne lui répondait, la jeune fille s\u2019écria: \u2014Il est mort !.Ah ! mon Dieu.Elle se cacha le visage dans ses mains et se mit à pleurer.Cependant, comme des exclamations retentissaient dans la cour, tout le monde se précipita hors de la buanderie.Hercule était toujours debout sur l\u2019entablement de la croisée.Derrière lui.la chambre faisait un brasier rouge, semblable à une gueule de four, sur lequel un grand corps noir se détachait en une silhouette agrandie, é-norme.fantastique.Du drap tpi\u2019il avait arraché au lit pour emporter la jeune fille, et que l\u2019intervention de Santa Capella avait rendu inutile, il avait fabriqué à la hâte une sorte tie Lizzo.Ce lazzo, il l\u2019avait lancé adroitement à l\u2019extrémité de la branche qui se balançait à quelques pas île la fenêtre et avait réussi à l\u2019attirer à lui.11 avait détaché le drap, et, cramponné tics deux mains à la branche, il était immobile, comme si.maintenant, il eût hésité à mettre son audacieux projet à exécution.Ce projet, les gens qui le regardaient d\u2019en bas l\u2019avaient deviné: il consistait à se lancer dans l\u2019espace, suspendu aux rameaux, et à gagner ainsi le figuier sauveur.Mais le rameau était bien mince, bien flexible, et il y avait beaucoup de chance pour qu\u2019il ne pût supporter le poids que le nègre voulait lui confier.Toutefois l\u2019hésitation d\u2019Hercule ne pouvait être de longue durée : derrière, la mortt était certaine; en avant, elle n\u2019était que probable.On le vit ployer les jarrets pour prendre son élan; puis, d\u2019un bond formidable, il quitta l\u2019entablement de la croisée, au moment même où l\u2019incendie soufflait de son côté des flammes et des tourbillons de fumée, au milieu desquels il disparut.Puis, soudain, un craquement se fit entendre.un cri retentit et une masse tomba sur le sol.La branche du figuier s\u2019était cassée XIII LES FINESSES DE M.NICHOLLS M.Nicholls était assis devant un buvard surchargé de paperasses et de dossiers: les coudes sur le bureau, la tête dans les mains, il paraissait plongé dans une méditation profonde, tellement profonde qu\u2019il n\u2019entendit pas tout d\u2019abord, le bruit léger produit par un doigt discret à la porte de son cabinet.Cependant, le même heurt s\u2019étant répété trois fois et, chaque fois, avec mie in- 66 tensité croissante, il tressaillit, releva la tête et 11 it d\u2019une voix quelque peu impatientée : \u2014Entrez ! La porte s\u2019ouvrit et un employé entra tenant sous son bras un volumineux dos-sim' qu\u2019il vint déposer sur le bureau de IM.Nicholls.Celui-ci l\u2019interrogea d\u2019un haussement de sourcils : \u2014Ce sont les journaux, répondit l\u2019employé.\u2014Intéressants?fit-il laconiquement.\u2014Toujours l\u2019affaire Smither.\u2014L\u2019affaire de l\u2019incendie?\u2014Oui.Le directeur de la police eut un claquement de langue qui trahissait une violente mauvaise humeur et murmura: \u2014C\u2019est bien; je vais voir cela.L\u2019employé parti, M.Nicholls se renversa sur le dossier de son fauteuil et, ouvrant le dossier, en sortit un premier journal, dont les colonnes étaient maculées de crayon de différentes couleurs.l'ne marque rouge fixa aussitôt son attention et il se mit à lire, lentement, méticuleusement, une longue colonne, composée en petits caractères tirés serrés, que la marque rouge encadrait.Quand il eut fini, il haussa les épaules et grommela: \u2014Celui-ci, aussi, croit à la Maffia .11 déposa le journal à sa gauche et en reprit un autre dans le dossier, à sa droite.Celui-là en disait moins long sur le sujet, mais sans doute équilibrait-il la quantité par la qualité; ear, plus d\u2019une fois, durant sa lecture, M.Nicholls fronça les sourcils et ses lèvres s\u2019allongèrent dans une moue désapprobatrice.Impatienté, il finit par froisser le journal.\u2014Encore un! s\u2019exclama-t-il.Ces maudits journaux me feront perdre la tête avec leur Maffia.Un homme est écrasé par une voiture, c\u2019est la Maffia.Une femme assassinée par son mari, c\u2019est la Maffia., le feu prend à une maison, la Maffia! encore la Maffia, toujours la Maffia.H se leva, fit quelques pas dans son cabinet et levant les bras au plafond.\u2014Eli! je le sais aussi bien qu\u2019eux! et s\u2019ils croient avoir fait! une belle découverte! ils se trompent vraiment! mais s\u2019ils savaient combien, avec leurs stupidités, ils entravent l\u2019action de la police, ils useraient moins d\u2019encre qu\u2019ils n\u2019en usent.Il revint à son bureau, prit dans le dossier apporté par l\u2019employé un troisième journal, le déplia et le parcourut.Celui-là, juste en dessous de son titre, portait écrits en lettres énormes, ces mots: \u201cnouveaux méfaits de la Maffia\u201d; puis en caractères assez gros, ressortant au milieu de la page, un récit très détaillé de l\u2019incendie de l\u2019habitation Smither, récit dans lequel rien n\u2019était oublié, ni le sauvetage de la vieille dame par Bersaglione, ni celui de miss Mary par Santa Capella.Au sujet de ce dernier, le journal se livrait à un long dithyrambe, rappelant en I LE SAMEDI 15 quelques mots que lui aussi était une victime rte la Maffia, qui avait, quelques jours auparavant, incendié sa maison.Le nom de Santa Capclla amena un sourire sur les lèvres du magistrat.\u2014'En voila un, murmura-t-il, qui me donne du fil à retordre, j\u2019ai beau l\u2019épier, tie pas le perdre de vue, j\u2019en sHis pour mon temps et ma peine, pas moyen de le prendre en défaut.11 s\u2019arrêta dans sa lecture, envoya promener le journal sur son bureau et se frotta les mains d\u2019un air véritablement satisfait.\u2014A la bonne heure! j\u2019aime les adversaires tels que celui-là!.un adversaire qui se défend et dont il y a au moins quelque mérite à s\u2019emparer.11 s\u2019arrêta et d\u2019un ton emphatique, déclama : A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ! \u201d M.Nicholls se promena encore dans la pièce, la lèvre souriante, l\u2019oeil allumé d\u2019un éclair de malice, dodelinant de la tète, comme un homme auquel la vie se montre sous des auspices favorables.11 est certain que si Mme d\u2019Evrcmont fût entrée à cet instant-là, elle eût eu de la peine à reoonnaître son timide et langoureux adorateur.Sans doute, cette pensée vint-elle au chef de la police et, la méfiance étant pour lui vertu professionnelle, il reprit aus.itôt son masque d\u2019emprunt, comme si quelque regard indiscret eût pu plonger dans son cabinet.Lentement, il revint s\u2019asseoir devant son bureau et continua la lecture des journaux que l\u2019employé lui avait apportés.Dans tous, se trouvait le récit de l\u2019incendie, avec les mêmes détails circonstanciés; les mêmes louanges à l\u2019adresse de Santa Capclla et les mêmes réflexions désobligeantes à l\u2019adresse de la police qui se laissait berner par les bandits de la Maffia.\u2014Bon.bon, grommela M.Nicholls, en refermant le dossier par-dessus le dernier journal, ces messieurs do la presse ont infiniment d\u2019esprit; mais rira bien qui rira le dernier.Comme il achevait ces mots, on frappa de nouveau à la porte et un garçon de bureau entra qui présenta à M.Nicholls un morceau de papier, plié en quatre.\u2014Qu\u2019est-ce que c\u2019est?demanda le chef de la police.\u2014Un individu, qui demande à vous parler, vient d\u2019écrire sur ce bout de papier un mot qu\u2019il m\u2019a chargé de vous remettre de suite.\u2018\u2014Je n\u2019y suis pour personne, répliqua M.Nichollls avec un mouvement d\u2019impatience, tandis qu\u2019il cherchait son lorgnon égaré parmi les paperasses dont sa table était encombrée.\u2014Il a insisté, affirmant que vous l\u2019attendiez, répliqua le garçon de bureau.Cette réponse parut surprendre fort M.Nicholls, mais pas si fort, cependant, que le nom inscrit sur le papier.\u2014Bcrsaglione, murmura-t-il.Et les sourcils haussés, les regards au plafond, il paraissait chercher dans ses souvenirs en quelle circonstance il s\u2019était trouvé avec l\u2019individu dont le nom éveillait dans son oreille un écho connu.Soudain il sourit: ses souvenirs interrogés avaient dû répondre.\u2014Faites entrer, commanda-t-il.Et, il se renversa sur le dossier de son fauteuil, jouant distraitement avec le lorgnon qu\u2019il tournait et retournait au bout de ses doigte.I\tn léger craquement, qui retentit derrière lui.l\u2019avertit de l\u2019entrée dans son cabinet du visiteur, et il se retourna légèrement, appuyé d'un coude sur le bras du fauteuil, l\u2019invitant d\u2019un geste affable à entrer.Bcrsaglione, pour rendre visite au chef de police de l\u2019Etat de la Louisiane, avait lait une toilette de conséquence: une redingote noire et un pantalon de fantaisie a larges carreaux blancs et noirs lui donnait l\u2019air d\u2019un gentleman: une chemise irréprochable, cravatée de bleu, des gants en peau de chien, des chaussures éblouissantes de vernis et un c\" _ au haute forme luisant connue un tuyau de zinc, complétaient l\u2019ensemble.II\tn\u2019y avait que sa mine de fripon qu\u2019il n\u2019avait pas pu changer et qui jurait, pour un oeil perspicace, avec une si élégante toilette.Arrivé à deux pas du magistrat, il s\u2019inclina servilement à plusieurs reprises, murmurant des \u201cSeigneurie\u201d, des \u201cVotre Honneur\u201d, à n\u2019en plus finir.\u2014Votre Seigneurie me reconnaît?de-manda-t-il enfin, quand il jugea s\u2019être assez confondu en salutations.\u2014Tu es le valet de chambre de Mme Smither, répondit M.Nicholls, tu es venu m\u2019offrir tes services, sur la grand\u2019-l'outo, un jour que je sortais de la plantation .\u2014Précisément!, répondit Bcrsaglione ; je suis flatté que Votre Seigneurie se souvienne de moi aussi exactement.\u2014Et.qu\u2019est-ce qui t\u2019amène aujour-d\u2019hui ?L\u2019Italien prit un air mystérieux.\u2014J\u2019avais promis à Votre Seigneurie, dit-il en baissant la voix, que je la tiendrais au courant de ce qui pourrait se passer d\u2019intéressant dans la maison Smither.1\u2014Eh bien 1 \u2014Eli bien! je crois tenir ma promesse.Le magistrat enve\u2019 __a l\u2019Italien d\u2019un regard singulier et, après une petite pause, murmura ; \u2014Je t\u2019écoute.\u2014Il s\u2019agit de l\u2019incendie, déclara l\u2019Italien.Et ces mots prononcés, il se tnt pour juger de l\u2019effet, qu\u2019à son avis, ils devaient produire sur le magistrat.Mais celui-ci demeura impassible et fit simplement : \u2014Ah!.Un peu décontenancé, Bcrsaglione poursuivit néanmoins : \u201411 paraît, et Votre Seigneurie doit le savoir, que la justice a trouvé que les incendies étaient par trop fréquents sur le territoire de la Nouvelle-Orléans.57 M.Nicholls hocha la tête.\u2014J\u2019ai, en effet, entendu parler de cela, répondit le magistrat.Et il ajouta, en guise d\u2019explication: \u2014Police et justice ne sont' pas la même chose.\u2014D\u2019ailleurs, poursuivit Bcrsaglione, en clignant de l\u2019oeil vers la pile de journaux crayonnés de rouge, étagés sur un angle de bureau; la presse, elle aussi, s\u2019occupe de la chose.Cette observation surprit M.Nicholls qui se mit à considérer son interlocuteur un peu plus attentivement qu'il ne l\u2019avait lait jusqu alors et 1 air faux du personnage, son oeil oblique, son sourire cauteleux le frappèrent.\u2014Et toi aussi, tu t\u2019en occupes?dit-il.\u2014Dame, parce que j\u2019ai promis à votre Seigneurie de la renseigner.\u2014C\u2019est juste.Alors qu\u2019as-tu à me d i re ?\u2014Que l\u2019incendie qui a dévoré, avant-hier.l\u2019habitation des daines Smither n\u2019est pas purement accidentel.Le chef de la police ne put retenir un sourire.\u2014Vraiment! fit-il.\u201411 y a de la Maffia là-dessous, poursuivit, Bcrsaglione.\u2014C est également, l\u2019avis de ces messieurs.répliqua M.Nicholls.Et, en disant cela, il frappait de la main sur la pile des journaux.Les paupières de l\u2019Italien se plissèrent malicieusement.