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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
Supplément 2
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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Le samedi, 1905-10, Collections de BAnQ.

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[" Yol.XVII, No \u2018JO.28 octobro lflOo, Le Triomphe de la Mère GRAND ROMAN INÉDIT __ No S.DEUXIEME PARTIE FAIS Cia QUS I» O I S3 tour u; nom .pour i.a race (Suite) \u2014Mais.s\u2019écriait-il.qu\u2019y a-t-il donc?.Pourquoi a-t-on enlevé toutes les photographies, là, sur la cheminée?.pourquoi y a-t-il là, sur ce gros paquet: \u201cA remettre à M.Générac?\u201d .Pourquoi, faisàit-il en jetant les yeux maintenant sur la cuisine et sur l\u2019alcôve grande ouverte de Félicie, pourquoi est-ce aussi, là, tout dispersé?.Pourquoi, là, celte valise fermée?.Et la malle qui était là-bas, dans ce coin, pourquoi n\u2019y est-elle plus?.Et maman.et Félicie.où sont-elles donc ?.Ea-haut?.Ah! je vais bien voir.Il s\u2019élançait déjà pour gravir l\u2019escalier lorsque Pierre Richault, le retenant : \u2014C\u2019est inutile, Marc.Là-haut, il n\u2019y a personne.Ta mère m\u2019a laissé seul ici pour t\u2019attendre et pour te parler en son nom.\u2014Maman n'y est pas!.Où donc est-elle allée?\u2014Elle t\u2019écrit ceci pour te le dire, mon enfant.Il lui tendait la lettre de Roberte.¦\u2014Lis.Marc hésita presque à la prendre.Il répétait dans sa stupeur : \u2014Une lettre.à moi.d\u2019elle.Et d\u2019un mouvement brusque.d\u2019une de ces impulsions qui rendaient si irrésistibles ses ardeurs.si dangereuses ses colères.il arracha des mains de Pierre Richault cette lettre qui allait lui apprendre.ah! un malheur certainement.un désastre.il en était sûr.Il déchira fiévreusement l\u2019enveloppe.déplia,\u2014maladroitement tant il tremblait d\u2019impatience,\u2014la feuille couverte d\u2019une fine écriture.Et il lut à mi-voix : \u201cMon enfant adoré, \u201cQuand tu es là, je suis sans force devant tes caresses et tes \u201clarmes.Loin de toi, je recouvre ma raison.Cette raison éclaire \u201cmon amour.Elle me donne le courage de t\u2019obliger a faire ce qui \u201cest, dès à présent, ton devoir, ce qui, je le sais, deviendra plus \u201ctard, la récompense de ta docilité à m\u2019obéir.\u201cCe que tu souhaitais n\u2019est pas réalisable.Je serais une mauvaise \u201cmère d\u2019v consentir, tu dois aller dans ta famille adoptive et lu \u201cdois y ciller seul.Tu y seras à ta place, je n\u2019y serais pas à la \u201cmienne et je n\u2019oublie pas,\u2014toi.mon enfant, n\u2019oublie pas non plus, \u201c\u2014que si tu es destiné à porter le nom de ton père, moi je n\u2019aurai \u201cjamais ce droit-là.Epargne-moi la pénible confusion de t\u2019expli-\u201cquer plus longuement ce que ton trop aveugle amour pour ta \u201cmère t\u2019empêcherait seul de comprendre,\u2014et obéis-moi si tu m ai-\u201cmes et si tu me respectes comme j\u2019en ai, mieux que 1 espoir, la \u201ccertitude.\u201c.Monsieur Richault, qui est notre grand, notre meilleur, notre \u201cplus sûr ami, te dira où, comment et quand tu te retrouveras avec \u201cmonsieur Authouard, le notaire île ta famille, qui a accepté la \u201cmission de t\u2019emmener en Dauphiné.\u201cSi tu ne me résistes pas, si tu obéis docilement\u2014loyalement\u2014à \u201cma volonté, si, non seulement tu te rends sans résistance au Chà-\u201ctel-Arnaud, mais aussi, mon enfant adoré, si tu te conduis là-bas, \u201cvis-à-vis de ton oncle\u2014ton futur père adoptif\u2014et de ta grand\u2019-\u201cmère, comme il est de ton devoir de te conduire,-\u2014tu me verras de \u201ctemps en temps.aussi souvent que cela sera possible sans nuire \u201cd\u2019aucune manière à tes intérêts et a ton avenir dont j ai souci\u2014 \u201cdont j\u2019ai orgueil plus encore que toi.Sinon, tu ne me reverras \u201cjamais.\u201c.En ce moment, pour éviter toute tentative d'amour, de lar-\u201cmes, de supplication, de colère, je suis déjà loin d\u2019ici, hors de ton \u201catteinte, à l\u2019abri de tes recherches.Je suis partie avec Félicie, \u201cemportant tout ce qui m\u2019est personnel ne laissant là-bas que des \u201cmeubles qui me seront expédiés par monsieur Richault dans la \u201crésidence nouvelle que tu ne connaîtras que si tu m\u2019obéis comme \u201cun fils doit obéir à sa mère et si tu accomplis ton devoir en réali-\u201csant un rêve d\u2019orgueil, de fortune et d\u2019honneur.\u201cMon enfant.mon cher petit.mon Marc.tu n'es pas qu'à \u201cmoi, tu appartiens aussi à ton père, aux tiens: tu es Chàtel-Arnaud, \u201cne l\u2019oublie pas, ne l\u2019oublie jamais.Chàtel-Arnaud a besoin de toi.\u201cFais ce que tu dois, mon brave enfant, et donne-moi vite.vite.\u201cla joie céleste de serrer dans mes bras mon fils.non plus un \u201cenfant sans nom et sans père, mais un gentilhomme comme il \u201cl\u2019était lui.mon cher Cyrille.et comme tu l\u2019es à présent.Ta \u201cmère qui t\u2019adore.\u2022 \u201cRoberte Aubray.\u2019\u2019 \u2014Maman.je veux savoir où elle est.s\u2019écria-t-il follement.Je veux qu\u2019on me le dise! C\u2019est avec un cri de rage.un cri «le désespoir.un cri d\u2019indignation surtout contre la supercherie qu'il voyait ourdie autour de lui,\u2014c\u2019est en un affolement de colère que Marc avait achevé la lecture de cette lettre dont l'infinie tendresse, dont l'héroïque amour ne le touchaient pas encore.Menaçant.ses lèvres agitées d'un tremblement qui entrecoupait sa voix sifflante.ses yeux.ses yeux d\u2019acier lançant des éclairs.il s\u2019avançait contre Pierre Richault.contre cet homme qui, après tout, n\u2019était qu\u2019un étranger.auquel il ne devait rien.ni respect.ni déférence.Et il répétait, plus agressif encore: \u2014Maman!.je veux savoir où elle est!.je veux qu'on me le dise !.\u2014Tu le sauras, répondit froidement le père de Jeanine.quami tu auras obéi.\t_ \u2014Je n\u2019obéirai pas ! \u2014Que feras-tu donc?où iras-tu?.Quelle décision prendras-tu?.Ta mère est partie.\u2014Elle est partie en me trompant.jamais elle n\u2019aurait agi ainsi si on ne l\u2019avait pas conseillée.C\u2019est vous.oui, vous, qui lui avez indiqué cette façon de me réduire à une obéissance qui me révolte.qui m\u2019abaisse.et que vous n'obtiendrez pas mieux par vos moyens de violence que ma mère par ses supplications.\u2014C\u2019est loi qui parle ainsi, Marc de Chàtel-Arnaud?.(1) Commencé dans le numéro du 9 septembre 1905. 78 LE SAMEDI l,e louveteau tressaillit.-\u2022Non.s\u2019écriait-il en repoussant Ja vision que venait d\u2019évoquer ce simple mot.non.je m\u2019appelle Aubray.C'est mon nom de liberté.de vagabondage.d\u2019abandon de tous.-\u2014AI arc.Marc de Châtel-Arnaud! \u2014Je ne veux pas.je vous défends de m'appeler ainsi.D\u2019abord, que faites-vous ici?.Que me voulez-vous?.Quel droit avez-vous sur moi?.Quel droit avez-vous de conseiller ma mère?.-\u2014J\u2019ai le droit que donne l'amitié, que donne la raison.\u2014Vous notes pas son ami.On n\u2019est pas l\u2019ami d\u2019une mère quand on la sépare de son enfant.Oui, vous voulez, vous aussi, ia séparer de moi ! .Pourquoi donc voulez-vous que je ne sois pas auprès d\u2019elle?.pourquoi voulez-vous m'empêcher de la rendre heureuse?.bille sera malheureuse sans moi.elle l\u2019est déjà.Elle pleure à présent.J\u2019en suis sûr.C\u2019est vous qui en êtes la cause.lit vous vous dites son ami!.Allons donc! vous allez faire notre malheur à tous.à tous!.b.t pendant que Pierre kichault laissait silencieusement cette colère s\u2019user en bouillonnant ainsi.Marc continua, plus violent encore : ¦\u2014Notre malheur à tous, oui.Parce que, je vous l'ai dit, vous ne me réduirez pas.Ah! vous prétendez me forcer! Vous me croyez donc bien inintelligent.vous me supposez donc bien lâche, pour vous figurer que votre abandon m\u2019effraie.Mais plutôt que de céder à votre brutalité, j\u2019irai gagner ma vie en travaillant de ces mains qui resteront libres.Ji\u2019rai servir des maçons.j'irai vendre des journaux.j'irai porter des fardeaux.je me ferai embaucher comme manœuvre dans une usine.Et puis, quand j\u2019en aurai assez.quand je me verrai sur le point de mourir de misère.de honte.de dégoût de moi-même.quand il ne me restera plus qu\u2019à devenir un mendiant et un voleur, alors, oui, alors seulement, je me souviendrai que je suis un Châtel-Arnaud.et j\u2019irai me jeter dans la Seine, pour que la faim ne risque pas de me le faire oublier.Il fut arrêté par un grand cri.Celle qui était entrée avec lui et qui, depuis un moment écoutait, atterrée, Jeanine l'enlaçait éperdument de ses bras: \u2014Marc.Marc.tu veux donc me faire aussi mourir de désespoir.Marc !.Et l'étreinte de Jeanine était si ardente.ses grands yeux bleus pleuraient tant de larmes.il y avait dans ses baisers d'enfant.dans sa douleur de femme.il y avait tant de fièvre.tant d\u2019épouvante.tant de tendresse passionnée.Il fut gagné par cette contagion de désespoir et d\u2019amour éperdu.De son cœur gonflé de folle colère, un irrésistible sanglot monta jusqu\u2019à ses lèvres.Et il rendit à Jeanine baisers pour baisers, larmes pouf larmes, en balbutiant, en sanglotant, pendant qu'il la serrait à son tour dans ses bras.