\u2014Seulement, dit-il, ce que ces messieurs ne s,uvent pas, c\u2019est le nom de celui qui a mis le feu.Le magistrat tressaillit et un froncement de sourcils, trahit une mauvaise humeur extérieure assez violente.Il songeait en effet que Bcrsaglione é-tait peut-être, comme lui, sur la piste du elle! de la Maffia et que les révélations de cet individu, le contraignant à agir de suite, l\u2019empêcheraient de donner à cette affaire de la Maffia tout le retentissement dont il comptait l\u2019entourer, en opérant sa capture dans des circonstances particulières; sans compter que l\u2019adjonction de cet auxiliaire lui enlèverait le mérite d'avoir débrouillé à lui seul cette ténébreuse affaire.Bcrsaglione s\u2019était tu pour permettre à M.Nicholls de se remettre de l\u2019ébahissement, en lequel devaient l\u2019avoir plongé ses paroles.Aussi fut-il surpris de constater ce froncement de sourcils et il s\u2019exclama: \u2014Je gage que Votre Seigneurie se mé-lie de la sûreté de mes renseignements.Le chef de la police eut une moue vague.\u2014Sans me méfier, répondit-il, je dois t\u2019avouer que, depuis près d\u2019un an que nous cherchons à mettre la main sur ces bandits, il me semble, au premier abord, sinon impossible, du moins très étonnant.\u2014 .Que je puisse apporter à Votre Seigneurie, un renseignement certain, dit Bcrsaglione, en achevant la phrase laissée en suspens.Mon Dieu, les hasards sont si grands.63 59 16 LE SAMEDI Il ajouta avec un sourire plein de fatuité.\u2014 Et puis, je suis certain que j\u2019aurais Lait un excellent agent de police.M.Nicholls eut de la tête un petit mouvement approbateur.\u2014Enfin, demanda-t-il, qui a mis le feu à l\u2019habitation Smitlierî.Ce disant, et s\u2019attendant à entendre sortir des lèvres de Bersaglione le nom que lui-même avait dans l\u2019esprit, il cherchait déjà par quels arguments il allait pouvoir démontrer à cet homme qu\u2019il se trompait.Bersaglione se rapprocha encore, et se courbant vers M.Nicholls, au point que celui-ci dut se reculer un peu pour échapper au souffle chaud et légèrement parfumé d\u2019ail que son interlocuteur lui envoyait au visage.\u2014Votre Seigneurie, murmura-t-il.se rappelle cet homme que M.Daniel Ilolley avait arrêté dans les bois, comme l\u2019assassin de ce pauvre M.d\u2019Etrillai: \" \u2014Oui.Eli bien?\u2014Eh bien! pour moi.c\u2019est cet homme-là qui a mis le feu.M.Nicholls ne put retenir un hauf-le-corps de surprise ; mais en même temps, un soupir de soulagement dégonfla sa poitrine \u2014Ah! fit-il en paraissant très intéressé par cette révélation, tu penses que c\u2019est cet homme qui aurait incendié l\u2019habitation Smithcr?\u2014Dame.il est tout le temps à rôder dans les environs, ayant des conciliabules secrets avec Hercule.Votre Seigneurie sait qui je veux dire.le nègre.M.Nicholls hocha doucement la tête.\u2014Ah oui! fit-il.le nègre.Et, dans son esprit, il cherchait à deviner par avance les explications que cet homme allait bien pouvoir lui donner pour rendre plausibles scs allégations accusatrices.Bersaglione, lui, ne se rendait pas compte du travail qui se faisait dans l\u2019esprit du magistrat, et il poursuivit: \u2014Le matin même de l\u2019incendie, cct homme est venu à l\u2019habitation, et a eu une longue conversation avec Hercule.\u2014Tu ne sais pas ce qu\u2019ils se sont dit?\u2014Non; car le nègre est méfiant et il avait toujours soin de se tenir loin des oreilles qui auraient pu l\u2019entendre.L\u2019Italien ajouta cauteleusement: \u2014Généralement, quand on so méfie comme ça.c\u2019est qu\u2019on a quelque chose à cacher.Et M.Nicholls répéta machinalement : \u2014Généralement.oui.Il sc fit un silence, au bout duquel le magistrat demanda comme s\u2019il eût voulu se pénétrer davantage du bien-fondé des révélations de Bersaglione: \u2014Cependant, cct homme, arrêté par M.Ilolley, avait été relâché presque aussitôt par miss Smithcr, et c\u2019était mal reconnaître la générosité de miss Smithcr que d\u2019incendier l\u2019habitation, au risque do la tuer elle-même.Bersaglione eut un haussement d\u2019épaules significatif.\u2014D\u2019abord, répondit-il, à compter sur la reconnaissance de ces bandits-là, on s\u2019expose à compter deux fois.et puis, en mettant le feu à la propriété, ce n\u2019était pas à miss Smithcr qu\u2019il voulait nuire, mais à Daniel Ilolley.Ces paroles produisirent sur M.Nicholls un tel effet, que, sous ses sourcils haussés, scs gros yeux s\u2019arrondirent démesurément.\u2014A Daniel Ilolley! répéta-t-il; je ne comprends pas.1\u2014C\u2019est pourtant bien simple, répondit l\u2019Italien, d\u2019un ton de condescendance visible, car il s\u2019enhardissait, en constatant l\u2019attention avec laquelle le magistrat l\u2019écoutait.M.Nicholls fit un geste indiquant qu\u2019il était tout ouie.\u2014En rôdant comme il le fait depuis trois semaines, autour de la maison, et surtout en causant avec Hercule, il a certainement appris que M.Ilolley devait épouser miss Mary.Le magistrat sui'sauta sur son siège.\u2014Comment! s\u2019cxelama-t-il, M.Ilolley! .Mais je croyais au contraire que c\u2019était le marquis de Santa Capella.Bersaglione eut un hochement de tête qui voulait dire bien des choses.\u2014Penh ! fit-il, en allongeant les lèvres, c\u2019est-à-dire que M.le marquis plaît en effet, beaucoup plus à miss Mary; c\u2019est un vrai gentilhomme, lui, un grand nom, une grande fortune, bref tout ce qu\u2019il faut pour tenter une jeune fille; malheureusement, M.le marquis n\u2019a pas le don de plaire à Hercule.C\u2019est pourquoi Hercule souhaite que ce soit plutôt M.Ilolley qui épouse Miss Smither.\u2014Et alors?interrogea M.Nicholls, qui paraissait suivre avec beaucoup d\u2019attention le raisonnement de l\u2019Italien.\u2014Alors, le Uuttier, en mettant le feu à l\u2019habitation, aura, d\u2019après moi.voulu se venger îles coups de crosse de M.Holley, en ruinant et, au besoin, en tuant celle qui pouvait, un jour, devenir sa femme.Le chef de la police inclinait la tête, dans de petits mouvements approbatifs, comme si, peu à peu, il en fût arrivé à partager la manière de voir de Bersaglione.Celui-ci insiste.\u2014Je le répète à Votre Seigneurie, le Uuttier a été vu, dans la matinée de ce même jour, rôdant autour de l\u2019habitation.\u2014Oui, oui.j\u2019entends bien, murmura M.Nicholls dont la pensée était ailleurs.Il ajouta, comme se parlant à lui-même.\u2014Le diable, c\u2019est qu\u2019on ne sache pas où se cache ce Uuttier.Tout en parlant, il glissait, en dessous, un regard vers Bersaglione pour surprendre sur son visage ce que ces mots allaient produire.Mais l\u2019Italien demeura impassible.1\u2014Il est vrai, ajouta le chef de la police, que le nègre pourra nous renseigner à ce sujet.En l\u2019interrogeant habilement.Bersaglione ne put retenir un mouvement de surprise.\u2014Mais il est mort! s\u2019exclama-t-il.Celte vivacité parut faire mauvaise im- 58 pression sur le magistrat qui répondit d\u2019un ton un peu sec: \u2014Heureusement, non.Il se reprit et ajouta en manière d\u2019explication : \u2014Je dis, heureusement, pour la justice qui peut avoir besoin de lui.Le visage de l\u2019Italien s\u2019était rembruni; il semblait \u2014 et cela trop visiblement \u2014 que la nouvelle de l\u2019existence d\u2019Hercule ne lui fit pas plaisir.\u2014On avait dit, balbutia-t-il, qu\u2019il était mort en arrivant à l\u2019hôpital.\u2014C\u2019est-à-dire qu\u2019il est tombé en syncope, et effectivement, on le croyait mort.Mais, après plusieurs heures de léthargie, il est revenu à lui.Le magistrat hocha la tête et ajouta sur un ton de pitié profonde: \u2014Mais le pauvre diable est mal accommodé: dans sa chute, il s\u2019est fendu le crâne et cassé un bras.Supposant que ccs détails pourraient intéresser Bersaglione, M.Nicholls ajouta: \u2014J\u2019avais dit qu\u2019on me prévint dès qu\u2019il serait en état de parler, et précisément j\u2019ai reçu, il n\u2019y a pas une heure, avis de l\u2019hôpital, que son état était sensiblement amélioré.1 ne lueur mauvaise passa dans les petits yeux de Bersaglione.\u2014Je m\u2019en vais, continua M.Nicholls, envoyer un agent à l\u2019hôpital, pour interroger Hercule et tâcher de savoir par lui où gîte l\u2019auteur présumé de l\u2019incendie.Le chef de police appuya le doigt sur le bouton d\u2019une sonnette électrique; puis il prit, dans un carton, une fiche qu\u2019il se mit à couvrir d\u2019une écriture hâtive au crayon.La porte s\u2019était ouvertte et un garçon de bureau s\u2019était arrêté sur le seuil.\u2014Priez M.Harry de monter de suite, commanda M.Nicholls, tout en continuant d\u2019écrire.Et quand la porte sc fût refermée, il dit à Bersaglione: \u2014Je fais en ce moment, le résumé de notre conversation; cela guidera l\u2019agent dans l\u2019interrogatoire qu\u2019il doit faire subir à Hercule.Bersaglione paraissait fort ennuyé.\u2014Si Votre Seigneurie n\u2019a plus rien a me demander, murmura-t-il en esquissant un mouvement vers la sortie.En ce moment, et avant que M.Nicholls eût répondu à la demande de congé que lui adressait si hâtivement Bersaglione, une rumeur s\u2019éleva dans l\u2019antichambre, et, comme le chef de la police, surpris et curieux, relevait la tête, la porte s\u2019ouvrit un peu précipitamment, et le garçon de bureau entra.\u2014Monsieur.fit-il d\u2019une voix un peu émue.monsieur, c\u2019est un nègre.Le chef de la police sursauta sur son siège et répéta, doutant qu\u2019il eût bien entendu.\u2014Un nègre ! \u2014Un nègre! répéta à son tour Bersaglione (pii pfilit visiblement et opéra une retraite marquée vers le fond du cabinet.Le garçon de bureau expliqua.\u2014Oui, Votre Honneur, un nègre. LE SAMEDI 17 \u2014Mais, d\u2019où vient ce bruit?\u2014De ce que ce nègre s\u2019est échappé d\u2019un hôpital où il est en traitement; a-lors, les surveillants, qui le poursuivaient.viennent de le rejoindre seulement dans l\u2019antichambre.Il s\u2019arrêta net, tendit le bras vers la porte derrière laquelle un grand bruit retentissait.\u2014 Tenez, fit-il, tenez.entendez-vous ?\u2014Mais que se passe-t-il clone?demanda M.Nicholls en se levant et se dirigeant vers la porte.\u2014Les surveillants veulent l\u2019emmener, mais comme il est d\u2019une force extraordinaire, il leur résiste, bien qu\u2019il ait un bras cassé et la tête en morceaux.M.Nicholls franchit d\u2019un bond les quelques pas qui le séparaient de la porte.\u2014La tête en morceaux !.un bras cassé! s\u2019exclama-t-il, mais, c\u2019est lui! c\u2019cst Hercule !.Et Bersaglionc, livide, adossé à la muraille, car il sentait ses jambes flagcol-ler sous lui, répéta, lui aussi: \u2014C\u2019est Hercule! Le chef de la police, ouvrant la porte, s\u2019avança dans l\u2019antichambre; mais, presque aussitôt, il s\u2019arrêta, frappé par le spectacle qui s\u2019offrait à lui.Hercule, le bras gauche enveloppé dans des linges et la tête disparaissant presque au milieu des bandages, luttait contre trois hommes revêtus de l\u2019uniforme des surveillants d\u2019hôpital.Et bien qu\u2019un contre trois, bien que n\u2019ayant que l\u2019usage d\u2019un seul de ses bras, bien que rongé par la fièvre, il les avait accules tous les trois dans un coin et les maintenait énergiquement de sa main droite, les étouffant même quelque peu.A la vue du chef de la police, le nègre, abandonnant ses adversaires, se précipita vers lui, balbutiant: \u2014Ab! Votre Honneur!.Votre Honneur !.Et.comme il chancelait, M.Nicholls dut le prendre sous les bras pour l\u2019empêcher de tomber.¦\u2014Ces coquins m\u2019ont essoufflé, murmura-t-il en reprenant un peu possession de lui-même.\u2014Mais, qu\u2019arrive-t-il?demanda M.Nicholls, et pourquoi es-tu ici, au lieu d\u2019être dans ton lit, à l\u2019hôpital?.Avant que le nègre eût eu le temps de répondre, l\u2019un des surveillants s\u2019étaii approché.\u2014Ce malheureux n\u2019a pas sa tête à lui, explique-t-il.et.Hercule poussa une sorte de rugissement.\u2014l\u2019as ma tête à moi ! s\u2019exclama-t-il hors de lui; je vous ai prouvé, en tous cas, que mon poing est bien à moi.Et il faisait mine de s\u2019avancer sur le surveillant, qui jugea prudent de reculer, en balbutiant.\u2014Et dans un accès de fièvre chaude, alors qu\u2019on n\u2019avait plus l\u2019oeil sur lui, il s\u2019est échappé.Hercule prit un air suppliant: \u2014Votre Honneur! Votre Honneur! gémit-il, je me mets sous votre protection.\u2014Mais tu n\u2019as que faire de ma protection, mon bon Hercule, répondit le magistrat, très surpris: ces gens-là ne le veulent que du bien.Le nègre se pencha vers M.Nicholls et lui dit tout bas à l\u2019oreille.\u2014On a voulu m\u2019empoisonner.Le chef de la police eut un haut-le-corps de surprise.\u2014T\u2019cmp.Il ne termina pas le mot.Hercule venant, de lui broyer la main dans ses doigts d\u2019acier.\u2014.Silence, souffla le nègre, en désignant les trois surveillants qui attendaient à l\u2019extrémité de l\u2019antichambre.Alors, M.Nicholls leur dit.\u2014Vous pouvez vous retirer, Messieurs, je garde ce garçon avec moi.\u2014Mais, monsieur, insista celui qui a-vait pris la parole; il appartient, à l\u2019hôpital, et.Le magistrat fronça les sourcils.\u2014Un hôpital n\u2019est pas une prison, déclara-t-il, et si la volonté de cet; hnmm : est de ne pas retourner avec vous, il est libre.Les autres s\u2019inclinèrent sans mot dire et disparurent dans l\u2019escalier.\u2014Maintenant, suis-moi, fit M.Nicholls à Hercule.Et il rentra dans son cabinet.Mais à peine le nègre eût-il aperçu Bersaglione qui n\u2019avait, pas bougé de la cloison, à laquelle il était, adossé depuis un instant, comme s\u2019il eût espéré pouvoir s\u2019v enfoncer et y disparaître, qu\u2019un flot de sang, lui montant à la face de noir qu\u2019il était, son visage devint eo 1-leur cendre et que le blanc, de l\u2019oeil s\u2019injecta de sang.\u2014Ah! bandit! hurla-t-il.brigand! Et, avant, que M.Nicholls eût pu s\u2019y opposer, il avait franchi d\u2019un bond le cabinet, s\u2019était jeté sur Bersaglione, l\u2019avait saisi à la gorge, et de ses terribles doigts l\u2019étranglait.L\u2019autre était déjà tout rouge et, d\u2019entre ses lèvres violacées, sa langue un peu noirâtre, pendait.Et.en dépit de l\u2019intervention du magistrat, Bersaglione eût définitivement passé de vie à trépas, si soudainement, les doigts d\u2019Hercule ne s\u2019étaient, desserrés, tandis que lui-même, chancelant, s\u2019écroulait sur le tapis, comme mort.Ses forces l\u2019avaient trahi, et la surexcitation nerveuse qui l\u2019avait amené jusque-là, tombant subitement, il n\u2019avait pu résister.D\u2019un bond en arrière, Bersaglione s\u2019é-fcait dégagé et, avec beaucoup do peine pour reprendre son souffle, blanc comme un linge et tremblant comme une feuille, il demeurait immobile, dans un coin du cabinet.M.Nicholls, lui, s\u2019était précipité vers Hercule, et, penché vers lui, l\u2019examinait avec inquiétude, le croyant mort.Quand il se redressa, son visage était rasséréné; il venait de constater que le nègre n\u2019était qu\u2019évanoui et cette constatation lui faisait grand plaisir, car son 59 flair lui faisait pressentir dans Hercule un auxiliaire précieux; quoique cependant il eût voulu trouver en lui plus de circonspection.La manifestation hostile à laquelle Hercule venait de se livrer à l\u2019égard de Bersaglione, pouvait, en effet, compromettre jusqu\u2019à un certain point, les projets du magistrat.\u2014Arrive ici, toi, fit-il en s\u2019adressant a Bersaglione, et aide-moi à mettre ce pauvre diable sur un fauteuil.L\u2019Italien fit la grimace.\u2014Je ferai observer à Votre Seigneurie, murmura-t-il, que cet homme a voulu m\u2019étrangler, et.que.\u2014Penh! répliqua M.Nicholls, c\u2019est un accès de fièvre chaude et.il ne faut pas lui en vouloir.Bersaglione regarda en dessous le magistrat.pour s assurer que sa physionomie ne démentait pas l\u2019accent sincère a-vec lequel venaient d\u2019être prononcées ccs paroles; puis il balbutia: \u2014Mais, s\u2019il lui prend fantaisie de recommencer.\u2014C\u2019est peu probable; en tous cas.donne-moi un coup de main.tu t\u2019en iras après.L\u2019Italien, quoique peu rassuré, s'avança cependant, se courba vers Hercule, le prit sous une épaule et M.Nicholls en ayant fait autant de sou eôtté, les deux hommes, avec une peine infinie, parvinrent a asseoir Hercule dans le propre fauteuil du magistrat.M ais cette besogne à peine terminée, Bersaglione poussa un cri do terreur.Les doigts du nègre venaient de saisir son poignet qu\u2019ils enserraient aussi fortement qu\u2019eût pu le faire un bracelet d\u2019acier.\u2014Votre Seigneurie! balbutfia-t-il cpeu-ré, Votre Seigneurie.M.Nicholls se pencha sur Hercule.\u2014Voyons, mon ami, dit-il, qu\u2019est-ce que cela signifie?Le nègre ouvrit les yeux lentement, sa poitrine laissa échapper un profond soupir et il répondit: \u2014Cela signifie, Votre Honneur, que cet homme est un misérable qui appartient à la justice et que du moment que vous le tenez.il ne faut pas le laisser échapper.Cette entrée en matière, qui allait si diamétralement à l\u2019opposé de scs projets de temporisateur, firent froncer les sourcils de M.Nicholls, et il essaya de masquer sa mauvaise humeur sous un air de plaisanterie qui était, certes, loin de son esprit.\u2014Je te ferai observer, ricana-t-il, que ce n\u2019est pas moi qui le tiens, niais bien toi.Le masque d\u2019Hercule exprima une vive contrariété.\u2014Sauf le respect que je dois à Voire Honneur, répliqua-t-il, je vous ferai observer que les circonstances ne sont pas plaisantes.M.Nicholls se mit à rire.\u2014Dieu me pardonne, s\u2019exclama-t-il, Hercule me fait la leçon.I.c nègre hocha la tête. 18 LE SAMEDI \u2014Si Votre Honneur, répondit-il d\u2019un ton plein d\u2019humilité, mais ferme cependant, savait ce que je sais, peut-être serait-elle moins disposée à plaisanter.Le magistrat' s\u2019était assis sur une chaise; il demanda: \u2014Et que sais-tu?\u2014Que l\u2019auteur de l\u2019incendie de l\u2019habitation Smither est là, devant Votre Honneur ! f'e disant, il hocha la tête vers Bcrsa-glione qui après avoir constate l\u2019inutilité des efforts qu\u2019il faisait pour se dégager de l\u2019étreinte d\u2019ilerculc, avait fini par sc résigner à attendre patiemment que M.Nicholls donnât au nègre l\u2019ordre de relâcher son prisonnier.Devant l\u2019accusation piecise cl\u2019Hercule, l\u2019Italien blêmit, légèrement, et ses lèvres s\u2019agitèrent dans un balbutiement nerveux.Néanmoins, il eut suffisamment d\u2019empire sur lui-même pour ne pas trahir da-* vantage son émotion.Même, il eut la force de ricaner en regardant M.Nicholls d\u2019un air qui disait clairement : \u201cVous aviez raison tout à l\u2019heure de parler de fièvre chaude; le jviuvre homme n\u2019a pas sa raison.\u201d Le magistrat répondit à ce regard par un regard qui semblait dire: \"Il divague, ne vous émotionnez pas de ce qu\u2019il racontera, je suis disposé à n\u2019en pas croire un met.Cependant, après avoir gardé le silence durant quelques instants, Hercule répéta, voyant que M.Nicholls semblait ne pas avoir compris ce qu\u2019il venait de lui dire: \u2014Oui, Votre Honneur, c\u2019est Bersaglio-nc qui a mis le feu à l\u2019habitation de' miss Mary Smither.\tj Devant une accusation aussi nettement formulée, le magistrat ne pouvait demeurer impassible.Il considéra longuement Hercule, non moins longuement Bersaglione; puis, ramenant sen regard sur le nègre: \u2014Sais-tu bien, dit-il sévèrement, que ton accusation est grave.\tI \u2014Je le sais.\u2014Et que non moins grave est le cas dans lequel tu te places en formulant une semblable accusation, si tu n\u2019es pas à même de la prouver.Hercule inclina affirmativement la tête.Bersaglione comprit qu\u2019il ne pouvait laisser passer, sans protester, une telle affirmation sous peine de se perdre dans l\u2019esprit du magistrat.Et il s\u2019exclama avec un accent de sincérité véritablement bien imité.\u2014Tu as îles preuves contre moi?Je te défie de dire lesquelles.Hercule attacha sur lui ses gros yeux blancs dans lesquelles brillait une lueur terrible et répondit.\u2014Mes blessures.Ni Bersaglione, ni M.Nicholls ne comprirent, car tous deux regardèrent le nègre d\u2019un air véritablement étonné.*\u2014Oui, répéta Hercule, mes blessures, ear si je suis dans l\u2019état où je me trouve actuellement, c\u2019est toi qui en est cause!.Sans en avoir l\u2019air, le magistrat examinait l\u2019Italien, et le vit pâlir en entendant ces mots que son accusateur venait de prononcer avec une énergie très remarquable.\u2014Crois-tu donc, poursuivit Hercule, que je ne t\u2019aie pas vu repousser l\u2019échelle dans le vide, lorsque j\u2019ai voulu m\u2019y engager?Bersaglione jugea le moment opportun pour faire une grande démonstration indignée.\u2014Par la Très Sainte-Vierge, Votre Seigneurie, déclara-t-il en levant vers le plafond la seule main qu\u2019il eût de libre, cet homme est fou ou bien c\u2019est le dernier des imposteurs! ah! oui, j\u2019en jure par la bienheureuse Vierge Marie et par son Divin Fils, il ne sait ce qu\u2019il dit.\u2014Menteur! assassin! incendiaire! cria Hercule.M.Nicholls, promenant son regard de l\u2019un à l\u2019autre, semblait chercher à deviner lequel des deux disait la vérité.Bersaglione ajouta: \u2014Tu m\u2019accuses d\u2019avoir voulu te tuer.quel intérêt aurais-je pu avoir à ta mort?Le nègre haussa les épaules.\u2014Ceux qui sont morts ne parlent pas, répondit-il, et cela vous aurait gênés, que je parle.Les lèvres de Bersaglione se pincèrent dans un rictus nerveux; mais il ne jugea pas prudent, sans doute, de relcA'er ce que ces paroles avaient d\u2019étrange.M.Nicholls fut sur le point d\u2019interroger Hercule; mais sans doute craignit-il que sa réponse ne le mit lui-même dans l\u2019embarras; car il se tut.\u2014Mais du moment que tu n\u2019es pas mort, ricana Bersaglione, au bout d\u2019un instant, tu peux parler.Hercule lui lança un regard mauvais.\u2014Ce n\u2019est pas pour autre chose que je suis ici, gronda-t-il.Et, se retournant vers M.Nicholls.\u2014J\u2019accuse cct homme, non seulement d\u2019avoir mis le feu à l\u2019habitation de miss Mary Smither, mais encore d\u2019avoir cherché à causer la mort de miss Mary et de la vieille damp.Cette fois l\u2019accusation parut à l\u2019Italien tellement invraisemblable, qu\u2019il éclata de rire, regardant le magistrat,,tout surpris que celui-ci ne partageât pas son hilarité ! \u2014Et de quoi encore m\u2019accuses-tu?demanda Bersaglione, lorsque fut un peu passé son accès d\u2019hilarité.\u2014D\u2019avoir cherché à me tuer, moi aussi, répondit le nègre.L\u2019Italien hocha la tête.\u2014Pourquoi n\u2019accuses-tu pas en même temps que moi M.le marquis de Santa Capella?demanda-t-il ironiquement ; il était avec moi dans le figuier et si, comme tu le prétends, quelqu\u2019un a repoussé l\u2019échelle au moment où tu y mettais le pied, M.le marquis doit être accusé tout comme moi.En entendant l'Italien parler ainsi, il sembla qu\u2019TTercule fût médusé; ses yeux s\u2019éenrquillèrent et sa bouche s\u2019entr\u2019ouvrit, découvrant ses dents blanches.60 M.Nicholls, lui, avait eu un claquement de langue impatienté.\u2014Laissons, je vous prie, M.de Santa Capella, dit-il d\u2019une voix assez dure à l\u2019Italien et occupons-nous de vous.Hercule ouvrait la bouche pour parler, mais sans doute le magistrat devina-t-il ce qu\u2019il allait dire, car, d\u2019un regard impérieux, il lui imposa silence.Puis, au bout d\u2019un instant: \u2014Mon garçon, fit-il, si vous aviez votre tête à vous, vous ne porteriez pas contre Bersaglione une accusation semblable.Comment ! vous venez prétendre que Bersaglione, eu mettant le feu à l\u2019habitation, visait la mort des dames Smither, et, sans lui, sans son audacieux dévouement, les dames Smither périssaient dans les flammes.11 fit une pause et ajouta: \u2014A moins, cependant, que je ne doive considérer comme mensongers les rapports de tous ceux qui ont assisté au sinistre \u2014 et ils sont nombreux.Bersaglione, en entendant ces mote, fixa sur Hercule des regards triomphants.\u2014Certes, dit-il, d\u2019un tou plein de modestie, en faisant ce que j\u2019ai fait, j\u2019ai accompli mon devoir de serviteur dévoué et fidèle, et je n\u2019aurais jamais songé à m\u2019en vanter; mais il me faut me défendre.il me semble que mon courage seul suffit à ma défense.Un sourire singulier plissa les grosses lèvres d\u2019Hercule.