\u2014Ah! Jeanine.Jeanine.tu vois bien que c\u2019est aussi nous deux qu'ils veulent séparer!.Mais, de ce moment, sa crise de colère devenait une crise de pleurs.Il avait cessé de menacer.Il ne se révoltait déjà plus.Cédant à la douce impulsion de sa' petite amie.il se laissait tomber sur une chaise, là.contre la grande table ovale où il pouvait s\u2019abandonner, la tête dans les mains.\u2014I! pleure.il est vaincu, murmura Pierre kichault.Pendant que la mignonne enveloppant toujours son grand ami de son apaisante caresse: \u2014Tu sais bien, lui disait-elle tout bas, que rien.rien au monde ne nous séparera jamais.Je me suis donnée à toi comme tu t\u2019es donné à moi.Tu ne veux pas.toi, reprendre ta promesse?.\u2014Non.balbutiait-il sans relever la tête, non.jamais.\u2014Ah! moi non plus, jamais je ne reprendrai la mienne.Et il me semble.de savoir que tu es aimé plus que tout au monde.que tu seras toujours aimé.ça devrait pourtant te consoler un peu.Pierre kichault n'eut pas le courage de les désespérer tous les deux.I ,e temps, se dit-il, le temps et l\u2019éloignement feront leur œuvre.En attendant, c'est leur tendresse qui vient à notre secours.Et de sa voix douce et profonde: Ce qui te consolera aussi, mon enfant, c\u2019est la pensée qu\u2019au lieu d\u2019une effroyable.d\u2019une mortelle douleur, tu auras donné à ta mère la plus grande joie qu\u2019elle puisse éprouver: celle de savoir que.par amour pour elle, tu es prêt à tous les devoirs.ces devoirs fussent-ils aussi \u2018des sacrifices.Et il continuait avec plus de force- \u2014Te contraindre!.par une sorte de violence.par le bas sentiment de la nécessité de vivre!.Je rougis pour ta mère et pour moi que tu nous en aies cru capables.Non, il ne nous était pas même venu à l\u2019esprit que tu pourrais te figurer.Non, ton existence matérielle, non, tes études n\u2019étaient pas mises en question.Ta mère ne faisait appel qu\u2019à ta tendresse, ingrat et cruel enfant!.N\u2019étais-je pas ici, moi, pour veiller sur toi?.Mais, pour vaincre ta résistance, oui, ta mère était résolue à ne plus te voir, à te laisser ignorer sa retraite.à te donner le remords incessant de te dire: \u201cJe la fais encore souffrir aujourd\u2019hui par ma résistance.je montre la sécheresse, la dureté de mon cœur à celle qui a été la plus admirable.la plus héroïque.\u201d \u2014Ma pauvre maman, sanglota Marc.\u2014Ta mère!.Ah! malheureux enfant!.Pour t\u2019élever, pour faire de toi un honnête homme, pour que tu échappes à la misère, au vice.tu ne sais pas.tu ne sauras jamais à quelle abnégation, à quel héroïsme est allé son amour maternel.\u2014Si.je le sais.murmura-t-il en pleurant toujours.\u2014Ta mère ! C\u2019est encore un plus immense, un plus héroïque amour qui dicte aujourd\u2019hui sa conduite.Au prix de son bonheur, \u2014car c\u2019est toi son bonheur unique,\u2014elle te contraint à accomplir ce qui est ton devoir.ton devoir sacré.le plus sacré de tous! Et pendant que Marc, qui venait de soulever sa tête, la regardait avec des veux de stupeur et d'angoisse.\u2014Eiïs de Cyrille de Châtel-Arnaud, prononça Pierre Richauit d'une voix vibrante, tu restes seul de ton sang et de ton nom.Tu restes l\u2019unique, le suprême espoir de ta race.Tu seras un fils impie si tu te dérobais au devoir qui t'incombe.'l'on père, dans sa tombe, te maudirait .Va faire ce que ta mère t\u2019ordonne.va continuer ta race et ton nom ! Marc s\u2019était redressé d\u2019un mouvement brusque.Ses lèvres pâles tremblaient.L\u2019orage qui grondait encore en lui mouillait scs tempes d\u2019une rosée de sueur.Mais enfin, les lèvres pâles s\u2019entrouvrirent et le fils de Roberte répondit à voix basse: \u2014J\u2019obéirai à maman.E puis.plus bas encore.d\u2019une voix plus entrecoupée.plus hésitante.\u2014Je vous prie, monsieur Richauit.d\u2019oublier.des paroles.Mais aussi, s\u2019écria-t-il, incapable de se contenir, c\u2019était trop sévère.trop méchant ce qu\u2019on m\u2019avait fait là.Il n'y avait pas besoin de me forcer de cette manière.11 n\u2019y avait qu\u2019à me parler.comme à un homme.comme vous venez de faire.vous!.Et au moins j\u2019aurais pu lui dire adieu!.Pierre kichault hocha la tête.Il se demandait lui-même, en ce moment, à quelle extrémité se serait livré ce terrible et généreux enfant?sans la présence fortuite de Jeanine.Enfin.c\u2019était, dès à présent, bataille gagnée.\u2014Tu es un brave garçon, Marc.J1 vaut mieux, crois-nous, que les choses se passent comme elles vont sc passer.Ton départ sera moins cruel ainsi.\u2014Quand donc dois-je partir?\u2014Tout à l\u2019heure.\u2014Si vite! soupira Jeanine.\u2014Cette valise que tu as vue là, reprenait Pierre Richauit, c\u2019est la tienne.Elle est là et fermée déjà.Tu trouveras sur ton lit les vêtements que tu dois prendre pour ton voyage.\u2014Alors.oû dois-je aller?\u2014Il faut qu\u2019avant huit heures tu aies rejoint à l\u2019hôtel du Louvre monsieur le notaire Authcuard.\u2014Avant huit heures.Pourquoi?1\u2014Parce que tous les deux, à neuf heures vingt, vous prendrez le rapide à la gare de Lyon.Marc n\u2019ajouta rien.Il était résigné.11 ne songeait plus ni à la révolte ni à la résistance.Et puis les dernières paroles du père de Jeanine avaient remué en lui un fibre si mystérieusement sensible,\u2014\u201cla race et le nom de Châtel-Arnaud.qu\u2019il était seul maintenant à représenter!.\u201d Il eut comme un vague geste d\u2019acceptation.et tendant soudainement ses bras à la jeune fille qui s\u2019v jeta avec délice: \u2014Au moins, ils ne m\u2019empêcheront pas d\u2019aimer qui je veux.Je ne sais pas quand nous nous reverrons, Jeanine.mais tu as ma promesse.j'ai la tienne.C\u2019est ton père qui nous a unis.C\u2019est ma mère qui, ce jour-là, t\u2019a dit \u201cma fille\u201d, et tout ça, vois-tu, c est aussi sacré que tous les devoirs qu\u2019on invoque pour me faire partir et pour faire pleurer maman.Je t\u2019aimerai toujours, ma petite Jeanine et tu seras ma femme.Je n en aimerai pas un autre que toi et si je ne me marie pas avec toi, Marc, je ne me marierai jamais.\u2014Et maintenant, non.Ah! Dieu non, je ne peux pas dire que je pars de bon cœur.mais ça m\u2019a donné du courage de t\u2019entendre parler comme tu m\u2019as parlé, ma Jeanine.Et moi, fit la fillette en s essuvant les veux et en essayant de LE SAMEDI lui faire son joli sourire.moi, Marc, ce que tu m'as dit va me rendre très patiente.et raisonnable.et sérieuse.lu verras, petit père.ajouta-t-elle eu détournant vers l\u2019ierre Richault son regard qui sollicitait un encouragement.un mot de satisfaction.d'acquiescement.Mais celui-ci\u2014sans doute uniquement préoccupé de l'heure présente\u2014 ne répondit rien qui pût donner à la jeune fille une nouvelle assurance.11 regardait l'heure et il disait à Marc: \u2014Nous n avons plus beaucoup de temps devant nous.Va t'habiller.Et quand, peu après, Marc reparut sous un costume moins usagé que ses vêtements d\u2019écolier et qui, bien ajusté et bien coupé, le faisait paraître encore plus svelte'et élégant,\u2014 (car Roberte n\u2019avait plus que la coquetterie de son fils et le voulait toujours\u2014selon le mot de Madame Générac,\u2014beau comme un petit prince)\u2014quand Marc reparut: \u2014Voilà, fit-il, je suis prêt.\u2014Eh bien, va chercher une voilure.\u2014Où allez-vous me conduire?\u2014Non.mon ami.répondit Pierre Richault.tu n'es pas de ceux dont on suspecte la parole et tu n es plus de ceux qu\u2019on accompagne comme un enfant.Je n'ai, songez-y donc, nullement qualité pour te présenter au notaire de la famille adoptive.tu te présenteras bien toi-même\u2014et tout seul.