\u2014Tout le monde, en effet, répondit-il, a vu que tu as sauvé Mme Smither et que tu as contribué pour une grande part au sauvetage de miss Mary, mais personne n\u2019a vu ce que j\u2019ai vu.autrement, on aurait compris pourquoi la vieille dame et miss Mary n\u2019ont pas pu s\u2019échapper de leur chambre par l\u2019escalier intérieur.Ce disant, il regardait fixement l\u2019Italien dont les paupières s\u2019abaissaient tandis que son visage pâlissait un peu.M.Nicholls, sans en avoir l\u2019air, examinait Bersaglione et notait dans sa mémoire ces imperceptibles signes de trouble.\u2014Oui, poursuivit Hercule, eu s\u2019animant et en s\u2019adressant cette fois au magistrat, si Votre Honneur sait que cet homme a sauvé la vieille dame, elle doit savoir aussi ce que j\u2019ai fait pour sauver miss Mary; l\u2019incendie avait coupé les communications entre les appartements et la galerie qui, d\u2019ailleurs n\u2019existait pour ainsi dire plus; je suis entré par le toit dans une chambre du second et j\u2019ai descendu l\u2019escalier, rempli déjà de fumée.A moitié asphyxié, j\u2019ai cherché la porte de Mme Smither, j\u2019ai tourné le bouton; mais la porte ne s\u2019est pas ouverte ; elle était fermée à clé.\u2014La vieille dame s\u2019enfermait le soir, expliqua Bersaglione.Hercule haussa les épaiües.\u2014Rien ne l\u2019aurait empêché, dans ce cas, dit-il, d\u2019ouvrir la porte et de se sauver par l\u2019escalier, au lieu d\u2019attendre son courageux sauveur.\u2014En effet, observa M.Nicholls, je ne comprends pas bien.\u2014Votre Honneur va comprendre, répondit Hercule; la porte était fermée, LE SAMEDI 19 c\u2019est vrai, mais la clé était dans la serrure, en dehors.Le magistrat tressaillit.\u2014En dehors, s\u2019exclama-t-il ; tu es sûr ?\u2014La preuve, Votre Honneur, e\u2019est que je n\u2019ai eu qu\u2019à tourner la clé pour entrer et pour arracher miss Mary, asphyxiée déjà, aux flammes qui envahissaient l\u2019appartement.M.Nicholls regarda Bersaglione.Celui-ci soutint le regard du magistrat; depuis quelques instants, il s\u2019attendait à la révélation d\u2019Hercule et il préparait sa réponse.\u2014C\u2019est une preuve que les dames Srni-ther n\u2019ont pu fuir l\u2019incendie par l\u2019escalier intérieur, l\u2019it-il; mais ce n\u2019est pas une preuve que ce soit moi qui ai allumé l\u2019incendie.Ces paroles s\u2019adressaient aussi bien à Hercule qu\u2019à M.Nicholls.Mais ce fut vers ce dernier que Bersaglione se tourna pour ajouter: \u2014J\u2019avais dit à Votre Seigneurie que l\u2019incendie 11\u2019était pas le fait d\u2019un accident; vous voyez que les détails fournis par Hercule viennent à l\u2019appui de ce que je vous ai dit tout à l\u2019heure.M.Nicholls inclina la tête approbativement.L\u2019Italien ricana.\u2014Et malgré toi, mon pauvre Hercule, fit-il, tu viens de te déclarer coupable.A ces mots, le nègre sauta sur son siège, et, faisant un bond en avant, aurait saisi de nouveau Bersaglione à la gorge, si M.Nicholls, le prévenant, ne s\u2019était placé entre les deux hommes.\u2014Quoi ! hurla le nègre, au comble de la fureur, on m\u2019accuse d\u2019avoir mis le feu.moi! moi qui suis dévoué à Mme Smither comme un chien, moi qui aime miss Mary, comme si elle était ma fille ! et c\u2019est lui.c\u2019est ce misérable qui m\u2019accuse!.11 dressa son poing valide dans la direction de l\u2019Italien.\u2014Ah ! bandit ! gronda-t-il, remercie Dieu qui met Son Honneur entre toi et moi.ear, aussi vrai que tu n\u2019es qu\u2019un traître et un Italien, je t\u2019aurais mangé la face.Il eut un geste terrible et ajouta entre ses dents.\u2014Mais patience.on se retrouvera.Comme il s\u2019était rapproché encore de Bersaglione, M.Nicholls le prit par l'épaule et le repoussant doucement vers son siège.\u2014Bas un mot imprudent, lui chucho-ta-t-il à l\u2019oreille, ne t\u2019étonne de rien et ne me démens pas.La stupéfaction d\u2019Hercule fut tellement grande qu\u2019il se laissa tomber sur son siège, sans mot dire, regardant le magistrat d\u2019un air ahuri.M.Nicholls dit alors tout haut.\u2014Tu as mal* compris ce qu\u2019a voulu te dire Bersaglione, fit-il.\u2014Mal compris! \u2014Assurément, et, avant ton arrivée, il m\u2019a expliqué l\u2019affaire.Le magistrat s\u2019interrompit un instant: plongea son regard dans les yeux du nè- gre, comme pour lui en arracher la vérité; mais, en réalité, pour le prévenir d\u2019avoir à tenir compte do ce qu\u2019il lui avait dit tout bas et ajouta d\u2019une voix sévère.\u2014Est-il vrai que, le jour même de l\u2019incendie, tu aies reçu la visite de l\u2019homme qui avait été, quelque temps auparavant, amené par JL Holley.\u2014Celui que M.Daniel accusait d\u2019avoir assassiné ce pauvre M.d\u2019Etrillac, s\u2019exclama Hercule.\u2014C\u2019est cela même; eh bien ! Bersa-glione affirme que tu avais avec lui de fréquents conciliabules.et que le jour même du sinistre, il rôdait autour de l\u2019habitation.Un moment, le nègre demeura tout interloqué.Cela, tout d\u2019abord, lui semblait si é-trange que M.Nicholls parût accuser le Iluttier d\u2019avoir incendié l\u2019habitation Smither, le Iluttier dont il connaissait le rôle dans la mystérieuse affaire du meurtre de d\u2019Etrillac.Dans sa grosse cervelle, même, il ne pouvait concevoir comment le magistrat suspectait la présence du Iluttier autour de l\u2019habitation ; devant lui-même n\u2019avait-il pas été convenu que le Iluttier viendrait aussi souvent que la prudence le lui permettrait, donner à miss Mary des nouvelles de son fiancé et ce jusqu\u2019à ce que d\u2019Etrillac fût assez valide pour quitter sa cachette momentanée et chercher au Canada une retraite plus sûre ?Et comme il s\u2019apprêtait à ouvrir la bouche pour se disculper et disculper eu même temps son ami, un regard de M.Nicholls lui cloua la langue au palais.Le magistrat lisait comme à livre ouvert, dans la cervelle d\u2019Hercule.\u2014Voyons, insiista le chef de la police, ce que je viens de te dire là est-il vrai?\u2014Quoi ?demanda Hercule, tellement troublé qu\u2019il ne se.rappelait plus ce qui venait de lui être demandé.Et JL Nicholls, charmé de ce trouble qui servait si complètement ses projets, répéta : \u2014 Est-il vrai que vous ayez eu à plusieurs reprises, des entretiens avec le Iluttier?Machinalement, Hercule répondit: \u2014 C\u2019est vrai, Votre Honneur, mais.\u2014Est-il vrai que, le jour de l\u2019incendie, cet homme soit venu à l\u2019habitation?\u2014Oui.Votre Honneur, mais.Le nègre n\u2019en put dire davantage, Bersaglione se chargeant lui-même d\u2019interrompre la phrase commencée.¦\u2014Votre Seigneurie constate que je lui ai dit la vérité! s\u2019écria-t-il triomphalement, en se penchant, dans un geste servile.vers le magistrat.Celui-ci eut une inclinaison de tête approbative; puis continuant de s\u2019adresser à Hercule: \u2014Tu vois donc bien que la justice a raison de te suspecter, fit-il, car tes entretiens secrets avec un homme de mauvaise vie, un coureur de bois, que, malgré ses dénégations, je persiste à soupçonner fort du meurtre de monsieur d\u2019Etrillac, ces entretiens, dis-je, ne me pa- 61 raissent nullement clairs ; bien plus, il a fait de toi le complice de cet homme.Tout en parlant, M.Nicholls surveillait du coin de l\u2019oeil Bersaglione, dont le visage rayonnait.\u2014Peux-tu me dire à quoi avaient trait ces conciliabules ?demanda encore le magistrat.Le nègre baissa sa grosse tête crépue.\u2014Tu ne réponds pas! s\u2019écria Bersaglione; donc, tu avoues! M.Nicholls frappa sur son bureau a-vec colère.\u2014C\u2019est à moi de parler, fit-il rudement et non à toi.Un mot encore, un seul et je te fais emmener.L\u2019Italien, désireux d\u2019assister à la fin tie cette scène qui comblait son coeur de joie, se tut et baissa les paupières pour dissimuler l\u2019éclat de scs prunelles.\u2014Alors, insista M.Nicholls, tu ne peux m\u2019expliquer la présence de cet homme à l\u2019habitation, pas plus que tu ne veux me dire ce que vous vous racontiez tous les deux ensemble?Hercule avait fini par comprendre que c\u2019était une comédie que jouait là le magistrat et plutôt que do dire une bêtise \u2014 ne se sentant pas à la hauteur \u2014 il préférait se taire.M.Nicholls eut un petit ricanement, d\u2019ailleurs merveilleusement imité, et se frottant les mains d\u2019un air tout à fait satisfait, il dit: \u2014Eh bien! maître Hercule, puisqu\u2019il en est ainsi, puisque tu aimes tant le silence, nous allons te fournir le moyen do n\u2019avoir pas la tentation de bavarder.Une bonne cellule où tu ne seras pas dérangé par les visiteurs, te permettra do réfléchir tout à ton aise sur les inconvénients des liaisons dangereuses.Pour le coup, le pauvre nègre n\u2019en put croire ses oreilles.Il releva la tête, attacha scs gros yeux blancs sur le magistrat, semblant lui demander si ce qu\u2019il venait d\u2019entendre é-tait bien réel; puis deux grosses larmes débordant de scs paupières, roulèrent silencieusement le long de scs joues.Un sourire mauvais plissait les lèvres minces de Bersaglione.en voyant plus complète qu\u2019il n\u2019avait osé l\u2019espérer la déconfiture de son ennemi.M.Nicholls, cependant, avait appuyé sur un bouton de sonnerie électrique, et deux agents, ouvrant la porte, s\u2019étaient immobilisés sur le seuil.Le magistrat leur désigna Hercule.-\u2014Cet homme en cellule, ordonna-t-il, et au secret.11 crayonna rapidemeni! quelques mots sur un morceau de papier qu\u2019il tendit à l\u2019un des agents.\u2014Voici des instructions spéciales pour le directeur du dépôt, ajouta-t-il.Hercule, que l\u2019on emmenait, tourna vers lui des regards lamentables, des regards semblables à ceux que tourne le bétail vers le boucher qui l\u2019égorge.\u2014Va, va, mon brave, dit le magistrat un peu gouailleur, réfléchis et tâche de réfléchir vite; c\u2019est le meilleur moyen que lu aies de ne pas mourir en cellule.Kcsté seul avec Bersaglione, M.Ni- 20 cliplls demeura un long moment silencieux, immobile, les yeux fixés sur l\u2019Italien, semblant indécis sur ce qu\u2019il allait dire, sur ce qu\u2019il allait, faire.L\u2019Italien, vaguement inquiet, retenait les paroles de contentement qu\u2019amenait, sur le bord de ses lèvres, l\u2019incarcération d\u2019Hercule.Cependant, comme ce silence, en se prolongeant, finissait par devenir embarrassant, il sc risqua à dire, mais d\u2019un air timide : \u2014Votre Seigneurie a vu que je lui rivais d;t ht vérité! \u2014Oui, répondit pensivement M Nicholls, et je saurai récompenser ton zèle.Cn éclair de joie s\u2019alluma dans la prunelle de l\u2019italien.\u2014.Mais, ajouta le magistrat, il faut que tu me rendes encore un service.\u2014Deux, si cela m\u2019est possible! s\u2019écria De rsa glione.\u2014 Tu ni\u2019accompagneras à l\u2019habitation Smitlier.L\u2019autre ne put retenir un mouvement de surprise.\u2014Je veux, poursuivit M.Nicholls, m\u2019assurer par moi-même de la véracité du récit d\u2019Ilerculc., car le cas de l\u2019incendiaire serait bien autrement grave r\u2019il y avait eu tentative de meurtre.1 ne crispation nerveuse contracta les lèvres de Hersa glione, sur le visage duquel un voile d\u2019inquiétude passa.M.Nicholls ajouta, à mi-voix, comme se parlant à lui-même, semblant avoir oublié la présence de l\u2019Italien qu\u2019il observait cependant du coin de l\u2019o'eil.\u2014Cette histoire de serrure est très importante et susceptible de jeter un jour nouveau sur l\u2019affaire.Hersa glione pâlit un peu.-Alors, le magistrat le regarda bien en face et lui demanda : \u2014Crois-tu que cet homme \u2014 je veux parler du Ifuttier \u2014 crois-tu qu\u2019il ait pu pénétrer dans l\u2019habitation?\u2014Dame.pour mettre le feu.M.Nicholls secoua la tête.\u2014Ce n\u2019est pas ce que je veux dire, fit-il, crois-tu qu\u2019il se soit risqué à pénétrer dans les appartements?Le premier mouvement de Bcrsagliune lut énergique de dénégation.\u2014Oh! non.dit-il.ec n\u2019est' pas possible.\u2014Alors, répliqua tout de suite, et sans lui laisser le temps de respirer, M.Nicholls, ce n\u2019est pas lui qui peut avoir fermé à clé la porte de Mme Smitlier.Cette conclusion était tellement logique que Bersaglione ne trouva rien à répondre.\u2014Il faut donc, poursuivit le magistrat, que l\u2019incendiaire aiti été aidé, dans sa criminelle entreprise, par quelqu\u2019un pouvant circuler dans l\u2019appartement sans é-veiller les soupçons.1\u2014Sans doute., sans doute., murmura Bersaglione qui commençait à se trouver mal à son aise.\u2014Et ce quelqu\u2019un, conclut M.Nicholls, ne peut évidemment être qu\u2019IIer-cule, parce que ses conciliabules avec LE SAMEDI l\u2019homme que nous supposons être le coupable l\u2019indiquent comme étant le complice de cet homme.lout en parlant, il ne quittait pas des yeux Bersaglione qui répondait, mais a-vee une sorte d\u2019hésitation.\u2014Assurément.\u2014Dans ces conditions-là, poursuivit le magistrat, J f aut que je me transporte à la maison Smitlier et qu\u2019avec ton aide je reconstitue la maniéré dont les choses se sont passées.Tu connais parfaitement les issues de l\u2019habitation et je ne pourrai trouver de plus utile auxiliaire que toi.L Italien poussa un léger sojupir de soulagement.\u2014Seulement, dit en souriant M.Nicholls, comme la démarche que je m\u2019eu vais faire n\u2019a pas besoin d\u2019être connue de personne et que tes compatriotes passent pour avoir la langue un peu longue.tu permettras que je prenne mes précau-t ions.Un pli inquiet creusa le front de l\u2019Italien.-M.Nicholls tira sa montre.\u2014Tl va être midi, ajouta-t-il, tu dois avoir faim.car moi-même, je me sens l\u2019estomac terriblement creux.je vais donc te faire porter à déjeuner dans une [liècc voisine.Bersaglione pâlit.Vous me gardez ici! s\u2019exclama-t-il.Le magistrat eut un petit claquement de langue impatienté.\u2014Il ne faut pas mal interpréter mes intentions, dit-il; je ne te garde pas ; mais, comme je ne veux pas que tu commettes une indiscrétion qui pourrait donner l\u2019éveil au lluttier.je préfère, je .juge plus prudent de ne pas te mettre à même d\u2019être indiscret.1\u2014Alors, je suis prisonnier, balbutia Bersaglione.M.Nicholls protesta.\u2014Quelle idée!.prisonnier! ce serait de ma part une singulière façon de reconnaître tes services ! H sonna et le garçon de bureau entra.\u2014Accompagnez monsieur dans le petit bureau du secrétaire, dit-il, et mettez-vous a sa disposition pour son déjeuner.Les dépenses me regarderont.Ce disant, il s\u2019était levé, avait pris son chapeau, sa canne et était sorti.-Mais il revint sur ses pas et dit au garçon de bureau: \u2014J oubliais de vous dire que monsieur ne devait pas sortir du bureau du secrétaire, ni communiquer avec personne.XIV DANS LEQUEL BERSAGLIONE PREND SES PRECAUTIONS Bersaglione avait fait contre fortune bon coeur et avait mangé de fort bon appétit.Et comme il avait copieusement arro-sé le repas plantureux que le garçon de bureau, momentanément préposé à son service lui avait fait, monter, ses idées prem ères, quelque peu noires, s\u2019étaient 02 peu à peu éclaircies et maintenant il ne considérait plus sa détentation que comme un caprice de M.Nicholls.\u2014Après tout, songeait-il, tout en fumant béatement l\u2019excellent cigare que la prévenance du garçon de bureau avait placé sur la soucoupe de sa tasse à café; après tout, il a dit vrai, le bonhomme, les Italiens sont bavards en diable.11 ajouta, en lançant un coup d\u2019oeil vers le garçon de bureau.\u2014Ce n\u2019est pas comme les gens de ce pays-ci.Dcpu\u2019p deux heures, en effet, que Ber-viglione était dans le bureau du secrétaire, le garçon n\u2019avait pas desserré Ios dents.A peine même si, depuis qu\u2019il s\u2019était assis après avoir servi le déjeuner du prisonnier, il avait fait un mouvement.Etendu presque dans un de ces vastes fauteuils en bois courbé \u2014 nommé rocking chair \u2014 il lisait attentivement ou semblait lire la pile de journaux qu\u2019il avait prise sur la table de M.Nicholls.U paraissait avoir totalement oublié la présence de Bersaglione et était tellement plongé dans sa lecture qu\u2019il n\u2019avait pas entendu les trois ou quatre invites du prisonnier a entamer la conversation.\u2022Alors Bersaglione avait renoncé à l\u2019espoir de se délier la langue et, tournant le dos an guichet grillé qui faisait communiquer avec l\u2019antichambre le bureau qui lui servait de cellule, prit le parti de faire la sieste pour faciliter sa digestion.Mais l\u2019assoupissement qu\u2019il souhaitait ne venait pas et, demeurant éveillé, force lui fut bien de songer à la singulière s\u2019tuation dans laquelle il se trouvait.Et plus il y songeait, plus le caprice de M.Nicholls auquel id devait son incarcération, lui paraissait singulier, anormal, et plus l\u2019excès de prudence du chef de la police prenait à ses y\u2014B,, sous-chef! répéta la jeune femme dont l\u2019irritation allait croissante, et quo voulez-vous que je fasse d\u2019un sous-chef?c\u2019est le chef qu\u2019il me faut, c\u2019est à lui que je veux me plaindre.Le garçon de bureau, tout interloqué, balbutia.\u2014Madame a à se plaindre?.Elle frappa du pied.\u2014Je suis la comtesse d\u2019Evremom ! s\u2019cxclama-t-elle, et si je dis avoir à me plaindre, c\u2019est que j\u2019ai des motifs pour cela.Le titre et le nom imposèrent au garçon de bureau qui ploya l\u2019échine très bas.\u2014Moi, madame la comtesse, lit-il d\u2019un ton plein d\u2019humilité, je ne me permets pas de dire le contraire.c\u2019est de la surprise seulement que je voulais exprimer .Et elle montrait sa main gauche dégantée, que des linges blancs env >1 paient.\u2014Comme je passais devant la maison, expliqua-t-elle, il est tombé dans ma voiture des débris de vitre, qu\u2019un imbécile d\u2019employé, sans doute, a cassée; et j ai dû aller dans l\u2019officine de pharmacie me faire panser. 22 LE SAMEDI Le garçon crut qu\u2019il était de son devoir d\u2019affecter une vraie sollicitude.\u2014Maadme la comtesse est blessée ! e\u2019exclama-t-il.\u2014Très profondément coupée; me voila huit jours au moins sans pouvoir me ganter.sans pouvoir sortir!.et je suis dans une rage!.La jeune femme ajouta: \u2014Alors, M.Nicholls n\u2019est pas là?\u2014J\u2019ai eu l\u2019honneur de dire déjà à madame la comtesse que M.Nicholls é-tait sorti, répondit le garçon do bureau.Mais madame la comtesse l\u2019eût rencontre que cela fut revenu à peu près au même.Lt baissant la voix, il ajouta: \u2014Ce n\u2019est pas un employé qui a cassé le carreau dont les débris ont blessé madame la comtesse; c\u2019e-st un prisonnier.Mme d\u2019Evremont poussa un léger cri de surprise, sincère, cette fois, et s\u2019exclama : \u2014Un prisonnier! ici.mais, c\u2019est très dangereux ! Luis, brusquement, ses jambes semblèrent fléchir sous elle, elle chancela, balbutiant d\u2019une voix éteinte.\u2014Ah ! mon Dieu ! Lt elle se laissa aller au bras du garçon de bureau effaré.Tant bien que mal, la soutenant maladroitement., il la conduisit à son fauteuil, l\u2019y assit et demanda: Madame la comtesse se trouve mal?De la main, elle lui fit signe de se tranquilliser, puis, réunissant tous scs efforts.In verre d\u2019eau sucrée, murmura-t-elle.Llle ajouta, au bout de deux secondes.\u2014Avec un peu d\u2019éther.Ensuite, elle laissa aller sa tête à la renverse et demeura immobile, les paupières closes.Sans plus penser au prisonnier dont il avait la garde, le garçon de bureau sortit comme un fou.A peine la porte etait-ellc refermée sur lui, que la jeune femme se dressait, et, il un bond, courait au grillage, contre lequel Bersaglione se tenait, le visage rayonnant de joie.\u2014Bien joué! fit-il.\u2014Prisonnier ?demanda-t-elle.' Oui.mais peu importe : Hercule est arrête, le 1 Tutti or va l\u2019être.Que Luiggi, sans perdre de temps, aille à 1 habitation Smither et détruise les serrures.\u2022\u2014Les serrures?Oui, les serrures des appartements que j avais fermées à clé.Tl sait.Mme il Lvremont allait demander des explications, lorsque des pas se firent entendre dans le couloir.O était le garçon de bureau qui revenait précipitamment.Lu un clin d oeil.Bersaglione fut allongé dans son rocking chair et la jeune femme, de nouveau etendue, immobile, dans son fauteuil.Madame.Madame.lit le garçon en s\u2019approchant d\u2019elle et en lui présen- tant un plateau, voici le verre d\u2019eau.Comme elle ne répondait pas, il parut très embarrassé et murmura, prenant une décision soudaine : \u2014Ma foi! tant pis! Il trempa le bout de scs doigts dans le verre et aspergea de quelques gouttes d\u2019eau le gracieux visage de la jeune femme : Celle-ci tressaillit, ouvrit les paupières, les referma, les ouvrit de nouveau et balbutia 1\u2019inevitable et classique phrase : \u2014Où suis-je?Puis elle parut reconnaître le garçon de bureau et, apercevant le verre, ajouta : \u2014Merci.LHe prit le verre, y trempa ses lèvres et parut de suite aller beaucoup mieux.Alors elle se leva, prit dans une belle bourse d\u2019or pendue à une chaîne de même métal, une pièce de monnaie qu\u2019elle tendit au garçon en disant: Voici pour votre peine, et quand je verrai JT.Nicholls, je lui raconterai votre complaisance.Le garçon, tout radieux, s\u2019inclina, murmurant un vague remerciement ,et, comme la jeune femme se dirigeait vers la porte, il ajouta, l\u2019accompagnant jusque-là.\u201cMme la comtesse m\u2019excusera do ne point la conduire jusqu\u2019à sa voiture, mais M.Nicholls m\u2019a bien recommandé de ne pas quitter cet individu-là.Elle eut-, de la tete, un geste plein de condescendance et sortit lentement, comme si elle n\u2019eût pas été remise encore complètement de son malaise passager.Mais, une fois dans le couloir, elle hâta le pas, descendit précipitamment les escaliers, traversa la cour non moins vi-a émeut, et, sautant dans sa voiture, dit au groom qui tenait' les rênes.\u2014A l\u2019hôtel ! Le poney chaise fila rapidement et, moins d\u2019un quart d\u2019heure après, s\u2019arrêtait devant l\u2019élégante habitation de la comtesse.Légère comme un oiseau, elle sauta à tone, franchit la grille, grimpa les marches du perron et, rencontrant la petite quarteronne qui passait précisément dans le vestibule, demanda : 1 II n\u2019est venu personne pendant mon absence ?Pardon, madame, il est venu d\u2019abord M.Nicholls.La jeune femme tressaillit.\u2014Oh! fit-elle avec un trouble qu\u2019elle eut bien de la peine à maîtriser.Et que voulait-il?La jeune fille sourit légèrement et répondit : \u2014Connue d\u2019habitude, présenter ses hommages à Madame.Madame d\u2019Evremont haussa les épaules avec impatience.\u2014U n\u2019est piw venu d\u2019autre visite?interrogea-t-elle.\u2014M.le marquis est venu aussi.Les fins sourcils de la comtesse se contractèrent légèrement et comme elle ouvrait la bouche pour demander, sans 64 doute, quelque renseignement, Olivette ajouta : \u2014M.le marquis a passé avec sa voitu-' rc voir si madame la comtesse désirait l\u2019accompagner chez les dames Smither.\u2014Il allait chez ces dames?.\u2014Probablement; puisqu\u2019il m\u2019a chargé de dire à madame la comtesse qu\u2019il y serait jusqu\u2019à quatre heures.\u2014Et il est?Olivette regarda sa montre.\u2014Quatre heures moins le quart, madame .La comtesse secoua la tête et murmura : \u2014Je n\u2019ai plus le temps.Puis, avec un ton d\u2019indifférence: \u2014Après tout, j\u2019arriverai quand j\u2019arriverai.J\u2019avais précisément l\u2019intention d\u2019aller voir ces dames aujourd\u2019hui.La présence de ce cher marquis n\u2019est nullement indispensable.Elle ressortit aussitôt et se fit conduire à l\u2019hôtel où les dames Smither étaient descendues, en attendant d\u2019avoir pris une décision relative à leur habitation.Depuis l\u2019incendie, toutes les choses é-taient restées on l\u2019éfat.