\u2014Soit, fit Marc qui n\u2019en demanda pas davantage.Je vais voir si je trouve un coupé à la station.Cinq minutes après, il reparaissait- \u2014T\u2019en ai rencontré un qui maraudait par là.Il avait pris sa lourde valise.,\u2014Ouf! fit-il en essayant de sourire, on n'a pas voulu que j\u2019arrive.là-bas.nu comme un petit saint Jean.Ce qu\u2019elle est pleine !.et ce qu\u2019elle pèse !.Je vais donc, ajouta-t-il en se remettant cela en mémoire, je vais donc à l'hôtel du Louvre.\u2014Tu demanderas monsieur Authouard, notaire, arrivant de Saint-Gervais et logé au numéro 47.\u2014Depuis six heures il est rentré et il t\u2019attend.\u2014Vous partez à neuf heures vingt.\u2014Et.La voix de Marc trembla: \u2014 .Pour écrire à maman?.\u2014Jusqu\u2019à nouvel avis, tu adresseras tes lettres chez moi.\u2014Alors.Comme pour vous écrire à vous.monsieur Richault.\u2014Oui.mon cher enfant.-\u2014Tu écriras souvent, faisait Jeanine.\u2014Bien souvent.Vous aussi quelquefois, monsieur Richault.\u2014Oui.répondit la mignonne pour son père.oui, Marc.c\u2019est moi qui le tourmenterai pour qu\u2019il te donne de nos nouvelles.Mais, cette fois encore.Pierre Richault, dans son apparente préoccupation, n\u2019ajouta pas un mot pour confirmer la promesse de Jeanine.Il regardait l\u2019heure à sa montre : \u2014Allons, mon cher enfant, c\u2019est le moment de nous dire adieu.\u2014Oh! non.pas adieu! s\u2019écria Marc.\u2014Non.au revoir, fit la mignonne qui avait sauté au cou de son grand ami.au revoir!.Et tout bas, comme une caresse : \u2014Toujours, Marc.\u2014Toujours, Jeanine.Ils étaient maintenant sortis du jardin.Ils arrivaient au trottoir de la rue de la Félicité.Le coupé était là.\u2014Eh bien, Marc, embrasssons-nous, fit Pierre Richault plus ému qu\u2019il 11e voulait paraître.\u2014Vous direz bien à maman.que je l\u2019aime.que je la supplie d\u2019abréger mon temps d'exil.Vous lui direz aussi que j\u2019ai été.très docile.que jamais.jamais.je ne lui causerai de chagrin .Et comme il sentait que les larmes rendaient déjà ses yeux humides.qu'elles allaient couler.\u2014Adieu encore chérie !.\u2014Non.Au revoir!.Il s\u2019était jeté dans le coupé.Et c\u2019est Pierre Richault qui, refermant la portière, dit encore au cocher : \u2014A l'hôtel du Louvre, rue de Rivoli.C\u2019était à présent un peu plus de six heures et demie.\u2014Allons, fit en rentrant dans le jardin le père de Jeanine, il arrivera en avance, c\u2019est ce qu\u2019il faut.Nous, maintenant, fermons avec soin cette maison qui va rester vide.71* \u2014Madame Auhray ne reviendra donc pas?demanda la fillette.\u2014Noii.Dans leur changement île position à tous, il est préféra hle quelle ne reparaisse pas ici.File aussi, maintenant, n\u2019a plus qu un devoir et un but: c\u2019est de laisser perdre sa trace et de se faire oublier.\u2014Pourquoi dis-tu \u201celle aussi?\u201d \u2014Parce que, ma Jeanine.Il eut un grand soupir.Mais comme s\u2019il se résolvait à une cruelle et nécessaire rigueur: \u2014\tParce que le moment est venu, pour toi aussi, mon enfant, de faire appel a tout ton courage.à tout respect pour ma volonté.à tout ton amour filial !.\u2014\tPour moi aussi, répéta t-elle, le co ur serré d une angoisse qu elle n essayait pas de dissimuler.\u2014Oui, Jeanine.Il ne faut pas.il ne faut plus songer à tes projets déniant d ailleurs.avec monsieur Marc d\" Ciiàtel-Aniaud.Oh!.mais tout a 1 heure encore.oli ! tu sais bien que nous nous promettions.tous les deux.Je n ai pas voulu augmenter son chagrin.Il est parti ainsi moins triste .Mais, ma pauvre enfant, c'est un jeune homme, lui.Il part très loin.il va se trouver dans un monde nouveau.dans une vie nouvelle.Demain il marchera de surprise en surprise, d orgueil en orgueil.et Marc de t'hâtel Arnaud, l'héritier dune des plus nobles maisons et des plus riches maisons du Dauphiné aura bien vite oublie mademoiselle Richault qui demeim à un quatrième de la place des l'atignolles et dont le père est tm vieil artisan dart.pas meme un artiste.qui enlumine de.manuscrits pour un libraire de la rue Lafayette.Mais Jeanine avec un éclair dans ses yeux bleus: \u2014Ce n est que ça que tu crains?.Ah ! j\u2019ai plus confiance en sa parole, moi.je sais qu\u2019il la tiendra.comme je tiendrai la mienne.Et tu verras, père.tu verras que c est moi qui l'aurai le mieux jugé.\u2014Je nc verrai pas cela, mon enfant , parce que cela ne doit pas être.parce qu\u2019il nc faut pas.si tu aimes et si tu respectes ton père, que cela ait chance d'arriver un jour.\u2014Mais pourquoi, alffrs!.dis-moi au moins pourquoi?.\u2014Pas cela non plus, répondit-il tristement.Il y a un secret dans ma vie, un secret d où depend mou repos.mon honneur.le tien.Ah! Jeanine, le tien tout au tant que celui de ton père.\u2014Oh! mon Dieu, murmura la jeune fille qui ferma ses grands yeux comme pour 11e pas voir éclater cette foudre.Oh! mou Dieu.moi qui étais si heureuse.\u2014Je ne peux te le confier, ce secret.Jamais tu ne le sauras.personne 11e le saura jamais.Mais je te le jure, mon enfant : Jeanine Richault que j'aurais avec joie donnée à Marc Aubrav ne peut pas épouser Marc de CSnàte!-Arnaud.le te le jure! \u2014Pourquoi donc, alors, balbutia-t-elle en pleurant, pourquoi as-tu tout fait pour que malgré lui, malgré- sa mère, il devienne Chà-tel-Arnaud quand ils voulaient tous qu\u2019il s'appelât Auhray comme avant.-\u2014Parce que, pour moi aussi c\u2019était un devoir.Et quoique j'en eusse le cœur déchiré, j\u2019ai fait mon devoir, ma fille.comme tu feras le tien.Elle eut un soupir, faible et prolongé.comme aurait une inoffensive et douce créature qui reçoit au cœur une blessure mortelle.\u2014Je t obéirai.sois sans crainte.mais je tiendrai ma promesse, quand même.Je 11\u2019en aimerai jamais d\u2019autre que lui.A ce moment retentissait la sonnette du jardin.\u2014A sept heures du soir.murmura Pierre Richault.C\u2019e 11e peut être que quelqu\u2019un de l\u2019agence Générac.Et il ajouta entre ses dents : \u2014 Rien braves gens, oui: mais de ceux dont, malgré- la reconnais sauce qu\u2019elle leur garde, la mère de Châle! \\ruaud fera bien, désormais, de moins s\u2019entourer.Raison de plus pour qu\u2019elle s\u2019éloigne- et sans retard afin d\u2019échapper au contact journalier de la duègne, de l\u2019ancien directeur de tournées.et du bossu qui la regarde avec des veux trop luisants.Tout en monologuant ainsi, il était allé ouvrir la porte.C\u2019était en effet Scipion.Il arrivait,-\u2014son cartable bourré de papiers sous le bras,\u2014et en voyant celui qui lui ouvrait, il eut un recul de surprise que les premiers mots échangés avec l\u2019ierre Richault allaient changer eu stupeur.Quoique le bossu n\u2019aimât pas mieux le père de Jeanine que celui ci ne l\u2019aimait lui-même.- car ces deux amoureux silencieux étaient en même temps des amoureux jaloux et farouches.- il faisait cependant contre mauvaise fortune bon cœur et bonne grâce.De sorte qu\u2019avec son plus aimable ricanement, Apollon s\u2019était écrié : LE SAMEDI HO \u2014Comment, monsieur Richault!.c\u2019est vous qui me faites l\u2019hon-neuf.Félicie est donc de sortie?\u2022\u2014Félicie, mon cher monsieur, a suivi sa maîtresse.\u2014Maine Roberte s\u2019est trottée aussi!.Eh bien, ça a dû faire une histoire pour qu\u2019elle se décide.comme ça.à la nuit.Où donc qu'est allée, s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019indiscrétion?\u2022\u2014Voici, mon cher monsieur:\u2014Comme Marc vient de partir pour le Dauphiné.\u2014Marc, répéta Scipion au comble de l\u2019effarement.Marc.en Dauphiné!.Où ça, en Dauphiné?.Dans quel patelin?.\u2014Chez sa grand\u2019mère, mon cher monsieur, et chez son oncle paternels.\u2014Chez.chez.les Chàtel-Arnaud !.bégaya Scipion à qui la stupeur maintenant arrêtait les mots au gosier.\u2014Justement.11 s\u2019est passé là-bas un événement très considérable.très grave.très gros surtout de conséquences pour le fils de notre amie.\u2014Et elle ne nous en a pas dit un mot !.Et vous nous racontez ça.comme si vous étiez au courant de toute l\u2019affaire!.Ah ! vrai ! elle n\u2019est pas si chic avec scs vieux amis qu\u2019avec ses nouveaux, manie Roberte! .Non, répétait-il avec un dépit qu\u2019il n'essayait même pas de dissimuler, non, elle n\u2019est pas chic! \u2014Ne vous hâtez pas de l'accuser.Toute cette aventure a commencé hier, dans l\u2019après-midi,, pour continuer\u2014très fiévreusement, très péniblement, très hâtivement surtout\u2014jusqu\u2019à ce soir, o'ù, à peine est-elle terminée, l'ai bénéficié de mon voisinage avec madame Aubrav.Elle est ailée au plus près pour demander conseil.D\u2019ailleurs, je suppose que.demain, sans doute, elle ira vous raconter tout cela.chose qui, je vous le certifie, lui aurait été aujourd\u2019hui et même hier soir, de toute impossibilité.