à cause des compagnies d\u2019assurances qui voulaient faire visiter le lieu du sinistre par ses inspecteurs; et d\u2019autre part, la police s\u2019était installée dans un des hangars respectés par les flammes, afin d\u2019empêcher que quiconque pût se glisser parmi les décombres.Les articles des journaux avaient fait grand bruit et, pour ne pas froisser l\u2019opinion publique, on avait dû prendre des mesures qui, au fond, ne devaient amener aucun résultat, les incendiaires n\u2019ayant pas coutume de venir visiter le lieu de leurs exploits, leur coup une fois fait.Quand Mme d\u2019Evremont arriva à l\u2019hôtel, elle trouva le marquis en train de causer fort amicalement avec les dames Smither.La grand\u2019mère, encore sous le coup de l\u2019émotion violente qu\u2019elle avait eue, é-tait étendue-sur une chaise longue, la tête enveloppée de dentelles et le corps couvert de fourrures.Quant à la jeune fille, entièrement remise de la secousse provoquée dans son être tout entier par cet émouvant sauvetage rpii faisait les frais de la presse New-Orléanaise, ejlle paraissait toute gaie et toute heureuse.A 1 arrivée de Mme d\u2019Evremont, elle se leva, courut à la jeune femme et l\u2019embrassa.Je suis venue deux fois hier, lui dit la comtesse en lui rendant ses caresses avec effusion.On me 1 a dit, r\tla jeune fil- le; mais le médecin avait condamné nos portes, à grand\u2019mère et à moi.Elle ajouta: Je serais certainement allée vous embrasser aujourd\u2019hui, si M.de Santa ( apclla n était arrivé au moment où j\u2019allais m\u2019habiller.\u2014Et tu ne pouvais véritablement pas brûler la politesse à ton héroïque sauveur, dit en riant Mme d\u2019Evremont.99 LE SAMEDI 23 Lu marquis eut un geste de protestation.\u2014Oh! comtesse, supplia-t-il, ne parlons pas de cela.Il avait prononcé ees mots sur un ton si singulier que la jeune femme ne put s\u2019empêcher de le railler un peu.\u2014Je comprends, s\u2019exclama-t-elle; c\u2019est là chose trop banale pour vous et qui ne mérite même pas que l\u2019on vous remercie.Entrer dans une fournaise n\u2019est pas plus malin pour vous que pour un dompteur d\u2019entrer dans une cage de fauves, faire des équilibres sur une é-elielle à vingt pieds du sol, entre une branche d\u2019arbre qui craque et une croisée qui brûle! quoi de plus ordinaire?Santa Capella courba la tête avec une fausse modestie.\u2014Assurément, murmura-t-il, ce n\u2019est pas si commode que de traverser, comme Blondin, les chutes du Niagara.mais.Il enveloppa miss Mary d\u2019un regard énamouré et ajouta tout bas, bien bas.comme s\u2019il demandait pardon à la jeune fille de prononcer de semblables paroles : \u2014Qu\u2019est-ce qu\u2019un incendie semblable, que sont de pareilles difficultés pour un homme qui aime vraiment!.J\u2019aurais voulu que la maison ne fût qu\u2019un brasier pour pouvoir donner à miss Mary une mesure de l\u2019étendue de mon amour.Et comme la jeune fille, en entendant ce langage, prenait un air offensé, le marquis s\u2019exclama: \u2014Ali! pardonnez-moi, miss; je sais que je vous suis désagréable! mais il y a si longtemps que ces paroles me brûlent les lèvres, il y a si longtemps que les sentiments qu\u2019elles expriment me gonflent le coeur.Mme d\u2019Evremont, l\u2019interrogeant d\u2019un petit rire sec: \u2014Eh bien ! continuez, mon cher marquis, fit-elle ; vous avez une manière d\u2019excuser votre crime cpii l\u2019aggrave, au contraire.Mme Smither, qui avait écouté parler Sauta Capella avec un sourire aux lèvres, et en scandant chacun de ses mots d\u2019un petit mouvement de tête approbatif, Mme Smither intervint: ¦\u2014Mais où voyez-vous un crime, ma chère comtesse ?demanda-t-elle.\u2014Ce n\u2019est pas moi qui le vois, madame, répondit le jeune homme, mais mips Mary.Mme Smither regarda sa petite-fille.\u2014Ah ! dit-elle en plissant malicieusement ses paupières, je ne pense pas que Mary considère M.le marquis comme un bien grand criminel.n\u2019est-ce pas, petite?Santa Capella crut voir dans ces mots une allusion à des sentiments plus humains de la part de la jeune fille, et il s\u2019écria, avec un tremblement dans la voix : \u2014Serait-il possible ?Quoi ! miss Mary consentirait.La jeune fille lui tendit la main et, avec une grande netteté, répondit : \u2014 .A vous dire que je n\u2019oublierai jamais que vous avez risqué votre vie pour sauver la mienne, oui, monsieur le marquis.Mais, à cela, je u\u2019auivii nul mérite, car c\u2019est un devoir de se souvenir des services rendus.Il garda cette petite main dans la sienne, et murmura Las à l\u2019oreille tie miss -Mary: \u2014Vous savez bien que votre existence m\u2019est plus chère que la mienne.et que si j\u2019ai fait ec que j\u2019ai fait, ç\u2019a été par égoïsme, pour sauver mon bonheur futur.Miss Mary fronça légèrement les sourcils, retira sa main et demeura silencieuse : \u2014Quant à Mme d\u2019Evremont, aux oreilles de laquelle ces mots, \u2014 quelque bas qu\u2019ils eussent été prononcés \u2014 étaient parvenus, Mme d\u2019Evremont pinça les lèvres et, sous ses paupières mi-closes, un regard de colère jaillit, en même temps que ses fines dents blanches mordillaient ses lèvres rouges, au point de les ensanglanter.'\u2014Bandit ! pensa-t-elle ; s\u2019il l\u2019aimait vraiment ! Et elle se tut, les yeux braqués sur Santa Capella qui lui tournait le dos à moitié, tout entier absorbé dans la contemplation de Aille Smither.Brusquement, il se retourna, sentant peser sur lui le regard courroucé de la jeune femme, et tressaillit, en voyant son visage presque convulsé par la colère .\u2014Sangre dit Cristo! songea-t-il, qu\u2019a-t-elle donc, la belle Catarina?11 eût frémi s\u2019il avait pu lire dans le coeur de la jeune femme et certainement il eût cessé tout au moins de faire les doux yeux à Mlle Smither.Car ce qu\u2019avait Mme d\u2019Evremont, c\u2019était tout simplement la jalousie qui venait de la mordre au coeur, son regard ayant surpris dans les yeux de Santa Capella une flamme véritablement, sincèrement amoureuse.Etl en elle-même, elle se disait qu\u2019elle avait été bien imprudente de tolérer une semblable comédie, sans pressentir qu\u2019à vouloir jouer avec le feu, Santa Capella pourrait bien se brûler.Heureusement, la vieille dame Smither vint changer le cours des idées de Mme d\u2019Evremont.\u2014Savez-vous bien, monsieur le marquis, dit-elle, que Bersaglione a accompli de véritables prodiges, avant-hier.\u2014Mais sans lui, chère madame, répliqua la comtesse, vous étiez bel et bien réduite en cendres ! \u2014C\u2019est bien pour cela, que je qualifie de prodige ce qu\u2019il a fait, dit la vieille dame : songez donc, enfermée dans ma chambre, j\u2019y serais morte, si Bersaglio-ne n\u2019était venu m\u2019y prendre.Elle s\u2019arrêta un moment et s\u2019adressant à sa petite fille.\u2014Une chose que je ne m\u2019explique pas, par exemple, c\u2019est comment j\u2019avais fermé ma porte à clé.La jeune fille se mit à rire .\u2014Mais, ne la fermez-vous pas tous les soirs?demanda-t-elle.\u2014Assurément ; mais, aussi tous les * 65 matins, je retrouve la clé sur la porte, tandis qua l\u2019auIre .nuit.Miss Smither hocha la tête.\u2014Dans voire affolement, vous ne l'aurez pas su trouver, répondit-elle.Santa Capella avait coulé vers Mme d\u2019Evremont, un regard inquiet ; la réponse de miss Mary parut lui soulager la poitrine d\u2019un poids énorme.La vieille dame s\u2019écria: \u2014Ah! oui, affolement est bien le mot; si Bersaglione ne m\u2019avait pas trouvée évanouie, je crois que je l\u2019aurais embrassé en le voyant arriver à mon secours! Miss Mary se mil à rire.\u2014Je crois que Bersaglione aimera mieux une bonne gratification que vos baisers, grand\u2019mère, dit-elle avec malice.\u2014 C\u2019est fort possible', répliqua Mme Smither; mais j\u2019en connais qui n\u2019en diraient pas autant.Et, ce disant ,elle regardait Santa Capella.\u2014Ah ! murmura celui-ci, d\u2019un ton plein d\u2019huni'lité, je n\u2019en demanderais pas autant; un simple mot d\u2019espoir me rendrait si heureux.Les fins sourcils de la jeune fille se froncèrent et elle répliqua, avec un petit rire sec et nerveux.\u2014-Fi, monsieur le marqua, à solliciter ainsi, le lendemain même du jour où vous avez rendu un service, on croirait que vous voulez vous le faire payer.\u2014Ah! Mary! s\u2019exclama Mme Smither d\u2019un ton de reproche.Le marquis la supplia, d\u2019un geste, de ne pas intervenir.\u2014Laissez, Madame, laissez; diit-il, tandis que son visage prenait un air d\u2019indicible mélancolie, miss Mary a raison et je ne voudrais même pas m\u2019en défendre, ne voyant aucun mal à me faire payer le service que je lui ai rendu.Je lui ai.du reste, dit moi-même tout à l\u2019heure et, en faisant ce que j\u2019ai fait j\u2019ai agi par égoïsme, songeant plus à elle qu\u2019à moi, au moment où je me précipitai dans les flammes.11 avait prononcé ees mots lentement, d\u2019une voix vibrante et profonde, qui.fit sur la jeune fille une réelle impression.Mais non pas l\u2019impression qu\u2019eu espérai! le marquis.Ce fut de la pitié pour ce pauvre homme qu\u2019elle laissait ainsi se morfondre dans un vain espoir, et certes, si elle n\u2019eût pas fait à René d\u2019Etrillac une promesse aussi formelle, elle eût dit la vérité.Mais, puisqu\u2019elle avait promis, il fallait qu\u2019elle continuât à jouer le rôle du mouton, attirant par son odeur de chair fraîche et par ses bêlements plaintifs, les animaux carnassiers.(A suivre) 24 LE SAMEDI Le cas me S.P.Monette, une femme menaeee de consomption.S'il n\u2019ost jamais bon do s\u2019habituer il l\u2019effet de certains stimulants, changer trop souvent de remède ne vaut guère mieux.Dans des cas exceptionnels, la chose peut être tolérable, mais dans la plupart des maladies féminines, il vaut toujours mieux s\u2019en tenir aux mêmes traitements.Néanmoins, si ce traitement n\u2019est pas celui qui convient et partant, s\u2019il ne peut pas améliorer la situation de la malade, mieux vaut l\u2019abandonner il l\u2019instant et adopter de suite un moyen plus propice, c\u2019est-à-dire le remède par excellence, celui qui ne fa 1 lit jamais: les Pilules Houses do la Compagnie Chimique Franco-Américaine.Toutes les femmes, jeunes ou vieilles, devraient s\u2019en tenir là, car elles ne pourront sûrement jamais trouver mieux ni rien de plus à propos dans les différentes conditions où elles se trouvent successivement placées.L\u2019important pour celles-ci est de tenir leur sang à l\u2019état normal.La santé est bonne ou mauvaise selon (pie le sang est lui-même bon ou mauvais.Tous les organes constitutionnels reçoivent leurs forces vivifiantes des principes aelifs qui résident uniquement dans ce liquide générateur qui est la base du système féminin.Or, les Pilules Bouges n\u2019ont pas d\u2019autres vertus que celle de purifier et d\u2019enrichir le sang, d\u2019en augmenter le volume, d\u2019en régulariser la circulation et de lui donner cette couleur rouge qui teinte si bien la chair et la peau pour faire reluire sur la figure ce reflet de santé d'où se dégage la véritable beauté.Que peut-on demander de plus?La santé et la beauté, c\u2019est bien là l'hléal et le rêve de toutes nos lectrices .Heureusement que ce ne sera pas un simple rêve chimérique pour celles qui veulent vraiment ce qu\u2019elles veulent.Nous connaissons des mères qui n\u2019ont jamais traité autrement leurs fillettes qu'avec les Pilules Ilonges de la Compagnie Chimique Franco-Américaine.C\u2019est qu'elles-mêmes ont été élevées de la sorte.Petites filles, les Pilules Ilonges les ont aidées à grandir, plus tard, ce même remède les a favorablement secourues.Aussi, les médecines liquides et les remèdes de toutes sortes sont-ils bannis pour do bon chez les femmes qui ont eu l\u2019avantage d'apprécier les heureux effets que produisent toujours les Pilules lîougcs de la Compagnie Chimique Franco-Américaine.Au nombre de celles-ci nous pourrons citer tout particulièrement Mme S.-P.Monefte, de la rue Boyer, à Montréal.Alors qu\u2019elle était jeune, Madame Monette était ni plus ni moins que sur le chemin do la consomption.Tout en elle indiquait les atteintes de cette terrible maladie.Néanmoins elle a pu se guérir en très peu de temps, dès que les Pilules Bouges lui furent administrées.C\u2019est ainsi que ses forces se rétablirent rapidement.Quelque temps après son mariage, son état de santé redevint critique, car Madame Mouette constata que son sang faiblissait.File souffrait de gros maux de tête et do violentes douleurs dans le dos.Comine bien on pense, Madame Monette ne fut pas lente à recourir de nouveau à son remède favori: les Pilules Itouges de la Compagnie Chimique Franco-Américaine.Le résultat fut le même que la première fois.Aussi Madame Mouette s\u2019est-elle toujours fait un devoir de recommander très fortement les Pilules Bouges et son exemple est une preuve de plus attestant de l\u2019efficacité de ce remède dans toutes les maladies féminines occasionnées par la pauvreté de sang.Si toutes les mères comprenaient bien cela, comme il y aurait moins de jeunes filles pâles et chétives de santé et de femmes malheureuses?Pourtant, ce n\u2019est pas que les journaux ne proclament pas suffisamment les mérites réels et les multiples vertus des Pilules Bouges.Toutes les feuilles françaises d\u2019Amérique, tant au Canada qu\u2019aux Etats-Unis, répètent sans cesse que les Pilules Rouges sont uniques et de beaucoup supérieures à tout ce qui peut se trouver sur le marché pharmaceu-tique.Ce concours empressé et unanime de ceux qui, par devoir ou plutôt par vocation, se livrent à l\u2019éducation comme à l\u2019instruction du peuple, prouve bien que 1 oeuvre des Médecins Spécialistes do la Compagnie Chimique Franco-Américaine reçoit à juste titre la plus solennelle approbation des classes dirigeantes.Pour s\u2019en convaincre, il suffit de constater combien vite sont disparues tant d\u2019autres préparations, la plupart déjà oubliées, par le simple fait que ces remèdes pouvaient être dangereux ou nuisibles à ces frêles constitutions féminines, que tous les gens sérieux ont dû protéger avec des lois vigoureuses autant que justes et qui ne pourront en aucune façon atteindre les Pilules Bouges de la Compagnie Chimique Franco-Américaine, car celles-ci ont subi avantageusement l\u2019épreuve du temps qui n\u2019a l\u2019ait qu\u2019agrandir leur popularité.Une telle considération devrait être un sujet de consolation pour les femmes souffrantes comme pour les jeunes filles maladives.bavoir qu il y a à leur portée unmoyen aussi facile pour recouvrir la santé et persister quand même dans cet état d\u2019abattement qui démoralise et cause tant de douleurs physiques, est-ce que cela peut se concevoir?Allons, Mesdames, ayez donc plus d\u2019énergie et soyez maîtresses de votre volonté.11 n\u2019y a qu\u2019à le vouloir pour vous guérir: prenez les Pilules Bouges de la Compagnie Chimique Franco-Américaine et vous vivrez longtemps et heureuses! CONSULTATIONS GRATUITES.\u2014Les Médecins de la Compagnie Chimique Franco-Américaine donnent des consultations gratuites aux femmes malades, tous les jours, excepté les dimanches, de 9 heures du matin, à G heures du soir, au No 274 rue St-Denis, Montréal.Les malades qui ne peuvent se rendre à ces bureaux sont invitées à écrire à nos médecins .Les Pilules Bouges sont on vente chez tous les marchands de remèdes.Nous les envoyons aussi par la poste, au Canada et aux Etats-Unis, sur réception du prix, 50c une boîte, $2.50 six boîtes.Toutes les lettres doivent être adressées : COMPAGNIE CHIMIQUE FBANCO-AMEB1CA1NE, 274 rue St-Denis, Montréal.Savon et QragaoLernt SEL-PO \u201d Règles Hygiéniques à suivre pour prévenir et guérir les Maladies de la Peau.Ifw MAI aVUI!- S L/c \u2022 A Pt AU PRIX 2ÿ ^ Les causes générales des maladies de la scrofules, la syphilis, la mauvaise digestion, le manque (l\u2019air et d\u2019exercice, la dentition chez malpropreté en est aussi souvent une autre, portance que les personnes veillent attentive vent, toujours avec de l\u2019eau chaude et un sa peau sont: la faiblesse de la constitution, les la débilité générale, la mauvaise nourriture, les enfants et la délicatesse de la peau.La et c\u2019est pourquoi il est do la plus haute im-ment aux soins de leur corps, se lavent sou-von antiseptique, comme le savon BEL-PO.Le traitement des maladies de la peau diffère peu, malgré que ces maladies soient variées.Comme traitement local, il n\u2019y en a pas de meilleur que l\u2019application do l'Onguent BEL-PO, une ou deux fois par jour, sur les parties malades, après qu\u2019elles ont été soigneusement lavées avec le savon BEL-PO.Le savon et l\u2019onguent BEL-PO sont vendues chez tous les marchands de remèdes.Prix du savon et (le l\u2019onguent BEL-PO, 25c chaque.Envoyés aussi par la malle, sur réception du prix, par la Compagnie Chimique Franco-Américaine, 1171 me St-Denis, Montréal.^ rama»fr.'mtf-.isl, ¦S^'ÎBagaaiMlifeaat Minis rRÎX \u2022 C î LE SAMEDI \u20222;'» Recettes et Conseils Casse-Tête^CliiDois du \u201c Samedi\u201d CASSE-TETE CHINOIS No 0;5Ü Mme Duroml Liste des concurrents: MONTREAL Mmes Z Latuiippe, J McKenven, E Ste-Marie, Mlles M Asselln, T Houle, E Leinay, M L Lumay, M Pelletier, B Perrault, MM A Chapleau, M Desparols, A Laplante, J Lapointe, Montréal.CANADA J E Gamache, Cap St-Ignace; T Tremblay, La Tuque; Mme E Levasseur, Matane; Mlle I Lavoie, Rivière du Loup, (en bas) ; H Fortin, Rivière Famine; Mlle A Melançon, St-Guillaume d\u2019Upton; Mme A Pagoau, St-Jovite; Mlle Y Quintal, St-Pie ; Mlle L Jones, Ste-Scholastique ; Mlles C Dussault, O Bouchard, Sherbrooke Est; J G Lemay 2f, Aille E Amyot, Winnipeg, Man.ETATS-UNIS Mlle R D Dubé, Biddeford, Me; R Davignon, Central Falls, RI; A Morin, Danville Jet, Ale; L Lavoie, Franklin Falls, Nil; Aille M Desrosiers, Holyoke, Mass; C 0 Provençal, Lowell, Mass; Mlle A Therrien, J Gravel, Manchester, N H; Mme G Dion, So Bridge, Mass.Gagnants Mlle T Houle, Mlle B Perrault, Montréal; Mlle 1 Lavoie, Rivière du Loup (en bas) ; Aille E Amyot, Winnipeg, Man; Louis Lavoie, Franklin Falls, N H; Mlle M Desrosiers, Holyoke, Mass.Les six personnes dont les noms précèdent ont droit à 50 centins en argent.Les personnes appartenant à Montréal qui ont gagné des prix sont priées de passer à nos bureaux et les autres de nous écrire pour nous indiquer où leur envoyer le montant.-?- GRANDES ET PETITES VERTUS C\u2019est aux jours sombres où l\u2019ennemi, jusque-là triomphant, menace la patrie.Le sol est envahi; la lutte passionnante où l\u2019on défend tout ce qu\u2019on aime, tout ce qui fait notre gloire, est acharnée.Soutenus par l\u2019espoir viril du triomphe, les hommes combattent avec rage.Voyez ce jeune homme au teint pâle, à l\u2019aspect délicat, hier encore adolescent timide; voyez-le au milieu de la bataille.L'oeil brillant, la lèvre frémissante, grisé par l\u2019odeur de la poudre, enflammé de patriotisme, il se bat comme un lion; entouré d\u2019ennemis de tous côtés, il vend chèrement sa vie et c\u2019est au cri de: \u201c Vive la Patrie! \u201d qu\u2019il tombera, s\u2019il le faut, criblé de coups, sans un mot de regret, sans un soupir de douleur.Ce même enfant aurait-il, dans la vie de chaque jour, supporté sans gémir le manque de bien-être, ou certaines douleurs physiques; un petit mal lui aurait sans doute arraché des plaintes.Et pourtant, le jour venu, il a fait preuve d'un sublime courage.Mais, quittant le domaine du patriotisme, je veux me demander si, dans notre vie de tons les jours, nous ne donnons pas un exemple de plus j de la vérité que les grandes vertus j sont plus facilement praticables que ; les petites vertus cachées.Le devoir tout proche paraît souvent négligeable; nous voudrions être bons, généreux, accomplir des prodiges de travail si l\u2019occasion se présentait à nous; et, nous leurrant de cet espoir que nous serions capables de la plus haute valeur morale si les circonstances s\u2019y prêtaient, nous ne nous apercevons pas que nous sommes incapables do patience avec un parent à caractère un peu difficile, que nous négligeons par indolence certains travaux de tous les jours, que nous sommes nerveux, irritables dans le commandement domestique; en un mot, que nous négligeons le simple accomplissement du devoir journalier.J\u2019ai connu des mères de famille sublimes de dévoûment en cas de grand danger, passant des jours et des nuits au chevet d'un enfant malade, s\u2019exposant à tout pour essayer de le sauver, et qui, l\u2019enfant guéri, reprenaient leur habituelle vie mondaine, semblant oublier cet enfant qu\u2019elles abandonnaient totalement aux soins des mercenaires.Certes, elles étaient dignes d\u2019éloge dans leur rôle héroïque de garde-malade, mais faisaient-elles leur devoir ensuite?Ici encore, la petite vertu cachée qui doit se pratiquer chaque jour, sans trêve, sans répit, lasse vite; on n\u2019a pas la persévérance voulue, la vraie vaillance qui consiste à se vaincre à tout moment.C\u2019est que rien ne vient nous soutenir alors, que notre vanité doucement caressée ne nous sert pas de levier pour soulever le poids du devoir.Qui donc nous louera d\u2019être tout simplement une Allé aimable et respectueuse, une épouse tendre et d\u2019un caractère égal, une mère aimante et dévouée, une vigilante maîtresse de maison?Il faut se passer de louange, se contenter de l'intime satisfaction que Ton trouve à marcher dans sa vraie voie, et cela ne suffit pas aux esprits superficiels.Pourtant c'est le devoir, l\u2019austère et pur devoir, qui seul fait le complet bonheur.Les indifférents n\u2019auront aucune admiration pour notre vertu journalière.Que nous importe?Le coeur des nôtres nous rendra justice.Notre mari, nos enfants et nos proches se lèveront pour proclamer que nous avons rempli entièrement notre multiple mission d\u2019épouse, de mère, de parente aimable et obligeante.Et ces témoignages doivent suffire à notre orgueil de femme, puisqu\u2019ils nous prouvent que nous avons réussi à vaincre les réelles difficultés du rôle qui nous est dévolu ici-bas, et qu\u2019ils nous sont garants que nous avons su être cause de bonheur à notre foyer.- LE MEME ENDROIT POUR LES DEUX F ,v> : -if-, «.il K&to MlÈrn mm Lui.\u2014 Je sais bien que Déchaux frères, 62 et 570, rue Ste-Catherine Est, vont refriser tes plumes d\u2019autruche tout à fait dans les extras, mais c\u2019est pour mon panama que ça m\u2019embête.Elle.\u2014Alais tu n'as donc pas lu les journaux, ils nettoient et remettent à neufs, maintenant, les panamas et tous les chapeaux de paille.Lui.\u2014Superbe alors! C'est là que nous irons pour les deux jobs.Boisson d\u2019été.\u2014Le thé glacé est à la mode cet été.On le sert froid avec du citron, do l\u2019orange ou de l'ananas, dans des verres minces.Ampoules.\u2014C\u2019est, à tort que certaines personnes croient qu'on ne doit pas percer les ampoules; au contraire, il est important de les débarrasser au plus tôt de la sérosité qu\u2019elles renferment; sans cette précaution, il peut survenir de l'inflammation et par suite, une plaie plus ou moins longue à guérir.Une fois l\u2019ampoule percée, un simple pansement à l'eau blanche suffit pour amener la guérison.Boisson rafraîchissante hygiénique.\u2014Dans un gallon et demi d'eau, mettez une demi-livre de raisins non égrenés, trois oranges épluchées, un quart de cassonade, faites bouillir doucement pendant une heure et demie et, quelques minutes avant de retirer du feu, ajoutez le jus d\u2019un citron.Filtrez et mettez en bouteille à complet refroidissement.Destruction des rats et des souris.\u2014Voulez-vous, sans pièges, sans souricières, sans embûches, détruire l\u2019engeance des rats et des souris ?Prenez-les par la sottise et la gourmandise: c'est une méthode à laquelle les humains eux-mêmes ne résistent ims.Voici comment on procède: A l\u2019endroit fréquenté par ces rongeurs, on met, dans une assiette, du plâtre fin saupoudré d\u2019une légère couche de farine.Los petits animaux viennent s\u2019en repaître à grands coups de langue.Un peu en arrière, on place une seconde assiette, creuse, pleine do bonne eau alléchante.Nos gourmands, assoiffés par le plâtre, s\u2019empressent de boire dans l\u2019assiette tentatrice de larges lampées, tout aussitôt le plâtre fait prise dans leurs estomacs et leurs intestins, le blocus est complet, et vous voilà délivré de vos ennemis, que vous trouverez les pattes en l\u2019air, gonflés, moulés intérieurement, trépassés.Conseil photographique.