\u2014Mais enfin.insistait Scipion assez mal convaincu.où est-elle, maintenant?.quand doit-elle rentrer?.Il n\u2019osait pas ajouter.\u2014bien qu'il coulât son regard soupçonneux alternativement sur Richault et sur la petite Jeanine: -\u2014Qu\u2019est-ce que vous faites-là.seul avec votre fille?.Mais il ne put s\u2019empêcher de demander à tclui en qui il ne devinait que trop un rival : \u2014Vous l\u2019attendez donc aussi?\u2014Non.mon cher monsieur, je vais fermer les portes et m en aller à mon tour.Tout le monde s\u2019en va, vous voyez.Madame Roberte a été obligée de partir la première.\u2014Pour aller où?\u2014C\u2019est elle qui vous le dira demain.Marc est parti ensuite.\u2014Pour.le Dauphiné?.\u2014S\u2019il n\u2019est pas encore dans le train, il va y monter tout à l'heure.Et moi, comme vous voyez, je vais tout fermer.\u2022\u2014Eli bien.elle n\u2019est pas ordinaire, celle-là.Moi ,faisait-il en hochant la tête, moi qui lui apportais de la copie.qui venais en chercher.\u2014Justement, vous m\u2019y faites penser, il y a là un paquet à l'adresse de monsieur votre père.C'est sans doute ce que vous vouliez remporter.Suivi de Scipion qui n\u2019en croyait pas ses oreilles, il était entré dans la salle à manger.Et le bossu en voyant ce désordre.cet abandon.\u2014Mais.c\u2019est comme si on déménageait.On n aurait pas mieux chambardé la boîte.\u2014Je crois en effet que c\u2019est un déménagement qui commence.\u2014Elle v«.s\u2019en aller d\u2019ici?.tout à fait.définitivement?.\u2014Demain.c\u2019est demain qu\u2019elle vous le dira.elle-même.Tenez, mon cher monsieur, voici votre paquet.\u2014Celui-là aussi?\u2014Non, fit Pierre Richault, celui-là, n\u2019est pas pour vous.Et, sans affectation, il recula légèrement ce rouleau enveloppé de vieux journaux et dont Scipion ne soupçonnait pas\u2014oh ! non \u2014 le précieux contenu.\u2014Et maintenant, ajouta Pierre Richault, il ne me reste plus qu\u2019à fermer la maison, c'est ce que je vais faire.\u2014Et moi, dit piteusement le bossu.je n\u2019ai qu'à remporter mon paquet.et ma veste.et à jouer fille de l\u2019air.Tout de même, murmura-t-il, elle aurait bien pu.avec des amis comme nous.Et Marc avec sa marraine.Et puis enfin, nous autres.qui depuis quinze ans.étions mieux que des amis.Et partir comme ça.sans seulement vous dire: \u201cBête, creve !.Il faut croire, murmura-t-il encore plus bas, pendant que ses grands veux tristes et gouailleurs allaient furtivement à Pierre Richault, il faut croire qu\u2019on a bien raison quand on prétend que ce qui est nouveau est plus beau.Et, brusquement : \u2014Sans adieu, monsieur et mamscllc, je vous laisse boucler la maison.Comme ça, si vous avez encore autre chose à faire, je ne vous gênerai pas.Et il partit, plus attristé encore que stupéfait.Pendant ce temps, la voiture où était monté Marc arrivait rue de Rivoli.Depuis qu\u2019elle roulait, le fils de Roberte, comme hypnotisé par la brusquerie stupéfiante de ce changement de vie qui allait commencer tout à l\u2019heure.qui avait déjà commencé.depuis ce\ts moment, Marc n\u2019avait pu ni retrouver un peu de sang-froid, ni reprendre la suite de ses idées.Il répétait machinalement : \u2014Authouard.notaire.Saint-Gervais, numéro 47.Et c\u2019était, dans sa tête brûlante, un tumulte.un chaos où tourbillonnaient toutes ces choses hétéroclites, contradictoires, folles : les révélations de sa mère.sa disparition.Jeanine.l'intervention de M.Richault.cette lettre.cette scène de violence.de larmes.ces gens là-bas qui allaient devenir scs parents devant la loi.cette grand\u2019mère.cette femme aux cheveux blancs, aux traits anguleux, au triste sourire.Non, jamais il n\u2019avait perdu le souvenir de ce visage attristé.de ces yeux gris,\u2014comme les siens,\u2014qui s\u2019étaient attachés sur lui avec une expression d\u2019intérêt, de bonté.Cela, jamais, il ne l\u2019avait oublié.Et puis.ce qui, d\u2019un bruit assourdissant martelait ses tempes: ce nouveau nom, Chàtel-Arnaud.qui bientôt serait le sien!.Non.il ne parvenait pas à se retrouver dans ce tohu-bohu.Chagrin, étonnement, amour, colère, orgueil, déchirement.tour se mêlait, tout se combattait.tout se chassait en une mêlée qui le laissait inconscient.ahuri.stupide.La voiture en s\u2019arrêtant le rappela pourtant un peu à la réalité de l\u2019heure présente.\u2014Ah! s\u2019écria-t-il avec un instinctif effroi, voilà que je suis arrivé !.Déjà d\u2019ailleurs le portier de l\u2019hôte! ouvrait le coupé.on prenait la valise.Marc sans trop savoir ce qu\u2019il faisait, payait le cocher.suivait ce domestique qui le conduisait au bureau de l'hôtel.Mais là, en présence de cet autre employé qui lui demandait aussitôt à quel étage il désirait une chambre, il s\u2019était enfin ressaisi.\u2014Te suis attendu par monsieur Authouard, notaire.\u2014Fort bien, monsieur, je suis prévenu.Et cet employé ajouta en s\u2019adressant au domestique qui portait la valise de Marc.\u2014Conduisez monsieur au numéro 47.Marc suivit encore.On arriva devant une porte.le domestique frappa.\u2014Entrez, fit une voix de l\u2019intérieur.Et Marc pénétrant dans celte chambre où un gros homme s\u2019avançait pour le recevoir, fut accueilli par cette parole qui était aussi un cri d\u2019étonnement : \u2014Ah ! monsieur de Chàtel-Arnaud, comme vous ressemblez à votre père ! Chàtel-Arnaud ! C\u2019était donc vrai : voilà le nom dont on allait désormais l\u2019appeler.dont on l\u2019appelait déjà.Et Marc, tout pâle de saisissement.d\u2019émotion.et aussi de ce seniment de fierté nouvelle dont, depuis la veille il se sentait.à chaque instant envahi, Marc lui répondit: \u2014Oui ,monsieur, c\u2019est moi.et c\u2019est sans doute à monsieur Authouard que j\u2019ai l\u2019honneur.\u2014D\u2019honneur est tout pour moi, monsieur de Chàtel-Arnaud, fit le notaire avec une nuance de respectueuse considération qui fit éprouver au petit une bien étrange impression.Mais maître Authouard ajoutait déjà: \u2014Nous avons encore une grande heure avant le départ, monsieur de Chàtel-Arnaud, et je me figure que dans la précipitation de tous ces heureux événements, vous n\u2019avez peut-être pas eu beaucoup de temps pour dîner.\u2014Je n\u2019y ai pas même songé, je vous avoue, répondit Marc avec un sourire où il y avait encore tant de tristesse émue.\u2014Je m\u2019en doutais, fit jovialement le notaire.11 n\u2019y a qu\u2019en province on songe religieusement à l\u2019accomplissement de cette fonction essentielle.Permettez-moi donc de vous prier.peut-être un peu familièrement, mais les voyages, vous le savez, rapprochent les distances.permettez-moi de vous prier de partager le dîner.que je n\u2019oublie pas, moi.\u2014J\u2019ai peur de ne pas y faire honneur, monsieur Auhouard.\u2014Bah!.vous avez un estomac de quinze ans, monsieur de Chàtel-Arnaud.et je me rappelle.monsieur le comte, votre père, était un bon convive.Vous lui ressemblez tant.vous devez avoir aussi ses belles qualités.\u2014Vous l\u2019avez beaucoup connu?\u2014Beaucoup, oui, monsieur de Chàtel-Arnaud.Je vous raconterai cela à table.Il avait ouvert la porte de la chambre et, s\u2019effaçant pour le laisser passer: » LE SAMEDI si \u2014Je vous eu prie, monsieur de Châtel-Arnaud, répondit-il à son geste d\u2019hésitation.Et pendant qu\u2019ils se dirigeaient vers la salle à manger: \u2014Mais, pensait à part soi le notaire, mais il est très bien ce garçon.et élégant.et distingué.à croire qu'il a toujours été ce qu\u2019il va devenir.C'est une chance pour le comte Armand et pour la comtesse.une chance presque inespérée.Parce qu\u2019enfin je pouvais aussi bien leur ramener un petit rustaud.ou un petit voyou parisien.Et pour le décrotter, pour le civiliser.pour en faire un gentilhomme.