\u2014 Il est absolument impossible de donner en théorie le temps de pose exact, quoi qu\u2019en disent beaucoup d\u2019auteurs.Si vous posez approximativement et.que vous sachiez bien conduire votre développement, vous aurez de très bonnes épreuves; enfin nous allons essayer de donner une vague idée pour aider le débutant.A-t-on un monument à photographier, avec un objectif aplanat rapide diaphragmé moyennement et un temps ensoleillé, on posera environ une seconde ; pour un sous-bois avec le même appareil et le même éclairage, on devra poser environ huit à dix secondes; pour un paysage avec verdure et maisons blanches, environ trois à quatre secondes, etc.; nous le répétons, ces temps do pose sont, tout, à fait approximatifs, tout dépendant de la rapidité de l\u2019objectif et du diaphragme employé.Tomates farcies.\u2014 Pour douze grosses tomates bien mûres, prenez une cuillerée à thé de sel, une pincée de poivre, une cuillerée à thé de beurre, une grande cuillerée de sucre, une demi-tasse de pain, une petite cuillerée de jus d\u2019oignon, une tasse de porc-frais haché fin, mettez dans une lèchefrite émaillée, coupez une légère tranche de la partie tendre de la tomate, enlevez avec une petite cuiller la plus grande partie | possible de la.tomate sans briser la pelure, mêlez la partie enlevée aux autres ingrédients, faites bouillir dix minutes et remplissez la tomate de ! ce mélange.Replacez la partie enle-j vée et faites cuire lentement pendant trois quarts d'heure.Détachez-i les avec précaution, et placez sur un ! plat, garnissez de persil, et servez.Pudding ativ pointues.\u2014 Prenez une demi-terrlnée de pommes, pelez-Ies et hachez-los bien lin; prenez une demi-terrlnée de farine, mettez dedans un quarteron de beurre par morceaux, prenez de l'eau froide et délayez cette farine pour pouvoir la rouler sur une table, étendez-la une fols plus longue que large, étendez un lit de pommes poudrées de muscade, sucre et cannelle pilée, jusqu\u2019à ce que les pommes soient employées, roulez ensuite la pâte et fermez-Ia à chaque bout, mettôz-la dans un linge mouillé et préparé comme on fait aux autres puddings, mettez-le à l\u2019eau bouillante, et laissez bouillir trois heures, s'il est gros; s'il est petit, deux heures et demie; une sauce ordinaire.Pouding au cocoa.\u2014Faites bouillir deux pintes de lait frais avec un morceau de beurre, do 1a grosseur d'un oeuf; laissez refroidir ; battez six oeufs avec du sucre et une tasse de cocoa et faites cuire dans un fourneau.Soupe aux pois.\u201411 faut, en général, mettre cuire les pois à l'eau froide; et dans une assez grande quantité pour qu'il ne sott pas nécessaire d\u2019en ajouter pendant qu'elle mitonne.Le lard et les pois se mettent en même temps que l\u2019eau.Lorsqu\u2019elle bout, on y met des herbes, oignons, sel à son goût.On la laisse bouillir doucement, en prenant garde que rien ne colle au fond du chaudron; ce qui lui donnerait nu mauvais goût.La soupe maigre sa t'ait, comme la soupe grasse, excepté qu\u2019au lieu du lard vous mettez du bourre.Pudding d\u2019été.\u2014 Deux oeufs battus séparément, lino tasse de sucre gros comme un oeuf de beurre, une demi-tasse de bon lait, une cuillerée à thé de crème du tartre, une demi-cuillerée à thé de soda, deux tasses de fleur, des épices au goût; ne mettez pas la pâte trop épaisse.Faites cuire dans un plat.Bis de veau aux tomates.\u2014Coupez en morceaux un quart do boisseau de belles tomates bien mûres, que vous ferez cuire à l'étouffée dans leur propre jus jusqu\u2019à ce qu'elles soient presque réduites; éerasez-les dans un tamis; nettoyez, préparez et blanchissez à l\u2019eau chaude quatre ou cinq ris.Mettez au feu dans une casserole avec le jus des tomates, un peu de sel et de poivre de cayenne, ajoutez deux ou trois cuillerées à bouche de beurre roulé dans la farine.Faites cuire les ris à l\u2019étouffée, et quelques minutes avant do servir, ajoutez en tournant quelques jaunes d\u2019oeufs bien battus, servez les riz dans un plat creux et servez dessus la sauce aux tomates.To/iimiiiihniii'k lions lo pm'li ; Après les avoir pelés, on les coupe en Iran-elles mimes et ou les met dans la |>oè-le, avec du beurre, du sel, du poivre; on les laisse cuire eu les sautant jusqu'à ee qu\u2019ils rissolent.Ces pilules guérissent h* rhiiiiin-tisme.\u2014 Aux nombreuses personnes qui souffrent de rhumatisme nous recommandons l'essai des Pilules Végétales de Parmolee.Elles oui une action prononcée sur le foie et le rein et en régularisant les fonctions do ces organes elles agissent comme alternatif en empêchant le mélange de l\u2019acide urique et du sang lequel cause un malaise pénible.On devra les prendre suivant les directions, avec régularité, et elles donneront rapidement des preuves de leur effet salu-! taire.| Chien qui aboie ne inord pas. \u201826 LE SAMEDI CONCOURS DE DEVINETTES JUILLET\tNo 2 Où est le tire-bouchon?Cinq devinettes\u2014une par semaine\u2014paraîtront durant le mois de juillet.Pour participer il ce concours on n\u2019a qu\u2019a découper chaque devinette et a indiquer les contours du sujet cherché.Lorsque les cinq devinettes seront parues\u2014et pas avant\u2014on enverra les solutions avec le coupon qui sera publié dans le numéro du 31 juillet.Les coupons seront reçues jusqu\u2019au 9 août et il sera attribué, par tirage au sort, 10 magnifiques grandes gravures en couleurs.PETITES ANNONCES DU SAMEDI I.\tAnnonces vrivées : fn*ayant aucun caractère commercial ) : 10 cents et un ou-non pour HU mots ou moins, par insertion; 20 cents et un coupon pour 31 il 00 mots, etc.II.\tA nnonccs commerciales : 20 cents et un counon pour 30 mois ou moins, par insertion ; 40 cents et un coupon par 31 & 00 mots, etc.Nota : Si vous n\u2019envoyez pas de coupon le tarif est de 2 cents par mot pour Annonces /'rivées et de 4 cents pur mot pour Annonces Commerciales.Nous nous réservons le droit de refuser 1\u2019msertion de toute annonce, et dans pareil cils nous retournons i\u2019nreeui en faisant connaître la raison du refus.Nous ne pouvons promettre l\u2019insertion qu\u2019il tour de rûle.AVIS AUX ANNONCEURS Nous attirons l\u2019attention des annonceurs sur le fait que nous ne publierons pas les annonces dans lesquelles l\u2019adresse ne contiendra que des initiales ou un prénom, ou uu nom supposé avec seulement la désignation de l\u2019endroit, tel que Montréal.Ste-Adôle, Lévis, etc., parce une les lettres ou cartes ainsi adressées ne sont pas remises uu destinataire, par les autorités postales, mais envoyées an bureau des rebuts.On pourra cependant employer des initiales ou un prénom ou un nom supposé, lorsqu ou fera adresser aux soins d\u2019une personne d une maison de commerce ou d une institution désignée, ou il une boîte spéciale de bureau de poste, ou il un numéro de rue.On comprendra que nous adoptons cette mesure duns l\u2019intérét des annonceurs comme dans celui des correspondants.COUTON UES PETITES ANNONCES (¦S'Accompagné de la Bomme de 10e ou plus, suivant le cas, ce Coupon donne droit fl l\u2019insertion d\u2019une petite annonce dans le SAMEDI.(Voir conditions.) Ce coupon est valable jusqu'au 24 Juillet 1909.Affranchir 5 cents, lettres fermées pour la France.Ayant nombreux correspondants au Canada, refuse toute correspondance taxée.Répond toujours aux autres.Joseph Facquet.à vers Saletix, Somme, France.Echange cartes, militaires, pittoresques, timbrées côté vues, avec monde entier.Annonce toujours valable.Réponse certaine.Garnaud, 38 rue du Commerce, Riom.(Puy-de-Dôme) Franco.Gentilles jeunes demoiselles, qui de vous aimerait correspondre avec un jeune homme très distingué toujours joyeux et aimant le plaisir, instruit en français et anglais, occupant bonne position, possédant terrain minier, aimerait correspondre avec jeunes filles de 19 S.25.Accepte toutes cartes et lettres.Réponse assurée par le retour du courrier.But: la plus aimable le saura.Ad: J.D.V., Cobalt, Ont., Care Chapman, Box 308.Ilnllo, Canadiennes! Jeune homme français, aimable, doux de caractère, aux yeux vifs ftgé de 25 ans, parlant plusieurs langues, désire correspondre avec jeune fille ou jeune veuve par lettre.Sujet?but sérieux.Discrétion assurée.Ad: E.Feuville, ICI w.51 str.New-York City.Jeune Fille désire correspondre par c.p.ou lettres avec messieurs du monde entier.Ad: Blanche de Vaudray, 255 rue Dalliousie, Ottawa, Ont.Jeune Fille aux yeux bruns désire correspondre avec monde entier.But: Le plus brave le saura.Cartes sous enveloppe.Mlle A.Gnimond, 427 Wolfe, Montréal, P.Q.N\u2019envoyez aucune réponse avant HOROSCOPE Célèbre astrologue français dévoilant le présent, le passé et l\u2019avenir.Affaires d\u2019amour et de mariage traitées nu long.Envoyez votre date de naissance avec Ce en timbres.L.Dupuis, Boîte 25, Stan-Itope, Co Stanstead.Jeune Fille distinguée désire correspondre avec monde entier.Ecrire il Mlle Muguette, S39 rue Iiuntly, Boni.St-Denis, Montréal.Réponse prompte et assurée.Jeune Fille distinguée désire correspondre avec monde entier.Préfère les fantaisies.Ecrire il \u201c Marguerite \u201d, 494 Mont-Royal Est, Montréal.Jeune homme, châtain, \u2022âgé de 22 ans,hauteur \u20185,9\u2019, position gérant,Qué très amoureux, désire échanger cartes postales sous enveloppes avec demoiselles, dans un but très sérieux et désirant au début de faire appel à ce suave souvenir, recevoir votre photographie.Correspondance anglaise et française, sténographie Du-ployô.Ad: C.D.C., Boîte 29 Post Office, H.V., Québec.\t4-2f Jeune homme, instruit et occupant position indépendante, aimerait à faire échange de correspondance avec demoiselles.But: la plus gentille le saura.E.P.Fisher, B.P.IG, Fas-sett, Co Labelle, Qué.Jeune Amoureux, bonne position, désirerait correspondre par cartes postales avec jeunes filles.But: vous le saurez plus tard.Victor Bêchard, Boîte 4, Ste-Agathe des Monts, Co Terrebonne.Dans l\u2019association de deux êtres, il suffit que l\u2019un des deux soit parfaitement bon pour que les deux soient parfaitement heureux.que toute la série soit parue.\u2014Est-ce pour aujourd\u2019hui, bossu, que vous allumez?\u2014Je ne suis pas bossu, moi; mais je suis comme le chat quand il voit un grand chien: Je fais le gros dos.Menotte Siamoise\u2014pour les amoureux, plus drôle qu\u2019une cage de singes, prix 5 cents franco.\u201cL\u2019Oracle du Mariage\u201d prix 10 cents franco.E.Hartman, 1237 St-André, Montréal.Aille Florida Marion, 15 ans, châtaine aux yeux bruns, cantatrice, désirerait correspondre par c.p.avec messieurs du monde entier.Correspondance anglaise ou française.Ad: Fort Coulonge, P.Q.XDi-^-ers TERRAINS rue St-Denis, 50x127 et rue Mentana, 48 x 94, à vendre ou à échanger.Belle occasion.S\u2019adresser à M.F.Poirier, 200, Boulevard St-Laurent.\tjno On parle devant Dublavin du célèbre inventeur italien Marconi.\u2014Qu\u2019est-ce qu\u2019il a donc inventé ?demanda Dublavin.Puis, aussitôt se frappant le front: \u2014Ah! que je suis bête! C\u2019est l\u2019inventeur du macaroni sans fil.é L\u2019essai en est peu coûteux.\u2014 A ceux qui souffrent de dyspepsie, d\u2019indigestion, de rhumatisme ou d\u2019autres indispositions provenant de dérangements du système digestif, nous recommandons d\u2019essayer les Pilules Végétales de Pannelee, au cas où la victime ne les connaît pas encoro.L\u2019essai coûtera peu et il en résultera que cette excellente médecine comptera un nouveau client.Leur action est si effective que plusieurs guérisons leur sont certainement dues alors que d\u2019alitres pilules avaient été sans efficacité.I?Haintenant en Vente La REVDE POPULAIRE *2 pour Juillet Un Gai et Brillant Numéro d\u2019Eté EXTRAIT DU SOMMAIRE Villégiatures idéales.D\u2019Argenson Vieux théâtres de Montréal.E.-Z.Masslcotte A propos de cirques.p.Voyer Le songe.R.des Auluiers Gnace va voir les filles (Scène du Rang du Bord de l\u2019Eau).Mlstlgris A propos de robes.Tante Pierrette Roman complet : Le Mariage de Suzanne par Paul Marrot Premier concours des Photographes-Amateurs.\u2014Liste des gagnants.\u2014Reproduction des photographies primées et autres.Vâ 10c au Canada jpr 15c aux Etats-Unis ms IIAiiO NUMÉRIQUE Page (s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES "]
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