à cet âge-là.ils en auraient eu de la tablature, si tant est qu'ils y fussent jamais parvenu.Tandis que cette Roberte Aubrav a élevé son petit de façon à lui donner des allures de petit roi.Et il sera infiniment mieux que l'autre.celui qui vient de mourir.ot au moins il ressemble aux Châtel-Arnaud, celui-là.Oui.ils en ont de la chance! Pendant ce temps, ils s'étaient mis à table et le notaire avait commencé par attaquer le potage de son plus bel appétit dauphinois,\u2014 bien que son partenaire ne s\u2019empressât pas de l\u2019imiter.C'est vrai, Marc ne songeait guère à manger.Cependant, en écoutant maître Authouard lui raconter,\u2014sans en perdre une bouchée,\u2014toutes ces choses d\u2019un intérêt si aigu, si intense.toutes ces choses de la vieille maison qui allait être la sienne.de cette grand\u2019mère qu\u2019il fallait bien essayer d\u2019aimer!.de cet oncle qu\u2019il verrait demain pour la première fois.de son père.de son père surtout dont le notaire ne se lassait pas de dire et Marc d\u2019écouter les prouesses de jeune homme.les exploits de cavalier.la force légendaire.le courage.la témérité.le fils de Roberte s\u2019oubliait à suivre l\u2019exemple de son vis-à-vis.Oui, ce notaire avait raison dans le scepticisme de sa philosophie : a quinze ans, malgré l\u2019émotion, malgré le chagrin, malgré l\u2019anxiété, malgré l\u2019effarement o.yi ne résiste pas aux tiraillements d\u2019un jeune estomac.Marc dîna.et sans y prendre seulement garde, dîna solidement .Et puis ce fut le mouvement.l\u2019agitation.la fièvre du départ.Ce fut le roulement de la voiture dans les rues inondées de.lumière de ce Paris que, pour la première fois de sa vie, Marc allait quitter.Ce lut la bousculade de la gare de Lyon.l\u2019installation dans un compartiment du rapide.Et puis, la locomotive siffla.le train s\u2019ébranla.\u2014Voilà que nous partons, monsieur de Châtel-Arnaud, fit le notaire.Marc eut un grand coup au cœur.Sa mère qu\u2019il quittait.sans savoir seulement quand il aurait la joie de la revoir !.Jeanine.qu\u2019il allait être si longtemps sans embrasser!.Le notaire se carrait déjà dans son coin: \u2014Eh ! faisait-il, nous en avons maintenant pour deux heures avant de nous arrêter.J1 marche bien ce train-là.Allons, c\u2019était donc vrai : on était parti ; et celui qui s\u2019en allait vers ce Dauphiné inconnu était un homme tout nouveau.Marc Aubrav, l\u2019enfant sans père, était resté à Paris.Il n\u2019y avait plus dans ce wagon du P.-L.-M.que le dernier, le seul représentant d\u2019une des plus nobles maisons du Dauphiné.le.gentilhomme qui ne s\u2019étonnait déjà plus quand on l\u2019appelait: Marc de Châtel-Arnaud! FIN DE I.A DEUXIÈME PARTIi; TROISIEME PARTIE ra ,:a pou.3.'i'a.! I.-CHANGEMENT DK DÉCOR Dans ce compartiment du rapide, où il était seul avec le notaire, Marc, comme son compagnon de voyage, n\u2019avait pas tardé à s\u2019endormir.Maître Authouard bien installé pour la nuit, lui avait demandé la permission d\u2019abaisser le voile bleu de la lampe.Aussitôt, c\u2019avait été l\u2019obscurité presque complète au dedans \u2014 comme au dehors.Et en dépit de sa fièvre d\u2019émotion, d\u2019attente, d\u2019invincibles regrets.de troublantes espérances.Marc avait, lui aussi, cédé au sommeil.A quinze ans, on dort si bien.si profondément! Les arrêts du train dans le tapage îles stations.le jour naissant auquel bientôt avait succédé le soleil du matin,\u2014rien ne l\u2019avait éveillé.Ce n\u2019est qu\u2019un peu avant l\u2019atteindre la gare de bifurcation que le notaire lui frappant doucement sur l'épaule: \u2014Nous allons bientôt arriver à Valence, monsieur de Châtel-Arnaud.et là, nous devons changer de train.\u2014Oh! fit-il en ouvrant les yeux.Oh! c'est grand jour! \u2014Bientôt six heures.\u2014Je ne me suis pas réveillé une fois.\u2014J\u2019ai bien vu.Moins privilégié que vous, j'ai terminé mon somme fort avant le jour.et j'ai attendu jusqu'au dernier moment avant de troubler le votre.Mais c\u2019est ici que nous allons prendre la ligne du Dauphiné.Tenez, la locomotive a sifflé et le train ralentit son allure enragée.\u2014Sommes-nous encore bien loin de?.\u2014Ma foi, non.A soixante kilomètres, tout au plus de la station de l\u2019Albcncc, qui dessert aussi Saint-Gervais.Malheureusement, nous avons ici deux heures à attendre.\u2014Oh ! que c\u2019est long ! \u2014Bah! nous ferons notre premier dejeuner, monsieur de Châtel-Arnaud .\u2014Vous avez faim !.\u2014On a toujours faim en province.Il n\u2019y a qu'à se mettre à table, vous verrez cela.Le train s\u2019arrêtait.Ils descendirent.avec leurs menus bagages à la main.Ils allèrent s installer au bullet où Marc regarda avec étonnement maître Authouard s offrir une tasse de chocolat.et puis deux œufs.et puis du café.et puis un cigare et du cognac.\u2014Ah ! faisait le notaire à son compagnon de route qui avait à peine trempé ses lèvres dans sa tasse de chocolat, ah! vous avez encore l\u2019appétit parisien.Ça vous passera au grand air de nos montagnes dauphinoises, monsieur de Châtel-Arnaud.Ça vous passera.et vous prendrez un appétit de province.\u2014Ce sont déjà, là, les Alpes?.\u2014Eh! oui.le Vcrcors est ici.nous allons le longer.Là bas, le Villard île Lans.plus loin, c\u2019est l\u2019t Msans.de ce côté, le massif de la Chartreuse.Vous ferez connaissance avec tout cela.et vous finirez par trouver que c\u2019est encore plus beau que Paris.\u2014Et.quand nous serons à la station de l\u2019Albcnec?.demanda Marc,.qui revenait à des préoccupations plus immédiates.\u2014Eh bien!.Vous savez que j'ai télégraphié hier soir point annoncer l\u2019heure de notre arrivée.\u2014Dix heures et demie, m\u2019avez-vous dit.\u2014C\u2019est cela.Nous allons trouver une voiture à la gare.nous y monterons.et, une demi-heure après, nous serons au Châ tel-Arnaud.\u2014Une voiture.de la maison?\u2014Naturellement: l'américaine.ou peut-être le petit omnibus.à cause des bagages.\u2014Ah! il y a aussi un omnibus?\u2014Oui.C'est madame la comtessi Adrienne qui avait voulu en avoir un.pauvre femme.! \u2022\u2018.lie disait qu\u2019à la campagne c\u2019était plus commode.quand on arrivait.quand on allait chercher des invités.\u2014La comtesse Adrienne.elle était très belle! \u2014 Une beauté admirable.\u2014Mon oncle doit avoir beaucoup de chagrin.\u2014l u chagrin qui l\u2019a fait vieillir de dix -ans, le pauvre homme.\u2014Et puis.perdre en même temps son fils.son fils unique.\u2014Vous venez pour ic remplacer, monsieur de Châtel-Arnaud.Marc hocha la tête: \u2014Un fils.un vrai fils.ça ne se remplace pas.E il ajouta tout bas : \u2014.Pas mieux qu'une vraie mère.Mais on venait appeler les voyageurs.\u2014Allons, en voiture, monsieur de Châtel-Arnaud.lit le notaire\u2014 et dans deux petites heures nous serons arrivés.On arrivait.Le train s\u2019arrête à la petite station par où en traversant l\u2019Isère, on accède à Saint-Gervais et au Châtel-Arnaud.\u2014Ah! fit le notaire qui avait mis le nez à la portière du wagon, c\u2019est l'omnibus qu\u2019on nous a envoyé.'l\u2019ont en disant cela, il ouvrait le loqueteau, tournait la poignée.et.descendant le premier : \u2014Et puis, s\u2019écria-t-il en faisant un geste d'appel, je me doutais bien que celui-ci viendrait avec le cocher: -{, .Benoît ! Benoit ! Et pendant que Marc descendait: -\u2014-Un vieux brave homme, monsieur de Châtel-Arnaud, un domestique qui est dans la maison.depuis quarante ans peut-être.Et comme Benoît, en même temps que le notaire le présentait ainsi à son nouveau jeune maître, arrivait en se hâtant.\u2014Ah! mon Dieu! fit-il en joignant les mains.on croirait voir.¦MH LE SAMEDI R2 -\tMonsieur Cyrille, pas vrai?.acheva le notaire.\u2014Oui, murmurait, avec des yeux d'attendrissement, et d\u2019admiration, le vieux domestique.oui.(,'a m\u2019a fait un effet.Ça m\u2019a ramené de plus de trente ans en arrière.\u2014\tVous avez connu mon père quand il avait mon âge?Ali! monsieur!.Je l'ai encore connu plus jeune!.11 était tout petit quand je suis entré dans la maison.je l\u2019y ai vu grandir.devenir un homme.beau et fort comme vous serez.Pauvre monsieur Cyrille.il était bien démon.bien brisefer.bien terrible.mais si bon avec ça, si généreux.qu'on ne pouvait pas ne pas l\u2019aimer.Lui aussi, il m\u2019aimait bien.11 me disait quelquefois: Hennît.(c\u2019est mon nom, monsieur.) le sais déjà, lit Marc en souriant et tout intéressé par le bavardage de ce vieux bonhomme discourant, là sur le quai -de la gare, en attendant que le train repartit et qu\u2019on put traverser la voie.-\u201411 me disait: \u201cBenoît, tu ne me, quitteras jamais.\u201d Parce qu\u2019il me tutoyait.il me faisait cet honneur.Pauvre monsieur Cyrille.C\u2019est lui qui nous a quittés.et bien trop vite.Enfin !.lit.hochant sa tête blanche: \u2014\tCes messieurs ont fait bon voyage?-Très bon, répondait le notaire.Je ne vous demande pas si on a reçu ma dépêche, puisque vous êtes là.\u2014Elle est arrivée à sept heures du matin, monsieur Authouard.Vous pensez si ça a mis la maison sens dessus dessous.\u2014Tant que ça?.fit curieusement Marc.-\u2014Madame la comtesse n\u2019espérait pas que monsieur Authouard pourrait revenir si vite avec monsieur.Je crois que c\u2019ost \u201cmonsieur Marc\u201d que je dois dire, fit-il un peu hésitant.\u2014Oui, Benoît, c\u2019est mon nom.\u2014I.c même que celui de défunt votre grand-père.un beau gentilhomme aussi.et qui est mort trop tôt.avant l\u2019âge.-\u2014D\u2019un accident de chasse, je le sais, fit Marc, que le notaire avait déjà renseigné.\u2014De sorte, continuait le vieux domestique qu\u2019il n\u2019y avait pas encore grand'chose de préparé pour recevoir monsieur.d\u2019autant que madame la comtesse ne m\u2019avait parlé de ça qu\u2019après avoir reçu la première dépêche.\u2014Oui, expliquait le notaire à Marc, celle que j'ai envoyée dès que j\u2019ai pu annoncer l\u2019heureux résultat de mon voyage.-\tNous l\u2019avions reçue hier, dans l\u2019après-midi, celle-là.C\u2019est alors que madame la comtesse m\u2019a appris.m\u2019a dit.Ah! monsieur Marc.vous venez leur rendre le bonheur, à mes pauvres maîtres.Pendant cette conversation un peu décousue, le train était reparti, on avait traversé la voie.ou était arrivé à l\u2019omnibus.Benoît portait les bagages, les avait tendus au cocher, qui les rangeait sur l\u2019impériale.\u2014Si ces messieurs veulent monter, fit le vieux domestique en ouvrant la portière.\u2014Mais, s\u2019écria Marc, nous serions bien mieux là-haut.Il montrait le large siège, en avant de l\u2019impériale, plus élevé que celui du cocher, et qui, dans les omnibus construits pour des particuliers est toujours très confortablement aménagé et, par le beau temps, constitue, en effet, une excellente place.\u2014Oui, lit le notaire, comme cela vous verrez mieux le pavs, monsieur de Chàtel-Arnaud.Ils montèrent.Benoît s\u2019installa à côté du cocher.Et les chevaux,\u2014 deux belles têtes attelées en poste avec des bricoles et des grelottieres qui sonnaient clair leur carillon argentin.\u2014 les chevaux partirent au grand trot.A cette allure, lit le notaire, nous n\u2019en avons guère que pour vingt-cinq minutes.( )h ! nous serons vile arrivés.Et à Marc, dont l'émotion grandissait, au fur et à mesure qu\u2019il se rapprochait de cet inconnu.de cette maison qui allait devenir la sienne.de cette vieille femme.de cet homme cpii allaient lui dire \"mon fils\",\u2014 à Marc, qui ne lui répondait plus guère que par des monosyllabes, maître Authouard expliquait complaisamment: Voilà l'Isère.nous allons la traverser.et puis, sur la gauche, tenez, on commence à le voir.on le voit tout à fait maintenant : c\u2019est le Chàtel-Arnaud.Et Marc regarda avidement.presque craintivement la vieille maison féodale précédée des deux tours massives qui formaient entourage\u2014et autrefois défense\u2014à sa monumentale porte voûtée.Ec voila, faisait 'le notaire.redoutable autrefois, imposant toujours.Elles ne sont pas loin d\u2019avoir leurs dix siècles, ces deux tours-'à, qui protégeaient le vieux pont-levis dont elles gardent encore les rainures.C est un de vos aïeux, que votre chartricr désigne sous le nom d'Arnold, féal compagnon du rov, c\u2019est cet Arnold qui les a édifiées, en même temps que le vieux manoir, dont toutes les assises existent encore et ont servi de base aux murailles actuelles.Dans ce temps-là, on disait, pour désigner votre maison: le Chastcl-Arnold.C'est devenu, depuis, le Chàtel-Arnaud\u2014de même que les descendants d\u2019Arnold ont ajouté le nom de la demeure au nom de l\u2019aïeul.Et, assez satisfait d'avoir montré sou érudition au futur propriétaire de la vieille demeure qui dominait, sur la gauche, la vallée de l\u2019Isère, où ils trottaient à grande allure: \u2014Et, ici, fit-il en se tournant à droite, ici c\u2019est le château de Tré-laus, dont vous voyez pointer, au-dessus des arbres, les toits d\u2019ardoises.Votre défunte tante, vous vous en souvenez bien, était une Trélaus.la fille du marquis de Trélaus.qui habite là.\u2014Et qui est plongé aussi dans un deuil.lamentable.\u2014Oui.Il a perdu, lui, sa fille et sa belle-fille.mais enfin, son fils en est revenu.le comte François.Et par un bonheur providentiel, la fille du comte n\u2019était pas dans l'automobile.Elle est un peu plus jeune que vous, mais presque de votre âge, mademoiselle Françoise.C\u2019est une bien charmante enfant, et ce sera une bien belle jeune fille.De même que, dans six ou huit ans, ce sera un bien beau parti.Le notaire n\u2019ajouta rien.Il se contenta de jeter un regard furtif sur ce beau garçon qu\u2019il amenait avec lui et qui, dans six ou sept ans, deviendrait, lui aussi, un des plus beaux partis du Dauphiné.Et comme Marc ne répondait tais.perdu dans trop de pensées.trop de souvenirs.trop d\u2019impressions nouvelles.\u2014Et cette vallée de l\u2019Isère, fit le notaire en montrant Alu doigt la rivière aux Ilots detain bruni qui s\u2019allonge en serpentant à travers les fourrés verdoyants, où elle a profondément raviné son lit impétueux,\u2014est-ce beau, ça.avec les Alpes là-bas qui élèvent dans le ciel bleu leurs neiges éternelles?.Est-ce un pays, celui-là.et peut-on en aimer d\u2019autres.quand on le connaît et qu'on l\u2019a habité?Mais pendant que maître Authouard parlait et s\u2019extasiait, l\u2019omnibus avait fait du chemin.On montait maintenant le raidillon qui conduit à la maison féodale.On arrivait devant la porte massive.Le vieux Benoît\u2014encore assez lestement pour son âge\u2014descendait du siège.ouvrait les deux lourds battants.Et l\u2019omnibus entrait dans la cour d\u2019honneur du Chàtel-Arnaud.Au bruit sourd de la voiture roulant sous la voûte, des domesti-, ques accouraient déjà.On s\u2019empressait pour aider les deux voyageurs à descendre.On prenait la valise de Marc.Et le notaire demandait : \u2014Madame la comtesse est chez elle?\u2014Elle attend ces messieurs.\u2014Alors, fit-il, permettez-moi, monsieur de Chàtel-Arnaud, de vous montrer le chemin.Ils traversèrent la cour solennelle bordée de trois côtés par des bâtiments, de l\u2019autre par une balustrade à hauteur d\u2019appui, qui s\u2019ouvre en son milieu par un escalier de quelques marches conduisant au vieux jardin dessiné à la française, avec scs allées droites et ses plates-bandes fleuries encadrant des carrés de verdure.Marc regardait.très impressionné.Dans sa luxueuse simplicité, tout cela avait grand air.Ces domestiques en deuil\u2014comme Benoit et le cocher\u2014s'encadraient bien dans ce décor imposant et austère.Le perron, là-bas.vers lequel il se dirigeaient, donnait accès à une porte monumentale, surmontée d\u2019un fronton que supportaient deux colonnes d\u2019harmonieuses proportions.Sur le fronton, un écusson à demi-rongé par la vétusté portait, gravées, les armes de la maison qui sont,\u2014comme le notaire avait déjà expliqué à Marc.\u2014d'azur aux trois têtes de sarrasins enchaînées.impérissable souvenir des croisades d\u2019où un aïeul avait rapporté ce glorieux blason.Maître Authouard pénétra dans le grand vestibule où débouche l'escalier d'honneur conduisant au premier étage.Et à un autre domestique qu\u2019il trouva là: \u2014Veuillez annoncer à madame la comtesse que monsieur Marc de Chàtel-Arnaud.\u2014Si ces messieurs veulent bien me suivre.Madame la comtesse est dans sa chambre.elle prie ces messieurs de vouloir bien y monter.Le domestique s\u2019était engagé dans le grand escalier aux balustrades de fer précieusement forgé.Le notaire et Marc le suivirent.Le fils de Roberte commençait à marcher dans cette aventure comme dans l\u2019hallucination d\u2019un rêve.Tout cela.ce luxe.ce cérémonial.cette vétusté somptueuse des choses qui l\u2019entouraient.ces façons de vivre dont il n\u2019avait pas encore eu d\u2019exemple sous les veux.dont il se faisait à peine une vague idée.la sonorité de cette vaste demeure où chaque parole semblait éveiller un écho endormi depuis des siècles, oui, LE SAMEDI tout cela lui mettait des bourdonnements aux tempes.de la fièvre dans les veines.tout cela lui enlevait son sang-froid.l'étourdissait .le grisait d\u2019une griserie oppressée*.angoissée.Lorsqu\u2019il vit ce domestique ouvrir une porte et annoncer en s\u2019effaçant pour le laisser entrer : \u2014Monsieur Marc de Cliâtcl-Arnaud.Monsieur Authouard.Il entra.comme hypnotisé.-.C\u2019était la grande chambre aux tentures sombres\u2014toujours la même \u2014 du début de ce récit.Et, cette fois encore, ce fut un cri étouffé qui accueillit son apparition.pendant qu\u2019il voyait venir à lui une grande femme aux cheveux blancs, aux traits amaigris.au nez impérieux.aux yeux gris\u2014de la couleur et de l\u2019éclat des siens\u2014qui s\u2019avançait les mains tendues : \u2014Ah !.c\u2019est mon pauvre Cyrille que je retrouve en vous, mon cher enfant.\u2014Madame, balbutia-t-il.\u2014On n\u2019appelle pas sa grand\u2019mère madame.-., on lui dit grand\u2019-mère.on.lui dit.quand on la connaît un peu mieux \u201cbonne maman\u201d.Et d\u2019abord, on lui tend son front pour recevoir son pre mier baiser.Elle lui avait pris les mains.Elle l\u2019attira doucement.impérieusement: Elle mit ses lèvres qui tremblaient sur ce jeune front quelle sentit frissonner.\u2014Sois le bienvenu, mon enfant, fit-elle de sa voix grave et triste.Sois le bienvenu dans cette maison qui va devenir la tienne et où je prie Dieu qu\u2019il fasse entrer avec toi du bonheur pour mes vieux jours.Et, s\u2019adressant au notaire : \u2014Merci, mon cher Anthouard.Vous avez été le meilleur des amis et le plus intelligent des mandataires.Te vous remercie pour mon fils et pour moi.Nous n\u2019oublierons jamais ce nouveau service.si grand.si précieux.que vous nous avez rendu.\u2014Je tenais, fit le notaire, à remettre moi-même,\u2014entre vos mains.\u2014celui que vous auriez reconnu cependant entre mille, n\u2019est-ce pas, madame la comtesse.\u2014Déjà, il y a dix ans, cette ressemblance m\u2019avait attirée.Et elle fit en souriant faiblement à Marc: \u2014Car je t\u2019avais déjà vu, mon cher enfant.tu ne t\u2019en souviens sans doute pas.\u2014Si, je m\u2019en souviens, répondit-il avec sa franchise résolue, et moi aussi, je vous aurais reconnue, grand\u2019mère, parce que je ne vous avais pas oubliée.Et comme si le son rie sa voix lui rendait ic sentiment de la réalité de ces choses fantastiquement étranges,\u2014il se retrouva tout à coup calme, affermi\u2014avec tout son sang-froid revenu.La comtesse Colette adressait maintenant un dernier remerciement au notaire, qui comprenait qu\u2019il était de trop dans cette scène de famille et qui s\u2019empressait de prendre congé.\u2014Vous devez vous rendre compte, madame la comtesse.j'ai bâte de retrouver mon étude.après quatre jours d\u2019absence.\u2014Merci encore, mon cher Authouard.et faites.faites.Te me reprocherai de vous retenir plus longtemps.\u2014Je vous présente donc mes humbles hommages, madame la comtesse.je vous salue respectueusement, monsieur de Chàtel-Ar-naud.\u2014Et moi, fit Marc, je vous remercie de tout mon cœur, monsieur Authouard, pour la peine que vous avez prise à cause de m n et pour les attentions dont vous m\u2019avez comblé pendant notre vovage.Vous n\u2019auriez pas pu, grand\u2019mère, me donner un plus aimable compagnon de route.\u2014Et moi, riposta le notaire, je crois qu'il m\u2019aurait été bien difficile d\u2019amener à madame la comtesse un petit-fils plus charmant et plus accompli.Je me sauve.je me sauve.Tl avai disparu, refermant sur lui la porte de la vaste chambre.La vieille femme était seule maintenant avec ce petit fils inconnu.Elle le regardait avec un attendrissement où il y avait déjà une flamme d\u2019orgueil : \u2014C\u2019est vrai, faisait-elle en hochant la tête.ce notaire a raison.tu es un bel adolescent, pion cher enfant retrouvé.En te voyant entrer, j\u2019ai éprouvé une émotion.ah! je puis dire aussi une joie.bien grandes.De la joie.C\u2019est un mot qui ne devrait pas être prononcé dans cette maison en deuil.dans cette maison d\u2019où, voilà à peine quinze jours, sortaient deux cercueils.celui de ma belle-fille.celui de mon pauvre cher petit Jacques.mon petit Jacques que j\u2019aimais tant.que j\u2019ai tant pleuré.Te souviens-tu aussi de lui \u2014Oui, grand\u2019mère.Tl avait des veux bleus et des cheveux blonds.\u2014C\u2019est ça.c'est ça.T,es veux sont fermés a jamais.les cheveux blonds vont devenir poussière.C\u2019est affreux!.s: ; .Eh bien, vois, mon petit Marc.c'est peut-être la première fois aujourd\u2019hui que je parle de cela sans que les larmes me suffoquent.parce que tu es là.et parce que,\u2014j\u2019en ai du remords., mais je le dis puisque c\u2019est la vérité, parce que ton arrivée.ton aspect.les traits tie ton père qui revivent en loi.cela me donne de la joie.oui, de la joie.Comme c'est mystérieux et bizarre, tout cela, faisait-elle en hochant la tête.Et lui, il ne put s\u2019empêcher de répondre : \u2014Maman avait deviné que vous éprouveriez une grande joie à voir que je ressemblais tant à mon père.et elle disait quelle vous l\u2019enviait, cette grande joie-là.\u2014Ah!.ta mère.fit la comtesse avec un visible effort.je me reproche.de ne t\u2019avoir pas demandé.de ses nouvelles.\u2014Je ne pourrais pas vous en donner, grand\u2019mère, répondit Marc d\u2019une voix altérée \u2014Pourquoi ?.\u2014Parce que je ne l'ai pas vue avant mon départ.C\u2019est le plus grand chagrin, bien sûr, que j\u2019aie encore éprouvé de toute ma vie.\u2014Et.pourquoi ne l'as-tu pas vue?.\u2014Eh bien.oui, tenez, j\u2019aime autant vous le dire.parce que je ne veux pas vous laisser croire, i .des choses.qui ne seraient pas vraies.Et puis il vaut mieux qu'on sache, les uns et les autres, ce qu'on a dans le cœur.En parlant, il s\u2019enhardissait.Maintenant, il avait relevé Ja tête.sa voix sortait sonore, pleine de franchise.Et pendant que la douairière murmurait : \u2014Oui.comme son pauvre père.tout comme mon Cyrille.11 continua: \u2014Eh bien, je ne voulais pas venir ici.\u2014Oh!.\u2014t.'a m\u2019avait cependant rendu bien heureux.bien fier.quand maman m\u2019avait dit: \u201cTu vas pouvoir t'appeler comme ton père\u201d.Parce que, je peux bien vous l'avouer, à vous, c\u2019était mon supplice de savoir que mon père avait voulu me donner son nom.et que jamais je ne pourrais le porter.\u2014Pauvre petit.\u2014Mais je ne voulais pas .moi, me séparer de maman.\u2014Cependant !.\u2014Avec elle, je voulais bien venir.mais pas sans elle.\u2014C\u2019était impossible!.\u2014Oui.elle le dit aussi.Et pourtant: Ah! si vous la cou naissiez, maman!.Si vous saviez ce qu'elle a fait pour moi!.Mais enfin, il ne s\u2019agit pas de ça.Vous dites que c'est impossible.elle dit connue vous.\u2014Tu vois bien.\u2014Mais moi, alors, je lui avais répondu: \"Eh bien, tant pis pour le nom.Je vois que tu vas être malheureuse.Et comme je n\u2019entends pas ça.tu vas me faire le plaisir d'envoyer promener ce notaire.\u201d \u2014Oh !.\u2014Et c'est alors que pour me forcer à lui obéir.elle est partie.oui, elle s\u2019est sauvée.\u2014Ah! brave créature, murmura la comtesse Colette.\u2014Et quand je suis revenu à la maison je n'y ai trouve que mon sieur Richault.\u2014Monsieur Richault?répéta la douairière d'un ton qui demandait une explication.\u2014Oui.un de nos amis.le père de Jeanine.que je veux épouser.\u2014Tu veux !.\u2014Oui, grand\u2019mère.Je vous raconterai ça plus tard.\u2018Et monsieur Richault m\u2019a dit: .\u2014Tant que tu n\u2019auras pas obéi loyalement, à ta mère, en allant chez ta grand\u2019mère et ton oncle et en te conduisant avec eux comme un fils doit se conduire, tu ne la reverras pas.Si tu veux un jour la revoir discrètement, sans que ça lasse de tapage, sans que ça te gêne les projets qu\u2019ont, sur toi, tes parents adoptifs, lu n'as qu\u2019à partir et sans arrière-pensée.Alors, j\u2019ai embrassé leanine et je suis allé rejoindre le notaire Authouard.Voilà, grand\u2019mère.Pendant que Marc parlait ainsi, sa grand\u2019mère.effarée par cette tranquillité de résolution décidée, plus encore (pic par l'énormité de franchise de cet enfant,\u2014s'oubliait à murmurer en l'écoutant : \u2014Cyrille.C'est Cyrille.Quand il avait formé un projet.quand il avait en tête une prouesse.ou bien une folie.c'était cela.Tout l\u2019âme de son père est aussi passée dans le corps de cet enfant.Mais enfin.de son Cyrille.quand il était à l'âge de celui-là, elle avait si souvent été l\u2019affectueuse conseillère.Sa voix de mère tendre avait si souvent,\u2014par la persuasion plutôt que par les repro- 84 LE SAMEDI clics,\u2014détourné ce fougueux enfant de tant de fâcheuses aventures.\u2014I_,a persuasion, se disait-elle, agira peut-être aussi sur celui-là.Il importe de le dépayser d\u2019abord.de lui montrer un monde tout nouveau.un monde Il fallait réagir par la curiosité.par l\u2019attrait de l\u2019inconnu.Et la douairière : \u2014Viens, en attendant le déjeuner qui sonnera tout à l\u2019heure, viens que je te montre ton appartement.Il n\u2019est pas encore tout à fait complètement installé.Depuis hier, nous n\u2019avons pas eu beaucoup de temps.Et avant.je ne savais pas, moi, si tu voudrais venir donner une grande joie à ta pauvre grand\u2019mêre.\u2014Vous voyez bien, bonne maman, je suis venu.\u2014Oui, fit la douairière tout attendrie, appelle-moi \u201cbonne maman\u201d c\u2019est plus doux pour mon vieux cœur.Et puis, reprenait-elle en revenant à son idée, et puis il vaut autant.il vaut mieux que ce soit ainsi.Nous t\u2019agencerons cela à ton goût.pour que tu t\u2019y plaises.Tiens c\u2019est ici.Elle lui ouvrait une grande pièce à l\u2019aspect de cabinet de travail., de salon.de fumoir.\u2014Voilà où tu travailleras.parce qu\u2019il faudra bien travailler aussi un peu.\u2014Beaucoup, bonne maman.Je me rends parfaitement compte que j\u2019ai un tas de choses à apprendre.Mais je les apprendrai.\u2014Oui.il y a toute une éducation nouvelle.Tu n\u2019es pas allé au lycée?.\u2014Maman notait pas assez riche.La douairière se sentit le cœur serré d\u2019une oppression.d'un remords.poignants.\u2014Oh !¦ je sais.je sais qu\u2019elle a fait dans les limites.au-delà des limites de ce qui lui était possible.\u2014Je terminais, en ce moment, mon cours supérieur.je me préparais pour obtenir mon brevet.Mais tout ça, ce ne sont que des études élémentaires.Ça ne suffit pas, je le comprends bien, pour quelqu'un qui s\u2019appelle Châtel-Arnaud.\u2014J\u2019y ai.nous y avons déjà pensé.Nous en avons parlé avec ton père adoptif.\u2014Et qu\u2019cst-cc qu\u2019il a dit, mon oncle?\u2014Il se demandait s\u2019il ne faudrait pas, peut-être, te faire passer deux ou trois ans dans un grand établissement d\u2019éducation.\u2014Enfermé.habillé en collégien.avec des pions.comme dans une prison.non, franchement, grand\u2019mêre.je n\u2019aimerais pas ça.pas du tout.\u2014Moi non plus.\u2014Ah ! merci, bonne maman.\u2014Tu es déjà plus grand et plus viril que ton âge.Et puis ce ne sont pas des classes régulières qu\u2019il faut que tu suives.,.C\u2019est trop lent.Ça te ferait commencer avec de trop jeunes condisciples.ça t\u2019y ferait t\u2019éterniser trop longtemps.\u2014.A avoir l'air d\u2019un grand dadais.\u2014Tandis qu\u2019avec ce que tu sais déjà, tu peux rapidement,\u2014 avec, un travail intelligent et sérieux,\u2014acquérir le reste.Nous allons te donner un bon professeur.\u2014Où faudra-t-il que j\u2019aille?\u2014Mais c'est lui qui viendra ici.\u2014D\u2019où?.il n\u2019y a point de ville près du Châtcl-Arnaud.Comment pourra-t-i lfaire?\u2014Mais il logera au Châtel-Arnaud, lui aussi,\u2014ce sera ton maître de toute la journée.le précepteur qui se fait l\u2019ami de son élève, qui lui consacre la totalité de son temps.dont l\u2019enseignement est constant.aussi bien par les causeries familières que par les leçons proprement dites.\u2014Mais ce sera parfait comme cela! \u2014Et quant aux maîtres spéciaux, de dessin, de musique, d'équitation, d\u2019escrime.je ne sais encore de quoi.ceux-là qui ne viennent pas tous les jours peuvent facilement faire le petit voyage de Grenoble.ou bien tu peux aller, comme en promenade, chez eux, une fois ou deux par semaine.\u2014Mais.ce sera horriblement cher, tout ça.\u2014Rien ne sera trop cher, mon enfant pour que tu deviennes un gentilhomme accompli.Profite des leçons qu'ils te donneront, c\u2019est tout ce que je te demande.\u2014C\u2019est entendu bonne maman.Ils seront contents de moi.et vous aussi.\u2014J\u2019en suis déjà sûre.C\u2019est donc ici, mon enfant, dans cette pièce, que sera ton cabinet d\u2019étude.ton salon à toi.ton fumoir.quand tu prendras.si tu ne l\u2019as pas déjà prise.la mauvaise habitude qu'ils ont tous à présent.Tu souris.Ah! mon cher petit.je ne suis pas dans le train, moi.comme ils disent.T\u2019ai mes vieilles idées.mes vieilles répugnances.mes vieilles susceptibilités.Je les ai et j\u2019y tiens, parce que je me figure que tout cela c\u2019est aussi quelque chose légué par les aïeux, et que nous avons pour devoir de respecter.Ah ! je radote, n\u2019est-ce pas?.Viens voir maintenant ta chambre.Elle lui ouvrit la porte d\u2019une pièce qui donnait sur le cabinet de travail.\u2014Oh ! qu\u2019elle est grande et belle, s\u2019écria Marc en admiration ! \u2014C\u2019était celle de ton père.Depuis qu\u2019il l\u2019avait abandonnée on n\u2019v a rien changé.C\u2019est lui qui avait choisi ces tapisseries a personnages.ce vieux lit Louis XIV.ces meubles ventrus a ornements de bronze doré.C'est lui qui avait apporté ce tapis d\u2019Att-bttsson qui éolairc la pièce un peu sombre avec son fond blanc semé de guirlandes de fleurs.Cette panoplie de chasse, c'est la sienne.cette panoplie de fouets et d'objets de sports c\u2019est aussi la sienne.11 les avait formées toutes les deux.Voilà son bureau.La chambre est telle qu\u2019il la quittée.Te plaira-t-elle?\u2014Oh! bonne maman.n\u2019y changez rien, je vous prie.La, plus tard, nous mettront seulement deux portraits.11 montrait la cheminée où une pendule ancienne, \u2014 les I rois Grâces, de Germain l\u2019iloti,\u2014apportait une note gracieuse et jolie.\u2014Le portrait de mon père.Vous avez bien des photographies de lui.\u2014Oui, mon enfant.D\u2019ailleurs au salon, tout à l'heure, tu vas voir demon pauvre Cyrille un très beau portrait.très ressemblant surtout.tu t\u2019y reconnaîtras.\u2014Et puis, ajouta-t-il plus bas, je placerai en face celui que j prierai maman de faire exécuter.\u2014Par monsieur Richault, n'est-ce pas?\u2014Oui bonne maman.\u2014Tu auras raison, mon enfant.Et ce n\u2019est pas moi (pii te demanderai d\u2019oublier ta mère.\t\u201e .Alors, fit-elle aussitôt, en revenant à un autre sujet de conversation.comme si celui-là lui était pénible.Alors, ta chambre te plaît.\u2014Je serais difficile si elle ne me plaisait pas.\u2014Viens voir ton cabinet de toilette.Elle ouvrit une autre porte.Et là encore, Marc poussa un cri d\u2019admiration.Autant la chambre à coucher était agencée dans le respect du vieux style dont elle accumulait les opulences, autant le cabinet de toilette aménagé à l\u2019anglaise offrait toutes les commodités, tous les conforts, tous les raffinements de l\u2019élégance moderne.Il n'y avait là, aux murailles, que de la faïence blanche décorée de quelques guirlandes de fleurs émaillées dans la pâte des carreaux.A la grande fenêtre formant baie, c\u2019étaient aussi des vitraux où couraient de grandes fleurs chimériques.Là-bas, la baignoire toute blanche.Ici, l\u2019appareil à douches eji cuivre nickelé.Ici, enfin, la table à toilette, immense, en acajou foncé, avec son dessus en marbre et sa garniture assortie aux céramiques d.e la paroi et aux décors des vitraux.\u2014Te plaît-il aussi, demanda la comtesse Colette, toute heureuse de l\u2019admiration que Marc nu songeait pas à cacher.\u2014Oh!.bonne maman.Je peux bien vous le dire, à vous: je ne me doutais seulement pas qu'on pût avoir\u2014à soi\u2014un cabinet de toilette aussi beau.je me demande si j\u2019oserai m'en servir.\u2014Tu y seras bien vite habitué, fit-elle en souriant.\u2014Vous croyez?.\u2014Tu verras.\u2014Oh!.reprenait-il en riant tout à fait.Quand je vais raconter çà à maman.Parce que vous pensez si je vais lui écrire tout ça.si je vais lui faire la description.et puis le croquis.\u2014Tu sais donc dessiner?\u2014Un peu, oui.même pas trop mal.J\u2019avais eu un moment 1 idée de me faire peintre, moi aussi.\u2014Pourquoi dis-tu \u201cmoi aussi\"?\u2014Parce que M.Richault est peintre.\u2014Ah! oui.je comprends, fit la vieille femme avec cet imperceptible geste de contrariété qu elle avait déjà eu une fois.Et Marc, qui ne songeait pas à regarder sa grand\u2019mêre: \u2014Et Jeanine.je la vois rire d\u2019ici.Vous ne pouvez pas vous douter, bonne maman, comme elle a un joli rire.Jeanine.une fleur qui montre des perles.Ah! que vous l\u2019aimerez celle-là, quand vous la verrez.Heureusement pour la réponse de la douairière, on entendait en ce moment le tintement d\u2019une cloche.Et aussitôt, elle put s\u2019écrier: \u2014Ah1 voilà qu\u2019on sonne le déjeuner, ne nous faisons pas attendre mon fils.Et prenant le bras de Marc: \u2014Tu l\u2019aimeras aussi, n\u2019est-ce pas, mon pauvre Armand qui a tant de chagrin et qui va devenir ton père en t\u2019adoptant.\u2014Bonne maman, répondit-il en hochant la tète, on n'a pas deux pères.et je ressemble trop au mien pour qu\u2019un autre puisse nous le faire oublier.J\u2019appellerai mon oncle Armand \u201cmon oncle\u201d, ça ne changera rien à mes sentiments pour lui.et ça laissera tout à sa vraie place.Voulez-vous ainsi?.\u2014Soit, fit-elle en soupirant.Et elle se disait : -\u2014Comme C\u2019vrille!.Tout comme Cyrille !. LE SAMEDI 11.\u2014CIIANCl-MIvNÎT I»!' VIH (
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